Le devoir, 29 décembre 2007, Cahier E
LE DEVOIR.LES S A M E D I D M A N (' H E * 2 9 ET 3 0 DECEMBRE 2 0 0 7 THÉÂTRE Blancj ou disparaître dans la tempête Page E 2 BIOGRAPHIE Léandre Bergeron rêve à l’ADQ Page E 6 Culture Nos critiques de cinéma ont capté Vannée 2007 avec des an tenn es, à coups de déceptions et d’émerveillements, * frôlant autant les sommets que les ca tastrophes nr.xj: .SOURCE MONGREL MEDIA 4 mois J semaines 2 jours, de Christian Mungiu, est porté par le jeu inoubliable d’Anamaria Marinca.Nos trois critiques Pont élu film de Tannée.Trois fois l’année cinéma Odile Tremblay Le film de l’année Une œuvre faite avec trois sous et une maîtrise éblouissante du langage cinématographique: 4 mois 3 semaines 2 jours du Roumain Christian Mungiu, Palme d’or hautement méritée du dernier Festival de Cannes.Cette histoire sinistre d’avortement clandestin sous Ceaucescu, portée par le jeu inoubliable d’Ana-maria Marinca, ouvre sur des scènes d’anthologie, avec usage transcendant du plan-séquence.La plus grande déception LÀge des ténèbres de Denys Arcand.Le poids de l’Oscar et du succès des Invasions barbares a pesé bien lourd sur les épaules du cinéaste québécois.Plus dure fut la chute, après la montée aux nues.Ce mariage du burlesque et du cynisme, sur le lit de la sodété québécoise post-moderne, grinçait mais manquait d’huile.Le film le plus hardi I’m Not There de Todd Haynes.Brillante entreprise: celle de faire incarner le chanteur Bob Dylan par plusieurs interprètes, dont un enfant noir et l’actrice Cate Blanchett La mosaïque formelle du film épouse la fragilité du destin esquissé.Le prix de la persévérance A Carole Laure.On ne donnait pas cher de sa carrière de cinéaste amorcée avec Les Fils de Marie, puis CQ2.Force est de constater que l’ancienne muse de Gilles Carie s’améliore d’un film à l’autre.La Capture, son dernier long métrage, n’a guère fait recettes au Québec, mais étonne par sa maîtrise accrue du médium qu’elle manie.Le pire cauchemar Un Québee sur ordonnance de Paul Arcand, si mal réalisé (une honte!) que ce documentaire a noyé un sujet percutant et fait oublier à tout le monde qu’on bouffait effectivement trop de médicaments au Québec!!! VOIR PAGE E 3: TREMBLAY SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VTVAFILM L’Âge des ténèbres.Ce mariage du burlesque et du cynisme grinçait mais manquait d’huile.HMf j tj.* ^ Fanny Mallette dans Continental, un film sans fusil, produit par Luc Déry.CHRISTAL FILMS Les films de l’année Deux ex-aequo.On peut difficilement imaginer deux films plus dissemblables que 4 mois, 3 semaines et 2 jours, film à très petit budget du Roumain Cristian Mungiu (Palme d’or à Cannes), e\.Atonement (Expiation), film à grand déploiement du Britannique Joe Wright.Ce sont, chacun à leur façon, des films remarquables et bouleversants, qui font usage du plan-séquence pour des raisons diamétralement opposées, et qui à mon avis constituent les deux plus belles leçons de cinéma de 2007.Le producteur québécois de l’année On ne parle pas assez des producteurs.Enfin, on parle trop souvent des mêmes, pas assez, conséquemment de ceux qui parient sur les auteurs et font avec eux le pari de la rigueur.Tel Inc Déry, qui a produit cette année le plus beau film québécois de l’année: Continental, un film sans fusil.En quelques productions (Un crabe dans la tête, Familia, Congora-ma), Déry s’est imposé comme un phare dans notre paysage cinématographique.Sous la bannière de sa compagnie micro_scope, il veille présentement aux destinées de C'est pas moi, je le jure, le nouvel opus de Philippe Falardeau, attendu d’ici l’été.« Chante-la ta chanson » 2007 aura été l’année du «musical».L’éventail, très large, allait du «biopic» ronronnant (La Vie en rose, sur Piaf) au génial kaléidoscope (I’m Not There, sur Dylan).A mi-chemin entre les deux, on s’est amusé ferme devant la superbe courtepointe beatlemaniaque Across the Universe, de Julie Taymor Martin (Frida), le jubilatoire et excessif Hairs-Bilodeau Ptay, d’après John Waters, et le supra-gothique Suieeney Todd, que Tim Burton, dans une forme resplendissante, a tiré de la comédie musicale de Stephen Sondheim.Le retour aux sources Apres deux opus hollywoodiens sans envergure (Intolerable Cruelty et The Ladykillers), ]oe\ et Ethan Coen nous ont donné l’électrochoc de l’année avec No Country for Old Men (Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme), un western contemporain qui s’inscrit dans la lignée des Blood Simple et Fargo.C'est dire comme c’est noir là-dedans.Le «comeback» de l’année Paul Verhoeven, qui est rentré dans sa Hollande natale pour y réaliser Le Carnet noir, un savant et captivant thriller campé pendant la VOIR PAGE E 3: BILODEAU Le film de l’année Tous ceux qui rêvent (de moins en moins secrètement) de la criminalisation de l'avortement devraient voir 4 mois, 3 semaines et 2 jours, du cinéaste roumain Christian Mungiu.Le film se déroule sous le règne de Nicolae Ceausescu et montre avec un dépouillement exemplaire la chape de plomb morale qui recouvrait le pays à cette époque.Dans ce monde sans joie, deux jeunes femmes, en l’espace de 24 heures dans le corridor lugubre des avortements clandestins, perdront bien des choses, dont une partie de leur âme.Mungiu, lui, a remporté la Palme d'or à Cannes.La meilleure mise en scène Comme certains de mes collègues et sûrement plusieurs spectateurs, je n’ai pas grandi en écoutant Bob Dylan, encore moins en suivant les aléas de sa carrière.Malgré cette méconnaissance, la fascination pour Tm Not There, de Todd Haynes, est totale: ces multiples vies de Dylan forment une superbe mosaïque de délicieux mensonges et de touchantes tranches de rie, incarnées par des acteurs fabuleux dont.Cate Blanchett en Bob version électrique et felMenne.Le meilleur scénario D’une scénariste de la série télévisée Six Feet Under, en l’occurrence Nancy Oliver, on ne pouvait qu’espérer intelligence, ingéniosité et sensibilité.On aura tout cela, et phis encore, dans Lars and the Real Girl, de Craig Gil-lepsie, sur la relation fusionnelle entre un homme timide (Ryan Gosling, bouleversant de vérité) et., une poupée gonflable.On en rient à aimer cette femme de latex avec la même ferveur que tous ces personnages attachants, bien déterminés à jouer le jeu de ce simple d’esprit pour lui redonner sa dignité.Le blockbuster de l’année Plus tourmenté que James Bond, moins rigolo qu’ln-diana Jones, Jason Bourne, une brillante invention VOIR PAGE E 3: LAVOIE The Boume Ultimatum SOURCE UNIVERSAL STUDIOS t LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 DÉCEMBRE 2 0 0 7 E 2 THÉÂTRE Les 10 meilleurs spectacles angles de 2007 Blanc, ou disparaître dans la tempête Des légendes très.Geneviève L.Blais voulait depuis longtemps aborder le délicat sujet de la mort; elle a enfin trouvé sa porte d’entrée ALEXANDRE CADIEUX En lisant cette pièce-là, je me suis dit “ça y est, c’est le texte que j’attendais”», nous dit Geneviève L Blais à propos de Blanc.La jeune metleure en scène souhaitait depuis longtemps aborder le délicat sujet de la mort et elle a enfin trouvé sa porte d’entrée.La blanche lumière des mots de la dramaturge française Emanuelle Marie irradiera dès le 6 janvier la salle Fred-Barry, lieu qui avait également accueilli l’adaptation scénique des Châteaux de la colère d’Alessandro Baricco que signait Blais en avril 2006.In boucle se boucle ainsi pour ce texte né à Montréal dans le cadre d’une résidence d’écriture au Centre d’essai des auteurs dramatiques.«La pièce ne s’appelait pas Blanc au départ, ce titre fut inspiré par une tempête de neige qui a beaucoup marqué Emanuelle lors de son séjour.Ce fut pour elle une perte de repères que d'ouvrir le rideau et de ne plus pouvoir saisir l'extérieur», confie Geneviève L Blais.Cette dernière, dipjômée de 1UQAM ainsi que de l’École nationale en mise en scène, n’a pas eu la ctuince d’échanger longuement avec l’auteure, terrassée par la maladie en mai dernier alors qu’elle n’était âgée que de 32 ans.Le Blanc du titre renvoie à la lumière que cherchent deux sœurs chargées de veiller leur mère qui se meurt.La première est elle-même mère de famille, organisée, concrète, elle a annulé tous ses engagement pour recevoir la mourante en sa demeure; la seconde est comédienne, angoissée, elle ne tient pas en place.«Elles se retrouvent tout à coup dans la difficile posture d'être la mère de leur mère», nous confie la metteure en scène.«Elles doivent apprivoiser cette nouvelle intimité-là, où on lave sa mère comme on laverait son fils.» Devant le silence obstiné de la figure maternelle, le retard du père sensé arriver d’une minute à l’autre et Tab- / PEDRO RUIZ LE DEVOIR Blanc n’est certainement pas une comédie, mais Geneviève L.Blais nous promet des sourires, comme des petites touches d’espoir, des instants de repos.sence de croyances religieuses qui auraient pu apporter des fragments de réponses, les deux femmes chercheront en elles le sens à donner à ces moments tragiques.Évidemment, ces circonstances extraordinaires les ébranleront au plus profond de leur être: «Dans la vie, on a toutes sortes de petites failles, et ces moments viennent les ouvrir, les creuser.» Le réel L’entrecroisement serré d’une réalité très tangible, quotidienne, laite de repas, de lavage et de soins, avec un espace poétique où les questionnements existentiels peuvent se déployer a séduit Geneviève «Je ne manquerais pour rien au monde le prochain spectacle du Nouveau Théâtre Expérimental.» 'fVcUxéo /~£*i&rvie*vC~ XXX LE PLAN FM7T mv COMÉDIE SATIRIQUE SUR LE SENS DE LA VIE PAR Evelyne de la Chenelière et Daniel Brière AVEC Daniel Briôre, Anne-Marie Cadieux, Normand D’Amour, Evelyne de la Chenelière CONCEPTEURS Danny Braün, Nicolas Descdteaux, Colette Drouin, Catherine Gauthier, Yves Labelle, Jean-François Landry, Michel Ostaszewski DU 9 JANVIER AU 2 FÉVRIER 2008 à Espace Libre 1945 fullum, métro frontenac RÉSERVATIONS 514.521.4191 MTE UNE PRODUCTION DU Nouveau Théâtre Expérimental www.nte.qc.ca tm espace L Blais.«Le texte contient une grande poésie, un rythme, un jeu sur les mots.J'hésite à utiliser le mot fantaisie, qui a souvent une connotation négative, mais il y a là une touche de lumière qui me fait du bien.Je trouve que les écritures d’aujourd’hui sont souvent très sombres.Il faut nommer les choses qui sont dures, Emanuelle le fait, mais on n'en ressort pas écrasé, incapable d’avancer.» Afin de nourrir sa réflexion et son travail de mise en scène, Blais est entrée en contact avec une douzaine de femmes de tous âges qui ont vécu la pénible expérience de perdre leur mère.«N’étant pas passée par là moi-même, la mort d’un proche restait pour moi quelque chose de distant, et par moments très poétique, romantique, comme s’il était possible de tenir la main de quelqu’un et de pleurer durant dix jours sans interruption», confie-t-elle.Elle avoue avoir été fascinée par la façon dont ses interlocutrices lui ont relaté ce grand chambardement intime.«Chacune m'a raconté la mort desamère comme une histoire qu’elle se serait inventée, avec des images très belles auxquelles chacune s’est attachée et qui aident à donner un sens à l’événement.Une beauté qui, pour plusieurs, n’est plus liée à un paradis peuplé d’anges, mais qui est souvent tout de même plus grand que nature.» Ces histoires rejoignent la quête des deux sœurs de Blanc, qui trouveront finalement la paix en contemplant les étoiles et en détaillant la forme des constellations.De plus, tel un chœur grec à la fois spectateur et écho des drames qui se jouent sur scène, la présence des 12 femmes ajoute une dimension à la représentation qu’elles émaillent de témoignages et de petits gestes.En mettant ainsi en scène des états émotifs qui échappent à la rationalité, Geneviève L Blais peut également poursuivre sa démarche autour d’une écriture scénique qui tente de rejeter les conventions.«fai envie de proposer des événements qui brisent notre rapport à la frontdi-té, nous sommes tellement devant les écrans', la télévision, les ordinateurs.on est toujours à l’extérieur des choses», soupire-t-elle.Celle qui a déjà présenté des spectacles dans un bar (Quelques éclats de verre, 2004) ainsi que dans un bain public (Combats, 2005) avoue qu’il y a là tout un défi, même dans cm studio transformable comme la salle Fred-Barry.Tout de la technique au jeu, est tellement conditionné par l’habituel rapport frontal entre la scène et la salle.«Mais c'est un beau défi à relever», conclut-elle, rayonnante.Avec un tel sujet, on devine bien que Blanc n'est pas une comédie.Geneviève L Blais nous promet par contre des sourires, comme des petites touches d’espoir, des instants de repos.«Nous sommes dans la maison d’une mourante, c’est vrai, mais quelqu’un a peint une petite fleur sur le mur», suggère-t-elle, avant de disparaître dans la tempête.¦ Blanc, texte d’Emanuelle Marie, mise en scène de Geneviève L.Blais, une production du Théâtre à corps perdus présentée à la salle Fred-Barry du 8 au 26 janvier.Collaborateur du Devoir 7f MEILLEUR SPECTACLE AU MONDE MA:; Vi-w HiUhtKtrd .voes .:00fe très vivantes SYLVAIN CORMIER Des spectacles de rock, de pop, de chanson, Montréal en a fourmillé.Surtout des bons.Rien qu'avec Pop Montréal, il y avait de quoi établir un palmarès.C’est dire à quel point cet exercice est personnel: mille millions de parcours étaient possibles, passant aisément outre à ma dizaine glorieuse.Notre seule unanimité aura été triste: la fin du Spectrum.Drôle d’impression, à l’orée de 2008: quand on se croisera, ce sera ailleurs.1.John Fogerty à la salle Wil-frid-Pelletier de la PdA.Je n’y étais pas: c’était au cœur de l’été, et au cœur de l’été, je suis à Spa.Mon cœur n’en était pas moins à Wilfrid.Mes amis aussi.Ils m’ont raconté, exaltés, extatiques.Tout le show debout, à 3000.Tout le catalogue en plein dans le buffet rien que des imparables et des formidables, Travelin’ Band, Green River, Who’ll Stop The Rain, Bom On The Bayou, Lodi, Bad Moon Rising, Fortunate Son, et ainsi de suite.Rien qu’à zieuter des extraits sur YouTube, j’en perds mon fromage.Oui, c’est mon show de l’année.La preuve, l’ami de ma meilleure amie m’a acheté le T-shirt officiel, et je le porte comme un étendard.2.Bruce Springsteen & The E Street Band au ScotiaBank Center (Ottawa).C’est encore et toujours le show suprême de tous les temps.Un peu moins suprême ce soir-là, malgré le rappel avec le grand dadais d’Arcade Fire et sa Régine.Il y avait encore et toujours ces chansons qui donnent du cœur au ventre, encore et toujours ce diable d’homme et ce diable d’orchestre, mais il manquait un peu de laisser-aller, de jeu, d’abandon.La faute à Ottawa?A la tournée trop jeune?Gageons que le 2 mars, au Centre Bell, nous serons hachés menu.3.Stevie Wonder au Centre Bell.D est arrivé au bras de sa fille Aisha, celle-là même qu’on entend, bébé, pleurer dans Isn’t She Lovely.Il a raconté que le décès de sa mère, l’an dernier, avait inspiré son retour, comme quoi il y a du bon, de l’espoir, de l’amour en tout, pour peu que l’on écoute ce qu’il y a à l’intérieur de soi.Le ton était donné: ce soir-là, il s’agissait de célébrer la vie, à travers la musique.Deux heures et demie durant, on a célébré.4.The Spaghetti Western Orchestra à la Cinquième Salle de la PdA (FIJM).A partir des trames sonores composées par Ennio Morricone pour les westerns à l’italienne des années 1960, ce quintette d’australopithèques patentés a livré une expérience épatante, époustouflante, un envers du décor plus fabuleux que l’endroit, poussant à l’extrême, jusqu’aux derniers retranchements de l’imagination la plus luxuriante, l’idée même de recréer des mu- siques de films et les bruitages desdits films.Magique.5.Eleni Mandell au Club Soda (FIJM).Eleni, chère Eleni, de plus en plus notre Eleni — elle a tourné l'automne venu dans les petites salles à travers le Québec, et enregistré un 45 tours en français —, la belle Eleni a été plus que jamais craquante, coquine et câline.Une chanteuse nommée désir, fausse ingénue et vraie amoureuse, virevoltant dans sa robe à jupons rose et blanche de bal de finissants des années 1950.Une vision.6.Norah Jones au Saint-Denis.D parait qu’elle endormait ses auditoires, réfugiée dans sa bulle.La bulle a pété.Juré craché, la Norah Jones de 2007 s’amuse sur scène.Sautille de plaisir, glousse comme une gamine, grattouille une électrique quand ça lui prend.Elle a encore tout son lot de ballades, autant de gouttes d’eau sur peau brûlante, mais Norah Jones est dorénavant une country-girl qui s’assume, fille de Ravi certes, mais surtout fille du Texas.EL oui, fille de party.7.Van Morrison à la salle Wil-frid-Pelletier de la PdA (FIJM).Souverain sous son panama blanc, Van The Man a mené son orchestre comme un p’tit chef, le Belfast Cowboy se prenait pour John Ford dirigeant La Chevauchée fantastique.On a eu du country, du rock’n’roll, du r’n’b, du swing, on a même eu Moondance et Gloria.G-L-O-R-I-A.Comme dans glorieuse soirée.8.Bob Dylan à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA (FIJM).Dylan a été Dylan, ce qui en dit déjà beaucoup: chansons transfigurées exprès, répertoire imprévisible.Vivant quoi.En plus, il était en forme, le tibia mobile, très rock’n’roll attitude, et pas toujours au piano: il avait aussi les doigts lestes sur sa Strato, comme quoi l'arthrite, pfuit! Assister à ça, dans le velours de Wilfrid, était un privilège.9.Suzanne Vega à La Tulipe.New York est une femme.C’est Suzanne Vega la New-Yorkaise qui l’a dit.«Une femme qui n’est pas toujours une dame, pas toujours jolie, mais qui peut être très attirante.Je me demande si Montréal est un homme ou une femme?Demandez-vous ça.» C’est sur ce ton complice et coquin, charmant et acide, à la fois ironique et sensible, que Suzanne Vega nous est revenue.10.The Arcade Fire à la Fédération ukrainienne.Trouver un billet Attendre dans le soir polaire autour de la vieille église.Finalement entrer.Je me souviens plus de ça que du spectacle, vécu comme une récompense.Du groupe, je garde l’image d’un chassécroisé incessant sur une trop petite scène pleine d’équipement On aurait dit un wagon de métro à Tokyo.Je me souviens de la chaleur, aussi.L'étuve, après la Sibérie.Québec, terre de contrastes.Collaborateur du Devoir SUSANA VF.R A REUTERS Bruce Springsteen CINEMA SEMAINE DU 29 DÉCEMBRE 2007 AU 4 JANVIER 2008 Les NOUVEAUTÉS et le CINÉMA en résumé, pages 9S| Li LE Demur H Ou 1S au 17 janvier 2008 Place des Arts Réseau Admission n SMn*»-4 jAuhw S14'«O t ?4 ï www «dmtwon rom $14 «42-2112 / 1 H42-2112 NTDTV MorrtrrjJ MrjMwim.t'kN ww* pd* qt < • SI4 I424M41 Raha«< pour le* groupe*, le» aine* M le* ftud*4nt> Billets pour groupes/Re -»-r, — u» ju.iua «oc«•*»••* il* .•«•»*»»* • «•znu Fnlun Owf» .- Canada T 1219 L E 1> E V 0 I K .LES SA M K 1* I 2 H ET D 1 M A C H E 30 DÉCEMBRE 2 0 0 7 inûino IIUJIIIU) e x C e n t r i s EX-CENTRIS.COM / S14.847.2206 LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON /JULIAN SCHNABEL PRESENTEMENT À L'AFFICHE Un film réussi, à l’ombre du Labyrinthe de Pan L’ORPHEUNAT (ORFANATO) De Juan Antonio Bayona.Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Mabel Ribera, Geraldine Chaplin, Montserrat Caruila.Scénario: Sergio G.Sanchez.Image: Oscar Faura Montage: Elena Ruiz.Musique: Fernando Velazquez.Espagne, 2007,106 min.MARTIN BILODEAU Angles de prise de vue inusités, contre-plongées inquiétantes sur la façade d’un château gothique, musique sourde et angoissante, portes dissimulées aux gonds grinçants, etc.Décidément, l’Espagnol Juan Antonio Bayona a réquisitionné tout l’attirail du cinéma fantastique afin de faire frémir son modeste quoique captivant et bien rythmé premier long métrage produit sous la tutelle de Guillermo Del Toro.On reconnaît d'ailleurs à son Orphelinat semblable mélange de conte pour enfants et d’éléments d’horreur qui caractérisaient Le Labyrinthe de Pan, réalisé par ce dernier.Trente ans après avoir quitté l’orphelinat où eÛe a grandi, Laura (Belen Rueda, aperçue dans La Mer intérieure) fait avec son mari l’acquisition du vieux château maritime qui l’abritait afin de transformer l'endroit en résidence pour enfants handicapés.Peu après son arrivée toutefois, Laura est inquiétée par le comportement étrange de son fils adoptif Simon, un enfant solitaire et malade, entouré d’amis imaginaires.Arrachés au monde réel?Ou à celui des morts?La visite inattendue d’une vieille travailleuse sociale ainsi qu’une série d’incidents insolites survenus au château font grimper de plusieurs crans l’angoisse de la mère.Laquelle atteint son paroxysme lorsque Simon disparaît Parce que la comparaison avec Le Labyrinthe de Pan est inévitable et désavantageuse, il arrive qu’on reproche à L’Orphelinat son prosaïsme et sa mise en scè- ne appuyée, au détriment de la poésie et de l’invention.De fait, s’il existe une différence entre un film réussi et une œuvre accomplie, L’Orphelinat et Le Labyrinthe de Pan en constituent la meilleure illustration.Cela dit le film de Bayona est traversé de plusieurs instants de grâce qui transcendent temporairement les conventions auxquelles le scénario s'accroche.J'en veux pour preuve la puissante et frissonnante séance de spiritisme où une médium, défendue par une Geraldine Chaplin fantomatique, se transporte dans le passé afin de rencontrer les enfants disparus de l’ancien orphelinat Le son, la musique, le grésillement de la radio, les images dans la pénombre quasi complète, conspirent à faire de la séquence un morceau d’anthologie.Dans un registre tout autre, la conclusion foudroyante d'émotion et d’originalité nous réconcilie avec le voyage parfois cahoteux qui nous y a conduit Collaborateur du Devoir d .j , .SOURCE CHRISTALFILMS pelen Kueda, dans L Orphelinat.Le film de Juan Antonio Bayona est traversé de plusieurs instants de grace qui transcendent temporairement les conventions auxquelles le scénario s accroche.TREMBLAY SUITE DE LA PAGE 1 Le film québécois de l’année Continental, un film sans fusil de Stéphane Lafleur.Pour ses destins entrelardés qui savent si bien parler de solitude et d’angoisse, pour la finesse et l’humour dont il enrobe ses êtres en crise, pour son début et son dénouement dans une forêt initiatique, où le Petit Poucet ne retrouverait pas ses cailloux.L’interprète de l’année Le regretté Ulrich Mühe (mort depuis), révélation du film allemand La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (qui a gagné l’Oscar du meilleur film en langue étrangère).Son personnage d’agent secret troublé, sous le régime communiste d’Allemagne de l’Est, fut une composition de haut vol.Un coup de cœur Cœurs d’Alain Resnais.Maniant la poésie, avec cette neige qui tombe entre chaque tableau comme un rideau fluide, et une folle galerie de personnages qui se frôlent sans se trouver, Resnais manifestait une fois de plus sa jeunesse éternelle.Le film le plus courageux Le Violon du Mexicain Francisco Vargas.Pour sa force de frappe et de résistance politique, pour son art de dénoncer les abus dont sont victimes les autochtones, sans pathos, avec une humanité supérieure, pour le jeu inoubliable de Don Angel Tavira Révélation chez les acteurs Deux actrices françaises, plutôt méconnues jusque-là, ont vraiment étonné: Marina Hands, lumineuse dans Lady Chatterley de Pascale Ferran, et Marion Co-tillard, puissante dans La Vie en rose d’Olivier Dahan sur la vie de la môme Piaf.Le plus bel adieu Celui du grand Ingmar Bergman, décédé le 30 juillet dernier dans son antre nordique, refusant les honneurs sur sa dépouille, après avoir donné au cinéma, du Septième Sceau à Saraband en passant par Les Fraises sauvages et Persona, un immense bouquet de chefed’œuvre.Le Devoir JONAS EKSTROMER REUTERS Ingmar Bergman LAVOIE SUITE DE LA PAGE 1 du romancier Robert Ludlum, s’est révélé un sacré héros de cinéma.Avec The Bourne Ultimatum, le cinéaste britannique Paul Greengrass met la touche finale à une trilogie filmée à haute vitesse et de haute tenue.D’un épisode à l’autre, Matt Damon ne faisait qu’un avec cette bête traquée, souvent solitaire mais jamais à bout de ressources.Du cinéma musclé, avec une tète sur les épaules.Le film québécois de l’année Avec une retenue exemplaire et grâce à une mise en scène d’une simplicité qui force l’admiration, Stéphane Lafleur fait une entrée remarquée dans la cour des grands avec Continental, un film sans fusil.Sa vision du monde contemporain n’est pas nécessairement des plus réjouissantes mais grâce à quelques touches poétiques, il donne à ses personnages, en apparence sans histoire, une étoffe de vérité qui ne cesse d’émouvoir.Le film le plus attendu de Tannée Avant longtemps, on étudiera scrupuleusement LÂge des ténèbres, de Denys Arcand, mais pas dans les départements d’études cinématographiques.Les futurs «marke-teux» analyseront l’impact des reports et autres discours contradictoires qui ont entouré la sortie de ce film, prévue au printemps, pour ensuite subir le massacre par la critique française avant d’atterrir sur nos écrans dans une fin de course désolante.Meilleure chance la prochaine fois.Le film français de l’année J’éprouve une affection particulière pour deux œuvres sensibles et délicates, jamais flamboyantes mais d’une sincérité remarquable: Quand j’étais chanteur, de Xavier Giannoli, et Le Pressentiment, de Jean-Pierre Darroussin.Le premier met en vedette un Gérard Depardieu qu’on croyait disparu à jamais (sobre et émouvant) et le second, un acteur devenu réalisateur qui filme comme il joue, c’est-à-dire avec finesse.Le pire cauchemar Toujours plus nombreux dans la vie d'un critique zélé que d’un cinéphile du dimanche, les titres se bousculent mais j’opterais pour Ma tante Aline, de Gabriel Pelle- SOURCE ALLIANCE I’m Not There, de Todd Haynes, dans lequel Cate Blanchett incarne une des multiples vies de Bob Dylan.tier.Voir ce film deux semaines après sa sortie dans une salle complètement vide donne une bonne idée de l’étendue du désastre.Le prix de la persévérance Ses derniers films ressemblaient à un interminable chemin de croix et sa carrière, à une lente agonie.Tous les critiques avaient prédit sa mort (professionnelle) et devant Le Courage d’aimer, aucune rémission ne semblait possible.Or voilà que Claude Lelouch nous arrive avec Roman de gare, un film pétillant d’intelligence, sans caméra tourbillonnante ni chabadabada.Tourné sous un pseudonyme, c’est tout de même du pur Lelou- ch, du grand Lelouch.Enfin.Le retour le plus inattendu De Paul Verhoeven, je n’espérais plus rien, sauf peut-être une montagne de vulgarité et un cortège de fausses blondes.Devant Black Book, son meilleur film depuis des lustres marquant aussi son retour dans son pays natal, les Pays-Bas, il ne perd pas ses bonnes habitudes (voir la scène de teinture de l’héroïne.) mais a retrouvé un tonus qui lui manquait depuis le désastre de Showgirls.Un film de guerre d’une cruauté habile, un récit captivant au rythme trépidant et d’une moralité perverse.Collaborateur du Devoir CHRISTOPHER PLUMMER MICHAEL ANGARANO ROBERT WAGNER F.M.EMMET WALSH , I U CHAISE DU RÉALISATEUR ( THE MAN IN THE CHAIR ) «Christopher Plummer consolide sa position o titre de I' un des plus grands acteurs de notre époque!» Jerfirejr Lyon».N8C/R£B, TALK AFFICHE SHERBROOKE gommage à Bienne.Le spectaculaire Concert du Nouvel An ! L’Orchestre Strauss de Montréal”' , Stefanos Tsialis, chef (Vienne) Zsuzsa Alfoldi, soprano (Zurich) /.soit Vadâsz, ténor (Budapest) (hfc fi$.s danseurs du Budapest International Ballet Salle Wilfrid-Pelletier 1 Place des Arts Mardi 1er Janvier 2008 - 14 h 30 Appelez pour réserver 514-842-2II2 or I-866-842-2112 laplacedesaits.com Admission 514-790-1245 (iroupes de 10 au plus: S14-211S-42SK ! Information: 1.800.545.7807 • www.salutctovienna.com Invité spécid ! [ Steph Carte, ténor (Montreal) ] Nommé pour un Juno, meilleur chenteur masculin BILODEAU SUITE DE LA PAGE 1 Deuxième Guerre mondiale.On y a reconnu les outrances du réalisateur de The Fourth Man et Robo-cop, sans les simagrées de celui qui nous a donné Basic Instinct et Starship Troopers.Mention à Sydney Lumet, qui fait lui aussi un brillant «comeback» avec Before the Devil Knows You’re Dead (7h58 ce samedi-là).Le blockbuster de l’année Si tous les blockbusters estivaux possédaient le channe, l'intelligence et la redoutable efficacité de The Boume Ultimatum (La Vengeance dans la peau, de Paul Greengrass d’après Robert Ludlum), je prendrais mes vacances en hiver.Le documentaire de l’année Merci Benoît Pilon pour le coup de foudre que vous m’avez fait éprouver devant les gens de Radis-son présentés dans Des nouvelles du Nord, une œuvre belle, patiente, émouvante et souvent drôle.Et encore à l’affiche à Ex-Centris.Courez-y.Le film français de l’année Je vais bien ne t’en fais pas, un drame simple et bouleversant de Philippe Lioret (Mademoiselle) sur une étudiante à la recherche de son jumeau disparu.Suivent, tout juste derrière.Cœurs, d’Alain Resnais, Le Pressentiment, de SOURCE EQUINOXE FILMS Je vais bien ne t’en fais pas, un drame simple et bouleversant de Philippe lioret Jean-Pierre Darroussin, et Les Amitiés maléfiques, d’Emmanuel Bourdieu.Le déjà oublié et c’est injuste L’année 2007 aura marqué un retour aux thrillers politiques et dans le genre, aucun ne possède la puissance de Breach, de Billy Ray, sorti en début d’année, avec le brillant Chris Cooper dans le rôle de Robert Hanssen, un agent décoré dq FBI qui vendait des secrets d’Etat aux Soviétiques.¦ plus coupable des plaisirs Je le dois au Torontois David Cronenberg qui, avec le captivant et morbide Eastern Promises, signe un de ses filins les plus sanglants et les plus aboutis en carrière.Juste derrière A History of Violence, mon film de l’année en 2005.Collaborateur du Devoir Dictateurs, terroristes, criminels de guerre.Rencontrez l’homme qui les a défendus.(sur quatre) Le Nouvel Observateur «Un incroyable thriller d’espionnage !» Le Monde «Passionnant!» Métro «Indispensable !» Rolling Stone «Étourdissant!» Elle «Fascinant!» Première «Jacques Vergés est un personnage romanesque, fascinant et effrayant.» Le Parisien 'Â*KÙ) Festival de Cannes Sélection Officielle Un Cektain Regard L'AVOCAT un him Di BARBU SCHROEDER métropole À L’AFFICHE ” ^ ifc» version originale avec vflon originale frtnçal— | eoue-titree anglais CINÉMAS AMC MWttarf (P4)l4T M«t E- CINÉMAS AMC ——i E FORUM 22I LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 DÉCEMBRE 2 0 0 T E 4 LIVRES TD ourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de '' X bonne heure que, si le voyage seul — le voyage sans idée de retour — ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l'excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, a la clôture de la maison familière?» Ainsi s'ouvre Les Eaux étroites, que Julien Gracq publia en 1976.L’écrivain s’est attaché tout au long de son œuvre, initiée par Au château d’Argol en 1938, à rendre compte de ce romanesque de l’habitude, aux paysages et aux «excursions» aussi bien intérieurs qu’extérieurs qui se révèlent tout à fait imprévus et aventureux à force de sembler ne pas l’être.Le «ton» de cet auteur, à qui André Breton exprima son admiration, est celui d’un surréaliste dont le respect pour Breton n’éteindrait pas celui pour les Latins.Julien Gracq a choisi son pseudonyme en hommage au héros du roman stendhalien Le Rouge et le Noir pour le prénom, et pour la sonorité du nom latin pour son patronyme.L’écrivain a vécu dans une totale discrétion toute sa vie.Son grand-père était boulanger, son père, mercier.11 fait ses études secondaires à Nantes, où il est un brillant élève.Il entre ay lycée Henri-fV, à Paris, en 1928, puis, en 1930, à l’École normale supérieure.Il aime le cinéma.Le sport le passionne.En 1933, il devient diplômé d’études supérieures en géographie et est reçu quatrième à la section diplomatique de Sciences-Po.Après son service militaire, il est nommé professeur d’histoire, profession qu’il exercera dans diverses affectations jusqu’à sa retraite, en 1970, tout en animant un cercle d’échecs.Dans ses Souvenirs désordonnés, le libraire et éditeur José Corti, très proche des surréalistes, raconte comment, en 1938, il reçut par la poste, accompagné d’une lettre écrite «à l’encre verte» (alors très rare et semblable à celle qu’utilisait Breton), un manuscrit qu’il est rapidement enthousiaste à l’idée de publier.Si ce n’est qu’il lui manque l’argent nécessaire.Il demande à l’auteur d’avancer Içs frais.Gracq accepte.La fidélité de l’écrivain aux Éditions Corti durera jusqu’à sa propre mort, survivant même à celle du fondateur, survenue en 1984.L'éditeur décrit ainsi son auteur: «On voyait un homme d’une élégance sobre, qui en était arrivé, en réaction au laisser-aller, à se faire, sans allusion à Tristan Tzara, une antitête, toujours exactement tondu de la Profil Gracq nuque aux tempes et ne tolérant de cheveux que ce qu’il faut pour permettre le tracé d’une petite raie.C’était un homme qu’une fiche signalétique n’aurait pu définir que comme moyen en tout.[.] Gracq n’est pas un homme de conversation de salon.Il est l’homme du tête-à-tête; celui qui cherche dans l’interlocuteur cette part de singulier, cette part d’humain qui peut l’intéresser.[.] Il décevra même celui qui espère saisir dans sa conversation quelque chose de la poésie de son œuvre, qui attend que jaillisse enfin l’improvisation brillante où éclatera l’esprit, l’humour, le trait de Liberté grande.» Mais, par écrit, il défend fermement son idée de la littérature.Il préfère Stendhal et Balzac à Flaubert, entretient avec Proust un rapport compliqué («f admire.Mais je ne sais pas si j’aime ça»), il déteste Sartre, moque le Nouveau Roman, et adore Nerval, Tolkien et Jules Verne.L’univers de l’écrivain Au château d’Argol paraît au début de 1939.Le manoir d’Argol met déjà en scène ce qui deviendra l’univers habituel de Julien Gracq, cette atmosphère du «ressouvenir» qu’il admire tant chez Poe.«Le génie d’Edgar Poe, presque aussi évident dans le choix de ses épigraphes que dans la matière de ses contes.On les ajouterait simplement les unes aux autres que son timbre original n’en résonnerait pas moins avec une netteté, une fidélité absolue», écrit-il dans Lettrines.Au château d’Argol n’obtient pas un succès de vente, mais Gracq reçoit une lettre d’André Breton: «Votre livre m’a laissé sous l’impression d’une communication d’un ordre absolument essentiel.» Lieutenant d’infanterie, il est fait prisonnier en juin 1940 et libéré, parce qu’on le croit tuberculeux.Dans le camp, il se fait remarquer des autres internés.Armand Hoog, compagnon de captivité, écrira de celui qui «fut pour nous tous un sujet permanent d’irritation, d’admiration», quand tous, évidemment, détestaient le camp: «Mais ce Gracq, le plus individualiste, le plus anticommunautaire de tous, le plus férocement antivi-chyssois, il passait là-dedans comme soutenu par son mépris, sans se laisser atteindre.» Julien Gracq retrouve l’enseignement à partir de 1941, mais travaille surtout à son recueil poétique Liberté grande et au roman Un beau ténébreux.«J’évoque, dans ces journées glissantes, fuyantes, de Tarrière-au-tomne, avec une prédilection particulière les avenues de cette petite plage, dans le déclin de la saison soudain singulièrement envahie par le silence.» En 1948, il publie son essai André Breton et la pièce Le Roi pêcheur, qui GUYLAINE MASSOUTRE La maison natale de Louis Poirier, alias Julien Gracq, dans le quartier de la Gabelle à Saint-Florent-le-Vieil.Toute sa vie (1910-2007), le génial écrivain a fréquenté les livres plutôt que les gens.fait un flop l’année suivante.En 1950, paraît La Littérature à l’estomac, bref pamphlet d’abord paru dans la revue Empédocle et qui fait scandale.Il s’en prend au «petit jeu littéraire» et aux chapelles politiques.Stendhalien, il ne le gêne aucunement que la littérature soit réservée aux «happy few».D précise dans une note pour la publication en volume de son texte: «Quand je dis que “la littérature est depuis quelques années victime d’une formidable manœuvre d’intimidation de la part du non-littéraire, et du non-littéraire le plus agressif, je désire rappeler seulement qu’un engage- ment irrévocable de la pensée dans la forme prête souffle de jour en jour à la littérature: dans le domaine du sensible, cet engagement est la condition même de la poésie; dans le domaine des idées, ü s’appelle le ton: aussi assurément Nietzsche appartient à la littérature, aussi assurément Kant ne lui appartient pas.C’est pour l’avoir oublié un peu légèrement que nous nous trouvons menacés aujourd’hui de cette chose impensable: une littérature de magisters.» En 1951 sort Le Rivage des Syrtes, qui va obtenir le prix Concourt dont Gracq ne veut pas.Ce roman, qui se déroule à Orsenna — ce qui donnera son pseudonyme à un autre écrivain ayant lui aussi reçu le Concourt, Erik Orsenna —, est sans doute son chef-d’oçuvre.A travers une histoire apparemment anodine, l’écrivain décrit le déclin d’une civilisation.D écrit dans En lisant en écrivant «Ce que j’ai cherché à foire, entre autres choses, dans Le Rivage des Syrtes, plutôt qu’à raconter une histoire intemporelle, c’est à libérer par distillation un élément volatil, l’“esprit-de-l’Histoire”, au sens où on parle d’esprit-de-vin, et à le raffiner suffisamment pour qu’il pût s'enflammer au contact de l’imagination.Il y a dans l’Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d’excipient inerte, a la vertu dégriser.Il n’est pas question, bien sûr, de l’isoler de son support.Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n’est pas interdit à la fiction de parvenir à l’augmenter.[.] J’aurais voulu qu’il eût la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l’orage, qui n’a aucun besoin de hausser le ton pour s'imposer, préparé qu’il est par une longue torpeur imperçue.» Sa théorie de l’écriture, Julien Gracq l’a toujours fait reposer sur son unique expérience d’écrivain et de lecteur.A la question «Pourquoi écrivez-vous?» posée en 1985, il finit ainsi sa réponse: «Mais il m’arrive plus souvent, je crois, de procéder en écrivant à un réglement de comptes intime, où la considération du public n’a pas de part: règlement de comptes, par la vertu stabilisante de l’écriture, avec le flou décevant et la bile du film intérieur — règlement de comptes aussi avec la paresse, l’inertie de l’esprit en liberté, par l’exercice strict des pouvoirs propres à la langue.» Dans Lettrines, il écrit «Vous me demandez ce que je pense de mes livres?Infiniment plus de bien, et infiniment plus de mal que vous.» Libération POÉSIE L’amour irrépressible de Jean Royer HUGUES CORRIVEAU Jean Royer ne cherche pas à révolutionner la poésie.Il en a une idée parfaitement classique, il l’écrit dans une paix intérieure qui transparaît à chaque page, avec une élégance tranquille dans le propos.Propos inlassablement pareil chez ce poète de l’amour.Cette fois-ci, voulant parler de l’Amour même, il essaie de traduire l’essentiel qui est en l’autre, jusqu’au creuset premier de la mère.Cette ambiguité porte ce recueil un peu ARCHAMBAULT3I PALMARÈS DVD Résultats dM vente* du 11 au 17 décembrs 2007 CÉLINE DION A New Day : Live à Las Vegas HARRY POTTER AND THE ORDER OF THE PHOENIX LOST SaisonS a a D E3 MARTIN MATTE Comment devenir excellent PIRATES OF CARIBBEAN: AT WORLD'S END HIGN SCHOOL MUSICAL 2 BOURNE ULTIMATUM USE DION 20 ans d’humour 24 Saison 6 EXPO *67 ?0 1 LE COEUR A SES RAISONS Saison 3 TÊTES A CLAQUES.TV DANIEL LEMIRE Lemire chez vous SNREK LE TROISIÈME RATATOUILLE j LA VIE EN ROSE i PASSE-PARTOUT Coffrets LA GALÈRE Saison 1 GRETS ANATOMY Saison 1 LES 3 PUTS COCHONS plus loin que l’attendu présupposé du titre.«Le poème interroge l'origine» jusqu’au dernier retranchement du sentiment amoureux.Ne sommes-nous pas *[.] les enfants / Des eaux perdues // Nos regards en quête / D’un visage de mère II Amoureux de la présence / Nés d’une même passion / D’origine» ?L’autre, femme idéalisée jusqu’à la perdition de soi, tient tout entière la pulsion d’écriture qui s’abîme en elle, tel le fait de consumer le désir «Avant toi / Je ne suis rien / Après toi».Quelques mots à peine nourrissent cette poésie du murmure, comme s’il suffisait d’échapper un aveu pour que se réalise ce qui de soi va vers l’autre, ou ce qui de l'autre atteint l’âme.Mais le silence guette ce bonheur idéalisé: «Chaleur de tes lèvres / Mémoire de la soif/ Sans la mère / Et nous habitons l’urne / De l’angoisse / Comme une mort / Annoncée / Sans langage.» Cette inquiétude qui étreint le poète tient à la peur de perdre tout, advenant l’inconcevable disparition de l’aimée.C’est pour cela que le poète avoue avec candeur: «Je ne parlerai que de toi / Contre tous / Dans le poè- Jean Royer ARCHIVES LE DEVOIR me.» Mais qui oserait lui en disputer le droit?Dès 1966, le poète nç titrait-il pas son premier recueil A patience d’aimer?Allaient suivre Nos corps habitables, La parole me vient de ton corps, Depuis l’amour et Poèmes d’amour, pour ne citer que ceux-là.Quand l’œuvre recé le à ce point du sens à partir ALGONQ i fascinuife FILM DE RICHARD ROBERT PRESENTEMENT A L’AFFICHE mm K.OKOM DÉMÉNXCG Ma» Fw
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