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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier B
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  • Journaux
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Le devoir, 2008-01-12, Collections de BAnQ.

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LE » E V U 1 R .LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JANVIER 2 0 0 8 Nucléaire : la CCSN muselée ?Page B 5 Pr CLIMAT Quand le marché s’en mêle Page B 3 PERSPECTIVES A ijf (/ Barack Obama et Hillary Clinton font face au jeu de miroirs entre les sondages et les médias.BRIAN SNYDER REUTERS Les primaires américaines Une surprise, vraiment ?Le New Hampshire a voté à la fois pour l’expérience et le changement MARIE-CHRISTINE BONZOM Washington — La primaire qui s’est déroulée dans le New Hampshire mardi a relancé la campagne présidentielle américaine.Elle a également relancé le débat au sujet des sondages et de l’usage qu’en font les médias.Contrairement à l’Iowa où les électeurs avaient joué à fond la carte du changement, en votant pour les nouveaux venus que sont Barack Obama et Mike Huckabee, le New Hampshire a choisi des candidats qui incarnent, à la fois, le changement et l’expérience en donnant la victoire à la démocrate Hillary Clinton et au républicain John McCain.Alors que les sondages laissaient présager un nouveau triomphe de Barack Obama dans la primaire démocrate, les électeurs du tyew Hampshire, et surtout les électrices de cet État, ont remis en selle l’ancienne première dame des États-Unis.«Je ne suis pas sûr que les sondages se soient trompés», déclare au Devoir le philosophy Dick Howard, professeur à l’Université de l’État de New York à Stony Brook et auteur de La Démocratie à l’épreuve, un livre publié chez Buchet-Chastel en 2006.«Les sondages ne se sont pas trompés sur McCain, ni sur Obama, qui a eu exactement le taux prévu, soit 36 % des voix; le seul point sur lequel ils se sont trompés, c'est sur Hillary Clinton.» Tous les grands instituts de sondage avaient donné Hillary Clinton perdante, avec jusqu’à 13 pomts de retard sur Barack Obama.«Ce qui s’est passé, c’est que les sondeurs ont arrêté de sonder lundi; or il y a eu jusqu'à la dernière minute un mouvement important en faveur de Mme Clinton», explique Karlyn Bowman, directrice des études sur l’opinion publique à l’American Enterprise Institute à Washington.Apres une bonne prestation face à Barack Obama dans un débat télévisé samedi soir et une confession émue lundi sur les raisons personnelles de son engagement politique, Hillary Clinton a en effet remobilisé les femmes, qui constituent près de 60 % de l’électorat dans le New Hampshire, ainsi que les électeurs de plus de 50 ans, deux groupes qui l’avaient abandonnée dans la foulée de la victoire de Barack Obama en Iowa le 3 janvier.Toutefois, le fait que les sondeurs n’aient pas sondé à partir de lundi n’explique pas tout dans la «surprise» du New Hampshire.Les médias américains, tant écrits qu’audiovisuels, prêtent une attention démesurée et partielle aux sondages, en particulier pendant une campagne présidentielle.Judy Woodruff, ancienne de CNN et désormais journaliste à la McNeil-Lehrer New-shour, diffusée par la télévision publique PBS, note ainsi que «les sondages façonnent la majeure partie, voire toute la couverture des médias aux États-Unis».Elle souligne que le phénomène est «Avec le recul, je regrette d’avoir écrit qu’Obama transforme l’eau accentué «par les restrictions budgétaires qui touchent la collecte d’informations».Trop de médias ont aussi oublié que les sondages trouvaient plus de 10 % d’indécis au New Hampshire et que tout sondage n’offre qu’une image instantanée de l'opinion, pas des prédictions.Ce jeu de miroirs entre les sondages et les médias a sans doute été intensifié par l’histoire d’amour qui s’est développée entre Barack Obama et de nombreux journalistes américains depuis l’Iowa.«Comptez-moi parmi ceux qui ont pensé qu’Obama était un train qui ne pouvait être arrêté», avouait avec honnêteté le chroniqueur Joel Achen-bach dans le Washington Post de mercredi.«Beaucoup d'entre nous ont eu le sentiment d’être témoins de l’histoire, d'une transition vers une nouvelle ère, et n » nous avons été pris dans les rets de l’espoir», poursuit Joel Achenbach «Avec le recul, je regrette d’avoir écrit qu’Obama transforme l’eau en vin», se repent-il.Plus profondément, la «surprise» du New Hampshire, avec la sous-estimation des chances d’Hillary Clinton en filigrane, reflète le machis me qui perdure dans la société américaine.Une société qui, selon la féministe Gloria Steineqi, est aussi machiste que raciste, sinon plus.«L’appartenance à un sexe est probablement la force la plus restrictive de la vie aux États-Unis, que la question porte sur qui doit être dans la cuisine ou qui pourrait être à la Maison-Blanche», écrit Gloria Stei-nem dans une tribune publiée par le New York Times en réaction à la primaire du New Hampshire.«Les hommes noirs ont reçu le droit de vote un demi-siècle avant les femmes de n’importe quelle race», relève Mme Steinem.Elle ajoute que, si «les hommes noirs ont généralement atteint des positions de pouvoir, de l'armée aqx conseils d’administration des entreprises», les États-Unis demeurent «tout au bas de la liste des pays qui élisent des femmes».Plus profondément encore, la seconde place de Barack Obama dans le New Hampshire laisse craindre qu’il y ait, à propos du sénateur métis, un écart important entre ce que les électeurs disent qu’ils vont faire aux sondeurs et ce qu’ils font effectivement le jour du vote.A cet égard, le New Hampshire se prêtait plus à cette incertitude car, contrairement à l’Iowa où les suffrages étaient exprimés en public, la primaire de mardi s’est déroulée à bulletins secrets.«Il se peut, estime le Noir américain Michael Dyson, professeur à l’Université de Georgetown, à Washington, que les électeurs disent aux sondeurs ce que ces derniers s'attendent à entendre quand il s’agit de la race, pas simplement parce que les gens ont une intention raciste, mais en raison du retard historique entre le fait d’identifier quelqu'un de couleur et le fait d’adhérer à une personne de couleur pour représenter la population entière, en raison aussi de la persistance d’une sorte de réticence et de scepticisme».Réticence de Çlancs à voter pour un Noir à la présidence des États-Unis; scepticisme de Blancs et de Noirs VOIR PAGE B 2: PRIMAIRES Votre travail exige que vous connaissiez l’industrie pharmaceutique et la recherche clinique: Améliorez vos compétences et vos perspectives de carrière grâce à ces séminaires de formation : ?Introduction à l'industrie biotech-pharmaceutique 4-5 février > Démystifier la recherche clinique 11-12 février Améliorez vos compétences en gestion de projets Vous cherchez de nouvelles idées pour améliorer votre gestion de projets?Notre cours de 13 semaines intitulé 'Project Management: Bridging Theory and Practice" permet au gestionnaire d’expérience de mettre à jour ses connaissances sur les bonnes pratiques en gestion de projets.(PMI*: 40 POUs) Quand Tous les jeudis de 18 h à 21 h.Dates : Du 24 janvier au 17 avril.Pour de plus amples renseignements : (514) 398-5454 www.mcgill.ca/conted-general McGill Centre d'éducation permanente B 2 LE D E V 0 LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JANVIER 2008 PERSPECTIVES Les difficultés de I’UQAM Une renaissance obligée L’Université du Québec à Montréal (UQAM) n’est pas au bout de ses peines.La crise financière reste entière après 18 mois de grande tourmente.Puisque l’établissement ne peut faire faillite, il faudra bien que 2008 soit l’année de la renaissance, dit-on pour tenter de se convaincre dans les couloirs de l’université.À tout le moins, les prochains mois seront ceux d’un redressement exigé par le gouvernement du Québec.KATHLEEN LÉVESQUE Ly arrivée lundi dernier du recteur Claude Corbo semble avoir donné une nouvelle perspective à la survie de 11JQAM.La houle est toujours aussi importante.Le bateau n’a pas cessé de tanguer, mais, en deux jours, l’homme qui a déjà été aux commandes de l’université (1986-96) a empoigné fermement la barre du navire.Le changement de ton est plus que symbolique.M.Corbo a d’abord lancé un message à toute la communauté de l’UQAM.C’est ensemble, a-t-il affirmé, que «nous nous arracherons au cauchemar financier qui nous étreint depuis de longs mois».Du même souffle, il a rappelé au personnel qu’il fallait entrevoir l’avenir immédiat sous l’angle des «sacrifices».Puis, dès le lendemain, Claude Corbo rencontrait les différentes instances syndicales pour leur faire part de son projet de restructuration de la haute direction de l'université.Si la proposition est adoptée par le conseil d’administration, le recteur rapatriera les fonctions exécutives qui étaient entre les mains d’un vice-recteur.Et surtout, la mission centrale de l’université (enseignement et recherche) ne sera plus éparpillée.On recentre, on resserre, on revient à la vision défendue par Claude Corbo.«Ilfaut que soit tracée [.] une voie centrale d’articulation entre les facultés et la direction tout en tenant compte des impératifs d’aujourd'hui en matière de recherche, de création, d’internationalisation et de liaison avec nos partenaires», a précisé le recteur.Ces changements dans l’équipe de direction seront suivis par une rationalisation de la structure interne des vice-rectorats, ce qui est intimement lié au plan de redressement.Et ce plan doit Le grand prendre forme dans les pro- tnénage sera-t-il terminé à temps pour que l’UQAM célèbre son 40e chaînes semaines.Du moins, c’est ce que prévoit l’échéancier revu et corrigé maintes fois.Un redressement complexe La première proposition pour tenter de rétablir l'équilibre financier de l’UQAM remonte à février 2007.Une autre version a été déposée en juin dernjer auprès de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne.Ce plan a surtout eu comme effet de provoquer chez la ministre une certaine irritation.En sep-apniversaire?tembre, elle haussait le ton et sommait l’UQAM de travailler plus sérieusement.«C'est assez!», lançait-elle tout en annonçant que le gouvernement prenait à sa charge le projet immobilier de l’ilôt Voyageur et ses répercussions financières.Depuis, Mme Courchesne s'est montrée plus souple, voyant dans l’entrée en fonction de Claude Corbo une possibilité réelle de régler le problème.D lie s’agit pas de faire disparaître d’un coup de baguette magique le gouffre de quelque 400 millions.Le plan de redressement déterminera, entre autres choses, les mesures concrètes par lesquelles l’UQAM devra se serrer la ceinture.Il établira également le calendrier du retour à l’équilibre budgétaire.Toutefois, l’exercice se révèle très complexe.Des éléments majeurs demeurent dans le flou.Ainsi, le êontrat liant l’UQAM au promoteur immobilier Busac pour l’ilôt Voyageur fait toujours l’objet de pourparlers intenses.C’est l’ancien premier ministre Lucien Bouchard qui représente l’UQAM dans ce dossier.Aussi, des négociations sont en cours actuellement avec les professeurs, qui réclament une augmentation salariale de 11,6 % ainsi qu’une embauche importante de nouveaux professeurs.Selon le syndicat un réinvestissement serait synonyme de relance de l’UQAM alors que l’inverse mettrait en péril la compétitivité de l’établissement.Plus de la moitié du corps professoral de l'UQAM prendra sa retraite au cours des cinq prochaines années et une université chancelante offrant des conditions de travail moins généreuses que les autres pourrait avoir plus de difficulté à attirer des candidatures intéressantes, argue le syndicat Le plan de redressement devra donc tenir compte de la situation.Le défi est grand: préserver la mission de l’UQAM tout en lui faisant subir une cure.Pour certains, c’est tout simplement impossible.Seul le gouvernement peut sauver la situation en déliant les cordons de la bourse, soutiennent notamment les professeurs.Déjà, des hypothèses de compressions sont étudiées, notamment une révision des cours et programmes d’études offerts.Mais de telles mesures peuvent être périlleuses: en se redéfinissant, l’UQAM risque de se priver de revenus.L’équilibre à assurer est d’autant plus précaire que l’on a noté une baisse d’environ 1 % de la clientèle au semestre dernier.D’ici quelques semaines, la firme comptable Price-waterhouseCoopers déposera son rapport final.En décembre, elle a présenté un rapport préliminaire qui brosse le portrait de la situation actuelle.Au printemps, ce sera au tour du Vérificateur général du Québec de rendre compte de son enquête.Un premier rapport à l’automne a confirmé la fragilité financière de l’UQAM.S rien n'est fait pour redresser la situation, l'endettement de l’université atteindra le demi-milliard en 2012.Le prochain rapport du Vérificateur général doit établir les facteurs responsables de la dérive immobilière et financière.On expliquera également la nature et la pertinence des renseignements transmis au conseil d’administration, le rôle des administrateurs et celui des dirigeants de l’université.Le processus d’approbation des projets du Complexe des sciences et de l’ilôt Voyageur aura également été analysé.Reste à voir maintenant si le grand ménage de l'UQAM sera terminé à temps pour que l'établissement célèbre son 40r anniversaire, que Claude Corbo voit comme l’occasion d’une «véritable renaissance».Le Devoir COLOMBIE Dans les bottes des PARC Qui sont ces guérilleros qui viennent de libérer deux otages?MARIE DELCAS Atahualpa a déserté il y a dix-huit mois.De mère indienne, de père guérillero, il avait passé toute sa vie dans le maquis.Il a grandi loin de la ville, à l’époque où les pionniers défrichaient la forêt et où seuls les guérilleros faisaient régner Tordre.C’est dans un camp des PARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, qu’il a appris à lire, à Tâge de 22 ans.A lui comme aux autres, les commandants avaient inculqué une idée: «Le peuple de la capitale n’attendait que nous pour se soulever, nous y serions accueillis en héros.» «Je ne vous dis pas la surprise en arrivant à Bogota!», s’esclaffe Tex-guérillero, 46 ans aujourd’hui.fis sont des milliers, comme lui, à être sortis du maquis.Au cours des seuls dix premiers mois de Tannée, 2200 combattants ont déserté, selon le ministère de la Défense.Leurs témoignages en disent long sur le fonctionnement de cette guérilla qui, selon les chiffres du gouver-nement, détient environ un tiers des 3000 personnes prises en otages en Colombie — les autres sont aux mains de TELN (Armée de libération nationale), d’obédience guévariste, ou de criminels de droit commun.Au fin fond de la jungle, Atahualpa n’avait donc jamais lu le journal ou écouté la radio?«Bien sûr que si, mais les chefs disaient qu’il ne faut pas croire les-médias-au-service-du-grand-ca-pital.» Le mouvement est né dans le sillage de ce qu’on appelait en Colombie «la violencia», cette époque, dans les années 1950, où conservateurs et libéraux s’affrontaient dans les campagnes.Pour échapper aux massacres, les paysans ont alors pris le maquis.Certains y sont restés.L’époque le voulait: ils sont devenus communistes.Le père d’Atahualpa a rejoint les PARC à leur création, en 1964.«Mais il n’est jamais devenu communiste, précise le fils.C’était un guérillero libéral.» D ne regrette ni ses années de guérilla ni sa décision de déserter.Mais il déteste qu’on le mette dans le même sac que les «paramilitaires démobilisés», ces membres des milices d’extrême droite qui ont abandonné la lutte armée dans le cadre d’un programme gouvernemental — «Des mercenaires qui ont fait la guerre pour du fric et qui se droguent.Nous, on y croyait, à la révolution.» Une arme et des repas Le colonel Manuel Rojas, qui a un temps dirigé le programme de démobilisation, le confirme: «La réinsertion des ex-guérilleros, si on leur trouve du travail, est relativement facile.La plupart sont des fils de paysans, travailleurs et disciplinés.» Les combattants ne combattent guère.Ils se lèvent à 4h30 du matin.La journée passe entre exercices physiques, organisation de la garde, le bain dans le cours d’eau le plus proche, les corvées, l’instruction militaire ou les cours de marxisme.Les repas sont faits de riz, de lentilles et de haricots rouges.A 19h, tout le monde dort hormis la garde.Quand la guérilla se déplace, la vie se complique.«On dort sur un morceau de plastique, à même le sol.Et quand il pleut, on prend le plastique pour s'abriter.Il faut parfois marcher deux jours sans dormir.Et trois sans manger, raconte Luis Carlos Barreto, un ex-otage, et les guérilleros vivent presque aussi mal que leurs otages.» La famille de ce commerçant avait payé la première rançon demandée.Les guérilleros ont demandé le double, puis le triple.«Des fils de pute qui sont convaincus qu 'ils vont prendre le pouvoir», résume Luis Carlos.En captivité, il a perdu 25 kg.Les marches, bottes de plastique aux pieds, lui ont détruit les ongles.Mais il a eu «ta chance de ne jamais se faire piquer».S’ensuit la longue liste des plaies qui ravagent la peau des guérilleros.«Au cours de mes huit mois de captivité, j’ai découvert la beauté des paysages et la misère des paysans de mon pays», explique Guillermo Cortes, un conseiller municipal de Bogotâ qui avait été séquestré à Tâge de 72 ans.Quoi qu’en dise le pouvoir, le recrutement forcé reste très marginal au sein de la guérilla.Le monde rural fournit un réservoir apparemment inépuisable de combattants.«Un uniforme, une arme et trois repas par jour, c’est beaucoup pour un fils de paysan voué à gagner un salaire de misère pour bêcher 12 heures par jour comme journalier», résume M.Cortes.Battue par son beau-père, lidia s’est enrôlée à Tâge de 15 ans, dans le sud du pays.Au même âge, son amie Maria a choisi de suivre un guérillero de 18 ans pour lequel elle avait le béguin.Les deux filles ont filé au bout de deux ans, «fatiguées de marcher et d’obéir».Depuis cinq ans, le gouvernement multiplie les initiatives pour inciter les guérilleros à déserter.«Guérillero, ta famille et ton pays t’attendent.Livre-toi», répètent les radios du pays.Ceux qui obtempèrent sont essentiellement de jeunes combattants sans expérience.Près de 20 % des démobilisés ont moins de 18 ans.Les commandants, eux, hésitent Coopérer avec l’armée pennet d'échapper à la justice ou de réduire les peines de prison.«Mais dans le maquis on était respectés; dans la vie civile on n’est rien», résume Atahualpa.En matière de discipline, les guérilleros en connaissent un rayon.Tous récitent de mémoire le règlement des PARC et la liste des fautes passibles de conseil de guerre: homicide, vol.Vu m ‘*5.(•TV K 'v*; U'’ v ms* 1 f-, ¦ -y , ' ' ‘'?08i£ % "v» fil/.-K* '«* — ml Sfp | ;* - "'ij.'^1 v-: ^,¦5% 1 ».''IT'V' r m &.»;v‘v Wv'.! ; -.üfeâa."WM ¦ ''îmé" M ARCHIVES LE DEVOIR Une colonne de combattants des PARC en patrouille dans la province colombienne de Caqueta, en 2003.désertion, désobéissance, collaboration avec l’ennemi — se lier d’amitié avec un otage relève de ce chef d’accusation.La consommation de drogue, le port des cheveux longs et les grossesses sont interdits, les amours réglementées.La rigueur de la discipline dépend du commandant.Les filles enceintes sont tenues d’avorter.Celles qui ont un bébé doivent l’abandonner à leur propre mère ou à une famille qui Télèvera.Un jour, désigné «procureur», Atahualpa a requis la peine de mort contre son frère, qui s’était saoulé un soir de garde.«Quand on est dans l’organisation, on ne peut pas réfléchir, on obéit.Sinon, on finit soi-même fusillé», explique-t-il.Son frère a été acquitté.Pas les deux guérilleras qui, chargées d’aller acheter des vivres au village, en avaient profité pour faire un détour par la discothèque: elles ont été exécutées.Le narcotrafic James se souvient du mois de décembre 1999: «Soixante conseils de.guerre, soixante fusillés, tous des camarades.» A qui la faute?«À l’organisation, répondent les ex-guérilleros.Les grands chefs sont attrapés dans la même logique.Es ne peuvent ni s’opposer aux ordres ni déserter.» La structure de l’organisation est pyramidale.À la base, l’escadre, 12 combattants.Deux escadres font une guérilla, deux guérillas, une compagnie, et ainsi de suite.Sous la houlette de Manuel Marulanda, le chef historique aujourd’hui âgé de 76 ans, les sept membres du «secrétariat» des PARC dirigent le tout.Sous la pression de l’armée, la guérilla s’est fragmentée en petites unités très mobiles.La plupart se sont réfugiées dans la jungle.«Pour comprendre comment la guérilla a pu survivre, il faut prendre la mesure de l’immensité de la Colombie», explique le général Manuel Bonnett exchef de Tétat-major de Tannée.Dans les régions difficiles d’accès, les PARC ont longtemps régné en maître.Elles punissaient les voleurs, recouvraient «l’impôt de guerre», contrôlaient les élus.Elles ont d’abord pratiqué l’extorsion avant de passer aux enlèvements à grande échelle.Après avoir taxé les narcotrafiquants, elles ont pris le contrôle direct d’une partie du commerce de la drogue.«Comme dans toutes les organisations clandes- tines, la règle du compartimentage est très sévère au sein de la guérilla.Un guérillero affecté à une section de combat ou à la formation des masses ne sait pas comment fonctionnent les finances de l’organisation», explique James.Le déserteur a commencé à douter quand il a vu arriver les mafiosi, jusqu’alors présentés comme des ennemis de classe.Militant de la jeunesse communiste, menacé par les milices d’extrême droite, Nicolas Baena avait rejoint les PARC en 1988, par conviction politique.Il a déserté en 2003.«Dans les années 1990, dit-il, grâce à l’argent tiré du trafic de drogue, nous avons vu arriver des armes, des téléphones satellitaires et des GPS.Plus fortes militairement, les PARC n’ont pas modifié leur idéologie.Mais elles ont oublié la politique.Le narcotrafic a pourri l’âme de l’organisation.» En 1999, le gouvernement colombien a cédé 55 000 km2 (un dixième de la superficie de la France) à une guérilla en pleine expansion pour tenter de négocier la paix «Cette zone de détente a été m coup mortel porté aux PARC», jugent les déserteurs.A Tabri des combats pendant trois ans, les langues et les esprits se sont un peu déliés.L’information a mieux circulé.«Les guérilleros ont pris cotiscience des privilèges des chef, qui avaient de la bedaine, des uniformes rutilants et de grosses voitures, explique Nicolas Baena.Et l’incapacité des PARC à séduire la population est devenue patente.» L'idée d’abandonner les armes a commencé à germer.La pression militaire a fait le reste.Le temps où les PARC pouvaient réunir 1000 combattants pour prendre d’assaut un village où une caserne est révolu.Avec l’aide des Américains, l’armée colombienne s’est beaucoup modernisée.Elle est offensive depuis l’arrivée d’Alvaro Uribe au pouvoir, en 2002.Cette année, trois chefs guérilleros ont été tués.Les PARC sont en repli.A leur apogée, en 2000, les effectifs comptaient jusqu’à 17 000 hommes.Selon une enquête récente de l’hebdomadaire Cambio, ils ne seraient plus que 9000.La guerre n’est pas gagnée, mais les PARC ont depuis longtemps perdu.Le Monde SUITE DE LA PAGE B 1 favorables à Barack Obama quant à la capacité des autres électeurs à faire abstraction de la couleur de la peau du candidat à la Maison-Blanche.Karlyn Bowman, la spécialiste des sondages à TAmerican Enterprise Institute, affirme que «le phénomène des électeurs qui disent une chose aux sondeurs à propos de candidats noirs et qui en font une autre n'est plus vrai aujourd'hui».«Ce n 'est pas une différence que l'on a constatée dans des études relatives à des élections récentes», dit-elle.Mais Mme Bowman reconnaît que les élections considérées par ces études n’avaient pas pour enjeu la présidence du pays et elle admet que la réti- PRIMAIRES cence à voter pour élire un président noir «demeure une possibilité».Pour sa part.Pick Howard, le philosophe de l'Université de l’État de New York, indique que «la couleur de la peau de Barack Obama est, à la fois, un obstacle et un gros avantage».Avantage car, né d’une mère blanche et d'un père ké-nyan, le jeune sénateur transcenderait les catégories raciales face à un électorat où dominent ceux qui ont grandi avec le mouvement des droits civiques dans les années 60.«Avec Obama, on envisage une politique post-raciale», explique Dick Howard.«Obama ne le dit pas lui-même, il parie plutôt de politique post-partisane, mais je pense que ça peut marcher» Pour que ça marche, il faudra que Barack Obama précise son programme de change- ment il faudra qu’il prenne l’ascendant sur Hillary Clinton dès cette semaine, dans le Michigan, le Nevada et en Caroline du Sud, il faudra qu'il gagne le «çuper mardi» du 5 février, où une vingtaine dÉtats tiendront des primaires, il faudra qu’il survive aux attaques des républicains qui ne manqueront pas de critiquer son inexpérience en matière de sécurité nationale, il faudra enfin qu’il résiste au miroir tendu par les sondeurs et les médias.Dans le New Hampshire, Barack Obama a ainsi commis Terreur de tenir sa victoire pour acquise et, tandis quHillary Clinton multipliait les déclarations et les rencontres avec les électeurs, le jeune sénateur a laissé ses militants battre le pavé pour lui.Collaboration spéciale 1 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JANVIER 2008 PERSPECTIVES B 3 W - -xi m % 'î.sim 'It ¦ , :: v: * 'KU1, W"; ,-i«.*'¦- ¦ ft r-SS*»’ üllll l^f@^52SâÉ^"_î3HBI ‘5s= E: "k:£‘»£?5s (SSSS.-%*a îàgggfaiiî »® ««i.on passage, y compris la vigilance des médias.Éblouis par la victoire en Iowa, envoûtés par le charisme de M.Obama, les médias n’ont pas vu (ou voulu voir) la faiblesse méthodologique criante des sondages.Des échantillonnages trop faibles tirés de l’ensemble de l’électorat (et non des sympathisants démocrates) laissaient paraître des marges d’erreur bien supérieures aux 3 ou 4 % généralement acceptés.Mais les électeurs démocrates, eux, ont bien entendu sonner l’alarme et se sont massivement présentés aux urnes avec le résultat que l’on connaît Mme Clinton a ainsi remis sa campagne sur les rails et M.Obama, lui, a fait la preuve qu’il a bel et bien le vent du changement en poupe.Les jeux ne sont donc pas faits, loin de là Toutefois, la réflexion sur l’impact des sondages sur les résultats électoraux, ici comme aux États-Unis, devrait reprendre du poil de la bête.Il n’y a pas de raison de croire qu’il y ait eu, dans le cas du New Hampshire, une stratégie concertée de sondages bidons, mais qui dit qu’avec le succès obtenu il n’y aura pas des stratèges quelque part pour en dessiner une?Yves Dupré Président du conseil, Octane communication Montréal, le 10 janvier 2008 REVUE DE PRESSE Les épines au pied Manon Cornellier La rencontre des premiers ministres a éclipsé quelques dossiers qui sont venus hanter le gouvernement Harper cette semaine: l’arrêt en novembre du réacteur nucléaire de Chalk River, le seul capable de produire des isotopes médicaux, et la nécessité de mettre un prix sur les émissions de gaz à effet de serre pour réussir à les réduire.L’affaire du réacteur de ChaBc River a rebondi quand on a appris que le ministre des Ressources naturelles.Gary Lunn, menaçait la pré la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), Linda Keen, de renvoi pour ne pas avoir obéi à ses ordres.C.’est la Commission qui avait refusé à Energie atomique du Canada de redémarrer le réacteur avant d’apporter des correctifs à ses mécanismes de sécurité.Cela avait provoqué une pénurie d’isotopes, poussant le gouvernement à faire adopter une loi pour redémarrer le réacteur pour 120 jours.Le premier ministre Harper avait alors accusé Mme Keen de partisanerie.Pour le Toronto Star, Mme Keen n'a fait que son travail.Le mandat de la CCSN est de voir à la sûreté nucléaire et rien d’autre.Il revenait au gouvernement et au Parlement de trouver un juste équilibre entre la sûreté du réacteur et la santé des citoyens, ce qu’ils ont fait en adoptant la loi.En ordonnant à Mme Keen de permettre le démarrage du réacteur, le ministre a enfreint l’indépendance de la Commission, juge le Star."Ce que Lunn a démontré, c’est qu 'il est prêt à exercer une ingérence politique inappropriée sur un organisme réglementaire et à punir sa dirigeante pour lui avoir tenu tête.» Le Star est convaincu que le ministre a agi sur les ordres de Stephen Harper et que, par conséquent, ce sont les deux hommes qui doivent rendre des comptes, et non Mme Keen.Le Globe and Mail rappelle de son côté que le premier ministre avait promis un examen approfondi du rôle joué par les différents acteurs de cette saga.On pouvait craindre que les conservateurs tentent de faire porter le blâme à lente de La presse du Canada Mme Keen, note le journal, et la lettre du ministre Lunn est venue confirmer ces doutes.Le Globe pense que le ministre n’était pas prêt à entendre les conclusions de l’examen promis parce que, fort probablement, «une vraie enquête les aurait jugés, lui et son gouvernement, plus coupables que Mme Keen».Ça chauffe Il y a aussi eu la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie qui est venue embêter les conservateurs avec un rapport que l’ancien ministre de l’Environnement, Rona Ambrose, avait demandé.L’organisme a conclu que le gouvernement n’atteindra jamais ses cibles à long terme de réduction des gaz à effet de serre s’il ne passe pas à l’action tout de suite et n’attribue pas un prix au carbone, soit au moyen d’une taxe, soit par un système d’échange de crédits basé sur des cibles absolues de réduction.Ou les deux La presque totalité des journaux ont vu dans ce rapport un message utile pour les Canadiens et un avertissement pour le gouvernement Harper, qui tarde à agir et veut le faire trop timidement Bien qu’ils ne se prononcent pas sur la mécanique de mise en œuvre, les quotidiens Victoria Times Colonist, Toronto Star, Vancouver Sun, Halijux Chronicle-Herald et Edmonton Journal ont appuyé l’idée de mettre un prix sur le carbone.Le Ottawa Citizen se demande d’ailleurs pourquoi le gouvernement Harper ne veut rien savoir d’une taxe sur le carbone alors que de plus en plus de conservateurs sont d’avis contraire, qu’il s’agisse des représentants de l’industrie pétrolière qui siègent à la Table ronde, de l’Institut CD Howe ou du Conseil canadien des chefs d’entreprise.Selon le quotidien, vouloir minimiser l’effort maintenant se traduira par «davantage de douleur plus tard.Malgré cela, lorsqu'il parle d'économie environnementale, le gouvernement Harper semble complètement obnubilé par les coûts à court terme plutôt que par les bénéfices à long terme, ce qui ne sert pas le Canada».Femmes et politique On parle beaucoup des femmes et de politique ces temps-ci avec la course à la présidence américaine où, pour la première fois, une femme tente d’obtenir l’investiture d’un des deux grands partis.Si elle arrive à attirer un solide appui auprès de l’électorat féminin, on ne peut pas en dire autant des conservateurs de Stephen Harper.Andrew Mayeda, du National Post, s’est intéressé à la question et le constat des experts est que Stephen Harper doit séduire davantage d’électrices s’il espère obtenir un mandat majoritaire.Dans quatre sondages Ipsos-Reid réalisés en novembre et décembre, les conservateurs ont obtenu en moyenne l’appui de 42 % des hommes mais de seulement 33 % des femmes.Le dernier sondage, publié le 22 décembre, affichait un écart de 15 points.Pour rejoindre les femmes, les conservateurs devront examiner leurs priorités, car si les femmes comme les hommes accordent beaucoup d’importance à l’environnement, les femmes donnent ensuite priorité à la santé, à l’éducation et à la pauvreté.Les hommes, eux, privilégient, après la santé, l’économie et la défense.Mais il y a le style aussi et, selon les experts, l’approche calculatrice de M.Harper, son penchant pour l'intimidation, son manque de chaleur rebutent les femmes.Fusion ou non Les fusions municipales vous font enpore grincer des dents?Vous n’êtes pas seuls.A Toronto, où on célébrait la semaine dernière le dixième anniversaire de la création de la grande ville de Toronto, personne n'a trouvé moyen d’en faire un bilan véritablement positif.Pour John Barber, du Globe and Mail, cela en dit long.«La seule bonne nouvelle est que tout le monde semble maintenant désireux d’oublier ce gâchis et de passer à autre chose.» D parle d’une ville de taille monstrueuse, alourdie par une bureaucratie énorme, des syndicats et un conseil de la même eau chapeautés par un supermaire faiblard.Et on se plaint.mcomellier(£ledevoir.com LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET D I M A X C H E 13 JANVIER 2 0 0 8 B 5 DEES Centrale nucléaire de Chalk River Faut-il imposer les services essentiels à la Commission canadienne de sûreté nucléaire?ANDRÉ BERTRAND Physicien médical retraité du service de radiomcologie du Centre hospitalier universitaire de rUniversité de Sherbrooke (CHUS) a fermeture de la centrale nucléaire de Chalk River, qui prive la médecine nucléaire d’isotopes essentiels, est une malheureuse affaire.Elle résultait d’une décision absurde de la CCSN (Commission canadienne de sûreté nucléaire).Malgré l’absence de risque grave immédiat, ce qui a été corroboré par des experts devant le Parlement, la CCSN a ordonné la fermeture du réacteur parce qu’elle avait recommandé un système d’appoint sur un système de sécurité déjà existant et que cette installation n’avait pas été effectuée.Pourtant, on savait qu’une fermeture prolongée du réacteur mènerait rapidement à une pénurie d’isotopes médicaux.Il est clair, dans ce contexte, que des patients seront moins bien traités faute de diagnostic adéquat ou ne seront pas traités du tout; il est clair aussi que les listes d’attente qu’on s’efforce de réduire vont s’allonger de plusieurs semaines.On parle donc de souffrances inutiles pour les patients et probablement de décès supplémentaires, même s'ils disparaîtront dans les statistiques.Pourquoi?Pour satisfaire l’orgueil aveugle d’un organisme quasi judiciaire en mesure de faire sa propre justice.Nous touchons ici au cœur du problème: que des gens qui ont la responsabilité de définir des normes, au lieu de devoir les justifier, aient le pouvoir de les imposer.Évaluer d’abord Imaginons une analogie dans un autre domaine.Un fonctionnaire quelque part dans un organisme de contrôle national décide que ce serait bien d’ajouter un élément de sécurité sur les camions de pompiers, disons un clignotant supplémentaire à l’arrière.Supposons qu’après le délai prescrit, le fameux clignotant n’ait pas encore été installé.L’organisme en question décrète que les camions non conformes resteront cantonnés à leur caserne jusqu’à ce que les travaux soient complétés.Que les pièces nécessaires ne soient pas disponibles avant plusieurs semaines n’est pas leur problème.Est-ce qu’on accepterait de se priver du service des pompiers pour satisfaire la lubie d’un fonctionnaire?Heureusement, cette fois-ci, le Parlement a pris la bonne décision: commençons par remettre les camions sur la route, ensuite, à tête reposée, on évaluera s’il serait pertinent d’en améliorer la sécurité.Dans le présent contexte, remettre les camions sur la route, c’était bien sûr redémarrer la centrale.Pour revenir à la CCSN, un organisme de réglementation qui a un pouvoir limité à un aspect des choses — l’usage sécuritaire des produits nucléaires (et pas nécessairement son usage efficace) —, un problème particulier est de ne pas tenir compte de l’ensemble du contexte, notamment de la disponibilité de ressources limitées.Les mesures de sûreté sont nécessaires, mais elles n’ont pas une priorité absolue.Dans un centre de radio-oncologie, par exemple, assurer la qualité des traitements est le besoin essentiel autour duquel tout doit graviter.Ensuite, selon les disponibilités, essayer d’améliorer les protocoles de sécurité, ce qui est toujours possible, est une bonne chose.Si, par contre, sous la pression légale, on déploie en priorité un effort indu sur ces protocoles, on risque d’oublier la mission essentielle qui est de bien traiter les patients.Une commission nuisible Je connais bien les fonctionnaires tatillons de la CCSN pour avoir eu à faire avec la Commission pendant plusieurs années.Par exemple, un inspecteur fera un rapport parce qu’il a trouvé sur une fiche de contrôle qu’une vérification n’a pas été cochée une certaine journée pour une lampe témoin plus ou moins décorative qui indique l’ouverture d’une porte.On demandera une lettre d’explication, quelles mesures seront prises pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise à l’avenir, ainsi de suite.Un temps considérable, qui pourrait être utilisé à mm.i: : il \\ À H-~_ rt— "———— »1É ! û 1 .mm:’ I — 4 CHRIS WATT1E REUTERS Le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, a tenu une conférence de presse à la centrale de Chalk River, le 19 décembre dernier.meilleur escient, est ainsi dépensé en paperasserie inutile.Si une vérification plus ou moins importante n'a pas été effectuée cette journée-là, c’est probablement que le personnel avait plus important à frire à ce moment, vérifier en double ou en triple tous les paramètres d’un traitement particulièrement complexe, par exemple.Un organisme comme la CCSN est nécessaire mais peut parfois être plus nuisible qu’utile.Il en existe d’autres du même genre, en agriculture par exemple.Un service essentiel On devrait profiter de la crise actuelle pour encadrer ces organismes de contrôle et éviter de devoir prendre des actions spéciales chaque fois qu’une situation exceptionnelle se présente.D s’agirait de les chapeauter par une autre instance qui a la possibilité d’avoir une vision plus large.On pense immédiate- ment aux tribunaux réguliers, qui ont le devoir de respecter les chartes, l’ensemble des lois.En particulier, dans le présent contexte, si un expert de la CCSN décidait de définir une norme, il pourrait être confronté, devant un juge indépendant, à d’autres experts qui sont en désaccord avec lui; il devrait alors justifier son point de vue s’il espère le faire accepter.Un organisme comme la CCSN devrait spécifiquement être assujetti au respect des services essentiels, comme le sont les pompiers ou la police, par exemple.En ce qui concerne Chalk River, ayant à pondérer entre un niveau de sécurité raisonnable et le maintien d’un service essentiel, un tribunal aurait pu décider d’ordonner l’implantation de nouvelles normes de sécurité dans un délai raisonnable, mais il n’aurait jamais procédé, en l’absence d’un risque grave et immédiat, à la fermeture brutale d’un réacteur essentiel au bon fonctionnement de la médecine.Industrie forestière Des mythes à déboulonner ÉRIC ALVAREZ Ingénieur forestier et doctorant de la faculté de foresterie etgéomatique de IVniversité Laval Membre de la Société d’histoire forestière du Québec lusieurs mythes ont la vie dure dans le monde forestier.Un de ceux-là est qu’il y ait eu et qu’il continue d’y avoir une collusion entre l’industrie forestière et le gouvernement Cette collusion aurait en particulier permis à l’industrie forestière de recevoir le bois tel un don.L’auteur-compositeur Richard Desjardins, membre de l’Action boréale, est revenu récemment sur ce mythe en mentionnant dans Le Devoir du 8 janvier dernier, ceci: «Il n’est pas inutile de rappeler que les contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestiers (CAAF) qui garantissent du bois constant aux compagnies ont été accordés gratuitement il y a une vingtaine d’années.» Cela est peut-être vrai pour l’avènement des CAAF comme tels, mais si on regarde le contexte général dans lequel ils ont été mis en place, la conclusion est cependant tout autre.Les CAAF sont venus remplacer une formule d’attribution des bois appelée «concessions forestières».Dans les concessions, les industriels forestiers étaient propriétaires du bois et décidaient de la quantité de bois qui se coupait Le fonds de terre restait public.En contrepartie de ces droits, ils assumaient tous les coûts reliés à leurs activités en plus de payer des frais reliés à l’obtention de la concession et naturellement les droits de coupe.Ce n’était pas «donné»! Un premier PPP Cette formule — certainement un des premiers partenariats public-privé au Québec — fut très bénéfique pour la province.Elle permit en particulier l’apport important de capitaux en région et dans les coffres de l’Etat à une époque où le Québec était loin d’être aussi développé qu’il ne l’est aujourd’hui.Et contrairement à ce que l’on peut penser — un autre mythe à scier! —, les compagnies n’ont pas «plumé» le territoire.En fait selon le gouvernement elles ne coupaient pas assez.Ce point fut d’ailleurs une des principales raisons qui ont amené le gouvernement à mettre fin aux concessions.Il fallut donc rétrocéder, mais les compagnies, des papetières surtout étaient peu enclines à céder «leur» territoire, qu’elles aménageaient parfois depuis plusieurs décennies.Comme la formule de rétrocession de gré eut peu de succès malgré des compensations financières, ce fut la méthode forte: les CAAF.Par l’entremise des CAAF, le gouvernement mit fin en 1985 à tous les droits des concessionnaires sans compensation financière.Toutefois, en échange, il leur garantit des approvisionnements en bois.Donc, oui, en effet les compagnies n’ont pas payé pour les CAAF, mais c’était un peu normal, le gouvernement les ayant pratiquement «expropriés» sans leur donner un sou! La moindre des choses pour un gouvernement responsable était au moins de trouver une autre forme de compensation.Comme on peut s’en rendre compte, si on lit seulement la fin d’une histoire, on peut s’imaginer ce que l’on veut concernant les pages précédentes et créer des mythes ou des légendes.J’espère que cette précision contribuera à mettre fin à un mythe qui a eu une longue et belle vie concernant le monde forestier.Denise Bombardier La larme politique Certains jours, on se demande si nous ne-sommes pas en train de perdre le sens' commun sur cette scène médiatique qu’est la vie aujourd’hui.Par exemple, comment la presse américaine, canadienne et internationale a-t-elle pu reprendre à l’unisson cette interprétation ahurissante de la larme ravalée d'Hillary Clinton, qui lui aurait procuré la victoire au New Hampshire?Les télés ont présenté en boucle l’image de la candidate, visiblement fatiguée, la voix retenue, l’hésitation étudiée, se laissant émouvoir en quelque sorte par sa propre émotion.La victoire, contredisant les sondages dont plusieurs personnes semblent oublier qu’ils étaient simplement faux, a donc été attribuée par des observateurs et analystes patentés à cette faiblesse humanisante, preuve qu’Hillary ne renie pas son sexe.Nous sommes ici dans un dérapage incontrôlé, voire incontrôlable.La «couverture» médiatique des campagnes politiques transforme irrémédiablement la politique elle-même.L’obligation de résultats, à savoir des nouvelles assez croustillantes et frappantes pour alimenter les chaînes d’information continue, des bulletins de nouvelles exigeant le choc percutant, des manchettes de journaux à la recherche éperdue de lecteurs, et des sites, blogues et autres formats sur Internet, cette obligation est en train de renverser l’échelle des valeurs.Le contenu politique déjà allégé depuis des décennies de communications par des clips de quinze secondes disparaîtra bientôt au profit d’un clignement de l’œil, d’un geste de la main, d’un enrouement de la voue, d’un haussement de sourcil, qui deviendront les déclencheurs de l’adhésion des électeurs à un candidat donné.S’agissant d’une femme, sa glande lacrymale sera l’attribut d’une victoire, ou d'un renversement de tendance, à condition cependant qu’elle ne soit pas hyperactivée.En d'autres termes, une crise de larmes pourra tuer une carrière politique.Pour les hommes, c’est l’évidence même, pour seulement quelques larmes versées malencontreusement.Nous sommes au-delà de la «peopolisation», nous arrivons à la psychologisation de la politique.Les journalistes sont de plus en plus à la recherche de l’impair, du bafouillage, du lapsus, du coup de sang, qui seraient de meilleurs révélateurs des candidats au pouvoir suprême que les idées qu’ils expriment L’image In plupart des citoyens ont grandi avec la télévision.On leur a enseigné que l’image vaut mille mots et c’est devenu leur credo.D’ailleurs, n’assiste-t-on pas à un recul de l’orthographe et de la lecture dans nos pays, contrebalancé par une exigence grandissante de la qualité technologique des images?Pourquoi alors continuer de croire à la primauté des idées qui devraient dominer le monde puisque les gens se laissent convaincre plutôt par des personnalités qui les séduisent avant tout?«Je l’aime» ou «je ne l’aime pas», ou, plus familièrement, «j’y aime pas la face» ou «c’est mon candidat, peu importe le reste»', voilà ce qu’on entend souvent dans la bouche de gens ni idiots ni ignorants.Avec cette façon de raisonner, on votera pour une femme parce que c’est une femme, pour un Noir ou un gai pour les mêmes raisons.Certains qualifient cela de solidarité, mais ne peut-on pas s’interroger sur les conséquences de ce réflexe grégaire au moment de voter?A vrai dire, à force de se censurer au nom de la rectitude politique, à trop vouloir contrôler sa vie, son environnement, ses amours, ses amis, à force de ! taire ce que l’on pense de crainte d’être mal jugé : (toujours l’image) ou, pis, rejeté (Tangoisse dans nos sociétés conformistes), on enfouit au fond de nous-mêmes les heurts qu’on subit, les ressentiments inexprimés, les frustrations au quotidien et l’on se défoule sur des images publiques, celles des politiciens au premier chef, sorte d’écrans sur lesquels on projette nos irrationalités publiquement taboues.Les médias sont au cœur de cette mutation dans l’irrationnel.Ils servent de machines à exacerbation.Ils entretiennent, en quelque sorte, la sensiblerie populaire et contribuent à la consolidation de la démocratie émotionnelle qui caractérise nos sociétés, où on veut le voir et le ressentir pour le croire.En fait, ne pourrait-on pas penser que les technologies modernes véhiculent des archaïsmes de façon aussi importante qu’elles nous renvoient la réalité contemporaine?Les campagnes électorales en cours aux Etats-Unis, de même que celle des présidentielles en France, sont exemplaires à cet égard.La présence de femmes, en l’occurrence Ségolène Royal et Hillary Clinton, instaure aussi une dimension émotionnelle supplémentaire dans le débat politique.Les médias, du coup, se sentent obligés d’être plus attentifs à ces petits frissons humains qui parcourent les uns et les autres dans l’arène politique.Les candidats masculins sont obligés de réfréner leurs attaques, d’enfouir les restes machistes collés au fond d’eux-mèmes, de surveiller leur vocabulaire mais aussi de paraître plus «féminins», entendu ici au sens de plus humains.Quant aux femmes candidates, et HiUary la forte tête l’a compris, elles se doivent d’osciller entre la victimisation et l’attaque., Du coup, les idées perdent de leur impact.Aux États-Unis, la suite du combat Obama-Clinton risque de se jouer dans une personnalisation à outrance, car les deux candidats n’affichent pas de divergences profondes sur les grands enjeux.Quant à la larme d’Hillary, certains y croient, mais nombre de personnes sont perplexes.Comment a-t-elle pu rester de glace devant les caméras au moment de la glauque histoire de Bill avec Monica et être si émue cette semaine devant les résultats négatifs d’un sondage?Et si les émotions étaient aussi des armes! denbombardierCqvideotron.ca L'ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Gérald Dallaire (odjoiat au directeur de l'information), Jeanne Corriveau {affaires municipales).Fabien Deglise; Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Brian Myles (justice et faits de société), Clairandrée Cauchy (Général).Jean Dion.Louis-Gilles Francœur (environnement).Benoit Munger (responsable du site Internet).Emilie Folie-Boivin, Vincent Cauchy (commis internet) Laurence Clavel (éaf if rr ).Philippe Papineau (pupitre), Loùise-Maude Rioux Soucy (Santé) '.Pauline Gravel (sciences) ; Michel Gameau (cartcaturiste) ; Diane Pïécourt (responsable des pages thématiques) : Martin Lhidos.Michele Malenfant et Christine Dumazet (correcteurs).iseques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) : A rbAhrmation culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier CuUsere), Julie Carpentier (pupitre).Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du weekend), Stéphane Baillargeon (reporter), PaulCauchon (médias), Caroline Montpetit (livres).Odile Tremblay (cinéma)lsabcWe Paré (culture): A l'information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information), Dominique Reny (pupitre), Éric Desrosiers, Claude Turcotte.François Desjardins; A l’information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international et page éditoriale).Claude Lévesque.Guy Taillefer (adjoint au directeur de l'information).Serge Truffaut (éditorialiste) ; à l’information politique ; Héléne Buzzetti et Alec Castonguay (correspondants parlementaires à Ottauia).Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires d Québec).Kathleen Lévesque ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction): Emilie Parent Bouchard, Étienne Plamondon-Émond (commis à la rédaction).La documentation Gilles Paré (directeur): Manon Derome.Olivier Spéciel (Québec).Monique Bhérer (Ottawa) LA PUBUCITÉ Amélie Bessette.Jean de Billy, Jean-François Bossé.Dave Cameron (directeuradjoint), )u\k Chrétien.Marlene Côté, Christiane Legault, Amélie Maltais.Claire Paquet, Geneviève Pierrat, Chantal Rainville, Martine Riopelle.Isabelle Sanchez.Nadia Sebaj', Melisande Simard (publicitaires).Sylvie Laporte.Martine Bérubé (secrétaire).LA PRODUCTION Christian Goulet (directeurde production).Michel Bernatchez.Johanne Brunet.Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Fillon, Yannick Morin, Nathalie Zemaitia, Olivier Zuida.INFORMATIQUE Yanick Martel (responsable) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Caroline Simard (responsable service d la clientèle), Nancy Beaulieu.Manon Blanchette, Nathalie Filion.Rachclle Leclerc, Jean-Robert Divers (responsable promotion).L’ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Nicole Carmel (responsable des services comptables), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur.Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier.Monique Proteau.Danielle Ross. LE DEVOIR, LES SA M E L) I 12 ET DIMANCHE 13 JANVIER 2 0 0 8 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO L’existence de Dieu, une question philosophique oubliée ?L’abandon de cette interrogation marque un appauvrissement et a tout à voir avec une transformation de la notion d’existence La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments souvent invoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l’enseignement de leur matière au collégial.Or Jean Grondin, un des meilleurs spécialistes de la philosophie allemande au Québec, craint qu’à utiliser cet argument les professeurs risquent de confondre «la philosophie avec la science politique ou le journalisme» («digne profession par ailleurs», ajoute-il, diplomate.).Le risque: oublier les questions fondamentales, comme celle de l’existence de Dieu, à propos de laquelle il nous offre le texte stimulant qui suit.Il y critique le «nominalisme», ce mode de pensée d’où découlerait une conception moderne de l’existence; conception par laquelle la foi, par exemple, ne peut nous apparaître comme une «attitude» individuelle et subjective, un «choix personnel», comme on n’a cessé de le répéter à la commission Bouchard-Taylor.JEAN GRONDIN Professeur à l’Université de Montréal, l’auteur est spécialiste de la philosophie allemande et de l'histoire de la métaphysique.Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues.Il fut un temps où les philosophes n’avaient pas de souci plus pressant que de traiter de l’existence de Dieu.La question a tenu en haleine les plus grands esprits, Aristote, Cicéron, Augustin, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel et tant d’autres, mais elle est un peu disparue de nos débats philosophiques.Il est permis d’y voir un appauvrissement.Aujourd’hui, on demande aux philosophes de se justifier en montrant que leurs idées permettent d’éclairer tel ou tel problème politique ou social qui agite les manchettes.Il se pourrait qu’on confonde ici la philosophie avec la science politique ou le journalisme (digne profession, par ailleurs).La philosophie ne peut guère se justifier qu’en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales.La question de l’existence de Dieu en fait partie.Ici, le terme le plus difficile, le plus mécontempo-rain, est sans doute celui de Dieu.Or, par déformation philosophique, je me concentrerai sur le premier, l’existence, qui sera le terme le moins problématique pour le commun des mortels.(C’est pourquoi je n’aborderai pas du tout ici le débat assez malheureux, mais très ancien, sur Xintelli-gent design.) Le triomphe du «nominalisme» C’est que la plupart des esprits, pour peu qu'ils y réfléchissent, s’entendront sans peine sur le sens à donner à la notion d’existence: exister, c’est être plutôt que de n’être pas, c’est-à-dire survenir réellement dans l'espace, existence qui se laisse attester par nos sens.Cette table ou ce journal existent, par exemple, pane qu’ils sont là devant moi, observables, etc.On ne le sait pas toujours, mais c’est là une conception bien particulière, et relativement récente, de l'existence, qu’on peut qualifier de nominaliste.Pour le nominalisme n’existent que des réalités individuelles, matérielles, donc perceptibles dans l’espace et dans le temps.Ainsi, pour le nominalisme, les tables et les pommes existent mais les licornes ou le père Noël n’existent pas, ce sont des «fictions».Pour lui.les notions universelles n'existent pas non phis, ce ne sont que des noms (d'où l'appellation de «nominalisme»), des inventions servant à désigner un ensemble d’individus possédant teDe ou telle caractéristique commune, individuellement perceptible.C’est là une conception de l'existence si évidente, qui détermine de façon si puissante notre pensée, que nous oublions tous qu'il s’agit d’une conception bien partiadière de l'existence, celle qui accorde la priorité exclusive de l'être à l'existence individuelle et contingente.Il est au moins une autre conception de l’être qui est plus ancienne et contre laquelle la conception nominaliste s’est patiemment élaborée.Au vu de la conception moderne et nominaliste, c’est une conception qui paraîtra bizarre au possible, a fortiori à notre époque.C’est la conception qui comprend l’être non pas comme existence individuelle mais comme manifestation de l’essence, dont l’évidence est première.L’essence est ici première! Cela nous paraît incongru parce que, pour nous, l’essence est seconde, elle se surajoute, «par abstraction», à l'existence individuelle.Or cette conception était celle des Grecs, de Platon notamment, pour qui l’individuel possède une réalité de second degré.Il est effectivement second par rapport à l’évidence combien plus éblouissante de l’essence (ou de l’espèce, car il s’agit du même terme en grec: eidos) qu’il représente: ainsi, par exemple, un être humain ou une chose belle n’est qu’une manifestation (bien éphémère!) d’une essence (ou d’une espèce).L’essence, comme son beau nom l’indique bien (esse), renferme l’être le plus plein parce que le plus permanent Cette conception qui nous parait si insolite a pourtant porté la pensée occidentale jusqu’à la fin du Moyen Age.Elle fut critiquée par les auteurs qu'on a appelés nominalistes, dont Guillaume d’Occam (fin XIIM350).Assez ironiquement sa motivation était avant tout théologique: c’est qu’il estimait que la toute-pqissance de Dieu, dont le Moyen Age tardif avait une vive conscience, paraissait incompatible avec un ordre d’essences étemelles qui viendrait en quelque sorte la limiter.Si Dieu est tout-puissant il peut à tout moment bouleverser l’ordre des essences, faire en sorte que l’homme puisse voler, que les citronniers produisent des pommes, etc.Pour Occam, les essences ne sont donc que des noms et succombent à son proverbial rasoir.Cette conception fut contestée à son époque (entre autres parce qu’elle apparaissait incompatible avec le dogme de l'eucharistie, où la transformation de l’essence est cruciale), mais elle a fini, lentement mais sûrement, par triompher dans la modernité, au point d'éclipser totalement l’autre vision de l’existence.Ainsi n'existent plus pour la modernité que des entités individuelles et matérielles.Connaître ces réalités, ce n’est plus connaître une essence (car elle existe de moins en moins) mais repérer des régularités ou des lois au sein des réalités individuelles, posées comme premières (même si, pour un Newton, voire pour Einstein lui-même, connaître les lois mathématiques du monde, c’était encore entrapercevoir l’essence divine: «/af firme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scienti-fique», affirma Einstein).Cette conception de l’existence pénètre de part en part la science de la modernité, et il n’est pas surprenant qu'elle ait dominé sa pensée qu'on peut dire «politique», où la prééminence de l'individu s’impose de plus en plus comme la seule réalité fondamentale.Dire que nous vivons dans une société La philosophie ne peut guère se justifier qu’en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales.MARIE-HÉLÈNE TREMBLAY LE DEVOIR Jean Grondin: «Pour le nominalisme n’existent que des réalités individuelles, matérielles, donc perceptibles dans l’espace et Aana le temps.» -V>v .-J ,
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