Le devoir, 8 mars 2008, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MARS 2 0 08 FIFA Une bibliothèque au milieu de rimmensité Page F 2 I CHRONIQUE Tant de mots pour une seule chose triste | Page F 4 F WXStà IIIIiIpI , -a : " wmm y £ ¦__¦ y ï ifyyjtyoi .Pourtant essentiels, les traducteurs sont les grands oubliés du monde littéraire CAROLINE MONTPETIT C f est par eux que les œuvres nous arrivent, de langues et de contrées lointaines.Par eux que nous avons fréquenté de grands auteurs comme s’ils étaient tout près de nous.Les traducteurs de littérature, à qui l’on doit tant, sont pourtant de grands oubliés.Le poète Michel Garneau, qui a traduit et adapté autant Shakespeare que Leonard Cohen, et qui vient de publier un recueil intitulé Poèmes du traducteur à L’Hexagone, s’amuse d’ailleurs parfois à demander: «Vous avez lu Dostoïevski.Ah bon?Et dans quelle traduction?»,, ce à quoi la personne interrogée ne sait la plupart du temps pas quoi répondre.Traduire n’est pourtant pas un art facile.Traduire, c’est assurer la représentation d’un écrivain devant un public qui autrement ne l’aurait pas connu.C’est toucher la voix d’un auteur et lui donner une autre langue sans trahir sa pensée.Cela demande une excellente connaissance des deux langues.C’est un défi et une responsabilité.Pour Michel Garneau, la traduction est un geste politique, «pour aider notre langue à devenir libre», dit-il.Et sa première traduction a été une œuvre du dramaturge américain Edward Albee, Zoo Story, dans les années 60.«Marcel Sa-bourin voulait monter ce texte très typique des années 60, mais il n’avait pas pu avoir les droits de l’agent new-yorkais, parce que la pièce était déjà jouée à Montréal en anglais.L’agent ne comprenait pas qu’ily-avait deux villes de Montréal, l’une française et l’autre anglaise», se souvient-il.Sa traduction d’Al-bee n’a finalement jamais été jouée, mais Michel Garneau avait découvert la nécessité de traduire.«J’ai bien constaté qu’on ne connaissait Albee que dans les traductions françaises faites à Paris, dit-il.Ces traductions sont très mal faites.Les Français sont à mon avis les pires traducteurs au monde à cause d’un sentiment exacerbé de leur légitimité.Tandis que nous sommes très humbles devant les autres langues.» Plus tard, c’est à Shakespeare que Michel Garneau s’attaquera.en traduisant Macbeth en n’utilisant que des mots recensés dans le Glossaire du parler français au Canada, qui détaille la langue parlée au Québec entre 1900 et 1930.«Les gens pensaient que j’avais inventé des mots, mais j’ai été très rigoureux», dit-il.En utilisant cette langue, Garneau voulait rendre à Shakespeare la verdeur de son langage, qui était, à l’époque du dramaturge anglais, très jeune et très nouveau.«La langue qu’utilise Shakespeare n’était pas parlée soixante ans avant lui.Il écrit dans une langue vivante.À cette époque, à la cour d’Angleterre, les nobles se piquaient d'ailleurs de par-lerffançais.» Musical, populaire, Shakespeare est d’ailleurs depuis cette époque souvent édulcoré ou censuré, dit Garneau.Fidélité avant tout La fidélité est une qualité incontournable du traducteur, soulignent ceux qui pratiquent cet art, même si, en France au XVIIT siècle, un courant de traduction qu’on appelle «les belles infidèles» soutenait qu’on pouvait adapter librement des œuvres au goût du jour et du lieu de traduction.C’est ainsi que Voltaire, par exemple, a volontairement retranché des scènes comiques des œuvres tragiques de Shakespeare, sous prétexte qu’en France la tragédie ne tolérait pas ce genre d’écart, explique Lori Saint-Martin, professeu-re de littérature et écrivaine, qui a gagné de nombreux prix de traduction avec son associé Paul Gagné.Tout récemment, le couple a remporté le Prix du Gouverneur général pour sa traduction de Dernières notes, de l’auteure canadienne d’origine hongroise Tamas Dobozy, publiée aux Allusifs.Mais l’infidélité est une école de pensée qui n’est plus très suivie en traduction, et les traducteurs essaient en général aujourd’hui de demeurer le plus près possible de l’œuvre originale, ajoute-t-elle.«On essaie de voir comment l’auteur aurait fait en français, s’il avait fait son livre en français.H faut déployer les ressources du français à cet escient», dit-elle.Traduire un texte en une autre langue pose des défis que les non-initiés connaissent mal.Ainsi Michel Garneau a-t-il peiné à traduire les titres de deux recueils de poésie de Leonard Cohen, lui-même Montréalais, qui insiste pour que ses œuvres soient traduites par un Québécois.Le premier titre, Stranger Music, est devenu Etrange musique étrangère et le second, Book of Longing, est devenu le Livre du constant désir.«Je suis poigné avec des langues ennemies», dit Michel Garneau, précisant que le français a des origines latines tandis que l’anglais a des racines germaniques.«Quand on prend un recueil de poésie en traduction, la version française est toujours un peu plus longue que la version anglaise, dit-il.C’est frustrant.» Lori Saint-Martin ajoute que les répétitions, qui sont fréquentes dans les textes anglophones, sont moins tolérées chez les éditeurs francophones.Pour Michel Garneau, «toute traduction est locale».Mais Lori Saint-Martin et Paul Gagné doivent fréquemment travailler sur des traductions qui sont produites en coédition, soit à la fois par un éditeur québécois, pour le Québec, et un éditeur français, pour la France.Cette formule, si elle a l’avantage de préserver le marché des éditeurs québécois et de limiter les coûts pour les éditeurs français, pose des problèmes de traduction pour les artisans, qui doivent fournir le même texte des deux côtés de l’Atlantique.Par exemple, alors que les Français disent «plan de travail» pour parler d’un «comptoir de cuisine», les Québécois parlent d’un «stationnement» au lieu d’un «parking», et d’un «courriel» pour un «mail».Ces problèmes donnent lieu à d’étranges négociations entre éditeurs québécois et français, dit Lori Saint-Martin.«On peut dire: “On va vous donner le plan de travail et vous nous donnez les bleuets"», raconte-t-elle.VOIR PAGE F 2: MOTS « Les gens pensaient que j’avais inventé des mots, mais j’ai été très rigoureux» Ecrire la médecine LOUIS CORNELLIER En préface au Livre de la médecine (Le Pommier, 2001), Michel Serres s'avoue fasciné par les têtes des médecins.Chacun d’entre eux, explique-t-il, en a deux: Tune dans la science et l’autre dans l'expérience.«Bref, poursuit-il, les vibrations subtiles entre l’idée générale et la personne concrète, la notion stable et la mouvance de la singularité irréductible font de vous des Aristote indéfiniment contemporains, je veux dire des sages qui savent que l'individu résiste en substance aux idéalités pourtant nécessaires à sa compréhension et que nous ne pouvons saisir la vie sans ce double apport contradictoire.» Cette expérience de la double tête médicale est bellement racon- tée dans Un léopard sur le garrot, chroniques d’un médecin nomade, du romancier et diplomate français Jean-Christophe Rufin.«La médecine, annonce ce dernier, est le véritable sujet de ce livre.Qu’on veuille bien me pardonner d’y parler beaucoup de moi; c’est le seul moyen que faie trouvé pour parler d’elle.» Et il en parlera avec une force d’évocation et une intelligence peu communes.Si, comme il le souligne au passage, Rufin n’a pas eu l'enfance d’un chef, il peut toutefois revendiquer 4’avoir eu l’enfance d'un médecin.Élevé par un grand-père résistant rescapé de Buchenwald, qui exer- çait cette profession à l’ancienne, Rufin n’hésite pas à dire qu’il est «né dans la médecine, comme d’autres voient le jour au bord de la mer, au flanc d’une montagne ou dans les champs».En admiration devant cet homme qui ne lui parle presque jamais et que tous traitent avec déférence, le futur romancier fait alors une découverte.Comme Clémen-ceau, dont le portrait figure dans le bureau de son grand-père parce qu’il a sauvé la France, son héros familial doit lui aussi reconnaissance au fait d’avoir sauvé des vies.«La médecine, écrit Rufin, pratiquait donc en petit et au quotidien ce qu'il était donné à un homme politique de réaliser en grand et rarement à l’échelle d’un pays entier.Cette équivalence entre la médecine et son rôle social, ce qui pour moi plus tard devait porter le nom d’engagement, s'imposera donc trà tôt dans mon esprit.» Il lui faudra, toutefois, passer par bien des détours pour concrétiser cet élan de jeunesse.Après avoir oublié la médecine lors de son adolescence parisienne, il renouera avec elle en 1967, à l’occasion de la médiatisation mondiale de la première greffe du cœur, tentée par le chirurgien sud-africain Christiaan Barnard.Sa vocation, avoue-t-il — et Ton retrouve là l’intuition de Serres —, était déjà double, nourrie de la médecine humaniste de son grand-père et de la médecine pionnière de VOIR PAGE F 5 : MÉDECINE «Jamais je ne pourrais consacrer ma vie à de simples morceaux de la mécanique humaine» SKYU.OU AI P V LIVRES MOTS ROMAN QUÉBÉCOIS SUITE DE LA PAGE F 1 L’usage des jurons pose aussi problème: «tabarnak!» étant décidément trop québécois et «putain!», trop français.Cette «voix mitoyenne» qu’il faut trouver fait dire à certains traducteurs qu’ils doivent écrire une langue qui n’est finalement parlée nulle part, une langue qui serait parlée au beau milieu de l’Atlantique, ou «au Groenland», confirme Lori Saint-Martin.Astreignant, peu reconnu, le métier de traducteur exige beaucoup d’humilité de la part de ceux qui le pratiquent, bien que ceux-ci soient parfois, c’est le cas de Lori Saint-Martin et de Michel Carneau, également auteurs.Au moment d’accepter de traduire le dernier recueil de Leonard Cohen, Michel Carneau s’est d’ailleurs donné pour défi de composer un poème de son propre cru par poème traduit C’est ce qui a donné le très beau recueil Poèmes du traducteur, qui vient de paraître à L’Hexagone, une sorte de réponse ou de dialogue avec le recueil de Cohen.«Quand je traduis, cela me met parfois de mauvaise humeur / parce que j’ai l’impression / que ça me vole des poèmes», écrit-il dans un premier poème intitulé Proème.Lori Saint-Martin, elle, considère que le métier d’écrivain et celui de traducteur doivent s’exercer à différents moments, pour ne pas y perdre son essence et parce que, chaque fois qu’on change d’auteur à traduire, il faut changer de voix et le temps d’un texte, oublier la sienne.Le Devoir POÈMES DU TRADUCTEUR Michel Carneau Editions de l’Hexagone Montréal, 2008,353 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR sJm.Michel Carneau en 2004 LE ROI EST SOURCE DE TOUTE JUSTICE •' SI'S».* • 5- ' /.k-w&nne Paul * Exilés au nom du roi S lx« h!» J«t tarmlk «; U* | favx-wuiiimi en N.wüt-rnuKe I 17*3*! 744 ï.¦ En examinant comment et pourquoi les volontés du roi ont été utilisées pour exiler arbitrairement au Canada des fils de famille et des faux-sauniers (contrebandiers de sel), Josianne Paul détermine la manière dont les ordres du roi ont pu servir les intérêts coloniaux dans une perspective politique et économique au cours du xvnie siècle.SePTENTRION.qc.ca Membre de l'Association nationale des éditeurs de livres c-ditciir félicite Daniel Castillo Durante, auteur de Un café dans le Sud, et Claude Le Bouthillier, auteur de Karma et coups de foudre.KAR.M \ i rtl 'OUPS ’% PI KHfP.RI finalistes au Prix des lecteurs Radio-Canada 2008.«Ho! Hisse! Ho!» SUZANNE GIGUÈRE T e sexe, l’alcool, le sang.Les " i-/ trois moments dionysiaques de la vie humaine: on n’échappe ni à l’un ni à l’autre.» C’est par cette citation brûlante de Cesare Pave-se que nous entrons dans Lomer Odyssée, un roman rempli de bruit et de fureur d’aimer qui fera décoller le lecteur le plus blasé.Ce conte tragique met en scène les amours improbables d’un Ulysse des temps modernes avec une Pénélope au tempérament enflammé.La première page tournée, on ne lâche plus ce roman.Jusqu’à la fin, grandiose.Ivre sarabande Jeune marin, Lomer bourlingue depuis des mois quand son cargo fait escale dans un port du Sud-Est asiatique.Un cri tonitruant attire son attention.Du haut du bastingage, il aperçoit le long du quai une femme pliée en deux, se traînant, le visage ensanglanté.La prostituée est laide, deux fois plus vieille que lui, édentée.Elle fait partie de ceux qui ont vécu et qui se foutent de leur propre gueule «parce que c’est leur âme qu’ils offrent, et rien d’autre».Coup de foudre de Lomer pour celle qu’il appelle déjà affectueusement la Gueuse.Il vole jusqu’à elle.«C’est à travers elle que je respirais [.] Fou, vous comprenez?» Après une virée bien arrosée — «ivre sarabande» — dans les bas-fonds du port, Gueuse disparaît.Pour survivre, Lomer devient écrivain des docks.Dans ces lettres d’autrui il s’adresse à sa dulcinée, quand l’impensable retentit derrière lui: «C’est à moi que t’écris, Petit?Son rire a enseveli le port, et moi, j’ai pleuré.» Gueuse l’entraîne dans une échoppe crasseuse.Là, un artiste malais tatoue son nom sur le sexe bandé de Lomer.«Pendant qu'il rapetissait, les lettres tatouées là se sont mises à s’amalgamer, formant, comme par magie, le dessin émouvant d’un petit cœur, rouge.» Le rire de Gueuse, rabelaisien, envahit l’atelier «Tu es mon homme maintenant, Petit!» Ils mangent, dansent sous la pluie chaude, «mon Dieu, que je l’aimais.que je l’aime, que je l'aimerai.Toujours».Le poids des mots chez Lomer.Chacun est si rare, si lourd de sens, qu’il en devient définitif.Les aventures insolites se multiplient.Nous retrouvons le couple dans une barque volée, sur «une mer moussante», riant à perdre haleine, pendant que le bouchon d'un magnum saute vers le ciel.Quelques heures plus tard, leurs yeux s’ouvrent: GARGANTUA Un cargo grand comme une montagne avance droit sur eux.Petit pousse Gueuse par-dessus bord et la suit au moment où le navire coupe leur barque en deux.Rescapés, le soir même ils se lancent à corps perdu dans l’ivresse poétique et physique, à l’intérieur d’une vieille épave rouillée qui sent la sueur, le cambouis et les vapeurs âcres du diesel.Nuit d’excès au cours de laquelle Petit fait le récit de son dépucelage (il n’a que seize ans), ode passionnée au sexe de la femme, «ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur» (célèbre poème d’Alfred de Musset), versée dans une écriture hallucinée de plaisir et de chair, secrète alliance du fauve et du nuptial.Les mots explosent en miettes et Petit, de plaisir.Il s’évanouit: «Mais qu’est-ce qui m’avait pris d’ainsi mourir presque?C’était donc cela, jouir, une mort immense?» Dans ce roman excessif rythmé par les beuveries et les fumeries d’opium, rempli de carnavals tristes et de chagrins radieux.Petit et Gueuse devront affronter jusqu’à la fin, dans une étonnante variation du classique d’Homère, le Cyclope, la magicienne Circé, les sirènes au chant mortel, les monstres Charybde et Scylla, et bien d’autres encore.Humour tendre et ravageur Cinquante années ont passé.Petit navigue toujours.Le monde a changé, avec «tous ces horizons de guerre éclairés par les bombes».Le marin pense toujours à son incommensurable amour: «J’avais aimé une fois, et tellement que j’en avais été vidé, de l’amour qu’en moi j’avais [.] elle était morte, ma Gueuse, en apportant mes mots aussi, avec mon cœur et mon âme.» De retour dans le port où ils se sont rencontrés, après un dernier «hoquet de bonheur» auprès d’une jeune Démone, Lomer va rejoindre Gueuse dans les eaux noires du port.Pendant qu’au loin l’horizon s’éclaire.Un style délié, rapide, empreint d’un humour tendre et ravageur (impossible de réprimer ces envies de rires francs et sincères que nous inspirent certaines scènes), une recherche constante de l’image pour frapper l’imagination du lecteur (un géant momifié se transforme en radeau, une joute de crochet des dockers se termine en jeu de massacre, les amants noyés remontent vers le soleil), des personnages délirants à l’entêtement communicatif, tous ces éléments concourent à la formidable réussite de Lomer Odyssée.On en redemande, de cette littérature jubila-toire.«Ho! Hisse! Ho!» Grand aventurier dans l’âme et amoureux de l’Asie, Pierre Garié-py a fait du journalisme, du cinéma, de la photo.Il écrit des romans.Son père, Lomer, et son grand-père étaient marins.Collaboratrice du Devoir LOMER ODYSSÉE Pierre Gariépy XYZ éditeur, «Romanichels» Montréal, 2008,120 pages FIFA Point de vue sur désert blanc CAROLINE MONTPETIT Cela commence par une silhouette rouge.Une petite silhouette humaine qui s’agite dans un désert blanc.La dimension de l’homme au milieu de l’Antarctique.Library on Lee, court métrage présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art, est l’histoi- re d’un sculpteur de Cologne, Lutz Fritsch, qui accompagne des scientifiques en mission dans l’Antarctique pour leur construire une bibliothèque au beau milieu de l’immensité.Une bibliothèque installée dans un conteneur, mais où est taillée une fenêtre qui permettra à ceux qui la fréquentent de jouir d’une vue sur l’extérieur, d’une vue sur un nulle éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Bernard Demers Psychopathologie de la gestion .Mrnaro DEMESS PsychopatKoiogie de ta gestion 152 pages, 18 dollars -x -'¦ - • rf.>• J part infini.Car ces chercheurs, explique le sculpteur, sont confinés durant quinze mois, dans le cadre de leurs fonctions, dans une station souterraine de l’Antarctique, avec pour toute lumière celle des néons artificiels.Et quand ils sortent dehors, c’est, bien sûr, pour affronter des températures extrêmes.Toutefois, Library on Lee, c’est plus que la simple histoire de la construction de cette petite bibliothèque, avec une petite fenêtre de 50 par 70 centimètres, au milieu du néant C’est la rencontre de l’homme avec lui-même, dans un espace qui lui est complètement inhospitalier.Au fil des jours, l’homme qui fréquente ces lieux se déleste d’une certaine mémoire sonore stockée en lui-même, la mémoire vive des bruits des klaxons ou des voitures, qu’il a rapportée de la ville.Survient le silence glacial des lieux.Parmi les questions les plus cruciales qui se sont posées au concepteur de cette bibliothèque sur glace se trouvait celle de la couleur qu’elle prendrait.Après une longue réflexion, c’est le vert qui s’est imposé, couleur de désir, petite tache de vie au milieu de la blan- cheur des lieux.Quelques dégradés de vert, avec du rouge sur le toit et sur le plancher.Sur les rayons de cet endroit que l’artiste qualifie d’«arche de Noé» se trouvent des livres qui ont été donnés par différentes personnes précisé ment pour être lus dans ces lieux, dédicacés par leur donateur.Plus encore que la présence de cette bibliothèque, c’est la réflexion de l’artiste sur l’espace et sur les icebergs qui est intéressante.«Je me demande comment les scientifiques se protègent de leurs émotions», se demande-t-il, dans ce milieu où l’homme n’a pas sa place, qui n’est pas à son échelle.Dans ce contexte de vie au-delà de la vie, les icebergs, avec leur passé architectural, leur lumié re, leur individualité, deviennent presque des amis.Et lorsque l’artiste reviendra dans le fracas de la vie urbaine, ce sont ces icebergs qui lui manqueront le plus.Le Devoir Library on Lee, le mercredi 12 mars, à 21h30, au Musée d’art contemporain et le dimanche 16 mars, à 16h30, au cinéma ONF SOURCE FIFA Une scène de Library on Ice .Les fiiaiiR fi( ¦ - ire François Gravel Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux is littérair Rencontre avec l’écrivaine Andrée Laberge animée par Aline Apostolska Andrée Laberge, auteure de trois romans dont le dernier, La rivière du loup, a été couronné en 2006 par le Prix du Gouverneur général, dans la catégorie romans et nouvelles.Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains d’ici et d’ailleurs.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque e jeudi 13 mars 2008 Ïël2 h 30 à 14 h 475, bout De Maisonneuve Est, Montréal EH® Métro Berrl-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales Québec «S V I LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MARS 2008 LITTERATURE Sur le fil du rasoir Danielle Laurin Tombera, tombera pas?On est sur les dents.Tout est possible, tout peut arriver, tout peut basculer.L’incertitude plane, jusqu’au bout, dàrts Tout m’accuse.Pari réussi.Ce n’était pas évident c’était risqué.Ça manque d’unité, qü’on se dit au début C’est déstabi-lisîmt.Ça change de narrateur, d’univers, de pays.Pourquoi?' Ça s’enlise dans de petits détails, qui semblent anodins.C’est voulu?Ori s’en va où, là, avec qui?Et puis, mine de rien, on s’habitue.On se tait à l’idée.Trop tard pour reculer.On est pris dans le filet On est dans la tête d’étranges personnages, qui cachent quelque chose, chacun de leur côté.Quoi?D’abord, c’est un homme qui parle.Un Belge, qui vit à Montréal, seul avec son chat.Il a 49 ans, travaille comme archiviste dans un hôpital.D a de drôles de manies.Peu à peu, il va se dévoiler.Pas tout de suite.Avant d’en savoir plus sur le bonhomme, on va faire la connaissance d’une artiste, une jeune peintre montréalaise.Qui, lors du vernissage de sa meilleure amie, rencontre un gars séduisant, qu’elle trouve pédant.C’est elle qui parie cette fois.Puis, retour dans l’appartement du Belge.Qui s’entretient au téléphone avec sa maman restée en Belgique.Qui l’écoute parler, plutôt Bla-bla-bla.Fm de la conversation, nous voici maintenant chez la mère en question.Dans son délire à elle.Et ainsi de suite.D y aura aussi un vieil homme qui entrera en scène.Le mari de la femme.Le père du Belge.Toux les morceaux vont finir par s’emboîter, fl suffit d’être patient D’accepter la part de mystère de chacun.Il suffit de les laisser parler, de les observer, aussi, à travers les yeux des autres.On comprend, finalement.On comprend que celui-là, qui est maniaque de ménage, est un obsessif compulsif Qu’il est incapable de résister à la tentation de fouiller dans la vie des gens.Qu’il est un voyeur solitaire, en fait D erre dans la ville, la nuit pour meubler son insomnie.Il épie les gens, pour mettre le doigt sur leur vulnérabilité.Ça le rassure, sur lui.Il vit par procuration.Franchir le mur des apparences, c’est ce qu’il veut à tout prix.Ainsi: «J’avais un besoin immense de voir la véritable face des gens.Et ce pouvoir que je me conférais, celui de regarder sans être vu, me donnait un sentiment de divinité tout à coup doucereux, comme un baume sur mon propre chagrin.» Son chagrin, il vient de loin.De l’enfance, vous pensez bien.Un père absent, qu’il n’a plus vu à par-tir de 11 ans.Qu’il croit mort.C’est ce que lui a toujours dit sa mère, une femme possessive, contrôlante à l’excès.C’est pour la fuir, elle, que l’homme a quitté la Belgique pour le Québec.Exactement comme son père avant lui.C’est ce qu’on comprend.Comme on comprend, de l’intérieur, le désarroi de la mère.Et la culpabilité qu’elle ressent Tout cela, on le découvre petit à petit dans Tout m’accuse.Comme on découvre petit à petit ce que vient faire dans cette histoire la jeune artiste peintre du début.Elle ne l’a pas eu facile, elle non plus.Elle a combattu l’anorexie.Elle se débat toujours avec ses monstres intérieurs, sur ses toiles.Elle se bat constamment contre elle-même, pour ne pas tomber amoureuse.Surtout, ne pas s’attacher.Un cas, je vous dis.Un cas tout indiqué pour piquer la curiosité d’un obsessif compulsif fasciné par la vulnérabilité de ses semblables, oui.Si ces deux éclopés pouvaient mutuellement se servir de bouées?J’en ai déjà trop dit.Allez-y voir.Même si ça semble un peu tiré par les cheveux au détour, même si ce n’est pas tout à tait achevé, maîtrisé, c’est toujours juste dans le ton.C’est dense, c’est profond.C’est forf C’est le troisième roman de Véronique Marcotte.Elle vient de Trois-Rivières, elle a trente ans et des poussières.Elle a un faible pour les désaxés, les écorchés, aucun doute là-dessus.Elle a surtout le don de les faire parler.De les incarner.De restituer le moment charnière où tout se joue pour eux.Tombera, tombera pas?Elle nous tient en haleine, elle en rajoute, elle se tient là, au bord de la folie, et nous aussi.Elle a un vrai talent, Véronique Marcotte.Une au-teure à suivre, assurément Collaboratrice du Devoir TOUT M’ACCUSE Véronique Marcotte Québec Amérique Montréal, 2008,233 pages ROMAN QUÉBÉCOIS L’amour de moi CHRISTIAN DESMEULES Les romans, y compris les plus mauvais, peuvent servir à tout C’est bien connu.Même à passer le temps, à redresser de vieux meubles ou à allumer un feu.Même à dé-fëndre une idée.Combattre «l’inflation contemporaine du moi», c’est l’ambition avouée de cet objet littéraire destiné aLédification morale et intellectuel lé de ses lecteurs.Ni traité ou précis, encore moms manuel de savoir-vivre, L’Impudeur, premier roman d'Alain Roy, docteur en littérature et directeur de la revue UInconvénient, est la lance d’un va-t-en-guerre délicat Suivez le guide.Misérable chargé de cours dans une université montréalaise — ce sont ses propres mots —, Antoine préfère les consolations de la littérature aux réalités quotidiennes d’un XXI siècle qu’il se plaît à mépriser où, au mieux, qui l’indiffère royalement Il vient de terminer une thèse de doctorat consacrée à l’esthétique proustienne, soigne sa solitude et un bum-out.Sa vie, même à la déri-
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