Le devoir, 5 avril 2008, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE li AVRIL 2 0 0 8 /¦yï< D LIVRES C’est une décennie phare, une période à laquelle on ne cesse de se référer.On lui attribue les grands idéaux qui ont marqué le Québec jusqu’à aujourd’hui: «Maîtres chez nous», l’indépendance du Québec, la défense de la langue française, la laïcisation et la démocratisation du système scolaire, l’assurance-hospitalisation, sans parler de l’émancipation des femmes.C’est aussi l’époque de la montée du FLQ, qui culmine avec la Crise d’octobre, à la fin de la décennie.Plus de quarante ans après la Révolution tranquille, Jacques Lacoursière revient sur cette époque intense dans le cinquième tome de sa série sur l’histoire populaire du Québec, publié aux Éditions du Septentrion, qui porte sur les années 1960 à 1970.CAROLINE MONTPETIT D "; entrée de jeu, l’historien tente de remettre les pendules à l’heure.Plusieurs idées qui ont fleuri durant la Révolution tranquille avaient fait leur nid au Québec dans les décennies qui l'ont précédée.L’idée de l’indépendance du Québec, par exemple, était présente dès les années 1920 dans une revue dirigée par le chanoine Lionel Groulx et déjà, sous Duplessis, on tentait d’empêcher l’intrusion du gouvernement fédéral dans le financement des universités, qui était considéré comme une compétence provinciale.«Pour moi, dit-il, la table était mise en 1960.On ne peut pas expliquer qu’il y ait eu autant de changer ments, aussi rapidement, sans que les mentalités aient été prêtes.» Déjà, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens français qui reviennent du front européen font souffler un vent d'ailleurs sur le Québec.En 1952, l'avènement de la télévision bouscule les traditions dans les chaumières.Dans les années 50, la revue Cité libre, fondée par Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier, fait circuler de nouvelles idées.Mais comme c’est souvent le cas en histoire, on réexamine aujourd’hui la décennie 60-70 à la lumière des préoccupa-tions contemporaines.Ainsi, Lacoursière a intégré à sa chronique des années 60 un chapitre sur les autochtones et un autre sur l’immigration.«Le but de l’histoire est d’expliquer le présent, dit-il Comme, actuellement, on a des problèmes ou des préoccupations face à l’immigration et face à l’avenir des autochtones et de leurs revendications, c'était normal qu'on recule dans te passé./aurais dû le faire avant, dès le quatrième tome.Dans ce quatrième tome, fêtais beaucoup trop centré sur la politique, pas assez sur les problèmes autres: l’évolution de la famille, de la femme, l’évolution générale de la population.» Parmi les tournants les plus marquants pris par le Québec dans les années 60, l’auteur cite la réforme de l’éducation et «la prise de conscience par les Québécois qu’ils pouvaient être bons en affaires, notamment à travers le “Maîtres chez nous’’ et la nationalisation de l’électricité».Ébullition politique Reste que la décennie en question demeure une période largement marquée par la politique.Après l’élection de Y «équipe du tonnerre» de Jean Lesage, qui prend le pouvoir avec son cortège de réformes, la montée de l’idée de Tin-dépendance donne lieu à une véritable explosion des mouvements et partis politiques, dont le Mouvement-Souveraineté-Association, mené par un René Lévesque démissionnaire du Parti libéral du Québec, le Rassemblement pour l’indépendance nationale, de Marcel Cha-put et Pierre Bourgault, et enfin le Parti québécois.A partir des années 1960 il y aura toujours des mouvements structurés qui feront la promotion de Tin- « Je veux que mes livres s’adressent au plus grand nombre possible» dépendance du Québec, dit Lacoursière.A cette époque aussi, des dizaines de pays font leur indépendance.Dans cette effervescence, qui se déploie parallèlement à la montée de la violence felquiste, le «Vive le Québec libre!» lancé par le général Charles de Gaulle devant une foule en liesse, lors d’une visite à Montréal en 1967, a l’effet d’une bombe politique.En entrevue, Lacoursière ajoute que plusieurs hommes politiques de cette époque, dont René Lévesque, auraient trouvé une caution de l’idée de l’indépendance dans cette déclaration publique du président de la France.Il précise d’ailleurs que le geste du général de Gaulle n’était pas spontané, comme le démontre une correspondance, mais bien une inter-vention politique planifiée et réfléchie.Pourquoi, alors, malgré le passage des ans, l’indépendance du Québec n’est-elle toujours pas faite?En entrevue, l’historien dit ne pouvoir proposer que des interprétations psychanalytiques.D suggère par exemple que les Québécois, qui sont à Taise partout tant en Californie qu’au Mexique ou en Floride, n’ont pas envie d’ériger de frontières autour d'eux.Lorsqu’on lui demande si lui-même croit toujours l’indépendance possible, il entonne avec un brin d’ironie la chanson de Raymond Lévesque: «Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère, mais nous, nous serons morts mon frère.» Aujourd’hui, croit-il, les Québécois ne vivent pas dans des conditions qui pourraient justifier une prise de position qui irait jusqu’à l’indépendance du Québec.«Plusieurs personnes ont établi des comparaisons avec le Kosovo, mais le Québec n ’est pas du tout dans la même situation que le Kosovo.Les Kosovars ont connu la guerre, la misère, et la minorité serbe y est très importante et très revendicatrice.Ce n’est pas le même climat qui existe au Québec», ajoute-t-il, précisant qu’il y a une différence entre «espérer» et «croire».Selon lui, c’est en 1992, après l’échec de l’Accord de Charlottetown, que Robert Bourassa aurait eu la possibilité de faire l’indépendance du Québec.Mais cela, ce sera la matière d’un autre tome de l’histoire populaire.L’étude de la Crise d'octobre, quant à elle, n’est pas un sujet nouveau pour Lacoursière, qui y a déjà consacré un livre de quelque 500 pages.«Vous avez remarqué que je ne parle jamais de l’assassinat de Pierre Laporte, je parle de mort ou de décès, dit-il./e me pose beaucoup de questions sur la fin de Pierre Laporte, quoi qu’en disent les membres de la cellule Chénier.Simard a dit qu’il l’avait vraiment tué, ce dont je ne suis pas sûr.» Pourtant, la thèse de l’accident n’est abordée que très brièvement dans ce tome de YHistoire populaire du Québec, une histoire qui s’adresse au grand public et qui propose une chronologie détaillée des événements.«Dans mes livres, dit-il, il n’y a pas de notes en bas de page, pas de mots ultrasavants qui obligeraient les gens à se référer à un dictionnaire.Je raconte l’histoire, le passé, /essaie de lui redonner vie.Je veux que mes livres s’adressent au plus grand nombre possible.» Le Devoir Cinquième tome de l'Histoire populaire du Québec les aimées lumière de Jacques Lacoursière L’État s’affirme •ir§nT*r REMY BOILY S ü, IIP HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC, 1960 À 1970 Jacques Lacoursière Editions du Septentrion Montréal, 2008,460 pages « Oïi ne peut pas expliquer qu’il y ait eu autant de changements, aussi rapidement, sans que les mentalités aient été prêtes» Salon international du livre de Québec Lire sans frontières: la francophonie i6au 20 avril 2008 Centre des congrès de Québec www.silq.org Ville m xfif Québec Québec >U> Desjardins 1^1 Cariadtftn PiWmOhtè ¦w ¦ Héritage eonnriien Com*H H*» Atv Cnimda Coumit (nP'> du Canada Hm th» Arlt #106,3" PREMIÈRE CHAINE ifÙQi/éôec Oflir» du teiNum» O» QuRbét leSoleil o lu francophonie \ LE DEVOIR.LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 AVRIL 2 0 0 8 F 2 LIVRES EN APARTÉ Sadomasochisme et fascisme Jean-François Nadeau Il existe un lien évident entre le sadomasochisme et le fascisme.Quelqu’un comme Pier Paolo Pasolini l’avait bien sûr compris, ¦ mettant en scène, dans Salo ou les 120 journées de Sodome, la chute du régime mussolinien dans un théâtre sexuel.Le sens du costume, des rôles et du drame est présent à la fois dans le fascisme et dans les pratiques sadomasochistes.11 n’est d’ailleurs pas étonnant de voir que plusieurs accessoires du monde nazi — les bottes, les uniformes, les cravaches, le cuir, les insignes de fer — ont vite été associés, à des degrés divers, à ces pratiques sexuelles hors normes.Mais il est évident que tous les amateurs de pratiques sadomasochistes ne sont pas des nazis en puissance.Dans la communauté homosexuelle, par exemple, où ces expériences sont plus avouées, on imagine mal que cet intérêt puisse être associé à une adhésion pour les idées d’un régime qui condamnait à mort les gais.On ne voit pas, bien sûr, comment quelqu’un comme Michel Foucault, fervent adepte de ces expériences-limites, pourrait être considéré comme un personnage d’extrême droite.Or il en va de même pour la plupart des hommes et des femmes qui fréquentent de par le monde des donjons de cartons-pâtes en quête de la libération d’une énergie sexuelle refoulée.Si les sadomasochistes mettent souvent en scène des déclinaisons d’univers concentrationnaires, ils n’ont néanmoins très souvent qu’une bien vague idée du caractère ' fasciste de ces représentations.• ' Ces rapports entre la sexualité et le fascisme se ! compliquent quelque peu dès lors qu’il est question • d’un Britannique archimillionnaire du nom de Max Rufus Mosley, grand patron de la course automobile et fils du leader d’extrême droite Oswald Mosley.Max Mosley a été filmé la semaine dernière, probablement à son insu, dans un chic bordel londonien où des jeux de rôles inspirés du nazisme le conduisaient à s’exprimer en allemand dans des mises en scène où ses fantasmes de pouvoir prenaient toute leur mesure.Mais quelle différence entre ces pratiques de Max Mosley et celles d’un gros avocat d’ici qui trouve son plaisir dans un donjon de Saint-Bruno?Ce sont les gènes du père qui, dans la balance du jugement public, pèsent ici en défaveur de Mosley.Comme si l’héritage supposé d’un père fasciste, révélé ainsi à la face du monde par une perversion sexuelle, se manifestait intimement dans le corps même du fils.On ne naît pas fasciste.On le devient Les dérives du fascisme devraient au moins nous avoir appris que les explications fondées sur des raisonnements en termes de lignées ou de race ne prouvent jamais rien.Hitler ou Mussolini, conduits dès leur plus jeune âge sur d’autres rails intellectuels, auraient très bien pu devenir de gentils garçons, l’un mauvais peintre, l’autre journaliste minable, mais tout de même heureux de vivre sans pour autant représenter une menace pour la vie les autres.Dans la course de la vie, tout n’était pas joué d’avance non plus pour sir Oswald Mosley, le plus célèbre leader fasciste de tout l’Empire britannique.Après avoir fait de la politique chez les conservateurs, puis chez les travaillistes, Mosley père se passionne pour les théories économiques interventionnistes de Keynes.Au début de 1932, il voyage en Italie et rencontre Mussolini.La façon dont le Duce préside aux destinées de l’État italien le séduit.«Le fascisme a non seulement produit un nouveau système de gouvernement, mais aussi un nouveau type d’hommes qui diffèrent des politiciens d’antan autant que s’ils venaient d’une autre planète», écrit-il à la suite de son séjour.Il fonde alors, avec des amis et d’anciens membres d’organisations fascisantes, la British Union of Facists, comme le rappelle Jan Dailey dans Un fascisme anglais (Éditions Autrement).Le mouvement est soutenu à ses débuts par quelques personnalités, dont l’écrivain George Bernard Shaw.Les chemises noires de la British Union ERIC GAILLARD REUTERS Max Rufus Mosley, grand patron de la course automobile et fils du leader d’extrême droite Oswald Mosley of Fascists connaissent un très vif succès.Au Canada, Mosley sert de modèle au Parti national social chrétien d’Adrien Arcand, lui aussi favorable à la défense de l’Empire britannique et de la monarchie dans une perspective fasciste.Son deuxième fils, Max Mosley, doit-il être assimilé aussi à une sorte de monstre sur la seule base du fait que, dans ses ébats sexuels, il aime se faire insulter en allemand dans des jeux où le théâtre de la répression est envisagé comme un vif stimulant sexuel?Que penser alors de Nicolas Mosley, autre rejeton du leader fasciste, qui est un écrivain célébré, publié en français notamment chez Gallimard, et qui a travaillé de près avec Harold Pinter?Comme son père fasciste, Nicolas Mosley aime la lecture de l’œuvre de Proust.Comment être antisémite comme Mosley père et aimer comme son fils, qui ne l’est pas, un écrivain juif célèbre?On le sait, les repères ne sont pas toujours clairs et catégoriques lorsqu’il est question d’idéologie.Et encore moins lorsqu’il est question de sexualité.Il n’y avait pas à filmer les aventures sexuelles de Max Mosley dans un bordel sadomasochiste pour parler à son sujet des métaphores modernes du fascisme.Après tout, beaucoup des jeux de pouvoir mis en scène dans ses expériences sexuelles limites sont aussi présentes dans l’univers des courses de Formule 1 dont il est un promoteur majeur depuis des décennies.Loin d’être un sport, la Formule 1 est en effet d’abord et avant tout une grande célébration théâtralisée qui sanctifie la volonté de puissance dans une quête sans cesse renouvelée d’un être-machine toujours plus performant.Tout cela, qui n’est que métal hurlant, est par ailleurs érotisé jusqu’au délire.Et comme dans les jeux de rôles du sadomasochisme, cette érotisation du couple homme-automobile obéit à des formes rigides pré-établies de dominés et de dominants, où la femme n’est au mieux qu’un accessoire.En course automobile, il y a d’un côté les éternels battus et, de l’autre, ceux qui appartiennent à la race des champions de l’acier.Les gagnants glorifient un culte de l’automobile comme si moteur et pistons constituaient le cœur chaud d’un dieu sans âme dans un monde où tous les coups sont permis au nom de la vitesse et du triomphe de l’acier.Dans la Formule 1, on réinvente en fait, sous forme de fétiche moderne, un vieux rêve de puissance technique déjà mis en avant dans l’idéologie fasciste.L’automobile se trouve en effet au cœur de l’esthétique fasciste de la puissance.Le poète Marinetti, chantre du régime du Duce, soutient même qu’«une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace».La Formule 1 est ainsi à situer moins loin qu’il n’y paraît des jeux de domination qui s’expriment dans les pseudo-donjons des sadomasochistes.jfnadeau@ledevoir.com nQ CP.*19, suce.D* Lorlmlcr • MontrCnl HSH 9N6 I LJ -W W Au cœur des idees Mercredi 9 avril à18h00 5219 Cote-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP: 514 739-3639 Bistro: 514 739-3303 Causerie Michel Seymour De la tolérance à la reconnaissance Éd.du Boréal De la tolérance à la reconnaissance est une contribution majeure à la philosophie politique des droits collectifs.Michel Seymour accomplit un travail essentiel à la conceptualisation et à la définition de notre place si particulière dans le concert des nation.S’inscrivant dans la foulée des travaux de Charles Taylor, il se donne pour objectif de formuler une théorie originale des droits collectifs.Animatrice Jocelyne Couture UQAM 1 I) E V 0 I R SAME!)] DIMANCHE AVRIL 200 LIVRES Des polars pour changer GUYLAINE MASSOUTRE Trevor Fergusson, devant la pile de ses invendus, s’est un jour décidé à écrire un polar.John Farrow venait de naître.Fergusson peut maintenant s’adonner, à ses heures et à son rythme, à écrire la littérature qu’il aime et celle qui le fait vivre, l’esprit en paix.Tous n’ont pas cependant une même souplesse devant les revirements.Jean-Pierre Ametje a tenté la ipême expérience.Ecrivain discret, cherchant peu les projecteurs, ce critique littéraire au Point est désormais comblé: il a reçu le prix de la Fondation prince de Monaco en 2007 pour l’ensemble de son œuvre, le Concourt en 2003 pour La Maîtresse de Brecht, le prix Roger Nimier pour son récit Confessions d’un enfant gâté, le prix CIC pour sa pièce Passions secrètes, crimes d’avril en 1992.Auteur d’une œuvre éclectique disséminée chez plusieurs éditeurs, son nom s’attache à ses polars.Ou à son pseudonyme, Paul Clément.Il a aussi écrit du théâtre; on accueille les livres de cet inclassable en souriant.A-t-on raison?Avec son égale clarté, il garde un ton attachant, des intrigues légères et des dialogues vivants, griffe pour ses lecteurs fidèles.Le Lac d’or, doux polar littéraire, est son 35" opus.Souriant et classique En plein Paris, dans le quartier chinois autour de la place d’Italie, Le Lac d'or raconte les démêlés du commissaire Barbey, flanqué de son acolyte Ferragus, avec les embrouilles d’idées fixes, noires et tordues! Les signes sont légers: les deux héros font des clins d’œil aux maîtres classiques, Barbey D’Aurevilly et Balzac.Une femme est assassinée.Le Lac d’or, restaurant du coin, devient le quartier général des enquêteurs.L’histoire est conventionnelle, mais son style économe, avec ses jeux de langue, appelle le lecteur dans un tendre milieu de salauds.Comme Simenon, Amette s’attarde auprès de héros qui n’en sont pas mais qui avivent, par leurs tics, tous les êtres anonymes au milieu desquels nous circulons.Le désarroi des uns jouxte l’indifférence des autres, puis l’abcès crève.Le flic du roman agit dans l’ombre sans en sortir, efficace.Amette campe un portrait sympa-thique, tel un film en noir et blanc, au charme d’un livre coloré comme une pellicule repeinte, artificiellement, avec de minuscules touches criardes.Ce roman se prend comme une douce infusion, un soir tranquille.Rodéo hollywoodien Prenez ailleurs.1991.Los Angeles, une fenêtre ouverte devant le Pacifique.Jack Bell, fauteur de désastre, fait du charme à un flic paumé.Tel est le cadre d’t/« homme accidentel, neuvième roman de Philippe Besson.Rappe- FRANK PERRY AFP Philippe Besson, photographié dans une librairie de La Rochelle en 2005 Ions qu’il a plu chez nous pour Les Jours fragiles, journal imaginaire d’Isabelle Rimbaud, qui a été adapté pour la scène au théâtre Prospero.Que de clichés dans Un homme accidentel — Hollywood intéresse-t-il encore?Invraisemblances, comme cet Irlandais dénommé McGill, bon, peu importe, c’est un polar.Veuillez y croire.Il a beau nous promettre, de chapitre en chapitre, l’arrivée du pire, Besson se lit quand même.Pas pour un suspense neuf, un sens nouveau, un engagement littéraire, dommage.Pour les vrais ratés, les demi-vérités, les lâchetés de ses personnages, prisonniers d’une histoire.Pourquoi la dire, si elle est banale?«Sans doute pour me souvenir que j’avais déjà franchi des frontières invisibles.Pour faire remarquer aussi, au cas où on n’aurait pas compris, que je sais me taire.Et parce que certains jours je cherche une explication là où il n’y en a sûrement pas», commente le narrateur.Le mélodrame prête son jeu nostalgique aux signes perdus que captent des cœurs de grands enfants.Les mots ne cherchent pas le réel, mais ils entretiennent l’équivoque d’un rêve éveillé, une réalité parallèle un peu fade, où Jack 1 eventreur serait de retour pour se déshabiller, se laisser aimer violemment par un homme.On trouvera, dans ce déjà-vu, un aspect conte de fées.Des personnages typiques, bêtes et méchants, vont au-devant du loup.«La morsure du manque», cet appel dont parle le flic, c’est le regret des premières fois.Lorsque, dans l’imaginaire vierge, le réel inconnu entrait comme un viol, il voulait satisfaire un manque.Les obsessions de Besson ont une note juste, l’évidence impersonnelle d’une rage qui, loin d’être éculée, monte d’un moi archaïque.Il s’appuie sur la perversité enfantine.Il faut encore vouloir à tout prix, au terme de la lecture, vivre de la tristesse et se mettre à pleurer.Un héritage et un piano Mathieu Lindon propose, dans Mon cœur tout seul ne suffit pas, une intrigue mince, reposant sur la complicité d’un homme mûr, en passe de mourir d’une crise cardiaque, avec deux enfants qui lui ouvrent les codes inconnus de leur famille.Une maison étrange fait un cadre intéressant, parce que construit comme un décor de théâtre un peu miteux.Lindon sait camper une enquête, avec ce ton économe qui favorise l’imagination.Son intrigue n’est pas très fouillée, mais elle réserve de belles pages pour qui aime le piano, Brahms surtout et l'ambiance floue d’une histoire, sollicitée auprès de quelqu’un qui ne peut pas parler.Ce sont les autres autour qui savent quoi dire et qui suppléent à ce vide.Malaise.Le narrateur s’enfonce dans les évanouissements, qui lui permettent quand même de retrouver des pans de plaisir et de mémoire perdue.Collaboratrice du Devoir LE LAC D’OR Jean-Pierre Amette Albin Michel Paris, 2008,164 pages UN HOMME ACCIDENTEL Philippe Besson Julliard Paris, 2008,244 pages MON CŒUR TOUT SEUL NE SUFFIT PAS Mathieu Lindon PO.L Paris, 2008,203 pages ESSAIS QUÉBÉCOIS Jésus est-il un mythe ?Louis Cornellier Tout lecteur moderne des Evangiles ressent un malaise devant certaines scènes, abracadabrantes.Comme le constate le bibliste italien Alberto Maggi dans Comment lire l’Evangile sans perdre la foi (Fides, 1999), «les évangiles ont été écrits pour susciter la foi en Jésus de Nazareth», «pourtant, plusieurs de ceux et celles qui [les] ouvrent se plaignent que la lecture de ces textes non seulement ne suscite pas la foi, mais qu’elle risque souvent de la mettre en danger».Au moins cinq réactions, alors, sont possibles.Certains concluront à l’ineptie de l’ensemble et le rejetteront en bloc pour cause de pensée magique.D’autres, moins sévères et sensibles aux qualités littéraires du texte, se contenteront d’y lire une belle histoire, porteuse de saines valeurs.Les plus zélés prendront le texte au pied de la lettre et le considéreront comme la vérité pure, au mépris des réserves modernes.Les chrétiens dits libéraux, quant à eux, privilégieront une approche critique qui tente de faire la part de ce qui relève de l’histoire et de ce qui relève de la foi dans ce corpus.Les tenante de l’approche mythique, enfin, reconnaîtront la grande valeur spirituelle des Évangiles mais rejetteront sa vérité historique.L’Eau et le Vin.Le vrai message des Evangiles, de Torn Harpur, chroniqueur au Toronto Star et spécialiste des questions religieuses, nous plonge au cœur de ce débat.Ex-ministre du culte protestant qui a longtemps adhéré à l’approche dite libérale, Harpur affirme maintenant que «les écailles sont tombées de [ses] yeux» et se présente comme un tenant de l’approche mythique.Comme dans son ouvrage précédent intitulé Le Christ païen (Boréal, 2005) , il consacre une bonne partie de L’Eau et le Vin à défendre la thèse selon laquelle «Jésus est me figure mythique» et n’aurait pas vraiment existé.«Personne, écrit-il, n’a encore produit ce que tout spécialiste vraiment objectif appellerait une preuve convaincante ou vérifiable d’un Jésus de Nazareth en chair et en os.» Cette prise de position radicale, faut-il le rappeler aux profanes, est très minoritaire et plus que contestée dans les milieux savante.Dans son Jésus (Flammarion, 2007), Jacques Duquesne, mon maître en la matière, écrit: «L’histoire de l’Homme-Dieu est tellement incroyable que quelques-uns ont cru pouvoir nier son existence même.Ce n’est plus le cas, aujourd'hui, d’un seul historien sérieux.» Bien petit maître, diront certains, qu’un journaliste chrétien vulgarisateur.Allons voir, alors, du côté de Frédéric Lenoir, philo-sqphe, historien des religions, chercheur associé à l’École des hautes études en sciences sociales et directeur du magazine Le Monde des religions.Dans Le Christ philosophe (Ron, 2007), il écrit que «le seul véritable consensus chez les chercheurs, de quelque horizon qu’ils soient, c’est la certitude de l’existence historique de Jésus.[.] Aucun chercheur reconnu n’affirme la thèse inverse, qui pose en effet beaucoup plus de problèmes à résoudre pour expliquer comment une telle histoire aurait pu être inventée de toutes pièces, par autant d’acteurs différents et avoir un tel impact.» Les argumente de Harpur pour nier l’existence historique de Jésus apparaissent d’ailleurs assez fragiles.Que les évangélistes aient repris, pour écrire leurs textes, des thèmes empruntés à des mythes plus anciens (conception virginale, transfiguration, marche sur l’eau) ne constitue pas une preuve du caractère essen-tieUement mythique de l’histoire de Jésus.De la même manière, on peut contester l’aspect physique des miracles sans nier l’historicité du personnage Jésus.Harpur a certainement raison de rejeter l’approche de la «littéralité pure», qui mène à un intégrisme antimoderne.Le débat le plus intéressant au fond, dans une perspective croyante bien sûr, oppose deux approches qui contestent les «littéraux extrêmes».«Le point de vue libéral, explique Haipur, soutient que c'était une personne remarquable à propos de qui, avec le temps, des contes et des légendes merveilleuses ont fleuri.On allègue que ces légendes doivent être dépouillées pour qu’on parvienne au Jésus historique’’derrière tout cela.» C’est on l’aura compris, ma position.Un Christ nouvel âge Harpur, lui, défend l’autre, qui consiste à nier l’existence «d’un réel Jésus de Nazareth» pour mieux «remy-thologiser» les Évangiles.Il propose de les lire comme «Ihistoire de l’évolution sur le plan terrestre de chaque âme individuelle vivante».D s’agit pour lui, de mythes «destinés à nous amener finalement à un degré de conscience qui est spirituel».L’incarnation, en ce sens, ce n’est pas le Dieu fait homme en Jésus, c’est le don de «la flamme divine, à chacun de nous».Sur cette base, il propose des interprétations, souvent brillantes, des grands moments des Évangiles.Ainsi, le sens mythique de la conception virginale serait que «la naissance de chaque être humain est un événement miraculeux», le baptême ne concernerait pas le pardon des péchés, mais serait le signe de «l’Incarnation de l’esprit dans la chair», les miracles évoqueraient «l’efficacité des pouvoirs spirituels latents en chacun de nous» et la Passion, selon Jung, serait le symbole de «la souffrance que chacun doit subir dans le processus de maturation».Pour être souvent intéressantes et justes — Harpur, en effet est un connaisseur et cela paraît —, ces interprétations nous laissent néanmoins avec un Christ nouvel âge, inspiré par la gnose, essentiellement spiritualisé, pour ne pas dire psychologisé, et privé de la force révolutionnaire que lui donne son épaisseur humaine.Les chrétiens libéraux, ou modernes, savent que le Jésus de l’histoire exige la foi pour devenir le Christ mais ils maintiennent néanmoins que l’un est l’autre et que la vérité du christianisme, qui dit la grandeur de l’homme en disant celle de Dieu et vice versa, tient à cette réelle incarnation.Pour le dire mieux que moi, Péguy: «S’il s’était dérobé à la critique et à la controverse, s’il s’était soustrait à l'exégète, au critique, à l’historien, si son histoire avait été soustraite à l'historien, si sa mémoire n’était point entrée dans les conditions générales, dans les conditions organiques de la mémoire de-l’homme, il n ’eût point été un homme comme les autres.Et l’incarnation n’eût point été intégrale et loyale.Et il faut toujours en revenir là.» louiscoCasympatico.ca L’EAU ET LE VIN Le VRAI MESSAGE DES ÉVANGILES Torn Harpur Traduit de l’anglais par Claire Laberge Boréal Montréal, 2008,318 pages MOHAMMED ABED AFP Christ en croix dans une église orthodoxe de Gaza.Æl— .lût LA MESURE d'un.! CONTINENT CONFERENCE DE DENIS VAUGEOIS auteur du livre La mesure d'un continent, le samedi 12 avril de 14 à 16 heures Réservations: 514 337-4088 poste 213 anne-pascale@librairiemonet.com t V i v flwt MJï i j nous k SI .Gaieties Normandlr île Satalwtry reinventons Montrai.0
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