Le devoir, 29 novembre 2003, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 2 0 0 3 LITTÉRATURE Une séduisante rétrospective Villemaire Pape F 4 ESSAI Catherine Saouter et les images de la guerre Page F 9 LE DEVOIR r F l m \ r Garcia Marquez Destin surnaturel On l’espérait comme un cadeau du ciel.Et finalement il est venu.Vivre pour la raconter, le premier tome de l’autobiographie de Gabriel Garda Mârquez, traduit en français par Annie Morvan, vient de paraître chez Grasset, en quelque 600 pages bien tassées.l ^c'Mirs précoce d’un des plus grands écrivains du XXe siècle.«Je ne suis pas parvenu à faire la différence entre la vie et la poésie.» Gabriel Garcia Mârquez a eu le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur son pays natal ILLUSTRATION: TIFFET CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR niant, il enjolivait ses histoires de faits fantastiques pour attirer l’attention des adultes.Adulte, il a enjolivé son histoire, et celle de sa nombreuse famille, pour en faire quelques chefs-d’œuvre de la littérature latino-américaine.Les vocations d’écrivains se dessinent souvent très tôt, et celle de Gabriel Garda Mârquez ne fait pas exception.En ce sens, ce premier tome d’une autobiographie est un acte de courage, puisque l’écrivain colombien, Prix Nobel de littérature de 1982, s’y est astreint à y relater les faits, tous les faits, rien que les faits ou presque, qui ont étayé sa jeunesse.Mais il suffît de chasser le naturel pour qu’il revienne au galop, et il s’est bien glissé, dans ce récit, quelques phénomènes surnaturels.On ne s’étonnera pas par exemple d’y voir un corbeau s’échapper du lit d’une tante malade, ou un faune s’embarquer dans un tramway urbain.Au sujet de cette dernière vision, Garcia Mârquez écrit «Je commençai à croire que je m’étais endormi de fatigue et que j’avais fait un rêve si net que je ne pouvais le différencier de la réalité.Au bout du compte, l’essentiel pour moi n’était pas de savoir si le jaune était réel, mais si j’avais vécu l’épisode comme s’il l’était.Songe ou réalité, il ne fallait pas le considérer comme un sortilège de l’imagination mais comme une expérience merveilleuse de la vie.» Hormis ces quelques échappées dans le monde de la fiction, Vivre pour la raconter relate, en ordre chronologique, l’enfance et la jeunesse de Garcia Mârquez, de sa naissance, à Aracataca, d’un père et d’une mère aux amours jadis contrariées, à l’ombre d’un grand-père coureur et d’une grand-mère superstitieuse, à ses premières armes affilées comme journaliste dans une Colombie déchirée par la guerre civile.Des critiques ont déjà avancé que, malade et vieillissant, Gabriel Garcia Mârquez a vu dans cette autobiographie l’occasion de régler ses comptes avec la réalité et de rendre ce qu’il leur devait aux innombrables personnages qui ont inspiré ses romans.Et effectivement U y relate par exemple comment l’amour passionnel qui unissait sa mère, jeune fille de bonne famille, à son père télégraphe est à l’origine de son célèbre roman L’Amour au temps du choléra.«Os étaient l’un et l’autre d’excellents conteurs, écrit l’écrivain au sujet de ses parents, et gardaient de l’amour un souvenir heureux, mais le récit qu’ils en faisaient était si passionné qu’à cinquante ans passés, lorsque je me suis enfin décidé à m’en servir pour écrire L’Amour au temps du choléra, je ne suis pas parvenu àfiiire la différence entre la vie et la poésie.» Outre son immense talent, Gabriel Garcia Mârquez a eu le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur son pays natal souvent oublié et abandonné à son sort la Colombie.Ici encore, il raconte notamment comment il a découvert ce village qui a donné son nom à trois lieux imaginaires qui ont peuplé sa fiction, celui de Macondo.«Le train fit halte dans une gare solitaire, puis passa devant la seule propriété de la zone bananière dont le nom était écrit à l’entrée: Macondo.[.] Dans trois de mes livres, j’ai baptisé de ce nom un village imaginaire, et ce n’est qu’en feuilletant une encyclopédie, un jour, que j’ai appris qu’il s’agissait du nom d’un arbre tropical apparenté au fromager, qui ne donne ni fleurs ni fruits, dont le bois rappelle l’éponge et sert à faire des canoës et à fabriquer des ustensiles de cuisine.» On est fasciné, en lisant le récit VOIR PAGE F 2: MÂRQUEZ U tour du 112 PAGES > 29,95 S ivtc CD mwd Bon voyage ! Henriette Major et Patrice Dubuc Le tour du monde en chansons Québec • Canada • États-Unis • Mexique • Antilles Illustrations de Christiane Beauregard.Geneviève Côté, Normand Cousineau.Stéphan Daigle, Marie Laft-ance.Michel Rabaghati.Alain Reno D I M A N C H N 0 V E M B R E MARQUEZ SUITE DE LA PAGE F 1 d’enfance de Garcia Mârquez, d’y retrouver les accents d’humour et de tendresse qui ont tant marqué les lecteurs de Cent ans de solitude.On y retrouve cette foison de personnages auxquels il a conféré dans ces romans des caractères incroyables: un grand-père marqué d’avoir tué en duel un homme qu’il respectait, une mère jalouse et un père qui lui donna dix frères et sœurs légitimes, auxquels s’ajoutèrent encore d’autres enfants illégitimes, des années de pauvreté et de galère, où les mots sont devenus graduellement plus importants que tout.C’est l’Amérique latine et la Colombie telles que Garcia Mârquez, peut-être mieux que tout autre écrivain, l’a fait connaître.Mais il n'y a pourtant pas que poésie dans cette chronique, parfois un peu lourde et fastidieuse, des premières années de vie de Mârquez.En marge des premières nouvelles que l’auteur a fait publier dans des périodiques colombiens, c’est au métier de journaliste qu’il a consacré de nombreuses heures de sa jeune vie.Et c’est dans cette Colombie que le jeune Mârquez fait ses pre- mières expériences de la politique, alors que les libéraux et les conservateurs s’opposent à Bo-gotâ dans un conflit sanglant qui transforma momentanément la ville en cimetière.Plus tard, Gabriel Garcia Mârquez deviendra un ami de Fidel Castro, qui était présent en Colombie au moment de ces émeutes.Mais ce n’est pas le journalisme qui fit de Gabriel Garda Mârquez l’homme très célèbre qu’il est aujourd’hui.L’écrivain le reconnaît lui-même: ce métier n’était pas sa vocation.Il y a cependant trempé sa plume avec intérêt, voire avec passion, et soutient que «reportage et romans sont les enfants d’une même mère».Mais sa vie avait un autre sens, un sens plein de fantaisie.11 la vivait pour la raconter, avec la truculence qu’on lui connaît et que la plus complète des autobiographies ne permettra pas d’oublier celle de la fiction.VIVRE POUR LA RACONTER Gabriel Garda Mârquez Traduit de l’espagnol (Colombie) par Annie Morvan Grasset Paris, 2003,608 pages EN BREF Encyclopédie de la littérature LE DEVOIR La pochothèque vient de faire paraître une nouvelle encyclopédie de la littérature, qui se définit comme étant un «usuel de référence et de consultation» pour les amateurs.Le volume, en un seul tome, regroupe en effet pas moins de 6000 entrées portant sur les œuvres, les doctrines, les débats et les combats qui ont marqué l’histoire littéraire de l’Antiquité à nos jours.En quelque 1830 pages, les articles, qui vont du roman chinois aux sagas norvégiennes, y sont forcément succincts.Mais on y trouve, tout de même, du Québec, des entrées correspondant aux noms d’Hubert Aquin, de Marie-Claire Blais, d’Hector de Saint-Denys-Gameau et d’Anne Hébert Librairie lu VOX POPULI, VOX DEI L'HISTOIRE DE PI RP JEU, LE DERNIER TÉMOIN J'AI SERRÉ U MAIN DU DIABLE RP LES FILLES DE CALEB, t.3 - L'abandon de la mésange - Booker Prize 2002 LA SÉLECTION CHARTIER 2004 LE GUIDE DU VIN 2004 LE TEMPS DES AVANTS DROLE COMME UN SINGE LA GLORIEUSE HISTOIRE DES CANADIENS RP LE BIEN DES AUTRES, 1.1 - Inédit VICTIME DES AUTRES, BOURREAU DE SOI-MÉME RP L'ANNÉE CHAPLEAU 2003 ASTÉRIX ET LA RENTRÉE GAULOISE LE CAHIER NOIR GUIDE DES REST0S VOIR 2004 LES COUREURS DES BOIS RP MAL DE TERRERP LA ROUTE DES HELLS LE COMPLEXE DE DI R - Prix Femina 2003 QUATRE FILLES ET UN JEAN, 1.1 RP CLAUDE BLANCHARD, UNE VIE D’ARTISTE LE DIC0 DES FILLES 2004 SERVAN-SCHREIBER ESTES/REYMOND NORMAND/BRUNEAU UDERZO/GOSCIUY SHER / MARSDEN ROUtER/DUPUY-SNJZE Â l'occasion de la sortie de Wofter u rOitim w Ti^mx Libre Expression Libre Expression Communications Miir Libre Expression Venez faire la fete avec I 1691, rue Fleury Est Carrefour Laval Succursale Champigny 4380, rue St-Denis Promenades St-Brano (614)384-9920 de2]h30il b (460) 681-3032 de 19 b 8 20 h 30 (614) 844-2687 da 19 11 i 20 h 30 (460) 441-6242 da!ih30i21lt Carrefour Angrignon W (614) 366-2687 da 16 h 817 It 30 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?RP LE MONDE SECRET DE BUSH RP LE PROTOCOLE SIGMA ROBERT PICHÊ AUX COMMANDES DU DESTIN LUMIÈRE MORTE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT RP LA CUISINE RAISONNÉE RP LES EXPÉRIENCES DES DÉBROUILLARDS - Booker Prize 2002 SECRETS O'OUTRE-TOMBE CÉDRIC.1.18 - Enfin seuls ! IE CHAT.I I?fl vous, cli.il va 7 LAUDEC / CAUVIN QUATRE FILLES ET UN JEAN.t.2 • la deuxième 8N V A.BRASHARES CHANSONS DOUCES.CHANSONS TENDRES (Un 8 0C) RP LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS, t.3 MYSTIC RIVER RP CHRÉTIEN, UN CANADIEN PURE LAINE RP JE SUIS UN BUM DE BONNE FAMILLE LA MAITRESSE DE BRECHT - Prix Concourt 2003 J.-P.AMETTE r.iiim ni suRvii nmiiHnmNs a muni hi ai Libre Expression Vintage Canada Ivs Intouchables Agence Serendipity RP : Coup de Coeur RB lttt»eiieniwe.eievt>p«raree f Plus de lOOO Coups de Cœur, pour mieux choisir.^1 25 succursales au Québec www.rc na 11 il -1) ray.coin Livres ENTREVUE Revenir d’exil avec Louise-Anne Bouchard CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Revenir d’exil comporte des risques.Celui de retrouver des lieux qui ont changé en notre absence, ou encore d’y retrouver les traces de drames qui n’y ont jamais été résolus.C’est peut-être ce qu’a constaté l’écrivaine Louise Anne Bouchard lorsqu’elle est revenue de Suisse pour faire un court séjour à Montréal, il y a quelques années.Notre lieu de naissance donne toujours accès à une intimité, et c’est sans doute ce qui a inspiré le titre du livre que Louise Anne Bouchard a publié à la suite de ce séjour: Montréal privé, publié chez Lanctôt Le roman, qui ne fait que 70 pages, relate la rencontre d’une Québécoise d’origine, vivant depuis en Suisse, avec un de ses anciens professeurs à Montréal.On y retrouve une nostalgie mêlée de déception, un engouement par exemple pour les journées d’hiver à marcher dans les rues, emmitouflée jusqu’au cou, mais aussi un certain dégoût pour une ville où elle constate que le français a encore reculé.«Dans mon souvenir, rien n’est plus beau qu’un hiver à Montréal, écrit-elle.Je ne pourrai faire l’économie de cette nostalgie.Mais je ne ferai jamais assez d'argent non plus pour réchauffer tout ce que j'y ai grelotté.» Car il y a aussi de l’amertume dans la prose de Louise Anne Bouchard, une ambivalence devant un peuple qui est le sien, puisqu’elle a grandi à Saint-Henri dans un foyer nationaliste, mais qui la navre aussi «Nous laissons les anglophones éructer, puis se couvrir la bouche de la main, s’organiser un regard malicieux et supérieur, pour enfin s’entendre dire: excuse my french, sans réagir parce que nous sommes incapables de le faire», écrit-elle.En entrevue, Louise-Anne Bouchard, qui était récemment de passage à Montréal, affirme cependant que ce n’est pas pour des raisons politiques qu’eDe a quitté le Québec il y a quatorze ans au bras de son mari européen.11 y avait cependant ce désir de partir, de voir le monde, qui planait sur toute une génération d’étudiants des années 70.«Quand je suis partie, je n ’en pouvais plus.Je rêvais de m’envoler», écrit-elle.Aujourd’hui, Louise-Anne Bouchard séjourne peu au Québec.BERTRAND CARRIERE Louise Anne Bouchard «Si je n’ai pas intérêt à revenir, je ne vois pas pourquoi je reviendrais», dit l’écrivaine en entrevue.Louise Anne Bouchard a quand même tenu à faire publier son dernier livre au Québec, alors que ses cinq précédents romans avaient paru chez L’Âge d’homme, un éditeur suisse.Comme l’action se passait à Montréal, dit-elle, elle préférait le faire publier chez Lanctôt Mais son regard sur les Québécois demeure très critique.«Sim- plement, survivre, pour moi, ce n’est pas vivre.Nous méprisons ceux qui ont de l’argent et, en sourdine, nous en voudrions volontiers.Si, par malchance, un ou une insulaire a le malheur d’en faire, nous le traitons de snob, nous évitons de lui parler parce qu’il n’entre plus dans la catégorie des gens qui bossent, qui s’usent, qui crèvent à faire des trajets en métro, éclairés par une lumière verte qui rendrait méconnaissable la femme la mieux maquillée», écrit-elle.Le ton ne manque pas de mordant, et Louise Anne Bouchard nliésite pas non plus, à un point du récit, à parler de «colonisés».«J’ai deux nationalités, deux amours, peu de griefs tenaces sinon quelquefois une pincée de cynisme qui me gicle de la bouche», écrit-elle au moment de conclure son roman.Mais on ne se défait pas facilement de son enfance, même en la tenant à des milliers de kilomètres de distance.Et parions que c’est un sujet sur lequel elle revendra.MONTRÉAL PRIVÉ Louise Anne Bouchard Lanctôt éditeur Montréal, 2003,70 pages NOUVELLES Un racisme ordinaire NAÏM KATTAN V Ane pas confondre avec son frère romancier Paul, Alexander Theroux est un écrivain américain qui échappe aux définitions.Professeur, intéressé d’abord par la religion, il est l’auteur de trois ouvrages accueillis chaleureusement par la critique: deux romans et ce premier livre, un recueil de trois nouvelles publié il y a une trentaine d’années.L’action se passe toujours à Londres.Six protagonistes, trois Britanniques et trois métèques objets de haine, victimes d’un racisme ordinaire dont l’expression ne dépasse pas les mots.Les Britanniques sont des personnages minables, prisonniers de leurs passions aveugles, ancrés dans leurs traditions.Mais ce n’est qu’apparence car, en réalité, il s’agit de marginaux Dans la première nouvelle, une vieille femme qui a l’habitude d’inviter ses amies à venir prendre le thé et à de misérables dîners au jambon serine constamment sa haine des «chinetoques», cette race jaune qui envahit et dégrade Londres.Un épicier chinois, au bas de son immeuble, incarne l’ennemi.Elle s’enferme, cependant, dans une salle de cinéma pour voir un film où Eu Manchu, figure imaginaire, éveille ses passions.Le deuxième personnage de Theroux est Roland, un jeune Anglais qui va de défaite en échec.Déserté par les femmes, il travaille la nuit à laver les autobus à la gare Victoria où il passe ensuite sa journée à déblatérer contre les Indiens qui abîment sa ville.Or, le voilà dans la salle d’attente en face de Dilip, un jeune étudiant indien à qui tout semble réussir.À la brutalité des paroles de l’Anglais, il oppose une politesse à toute épreuve puisée dans la sagesse séculaire de son peuple.Il finit par prendre le train pour aller à Brighton où une femme, sa professeure, l’a invité pour la journée, abandonnant du coup son interlocuteur à sa haine et à ses frustrations.Dans la troisième nouvelle, Caryl est un pasteur qui n’aime pas les Noirs mais qui est secrètement amoureux d’un membre de la chorale de son église, un Africain.Le Révérend est sous la totale domination d’une mère qui le dépasse dans sa haine des Noirs.Et void le jeune Africain qui demande au pasteur de célébrer son mariage avec une Anglaise blanche.Caryl a re- poèmes d’amour et de cours à tous les arguments pour dissuader son jeune paroissien de convoler, lui décrivant le mariage comme une coutume dangereuse.Rien n’y fait et le mariage est célébré, aux sons des chants d’Afrique.À tour de rôle, toutes les races, les Jaunes, les Bruns et les Noirs, sont stigmatisées par des Britanniques.Dans ces récits, c’est cependant l’humour qui triomphe.Theroux fait montre d’une grande érudition en ce qui concerne les traditions britanniques, mais tout autant concernant les cultures des continents asiatique et africain.Les radstes sont pris dans les pièges de leurs obsessions.Ils sont des perdants, prisonniers de leurs frustrations.Ni pamphlétaire ni militant, Theroux présente des hommes et des femmes dans la réalité de leurs comportements.La rencontre des cultures chemine difficilement dans les sentiers des préjugés et des candeurs.Ainsi, le Chinois, l’Indien et l’Africain passent leur chemin, ignorant les pièges où les racistes s’enferment.Cet univers n’est hilarant qu’en apparence.Theroux réussit à en exposer la noirceur plus efficacement que s’il avait choisi de le dénoncer de front II faut lire Theroux pour la finesse et la subtilité de ses propos: en dépit de l’image d’un racisme de décadence, la rencontre des cultures poursuit son chemin, le métissage triomphant des obsessions pathologiques.TROIS MÉTÈQUES Alexander Theroux Traduit de l’anglais p^r Marc Chénetier Editions Phébus Paris, 2003,268 pages ÉCHOS Regroupement du conte (Le Devoir) — Les conteurs et conteuses du Québec se sont regroupés en association, de façon à assurer la défense et la promotion du conte.Le premier conseil d’administration du Regroupement du conte au Québec est composé de Jean-Marc Massie, Petronelia Van Djick, Jacques Falquet, Mike Burns, Renée Robitaille, Danielle Brabant et Maurice Vaney.Les contes Pellerin (Le Devoir) — Extraordinaire conteur parti de la littérature pour le pays de la parole, Fred Peüerin n’aurait sans doute pas déplu à Jacques Ferron.Tout son univers tient dans Saint-Elie de Caxton, petit village plus grand que nature mais prêt à contenir tout le Québec si besoin est Mais la parole du volubile Pellerin est ici plus grande que tout Ce type est formidable, comme l’écrivait Sylvain Cormier dans nos pages.Et le disque compact qui accompagne son livre n’est pas pour déplaire au lecteur {(fl faut prendre le taureau par les contes!, Fred Pellerin, Planète rebelle, Montréal 2003,134 pages).JACQUES GRENIER LE DEVOIR Fred Pellerin Un recueil cPune lucidité et d'une profondeur émouvantes Ce livre regroupe les SG poèmes retenus lors d’un concours nde, celle, aussi, des policiers comme celles des felquistes à la retraite, tous acteurs de la Crise, tous réunis dans la célébration d’une même vérité et s’accordant à entourer d’un même silence les zones d’ombre de l’histoire.Exit les intellectuels et les écrivains, les doutes de VaHières et ceux d’un Jacques Perron, exit aussi, bien sûr, les historiens.Plus que jamais, les politiciens, les flics et les petits héros restaient maîtres du terrain.C’est dans ce contexte, je crois, qu’il faut recevoir le livre de souvenirs de l’anden spécialiste des explosifs à la police de Montréal, Robert Côté, paru cet automne.Littérairement, l’affaire peut s’expédier en quelques lignes.La phrase est vivante et alerte.Le souci du détail de l'auteur, aidé par les nombreuses notes apparemment rapportées du feu de l’action, tranche avec les trous de mémoire et le flou poétique auxquels nous ont habitués les témoignages venus de l’autre «côté» (pardon pour le jeu de mot.) des barricades.En bref les mémoires de guerre de Robert Côté, O.C.(pour «Ordre du Canada», dont il est médaillé?), qui, en 1994, est devenu conseiller municipal sous la bannière de l’équipe Bourque, possèdent à la fois cette fiabilité quant aux faits avérés et le degré de partialité qu’on est en droit d’attendre d’un ouvrage de ce type.La manière dont il fait revivre le climat policier des années 60 ne manque pas d’intérêt Reconnu, de son propre aveu, comme un cow-boy («je tirais sur tout ce qui bougeait.»), Côté évoque avec une verve empreinte de nostalgie l’époque où Montréal était la capitale canadienne des hold-up et où les agents de la paix n’étaient pas tenus de remplir un formulaire pour chaque cartouche brûlée.La seule précision bureaucratique exigée d’eux Louis Hamelin ?consistait à indiquer, à l’endroit prévu sur le rapport, le nombre de coups d’avertissement tirés en l’air et ceux dirigés vers la cible.Grande époque, que le conseiller Côté se retient de trop célébrer, dans un évident souci de rectitude politique.C’est qu’à la Pointe-Saint-Charles, le quartier défavorisé dont il est issu et où, après un détour par l’armée, il effectuera ses premiers pas comme représentant de l’ordre et de la loi, ça brassait la plupart du temps, et la routine normale du constable comprenait des tâches aussi pittoresques et colorées que d’aller faire le coup de poing à la taverne du coin.Printemps 1963: éclatent les premières bombes du FLQ, et le veilleur de nuit Wilfrid O’Neil devient bientôt la première victime du terrorisme made in Quebec.Le destin de Côté bascule alors, au moment où il répond à l’appel d'une brigade nouvellement constituée, spécialisée dans le maniement des explosifs: l’Equipe d’urgence motorisée.Les années suivantes seront marquées par la succession presque monotone des détonations, dans les boîtes postales de Westmount, contre les murs des casernes et des autres symboles de l’oppression coloniale.Avec l’émergence du réseau Vallières-Ga-gnon en 1965, les attentats viseront systématiquement les usines en grève et les patrons exploiteurs du prolétariat, et cette cohabitation des deux grandes tendances historiques du FLQ, d'abord nationaliste, puis adoptant le credo marxiste, n’ira pas sans créer des tensions dont subsistent encore aujourd’hui quelques traces, je pense par exemple à l’insoluble contradiction qui continue d’opposer les partisans de «l’indépendance d’abord» à ceux du «projet de société».Impossible, en tout cas, de douter du courage et de l’abnégation dont allait, au cours de cette période explosive de notre histoire, faire preuve le policier antibombes Robert Côté.L’équipement était rudimentaire, l’expertise improvisée sur le tas, et le «spécialiste» fi- nissait le plus souvent par neutraliser les machines infernales auxquelles il avait affaire à l’aide de simples pincettes à manucure achetées à la pharmacie du coin.Si l'aventure est au rendez-vous, la vision historique de l’auteur en laissera hélas plus d’un sur sa faim.J’en retiendrai l’aveu candide de ce qui, avec le recul, apparaît comme le résultat le plus tangible des gestes terroristes commis à l’époque: l’assimjlation, hautement souhaitable du point de vue de l’Etat canadien, du mouvement indépendantiste légal à la violence aveugle des poseurs de bombes: «[.] allégeance terroriste ou séparatiste (la nuance importait peu à l’époque)», écrit Côté, livrant peut-être là, sans le savoir, une des clefs probables d’Octobre 70.L’occupation militaire à laquelle celle-ci donne lieu se voit justifiée en deux ou trois traits de plume: «Les quelques milliers de militaires en poste pouvaient à peine aller à la toilette sans l’accord des autorités civiles.Une bien drôle d’occupation.» Côté oublie, ou feint d’oublier, que les seules autorités civiles qui ne perdirent jamais le contrôle de la Crise d’octobre furent celles de l’Etat fédéral canadien, bien décidé (pour paraphraser une déclaration attribuée à Marc Lalonde et portant sur l’espionnage des forces séparatistes par la GRC.) à écraser le Québec «comme si c’était une nation étrangère».Quand il apprend, dans la nuit du 17 octobre, la découverte du cadavre de Pierre Laporte, l’état d’esprit de Robert Côté est plutôt révélateur «Ma première réaction fut de dissiper les quelques doutes dans mon esprit sur le bien-fondé du recours à la Laides mesures de guerre.[.] De colombe incertaine, fêtais soudainement devenu un faucon!» Une réaction qui, il faut le rappeler, sera partagée par l’ensemble de la population québécoise.Le mouvement de sympathie provoqué par la lecture du Manifeste en ondes (l’autre point culminant de la Crise) en fut définitivement brisé.Or, en se basant sur les enquêtes journalistiques indépendantes les plus complètes effectuées sur le sujet, dont celles du Toronto Star et du réseau CBC*, on peut aujourd’hui affirmer une ou deux choses à propos de la mort de Pierre Laporte.¦ Les autorités policières connaissaient le lieu où était gardé en otage le ministre du Travail ¦ Pierre Laporte faisait l’objet d’une enquête policière portant sur les liens de son organisation électorale avec le crime organisé au moment où il fut enlevé et représentait donc une bombe politique pour le Parti libéral du Québec.Difficile, bref, de ne pas remarquer, encore aujourd’hui, à quel point sa mort faisait l’affaire de bien du monde.Difficile de ne pas remarquer, encore aujourd’hui, à quel point la mort de Pierre Laporte faisait l’affaire de bien du monde TEXTE DU MANIFESTE F SOURCE TÉLÉ-QUÉBEC Le lecteur de nouvelles Gaétan Monteuil lisant le manifeste du FLQ sur les ondes de Radio-Canada, en octobre 1970.Le cow-boy continue Quant à Robert Côté, il allait poursuivre son petit cow-boy de chemin, serait appelé, un peu plus tard, à ramasser le bout de tuyau jeté, boulevard des Récollets, par Jacques Lanctôt et ses amis, puis irait livrer de la fausse dynamite à Poupette, alias Carole Devault C’était l’époque où l’escouade antiterroriste inventait de nouvelles cellules et multipliait les communiqués pour entretenir la psychose de la violence politique.Cependant, et ceci dit sans vouloir vous vexer, M.Côté, à MontréaL vous étiez encore dans les petites ligues.La GRC, elle, était déjà rendue à Alger, où elle avait créé sa propre cellule du FLQ (la DEFLQ, ou Délégation étrangère du FLQ) et pouvait compter sur des types comme Raymond Villeneuve, dont les misés râbles provocations en paraissent aujourd’hui quelque peu entachées, pour ne pas dire fort suspectes.Cette histoire a été racontée par Michael McLoughlin, un type d’Ottawa, et son IKre, qui date de 1998, n’a jamais été traduit en français.Pas plus que le fameux documentaire de la CBC de 1975.Quelqu’un, quelque part, semble avoir décidé que ces histoires-là étaient pour les autres.Et pour nous, juste un peu plus de poudre de nitro auxyeux hamelinl@sympatico.ca * Ronald Lebel et Robert McKenzie, le Toronto Star (série d’articles publiés à compter de juillet 1973) ; The October Crisis, émission télé, CBC, 1975.MA GUERRE CONTRE LE FLQ Robert Côté Trait d’union Montréal, 2003,357 pages PHILOSOPHIE La confession d’un humaniste GEORGES LEROUX La figure de Marcel Conche est paradoxale.Traducteur d’Héraclite, de Parménide et d’Anaximandre, il n’ignore rien des chemins de la philologie grecque.Mais alors que cette érudition, à la fois sobre et luxuriante, aurait pu lui interdire de franchir les bornes que s'impose souvent le savant lui n’a pas reculé devant l'appel à formuler une sagesse personnelle.Son œuvre, très abondante, le montre actif sur plusieurs fronts: Montaigne et Lucrèce, Nietzsche et Pyrrhon, sans oublier les nombreux livres d’essais, les méditations et les souvenirs.Un philosophe aussi peu méfiant à l’endroit de la diversité de ses entreprises ne peut être qu’un cou- reur de fond, et c’est ce que révèlent les entretiens qu’il a donnés à André Comte-Sponville, un penseur qui à plusieurs égards semble avoir été capable non seulement de l’écouter, mais de recueillir sa leçon.Beaucoup de ceux qui s’approcheront de ces entretiens feront peut-être, pour la première fois, la connaissance d’un philosophe qui offre à la fois un regard de maturité sur l’ensemble de la tradition de la philosophie et le modèle d’une attitude, faite à la fois de respect et d’humilité, dont on trouve peu d’exemples à notre époque de spécialistes.Cette confession n’en est pas une, sauf à y voir une reprise des méditations de saint Augustin sur les grandes questions du bonheur, de la sagesse, de la Nature.Documents XYZ tvts boisvmt ÉCRITURES DES TERRITOIRES DI LÉCRITURl un espace d’écriture comme (leu d'accueil d'intimes paroles Inspirées de thèmes familiers dont, notamment, les saisons, les territoires et le travail.Ce livre s'adresse à des Individus qui n’ont jamais publié.Yves Boisvert XYZ »hI il’’ Écritures des territoires On entend ici la voix unique d’un homme qui a recueilli l’enseignement des Anciens et des Modernes, et qui sait lire, en même temps et d’un même souffle, les présocratiques et les humanistes.Cela est une chose si rare aujourd’hui qu’il faut la saluer pour ce u’elle est, une occasion unique e penser en compagnie de quelqu’un.À plusieurs reprises, Marcel Conche a parlé d’un devenir grec de la philosophie: non pas d’un retour au passé, mais comme Montaigne qu'il a si magnifiquement commenté, d’une lente imprégnation d’une sagesse faite de liberté et de recherche de l’universel.S’il fallait définir cette sagesse, ce serait en isolant ce qui dans la vie de la pensée permet à la fois la sérénité de la contemplation et la transparence de la raison.Proche en cela des maîtres orientaux qu’il a fréquentés, Marcel Conche dit simplement: «j’ai su ne pas laisser de vaines complications peser surma vie».La vie sage Pareil aveu est déjà sans doute un résultat, mais quel en serait le principe?La vie sage est en effet d’abord une vie ramassée sur elle-même et simplifiée.Cette formule ne serait que cela si nous ne savions par ailleurs ce qu’a été la vie de Marcel Conche, telle qu’il a entrepris d’en parler dans un livre de souvenirs.Né en 1922 dans un village de Corrèze, il connut la jeunesse d’un fils de paysan à qui la République donna sa çhance, celle d’une formation à l’Ecole normale.Nommé au Lycée de Tulle, il aboutit en 1969 à la Sorbonne, où il enseigna jusqu’à sa retraite en 1988.Le texte de ces souvenirs d’enfance et de jeunesse fourmille de notations émouvantes, en particulier la rencontre avec celle qui allait devenir la compagne de toute sa vie, Marie Thérèse Tron-chon, mais aussi de tant de camar rades dont les noms évoquent la philosophie de l’après-guerre: Merleau-Ponty, Deleuze, Châtelet Parmi tous ceux qu'il côtoya et qui devinrent célèbres, Marcel Conche réussît, malgré une œuvre abondante, à demeurer inconnu, presque secret.C’est le chemin de solitude qu’il avait choisi, méditant dès le début sur la richesse du pauvre, sur le bonheur d’un amour simple.Se tenant à l’écart de la religion, le sage doit chercher en toute circonstance le regard de la raison sur l’expérience, en même temps que la fluidité nécessaire pour accepter de s’y fondre.Cette recherche se nourrit à chaque heure de la lecture de la tradition: l’hommage à Montaigne est C’EST EN LIBRAIRIE QU'ON COMMANDE CE QUI NOUS PLAIT C’EST EN LIBRAIRIE QU’ON RENCONTRE DES LIBRAIRES.constant, profond, et il explique le style si particulier de Marcel Conche.Le rationalisme de Descartes ou de Kant ne satisfait pas aux exigences intérieures de celui qui se prend lui-même d’abord pour objet.Philosopher dans l’incertitude, faire du scepticisme une méthode, ce n’est pas renoncer aux questions de métaphysique, mais renoncer à la poursuite de démonstrations définitives.Indifférent aux idéologies, ce penseur singulier avait choisi ce chemin qui le séparait des autres tout en le maintenant dans la compagnie des plus grands.À Comte-Sponville qui lui demande s’il se considère comme un humaniste, Conche répond qu’il ne voit d’humanisme que celui de Montaigne: estimer tous les hommes comme ses compatriotes.Sa réponse surprend, tant elle introduit une dimension politique que rien dans son éthique ne laisse entrevoir.Mais c’est faute de comprendre que sa pratique contemplative fait de l’humaniste d’abord un homme de paix, un homme dont la vie est consacrée au devoir d’humanité.Ces entretiens offrent en effet, sans viser une synthèse, les aperçus les plus divers sur cette éthique doqt toute son œuvre est remplie.Evoquant la notion d’une sagesse tragique, ce penseur singulier se révèle chaque fois plus grec, c’est-à-dire plus désireux de se réconcilier avec sa propre mort en cherchant la voie de la nature.Dépositaire d’une tradition immémoriale, il se fait le porteur d’une injonction à prendre le risque de la vie philosophique, une vie dans l’amitié de la pensée, dans l’inquiétude de la raison.Cette tâche ne s’accomplit jamais que dans une équation personnelle, toujours finie, et son écriture ne s’adresse pour ainsi dire qu’à elle-même.Un paradoxe de plus, qui caractérise, faut-il le noter, de Marc-Au-rèle à Lao-Tseu, tous les sages.1 CONFESSION D’UN PHILOSOPHE Réponses À André Comte-Sponville Marcel Conche Albin Michel, «Itinéraires du savoir» Paris, 2003,277 pages MA VIE ANTÉRIEURE & LE DESTIN DE SOLITUDE Marcel Conche Postface par Catherine Collobert Encre marine Paris, 2003,159 pages QUELLE PHILOSOPHIE POUR DEMAIN?Marcel Conche Presses universitaires de France, «Perspectives critiques» Paris, 2003,160 pages En NOIR et en couleurs Le jeudi 4 décembre 2003, à 19 h 30, à la Maison des écrivains Lecture-concert réunissant pour la première fois François Barcelo et Chantal Pelletier accompagnés par le flûtiste Jean-François Beaudin Si vous êtes un fan de la Série Noire Maison des écrivains (UNtQi 5492, avenue Laval Entrée libre t J INI EiC > Réservation : (514) 849-8540 / LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 200 Livres MÉDIAS F 9 La guerre des images, les images de la guerre De la mise en média des sociétés démocratiques et industrielles sur fond de conflits STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Pierre Gustave Gaspard Joly, originaire de la Suisse, devient seigneur de Lotbinière, sur la rive sud du Saint-Laurent, en épousant l’héritière du lieu.Il séjourne en Europe en 1839, en transit vers la Grèce et le Proche-Orient, lorsque les gazettes parisiennes annoncent l’invention du daguerréotype, une fabuleuse machine moderne qui permet de capter et de restituer une image.M.de Lotbinière acquiert un équipement complet et poursuit son périple planétaire.Le seigneur du Bas-Canada va produire 92 daguerréotypes d’Athènes, du Sphinx de Gizeh, de la pyramide de Khéops, de Jérusalem, du Liban et de la Terre sainte.Toutes ses vues, dont les premières de l’Acropole, sont perdues, ou à tout le moins introuvables.Certaines demeurent toutefois connues par leurs reproductions gravées dans les volumes des Excursions daguerriennes sur les «monuments les plus remarquables du monde», parus en 1841 et 1842.Rien n’indique que Pierre Gustave Gaspard Joly de Lotbinière ait poursuivi ses activités photographiques pionnières à son retour au pays.La professeure Catherine Saouter raconte cette belle histoire — y a-t-il un scénariste dans la salle?— au détour du premier chapitre de son livre Images et sociétés.Elle en relaye vite d’autres dans son étude approfondie du rôle assigné aux images, de la Révolution industrielle jusqu’au tournant du troisième millénaire.Aussi bien le dire tout de suite: ce livre, truffé d’informations et de réflexions originales, vaut largement le détour.De plus, il est écrit dans une langue simple et efficace, ce qui en rajoute dans le compte des leçons données à ses collègues qui, trop souvent, comme le disait l’autre, «glosent et dévastent nos forêts».Guerre et paix Sémiologue, Catherine Saouter enseigne au département des communications de l’UQAM.Ses recherches portent sur les théories de l’image.Elle s’intéresse particulièrement aux relations entre les conflits et les médias.On lui doit la codirection du recueil de conférences Les Médias et la Guerre, paru l’an dernier.Son terrain d’enquête a été déblayé par Susan Sontag, dans les années 1970, avec son maître ouvrage intitulé Sur la photographie.L’idée toute simple à la base de l’ouvrage postulait que les images traitant de la grande actualité du monde devaient bien aider à forger notre perception de cette même réalité.La philosophe américaine démontait la croyance naïve en l’innocence des photos.Elle décortiquait déjà la manière dont les médias utilisent et manipulent les images.Soit dit en passant, une version française de Regarding the Pain of Others, le dernier livre de Mme Sontag sur la photographie, vient tout juste de paraître chez Christian Bourgois.Etrangement, Mme Saouter ne fait aucune place à Mme Sontag dans sa bibliographie.Peu importe: celle-ci a bel et bien inspiré celle-là Elle aussi discute du rôle assigné aux images.Elle aussi s’interroge sur l’effet produit par leur «mise en média» dans une société moderne et une culture de masse.Les premiers chapitres portent sur la naissance de l’image photographique («documenter, représenter»), les premières images de la guerre («imprimer, diffuser») et la propagande en démocratie («persuader, manipuler»).Les deux dernières parties oscillent autour des guerres médiatisées («dénoncer, édulcorer») et la prolifération des images dans l’espace public («envahir, conformer»), La leçon ultime concerne l’image de soi que se donnent les sociétés démocratiques, coincées entre l’idéal d’un progrès au service d’une pane radieuse et perpétuelle et la cruelle réalité d’une guerre quasi permanente, dans notre temps, parmi les plus belliqueux de l’histoire.Dans cette position paradoxale, il n’y a pas à se surprendre que les plus emblématiques photos du XX' siècle aient été tirées pendant des conflits.Robert Capa, qui débarqua à Omaha Beach le 6 juin 1944 et mourut sur une mine antipersonnel pendant la guerre de Corée, fait d’ailleurs figure d’œil majeur de notre époque, par exemple avec sa photo d’un combattant des Brigades internationales fauché en Espagne en septembre 1936.«L’hallucinant paradoxe de cette photo fascine, écrit Catherine Saouter, le moment de la mort n’est pas avant, ni après la photo, mais dans la photo.Dépositaire de la preuve du grand passage, elle montre la mort comme une action, l’ultime que chacun est appelé à accomplir, chacun à son heure, mais que le soldat admet de devancer par contrat en entrant dans le métier des armes.Avoir été là au bon moment: cette photo exprime forcément la quintessence du photojournalisme de guerre par la capacité du photographe, dans l’exercice de son métier, à saisir la quintessence de la guerre: tuer ou être tuer.» Il faut au moins reprocher à la spécialiste de ne pas avoir noté les débats entourant l’authenticité même de cette icône du siècle, des négatifs retrouvés dans les archives de Capa ayant montré plusieurs prises de cette «quintessence du photojoumalisme».finalement mise en scène.Ce cliché n’est pas qu’une présentation symbolique de la mort: il mêle aussi le trucage et la propagande, deux autres travers de la photographie documentaire.Une autre histoire De toute manière, la recherche de Mme Saouter se démarque surtout par son ancrage dans éditeur félicite Agnès Guitard finaliste au Prix du Gouverneur général du Conseil des Arts du Canada dans la catégorie «Traduction » pour Un amour de Salomé de Linda Leith (The Tragedy Queen) UN AMOUR DE SALOME I.K DEVON! FRAPPÉS AU CŒUR |)t s Montréalais inquiets JACQUES NADEAU LE DEVOIR La une du Devoir du 12 septembre 2001.l'histoire nationale.À chaque étape sur le continuum historique menant des années 1830 à notre propre siècle, son étude décrit d’abord l’invention de nouvelles techniques documentaires puis la multiplication et l’utilisation des images dans l’espace social, mais toujours en relation avec les transformations et les mutations des sociétés canadienne et québécoise.Tout y passe: les célébris-simes studios Notman ou Liver-nois, les clichés du photographe W.Rider Rider pendant la Ifremiè-re Guerre mondiale, le travail de propagande de l’Office national du film dans les années 1940, les unes consacrées ici au 11 septembre de là-bas.À sa manière, même si ce n’est pas son premier objectif, ce livre se trouve ainsi à enrichir la nouvelle historiographie québécoise, plus préoccupée par l’histoire des mentalités et surtout entièrement détachée du mythe de la Révolution tranquille cherchant à faire croire que le Québeç d’avant la modernisation de l’Etat n’était qu’un bouillon insignifiant dans le noir chaudron de la bêtise ecclé- Enquête d’un anthropologue.Dans Ceux de Nigger Rock, où il étudie le site situé à Saint-Armand-Ouest, dans la MRC de Brome-Missisquoi, l’anthropologue Roland Viau lève le voile sur notre passé esclavagiste.Roland Viau gri u l'nquf d’t’ScL duns !e «.une perspective intelligente sur ce que fut l’esclavage au Canada avant son abolition en 1833.» Jean-François Nadeau, Le Devoir Ceux de Nigger Rock Enquête sur un cas d'esclavage des Noirs dans le Québec ancien de Roland Viau Préface de Marcel Trudel • Illustration : Francis Back EN VENT! PARTOUT T j * ____ soasassc, 1 »F QUEBECOR MEDIA siastique.Le chapitre 3, «Persuader, manipuler: la propagande en démocratie», est particulièrement intéressant à cet égard, par exemple quand il est question de la Revue moderne (l'ancêtre de Châtelaine), fondée après la Première Guerre mondiale précisément pour promouvoir une certaine modernité, appuyant les progrès de la médecine, de la radiophonie, de l’automobile ou de la photographie, évidemment Une telle perspective sur l’histoire du Québec, évoluant à son rythme mais dans le giron occidental, est déjà défendue par les historiens de l’art, notamment Michel Lessard, qui s’est aussi beaucoup intéressé à l’histoire de la photographie au Québec (celui-là est cité).Dans son introduction, Mme Saouter avance même une riche hypothèse que les universitaires pourront débattre, concernant l’intérêt comparé de ces deux mondes.«Contrairement à l’image dite artistique, dont la culture contemporaine retient essentiellement la démarche de son auteur et les dimensions esthétiques, l'image documentaire est fondamentalement liée à sa communication en société, écrit la professeure.Elle dépend donc foncièrement des moyens de sa diffusion, autrement dit des médias de communication, médias qu'il faut entendre au sens large, c’est-à-dire comme supports de médiation, autant la presse imprimée ou le réseau de télévision que la carte postale, l’affiche ou les sites et courriers électroniques du réseau Internet.» En bout de course, Mme Saou- ter s'interroge sur la guerre en Irak et rappelle la parution d’une étrange caricature de Serge Cha-pleau parue dans le journal La • /Mblipl.Un carré noir avec une, date: 19 mars 2(X)3,22hl5.«Faut-il [y voir] le symptôme avoué de l’impasse communicationnelle des sociétés hypermédiatisées?deman-, de la spécialiste.Au tout début du XX' siècle, la modernité avait trouvé un de ses fleurons dans le tableau du peintre russe Malevit-ch Carré blanc sur fond blanc.[.] Serge Chapleau propose un carré noir.» De l’artiste majeur au caricaturiste majeur: la liaison bâtarde a au moins le mérite de l’audace.déstabilisante.Et qu'on ne s’y trompe pas.Même si elle ose ce genre de rapprochement, même si elle est sémiologue, même si elle raconte de belles histoires (comme celle du seigneur de Lotbinière), Catherine Saouter ne dit pas, comme Jean Baudrillard et cie, que la réalité disparait sous les coups répétés des simulacres et du spectacle.Le dur et atroce réel de notre monde perce partout dans cette recherche où la guerre «livre une expression exacerbée des visions du monde, aussi bien par la révé- ¦ lotion des souffrances que par l’acharnement des propagandes».IMAGES ET SOCIÉTÉS Le progrès, les médias, IA GUERRE Catherine Saouter PUM, 2203,182 pages ü < UJ Les saints de Big Harbour < * > « F 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 2003 —«-Bloc-notes Vertige à Vergina A l’étranger, au détour des festivals, il n’y a rien comme émerger parfois des salles obscures afin de parcourir un peu le pays.Cette semaine, le rendez-vous de films de Thessalo-nique, dans le nord de la Grèce, est devenu pour moi l’occasion d’un petit séjour dans le temps.Et un temps très ancien, par-dessus le marché.N’est-ce pas de cette même Macédoine qu’Alexandre le Grand entreprit jadis ses conquêtes à travers l’Asie mineure et l’Inde?C’est d’ici aussi que son non moins célèbre père, Philippe II, dit Philippe de Macédoine, parvint à unifier la Grèce et à bâtir l’empire que son fils allait étendre dans le sang versé avec un sens de la stratégie militaire collé au génie.Vous me direz que bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis le temps, qu’il ne doit pas rester grand vestige d’un glorieux passé remontant au IV- siècle avant Jésus-Christ Erreur! En Europe, le passé surgit toujours au détour d’une tombe ou de quelque monument préservé pour mieux battre en brèche une modernité décidément moins inspirante.Moi, en tout cas, je le cherche partout des yeux, ce passé-là, et je le cherche sans doute plus fort d’avoir été enfantée par un pays trop neuf, sans mémoire étourdissante à offrir en pâture à mon imagination.Assez pour en vouloir aux habitants de Thessalo-nique d’avoir défiguré plusieurs quartiers de la ville avec des bâtiments récents d’une laideur à hurler.Pitié pour le passé!, a-t-on parfois envie de crier.Mais sur le boulevard qui longe la mer, une énorme statue d’Alexandre sur son cheval Bucéphale 0’histoire a retenu le nom du cheval, aussi brave que son maître à ce qu’on dit) se charge de me rappeler qu’aujour- Odile Tremblay d’hui n’est qu’un point minuscule sur une ligne du temps franchie par des plus illustres que nous.À bord de l’avion qui volait vers la Grèce, je m’étais plongée dans L’Histoire de l’hellénisme que Johann Gustav Draysen a écrite au XIXe siècle.Le livre, qui vient d’être réédité chez Robert Laffont, raconte les exploits de Philippe II et de son fils Alexandre.A vrai dire, je ne pensais jamais pouvoir me passionner pour les hauts faits guerriers des conquérants mégalomanes, mais le récit des prouesses militaires du jeune Alexandre, à travers les déserts et les montagnes, chez les Egyptiens, les Perses et les Indiens ou au milieu de féroces tribus armées jusqu’aux dents, donnerait la chair de poule à n’importe qui.J’ai alors dévoré, langue à terre, les aventures de cet homme acharné à faire plier tous les peuples sur son passage, sans connaître au départ la géographie des lieux traversés ni les mœurs des ennemis à combattre mais triomphant partout à l’aide de chorégraphies guerrières hardies et ingénieuses.De quoi fai- re pâlir d’envie les pitoyables stratégies contemporaines de Bush et compagnie.Tyrannie pour tyrannie, certains, dans cet art cruel, semblent avoir manifesté plus de talent que d’autres.Alors, sur la piste de ces rois disparus, j’ai fait le voyage cette semaine jusqu’à Vergina, à une centaine de kilomètres au nord de Thessalonique.En 1977, autant dire hier, l’archéologue Manolis An-dronicos y a découvert sous un tumulus la tombe de Philippe de Macédoine et (on le présume) celle du fils d’Alexandre le Grand, affublé du même prénom que son père et décédé à l’adolescence.Philippe de Macédoine fut assassiné (sur l’ordre de son épouse trompée ou du roi des Perses, les interprétations varient) en 336 avant Jésus-Christ, pendant les noces de sa fille.De son côté, Alexandre le Grand devait mourir à 33 ans à Baby-lone.Glorieux ou pas, ces gens-là, entourés d’en-netnis, ne faisaient pas de vieux os.A Vergina — et c’est ce qui donne un aspect solennel à l’affaire —, tout est demeuré sur le site: les tombes, qui, par miracle, n’ont jamais été pillées ou profanées, mais aussi leur contenu, conservé au musée d’à côté: armes, bijoux, carquois, cuirasses, parures de feuilles de chêne et de glands d’or, coffres princiers contenant les cendres des défunts, etc.Au-dessus de la porte du tombeau de Philippe II, une fresque, apparemment commandée par son fils, représente le roi assassiné mais aussi Alexandre à cheval au milieu d’une scène de chasse, sorte de pub d’époque chargée de proclamer la puissance dynastique.On admire tout ça avec l’impression d’assister aux obsèques royales en rangs serrés derrière les notables macédoniens, il y a près de 2500 ans.N’empêche, l’effet devait être encore plus saisissant au moment de la découverte du site.De retour à Thessalonique, j’ai parlé de ma visite à Vergina avec Alexis Grivas.D s’occupe de la presse étrangère au festival mais demeure avant tout un directeur photo reconnu.Après que l’archéologue Andronicos eut découvert les tombes royales en 1977, c’est lui qui fut chargé de filmer les lieux au côté de la documentariste Anna Keriso-glou.Alexis Grivas m’a évoqué cet endroit perdu découvert au milieu des montagnes, avec le tumulus d’époque, le trou creusé sur le toit des tombeaux par le chercheur et les trésors jonchant le sol, laissés là par les fossoyeurs de Philippe de Macédoine.«Après être descendu dans le trou, tout à coup, tu entres dans un rêve, se rappelle-t-il Andronicos avait installé de la gaze sur la fresque pour la protéger.Alors, il l’a retirée petit à petit afin de nous permettre de filmer.Et les couleurs, les motifs sont apparus, nous grisant au passage.» Non, sur certains continents, le passé n’est jamais bien loin, mais il y a des moments magiques, comme celui qu’évoque Alexis Grivas, quand le vertige vous saisit à l’idée d’être un des premiers à le toucher du doigt.Le temps doit vraiment s’effacer d’un coup.L’archéologue Carter l’a vécu à plejn en découvrant le tombeau de Toutankhamon en Egypte.Appelons ça une vraie plongée.D y a quand même des instants qu’on envie aux pionniers de ces découvertes.Par la suite, le tourisme de masse a quelque peu dissous cette magie-là.otrem blay@ledevoir.com VITRINE DU DISQUE La fête du piano SS: RAVEL L‘Œuvre pour piano ALEXANDRE THARAÜD BACH: VARIATIONS GOLDBERG Andrâs Schiff (piano) ECM New Series 472 185-2 (distribution: Universal) Je n’ai jamais vraiment adhéré à l’art d’Andrâs Schiff.Depuis une vingtaine d’années, l’ex-mousquetaire du piano hongrois (avec Ranki et Kocsis) nous a livré, sous couvert de profondeur sonore et musicale, des interprés tâtions souvent maniérées, alourdies, pompeuses (Sonates de Schubert, par exemple) se perdant dans l’anecdote.Ces mêmes défauts handicapaient sa première version des Variations Goldberg de Bach chez Decca, en 1983.Aussi je suis tombé des nues en écoutant ce nouvel enregistrement, lumineux, visionnaire, nécessaire.Schiff y entame une sorte de pérégrination dans laquelle les ornements, les phrasés, apparaissent tous partie prenante d’une coulée inexorable, jusqu'à une véritable suffocation dans les variations 29 et 30.On y découvre des moments tétanisants de beauté, comme la transition, dans la continuité de l’accord final, entre les variations 21 et 22.L’art de l’enchaînement des variations, avec ou sans pause, participe d'ailleurs de l’interprétation.Loin des lectures prétentieuses dont il nous a parfois rebattu les oreilles, Andrâs Schiff nous offre ici, capté en public, un disque de partage, comme s’il nous disait: «Depuis trente ans cette œuvre ne me quitte pas.J’en ai enfin assemblé le puzzle.Le voilà.» Ce puzzle ne comporte aucune pièce inutile, aucune scorie qui viendrait en altérer la complétion et la beauté.Daniel Barenboim et Murray Perahia avaient montré qu’il y avait une vie dans les Goldberg après Glenn Gould.Andrâs Schiff enfonce le clou.Christophe Huss MAURICE RAVEL L’Œuvre pour piano Alexandre Tharaud Harmonia Mundi 2 CD HMC 901811.12 (distribution: SRI) «L'artiste est toujours gâté», disait Bernard Blier à Sabine Sin-jen dans Les Tontons flingueurs.Il semble qu’en cet automne les amateurs de piano le soient aussi.Après le phénoménal CD Schumann de Nelson Freire (Decca) et parallèlement aux Variations Goldberg d’Andras Schiff, voilà que l’œuvre pour piano de Ravel, lui aussi, connaît un bouleversement discographique.Conjonction étonnante, ce ne sont pas moins de trois intégrales majeures qui nous arrive- ront quasiment en même temps.Elles sont signées Roger Muraro (Accord), Jean-Efflam Bavouzet (MDG) et Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi).L’album de ce dernier est le premier à nous parvenir au Québec et il risque bien de «tuer le marché», comme on dit en marketing.On y trouve, sous tous les aspects du piano ravélien, de Gaspard de la nuit aux Miroirs, en passant par Iq Tombeau de Couperin ou les À la manière de., une justesse, une finesse d’esprit qui permet à Tharaud d’imprimer une marque à la fois analytique et imaginative à ses interprétations.Jamais il ne tombe dans les trois travers possibles: l’impressionnisme de pacotille, l’intellectualisme et le jeu de la puissance.Les nuances, les silences sont subtils, infinitésimaux, jamais maniérés.Les forte (Gaspard de la nuit ou Une barque sur l’océan) ne claquent jamais dans ce Ravel aux déchaînements maîtrisés.On peut encore graver aujourd’hui, dans des répertoires fréquentés, une «intégrale de référence».^s seules 3’33 des Oiseaux tristes vous convaincront que celle-ci en est une.C.H.I II A N S O \ PUTAMAYO PRESENTS FRENCH CAFÉ Artistes divers Putamayo World Music Les Etats-Unis n’auront pas longtemps boudé la France.Cela se comprend.Bannir la France, fût-ce pour crime de lèse-Bush, n’était-ce pas bannir l’amouuuuur?L’amouuuuur qui, comme cha- cun sait, finit toujouuuuurs par triompher.Demandez à Johnny Hallyday, spécialiste de la rime en ouuuuur, ou mieux encore, à Pepe Le Pew, ze great séducteur from Paris, héros des Loony Toons.Pepe Le Pew, irrésistible comme son fin fumet de putois.Irrésistible comme ce disque de chansons françaises toutes générations confondues, amoureusement cuisiné par les bonnes gens de Putamayo, chouette label new-yorkais de musiques du monde.J’abonde dans l’imagerie jambon-beurre exprès: c’est bien le Paris guinguette, java et cool jazz que l’on vend ici, tous clichés jetés dans le même cassou-let, le Montparnasse de Gertrude Stein et Hemingway télescopant allègrement le Montmartre d’Amélie Poulain au détour du Saint-Germain de Gréco.Ce Paris n’existe pas, bien sûr, mais qui veut d’un Paris qui existe quand il y a celui-là, où l’on n’écoute que de la sacrée bonne musique.C’est qu’ils ont fait leurs devoirs chez Putamayo.Que des choix heureux sur ce disque de rêve.Des anciens qui n’ont pas pris une ride, des modernes qui ne sont pas nés d’hier.Le père Brassens qui se gratte le poil dans Je m’suis fait tout petit.Le fougueux Sanseve-rino qui a Mal ô mains tellement tw il swingue.La diaphane Barbara qui pianote Si la photo est bonne et l’évanescente Coralie Clément qui lui fait écho dans La Mer opale.La Bardot qui a le blues un brin salace dans Un jour comme un autre et Jane Bir-kin — sa compagne de lit dans Si Don Juan était une femme, ô époque dissolue — qui épelle Elaeudansla Téïtéïa en hommage à son Pygmalion de Serge (présent aussi, bien sûr, avec l’exquise Marilou sous la neige), etc.«Legends of French chanson join exquisite new voices for an enchanting musical sojourn to the cafés of France», résume-t-on au verso du joli digipak (incluant un livret bilingue).C’est exactement ça.Ze French chanson.Telle que Dieu et Maurice Chevalier l’ont voulue.Avec de l’accordéon en voulez-vous en v’ià, à vot’ bon cœur, m’sieur dame.Il n’y a que les Américains pour oser jouer ainsi les touristes de la chanson française sans rire.Vous savez quoi?Ils ont raison.Oui, Paris c’est Django, perpétué par Sanseverino.Oui, la France c’est le spleen de Barbara, dans lequel baigne à son tour Coralie Clément.Et oui, telle qu’on la perçoit à New York, la chanson française est hier comme aujourd’hui la plus belle du monde, et il n’y a vraiment pas de raison pour qu’amouuuur ne continue pas de rimer avec toujouuuurs.Foi de Pepe.Sylvain Cormier H O C K 2ND TO NONE Elvis Presley RCA (BMG) Elvis, j’aime.D’amouuuur.Et comme amouuuur, je le répète, rime avec toujouuuurs, après mille millions de chansons toutes bonnes à part There’s No Room To Rhumba In A Sports Car, j’en veux d’autres.Ça tombe bien, Elvis est le chanteur mort le plus productif de l’histoire de la musique populaire.Pensez, vingt-six ans après le coup des mille millions de pilules avalées avec le même verre d’eau, on me déniche encore une chanson de plus.Une vraie nouvelle.Pas une énième prise alternative, pas un restant d’entrecôte de bœuf de studio, pas un bête extrait inédit de spectacle.Une parfaite inconnue au bataillon.La merveille s’intitule I’m A Roustabout, et ne doit pas être confondue avec l’autre Roustabout, chanson-titre du 16e film d’Elvis.Pour la petite histoire: commandée pour ledit film, la ronflante I’m A Roustabout fut refusée par le réalisateur Hal Wallis.Pourquoi?Miss gomme et boule de terre.C’est surtout étonnant quand on compare: la remplaçante pâlit.Toujours est-il que la bande originale disparut corps et biens.Et c’est seulement l’an dernier que Winfield Scott, qui créa ce chouette p’tit rock’n’roll sans prétention avec le génial Otis Blackwell (à qui l’on doit All Shook Up, Don’t Be Cruel.), se rappela qu’il avait l’acétate dans son sous-sol, enfre l’aspirateur et l’Absmaster.Evidemment, les bonnes gens de chez RCA se sont emparés du truc comme s’il s’agissait de la suite des manuscrits de la mer Morte.Opportuns comme pas un, ils ont rabouté I’m A Roustabout à leur mille millionième compil d'Elvis, histoire d’obliger l’obnubilé dans mon genre à abouler.Répréhensible réflexe de marchand de tapis, si vous voulez mon avis.Le type même de tactique éculée qui rend les multinationales du disque si détestables, et qui élève le téléchargement illicite au rang de guérilla de résistance.Pouvaient pas lancer ça en CD simple, non?Pouvaient pas non plus s’empêcher de refaire avec Rubberneckin’ le coup du remixage à la moderne, façon A Little Less Conversation?Un jour, tous les poissons seront morts et il ne restera plus que des hameçons.S.C.VENEZ A LA LIBRAIRIE GALLIMARD, FETflÈR LA PARUTION DE * HARRY POTTER ET L’ORDRE DU PHENIX EN PRÉSENCE D'HEDWIGE ET DE VÉRITABLES MAGICIENS LE 2 DÉCEMBRE 2003, M À PARTIR DE 23H00 ! ’ allim;u
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.