Le devoir, 14 février 2008, Cahier A
w w w .1 e d e v o i r.c o m DEVOIR V o L .X C I X N u 3 1 ?LE JEUDI 14 FEVRIER 2 O O 8 89c + TAXES = 1$ Sondage Léger Marketing-/,# Devoir-The Gazette: les intentions de vote au pays Conservative Conservateur 37 % liberal 32 % p -wr 16% «BLOC >F QUÉBÉCOIS Le PLC remonte au Québec et en Ontario Le taux de satisfaction envers le gouvernement demeure élevé partout au pays ALEC CASTONGUAY Ottawa — A l’approche d’une éventuelle campagne électorale, le Parti libéral du Canada remonte dans les intentions de vote au Québec et en Ontario, les deux provinces qui décideront de la couleur du gouvernement Un nouveau sondage Lé- ger Marketing-Le Devoir-The Gazette place en effet les troupes de Stéphane Dion en deuxième place au Québec et largement en tête en Ontario.Par contre, le taux de satisfaction envers le gouvernement demeure élevé d’un bout à l’autre du pays, ce qui pourrait permettre aux conservateurs d’accroître leurs appuis.Les électeurs estiment éga- lement que Stephen Harper est la personnalité poli-tique la plus apte à être premier ministre.A l’échelle nationale, le Parti conservateur (PC) est toujours en avance, avec 37 % des intentions de vote.Le Parti libéral du Canada (PLC) remonte de quelques points et reçoit l’appui de 32 % des électeurs.Le Nouveau Parti démocratique (NPD) récol- te 16 % alors que le Parti vert du Canada est crédité de 7 % des voue.Aucun parti ne peut donc former un gouvernement majoritaire pour l’instant.Ce sondage, dont la marge d'erreur est de 2,6 %, 19 fois sur 20, a été réalisé auprès de 1500 répondants.VOIR PAGE A 8: PLC \ •! Et '^1 Y /! Hi**.\ ’ i V-.-* ne?*.#* '•*/ n Vi* l ' hlîâMr 1 i CAROLINE MONTPETIT Polyandre?Polygame?Homosexuel?Célibataire?Monogame?Tous les goûts sont dans la nature, et aussi dans la culture, si l’on en croit le dernier livre de l’intellectuel et touche-à-tout français Jacques Attali, qui retrace l’histoire des relations entre les hommes et les femmes à travers les âges dans un beau livre intitulé Amours, publié chez Fayard.En cette journée de la Saint-Valentin, les mésadaptés de la monogamie obligatoire et totale seront peut-être ravis d’apprendre que cette forme de couple est une sorte d'accident de l’histoire, un concept essentiellement mtroduit par le christianisme et défendu, tant bien que mpl, et somme toute avec un succès très relatif, par l’Église.L’auteur commence son périple au pays de l’amour par un survol des relations animales, où on apprend par exemple que la punaise, dont le mâle perfore le corps de sa partenaire n’importe où, pratique la copulation comme un sport extrême, avec semble-t-il quelque 200 rapports sexuels par jour, pour moitié homosexuels.Chez l’homme, les formes les plus complexes d'union existent depuis les débuts de l’humanité et, dans ce tableau, la monogamie n’apparaît en effet que bien tard, avec les débuts du christianisme.En fait, écrit Attali, si l’on considère l’histoire de l’humanité, «seule une relation sexuelle entre une mère et ses fils est universellement réprouvée».Puis vient le christianisme.«Nul au monde, avant lui, n’a prétendu imposer à l’espèce humaine tout entière une monogamie absolue, une fidélité totale, une relation irréversible.Nulle religion n’a prétendu gérer avec VOIR PAGE A 8: COUPLE 12 % d’OGM de plus sur la planète Les agriculteurs canadiens viennent au quatrième rang mondial avec sept millions d'hectares FABIEN DEGL1SE Les saisons des récoltes se suivent et les organismes génétiquement modifiés (OGM) se portent de mieux en mieux.En 2007, le Canada a une fois de plus donné des ailes à ces plantes en mettant en terre 15 % d’OGM de plus que l'année précédente, pour une superficie totale de sept millions d’hectares.Et cette tendance à la hausse se fait sentir partout sur la planète où, 12 ans après le début de leur commercialisation, ces organismes issus du génie génétique ont connu l’an dernier une autre année exceptionnelle de croissance depuis 2002, a indiqué hier l’International Service for the Acquisition of Agribiotech Applications (ISAAA) dans son rapport annuel sur l’état mondial des cultures d’OGM.Les chiffres sont sans équivoque.Avec 114,3 millions d’hectares, la superficie des cultures biotechnologiques a crû de 12 % l’an dernier partout sur la planète.Et ce, malgré les mouvements d’opposition qui continuent de s’exprimer dans les pays développés.La plupart de ces organismes ont été cultivés aux États-Unis, en Argentine, au Brésil et au Canada qui, ensemble, se partagent 86 % de ce marché prolifique, révèle le rapport de cette association dont le budget de fonctionnement est alimenté à 40 % par l’industrie du transgène.Ses analyses sont toutefois des documents de référence, tant pour les groupes en faveur des OGM que pour Les cultures biotechnologiques couvrent une superficie de 114,3 millions d’hectares sur la planète VOIR PAGE A 8: OGM DOPAGE Clemens nie tout Page B 6 INDEX Annonces.B 4 Idées.A 7 Avis publics.B 5 Météo.B 5 Bourse.B 2 Monde.A 5 Culture.B 8 Mots croisés.B 6 Décès.B 4 Sports.B 6 Économie.B 1 Sudoku.B 6 Éditorial.A 6 Télévision.B 7 Henri Salvador, 1917-2008 L’ultime pied-de-nez Monsieur Henri doit rigoler, là où il est, avec Carlos tout récemment arrivé et l’ami Boris qui avait le blouse du dentiste à force de l’attendre pour faire la fête.Il doit rigoler parce qu’il y a de quoi rigoler.C’est quand même l’ultime pied-de-nez.Allez, hop! Rupture d’anévrisme, crac boum hue, on lève les pattes et on n’en parle plus.Expédiée, la mort Et vive la vie, 90 ans durant Célébrons-la.SYLVAIN CORMIER Henri Gabriel Salvador est mort subitement à 10h30 hier, chez lui à Paris.Mot clé: subitement Subito presto.Pas de traînerie.Pas de longue maladie.Pas de centenaire grabataire.Pensez, pas plus tard qu’avant-hier, un entrefilet du Paris Normandie confirmait sa présence «pour inaugurer le boulodrome de Saint-PierreAes-Elbeuf le week-end prochain».Le boulodrome Henri-Salvador, comme de raison: il avait promis de caresser le cochonnet Le champion de pétanque ne sortait jamais sans ses boules.On ne peut s’empêcher de sourire, fùtce avec le regard VOIR PAGE A 8: SALVADOR • - mi ¦ 4*9*^ HCl.* fis \ * 1 » III H «Mon rire, c’est mon arme.C’est aussi mon paravent», disait Henri Salvador.AGENCE FRANCE-PRESSE ESPACE MUSIQUE 100,7“ www rodio-canodaca/radio 77831302225407 LE DEVOIR.LE JEUDI 11 FÉVRIER 2 0 0 8 \ 2 LES ACTUALITES Les soldats canadiens continuent d’éprouver de la difficulté à reconnaître leurs faiblesses.Santé mentale ARCHIVES REUTERS Les soldats canadiens souffrent en secret Dépressifs, alcooliques, stressés, les militaires pensent pouvoir se soigner seuls, sans l’aide des professionnels Compromis possible sur la mission canadienne en Afghanistan Élections : les libéraux semblent moins pressés ISABELLE RODRIGUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Des efforts importants ont été faits ces dernières années pour démystifier les problèmes de santé mentale qui affectent les troupes canadiennes.Mais le message relayé par la machine militaire n’aura manifestement pas suffi à briser la loi du silence.En fait, plus de la moitié des soldats touchés (57 %) refusent toujours d’être aidés sous prétexte qu’ils peuvent s’en sortir seuls ou encore qu’ils ne peuvent se fier aux services offerts par l’armée.Rendue publique hier, une étude nationale montre que 14,5 % des 8441 soldats interrogés souffraient d’au moins un trouble mental dans l'année précédant la cueillette des données, effectuée en 2002.En tête de liste des maux recensés: la dépression, suivie, dans l’ordre, de la dépendance à l'alcool, de la phobie sociale et du stress post-traumatique.Des chiffres révélés cet automne par Le Devoir montraient un taux légèrement plus élevé pour la présente mission en Afghanistan, soit 17 %.Selon Stéphane Guay, professeur de criminologie à l’Université de Montréal, ces taux restent somme toute similaires à ceux que l’on connaît dans la population en général Idem en ce qui a trait à la proportion de ceux qui osent réclamer de l’aide.Ce qui est différent ici, ce sont les motivations qui sous-tendent leurs décisions, explique le cosignataire de cette étude.«Dans la population, la principale barrière réside dans le fait que les gens ne savent pas vers qui se tourner ou comment accéder aux services.Dans l’armée, les services sont clairement identifiés et la réticence trouve ses sources ailleurs.» Ainsi, quatre soldats sur cinq ont sciemment choisi de ne pas consulter un spécialiste parce qu’ils avaient le sentiment de pouvoir contrôler eux-mêmes leur maladie.Les autres ont plutôt invoqué une méfiance à l’égard des services administratifs militaires de santé ou encore la crainte de nuire à leur carrière militaire.Pour le directeur du Centre d’étude du trauma du Centre de recherche Fernand-Seguin de l’hôpital Louis-H.Lafontaine, il est clair que la peur d’être stigmatisé, voire pénalisé, reste fortement imprégnée dans l’esprit des militaires.La loi du silence est encore plus forte chez certaines catégories de militaires, poursuit Stéphane Guay.«Nous avons dressé le profil de celui qui a le plus de mal à aller chercher de l’aide.Il s'agit d’un homme célibataire et haut gradé.Ce qui nous fait dire que les forces armées auraient avantage à mieux cibler leurs interventions pour percer le mur qui les sépare.» Cet impératif est d’autant plus pressant que les soldats sont nombreux à refuser d’assumer ouvertement une faiblesse, quelle qu’elle soit Ceux-là ne se confient ni à leurs collègues ni à leurs proches.Ces non-dits peuvent être très dommageables à long terme.«Il faut sensibiliser les militaires à la nécessité de consulter.Si on attend trop longtemps, la chronicité s’installe et il devient beaucoup plus difficile de trai- ter la maladie», note le professeur.Les coûts pour l’armée sont alors à l’avenant, souligne la signataire principale de cette étude, Deniz Fikretoglu.«Les troubles mentaux sont à l’origine de taux d’attrition élevés, ce qui entraîne d'importantes conséquences économiques pour les organismes militaires.fi est possible d’en réduire le fardeau en prenant des mesures pour s’assurer que les militaires aux prises avec un trouble de santé mentale sollicitent des soins appropriés en temps opportun.» Publiée dans le numéro de février de la revue scientifique Medical Care, cette étude a été réalisée conjointement par des chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, affilié à l’université McGill, de l’Université de Montréal, de l’université Dalhou-sie et dç l’Université de l’île-du-Prince-Edouard.Précisons que l'équipe a utilisé des données compilées par Statistique Canada à l’aide d’un questionnaire conçu par le ministère de la Défense du Canada et inspiré de l’Organisation mondiale de la santé.Ottawa — Le chef libéral Stéphane Dion a tenté hier de freiner les ardeurs du premier ministre Stephen Harper, qui concluait la veille que les libéraux s’étaient rangés derrière lui sur la question de la prolongation de la mission afghane, mais le compromis qui semble se dessiner entre libéraux et conservateurs a déjà des effets puisqu'il fait baisser de quelques degrés la fièvre électorale au sein du caucus libéral.Au lendemain de la présentation de la proposition libérale sur la prolongation de la mission, M.Dion a essayé tant bien que mal d’obtenir des garanties que le gouvernement est prêt à accepter ses exigences.Aux Communes, M.Dion a demandé au premier ministre Harper s’il était prêt à se plier à l’amendement libéral, s’il s’engageait à mettre fin à la mission en 2011 et s’il acceptait le principe de rotation des troupes de l’OTAN pour permettre aux soldats canadiens de se concentrer sur les questions de sécurité et de formation.Réponses floues M.Harper a évité de promettre quoi que ce soit, offrant des réponses floues.«Dans le discours du Trône, nous avons mentionné notre intention de mettre fin à cette mission en 2011», a réitéré M.Harper, qui dit vouloir examiner la proposition en détail avant d’y répondre.Ce type de réponse n’a pas satisfait le chef de l’opposition officielle.«On a un premier ministre lénifiant qui contourne les réponses, qui ne répond pas», a lâché M.Dion.Ces questions du Parti libéral avaient visiblement pour but d’accentuer les différences entre les positions des libéraux et des conservateurs.Mardi, après le dévoilement de l’amendement libéral, le premier ministre Harper s’était montré prompt à annoncer que les libéraux partageaient maintenant la position du gouvernement La déclaration n’a pas plu à certains libéraux, qui tiennent à ce que la population voie une différence, si mince soit-elle.C’est le cas du député Pablo Rodriguez, qui aurait préféré que l’amendement fasse mention, noir sur blanc, que la mission de combat se termine en février 2009.Cette déclaration, répétée par le chef libéral depuis un an, n’apparaît pas dans le texte de la proposition.«C’est ce que j’ai suggéré ce matin et ce que je vais suggérer encore: d’être un peu plus clair puisque notre position, elle, est claire.Mais elle devrait être communiquée plus clairement, c’est-à-dire: fin de mission de combat en février 2009», a insisté M.Rodriguez, avant la réunion du caucus libéral.Reste que la proposition libérale ne suscite pas la grogne dans les rangs libéraux.En fait, le compromis qu’elle laisse entrevoir sur la mission afghane pousse des députés à souhaiter maintenant que des élections n’aient pas lieu immédiatement.M.Harper avait annoncé que la motion proposant la prolongation de la mission serait soumise à un vote considéré comme une motion de confiance d’ici la fin de mars.Pour éviter de déclencher des élections sur cette question, les libéraux avaient rapidement envisagé de renverser le gouvernement sur le budget, lequel sera déposé le 26 février.L’embellie éventuelle vient changer la donne.Le libéral Denis Coderre est l’un de ceux qui semblent moins enclins à se retrouver en campagne électorale rapidement.«Personnellement, je ne supporte pas qu’on fasse des élections sur la question afghane, sur le dos de nos troupes.Aller en élections pendant qu’ils [les soldats] se battent là-bas, à mon avis, c’est totalement inadéquat», a fait valoir M.Coderre.Il ajoute qu’il vaudrai mieux, en fait, ne pas se retrouver en campagne électorale tant que la question n’aura pas été réglée à l’OTAN, lors de la rencontre des chefs d’Etat des pays membres à Bucarest, début avril.La Presse canadienne Le Devoir S’engager vers le sommet Concordia arrive lre au Canada et 33e au monde Le chômage frappe davantage les Africains au Québec Plus un militaire monte en grade, moins il est enclin à consulter parmi les universités qui comptent le plus de diplômés PDG dans les entreprises du classement Global Fortune 500.Source : École des Mmes de Paris UNIVERSITÉ STConcord ia concordia GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ Les Asiatiques et les Européens s’en tirent bien, mais pas les Africains.La situation de l’emploi chez les immigrants installés au Québec diffère grandement selon leur origine, révèle une nouvelle étude de Statistique Canada.En novembre, l’organisme fédéral avait dévoilé plusieurs statistiques qui établissaient qu’à travers le Canada, c’est au Québec que les immigrants ont le plus de difficulté à se trouver un emploi.Le taux de chômage de ceux qui sont installés dans la province depuis cinq à dix ans est pratiquement le double de celui des immigrants établis ailleurs au Canada depuis le même nombre d’années (13,4 % contre 7,3 %).Cette disparité globale en cache une autre régionale.Hier, Statistique Canada dévoilait que les difficultés à dénicher un emploi affectent particulièrement les immigrants de certaines régions du monde.Et ce sont les Africains, particulièrement ceux du Nord, qui peinent le plus au Québec.Car si la province accepte de plus en plus d’immigrants africains — près du tiers des immigrants récents (cinq à dix ans) ou très récents (d’un à cinq ans), ce qui constitue la plus forte proportion au Canada —, le marché de l’emploi se révèle moins accueillant pour eux.Ainsi, le taux de chômage des immigrants africains établis depuis moins de cinq ans au Québec dépasse les 27 %.C’est quatre fois plus que le taux de chômage affectant la population québécoise née au Canada.En comparaison, le taux de chômage des immigrants très récents nés ailleurs qu’en Afrique correspond au double du taux québécois — un chiffre qui rejoint la moyenne nationale.Chez les immigrants arrivés entre 1996 et 2001, on observe les taux de chômage les plus élevés pour les travailleurs d’Asie (18 %) et d’Afrique (17 %).Les Européens s’en tirent mieux, avec un taux de chômage de 10 %.Les immigrants de longue date sont quant à eux davantage intégrés au marché du travail, avec un taux de chômage général de 9,2 %.Le Devoir EN BREF Conservateurs impénitents Ottawa — Les troupes conservatrices refusent de s'engager à ne pas rééditer lors de la prochaine campagne électorale leur stratagème de financement utilisé en 2006, stratagème qui leur vaut de faire l'objet d’une enquête par Elections Canada.«Nous respecterons les lois lors de la prochaine campagne comme nous les avons respectées lors de la dernière campagne», a déclaré hier le député conservateur Pierre Poilièvre, por- te-parole de son parti sur toutes les questions d’éthique.Pressé par les journalistes de dire si oui ou non le Parti conservateur s’engageait à ne pas recommencer ledit stratagème, M.Poilièvre s’est contenté de répéter «Nous mènerons une campagne honnête et éthique.» Le parti de Stephen Harper fait l'objet d'une enquête de la part du Commissaire aux élections pour avoir fait payer par ses candidats locaux une partie de sa publicité nationale.Cela lui a permis dans les faits de dépenser 1,2 million de dollars de plus que ce que permet la loi.- Le Devoir i LE DEVOIR.LE JEUDI 14 FÉVRIER 2 0 0 8 A 3 Michel David Le bien et le mal On ne pourra pas accuser Claude Caston-guay de manquer de suite dans les idées.H avait dit d’entrée de jeu qu’il souhaitait favoriser le recours à l’assurance privée et autoriser les médecins à pratiquer à la fois dans les secteurs public et privé.C’est apparemment ce que recommandera le rapport du comité de travail qu’il préside depuis le printemps dernier.On a même réussi à imaginer une forme déguisée de «ticket modérateur».Il serait sans doute possible de placer certaines balises pour tenir compte de la pénurie de ressources, mais il y a aussi une question de principe.A terme, ces propositions portent en germe une profonde transformation du régime hérité de la Révolution tranquille, pour le meilleur ou pour le pire.Dans l'immédiat, elles risquent surtout d’occulter les autres recommandations que pourrait formuler le comité afin d’accroître la productivité du système.On aura plutôt droit à une reprise du débat sur les mérites comparés du public et du privé, qui s’apparente souvent au combat entre le bien et le mal.Invité au colloque médical étudiant du Québec, le 19 janvier dernier, un des deux vice-presidents du comité, Michel Venne, avait pourtant déclaré: «Nous ne recommanderons aucune expansion du rôle du secteur privé dans les services de santé.» De toute évidence, il y a eu malentendu.Au lendemain de l’allocution de M.Venne, la vice-présidente désignée par l’ADQ, Joanne Marcotte, avait déclaré au Devoir.«Ce qui va sortir du rapport, c’était le programme de l’ADQ en 2002.Je suis très très contente des conclusions du groupe de travail.» La mixité de la pratique médicale, à la condition que les médecins désireux de développer une pratique consacrent un certain nombre d’heures dans le réseau public, était en effet un élément important de la plateforme adéquiste de 2002, que libéraux et pé-quistes avaient dénoncé à l’unisson comme une ouverture à la «médecine à deux vitesses».D aurait sans doute été préférable que les membres du comité soient unanimes, mais on ne pouvait pas publier un rapport qui aurait donné lieu à des interprétations aussi contradictoires.?Même si le PQ a toujours défendu le principe du financement exclusivement public des services de santé, on aurait tort d’attribuer la dissidence de M.Venne au seul fait qu’il a été désigné par le PQ.Elle traduit plutôt la profonde division qui persiste sur cette question au sein de la société québécoise, bien au-delà des lignes partisanes.D’ailleurs, il y a fort à parier que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, aurait eu les mêmes réserves.Il n’avait pas caché son irritation quand sa collègue des Finances, Monique Jérôme-Forget, avait profité du discours du budget pour annoncer la création d’un groupe de travail dont le mandat serait non seulement d’explorer de nouvelles sources de financement du système de santé mais également de se pencher sur le rôle du secteur privé.Contrairement à d’autres, M.Couillard n’avait pas vu dans le jugement Chaoulli une occasion d’ouvrir toutes grandes les portes à la médecine privée, même s’il n’a pas formellement exclu que le recours à l’assurance privée puisse éventuellement être étendu à d’autres types d’interventions que les chirurgies du genou, de la hanche et de la cataracte.En 2002, le Dr Couillard, alors directeur du service de chirurgie du centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, avait d’ailleurs été un des critiques les plus virulents de la plateforme de l’ADQ.«Ne commettons pas l’erreur d’affaiblir notre système de santé gratuit et universel au profit de l’entreprise privée, qui s’est avérée incapable, partout où on lui en a donné l’occasion, d’offrir des services aussi accessibles et aussi peu coûteux qu’un régime basé sur la taxation universelle», écrivait-il dans un texte publié dans La Presse le 3 octobre 2002.Déjà, le futur ministre s’opposait farouchement au recours à l’assurance privée.«Le paiement direct et l'assurance partagent un paradoxe confirmé par tous les pays où ces régimes sont disponibles: la population économiquement défavorisée, celle qui a le plus besoin des services, devient le groupe le moins susceptible de recevoir des soins.» Au bout du compte, il ne croyait pas du tout qu’un système privé parallèle permettrait de réduire les listes d’attente: «Personne n’a jamais pu démontrer un quelconque effet d’une telle solution sur l’accessibilité des soins assurés par le régime public.» ?Le 18 février 2006, c’est dans Le Devoir que M.Couillard exprimait son opposition à la mixité de la pratique médicale.«Aucun pays comparable au nôtre et doté d’un système de santé mixte n’a vu le niveau de ses dépenses publiques ou leur rythme d’augmentation se réduire de façon significative.» Il est vrai que le ministre a revendiqué le «droit d’évoluer» depuis.Hier, il demeurait toutefois d’avis que la pénurie de ressources médicales dispersées sur un territoire aussi vaste interdisait toujours d’envisager la mixité.Soit, M.Couillard ne demeurera pas éternellement à la Santé.S’il n’en tenait qu’à lui, ü y a même un bon moment qu’il aurait changé de ministère.Même si son successeur ne partageait pas ses réticences, M.Charest aura-t-il vraiment envie de se lancer dans ce débat?Pauline Marois, qui redécouvre progressivement les «vieux démons» de son parti, trouvera sans doute le moment mal choisi pour étendre la modernisation de la social-démocratie au système de santé.D’ailleurs, il y a encore loin de la coupe aux lèvres.Mme Jérôme-Forget avait aussi demandé au comité Castonguay d’examiner les modifications qu’il pourrait être nécessaire d’apporter à la loi canadienne sur la santé.Le secteur privé peut dispenser des services tant que le financement demeure public.Une pratique entièrement privée ou l’imposition d’une forme de ticket modérateur iraient cependant à l’encontre de la loi.Elle est déjà passablement malmenée, direz-vous.Soit mais il y a quand même des limites.mdavid@ledevoir.com ACTUALITES Le rapport Castonguay a déjà du plomb dans l’aile Le ministre Philippe Couillard dit nm: M à la pratique médicale mixte ¦ au recours étendu à l’assurance privée Philippe Couillard a de sérieuses réserves quant à certaines recommandations que doit formuler le groupe de travail présidé par Claude Castonguay.Le ministre plaide pour un système public de santé «très fort» dans lequel le privé n’a qu’un rôle de soutien.ROBERT DUTRISAC Québec — Philippe Couillard rejette la possibilité que les médecins puissent travailler à la fois dans le public et le privé, comme doit le reconunander le groupe de travail sur le financement de la santé, présidé par Claude Castonguay.Le ministre de la Santé et des Services sociaux s'oppose aussi au recours étendu à l’assurance privée.«Ce serait de l’irresponsabilité si on faisait ça [la mixité de la pratique médicale] maintenant avec la pénurie d’effectif», a livré Philippe Couillard hier.Ire ministre serait d’ailleurs «surpris» si le groupe de travail Castonguay, dans le rapport qu’il rendra public le 19 février prochain, n’assortissait pas cette recommandation sur la mixité de la pratique médicale à «des conditions de réalisation» qui tiendraient compte de la pénurie actuelle de médecins.«De façon pratique et pragmatique, je pense que tant qu’on n’a pas un ni-vequ d’effectif médical suffisant, ce n 'est pas justifié.» A l’heure actuelle, un médecin participant au régime public ne peut pas faire les mêmes actes médicaux dans sa clinique privée en demandant des honoraires à ses patients.Seuls les médecins dits non participants, qui se sont complètement désengagés du système public, peuvent le faire.Avec la mixité, de la pratique, le médecin participant, après avoir assuré un certain nombre d’actes dans le réseau public, pourrait offrir ses services dans une clinique privée contre rémunération versée par les patients.Ce n'est pas pour des raisons «purement théoriques ou idéologiques» que le ministre s’oppose à cette mixité, chose courante dans des pays avancés comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, a-t-il précisé.Mais il a fait valoir qu’en France, toutes proportions gardées, il y a beaucoup plus de médecins qu’au Québec, jusqu’à 37 % de plus.Il ne manque donc pas de médecins pour combler les besoins du réseau public.Philippe Couillard a relevé une autre particularité du Québec: la difficulté pour les régions éloignées d’attirer des médecins.Si elle était permise, la pratique privée ne serait sans doute pas aussi florissante que dans les centres urbains.«Quel incitatif va-t-il rester pour les médecins d’aller pratiquer en région?», s’est-il demandé.Contribution de l’usager Le ministre n’est toujours pas chaud à l’idée d’imposer une contribution à l’usager pour les actes inédi-caux.Selon les calculs de M.Castonguay et de sa fille économiste Johanne, qu’il avaient présentés à M.Couillard en 2006, une contribution de 25 $ pour toute visite faite à un médecin généraliste générerait une somme de quelque 780 millions par an.Or, selon nos informations, cette contribution ne serait pas exigée lors des visites chez le médecin mais prise à même la déclaration de revenus.Cette contribution serait sujette à un plafond et serait modulée selon le revenu, en suivant un modèle semblable à la prime d’assurance médicaments.«L’assurance privée ou l’injection de fonds privés ne sont pas des solutions au problème de financement.Il n’y a pas un pays qui l’a démontré», a affirmé M.Couillard.A son avis, le vrai débat se situe plutôt entre un financement qui provient de la fiscalité générale et un autre tiré de «la fiscalité dédiée», un fonds santé bien désigné, pas exemple.C’est cette voie que doit aussi recommander le groupe de travail Castonguay en proposant une hausse de la taxe de vente du Québec de un demi à un pour cent, ce qui représente un demi-milliard ou un ntilliard de dollars par année pour alimenter ce fonds santé.Assurances Quant à la généralisation des assurances duplica-tives, que le rapport doit préconiser, le ministre a émis des réserves hier.Il a reconnu que l’ouverture à l’assurance privée permise par la loi 33, en réponse au jugement Chaoulli, pour trois types de chirurgies, est très limitée et ne permettra sans doute pas l’émergence d’une offre réelle de la part des assureurs.«Tant mieux», s'est exclamé Philippe Couillard.«D but, c’est d’avoir un système public très fort à travers lequel le privé joue un rôle et qui est en soutien.» Du côté des fédérations de médecins, on réagit de façon opposée à l’introduction d’une contribution des usagers.Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, estime qu’un ticket modérateur est «un frein important» à l'accessibilité et «aurait surtout comme effet de modérer des gens qui ont besoin de consulter».Conséquence: ces patients finiront par coûter plus cher au système parce qu’ils auront manqué de suivi médical.Il n’existe pas de phénomène de surconsommation de soins au Québec en raison notamment de la pénurie de médecins, a-t-il fait observer.«Avec tout le temps que ça prend pour réussir à consulter un médecin, je ne vois personne qui s'amuse à consulter pour le plaisir», estime le Dr Godin.Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, juge au contraire qu'une contribution des usagers, assortie de dispositions pour en exempter les plus démunis, s’impose.Le Devoir L’égalité entre les hommes et les femmes L’anglais au primaire Québec solidaire préférerait des gestes concrets à un symbole Québec — «Notre interrogation, elle est assez simple: à quoi ça sert?», a déclaré Françoise David hier au sujet du projet de loi 63 par lequel la Charte des droits et libertés serait modifiée pour y inclure le principe de «l’égalité des hommes et des femmes».La co-porte-parole de Québec solidaire — un parti ouvertement féministe — s’exprimait devant la Commission des affaires sociales chargée d’étudier ce projet de loi.Elle a dit ne pas vouloir «minimiser» cet acte, par ailleurs essentiellement symbolique, car «les symboles font aussi partie de la vie d’une société», a-t-elle argué.Par conséquent, QS ne s’oppose pas au projet de loi.Il reste que déjà, dans le préambule de la Charte, a souligné Mme David, on affirme que «tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont droit à une protection égale de la loi».Ce sont surtout des motifs électoralistes et politiciens, aux yeux de Mme David, qui font bouger le gouvernement Elle se demande, comme la porte-parole de l’Action démocratique mardi, s’il n’aurait pas été plus sage d’attendre le dépôt du rapport Bouchard-Taylor avant de modifier la loi.Ce projet de loi ne signifie pas que le gouvernement «va s’arrêter ici», a répliqué à Mme David la ministre de la Culture et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, laissant entendre qu’elle pourrait modifier davantage le texte en fonction des recommandations des deux commissaires, attendues fin mars.Mais au dire de Mme David, le gouvernement montrerait qu’il est vraiment sérieux en matière d’égalité s’il rendait «justiciables» les articles 39 à 48 de la charte qué- JACQUF.S GRENIER LE DEVOIR Françoise David bécoise.À l’heure actuelle, un citoyen ne peut pas attaquer une loi québécoise en invoquant ces ar-ticles-là.QS estime que le gouvernement en ferait davantage pour la cause de l'égalité s’il se montrait plus concret (par exemple en appliquant la loi sur l’équité salariale aux petites entreprises), s’il instaurait une prestation pour les (proches aidantes» et s’il cessait de récupérer les pensions alimentaires des femmes prestataires de la sécurité du revenu.Des représentants de la section québécoise du Congrès juif ont exprimé leur opposition au projet de loi hier, soutenant qu’une hiérarchisation des droits pourrait en découler.Selon le porte-parole Adam Atlas, les modifications proposées n’amélioreront pas le statut d’égali- té entre les femmes et les hommes: à ses yeux, la clause 28 de la charte canadienne, à laquelle on peut comparer le projet de loi 63, n’a pas vraiment eu d’effet depuis 20 ans.Au reste, la ministre St-Pierre a cité favorablement une juriste, Julie Latour, du Forum des femmes juristes de l’Association du Barreau canadien.Celle-ci a soutenu mardi qu’avec le projet de loi 63, on répare une «omission historique» et «on arrime notre charte à la charte canadienne».Gais et lesbiennes Le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) a apporté son appui au projet de loi hier en matinée.Il a toutefois réclamé qu’on ajoute à la Charte l’interdiction de la «discrimination fondée sur le genre».Cela serait utile aux personnes «en processus de transition», c’est-à-dire qui ne sont plus uniquement femmes ou hommes.Steve Foster, du CQGL, a soutenu qu’une telle personne, en vertu de la charte modifiée, «ne pourra pas porter plainte à la Commission [des droits de la personne] pour préjudice lié à son identité de genre» et qu’elle ne pourra pas non plus «le faire [dans le cas d’un préjudice] lié à son sexe, parce qu’en réalité, elle est quoi?».La ministre St-Pierre a par la suite candidement demandé à Marie-Josée Huot, une transsexuelle qui assistait aux travaux de la commission: «Quand une personne se déclare transgenre et qu’elle remplit des formulaires, qu’est-ce que la personne écrit à la case “sexe féminin ou masculin”?» Réponse de M.Foster «Le sexe de naissance.» Le Devoir Sylvain Simard défend les idées de Pauline Marois JOCELYNE RICHER Québec — Le député péquiste Sylvain Simard vient à la rescousse de sa chef, Pauline Marois, et se dit lui aussi favorable à l’enseignement intensif de l’anglais dès le primaire, même si cette idée soulève la controverse dans les rangs souverainistes.«Ce qui est important, et on le sait, pour apprendre une langue, ce n’est pas du saupoudrage pendant des années d’une heure par-ci par-là, ce sont des cours intensif», a déclaré l’ex-ministre de l’Éducation hier, lors d'un point de presse.Le député de Richelieu réagissait à la mise au point faite par Mme Marois dans une lettre ouverte aux journaux, à la suite de déclarations précédentes sur l’enseignement de l’anglais qui avaient tait des vagues.Rappelons que la semaine dernière, dans une entrevue au quotidien I«e Devoir, Mme Marois s’était montrée favorable à l’enseignement intensif de l’anglais dès la cinquième armée du cours primaire, voyant même d’un bon œil, par exemple, que les cours d’histoire et de géqgraphie soient donnés en anglais.A la suite du tollé soulevé par sa proposition, Mme Marois a reculé et jugé que ce n’était pas un bon exemple.M.Simard a renchéri pour dire que l’idée d’enseigner l’histoire en anglais aux enfants du primaire n’était pas la suggestion du siècle, tout en se rangeant derrière sa chef sur le fond.Ire chef péquiste a elle-même convenu que «ce n’était pas la suggestion du siècle», a-t-il dit, refusant de commenter les sorties des Gérald Larose, Yves Mi-chaud et Victor-Lévy Beaulieu, qui ont tous critiqué la prise de position de Mme Marois sur la question du bilinguisme.Mais M.Simard croit lui aussi que les cours intensifs d’anglais et d’immersion totale en anglais sont une bonne chose pour les jeunes.«R faut qu’il y ait à quelques occasions dans un cursus scolaire, à la fin du primaire et du secondaire, des moments où on apprend vraiment une langue», selon lui.En appui à sa thèse, il rappelle qu’actuellement les jeunes terminent souvent leur secondaire sans pouvoir parler anglais.La Presse canadienne E N Pas convaincant Le plan d’action sur l’enseignement du français et la volonté de la ministre de l'Éducation.Michelle Courchesne, de procéder à une révision des programmes ne convainquent pas la coalition Stoppons la réforme de baisser la garde.Ire groupe lançait officiellement hier son manifeste qui réclame un moratoire sur l’implantation de la réforme en quatrième et cinquième secondaire et des correctifs immédiats pour les niveaux où elle s'applique déjà.«Quand la ministre dit vouloir recentrer sur l’acquisition des connaissances et que f écoute le bruit autour d’elle, soit dans les commissions scolaires ou au ministère de l’Éducation, je n’en- B R E F tends pas la même chose.Ses collaborateurs font plutôt écho d’une volonté de maintenir l’approche par compétences», a fait valoir le porte-parole de la coalition et président de la Fédération autonome de renseignement, Pierre Saint-Germain.Outre les ténors péquistes Bernard Landry, Jean-François Usée et Joseph Facal, dont l’appui au manifeste était déjà connu, le plaidoyer est,cautionné entre autres par la linguiste Marie-Éva De Villers, le critique adéquiste en matière d’éducation François Desrochers, l’ex-président du Mouvement Desjardins Claude Béland, le prêtre et député bloquiste Raymond Gravel et plusieurs autres personnalités des milieux universitaire et syndical.- Le Devoir La force du droit François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Vieux Montréal 514.845.5545 A 1 LF.DEVOIR, LE J E L' l> I 11 FÉVRIER 2 0 0 8 LES ACTUALITES Il faut doubler les coûts de l’enfouissement, selon une coalition LONGUEUIL LOUIS-GILLES F RAN CŒUR Les 90 organismes environnementaux et citoyens regroupés au sein du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED) estiment que deux moyens s’imposent pour enrayer la hausse constante du volume de déchets générés par la consommation et ultimement voués à l’enfouissement ou à l’incinération.D’abord, ont expliqué hier les représentants du front commun lors de la présentation de leur mémoire en commission parlementaire à Québec, il faut limiter sur une base régionale la capacité d’enfouissement, ce qui forcera les gestionnaires locaux à accorder la priorité à d’autres filières comme la récupération et le compostage, sans oublier la réduction à la source.Par ailleurs, estime le front commun, il faut hausser de 10 $ à 40 $ la tonne le prix de tout ce qui est envoyé aux sites d’enfouissement afin que le coût de revient de cette filière perde de son attrait dans le monde municipal, où les économies priment souvent sur la logique environnementale.Les coûts du recyclage et du compostage dépassent souvent les 100 $ la tonne dors que ceux de l’enfouissement se maintiennent autour de 30 à 40 $ la tonne.Selon le FCQGED, la redevance de 40 $ imposée à l’enfouissement devrait être redistribuée aux muni- cipalités les plus performantes dans l’atteinte des objectifs de mise en valeur des matières résiduelles.Par ailleurs, le front commun estime qu’il faut interdire par règlement l’élimination des matières putrescibles si on veut que le monde municipal passe à l’action dans ce domaine.Cet organisme estime par ailleurs que Québec doit imposer un moratoire sur les projets de valorisation énergétique à des fins commerciales jusqu’à ce que cette pratique soit encadrée par un règlement.Cette recommandation s’oppose à celle du monde municipal qui voudrait que Québec accorde une médaille environnementale à l’incinération des déchets ultimes si on en tire de l’énergie.De son côté, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (ENCRE) estime que Québec doit passer des vœux pieux aux actes en matière de réduction des déchets à la source par une attaque clairement dirigée contre la consommation, une des valeurs fondatrices de la nord-américanité.Faute d’une véritable attaque sur le front de la réduction à la source, précise le mémoire du ENCRE, on a assisté au Québec à une croissance de 46 % entre 1988 et 2006 du volume de déchets et à une hausse de 21 % des quantités envoyées à l’enfouissement, malgré tous les progrès accomplis du côté de la récupération et du recyclage.Le Devoir Des soupçons de conflit d’intérêts pèsent contre le maire Gladu JEANNE CORRIVEAU Le Procureur général du Québec évalue la possibilité d’intenter des poursuites contre le maire de Longueuil, Claude Gladu.Selon une plainte déposée au ministère des Affaires municipales et des Régions (MAMR), M.Gladu se serait placé en situation de conflit d’intérêts alors qu’il était président de l’arrondissement du Vieux-Longueuil et vice-président du comité exécutif de la Ville entre 2003 et 2005.Le MAMR a jugé la plainte assez sérieuse pour soumettre le dossier au Procureur général du Québec, qui devra décider si des poursuites pénales seront intentées contre le maire.L’attaché de presse du maire Gladu, Jean Rossignol, a confirmé hier que la plainte avait été déposée en février 2006 par l’actuel chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Michel Latendresse.On y allègue que l’entreprise Broderie Rive-Sud, alors propriété de M.Gladu, aurait vendu des articles de sport à la Ville de Longueuil à cinq reprises alors qu’il était membre du conseil municipal de la ville fusionnée de Longueuil et vice-président du comité exécutif.Or l’article 304 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités stipule qu’un élu est inhabile à siéger s’il «a un intérêt direct ou indirect dans un contrat avec la municipalité ou l'organisme».Si le Procureur général devait déposer des poursuites et si M.Gladu était reconnu coupable, le maire ne pourrait plus occuper ses fonctions à la Ville de LongueuD.Claude Gladu, actuellement en vacances à l’extérieur du pays, a l’intention de commenter les allégations à son retour de voyage, dans dix jours, a indiqué M.Rossignol Claude Gladu C’est le journal Point Sud qui a révélé cette affaire hier après avoir pris connaissance d’une lettre datée du 7 février dernier et transmise aux membres du conseil municipal.Le sous-ministre du MAMR, Jean-Pierre Beaulieu, y fait savoir qu’à la suite de «représentations adressées au ministère des Affaires municipales et des Régions concernant un présumé conflit d'intérêts de la part du maire, [.] le dossier a été transmis au Procureur général du Québec pour considération».Au MAMR, on refuse de commenter les allégations contre M.Gladu, mais la responsable des communications, Marie-Josée Dionne, a rappelé que le dossier étant maintenant entre les mains du Procureur général, ce sera à lui de décider des suites à donner à la plainte.«Bon an, mal an, on reçoit entre 275 et 300 plaintes.Il faut avoir des motifs sérieux pour référer un dossier au Procureur général», a-t-elle dit Ancien maire de Longueuil de 1994 à 2001, Claude Gladu s’était joint à l’équipe dirigée par Jacques Olivier, candidat à la mairie de la nouvelle ville fusionnée en 2002.Alors que M.Olivier dirigeait la Ville, Claude Gladu, alors président de l’arrondissement du Vieux-Lon-gueuil et vice-président du comité exécutif, avait fait faux bond à son chef lors d'un putsch qui avait fait beaucoup de bruit, menant Jacques Olivier à se retirer de la vie politique.Lors du scrutin de novembre 2005, M.Gladu avait remporté la mairie et fait élire 19 conseillers.Pour sa part, Ralliement Longueuil avait décroché sept sièges.Longueuil est la quatrième ville en importance au Québec.Le Devoir Laval, c’est TELLEMENT PLUS QU’UN PALINDROME.Que le nom de Laval soit un palindrome c'est amusant, mais ce n'est pas ce qui fait notre force.Non, nous sommes plutôt des gens dynamiques, qui savent ce qu'ils veulent, se lancent des défis et les relèvent.Comme votre entreprise aime les défis, elle serait vraiment à sa place parmi nous.Nous bâtissons une ville et nous relevons le défi de la croissance, notamment.Alors communiquez avec nous, nous vous montrerons un lieu, des milieux de vie, une ville bien organisée et des services pour tous.Une île, une ville, un but : réussir notre ville.LAVAL TECHNOPOLE DES EXPERTS AU SERVICE DES ENTREPRISES DE LAVAL Il y a une place pour vous à Laval.Un numéro vous y conduit : 450 978-5959 Et un site Internet vous guide : www.lavaltechnopole.com EN BREF Srougi en probation Andy Srougi a été condamné à une peine de trois ans de probation, hier à Longueuil pour avoir paralysé la circulation sur le pont JacquesCar-tier pendant une douzaine d’heures, en septembre 2005.Srougi un militant de l’organisme Fathers 4 Justice, avait grimpé sur la structure du pont où il avait déroulé une banderole sur laquelle était inscrit «Papa faime», pour protester contre un divorce particulièrement acrimonieux D avait reconnu sa culpabilité à des accusations de méfait de complot et d’entrave au travail des policiers.La Couronne réclamait une peine de six mois de prison ferme, tandis que la défense suggérait une absolution inconditionnelle.Le juge de la Cour supérieure James Brun-ton a exclu d’emblée l’absolution inconditionnelle compte tenu des importants bouchons de circulation qu’avait générés ce coup d’éclat Le juge était même prêt à envoyer Srougi en prison, mais il semblerait que l’homme s’est pris en main: il compte lancer un logiciel et une revue spécialisée sur les mesures d’urgence.C’est ce qui a convaincu le juge Brunton de lui infliger une pel ne de probation, en plus d’une amende de 450 $ et de 180 heures de travaux communautaires.Le juge Brunton a bien averti Srougi qu’il n’hésitera pas à l’expédier en prison au moindre écart de condul te.Srougi n’est pas au bout de ses peines pour autant D devra subir un autre procès pour avoir désobéi à un ordre du tribunal dans une autre affaire.- Ij; Devoir Gare-hôtel Viger: rapport favorable C’est du bout des lèvres que l’Office de consultation publique de Montréal a recommandé d’autoriser le projet de transformation de la gare-hôtel Viger dans son rapport rendu public hier.Si l’Office y voit une occasion de revitaliser ce secteur et se montre ouvert à la présence de tours d’habitation, il a toutefois également critiqué l’absence de plusieurs éléments fondamentaux d’un tel projet l’emplacement et le volume des tours ne sont pas définitifs, l’architecture n’est pas déterminée, les revêtements sont inconnus tout comme la façon d’aménager les espaces publics.«Voilà autant de facteurs qui peuvent faire la différence entre le chefd’œuvre ou la laideur», souligne l’Office, pour qui le projet tel que présenté n’est qu’une «illustration du possible, mais qui engage l’avenir par la voie de la réglementation».L’administration Tremblay s’est dite heureuse de ce rapport ne retenant toutefois que l’appui de principe et passant sous silence les critiques.- Le Devoir Poker: pas d’enquête de la Régie La Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJQ) n’enquêtera pas sur la légalité des toutes nouvelles tables de poker automatisées, introduites en janvier dans les trois casinos de LotoQuébec.En décembre, le syndicat des croupiers de ces casinos avait déposé une plainte selon laquelle ces tables sont illégales, notamment parce que les cartes ne sont pas distribuées par une personne.Le syndicat affirmait aussi qu’on ne pouvait pas considé rer ces tables comme étant des machines à sous, le seul type de machl ne accepté dans les casinos du Qué bec.Or la RACJQ estime que ces al légations sont infondées.«Notre job a été faite dans ce dossier», a dit le porte-parole de la Régie, Réjean Thériault.«Nous avons analysé la plainte et il n’y a pas matière à enquête.» M.Thériault n’a toutefois pas voulu expliquer les raisons de la dé dsion de la Régie puisque le syndl cat a déposé une requête en Cour supérieure pour ordonner à la Régie de mener l’enquête demandée.- Le Devoir Plus de sécurité Afin de rendre les déplacements des piétons plus sécuritaires, la Ville de Montréal a lancé un programme visant à réaménager les intersections considérées les plus dangereuses.Did la fin du printemps, des travaux seront réalisées à 64 carrefours.On compte notamment rédul re la lirgeur des chaussées, installer des feux de circulation à décompte numérique et aménager des saillies aux extrémités des trottoirs.Ce programme, qui fait partie du plan de transport de la Ville, s’échelonnera sur dix ans et l’administration munl dpale entend y consacrer un budget d’environ neuf millions de dollars par année.A terme, on souhaite sécuriser 500 intersections.Cette année, les travaux toucheront des intersections situées le long du chemin de la Côteries-Neiges, de l’ave nue du Mont-Royal ainsi que des rues Jarry et Jean-Talon.Le responsable de l’aménagement urbain au comité exécutif André Lavallée, a rappelle hier que, chaque jour, cinq piétons étaient impliqués dans un accident de la circulation dans la métropole.- D Devoir * Responsable d’une série d’attentats E MONO Un homme clé du Hezbollah est assassiné à Damas Beyrouth — Un des hommes les plus traqués par les services secrets israéliens et occidentaux, l'activiste chiite Imad Moughnieh, chef de la sécurité du Hezbollah pendant la guerre civile au Liban, a été tué mardi soir dans l’explosion de sa voiture à Damas.Ce mystérieux attentat à la bombe, dont les autorités syriennes n’avaient encore soufflé mot près de 24 heures plus tard, a été imputé par le Hezbollah à Israël, qui a démenti être impliqué dans l’assassinat de Moughnieh, tout en s’en félicitant Âgé de 45 ans, Moughnieh était considéré comme l’instigateur d’une série de coups sanglants et spectaculaires, dont les attentats à la bombe contre l’ambassade des Etats-Unis, le QG des forces américaines et la caserne française du Drakkar à Beyrouth en 1986, qui avaient fait plus de 350 morts.On lui attribue aussi une série d’enlèvements et d’assassinats d’Oc-cidentaux dans la capitale libanaise durant la guerre civile de 1975-90, sous l’étiquette d’un obscur djihad islamique, ainsi que les attentats de 1992 contre l’ambassade d’Israël à Buenos Aires (28 morts) et de 1994 contre le centre culturel juif de la capitale argentine (87 morts).Les Etats-Unis, qui l’accusaient d’avoir aussi planifié et mené à bien le détournement d’un appareil de la TWA en juin 1985, avaient offert une récompense de cinq millions de dollars pour la capture de Moughnieh et se sont réjouis de sa mort.Le Hezbollah a annoncé lui-même de Damas que Moughnieh, qui passait pour prendre mille précautions pour sa sécurité, était tombé «en martyr» des «sionistes» après «une vie de djihad, de sacrifices et d’accomplissements».Le mouvement chiite a appelé ses partisans à participer massivement à ses funérailles aujourd’hui à Beyrouth où son corps a été rapatrié.Téhéran, où Moughnieh passe pour avoir été basé une grande par- tie des années 1990, a lui aussi attribué au «terrorisme d’Etat» israélien l’élimination de l’activiste, qui, selon le ministère iranien des Affaires étrangères, a «écrit en lettres d’or une page de la lutte contre les agresseurs et occupants sionistes».Le gouvernement israélien a formellement démenti une quelconque participation à l’attentat de Damas, mais son ministre de l'Environnement, Gideon Ezra, ancien agent du Mossad, s’est réjoui de la mort de Moughnieh.Israël ne confirme ni n’infirme habituellement les «succès» attribuables au Mossad.De source proche de ce dernier, on croit savoir que Moughnieh avait contribué à planifier le coup qui a permis au Hezbollah d’enlever deux soldats israéliens en juillet 2006 à la frontière libanaise, élément déclencheur de la guerre lancée par Israël au Liban.«Le monde est un endroit meilleur sans cet homme.C'était un meurtrier de sang-froid, un meurtrier de masse, un terroriste coupable delà perte d’un nombre incalculable de vies innocentes», a dit le porte-parole du département d’Etat américain, Sean McCormack, en estimant que, «d’une certaine manière», justice, avait été faite.En 1995, les Etats-Unis avaient tenté de le capturer à la faveur d’un escale en Arabie Saoudite d’un avion dans lequel il avait été repéré.Mais les autorités saoudiennes avaient fait échouer le plan en interdisant à l'appareil d’atterrir, dit-on de source diplomatique.Finalement le 4erroriste le plus recherché de la planète» — avant l’entrée en scène d’Oussama ben Laden — a été pulvérisé par l’explosion de sa Mitsubishi Pajero blanche alors qu’il se déplaçait dans un quartier résidentiel hyper-sécurisé de Damas, abritant notamment un QG des services secrets syriens.Reuters « Le monde est un endroit meilleur sans cet homme » Rapport de RSF La liberté de la presse est mise à mal en Chine Paris — L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé la censure et la répression dont sont victimes les journalistes en Chine, à six mois des Jeux olympiques, estimant qu’un «vent glacial» s’est abattu sur la liberté de la presse dans ce pays en 2007.Dans son rapport 2008 sur la liberté de la presse dans le monde, publié hier, RSF affirme que «les journalistes ont été contraints de relayer la propagande officielle tandis que les cybercenseurs sévissaient sur Internet».«Malgré une réglementation assouplie en janvier», ajoute l’organisation de défense des journalistes, «près de 180 correspondants de la presse étrangère ont été arrêtés ou harcelés en 2007».RSF souligne que la police a entrepris d’arrêter les dissidents et les blogueurs qui souhaitent une amélioration de la situation des droits de la personne avant les Jeux olympiques, citant l’exemple de Hu Jia, «le plus connu de ces “prisonniers olympiques”».RSF note encore que la presse libérale (notammentXin JingBao, Nanfang Dushi Bao et Caijing) a parfois été à l’origine d’informations embarrassantes pour les autorités locales ou nationales.L’organisation évoque la censure quotidienne des télévisions et des radios.Les journalistes de la chaîne gouvernementale CCTV sont avertis tous les matins, quand ils se branchent à leur ordinateur professionnel, des sujets à ne pas traiter ou à couvrir avec précaution.«La censure et le contrôle policier ont été encore plus forts dans les régions où il existe des mouvements autonomes» comme au Tibet et au Xinjiang.Agence France-Presse EN BREF Les journaux danois sont solidaires Copenhague — Dix-sept journaux danois, dont les trois plus grands quotidiens nationaux, ont publié hier, au nom de la liberté d’expression, une caricature du prophète Mahomet réalisée par un auteur qui était la cible d’un atten-tat, déjoué mardi par la police.Le dessin en question — la tête du prophète coiffée d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée — est l’une des douze caricatures de Mahomet qui avaient été publiées en 2005 par le journal/yf-lands-Posten, provoquant le courroux du monde musulman.Mardi, la police a arrêté un Danois d’origine marocaine et deux Tunisiens qui projetaient d'assassiner Kurt Westergaard, l’auteur du dessin satirique reproduit hier.Parmi les 17 journaux figure le grand quotidien conservateur Ber-lingske Tidende, qui a décidé pour la première fois de publier ce dessin controversé afin de montrer son refus de l’autocensure.- AFP Pakistan: deux suspects avouent Islamabad — Deux hommes arrêtés dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Benazir Bhutto ont avoué hier avoir aidé l’auteur de l’attentat suicide du 27 décembre qui a coûté la vie à la dirigeante de l’opposition pakistanaise, a annoncé la police.Hasnain Gui et Rafa-qat, ce dernier désigné sous ce seul nom, avaient été arrêtés le 7 février au cours d’une opération policière à Rawalpindi, dans le nord du Pakistan, où a été commis l’attentat suicide.Les deux suspects, qui ont comparu devant un juge à Rawalpindi, ont affirmé qu’ils se trouvaient alors sur les lieux et qu’ils avaient hébergé l’auteur de l’attentat suicide, identifié sous le nom de Bilal, au cours de la nuit ayant précédé l’attaque, a déclaré Chaudhry Abdul Majid, chef de l'équipe des enquêteurs.«Us ont fourni à Bilal une veste [pour la réalisation de l’attentat] suicide et un pistolet», a indiqué ce responsable de la police.-AFP Fort de l’appui des États-Unis et d’une large part des membres de l’UE Le Kosovo attend le feu vert pour déclarer son indépendance ROBERT ATANASOVSKI AFP Les Albanais du Kosovo attendant avec impatience la proclamation de l’indépendance.Pristina — Les responsables du Kosovo ont indiqué qu’ils seraient prêts techniquement dès demain à proclamer unilatéralement l’indépendance de la province serbe, pais ils attendent le feu vert des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE) pour une annonce coordonnée.À Pristina, où l’on s’attend à une proclamation de l’indépendance dimanche, le Parlement kosovar a été convoqué pour une session demain au cours de laquelle il doit changer la procédure d’adoption des lois en vue d’approuver rapide ment les textes prévus par le plan de l’envoyé spécial de l’ONU Mart-tiAhtisaari.Ce plan préconise une indépendance sous «supervision internationale» de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise et propose une très large autonomie aux quelque 100 000 Serbes du Kosovo (sur deux millions d’habitants).La procédure va changer «pour que puissent être adoptées [rapidement] les lois prévues par le plan Ahtisaari», que les autorités koso-vares se sont engagées à appliquer, a déclaré hier le président du Parlement Jakup Krasniqi.Ce plan avait été présenté en mars 2007 devant le Conseil de sécurité.Rejeté par Belgrade et Moscou, il a été approuvé l’année dernière par le Parlement du Kosovo et soutenu par les Etats-Unis et plusieurs grands pays de l’UE, «parrains» de l’indépendance, qui souhaitent voir les autorités kosovares le respecter au maximum.M.Krasniqi a indiqué que le Parlement commencerait «immédiatement après la déclaration d’indépendance» à «examiner les symboles, la Constitution et les lois» qui, a-t-il dit sont «prêts».La session du Parlement est prévue alors que, selon différentes sources à Pristina, la proclamation de l’indépendance devrait intervenir juste avant une réunion lundi des ministres des Affaires étrangères de l’UE, qui espère afficher une unité relative sur la reconnaissance.«La date de l’indépendance sera annoncée lorsque cela sera coordonné avec les États-Unis et l’UE», a dé- claré le vice-président de la ligue démocratique du Kosovo (LD K) membre de la coalition gouverna mentale, Sabri IJamiti.Comme les Etats-Unis, une large majorité des pays de l’UE (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie en tête) ont exprimé leur intention de reconnaître le Kosovo indépendant après la proclamation.Mais, l’UE est divisée sur ce sujet: six Etats, craignant que cela n’encourage les séparatismes, ne devraient pas le faire, du moins dans un premier temps (Chypre, l’Espagne, la Bulgarie, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie).De son côté, la Russie, alliée indéfectible de Belgrade, a soutenu la demande de la Serbie de réunir d'urgence le Conseil de sécurité pour aujourd’hui.«Nous soutenons la demande de la Serbie de convoquer pour demain [aujourd'hui] une réunion du Conseil de sécurité, mais je ne suis pas très optimiste sur son issue», a cependant déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, après des entretiens avec la troika européenne à Brdo pri Kranju, près de Ljubljana.Washington a pour sa part indiqué hier que le Kosovo «devait être capable d’avancer» vers l’indépendance avec un soutien international, en dépit de l’opposition de la Russie.George W.Bush «a depuis longtemps soutenu la position selon laquelle ils [les Kosovars] doivent être capables d’avancer et doivent être soutenus par la communauté internationale dans leur quête de l’indépendance», a indiqué la porteparole de la Maison-Blanche Dapa Perino.Ira secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a tendu la main à la Serbie hier en reconnaissant que la prochaine annonce de l’indépendance du Kosovo ouvrirait une «période extraordinairement difficile» pour les Serbes.«Nous voulons une Serbie qui regarde en direction de son avenir, et cet avenir est en Europe», a déclaré la chef de la diplomatie américaine, qui s’exprimait devant une commission du Congrès.Agence France-Presse ALLEN FREDRICKSON REUTERS Barack Obama faisait campagne hier à Waukesha, dans l’Etat du Wisconsin.Primaires américaines * P Obama joue l’économie pour conquérir le Texas et le Wisconsin Washington — Apres les primaires du Potomac, remportées par Barack Obama chez les démocrates et par John McCain pour les républicains, les présidentiables américains partent à la conquête d’un électorat ébranlé par la crise économique au Texas et dans le Wisconsin.Barack Obama est désormais auréolé de sept larges victoires d’affilée depuis le weekend et mène en nombre de délégués du Parti démocrate chargés de désigner officiellement le candidat à la présidentielle de novembre (1260 contre 1221 à Hillary Clinton, selon le site Internet RealClearPolitics, avec un seuil nécessaire de 2025).Il s’agit d'une avance quasi impossible à remettre en cause, selon son directeur de campagne, David Plouffe.Mais conformément à la recommandation de M.Plouffe de «garder la tête dans le guidon», le jeune sénateur noir de l'Illinois a immédiatement tenté de capitaliser sur ses gains électoraux chez les foyers modestes, une base essentielle aux chances électorales de Hillary Clinton.«Aujourd’hui, j’expose un programme complet pour reconquérir notre rêve et restaurer notre prospérité», a-t-il dit au Wisconsin dans une usine de General Motors au lendemain de l’annonce de pertes colossales chez le leader mondial de l’automobile.Cet accent sur la thématique économique vise à ébranler ce qui a jusqu’à présent été un point fort de l’ex-première dame.M.Obama a annoncé un programme de grands travaux financé par un fonds de 60 milliards en dix ans, avec les fonds dégagés par la fin de la guerre en Irak, qui devrait selon lui générer «près de deux millions d’emplois».Il a promis une loi des employeurs patriotes pour lutter contre les délocalisations et précisé que son plan énergétique permettrait d’investir 150 milliards en dix ans pour créer un secteur de l’énergie verte.Hillary Clinton, qui n’est attendue dans le Wisconsin qu’en fin de semaine, a préféré se concentrer sur le Texas, où un sondage vieux d’une dizaine de jours la créditait d’une avance de dix points pour le scrutin du 4 mars.«J’ai été mise à l’épreuve et je suis prête», a-t-elle assuré.Le responsable adjoint de sa campagne, Mike Henry, a démissionné, selon les médias, poursuivant un remaniement de son équipe déclenché après les échecs du weçk-end en Louisiane, dans le Nebraska et l’État de Washington.Des victoires décisives le 4 mars au Texas, qui compte un fort électorat hispanique qu’elle peut espérer favorable, et en Ohio, touché de plein fouet par la crise, sont considérées comme indispensables si l’ex-première dame veut espérer briguer la présidentielle du 4 novembre.Côté républicain, John McCain, qui a conforté son statut de favori avec ses trois victoires dans la région de Washington, devait également se concentrer sur les prochaines étapes de la course d’ici la fin dç la semaine, dans le Wisconsin puis dans les petits États du Vermont et du Rhode Island.S’il semble mathématiquement impossible que l’ancien pasteur baptiste Mike Huckabee lui vole la victoire en dépit de ses bons scores parmi l’électorat le plus religieux, M.McCain doit encore aligner les succès pour franchir le seuil des 1191 délégués qui lui assurera l’investiture du Parti républicain alors qu’il n’en a encore que 797.M.McCain, déjà salué comme un «véritable conservateur» par le président George W.Bush dimanche, a reçu hier le soutien du chef des républicains à la Chambre des représentants, John Boehner, confirmant son statut de candidat quasi officiel.Agence France-Presse «J’expose un programme complet pour reconquérir notre rêve et restaurer notre prospérité » IRAK Les réfugiés rentrent peu GUY TAILLEFER Bagdad et Washington claironnent que la réduction des violences en Irak a poussé en nombres substantiels les Irakiens qui ont quitté leur maison depuis le début de la guerre à rentrer chez eux.Deux études récentes contredisent cette bonne nouvelle: celle du Croissant-Rouge irakien (CRI), selon lequel le nombre de déplacés internes à rentrer, après avoir connu une hausse l’année dernière, s’est considérablement tari; celle ensuite du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés, d’après lequel les Irakiens sont en fait plus nombreux à quitter le pays — pour la Syrie, notamment — qu’à y revenir.Pourtant, les autorités affirment que les attentats ont chuté de 60 % depuis juin dernier, pour cause de renforts de troupes américaines déployées début 2007 à Bagdad.L’étude de l’ONU affirme que la plupart des Irakiens qui se sont réfugiés en Syrie rentrent en Irak non pas parce qu’ils s’y sentent plus en sécurité mais parce qu’ils n’ont tout simplement plus les moyens de vivre à l’étranger.On évalue à 2,2 millions le nombre d’exilés irakiens et à presque autant celui des déplacés internes.L’Irak compte 20 millions d’habitants.Selon le CRI, le nombre de déplacés a chuté de 110 000 en octobre mais de seulement 3000 en décembre.Ira grande majorité des déplacés vivent dans un très grand dénuement, sans-eau ni électricité.Cette même organisation calcule que 46 000 réfugiés sont rentrés de Syrie entre le 15 septembre et le 27 décembre alors que le gouvernement affirme qu’ils ont été 1600 à revenir d’exil tous les jours.Pas plus du tiers des réfugiés qui rentrent retournent vivre dans la maison qu’ils ont quittée.La plupart du temps, elle est détruite ou occupée.Au-delà de ces chiffres, Washington oublie de dire, signale l’organisation International Crisis Group (ICG), que la baisse des violences n’aurait pas été telle si l’Armée du Mahdi, la puissante milice chiite de l’imam Moqtada alSadr, n'avait pas décrété en août dernier un cessez-le-feu unilatéral de six mois pour lui permettre de se réorganiser et de colmater ses dissensions.L’Armée du Mahdi contrôle toujours des quartiers clés de Bagdad et plusieurs villes du sud.L1CG déplore que les Américains lui opposent une stratégie essentiellement militaire.Les conditions pourraient être favorables, avance l’organisation, à l’ouverture de discussions dans le but d’amener al-Sadr à renoncer à l’action politique violente.Le Devoir Avec Reuters LE DEVOIR, LE JEUDI 14 FÉVRIER ^008 A fî EDITORIAL L’agriculture doit évoluer L’agriculture québécoise fait face à d’énormes difficultés qui n’iront pas en diminuant.Difficultés à écouler ses produits, à concilier production de masse et exigences diversifiées des consommateurs, à s’adapter aux règles en matière d’environnement.La Commission sur l’avenir de l’agriculture pose un bon diagnostic.Y a-t-il un parti politique qui, malgré la résistance, osera relever ce défi?D Jeun-Robert Sansfaçon ans son rapport, la commission présidée par l’ancien sous-ministre Jean Pronovost fait 49 recommandations cohérentes et courageuses.À ce jour, la plupart des acteurs ont réagi positivement Sauf l’ÜPA, dont on appelle à la fin du monopole sur le monde agricole.Même l’ancien président de l’UPA Jacques Proulx applaudit à ce rapport dans lequel il voit «une main tendue à tous les acteurs [.] pour relancer ce secteur tout en recherchant le bien commun».Au premier plan des changements proposés afin d’accroître l’équité entre les agriculteurs, soit une plus grande diversité de produits sur le marché et une productivité accrue à la ferme, la commission désigne le système d’aide financière.Tous les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis 20 ans, péquistes et libéraux, ont baissé les bras devant le lobby de l’UPA Malgré un milliard de dollars d’aide publique annuelle, seuls 17 types de productions sont admissibles au régime d’assurance revenu, tous les autres étant exclus.Pis encore, ce sont ceux qui en ont le moins besoin qui en reçoivent le plus.En 2003, par exemple, 8 % des éleveurs de bouvillons ont accaparé 63 % des subventions, pour une moyenne de près d’un demi-million chacun! Même phénomène chez les producteurs de porcs, de veaux ou de mais.Et devinez qui préside la Financière agricole, cette quasi-banque largement déficitaire qui prête aux agriculteurs et gère les centaines de millions de dollars d’aide publique au nom du gouvernement?Le président de l’UPA lui-même, alors que ses membres ne contribuent à la caisse que de façon symbolique.Le résultat est là: une poignée d’agriculteurs encaisse la plus grande partie des fonds, et même quand les prix sont à la baisse, la production de porcs et de maïs augmente.Ce gaspillage n’a jamais été dénoncé par l’UPA même si la majorité de ses membres n’en profite pas.Au contraire, au lieu de réformer le système, on exige d’autres centaines de millions.comme si l'argent poussait dans les vergers.Soit dit en passant, contrairement à la légende urbaine, il faut savoir que les agriculteurs du Québec reçoivent plus d’argent en moyenne que leurs homologues canadiens et américains.La commission ne propose pas de réduire cette aide globalement mais de réformer le système pour tenir compte des besoins de tous les producteurs en mettant l’accent sur les gains de productivité, l’effort de diversification et le respect de l’environnement Par ailleurs, contrairement à ce que réclament les défenseurs du libre marché intégral, la commission propose le maintien du système de gestion de l’offre pour le lait, le poulet et les œufs.Elle suggère aussi de conserver les mécanismes de mise en marché collective là où ils s’appliquent mais propose du même souffle de faire une place formelle aux produits «différenciés», non standards, comme ceux issus de l’agriculture biologique, dont les consommateurs sont de plus en plus friands.Touffu et documenté, ce rapport mérite d’être pris au sérieux.L’agriculture de demain sera aussi différente de celle d’aujourd’hui que cette dernière l’est de celle de nos grands-parents.Sans réforme des mécanismes structuraux qui encouragent les meilleures pratiques et sans une réponse plus souple et plus rapide aux besoins changeants des consommateurs, l’industrie agroalimentaire du Québec disparaîtra à petit feu et, avec elle, la vie de nos campagnes.Tenir sa langue près une semaine sous les salves, Pauline Marois le reconnaît enfin: elle aurait dû tenir sa langue! En causant à la légère de bilinguisme idéal, la chef du Parti québécois s’est royalement enfoncée dans le bourbier linguistique.La reconnaissance de sa maladresse arrive huit interminables journées après la publication de ses propos controversés; l’intermède a été assez long pour que des langues bien pendues l’accusent de traîtrise.La faute de Madame: avoir associé sa conception d’un bilinguisme bien ancré à l’école non seulement à l’anglais intensif offert au dernier cycle du primaire mais aussi à l’apprentissage — en anglais — d’une matière comme l’histoire ou la géographie.Shocking! Mme Marois a reconnu avec justesse avoir poussé trop loin son rêve d'ouverture des jeunes Québécois à une langue seconde, en l'occurrence l'anglais.Certains ont associé son glissement à une sympathie d’esprit pour le bilinguisme à la Trudeau: voilà le vrai dérapage! En réalité, hormis cette bévue pour laquelle Pauline Marois risque de se mordre la langue encore longtemps, le fond de sa pensée reflète un certain bon sens.Après les mises en garde d’usage — un solide apprentissage du français, un anglais intensif tel que la loi le permet —.pourquoi se rebeller contre une ouverture à la richesse indéniable qu’est l’apprentissage d’une autre langue, son corollaire le plus désolant étant bien sûr l’ignorance et ses multiples freins?Bien sûr, l’anglais vogue sur un douloureux paradoxe: l’attrait auquel certains l’associent est vite liquidé par la menace que d’autres perçoivent.On l’a peut-être déjà oublié, mais le projet de loi 195 sur l’identité québécoise, qui a aussi valu quelques pénibles quarts d’heure à la chef du PQ l’automne dernier, contenait malgré ses imperfections une volonté nette de consolider le fait français, intimement lié à la citoyenneté québécoise.Le PQ a déjà fait consensus à propos de l’anglais à l’école.En 2(X)1, le ministre de l'Education d’alors, François Legault, brandissait un plan d’action pour «améliorer l'apprentissage de la langue seconde».Il prévoyait la mise en place progressive de l’enseignement intensif de l’anglais.Ce regard en arrière ne pourra qu’éveiller la nostalgie.Bien que la question linguistique ait toujours été une bombe à retardement ici, 2008 se place sous des auspices bien différents.La nouvelle chef est déjà epiée pour sa tendance à l’approximation, par exemple autour de la question référendaire.Son parti, qui fait de la langue une clef de voûte, cherche à redéfinir son profil.Les débats linguistiques font rage au Québec.Ce contexte délicat, que la chef du Parti québécois aurait dû savoir décoder, impose une prudence exemplaire dans l’expression du fond de sa pensee.si sensé fût-il.Mieux vaut parfois tenir sa langue.machouinarcKiïJedet'oir.com Marie-Andrée Chouinard LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BQURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l’information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFETT Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND «$'AuToP£LüRFPF&ANANiS£fc%>( VCP-SiON PduLÎNÊ MAJÎOiY Vers l’assimilation Dans son texte paru dans Le Devoir du 13 février, Pauline Marois affinnait entre autres ceci.¦ Qu’eDe veut «ouvrir les enfants au monde» et souhaite qu’ils deviennent «bilingues, voire trilingues».Toutefois, elle ne propose que l’anglais, quelle veut imposer et rendre obligatoire en immersion dans les écoles dites françaises alors quil existe une multitude de langues sur la planète à part l’anglais.Elle ne propose pas le bilinguisme mais l’anglais pour tous.La nuance est de taille.Son «ouverture au monde» se réduit à l’ouverture au monde anglo-saxon.¦ Que les programmes d’immersion anglaise au Lac-Saint-Jean n’ont pas mené à l’assimilation des francophones.Cet exemple n’est pas pertinent.Le vrai problème se situe bien sûr à Montréal et en Outaouais.Que donneront les programmes d’immersion anglaise dans un contexte où la langue de travail est la plupart du temps l’anglais, où les cégeps et les universités de langue anglaise occupent presque la moitié du terrain et prennent de l’expansion, où l’hôpital le plus prestigieux à Montréal est anglais, où un anglophone gagne toujours plus qu’un francophone, etc.?Le PQ peut-il réfléchir à cette question?Pauline Marois ne semble pas saisir qu’un accent aussi fort mis sur l’anglais comme compétence personnelle obligatoire ne peut mener qu’à l’assimilation des francophones dans un contexte de bilinguisme institutionnel massif tel qu’il existe au Québec.Son projet de loi 195 ne s’attaque pas du tout au bilinguisme institutionnel, honnis une petite mesure sur la langue de travail donc l'efficacité est douteuse si on se fie à ce qui existe déjà.Si le plan de Pauline Marois consiste à fermer l’ensemble des institutions de langue anglaise au L E T T R E S -4- Québec (Dawson College, John Abbott, McGill, Concordia, Bishop’s, etc.), à ne pas construire le méga-McGill University Health Center et à mettre fin au bilinguisme dans les services publics, alors son projet consistant à mettre l’accent sur l’anglais individuel aurait effectivement peu d’effets, comme au Lac-Saint-Jean.Mais si elle ne fait pas ça, alors son plan nous mènera vers l’assimilation.C’est pourtant simple à comprendre.Frédéric Lacroix Le 13 février 2008 Lafatwa .Lettre à Victor-Lévy Beaulieu Nous habitons une société schizophrène, j’en conviens.Vous en êtes un digne représentant Victor grand défenseur de Mario Dumont un jour, grand défenseur du Parti québécois le lendemain.Quel accès de folie vous incite-t-il a décréter une fatwa contre Pauline Marois?Je vous cite: «Il m’apparaît urgent que les Québécois francophones, par tous les moyens possibles, livrent à Pauline Marois une guerre sans merci.» Merci, M.l’ayatollah.Juste une petite question comme ça: un attentat suicide, est-ce acceptable?Je suis d’accord avec vous: il faut purifier le Québec de la saleté de la langue anglaise.Il faut boycotter Montréal l’impur.Merci au grand défenseur de la langue française.Victor, un coup parti, vous n’auriez pas le goût d’ouvrir une mosquée?Jean-Claude Boivin Montréal, le 12février 2008 Le mépris et la méfiance La position de Victor-Lévy Beaulieu («La traîtrise de Pauline Marois», Le Devoir, 12 fé- vrier) dénote du mépris et de la méfiance envers ses compatriotes.Du mépris d’abord, puisque, au nom de la survie de la nation — mais est-elle vraiment menacée?—, il considère avoir le droit d’interdire aux jeunes l’accès à un savoir devenu aujourd’hui indispensable.De la méfiance ensuite, parce qu’il juge que la simple maîtrise de l’anglais provoqua ra chez les jeunes l’envie d’abandonner le français.L’attachement des Québécois à leur culture et à leur langue maternelle ne tiendrait-il qu’à leur méconnaissance de la langue et de la culture de l’autre?Le propos de M.Beaulieu ne paraît pas si éloigné de la rhétorique d’une ancienne élite socioculturelle qui, naguère, préférait garder le bon peuple dans l’ignorance et l’incitait à rester dans ses villages pauvres et isolés.Boriana Panayotova Sudbury, le 12 février 2008 Un coup de barre bienvenu Professeur au niveau collégial et père de quatre enfants éduqués au Québec, je ne peux qu’approuver je coup de barre proposé par la ministre de l’Éducation en misant davantage sur la dictée, la lecture et la rédaction.Mais pour réussir l’objectif visé, soit l’amélioration de l’enseignement du français au Québec, il faut à mon avis définir deux niveaux de français: un où on enseigne une structure grammaticale simplifiée, utilisée dans le français de tous les jours (parlé et écrit), l’autre, avancée, proposée en option au secondaire à ceux qui visent une carrière nécessitant une connaissance poussée des règles grammaticales et linguistiques.Hassan Jamali Le 7février 2008 LIBRE OPINION -?- Un visage de Colombie derrière la rose de Montréal SARAH CHARLAND FAUCHER Diplômée en science pqlitique et auteure du documentaire à venir A fleur de peau - Un bouquet de la Colombie Lors de l’achat d’un magnifique bouquet de fleurs pour la Saint-Valentin, peu nombreux sont les gens qui se demandent quelles sont les personnes responsables de la culture de telles beautés.On couvre de baisers la personne qui nous les donne, mais rares sont les gens qui remercient les milliers de travailleuses et de travaillées qui ont offert pour im salaire insuffisant de 12 à 20 heures de travail par jour au cours des dernières semaines afin que ces fleurs volent par avion jusqu’à nous.Evidemment, il est difficile de dire merci lorsque des milliers de kilomètres nous séparent D est difficile aussi d’imaginer que derrière la rose rouge et romantique se cache une histoire beaucoup moins rose.La production de fleurs sur le marché plané taire se fait principalement aux Pays-Bas, en Colombie, en Équateur, au Mexique, au Kenya, au Zimbabwe et plus récemment en Chine.Tous se disputent ce marché dans une véritable course à la diminution des coûts de production, qui passent ainsi sur le dos des travailleurs, dont les conditions de travail se dégradent et dont on exige un rendement sans cesse accru.La Colombie est le deuxième exportateur mondial de fleurs après les Pays-Bas et le premier pourvoyeur des États-Unis.Au Canada, un peu moins de 50 % des fleurs coupées importées proviennent de la Colombie, principalement les roses et les œillets.Des conditions de travail difficiles Pendant que les exportateurs de fleurs en Colombie ont écoulé pour plus d’un milliard $US de fleurs en 2007 et que le marché mondial des fleurs avoisine les 16 milliards SUS, les salaires des employés demeurent très bas.Le salaire minimum légal mensuel est de 230 $US en Colombie et de moins de 40 $US au Kenya, somme insuffisante, dans les deux cas, pour couvrir les besoins de base d’une famille.Les propriétaires de serres de fleurs assurent respecter les normes minimales du travail et quelques-uns offrent des certifications écologiques et sociales.Bien que cela soit souhaitable, plusieurs témoignages recueillis auprès des travailleurs démontrent que le paiement du salaire minimum et des avantages sociaux n’est souvent pas fait en bonne et due forme puisque le secteur favorise la sous-traitance.Sans contrat, la main-d’œuvre doit travailler de nombreuses heures supplémentaires et peut être remerciée facilement, surtout lorsqu’elle tente de s'organiser afin de faire respecter ses droits.[.] Les journées de travail sont exténuantes, spécialement lors de la période devançant la Saint-Valentin, et les exigences de rendement sont souvent démesurées, variant entre 250 et 300 coupes et 1250 à 1500 classifications à l'heure, aggravant ainsi les risques pour la santé du travailleur.Les exportateurs de flairs, multinationales ou propriétaires indépendants, vantent leurs avantages comparatifs sur le marché: une main-d’œuvre abondante et bon marché, peu ou pas de conditions de travail minimales à respecter, peu ou pas de règles environnementales, peu ou pas de syndicats indépendants, des ressources naturelles presque données, aucune taxe municipale et aucun impôt national à payer.C'est ce qui permet à tous les petits consommateurs de nos pays du Nord de s’exclamer de joie lorsqu'ils voient le prix de la douzaine de roses baisser de moitié.Au même moment, l’industrie de la fleur coupee au Canada est en grande difficulté, selon Le Quotidien, publié au printemps 2006 par Statistique Canada: «La production de roses a chuté de 22% [en 2005] tandis que la production de fleurs [.] a accusé une baisse incroyable de 27 % après avoir atteint un som- met en 2004.Le recul de la production de fleurs coupées tient en partie à la concurrence des importations sur le marché des fleurs coupées.» Impacts environnementaux De plus, les fleurs sont exportées par millions tous les jours en avion, le moyen de transport le plus polluant Des études réalisées par la Société colombienne de recherche agricole démontrent que la quantité d’eau contenue dans la nappe phréatique de la région où sont cultivées en serre 94 % des fleurs destinées à l’exportation en Colombie aurait diminué de 50 %.En un an, les serres utilisent tout à fait gratuitement la quantité d’eau nécessaire à l’approvisionnement de 600 000 personnes alors que des municipalités sont aux prises avec des pénuries d’eau.Plusieurs cours d’eau et de grandes superficies de sol sont contaminés par les fertilisants, les terres deviennent infertiles, des déchets solides et toxiques sont générés, l’air respiré par les travailleurs est souvent vicié par la fumigation, l’écosystème de la région est affecté par les monocultures et des organismes génétiquement modifiés sont insérés dans les plantations.[.] Pour Margarita, travailleuse de serre en Colombie depuis 20 ans, la lutte pour les droits continue.Elle n’hésite pas à qualifier le travail en serre d’exploitation.Aux consommateurs du monde qui s’apprêtent, insouciants, à acheter une gerbe de roses, elle dit ced: «Vous achetez la sueur de plusieurs travailleurs.Vous pouvez nous aider à conscientiser, à persuader.Pour que ne soient pas si nombreuses les violations de nos droits comme travailleurs, que les entreprises se responsabilisent.et les acheteurs aussi.» Depuis 2002, le 14 février est devenu, pour Margarita et ses collègues, la Journée internationale des travailleurs des fleurs, jour où des milliers de travailleurs recevront un hommage afin qu’on se rappelle que leur vie est plus importante que des milliers de fleurs réunies. LE DEVOIR.LE JEUDI II FEVRIER 2 0 0 8 IDÉES PEDRO RUIZ LE DEVOIR Comment (ne pas) prendre des décisions en santé JAMES BROPHY Médecin et directeur de l’Unité d’évaluation du CHUM et du CUSM es soins de santé sont souvent très coûteux et augmentent continuellement.Par conséquent, leur gestion peut s’avérer très problématique.Le Québec a depuis longtemps reconnu ce fait et a été un leader dans le domaine de l’évaluation des technologies de la santé en créant une des premières unités dédiées à cette activité, soit l’ancien Conseil d’évaluation des technologies de la santé, mieux connu aujourd’hui sous le nom de l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé.Pour traiter les questions d’évaluation des médicaments, le Québec s’est aussi doté du Conseil des médicaments, composé de médecins spécialistes en pharmacologie, en épidémiologie et en économique, de pharmaciens, de chercheurs et de spécialistes en sciences infirmières et en bioéthique.Un des objectifs de notre système de santé universel est de s’assurer d’une juste valeur pour nos dépenses.C’est doublement important car notre budget est relativement fixe et ne peut croître indéfiniment.Il est à noter que la santé de notre population dépend non seulement des dépenses d’ordre technologique mais aussi, en partie, des dépenses liées à son organisation et à son accessibilité ainsi que des dépenses dans les domaines de l’éducation, de l'environnement et des autres services sociaux.Ceci peut expliquer le fait que le pays dont les dépenses directes de soins de santé sont les plus élevées n’a pas de meilleurs résultats.Selon l’Organisation de coopération et dp développement économiques (OCDE), les Etats-Unis dépensent deux fois plus en santé que les autres pays occidentaux (6000 $ par individu) mais obtiennent une espérance de vie inférieure à celle des autres pays industrialisés (par exemple, 2,5 années de moins que le Canada).Bonne valeur Les questions économiques se résument dans des questions de choix.Les nouvelles technologies, y compris les médicaments, doivent être scientifiquement évaluées pour déterminer si elles offrent une bonne valeur pour les ressources dépensées.D est donc nécessaire d’évaluer non seulement les bénéfices cliniques mais également les effets secondaires et les coûts associés.En général, le budget n’est pas augmenté chaque fois qu’un nouveau médicament est introduit; par conséquent, quelque chose qui présente un coût égal doit être abandonné afin d’équilibrer le budget.En termes économiques, ceci représente les coûts d’opportunité.Idéalement, la nouvelle technologie devra apporter plus de bénéfices par rapport a celle qui vient d’être abandonnée.Avastin Dans ce contexte, examinons la récente approbation par le ministère de la Santé et des Services sociaux du bévacizumab (Avastin) à la liste de médicaments-établissements pour le traitement du cancer colorectal métastatique.Le cancer du côlon métastatique est une maladie grave, et tous sont d’accord pour dire que de nouveaux traitements sont souhaitables.Cette approbation découle d’une étude où, après un an de traitement, le taux de survie s’établissait à 74,3 % avec l’Avastin par rapport à 63,4 % avec l’ancien traitement Impressionnant mais c’est loin d’une guérison, car après 20 mois du nouveau traitement 100 % des patients ont quand même subi une progression de leur maladie et 50 % sont décédés.D’ailleurs, il semble qu’après 36 mois, presque tous soient décédés, peu importe le traitement reçu.De plus, l’Avastin n’est pas sans risque, car des effets secondaires graves surviennent chez 85 % des patients, soit 10 % de plus qu’avec le traitement standard., Depuis l’approbation de ce médicament aux Etats-Unis, en 2004, la Food and Drug Administration a dû émettre trois avertissements différents quant à la sécurité de ce médicament en cas de problèmes cardiovasculaires et neurologiques.Finalement, il y a le coût environ 50 000 $ pour un traitement toutes les deux semaines, couvrant une période moyenne de dix mois.S’il y avait environ 2000 Québécois par année qui souffraient de cette maladie métastatique, l’ajout d’Avastin risquerait d’accroître nos dépenses de 100 millions de dollars par année, soit un milliard après dix ans.Pas mal, pour le fabricant! Prolongation de la vie Cependant, n’oublions pas que ceci ne nous procure pas des guérisons mais bien une prolongation de la vie d’environ quatre mois et que la qualité de vie associée à ces mois additionnels est loin d’être assurée à cause de la maladie sous-jacente et des effets secondaires du traitement Les avantages jumelés au profil des effets secondaires et des coûts ont fait en sorte que l’agence britannique d’évaluation (NICE), reconnue mondialement pour la qualité de ses évaluations, a refusé d’approuver l’Avastin.Le NICE a conclu que ce médicament ne représente pas une utilisation appropriée de ses ressources limitées avec un ratio coût-efficacité de plus de 120 000 $ pour chaque année de vie sauvée.En général, les ratios dépassant 50 000 $ par année supplémentaire acquise ne sont pas considérés comme une option financièrement attrayante.Comment se fait-il alors que notre ministère à nous ait accepté ce médicament?Sommes-nous tout simplement plus riches que les Britanniques?Notre Conseil des médicaments, avec ses nombreuses années d’expérience en évaluation, a-t-il été consulté?Si oui, quelles ont été ses conclusions?Sinon, pourquoi n’a-t-on pas demandé son expertise dans ce dossier complexe?Selon une lettre du sous-ministre, il semble que l’avis du Conseil ait été supplanté par un groupe d’experts ad hoc mandaté par la Direction de la lutte contre le cancer, soit quatre médecins spécialistes en oncologie et un omnipraticien.Certains feront le rapprochement avec le NICE où, bien sûr, on a reçu non seulement les suggestions des oncologistes mais aussi les commentaires des experts en évaluation ainsi que de 30 autres agences professionnelles et groupes de patients avant qu’une décision finale ne soit prise.À contre-courant La prise de décision pour l’Avastin semble aller à l’encontre de notre façon historique au Québec d’approuver un nouveau médicament ainsi que de la façon de faire de presque tous les pays occidentaux qui souscrivent au bien-fondé des unités d’évaluation multidisciplinaires.Le ministère semble permettre à un seul groupe d’intérêt de prendre une décision majeure sans examiner tous les enjeux.Ceci reflète-t-il la façon optimale de dépenser nos ressources limitées?Personnellement, je n’en suis pas convaincu.Cependant, je suis absolument certain que cet écart à notre pratique standard d’évaluation est une initiative extrêmement rétrograde.Suivre ce trajet équivaut à un retour à la loi de la jungle où le groupe dont le lobby est le plus efficace sera servi le premier, même si les sciences, clinique et économique, nous indiquent qu’il y a d’autres manières de dépenser notre argent, entraînant plus d’avantages pour notre population.Si jamais vous-même ou un de vos proches êtes coincés sur les listes d’attentes infernales pour avoir accès à un médecin de famille, un lit d’hospitalisation de l’urgence, une procédure orthopédique, cardiaque ou autre, n’oubliez pas qu’au moins, vous avez droit à l’Avastin.Mario Dumont à Paris ANNE I.ÉGARÉ Professeure associée au département de science politique de l'UQAM — n a raison de s’inquiéter.La relation du Québec avec la France est importante ¦ ¦ pour le devenir du Québec parce qu’aucun I I autre Etat que la France ne peut se recon- \ j naître une origine commune avec les habi- — tants d’un sol distinct et tenants d’une autre citoyenneté, les Québécois, et en conséquence, maintenir des relations intenses avec eux.Alors que les Canadiens d’autrefois, puis les Canadiens fi ançais sont devenus des Québécois, s’affirmant ainsi dans leur spécificité et leur altérité, les Français nourrissent l’idée que les uns et les autres sont issus de ce même terreau qui, à travers le temps et l’espace, a produit en Amérique du Nord une différence manifeste; l’identité québécoise.C’est en tout cas ce que disent avec attachement les diplomates et de nombreux acteurs politiques français qui ont vu dans le Québec moderne les réalisations et les succès d’un peuple nord-américain aux origines françaises.Souvent, ils nous envient nos performances technologiques, notre combativité culturelle, nos capacités d’adaptation à ce monde en mutation.C’est cette admiration qui parcourt les non-dits aussi bien que les témoignages les plus sincères des Français à l’endroit du Québec.Je viens de passer les cinq derniers mois à Paris.U-s sentiments profonds des officiels français à l’endroit du Québec sont encore ceux que je viens de décrire.Mais s’il y a un doute, une interrogation, ils portent sur les choix des Québécois eux-mêmes.Valse-hésitation Cela n’explique sans doute pas le retard du premier ministre François Fillon à recevoir le chef de l’opposition, Mario Dumont.Mais cela explique bien des hésitations à exprimer ouvertement un intérêt français, une sympathie trop manifeste.Les Français s’alignent sur nos choix, ils observent notre scène politique avec la distance due à un autre peuple.Comment les Québécois se dépa-touillent entre deux scènes politiques dont l’articulation les dessert visiblement, comment ils se reconnaissent dans des politiques provinciales qui ne leur rendent pas justice, comment ils sont indécis dans la formulation des politiques qui ne relèvent que d’eux (langue et histoire, par exemple), combien ils ignorent leur potentiel d’originalité en Amérique du Nord, comment ils tardent à faire leur choix: toutes ces tergiversations brouillent le regard que la France porte à notre endroit.Ainsi, la délégation générale du Québec en France est devenue le reflet de l’involution du Québec lui-même qui s’est manifestée dans les derniers choix électoraux des Québécois.Non pas qu’il ne s’y passe plus rien.Mais c’est surtout l’esprit qui a changé.Le délégué général du Québec, Wilfrid-Guy Licari, qui a été ambassadeur du Canada, s’est pénétré quotidiennement au cours de sa carrière de la réalité canadienne et, tout comme pour Jean Charest, les gains du Québec sont aussi des gains de ce «bel ensemble qu ’est le Canada».Il en va de même, quoi qu’il en dise, de la stratégie autonomiste de Mario Dumont.C’est ainsi qu’était présent la semaine dernière, dans les locaux de la délégation, l’ambassadeur du Canada, Marc Lortie, dont la présence a été soulignée avec satisfaction par le chef de l’opposition lors de sa conférence sur l’avenir économique du Québec.Mario Dumont a tenu à réaffirmer à quelques reprises, dans son discours, la place du Québec au sein du Canada.Scène politique canadienne C’est sans doqte la même logique qui a conduit la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à mettre fin à ce mode de coopération avec la France et à fermer les locaux du Centre de coopération interuniversilaire franco-québécoise, boulevard Raspail, par une décision unilatérale, sans tenir compte de l’avis des partenaires français, sans mesurer les acquis des dix dernières années et sans rendre publics les multiples impacts d’une telle décision.H faut s’attendre à un maquillage médiatique de cet état de fait d’ici peu.On peut observer tous ces signes, éprouver un malaise après tant d’années d’indépendance et d’affranchissement symbolique, il demeure que ceux qui gouvernent le Québec actuellement sont des acteurs volontaires de la scène politique canadienne.Ce sont les Québécois qui l’ont voulu ainsi.Pour affirmer une véritable identité politique, tout reste à taire.Les Français n’ont pas tort de se demander si et comment on y parviendra.Être québécois, est-ce une maladie?JACQUES GRENIER LE DEVOIR Yves Beauchemin YVES BEAUCHEMIN Ecrivain [f=—n e gouvernement Charest a tenu l’an der- Lnier une commission parlementaire sur l’immigration en cachant une étude du démographe Marc Termote qui concluait à une minorisation rapide des francophones u.sur l’île de Montréal.La plupart des immi- grants, comme on sait s’établissent dans la métropole.Ce gouvernement a quand même décidé de hausser le nombre d’immigrants de 45 000 à 55 000 par année tout en diminuant (comme l’avait d’ailleurs fait le précédent gouvernement péquiste) les budgets destinés à leur francisation! Folie, n’est-ce pas?Mais voilà que le dévoilement du recensement de Statistique Canada vient confirmer les conclusions de M.Termote.Ce dernier demande qu’on publie tout de suite son rapport On refuse.Et que fait le Parti québécois?Il maintient quand même son appui à la hausse du niveau d’immigra- tion dans les conditions actuelles.De sorte qu’un apport qui nous serait tout naturellement bénéfique se transforme peu à peu en problème politique et social.Faire autrement nuirait à l’économie, paraît-il, valeur suprême à laquelle il semble qu’on doive tout sacrifier.Il ne faut pas trop s’étonner de l’attitude du Parti québécois.Dans ce parti, lorsqu’il s’agit de langue et de culture, c’est la dérive depuis longtemps.Elle a commencé sous Lucien Bouchard et se poursuit avec Pauline Marois.Un autre exemple?Dans le débat qui vient de reprendre sur la fréquentation obligatoire du cégep français par les allophones, Mme Marois maintient la ligne de Lucien Bouchard: c’est un non catégorique.Elle propose à la place — ô géniale idée — d’intensifier l’enseignement de l’anglais [à l’école] de façon à rendre les élèves bilingues.Tous seront alors portés à choisir un cégep français.Vous pigez?Je vous admire.Et ce n’est pas tout Pour rendre encore plus effica- ce l’enseignement de l’anglais, Mme Marois avait proposé d’enseigner l’histoire et la géographie dans cette langue.Ira tempête soulevée par cette idée à la fois dangereuse et saugrenue l’a fait battre en retraite.Mais que nous réserve l’avenir?Mme Marois se défend bien de vouloir créer un Québec bilingue.Mais depuis l’adoption de la loi 86, en 1993, le Québec l’est devenu dans les faits sous plusieurs angles.Or, comme le remarquait si justement Victor-Lévy Beaulieu, il n’existe pas de véritable pays bilingûe mais des pays en voie d’assimilation.Et l’affaissement démographique que nous vivons ne fera qu’empirer les choses.Cela n’a aucunement semblé inquiéter le Parti québécois pendant toutes les années qu’il a été au pouvoir.Serait-il devenu une guimbarde qui a dépassé sa durée de vie utile?Pourquoi, lorsqu’il s'agit d’une chose aussi essentielle que l’avenir de notre langue et de notre culture, tout le monde perd-il la tête?Sans doute parce qu’être québécois, c’est une maladie.On n’en meurt pas.Mais on peut en disparaître.L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes À l'information générale et métropolitaine Gérald Dallaire (adjoint au directeur de l'information).Jeanne Corriveau (affaires municipales).Fabien Deglise; Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Brian Myles (justice et faits de soeieté).Clairandree Cauchy (Général).Jean Dion.Louis-Gilles Francœur (eneironnement).Benoit Monger (responsable du site Internet), Emilie Folie Boivin, Vincent Cauchy (commis internet) Laurence OnwUpupitre), Fhilippe Papineau (pupitre)', Louise-Maude Rioux Soucy fSoa»; Pauline Gravel (sruwesi Michel Gameau (caneatunstei ; Diane Preœurt irespemsahle des pages thermtujuesi : Martin Duclos, Michèle Malenfant et Christine Duma/et (correcteurs): Jacques (,renier et Jacques Nadeau (photegraplm).à rmfcraMlRin i-uttuivlle MkM Mm (théâtre et cahier Culture), Julie Carpentier (pupitre), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du weekend), Stéphane Baillargeon (reporter), Paul Cauchon (médias), Caroline Montpetit dures).Odile Tremblay triaéiaa J Isabelle Paré (culturel, b l’information économique ; Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information), Dominique Reny (pupitre).Eric Desrosiers.Claude Turcotte.François Desjardins; à l'information internationale Jean-Pierre Legauh (pupitre international et page éditoriale), Claude Lévesque.Guy Taiilefer (eidjoint au directeur de (information), Serge Truffaut (éditorialisle).à l’information politique ; Hélène Buzzetti el Alec Castonguay (correspondants parlementaires a Ottawa).Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (cnrrespondants parlementaires a Québec), Kathleen Lévesque ; .Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction), Emilie Parent Bouchard, Étienne Plamondon-Émond (commis a la rédaction).In documentation : Gilles Paré (directeur): Manon Derome.Olivier Spéciel «Jaébffi.Monique Bhérer (Ottawa) LA PUBLICITÉ Amélie Bessette, Jean de Billy.Jean-François Bosse, Dave Cameron (directeur adjoint).IMe Chrétien, Marlène Côté.Christiane LegaulL Amélie Maltais, Claire Paquet, Geneviève Pierrat, Chantal Rainville, Martine Riopelle, Isabelle Sanchez.Nadia Sebaï.Melisande Simard (publicitaires), Sylvie Laporte.Martine Berube (secrétaire).LA PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production).Michel Bernatchea, Johanne Brunet, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis, Olivier Zuida.INFORMATIQUE Yanick Martel (responsable) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Caroline Simard (responsable service à la clientele), Nancy Beaulieu.Manon Blanchette.Nathalie Filion, Rachelle leclerc, Jean-Robert Divers (responsable promotion) L’ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur).Nicole Carmel (responsable des services comptables), Céline Furoy.Ghislaine I.afleur.Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Monique Proteau, Danielle Ross. A 8 LE DEVOIR, LE JEUDI 14 FÉVRIER 2008 CTÜALITES OGM SUITE DE LA PAGE 1 ceux qui s’y opposent vertement Selon riSAAA, les OGM ont toujours le vent dans les voiles.Et ce n’est pas fini.«Les cultures biotechnologiques vont jouer un rôle encore plus important au cours des prochaines années», a indiqué hier Clive James, président de cet organisme, lors d’une conférence de presse téléphonique, «et tout particulièrement dans les pays en développement qui ont le plus besoin de cette technologie.En 12 ans, ces cultures ont démontré leurs bienfaits sur le plan économique, environnemental et social.Pour ces raisons, d’autres croissances sont à prévoir».Douze millions de cultivateurs Au total, 23 pays sont aujourd’hui engagés dans ce processus de multiplication des OGM, contre 22 en 2006, indique le rapport, qui souligne au passage que 12 millions d'agriculteurs ont désormais succombé aux transgènes, soit deux millions de plus que l’année précédente.«Ce n’est pas étonnant», a commenté hier Benoît Legautt, directeur généra] de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, qui représente les producteurs d’OGM d’ici.«Il y a effectivement un engouement pour ce type de semences dans le monde agricole, non seulement ici mais aussi et surtout dans les pays en développement» où, en raison d’un climat souvent chaud et humide, les transgènes font sensation.Développés pour résister à des ravageurs ou faciliter la lutte contre eux, les OGM limiteraient les pertes et accroîtraient du même coup les rendements, selon l’LSAAA.Ced expliquant cela, c’est en Inde (+63 %) que ces semences ont connu la plus forte croissance en 2007, indique l’organisme international.La Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud font également partie des pays où les OGM semblent vouloir prendre de plus en plus de place.Comme parle passé, le soya, le canola et le mais sont toujours les catégories d’OGM les plus cultivées à travers le monde.Ce sont aussi les seuls transgènes utilisés à des fins commerciales au Canada et au Québec.«Nous constatons d’ailleurs une certaine stabilisation des cultures biotechnologiques [au Québec], résume M.Legault D’ailleurs, la croissance n'est peut-être pas à prévoir en 2008 puisque les primes accordées aux agriculteurs pour des cultures sans OGM [destinées aux marchés d’exportation] devraient être assez élevées.» Notons qu’en 2005,41 % du soya, 44 % du mais et 95 % du canola cultivés au Québec étaient issus du génie génétique.De nouvelles espèces Au-delà de ce trio de tête, d’autres espèces végétales génétiquement modifiées semblent trouver leur place dans ce marché en pleine croissance, révèle le rapport annuel de IISAAA.C’est par exemple le cas du coton, de la courge, de la papaye et de la luzerne génétiquement modi-fjés, qui poussent désormais aux Etats-Unis.Ut Colombie expérimente également des catégories d’œillets génétiquement modifiés alors que la Chine se lance quant à elle dans des cultures de peupliers, de pétunias, de tomates et de poivrons doux dont la structure génétique a été modifiée, peut-on lire.«Et je suis convaincu que les variétés de plantes biotechnologiques vont continuer à se développer», a indiqué M.James, disant estimer qu’en 2008, l’Inde pourrait approuver une autre venue dans le bal des OGM: l’aubergine génétiquement modifiée.«Tout ça est assez désespérant», a commenté hier Isabelle Côté, de l'organisme environnementaliste Les Amis de la Terre, «surtout quand on voit que de plus en plus d’études questionnent l'impact négatif de ces plantes sur la biodiversité et sur b souveraineté alimentaire.Ce qui est aussi navrant, c’est de voir que malgré le travail des mouvements d’opposition, les OGM continuent de progresser parce que les jbrces économiques en présence sont puissantes et que b volonté politique n’est pas b pour les arrêter» Selon l’ISAAA, les cultures d’OGM à travers le monde ont généré des revenus de 6,9 milliards de dollars en 2007, soit 800 millions de plus que l'année précédente.En 2008, cette industrie espère d'ailleurs faire entrer 7,5 milliards dans ses coffres.Et les perspectives de croissance sont toujours très prometteuses puisque les transgènes ne ie-présentent qu’un cinquième du marché des semences.Pour le moment.Le Devoir INTENTIONS DE VOTE PAR RÉGION ATI.QUE.ONT.PRA.ALB.C.-B.RCC 32% PIC NPD 34% 25% Bloc québécois 21% 27% 11% 35% 32% 42% 57% 74% 42% 25% 14% 26% 18% 15 % 8% 20% PLC SUITE DE LA PAGE 1 Il faut toutefois se méfier des résultats pancanadiens, a expliqué Christian Bourque, vice-président à la recherche chez Léger Marketing.«Les libéraux font mieux que ne le bissent voiries chiffres nationaux.La course est très serrée dans les provinces qui comptent beaucoup de sièges et qui sont donc déterminantes pour former le gouvernement, comme le Québec et l’Ontario.Présentement, le seul parti qui monte à ces endroits, c’est le Parti libéral.Le Parti conservateur et le Bbc québécois stagnent», a-t-il dit Au Québec, le Bloc québécois maintient son avance et ses intentions de vote à 35 % depuis plusieurs mois.Mais le Parti libéral, qui récoltait environ 20 % des intentions de vote l’automne dernier, en obtient 27 % à l’heure actuelle.Le Parti conservateur reçoit 21 % des appuis, suivi du NPD (11 %) et du Parti vert (6 %).La marge d’erreur est toutefois plus forte dans la province, à 4,9 %.Le Québec détient 75 des 308 sièges des Communes.Le sondage n’a pas été ventilé par régions.«La remontée des libéraux au Québec se produit au détriment des conservateurs chez les fédéralistes francophones», soutient Christian Bourque.Léger Marketing a mené ce coup de sonde entre le 5 et le 10 février, soit au cours de la semaine qui a suivi l’apparition de Stéphane Dion à la populaire émission Tout le monde en parle, à Radio-Canada.«Il a bien [paru], alors je pense que les gens ont davantage été portés à lui accorder leur vote, a dit M.Bourque.Il faudra toutefois surveiller si l’effet sera durable.» La question de l’environnement, ravivée par la conférence mondiale de Bali sur les changements climatiques en décembre dernier, ainsi que l’Afghanistan demeurent les deux points faibles du Parti conservateur au Québec, selon Léger Marketing.Les réactions négatives au plan d’aide d’un milliard de dollars du gouvernement Harper pour venir en aide aux secteurs forestier et manufacturier n’a pas non plus aidé la cause du PC dans les dernières semaines.Le PLC en avance en Ontario L’Ontario, qui compte 106 des 308 sièges, est pour l’instant dominé par le Parti libéral, qui récolte 42 % des intentions de vote, loin devant le Parti conservateur (32 %) et le NPD (18 %).Le Parti vert récolte 8 % des appuis.Même si Stéphane Dion n’est pas plus populaire dans cette province qu’ailleurs au pays, la marque libérale tient bon, a affirmé Christian Bourque^.«L’Ontario est une province avec un fort penchant libéral.À chaque scrutin, les Ontariens se cherchent des raisons pour voter libéral», a-t-il dit La marge d’erreur du sondage dans cette province est de 4 %.En fait les intentions de vote du Parti conservateur à l’échelle nationale sont gonflées par la force du parti dans l’ouest du pays.Les Prairies, l’Alberta et la Colombie-Britannique sont fortement favorables au PC.Dans le fief conservateur albertain, pas moins de 74 % des électeurs affirment qu’ils voteront pour Stephen Harper, ce qui laisse des miettes aux libéraux (14 %).En Colombie-Britannique, 42 % des intentions de vote vont au PC (26 % au PLC et 20 % au NPD).Les deux provinces des Prairies voteraient à 57 % pour le Parti conservateur, contre 25 % pour le PLC et 15 % pour le NPD.Dans les Maritimes, la lutte est serrée: le Parti libéral (34 %) est en avance sur le Parti conservateur (32 %).Le NPD récolte un bon résultat avec 25 % d’intentions de vote.Satisfaction envers le gouvernement Il y a tout de même de bonnes nouvelles pour les troupes de Stephen Harper dans ce sondage.D’abord, la satisfaction à l’endroit du gouvernement passe la barre des 50 % partout sauf dans les provinces atlantiques (46 %).Au Québec, 50 % des électeurs se disent satisfaits du gouvernement Harper, contre 43 % qui pensent le contraire.En Ontario, 51 % de la population apprécie le travail des conservateurs, contre 42 % qui n’est pas de cet avis.D y a donc plus de gens qui approuvent le gouvernement Harper qu’il y en a qui sont prêts à voter pour lui.«Ça suggère que le Parti conservateur a encore de l’espace pour améliorer ses intentions de vote», a dit Christian Bourque.Mais pour l’instant le PC n’est pas capable de traduire cette satisfaction en appuis tangibles.Stephen Harper est aussi perçu comme étant le meilleur premier ministre possible par 32 % des Canadiens, alors que Jack Layton récolte 18 %, et Stéphane Dion, 15 %.«Le jugement des Canadiens envers Stéphane Dion demeure sévère», a souligné Christian Bourque.C’est au Québec que Stephen Harper est le moins populaire, avec 22 %.Ce résultat est tout de même meilleur que ceux de Jack Layton et de Stéphane Dion, qui arrivent à égalité avec 15 %.Même s’il ne peut pas aspirer au poste de premier ministre, 19 % des Québécois pensent que Gilles Duceppe serait le meilleur homme.Fait à noter, 12 % des gens estiment qu’aucun des chefs ne ferait un bon premier ministre.Les intentions de vote prennent une importance accrue avec l’atmosphère préélectorale qui règne à Ottawa.Le budget fédéral sera déposé le 26 février et le vote de confiance qui suivra devrait avoir lieu début mars.Plusieurs députés libéraux ont émis des signaux indiquant leur volonté de renverser le gouvernement Le Devoir SALVADOR SUITE DE LA PAGE 1 embué.Sacré Monsieur Henri! Quelle vie réussie que celle-là! Quel formidable éclat de rire pour ainsi dire ininterrompu! C’est quand même incroyable, ce décès qui survient moins de deux mois après le spectacle d’adieu.C’était le 21 décembre dernier, au Palais des congrès: un salut digne, où l’émotion vive n'a pas empêché la rigolade et surtout pas le fameux rappel de tous les spectacles de Salvador, ce numéro burlesque où il faisait le présentateur de pub de gin de plus en plus bourré à chaque prise.«Je suis le seul qui peut tirer sa révérence encore vivant», s’était-il vanté, dixit le reportage du Nouvel Obs.Salvador voyait venir le moment où il ne pourrait plus chanter debout: autant arrêter les frais.Faut rigoler, c’était son leitmotiv: pas question d’attirer la pitié.C'est pas rigolo, la pitié.La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, le 13 novembre 2006, à l’occasion de la sortie de Révérence, l’album de bossa dont il avait tant rêvé, enregistré au Brésil avec les Caetano Veloso et Gilberto Gil, on avait parlé de la mort.«Je crois que b mort n’existe pas.Je suis pour l’éternité.On fait partie de ce truc immense qu’est l’infini, l'univers.Tout ça tourne.On est b, on disparaît.Un arbre meurt, un autre pousse.C’est formidable! Je suis sûr qu ’on réexiste.C’est pas possible que cette chose si merveilleuse qu’est b vie s’arrête comme ça.Ce serait trop con!» Et Henri Salvador d’éclater de son rire d’Henri Salvador, hoquet d’étemel gamin qui se marre.Django, Boris et les autres D résonne encore dans ma tête, ce rire.Il a résonné à toutes les télés et toutes les radios, hier.«Ce rire m’a beaucoup servi, vous savez», me disait-il en 2006 sur le ton de la confidence, comme s’il n’avait pas expliqué le truc mille fois à mille autres.«]’ai rien foutu à l’école, moi, j’étais un nul.Et en étant nul, je me trouvais des fois devant des gens vachement intelligents qui sortaient des phrases, alors je me servais de mon rire.Je me mettais à rire, ça troubbit la personne, qui ne pariait plus.Mon rire, c’est mon arme, Cest aussi mon paravent.» Le voir et l’entendre rire en personne: ce fut un des grands bonheurs collatéraux de l’extraordinaire succès de ses années 2000, retour inespéré à l’avant de la scène déclenché par l’album Chambre avec vue (deux millions d’exemplaires vendus!), album cousu main façon bossa cool et crooner jazzy par la dentej-lière Keren Ann et le tailleur Benjamin Biolay, principalement.A ce succès succéda un spectacle, puis un autre, présentés chez nous aux Francos en 2002 et 2004: les deux fois, on en sortit avec la banane, large comme ça Félicité du chroniqueur de variétés, nous fûmes gratifiés d'entrevues où on ne s'ennuyait pas.«Salut cousin!», m’envoya-t-il la dermère fois, me tapotant la bedaine trop réjouie.«Faut arrêter b bière, mon p'titgars!» Quand on l’avait devant soi, forcément, on pensait Django Reinhardt, Ray Ventura, Boris Vian, Bernard Dimey, Antonio Carlos Jobim.Entre les pouffées, on accusait le coup.On se repassait sa bio, fabuleuse.La naissance à Cayenne, en Guyane, le 18 juillet 1917, de parents guadeloupéens.Paris à 12 ans.Le coup de foudre pour le jazz à 15 ans.Django sur les ondes de la TSF Henri fou de guitare.Les débuts avec son frère André, en duo.Les bœufs du Jimmy’s Bar.Et puis le service militaire pas drôle du tout: «On se faisait chier, se rappelait-il en 2006 Y avait un sergent qui m'aimait pas.fai jailli y perdre mes mains, tellement il m'a fait bver de pbnchers avec de l’eau gbcée.» Enfin la quille, retour au Jimmy’s Bar, il joue avec Django.«Le premier soir, j’étais assis à b droite de Django.Et lui s’est aperçu que moi, je regardais ses doigts pour piquer ses accords.Le lendemain, il m'a mis à gauche! Ha ha ha!» Après Django, le monde.Ray Ventura le prend dans son orchestre de Collégiens: c’est la guerre, au revoir la France, bonjour l’Amérique du Sud.Le Brésil l’aime, il aime le Brésil, ça lui restera.Premiers enregistrements.Déjà ce timbre caressant, cette voix qui susurre.Retour trépidant fini les Collégiens, il cartonne en solo, chante Clopin-clopant en 78-tours, assure les levers de rideau du Quintette du Hot Club de France.Saint-Germain-des-Prés trépigne, Henri bondit Dans le film Nous irons à Paris, sur les écrans en 1950, il a un numéro à la fin, où il saute partout Sur sa lancée, il saute d’un continent à l’autre: premier spectacle à Montréal en 1950 itou, au Monument-National (d’après Olivier Miquel, dans la bio Le Rire du destin, parue l’an dernier aux Éditions du Moment).La même année, son immortelle des immortelles est immortalisée: le titre en est Le Loup, b Biche et le Chevalier, mais tout le monde chante «une chanson douce».Et voilà Boris.Le grand pote.«On causait jazz des jours durant», évoquait-il lors d’un entretien téléphonique en 2003.«Mais avant de parler, on écoubit d’abord un disque.C’était notre rituel quand il venait à b maison.On écoutait le disque de Count Basie, par exemple, celui où il y ab bombe atomique sur b pochette, et puis on pariait.Et il m’apprenait des trucs.Lui, c’était un superbe cerveau.Moi, j’étais un nul [décidément’], mais j’avais le rythme et de l’humour.Je me suis instruit à ses dépens.» Ensemble, entre les coups de génie {Trompette d'occasion, Blouse du dentiste, Faut rigoler), ils se paient la gueule du rock’n’roll.Quatre ans avant que le petit Jean-Philippe ne se fasse Johnny, Henry Cording And His Original Rock And Roll Boys, à savoir Henri, Boris (alias Vernon Sinclair) et Michel Legrand (Mig Bike), ne l’envoient pas dire à Elvis: Va fjaire cuire un œuf man! Entre amuseur attitré et arroseur arrosé Episode légendaire parmi d’autres.Il y a aussi la genèse de la bossa.Ce n’est pas une légende: c’est bel et bien inspiré par le rythme chaloupé d’une chanson d’Henri Salvador, Dans mon île, qu’Antonio Carlos Jobim «invente» la bossa nova.L’intéressé l'a admis.Salvador a renchéri dans L’Express en 2001: «En l’entendant, il se serait excbmé: “Voüà ce qu ’il faut faire, ralentir b samba et rajouter des accords de jazz.’’Alors, maintenant, je crâne un peu.» Arrivent les années 60, le rock’n’roll a la cote, puis le twist puis le yéyé.Salvador aime les chansons douces et en enregistre (mentionnons l'exquise Syracuse, écrite par Dimey), mais il aime aussi bouffer autre chose que des pois chiches.Commence sa période dite «alimentaire»: tout un tas de tubes rigolards, frôlant le bébête, s’y vautrant parfois.Henri se déguise, Henri déconne, Henri surrit, faisant au passage le bonheur de générations de petits Français avec ses Minnie petite souris, Le lion est mort ce soir, Le travail c’est b santé, Da da niet niet niet et autres Zorro est arrivé.«]’en ai chanté, des conneries!», déclarait-il en conférence de presse à Montréal en 2004.Il en aura chanté au point d’être bombardé amuseur attitré, tarte à la crème des émissions de variétés jusque dans les années 80.L'arroseur était arrosé, le chanteur piégé.On mesure la satisfaction ressentie quand Chambre avec vue, avec ses ballades suaves et ses bossas calorifères, efface tout et célèbre Salvador le crooner, tels ses idoles Nat King Cole et Sinatra.Un autre album suit Ma chère et tendre, plus orchestré, plus jazzy.En spectacle, l'octogénaire hilare s’offre la totale, big band grand luxe, tout le monde en blanc, chic absolu.Douce revanche.«Je me régale, disait-il aux médias montréalais en 2004.Je m'aperçois que le public est aussi ravi que lorsque je faisais le pitre.» Révérence, le disque brésilien, aura bouclé la boucle, consacrant le précurseur.«Révérence à b scène, pas au disque», insistait le chanteur en 2006.«f ai encore une voix jeune.Je peux encore chanter.Je compose.Je ne peux pas bisser tomber le disque.Et puis, je ne peux pas arrêter parce que b on peut mourir de vieillesse!» Sacré Henri.À 90 ans.il a trouvé le moyen de mourir jeune.Collaborateur du Devoir COUPLE SUITE DE LA PAGE 1 une aussi grande précision b vie sexuelle de chaque fidèle.Four Paul et ses disciples, le sexe constitue un scandale, alors que, pour les religions précédentes, c’est le célibat qui est insupportable.[.] La monogamie prend, dès lors, une forme absolue: une seule femme, un seul homme, toute une vie, dans le refus de la sensualité et sous b surveilbnce tatillonne de Rome», écrit-il.La polyandrie, par laquelle une femme est unie à plusieurs hommes, est présente en particulier dans un contexte de guerre, quand de nombreux hommes sont susceptibles de mourir au combat pour assurer l’avenir de la famille et éviter que la femme ne devienne veuve.Sur l’ensemble de la planète, avance Attali, elle est encore pratiquée par 1 % de la population, entre autres au Ladakh, en Inde, pour éviter le morcellement des terres, alors que seui l’aîné des garçons est autorisé à se marier, partageant sa femme et sa terre avec ses frères cadets.Dans certaines tribus, comme chez les Canelas, en Amazonie, une femme enceinte «doit avoir un maximum d’amants, pour nourrir le fœtus, bloquer le sang, s’occuper de l’enfant, lui apporter du gibier et le former aux rituels».Une liberté surtout masculine On le sait cependant la polygynie de l’homme est infiniment plus répandue que son opposé, et même au XIX" siècle, alors que la rie des couples se libère, raconte Attali, l’adultère féminin est beaucoup plus sévèrement condamné que celui des hommes.Attali cite d’ailleurs une réponse qu’un vizir du grand Soliman musulman donne à un envoyé de Charles Quint qui lui reproche sa polygynie, réponse qui a été mise en poème par Ben-Abdoul-Kiba: «Je te permets de boire, permets-moi d’aimer.» Ëncore en 1804, en France, l’homme a le droit d’être adultère et polygame si ses épouses ne rivent pas toutes sous le même toit tandis que la polyandrie et l’adultère féminin sont interdits par le Code civil.En Chine, dès les premiers royaumes, la polygynie est précisément hiérarchisée.Un paysan est monogame, un noble a deux épouses, un officier en a trois, un seigneur fieffé en a neuf et un roi en a douze, en plus de ses concubines.Selon Attali, c’est de ces rivalités entre femmes que nait la première littérature amoureuse, qui fait vivre par procuration à ses lecteurs passions, séduction, érotisme.L’amour romantique arrive d’ailleurs relativement tard dans l’histoire de l’Occident, et c’est étonnamment par l’entremise d’une secte religieuse des Balkans, les bogomiles, qui haïssaient la sexualité, que l’amour courtois fait son apparition.«Débarrassé de la sexualité, l’amour s’installe d’abord dans b poésie des troubadours qui parcourent les châteaux des pays de langue d’oc, influencés, disent certains, par les cathares.Pour eux comme pour les cathares, le fin 'amor ne doit jamais être physique et finit nécessairement de façon tragique», écrit Attali Dans un contexte où la sensualité est interdite et où même «s’aimer n’est jamais un sujet de conversation, le carnaval et désormais la Saint-Valentin sont l’occasion de libérations érotiques».Reste que la liberté, voire le libertinage, n’a pas tardé à reprendre ses droits, entre autres en littérature, avec le marquis de Sade et Casanova en tête.A la fin du XVHT siècle, à Paris, écrit Attali, 30 % des naissances sont illégitimes.Dans un plaidoyer pour le divorce en France au XIX' siècle, Hippolyte Adolphe Taine écrit «On s’étudie trois semaines; on s’aime trois mois; on se dispute trois ans; on se tolère trente ans: et les enfants recommencent.» Le mariage économique La monogamie, qui a été pratiquée tout au moms de façon provisoire partout sur terre, a cependant l’avantage de préserver l’équilibre des sexes, hommes et femmes étant à peu près aussi nombreux.Elle est aussi souvent largement affaire d’économie et trouve parfaitement sa place dans un contexte de capitalisme et d’obsession de l'épargne.«Presque partout — aujourd’hui encore sur une large partie de b surface du globe — le mariage monogame n’est pas une histoire d’amour.R est l’union de deux familles pour protéger des terres ou pour les réunir, et les époux n’ont pas leur mot à dire», écrit l’auteur.La révolution d’aujourd’hui tient d'ailleurs du fait que «le droit à l’amour devient la première revendication véritablement planétaire», ajoute-t-il.Paradoxalement, les nouvelles techniques de reproduction permettent d’envisager l’humanité sous un jour entièrement nouveau, «pour en finir, peut-être, un jour, avec le besoin de l’Autre.Et donc avec l’Amour», écrit Attali, qui présente par conséquent son livre sur l’amour comme une «histoire merveilleuse et menacée».Le Devoir AMOURS Jacques Attali Ëayard Paris, 2007,240 pages Sondages: Ottawa dépensera moins Ottawa—Le gouvernement fédéral s’engage à réduire du tiers, soit dix millions de dollars, la valeur des sondages d’opinion publique commandés par ses ministères.L’annonce faite hier soir se veut une réponse au rapport de l’ex-ministre péquiste Daniel Paillé, déposé en décembre, qui avait tant déçu les conservateurs.Mandaté par le sénateur et ministre des Travaux publics Michael Fortier, M.Paillé n’avait rien trouvé à redire sur les sondages commandés par les gouvernements libéraux précédents, à part quelques problèmes administratifs.Au même moment, on avait appris que le gouvernement conservateur avait dépensé légèrement phis que les libéraux à ce chapitre, avec 31 millions de dollars en 200607.Le gouvernement conservateur répond donc à cette situation «Le montant dévoilé pour200&07 nous est apparu comme une somme importante», a expliqué M.Fortier hier.Désormais, chaque sondage commandé devra être approuve par le ministre en titre.De phis, l'obligation de sonder la population à propos de l'efficacité d’une campagne publicitaire gouvernementale sera remplie seulement si le coût de cette campagne s’élève à un miffion de dollars ou phis au Heu de 400 000 $.- Le Devoir LE DEVOIR www.ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9 étage, Montréal (Québec), H3A3M9 E3 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration : 514-985-3333 Comment nous joindre ?514-985-3333 514-985-3360 redaction@ledevoir.com La rédaction Au téléphone Par télécopieur Par courrier La publicité Au téléphone 514-985-3399 Par télécopieur 514-985-3390 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Les avis publics et appels d’offres Au téléphone 514-985-3344 Par télécopieur 514-985-3340 Par courrier avisdev@ledevoir.com Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphoné 514-985-3322 Par télécopieur 514-985-3340 Les abonnements Au téléphone 514-985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 à 16h30 Par 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