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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Le devoir, 2008-01-30, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL I NATIONAL I CULTURE Une charte des droits en Australie Du nouveau en région : Entrevue avec Catherine Hébert, Le pari d’Evo Morales Internet à haute vitesse documentariste alternatives LE JOURNAL VOl.14 NO.5/FÉVRIER 2008 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA Pakistan : Armée Inc.Libération de Mehrnoushe Solouki Les mots plus forts que le silence PHOTO ' WWW ISPR.GOV.PK L’assassinat le 27 décembre de Benazir Bhutto, ancienne première ministre du Pakistan et leader de l’opposition dans ce pays, a provoqué une onde de choc dans le monde entier.Son parti, le Parti du peuple pakistanais (PPP), ainsi que la majorité de la population ont blâmé le président Pervez Mucharraf pour ce meurtre, tandis que le gouvernement pakistanais et ses alliés ont montré du doigt les islamistes.Le président américain George Bush a aussi réagi en s’en prenant aux activistes islamistes.FEROZ MEHDI Que des émules d'Al-Qaeda ou des talibans soient derrière la mort de Benazir Bhutto ferait bien l’affaire de Washington, qui cherche par tous les moyens à justifier sa croisade, « la guerre contre le terrorisme ».Cette vi- sion est relayée par les grands médias occidentaux, comme The Economist qui décrit le Pakistan comme « le pays le plus dangereux au monde ».Les islamistes sont présentés comme un monstre homogène, prêt à prendre le contrôle d’un État chaotique sur le bord de l’éclatement, et qui en plus possède l’arme nucléaire.Mais cette logique ne tient pas compte d'une réalité indéniable : au Pakistan, ce ne sont pas les islamistes qui choisissent les dirigeants de l’armée; ce sont plutôt les généraux qui déterminent la marge de manoeuvre dont jouissent les islamistes.L’insécurité, la mère de l’armée pakistanaise « Chaque pays a une armée, mais au Pakistan l’armée a un pays.» Ce dicton populaire pakistanais exprime bien l’influence inégalée dont jouit l’armée dans ce pays.Comme le souligne le président de la Commission des droits de la personne du Pakistan, LA.Rehman : « Le Pakistan a vu le jour en 1947 dans des circonstances qui ont forcé les pères fondateurs à se préoccuper grandement de la sécurité du pays.Cet État n’avait jamais existé de manière autonome dans le passé, les relations étaient tendues avec son grand voisin indien, qui lui était hostile, et sa viabilité était loin d’être assurée.» Par crainte de l’Inde, les premiers dirigeants du Pakistan ont eu comme priorité de créer une puissante armée.Plus de la moitié du budget a été allouée à l’armée, des sommes qui ont même atteint les trois-quarts du budget durant les premières années d’existence du pays.Cette obsession pour la sécurité a favorisé la concentration et la centralisation du pouvoir entre les mains de l’armée, au détriment des partis politiques.Armée Inc.Depuis sa création en 1947, le Pakistan a été sous contrôle direct de l’armée durant plus de la moitié de son existence.Le reste du temps, le pays a été gouverné par des civils élus.Cette alternance entre le pouvoir civil et militaire prend la forme de cycles d’environ 10 ans.Mais en réalité, il s’agit d’une illusion, car le Pakistan n’a jamais vraiment goûté à la démocratie.Les longues périodes de régime militaire ont permis à l’armée d'étendre ses tentacules.Elle contrôle par exemple de grands pans de l’économie.L’armée possède des entreprises de construction, des cimenteries en passant par des usines de céréales.Dans son livre sur l’armée pakistanaise publié en 2007, Ayesha Siddiqa, une ancienne chercheuse de la marine, VOIR PAGE 2 ; PAKISTAN Mehrnoushe Solouki, une franco-iranienne qui fait un doctorat en cinéma à l’UQAM, a quitté l’Iran le 18 janvier, après des complications judiciaires ayant duré près d’un an.Celle qui vit depuis quelques années à Montréal peut enfin parler ouvertement et révéler l’extraordinaire impact que le soutien médiatique et civil a eu sur sa cause.DENIS McCREADY Arrêtée le 19 février 2007 à Téhéran par cinq hommes armés, Mehrnoushe Solouki est emprisonnée pendant un mois dans des conditions pénibles à la suite d’un tournage dans un cimetière, où des opposants au régime des mollahs sont enterrés.Elle est détenue à l'infâme prison d’Evin, la même prison où Zahra Kazemi a été battue à mort.Elle est confinée à l’isolement dans une cellule sans meuble ni fenêtre.Les lumières au plafond restent allumées jour et nuit.Elle sait qu’elle n’est pas la seule prisonnière, puisqu’elle entend dans des pièces voisines le bruit des coups administrés à d’autres femmes et leurs gémissements de souffrance.Mehrnoushe passe un mois dans cette prison «À ma sortie, j'étais déprimée, je n’avais pas envie de parler face à face à personne, je me sentais abandonnée.J’avais l’impression d'avoir perdu quelque chose, j’avais aussi perdu mon film », dit-elle lors d’une entrevue accordée à son retour en France.Au moment de la relâcher sous caution, les autorités lui intiment l’ordre de garder le silence sur sa situation, prétextant que tout se réglera rapidement.À ce moment, seuls les gouvernements français et canadien sont au courant, et Reporter sans frontières (RSF) observe la situation.Sortie publique Après quelques semaines intenables chez ses parents, Mehrnoushe Solouki brise le silence - discrètement.Par le courriel d’une amie de Téhéran, elle fait circuler à quelques proches et professeurs une lettre pour les informer de sa situation, au cas où cela tournerait mal.Des amis à Montréal préviennent aussitôt les médias et des organismes de droits de la personne.RSF émet un communiqué le 23 mai et les journaux canadiens publient des articles sur elle.Un site Internet pour faire connaître sa cause est créé, de même qu’est lancée une pétition électronique demandant que Mehrnoushe puisse quitter l’Iran.Rapidement, la plupart des médias canadiens et français emboîtent le pas.Mehrnoushe en ressent l’impact immédiat à Téhéran : « Je ne me sentais plus seule, je savais qu’on partageait ma souffrance.» Cet appui de l’étranger lui a servi de béquille psychologique tout au long de cette épreuve.La stratégie des autorités iraniennes de la laisser dans le flou concernant de possibles accusations était particulièrement lourde à porter.Les services de renseignement iraniens réagissent en lui signifiant par téléphone qu’ils n’apprécient pas le tapage médiatique de ses amis du Canada.Mehrnoushe soupçonne que ses communications sont sous écoute (elle en aura la preuve plus tard lorsque le juge fera référence à une conversation téléphonique qu’elle a eue avec ses parents).Le 29 juillet, elle est blessée par un motocycliste dans des circonstances suspectes.Elle subit une blessure au visage pour laquelle quatre opérations seront nécessaires.Après plusieurs semaines de convalescence, malgré la peur, malgré l’interdit, Mehrnoushe accepte de parler ouvertement aux médias.Début septembre, une autre vague d’articles ravive l’attention des médias.« Voice of America diffusait constamment en Iran des reportages sur la couverture médiatique du Canada », précise-t-elle.La pétition reçoit de plus en plus de signatures.Soudainement, les autorités VOIR PAGE 2 ; SOLOUKI Le recrutement : le nerf de la guerre IIHMMI.T”"* ràf PHOTO CENTRE DE RESSOURCES SUR LA NON-VIOLENCE j Manifestation i l'UQAM le 24 janvier enrôlez-vous Le rapport Manley, commandé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, recommande que les troupes canadiennes basées en Afghanistan poursuivent leur mission de combat dans la région de Kandahar au-delà de la fin de son mandat, prévue en février 2009.Quelle que soit la décision du présent ou futur gouvernement fédéral, l’armée canadienne va poursuivre un autre combat, ici au pays, celui du recrutement.GABRIÈLE BRIGGS Le 24 janvier des recruteurs des Forces armées canadiennes ont installé un kiosque en début d’avant-midi à la station de métro Berri-UQAM.Des étudiants ont alors remarqué leur présence.Quelques heures plus tard, une cinquantaine d’étudiants étaient mobilisés pour encercler les recruteurs, crier des slogans anti-guerre et faire un peu de théâtre avec un die-in.L’armée entend tourefois poursuivre sa tournée des cégeps même si elle est contrainte d’abandonner sa sollicitation dans 25 établissements postsecondai- res québécois.Les associations étudiantes des cégeps et des universités sont en effet nombreuses à s’opposer à la présence de l’armée dans les écoles.Les lieux d’enseignement doivent, selon elles, être des espaces libres de toute militarisation.Des kiosques des Forces canadiennes ont été perturbés dans plusieurs cégeps ainsi qu’à l’Université du Québec à Chicoutimi.Les moyens de pression sont pacifiques, mais n’en frappent pas moins l’imagination.Au Cégep de Sainte-Foy, un groupe d’étudiants a frappé fort en recourant au die-in, une manifestation théâtrale dans laquelle les gens se couchent sur le sol pour symboliser la mort des soldats et des civils.Luc Massicote, permanent de l’Association générale des étudiants du Cégep de Sainte-Foy, relate : «Le groupe était déguisé en Afghans et en militaires, leurs costumes étaient ensanglantés.Ils se sont couchés devant le kiosque.Il y avait des étudiants qui donnaient de l'information contre le recrutement militaire.» Les Forces canadiennes poursuivent malgré tout leur campagne dans les cégeps.«Il nous reste huit écoles à visiter, dont quatre cégeps », indique le Major Guy Faquin, commandant du Centre de recrutement de la région de Montréal.Mais les collèges dont les associations étudiantes s’opposent à la présence de l’armée respectent pour la plupart leur position et n’acceptent plus la présence des Forces canadiennes.Dans d’autres cas, dont le Cégep de Sainte-Foy, l’administration balise la promotion faite par les Forces en leurs interdisant d’exposer leurs armes ou du matériel vidéo montrant des scènes de guerre.La position des associations étudiantes, votée en assemblée, est encouragée par le Centre de ressources sur la non-vio- lence qui milite contre la présence des Forces armées dans les écoles.Avec la campagne pancanadienne Opération objection, le Centre tente «d’informer la population étudiante sur l'envers de la médaille de la carrière militaire ».Alexandre Vidal, responsable du volet québécois de la campagne, soutient que l’armée canadienne n’informe pas adéquatement les étudiants sur les risques encourus.«Ilj'aut prendre conscience de l’état dans lequel reviennent nos soldats, on parle ici de détresse psychologique, de handicaps, de morts.» Ainsi, depuis le début de l’implication militaire canadienne en Afghanistan, 78 soldats canadiens ont perdu la vie, dont 30 VOIR PAGE 5 : RECRUTEMENT 2 JOURNAL ALTERNATIVES 0 FÉVRIER 2008 International BOLIVIE, DEUX ANS PLUS TARD La valse d’Evo Morales et de ses opposants PHOTO WWW BOLIVIA INDYMEDIA ORG « Je dirigerai la Bolivie en obéissant au peuple! », affirmait il y a deux ans Evo Morales, fier et ému lors de son discours d’assermentation comme président de la Bolivie.C’est avec 53,7 % des voix, un pourcentage inattendu et un taux de participation inégalé, que le premier président autochtone de l’histoire des Amériques prenait les rennes de son pays en 2006.Son parti, le MAS (Movimiento al Socialisme, le Mouvement vers le socialisme), créé par des mouvements sociaux et des syndicats avait comme objectif la refondation de la Bolivie.Deux ans plus tard, le pays est divisé.Quand l’Église tuait en Argentine CATHERINE BINETTE En décembre, le président Morales respectait sa principale promesse électorale avec la présentation d’une nouvelle constitution, qui doit être adoptée ce printemps par référendum.Si elle est approuvée, cette constitution devrait permettre à son gouvernement de mettre en œuvre des réformes politiques, économiques et sociales pour assurer les droits fondamentaux aux peuples indigènes, marginalisés depuis plus de 500 ans.Mais les partis d'opposition la dénoncent et l’instabilité politique persiste.Un dialogue difficile Le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution fut le théâtre d’affrontements violents entre les opposants de Morales et ceux qui défendent le projet de refondation de la Bolivie.Comme l’a expliqué le vice-président de la Bolivie, Alvaro Garcia Linera, tant que l’antagonisme entre les deux blocs ne se résout pas, il impossible de construire un leadership politique à l’échelle nationale.Afin de tenter de surmonter cette crise qui mine présentement le pays, le gouvernement du MAS entame sa troisième année au pouvoir par un dialogue avec ses opposants.Après avoir tenté de faire dérailler l'assemblée constituante chargée d’écrire la nouvelle constitution, les partis d’opposition, le parti Podemos en tête, suivi de l'Unité nationale et du Mouvement nationaliste révolutionnaire, réclament maintenant que la constitution soit révisée.Ils accusent Evo Morales de vouloir concentrer le pouvoir par des politiques centralistes grâce à une constitution qu’ils jugent illégitime.Basée dans la région de la Media Luna (qui comprend les départements de Santa Cruz, Tarija, Béni et Pando), là où se trouvent les principales ressources naturelles du pays, l’opposition dénonce surtout l’imposition de redevances pétrolières par l’État central, qu’Evo Morales entend redistribuer par le biais de programmes sociaux.Or, les dirigeants des départements de la Media Luna interprètent cette mesure comme étant totalitaire, puisque, selon eux, elle sous-entend la confiscation de la gestion de leurs ressources naturelles.Ils rejettent donc le projet de nouvelle constitution et continuent de faire pression sur le président pour ne pas perdre leurs privilèges.Ces partis de droite, conservateurs, résistent aux transformations proposées par le gouvernement, et certains menacent même de se séparer s’ils n’obtiennent pas gain de cause.Evo Morales tente donc d’atténuer la grogne de ses opposants et de faire avancer sa constitution en ouvrant une valse de négociations.11 a d’abord invité les préfets de tous les départements à revoir ce document et à fournir leurs commentaires.Le président bolivien est également disposé à tenir un référendum révoca-toire si jamais le dialogue échouait.Par cette stratégie, il espère aussi faire taire les accusations de totalitarisme qui s’acharnent contre lui, en démontrant qu’il est démocrate et ouvert au dialogue.Pourtant, le fossé politique dans lequel la Bolivie est plongée semble insurmontable! À quoi bon danser avec ses opposants si c’est pour se marcher sur les pieds?Le pari du président Evo Morales mise gros en ouvrant une ronde de négociations avec une opposition féroce qui ne laisse entrevoir aucun compromis à l’horizon.Le MAS au pouvoir saura-t-il maintenir ses promesses et devenir l’instrument politique de libération des peuples opprimés?Avec deux référendums prévus cette année, l’un pour l’adoption ou le rejet de la nouvelle constitution, et l’autre pour la continuité ou la révocation de la présidence même d’Evo Morales, on peut s’attendre à ce que le climat politique en Bolivie demeure tendu.Critiquée pour sa proximité avec les têtes dirigeantes de la dictature, l’Église catholique argentine n’a jamais fait son mea culpa.Mais les demandes d’excuses se font de plus en plus insistantes.Surtout depuis que l’un de ses prêtres a été reconnu coupable de crimes commis pendant les années de plomb.JEAN-PIERRE BASTIEN Il prodiguait les derniers sacrements aux victimes de la répression violente d’une main.Et de l’autre, il bénissait la torture et les assassinats.La grâce de Dieu n’a toutefois pas suffi pour absoudre les crimes du curé argentin Christian Von Wernich.L’ex-aumônier de la police de Buenos Aires a été condamné en octobre à passer le reste de ses jours en prison pour sa participation aux enlèvements et aux meurtres commis par la junte militaire lors de la dernière dictature argentine (1976-1983).Loin de calmer les esprits, ce verdict a relancé les discussions sur le rôle qu’a joué l’Église catholique lors de la dictature militaire qui a fait quelque 30 000 morts et disparus, selon les organismes de défense des droits humains.Les autorités ecclésiastiques ont exprimé par voie de communiqué « la douleur qu’a causée la participation d'un prêtre à des crimes graves ».Le texte, signé par le président de la Confédération épiscopale argentine, le cardinal Jorge Bergoglio, affirmait que le curé fautif « avait agi selon sa volonté personnelle, en contravention avec la volonté de Dieu et de l’humanité ».Une brebis égarée, en quelque sorte.Pourtant, selon le prix Nobel de la Paix argentin, Adolfo Pérez Esquivel, la majorité des dirigeants religieux de l’époque de la dictature ont sanctionné la répression violente.Lors de son témoignage pendant le procès de Christian Von Wernich, Adolfo Pérez Esquivel a soutenu que « le cas Von Wernich n'était pas isolé, car des conceptions idéologiques ' et des intérêts communs ont malheureuse- , ment conduit certains secteurs de l’Église r à se compromettre dans la dictature et la répression ».Contrairement aux prêtres du Chili, du • Brésil et de l’Uruguay, qui ont souvent.dénoncé les violations de droits hu- “ mains commises sous les régimes militaires qui sévissaient dans les années 1970, l’Église catholique argentine a été «complice de la répression», soutient Horacio Verbitsky, journaliste, écrivain et président du Centre d’études légales et sociales de l’Argentine (CELS), un organisme de défense des droits humains.Selon lui, « l'Église catholique et l’armée, avec leurs discours d’ordre et de hiérarchie, ont formé les deux piliers de ‘ la société argentine que personne ne pou- -vait remettre en question ».L’Argentine .a raté son rendez-vous avec la laïci- ~ sation au début du vingtième siècle, estime Horacio Verbitsky.Alors que ' tous les pays voisins ont préféré séparer la religion de l’État, l'article 2 de la Constitution argentine stipule encore aujourd’hui que « le gouvernement fédéral soutient le culte catholique apostolique romain ».Pour leur part, les mères de la Place de Mai ne jettent pas l’éponge.Ces dames, facilement reconnaissables au foulard blanc qu’elles portent sur la tête, se réunissent chaque jeudi en face du palais présidentiel à Buenos Aires depuis 1977.Elles réclament leurs enfants ‘ perdus aux mains de la répression et ' exigent le mea culpa du clergé argentin.« L’Église a non seulement été complice, mais elle a aussi participé à la dictature.Elle a béni les assassins, alors que les prê- _ très se rendaient dans les camps de concentration pour rassurer les tortionnaires en leur disant que ces actes de torture n’étaient pas un péché.Les religieux refusaient la messe à nos enfants en disant qu’ils étaient des terroristes », martèle la ¦ secrétaire de l’organisme, Evel Petrini.Cette mère de la Place de Mai raconte • ensuite comment les prêtres de la ca- • thédrale située juste en face leur ont -fermé les portes au nez alors qu’elles étaient pourchassées par des policiers à cheval pendant les années de plomb du régime militaire.L’auteur est journaliste indépendant.SOLOUKI SUITE DE LA UNE Mehrnoushe Solouki fait un doctorat en cinéma à l'UQAM.: Ir* • m PAKISTAN SUITE DE LA UNE estime que les avoirs de l’armée s’élevaient à 20 milliards de dollars, soit quatre fois le total des investissements étrangers au Pakistan en 2006.Elle soutient que plus de 10 % des terres publiques appartiennent à Tarmée.Son livre, Military Inc : Inside Pakistan's Military Economy, est interdit dans son pays d’origine.Les islamistes et l’armée Les islamistes n’ont jamais été populaires au Pakistan.Leurs performances électorales sont médiocres avec seulement quelques pour cent des votes.De plus, leur place, comme celle des démocrates, est déterminée par l’armée.C’est la dictature du général Mohammed Zia-ul-Haq (1977-1988) qui a favorisé l’islamisation du Pakistan en imposant par exemple des taxes d’origine religieuse et l’appel à la prière télévisée.Le général Zia-ul-Haq, avec l’appui des États-Unis, a soutenu les jihadistes contre l’occupation soviétique en Afghanistan.Et aujourd’hui, c’est le général Pervez Mucharraf qui combat les islamistes avec, encore une fois, le soutien des Américains.Le fil continu de l’histoire pakistanaise, c’est donc l’omniprésence de l’armée pakistanaise et l'appui indéfectible que lui portent les Etats-Unis.Par conséquent, ce sont les militaires, et non les islamistes, qui menacent le Pakistan et qui empêchent l’émergence d’une véritable démocratie.Le leg de Benazir Bhutto Benazir Bhutto, leader du parti le plus populaire pour le moment au Pakistan, se dirigeait vers une victoire importante avant d’être assassinée le 27 décembre.Les commanditaires de cet homicide demeurent inconnus, mais madame Bhutto a été présentée par une bonne partie de la presse occidentale (surtout aux iftats-Unis) comme « une martyre pour la liberté et la démocratie ».Malgré ses prises de position libérales, l'ex-première ministre du Pakistan (1988-90, 1993-96) a une feuille de route peu reluisante en matière de démocratie.Durant ses années au pouvoir, Amnistie internationale a accusé son gouvernement d'être l’un des pires au monde en termes de torture et de morts en incarcération.Au sein de son propre parti, le PPP, Benazir Bhutto s’était autodéclarée présidente à vie.Et c’est sous ses ordres que les services secrets pakistanais ont aidé les talibans à prendre racine et ont entraîné des combattants islamistes pour qu’ils fassent le sale travail en Inde et en Afghanistan.Benazir Bhutto faisait aussi partie de cette élite agraire qui contrôle le Pakistan avec l’armée.Sa famille possède d’énormes superficies de terres dans la province de Sindh.La démocratie n’a jamais pu s’implanter au Pakistan, en partie parce qu’une des seules façons d’émerger sur la scène politique est d’appartenir à cette classe de propriétaires terriens.Les classes moyennes éduquées, qui ont réussi en Inde à s’imposer, sont encore largement mises à l’écart au Pakistan.Malgré les alternances entre régime militaire et civil, une constante demeure au Pakistan : les barons qui contrôlent l’armée, l’industrie et les régions rurales se serrent les coudes pour défendre leurs privilèges.Dans ce contexte, l’alliance entre le président Pervez Mucharraf et Benazir Bhutto pour empêcher l’autre principale figure de l’opposition, Nawaz Sharif, de se présenter aux élections est typique de la manière dont l’armée et les politiciens ont réussi à partager le pouvoir sans se soucier de l’électorat.Vers la démocratie ou la dictature?Les manifestations en faveur de la démocratie de l’automne représentent un phénomène nouveau, et de bon augure pour le Pakistan.Pour la première fois, le peuple a refusé de plier l'échine durant l’état d'urgence imposé par le président Mucharraf.Les citoyens ont plutôt investi les rues en plus grand nombre pour le défier, malgré les répressions policières.Mais avec la mort de Benazir Bhutto, avec l’expérience des années au pouvoir de Mucharraf, et aussi de ses prédécesseurs militaires (Ayub Khan, Zia-ul-Haq), les Pakistanais se rendent compte que l'armée ne fait pas partie de la solution, mais plutôt du problème.Les forces démocratiques de gauche et de droite sont maintenant unanimes pour rejeter les militaires.La joute électorale (que les élections aient lieu ou non comme prévu le 18 février) en est désormais une entre la démocratie et la dictature.Et dans ce combat, les reculs de l'armée représenteront des victoires pour le peuple du Pakistan.PHOTO FREESaOUKI ORG iraniennes découvrent qu’elles sont en train de créer une tempête médiatique.On annonce ensuite son procès à huis clos pour « tentative de propagande »; les médias continuent la couverture.« Quand la mobilisation canadienne et française a augmenté, l'attention médiatique était tellement forte qu’ils se sont rendu compte qu'ils avaient créé une situation compliquée, alors que c'était un dossier simple », mentionne Mme Solouki.Tous les articles publiés, ainsi que le site freesolouki.org sont traduits en perse par les services de renseignement iraniens.Alors que son procès approche, le journal en ligne RueSq, qui couvre la situation depuis plusieurs mois, offre une tribune et Mehrnoushe publie une lettre ouverte aux autorités iraniennes.« Le juge a pu lire que j'en avais marre d'être interdite de sortie, et il a compris qu'il fallait me laisser quitter le pays rapidement », dit cette Montréalaise d'adoption.qui se sentait soutenue par l’attention des médias et par les centaines de signatures de la pétition.Malgré l’assurance du juge qui lui confie qu’elle pourra éventuellement quit- ter l’Iran, Mehrnoushe s’attend au pire d’une administration qui a un historique accablant en matière de violation des droits de la personne.Alors que les médias l’ont sortie de l’oubli, elle sait que des centaines de femmes sont détenues à la section 209 de la prison d’Evin, certaines pour avoir tout simplement manifesté dans la rue pour l’égalité entre les hommes et les femmes.Au procès, le juge demande à Mehrnoushe Solouki de répondre à plusieurs allégations, mais elle invalide chacune des théories avancées.Elle constate que le juge n’est pas combatif, et qu’il ne persiste pas.À chacune de ses réponses, il prend des notes et passe à la prochaine question.À la fin du procès, il lui confie qu’il sait qu’elle n’est pas une activiste politique.Le procès est ajourné.Le lendemain, le stress et l’angoisse provoquent une poussée de fièvre et sa blessure au visage se met à enfler.Des antibiotiques puissants seront nécessaires pour la soigner.Constatant que son procès s'est bien déroulé, et que la pression médiatique a un impact important, elle se sent soudainement plus calme : « Deux semaines après le procès, j’allais mieux.J'avais recommencé à bien manger, à bien dormir.Je croyais que la situation allait ¦ finalement se débloquer.Mon avocat en -était convaincu.» Le 13 janvier, la suite du procès a lieu; le juge ne pose qu'une question et le pro- -cès est terminé en 30 minutes.Sans être acquittée formellement, Mehrnoushe voit son dossier simplement suspendu.Le juge lui annonce alors qu’il lèvera l’interdiction de sortie le lendemain, et qu’il annulera la caution sur la maison de ses parents.Cette expérience l’a politisée.Mehrnoushe Solouki espère maintenant donner une voix aux prisonnières politiques d'Iran qui n’ont pas la chance d’être soutenues par un mouvement citoyen et médiatique.Elle a encore en tête les cris de prisonnières battues dans d’autres cellules.Elle veut que ces brutalités J cessent.Comme son cas le démontre, elle aimerait que les mots soient parfois plus forts que le silence.>• L auteur est administrateur du site freesolouki.org Malgré les alternances entre régime militaire et civil, une constante demeure au Pakistan : les barons qui contrôlent l’armée, l’industrie et les régions rurales se serrent les coudes pour défendre leurs • privilèges. International JOURNAL ALTERNATIVES • FÉVRIER 2008 3 Une première charte des droits entre en vigueur en Australie Victonal .EQUALITY DIGNITY WHAT T* CHARTER MEANS TOR YOU thtsiu ef HUMAN RIGHTS AND RESPONSIBILITIES A Victorian Government initiative >'i- L’Australie, un pays qui se targue d’offrir des chances égales à ses citoyens, traîne de la patte en ce qui concerne la reconnaissance et la protection des droits.Ce pays est l’un des seuls à ne pas posséder de charte des droits parmi ceux dont le système juridique est basé sur le common-law, tel le Canada.Comme ce fut le cas au Canada, ce n’est pas le gouvernement fédéral qui a pris l’initiative, mais un « État », l’équivalent australien d’une province.AMY CARMICHAEL L'État de Victoria, dont la capitale est Melbourne, dans le sud-est du pays, est le premier en Australie à se doter d’une charte des droits avec l’entrée en vigueur du texte le premier janvier.Cet exemple, qui a suscité de vastes débats, devrait inspirer le reste du pays.Plusieurs autres États australiens ont entamé des consultations publiques, afin d’étudier la possibilité de renforcer les lois pour mieux protéger les droits de la personne.Le nouveau gouvernement fédéral dirigé par les travaillistes a d’ailleurs soutenu que des consultations auraient lieu pour l’établissement d’une charte nationale.Les divers gouvernements en Australie (fédéral, États, territoires) attendent de voir si les prédictions de ceux qui ont critiqué la création d’une charte dans l’État de Victoria vont se matérialiser.Ces pessimistes soutiennent qu’elle va engendrer une foule de poursuites qui vont congestionner le système judiciaire, et que les criminels vont s’en servir à leur profit.Ce document promulgué par l’État de Victoria reconnaît pour la première fois des droits fondamentaux comme la liberté d’expression, le droit d’asso- ciation, la protection contre des traitements inhumains ou dégradants, la protection des familles et des enfants, et le droit à l’engagement public.Les 20 droits reconnus dans la Charte ont été choisis après une vaste consultation publique dans l’État de Victoria.Le gouvernement a par la suite retenu les droits qui faisaient l’unanimité pour les inclure dans un texte de loi.Une charte qui manque de dents Les citoyens de l’État ont toutefois rejeté une approche comme celle de la Déclaration des droits des États-Unis.Selon eux, la formule américaine, qui a préséance sur toutes les autres lois et qui est interprétée par les tribunaux, n’est pas souhaitable, car elle favorise les poursuites.La Charte de Victoria est aussi assez différente de la Charte canadienne des droits et libertés adoptée en 1982.Elle a plutôt comme modèle la Loi sur les droits de la personne du Royaume-Uni, qui est en fait une loi comme les autres.Dans l’État de Victoria, les tribunaux ne peuvent se pencher sur de présumés abus des droits que si cette cause est liée à une autre poursuite, par exemple pour négligence criminelle ou voie de fait.Ceci limite donc grandement les possibilités de faire respecter ses droits.Les plaignants ne peuvent d’ailleurs recevoir de compensations.La Charte n’offre donc qu’un droit de contester, d’être entendu et d’obtenir une décision, et ce, publiquement.Si un tribunal considère qu’une politique ou une loi viole la Charte, il n’a pas le pouvoir d’y passer outre ou de l’abolir.La cour peut seulement la déclarer comme incompatible avec la Charte.Le ministre de la Justice de l’État de Victoria a alors six mois pour réagir.11 peut apporter les changements qui lui semblent nécessaires, ou tout simplement ne pas modifier la loi qui fait défaut.Si le gouvernement décide de contrevenir à la Charte pour des questions de sécurité publique ou de bien commun, il doit justifier ce choix, sans plus.Le modèle adopté par l’État de Victoria en est donc un visant la « prévention », qui incite le gouvernement à être vigilant et transparent.La Charte va guider les autorités à tenir compte des droits de la personne lors de l’élaboration de lois et lors de la prestation de services.Une démarche civique Un des principaux buts de la Charte est d’amener les citoyens de l’État de Victoria à se préoccuper des droits de la personne, afin de construire une culture du respect.Les écoliers vont étudier la Charte en classe et déjà des milliers de fonctionnaires ont suivi des formations pour mieux comprendre les conséquences de cette nouvelle loi.La Commission pour l’égalité des chances et les droits de la personne a lancé des initiatives pour éduquer le public.De son côté, le gouvernement de l’État a recours à des personnalités, dont le commissaire en chef de la police de la région, un comédien, des leaders aborigènes et des politiciens de toutes allégeances pour promouvoir la Charte.Le message véhiculé par les tenants de la Charte se résume en quatre principes : liberté, respect, égalité et dignité.L’Australie a bien besoin d’une charte La société australienne est loin d’être exempte d’inégalité et de discrimination.En effet, la popularité de dépliants d’Ikea et des journaux à potins montre où se situent les priorités.Le matérialisme fait en sorte que la population est plus occupée à consommer qu’à s’intéresser aux tristes sorts des plus marginaux.Et les exemples sont nombreux au pays du koala.En voici deux.En juin, la Commission australienne pour l’égalité des chances et les droits de la personne a publié une étude concernant la discrimination envers les gais et lesbiennes.L’étude relatait l'histoire d’une lesbienne qui est morte seule dans un lit d’hôpital; sa conjointe a été forcée d’attendre dans le couloir parce qu’elle n’était pas membre de sa famille.À Melbourne en octobre, des tensions raciales ont éclaté après que John Howard, le premier ministre de l’époque, eut affirmé que les réfugiés soudanais ne s’intégraient pas correctement.Des jeunes d’origine soudanaise avaient alors été insultés et menacés d’être renvoyés du pays.Une charte pour l’ensemble du pays?L’Australie demeure un des seuls pays développés ne possédant pas une loi pour protéger les droits de la personne.L'entrée en vigueur le premier janvier de la Charte de l’État de Victoria a relancé le débat pour une initiative similaire au niveau national.Toutefois, dix jours plus tard, ce document engendrait une première controverse.Un trafiquant de drogue australien arrêté en Grèce invoquait la Charte pour empêcher son extradition vers l’Australie afin d’y être jugé.Il soutenait qu’il n’aurait pas droit à un procès juste et équitable s’il est jugé à Melbourne.La Charte stipule que la présomption d’innocence constitue un droit fondamental.Malgré cette controverse, les États de Tasmanie et celui de l’Australie occidentale préparent des chartes similaires.Et avec l’élection d’un gouvernement travailliste en novembre dernier au ni- Un dépliant concernant la Charte émis par le ministère de la justice de l’Êtat de Victoria.Il est destiné aux employés de la fonction publique.Ce document hit partie de la campagne de sensibilisation pour souligner l'entrée en vigueur de la Charte.veau fédéral, ce pays du Commonwealth pourrait enfin avoir une charte nationale dans quelques années.Le procureur général de l’Australie, Robert McClelland, s’est engagé lors de ses premiers jours en poste à mettre sur pied des consultations publiques sur une charte des droits nationale : « Je crois qu’il est bizarre que nous soyons un des seuls pays occidentaux à ne pas avoir de charte des droits.C'est mon opinion.Et nous vouions connaître l’opinion du public à ce sujet.» Des défis énormes pour les syndicats africains Une nouvelle organisation régionale africaine affiliée à la Confédération syndicale internationale (CSI) a vu le jour en novembre au Ghana.Cette structure, qui regroupe huit millions de travailleurs et de travailleuses dans 44 pays africains, a été mise en place sous l’impulsion de la refondation du mouvement syndical international.JACQUES LÉTOURNEAU À Tère de la mondialisation, l’union des forces laborieuses est importante.L’organisation syndicale panafricaine est le fruit de la création de la CSI en novembre 2006.La fondation de la nouvelle organisation syndicale régionale africaine représente une avancée certaine sur le plan de l’action syndicale.Cependant, on ne peut concevoir cette action au même titre que la pratique du syndicalisme dans une société industrielle.Aujourd’hui, par exemple, c’est près de 80 % de la population africaine qui œuvre dans le secteur de l’économie informelle.Selon le Bureau international dp travail, 90 % des nouveaux emplois créés depuis 1990 l’ont été dans ce secteur.Dans des pays comme le Bénin, le Mali ou le Togo, c’est plus de 30 % du PIB qui repose sur l’économie informelle.Des syndicalistes du Burkina Faso ont présenté leur projet au congrès de fondation de la Confédération syndicale.L’économie informelle est dans ce pays le troisième secteur d’activités économiques après l’agriculture et l’élevage.Lés syndicats ont mis en place des moyens concrets de représenter les travailleurs devant l’État afin, notamment, de faire respecter les normes du travail et de la sécurité sociale.Les quatre centrales syndicales du pays se sont alors associées pour dégager un réel rapport de force afin d’assurer la représentation des travailleurs par la création de coopératives et en mutualisant certaines protections sociales.Les trois âges du syndicalisme africain Le nouveau secrétaire général ghanéen de l’aile africaine de la CSI, Kwasi Adu-Amankwa, a témoigné du long et difficile chemin parcouru par le mouvement syndical africain.Les syndicats en Afrique se sont formés et développés dans le sillage du colonialisme et des crises politiques et humanitaires.Si on retrouve au début du 20e siècle des manifestations, des regroupements et de grèves pour lutter contre l’exploitation sauvage des travailleurs, il faut attendre les années 1940 pour voir apparaître des organisations syndicales calquées sur le modèle des métropoles.Britanniques, Français et Belges exportent alors non seulement leur culture syndicale mais aussi des législations du travail qui sont appliquées sans considérer les réalités locales.La décolonisation provoquera des bouleversements qui auront des conséquences sur les plans politique et syndical.Dans plusieurs pays, les dictatures et les régimes à parti unique embrigadent des organisations de la société civile, signifiant du même coup la fin du pluralisme syndical.À la fin des années 1970, le timide retour à la démocratie ramène à l’avant-scène la création de nouveaux syndicats, posant du même souffle des problèmes de cohésion et d’unité.Les années 1980 porteront un coup très dur à l’économie africaine provoquant une détérioration considé- rable des conditions de vie et de travail de la population.Quand le FMI et la Banque mondiale prennent les affaires en main Comme le rapporte le secrétaire général de la CSI, Guy Ryder, au milieu des années 1980 le continent africain sert de laboratoire pour les politiques de choc du FMI et de la Banque mondiale.Ce sont les travailleurs qui ont été les premières victimes des programmes d’ajustement structurel.Trente pays africains ont été mis littéralement sous pression afin de les forcer à rembourser leur dette au détriment notamment des services publics et de l’agriculture locale, obligeant même aujourd’hui certains pays à exporter des denrées alimentaires.Les syndicats africains n’ont pas été en mesure de stopper ces politiques concoctées entre leurs gouvernements nationaux corrompus et les « grandes » institutions internationales.Les mises à pied massives, les baisses considérables de salaire et l’appauvrissement généralisé des populations locales sont venus meubler le sinistre portrait d’une économie africaine construite en fonction presque exclusivement du commerce international.Le congrès de fondation de la Confédération syndicale fait donc de la lutte à la corruption une priorité d’action pour le développement de la démocratie.Les organisations syndicales des pays occidentaux sont appelées à faire pression auprès des gouvernements et des institutions internationales pour casser le cercle vicieux de la dépendance et de ses effets pervers sur la « bonne gouvernance ».Renforcer les syndicats, une priorité Enfin, le congrès a rappelé l’importance de renforcer le mouvement syndical africain.Dépendants pour une bonne part de l’aide internationale, les syndicats ont besoin de redéfinir les bases même de la solidarité et de la coopération avec les organisations des pays du Nord.La nouvelle Confédération syndicale internationale s’est donnée le mandat d’opérer un virage afin de bâtir des rapports Nord-Sud plus égalitaires.Espérons que le message a été entendu et que le mouvement syndical européen et nord-américain, omniprésent à ce congrès, saura prendre la juste mesure de ce nouvel esprit de la solidarité ! L’auteur est responsable des relations internationales à la CSN.Il était présent au congrès syndical africain.PHOTO WWW ANG10G0LG COM .AU IvSS •4 Plus de 300 travailleurs syndiqués de la mine d’or Morila au Mali luttent depuis 2005 pour recevoir les primes de rendement promises.Un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme publié en automne mentionne que « les politiques de responsabilité sociale des entreprises multinationales présentes au Mali sont souvent insuffisantes voire inadaptées, et les entreprises ne respectent pas toujours la législation nationale en matière de droit du travail.» Ces travailleurs ont été illégalement licenciés et leurs leaders syndicaux emprisonnés.Ils exigent les millions de dollars que leur doivent les exploitants de la mine (Somadex, filiale de l’entreprise française Bouygues) et les propriétaires (Anglogold, Randgold et le gouvernement malien).ü CUJiiJJjBJ' mmfïüè! Le service d'employabilité d’Alternatives peut vous proposer des candidats adaptés à vos exigences, pour une période allant jusqu'à six mois, avec une subvention salariale.INFORMATIONS KHADUA MOUNIB 514-982-6606 poste 2238 khadijamdaltematives.ca è 4 JOURNAL ALTERNATIVES ’ FÉVRIER 2008 Points de vue BILLETS Par solidarité avec Gaza : des sanctions contre les crimes de guerre d’Israël! Michel Warschawski Le gouvernement israélien a déclenché une guerre contre Gaza en coupant l’électricité, en bloquant les approvisionnements en carburant et en interdisant la livraison de produits essentiels comme de la nourriture et des médicaments.Gaza, ce n’est pas un territoire mais près d'un million et demi d’humains, des hommes, des femmes et des enfants.« Attaquer Gaza » ou « placer Gaza en état de siège » signifie viser ces civils.En droit international, il s’agit d’un crime de guerre, mais le gros bon sens nous mène plus loin : il s’agit d’un crime contre l’humanité.Un tel crime ne peut être justifié par des excuses et aucune raison ne peut permettre à un État, à un gouvernement ou à une personne de le commettre.D’un côté, la souffrance de Gaza est basée sur un mensonge, de l’autre sur une stupide supposition.Le mensonge, c’est l’argument israélien pour justifier ce siège : des tirs de roquettes palestiniens tombent quotidiennement sur la ville juive de Sderot.Ces tirs représentent une riposte à 40 ans d’occupation israélienne, de colonisation et de répressions sanglantes; une occupation encore plus cruelle depuis le « retrait » entamé il y a plus de deux ans par Ariel Sharon.La présomption suivant laquelle ce siège va affaiblir le Hamas est également absurde.Cela renforce les radicaux aux dépens des soi-disant modérés, et non l’inverse.La seule raison pour laquelle près d’un million et demi de personnes sont assiégées, c’est pour les punir collectivement, parce qu’elles refusent les diktats de Washington et Tel-Aviv.Les hommes et les femmes de Gaza ne sont pas seulement parmi les plus fiers au monde, mais ils ont aussi connu un cocktail unique de répression et de pauvreté.Aussi douloureux que cela puisse être, ceci constitue le secret de leur entêtement et de leur fermeté.Le premier ministre israélien Ehud Olmert et ses conseillers ont graduellement compris qu’ils n’allaient jamais réussir à les faire capituler.La seule arme qui leur reste est donc de les punir pour ça.Les gens de Gaza fournissent un rare exemple de résistance et d’héroïsme.Personne n’a le droit d'attendre davantage d’eux.Les efforts additionnels pour mettre fin à leur souffrance doivent provenir des mouvements de solidarité d’un peu partout dans le monde, incluant d’Israël.Ceux qui ne protestent pas aussi vigoureusement que possible se rendent complice de non-assistance à des personnes en danger.L’opinion publique internationale devrait demander à ses gouvernements respectifs d’arrêter de collaborer avec Israël, qui commet des crimes de guerre et qui boycotte Gaza.Ehud Olmert et ses ministres, le général Gaby Ashkenazi et le haut commandement des Forces israéliennes doivent tous être poursuivis par la Cour internationale de justice pour leurs crimes contre la population de Gaza.L’État d’Israël doit être sanctionné, pas les victimes de l’occupation coloniale israélienne! Il se passe quelque chose ici Depuis l’élection de John F.Kennedy en 1961, jamais une campagne électorale n’a autant laissé présager de changements progressistes aux États-Unis.Il est extraordinaire qu’un homme noir ou qu’une femme obtienne l’investiture démocrate dans un pays où la pauvreté et la criminalité ont une race, et où les femmes sont, dans l’arène politique, parmi les plus sous-représentées de la planète.Mais c’est aussi parce que Barack Obama symbolise ce que Kennedy représentait à l’époque, c’est-à-dire un renouveau.Ce sont les États-Unis que j’ai vus au Forum social américain d’il y a six mois : des jeunes gens de différentes ethnies, pauvres ou de classes ouvrières, qui s’organisent et qui travaillent ensemble pour trouver des points communs, au lieu de chercher la division.Même si Obama ne l’emporte pas, sa campagne aura mobilisé une foule de citoyens, surtout des jeunes qui ne s’intéressent pas au système électoral.Et cette prise de conscience existe aussi dans le camp d’Hillary Clinton, puisque les femmes semblent s’élever contre les attaques sexistes portées à son égard.Aucun candidat ne devrait être en mesure de réellement changer les États-Unis en raison de l’emprise du monde des affaires.Hillary Clinton représente l’establishment du Parti démocrate.Mais les primaires, le processus le plus démocratique du système électoral américain, montrent ce que Bob Dylan chantait : « Il se passe quelque chose ici.» Barack Obama ne présente pas la plateforme la plus progressiste.Toutefois, son message est inspirant et il colle à une approche qui émerge dans les mouvements sociaux du monde entier.Lors d’un discours à l’église Martin Luther King à Atlanta, Obama a dit ceci : « L'unité est ce dont nous avons besoin en ces temps, ce dont nous avons besoin en ce moment.Non pas parce que cela semble plaisant ou parce cela nous rend heureux, mais parce que l’unité est la seule façon d’endiguer le déficit qui existe dans ce pays.Je ne parle pas ici d’un déficit budgétaire.Ni d’un déficit commercial.Je ne parle pas d’un déficit de bonnes idées et de nouveaux plans.Je parle d’un déficit moral.Je parle d’un déficit d’empathie.Je parle d'une incapacité à se reconnaître l'un l’autre, à comprendre que nous sommes les gardiens de nos frères, de nos sœurs; que dans les mots du docteur King, nous sommes tous liés ensemble dans une destinée commune.» Ces mots sont inspirants pour les jeunes et les Afro-américains qui, pour la grande majorité, passent du côté d’Obama.Le candidat jouit aussi du soutien d’indépendants et d'ex-républicains.Pour sa part, Hillary Clinton se base sur la coalition que son mari avait construite avec, en plus, davantage de femmes.Malgré l’élan engendré par sa victoire en Iowa, Barack Obama a un parcours plus difficile, parce qu’il compte sur l’appui de gens qui ne votent généralement pas, et ce, encore moins aux primaires.Si le 5 février, lors du « super mardi », le vote de 24 États ne lui procure pas une avance claire, alors Hillary Clinton devrait l’emporter parce qu’elle peut compter sur la loyauté des bu*-reaucrates et des dirigeants du Parti démocrate qui envoient leurs propres délégués au congrès du parti.Les meilleures chances d’Obama reposent dans la formation d'alliance comme celle qui a vu le jour au Forum social américain, une alliance de ceux qui ont les mains vides ou qui sont marginalisés.Cela veut dire mettre fin aux divisions entre les Noirs et les Hispaniques.Il ne reste plus grand temps pour aller dans cette direction, mais quel que soit le résultat final, la course à l'investiture démocrate représente la pointe de l’iceberg de ceux qui en ont assez des super riches, pour la plupart des hommes blancs, qui se servent des ressources et du pouvoir des États-Unis pour s’enrichir et piller leur propre pays, ainsi que le reste de la planète.judy Rebick ALTERNATIVES DIRECTEUR GÉNÉRAL : Michel Lambert RESPONSABLE DE L'INFORMATION : Emmanuel Martinez MONTRÉAL - 3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) HzX 2)1 Tél.; (514) 982-6606 Fax : (514) 982-6122 QUÉBEC - 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec (Québec) CiK 1K2 Tél.: (418) 521-4000 Fax : (418) 521-4000 Courriel : commentairesalternatives,ca • Site Internet : www alternatives ca Ce journal est produit par Alternatives, réseau d’action et de communication pour le développement international, en partie grice i l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).Le contenu n’engage en rien ce dernier organisme.Tirage 50000 exemplaires.Le journal Alternatives est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l’édition du 30 janvier 2008 du quotidien Le Devoir, La reproduction des textes est autorisée.Veuillez mentionner la source.Les points de vue exprimés par les auteurs n’engagent que ceux-ci.COORDINATION ET RÉDACTION : Emmanuel Martinez - COMITÉ DE RÉDACTION : Pierre Beaudet.France-Isabelle Langlois, François L’Écuyer - CHRONIQUES: Normand Baillargeon, Pierre Beaudet, Cil Courtemanche.Francis Dupuls-Déri, Ariane Émond.David Homel, Naomi Klein, judy Rebick et Michel Warschawski - RÉVISION ET CORRECTION DES TEXTES : Cilles McMillan - INFOGRAPHIE Brigitte Beaudet -CARICATURE Boris iVcvpeç! 5 (Ç^LeXec dit; 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