Le devoir, 22 décembre 2003, Cahier B
2 2 DÉCEMBRE 2 0 0 3 SKI ALPIN Simoncelli succède à Alberto Tomba Page B 4 LE DEVOIR.LE LU ND CULTURE Le Che et le photographe Page B 8 ECONOMIE FONDS D’INVESTISSEMENT Michel Marcoux ?Le père Noël n’existe pas Un placement rentable et sécuritaire», voilà la demande quasiment incessante de l’investisseur.Une demande raisonnable?Oui et non, tout dépend de la compréhension que nous avons de la rentabilité et de la sécunté.Dans un monde idéal, nous pourrions acquérir un produit financier qui battrait les différents indices boursiers tout en procurant des garanties à toute épreuve quant au capital et aux gains, là pratique commande quelques nuances.La sécurité de votre capital est une notion très élastique.En effet, il faut distinguer le risque de capital qui survient au moment d’une faillite par exemple et le risque d’une diminution de la valeur de votre capital investi.Dans la pratique, les seuls produits comportant une garantie de capital et de gain se limitent aux obligations émises par les différents gouvernements.Les institutions financières offrent également des certificats de dépôt garanti, mais pour un maximum n’excédant pas 60 000 $ par client, par institution.Dans ce dernier cas, en raison de la solidité du système bancaire canadien, le risque est limité et extrêmement faible: dépasser ce maximum n’est pas très risqué.À l’étranger Vous pourriez aussi vous procurer des obligations de gouvernements étrangers dont les taux de rendement excèdent ceux qui sont offerts par nos différents gouvernements et institutions.Vous devez cependant exercer votre prudence quant au choix de l’obligation et aux fluctuations du taux de change.Un exemple: la dette de l'Irak.Elle ne vaut sûrement pas très cher sur le marché, et, pour l'investisseur, elle n’offre pas un grand intérêt.Quant aux fluctuations du taux de change, il faut savoir que les obligations étrangères sont généralement libefiées dans une monnaie autre que le dollar canadien, d’où le risque.C’est donc souvent à proscrire.Aussi, malgré leur faible rendement, les obligations canadiennes et provinciales restent des produits intéressants, surtout en ce qui concerne les garanties offertes.Si vous maintenez votre décision d’investir dans les obligations de gouvernements étrangers, allez-y à petites doses et, idéalement, dans le cadre d’un fonds d’obligations étrangères.Il reste une catégorie qui rapporte un peu plus que les obligations gouvernementales canadiennes: les obligations d’entreprises.En effet, de nombreuses entreprises utilisent les marchés financiers pour écouler des obligations qu’elles émettent, au lieu d’emprunter comme un simple citoyen auprès d’une institution financière.Les rendements offerts par de telles obligations sont évidemment plus élevés que ceux des obligations émises par un gouvernement canadien, mais le risque associé est plus élevé et varie énormément d’une firme à l’autre.GM n’a évidemment pas la même cote de crédit que Bombardier.Pas évident pour le non-initié de se retrouver dans cet univers.Les fonds d’obligations à haut rendement peuvent s’avérer très intéressants: les gestionnaires de tels fonds sont nettement mieux habilités que vous et moi pour analyser les avantages et inconvénients.Nouveau milliardaire Le Groupe financier Norshield se classe désormais dans le top 25 des gestionnaires de fonds de fonds GÉRARD BÉRUBÉ LE DEVOIR Vingt ans et un milliard de dollars d’actif sous gestion plus tard, le Groupe financier Norshield est devenu un incontournable dans cette jeune industrie des fonds alternatifs.Spécialiste de l’ingénierie financière, le groupe montréalais se classe désormais dans le top 25 au niveau mondial des gestionnaires de fonds de fonds de couverture, parmi les dix premiers à l’échelon canadien, dans un marché laissant miroiter un taux de croissance de 20 % par année.«Moins d'une cinquantaine de gestionnaires de fonds de fonds ont atteint cette marque du milliard, a renchéri John Xanthoudakis, fondateur et chef de la direction de Norshield.L’obtention du premier milliard est très significative parce que nous sommes dans une industrie extrêmement spécialisée.» Il chiffre la taille planétaire de l’industrie des fonds de couverture («hedge funds») à quelque 700 milliards $US, soit à peine 5 % de l’ensemble du marché boursier.«C’est, malgré tout, un gros marché, qui se situe aux trois quarts à l’extérieur des États-Unis.» Quelque 5000 gestionnaires de fonds, et 1000 gestionnaires de fonds de fonds, s’y activent On estime qu’entre 400 et 500 nouveaux gestionnaires de «hedge funds» font leur apparition sur ce marché chaque année.Que le tiers d’entre eux disparaissent après quelques années seulement et que la très grande majorité ont moins de 100 millions de dollars d’actif sous gestion.Un marché spécialisé, donc, mais très fragmenté, qui vient expliquer la montée en puissance de ces gestionnaires de fonds de fonds, soit de ceux qui s’activent à concevoir un portefeuille offrant une combinaison de ces différentes approches.Le marché canadien Au Canada, John Xanthoudakis estime à 15 milliards la taille du marché, soit 10 milliards provenant des investisseurs institutionnels et cinq milliards du marché de détail.Dans ce dernier segment, Norshield table sur la présence de grands joueurs tels la Financière Banque Nationale et Desjardins sécurité financière qui, toutes trois, ont contribué à démocratiser ce produit Car, historiquement ces fonds de couverture ont toujours eu une image spéculative et ils s’adressaient essentiellement aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes.Mais il y a eu un virage détail à la fin des années 1990.Depuis, ces véhicules conçus pour s’alimenter à même la volatilité et l’incertitude sont accessibles aux petits portefeuilles.«L’industrie affiche un taux de croissance de 20 % par année», a renchéri le fondateur de cette équipe abritant une cinquantaine de spécialistes répartis entre le Canada, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.Et, question d’iDustrer davantage le potentiel offert par les fonds ak tematifs, le spécialiste rappelle qu’il est généralement recommandé que ce type de fonds occupe une place représentant entre 6 et 16 % des portefeuilles.Avec un actif sous gestion oscillant autour des 425 milliards dans les fonds d’investissement au Canada, «une part de 10% nous amène à un marché de 40 à 50 milliards.Et cela, c’est' pour le marché de détail.Cest tout dire de l’espace que nous pouvons occuper.» Conçus autour d’un objectif de protection du capital, les fonds de couverture s’inspirent de stratégies parfois audacieuses — s’inspirant essentiellement des arbitrages, des jeux d’écart ou des ventes à découvert — pour bénéficier des déséquilibres et des imperfections du marché.Partant du principe de minimisation du risque, le gestionnaire tente ainsi d’obtenir un équilibre comprenant le risque généralement associé au placement obligataire et la performance, supérieure, affichée par un indice boursier de référence.Un gestionnaire de fonds de fonds de couverture, pour sa part, procédera à une recherche, à une vérifi- J " ¦ (Æi * ^ y '¦ I 1 « ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ vV'l SOURCE NORSHIELD John Xanthoudakis, fondateur et chef de la direction de Norshield: «Moins d’une cinquantaine de gestionnaires de fonds de fonds ont atteint cette marque du milliard.» cation diligente et à une sélection de ces stratégies basées sur des arbitrages spécifiques ou exploitant un risque particulier, de manière à établir une combinaison visant à minimiser davantage, voire à annuler, le risque de perte du capital.Quant au rendement, qui devient en quelque sorte un corollaire ou une résultante, il se nourrit de la volatilité des cours.Ainsi, plus ça va mal, plus il y a de la volatilité et plus les fonds de couverture sont, potentiellement, performants.En revanche, ces fonds prennent le plus de risques lorsque le marché est stagnant ou fait du surplace.Selon les simulations et l’expérience passée, leur performance est soit neutre, soit à la hausse au cours des phases de correction.Et légèrement inférieure, en moyenne, à l’indice de référence I .lors d’une phase haussière.r, VU J *^es véhicules ont livré la marchandise», TinQnfûC a ^ouligné John Xanthoudakis.Chez Nor- 11101 s^e^>on s’enorgueillit d’avoir «invaria- blement généré des rendements supérieurs ajustés au risque» pour les clients et, en particulier, d’avoir «généré des rendements supérieurs à ceux des marchés durant les nombreuses récessions et crises financières».En fait, depuis 1990-91, Norshield est parvenu à doubler l’indice de référence HFRI fonds de fonds pour le segment institutionnel et à fedre 60 % de phis dans le segment détail.Mais, avec une vision plus large, «dans des conditions difficiles, la plupart des fonds alternatifs ont bien fait.Ce fut le cas au cours des trois années de correction boursière de200002 Ils ont fait leur travail, soit celui de protéger le capital», a précisé le chef de la direction de Norshield.D’avril 1991 à septembre 2008, l'indice HFRI a offert un rendement annuel de 10,8 %, par rapport à 11,7 % pour l’indice S&P 500, soit une performance comparable mais avec un indice de volatilité deux fois moindre.Et, à l’exception de la période août 1998-août 1999 et décembre 2002-mai 2003, l’indice HFRI a connu peu de phases baissières depuis 1991.Cet indice de référence a, notamment, évité la longue glissade de l’indice S&P 500 survenue entre août 2000 et mars 2008.La volatilité Du même souffle, John Xanthoudakis répond aux détracteurs reprochant à ces véhicules de contribuer à l’accroissement de la volatilité inhérente du marché.«Au contraire, dans nombre de situations, ils contribuent plutôt à stabiliser le marché ou à atténuer les mouvements.À titre d'illustration, ce fut le cas au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.En étant alors des acheteurs nets, les fonds alternatifs ont apporté leur support aux cours.» Pour les gestionnaires de fonds de fonds tel Norshield, ht façon de faire, qui devient un art, consiste à exploiter les occasions tout en protégeant le capital, et ce, sans égard à l’environnement du marché.«Tel un rayon X, le modèle appliqué ne tente pas de prévoir les cours futurs.Il indique plutôt si l’environnement présent est favorable ou non aux titres.Dans le cas des actions, le modèle se limite à émettre des signaux d’entrée ou de sortie», peut-on lire dans le Montreal Business Magazine.Dans ce contexte, «nous sommes optimistes pour 2004, quoique la performance du marché boursier devrait être moins forte que cette année.Mais, pour2005 et 2006, ce sera une autre histoire», s’est contenté d’avancer John Xanthoudakis.À partir du 30 mars 2004 Bourse: les ACVM imposent un nouveau cadre réglementaire Les rendements La différence de rendement entre ces types de produits varie beaucoup.Au cours des 12 derniers mois, au 30 novembre, le rendement moyen des fonds d’obligations à rendements élevés a été de 12,4 %, alors que les fonds d’obligations canadiennes ont affiché un rendement moyen de 5,4 %.À long terme, par contre, la différence entre les deux catégories n’est pas significative.Cependant, dans le cas des obligations à rendements élevés, les risques sont multiples: pensons à Air Canada, à Eaton et à Chrysler au début des années 80.Le risque de crédit est une notion simple, mais non simpliste: un bon fonds et une bonne équipe de gestionnaires demeurent la solution de rechange.Les produits sécuritaires à 100 % existent bien, mais le rendement qu’ils procurent à l’investisseur est souvent faible.Les produits à hauts rendements intéressants existent aussi, mais si vous demandez à un intermédiaire de prendre le risque pour vous, il y a un coût que vous devrez assumer.La répartition de vos actifs représente encore l’unique solution au monde «presque» idéale.Les vendeurs de rêve, ne leur confiez surtout pas vos épargnes.Cessez de croire au père Noël, du moins pour votre portefeuille.questione&avantages.com L’auteur est conseiller en placement et président d’Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.LE DEVOIR PRESSE CANADIENNE \ A compter du 30 mars, les entreprises cotées en Bourse seront régies par un nouveau cadre législatif et réglementaire, a annoncé vendredi dernier l’organisme regroupant les 13 autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM).La mesure crée un cadre «uniforme» à l’échelle du Canada pour les sociétés ouvertes (cotées), indique un communiqué, en précisant leurs «obligations d'information continue» envers le public investisseur.Ces obligations régissent la «notice annuelle, les rapports de gestion, les déclarations de changement important, les déclarations d’acquisition d’entreprise et la rémunération» des dirigeants.Le nouveau règlement «témoigne d'un effort concerté de tous les membres des ACVM» concernant la communication de l’information des entreprises qui sont émet-trices assujetties dans plusieurs provinces et territoires, souligne M.Stephen Siboki, président d’ACVM.Ainsi, elles «n’auront plus à remplir différentes obligations» dans les différents territoires où elles «déposent des documents»-, la mesure «jette également les bases d’un régime d’information intégré», lit-on.Les 10 provinces et les trois territoires devraient, d’id le 30 mars, tous entériner le nouveau cadre réglementaire, a indiqué une porte-parole de U Commission des valeurs mobilières du Québec, membre d’ACVM.Le règlement «permettra aux investisseurs des marchés primaire et secondaire de recevoir une information plus homogène, poursuit M.Sibold, et incitera les autorités à adopter une démarche commune pour examiner les documents d'information continue».Jeudi dernier, dans une autre mesure de protection du public investisseur, le Conseil des normes comptables du Canada a annoncé un nouveau règle ment sur les «rémunérations à base d’actions», notamment les options sur actions consenties aux dirigeants de société, qui seront passées à la dépense à partir du l" janvier 2004.EN BREF Un acquéreur pour Teraxis (Le Devoir) — Le cabinet de conseils financiers Capital Teraxis, qui se cherche un repreneur depuis ue la Caisse de dépôt a annoncé vouloir se retirer u capital-actions, a annoncé vendredi que Norbourg Gestion d’actifs s’est portée acquéreur de la totalité des actions en circulation de Fonds Evolution, une filiale à part entière de Teraxis.Formée en 1998, Norbourg est un conseiller en valeurs de plein exercice intégré qui compte huit fonds communs de placement De plus, on retrouve dans le Groupe Norbourg un réseau de distribution de produits financiers.Fondée en 1995, Évolution est pour sa part, une société de gestion de fonds offerts par l’entremise d’intermédiaires.«H est important qu'Evolution soit acquise par une société québécoise», a déclaré Michel Fragasso, président de Capital Teraxis.CGI achète des actions de Nexxlink (PC) — La direction du fournisseur de solutions informatiques Nexxlink a annoncé vendredi dernier une émission d’actions de 73 millions de dollars, dont 23 millions par le Groupe CGI, qui maintient ainsi sa participation dans Nexxlink à 32 %.CGI a accepté d’acquérir 505 072 actions de Nexxlink au prix de 4,60 $ l’unité.Nexxlink et CGI sont des partenaires depuis sept ans.Un groupe d’investisseurs institutionnels canadiens a mis la main sur les 1,087 million de nouvelles actions, également au prix de 4,60 $, qui n’ont pas été achetées par CGI. Li DEVOIR.LE LUNDI 22 DECEMBRE 2003 Ces données, fournies par Fundata Canada inc., présentent le rendement des fonds communs de placement pour la semaine se terminant jeudi (sauf pour les rendements sur un mois (1m%) et un an (1 an %), calculés à la fin du mois dernier).la valeur de chaque unité, i.e.la valeur de l'actif net par action (VANPA) est exprimée en dollars canadiens à moins d'indication contraire.Les données ne doivent servir qu'à ire d’information, une confirmation du prix devrait être obtenue auprès des gestionnaires du fonds ou d'un vendeur autorisé.Var.% et Var.$ indiquent les variations en pour centage et en prix depuis une semaine su :$ :!8 "M * WiSa* ISA Fonds D INVESTISSEMENT VMM ¥¦.% Var.$ 1a% &CS m -9i S62.01 - -55 15.00 *3.59 * 5200 *25,8 12.00 - -5,1 m *ts m m I0il8 -.10 -.0100 *22 12,90 *3.38 *.4220 *17.5 11,63 20.62 *04 m i:8 m h 12,07 *,42 *.0500 *.8 n.» ,55 - 1 ?,19 +.0188 +9,9 19,25 +2,93 *,5921 *15.7 +, jyy + 10,90 *1,58 +.1700 *10,6 •mm a 2062 : ’ +2, as J S S Sa +3.44 +.3910 IW +3.44 +.3900 -3.9 ?11 6.25 +2,53 *,1542 -26 f- : 11,83 *4,69 +.5298 +36.9 9,13 inch inch mm ai % 2574,68 I 5,77 +1,77 +.1006 « M -liS M 4 1?:S +,99 +.1106 H : 16.61 +2.72 +.4500 4.74 +3,72 ?.1700 58 .0464 NA +328 +.9100 NA +2.35 +.3112 +16.2 +3,62 +.1453 NA M im 11: 13.37 *1.77 +.2324 +11.5 5,94 4.44 +.1972 16.54 +.54 +.0896 «7.6 M :IS M K iJ?M:W tM s, H i ;» a M: mm Klondike: Quest for Gold Turning .[BBC News TcBC News CBC News: Canada Now Sports Jml lFashion.The National IThe Passionate Eye Sports Jml [Fashion.National ¦ This Hour 1 Made In.Poltergeist Cold Squad Paradise Falls Queer ae Folk Cinéma / MORE TALES OF THE CITY ¦ Clean Swe ep Msdlcal Dstsctlvss Maternity Ward / Training Ground - Worth the Risk - Labor Intensive Maternity Ward / Training Ground I Zoo Diaries I Dogs.Jobs .Homes |Fashlon.I Extra iMatchm.| Dogs, Jobs | Zoo Diaries | Animal Miracles Extra [Matchm.[.Island jCollega Football / North Carolina Stata - Kansas30) ] WWE Raw Sportacentre IWWE Raw Classification dts films: (1) Chtf-d'œuvrt — (2) Excel!tnt — (3) Tris bon — (4) Bon — (S) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable NOS CHOIX CE SOIR PaulCauchon POULETS EN FUITE Un film d’animation remarquable (version française de Chicken Run).Parfait pour commencer votre semaine de congé, d'autant plus qu’il sera suivi de Shrek, autre superfilm d’animation où les adultes apprécient le deuxième degré et les enfants l’humour et la drôlerie.Radio-Canada, 18h30 GRANDS REPORTAGES Un documentaire du National Geographic sur l’univers de Tolkein et du Seigneur des anneaux.Sûrement à voir pour les fans de l’œuvre.RDI, 20h JEUX DE SOCIÉTÉ Document sur la résilience, un phénomène maintenant étudié par des chercheurs qui veut que des enfants ayant enduré de grandes horreurs deviennent des adultes épanouis.Canal Vie, 21h VIENS VOIR LES COMÉDIENS Benoit Brière est invité (reprise de l'émission de samedi dernier).Artv, 23h t • LE DEVOIR ?MÉDIA Paul Cauchon ?Dessiner pour combattre Art Spiegelman est un Américain déchiré: traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001, il l’est tout autant par le nouvel «apla-ventrisme» des médias devant l'administration Bush.Maintenant dans la cinquantaine, Spiegelman est né en Suède mais il est arrivé à New York enfant.Ses parents voulaient qu’il soit dentiste, mais il préférait nettement le magazine Mad, pilier de la culture populaire américaine, à l’état des gencives! Dessinateur professionnel dès l’âge de 16 ans, il se joint à la fin des années 60 au mouvement des comics under-ground alors florissant aux États-Unis.Dans les années 70, il commence à travailler sur une bande dessinée stupéfiante, Maus, qui raconte le parcours de sa famille juive rescapée des camps nazis.L’œuvre est très forte et elle porte l’art de la bande dessinée à des sommets de profondeur et d’émotion.Le succès lui tombe dessus dans les années 80 avec la publication de Maus, alors qu’il dirigeait avec sa femme une revue plutôt underground, Raw, et il reçoit en 1992 pour Maus le prix Pulitzer, donné pour la première fois de £on histoire à une bande dessinée.Ébranlé par ce succès («je refusais d’être transformé en je ne sais quel Elie Wiesel de la bande dessinée», déclare-t-il, ce qui vous donne une idée de l’humour particulier du personnage), il accepte en 1993 de devenir collaborateur du prestigieux magazine The New Yorker.C’est cette expérience au New Yorker qu’il raconte dans Bons Baisers de New York, un volume qui vient tout juste de paraître chez Flammarion, avec une préface de Paul Auster.Fondé en 1925, The New Yorker, magazine de reportages, de critiques, de fictions et d’illustrations, était conçu pour flatter l’élite new-yorkaise et il a rapidement obtenu beaucoup de succès dans plusieurs grandes villes, où il intéressait les nouvelles classes aisées qui, justement, rêvaient de faire partie de l’élite intellectuelle de New York.Pour Spiegelman, le New Yorker est «un étalage à la mode de l’élégance, du raffinement et de l’épate».Pour Paul Auster, il a toujours «gardé un ton mêlant raffinement, distance et autosatisfaction».Bref, vaguement snob et de bon goût Spiegelman est engagé par la célèbre éditrice Tina Brown, Britannique déterminée qui adore les mondanités et le luxe et qui venait tout juste d’arriver au New Yorker après avoir relancé le Vanity Fair du même groupe de presse, Condé Nast Spiegelman ne passe pas exactement ina perçu, accumulant un nombre record de protestations de lecteurs pour ses couvertures-chocs et ses illustrations provocantes.Sa première couverture est publiée alors que la tension raciale entre noirs et juifs était à son comble dans un quartier de Brooklyn, et elle montre un juif hassidique embrassant à pleine bouche une belle noire.Spiel-gelman ne comprenait pas qu’on s’indigne «du dessin de deux personnes en train de s’embrasser alors que la presse est noyée sous les représentations sadomasochistes».Pour commenter les actes racistes commis par la police, il publie le dessin d’un flic de New York s’exerçant dans un stand de tir sur des silhouettes de simples citoyens.Il commente l’affaire Clinton-Lewinsky en flanquant des micros sur la braguette du président Au moment de la guerre contre l’Afghanistan, il dessine des bombardiers qui larguent des dindes de l’Action de Grâces sur des Afghans.Après neuf ans de prises de position picturales qui déchaînent les passions, Spiegelman démissionne au début 2003 du New Yorker en guise de protestation contre le conformisme des médias sous l’ère Bush, dit-il.Profondément traumatisé par le 11 septembre, et pour vrai puisque sa fille allait à l’école tout à côté des deux tours, qu’il a vu s’effondrer devant lui, il déclarait au Courrier international en septembre 2002 que l’utilisation que les médias font de l’événement «n’a rien à voir avec l'événement lui-même.On déshumanise le 11 septembre pour qu’il devienne exploitable, mais dans un sens qui conforte la situation qui avait Justement rendu ces attaques possibles».Dans une entrevue au Corriere della Serra, il confie qu’il ,se sent maintenant dans un «exil intérieur» aux États-Unis.L’élection controversée de Bush en 2000 est un véritable «coup d’Etat», écrit-il Ces derniers mois, Spiegelman s’est attaqué à un projet fou, celui de raconter «son» 11 septembre en bande dessinée.«C’est ma façon de restituer l’événement visuellement sans être pris dans la déferlante médiatique», dit-il.Selon certaines planches publiées ces derniers mois dans le Courrier international, c’est assez costaud et surtout très critique envers l’actuel pouvoir à Washington.En cette veille de Noël, Spiegelman valait bien une chronique média, ne serait-ce que pour souligner qu’il existe une forme de résistance au conformisme ambiant dans les médias américains, mais que cette résistance peine à se faire entendre.pcauchonCàledevoir.com Dessin de Art Spiegelman TECHNOLOGIE EN BREF Echange de fichiers musicaux: imaginez! MICHEL D U MAI S Brian Robertson, le président de la CRIA, une association canadienne s’apparentant à la RIAA, a laissé entendre la semaine dernière qu’il pourrait poursuivre en justice des utilisateurs canadiens de réseau P2P qui partagent leurs fichiers musicaux MP3.Estimant à 30 % les pertes subies par l’industrie du disque, Robertson ne cache aucunement son soutien aux dernières campagnes de peur de la RIAA Pour le président de la CRIA ces poursuites en justice ne sont que la suite logique d’une campagne de sensibilisation du grand public face au piratage de la musique.Heureusement, il semble que l’ADISQ refuse pour l’instant d’entrer dans le jeu des poursuites.Sage décision.Citant le président de l’ADISQ, Yves-François Blanchet, le collègue Myles écrivait la semaine dernière qu’en raison de la situation de grande proximité culturelle entre le créateur et son public, «les consommateurs percevraient mal des poursuites en justice de la part de l’industrie et risqueraient d’en imputer la responsabilité à l’artiste».Laissons toutefois de côté ces billevesées et essayons d’imaginer comment d’autres industries pourraient tenter «d’éduquer et de conscientiser» le public à la manière de la RIAA À prendre avec humour et un martini.Dans une poursuite qui fera assurément jurisprudence, Les Aliments Stouffette, le célèbre fabricant de repas minute congelés, assignent en justice Rosario Lambert et sa conjointe, Hélène Arcand, pour avoir partagé un repas « poulet à la cacciatorre ».Selon l’acte d’accusation, Lambert aurait offert à sa conjointe quelques bouchées de son poulet Or, selon la licence d’utilisation imprimée sur l’emballage, le « poulet à la cacciatorre » Stouffette est préparé pour une seule et unique personne.De dire un porte-parole de l’entreprise: «Ces deux personnes ont clairement violé nos directives.Notre repas a été conçu pour une seule personne.Les deux accusés auraient clairement dû acheter notre repas familial au lieu de contrevenir à la loi en partageant une portion individuelle.» Selon une étude rendue publique cette année, l’industrie de l’alimentation a accusé des pertes de 25 % de son chiffre d’affaire en raison des personnes de petit appétit qui partagent leur repas.Les éditions La Morue aux fraises viennent d’assigner en justice Hélène Morin, une ménagère de l’est de Montréal, pour avoir indûment partagé avec ses voisines plusieurs recettes issues du fameux livre La morue, cette inconnue sur nos tables.De dire les éditeurs, Madame Morin aurait partagé une dizaine de recettes avec ses proches voisines, dont la fameuse recette de morue aux fraises (avec de la crème chantilly) qui aurait fait la fortune des éditions du même nom.Pierre Poisson, l’éditeur, commente ainsi la poursuite: «Hélène Morin, en partageant avec ses voisines nos recettes les plus fameuses, nous prive de revenus auxquels nous estimons avoir droit.De même, nous examinons fortement la possibilité de poursuivre en justice les voisines en question, certaines indications nous laissant croire qu’elles auraient voulu faire la même chose qu’Hélène Morin.» En refilant nos meilleures recettes à ses amies, Hélène Morin envoie le message qu’il est permis de repiquer le contenu de nos livres.Nous estimons que les voisines auraient dû elles aussi acheter nos œuvres littéraires, et non pas se les partager.La firme conseil américaine Joy of Cooking estime à 20 % les pertes des maisons d’édition œuvrant dans le livre culinaire.Selon cette firme, le partage de recettes entre amies est principalement responsable de ces pertes.Absurdité Ce texte est largement inspiré d’une chronique publiée dans une édition récente du magazine américain Fast Company.Les noms des personnes, ainsi que les exemples décrits, sont totalement différents de ceux qui ont été écrits par le journaliste.Disons que j’ai emprunté l’idée, que j’ai bien aimée, pour décrire l’absurdité des poursuites de la RIAA et possiblement, celles de la CRIA Bref, je partage l’idée.«So, sue me ! » FS: En passant, la reproduction de cet article par courriel afin d’amuser vos collègues est strictement interdite par la loi.Elle peut entraîner des poursuites auprès des instances nationales et internationales de protection de droit d’auteur.Ben quien ! PPS: cette chronique n'est pas commanditée par le bonhomme sept heures.Une lecture essentielle Est-ce juste le disque qui ne tourne pas rond ?MICHEL D U MAIS \ A l’heure où l’industrie du disque est la première victime de la numérisation des contenus, et celle du cinéma et de la vidéo semble être la prochaine cible du rouleau compresseur des réseaux d’échange P2R la lecture du livre Le Disque ne tourne pas rond, un essai publié par le collègue de La Presse Alain Brunet, se veut essentielle pour quiconque s’intéresse de près ou de loin aux industries culturelles.L’ouvrage d’Alain Brunet a le mérite (et l'intelligence) de faire, sans complaisance aucune, le constat brutal suivant: l’industrie du disque n’est que la première victime de l’ère numérique.Mis à part les arts vivants, les industries culturelles sont à la croisée des chemins.Elles auront à faire des choix déchirants: se réinventer pour s'adapter au monde numérique ou tout simplement laisser le consommateur lui dicter ses propres choix, quitte à mettre en danger sa survie.Remarquablement bien documenté, avec moult statistiques et données qui, à elles seules, valent cent fois le prix du livre, Brunet, qui a travaillé sût ans sur cet ouvrage, joue la carte de l’optimisme en déclarant que des solutions viendront.Mais, tout comme la majorité des analystes et des intervenants du milieu, l'auteur est bien en peine d’en dresser une liste.«C’est qu’il est encore impossible de prédire exactement quel sera le modèle payant en ligne.la dématérialisation des œuvres continuera d’être un processus tumultueux et chaotique.» Vers un accès direct Prophétique, il annonce ce que les gourous du monde numérique prêchent depuis plusieurs années, à savoir que le CD, le DVD et tous les autres supports matériels sont appelés un jour ou l’autre à disparaître, au profit de l’accès direct des produits culturels par le biais du réseau.Mais cette transition vers la dématérialisation des contenus ne se fera pas sans heurts.Selon l’auteur, «ce que nous savons, cependant, c’est que nous nous dirigeons bon gré mal gré vers la proéminence d’un modèle économique fondé sur les droits plutôt que sur les revenus réalisés par la vente d’objets culturels».Félicitons aussi Brunet d’avoir su porter un regard particulier sur l’industrie culturelle québécoise et mettre en perspective ses spécificités.Selon Alain Brunet « les succès colossaux des nouvelles mégastars ont conduit nombre de producteurs à rajuster leur tir quant à leurs façons d'envisager l’internationalisation de leur produit.Non seulement les productions locales sont hautement considérées dans les plus puissants marchés non anglophones, mais même notre Céline a fait école chez les majors.On pourra bien accuser la chanteuse québécoise de s'être américanisée, elle n'en est pas moins devenue la plus grande vendeuse de disques sur Terre grâce à la combinaison iné dite de ses ventes de disques en anglais et en français ».Disons-le d’emblée, bien que l’ouvrage d’Alain Brunet ne tienne pas vraiment de la lecture légère au coin du feu, le style en est limpide et la lecture aisée.On reconnaît ici une œuvre écrite par un journaliste allumé et déterminé à aller au bout de son sujet, et non par un essayiste qui jette en vrac un rassemblement de réflexions.Le résultat: un livre dense et passionnant.Une lecture obligatoire pour quiconque nage dans les eaux de l’industrie culturelle, et fortement recommandée aux jeunes branchés, nés en plein monde numérique; ceux-là mêmes qui deviendront demain les artisans de la culture.Sachant que les technologies et les enjeux évoluent à un rythme d’enfer, souhaitons seulement que l'auteur puisse nous offrir une édition révisée au cours des prochaines années.Souhaitons-lui même qu’un éditeur anglophone reconnaisse la valeur de son œuvre et lui donne les moyens de l’adap ter et de la publier dans la langue de Shakespeare, car Le Disque ne tourne pas rond est un livre unique, qui n’a pas vraiment d’équivalent chez nos voisins du aid.LE DISQUE NE TOURNE PAS ROND , Alain Brunet Éditions Coronet i i i i:\ isiox Censure à TQS ?Le Conseil de presse du Québec a partiellement retenu vendredi dernier une plainte qu’il avait reçue du journaliste Gary Arpin contre son propre employeur.le réseau TQS, une situation inusitée dans le monde des médias.Le journaliste reprochait à TQS d’avoir refusé de diffriser le reportage qu'il avait réalisé à propos de la grève des artisans de l'information de Radio-Nord en Abitibi, alors qu’il avait été envoyé dans la région justement pour produire deux reportages sur des conflits de travail, celui à la fonderie Noranda et celui à Radio-Nord.TQS, propriété de Cogeco qui est un partenaire de Radio-Nord, soutenait que l’intérêt public du reportage n'était plus «prédominant» et que «TQS ne couimait jamais le déroulement des conflits de travail».Le Conseil de presse rejette ces arguments et retient la plainte contre le réseau pour «atteinte au droit du public à l’information».Par contre le conseil a estimé que le plaignant n’avait pas démontré que les dirigeants de Cogeco étaient intervenus pour faire censurer le reportage.M \(.A / I N !•: lire divorce de Pierre Assouline Selon l’Agence France-Presse (AFP), l’écrivain et journaliste bien connu Pierre Assouline aurait été écarté de son poste de rédacteur en chef du magazine littéraire Lire, qui avait été fondé en 1975 par Bernard Pivot et Jean-Louis Servan-Schreiber.L’AFP fait état d’une «crise de confiance» et d’une «difficile cohabitation» entre Pierre Assouline et le groupe Express-Expansion, qui édite Lire.M.Assouline, qui avait chaussé les bottes de Bernard Pivot lorsque ce dernier avait volontairement quitté son poste, serait remplacé par François Bus-nel, actuel rédacteur en chef adjoint à la rubrique livre de L’Express.K 1 S I A I \ Sérieux examen pour la BBC L’affaire fait grand bruit en Grande-Bretagne, où la BBC est considérée comme un monument: le groupe de communications sera soumis à un examen public sans précédent qui pourrait mener à des changements importants dans son mode de fonctionnement Le gouvernement britannique a en effet lancé la semaine dernière une vaste consultation publique auprès de la population sur la BBC, consultation qui se tenninera en mars et qui sera suivie d’un Livre blanc gouvernemental sur l’avenir de la BBC.Tout est sur la table, y compris le mode de financement du grand groupe audiovisuel ainsi que son encadrement par le gouvernement Cette consultation survient alors que la BBC traverse la plus grave crise de son histoire et qu’une commission indépendante doit remettre à la mi-janvier son rapport sur les conditions de la disparition du scientifique David Kelly, un rapport qui doit mettre en lumière, semble-t-il, les errements de la BBC.La BBC, qui comprend entre autre deux grandes chaînes de télévision généralistes, une chaîne d’information continue et cinq stations de radio, compte 24 000 salariés dont 2000 journalistes, et en 2002-2003 son déficit d’exploitation s’élevait à 580 millions d’euros.C’est la reine qui nomme son conseil des gouverneurs de douze membres.àuahlsr .M) Il K N A U SM I.Menaces en Haïti Reporters sans frontières (RSF) a sonné l’alarme vendredi concernant une «nette dégradation» de la liberté de presse en Haiti, alors qu’en 48 heures près d’une dizaine de médias avaient été fermés ou victimes de violences et d’actes d’intimidation.L’organisme a recueilli de nombreux témoignages d’agressions et de menaces envers plusieurs journalistes de différents médias, alors que la tension est très vive entre les partisans du président Aristide et ses opposants.Quelques jours auparavant.Reporters sans frontières avait justement décerné son prix annuel à un « défenseur de la liberté de presse » à Michèle Montas, ancienne directrice de Radio Haiti Inter engagée dans la lutte contre l’impunité, depuis l’assassinat de son mari en avril 2000, le journaliste Jean Dominique.RSF avait également accordé son prix « Reporters sans frontières » à Ali Lmrabet, emprisonné par le régime marocain pour avoir publié des dessins de presse critiques envers le roi Mohammed VI.1 E LX Un joueur indemnisé pour vol d’armes virtuelles (Reuters) — Un tribunal chinois a ordonné à une société de jeux vidéos en ligne de rendre à un joueur des objets virtuels dérobés sur son compte par un pirate d’Internet, dont un stock imaginaire d'armes biochimiques.Li Hongchen, 24 ans, avait consacré deux ans et 10 000 yuans (près de 281 SCAN) à acquérir des cartes à jouer, amassant des armes et des victoires dans le populaire jeu en ligne Hongyue, ou «Lune rouge», avant que ses armes virtuelles ne soient volées en février dernier, a annoncé vendredi l’agence de presse Chine nouvelle.Li a demandé à la société Beijing Arctic Ice Technology Development d’identifier le joueur qui a dérobé ses biens.La sodé té a refusé, en disant qu’elle ne pouvait fournir aucune information relative à la vie privée d'un joueur, a ajouté la même source.La police n’a pas non plus donné satisfaction à U, qui a donc porté l’affaire devant la justice, exigeant 10 000 yuans de compensation, a prédsé Chine nouvelle.I I 5 B 8 LE DEVOIR, LE LUNDI 22 DÉCEMBRE 2003 LE DEVOIR CULTURE Le premier western fête ses 100 ans ASSOCIATED PRESS Los Angeles (AP) — Son revolver tendu vers un groupe d’honnêtes citoyens assis dans la pénombre, le malfaiteur appuie sur la détente.De la fumée s’échappe du canon.Des femmes s’évanouissent, des hommes crient Il y a un siècle, par une nuit de décembre 1903, une semaine avant Noël, les spectateurs d’un petit théâtre de Manhattan découvraient The Great Train Robbery, ancêtre du western.Le coup de feu était parti sans bruit, si ce n’est des accents dramatiques du pipo droit L’homme au revolver était un acteur nommé George Bames.Sans flashes ni tapis rouge, la modeste première d’un petit film muet de 11 minutes sur l’attaque d’un train, projeté entre deux sketches au Luban’s Museum sur la 14' rue, apparaît aujourd’hui comme l’acte de naissance de l’industrie cinématographique.C’est le moment où les films «ont commencé à ne plus être une nouveauté pour devenir ce qu’ils allaient bientôt être», explique Jere Guldin, conservateur des archives de cinéma ët de télévision de l’université de la Californie à Los Angeles (UCLA).«Cest l’année où le film de fiction a vraiment commencé à faire effet».The Great Train Robbery, ou Le Vol du Grand Rapide, fit sensation.Le film resta le plus gros succès du cinéma pendant plus d’une décennie, jusqu’à la sortie de Naissance d’une nation, de D.W.Griffith, en 1915.Ce premier western et ceux qui suivirent «finirent par créer le système des studios», explique Randy Haberkamp, programmateur à l’Académie des arts et techniques du cinéma.L’année des variétés (1) Les dix meilleurs disques d’ici en 2003 SYLVAIN CORMIER C> est le temps de la remise des notes.Voici mes chouchous.Entendez par «chouchou» que je ne suis pas prof, absolument pas tenu à l’objectivité, et que mon seul critère est celui de la durée: après le passage entre mes deux oreilles de quelques centaines de parutions locales, il me reste donc celles-là Par ordre très relatif d’importance: ça peut encore changer avec le temps.Demain, ce sont les disques venus d’ailleurs qui s’y collent Lundi et mardi prochains, c’est au tour des spectacles.Oui, Springsteen a une sacrée longueur d’avance.Mais couronnons d’abord l’onc’ Fluplu.Il le mérite.¦ 1.Chants d’épuration, Plume Latraverse.Œuvre absolument majeure, qui est à Plume ce que Time Out Of Mind flit à Dylan: la preuve qu’on a encore bien besoin de ce regard-là pour comprendre le monde (et en rire et en pleurer).Travail d’écriture et de réécriture en profondeur, où pertinence et truculence s’embrassent plus affectueusement que jamais, le disque en dit extrêmement long «sans nommer d’nom» sur l’usure du temps et la perspective de la mort, mais surtout sur la vie qui, fatalement, «nous rattrape».Foi de flanc mou.¦ 2.Kanasuta, Richard Desjardins.Sa «guétard» brandie comme une hache de guerre déterrée, revoilà Desjardins cinq ans après Boom Boom, et il était temps.Tout, là-dessus, est essentiel, pertinent et militant, mais tout est beau, aussi, merci à la réalisation très impressionniste d’Yves Desrosiers.Ma préférée a pour titre Jenny et rend hommage aux gens qui travaillent tout le temps et parviennent à s’aimer quand même.«Je n’ai-tu braillé du noir à tout’vouloir lâcher / comme si j’étais dans un concours de courage./ Nos seules vacances c’était A Plume Latraverse quand on allait s’coucher, / mais laisse-moi t’dire, ta peau c’est mieux qu’une plage.» ¦ 3.La vache qui pleure, Kate et Anna McGarrigle.Vingt-trois ans après The French Record, la maman et la tante de Rufus Wain-wright nous ont enfin gratifiés d’un deuxième disque majoritairement francophone.La Vache qui pleure est à chérir d’autant qu’on ne sait pas quand il y aura le suivant goûtons donc pleinement et longtemps ces sombres, belles et mélancoliques histoires.Et ces JACQUES GRENIER LE DEVOIR gmtares, banjos et pianos, ces ambiances un brin hippie et surtout ces timbres gracieux et joliment nasillards qui harmonisent comme si on était déjà au paradis.¦ 4.Le décor, Stefie Shock.Le cher Steppe tte Choupette — désolé, c’est la faute à Guy A Lepage — voulait un album parfait, et il est passé bien près de l’obtenir.Splendide Décor en clair-obscur, où les histoires noir foncé de gars «qui surnage seul dans le courant» sont données sur des musiques généralement bondissantes et réjouis- santes, latino id, électro-pop là irrésistiblement dansantes à tous les tours et détours.Mon disque «moderne» de l’année.¦ 5.Entomologie, Urbain Desbois.La plus curieuse bête à chansons du Québec a proposé un album de chansons d’amour qui ne ressemble en rien aux autres albums de chansons d’amour.Question d’intelligence, d’honnêteté, de sensibilité.Et de finesse dans TartisanaL Entomologie est le contraire d’un album lourdaud et touffu: il y a dans les arrangements toutes sortes de subtilités qu’on perçoit à chaque nouvelle écoute, un peu comme un disque des.Beatles.De ma part, le compliment ultime.¦ 6.Nancy Dumais, Nancy Du-mais.J’avais tellement aimé Le Nombril que j’ai eu envers ce disque éponyme une première réaction de rejet plus direct, moins léché, je croyais y perdre ce que je croyais apprécier le plus de la chanson selon Nancy Dumais (et son acolyte Martin Bachand): cet art de la pop caressante et bonne à fredonner.Après réécoute, j’ai compris: on a gagné en authenticité ce qu’on a perdu en vernis.Pour peu qu’on lui laisse le temps, tel un onguent qu’il faut frotter longtemps, ce disque pénètre.Et fait du bien par où fl chauffe.¦ 7.Il n’y a qu’une histoire, Georges Langford.Le beau méconnu de la chanson d’auteur des années 70, chantre du déracinement et de la dignité humaine, créateur de Thunder Bay et Le Frigidaire, est revenu au disque après un hiatira d’un quart de siècle.Avec les Des-de-la-Madelei-ne en bagage et des chansons à la fois tendres et vivifiantes.Ma préférée, Le Havre qu’estg’ié, douce valse sur lit de cordes, est farcie de ces petits détails criants de vérité qui rendaient Thunder Bay si évocatrice: «Ils ont formé des équipes de hockey / Sans arbitre (.) Y s’passent le fort par les vitres de chars (.) Carnaval sauvage / Sans reine ni tirage / Le havre qu’est glé».¦ 8.Lumières, Louise Forestier.Je suis a priori contre les refontes, parce que ça tend à remplacer les versions originales dans les mémoires, mais il faut bien faire une exception, une lumineuse exception, et considérer ce Lumières comme le nouvel éclairage nécessaire de chansons trop longtemps restées dans l’ombre.Il émane de ce disque une force tranquille, une charge émotionnelle toute contenue qui, ma foi, supporte plus qu’élégamment la comparaison avec les moutures d’époque.¦ 9.Tid’lidop!, Shflvi.Pourquoi un disque pour enfants dans cette liste?Parce que j’aime Shilvi, sa drôle de p’tite voix de poupée, ces musiques agréables qui maîtrisent l’air de rien des genres aussi divers que la bossa, le jazz un brin swing, k pop délicate ou la simple berceuse.Ces textes qui racontent à la fois joliment et pas bêtement des vraies histoires d’enfant Mais j’aime peut-être surtout que, dans le monde très pontifiant et très commercialement ciblé de la chanson pour tout-p’tits, il y ait au moins un choix sympathique.¦ 10.Katak, Florent Voilant II y a sur ce disque de facture extraordinairement soignée tout ce que je veux d’un album folk-rock made in America', des guitares partout, jouées par les meilleurs des alentours, des chœurs d’une infinie beauté, des mélodies qui coulent aussi naturellement que le sang dans les veines, des arrangements d’un goût aussi sûr que ceux d’un Daniel Lanois quand il travaille avec une Emmylou Harris.Rien que des qualités.Si ce n’était de la langue innue qui m’égratique l’oreille — j’y peux rien, c’est physique —, cet extraordinaire Katak serait tout en haut de la liste.Luc Chessex, photographe officiel d’Ernesto Guevara Che et le photographe Luc Chessex, 67 ans, a été le photographe officiel d’Ernesto «Che» Guevara à Cuba, en 1963.Il raconte un homme froid, sarcastique, un puritain phobique de la photo.’ LE MONDE Quand on lui cite le nom d’Ernesto «Che» Guevara, le photographe suisse Luc Chessex, paisiblement retiré dans son appartement de Lausanne, la ville où fl est né en 1936, semble un peu lassé du sujet.Il n’a pas «couvert» que le Che dans sa vie, quand même.Mais soit, il accepte d’en parier une fois de plus, sans hâte.«R y a un dicton en Amérique latine: la meilleure affaire que vous puissiez faire dans votre vie est d’acheter un Argentin au prix qu’il vaut et de le revendre au prix qu'il pense valoir.» Vieille blague pour dire que le mythique coman-dante n’était pas un type très sympathique au quotidien.Il l’a peu fréquenté, du reste, même s’il a été son photographe officiel, choisi par Guevara en personne, et n’a pas été un de ses amis — Guevara avait-il des amis, d’ailleurs, peut-on appeler amitié son pacte avec le Cubain Fidel Castro?Pourtant le destin météorique du Che et sa fin tragique, ai octobre 1967, en Bolivie, ont pris pour tous une telle force de mythe que lui non plus n’a pu y échappa.Il ne croit pas que Fidel Castro ait voulu, comme on l’a dit se débarrasser de Guevara en ne lui assurant pas le soutien du PC bolivien sur place.La réalité est phis simple: «Pour les Soviétiques, Che était un petit-bourgeois aventuriste, et les communistes boliviens avaient la même position.Il n’a pas été reçu avec enthousiasme par les Boliviens, très nationalistes, qui n’admettaient pas qu’un étranger vienne faire la révolution chez eux, un Argentin de surcroît.La responsabilité est celle du Che, qui a insisté pour aller sur ce front, comme il avait voulu aller au Congo.Pour moi, Guevara était l'archétype du guérillero, un théoricien d’une exceptionnelle valeur au combat Mais là, la méconnaissance du terrain était époustouflante En Bolivie, la réforme agraire avait été faite, chaque paysan était propriétaire de sa terre, et le communisme c’était le diable.La population était viscéralement anticommuniste.Comment le Che a-t-il pu se tromper à ce point?Erreur énorme ou suicide.Son épopée en Bolivie est une fuite en avant, il n’a jamais été aidé par les paysans Ernesto «Che» Guevara boliviens, toujours trahi» Luc Chessex dit avec modestie être venu à la photographie par hasard.Jeune homme épris de liberté, il aurait voulu êtrp officier de marine.Il prépare l’École navale française, quand un décret en interdit l’accès aux étrangers.La photo lui paraît alors offrir l’existence indépendante et mobile qu’il souhaitait «Je n'aimais pas l’autorité.J'étais déjà embringué dans des mouvements tiers-mondistes, contre la guerre d’Algérie, etc.Un ami sartrien éminent, Michel Contât, m’avait fait lire ce que Sartre avait écrit de son séjour avec Simone de Beauvoir à Cuba, une série d’articles enthousiastes intitulée Ouragan sur le sucre.On sentait la menace américaine, les bombes, les vedettes, un péril réel.Cuba jouissait encore d’un prestige énorme.On ne parlait pas trop des camps de prisonniers ni des homosexuels.Je me suis dit que si des gens aussi brillants que Sartre ou Debray avaient été séduits, il n’y avait pas de honte à l’être à mon tour» En 1961, Luc Chessex s’est embarqué à Gênes pour Cuba, «avec Vidée défaire un grand reportage photographique.Le voyage m 'a fait oublier mes rêves de marin.En arrivant, on m’a demandé d’acheter «Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de prendre Fidel ou le Che en eux-mêmes, mais plutôt leur reflet répandu dans le pays» SOURCE TÉLÉ-QUÉBEC un billet de retour, très cher, qui a soldé mes économies.J’ai fait quelques jobs comme photographe de plateau et connu l’écrivain Alejo Carpentier, à l’époque ministre de la Culture.De père français, de mère russe, né à La Havane, il parlait le français, adorait le vin et la cuisine.Il a lancé un magazine, Peuple et Culture, et m’a nommé photographe.» En 1975, Luc Chessex doit quitter Cuba.«Je n’étais plus persona grata.J’étais tiers-mondiste, pas communiste.Les appara tchiks ont pris le pouvoir et je n’étais plus le bienvenu d Cuba.On avait jugé bon, au début, d’avoir des gauchistes européens, et puis c’était fini.Ça a été comme une rupture amoureuse.A posteriori, je ne regrette rien, ceux qui sont restés ne sont pas enviables.Cuba a été obligé d’investir dans le tourisme.Le sucre et l'industrie n’ont Pas suivi, à cause du climat, du tempérament cubain, de la sensualité, etc.La vague de répression récente contre les intellectuels témoigne que Castro n’a plus sa vivacité d’avant.» Rentré en Suisse, il collabore à divers journaux et sillonne le monde pour la Croix-Rouge, de l’Australie au Burkina Faso, du Japon au Mali, pendant 25 ans, ex- pose, publie des livres aux titres éloquents: Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui (citation du Traité de savoir-vivre, de Raoul Vaneigem) ou, récemment The Greatest Risk in Life is to Risk Nothing (Le plus grand risque dans la vie est de ne rien risquer).H enseigne la photo dans plusieurs ateliers, à Zurich, à Ve-vey, à Bamako (Mali).«Lagrande époque du photojournalisme est loin derrière nous.Lorsque Cartier-Bresson et les gens de Magnum ont traité Cuba, la tâche était très dure, il fallait boucler un sujet à toute allure.Photographe de presse, c’est de l’abattage.Et, à 67 ans, je ne suis sans doute plus d’attaque pour la Sierra Leone ou leUberia.» À propos, ces clichés de Guevara, les seuls que celui-ci ait sollicités et agréés, peut-on les voir?Luc Chessex marmonne, élude: oui, pourquoi pas, enfin non, fl ne les a pas id, ils sont en lieu sûr, d’ailleurs fl ne doit pas.Et même, il ne veut pas du tout Courtois et inflexible.D a donné sa parole à Guevara — ce Che distant, peu aimable, idolâtré comme une rock star par la chance et le talent d’autres confrères — et la respecte au-delà de la mort Tant las pour la gloire, c’est une affaire de morale, et l’ego n’est pas son fort Une photo singulière du Che par Chessex rivalise pourtant avec les cinq ou six phis fameuses.On y voit des gamins boliviens de Valle-grande, après la mort de Guevara, jouer en cachette avec une feuille de papier découpé représentant les traits du guérillero martyr.Le soleil, en traversant les trous de la feuille, dessine sur le trottoir son visage en ombre chinoise.Un jeu de gosses, un tour de magie vite escamoté.Ét déjà comme une réponse au célébrissime instantané d’Alberto Korda: l’archange au béret n’y est pas livré frontalement à l’admiration, mais de manière indirecte, projeté sur la poussière du sol.Entre le portrait du héros illuminé, presque religieux, de Korda et l’ombre fugitive captée par Chessex s’étend la zone imaginaire et politique d’une projection, en effet d’un fantasme que l’histoire n’a pas fini de creuser.«Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de prendre Fidel ou le Che en eux-mêmes, mais plutôt leur reflet répandu dans le pays.Pourquoi donc suis-je allé à Cuba?Peut-être à cause de mon père qui fumait le cigare Enfant, les boites me faisaient rêver.» Cinéma québécois Une année faste JOCELYNE RICHER PRESSE CANADIENNE Québec — On peut difficilement imaginer une année plus faste pour le cinéma québécois que celle qui s’achève, à telle enseigne qui s’agit certainement du fait majeur du Québec culturel en 2003.Augmentation des budgets gouvernementaux, production imposante et diversifiée, nouvelle cuvée de réalisateurs prometteurs, frè quentation en salles record, critique élogieuse, participation à de nombreux festivals internationaux, prix prestigieux à la pelle, avec, en prime, la rumeur d’une nomination aux prochains Oscars.on dirait bien que tout se met en place pour célébrer la naissance — certains diront «enfin!», après des décennies de tâtonnements — d’un véritable cinéma national On n’en est plus à se demanda si on aime ou pas le cinéma fabriqué au Québec Sa qualité n’est phis à démontrer—il serait trop long de faire la liste des prix reçus cette année de par le monde — et le public est au rendez-vous.Elle est donc bien révolue l’époque où dnéma québécois rimait avec «succès confidentiel» et échec financier.Cette année, plusieurs films ont fait sonner le tiroir-caisse, en se remplissant de millions de dollars de recettes, dont Séraphin: Un homme et son péché (huit millions de dollars), de Charles Binamé, La Grande séduction (sept millions), de Jean-François Pouliot, et Les Invasions barbares (six millions), de Denys Arcand, véritable locomotive du film québécois en 2003.Phénomène nouveau: malgré toute sa notoriété, le film d’Arcand n’a pas pour autant éclipsé d’autres œuvres.Au Québec, l’embarras du choix a remplacé «le» succès de l’année.Québec-Montréal, Mambo Italiano, Nez rouge, La Face cachée de la lune, Gaz Bar Blues, Sur le seuil sont autant de films qui ont contribué à forger le nouveau visage — de plus en plus complexe — du cinéma québécois.La cuvée 2004 devrait aussi réserver de belles surprises.Parmi les tournages en cours ou annoncés, notons le premier long métrage de Guy A.Lepage, Camping sauvage, Monica la mitraille et un remake d’Aurore l’enfant martyre.
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