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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2004-01-17, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI I Tintin au pays des Tintinois Page B 6 7 ET DIMANCHE 1 S J A X VIER 2 0 0 I La centrale thermique du Suroît demeure inacceptable Page B 5 LE DEVOIR » PERSPECT VES De Mumbai à Davos Les deux mondes ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR C> est le retour annuel des frères ennemis.Premier à entrer en scène, le Forum social mondial s’est officiellement ouvert hier dans la mégapole indienne de Mumbai (Bombay avant 1995) et cherchera à démontrer qu’un «autre monde est possible».L’autre, le Forum économique mondial, se tiendra tout de suite après à Davos, dans les Alpes suisses, à des milliers de kilomètres et des milliards de dollars de là.On y discutera de l’importance d’établir «un partenariat pot{r la sécurité et la prospérité».A première vue, seuls les noms des deux événements se ressemblent Gigantesque happening pour tous les défenseurs de bonnes causes, le quatrième Forum social mondial, qui se tient à Mumbai plutôt que dans la ville brésilienne de Porto Alegre comme à l’habitude, rassemblera 75 000, voire 100 000 participants, dont plusieurs logés sous la tente, sur un vieux site industriel converti en parc d'exposition et situé à deux heures du centre-ville.Grande réunion mondaine réservée aux plus riches et aux plus puissants de la planète, le 32' Forum économique mondial réuni-ra au plus 2100 p e r-sonnes triées sur le volet et hébergées dans les douillets hôtels cinq étoiles qui bordent la rue principale de la chic station de ski de Davos.Le Forum social tiendra d’ici mercredi plus de 1000 assemblées ou séminaires auxquels participeront les représentants de plus de 2400 organisations non gouvernementales (ONG), syndicats ef autres associations.Le Forum économique aura lui aussi ses réunions, à partir de mercredi et jusqu’à dimanche, à huis clos toutefois, et auxquelles assisteront 800 dirigeants des plus grandes eptreprises du monde, 30 chefs d’Etat, 75 ministres, 28 chefs religieux et 50 représentants d’ONG.Le Forum social révisera ses plans de bataille contre le néolibéralisme, la mondialisation et la pauvreté.Il se félicitera de l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les négociations de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).Le Forum économique discutera de la promotion de la croissance économique mondiale, de la compétitivité des entreprises et de la bonne gestion.Il donnera lieu à la rencontre parallèle des représentants de 30 pays qui cherchent à sauver le cycle de Doha de l’OMC.Le pays hôte du Forum social compte plus de un milliard d’habitants, dont la part moyenne du produit intérieur brut (PIB) s’élève à 2976 $ chacun mais dont 80 % disposent de moins de 2 $ par jour VOIR PAGE B 2: MONDES ARKO DATTA REUTERS i * • a Des activistes indiennes lors de l'ouverture du Forum social mondial.75 000 *- personnes seront à Mumbai, 2100 à Davos JIM BOURG REUTERS Bautov.t!» A?: Howard Dean travaillait, hier, avec le sénateur démocrate Tom Harkin alors que son autobus de campagne roulait en lowa dans le cadre d’une visite de six jours dans cet État en prévision des caucus.La course à l’investiture démocrate aux États-Unis De la colère à la modération Le président Bush veut conquérir Vunivers, Howard Dean, lui, le vote démocrate JOYCE NAPIER Washington — Alors que le président américain George W.Bush promet aux Américains la grande aventure de la conquête de l’espace, son principal rival démocrate, Howard Dean, se contenterait plutôt de conquérir le cœur des démocrates.Un objectif nettement plus modeste.A quelques jours de l’ouverture des «jeux olympiques démocrates», les primaires, qui commencent avec ce qu’on appelle ici les caucus de l’Iowa, huit candidats démocrates s’entredéchirent George Bush n’a même pas besoin de faire de commentaires: les démocrates s’autodétruisent Assis à la Maison-Blanche, fort des sondages qui lui donnent plus de 50 % de la faveur populaire, le président en ce début d’année électorale, attend que les démocrates choisissent leur homme pour ensuite lui infliger une défaite qui, du moins aujourd’hui, semble devenue inévitable.A moins d’un revirement majeur.Les démocrates, sentant que Bush a le vent dans les voiles, deviennent de plus en plus sanguins dans le choix de leur chef.Ds ne veulent qu’une chose: trouver, parmi les huit candidats, celui qui peut battre Bush.Et à la veille des caucus de l’Iowa, tous les yeux sont tournés vers Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont et farouche opposant à la guerre en Irak.«Howard Dean est toujours en tête.Haie plus d’argent, la plus grosse machine électorale, et il mène dans plus d’États que tous les autres candidats», dit Richard Semiatin, professeur de science politique à l’American University, en entrevue au Devoir.«Mais les démocrates commencent à douter de lui et se disent: “Nous ne savons plus si ce type peut gagner les élections.’» Selon des sondages Zogby publiés jeudi, l’écart entre Howard Dean et ses principaux concurrents s’est encore réduit.Le sénateur du Massachusetts, John Kerry, pourrait le dépasser avec 22 % des voix, contre 21 % pour Dean.Celui-ci est en perte de vitesse.Dans son camp, on préfère parler d’une «course très serrée».Et c’est pourquoi les caucus de l’Iowa sont si attendus.Les réunions Caucus signifie réunions.Lundi, dans les campagnes et les villes à travers l’État, des centaines de réunions se tiendront Dans des sous-sols d’église, des restaurants, des salons et des salles de conférence, les membres du parti (on estime le nombre de participants à 100 000, à moins d’une tempête de neige) se réuniront pour discuter des candidats et des enjeux.Ds donneront leur appui au candidat de leur choix.Concours de popularité, processus d’élimination, la présidentielle commence en lowa Dès mardi matin, le peloton démocrate sera plus maigre.«C’est un peu comme ces émissions de télé-réalité: dès le début, des candidats sont éliminés», dit le professeur Semiatin, auteur de Campaigns In The 21“ Century (Les Campagnes au XXI' siècle), qui sera publié en avril.«Les caucus sont importants parce que les électeurs savent que si un candidat ne sort pas gagnant de l’Iowa, ça augure très mal pour le reste de sa campagne nationale.» Dean avait vivement critiqué les caucus de l’Iowa quand il était gouverneur, disant que ces réunions ridicules et inutiles pouvaient durer toute la nuit «Je ne peux pas rester là à écouter les opinions des uns et des autres pendant huit heures», avait-il déclaré bien avant de se lancer dans la course à la présidence.Depuis, il a changé d’avis et se trouve actuellement en lowa D écoute attentivement, oreilles grand ouvertes.Et depuis février 2002, il n’a pas arrêté d’écouter il a fait plus de 100 visites en lowa «Howard a commencé sa campagne en populiste en colère, dit le professeur Semiatin.Il était en colère à cause des résultats douteux de l’élection de 2000, en colère à cause de la guerre en Irak, en colère contre l’establishment politique.C'est malgré tout grâce à cette colère que Dean s’est fait remarquer et est devenu le favori dans une course sans grand éclat II a été le premier à critiquer l'invasion en Irak, devenue son dada.Et il continue de critiquer ses adversaires dans cette course, notamment les sénateurs John Kerry, Joseph Lie-berman et l’ancien leader démocrate à la Chambre des représentants, Richard Gephardt, qui, eux, ont appuyé la guerre de Bush.Dean a ainsi pu conquérir un tiers des démocrates, soit la base progressiste qui déteste George Bush et son administration et qui, elle aussi est en colère.L’establishment à courtiser Howard Dean a fait campagne comme M.Tout-le-monde, le candidat qui ne fait pas partie de la classe politique washingtonienne, cette élite débranchée qui n’entend plus les inquiétudes du petit peuple.Ce fils d’agent de change, né à New York et élevé dans le milieu privilégié de l’Upper East Side, avait trouvé sa niche parmi les démocrates comme lui: nantis, éduqués et informés.Mais ça ne suffisait pas: il fallait dès lors se rallier les modérés du parti, les membres de l’establishment démocrate.C’est alors que, le mois dernier, Dean a reçu un appui qui l’a véritablement placé en tête du peloton, celui de l’ancien vice-président Al Gore, que George Bush a défait en 2000.Coup de pouce pour Dean, coup de pied pour le sénateur du Connecticut, Joseph Ueberman, ancien coéquipier d’Al Gore en 2000, qui a appris la nouvelle comme tout le monde, par la voix des médias.«L’enjeu le plus important de cette élection, c’est l’emploi», a déclaré Howard Dean à Urbandale, en lowa, quelques jours après Noël «L’Irak est un enjeu important, mais pas aussi important que l’emploi.» Howard Dean abandonnait alors son cheval de bataille, son opposition à la guerre en Irak, et embrassait la rhétorique démocrate pour courtiser les modérés: discipline fiscale, programmes sociaux et oréation d’emplois.Mais on ne peut pas être à la fois modéré et en colère.La semaine dernière, le magazine Time demandait en couverture: «Qui est le vrai Howard Dean?» Howard Dean, en fait, est médecin; on l’appelle d’ailleurs D’Deap.Il a été gouverneur du Vermont pendant 12 ans.A ce fifre, il a remis de l’ordre dans les finances du petit État et créé un système d’assu- rance-maladie pour les enfants.Cependant, en 12 ans, pas un seul Noir ni un seul Latino-Américain n’ont fait partie de son cabinet.Ses adversaires démocrates ne manquent pas de le lui souligner.Le cuisinier pour la cause Jeudi en lowa, Howard Dean a fait tourner des crêpes devant les caméras avant de recevoir un autre appui, celui de la candidate Carol Moseley Braun, la première femme noire à s’être lancée dans la course à la Maison-Blanche.Ancienne sénateure et ambassadrice, seule femme du peloton démocrate, Mme Moseley Braun a invité ses supporteurs à appuyer Dean, «une source d’inspiration pour les démocrates.C’est un dur, c’est ce que veulent les démocrates.Seul Howard Dean peut briser cette atmosphère de peur créée par George Bush et l'extrême droite», a-t-elle dit dans son discours.Lundi, le multimilliardaire George Soros a déclaré qu’il était prêt à dépenser une partie de sa fortune pour défaire George Bush et qu’il pourrait aussi ap puyer Dean.«2004 n’est pas une élection comme les autres, a-t-il dit C’est un référendum sur la doctrine de Bush.L’avenir du monde est en jeu.» Mais Bush peut compter sur ses dernières victoires: il a capturé Saddam Hussein et a entamé une réforme de l’assurance-maladie que prônaient les démocrates depuis des années.Il a promis des voyages dans l’espace et servi de la dinde à ses soldats en Irak.Ét l’économie américaine reprend de la vigueur.Pendant ce temps, Howard Dean, lui, fait tourner des crêpes en lowa.I DEAN DEA! JIM BOURG REUTERS Howard DEA Mowi D** Howard Dean en campagne.«Ça fait plus d’un an qu’il est en colère, mais la colère ne suffit plus à remporter une élection » « LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JANVIER 2004 B 2 ?PERSPECTIVES» Les priorités du gouvernement canadien »¦* Des missiles ou de l’énergie propre ?Jean Dion Mourez Trop, c’est comme pas assez, disait ma mère-grand, décédée à un âge vénérable, il y a une dizaine d’années, en lisant la rubrique nécrologique de son journal.Sérieux: un beau matin, elle était assise confortablement dans un fauteuil, La Tribune ouverte à la page des morts, lorsque la préposée du centre d’accueil l’a trouvée sans vie.Pendant une bonne partie de sa vie, elle commençait d’ailleurs toujours sa lecture par la nécro.Il paraît qu’on fait ça de plus en plus en vieillissant, quand les gens qui meurent de mort naturelle se mettent en nombre croissant à être nés en même temps que nous.Il doit y avoir un stade dans la vie, un moment charnière, où la nécro devient plus terrifiante que les faits divers.Tenez, ça me rappelle un petit quelque chose.Il y a quelques mois, un reportage avait été pyblié sur un gars qui travaillait dans un journal aux Etats-Unis et qui avait pour seule spécialité les viandes froides.La viande froide, précisons-le, est cette expression du plus haut détachement — les journalistes sont comme ça, détachés; si vous saviez tout ce qu’ils disent de vous dans votre dos, vous les mettriez encore plus bas dans votre liste de professions respectées, loin derrière les pompiers et peut-être même derrière les politiciens —, expression donc qui désigne le texte ou le topo fait d’avance pour publication à la mort d’une personnalité connue.C’est pour ça que cinq minutes après l’annonce d’un décès, vous pouvez avoir sa vie en une demi-heure à la télé (si le disparu avait 30 ans et a péri dans un accident, vous devrez cependant attendre un peu, genre 15 minutes).La tradition dans la presse anglo-saxonne étant de passer des nécros élaborées de gens qui ne sont pas nécessairement célèbres mais qui ont été actifs dans leur communauté ou qui ont marqué leur profession, le gars téléphonait donc à ces personnes pour qu’elles lui parlent d’elles-mêmes.Et il se disait étonné que dans la quasi-totalité des cas, les sujets n’étaient pas offusqués que l’on pré-emballe ainsi leur passage de l’arme à gauche mais honorés de ce qu’on allait parler d’eux dans le journal.(Soit dit en trépassant, le dernier texte du gars, qui s’apprêtait à prendre sa retraite, fut sa propre viande frojde.) Etonné?On s’en étonne.Dans ce monde qui n’est pas qu’une vallée de larmes mais aussi un puits sans fond de venin, la nécro est le dernier refuge de la dithyrambe.Vous voulez qu’on dise du bien de vous?Un conseil: mourez.Au moins, le gars des viandes froides avait la liberté de faire du style.J’ai jasé autrefois avec une dame qui était chargée, dans un quotidien, de la rédaction de la nécro hard.«Le 14 courant, dans le corridor de l'urgence de l’hosto, est décédé, gelé ben raide, Rogatien.Il laisse dans le deuil.», le tout suivi de la nomenclature des mononcles, matantes, neveux, nièces, petits-enfants, arrière-petits-demi-cousins-de-la-fesse-droite, des modalités d’exposition, de l’heure des funérailles et de n’envoyez pas de chrysanthèmes, faites plutôt des dons à la Fondation canadienne du ERE (facteur de refroidissement éolien, un truc vachement à la mode par les temps qui patinent et qui permet aux Miss et M.Météo de dire qu’il fait en réalité -90 000 °C et de nous conseiller de nous habiller chaudement).Rien là pour se permettre des envolées à la H.Balzac, on en conviendra plus qu'aisément.J’avais demandé à la dame, qui était le contraire incarné de la nécro, jeune, jolie et vivante, si elle ne s’ennuyait pas un peu d’écrire tout le temps la même chose.Bof, avait-elle répondu, avec la conscience aiguë de qui a depuis laide lurette — la lurette ne peut pas toujours être belle, impossible; je suis persuadé qu’en se levant le matin, l’oreiller étampé dans face, décoiffée, pas maquillée et n’ayant pas l’haleine Pepsodent, elle est plus qu’ordinaire — abandonné l’espoir de décrocher un jour le Pulitzer.Mais, avait-elle ajouté, est-ce bien pire que le gars des sports qui, chaque jour, doit retranscrire le contenu d’une conférence de presse de l’entraîneur du Canadien de Montréal?Ou que le chroniqueur, n’avait-elle pas ajouté, qui trouve un truc marrant comme inventer de nouveaux mots et le répète jusqu’à ce que des lecteurs lui signalent courroucés que les meilleurs gags sont les plus courts?Bien oui, il y en a qui ont fait cela.Mais qu’à cela ne tienne, rapport à ce Ba-leinié dont il a été question ces jours derniers, l’écrasante majorité d'entre vous avez fait preuve d’une faconde bellement enthousiaste qui, si ce n'avait été de ce maudit orgueil mâle, m'aurait entraîné dans le versement incontinent d’une petite lacrymale.Le problème, c’est que vous avez soumis et soumettez encore tellement de ces termes de nouvel aloi — d’où l’ouverture: trop, c’est comme pas assez — qu’il me faudra faire un monumental tri; or, déplorablement, en fin de semaine, il y a du gros football américain avec des matchs dimanche et des ailes de poulet à acheter samedi.Le palmarès sera donc publié ultérieurement Donc, oui, où en étions-nous, la dame en question racontait que la nécro hard était légèrement répétitive, mais elle se reprenait avec les anniversaires de décès.Dans ce cas, ce sont plutôt les proches, remis du choc de la disparition d’un des leurs, qui voient à la rédaction, et les résultats en sont souvent, comment dire, surréels.Si vous en avez déjà lu quelques-uns, vous savez de quoi il retourne dans sa tombe.Les personnes disparues, je vous jure, il ne s’en fait plus, du monde de même.*Voilà 20 ans que tu nous a quittés, Rogatien, mais la douleur est vive comme au tout premier jour.» Et ils ont un sacré don d'ubiquité: «Voilà deux ans que tu nous a quittés pour un autre monde, Rogie baby, mais tu es toujours présent parmi nous.» Vous voulez qu’on dise du bien de vous?Un conseil: mourez.Sinon, vous serez pris pour en dire vous-mêmes, avec le risque collatéral de passer pour prétentieux.Car la seule différence entre une nécrologie et une petite annonce dans la section «Rencontres», c’est l’auteur.«JH, 41, jovial, grégaire, urbain, aimant sorties, cinéma, tour de machine en campagne le dimanche quand y a pas de football américain, drôle, restas, tendre, affectueux, musique, cherche pas JF parce qu 'il est mort.C’est vous dire à quel point il a fait une croix sur son passé.» V jdionCàledevoir.corn LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Deux nouvelles en apparence non reliées, tombées des fils de presse hier, traduisent des priorités inquiétantes au sein du gouvernement canadien.On apprenait que le Canada participera au financement du bouclier antimissile du président Bush.Même si on ne peut pas encore chiffrer la participation canadienne au projet américain, on parle minimalement de quelques centaines de millions de dollars, voire davantage à long terme.Mais lorsqu’on passait de la une du Devoir à la page de suite, on apprenait le même jour que le Canada se retirait officiellement du projet FTER (International Thermonuclear Experimental Reactor) après avoir constaté que Toronto n’avait plus aucune chance de remporter la course contre la France ou le Japon.En somme, oui aux missiles, et ce, peut-être à coups de milliards, mais un non catégorique à la plus importante entreprise de recherche pour mettre au point une source d’énergie propre et durable, dont l’abondance permettrait enfin d'envisager sérieusement la fin de l’ère du pétrole et de juguler véritablement la menace que l’or noir fait peser sur le climat Il faut relier ces deux décisions en apparence sans lien car le projet ITER est à l’heure actuelle le plus important projet de recherche sur la planète après celui de la Station spatiale internationale.Il n’a d’autre concurrent à court terme que la «guerre des étoiles» version Bush.S'il n’y a aucun lien technique entre les deux dossiers, l’ampleur des investissements qu’ils commandent reflète froidement les priorités en recherche du gouvernement Martin.L’évolution récente du dossier ITER est aussi révélatrice d’un autre malaise profond dans l’univers scientifique.Par l’élimination de Toronto de cette course internationale, le Canada récolte aujourd’hui un échec qu’il a lui-même programmé dans les années 90 en orchestrant la disparition du projet Tokamak de Va-rennes, ce qui a éparpillé l’expertise québécoise en recherche sur la fusion afin de frire de la place à la candidature de Toronto.En somme, Ottawa ne s’est pas rendu compte que c’était la masse critique canadienne, reconnue à l’échelle internationale, qu’il frisait ainsi disparaître, sans parler de ses chances d’obtenir en sol canadien le projet de plusieurs dizaines de milliards de dollars.Rétrospectivement, on a l’impression de vivre une version scientifique de ces cas où un athlète québécois au sommet d’une discipline est éliminé d’une équipe nationale canadienne dirigée par une clique anglo-saxonne.Mais dans ce cas-ci, les conséquences sont énormes sur les plans scientifique, énergétique et économique pour le Québec et le Canada.ARCHIVES LE DEVOIR Le projet Tokomak de Varennes a été abandonné dans les années 90, dispersant l’expertise québécoise en recherche sur la fusion.La fusion propre Le projet HER a démarré en 1992 comme une mise en commun des investissements jusque-là morcelés du Japon, des Etats-Unis, du Canada, de l’Europe et de la Russie visant à mettre au point d’id 2050 une technique efficace de «fusion» nucléaire, une source généralement considérée comme sécuritaire, propre, écologique et renouvelable sur le plan scientifique.D’une part, dans la fusion nucléaire, une énergie impressionnante peut être libérée lorsque les atomes sont concentrés, alors que dans la fission, l’énergie provient de leur libération ou de leur dispersion, parfois violente, comme dans le cas des bombes nucléaires.Le procédé de la fusion est particulièrement sécuritaire parce que le risque d’emballement du réacteur est annulé par le frit qu’Û s’arrête à volonté sans production de gaz polluant ou de déchets de combustible.D’autre part, les matériaux utilisés dans le réacteur, qui deviennent progressivement radioactifs, peuvent être recyclés et réutilisés aux mêmes fins.Les réacteurs à fusion peuvent être alimentés au deutérium et au lithium, deux familles de molécules très abondantes sur la Terre.L’utilisation de lithium 3, qui serait très abondant à la surface de la Lune, pourrait, grâce à quelques navettes spatiales, fournir toute l’électricité requise en im an par les Etats-Unis avec un degré de sécurité et de propreté inconcevable à ce jour.La fusion nucléaire contrôlée permettrait en somme de reproduire sur Terre la machine énergétique qui anime les étoiles comme le Soleil.Mais les défis technologiques sont nombreux, notamment celui de géné Québec a jonglé un temps avec l’idée de lancer Varennes dans la course avec rer un plasma d’une température de 10 à 100 millions de degrés pour enclencher la fusion, laquelle générerait par la suite l’énergie nécessaire à sa perpétuation en plus de libérer un excédent que les humains récupéreraient pour produire de l’électricité.Jusqu’à présent, la France a battu le record japonais de 4 min 25 s en produisant un plasma de 6 min 30 s.L’expérience jar ponaise a généré 200 mégajoules d'énergie alors que les chercheurs français ont produit un gigajoule, soit 1000 mégajoules.En regroupant leurs investissements respectifs pour construire un premier réacteur à fusion de 1000 MW quelque part dans le monde, les pays membres du consortium ITER, dont le Canada, voulaient frire franchir à la recherche le passage de la recherche fondamentale à l’application par l’obtention d’une première fusion nucléaire à des fins énergétiques.D y a cinq ans, le coût de la centrale projetée était évalué à 12 milliards, soit le budget d’un projet hydroélectrique aussi important que Grande-Baleine.On parle aujourd’hui d’un projet qui exigera des investissements de 40 milliards d’ici 30 ans, ce qui explique l’âpreté de la lutte finale que se livrent aujourd'hui la France et le Japon, qui viennen) d’éliminer la candidature de Toronto.Les Etats-Unis appuient le Japon dans la logique punitive adoptée envers la France dans le dossier irakien.A sa réunion de Washington, le 20 décembre dernier, le consortium ITER n’a pas pu trancher entre la France et le Japon.un ITER d’ici Un ITER québécois ?Le Québec avait acquis une grande réputation dans la recherche sur la fusion grâce au Tokamak de Varennes, géré et exploité par les chercheurs de l'Institut de recherche en électricité (IREQ) d’Hydro-Québec.Les travaux de l’IREQ sur la polarisation des plasmas, utilisés pour générer une éventuelle fusion, faisaient du Québec une référence dans le domaine, d’autant plus que le projet était directement appuyé par un producteur d’électricité, Hy-droQuébec.Cependant, deux ans avant d’investir des millions dans la candidature de Toronto, le gouvernement fédéral a informé le Québec qu’il cessait d’investir dans le Tokamak de Varennes.Québec, Ottawa et Hydro-Québec avaient pourtant investi 14,5 millions par année dans ce projet qui maintenait en poste 110 chercheurs de haut niveau.Au total, 175 mUlions ont été investis dans ce projet avant qu’Ottawa ne se déleste de ses engagements par un octroi final de 19 millions.Cette subvention en forme de quittance a alors suscité une véritable foire d’empoigne au sein de la société d'Etat où l’argent fédéral n’a finalement pas servi à perpétuer le projet en attendant des jours meilleurs.On se trouvait alors en plein dégraissage budgétaire au sein des deux gouvernements.Pierre Couture, le chercheur hydro-québécois à l’origine du fameux moteur-roue, avait proposé au milieu des années 80 à Hydro-Québec d’investir dans la filière Ignitor même si le Tokamak, où il était affecté, était déjà en marche.Pour ce projet le chercheur proposait de recycler la centrale désaffectée de Gentilly I, ce qui aurait radicalement réduit les coûts.Ce projet visait non seulement à étudier les plasmas, comme le Tokamak, mais, de façon ambitieuse, à atteindre le point d’allumage de la réaction de fusion, ce qui est très similaire à ce que veut frire ITER 15 ans plus tard.Comme dans le cas de la plupart des autres projets de ce chercheur visionnaire, les administrateurs hydro-québécois sont restés de glace devant sa proposition.En 2001, en voyant Toronto inscrire sa candidature au projet ITER après le démantèlement de la masse critique québécoise en fusion, Québec a un temps jonglé avec l’idée de lancer Varennes dans la course avec un ITER local.David Cliche, alors ministre de la Science et de la Technologie, a tenté de mettre le projet sur respirateur artificiel avec quelques millions.Le compromis québécois Mais Ottawa avait frit son lit en investissant trois millions dans la candidature de Toronto, en sus des trois millions de Queen’s Park, des cinq millions d’Ontario Power Generation et des cinq millions fournis en quelques mois par un secteur privé torontois un peu plus rapide sur la détente que la classe d’affaires de Montréal — et en particulier son industrie électrique —, qui n’ont pas levé le petit doigt pour empêcher le Tokamak d’être démantelé ou pour piloter la candidature du Québec.Devant la déconfiture de Toronto, l’automne dernier, faute notamment de véritable masse critique dans la fusion et du peu d’empressement d’Ottawa à investir les sommes nécessaires au projet, en plus de la division des partenaires européens, asiatiques et américains dTTER, plusieurs chercheurs québécois pensent que le Québec aurait eu vraiment une chance d’obtenir cet investissement faramineux si, évidemment, la masse critique des 110 chercheurs liés au projet avait été préservée.Par sa culture française et sa proximité des Etats-Unis, qui se sont retirés du projet en 1998 mais qui y reviennent avec 500 nouveaux millions du président Bush, le Québec aurait pu devenir le lieu de compromis susceptible de dénouer l’impasse de Washington.D’autant plus, d’ailleurs, que le site japonais de Rokkasho-Mura serait handicapé par de violentes et régulières secousses sismiques.Quant au site de Cadarache, dans le sud-est de la France, il apparaît maintenant comme étant plus propice, mais même si l’Europe et la Russie l’appuient, l’opposition américaine et japonaise joue fortement contre lui.Pour l’instant, la conclusion du dossier risque donc d’être d’ordre plus politique que le résultat d’une démarche scientifique.Là-bas comme id.SUITE DE LA PAGE B 1 pour vivre.Celui du Forum économique, qui a une population de sept millions de personnes, a un PIB par habitant qui s’élève à 28 100 $ et compte 175 000 millionnaires.Des airs de famille Les deux événements n’en présentent pas moms certaines similitudes, notamment en ce qui a trait à leur organisation.Par exemple, tous deux tiennent depuis peu des forums régionaux qui ont lieu tout au long de l’année et qui visent à la fois à permettre à leurs participants de traiter de questions plus régionales et à orchestrer un grand crescendo devant mener au forum mondial.Les deux événements collectionnent également les invités-vedettes comme autant de preuves de leur importance, font remarquer les observateurs.Bien qu’es-sentieDement tournés vers la base militante, les organisateurs du Forum social mondial ne se privent pas cette année pour faire savoir qu'on aura comme partiri-pants le nouveau Prix Nobel de la paix, l'avocate iranienne Shirin Ebadi, l'anden économiste en chef de la Banque mondiale maintenant devenu son plus grand pourfendeur, Joseph Stiglitz, l’ex-haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.Mary Robinson, le toujours très coloré syndicaliste paysan français José Bové ainsi que de nombreux ministres.Le Forum économique mondial remporte cependant la palme de ce genre d'étalage de stars avec des invités comme le secrétaire général des Nations unies.Kofi Annan, l’ex-président américain Bill Clinton, le milliardaire Bill Gates, le finander George Soros, les présidents de Sony, Nike, Coca-Cola, Cisco System, Nissan, Texaco.Nestlé ou Pfizer, sans parler des artistes Peter Gabriel, Quincy Jones, Youssou N’Dour ou Luc Besson.Un habitué de l'événement alors qu’il était ministre des Finances du Canada, le premier ministre Paul Martin sera également du nombre, accompagné de ses ministres du Commerce international.Jim Peterson, et de l'Industrie, Ludenne Robillard.Le premier ministre du Québec, Jean Charest, ne sera pas en reste, poursuivant ainsi une tradition établie par ses prédécesseurs Robert Bourassa et Bernard Landry.La représentation officielle du Canad| à Mumbai MONDES ARKO DATTA REUTERS Un Indien manifeste lors de l’ouverture du Forum social.risque d'être beaucoup moins éclatante, aucun membre du cabinet Martin n’ayant fait le voyage.Le gouvernement du Québec n’y sera pas non plus, lui qui y était représenté lors des deux dernières éditions portant sur les questions de protection de la diversité culturelle par Tex-ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin.L'honneur sera sauvé par les quelque 300 représentants d’ONG canadiennes qui s'y sont rendus.Retrouvailles Autre point commun, reconnaît-on d’un côté comme de l’autre: les efforts déployés par chacun des deux forums pour élargir ses horizons et s’ouvrir un peu aux positions de l’autre.Né dans la foulée de la lutte contre le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMD, à la fin des années 90, le projet d’organiser à Porto Alegre un événement qui répondrait au forum de Davos était d'abord intimement lié aux questions commerciales et s’est par la suite étendu à d'autres enjeux.Critiqué pour son angélisme, le Forum social mondial cherche de plus en plus à mettre de la chair sur sa vision du monde, remarquent les experts.Par exemple, la tenue de l’événement en Inde cette année le mènera à traiter d'une multitude de nouveaux sujets tels le sort réservé dans ce pays aux intouchables ou les dangers du fondamentalisme, la guerre en Irak et la situation au Moyen-Orient occuperont également une place importante pour des raisons évidente^.Né du souhait d’un professeur suisse de gestion de mettre en contact personnel d’importants dirigeants d’entreprises et chefs d’Etat pour discuter des sujets de l’heure dans un climat agréable et détendu, le Forum économique mondial a pour sa part graduellement pris, au cours des années 90, les allures de chapelle élevée à la gloire de la libéralisation des échanges.Il a toutefois opéré un virage depuis quelques années.Par exemple, outre la question irakienne et celle du Moyen-Orient, il se penchera cette fois-ci sur la réduction des inégalités et la façon de faire cohabiter des populations aux valeurs différentes.fl aura entre autres pour participants les dirigeants d’ONG bien connues comme Amnesty International, la World Wildlife Foundation et Save The Children.Les résultats de tels forums s’avèrent difficiles à mesurer dans un cas comme dans l’autre.11 faut dire que les réussites spectaculaires sont rares en ce domaine, se défendent les organisateurs.La domination actuelle du modèle économique libre-èchangiste ou le milliard de dollars promis par Bill Gates pour la lutte contre les épidémies en Afrique lors d’une édition précédente du Forum économique mondial en sont deux exemples, dont les organisateurs de Davos ne sont pas peu fiers.La récente signature à l’OMC d’un traité devant permettre aux pays pauvres d’utiliser des médicaments génériques moins chers pour lutter contre les pandémies qui les saignent et le chemin parcouru à ce jour par le projet visant à créer un impôt mondial pour lutter contre la pauvreté doivent dans une certaine mesure, disent les experts, être portés au crédit du mouvement altermon-dialiste et de son forum social.Mais les fruits de ces deux événements tiennent d’abord et avant tout aux contacts personnels qu’on peut y établir ainsi qu’à la sensibilisation qu’on y fait à d’autres points de vue et à d’autres réalités, confient leurs participants.«Le reste de l’année, je n’ai pas beaucoup de temps pour lire et m'informer comme je le voudrais.Davos, c'est un concentré de tout ce qui se passe et se pense d'important dans le monde», expliquait un vieil habitué au Devoir.«Cest une occasion unique de se remplir la tête et de recharger nos batteries pour le reste de l'année», racontait pour sa part la coordonnatrice d’un réseau Internet féministe qui en est à son troisième Forum social mondial « LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JANVIER 2 0 0 4 B 3 ?PERSPECTIVES* Kanesatake Le Forum social mondial Un leadership attaqué par tous les moyens Malgré ses opposants, James Gabriel a été élu à trois reprises grand chef de Kanesatake PATRICK SAN FAC O N LE DEVOIR D faut de l’audace, pour affirmer, comme James Gabriel et son chef de police déchu, Terry Isaac, que «le crime organisé est à l’œuvre à Kanesatake».SSMaBB .: ' » , •* Trop de chefs, pas assez d’indiens.La maxime populaire décrit avec justesse et tristesse la situation qui prévaut à Kanesatake.Mais le conflit ne date pas d’hier, contrairement à ce que laisse croire l’avalanche médiatique de cette semaine.La communauté mohawk est secouée par une crise de modernité qui remonte à 1996, avec l’élection de James Gabriel.Le grand chef a été élu démocratiquement; pour ses opposants — politiques et criminels —, tout le problème est là.BRIAN MYLES LE DEVOIR t Elu à trois reprises en dépit de la critique, des manœuvres souvent illégales de ses opposants politiques et des attaques de voyous, le grand chef du conseil de bande de Kanesatake, James Gabriel, peut au moins se réjouir d’avoir l’appui de la majorité silencieuse au sein de sa communauté.Une majorité qui a voté pour lui par trois fois, mais qui se tait en période de crise par crainte de représailles.Quand les éléments criminels de Kanesatake se permettent de brûler la maison du grand chef, et que ses cyniques adversaires politiques, comme Steven Bonspille, se plaisent ensuite à dire quils doivent «éteindre les fêta» allumés par Gabriel, il y a de quoi se la fermer.Ajoutez à cela le fait que tout le monde se connaît sur ce petit territoire de 873 hectares peuplé de quelque 1200 âmes, et vous obtenez une culture parfaite du silence et de l'impunité.D faut de l’audace, du cran et même de la témérité pour affirmer, comme James Gabriel et son chef de police déchu, Terry Isaac, que «le crime organisé est à l’œuvre à Kanesatake», en montrant même du doigt certains individus, comme Robert et Gary Gabriel.Les deux frères sont tout aussi courageux.Ils ne craignent jamais d’exercer leur droit à la liberté d’expression, et de joindre le geste à la parole.Gary Gabriel, c’est cette sympathique annoire à glace qui a barré la route d’un journaliste de Radio-Canada, cette semaine, pour ensuite lui dire qu’il voulait simplement lui donner une entrevue.D revendique une condamnation à son actif pour avoir attaqué une voiture de patrouille avec une hache.James Gabriel a indiqué à CKAC qu’il aurait vu ce cousin distant près de sa maison, lundi, avant que celled ne soit incendiée.Robert Gabriel, c’est ce grand gaillard chez qui les policiers ont trouvé un bunker vide, de l’équipement de culture hydroponique et 47 000 $US dans un coffrefort, lors d’une perquisition ratée de septembre 2001 qui s’était soldée par le congédiement illégal du chef par intérim de la police, Larry Ross, et la plus sévère crise de leadership qu’avait dû traverser James Gabriel.Robert Gabriel a avoué au Devoir qu’il trempe dans le commerce des cigarettes, mais il refuse le titre de «criminel de carrière» que lui attribue le grand chef.«C’est une rumeur vicieuse lancée par James à cause de nos différends politiques», a-t-il dit cette semaine, pendant qu’il coordonnait les efforts pour séquestrer une soixantaine de Peacekeepers à l’intérieur du poste de police.La cour à la rescousse D n’y avait pas l’ombre d’un plant de marijuana, mais de drôles d’odeurs flottaient chez Robert Gabriel lors de cette fameuse perquisition du 26 septembre 2001.Le lendemain, il organisait la riposte, en se rendant avec des hommes devant le poste de police pour protester.Le surlendemain, il se dirigeait au conseil de bande pour saisir James Gabriel par le cou.Deux personnes sont intervenues pour les séparer.Robert Gabriel écopera par la suite de la seule condamnation criminelle de sa vie pour voies de fait.La perquisition ratée lui vaudra de bénéficier d’un arrêt des procédures.Ebranlé, James Gabriel est rentré chez lui, mais la réunion du conseil de bande s’est poursuivie afin de disposer du sort du chef de police, Larry Ross.La Cour fédérale estimera sept mois plus tard que Ross a subi un congédiement illégal, sans possibilité de se faire entendre.La preuve présentait «des doutes importants quant à l’impartialité» du conseil de bande, a jugé la Cour fédérale.«La réunion du conseil [.] a été prise en charge par Robert Gabriel et ses associés.[.] La scène résultante en est une de chaos.L’assemblée du conseil a été réquisitionnée par des membres de la communauté.Il y a eu un acte d'agression», a ajouté le tribunal.Le tandem formé de Larry Ross et Terry Isaac (son adjoint à l’époque) a saisi pour huit millions de dollars de marijuana lors de son premier passage à la police de Kanesatake, entre 1999 et 2001.George Martin, puis Tracy Cross, qui ont par la suite pris la direction du service de police, ne revendiquent aucune opération majeure contre les producteurs de mari.Le poste de Kanesatake est le seul au Québec où le local réservé à l’entreposage des pièces à conviction est vide, a dit avec ironie Terry Isaac.Le chef dissident John Harding, qui conteste avec Steven et Pearl Bonspille l’autorité de James Gabriel, affirme le plus sérieusement du monde qu'il n’existe pas de crime organisé à Kanesatake.Lequel des deux est le plus crédible?Même si la Cour fédérale a reconnu le caractère illégal du congédiement de Larry Ross, en 2003, elle n’a pas résolu les conflits d’interprétation qu’entraîne l’entente tripartite sur la création des Peacekeepers, signée par Québec, Ottawa et le conseil de bande.L’article 4.6 prévoit que le conseil de bande «sera seul responsable de la sélection et du recrutement» des policiers.Mais l’article 5.3 reconnaît au comité de police la responsabilité de l'embauche et du licenciement des Peacekeepers, de même que celle de déterminer les objectifs et priorités de la police.C’est avec ce comité formé de non-élus que le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a choisi de négocier un accord mardi, court-circuitant le grand chef Gabriel.La résolution pacifique du conflit célébrée par M.Chagnon s’est soldée par le départ des 60 Peacekeepers appelés en renfort pour déstabiliser le crime organisé, le retour de Tracy Cross à la tête du service de police et la mise à mort politique de James Gabriel par son plus féroce adversaire, Steven Bonspille.Et c’est sans parler de la détérioration rapide des relations entre le gouvernement Charest et l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.A qui revient le pouvoir de nommer ou de démettre un chef de police?Personne ne le sait, et la cause remportée par Larry Ross ne permet pas d’y répondre, puisque celui-ci avait été congédié, tandis que Tracy Cross a simplement été rétrogradé au rang de patrouilleur.D a suffi au ministre Chagnon d’affirmer que James Gabriel a outrepassé ses pouvoirs et de confirmer l’autorité du comité de police pour conclure une entente.En théorie, la séparation des pouvoirs entre le conseil de bande et le comité de police visait à mettre à l’abri les policiers de l’ingérence politique.En pratique, elle génère une lutte de pouvoir interne dont le ministre Chagnon n’a visiblement pas saisi la gravité en se rangeant du côté des dissidents.Gabriel a l’habitude James Gabriel semblait plutôt détendu, voire rieur mercredi soir, à quelques minutes d’une conférence de presse au cours de laquelle il a tiré à boulets rouges sur le ministre Chagnon et la Sûreté du Québec, qui ont reculé à fa dernière minute de l'opération visant à remplacer Tracy Cross par Terry Isaac.«Mes adversaires parlent-ils de me bannir?Disent-ils que je ne suis plus le chef?» Oui et oui.Pour les non-initiés aux rapports politiques tordus qui rythment l’embryonnaire vie démocratique à Kanesatake, cette fronde des dissidents peut surprendre.Mais pour James Gabriel, ce n’est que business as usual.Deux mois après le raid raté à sa résidence, Robert Gabriel a proposé lors d’une assemblée publique qu'un vote de non-confiance soit tenu à l’égard du grand chef.La motion a été adoptée, et le référendum fixé au 6 décembre 2001.James Gabriel a perdu son titre, à 207 voix contre 130.Le conseil a choisi le lendemain de nommer Steven Bonspille grand chef par intérim jusqu’à 2004.C’est le même Bonspille qui ne reconnaît plus aujourd’hui l’autorité de James Gabriel parce que ce dernier a abandonné fa communauté.James Gabriel a contesté avec succès ce référendum bidon devant la Cour fédérale, obtenant une injonction lui permettant de rester en poste jusqu’aux élections de juillet 2004.La Cour fédérale a perçu les actions de ses opposants comme une tentative «de miner le nouveau régime démocratique instauré en 1992».Seuls les Mohawks de Kanesatake et d’Oka avaient pu participer au référendum, alors que le code électoral en vigueur accorde le droit de vote à tous les Mohawks, qu’ils vivent à Kanesatake ou en dehors.L’astuce visait à déposséder James Gabriel de ses soUdes appuis hors de fa communauté.Sur le territoire même, les deux clans revendiquent à peu près la moitié des appuis.James Gabriel peut se montrer autoritaire et cachottier, mais un chef élu ne se qualifie certes pas au titre de «dictateur» comme l’affirment ses opposants déclarés.D a sûrement manqué de jugement en appelant 60 policiers à l’aide dans une communauté de 1200 personnes, mais cela ne devrait pas justifier l’incendie de sa maison et l’attaque en règle contre son statut de grand chef.Si Jacques Chagnon n’a pas anéanti le leadership de James Gabriel, il a certainement donné des munitions à ceux qui veulent renverser le régime en place à Kanesatake, les uns par soif de pouvoir, les autres par désir de trafiquer en pane Au lendemain de la crise d’Oka, en 1990, Québec et Ottawq ont voulu favoriser l'émergence d’une sorte d’Etat de droit à Kanesatake, qui s’est traduit par le rejet des pratiques traditionnelles pour choisir un chef et 1’adopiion d’un code électoral démocratique.Par ses actions cette semaine, le gouvernement Charest apniné l’action des plus ardents défenseurs de cet Etat de droit 11 fallait éviter le «bain de sang», éviter qu’une situation explosive ne dégénère davantage.C’est à se demander dans quel contexte Québec a analysé la crise.Celui de 1990 ou celui d’aujourd’hui?Tabagâë- pvUs Commander ic Order fieri PATRICK SANFAÇON LE DEVOIR Robert Gabriel.Dalits, femmes et exclus à Bombay Le quatrième Forum social mondial s’est ouvert hier à Bombay, capitale économique de l’Inde.Pour les militants indiens, il est une tribune pour dénoncer un système de castes toujours en vigueur et les discriminations croissantes dont souffrent les femmes et les minorités religieuses.FRANÇOISE C II 1 P All X 1 E MONDE Bombay — les «intouchables» — oudalits, comme on préfère les appeler pudiquement en Inde — sont le plus gros contingent des quelque 60 (XK) participants indiens au Forum social mondial (FSM).Banni par la Constitution de l'Inde indépendante, le système des castes reste aujourd’hui une réalité bien vivante dans tout le pays, les quelque 250 millions d’-intouchables" entendent profiter de la plate-forme offerte par le forum pour faire entendre leur voix.«Nous avons deux messages: la dignité humaine est inviolable et la mondialisation libérale aggrave la condition des dalits», explique Asliok Bharti, coordonnateur de la Conférence nationale des organisations dalits.Placés tout en bas de l’échelle sociale, les dalits et les tribaux sont aussi au bas de l’échelle éco nomique en raison, principalement, de leurs difficultés à accéder à l’éducation, un bien qui leur est dénié de longue date.Aujourd’hui, selon leurs représentants, la libéralisation économique entreprise par l’Inde depuis 1991 pèse sur les dalits.Ils étaient les premiers bénéficiaires des postes réservés, par la Constitution, dans les institutions étatiques.«L’emploi des dalits dans le secteur public a diminué de 10,7 % depuis 1992», affirme Asliok Bharti.Ces dernières années, le secteur public indien est passé de 2,5 millions d'employés à 1,6 million.lx‘s dalits, qui occupent majoritairement les postes non qualifiés du bas de l’échelle, sont les premiers touchés par ces réductions d’emplois.Le nombre croissant de privatisations d'entreprises joue aussi contre les dalits, qui ont du mal à trouver des emplois dans le secteur privé, soit en raison des préjugés de l’employeur, soit par manque de qualification.La modernisation et 1a mécanisation de l’agriculture sont aussi un problème.«Toutes nos terres côtières sont données à des multinationales pour faciliter l’élevage des crevettes.Nous sommes expulsés à la fois de notre terre et de notre emploi», dénonce Vincent Manoharan, secrétaire général de la Campagne nationale des droits de l’homme des dalits.«Les dalits sont doués pour le travail agricole, mais 80 % d’entre eux n’ont pas de terre.Qu'on leur donne des terres!», ajoute-t-il.43 % sous le seuil de pauvreté La réduction des dépenses sociales de l’Etat, dans le cadre d’une tentative de réduction du déficit budgétaire, est aussi préjudiciable aux dalits.«Avant, les dalits avaient au moins l'espoir que le gouvernement leur donnerait une éducation, mais maintenant, même cet espoir est trahi puisque le gouvernement n’ouvre plus de nouvelles écoles», affirme Ashok Bharti.La pauvreté est très supérieure chez les dalits.En 2n n en est plus aux prénoms des frères Loiseau.Par exemple: quel est le deuxième prénom du chauffeur italien qui prend Tintin et Haddock en autostop dans L’Affaire Tournesol ?[Le chauffeur s’appelle Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Cartoffoli de Milano].Prenons-en une plus simple: le navire sur lequel Haddock va rechercher l’aérolithe, est-ce le Sirius, /’Aurore, le Kara-boudjan ?Ah ha!» Tintin religieux?Tintin juriste?Tintin politique ?De droite ou de gauche ?Les Dupondt ne savent plus comment s’habiller.Avec un nœud papillon et une robe d’avo-çat, ils arrivent au Théâtre Edouard-VII, où répète Pierre Ar-diti.Lui serait plutôt du genre «tin-tinomane», à collectionner «avec tout ce que ça comporte d’hystérie» des objets, des éditions originales «très très rares» et des planches dont le prix dépasse l’entendement (il a fini par s’en débarrasser).Il avait découvert Tintin en ayant les oreillons.Sa mère lui avait offert L’Oreille cassée et il n’a plus jamais guéri.« Tintin, c’est un puits sans fond.Un demi-siècle que je le relis», reconnaît-il, presque désolé, dans un canapé de cuir du hall de l’Édouard-VII.Le Tintin biblique le laisse sans voix.Le politique?«Je m’en fous.» A son tour, il est formel : son Tintin à lui «est un héros théâtral»: «Nous sommes tous des Tintin, il est ce qu’on en fait.Niais, mûr, enfantin, chevaleresque, trop moraliste, il est une coquille où on met ce qu’on veut.Une machine à rêver.Il empêche d’oublier qu’on est un enfant: or, ça, c’est mon métier.» L’Académie française À l’Académie française, on ne plaisante pas avec Tintin.Le philosophe Michel Serres ne passe jamais à droite des chôrtens (monuments-reliquaires) quand il se promène dans l’Himalaya.S’il pleut, il sort de son abri en disant: «Nous pouvons sortir, Mirza, il ne pleut plus.» Tintinologue de référence, il est devenu pendant 20 ans le meilleur ami d’Hergé après avoir écrit un article (repris dans son œuvre Hermès) sur Les Bijoux de la Castafiore, «chef-d’œuvre de l’étude sur les ruptures de la communication moderne»: on téléphone au château pour demander la boucherie Sanzot la télévision est brouillée, les gens ne s’entendent pas, la Castafiore appelle Haddock «Kappock» ou «Kodak» et casse les oreilles de tout le monde.Les Dupondt, un peu fatigués, sonnent en habit vert à la porte de Serge Tisseron, psychanalyste.Une longue silhouette austère vient ouvrir.On s’assied face à lui, à côté du divan, non sans quelque inquiétude.M.Tisseron a déjà psychanalysé Tintin (Tintin chez le psychanalyste.Aubier).Au départ le constat de quelques bizarreries.Bizarre, donc, que les Dupondt, jumeaux parfaits, ne portent pas le même nom (l’un avec un d, l’autre avec un t) ; que Tintin, héros sans famille, n’ait pas de patronyme: que le chevalier de Ha-doque, voulant transmettre un trésor à ses descendants, fasse tout pour leur brouiller les pistes; que le même chevalier de Hadoque, ayant reçu le château de Moulinsart des mains de Louis XIV, puisse être un bâtard du Roi-Soleil.Autant de questions fondamentales dont Tisseron a tiré une hypothèse audacieuse sur un secret de famille d’Hergé.Les tintinologues crièrent au délire.Et wquelques années plus tard, à la Au gouvernement, il y a un temps pour les colles en tintmophilie: juste avant le conseil des ministres.stupéfaction générale, l’hypothèse fut confirmée par les biographes.Une lourde histoire de bâtardise: le père d’Hergé et son jumeau (les Dupondt) étaient des fils naturels d’ascendance illustre et furent élevés par une comtesse qui les habillait d’accoutrements ridicules.Et là, Tisseron ne s’arrête plus.La Licorne et Les Bijoux deviennent grisants de cohérence, révélant tout d’une famille aux secrets enfouis tel le trésor dans la crypte de Moulinsart Les savants Restent les savants.Les vrais tintinologues, les durs de durs, les talmudistes.La tribu de frère Cerbelaud.La liste ne sera jamais exhaustive.Le plus sérieux est à la Fondation Hergé : le gardien du temple, Philippe Goddin, spécialiste des archives et qui se concentre sur la publication en plusieurs tomes de l’institutionnel-le et somptueuse Chronologie d’une œuvre, dont vient de paraître lç quatrième tome (193943), aux Éditions Moulinsart D’autres, parmi ces durs à cuire, sont plus imprévisibles.Genre tintinopathes joyeux.Ils se défendent d’être des intégristes, rechignent même à se dire spécialistes, sont rarement collectionneurs et revendiquent d’abord leur plaisir d’enfance, la faculté de s’émerveiller toujours de choses déjà vues, une passion réelle pour une géniale comédie humaine.Ainsi Albert Algoud, l’ancien comparse d’Antoine de Caunes à Canal+.Il écrivit jadis des lettres à Sa Majesté le roi de Syldavie et au dictateur de Bordurie pour protester contre l’absence d’une délégation syldave aux obsèques d’Hergé (les lettres lui étaient revenues, avec un tampon soviétique indiquant «Inconnu»).Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur Tintin (Le Haddock illustré, Casterman).Ainsi encore, le scénariste et spécialiste de la BD Benoît Peeters : de l’avis général, « le meilleur d’entre nous».«Sur Tintin, promet-il, Je pourrais faire un discours à la Fidel Castro, six, sept heures sans notes.» A l’écouter, tel qu’il est parti sans s’arrêter, on veut bien le croire.Roland Barthes avait dirigé son mémoire de maîtrise, une lecture des Bijoux de la Castafiore sur le modèle du SZ de Barthes : phrase à phrase, mot à mot.Auteur, après Pierre Assou-line, d’une imposante biographie d’Hergé (Hergé, fils de Tintin, Flammarion), Benoît Peeters est également éditeur de feu la collection «Moulinsart», chez Casterman, où il accueillit ses pairs.La seule femme de la tribu, Ariane Valadié, surgit comme une bizarrerie dans ce monde où les personnages, comme leurs exégètes, ont pris l’habitude de rester entre garçons.Elle s’est plutôt intéressée à Milou (Ma vie de chien, Points Seuil).On compte aussi Pierre Sterckx, critique d’art et fidèle ami d’Hergé, dont il fit la biographie et qu’il initia à l’art moderne ; Jean-Marie Apostolidès, professeur de littérature à Funiversité Stanford en Californie; les collectionneurs Stéphane Steeman ou Jacques Langlois, celui-ci détenteur d’une pièce unique : sa correspondance avec Hergé, une jolie histoire commencée quand il était enfant Ces savants juvéniles sont généralement au plus mal avec la société Moulinsart; à savoir les ayants droit d’Hergé, sa veuve, Fanny Rodwell, et son second mari, Nick Rodwell, qui régnent en maîtres sur l’exploitation commerciale de l’œuvre.Un feuilleton à la Dallas où les tintinologues se trouvent privés du droit de reproduire, dans leurs livres, les vignettes des albums.Benoît Peeters, Pierre Sterckx et Albert Algoud, dits «les mutinés de Moulinsart», avaient organisé une fronde en 1997 pour dénoncer les «abus de pouvoir» et les dérives de la gestion de l’empire Tintin.«Notre tintinologie consiste aussi à suivre avec un étonnement amusé les péripéties de l’après-Hergé», commente poliment Albert Algoud.Une silhouette mystérieuse contemple ces agitations d’une hauteur magnanime.C’est Cyrille Mozgovine, tintinologue de renom, à qui on doit le Dictionnaire Tintin (Casterman).Au colloque du couvent de La Tourette, dont il a préfacé les actes, il a envoyé une télécopie pour s’excuser de son absence.D ne se montre d’ailleurs jamais.Son ami, frère Cerbelaud, le dit «très discret sur lui-même».On sait seulement de lui qu’il est russe.D’origine syldave, dit-on parfois.Et qu’il porte le signe de Kih Oskh, propre aux camarades tintinologues : restés de grands enfants, et contents de l’être.
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