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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2007-12-01, Collections de BAnQ.

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S A M E 1) 1 I> E (' E M H R « CORRESPONDANCE Miron et Haeffely Page F 2 LITTÉRATURE Daniel Castillo Durante Page F 3 U LIVRES races de la bête ODILE TREMBLAY A coups de commissions d’enquête, d’essais et d’éditoriaux, le Québec croule sous les analyses sociopolitiques déterminées à l’ausculter, sans révéler pour autant ses plus profonds mystères.Et pour cause, semble-t-il, car des dimensions occultes auraient été négligées dans le grand remueméninges national qui occupe tant les esprits.Qu’à cela ne tienne! Voici qu’un ouvrage entend rendre leur juste place aux mythes fondateurs à l’origine de nos hantises collectives.Rien de tel qu’une bonne chasse aux monstres et aux spectres d’hier pour éclairer notre chemin de ronde.«Avec ce recueil, je souhaite faire connaître certaines créatures extraordinaires qui peuplent notre coin de terre, explique l’auteur Bryan Per-ro.De nombreux monstres foisonnent dans toutes les régions du Québec, et en dresser m inventaire signifiant ne fut pas une mince tâche.» On le conçoit sans peine.La chasse aux monstres réclame ruse et patience.Où les dragons québécois se sont-ils donc tapis?Dans les sillons des champs, sur les berges du fleuve.on en trouve partout, du clocher d’église à la chaumière d’antan.Puisant aux contes et légendes de notre patrimoine, Bryan Perro a abordé notre imaginaire collectif, où le fantas-.% tique et l’absurde se font écho, pour mieux hanter nos nuits blanches.Un des grands charmes de cet ouvrage réside dans les illustrations hilarantes et folles d’Alexandre Girard, faites de collages, de faux ou de vrais documents d’époque, de taches d’encre ou de queues de bête empêchant parfois la-lecture, sorte de jeu de piste visuel qui accentue le côté thriller de cette quête mythologique.Nos ancêtres avaient manifestement de quoi meubler leurs temps libres.Lutter contre les lutins qui épuisaient les chevaux en les enfourchant la nuit venue, fuir les fantômes en tous genres qui menaçaient à travers bois et marais, cela essoufflait son habitant.Les menaces qui planaient sur les Anciens Canadiens étaient multiples.Gare aux jeunes filles qui rencontraient un nain jaune! Avec ses pieds palmés, son long nez et ses oreilles pointues, l’étrange farfadet traquait les demoiselles dont il convoitait la main.Terrifiante, aussi, la perspective de croiser sur le lac Memphrémagog le grand serpent de mer, dite «la bête».Aujourd’hui, la circulation nautique intense semble contraindre le monstre à rester bien au frais dans ses grottes souterraines.Ses apparitions seraient donc moins fréquentes que jadis.Familier et cruel, le loup-garou se plaisait, dit-on, à hanter les rives du Saint-Laurept en semant le malheur sur son passage.A Ka-mouraska notamment, sorti de sa tanière, il aurait fait un carnage.Précisons qu’au Québec, un loup-garou, puissan- Je souhaite faire connaître certaines créatures extraordinaires qui peuplent notre coin de terre ce satanique s’il en fut, était généralement un homme transformé en animal sauvage pour avoir omis de faire ses pâques.«Défiez-vous donc tous des ruses de cette maligne bête, et prenez bien garde de tomber entre ses pattes», exhortait La Gazette de Québec en décembre 1767.Nombreux seraient les coureurs des bois à avoir croisé un sorcier iroquois condamné à grelotter éternellement devant un feu sans chaleur, pour expier le meurtre d’un missionnaire.A Gaspé, c’est un vaisseau fantôme, un trois-mâts noir et enflammé, qui abritait des marins squelettiques, dont l’ombre damnée se profilait sur les flots.Quant à la tête qui roule de l’ancien capitaine Jan Soûlard, elle s’entêterait à maculer de sang les glaces du fleuve entre Québec et Lévis.Plus loin, une île perdue entre Le Bic et Saint-Fabien résonne encore de chants et de roulements de tambours de centaines d’Amérin-diens micmacs et malécites massacrés jadis par les Iroquois.Beaucoup plus poétique que nos faits divers contemporains apparaît cette histoire du corps d’un sorcier vaudou largué par une vague sur une berge de l’île du Havre-aux-Maisons, aux îles de la Madeleine.Enterré par les habitants, il faisait surgir de grands feux récurrents sur sa butte nécropole et suscite encore de nos jours des bris mécaniques inexplicables.Sorciers pour sorciers, les Jarrets noirs beauce- rons étaient, paraît-il, les plus puissants du Québec, susceptibles de nuire aussi bien aux hommes qu’aux animaux et aux récoltes.«Bien que les années aient effacé des mémoires un grand nombre d’exploits des sorciers de la Beauce, précise Bryan Perro, il n’en demeure pas moins que plusieurs de leurs héritiers vivent toujours dans cette région et qu’en secret ils pratiquent encore ces cérémonies occultes.» Tout un chapitre est consacré au dossier Sasquatch, cet homme des neiges québécois et ontarien, du type yéti à yeux rouges, dit Bigfoot, pour lequel se passionne le chercheur Yvon Leclerc.Une longue interview de lui est publiée ici, prouvant que les créatures mystérieuses survolent les époques et que les «histoires de peur» ne sont pas reléguées complètement au grenier des superstitions d’antan.La «bête», paraît-il, ne meurt jamais.Le Devoir CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC Bryan Perro Illustrations: Alexandre Girard Trécarré Montréal, 2008,158 pages SOURCE ÉDITIONS DU TRÉCARRÉ CHRETIENS MmLGRÊ NOUS T Inconvenient no 31 François Taillandier :Êàm< iMSBgjBBÉliBBB! Entretien avec Michel Morin J.*F.Beauchemln Marcel Gauchet M.-A.Lamontagne Débat Jonathan Uvernols Julia Chamard-Bergeron Pierre Vadeboncoeur Yannick Roy 1 ' I )is|>onil>le en Iviostitic et en lihr.iii ie www.iik onvcnieni .c .1 T « LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ^ E T DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2 0 0 7 F 2 LIVRES LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Nicole Brossard, langue contre langue SUZANNE GIGUERE Quarantehuit livres (poésie, romans, essais, théâtre, anthologies), une œuvre forte, singulière et exigeante, couronnée de nombreuses distinctions littéraires.L’adhésion des nouvelles générations à l'une de nos figures phares de la littérature québécoise dit assez combien de lecteurs et de lectrices Nicole Brossard continue de toucher.D’où vient cette vitalité créatrice qui anime l’écrivaine depuis quarante ans?Sans doute du désir de poursuivre avec passion et nécessité un travail inédit sur le langage, l’exploration audacieuse du féminisme, de la sexualité (corps lesbien), du politique, ses interrogations sur les paysages changeants de son époque.Avec La Capture du sombre, son dixième roman, elle prolonge et approfondit sa démarche créatrice.L’obscurité du monde 11 septembre 2001.«Le bruit de naufrage des avions» ébranle les certitudes d’Anne, la narratrice de La Capture du sombre.Invitée à séjourner près de Genève dans le château de Tatiana Lehmann, une éditrice à la retraite, Anne entreprend le pro jet d’écrire un roman sur l’obscurité du monde dans une langue étrangère.Mesurant les impasses de sa propre langue chargée d’affects, elle sent le besoin d’écrire dans une langue autre.«Il me faut maintenant d’autres mots pour tout ce sombre de nature et de civilisation qui vient.» Mais comment écrire dans une langue qui n’est pas la sienne, sachant qu’on n’en possède ni l'histoire ni la mémoire?Qu’en est-il de la transparence d’une langue par rap- port a une autre, des vestiges de la premiere lisibles dans la langue adoptée?Et si écrire dans une langue étrangère n’était qu’une langue surajoutée, langue contre langue, sans que la deuxième langue ait jamais raison de la langue essentielle?Les questions et les réflexions que suscite l’expérience littéraire circulent dans les corridors du récit alors que se tissent les histoires des personnages.Tatiana Lehmann, 85 ans, Russe de confession juive, représente un monde ancien qui carburait au plaisir des livres, au socialisme, au silence apaisant des promenades et aux bonheurs de la conversation.Elle ne parle jamais du passé, que des écrivains qu’elle a connus et qui ont séjourné au château.Laure, §a fdle, est avocate.Venue des Etats-Unis pour prendre soin d’elle, elle analyse minutieusement «l’Acte du Patriote» (Patriot Act), cette loi américaine, «venimeuse» comme elle dit, adoptée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 et qui allait mettre l’Amérique sous haute surveillance.En parallèle, nous découvrons Charles et sa sœur Kim, mal au fond d’eux-mêmes, «méfieux l’un envers l’autre, méfiels, mélancolé-riques», June, pour qui tout est prétexte au plaisir de l'instant, amoureuse de Kim qui se prépare à partir au cœur de l’Arctique pour retrouver ses repères et «se refaire un espoir».Jouant avec ivresse sur les octaves de l’indicible (embrasement et passion), Anne invite le lecteur à d’inattendus rendez-vous entre Inure et Anne, Kim et June.Traversées du désir et de l’ombre.Des,désirs qui ne peuvent s’assouvir.Enigme tenace.Et si c’était là éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature «Voix psychanalytiques» Ariane Bazan Des fantômes dans la voix Une hypothèse neuropsychanalytique sur la structure de l’inconscient 148 pages, 20 dollars Série de la Place des Arts LerStluliO rA littéraire^ ^ Un espace [Mur les mais Lundi 10 décembre 2007 • 19h30 ^ Très haut amour ^ Catherine Pozzi Lu par Sylvie Drapeau Durant huit ans, Catherine Pozzi entretient avec Paul Valéry une liaison terriblement exigeante, riche d’une réflexion commune et quotidienne mais douloureuse et dévastatrice pour tous deux.Après leur rupture, elle sombre dans la solitude la plus noire et la maladie accentue ses ravages.Sylvie Drapeau redonne vie à cette femme fragile et tuberculeuse mais aussi énigmatique et hautaine.À la Cinquième Salle de la Place des Arts Coproduction Les Capteurs gemots Q Plaça daa Arts Qjtteca Entrée : 15 S Étudiants : 10 S Taxe» comprises (514) 842.2112 laplacadesarts.com le véritable chemin de l’amour, une impasse sans cesse explorée?La langue s’érotise.Les mots «emmiellés cachés sous la langue ou suspendus entre les lèvres» accompagnent les gestes tendres («les caresses des femmes sont lisses, existentielles») suggérés indirecte-ment, en pointillés ou en sourdine.Un ruissellement de lumière dans ce récit marqué par l'inquiétude face à «l'obscurité du grand brouillard de civilisation».Semblable au dormeur du Palais des rêves d'Ismaël Kadaré, incapable de sortir du cauchemar qui vient de le réveiller en sursaut, n’est-ce pas l’état dans lequel se trouve chacun de nous face au mal et à la barbarie?s’interroge Anne.Grande œuvre Les mots, n’y tenant plus, appellent Et c’est à nous faire entendre cet appel que la narratrice travaille.Dans un chapitre qui sépare le livre en deux, intitulé «Des clôtures dans la respiration», Anne passe d’un personnage à l’autre, chaque voix en recoupe une autre qui en recoupe une autre, dans une narration en vagues successives, dépassant les limites traditionnelles du roman.En écho à la silhouette de Nathalie Sarraute qui se profile dans La Capture du sombre, elle observe ces «mouvements furtifs et instinctifs» dont la romancière a fait la matière de ses livres, s’efforce de saisir les sensations «au plus près de leur source», reste sur le bord de sa formulation, la suspend pour mieux la ressaisir.Disons-le sans détour.Sur les 140 pages bien tassées que compte La Capture du sombre, aucun mot ne peut être ajouté ou soustrait In marque d’une grande œuvre.Collaboratrice du Devoir LA CAPTURE DU SOMBRE Nicole Brossard Éditions Leméac Montréal, 2007,144 pages CORRESPONDANCE Le sous-marin fait surface FRANÇOIS TÉTREAU En 1989, Leméac publiait les lettres de Gaston Miron 4 Claude Haeffely sous le titre À bout portant.Miron avait beau chercher, il ne retrouvait pas les réponses que son ami lui avait envoyées entre 1954 et 1965.L’an dernier toutefois, Marie-Andrée Beaudet les dénichait dans les archives du poète et en octobre, la Bibliothèque québécoise rééditait A bout portant, enrichi de la prose et des vers de celui qu’on surnomme affectueusement Monsieur H.Dès sa première lettre, Haeffely formule le désir de publier Miron.On sait que les deux hommes se sont rencontrés à Montréal en 1953.Après quelques allers et retours entre la France et le Canada, Haeffely se fixe, en 1956, dans une ferme du Bordelais (au Bertrut).L’essentiel de la correspondance est rédigé lorsqu’il se trouve dans cette ferme, où il demeure cinq ans.Miron, lui, est à Montréal, puis à Paris, où il séjourne un an et demi, avant de rentrer au Québec.Bientôt, Haeffely décide de fonder une revue artisanale de poésie, Le Périscope, et il sollicite des textes d’auteurs francophones.Miron entre alors dans ce qu’on peut appeler une valse-hésitation drolatique ou symptomatique, c’est selon.Pour une foule de raisons qu’il exprime très bien, il est réticent à publier, mais tout en même temps, il confie plusieurs poèmes à son ami, avant de lui retirer so,n accord au dernier moment.A plusieurs reprises, il répète qu’il ne veut plus entendre parler de poésie, que «les autres [\’]empoisonnent dans une attente littéraire» et que le fait d’écrire lui inspire une «répulsion physique».Or, d’après Ma-rie-Amdrée Beaudet, la grande majorité des poèmes de L’Homme rapaillé ont été écrits au cours des années 1953 à 1966, soit précisément la période que couvre cette correspondance.On ne videra pas, en 4000 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Gaston Miron en 1992 signes, la question de savoir si Miron ne supportait pas qu’on le presse de publier ou s’il avait besoin qu’on le fasse pour y consentir (finalement, Georges-André Va-chon et Jacques Brault auront raison de ses réticences).Il se définit ici conune un homme d’action, attiré par la politique, le socialisme et le marxisme.De son côté, Haeffely ne lâche pas prise et publie certains poèmes de Miron, avec son assentiment ou pas, au risque de le froisser bien sûr, mais en misant sur son amitié, dont la sincérité ne laisse aucun doute à son correspondant, ni à nous du reste, témoins de leurs échanges épisto-laires.Au fond, l’apprenti fermier comprend très tôt à qui il a affaire.Il le laisse donc exposer ses pro-lepses et lui enjoint de ne pas prendre la vie «trop au tragique».D aimerait que sa revue devienne un point de rencontre pour les jeunes écrivains, qu’ils y conversent comme au coin d'un feu, sans faire de chichis, et qu’ils se retrouvent à l’occasion dans sa ferme (un peu à la manière de Van Gogh avec sa maison jaune).Progression dramatique Au début, Miron vient de fonder L’Hexagone et Haeffely, enthousiaste, est tout à sa nouvelle aventure.Mais à mesure que les années passent le premier essuie coup sur coup plusieurs échecs amoureux, qui le plongent dans des états dépressifs, et Haeffely, qui s’est marié eq 1957, voit sa femme partir aux États-Unis avec leurs enfants.Pour les deux poètes, l'année 1961 est éprouvante, ce qu’on ressent de façon poignante, quelques pages avant la fin du livre, quand Haeffely écrit: «je signe dans une heure la liquidation définitive du Bertrut et c’est la fin de toute une vie — la fin d’une expérience qui devait déboucher sur des choses simples, comme ces mots: femme terre vin feu pain saisons arbres et ainsi de suite.» Il est peu probable, comme Ma-riloue Sainte-Marie le suppose dans une étude attentive sur la première édition d’A bout portant (Nota Bene, 2005), que Miron ait recherché, à travers Claude Haeffely, une sorte d’approbation de la littérature française avec un grand L.Claude Haeffely était avant tout son ami, c’est-à-dire un homme qui écoute, raille, réfléchit, et qui répond sans manières, en toute franchise.Signalons pour les vrais amateurs que Claude Haeffely a publié Le bruit court en 2005 (Atelier du cœur noir), qui tient à la fois des mémoires et de l’autobiographie.Les ornes fines compareront avec délices les descriptions que l'auteur y fait de ses années en Gironde, avec celles qu’il adressait alors à Miron.Enfin, on salue l’éditeur Pierre Filion, qui a conservé les fantaisies orthographiques des deux amis, ce qui confère plus d’authenticité à l’ensemble.Ces lettres de Miron prennent aujourd’hui tout leur sens, car on entend la voix qui leur donnait la réplique.Collaboration spéciale À BOUT PORTANT Correspondance 1954-1965 Claude Haeffely - Gaston Miron Bibliothèque québécoise Montréal, 2007,250 pages.H P£î > O U ¦W Q < J L’état Encyclopédie iustortiHie et géopolitique AOND : 1m les pays tie ia planète : U itomte rtepuis 1945 ¦ i*î g; amis snjeux internai» 4T L** ^ La Découverte Tous les pays de la planète Le monde depuis 1945 Les grands enjeux internationaux Nombreuses cartes, richement illustré Causerie avec DANIEL MENDELSOHN Les disparus Éd.Flammarion « Un livre éblouissant.Voilà.L'essentiel est dit.Les Disparus, est un chef-d'oeuvre qui bouscule toutes les règles établies, tous les codes, mats aussi tous les sens.L'enquête de l'écrivain new-yorkais sur son grand-oncle et sa famille, «tués par les nazis», est l'un des événements de la rentrée littéraire.Son récit emprunte les chemins des épopées d’Homère, sa langue évoque celle de Proust.Exceptionnel.» François Busnel L’Express Animateur Marc-Alain Wolf « MWf-tttU UwtitaiiHi Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux idis littéraire Rencontre avec l’écrivain Neil Bissoondath animée par Aline Apostolska Neil Bissoondath, romancier, essayiste et nouvelliste, auteur notamment de Tous ces mondes en elle (1999) Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains d’ici et d'ailleurs.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque e jeudi 6 décembre 200 le 12 h 30 à 14 h 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal Métro Bem-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre dans la limite des 300 places disponibles Bibliothèque et Archives nationales www.banq.qc.ca Québec nn l t 4 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ' ‘ ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 200 ITTERATURE Coup de foudre littéraire ROMAN QUÉBÉCOIS Cauchemar d’amour Danielle Laurin Il a fait sensation au Canada anglais.Les éditeurs américains lui font la cour.La Fédération des écrivains anglophones du Québec vient de lui accorder le prix McAuslan du premier livre.Pas étonnant: le Montréalais Neil Smith révèle un talent hors du commun dans Big bang.D’emblée, il y a ce bébé, dans un incubateur.Un prématuré entu-bé de partout, entre la vie et la mort «La peau de sa poitrine est si fine.La mère de l'enfant distingue presque les minuscules organes qui se cachent dessous, comme les crevettes sous le papier de riz des rouleaux de printemps.» On tique un peu sur la comparaison inattendue.Ça surprend.Mais on se dit oui, pourquoi pas.Ça vise juste, en tout cas.On voit tout de suite l’image.Et on est tout de suite là, pas ailleurs.On poursuit.Oups, cinq ou six lignes plus bas, retour en arrière: les futurs parents dans le quotidien.Le gars qui questionne la fille, sur le genre de mère qu’elle sera.Elle dit: «Je ne serai pas une de ces mamans casse-pieds qui racontent par le menu l’épreuve des petites dents qui poussent.» Lui, le futur papa, ü n’en est pas si sûr.Il dit «Je parie que tu seras une de ces mères comme on en voit dans les pubs à la télé.Tu sais bien, les angoissées qui s’interrogent sur les mérites respectifs du papier cul à deux et à trois épaisseurs.» Dans les faits, la fille n’est pas encore enceinte à ce moment-là.Mais on ne le sait pas.Pas encore.On ne sait pas non plus qu’ils ne foraient pas un vrai couple, n’habitent pas ensemble.Leur jeu préféré: celui du je-ne-faime-pas.Ds passent leur temps à se dire ça.La fille veut un bébé, tout simplement.De préférence avec un gars qui ne s’impliquera pas trop.Les hommes, elle en a soupé; le grand amour, elle n’y croit pas, basta.Le gars, de son côté, on ne sait pas trop.On ne sait pas ce qu’il pense vraiment, ce qu’il ressent, quelles sont ses intentions.Mais entre amis, on peut bien se rendre service, non?Alors il y va.Il va aux toilettes, et fait ce qu’il a à faire.Puis revient avec une petite tasse.Et voilà: «Après le départ de Jacob, An a introduit le sperme dans une seringue.Elle a remonté sa jupe paysanne et baissé sa culotte.Puis elle s’est calée sur le lit, deux oreillers sous les fesses.C’était la première fois qu’elle essayait cette position.La force de la gravité aidant., a-t-elle raisonné.» Retour dans le présent.Devant l’incubateur.A l’unité de soins intensifs néonatals, «mieux connue sous le nom d'USIN» (prononcez «usine»).Ça, ce n’était pas prévu dans la tète d’An et de Jacob, évidemment.Comment vont-ils réagir?Que va- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Neil Smith, âgé de 43 ans, est de la trempe des grands.t-il se passer?Leur bébé va-t-il survivre?Attendez, on en est seulement à la deuxième page du livre.Mais on sait qu’on va aimer.On va aimer ce livre.Son mélange de légèreté et de gravité.Son amalgame de froideur et de tendresse.Sa façon d’interroger le monde dans lequel nous vivons, sans avoir l’air d’y toucher.Bon, on va être frustrés aussi.Pourquoi abandonner subitement cette histoire-là, qui semblait si prometteuse, à laquelle on croyait dur comme fer?Pourquoi, tout à coup, quitter ces personnages auxquels on s’était attachés?Car au bout d’une vingtaine de pages, exit le jeune couple et leur bébé prématuré.Nous voici dans la tête d’un ado frustré.Orphelin de père, il vit avec sa mère médecin qui lutte contre son alcoolisme du mieux qu’elle peut Le jeune gars, un homosexuel qui s’ignore, est incapable de s’assumer.«La preuve que je ne suis pas homo?Une fois j’ai couché avec Madison.» Qui essaie-t-il de convaincre?Sa maman, elle, retarde le moment de refaire sa vie.Elle préfère dialoguer avec son défunt mari, un ex-champion de curling dont les cendres sont enfouies.Devinez où?Dans une pierre de curling évidée, placée au pied du lit.On va aller de surprise en surprise.On va changer d’univers, de style, de point de vue, dans Big bang.On va même basculer dans le fantastique.On va se demander par moments sur quelle planète on est tombés.Mais on va rester solidement accrochés.On va finir par se faire à l’idée.Un recueil de nouvelles demeure un recueil de nouvelles.Il y a des histoires meilleures que d’autres, forcément.Et des punchs plus punchés que d’autres, comment Dire autrement?Mais au bout du compte, on sera convaincus d’une chose.Ce Tome I • 736 pages Tome II • 996 pages Tome III • 736 pages GUERIN, littérature 514-842-3481 Livres-cadeaux icCéaCs Louis HÉIHION iiïïm premise prtaiee st wwte jar Aurétien 8®ivifi Œuvres complètes tomes i.il et m ITM Milites hw ewrtM mut tslle cmieraos immK, 9s im si «sopsr» st isisl MilPBtl esaisMolM 98flîe, En vente dans toutes les iioraines Veuillez nous téléphoner pour de l’information sur les prix.âlïre PflSSON, coisas ET DÉCOUVERTES Victor et Victor Un roman de Denis Vézina illustré par Philippe Béha Soulières éditeur 80 pages • 8.95 S Finaliste au Prix Cécile Gagnon pour la relève Victor veut être parfait! Il n‘a qu'à suivre le guide Ce qui ne se fera pas sans surprises Lbrorie ndépendcnte agréée Place Longueui • 825, St-Laurert 0, 450-679-8211 • rto@torairie-alre.cam Neil Smith, âgé de 43 ans, est de la trempe des grands.Rien d’ordinaire, dans sa façon de faire.Aucun sujet ne lui fait peur, ne lui résiste.Pas même l’euthanasie, qu’il aborde avec drôlerie.Quelle palette, quelle inventivité! Ça tient de la jubilation.Ça pourrait ressembler à un coup de foudre littéraire.Collaboratrice du Devoir BIG BANG Neil Smith Traduit de l’anglais par Loti Saint-Martin et Paul Gagné Les Allusifs Montréal, 2007,188 pages CHRISTIAN DESMEULES Après La Passion des nomades (XYZ, 2006), roman pour lequel il a reçu plus tôt cette année le prix Trillium tdeceme par le gouvernement de l’Ontario), Daniel Castillo Durante, qui enseigne la littérature à 1T niversite d’Ottawa, s’engage dans une autre histoire de passion, de frontières et de relations père-fils tortueuses.Paul Escalante-Lambert, le héros d’L'w cote dans le Sud.fait bien malgré lui le plus lointain des voyages.L’homme de 33 ans, né d’une mère québécoise et d’un père argentin, gagne plutôt bien sa vie comme traducteur, écartelé entre Montréal et Ottawa, traversant les frontières — langues, rivières, provinces ou pays — connue d’autres traversent matin et soir le pont Champlain.Jusqu'à ce que quelques coups de téléphone plutôt tendus de la dernière femme de son père, Leda, lui apprennent la maladie, puis la mort de Rafael Escalante.Rien qui suffise toutefois à atténuer la détestation féroce — et pourtant vague — qu’il semble vouer à son père.«La rancune est la manière la plus mesquine qu’a le passé pour nous rappeler que nous n ’avons pas été heureux.» Pas pressé, trois mois après sa mort il débarque enfin à Buenos Aires, en Argentine — «ce pays où tout allait toujours pour le pire» — pour y régler les détails de la succession.Là-bas, un peu partout il assiste sans véritable émotion au nouvel épisode de la débâcle économique argentine.Il croit simplement «passer à la caisse», empocher un héritage qu’il imagine proportionnel à sa haine pour le personnage qui l’a engendré, mais le scénario sera moins simple.La mort du père Un père meurt-il jamais vraiment?«Je le tuerai jusqu’à ce qu 'il meure», se promet Paul.En vertu d’une brumeuse clause testamentaire, il se voit forcé de se rendre à Tucumân, une petite ville située au nord-ouest de la capitale.Là-bas, plutôt que les espèces sonnantes et trébuchantes de son héritage, on lui remet les clés d’une maison perchée dans les collines, entourée d’arbres et de chants d’oiseaux, un petit paradis entretenu par une très docile et très belle jeune femme qui répond au nom de Poma.«Tout se passe comme si cette fille [.] était l'hologramme d’un projecteur que l’ancien propriétaire de la maison aurait oublié d’éteindre en partant.» Café du matin parfumé à la cannelle, siestes d’après-midi, nuits torrides: la passion prend peu à peu le dessus.«Toutes les fenêtres de mon être donnent sur un seul paysage: Poma sur la terrasse, les cheveux aux quatre vents, habillée du vert des collines, en attendant que les vignes, encore une fois gorgées de soleil, refassent surface.» t SOURCE XYZ Le troisième roman très réussi de Daniel Castillo Durante nous entraîne dans les méandres intérieurs et anecdotiques d’une lente et curieuse métamorphose.Tandis que Paul se perd dans d’obscures tractations pour mettre la main sur son héritage et se consume de désir, la jeune femme reste de glace, son mystère demeure entier, impénétrable.Le voyage d’affaires se transforme jxm à peu en un cauchemar d'amour et d’argent dont il ne peut plus se réveiller.Ce troisième roman très réussi de Daniel Castillo-Durante nous entraîne dims les méandres intérieurs et anecdotiques d’une lente et curieuse métamorphose — ou une mue, pour parler en tenues biologiques.Un glissement qui transformera peu à peu, malgré lui, le protagoniste en une sorte de pantin à l’effigie de l’être qu’il déteste le plus.Servi pin des phrases précises, porté par une sensualité permanente et des personnages secondaires forts, Un café dans le Sud est une fascinante exploration du côté obscur du cœur.Collaborateur du Devoir UN CAFÉ DANS LE SUD Daniel Castillo Durante XYZ éditeur Montréal, 2007,288 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION ____Livres d’occasion de qualité NOUVEL ARRIVAGE j - CHATEAUBRIAND, Œuvres illustrées, 4 volumes, Paris 1858.- M.DE LA MOTTE, Tables nouvelles dedices au Roy, ( ln-12 avec frontispice et 99 illustrations), chez R.J.Wetstein, Amsterdam 1727.- GUY TACHARD, Voyage de Siam des peres jésuites, envoyés par le Roy, aux Indes et à la Chine, ( ln-12 avec frontispice et 30 illustrations et cartes), chez Pierre Mortier, Paris 1687.Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoecasion@bellnet.ca 4487, me De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.Félicitations à JULIE BARLOW ET JEAN-BENOÎT NADEAU LAURÉATS DU MAVIS GALLANT PRIZE décerné par la Quebec Writers' Federation pour leur essai The Story of French, qui vient de paraître en français.LA GRANDE AVENTURE DE LA LANGUE FRANÇAISE 73 * , r La Grande Aventure de la langue française - De Charlemagne au Cirque du Soleil - débrouille les mythes et les paradoxes et raconte comment cette langue a maintenu son influence.« Bien racontée et très accessible, cette histoire de la langue française débat avec fougue de la place du français dans un monde de plus en plus dominé par l'anglais.» William Grimes, The New York Times QUÉBEC AMÉRIQUE L- www.quebec-amerique.com I nptyque a n s Diane Giguôrc La petite www.mptyquc.qt.cn mptyqurfA-diuoMriptyque.com Tel.; (514) 597-1666 DiaN! Giguère LA PETITE FLEUR DE l’HIMALAYA roman, J 21 p., 17 $ Conflit inèrc-tîllc, rêveries adolcs-ccnie», amours tordues, La petite fleur 4e l'Uinudaya nous replonge dans un univers familier aux lecteurs de Martel I tube.Wmlm: François DLsau ii.rs UN MONDE DE PAPIER roman, IH2 j>, 20 $ Du jour au lendemain, un jeune homme tombe dans les pages d’une revue féminine.Débute alors une aventure rocamboiesque, qui donne lieu à des scènes hilarantes.mais où le drame n’est jamais très loin.Daniel St-Onge BAYOU MYSTÈRE roman, IS4 p„ 19 5 Michel O toll débarque en Louisiane pour participer à un colloque sur la littérature francophone en Amérique.Or, cc qui s’aimonçait comme un agréable séjour tourne brusquement il l’intrigue policière.Attentats à la bombe, triangle amoureux, meurtre sordide et extrémisme de droite sont au rendez-vous. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 1 ‘ * ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 200 LITTERATURE L’idiote du village mondial Louis Hamelin Aà JH adame Isabelle Daunais collabore régulièrement a L'Inrwvénient, une revue ¦ H littéraire d’essai et de création.C’est une femme extrêmement brillante.Après avoir lu sous sa plume, dans le numéro 30, un article traitant du rôle que joue l’idylle (au sens large, philosophique du terme) dans le Alexandre Chênevert de Gabrielle Roy, je me suis amusé à repérer, dans ma bibliothèque, les romans qui opposent, d’une manière plus ou moins directe ou explicite, les thèmes de l’idylle et de l’histoire.L’Insoutenable légèreté de l’être, évidemment Sous le volcan de Malcolm Lowry.Pastorale américaine et J'ai épousé un communiste de Roth.Et dans le Gursky de Richler, comment oublier la calme férocité de cette scène dans laquelle on voit monsieur Bernard piétiner un jardin à Sainte-Agathe?Mais permettez que je vous présente la petite nouvelle: Paula Fox, l’auteure de Côte ouest.Elle a vécu, dit-on, à Cuba, en Californie et au Québec, et habite maintenant New York.Née en 1923, ce qui fait d’eDe l’exacte contemporaine de Norman Mailer, qui me hante décidément Mais c’est que Mailer, comme Dieu, est maintenant partout, y compris dans la préface que signe Frederick Busch en introduction à Côte ouest, et y compris sous la plume de madame Fox elle-même! «]e crois vraiment qu’Hitler est le diable en personne», affirme un des personnages, tandis que la narratrice, eDe, demande: «Qu’y avait-il de plus personnel que de croire au diable?» En 1972, lors de la parution du roman, Paula Fox ne pouvait se douter qu’elle venait, avec 35 ans d’avance, de résoudre magistralement la controverse hitléro-mailerienne des dernieres semaines.Le diable et le bon Dieu ne semblent d’ailleurs pas trop l’intéresser.Le Bien et le Mal lui passent par-dessus la tête.L’étemel conflit entre idylle et histoire, en revanche, lui offre un terrain sémantique a sa mesure, juste «à l’est d’Eden», dans cette Californie qui, avec son désert et ses grands studios, est la patrie du rêve en même temps que la frontière de tout désir.Mailer, oui, et Bellow, Nathaniel West Fitzgerald, tous cites dans la préface de Busch.Tous des hommes qui ont chante les splendeurs et les misères de Hollywood.Dans cette grande aventure qui prolonge la conquête de l’Ouest la femme a existé comme enjeu, non comme sujet Le mythe Marilyn passe par Joe Di-Maggio, Jack Kennedy et Arthur Miller, bras, cœur et cerveau de cette nouvelle Dorothy.L’Augusta Hudson (l'Angle d’équilibre, un des phis beaux personnages féminins nés de cette mouvance vers le Couchant sort du cerveau d’un homme, Wallace Stegner, redécouvert sur le tard, comme Angela Fox, mais par l’école de Missoula, alors que Fox le serait à la fin des années 80 par la petite poignée d’adeptes du «gros roman social» dont faisait partie Jonathan Franzen.Angle d’équilibre date de 1971.L’année suivante paraissait Côte ouest.Entre l’énergie folle des années 60 et les soutiens-gorges brûlés sur la place publique, une nouveDe sensibilité féminine s’approprie une mythologie de l’Ouest écartelée entre le «peace and love» et le vieil esprit de conquête, entre l’errance beat et l'establishment des images.Partagée entre indifférence et dégoût Annie est une petitecousine de Meursault et de Roquentin, quelqu’un qui comprend trop vite et trop bien ce qu’on attend d’elle et qui devrait se passer d’explications.Mais voilà, chacun arrive devant eDe avec sa propre clef du monde et donne l’impression d’être incapable de la garder dans sa poche.«Elle découvrit, ou plutôt reconnut enfin que ce que les hommes voulaient faire avec elle, ils voulaient le faire avec n’importe qui.Soncorps, l’objet, n’avait pas de valeur par- ticulière pour elle.Cependant, elle ressentait envers ce corps une sorte d'amour, [.] la même pitié que pour les animaux perdus qu'elle voyait parfois s’abriter furtivement tard le soir dans les entrées des magasins fermés.» Il y a quand même des choses qui échappent a Annie: «Elle cherchait a comprendre le fonctionnement d’un couple.Mais elle avait beau regarder, la nature fondamentale de ce mode de vie lui échappait.» S l'idylle se trouve quelque part dans ce livre, ce n’est en tout cas pas dans Tamour physique: «[.] pour moi, pleurniche un pauvre garçon, c’est comme si une chose terrible devait absolument être accomplie, [.] comme si on m’emmenait dans un pré et qu’on me tirait dessus.» C’est sans parier des deux violeurs qui prennent la peine de s’excuser à peu près en ces termes: «Désolé, mais ce qui doit être fait doit être fait.» Ça, et puis.«Chacun y va de sa petite leçon.comme si fêtais l’idiote du village mondial.» Au bord du volcan On est ici au bord du volcan, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ce qui veut dire que les donneurs de leçons ne manquent surtout pas.Quand Tomas et Teresa, dans le roman de Kundera, s’exilent à la campagne, ils ne peuvent plus nourrir aucune illusion à l’endroit du rêve sociaDste: le Printemps de Prague est bel et bien terminé.«Il n'y a pas de mission», constate alors Tomas après avoir troqué la blouse du chirurgien pour ceDe du paysan.Et c’est le plus bel éloge de l’idylle qu’on ait jamais fait Mais dans Côte ouest, la chasse aux sorcières est encore loin, le maccarthysme n’a pas encore ruiné son lot de carrières hoDywoodiennes et Lee Harvey Oswald n’est pas encore rentré dTJnion soviétique pour tirer sur le président Kennedy.Les communistes américains peuvent encore croire que le monde est à la veille de leur tomber dans les mains.Et Annie en a épousé un.«M’avait-elle pas lu une seule fois le journal?N’avait-elle pas entendu parler de Dunkerque?Ne savait-elle pas que les Allemands étaient à Paris?» Son marxiste de mari lui reproche ensuite d’avoir passé l’été «comme dans un rêve, loin des événements décisifs qui se déroulaient alors».On ne saurait mieux épingler l’égoïsme foncier de la tentation idyllique.Non pas qu’Annie y ait succombé pour de bon.Sinon, Q n’y aurait pas cette tension pas de conflit pas d’histoire.Ni de roman.Ainsi ••Commentpouvait-il établir un tel parallèle entre leurs destinées individuelles et la disparition de trois cent mille personnes [à Stalingrad!?Comment pouvait-il se démener ainsi dans le noir après que cette horrible bombe avait été lâchée sur deux vüles japonaises?» L’idylle, c’est justement quand deux êtres s’aiment sur les atomes éparpiflés d'Hiroshima.Peut-être à cause de ces entrées de magasins fermés, je n'ai cessé de voir apparaitre Florentine Laçasse en filigrane des aventures de cette jeune prolétaire dégourdie.Une Florentine déniaisée, si on veut C'est le même acharnement à chercher son petit butin, son petit bonheur en marge des vastes mouvements des armées et des commentaires des hommes, chacun réfugié derrière sa propre «ligne Imaginot».Dans Côte ouest, ITdyfle a pour nom Yosémite, et tout y est les daims, les ours, le feu de camp, le lac, les sourires, l’amour qui enfin ne demande aucun effort Mais surtout dans la vallée, Us vivaient sans mémoire.«Rien de plus fragile que l’idylle.La seule idée que le charme ne va pas, ne peut pas durer suffit parfois à rompre le charme.Et ailleurs, avec un autre homme, près d'un autre lac, Annie la cherchera de nouveau, mais cette fois, ils se buteront à des décors de cinéma abandonnés, un village de pionniers.“Elle se demanda si les couguars venaient arpenter la grand-rue.» A une femme capable d’avoir ce genre de pensées, tous les espoirs sont permis.Collaborateur du Devoir CÔTE OUEST Paula Fox Traduit de l’américain par Marie-Hélène Dumas Éditions JoëDe Losfeld Paris, 2007,448 pages POÉSIE QUÉBÉCOISE LA PETITE CHRONIQUE Deux objets curieux HUGUES CORRIVEAU Parlons d’abord des Territoires occupés que Christiane Frenet-te publie au lézard amoureux.Je suis loin d’avoir été convaincu par l'entreprise qui, bien que voulant s’en tenir au plus près d'une actualité mouvementée, ne trouve guère la voix poétique pour en traduire la fulgurance.Je vois mal comment peuvent s’arrimer des textes qui regardent Radovan Karadzic poète (avec en toile de fond les atrocités que ce seul nom représente) et d’autres qui traduisent l’émoi de l’auteure quand elle nous rappelle la mort de Marie Trintignant C’est comme si on passait de Charybde en Scylla, d’un problème de civilisation à un autre d'ordre plus privé.L’idée de revenir sur l’histoire de l’assassinat d’une actrice ne persuade aucunement de sa pertinence.Soit! Son sort reflète celui qui est réservé à trop de femmes dans le monde, mais la référence ne s’impose pas.Je ne sais trop quoi faire de cela: «Le tournage s’éternise / Tu crois n’en jamais finir/avec l’été de Vilnius / et UN ALLIGATOR NOMMÉ ROSA Marie-Célie Agnant i! ¦ •iis La violence des dictatures est au coeur de ce roman où les dialogues prennent des allures de soliloques et où les procès n’ont pas lieu devant jury.Implacablement, Marie Célie Agnant provoque des rencontres entre un bourreau et sa victime, entre une femme et un homme, un tete-à-tete d'où personne ne sortira indemne.les éditions du remue-ménage www.editions-remuemenage.qc.ca Un vaste panorama des nouvelles solitudes de notre temps, à partir d'expériences vécues, par l’auteur du Harcèlement moral.l’insistance de ton amant / qui te suit pas à pas» Cela feraM trop écho à la vie des vedettes?Seraisje insensible au sort de Bertrand Cantat, dont l’au-teure dit que sa «•[.] vie a explosé / dans une chambre sans luxe/une mit d’été à Vilnius/ quand l’amour a exacerbé [ses] poings»?Le manque total d’écriture distanciée et le référentiel appuyé nuisent sans aucun doute à l’épanouissement de ce recueU contraint dans sa dimension pathétique.Cette distorsion tient au fait que se bousculent ici des faits divers qui devraient avoir valeur d’absolu alors que l’au-teure ne réussit pas à transcender leur anecdote.Ainsi, que retenir de l’histoire de cette femme en manque de cigarettes qui met son enfant de deux ans dans le lave-linge pour se rendre seule au dépanneur?L’enfant réussit à enclencher le bouton, et il meurt dans la cuve.Atroce, sans aucun doute, mais pour parvenir au poétique, il faut autre chose que cette constatation légale: «Négligence criminelle, / homicide involontaire, / ils ne m’ont pas expliqué la différence.» Mû par une idée formidable, ce recuefi s’est malheureusement abîmé.Sombre épiphanie Tout autre est le recueil d’A-lexandre F'austino.On est un peu déshabitué à ces recueUs échevelés qui vont dans tous les sens, qui ne réussissent pas à unifier de quelque manière leur propos.Ainsi, Fausti-no a beaucoup d’influences, ne les renie pas, ce qui fait que les tons se multipUent un peu n'importe comment dans ce recueU au titre assez peu approprié d'Epiphanie, alors que la joie n’exulte pas ici, quand on voit l’auteur «plongeant dans la terre qui se referme /où se perdent les yeux d’invalides».Dans un poème dédié à Maurice Richard, on voit poindre Miron: «je t’invente Pays / pendant que le jour/ hissant ses cris/ rejoint mon corps»; et pourquoi pas, en filigrane, Denis Vanter «Le chapitre des nerfs nous découvre / le parfum de domiciles politiques / les matins de crise sur la table / habitée de mains de visages / et de céréales sauvages»; et pourquoi pas des poèmes de circonstance autour du Zénob de Trois-Rivières ou de la «Saint-Jean-Baptiste, 2006»; sans compter qull nous parie de façon assez vilaine des «gencives du désir», des «récifs de tes entrailles» ou du •poitrail de vos hivers».Ce qui s’avère sans doute les aspects les plus curieux de ce travaü, œ sont, entre autres choses, le côté terroir qui sourd des bourrasques ou des paysages nordiques, les élans un peu grandiloquents si le texte s'intitule Le Cœur de Chénier, ou les images surréalistes qui s’entrechoquent, comme «ce passage de fémurs en cierge blanc» ou «les amas de cœurs blancs».Cela se peut sans doute quand on est aux prises avec «l’estomac de tentations malades».Collaborateur du Devoir TERRITOIRES OCCUPÉS Christiane Frenette Ed.Le lézard amoureux Québec, 2007,94 pages ÉPIPHANIE Alexandre Faustino Éd.Marchands de feuilles Montréal.2007,80 pages 3 ans de plaisirs de lire partagés! A ne pas manquer dans cette édition: un grand dossier sur LA LIHÉRATURE ET LA POLITIQUE En Kiosque dès maintenant! Bulletin d'abonnement Remplir et retourner à : les éditions Entre les lignes Téléphone : 514.526.2620 2177, rue Masson, bureau 411, Montréal (Québec) H2H 1B1 Télécopieur : 514.526 4111 ?Oui, je m’abonne au magazine Entre les lignes*.?Oui.ïabonne un(e) de mes amiiels au magazine Entre les lignes*.Cadeau de :- Tél.:_____________________ ?4 numéros /1 an : 20,00 $ + tx = 22,79 $ (institutions : 22,00 $ + tx = 25,07 $) ?8 numéros 72 ans : 35,00 $ + tx = 39.881 (institutions : 40.00 $ + tx = 45,58 $) Nom :__________________________Prénom :____________________________ Adresse :___________________________?______________________________ Ville :________________________Province ;_____Code postal :________ Tél.rés.:-Tél.bur, ;_________________________ Courriel :_________________________________________________________ Mode de paiement : ?Chèque ou mandat è l'ordre de : tes éditions Entre les lignes ?Visa ?MasterCard tf carte de crédit :_______________________________________________ Date d'expiration :____________Date :______________________________ Signature :________________________________________________________ Que lisent nos politiciens?fsrew&ur BERNARD YOvCS Crimes italiens Gilles Archambault Il y a bien trente ans j’ai conduit un entretien radiophonique à Turin avec Franco Lucentini et Carlo Fruttero.Ils connaissaient alors un succès international grâce à un polar, La Femme du dimanche (Robert Laffont).Je me souviens de leurs propos à la fois intelligents et malicieux.Depuis la mort par suicide en 2003 de Lucentini, Fruttero n’avait rien publié.Aussi son roman Des femmes bien informées a-t-D reçu en Italie un accueil plus que chaleureux.fi s’agit là encore d’un polar.Une ancienne jeune prostituée de venue femme d’un banquier richissime est trouvée morte dans un fossé.Circonstance troublante, elle était revêtue des vêtements qui lui servaient pour exercer son métier d’origine.Les «femmes bien informées» auxquelles le titre fait allusion ont toutes la parole.Elles nous la livrent dans les chapitres qui se succèdent.Il peut s’agir d’une journaliste, d’une policière, d’une amie du banquier, de sa fille, etc.Le ton comme nous 1e rend la traduction est celui de la sagacité, de l’ironie, de la vivacité d’esprit Les aDusions bien contemporaines pullulent et nous parviennent sans détour, sans non plus de vulgarité gratuite.Point n’est besoin d’être lecteur de roman policier pour trouver de l'intérêt dans le déroulement d’une histoire qui aurait pu paraître sordide par certains aspects.Fruttero est octogénaire, mais il a l'art de ne jamais paraître appuyer.Non seulement Des femmes bien informées est-il un polar réussi, mais il est en même temps un portrait bien contemporain d’une viDe italienne, Turin.Beppe Fenoglio, mort à 40 ans en 1963, écrit dans un registre qui n'a rien à voir avec la verve de Fruttero.La Paie du samedi (Galli- mard, coU.«L’imaginaire») est un roman mince, écrit fort sobrement à la fin de la Seconde Guerre mondiale.Le personnage principal, Et-tore, a connu la Résistance.Rendu à la vie civile, il vit avec ses parents dans un misérable logis.Rien ne l’intéresse.Il supporte avec peine les remontrances de sa mère qui lui reproche son inaction.N’étaient les rencontres avec Vanda, sa vie serait une longue attente.Le jour où son père — il le préfère de loin à sa mère — lui déniche un emploi subalterne dans une usine de chocolat, il décide de s’allier à un filou qui lui ouvre la porte de la contrebande et des combines hasardeuses.Il réussit rapidement à se taiDer une place dans ce monde inquiétant jusqu’au jour où il doit mettre sur pied sa propre compagnie de camionnage.Vanda est enceinte, il doit l’épouser, histoire d’honneur.Il meurt renversé par un camion.On rappelle en quatrième de couverture un propos d’Italo Calvi-no, pour qui ce livre est «un document de l’histoire d’une génération».C’est bien d’un document qu'il s’agit ici.Le roman est bref, les dialogues incisifs, la psychologie volontairement primaire.Il y a pourtant une fascination dans la façon dont les péripéties nues sont restituées.Ettore pourrait paraître trop unidimensionnel pour le lecteur distrait 11 y a pourtant dans ses réactions, dans les paroles que l’auteur lui attribue, un trouble, une indécision que tentent de masquer ses bravades.La leçon de ce livre, pour peu qu’eUe existe?Ettore a connu dans la Résistance une existence trépidante et dangereuse que la vie qui lui a été offerte à son retour ne pouvait satisfaire.D’où ses coups de gueule, son apparente indifférence à la douleur.Un roman qui ne se laisse pas oubDer facilement Collaborateur du Devoir «RENCONTRES LIBER» Des livres et leurs auteurs Regards sur le temps présent AVEC Benoit Duguay Consommation et luxe Patrick Lynes Le besoin de l'impossible Alain Médam L'état des lieux par ciel variable Guy Ménard Petit traité de la vraie religion Dimanche 9 décembre de 14h à 16h Librairie Zone libre 262, rue Sainte-Catherine est, Montréal ENTRÉE LIBRE RÉSERVATION 514-844-0756 ou zonelibre^zonelibre.ca • L'ABONNEMENT DÉBUTERA AVEC L'ÉDITION VOL 4 ET 3 - MARS 2008. LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ET D I M A X C H E 2 DECEMBRE 2 O O 7 F .1 LITTERATURE POLAR Entrevue avec Isabel Allende Pauvre Congo ! John Le Carré semble se faire plus virulent avec les années Écrire le 8 janvier MICHEL BELAIR Les histoires que raconte John Le Carré ne sont jamais tout à fait simples.Nourries de l’actualité politique internationale, elles mettent la plupart du temps en scène des hommes et des femmes qui n'ont rien à voir avec James Bond ou les espions des séries télé américaines; chez lui, rien n’est jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc.Complexes, riches, nuancés, les romans de Le Carré font rarement appel aux effets spéciaux ou aux arts martiaux; de Smiley jusqu’au médecin de La Patience du jardinier et au jeune interprète surdoué du Chant de la mission, ses héros sont d’abord des hommes qui cherchent à comprendre ce qui se passe avant d’agir et de prendre position.Mais depuis qu’il a atteint l’âge vénérable de 70 ans, en 2001, John Le Carré semble se faire plus virulent avec les années.Après avoir dénoncé les façons de faire pour le moins cavalières des grandes compagnies pharmaceutiques en Afrique, voilà que la cible se précise encore plus avec ce grand roman d’aventure et de compassion arrivé en librairie il y a quelques semaines.Ici, c’est l’un des territoires les plus dévastés de la planète, le Congo, qui est au centre des préoccupations de tout le monde.Et, encore une fois, rien n’est simple dans le complexe écheveau que l’on voit se tisser fil par fil autour de Bruno Salvador, alias Salvo.Engagé comme interprète par une obscure officine secrète de Sa Majesté, Salvo est là pour que tout le monde se comprenne dans une sorte de conférence de la dernière chance visant à trouver une solution permanente aux problèmes du Kivu.La conférence, convoquée par un «syndicat anonyme» servant les intérêts de la Grande-Bretagne, réunit un personnage charismatique, le mwangaza, des chefs de guerre des milices les plus actives sur le terrain et un représentant de la communauté des affaires liée aux Rwandais qui contrôlent l’acti- MARTIN BUREAU REUTERS John Le Carré, photographié à Paris en 2001 vité économique du pays.Et Salvo, qui est le seul à saisir tout ce qui se passe vraiment autour de la table, fera bientôt face à un grave problème de conscience qui l’amènera à poser des gestes risquant de remettre en question l’opération planifiée.On rencontrera là quelques personnages admirables dont les gestes mêmes sont une dénonciation virulente de la rapacité des puissants.D faut dire aussi que Le Chant de la mission est remarquablement traduit par Mimi et Isabelle Perrin, qui réussissent à nous faire sentir la richesse et la complexité du monde de Le Carré sans jamais cé- der à la facilité.On en veut encore.Le Devoir LECHANT DE LA MISSION John Le Carré Le Seuil Paris, 2007,350 pages ANNE MICHAUD Ottawa — Comme pour tous ses livres precedents, Isabel Allende a commencé la rédaction d’/nés of My Soul, son nouveau livre, un 8 janvier, une date porte-bonheur pour elle puisque c’est le 8 janvier 1981 qu'elle a jeté sur papier les premiers mots de ce qui allait devenir La Maison aux esprits.Inès of My Soul, son dernier-né, doit paraitre en français au debut de Tannée prochaine.«Au départ, c’était une lettre que j'écrivais à mon grand-père, qui était très malade, puis cette lettre est devenue le roman que vous connaissez, qui a très bien marché.Mais mon agent m’a dit qu’il pillait plus qu’un bon roman pour faire un écrivain.Je me suis donc attelée à l'écriture de mon second roman le 8 janvier suivant, et il s’est aussi très bien vendu.Depuis, je commence toujours mes livres le 8 janvier.» Par superstition?«C’est plutôt parce que ça me force à prévoir une période bien définie pour l’écriture dans mon agenda.Autrement, avec la promotion de mes livres qui me prend de plus en plus de temps, je n’aurais plus le temps décrire! En fixant une date précise, à partir de laquelle je deviens recluse, je m’oblige, et surtout j’oblige les autres, à respecter mon travail d’écrivain.» Le 8 janvier 2008, Isabel Allende s’enfermera donc dans son bureau, ouvrira son ordinateur et s’attellera à l’écriture d’un nouveau livre.Quel en sera le sujet?«Ne me demandez surtout pas ça! Je n’en ai aucune idée! Chaque année, à cette époque-ci, je commence à ressentir de l’anxiété.Je fais des rêves étranges et je sais que quelque chose se passe dans mon subconscient, que je me prépare à donner naissance à une nouvelle histoire.C’est très physique, très organique, et je n’ai aucun contrôle sur ce processus.Et parfois, il arrive que mon intention première soit détournée.Par exemple, le 8 janvier2006, je venais d’ouvrir mon ordinateur et je me préparais à écrire la première phrase d’un roman historique lorsque le téléphone a sonné.C’était mon agent, en Espagne, qui voulait que JONATHAN ERNST REUTERS Isabel Allende je lui lise ma première phrase.Je lui ai répondu qu 'elle était en avance, à cause du décalage horaire, et que je n’avais encore rien écrit.Elle m’a répondu: “Pourquoi n’écrirais-tu pas un livre sur les 10 dernières années de ta vie?Il s’est passé beaucoup d’événements que tu n'as pas racontés." Cette suggestion a complètement bouleversé mes plans et, de fait, j’ai écrit un livre de mémoires qui est déjà paru en espagnol et qui paraîtra bientôt en anglais, sous le titre The Sum of Our Days.» Elle s’attaquera peut-être enfin cet hiver à ce roman historique quelle avait mis en attente.«Peut-être.mais ce pourrait aussi être tout autre chose.Mes histoires prennent généralement beaucoup de temps avant d’arriver à maturité.Si j’ai cédé aussi facilement à la suggestion de mon agent ce jour-là, c’est peut-être parce que le roman que j’avais en tête n’était pas mûr.et peut-être ne l’est-il pas encore.On verra!» Courage et intrépidité En attendant, Isabel Allende s’est immergée dans la vie palpitante et tumultueuse d’Inés Suarez, Tune des fondatrices du Chili, lorsqu’elle entreprend la périlleuse traversée de l’Atlantique pour rejoindre son mari, Inès Suarez est loin de se douter que ce voya- ge la fera entrer dans l'Histoire.À son arrivée à Cuzco, elle apprend que son époux est décédé et rencontre Pedro de Valdivia, lieutenant de Francisco Pizarro, qui devient son amant.Valdivia a un rêve, celui de conquérir de nouveaux territoires, et en 1540, avec un petit groupe de soldats espagnols et quelques centaines d’indiens, ils prennent la direction du Sud, pour fonder le Chili.Ce qui a d'abord séduit Isabel Allende, c’est le courage et l'intrépidité d'Inès Suarez; «C’était une .femme belle, forte et énergique, qui n'a pas hésité à traverser l’océan et à partir vers l’inconnu à une époque où les femmes, en Espagne, n'avaient généralement même pas le droit de quitter leur village! Et tout cela, elle l’a fait non pas pour trouver la richesse ou la gloire, mais par amour! L'amour des hommes et l'amour de l’aventure.Plus j’en apprenais sur elle, plus j'avais le sentiment qu'il fallait raconter cette vie hors du commun.» 11 a fallu à l’auteure près de quatre ans de recherches intensives pour réunir les infonnations nécessaires pour étayer son roman.«Inès est présente dans plusieurs livres d’histoire, mais généralement entre les lignes; il y a très peu de documents officiels qui font spécifiquement référence à elle.Il a donc fallu que j'étudie attentivement les faits historiques pour déceler sa présence et retracer les grandes étapes de sa vie.Mais j'ai fini par trouver ce que je cherchais.Par exemple, j’ai retrouvé la trace de sa naissance dans sa ville natale, Plasencia, en Espagne, le nom du bateau à bord duquel elle a traversé l’Atlantique, le moment de son arrivée à Cuzco et celui de son départ pour le Chili.Par la suite, plusieurs documents font référence à des transactions dans lesquelles son nom apparaît, telles que des héritages, des prêts, des ventes, etc.Au départ, c'était une femme illettrée, une simple couturière, mais elle est éventuellement devenue la deuxième personne la plus riche de tout le Chili.» Inès ofMy Soul doit paraître en français à l’hiver.Collaboratrice du Devoir Livre-cacCeau idéaC Michel DAVID ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES lIPfTII MONDE PEMim-OHEtME OU AMIES \ S ,0 m ism in-i-7ni-«u-i ' h.si i lue u L'ENMCINEMEId [CMOMOUt DU MlEll M) UH RD-l-ntl-mt-l ' 23.13 S (STI A.} LE TEMPO DES EPREUVES ICMOIiaiE DU AIRIES DO) ISBA R7B-J-7W1-IAM-0 - ».ll S (HA IJ LES HERITIERS tCIDOIIOK DE L'AI Ml) ISM I7I-!7W1»S0I • 2!MS (SOAR.) GUERIN, éditeur Itée 514-842-3481 BEST-SELLERS iBéaiSBOUP I8 temps sas fêtes à uenir.En uente Dans toutes les lioraines Les prix sont indiqués sous réserve de modifications.Calendrier culturel nous réinventons la librairie ivl: i A Bps 1er décembre 2007 14 heures Janette Bertrand Causerie animée par Danielle Laurin 2 décembre 2007 de 14 heures à 15 heures 30 Jean Lemire Rencontre avec le chef de mission du Sedna IV 8 décembre 2007 14 heures Nicole Fyfe-Martel Rencontre avec l'auteure de Hélène de Champlain Inscrivez-vous au bulletin culturel par courriel ! www.librairiemonet.com 514 337-4083 Résultats des ventes: du 20 au 26 novembre 2007 ROMAN SANS RISK M PERSONNE Sr,Marie Laberge (Boréal) 2A.N.B.E.T.3 : PERFKHA Anne Roblltard (Michel Brûlé) LA TRAVERSÉ! DU CONTINENT Michel Tremblay (Leméac) LA RÊVEUSE D'OSTENDE Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) NOUS, US D'EUX T.3 : LE NYSTtRE.Bernard Werber (Albin Michel) CHAGRIN D'ÉCOU Daniel Pennac (Gallimard) LES CHEVALIERS D'ÉMERAUDE T.11 Anne Roblllarr) (De Mortagne) MUE SOLEILS SPLENDIDES Khated Hosseinl (Belfond) MAL ÉLEVÉ Stéphane Domplerre (Québec Amérique) LE PREMER ET U DERNIER MIRACLE Antoine Rlissiadis (Michel Brûlé) ?» QUEBECOR MEDIA OUVRAGE GENERAL PASTA ET CETERA JkUt DI STASH Josée Di Stask) (Flammarion Québec) LE GUIDE DU VIN 2006 Michel Phaneuf (De l'Homme) MISSION ANTARCTIQUE Jean Lemire (La Presse) PATRICK ROY, LE GUERRIER Michel Roy (Libre Expression) U SECRET Rhonda Byrne (Un Monde Différent) DE FEMME A FEMME Collectif (TVA Publications) CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC B.Psrro / A.Gmart (Trécarré) JE M'APPELLE MARIE Christian Tôtreault (De l'Homme) SELECTION CHARTER 2008 François Chartier (La Presse) KtSTtXRE DES QUÉBÉCOISES EH PHOTOS Hélène-Andrée Bizler (Rdes) JEUNESSE HARRY POTTO! ET LES RELIQUES DE.J-K.Rowling (Gallimard) U JOURNAL D'AUtàUE LAFLAMME T 4 India Desjardins (Intouchables) HE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) LÉOMS T 10 : LlU DES OUBUÉS Mario Francis (Intouchables) LA FABULEUSE ENTRAINEUSE Dominique Demers (Québec Amérique) ANGLOPHONE TTUSHYOUR BRAIN OH MUSW Daniel J.Levitin (Plume) THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) ?El no PADOU T.11 :IA Midam (Dupuis) PMKALT.8:U SOLEIL BLEU Maxime Roussy (IntouchaWes) U MCO DES FRIES 20M Dominique Alice Rouyer (Fleurus) AU-DELA DE L'UWVERS T ¦ Alexandra Laracheüe (Trécarré) A LA CROISÉE DES MONDES PhHip Pullman (Gallimard) THE BANCROFT STRATEGY Robert Ludhim (SL Martin's Press) NEXT Michael Crichton (Harper Collins Canada) EXT, PRAT, LOUE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) CROSS James Patterson (Warner Books) THE PtlARS OF THE EARTH Ken Follett (Dutton) WORLD WITHOUT END Ken Follett (Dutton) ECHO PARK Michael Connelly (Warner Books) GENES» : CHAPTER AND VERSE T.Banla / P.Collins (McArthur & Company) .aiire PfiSSWi CONSEIS CT DÉCOUVERTES Venez assister à une table ronde sur le roman historique René Ouellet Le sentier des Roquemont Ammee par Josée Bournival Nicole Fvfe-Mahtel Hélène de Champlain Jeudi le 6 décembre à 19 heures Romans publies aux Éditions Hurtubise HMH Jean-pierre Charland Les portes de Québec Librairie indépendante agréée Race Looguei • 8?j, St-Lament Q 4b0-6?9-6?ll • rfo@liorcMie-dire.coni Documents r Escapades culturelles Archambault UN DIMANCHE AVEC BACH à Montréal Le dimanche 9 décembre 2007 Pour information 514.380.3113 ou 1.877.371.2323 ou consultez www.archambault.ca/escapades À la relecture du Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantès, du Second rouleau/The Second Scroll d’Abraham Moses Klein, de la mystique d’Abraham Aboulafia (1240-1291), de l’antisémitisme de Louis-Ferdinand Céline, de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, de Schreber, de Freud, de Lacan, du Talmud, de la Bible.Anne Élaine Cliche propose, dans cette étude, une analyse novatrice du Messie comme figure du rêve, mais aussi comme figure du temps.Poétiques du Messie UoniQINR JUIVE EN SOUP WMA MC K '.&M V XÏZ SYl éditeur Anne Elaine Cliche Poétiques du Messie L’origine Juive en souffrance 300 p., 28 $ XYZ éditeur -1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: 514.525.21.70-Télécopieur : 514.525.75.37 Courriel : inf0@xy2edit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI I ET D I M A X C H E 2 DÉCEMBRE 2 0 0 7 F (> LIVRES BÉDÉ Histoire de bulles et bulles d’histoire FABIEN DEGLISE Les créateurs de bandes dessinées cherchent-ils à savoir où ils s’en vont?Pas plus que d’autres, sans doute.Mais on peut légitimement se questionner en constatant la fascination qu’ils ont actuellement pour les rédLs historiques et autres introspections dans des époques révolues, une activité fortement recommandée, comme le veut la formule consacrée, pour savoir où l’on va.C’est qu’en ligne, deux maisons d’édition viennent en effet de mettre sur le marché trois récits qui plongent dans la vie ordinaire de grands oubliés de l’histoire.Celle d’un célèbre modèle de Paris du début du siècle.Celle de résistants allemands au temps d’Hitler.Et celle aussi d’un ferrailleur roumain qui aurait mené une double vie.Tous ont existé.Tous sont sortis des écrans radars de la mémoire collective jusqu’à aujourd'hui, où, poussés par des coups de crayon efficaces et des scénarios intelligents, ils viennent en chœur confirmer que le regard historique du 9" art est désormais autant mature qu’assumé.Premier arrêt de ce voyage dans le temps: KM de Mmtpamasse (Cas-terman), de Catel et Bocquet.Brique de quelque 400 pages, l’objet relié retrace la vie d’Alice Prin, alias KM, personnage marquant de la vie culturelle parisienne du début du siècle dernier.Maîtresse, compagne, amie, muse et égérie des Modigliani, Dû-champ, Aragon, Picasso, Cocteau et compagnie, KM a mené une vie débridée au temps des années folles.Et plus encore, comme en témoigne ce roman graphique qui, dans un décor aussi excitant que déprimant, dresse la chronologie d’une existence atypique faite de plaisirs éphémères, de recherche de sens et de transgression d’interdits.La proposition est ambitieuse.Mais elle est aussi habilement orchestrée par le duo de créateurs, qui passe par la porte des événe- ments clefs pour suivre la déliçieuse KM dans son cheminement Evénements associés à des adresses où la donzeDe a habité, s'est dénudée ou a exposé certaines de ses œuvres.Sublime.Amour et obscurantisme Tout aussi intense et certainement plus dramatique, le troisième tome de la série Amours fragiles (Casterman) nous conduit dans l’obscurantisme de l’Allemagne nazie vu à travers les yeux de Maria, Katarina et Martin, un groupe de notables qui, en plein cœur de la guerre, essayent d’organiser la résistance contre la folie dévastatrice d’Hitler.Le sujet est bien sûr hautement original.Il devient aussi des phis captivants, case après case, grâce au talent de Beuriot qui, sur un scénario de Richelle, vient ainsi lever le voile sur une rébellion, méconnue de l’histoire, que des gens bien ordinaires mais déterminés ont soutenue.Malgré tout.Autre lieu, mais même époque: Joseph Joanovici, un immigré roumain, aurait pu, lui aussi, rester un homme ordinaire.Arrivé en France en 1925, le personnage principal du premier volume A'Il était une fois en France (Glénat) est devenu millionnaire pendant l’Occupation grâce au marché noir et à une simple entreprise de récupération de métal.Proche des services secrets allemands et de la Gestapo française, il s’est également illustré pour avoir soutenu financièrement la Résistance mais aussi pour avoir sauvé des camps de la mort pas moins de 150 personnes.Or, après la Deuxième Guerre mondiale, l’étrange ferrailleur, aux nombreuses amitiés, a autant été décoré comme résistant que jeté en prison pour collaboration.Il est mort en 1965, sans le sou et dans la solitude a Clichy, en banlieue parisienne.Pour vrai Le destin de Joanovici, tout comme son curriculum vitæ, est aussi mystérieux qu’intrigant.Il fournit aussi une matière dense à Nury et Vallée qui, en 56 pages, posent ici, avec un montage très cinématographique et très exigeant les grandes lignes de l’aventure rocambolesque du résistant-collabo, dont la double-vie laisse forcément perplexe.Contrairement à la passion des bédéistes pour le passé, qui elle nous réjouit Le Devoir UtfROtt» TBAHOUIllITf SYLVAIN TRUOU ÜÜI PÉNÉTRÉ D UNE BEAUTE OBSCURE, LAMER DELATRANQUILLITE FOUDROIE ET INSPIRE À LA MANIERE DES GRANDS POÈMES.EISA PÉPIN/ ICI PEU DE LIVRES AUJOURD'HUI OBLIGENT ACES ARRETS SUR PAGE, RESPIRATIONS NÉCESSAIRES APRES L'EMERVEILLEMENT DU LANGAGE.C'EST CELA QU'OFFRE TRUDEL, DONT L'ÉCRITURE, D'UNE GRANDE LUCIDITÉ POÉTIQUE, LE PLACE DANS LA LIGNEE DES ENCHANTEURS, CELLE DE RÉJEAN DUCHARME.VALÉRIE MARIN LAMESLÉE/ LE MONDE 1 HEUREUX LES ALLUSIFS, SYLVAIN TRUDEL REMPORTE LE PRIX DU GOUVERNEUR V GÉNÉRAL 2007 POUR SON RECUEIL DE , NOUVELLES LA MER DE LA TRANQUILLITE, USSI L'AUTEUR DU BOULEVERSANT MERCURE SOUS LA LANGUE.LES ALLUSIFS e < 1 * Dossier La Terre aux abois Numéro 721 • décembre 2007 Climat : l’heure des choix jean-Guy Vaillancourt L’eau, une ressource sans prix Sylvie Paquerot Le courage d’agir Entrevue avec Louise Vandelac Les OGM démasqués Gilles-Éric Séralini Vers une écologie politique jean-François Filion Artistes invités : Matthieu Bouchard Aurélie Painnecé Marie-Ève Proteau Chronique Promenades Ying Chen RelatiONS 8 NUMEROS PAR ANNEE, 44 PACES Un an : 3$ S Deux ans: 65 J À l'étranger (un an) : 4; S Étudiant : 25 % (sur justificatif) Abonnement de soutien : too S (un an) Par téléphone ($14) 387-2541 Par courriel relations@icif.qc.ca Par la poste Relations 25, rue |arry Ouest Montréal (Québec) H:P \S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 4,95 S + TAXES Nouvelle de Pascale Qujviger *4 CW* RelatiONS hiéti ftolitùme tvlii La Terre aux abois Climat : l’heure des choix Leau, une ressource sans prix * Le courage d’agir .’Ç ÿ Les OCM démasqués Vers une écologie politique Afrique du Sud : un « apartheid de Fe umsnj iwrrts KHXHMC A'-'Kl# PUNiffci MM* fw MDtUu La Revue çui met Les poiNts sur Les Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca Aux marges de l’hôpital G UYLAIN E MASSOUTRE Il y a deux ans, le 27 novembre 2005, une première chirurgicale révolutionnait la médecine.Il s’agissait d’une greffe de visage sur Isabelle Dinoire, mordue par sa chienne.Alors qu’elle gisait inconsciente, la jeune femme de 38 ans, qui ne voulait plus vivre, était ramenée au monde amputée du nez, de la bouche et du menton.Isabelle revint donc à la vie défigurée, monstrueuse, atrocement mutilée.Sa bête domestique l’avait dévorée jusqu’à l’os, proprement, s’il est permis de décrire ainsi le visage scalpé par les crocs.Et sa vie biologique s’en accommodait.Hospitalisée à Amiens, elle allait trouver là une équipe extraordinaire de soignants, chirurgiens, psychiatre, infirmières, ergothérapeute., puis des immunologistes lyonnais et d’autres spécialistes, sensibles à son cas.Le Baiser d’Isabelle, de Noëlle Châtelet, raconte neuf mois de soins prodigués à Isabelle, de démarches et de lucidité jusqu’à l’opération finale.Récit, donc, d’une grande émotion: l’écriture suit les faits — la souffrance, l’espoir, l’attente, le don, la greffe — et en retrace les enjeux à chaque étape.La compassion n’avait qu’une issue: réparer les dégâts, sans en faire d’autres.Les questions d’éthique n’étaient pas les plus simples.L’acte chirurgical — greffer des morceaux étrangers — touchait un lieu sensible, le plus visible d’un humain: son visage.Qu’on se souvienne des livres de Châtelet sur la fin de vie volontaire de sa mère, infirmière, sur la chirurgie esthétique ou sur l’androgynie.Avec tact, sobriété et respect à chaque ligne, elle entre dans la science, la psychologie, l’éthique.Quelle est la définition d’une santé acceptable?Jusqu’où repousser les limites, les risques et les responsabilités?Sous le masque Il a fallu un protocole médical exemplaire, des autorisations venues des plus hauts comités d’éthique, l’organisation d’une équipe cohérente et volontaire, qui impliquait au moins trois hôpitaux (que séparent quelques centaines de kilomètres).Puis, ce fut l’attente, entre les soins d’une complexité extrême.Pour chaque étape, la clarté est au rendez-vous.Châtelet a longuement interrogé Isabelle, ainsi que les intervenants médicaux.L’anonymat légal est respecté; figurent des prénoms, suivis d’une majuscule, point A cette sobriété, l’auteure oppose la médiatisation délirante qui s’ensuivit.Sur Internet, les interdits moraux et légaux ne valent pas grand-chose.Qui aurait prévu que d’Angleterre, où la Dolly, la brebis clonée, avait eu un public ardent, les limiers se jetteraient sur le fait divers?Internet relaya cette presse à scandale.On soudoya des témoins pour s’emparer des indices susceptibles de faire gonfler les tirages.Isabelle est devenue une vedet- te malgré elle.Elle demeure pourtant, a ce jour, sous surveillance médicale.En échange, eDe est cette partenaire dont la recherche scientifique a besoin.Tout n’a pas été dit encore, sur les progrès pour l’humanité qui suivent ces chirurgies exceptionnelles.Que retenir de l’ouvrage?Le courage de la blessée?L’audace des mains de fées qui rejointoyèrent de minuscules veinules, des nervures à travers lesquelles, d’un coup pour le sang et peu à peu pour les nerfs, le corps d’Isabelle prit possession d’un corps étranger?Le don d’organe qu’une autre femme, et sa famille après elle, avait autorisé?Il y a davantage à découvrir.Dans la chaîne des professionnels de la santé, une cinquantaine d’intervenants sont mobilisés, chacun seul responsable de sa discipline.Il y a à ressentir les limites de ceux qui ont reculé.Et l’importance des conseils d’éthique qui durent se prononcer.Un tel ouvrage informe.L’écriture recommence et refait les liens, innerve le chaînon humain, en décalé, avec méthode, scientifiquement.Autres questions médicales Antoine Sénanque, pour La Grande Garde (Grasset), a obtenu cet automne le prix Jean-Bernard de l’Académie de médecine, qui récompense une œuvre littéraire traitant de médecine.Ce neurologue y raconte une faute médicale gravissime, inspirée par sa longue expérience de l’hôpital.Mi-roman, mi-récit, comme le précédent d’ailleurs, un autre ouvrage de compassion mérite d’être signalé, pour ses qualités littéraires étonnantes.Olivia Rosenthal, dans On n’est pas là pour disparaître, trace le portrait d’un homme atteint d’alz-heimer.Monsieur T.ne se souvient pas qu’il a tenté de poignarder sa femme.Quand on l’interroge, il répond à côté.Mais il vit, le cerveau endommagé, le langage dérapant la logique obtuse.A cet accompagnement réel, l’auteure superpose la descente de son père sur la pente de cette maladie.Son émotion, donc, n’est pas simple curiosité.Comprendre ce qui échappe, cette mort partielle, lente, dégradante, impose de tenter l’impossible pour que ces êtres conservent leur dignité.Rosenthal, par son invention langagière, non seulement commerce avec ce cerveau altéré, mais, suivant l’esquive, elle campe l’instant éternellement présent de tels malades.Ce livre pudique traverse une vie qui s’interrompt sans finir.Mourir peut-il être une délivrance?La littérature, sans faire de miracle ni répondre à la question, dépose quand même un petit trésor l’effort d’un temps d’accompagnement, une cohabitation solidaire.Collaboratrice du Devoir LE BAISER DTSABELLE L’aventure de la première GREFFE DU VISAGE Noëlle Châtelet Le Seuil Paris, 2007,319 pages ON N’EST PAS LÀ POUR DISPARAÎTRE Olivia Rosenthal Verticales Paris, 2007,216 pages PASCAL ROSSIGNOL REUTERS ÜÉIM SiÉÉ Isabelle Dinoire, la première greffée du visage, quelques mois après son opération, en février 2006.àv ï.Noël, Noël, voici Noël ! Sylvie Bijis ?Pierre Lahoud La fête de Noël * Légendes ?Décofatîons u iscoCa'synipatico.ca POUVOIR ET VIOLONCE SEXISTE Andrea Dworkin Sisyphe Paris, 2007,12(i pages L’ARCHÉOLOGIE DU FUTUR Louky Bersianik Préface de France Théoret Sisyphe Montréal, 2007, respectivement 128 et 144 pages LOUIS CORNELLIER Il existe, au Québec, un certain doc Mailloux qui ne fait pas toujours honneur au discours psy.Sait-on, cela dit, que l’énergu-mène a eu, un demi-siècle plus tôt, un homonyme de grande envergure qui a contribué, plus que quiconque, à donner ses lettres de noblesse au discours psy en terre canadienne-française?On pourra le découvrir en lisant Psychologie, psychologie clinique, psychodynamique, un choix de textes du père Noël Mailloux, présenté par Michel Peterson.Qualifié de «premier ambassadeur de la psychologie canadienne» par un collègue, cet éminent dominicain fut à l’origine de l’institutionnalisation de la psycholo- gie scientifique au Québec.Ses recherches l’ont mené à établir «des passerelles entre psychanalyse et catholicisme», notamment dans le cadre d’une théorie de la délinquance chez les adolescents dans laquelle il a cherché à nouer «la théorie thomiste des passions à la théorie freudienne des pulsions».Son engagement dans la cause des adolescents en difficulté a d'ailleurs marqué tout son parcours.Invité à répandre ses lumières un peu partout dans le monde à partir des années 1940, le père Mailloux, dira Jean-Charles Fa-lardeau, a présidé au passage de la psychologie québécoise du «stade artisanal» au «stade scientifique» en sachant toujours évité le dogmatisme.Cet ouvrage reprend, entre autres, un texte consacré à Freud dans lequel il montre l’intérêt de cette pensée athée pour une morale chrétienne.Le maître de Vienne aurait certainement été éberlué par les acrobaties philosophiques auxquelles se livre le savant dominicain pour déboucher, à partir d’une critique de certaines de ses thèses, sur une apologétique, mais il aurait été forcé de reconnaître, selon le mot de Claude Lévesque, la «carrure» intellectuelle de son commentateur.«La dette de la psychanalyse, de la psychologie, de la criminologie, de la psychoéducation et de la philosophie québécoises à l’égard du père Mailloux est profonde, écrit Michel Peterson.Pourtant, aucun ouvrage de lui n'est aujourd’hui disponible Le chant du dire-dire Félicitations à Daniel Danis, lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général 2007 - Théâtre » L'auteur affirme plus que jamais sa dramaturgie de la parole, cet hommage vibrant au pouvoir incantatoire des mots.Comme le spectateur, le lecteur constatera à quel point récriture de Daniel Danis est de celles qui soulèvent.» - Christian Saint-Pierre.Voir •• De Danis, je dirais qu'il est parvenu à inventer une langue théâtrale unique [.] La structure même de la pièce est incomparable, puisqu'il s'agit d'un récit-dialogue puisant aussi bien dans le bagage du conte que dans celui du drame psychologique théâtral nord-américain, aux confins quelque part des illuminations chamaniques amérindiennes.» - Raymond Bernatchez, La Presse >• Unique, la langue de l'auteur fait naître des univers singuliers, nichés entre le silence et la recherche de la parole perdue Théâtre de la mémoire, du mode narratif, de la fatalité qui rôde, d'un drame déjà consommé, la dramaturgie de Daniel Danis vit par les mots •> - Marie Labrecque, Von 1514)524-5558 lemeac@lemeac.com [.].» Ce n’est plus vrai et ce n’est que justice pour ce pionnier, né en 1909 et mort en 1997.Collaborateur du Devoir PSYCHOLOGIE, PSYCHOLOGIE CLINIQUE, PSYCHODYNAMIQUE Choix de textes, 1 Noël Mailloux Présentation de Michel Peterson liber Montréal, 2007,240 pages LA CAPACITE À SE GLISSER DANS CHAQUE VOIX EST LUNE DES GRANDES REUSSITES DE DERNIÈRES NOTES.RAPHAËLLE LEYRIS/ LES INROCKUPTIBLES LES QUÉBÉCOIS LORI SAINT-MARTIN ET PAUL GAGNE, LAURÉATS DU PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL EN 2000 ONT.ENCORE UNE FOIS, FAIT DES MERVEILLES.DANIELLE LAURIN/ LE DEVOIR HEUREUX LES ALLUSIFS, NOS TRADUCTEURS LORI SAINT-MARTIN ET PAUL GAGNÉ REMPORTENT UNE FOIS DE PLUS LE PRIX DU GOUVERNEUR GENERAL POUR LEUR EXCELLENTE TRADUCTION DU RECUEIL DE NOUVELLES DE TAMAS D0B0ZY DERNIÈRES NOTES.Nairn Kattan Chateaux en tspa^ne le regarde les femmes mmm MmSSBi i PBwlpiPfr' m 'W du Prix décerné par l'A LE DEVOIR, LES SAMEDI I ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2007 F 8 ESSAIS BEAUX LIVRES La Nouvelle-France : une société européenne en pleine nature Par sa sensibilité aux différentes catégories sociales, à l’expérience commune plutôt qu’à l’exceptionnel, Jean-Pierre Hardy corrige bien des lieux communs et dresse un tableau rigoureux et riche de la vie française sur les rives du Saint-Laurent.l'ouvrage et confirmé par certains intertitres a saveur mythifiante («Une société plus tolérante», «En meilleure santé que dans la métropole», «L’indianisation du Blanc»).CHRISTOPHE H O R G IJ E U N Forts du succès de leur grand livre d’histoires et d’images sur les coureurs des bois, rédigé en 2003 par Georges-Hébert Germain, Libre expression et le Musée canadien des civilisations publient cet automne un ouvrage de semblable facture sur la vie quotidienne en Nouvelle-France.En dix chapitres bien tassés et copieusement illustrés, l’historien Jean-Pierre Hardy y explique comment les premiers Canadiens s’y prenaient pour tra-¦ vailler, manger, s’habiller, prier, se soigner et se faire pendre par le çou à la mode de chez nous.A défaut d’une synthèse moderne sur le Régime français au Canada, cet ouvrage offre au grand public studieux un survol complet et très à jour de ce qu’on appelait autrefois (non sans emphase) la civilisation de la Nouvelle-France.Spécialiste du monde des artisans dans le Québec préindustriel, Hardy est à son meilleur lorsqu’il décrit j la journée de^ travail des apprentis, des cultivateurs et des «nageurs» (rameurs), ou la carrière des hommes et des femmes d'affaires de la colonie.Une centaine de photos d’objets tirés des collections mu- séales canadiennes (outils, vêtements, instruments de musique, meubles) constituent le principal attrait visuel du livre.Le reste de l’iconographie est fait du mélange habituel d’images d’époque (toujours un peu les mêmes, elles sont rares), de gravures européennes, de peintures datant d’une époque postérieure à 1760 et d’illustrations modernes (heu-reqsement peu nombreuses).A noter: une curieuse pénurie de cartes.Toutes ces images viennent agrémenter un texte savant et parfois long, comme aussi certains détails inusités: les garçonnets courant derrière la charrette tirée par leur chien avec l’eau puisée dans la rivière, les grands canots d’écorce pour la traite construits par les femmes de Trois-Rivières.Comme le suggèrent ces vignettes, l’auteur ne réussit pas toujours à ' corriger le portrait encore trop aimable de la Nouvelle-France annoncé par le titre de Vie quotidienne En mettant l’accent sur la vie quotidienne, sur les gestes et les objets qui la peuplent, Jean-Pierre Hardy se trouve à raconter l’histoire d’une société européenne qui s’installe comme en pleine nature et qui peu à peu retrouve le confort matériel et spirituel.Inutile de dire que d’autres récits de la colonisation française demeurent possibles et nécessaires.Tout en vulgarisant les recherches historiques les plus récentes (avec quelques retards, comme sur l’esclavage amérindien), ce livre conserve plusieurs caractéristiques historiographiques traditionnelles: la «Nouvelle-France» y est réduite au Canada et aux Grands Lacs (ni Aca-.die ni Louisiane), ¦ l’impérialisme européen coule de source et le personnage de l’auxiliaire amérindien, pourtant loin d’appartenir ici à un | «peuple invisible», manque d’autonomie et d’épaisseur.Il est un auxiliaire, justement.Il y a trop à apprendre dans 1 cet ouvrage pour s’arrêter à ces problèmes, lesquels d’ailleurs concernent la profession historienne dans son ensemble et reflètent un large «impensé» social.Par sa sensibilité aux dif-I férentes catégories sociales, à l’expérience commune plutôt qu’à l’excep- % vov.-».V'V LIBRE EXPRESSION / GILCREASE MUSEUM, TULSA, OKLAHOMA L’amende honorable, consistant à se mettre à genoux dans un lieu public, était une sentence encourue pour un délit mineur comme l’ivresse, le blasphème ou la vente d’alcool aux Amérindiens.La gravure ci-contre représente un des étalons que Louis XIV fit envoyer en Nouvelle-France dans les années 1660, avec soixante juments, afin d’assurer la reproduction.tionnel, Jean-Pierre Hardy corrige bien des lieux communs et dresse un tableau rigoureux et riche de la vie française sur les rives du Saint-Laurent.Mis à part l’identification des illustrations, qui est insuffisante, on peut difficilement demander davantage d'un ouvrage de cette tenue offert à un prix presque dérisoire — et qui n’est pas imprimé dans la région de Shanghai mais à Saint-Jean-sur-Richelieu.Collaborateur du Devoir CHERCHER FORTUNE EN NOUVELLE FRANCE Jean-Rerre Hardy libre expression et Musée canadien des civilisations Montréal, 2007,208 pages © MUSÉE CANADIEN DES CIVILISATIONS Dessous de plat ESSAI Paul Piché en orbite JACQUES GRENIER LE DEVOIR Paul Piché le théoricien risque de laisser le lecteur plutôt sceptique.y* LUX VOUS PROPOSE EN CADEAU Gagnant du Prix du public — Essais Salon du livre de Montréal 2007.Jean-François Nadeau B0URGAULT « Un must ! Ça fait longtemps qu’on a pas eu une biographie politique d’une telle qualité » Josee Legault.Voir « Très bien etnt ! Jean-François Nadeau rencontrera un large public, et c est bien mérité.» Jean-François Lisee De l’auteur de Lettre à ma sœur qui part en Afghanistan.L'ÉTHIQUE DU DUPUIS-DÉRI Francis Dupuis-Déri l’éthique du VAMPIRE De la perte d’Afghanistan et pelpes horreurs du temps présent PAUL CAUCHON En introduction de son essai Déjà vu, l’autcur-compositeur Paul Piché écrit: «Le plus difficile pour moi sera de vous paire accepter le principe de cette observation parce que je ne peux pas en expliquer les raisons d’être dans leur totalité.» Cette phrase nous donne deux renseignements importants: le premier, c’est que l’auteur admet que le lecteur risque de ne pas tout comprendre; le deuxième, c’est que lui-même n’est pas certain de se comprendre.Avec beaucoup de bonne volonté, nous avons donc tenté de saisir le propos exact de ce livre sorti de nulle part.Paul Piché, dont le talent dans le domaine de la chanson est réel et important, et dont l’engagement en faveur du Québec est profond, a décidé de publier un essai sur un sujet complètement différent, basé sur des observations personnelles.Il tente de prouver que les retours de mode vers le passé se produisent «d’une façon organisée et en fonction d’un schéma bien défini».Piché choisit donc le 8 mai 1945, date de l’Armistice, comme point de départ de ses observations, parce que ce jour-là «il n’y avait plus d’avenir», pour se rendre en 1980, alors qu’on se retrouvait «devant un mur», dans la foulée du no future du mouvement punk.Il explique ensuite que «toutes les modes musicales ou vestimentaires qui ont suivi 1980 sont des reprises de différentes époques qui se sont écoulées depuis 1945».Paul Piché a même pondu une formule algébrique expliquant ce retour cyclique des modes, soit «2(x-80)+45», formule qui montre aussi pourquoi, par exemple, depuis 1980, on revivrait les 35 an- Victor-Lévy Beaulieu Lauréat du prix Spirale Eva-Le-Grand 2007 sm.m.\jBT> 4v v Wjri-' Le magazine culturel Spirale a l'immense plaisir de remettre à Victor-Lévy Beaulieu le prix Spirale Eva-Le-Grand 2007 pour son monumental essai James Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots (Éditions Trois-Pistoles).Nos lectrices et lecteurs sont chaleureusement invités à venir célébrer avec nous la remise de ce prix.Nous profiterons de l’occasion pour souligner la parution du dernier titre de la collection « Nouveaux Essais Spirale» aux Éditions Nota bene, Le lyrisme à l’époque de son retour, de Mathieu Arsenault, ainsi que la parution du numéro de novembre-décembre 2007 (n° 217, « La chanson, sa critique »).Au plaisir de vous rencontrer ! Vendredi 7 décembre 2007, i8hoo Maison des écrivains 3492, avenue Laval, Montréal (Métro Sherbrooke) spirale) POUR INFORMATION : Stéphan Gibeault • Magazine culturel Spirale • Tél.: 514-934-5651 spiralemagazine@yahoo.com • www.spiralemagazine.com nées précédentes, mais de façon accélérée.Il élargit ensuite sa formule aux événements sociaux et politiques pour trouver, dans des événements comme La chute du mur de Berlin, par exemple, des correspondances avec des événements antérieurs.Consternant ! Sur 275 pages, Piché accumule donc les exemples censés illustrer sa formule et son concept.Des exemples aussi approximatifs que celui-ci, par exemple: en 1979-80, nous aurions «laissé tomber le retour à la terre pour passer directement à Humphrey Bogart et Marilyn Monroe», parce qu’on retrouvait leurs afficlaes dans toutes les discothèques.En soi, une analyse des différentes modes peut être passionnante.Encore faut-il quelle repose sur des données fiables ou sur des observations sensées.Déjà vu additionne les approximations au service d’une théorie qui ne veut stricte ment rien dire, qui ne repose sur aucune valeur scientifique, qui n’apporte absolument rien à une meilleure compréhension du monde et qui est écrite dans une langue souvent incompréhensible.C’est malheureusement consternant Le Devoir DÉJÀ VU Paul Piché Editions Michel Brûlé Montréal, 2007 A'»' ’ f»/ Prix littéraires du Gouveneur général 2007 CATÉGORIE JEUNESSE - ILLUSTRATION Félicitations à Geneviève Côté ! ¦x.-% » \ _ PHva î) & y y / r La petite rapporteuse de mots 32 pages - 14,95$ Les 4oo coups
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