Le devoir, 28 février 2004, Cahier B
L E Jean-François Chassay : la science mise en scène Page B 6 DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET D 1 M A X 0 H E 2D E E V ?I E R 2 O O I «HP! Haïti : Les Nations unies ont leur part de responsabilités Page B 5 LE DEVOIR * PER.SPECT TES / Elections américaines Comment gérer le scandale des commandites Bush à sa calculette GUY TAILLEFER LE DEVOIR N* en déplaise au cinéaste Mi-chael Moore et aux sondeurs qui donnent pour le moment le sénateur John Kerry gagnant sur George W.Bush, les républicains disposent sur le terrain d’une série d’avantages qui leur donnent, au delà des incertitudes que soulèvent la situation économique et la crise irakienne, une étroite marge de manoeuvre que les démocrates n’ont tout simplement pas.Caisse de campagne au moins deux fois mieux garnie que celle des démocrates, machine électorale plus puissante et base militante plus mobilisée favorisent traditionnellement les républicains.Un avantage supplémentaire est cette fois-ci donné au président sortant par les mouvements de population qui se sont produits depuis la présidentielle de 2000.Atout non négligeable en vue d’une élection qui s’annonce extrêmement serrée.Les déplacements démographiques se sont produits vers le sud et le sud-ouest, en territoire plus amicalement républicain, ce qui fait en sorte que si M.Bush remportait cette année .les mêmes Etats qu’en 2000, il obtiendrait sept «votes électoraux» de plus, selon le savant calcul d’un journaliste du New York Times.La procédure étant la suivante dans une présidentielle: le candidat qui l’emporte dans un Etat obtient un certain nombre de votes électoraux, établi proportionnellement à la population de cet Etat «Les mouvements se sont produits vers le Pacifique et le Sud-Ouest, plus la Floride, au détriment du Midwest et de la côte Est, en territoire plus démocrate», opine Gérald Bernier, politologue à l’Université de Montréal et expert en politique américaine.C’est ainsi que le Texas, la Géorgie, l’Arizona et la Floride ont gagné deux votes de grand électeur chacun alors que la Caroline du Nord, le Nevada et le Colorado en ont obtenu un de plus chacun.Grand total de onze, dont il faut soustraire quatre votes que la démographie a retranchés dans des Etats qui sont allés à M.Bush en 2000, soit un gain net de sept.Les démocrates écopent additions et soustractions faites, ils sont déficitaires de sept votes électoraux par rapport à 2000.Pure théorisation?Qui peut en effet garantir que les tendances électorales seront copiées?VOIR PAGE B 2: CALCULETTE LARRY DOWNING REUTERS La machine électorale de George Bush est déjà au travaiL » La Floride / est un Etat où la lutte sera encore une fois serrée La crise appréhendée Un petit groupe de ministres, de hauts fonctionnaires et de conseillers avait préparé la réponse de Paul Martin au rapport de la vérificatrice générale LYLE STAFFORD REUTERS Paul Martin a adopté une stratégie à laquelle les Canadiens adhèrent pour gérer la crise des commandites.MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Dans les minutes qui ont suivi le dépôt du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale des commandites, le premier ministre Paul Martin annonçait une série de mesures sans précédent pour faire la lumière sur toute l’affaire et éviter qu’elle ne se reproduise.C’était du jamais vu, tant par l’ampleur que par la rapidité.Le plus étonnant est que le gouvernement n’a pas pris deux mois pour élaborer sa réponse au pire scandale de la décennie, mais seulement deux semaines.Et encore.Les éléments les plus spectaculaires — l’enquête publique, l’avocat-conseil pour la récupération de fonds et l’acceptation d’une loi sur les dénonciateurs — n’ont fait consensus que dans les derniers jours précédant le dépôt du rapport C’est ce que laissent entrevoir les procès-verbaux de réunions récentes du comité des opérations du cabinet Martin ainsi que des entrevues réalisées avec quelques-uns des protagonistes.Les procès-verbaux du cabinet ne sont normalement rendus publics que 30 ans après le fait mais comme promis, le gouvernement Martin a remis au comité des comptes publics, cette semaine, toutes les portions ayant rapport au programme de commandites, que les réunions aient eu lieu sous Jean Chrétien ou Paul Martin.Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le cabinet en entier n’a jamais discuté de la réponse à donner au rapport de la vérificatrice générale.Faute de temps, soutiennent plusieurs participants.C’est donc le comité des opérations, un groupe restreint d’une demi-douzaine de ministres, qui s’y est intéressé, et à seulement deux reprises, soit le 27 janvier et le 9 février, la veille même du dépôt du rapport Le vrai travail a été laissé, pendant ces deux semaines, à un petit groupe de ministres, de hauts fonctionnaires et de conseillers du ministère de la Justice, du Conseil du Trésor, du Conseil privé et du bureau du premier ministre.•A titre de ministre des Travaux publics, le ministère au centre du rapport de la vérificatrice générale, c'est au cours d’environ deux semaines précédant le dépôt, que fai eu deux rencontres approfondies avec [Sheila Fraser] pour m'assurer que je comprenne bien, en tant que nouveau ministre, où elle en arrivait.D’autres ministres ont fait de même chose à la fin janvier et au début de février.[.] R y avait donc une processus préliminaire à faire», explique Stephen Owen.11 restait par conséquent peu de temps pour élaborer la réponse adéquate.Présentation accablante Mais le sérieux du scandale et la nécessité d’une réponse vigoureuse n’échappent pas aux ministres présents à la réunion du 27 janvier du comité des opérations, dont Anne McLeDan, Pierre Pettigrew, Tony Valeri et Jacques Saada.Le résumé du rapport, présenté par le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock, ne laisse aucun doute.Les termes de sa présentation sont accablants: «contournement du Parlement», «insuffisance de la gestion financière et du contrôle de la passation des marchés», «commissions excessives».Les fiches de sa présentation parient même, entre guillemets, de «blanchiment d'argent» dans le cas des sodétés d’Etat, une expres- sion que la vérificatrice générale n’a jamais employée.Le ministre évoque une série de solutions, comme le renforcement de la gestion des sociétés de la Couronne et la révision des dispositions de la Loi sur la gestion des finances publiques en matière de sanctions, de recouvrement de fonds et d’application à des personnes ayant quitté la fonction publique.D note que le comité des comptes publics examinera le rapport, comme il le fait pour tous les rapports de la vérificatrice, mais le gouvernement pourrait afficher sa préoccupation en offrant par écrit sa coopération.La tenue d’une enquête publique n’est qu’une option parmi d’autres.On ne mentionne nulle part la possibilité de recourir à un avocat-conseil pour le recouvrement de fonds.L’idée d’une loi sur les dénonciateurs est mentionnée mais sans faire l’objet d’une recommandation.A l’issue de la rencontre, rien n’est décidé.On demande plutôt à MM.Owen et Alcock de revenir devant le comité «avec une proposition quant à la meilleure façon de donner suite au rapport».Démarre pour eux un marathon de réunions et de consultations avec conseillers et ministres, dont les plus hauts gradés du Québec, «fai eu des réunions à ce sujet pratiquement tous les jours pendant trois semaines», se souvient Reg Alcock, qui était un des rares à avoir eu accès au rapport avant la réunion du 27.Pour faire la lumière Durant ces deux semaines, Stephen Owen, qui est un spécialiste des commissions d’enquête et ancien ombudsman de la Colombie-Britannique, a pour tâche de déterminer la meilleure façon de faire la lumière sur l’affaire.Reg Alcock, lui, se charge de trouver des moyens pour prévenir pareils abus à l’avenir.Le recours à une enquête publique suscite le plus de discussions, se souvient Reg Alcock.«Nous avons eu, en l’absence du premier ministre, de multiples débats à ce sujet.[.] Bien des gens étaient très nerveux à l’idée d’une enquête publique, [.] surtout sur un plan de la tactique politique», dit-fl.«L’appui pour une enquête s'est bâti au fil des deux semaines, allant des doutes sur les besoins d’une telle démarche, étant donné le pouvoir du comité des comptes publiques de tenir des audiences, à une compréhension de la nécessité d’avoir un ensemble complet de mesures», raconte M.Owen, un partisan inconditionnel de la transparence.«Mon expérience passée m’a convaincu, poursuit-il, que, par principe, il n’y a rien de plus désarmant que l’ouverture et une enquête indépendante est toujours plus crédible aux yeux du public.» Surtout, ajoute-t-ü, torsque vient le temps d’exonérer des gens ou de confirmer des soupçons.Le fait que cette enquête s’inscrit dans un tout a semblé en convaincre plusieurs, croit-ü.Le comité des comptes publics peut se pencher sur la responsabilité ministérielle mais ne peut toucher le secteur privé, explique M.Owea L’enquête publique, elle, le peut Par contre, ni l’un ni l’autre ne peut ou n’est outillé pour suivre les fonds à la trace, seul l’avocatconseil en recouvrement de fonds en a l’expertise.Et enfin, seule la police peut mener une enquête pouvant mener à des accusations criminelles.Au bout du compte, c’est Paul Martin qui a tranché en faveur d’une enquête publique, soutient M.Alcock.«R y a pensé et est revenu en disant: “Non, il s’agit de notre intégrité et nous irons aussi loin et aussi profondément que nous pourrons”.» Selon M.Owen, M.Martin a ainsi confirmé le consensus qui se dégageait des discussions.Et ce seront ses conseillers et ceux du Conseil privé (Mario Laguë, Scott Reid et Maurice Jorre de St-Jorre) qui se présenteront au comité des opérations le 9 février, la veille du dépôt du rapport, pour expliquer la stratégie arrêtée.Tout y est enquête publique, convocation rapide du comité des comptes publiques, embauche d’un avocat-conseil pour le recouvrement des fonds, revue de la gestion des sociétés d’Etat et de la loi sur la gestion des finances publiques, présentation imminente d’un projet de loi sur les dénonciateurs.Les objectifs Les grandes lignes du message à transmettre sont clairement énoncées et seront reprises presque mot pour mot par le premier ministre Martin, «Le gouvernement trouve inacceptables les pratiques dénoncées dans le rapport de la vérificatrice, reconnaît que la mauvaise gestion du programme des commandites constitue un abus de la confiance du public, et est déterminé à prendre les mesures nécessaires pour faire toute la lumière sur ces abus et assurer que cela ne se reproduise plus», résume le procès-verbal.La conclusion du document des trois conseillers établit les objectifs poursuivis: démontrer que le gouvernement prend l’affaire au sérieux, que les Canadiens peuvent «avoir une confiance inébranlable dans leur gouvernement, ses règles d’éthique et sa gestion des finances publiques», et enfin, que le gouvernement a «la volonté de faire preuve de transparence» et d’apporter les correctifs qui s’imposent Le 10 février, dans les minutes qui suivent le dépôt du rapport Paul Martin dévoile sa réponse en respectant le scénario appuyé la veille par le comité des opérations.E ajoute cependant en réponse aux journalistes: •je ne savais rien de tout cela».Et jamais il ne dit qu’il assume, en tant qu’ancien membre du cabinet, une part de la responsabilité dans cette affaire.Sa crédibilité devient soudainement objet de débats, reléguant dans l’ombre les mesures énergiques fraîchement annoncées.Que savait Paul Martin et comment était-ce possible qu’un ministre de son importance, à la tête du ministère des Finances, n’ait rien su, demande-t-on sur bien des tribunes.Son plan n’avait rien prévu de tel et ce n’est que deux jours plus tard qu’il évoque finalement une responsabilité collective du gouvernement dans ce scandale mais le mal est fait et c’est en partie pour regagner la confiance des Canadiens, afficher son indignation et ramener les projecteurs sur son plan d’attaque qu’il entreprend une série d’apparitions publiques à travers le pays.Ce que les anglophones ont vite surnommé son «Mad as hell Tour», une expression colorée qui signifie être noir de colère, se poursuit d’ailleurs avec son passage jeudi et hier en Colombie-Britannique et un arrêt en Alberta aujourd’hui.L’initiative lui a valu bien des critiques et a rendu son caucus nerveux, mais Paul Martin maintient le cap, visiblement encouragé par un sondage, présenté au comité des opérations dès le 16 février et réalisé entre le 12 et le 15 février.Ce dernier révèle que les Canadiens appuient les mesures annoncées dans la foulée du dépôt du rapport dans une proportion osciDant entre 67 et 74 %.E ne dit rien de leur niveau de confiance dans le gouvernement cependant Les Canadiens appuient les mesures annoncées dans une proportion oscillant entre 67 et 74 % i LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 FÉVRIER 2004 B 2 ?PERSPECTIVES* Je an Dion ?Mon dieu Une industrie qui veut se développer x - A qui le risque : au public ou au privé ?L’échec de la relance 4e la Gaspésia pose avec acuité la question du rôle de l’Etat dans le capital de démarrage Au cours des derniers jours, le réseau de télévision CBS a été submergé d’appels et de courriels de protestation.Pour quelle raison au juste, se demande naturellement l’esprit friand de découverte?Si vous avez répondu «Ah non, pas encore la Janet qui se le montre, là», désolé de vous asséner la vérité si crûment, mais c’est pour votre bien, vous êtes so last week.Complètement dépassés.Ne le saviez-vous pas, les discussions sur les grandes questions de notre temps durent maintenant 48 heures maximum.Passé ce délai, si vous osez aborder le sujet.Ton roulera les yeux au plafond devant vous comme devant le dernier ringard, Ton vous traitera au mieux avec pitié et Ton racontera dans votre dos que tant qu’à y être, vous pourriez aussi dire que c’était bien mieux quand il y avait juste sue équipes, non mais quel pas rap cet enfoiré.Ainsi de cette insupportable Passion du Christ de mononcle Mel.J’écoutais hier ma station de talk radio en araméen favorite, CANA FM, et ils racontaient que tout avait été dit sur le film.Pas beaucoup de choses, pas même l’essentiel, tout.Ça va vite maintenant, pas le temps de niaiser.Aussi aujourd’hui est-il l’ultime moment d’en parler, et encore, à la remorque.Après, tout ce que vous obtiendrez sera un soupir de votre interlocuteur qui vous indiquera qu'il doit y aller, ayant quelque chose sur le feu.You’re so yesterday.Donc, oui, vite, CBS a été submergé à cause d’An-dy Rooney, le commentateur de l’émission 60 Minutes.Dimanche dernier, dans son billet hebdomadaire, Rooney a voulu rappeler que: a) le pasteur-évangéliste-prédinosaure Pat Robertson avait déclaré publiquement que Dieu lui avait dit que George W.Bush allait remporter de façon époustouflante la prochaine élection présidentielle; b) mononcle Mel avait souligné que c’est Dieu qui lui avait dit de faire son film (NDLR: d’horreur).Rooney a donc cité mot à mot la conversation qu’il avait lui-même eue avec Dieu.«Andrew, beaucoup de gens t’écoutent.J’aimerais donc que tu dises à tes auditeurs que Pat Robertson et Mel Gibson sont cinglés.» Évidemment, une foule de bonnes âmes s’en est trouvée offusquée.Quand un politicien du bon bord, un pasteur, un joueur de football, bondance, affirme détecter la volonté du Seigneur, elles disent: voyez comme c’est beau être croyant de même.Quand on utilise la manœuvre du revers pour ridiculiser le coquin qui dit n’importe quoi, oups, c'est du blasphème.?Si ça se trouve, ce n’est pas Dieu qui a passé la commande à Gibson mais un fabricant de sauce tomate flairant l’aubaine en matière de placement de produit.C’est que ça gicle, messieurs dames, ça éclabousse, ça revoie, ça ruisselle, ça coule de partout, et on s’assure que vous n’en raterez aucune goutte.Ce film, qui aurait dû s’intituler Ceci est mon sang, n’est pas une évocation historique mais une démonstration de sadisme grotesque et ostentatoire en plan rapproché.S'il n’y avait le prétexte de mettre en scène le Christ expiant les maux de l’humanité, s’il avait montré la séance de torture de tout autre homme, La Passion du Christ aurait été répertorié série Z, gore movie de luxe, vidéo que les pervers se passent en cachette.Mieux, il n’aurait probablement jamais été fait.Je ne le connais pas intimement ni ne prétends posséder son numéro 1800 comme Pat et Mel, mais si Dieu eux-mêmes en personnes (il est trois, ne l’oublions pas), qui doit être passablement occupé avec la vraie barbarie qui étripe le vrai monde, a vraiment pris soin de demander la création d’un pareil étalage de bestialité dépourvu de tout intérêt et de tout propos, il est plutôt bizarre, Dieu.Pour essayer de justifier un peu ce bain-tourbillon de sang, mononcle Mel — dont on finira par croire qu’il a un goût prononcé pour la chose, rappelons-nous William Wallace de Braveheart qui finissait évis-çéré — dit qu'il a respecté à la lettre les textes des Évangiles.Ce qui est faux.Non pas que cela ait de l’importance: il y a la liberté de T«artiste», et il y a que les Évangiles ne sont pas particulièrement des parangons de véracité factuelle.(Selon mes sources dans le monde de Texégèse glamour, l’expression «vérité d’Évangile» a d’ailleurs été inventée juste après leur rédaction pour fermer la trappe aux petits malins qui posaient trop de questions.A ce sujet, un truc intéressant: le magazine Time a demandé à James Caviezel, le comédien qui tient le rôle du Christ sous les trois couches de sauce tomate, si on lui avait jamais dit auparavant qu’il ressemblait à Jésus.Comme si quiconque, par-delà quelques vagues stéréotypes, avait la moindre idée de ce à quoi pouvait bien ressembler Jésus.) Mais tant qu’à ne pas respecter le texte, il aurait au moins pu ne pas forcir son navet d’invraisemblances, la plus criante étant qu’aucun être humain, fût-il le Messie, n’aurait survécu à plus du quart du supplice qui se déroule sous nos yeux.11 faut croire que le fabricant de sauce avait payé cher sa commandite.En plus, en dépit des circonstances qui s'y prêtent drôlement on ne voit pas une traître mouche.?Vous pouvez vérifier, Malraux n’a jamais dit que le XXT siècle sera religieux ou ne sera pas, mais ce n’est pas grave, s’il Tavait dit, il aurait été maudite-ment bien parti pour avoir raison.Regardez-moi un peu les guerres que mène l’empire autoproclamé du bien, les gratteciels qu’on abat, les murs que, 15 ans après la chute de celui de la terreur athée, on érige au cœur de la terre sainte.Les monothéistes, s’abreuvant pourtant tous à la même source, sont très susceptibles par les temps qui courent à leur perte.Mon tout-puissant est plus tout-puissant que ton tout-puissant.Aussi faut-il prendre des pincettes extrafines pour traiter certains sujets, l’antisémitisme latent de La Passion du Christ, par exemple.Pourtant, c’est passer à côté de la question.En réalité, ce film passe à la moulinette les polythéistes: Ponce R est un lâche qui envoie un innocent à l’abattoir, et les soldats romains sont des brutes finies assoiffées d’hémoglobine.Pourtant, personne ne dénonce cela, sinon sous couvert d’erreur historique et non d’irrespect des valeurs d’autrui.Ça doit être parce que les polythéistes ne sont plus là pour se défendre, ni attaquer.C’est Jupiter qui me Ta dit, et je le crois même su est so 2000years ago.* jdionifiledevoir.com 4 ROBERT DUTRISAC DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Quel concours de circonstances! Au moment où une commissiçn parlementaire se penche sur le rôle de l’État dans le capital de risque, c’est la déconfiture pour Papiers Gaspésia, un échec retentissant pour les figures de proue du financement d’entreprises au Québec, la Société générale de financement (SGF), Investissement Québec et le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.Après avoir englouti plus de 300 millions de dollars, Gaspésia se retrouve dans les limbes, mi-démante-lée, mi-modernisée.Pour relancer l’usine, ü faudrait investir presque autant d’argent que les 500 millions à l’origine prévus pour le projet, soit 465 millions.Peut-être 400 millions si un nouveau partenaire industriel est capable de réduire l’ampleur des dépassements de coûts, a dit espérer Henri Roy, p.-d.g.de la SGE Jeudi, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, a dénoncé «la précipitation» dont a fait preuve le gouvernement de Bernard Landry dans la relance de Gaspésia, qui serait une des causes probables de cet échec cuisant Or le ministre se retrouve maintenant aux commandes pendant qu’à Chandler des citoyens en colère se tournent une fois de plus vers le gouvernement Pendant deux jours cette semaine, la commission des Finances publiques s’est penchée sur le rôle de l’État dans le capital de risque en s’appuyant sur le rapport du groupe de travail présidé par Pierre Brunet Dans son rapport, M.Brunet recommande que la SGF se concentre sur les grands projets structurants de 100 millions de dollars et plus.Comme celui de.la Gaspésia.Mais de façon générale, M.Brunet estime qu’il n’y a pas assez de capital de risque privé au Québec.La part du secteur public dans le capital de risque s’élèverait à 70 % au Québec, contre 30 % en Ontario, selon son rapport Ces données sont contestées.Le rapport Brunet juge que les fonds de travailleurs relèvent de l’État alors que leurs représentants font valoir que ces fonds sont constitués de contributions privées d’individus, au même titre que les caisses de retraite.C’est sans doute Réseau Capital, qui regroupe tous les acteurs du capital de risque au Québec, publics ou privés, qui a dégagé les données les plus objectives.Les gouvernements comptent pour 35 % du capital de risque au Québec, contre 4 % en Ontario et 1 % aux États-Unis.Cependant, chose surprenante, les fonds de travailleurs occupent 48 % du terrain en Ontario, contre 25 % au Québec.Les fonds privés, toutefois, n’accaparent que 9 % du capital de risque au Québec, contre 23 % en Ontario et 70 % aux États-Unis.Fait à souligner, le Québec dispose de 53 % du capital de risque au Canada.Par la voix de sa présidente, Annie Thabet, Réseau Capital a présenté son plan visant au développement de l’industrie du capital de risque au Québec.Pour préparer ce plan, qui s’étend jusqu’en 2010, Réseau Capital a commandé à la firme Secor une étude intitulée Pour une industrie québécoise du capital-risque en santé.«Notre industrie est encore jeune et vulnérable», a soutenu Mme Thabet devant les parlementaires.L’industrie est en santé et a connu une croissance importante, souligne Secor, mais elle présente «des lacunes et des dysfonctionnements».Sa performance financière est inférieure à ce qui existe ailleurs en Amérique du Nord.Elle est trop tributaire du soutien gouvernemental.Il existe au Québec peu d’équipes spécialisées dans des secteurs pointus ou dans certains stades de développement des entreprises.Pour 2010, «l'objectif, c’est d’avoir une industrie de calibre mondial, une industrie axée sur la performance», capable d’attirer l’argent des caisses de retraite, des compagnies d’assurances et des étrangers, a livré Mme Thabet Comment?En créant une douzaine de fonds spécialisés privés, soit dans des domaines très pointus (génomique, nanotechnologies, etc.), soit pour couvrir toute la chaîne du capital, notamment les gros investissements de 20 millions et plus.Les Fonds de travailleurs et Desjardins seraient inci- tés à investir une proportion plus grande de leur actif dans ces fonds, soit 120 millions par année.L’Etat devrait y contribuer à hauteur de 90 millions par an.Les fonds privés, qui sont en fait des «fonds de fonds», pour reprendre Texpres-sion du milieu, seraient appelés à prendre 5 % du marché en 2010 alors qu’ils n’en occupent que 9%àlheure actuelle.Les régions Il reste l’épineuse question des fonds régionaux.Mme Thabet estime qu’il faut faire une nette distinction entre le capital de risque, qui cherche à faire un excellent rendement avec des entreprises dynamiques et novatrices, et le développement économique.L’amorçage d’entreprises en région n’est pas l’affaire d’une industrie performante de capital de risque, a-t-elle soutenu.A cet égard, le rapport Brunet recommande la création de fonds d’initiatives régionales (FIR) dotés chacun d’une enveloppe d’au moins trois millions,.Ce seraient des fonds privés dans lesquels l’État verserait deux dollars pour chaque dollar que consentirait le secteur privé.Les Fonds de travailleurs, Desjardins et Réseau Capital croient que cette formule ne peut pas fonctionner.D’une part, gérer de petits fonds de trois millions coûte cher.D’autre part.Desjardins et les Fonds de travailleurs sont déjà présents.Desjardins accepte souvent un rendement moindre et y trouve son intérêt économique parce que ces investissements soutiennent indirectement son réseau en région.René Roy, de la FTQ, a signalé que les fonds régionaux du Fonds de solidarité, les SOUDE, n’ont jamais été rentables depuis leur création, en 1996.Selon lui, les bons projets en région sont peu nombreux et disposent de suffisamment de capital Se montrant sympathique au rapport Brunet, Michel Audet n’a toutefois pas annoncé sa couleur.Le ministre devra statuer sur le sort des sociétés Innovatech que M.Brunet voudrait voir disparaître.S’il veut que le secteur privé prenne plus de place dans le capital de risque au Québec, le gouvernement devra y aller de mesures fiscales alors que les finances publiques sont exsangues.Entre-temps, Michel Audet a un problème plus criant sur les bras: il devra démontrer que son gouvernement est capable de relever l’économie de la Gaspésie.Michel Audet devra démontrer que son gouvernement est capable de relever l’économie de la Gaspésie % DE PARTICIPAÏION PAR ÏYPE DTNVESÏISSEURS Investisseurs Québec Ontario Etats-Unis Gouvernements 35% 4% 1% Fonds de travailleurs 25% 48% — Institutions 14% 6% 1% Fonds privés 9% 23% 70% Banques, entreprises et autres 17% 19% 28% LARRY DOWNING REUTERS JIM BOURG REUTERS George W.Bush John Kerry s #•*! CALCULETTE SUITE DE LA PAGE B 1 Reste que ces opérations arithmétiques, par trop hypothétiques pour le commun des citoyens, ne sont pas perdues de vue par les stratèges des deux partis, qui en connaissent toutefois les limites, pour ainsi dire, «floridiennes».En 2000, M.Bush a été élu président après s’être fait octroyer les 25 votes électoraux de la Floride au terme d’une crise politique sans précédent, dénouée par une décision controversée de la Cour suprême des États-Unis.Sa «victoire» en Floride lui a donné la présidence avec 271 votes électoraux à l’échelle nationale, soit cinq de plus que les 266 d’Al Gore, qui avait pourtant obtenu 550 000 voix de plus que son adversaire.Ainsi, les stratèges des deux côtés s’attendent à ce que la Floride soit Tun des 15 États où la lutte sera serrée le 2 novembre prochain.Les autres sont l’Oregon, le Nevada, TArizona, le Nouveau-Mexique, TIo-wa, le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, le Missouri, TOhio, la Pennsylvanie, la Virginie de l’Ouest, le New Hampshire et le Maine.Un autre facteur aggravant pxtur les démocrates tient au caractère «flottant» de leur base électorale.«Cette base est fondée sur des syndicats dont les rangs se sont énormément rétrécis au cours des dernières années, explique M.Bernier.Ils ont de l’argent mais n’ont pas la capacité d’organisation et de mo- * bilisation que possède la droite religieuse qui appuie Bush.» De sorte que les démocrates sont plus tributaires que les républicains du swing vote, ces indépendants qui forment environ le tiers de Télectorat.Incertains sont en outre leurs appuis parmi les hispanophones, qui ne sont pas nécessairement les démocrates automatiques que Ton pense: par exemple, les hispanophones sont démocrates en Californie.mais républicains en Floride.Donnée additionnelle: le nombre d’électeurs qui s’identifient comme démocrates a eu tendance à s’effriter.Traditionnellement, le Parti républicain a traîné la patte derrière le Parti démocrate en matière d’identification partisane.Aujourd’hui.32 % des électeurs se disent démocrates et autant s’affichent comme républicains.Selon le Pew Research Center, un think tank de Washington, le Parti républicain a à ce chapitre fait des «gains significatifs à l'échelle nationale» dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.A huit mois de la présidentielle, M.Bernier juge «sans grande valeur» les récents sondages qui donnent M.Bush perdant contre l'éventuel candidat démocrate à la présidence.Le fait, dit-il, que le président soit entré officiellement en campagne lundi dernier, lui qui aurait préféré pouvoir en retarder le déclenchement, n’en souligne pas moins son inquiétude dans un contexte où l’incapacité de l’économie américaine à faire redécoller la création d’emplois devient Tun des principaux enjeux électoraux.En l’occurrence, M.Bernier juge «habile» la décision de M.Bush qui, pour faire plaisir à sa base électorale conservatrice, a dit souhaiter mardi que le Congrès adopte un amendement constitutionnel pour interdire le mariage gai.«Faire adopter un amendement constitutionnel est un processus aussi long qu’incertain, affirme ce spécialiste.B faut la majorité des deux tiers au Sénat et à la Chambre des représentants et qu’ensuite les trois quarts des États le ratifient.» Dans l’histoire du pays, seuls 27 amendements ont été adoptés sur des milliers de propositions.«L’objectif de cette stratégie est moins de faire en sorte que l'amendement soit adopté que de voiries démocrates et John Kerry s’y empêtrer.» Reste T«effet Ralph Nader», dont M.Bush espère que la candidature aura le même poids de nuisance que sur Al Gore en 2000.D y a une semaine, M.Nader, défenseur des droits des consommateurs, a annoncé sa candidature comme indépendant à la présidence américaine, au grand désespoir des démocrates.Sa présence en 2000 à titre de candidat des Verts a arraché des votes cruciaux à M.Gore.En Floride, il avait récolté un pieu moins de 1Q0 000 votes alors que M.Bush a remporté TÉtat par seulement 537 voix.Peu de chances cependant qu’il réédite cette percée, avance M.Bernier.Les Verts ont cette fois-ci refusé de le soutenir, ce qui l'oblige à tenter de faire campagne sans une organisation digne de ce nom.Voici donc une carte, croit-il, sur laquelle M.Bush, penché sur sa calculette, ne pourra pas compte» Le nombre d’électeurs qui s’identifient comme démocrates a eu tendance à s’effriter LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 S ET DIMANCHE 2D FEVRIER 2 0 01 B ?PERSPECTIVES* 1 mttgiunEVtïïE 1 1 mttgiunEVtïïE 1 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Selon le Mouvement pour une démocratie nouvelle, la réforme telle qu’envisagée perpétuera le bipartisme ou, au mieux, favorisera le tripartisme.Une réforme à mettre aux voix Le mode de scrutin proposé par le ministre Jacques Dupuis reçoit un accueil mitigé TOMMY CHOUINARD DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC La réforme d’un élément aussi fondamental que le mode de scrutin doit susciter une large adhésion auprès de la population afin d’être mise en application.Or les avis sont fort partagés, voire contradictoires, en ce qui concerne le modèle envisagé par Québec et dont Le Devoir faisait état dans son édition d’hier.Si l’Action démocratique du Québec (ADQ) accueille «très positivement» le nouveau mode de scrutin préconisé par le gouvernement Charest, le Parti québécois (PQ) accuse le ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis, de commettre un «détournement de la démocratie» et d’imposer un modèle qui n’a fait l’objet d’aucune consultation publique.En vertu du scrutin proportionnel mixte de type compensatoire envisagé par le ministre Dupuis, il y aurait toujours 125 députés à l’Assemblée nationale mais le nombre de circonscriptions électorales serait réduit à 75.Les députés de ces circonscriptions seraient élus selon le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour actuellement en vigueur.Les 50 autres sièges seraient compensatoires et répartis dans une dizaine d’entités régionales.Une entité régionale pourrait regrouper de cinq à sept circonscriptions et comprendre entre trois et cinq sièges compensatoires.Pour chacune de ces entités, les sièges compensatoires seraient attribués à la proportionnelle, selon le pourcentage des voix obtenues par chaque parti sur l’ensemble du territoire.La compensation vise donc à combler les écarts constatés entre les votes exprimés selon les partis et les députés de circonscription élus.Les députés qui occuperaient ces sièges compensatoires seraient choisis parmi les candidats défaits qui ont obtenu les meilleurs résultats.Pour qu’un parti puisse obtenir des sièges compensatoires, Québec entend exiger qu’il récolte au moins 5 % des suffrages lors de l’appel aux urnes.«On accueille ça très très positivement.C’est une réforme majeure qui nous plaît», affirme le député adéquiste Marc Picard.Selon lui, cette réforme permettrait à l’Assem- blée nationale de refléter adéquatement la volonté exprimée par les électeurs lors d’un scrutin.M.Picard déplore cependant que le gouvernement ne veuille pas appliquer un nouveau mode de scrutin dès les prochaines élections.«Je suis très déçu, affirme pour sa part le critique péquiste Luc Thériault.Le ministre persiste et signe à vouloir figer sa position dans un projet de loi.On aura beau faire une consultation publique ensuite, il n’y aura que des amendements accessoires.Toute la discussion sur les avantages et les inconvénients des différents modèles sera absente.» Le modèle proposé par le ministre comporte aussi ses distorsions, note-t-il.Le repêchage des députés compensatoires parmi les candidats défaits sera perçu comme «un prix de consolation» attribué à des politiciens rejetés par l’électorat.Selon le député péquiste, une consultation publique doit avoir lieu avant que le ministre ne présente sa position dans un texte législatif.Or Jacques Dupuis entend déposer un projet de loi dès le printemps.Luc Thériault souhaite également que la population entérine le nouveau mode de scrutin par voie de référendum, comme le recommande le rapport Béland, déposé en mars 2003 à la suite des Etats généraux sur la réforme des institutions démocratiques.Fait à noter, le PQ n’a pas voulu participer aux rencontres privées que Jacques Dupuis a tenues au cours des derniers mois sur ce sujet.Selon le Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), la réforme telle qu'envisagée perpétuera le bipartisme ou, au mieux, favorisera le tripartisme.«Le ministre accepte l’idée qu’il faut changer le mode de scrutin, mais ce qu’il nous présente, malheureusement, ce n’est pas significatif.Je trouve ça décevant que, sous prétexte de simplicité, le ministre tente d’édulcorer la réforme», affirme Mercedez Roberge, présidente du MDN.Le professeur André Bais, du département de science politique de l’Université de Montréal, croit au contraire que l’Assemblée nationale pourrait accueillir, à moyen terme, quatre ou cinq partis si la réforme envisagée était mise en application.«Si j’ai le choix entre cette réforme et le statu quo, je n’ai pas de doute et je vais avec le changement.Ce serait un changement fort important et significatif», estime-t-U.André Blais préconise toutefois un double vote, une option actuellement écartée par le ministre.Le double vote existe pourtant dans tous les pays disposant d’un système mixte compensatoire.Il permet aux électeurs de choisir, d’une part, un député de circonscription et, d’autre part, un parti politique auquel les sièges compensatoires seraient attribués.«Ça laisse plus de choix à l’électeur d’exprimer ses préférences.Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens ont des préférences distinctes.Les petits partis seront probablement désavantagés avec un seul vote.Si vous pensez que le petit parti va avoir une chance d’obtenir un siège compensatoire, vous allez voter pour ce petit parti dans le deuxième vote alors que, dans le premier, vous allez choisir le candidat d’un grand parti.Avec un seul vote, vous n 'avez pas ce choix.Dans ce cas, il est possible que les gens votent seulement pour les candidats des grands partis», explique-t-il.Le MDN tient mordicus au double vote.«En perpétuant la nécessité pour les tiers partis de concentrer leurs votes dans certaines régions, ce n'est pas cohérent avec le fait que la réforme doit représenter davantage les opinions de la population.Pourtant, pour ne pas être cosmétique, une réforme est supposée donner une place équitable aux tiers partis, donner à la population le sentiment que ses opinions sont bien représentées», affirme Mme Roberge, pour qui le double vote n’est pas aussi compliqué qu’il n’y paraît puisqu’il existe déjà au niveau municipal.En vertu de la proposition gouvernementale, plus les entités régionales sont nombreuses, moins il y a de sièges compensatoires par entité et moins grandes sont les chances qu'un petit parti puisse en obtenir.C’est ce qui préoccupe Paul Cliche, responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques à l’Union des forces progressistes.Selon lui, la réforme envisagée est «inacceptable» puisque, «dans le meilleur des scénarios», un parti devra obtenir au moins 15 % des voix dans une entité régionale afin d’obtenir un siège compensatoire.L’UFP, qui n’a pas obtenu 2 % des suffrages lors des dernières élections, privilégie une compensation nationale et l’instauration d'un double vote.Tous deux permettent aux tiers partis de connaître une percée, comme en témoignent les résultats électoraux des parlements qui adoptent cette procédure.«La réforme du ministre n’a pas les éléments essentiels d’une proportionnelle, explique M.Cliche.Ça devient un système purement majoritaire, qui va établir une certaine compensation.Mais elle va servir à qui, cette compensation?À corriger le 7,5 % de handicap du Parti libéral [en raison de la concentration de ses appuis dans l’ouest de Montréal, notamment].Ce n'est pas une mauvaise chose.C’est normal qu’une réforme corrige ça.Mais ce n’est pas normal qu’une réforme ne corrige que ça.» Bien qu’il préfère le double vote et rejette l’idée d’un seuil minimum à 5 %, Marc Briè-re, du Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise (MONOCOQ), se dit «généralement d’accord» avec la proposition du ministre Dupuis.«Je n’ai pas fait de simulations, mais il est certain que ça améliorerait la situation.Ce serait une première étape, à mon avis.Si on pense ensuite qu'il faudrait y aller avec un peu plus de proportionnelle, on pourrait en ajouter plus tard.Mais la réforme proposée permettrait aux gens de s’adapter à un nouveau genre, d'en faire l'expérience», dit-il.La proposition du ministre Dupuis risque bien d’alimenter les débats ce week-end à Drummondville.La réforme du mode de scrutin sera en effet au cœur d’une consultation populaire organisée par le Comité national de la citoyenneté et de la démocratie, mis sur pied à la suite des Etats généraux sur la réforme des institutions démocratiques.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les chefs des trois principaux partis politiques québécois lors d’un débat télévisé pendant la dernière campagne électorale.Le PQ veut une consultation publique avant le dépôt d’un projet de loi ! 1 Michel David ?Le goujat Seuls ceux qui ne connaissent pas le président du conseil d’administration de Via Rail, Jean Pelletier, ont pu être réellement j surpris de sa sortie d’une rare goujaterie contre la j championne olympique Myriam Bedard, qui se dit victime du scandale des commandites.1 huant toutes les années qu’il a passées aux côtés de Jean Chrétien, M.Pelletier, en sa qualité de chef de cabinet, s'est fait discret, pour ne pas dire secret, préférant se tenir à bonne distance des micros et des caméras.Le rôle d'éminence grise s’accommode mal de la lumière, mais il dirigeait le bureau du premier ministre d’une main de fer.Il n’avait pis la même retenue en public à l'époque où il était maire de Québec.À l'hôtel de ville, où il se conduisait en véritable despote, ses esclandres taj saient presque partie de la vie quotidienne.M.Pelletier avait déjà une conception assez parti culière de la démocratie.Un jour, sous l'œil médusé des journalistes, il avait vainement tenté d'expulser manu militari un conseiller de l'opposition, d'ailleurs beaucoup plus petit que lui, qu'il ne voulait pas voir à sa conférence de presse.À une autre occasion, il avait fait appel à la police pour expulser une recherchiste à l'emploi de l’opposition, dont il ne tolérait pas la présence dans les bureaux.de l’opposition, les journalistes affectés à la couverture de l’hôtel de ville avaient régulièrement droit aux commentaires désobligeants du maire quand celui-ci n’appréciait pas leurs questions ou simplement leur tenue vestimentaire.?Comme en témoignent ses remarques sexistes à l’endroit de Myriam Bédard, M.Pelletier n’a jamais eu la réputation d’être très féministe.A cet égard, sa défaite aux élections fédérales de 1993 avait dû être particulièrement difficile à digérer, üii, le maître absolu de Québec pendant tant d’années, avait été battu par une jeune candidate du Bloc québécois, pratiquement inconnue, du nom de Christiane Gagnon.On a déjà vu des hommes politiques tenir des pn>-pos déplacés alors qu'ils se croyaient à l’abri des oreilles indiscrètes.Au début de la dernière campagne électorale au Québec, un micro do Radio-Canada avait enregistré à son insu la sortie rageuse de Bernard Landry à propos des «groupes de femmes».Ce n’étaient toutefois que des broutilles en comparaison des paroles méprisantes du président du conseil d’administration de Via Rail.Qui plus est, M.Pelletier n’a nullement été victime d’une indiscrétion.Il a une très longue expérience des médias.S'adressant à un journaliste de 1m Presse, il savait pertinemment que ses propos seraient largement diffusés.On a beau savoir que l’homme peut être d’une grande brutalité et que la trop longue habitude du pouvoir peut conduire à des sommets d'arrogance et d’insensibilité, ses allusions malveillantes et totalement inappropriées à la vie privée de Mme Bédard laissent pantois.De toute évidence, il visait non seulement à la discréditer mais également à la blesser.Il a fallu que le premier ministre Martin exige des excuses pour qu’il reconnaisse, par la voie d'un bref communiqué de presse, l’inconvenance de ses propos.On a déjà vu acte de contrition plus convaincant ?Sur le fond de l’histoire, c’est-à-dire l’implication de Via Rail dans le scandale des commandites, les allégations de Myriam Bédard devront faire l’objet de sérieuses vérifications, mais les déclarations de M.Pelletier paraissent bien catégoriques.i Comment peut-il affirmer avec autant de certitude qu'«elle ment de façon effrontée» alors qu'il reconnaît ignorer si elle a fait un stage à la firme Groupaction, où elle dit avoir été témoin de «factures gonflées»?Il est possible que les circonstances dans lesquelles Mme Bédard dit avoir été forcée de quitter son emploi à Via Rail ne soient pas celles qu’elle prétend.Via prétend quelle est partie de son propre chef.Cela n’a rien d’invraisemblable.A l’époque où elle accumulait les médailles, elle avait la réputation d’avoir la tête particulièrement dure.C’est probablement ce qui lui a valu autant de succès, mais cela ne facilite pas nécessairement l’intégration dans une équipe de travail.Avec tout ce qu’on sait déjà des pratiques de Groupaction, M.Pelletier aurait tout de même pu recou naître qu’il y avait peut-être du vrai dans son histoire.Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, faisait elle-même état d’un «contrat fictif» accordé par Via à labeur Communications, firme absorbée par Groupaction peu après.En injuriant Mme Bédard comme il l’a fait, M.Pelletier R plutôt donné à tout le monde l’envie de la croire.?Le premier ministre Martin n’avait vraiment pas besoin que le scandale des commandites prenne une dimension sexiste.On fait souvent du théâtre en poli tique, mais la présidente du Conseil du trésor, Lucienne Robillard, semblait réellement blessée par les propos de M.Pelletier.Elle n’était certainement pas la seule.M.Martin doit prier le ciel pour que les excuses présentées par M.Pelletier suffisent.S’il fallait qu’on se mette à réclamer la tète de l’alter ego de Jean Chrétien.L’entrée en scène de Myriam Bédard n’en ravivera pas moins l’intérêt de la population pour cette histoire en ajoutant l’ingrédient qui lui manquait jusqu’à présent une victime.Et pas n’importe laquelle.Mme Bédard est une célébrité, presque un symbole, qui rl)t avoir été victime de la magouille politicienne et réclame justice.Le ministre des Transports, Tony Valeri, a promis de demander au président intérimaire de Via, Paul Côté, | de faire enquête sur ces allégations.Autrement dit M.Côté devra déterminer qui dit vrai: Mme Bédard ou son patron, Jean Pelletier.Comment il y a un problème?mdavid@ledevoir.com MIKE CASSKSE REUTER' Jean Pelletier l B 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 FÉVRIER 2004 ÉDITORIAL Il doit partir ! La dénonciation publique par l’ex-athlète Myriam Bédard d’actes répréhensibles dont elle aurait été victime et témoin lors de son passage à Via Rail, en 2001-02, a provoqué une réaction de mépris grossière de la part du président du conseil de cette société d’État, Jean Pelletier.C’est la goutte qui fait déborder le vase.M.Pelletier doit partir.Jean-Robert Sansfaçon O O O ette semaine, M.Pelletier a fait preuve d’un mépris invraisemblable en réagissant aux accusations portées par Mme Bédard.Selon l’ex-athlè-te qui l’a répété à plusieurs reprises sur les ondes de la télévision, la direction de Via l’aurait forcée à remettre sa démission du service de marketing en janvier 2002, sous peine d’être transférée chez Groupaction où elle venait précisément de passer deux mois, payée par Via Rail C’est un «mensonge», a affirmé M.Pelletier au journaliste de La Presse avant d’ajouter que Mme Bédard était «une pauvre 0e qui fait pitié, une 0e qui n’a pas de conjoint, que je sache.Elle a la tension d’une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques.Dans le fond, je trouve qu’elle fait pitié».Le premier ministre Paul Martin a réagi sèchement à ces propos du président de Via en lui demandant de les retirer et de s’excuser, ce qui fut fait en fin de journée, hier.Quant à la ministre Lucienne Robillard, visiblement choquée d’un tel sexisme, elle a dit souhaiter que le conseil de la société examine la question.Évidemment qu’ils sont inacceptables, ces propos de M.Pelletier.Et dans son cas, le problème prend d’autant plus d’importance que l’homme vient tout juste d’échapper à la vague de mesures disciplinaires qui s’est abattue sur quelques hauts dirigeants de sociétés d’État, dont Via Rail.Or M.Pelletier était déjà président dé Via au moment des événements relatés par Mme Bédard qui impliquaient Groupaction, l’une des agences le plus souvent mises en cause dans le scandale des commandites.Épargné jusqu’ici, M.Pelletier l’a été comme tout le personnel politique parce que l’enquête de la vérificatrice ne s’est pas penchée Sur le rôle joué dans le scandale.Mais il l’a aussi été parce que, à titre d’ami de Jean Chrétien, il reste un élément important au sein du Parti libéral.À quelques semaines des élections, M.Martin doit ménager ses arrières.Pourtant, M.Pelletier n’était-il pas nécessairement au courant de tout ce qui se tramait de significatif au sein du gouvernement?En effet, s’il est un personnage qui connaît les dessous de toutes les décisions stratégiques prises par les plus influents membres d’un gouvernement, c’est bien le chef de cabinet du premier ministre.M.Pelletier n’était pas un fonctionnaire comme les autres: il était celui par qui tous les ministres et tous les membres de la société civile devaient passer pour avoir accès au premier ministre.Le chef de cabinet, c’est aussi celui qui transmet les ordres du grand patron et voit à leur exécution.Absolument rien ne lui échappe, surtout pas les décisions qui ont une incidence sur l’image du gouvernement En toute logique, M.Pelletier ne pouvait simplement pas se permettre d’ignorer les tenants et aboutissants des programmes de commandites ou de publicité.Si M.Pelletier n’a pas encore été emporté par la tempête, c'est qu’il était resté dans l’œil de la tornade.À cause du faux pas qu’il vient de commettre, le voilà happé par le mouvement Le poste qu’il occupe était une simple récompense qu’il ne mérite plus.Paul Martin n'avait pas besoin de cette bourde.À lui maintenant de la tourner à son avantage en convainquant l’ancien proche du premier ministre Chrétien de partir de lui-même, immédiatement.Après tout, il y a des limites à fournir des parachutes dorés à des individus qui ont autant profité du pouvoir.jrsansfacon@ledevoir.ca \ Le flou haïtien es jours, voire les heures de Jean-Bertrand Aristide en tant que président d’Haïti sont comptés.Après avoir tergiversé pendant plusieurs jours, voilà que l’administration Bush, par la voix du secrétaire d’Ëtat Colin Powell, a adhéré à cette exigence de l’opposition dite démocratique qui demande la démission d’Aristide.On Serge Truffaut O O O se rappellera que jusqu’à présent, la Maison-Blanche avait joué la cafte du respect démocratique pour mieux subordonner toute intervention de sa part à une entente entre les parties impliquées.Si on en croit les explications avancées afin de légitimer ce changement fondamental pour la suite des choses, le gouvernement américain a acquis la certitude qu’Aristide a beau avoir été élu, il est un des principaux acteurs du problème.Cet appel à la démission du président haïtien fait écho à celui formulé deux jours auparavant par le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.Le soutien international d’Aristide s’effilochant à la vitesse grand V, ses adversaires s’empressent de converger vers Port-au-Prince.Mais voilà que depuis hier, les rangs de ceux-ci se sont élargis à un nouveau groupe armé qui a ceci de singulier qu’il n’est pas arrimé aux troupes de Guy Philippe ou de Butteur Métayer.Le groupe en question s’est emparé des Cayes, troisième ville en importance, au nom de ceux qui se réclament de l’opposition démocratique et non violente.Cela étant, la lisibilité du dossier a ceci de particulièrement hasardeux que l’opposition présente un visage très éclaté, pour ne pas dire atomisé.On sait que Les Gonàïves et d’autres villes sont entre les mains d’une alliance hétérogène: Butteur Métayer, ex-complice d’Aristide, qui s’est acoquiné avec Guy Philippe, ex-notable du régime dictatorial de Raoul Cédras.Fort de la domination qu'il exerce désormais sur une portion imposante du pays, ce duo est le mieux placé pour s’emparer de la capitale.Grâce à quoi?Les armes.Pour le reste, c’est l’auberge espagnole.En effet, ceux qui réclament le départ d’Aristide depuis la mi-janvier se sont coalisés au sein de la Plateforme démocratique, dont il est difficile de saisir ce qui les rassemble, hormis l’avenir du président.Cette Plateforme se décompose en une Convergence démocratique qui, elle, regroupe sept partis d'inspiration socialiste ou social-démocrate.Ensuite, on compte les partis du centre, qui ont fusionné sous le chapeau dit de l’Opération du 15 décembre 2002.Il y a aussi quatre formations d’allégeances diverses qui, tout en étant membres de la Plateforme, tiennent à se présenter comme non alignés.Comprenne qui pourra! Quoi d’autre?D y a le Groupe de 184, qui se compose de 300 associations professionnelles, étudiantes, féministes et culturelles qui tiennent mordicus à participer activement au départ d’Aristide et au partage des pouvoirs qui s’ensuivra.Bref, de l’opposition, on peut dire sans l’ombre d’un doute qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits.Désespérant! LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE ÉÉUCTÎCP AAVffllAM “M^oPAREkTAlC Æui fAiî Pitïp* CommZ U.piîAiTJEAM OétiÙi»- ' «¦ AojotiRVHui, Ski.'» y IS SiATHloN.i part ni Çn PW5< 0H m* A H -> 1K O y\ ûi o'- O c.0\\ o o % • '"V Vtfr-evia LETTRES Cesser le gaspillage de fonds C’est un fedt bien établi que nos universités sont sous-financées, et ce, bien en-deçà d’un niveau acceptable pour offrir des services de qualité aux étudiants ou encore pour concurrencer les autres universités.Le mémoire présenté par Robert Lacroix, recteur de l’Université de Montréal, à la Commission parlementaire sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités le montre avec éloquence.Toutefois, le mémoire omet de mentionner le gaspillage d’argent dans l’administration.Il en résulte un manque de fonds dans nos institutions universitaires.Il faut savoir que ce manque de fonds est attribuable en partie à: ¦ l’exonération de frais de scolarité pour les étudiants dont un parent travaille à l’université comme mentionné dans les conventions collectives de travail qui lient l’Université de Montréal à ses employés et qui prévoient l’exemption complète ou partielle des frais de scolarité pour conjoint et enfant à charge.Il existe même des cas où un étudiant dont le parent travaille à l’Université de Montréal est exempté des frais de scolarité dans une autre université en échange d’une exemption à un étudiant dont un pa- rent travaille dans cette autre université; ¦ certains professeurs qui octroient gracieusement des sommes d’argent par des contrats de correction ou de recherche à leurs étudiants afin de dépenser complètement leur budget alloué pour l’année en cours sous peine de voir leur budget diminué l’année suivante pour la proportion qui n’aura pas été dépensée; ¦ certaines dépenses difficilement justifiables, voire même inutiles, comme rebaptiser l’aile Z et le Pavillon principal ou encore surchauffer les locaux.La solution que préconise tacitement M.Lacroix demeure toujours — on s’en doute bien — la hausse des frais de scolarité.Cette solution est valable et mérite d’être discutée sur la place publique entre les divers intéressés.Il faut aussi que les administrations universitaires s’engagent à procéder à un grand ménage de leur gestion pour mieux contrôler leurs dépenses afin de cesser ce gaspillage de fonds.L’autre condition sine qua non pour que la hausse des frais de scolarité soit acceptable est que l’Etat québécois s’engage davantage dans le financement du réseau universitaire.J’accepte de payer ma part, mais je refuse de financer le gaspillage.Patrick Finlay Étudiant à l’Université de Montréal Le 25 février 2004 Le vrai scandale Le PLC et le premier ministre Paul Martin nagent dans l’eau bouillante à la suite de la révélation du scandale des commandites et des détournements de fonds publics.Mais là n’est pas le vrai scandale.Se souvient-on que, à la veille du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, Jean Chrétien déclarait solennellement que si le Non l’emportait les choses allaient changer.Et elles ont changé! Mise en oeuvre du programme de «visibilité» par le recours à des stratégies obscures et adoption de la ténébreuse loi sur la «clarté» référendaire.Non seulement la majorité exigée par cette loi pour que les résultats d’un référendum sur la souveraineté soient acceptés est-elle • en totale opposition avec les bases mêmes de la démocratie dont la règle est le 50 % plus un des votes exprimés (ainsi que le camp du Non l’a.emporté en 1995), mais la question référendaire elle-même serait l’objet d’une censure.Le vrai scandale auquel s’est livré le gouvernement Chrétien n’est pas celui des commandites et des détournements de fonds publics.Le vrai scandale, c’est le détournement démocratique que constitue la C-20.D n'existe pas de loi plus, répressive ni antidémocratique sinon dans les États totalitaires.Maintenant, si on en parlait?Jean-Paul Paquette Ville-Marie, le 16 février 2004 REVUE DE PRESSE L’insupportable légèreté intellectuelle de John Saul Antoine Robitaille arement un article d’une revue d’idées aura suscité autant de réactions dans notre Dominion.John Ralston Saul, écrivain et mari de la gouverneu-re générale, parfois qualifié de prince consort ou encore «d’intellectuel public numéro 1», a commis un article choc dans le magazine d’idées américain Harper’s intitulé «La fin du globalisme et le retour du nationalisme».Saul a suscité un tir groupé: les trois grands journaux torontois ont tous détesté le papier.Le Globe and Mail dénonçait hier les «radotages de son excellence», en éditorial principal, s’il vous plaît Malgré sa fonction, l’homme a le droit à ses opinions, écrit le Gobe, et s’il «veut se prendre pour un Noam Chomsky en tenue de cérémonie, libre à lui».Mais lorsqu’il profère des «généralisations grandiloquentes joncière-ment insignifiantes, comme il lejait avec une régularité terri0nte dans chacun de ses livres, il devrait se préparer à essuyer la critique».A fortiori «si Tépoux de la GG s’égare dans la bêtise la plus flagrante, comme il le fait avec panache dans le magazine Harper’s, il ne mérite rien d’autre qu’une bonne douche fivide intellectuelle».Ce que le Globe lui réserve.D rejette les deux thèses de l’article de Saul: d’abord que l’idéologie de la mondialisation est morte; ensuite, qu’il faut s’en réjouir.«Décoder le fil de l'argumentation de Saul n'est pas une mince af faire», écrit le Globe, mais il se risque à résumer son propos: «au début des années 70, des élites au pouvoir dans le monde industrialisé se sont mises à croire que le monde pourrait être rendu parfait grâce au libéralisme économique.Ils ont transposé l'idéalisme platonicien frustré de la civilisation occidentale et l'absolutisme judéo-chrétien dans ce nouveau credo, lui donnant ainsi le caractère irréfutable du dogme religieux.» Leq tables de la loi?La réduction de la taille de l’État la diminution des services publics, le budget équilibré, l’abolition des barrières tarifaires, la baisse d’impôt le culte du privé.Pour le Globe, il est ridicule d’affirmer que le libéralisme économique est devenu un phénomène religieux.Si on s’est mis, dans les années 70, à vouloir réduire l’État c’est parce qu’il était endetté à l’excès.C’était être «pragmatique et non religieux» que de vouloir l’empêcher de sombrer.Jamais non plus, prétend le Gobe, la chose n’a été présentée comme une «panacée» prétendant régler tous les maux de l’humanité.Aussi, Saul a tort de dire que la mondiahsation «approfondit le fossé entre les riches et les pauvres, puisqu’il l’a au contraire réduit».Le quotidien torontois donne raison à l’écrivain sur une chose: «sous l'administration Bush, et particulièrement depuis le 11 septembre 2001, le libéralisme économique a été altéré.Les pourparlers visant à réduire les tarifs sur les produits agricoles n’ont mené nulle part.La guerre d’Irak a compliqué les relations transatlantiques comme jamais dans les 50 dernières années.» Et quelle est la réponse adéquate à cette nouvelle situation?«Prononcer la mort du libéralisme?», s’interroge le Gobe.Que non, il faut continuer à «travailler à l’instauration d’une communauté internationale prospère et pacifique».Et pour atteindre ces buts, «les moyens les plus sûrs, jusqu’à maintenant, ont été des échanges plus libres, une mobilité plus grande des travailleurs, une transparence de l’État et la propagation des institutions démocratiques».Au contraire, Saul se réjouit de façon à peine voilée à la résurgence du pouvoir national.«H devrait revoir son histoire du XX' siècle», conclut le Gobe.?On aurait pu croire que dans le Toronto Star, vaguement à gauche, on serait plus réceptifs à l’idée générale de Saul, nonobstant le caractère désinvolte de son argumentation.Eh non, le chroniqueur David Crane s’est employé mercredi à dénoncer lui aussi ses «sursimplifications».Crane considère que l’écrivain s’en est pris au mauvais ennemi, attaquant la mondialisation au lieu de frapper «sur le néoconservatisme ou le fondamentalisme du marché».Selon Crane, la mondialisation peut apporter du progrès, si elle est bien dirigée.Il va jusqu'à prendre la défense du Forum de Davos, contre lequel Saul a réservé certaines de ses flèches les plus acérées, «fai assisté à tous La presse du Canada les Davos depuis les années 80 et la description de Saul ne tient pas la route.» Contrairement à ce que l’essayiste prétend, c’est-à-dire que Davos, c’est les puissants satisfaits qui «se foutent du bien public», Crane affirme: «Ce 0 une plateforme extraordinaire pour des dirigeants comme Nelson Mandela et Kofi Annan.» Selon Crane, il faut améliorer «le processus de la mondia-.lisation, et non pas revenir en arrière», comme le suggère Saul.Les textes les plus durs — on s’en serait douté — sont venus du National Post.Terrance Corcoran, mercredi, pourfendait comme le Globe le caractère non rigoureux de la prose saulienne.«La mondialisation, selon lui, est morte à peu près en 1991, ou peut-être en 1995, ou peut-être en 1998 et possiblement en 2001.Elle est moribonde depuis si longtemps qu’on a du mal à suivre ses morts successives», ironisait-il.Le Post interviewait mercredi Fred McMahon, spécialiste de la mondialisation au Fraser Institute, qui reprochait à Saul son ignorance: «il est faux de dire que la mondialisation a creusé l’écart entre les riches et les pauvres [.] Les endroits où la pauvreté a augmenté dans les dernières décennies sont ceux qui ont fermé leurs portes aux échanges, comme Cuba, la Corée du Nord et le Laos.» Faudrait-il changer de gouverneur général?L'empêcher d’obtenir un second mandat,.puisque son premier vient à échéance cette année.Lawrence Martin, dans le Gobe and Mail, se posait la question, jeudi.Le chroniqueur soulignait le fait que la GG actuelle est reconnue pour ses extravagances.Son voyage de plus de cinq millions dans les pays nordiques, par exemple.Martin affirme que l’astronaute Marc Garneau pourrait faire un bon GG.Né à Québec en 1949, «il est formidablement multiculturel».C'est un nfilitaire formé à Kingston qui ferait un chef d'État qu'on ne pourrait réduire aux «mondanités».«Paul Martin sera sûrement intéressé par cette candidature», estime le chroniqueur.-J»
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