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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2004-03-06, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI B ET DI M A X OHE M A R S 2 O O 4 LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le soleil d’Emilie Andrewes Page F 3 BÉDÉ Une entrevue avec le bédéiste Thierry Labrosse Page F 7 ?LE DEVOIR ?y JL7,* o Vous êtes pas tannés de ne pas lire, bande de caves ! STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Le mal s’amplifie.Les Québécois, déjà en fond de cale des peuples lecteurs, lisent de moins en moins, selon une nouvelle enquête du ministère de la Culture.Entre 1989 et 1999, la fréquence de lecture a diminué dans les catégories de lecteurs dits réguliers et occasionnels, tant chez les hommes que chez les femmes.Seuls les lecteurs assidus ont augmenté leur bonne habitude pendant la période étudiée par des chercheurs du ministère.La province des bibliothèques honteusement sous-équipées et des programmes scolaires boudant l’accès aux œuvres littéraires se retrouve maintenant avec 38 % de femmes et 58 % d’hommes qui avouent ne jamais lire un livre.On reprend et on déprime: trois mâles québécois sur cinq n’ouvrent jamais un bouquin.Pour les revues et les magazines, le ratio de «non-lecture» passe à un sur deux (48 %) chez les gars et 40 % chez les filles.Plus surprenant et plus navrant encore: 42 % des hommes titulaires d’un diplôme universitaire ne lisent pas de livres! Seule une femme diplômée de l’université sur quatre se retrouve dans cette catégorie.Un tiers des femmes et des hommes ayant terminé l’université ne lisent pas plus de magazines ou de revues.S la scolarité demeure un facteur déterminant des pratiques de lecture, elle n’en est plus la seule garante dans le Québec actuel, qui atteint donc un nouveau seuil dans la fange culturelle.«Ainsi, en ce qui concerne la lecture, on ne peut pas conclure que les efforts consentis depuis 1989pour favoriser la démocratisation de la vie culturelle aient atteint les faibles lectrices et lecteurs», juge le document Les pratiques de lecture des Québécoises et des Québécois de 1989 à 1999.Les données de l’enquête paraissent dans Survol, le bulletin de la recherche et de la statistique.L’étude constitue un des huit pro-jets-pilotes du gouvernement du Québec inscrits dans le cadre de l’Analyse différenciée selon les sexes (ADS), un programme expérimental voulant «discerner de façon préventive, au cours de la conception et de l’élaboration d'une politique, les effets distincts sur les hommes et les femmes».Dans ce cas précis, l’ADS concerne la Politique du livre et de la lecture adoptée en 1998.L’enquête se penche sur la lecture de revues et de magazines d’un côté et sur celle de livres de l'autre.La fréquentation des quotidiens, des hebdomadaires et d’Internet n’est donc pas considérée.Globalement les données montrent que les femmes lisent plus que les hommes, partout, dans toutes les régions du Québec.VOIR PAGE F2: CAVESI • ;£ ¦ 1 ¦: ¦ :¦ ¦ ::ï.si wm ¦ DANIEL AGUILAR '4: noire SOURCE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE PARIS Toussaint Louverture en uniforme de général français.Battu et trahi par les armées de Napoléon, il sera déporté en France où il mourra dans une prison.Un livre incontournable de Christophe Wargny pour comprendre un peu mieux l’univers d’une île qui, incontestablement, «fok sa chanj», comme le disait déjà en 1984 Jean-Paul II lors de sa visite en Haïti, alors sous la botte de Jean-Claude Duvalier.JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Après avoir tangué durant des mois, Jean-Bertrand Aristide a fini par couler.Le poids de Washington attaché au cou, s’ajoutant à celui de son propre carnaval despotique, l’ancien prêtre au profil un jour angélique ne pouvait plus éviter de grossir les rangs des dictateurs déchus et des pintades écartées.Le 28 février, alors qu’une manchette approximative de RadioCana-da signalait qu’Aristide touchait le fond, on annonçait par ailleurs que les érables à sucre coulaient enfin de nouveau, que le printemps était là, glorieux.Mais Haiti, cette île noire libérée triomphalement de ses chaînes esclavagiste en 1804, connaîtra-t-elle enfin un grand printemps démocratique?La question, essentielle, flottait à côté des autres.«Haïti libérée, Ayiti libérée», proclamait-on partout en 1986, en février justement après que le Pentagone eut emporté le président-à-vie sous d’autres deux.Tout semblait alors possible.Tout était rêve et espoir.Le peuple haïtien pouvait enfin circuler devant le Palais national.Mais voilà qu’après quinze ans de «transition» du système autocrate duvaliériste vers une démocratie sans cesse suspendue, les raisons d’espérer sont allées s’amindssant, tant la précarité demeure immense dans tous les secteurs d’activité.La pauvreté généralisée, le Le principal crime d’Aristide fut son anéantissement d’un rêve qu’il avait fait naître désespoir, la corruption, le chaos social régnent et font la loi au quotidien plus que jamais.Et la faim que la venue d’Aristide et du mouvement Lavalas devait combler s’est transformée en famine plus profonde que jamais.Le principal crime d’Aristide fut son anéantissement d’un rêve qu’il avait fait naître.D’une dictature kleptomane, celle des Duvalier, on sera passé à un mirage démocratique qui troqua les macoutes pour des chimères.Pourquoi les armes auront-elles continué à faire et à défaire le pouvoir, selon un prindpe de verticalité absolu où tout dépend d’un «chef» qui veut tout contrôler sous couvert d’incarner à lui seul la mémoire, l’histoire et le langage?Aujourd’hui, plus des trois quarts de la population vit sous le seuil de la pauvreté.Quel pourcentage vit sous le seuil de la peur?Un ami photographe avait rapporté d’Haïti, il y a quelque temps déjà, une terrifiante série de clichés pris dans les prisons et les morgues de la capitale.On pouvait y observer, à hauteur d’homme, un véritable amoncellement de bébés et de jeunes enfants morts dans les rues et ramassés au petit matin.En Haiti, le taux de mortalité demeure quinze fois supérieur à celui du Canada.À qui la faute ?Dans son ouvrage Haïti n'existe pas, Christophe Wargny porte un regard intelligent sur la mécanique et le dédale des labyrinthes qui permettent la reproduction du malheur pour tout un peuple.Si l’événement en Haiti s’embourbe dans le pré- sent, Christophe Wargny rappelle que cette île décapitée, autrefois connue comme la perle des Antilles, porte encore sur ses épaules le poids d’une histoire d’exploitation totale conduite par ceux qui affectent aujourd’hui de se pencher sur son chevet À le lire, on comprend que peu de gens peuvent se vanter d’avoir les mains blanches dans un pays où le Vatican empêchera, après l’indépendance, que des mains noires puissent avoir le droit de tenir (jes hosties immaculées.La France et les Etats-Unis d’Amérique n’auront-ils pas tout fait ouvertement et en catimini, pour que Noirs et Mulâtres, ayant osé devenir libres, fassent la preuve de leur impuissance «à s’en sortir»?Universitaire fiançais sans être un intellectuel de salon, Wargny observe notamment que, depuis la mise eu place de la doctrine de Monroe, les Etats-Unis ont considéré Haïti comme un terrain propre à la seule culture de leurs intérêts régionaux, dans une espèce d’incarcération économique cryptique.L’occupation du pays de 1915 à 1934 se fera en partie pour des raisons morales, soit l’éradication du vaudou.Puis, il y aura soutien actif à la dictature des Duvalier, et enfin des manigances à la fois en faveur d’Aristide et de ses opposants, histoire que tout ce monde, par un petit jeu de bascule, se neutralise.Haïti, dit-il, ne toucha des bénéfices de cette emprise américaine que lorsqu’elle fut tout à fait soumise à son impérialisme, c’est-à-dire lorsqu’elle accepta d’être allègrement pillée pour son propire bien.Dans l’exercice banalisé de cette mainmise, la duplicité est aussi à l’ordre du jour.Ainsi, en septembre 1994, l’administration américaine s’en prenait aux militaires putschistes qu’elle avait largement contribué à installer au pouvoir.Dix ans plus tard, la voici qui déloge Aristide, un dirigeant qu’elle avait remis en selle il y a pieu.Le piauvre homme ne VOIR PAGE F 2 : L’tLE NOIRE I mm a LE DEVOIR.LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE M A R 5 F 2 -Livres ^— Petite analyse des prix littéraires Avant 1959, il fallait passer par l’anglais pour recevoir des prix littéraires.Depuis 1985, on assiste à une véritable augmentation des prix accordés aux écrivains migrants.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Les prix littéraires décernés au Québec ont-ils un impact majeur sur la carrière des écrivains qu’ils récompensent?Ces prix sont-ils le reflet de certains jeux politiques entre différents groupes de la société, notamment entre la société d’accueil ou les écrivains immigrés au Québec?Ce sont des questions que deux chercheuses de l’Université de Sherbrooke, Marie-Pier Luneau et Isabelle Gagnon, se sont posées dans le cadre de leur recherche et qui ont fait l’objet d’une conférence prononcée à l’Université de Sherbrooke le 27 février dernier.D’abord, Marie-Pier Luneau, professeure au département des lettres et des communications de l’Université de Sherbrooke, s’est demandé si les prix littéraires consacraient une œuvre ou une institution.Selon elle, en effet, la société québécoise est suffisamment petite pour que les écrivains majeurs y rencontrent leur public sans l’aide de la kyrielle de prix littéraires qui ont vu le jour depuis les années 1950.Retraçant l’histoire des prix littéraires au Québec depuis les années 1920, Mme Luneau relève que, dès les débuts de ces récompenses, alors que les seuls prix importants étaient le prix Athanase-David et le prix d’Ac-tion intellectuelle, les écrivains commencent à écrire pour avoir des prix.À cette époque, en effet, l’un des jurys, Marc-Antonin Lamarche, affirme publiquement que les écrivains devraient savoir quoi écrire pour recevoir un prix.Il faut rappeler aussi que les prix du Gouverneur général n’ont été accordés, jusqu’en 1959, qu’à des auteurs anglophones, ou encore à des écrivains francophones ayant été traduits en anglais, Gabrielle Roy par exemple.L’anticolonialisme québécois Dix ans plus tard, avec la montée du sentiment national québécois, Hubert Aquin partait le bal des refus du prix du Gouverneur général pour des raisons de contestation politique.Il sera suivi dans cet exemple par Fernand Dumont, qui remet le montant de son prix au Parti québécois, par Fernand Ouellette, Roland Giguère et Michel Carneau.En 1975, Victor-Lévy Beau-lieu et Nicole Brossard l’acceptent en déclarant se sentir en pays étranger, puis, en 1979, Gilbert Langevin remet le montant de sa bourse à un organisme de défense des prisonniers politiques du Québec.Analysant ce phénomène, Mme Luneau avance que cette série de refus place l’écrivain dans une pose mythique qui le situe au-dessus du prix littéraire.Car selon Mme Luneau, les prix littéraires québécois, s’ils donnent des bons points à une maison d’édition.SOURCE ÉDITIONS HEXAGONE Roland Giguère reçoit le prix de la Ville de Montréal des mains de Gaston Miron en 1965.n’ont qu’un impact limité sur les ventes.En effet, dit-elle, «les prix littéraires ne sont pas nécessaires pour faire connaître les auteurs», surtout quand il s’agit d’auteurs aussi importants qu’Anne Hébert ou Réjean Ducharme.Il faut dire aussi que les prix littéraires québécois se sont multipliés, des années 50 à aujour-dTiui.Jean-Ethier Blais a d’ailleurs déjà parlé à leur égard d’une «monnaie devenue folle».Isabelle Gagnon, de son côté, s’est intéressée à la façon dont les prix littéraires ont récompensé des auteurs immigrés au Québec.«Je voulais voir si l'institution littéraire reconnaissait les auteurs migrants», dit l’étudiante à la maîtrise au département des lettres et des communications de l’Université de Sherbrooke.Elle a également tenté de savoir si ces prix, lorsqu’ils étaient décernés, avaient une incidence sur la carrière de ces écrivains migrants.En fait, sa recherche a démontré que ce n’est qu’à partir de 1985 que les auteurs migrants ont été acceptés par l’institution littéraire québécoise, avec les thèmes qui les distinguent.Jusqu’alors, les écrivains migrants récompensés étaient souvent des immigrants d’origine britannique ou française, soit d’une culture proche de celle des Québécois.Des prix pour les «migrants» C’est à partir de 1985 qu’on assiste à une véritable augmentation des prix accordés aux écrivains migrants.En effet, seulement douze prix littéraires ont été décernés à des écrivains migrants entre 1918 et 1959, soit en quarante ans.Les quatorze années suivantes, soit de 1960 à 1974, ont également vu douze auteurs migrants récompensés.Enfin, les chiffres commencent à bondir dans la décennie suivante, avec 24 prix littéraires décernés aux écrivains migrants entre 1975 et 1985, 64 entre 1986 et 1997, puis 13 entre 1998 et 2000.En ce qui concerne les seuls prix du Gouverneur général, Isabelle Gagnon constate que le nombre de prix décernés aux écrivains migrants a augmenté à partir de 1995.L’étudiante en maîtrise va jusqu’à se demander si on ne pourrait pas distinguer là une volonté d’Ottawa de contrer l’impact négatif sur les communautés culturelles du discours de Jacques Parizeau, en conclusion du référendum de 1995.Causerie ivieri I i b r a I r i e » b à l'occasion dé la parution du livre de Dominique Deslandres, Croire et faire croire - Les missions françaises au XVII siècle paru aux éditions Fayard 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com Croire et faire croire: les missions en France et en Nouvelle-France au XVIIe siècle Dominique Deslandres Professeure, elle a cofondé le Centre d’études des religions.Elle consacre ses travaux à l’histoire comparée des mentalités socioreligieuses d’Europe et d'Amérique.ANIMATEUR André Champagne Historien, professeur et chroniqueur à Radio-Canada Jeudi 11 mars 19 heures Réservation obligatoire : 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.S Sül, 4 C rntm mmmm mars 2004 Programmation disponible dans le résrau nilturel de U Ville de Montrés] laissez-passer ou billets tarifés selon te lie» www.vill e.montrea1.c|c.ca/culture mtrxAGONE NjhROîr i f I O ‘le poemt mohlr Mand Giquere ¦ Hihwtfrta lithographie de Roland Gnufrr y .-.U 4 / otrr de l'ml Iditiom du Noroît ?0 lotiu Montréal Librairie POPULI, Palmarès des ventes 25 février au 2 mars 2004 de Mortagne 7" Fantastique Qc A.ROBILLARD 2 Roman U FEMME QUI ATTENDAIT » A.MAKINE Seuil 3 Psychologie GUÉRIR V SERVAN-SCHREIBER Robert Latfont 46 4 Roman Qc L'HISTOIRE DE PI V - Booker Prize 2002 V.MARTEL XYZ éd.29 5 Essai Qc CES RICHES QUI NE PAIENT PAS D'IMPOTS B.ALEPIN du Méridien 5 6 Essai M.MOORE Boréal ] Dictionnaire 1300 PIÈGES OU FRANÇAIS C.CH0UINARD La Presse 3 8 Jeunesse HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHÉNIX V (M*j) J.K.ROWLING Gallimard 14 9 Psychologie VIVRE M.CStKSZENTMIHAiYi Robert Latfont 3 10 Biograph.Qc IA VRAIE HISTOIRE D'ÉMILIE B0RDELEAU N.JEAN de Mortagne 4 U Biographie MÉMOIRES ¥ F.PAHLAVI XOéd.3 12 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 169 13 Roman Qc UN PETIT PAS POUR L'HOMME S.DOMPIERRE Québec Amérique 4 14 Roman LORD JOHN, UNE AFFAIRE PRIVÉE 0.GABALOON Libre Expression 6 15 Psychologie QUESTIONS DE PARENTS RESPONSABLES F.DUMESNIL L'Homme 3 16 B.D.CALVIN ET HOBBES, t.23 - Y a des jours comme ça ! B.WATTERSON Hors Collection 5 17 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT ¥ E.TOLLE Ariane 177 13 Roman Qc LES EIUES DE CALEB, t.3 - L’abandon de la mésange A.COUSTURE Libre Expression J7 19 Roman IMPÉRATRICE ¥ S.SHAN Albin Michel 23 20 Roman VŒUX SECRETS 0.STEEL Presses de la Cité 2Ï Psychologie LES CODES INCONSCIENTS DE LA SÉDUCTION P.TURCHET L'Homme 5 22 Dictionnaire Qc DICTIONNAIRE QUÉBÉCOIS INSTANTANNÉ MELANÇON/POPOVK Tides 5 23 Roman GLOBALtA ¥ J.-C.RUFIN Gallimard 6 CONCOURS Visitez notre site wwww.renaud-bray.com Chaque semaine Marc Chapleau répondra à la question d’un internaute.Un tirage au sort aura lieu le 5 avril parmi tous les participants Cinq gagnants se mériteront chacun : - Deux billets pour te Salon des Vins et Spiritueux de Montréal, avec une visite guidée du Salon en compagnie de Marc Chapleau, dimanche le 25 avril à 14 h.- Un exemplaire dédicacé de À nous deux, le vin I.- Un chèque-cadeau de 30.00$ de la Librairie Renaud-Bray.levin! le vin! M.ÿL 24 Biograph.Qc J'AI SERRÉ LA MAIN DU DIABLE ¥ |r.DALIAIRE Libre Expression ü 25 Psychologie LETARTE/MARCHAND Stanké : 26 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN, 1.1 ¥ A.BRASHARES Gallimard 88 27 B.D ASTÉRIX ET LA RENTRÉE GAULOISE UDERZO / GOSCXWY Albert René 3; 28 Arts DANS LES COULISSES DU CIRQUE DU SOLEIL ¥ J.BEAUN0VER Québec Amérique J 29 Psychologie Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P.M0RENCY Transcontinental 69 30 B.D ARIïSTON/TARQUIN Soleil 31 Roman LA NOSTALGIE DE L'ANGE ?A.SEB0LD Nil IL 32 Roman UN DANGEREUX SECRET N.ROBERTS Belfond 4 33 Roman ÉCOUTE-MOI ¥ M.MAZZANTINI Robert Latfont 34 Essais MAL DE TERRE ¥ H.REEVES Seuil 44 35 B.D.GARFIELD, t.37 - C'est la fête! J.DAVIS Dargaud il 36 B.D.ALBUM SPIR0U, t.274 COLLECTIF Dupuis 4 37 Psychologie Qc VICTIME DES AUTRES.BOURREAU DE SOI-MÊME ¥ G.C0RNEAU L'Homme 38 Roman Qc U DÉCOUVERTE D'AURÉLIE C.P0NTBRIAND les Intouchables 39 Biographie VIVRE POUR LA RACONTER ¥ G GARCIA-MAROUEZ Grasset 17 40 Cuisine THE ULTIMATE WEIGHT SOLUTION P.MCGRAW Simon S Shuster 24 41 Fantastique S.KING Albin Michel 2 42 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 163 43 Fantastique LES CHEVALIERS D'ÉMERAUDE.11 - Le feu dans le ciel A.ROBILLARD De Mortagne R 44 Polar MYSTIC RIVER ¥ D.LEHANE Rivages lül 45 Nutrition Qc NOURRIR SON CERVEAU L.THIBAULT L'Homme 22 » Couo de Coeur RR : Nouvelle entrée NBriOmummutiMnitt» T Plus de lOOO Coups de Cœur, pour mieux choisir.25 succursales au Quebec 2 O 0 I L’ÎLE NOIRE SUITE DE LA PAGE F 1 trouve plus rien de mieux à faire, semble-t-il, que d’entamer des poursuites en diffamation contre Le Canard enchaîné depuis l’exil.Difficile de mieux se forger ses propres chaînes! Quand donc le pays d'Haïti pour-ra-t-il entrer de lui-même dans sa propre histoire?est-on forcé de se demander.Le pays se situe au centre même du Monde Nouveau et aura donné asile aux grands libérateurs de l’hémisphère Sud.Et pour un pareil résultat?Aux yeux de Wargny, les Etats-Unis représentent les adversaires du changement L’intellectuel reproche aussi à la France d’avoir accaparé un idéal de liberté républicaine qu’eDe a, dans les faits, refusé à son ancienne colonie.Ne l’a-telle pas étouffée, apres l’indépendance de 1804, sous le paiement d’une dette plus écrasante qu’une chape de plomb?Depuis, explique-t-il, cette France des droits de l’homme a continué de fermer les yeux sur le drame haïtien, comme elle le fait toujours aussi sottement sur Jean-Claude Duvalier, alias «Baby Doc», recueilli dans l’Hexagone depuis 1986.Parmi les meilleurs spécialistes d’Haïti, Christophe Wargny est aussi un des anciens conseillers d’Aristide.Déçu, comme tant d’autres, par cet homme qu’il aura cru sincèrement être le porte-parole de ses frères et sœurs d’Haiti, ces «damnés de la terre».Avec Pierre Mouterde, professeur de philosophie au Collège de Limoilou, Wargny avait déjà publié Apre bal banboulou, 5 ans de duplicité en Haïti (1991-1996) au sujet de la politique étrangère américaine en Haïti.Sous sa plume, l’histoire d’Haïti semble sans cesse attirée par, des ombres très sombres.À force de retomber dans une histoire à contretemps, Haïti deviendra-t-elle une fosse commune pour les vivants qui l’habitent et où l’-aide internationale» s’efforcera de dépecer les cadavres de la nation?Au fond, Wargny craint l’autodestruc-tion, tout en continuant de croire ce peuple capable d’échapper à la zombification, une fois engagé sur les chemins de la reconnaissance, de la reconstruction et de la dignité.Puis-se-t-il avoir raison.Et puissions-nous, de notre côté, pouvoir jeter un regard neuf sur cet autre pôle d’une Amérique coloniale française à laquelle nous avons aussi appartenu.HAÏTI N’EXISTE PAS 1804-2004: deux cents ans DE SOLITUDE Christophe Wargny Autrement Paris, 2004,192 pages CAVES! SUITE DE LA PAGE F 1 Elles lisent plus de revues et de magazines.Elles lisent plus de livres.«Cela s’explique par les habiletés de lecture plus grandes qu’elles développent en milieu scolaire et familial», dit l’enquête.On apprend aussi que les filles et les garçons ont des goûts littéraires différents dès la troisième secondaire, les unes préférant le roman, la poésie et le théâtre, les autres se passionnant pour la bande dessinée, l’humour, la science-fiction et le livre scientifique.Par ailleurs, les hommes aux études et les femmes sans travail achetaient moins de livres en 1999 qu’en 1989.La diminution de la lecture pendant les années 1990 s’observe cependant des deux côtés de la clôture sexuelle.Les «écarts entre sexes» pour la lecture des revues et magazines se sont même accrus entre les deux pôles de référence, parce que les habitudes de lecture de ces produits imprimés ont diminué davantage chez les hommes (de 57,5 % à 51 %) que chez les femmes (de 63,5 % à 59 %).Par ailleurs, l’enquête confirme un tas d’intuitions, voire d’évidences.Elle révèle par exemple que plus on est scolarisé et plus on est riche, plus on lit; que les fonctions plus «intellectuelles» forcent à lire davantage.On apprend par contre que certaines régions, dont le Norcklu-Québec (37 %) et Chau-dière-Appalaches (38 %), lisent moins de livres que d’autres, notamment Montréal (58 %) et la Capitale-Nationale (54 %).La non-lecture de livres et !a scolarité selon le sexe, 1999 % 100 j .! i ; «5.9 PRIMAIRE SECONDAIRE COUÉGIAl UNIVERSITAIRE FEMMES | HOMMES CJ U cc ¦w C?O O Théorie et littérature Armel» C»*4 t *>{V 4 v Angela Cozea L’énigme thérapeutique au cœur de la philosophie (essai) 96 p.• 16 S Cet essai esquisse un rapport existant entre la conception du bonheur de Kant et celle de Montaigne, telle qu’elle émane de la conviction qu’ils partagent, qu’une sorte de métaphysique se forme chez tous les êtres M ' r ,, , ë s n éméééAbh XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L «Zi Téléphone: (534) 525.23.70 • Télécopieur: (534) 525.75.37 Courriel : infoUxyzedit.qr.ca • www.xyzedit.qc.ca LE DEVOIR.LES SAMEDI « ET DIMANCHE M A R S 2 O O l F *• LITTERATURE ~ ROMAN QUÉBÉCOIS Un bouillon de plaisir signé Emilie Andrewes Les brigands de Cap-Rouge Emilie Andrewes est étudiante en anthropologie.Elle écrit, nous précise son éditeur, pour ne pas passer ses journées à tomber amoureuse à tout moment Sourire.Les Mouches pauvres d’Esope déborde d’amour.Et de fantaisie.Des histoires s’emboîtent les unes dans les autres.Les personnages tombent en rêve comme on tombe en amour.Le ton est enjoué, primesautier, direct, communicatif.L’écriture est sinueuse et Hmagination, délirante.Quatre amis, Bérenne, Sima, Jôrn et Galvin, dînent ensemble une fois par mois.Depuis quelque temps, Galvin, l’amant de Bérenne, ne vient plus.Durant la soirée, l’amoureuse éperdue, sorte de Bérénice, s’éclipse dans les toilettes, le vestibule ou le cagibi pour lui écrire des lettres.La passion comme une force fatale détruit celui ou celle qui en est possédé.Une clé du théâtre de Racine.Vite rangée.La romancière la ressortira à la tin du roman.Pour l’heure, Bérenne retrouve ses amis.Le roman explose en une kyrielle de scènes loufoques et de situations cocasses: Sima et Bérenne posent leurs pieds nus dans les bols à salade sur la table.La laitue et les légumes volent aux quatre coins de Suzanne Giguère ?la pièce, Jôrn, les cheveux trempés de vinaigrette, embrasse goulûment les arcs, les talons, les paumes, les orteils, les chevilles qui s’offrent à lui.Rires en cascade.Il cogne sur la table, une fourchette se plante dans le plafond et le fissure.Bérenne a une vision.Divine.Gloussant, hilares, ils éclatent les verres vides sur les murs.Le lecteur va de surprise en surprise.«Mais qu’est-ce que je fais le nez contre le tapis?», hurie Jôrn.«Ah! Ce que fai mal au dos.» «Mais où sont-elles?Ah! ma tête! Saleté de marches.Qu 'est-ce que je fous en bas de l’escalier, évaché de long en large avec, avec, mince je me suis coupé!» Le rédt se dilate.La fumée bleue et blanche des ninas (cigarillos espagnols) parfume l’air d’écorce.Des boutons de nacre blanc fleuris- sent sur la robe de coton rouge de Bérenne.Le cliquetis des bracelets, on dirait celui des mâts des voiliers se balançant dans la nuit Tout est de l'ordre de la sensation.Rêveurs, insouciants, artistes bohèmes dans la jeune vingtaine, Sima, Bérenne et Jôrn nous emportent dans le mouvement infini de leurs mondes brûlants.Les confidences remontent avec les bulles de champagne.A vingt ans ils ont déjà connu des «tempêtes tropicales» dans leur cœur: celles d’amitiés enfantines brisées et d'amours d’adolescence broyées par la mort Lorsque Bérenne ouvre les Fables d’Esope, fabuliste de l'Antiquité grecque, et lit celle des mouches attirées par le miel d'un cellier, cette fable leur colle à la peau.«Du miel s'était répandu dans un cellier; des mouches y volèrent et se mirent à s’en délecter.La douceur en était telle qu’elles ne pouvaient s'en éloigner.Mais leurs pattes s’y engluèrent, les empêchant de s’envoler, et se sentant étouffer, elles s’écrièrent: “Pauvres de nous! Nous payons de notre vie un plaisir fugitif.» La romancière ouvre un espace dramatique où se mêlent le réel et l’irréel.Le trio décide de relancer son ami Galvin et de le sortir de sa tanière.Un soleil d'août La capacité incroyable de dissociation de la réalité, de fuite du monde extérieur d’Emilie Andrewes et ses histoires en trompe-l’œil dissimulent en réalité une profonde angoisse devant la mort, ce «dernier chant du monde.Car on peut imaginer qu'il y en aura un.Un ré dièse interminable, entrecoupé par le cri des insectes».Une fine poussière d’histoires retombe.Et avec elle, des dialogues drôles et échevelés, parfois émouvants, des jeux de mots et d’esprit qui éclatent comme des feux d’artifice.La romancière jongle avec de multiples registres de langage, prend des libertés syntaxiques, arrose son texte d’onomatopées {«Gac, clac, clac») et d’interjections humoristiques («daglagta.ouais mon œil!»).De temps à autre, il est vrai, la narration hoquette et s’arrête.De petites imperfections, somme toute.Il est si rare de voir un soleil d’août sur une mer hivernale.Ne boudons pas notre plaisir.LES MOUCHES PAUVRES D’ÉSOPE Emilie Andrewes XYZ, coll.«Romanichels» Montréal, 2004,104 pages THIERRY B1SSONNETTE Paru peu avant L’Influence d'un livre de Philippe Aubert de Gaspé en 1837, Les Révélations du crime ou Cambray et ses complices, de François-Réal Angers, lui disputa déjà le titre de premier roman québécois.Inspiré d’une célèbre affaire criminelle impliquant les «bngands de Cap-Rouge», le livre s’aventure pourtant très peu en terrain imaginaire, ce qui ne justifie que mieux son sous-titre de Chroniques canadiennes de 1834.Figurant parmi les fondateurs de notre première société littéraire, Angers (1812-1860) délaissa vite la littérature pour l’exercice du droit, publiant tout au plus quelques poèmes dans les journaux.On comprend dès lors le destin relativement obscur de ces chroniques, qui intéressèrent néanmoins autant les historiens que les spécialistes du roman poli- cier québécois.Présentée par Gilles Dorion, l’édition de poche proposée1 par Nota bene reprend la version originale de l'œuvre, avec une légère modernisation de la langue.Construit comme un feuilleton et inspiré par cet oublié français qu’est Frédéric Soulié, le récit d’Angers n'est certes pas un monument de pure création («L’homme coupable n 'a pas d’impunité à espérer! [.| Mats les coupables ne pouvaient rester longtemps tranquilles et impunis!»), mais il donne agréablement accès à la ville de Québec de l’époque et aux mœurs de ses différentes classes sociales.LES RÉVÉLATIONS DU CRIME OU CAMBRAY ET SES COMPLICES François-Real Aigers Présenté par Gilles Dorion Nota bene Québec, 2(X)3,161 pages Angers (1812-1860) délaissa vite la littérature pour l’exercice du droit LITTÉRATURE CANADIENNE Pastiches british Le flegme et l’humour pince-sans-rire de Stephen Leacock CHRISTIAN DESMEULES Maître de Y understatement, champion de la caricature, son œuvre a su influencer des humoristes aussi importants que Groucho Marx, Woody Allen ou la bande du Royal Canadian Air Farce.Bien qu’à peu près ignoré des lecteurs francophones, autant au Québec qu’en France, son nom demeure aujourd’hui encore une référence de la littérature anglo-américaine.Né en 1869 en Angleterre, puis immigré au Canada avec ses parents à l’âge de sept ans, Leacock a toute sa vie fait de l’humour à l’américaine.C’est ce que certains appellent le paradoxe canadien.Stephen Leacock n’est pourtant pas absent du paysage urbain montréalais, puisqu’il a laissé son nom à un édifice du campus de l’université McGill — où il a été professeur d’économie et de science politique durant une trentaine d’années.Outre Un été à Mariposa régulièrement réédité et quelques choix de textes, c’est de la France que nous vient l’autre moitié des rares traductions.Soixante ans après la mort du «Mark Twain canadien», Le Dilettante ressuscite avec L'île de la tentation et autres naufrages amoureux quelques-uns de ses plus mordants pastiches.Ainsi que le fait remarquer avec justesse l’un des traducteurs dans sa postface, Leacock ne semble pas être apprécié pour les mêmes raisons au Canada et à l’étranger.Alors que dans son pays ce sont surtout les œuvres à résonance plus «locale;» qui lui doivent sa réputation, aux États-Unis et en Grande-Bretagne ce sont ses parodies de romans de chevalerie, de romans à l’eau de rose et d’articles de journaux qui ont la faveur du lectorat Et c’est ce que l’éditeur français nous propose id avec cette demi-douzaine de nouvelles tirées pour la plupart de deux de ses plus célèbres ARCHIVES LE DEVOIR furique sur ma table de chevet.Le lendemain matin, elle était toujours là.Elle ne m'avait pas tuée.» Des personnages timorés et impuissants, prisonniers des conventions sociales et qui n’ont, pour se défendre, que des haussements de sourcils, un flegme à toute épreuve et leur ration de porridge au petit-dé jeûner.Partout, Leacock débusque les poncifs, le mielleux, tourne en dérision ce qui déborde de bons sentiments.Sous des apparences coloniales et terriblement british, un humour implacable qui débusque le ridicule où il se cache.Légèrement suranné, mais very irrésistible.L’ÎLE DE IA TENTATION EU AUTRES NAUFRAGES AMOUREUX Stephen Leacock Traduit de l’anglais (Canada) par Thierry Beauchamp et Romain Rabier Le Dilettante Paris, 2003,128pages Stephen Leacock, le «Mark Twain canadien» recueils de parodies: Nonsense Novels (1911) et Winsome Winnie and Other New Nonsense Novels (1920).Parmi ces satires et ces parodies figure une désopilante Crise au cabinet, dans laquelle le gouvernement perd la trace d’un petit pays qui cherche à se soulever contre l’Empire.Le Wazuchistan et ses habitants, les Wazoos (qui est la transcription ourdou de McGinnis), existent bel et bien.Mais ils sont tous Irlandais.Un chassé-croisé amoureux sur une île presque dé serte menç selon les règles de l’étiquette (L’île de la tentation»), une idylle chevaleresque et guindée (Guido la Broche de Gand).Sans oublier une satire de roman russe (Les Souffrances d’une âme supérieure ou Les Mémoires de Marie Mushenoff»), où une jeune héroïne est fermement déterminée au suicide: «fai déposé une fiole d’acide sul- Série présentée 19h30 au studio-théâtre de la Place des Arts du 28 janvier au 7 av Élaboré» par Mlehsll» Corbeit »! Stéphane Uptne ®sPa c® PoUl "lots Le mercredi IO mars à t9h30 Les Écrivains et la Terre La Terre est habitée.Elle est aussi menacée.Quels rapports les écrivains entretiennent-ils avec notre planète bleue?Un regard sur l’infiniment grand et finfiniment petit Avec Robert lalonde.Yvon Rivard et Suzanne Robert.Animation : Stéphane Lépme.Cou* '’«L, •t-m.yp*,,/'» *-«»ÇOl«.P,uch.r M.rc.ieonn.Ho Billetterie : (514) 842-2112 o*" ians frais : 1 866 842-2112 Diane Lacombe sur I A< OUIBI 1 ^ITscircha WmiLMa Étudiants : 10$ Place das Art* St La suite cle La châtelaine cle Mallaig vendu à plus de 110 000 exemplaires vlb éditeur www.edvlta.com WA I LE DEVOIR.LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 .MARS 2 0 0 4 F 4 —«'Littérature-»— LA CHRONIQUE La vie par procuration Laissons-nous aller un instant au spleen d’un ciel un peu gris pour accueillir cette suite de treize petits récits du temps qu’il fait d’Hélèna Villovitch.Treize récits qui nous entraînent sur la surface glacée de la médiocrité qui s’est emparée de nous depuis que le cinéma puis la télévision ont commencé à nous faire croire que la vraie vie se passait sur écran.Du temps d’Emma Bovary, comme il n’y avait ni cinéma ni télévision, c’est le roman qui faisait office d’écran pour les jeunes filles romantiques en mal de héros et de vie de château qui les élèvejait enfin au-dessus de leur commune condition.«Elevée au couvent, parmi des jeunes filles du monde, Emma y a reçu une parfaite éducation.Elle a lu Paul et Virginie, a rêvé en lisant des romans sentimentaux et historiques, ou des poèmes romantiques.Elle a admiré des gravures représentant de jeunes hommes serrant dans leurs bras des ladies anglaises à boucles blondes.Toute cette éducation a nourri son “tempérament sentimental” et ses songes romanesques» (Flaubert).Aujourd’hui, si on fait abstraction du cinéma et de ses vedettes inaccessibles (mais ô combien idolâtrées!), c’est la télé-réalité qui a pris le relais.Chacun peut y rêver son extraordinaire destinée: être quelqu’un qu’on regarde et qui se distingue de tous les autres parce qu’il est regardé — donc admiré ou envié — pendant qu’il s’élève vers les étoiles.Mme Bovary mère pensait que, pour guérir sa fille de sa folie romanesque, il fallait l’empêcher de lire des romans.Oserions-nous suggérer aux millions d’auditeurs et auditrices de Star Académie ou de Loft Story de se débarrasser au plus tôt de leur petit écran s’ils veulent un jour avoir une vie à eux?«R ne faut pas toucher aux idoles: la dorure en reste aux Jean-Pierre Denis ?mains» (Flaubert).C’est sur la vague déferlante de cette pseudo-réalité qu’Hélèna Villovitch a décidé de surfer.Elle le fait avec beaucoup d’ironie et une certaine sagacité.On regrette simplement qu’elle n’ait pas le génie de Flaubert qui, s’il revenait aujourd’hui, s’intéresserait certainement au phénomène, mais pour nous laisser une œuvre autrement marquante, et dans une langue qui continuerait longtemps de sonder nos cœurs et nos consciences.Cela dit, cette œuvre légère saura sans doute plaire, même si elle laisse peu de souvenirs.Ne vivons-nous pas au cœur de l’éphémère?Soyez superficiel en profondeur Donc, une suite de petits récits qui se passent dans un milieu plutôt artistique (Villovitch, il ne faut pas l’oublier, pratique la peinture, le graphisme, la photo et le cinéma expérimental, en plus d’avoir déjà écrit deux romans.Je pense à toi tous les jours et Pat, Dave & mot) où la surface tient le plus souvent lieu de fond, où le spectacle et la représentation sont au cœur de la vie de chacun.«J’ai l’impression que nous avons quelque chose en commun [avec Stéphanie de Mona-co).Je suis certaine que je fabriquerai, un jour, un objet artistique que plein de gens entendront, verront ou liront.» C’est que la plupart des personnages de ce roman rêvent d’être écrivain, artiste ou star.Les murs de leur chambre sont souvent couverts d’affiches qui, selon leur âge, vont de Claude François à David Bowie en passant par Alice Cooper et Kurt Cobain.Quand Us se retrouvent à un vernissage, ce sont de petites soupes froides qui sont servies dans des verres au lieu des petits-fours, petites quiches ou au-mônières habituels, ce qui devient extrêmement encombrant à consommer quand on a dans la main droite une coupe de champagne, plus une cigarette, plus un baise-en-ville, et qu’il faut encore tenir la petite cuillère et le verre de soupe de la main gauche.Quant aux conversations tenues par la narratrice ou aux pensées qui la traversent, nous sommes moins dans la fatuité que dans le malentendu et la difficulté de reconnaître les gens.Tout cela baigne dans une froide insignifiance, comme la soupe que l’auteur a eu l’idée de traduire graphiquement en empruntant le procédé calligraphique d’Apollinaire: de courts textes qui tiennent dans les formes d’un verre.Amusant, mais pas nouveau.«À certains mo: ments, ma vie semble avoir énormément de sens.À d’autres, je me demande si je ne suis pas en train de casser un vase en une infinité de morceaux tellement petits qu’il sera impossible de le reconstituer un jour.» Ça, c’est à partir du vase que Yoko Ono a brisé un soir avant d’en distribuer les morceaux au public qui assistait à sa performance.Ailleurs, c’est l’histoire de cette jeune femme qui se filme toute seule à l’aide de sa caméra seize millimètres, chez elle.Et qui refrit la même opération chaque année, sur la même pellicule, de manière à obtenir d’elle une image en surimpression à travers le temps — film qu’elle ne développera jamais, le gardant bien à l’abri dans son frigo.Cela s’appelle sans doute de l’art conceptuel.Puis ü y a Jan, le chômeur, qui passe un test psychologique dans un bureau d’emploi.Pas concluant, le test, quand il s’agit d’énumérer trois de ses qualités, pas plus que lorsqu’il est invité à citer trois personnages, réels ou imaginaires, qu’il admire, ce qui se traduit par Homer Simpson, la petite Heidi.Le clou, c’est probablement le dernier récit qui porte, lui, sur la télé-réalité, A leur place.En effet, qu’est-ce qu’on ne ferait pas à leur place, ou pour prendre leur place?Il y a Julia, Karine, Sandra, Angela, Thomas, William, Félicien, Kamel.«Jour et nuit, je regarde ces gens à la télé [.] Je n’analyse pas, je ne me moque pas, je n'ai aucun recul.Je ne me demande pas si je passe un bon moment ou si je suis complètement déprimée.Quand je sors, rarement, de mon appartement, je pense encore à eux.Je n 'en parte à personne.» La drogue est si puissante qu’elle néglige et son travail et ses amis, préférant donner des conseils virtuels à ses non moins virtuels amis de la télé.«On est tous l’un d’entre eux.» C’est pathétique.La critique manque toutefois de dents.Et de profondeur.Voilà où le cinéma a conduit un certain nombre d’écrivains qui, croyant nous tendre le miroir du monde, ne font qu’en visiter les reflets.On se met à regretter sincèrement Flaubert PETITES SOUPES FROIDES Hélèna Villovitch Editions de l’Olivier Paris, 2003,137 pages La leçon de George Steiner PHOTOGRAPHIE NORMAND RAJOTTE /LES 400 COUPS Dans les coins oubliés, à la recherche des dieux tranquilles, Ulverton (Québec), 1986, de Normand Rajotte.La trace laissée.ESSAI George Steiner rend un vibrant hommage à la poétesse américaine Anne Carson.LE DEVOIR Ce livre retrace les vingt dernières années de production du photographe Normand Rajotte, né à Drummondville en 1952.Depuis le début des années 1980, Rajotte «ne capte pas tant du paysage que du pays», comme le note la critique d’art Jennifer Couëlle en introduction.Réalisées tantôt en noir et blanc, tantôt en couleurs, le plus souvent au Québec mais aussi aux Etats-Unis et en Europe, ses œuvres montrent de «petites natures», des «anti-paysages», des «frag- Liberté, revue et corrigée (Le Devoir) — Dans sa dernière livraison, la revue Liberté (n"263) offre notanunent à lire la poésie de Martine Audet et de Pierre Desruisseau, de même que des textes signés René Viau, Andrée Yanacopoulo et Vincent Charles ments de nature» qui témoignent de la pérennité et de la vitalité de la Terre ici sans hommes, sauf pour une paire de jambes que l’on pourrait d’ailleurs confondre avec des troncs d’arbre et quelques empreintes marquant la présence humaine.Certaines vues, captées en gros plans, en plongée, brouillent les rapports d’échelle et décuplent leur force d’évocation et d’étrangeté.MARCHER SA TRACE Normand Rajotte Les 400 Coups, 120 pages.Lambert.Le tout débute par une longue présentation, signée Marc-André Brouillette, qui précise que Liberté «est animée aujourd'hui par des personnes dont l’âge se situe autour de la trentaine» et qu’«e//e continue d’avoir une ligne éditoriale non déterminée par un projet précis, comme cela a toujours été le cas».Comme le conclut Brouillette: «à suivre».GUYLAINE MASSOUTRE La capacité époustouflante qu’a George Steiner de passer d’un registre et d’un savoir à un autre laisse pantois: sa curiosité, ses connaissances ouvrent des pistes imprévisibles de réflexion.Ses essais se lisent comme des romans et donnent matière à songe.L’homme aux vérités sous-jacentes laisse fuser «le mystère de la chose», l’acte même où son autorité s’ancre.Tel est Maîtres et disciples, une réflexion passionnée et jaillissante sur l’enseignement, par l’écrivain, critique et philosophe qui signe, au même moment Les iMgocrates (Editions de L’Herne), Steiner (sous la direction de Pierre-Emmanyel Dauzat, Cahiers de L’Heme) et Éloge de la transmission, le maître et l’élève (entretiens avec Cécile Ladja-li, Albin Michel).«Le besoin de transmettre savoir et compétences, le désir de les acquérir sont des constantes de la condition humaine.» Cette conclusion, enthousiaste et optimiste, repose sur l’exercice du respect, préférable à la relation duelle, que celle-ci soit frontale ou verticale, entre les acteurs d’une classe.Est «maître», dit-il, celui qui tient la chose du savoir en main, non pas tel qui dégoise en avant.Est «disciple» celui qui se soumet, s’engage, dans un rapport de fidélité à la chose transmise.L’intelligence réciproque les unit Pourquoi donc cet essai, qui offre moins une aventure personnelle qu’im plaidoyer pour la transmission du savoir?Parce que les conditions de l’enseignement se transforment, à tous ses niveaux.L’offensive se nomme «l’irrévérence» — «L’irrévérence est aussi américaine que la tourte aux cerises», écrit le professeur.Non que les relations soient plus faillibles que jadis.Jalousie, vanité, trahison feraient-elles de l’ombre aux forces vives d’un esprit éveillé?Steiner y répond en six chapitres éclectiques: «Origines durables», «Pluie de feu», «Maîtres à penser», «En pays natal» et «Une intelligence qui ne vieillit pas».De Socrate à Wittgenstein en passant par saint Paul et saint Augustin, Steiner valide «l’effraction en l’autre», la part proprement érotique, obscure, qui entre dans la persuasion de l’auditeur.L’enseignement a besoin d’une mise en scène de l’oralité, dans laquelle exégèse et résurrection forment une dramaturgie, une opposition emblématique entre la lettre et l’esprit Qu’on l’appelle transmission ne change rien à l’affaire: c’est bien d’une transformation — d’une fidélité et d’une trahison — qu’il s’agit.«Prends garde au grand maître», disait Augustin.Shakespeare élit domicile dans la conscience des vérités et des mensonges, qui «éternisent» également les fantômes de Dante et Pessoa.Eurent-ils seulement des maîtres?La littérature, qui vante les mystères, ne semble pas le reconnaître, avant que Flaubert ne devienne le maître de Mau- passant Voyez aussi Ezra Pound et T.S.Eliot, et vous saurez pourquoi les «writing schools» prospèrent.Steiner n’a pas de mots assez crus pour fustiger ce parasitisme.Mais il ne nie pas le lien, meurtrier, qui anime la dynamique.Comme dans ses autres livres, l’essayiste se pique à l’aventure de son propre savoir.Voici Faust embrigadé et rebelle, né de l’antiaca-démisme de son auteur.De même, Steiner, avec ses quatre langues courantes d’enseignement, se gausse de l’ordre et de la théorie; il préfère les anecdotes, les raccourcis, les comparaisons surprenantes.Certains s’en lassent, essoufflés; d’autres y voient la maîtrise d’un corpus aux vertus plus séminales.Dans l’aura du maître A ces survols, Steiner demande des «éléments vitaux».C’est pourquoi il revient sur la célèbre et abyssale dissension entre Heidegger et Husserl.Le déséquilibre est si grand qu’il résonne, dans les mots que Steiner cite de Derrida, comme une obsession.La position de Steiner n’est pas si claire, dans le dilemme qui met en évidence les prosélytes mauvais lecteurs.Pourquoi le nom d’Alain, ce grand pédagogue, est-il presque oublié?Comment Lacan a-t-il pu être autant adulé?Et Althusser, quasiment relégué aux oubliettes?Par contre, sait-on assez que Nietzsche respirait Schopenhauer pour se refaire?Du côté de l’Amérique, Steiner s'amuse.Il a beau jeu de fùstiger la culture du coatch.Bien des écrivains actuels — Philip Roth, Saul Bellow — veillent à la décrire avec causticité.Là où Steiner marque, c’est dans un bref et vibrant hommage à la poétesse américaine Anne Carson — «qui vit au Canada» —, dissertant sur l’amour en possédée de la métrique grecque.On comprendra que ce Maîtres et disciples fait l’apologie d’un volumineux savoir.La manière juive, toute de mémoire, n’y façonne aucun chapitre mais enracine un geste virtuose de transmission.En s’écartant du côté de Confucius, la leçon n’en demeure pas moins éloquente: «Le but est de faire en soi et dans son esprit ce vide qui, seul, donne accès à la méditation et au coeur de l’être.» L’intelligible a besoin de discrétion.Un idéal de partage désintéressé caractérise l’enseignant Que la découverte de son disciple vienne à le dépasser.Le don décisif d’un maître à un disciple, quelle que soit sa discipline, l’osmose indispensable, dont Steiner cite tant de cas, rendent sensible aux obligations du savoir.Le maître, exempt d’autopromotion, est un esprit intègre qui vit dans l’esprit du transitoire.A cette condition, une découverte formidable peut naître dans ce bain: on la dira inspirée par la plus dilettante des intuitions.MAÎTRES ET DISCIPLES George Steiner NRF Gallimard Paris, 2003,205 pages ÉCHOS O °s 10 mars 2004 de 19 h à 21 h au STUDIO-THÉÂTRE ALFRED-LALIBERTÉ Local l-MTOO 405, rue Sainte-Catherine Est ^ ENTRÉE LIBRE oint de vue PARTICIPANTS DANIEL BRETON COALITION QUEBEC VERT / VERS KYOTO PIERRE-ALAIN COTNOIR TRANSPORT 2000 DIANE BOUDREAULT REGROUPEMENT POUR LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES INFORMATIONS NORMAND LEROUX 514-987*3000 POSTE 1776 vieil librainer-bistr COOP UQAM Les grands événements DEBAT à l’occasion de la parution du livre de Henry Milner La compétence civique : COMMENT LES CITOYENS INFORMES CONTRIBUENT AU BON FONCTIONNEMENT DE LA DEMOCRATIE Presses de l’Université Laval 5219, Côte des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service(P'librairieolivieri.rom L’engagement politique : le Québec est-il à la traîne?Henry Milner Politicologue, professeur, président de la Société québécoise de sciences politiques Céline Saint-Pierre Sociologue à la Chaire Fernand-Dumont et à l’INRS ANIMATEUR Michel Venne Chroniqueur au Devoir et directeur de l’Annuaire du Québec Mardi 9 mars 19 heures Réservation obligatoire : 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.arts, lettres & culture Christian mistral, karoline georges p.j.poirier.Suzanne myre.jade bérubé & nos découvertes www.revuezinc.com f 1 l 4 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI ti ET DIMANCHE M A R S 2 0 0 1 F 5 LlTTÉRATÜilE’ LIVRES de poche Personnages excentriques Fais-moi mal.M a u r Segura JOHANNE JARRY Qui n'aime pas les sagas pourrait se réconcilier avec le genre après avoir lu Mon péché n’appartient qu’à moi (10/18), le premier tome de L’Héritage de Kama (10/18), une trilogie finement concoctée par l’écrivaine norvégienne Herbjorg Wassmo.Les personnages que crée cette ancienne institutrice inspirée par la poésie sont fougueux, imprévisibles, contrastés.Dans ce premier tome, l’histoire tourne autour de Benjamin, le fils de Dina (personnage central de la trilogie précédente), qui vit retiré avec Kar-na, sa petite fille, dans un village côtier de la mer du Nord, en Norvège.Sentant qu’il lui faut sortir de son isolement.Benjamin doit choisir qui aimer entre deux femmes qui portent un prénom identique.Ça peut sembler simpliste, mais il faut lire Herbjorg Wassmo pour découvrir qu’il n’en est rien.Vivement la suite avec Le Pire des silences et Les Femmes si belles.Ces jeunes femmes savent d’instinct que le jeu qu’on leur propose n’est pas sérieux; elles s’y risquent quand même.Qu’ont-elles à perdre?Une vie passionnante et autres nouvelles (Folio) pourrait porter le sous-titre «Quel comportement adopter avec un homme d’expérience».Un homme qui, la plupart du temps, cherche à séduire pour séduire.Ces courtes nouvelles sont l’occasion de découvrir une veine plus ludique de l’œuvre de l’Américaine Susan Minot, à qui on doit, entre autres, le très dense Crépuscule (Folio), roman centré sur l’agonie d’une femme.Un écrivain cubain refuse d’être ce que l’on attend de lui.Seule issue possible pour lui: l’exil.Il débarque donc à Miami, où sa misérable allure lui vaut d’être rejeté par ceux qui sont venus l’accueillir.Jugé inadapté, il est casé dans un asile pour marginaux en tous genres, espace délabré dont il comprend vite la loi: pour durer, il faut voler et violer comme le font les responsables du lieu, devenir bourreau pour ne pas être victime.Cet enfer est toutefois bouleversé par l’arrivée de Francine, une femme qui s’abandonne volontiers à lui en murmurant chaque fois: «Oui, mon ange.» Pendant quelques jours, ils entrevoient une vie dans un petit appartement.Mais la trappe se referme rapidement sur eux.L’écriture sèche et implacable de Guillermo Rosales trace le portrait d’un homme piégé qui refuse toute forme d’apitoiement Cette sensation d’étouffement envahit autrement le roman Éclipse (10/18) de l’écrivain irlandais John Banville.A la suite d’un blanc de mémoire traumatisant un acteur réputé se sentant à l’étroit dans sa peau décide de quitter femme et foyer pour retourner vivre dans la maison délabrée de son enfance.D croit partager les lieux avec des fantômes jusqu’au jour où il comprend (trop tard) que ces silhouettes évanescentes sont le reflet d’un événement auquel il ne pourra échapper.Privilégiant le mode introspectif, le roman explore les méandres où errent les pensées d’un homme qui tente de savoir qui il est - L/J 1 C 1 O L’essentiel 11 y a des livres qui laissent à court de mots.Dormir accompagné (Points), d’Antonio Lobo Antunes, est de ceux-là Oh, il ne s’y raconte pas d’histoires grandioses, complexes ou terriblement savantes.On y trouve simplement l'essentiel (l'enfance, l’amour, les deuils, la solitude, les regrets) capté avec pudeur et justesse, et porté par un style inimitable qui ouvre souvent des parenthèses pour qu’on puisse y entendre les narrateurs parler à voix basse.Quarante petits textes si fluides qu’on les imagine écrits sur le bord d’une table, comme il arrive qu’on écrive d’un seul jet une lettre qu’on postera comme une bouteille à la mer.L’Américaine Helene Hanff passait pour une excentrique parce que les livres comptaient plus que tout dans sa vie.Elle en a acheté plusieurs par l’entremise de Frank Doel, libraire au 84, Charing Cross Road, à Londres.Ils ne se connaîtront jamais autrement que par les lettres qu’ils s’écrivent, les livres quelle lui commande et ceux qu’il lui expédie.Cette amitié livresque durera presque vingt ans et finira par devenir un livre, 84, Charing Cross Road (Le Livre de poche), qui connaîtra un tel succès qu’il permettra enfin à Helene Hanff de traverser l’océan.Mais quand elle entre dans cette ville si souvent rêvée, Frank Doel est mort depuis longtemps et la librairie, définitivement fermée.Côte-des-Nègres (Boréal compact), le premier roman de Mauri-cio Segura, trace un portrait réaliste de deux gangs de jeunes dans un quartier de Montréal.C’est d’ailleurs ce qu’on est tenté de reprocher au livre: reproduire un discours social où les enfants d’immigrés sont fatalement en mal d’identité, d’où la formation de gangs et l’engrenage de la violence.C’est une réalité, certes, n l’an 2000, un jeune homme du nom de Mark Z.Danielewski.fils d’un cinéaste d’avant-garde, faisait une entrée remarquée dans les lettres américaines.J'avais raté, à l’époque, ce livre-événement intitulé La Maison des feuilles, qui valut à son auteur d’être comparé à Joyce et Thomas Pynchon, rien de moins.Peut-être pour réparer semblable oubli, Danielewski a ensuite isolé, de cette énorme matrice, cinquante-trois lettres écrites par un des personnages à un autre (en l’occurrence, par une mère enfermée dans un asile d’aliénés à son fils à problèmes, qui porte le beau nom de Johnny Truant), en a ajouté onze autres présentées comme inédites, a fait précéder l’ensemble d’une préface fictive signée de la main des «éditeurs» et d’un avant-propos d’un certain monsieur Walden D.Wyrrha tout aussi fictif, et emballé le tout sous la forme d'un petit livre de 85 pages affublé de l’étiquette «roman».On n’est pas ici pour juger des intentions éditoriales de l’écrivain: ayant constaté que son gros ouvrage contenait, comme il arrive souvent, un roman dans le roman, il a cru utile de procéder à une opération de parthénogenèse pour nous offrir, formant une histoire en principe autonome, les états d’âme épistolaires de cette dame qui se nomme joliment Pelafina H.Lièvre.Pour finir de nous mettre à l’aise, l’éditeur (le vrai!) prend d’ailleurs soin d’insister sur le fait que ces lettres «se suffisent à elles-mêmes pour brosser l’étonnant portrait de Pelafina et Johnny».Par acquit de conscience, je jette tout de même un dernier coup d’œil au recto de la couverture de chez Denoël.Roman traduit de l’américain par Claro.O.K.Le critique, qui avait d’abord redouté de devoir lire une sorte de bande-annonce de La Maison des feuilles, est rassuré.Si roman il y a, il faut donc qu’il soit, ici, épistolaire.Assorti, comme il se trouve, d’une contrainte qui équivaut à proposer au lecteur un véritable défi: nous n’avons droit dans ces pages qu’aux lettres de Pelafina.Et, disons-le sans méchanceté: pour nous brosser l’étonnant portrait du dénommé Johnny, Danielewski va devoir, je crois bien, extraire un second opuscu- L o ii is Hanteiin ?le de sa maisonnée.L'amour, c’est bien connu, est aveugle.Celui de Pelafina est grand, et c’est éblouie par les projecteurs de son propre délire scripturaire qu’elle s’adresse page après page à ce turbulent fils révolté, adoré, errant de bagarre en foyer d’adoption, néanmoins fâcheusement désincarné, et destiné à le rester jusqu’au terme de l'exercice.D'accord, le fils n’est qu'un prétexte.Mais quel prétexte! Imaginez devoir vous enfiler à la suite durant deux heures (ou à petites doses, c’est selon.) soixante-quatre fois une variation sur le thème: mon cher, mon adoré Johnny: mon merveilleux enfant; mon doux, mon cher Johnny; mon bébé adoré; mon cher et merveilleux Johnny, entre autres très très cher Johnny et cher très cher Johnny.il y a là de quoi se mettre à bâiller, consulter l'horloge et se souvenir tout à coup qu’on s’est levé à six heures ce matin-là, cela dit en tout respect pour l'amour que nous portent nos mères et que j’essaie, pour ma part, de ne jamais décevoir exprès.C’est que dès l’incipit de chacune de ces épîtres, la possibilité de renouvellement d’un tel discours (passionnel), assujetti au sens de la trouvaille de l’auteur, se voit mise à rude épreuve.L’échec d’un livre Le défi était double pour Danielewski.D’abord (il semble y tenir.), arriver à nous faire croire à la folie de sa Pelofina.Rien de plus difficile à reproduire que le langage déraisonnant, de plus piégé que cette singularité inattaquable, l’écrivain étant forcé de se dédoubler là où la folie, toujours entière et unique, lui oppose son monde clos.L’écriture sert depuis toujours de soupape à la démence, mais la question ici est: peut-on mimer la folie?Sans doute, l’incarner à travers Liber f « de vive voix » Joseph J.Lévy Entretiens avec David Le Breton Déclinaisons du corps mais doit-on y assujettir la fiction?nttrtien DAVID LE BRETON SI LE LILü NI L'HEURE UJiipÿ STltltlIiiSSICflîtE Misn Sylvie Massicotte Le cri des coquillages 144 pages, 10,95 $ DECLINAISONS fit CORPS Gilles Pellerm Ni le lieu ni l'heure 168 pages, 14,95 $ 192 pages, 23 dollars Emstantmême CyBERMIG RANCES Ira versées fugitives UNE rOUTKJUE DE LA DOULEUR PiHir ré*i*wr » notre enc.inri*s«néné Régir* Rotor Paul ?Chamberland I Regine Robin En librairie le 17 mars Le lancement aura lieu le jeudi 11 mars à 17h30 à la Maison des écrivains située au 3492.avenue Laval, à Montréal.vlb éditeur edvib.cofT le langage, à moins de s’appeler Claude Gauvreau, ne semble pas si évident.Dans mon souvenir, il y a Gogol qui ne se débrouillé pas trop mal avec son Journal d’un fou.Danielewski, lui, a un peu trop souvent recours à des trucs purement cosmétiques, les manipulations typographiques, par exemple (texte qui se dédoublé, s'embrouille, se met à pencher; phrases qui flottent en l'air ou sur le dos, etc.).On se croirait parfois dans un recueil de poésie québécoise des années 60.La Maison des feuilles était rempli, dit-on, de ces innovations visuelles dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles peuvent amener le lecteur en quête de substance à tourner sans remords les pages un peu plus vite.Quant à la prose elle-même, obsessive, maladroitement érudite, elle arrive à nous entraîner dans plusieurs directions, voire à nous étourdir, mais elle se révèle ultimement incapable de générer le dérèglement de tous les sens attendu.Entre-temps, on aura eu droit à d’assez nombreuses platitudes.«Le cancer du temps.Les Plus de conflit.Plus d’histoire Rien.noeuds de pluie nient peu l'ennui.Et non.l'aspirine est inutile.Est inutile.Inutile.» «Qui trop étreint mal embrasse, et aussitôt boit la tasse.* Je veux bien croire que Claro fait son possible, mais.¦ L’autre défi consistait à faire de ce fatras, de sa double tendance à la momomanie (l'amour de la mère) et l'éparpillement stylistique, un roman.C'est ici que l'échec du livre est le plus patent.Avec son monstrueux amour qui tient le monde à distance, Pelafina m’a parfois fait penser à Moïse, quand celui-ci redescend de la montagne dans Iss Dix Commandements: en possession tranquille d’une vérité supérieure.Plus de conflit.Plus d’histoire.Rien.Chaque fois qu’il se pointe à l’écran, ensuite, l’intérêt dramatique descend sous zéro.Heureusement qu’il y a les effets spèciaux.LES LETTRES DE PELAFINA Mark Z.Danielewski traduit (ft' l'américain par Claro Editions Denoël Paris, 2003,85 pages Abonnez-vous à K La revu* d* k> nouveto Recevez en prime ! La manufacture de machines (nouvelles) de Louis-Philippe Hébert (valeur 15 $) avec un abonnement d’un an à XYZ.La revue de la nouvelle 1* iruimlutMWV de ttiRvhlm t Les prix sont toutes taxes comprises ian/4 numéros Individu Canada 20$ Étranger 25 $ Institution Canada 25$ Étranger 30$ 2 ans/8 numéros Individu Canada 35 $ Étranger 45 $ Institution Canada 45$ Étranger 55 $ 3 ans /12 numéros Individu Canada 50$ ; Élranger 70 $ Institution Canada 70$ Étranger 80$ Numéro T! NOM ADRESSE VILLE __ CODE POSTAL TÉL.CI-JOINT D CHÈQUE ?MASTERCARD Q VISA NO ________________________________ EXP__________L SIGNATURE DATE RETOURNER À : XYZ.La revue de la nouvelle 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : (514) 525.95.18 • Télécopieur : (514) 525.75.37 Courriel : info@xyiedit.qc.ea • www.xyzedit.qc.ca K La globalisation Un monde et le déclin du réiormisme social GARY TEEPLE 2-7637'787l*2 300 pages • 35 % LiUitoiii tlccrit h Lnwsformn tion qui sest opérée (tu cours tics années I9Z0 quand le mode de production assistée par ordinateur est apparu et que dans son sillage sest lait jour la nécessité de mettre en plate des relat ions de produt I ion véritablement planétaires lace aux revendications planétaires des limits de la propriété privée aux mains de la grande entreprise, il défend le point de vue selon lequel les classes subalternes comme les gens moins bien nantis naîtront daut re choix que de créer des moyens de résistant e qui soient planétaires.i SoOOIÏXill: COVUMPORAINl dir^vpar Daniel Mercure r/V) Pour de plus amples informât ions 1 t l es r.ilitions PUL-IORC / , R Toi (4IK) 6S 7IHI • T’oloi.(4IH) (>S6 UOS l)omiriufiic.Gitii>r à 1 LE DEV OIK.LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 MARS 2004 F 8 -«"BLOC-NOTES - Un mammouth sur Michael Moore A la soirée des Oscars, un des petits sketchs pastichant Le Seigneur des anneaux m’est resté sur le cœur.On y voyait un mammouth au combat en train d’écraser le trouble-fète Michael Moore.Et pan! dans les gencives de l’indésirable cinéaste de Bowling for Columbine'.L’animateur Billy Crystal semblait trouver ça drôle.Grand bien lui fasse! Pas moi.L’an dernier, le cri de Moore •Shame on you!* au président Bush va-t-en-guerre avait déplu aux bien-pensants.N’empéche qu’un vent de liberté avait soufflé à travers lui sur les Oscars.Il est bien retombé, ce vent-là, à propos.Allez vous étonner que les galas soient si soporifiques, quand les artistes eux-mêmes se permettent de museler leurs têtes fortes.Sans Moore, sans des comédiens pacifistes venus signifier leur opposition à la guerre comme l’an dernier, les paillettes et les statuettes brillaient moins fort dimanche soir qu’en 2003, pour tout dire.Devant notre télé, on était nombreux à s’ennuyer.D’autant plus, pensez donc! Pour une fois qu’on remportait l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, v’ià Arcand qui gela sur pied devant le Tout-Hollywood et un milliard d’yeux planétaires collés à leurs écrans.Fâcheux trou noir.Peut-être qu’on comptait trop sur lui pour dire au monde qu’on existait Déjà qu’un film à succès, ça pèse lourd sur des épaules.joutez-y le poids des attentes du Québec entier.Le cinéaste des Invasions a eu beau par la suite accuser le temps écoulé, sa blonde trop bavarde.Allons donc! Ce sont le stress et le trac qui l’ont fait flancher.Morale de l’histoire: les grands gagnants Odile Tremblay ?sont des êtres humains.Pas juste nos ambassadeurs, pas juste des piliers sur lesquels on s’appuie en groupe, mais aussi des artistes fragiles avec une sensibilité qui les fait créer et parfois trébucher au moment inopportun.Etranges Oscars, quand même.Malgré le prix national, c'est qu’il parut bien dra-be, ce gala sans Michael Moore.Oui, sans ce Moore-là à la grosse silhouette de bûcheron, qui tourne les coins carré, qui gueule sans toujours vérifier ses sources.Que l’Amérique semble mopochrome sans ses interventions intempestives! A défaut d’une gauche visible, le voici devenu presque à lui seul garant de la démocratie en, son pays, ultime champion de la liberté de parole.A preuve: le bonhomme est encore en vie, malgré Bush, le lobby des armes à feu, les grosses compagnies qui l’ont dans leur mire.Bien sûr, le pamphlétaire profère quelques conneries entre quatre vérités bien sonnantes.Dans son film Bowling for Columbine, lorsqu’il décrivait le Canada comme un pays de cocagne où personne ne fer- me sa porte à dé et où les crimes violents sont à peu près inexistants, on risquait un sourire.Bofi Ni un styliste de la plume ni une ballerine, ce Michael Moore.D’ailleurs, dans son réjouissant dernier essai satirique.Tous aux abris!, sur les dessous de la guerre en Irak, il accuse la famille Bush d’être de mèche et d’amitié avec le clan Ben Laden, voire de protéger la retraite des Saoudiens.Rien de moins.Et notre homme de tirer sur tout ce qui bouge: les médias, les républicains trop mollassons, Bush, bien sûr.Remarquez: ce président a tellement menti à propos des prétendues armes de destruction massive, de la prétendue collusion entre Ben Laden et Saddam Hussein, sans compter le reste, fl mérite mille fois d’avoir dans les pattes un trublion mal léché qui hurle à pleins poumons et à pleines pages de son livre: •Anybody but Bush!» Citoyen d’un autre pays, Moore serait considéré hors de ses frontières comme un bouffon amusant et brouillon.Aux Etats-Unis, il constitue un bien de nécessité, de salubrité publique.C’est dire à quel point on trouve plus bouffon que lui à la Maison-Blanche.?Je vous ai parlé la semaine dernière de l’animation Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet, en nomination aux Césars français comme aux Oscars américains, qui brillait par son absence aux Jutra québécois.Le film est pourtant coproduit chez nous, avec des animateurs, des techniciens d’ici.Sans parler de Benoît Charest, compositeur de sa merveilleuse musique, qui nous a fait honneur partout et vola le show aux Oscars.Le porte-parole des Jutra m’avait assurée que Les Triplettes était admissible à côté des courts métrages dans la catégorie du meilleur film d’animation mais qu’il n’avait pas été retenu.Or, c’était faux.Les gens répondent n’importe quoi aux questions des journalistes quand ils ignorent leur réponse ou les connaissent trop bien.La vérité est que Les Triplettes de Belleville ne pouvait pas concourir aux Jutra.Pas assez québécoise, cette œuvre-là, parait-iL C’est un jury nommé par les Rendez-vous du cinéma québécois qui choisit les films d’animation.Or, selon leurs critères, le réalisateur doit être québécois pour concourir, même dans le champ des coproductions.Tourné à 75 % dans un studio montréalais avec une équipe surtout d’ici, mais recalé parce que Chaumet était Français.Dire qu’Arcand a été reconnu et primé aux Césars, comme cinéaste national, juste parce que la France avait mis un peu d’argent dans Les Invasions barbares.Et nous, à l’inverse.On est plus chauvins chez nous qu’ailleurs.Aux Césars, avec Les Triplettes, Charest participait à la course pour la meilleure musique de film; à Hollywood, pour la meilleure chanson.Chez lui, au Québec, notre homme ne pouvait être en nomination nulle part, et le film non plus.Non seulement on est bornés, mais on tire dans les pieds de nos artistes et de l’industrie de l’animation à deux dimensions, quasi inexistante en dehors de l’ONF.Gérard Goulet, réalisateur adjoint sur Les Triplettes, me dit qu’il s’en va à Hollywood, que d’autres animateurs doivent s’exiler en Chine.Ici, on ne les appuie ni ne les célèbre.Shame on us! otrem blay@ledevoir.com Pierre Bourdieu JACK DABAGHIAN REUTERS ESSAI Pierre Bourdieu, et après ?MARCEL FOURNIER Pierre Bourdieu est décédé il y a un peu plus de deux ans, le 23 janvier 2002.Passé le choc et le deuil, les collègues, les collaborateurs et les amis ont cherché à lui rendre hommage et ils ont multiplié les colloques consaçrés à son œuvre en France, aux Etats-Unis ou ailleurs.Ce sont les signes de la puissance et du rayonnement d’un travail sans cesse remis sur le métier.•R faut se mettre au travail», tel était l’un des mots d’ordre de Bourdieu, qui avait réussi à s’entourer de nombreux collaborateurs pour constituer une équipe de recherche et fonder une école de pensée: certains lui sont demeurés proches, d’autres se sont éloignés.Travailler avec Bourdieu: le titre est bien choisi pour le colloque qui s’est tenu à l’École des hautes études des sciences sociales (où Pierre Bourdieu a enseigné à partir de 1965) et qui réunissait des étudiants, des collègues et des antis.•Mort d’un ami, disparition d’un penseur*: ce titre du texte de Jean-Claude Passeron résume bien l'état d’esprit des participants.On ne veut pas résumer l’œuvre ou four-nir une synthèse de toutes les contributions de Bourdieu.Chacun essaie de dire quelle importance a eu pour lui la présence de l’œuvre et la fréquentation de l’homme: certes une force de la pensée (avec les concepts d'habitus, de capital culturel, de violence symbolique, de champ, etc.) mais aussi et surtout une manière de travailler.Travailler avec Bourdieu, c’est en fait apprendre le métier de sociologue*: c'est, pour ceux et celles qui ont été ses étudiants et ses assistants de recherche, effectuer les diverses opérations de la recherche, y compris les plus pratiques, de la préparation d’un guide d’entretien ou d’un questionnaire à la lecture et à l’analyse de tableaux statistiques et de graphiques en passant par l’élaboration d’un plan de codage.Les expressions qui reviennent le plus souvent pour décrire le «travail» de Bourdieu sont celles-ci: qualité d’écoute, esprit critique, ouverture (aux diverses disciplines), (auto-) réflexivité, proximité au terrain, prudence (c’est-àdire l’abstention par crainte d'être dupe).On découvre un Pierre Bourdieu qui se montre tantôt autoritaire, tantôt copain, et qui maintient, souvent par de longues conversa- tions téléphoniques, des relations complexes, tantôt proches, tantôt éloignées, avec ses collaborateurs.L’homme est impatient et souvent tendu, vivant mal la contradiction et encore moins la •trahison».Il se sent souvent mal à l’aise, coincé qu’il est entre le volontarisme et le fatalisme.Une insatisfaction personnelle le ronge.Au comble de la gloire, professeur au Collège de France, il demeure en révolte, ne supportant aucune forme d’injustice ou de domination (coloniale, scolaire, masculine).On dirait qu’il porte sur ses épaules le poids du monde, la «misère du monde», pour reprendre le titre de l’ouvrage collectif qu’il a dirigé et qui fut un best-seller.C’est, dira Robert Castel, «quelqu’un qui a compris la dureté du monde social et qui a essayé de la penser sans concession».L’émotion du souvenir est forte, même si souvent on apprend plus sur celui qui parle que sur celui dont on parle.Les textes les plus intéressants viennent paradoxalement de ceux ou celles qui ont rompu avec Bourdieu (Passeron, Boltanski) ou qui ont gardé leurs distances (Castel).Le long texte de Jean-Claude Passeron, qui sert d’ouverture au recueil, est le plus émouvant et le plus profond.Il exprime les deux sentiments contraires qui l'animent: l’admiration et la critique.«Avec Bourdieu, contre Pierre Bourdieu», résume-t-il.Douze ans de collaboration quotidienne (pensons aux Héritiers, à la Reproduction) et à la suite de désaccords scientifiques, épistémologiques et politiques, plus de trente ans de séparation.Un peu gêné de survivre à son ami, Passeron ne cherche pas à avoir raison contre lui: «Comme toute œuvre scientifique, celle de Bourdieu reste à l’épreuve de l’avenir.» Et à la question «De quel bon usage peut-on faire des grands hommes?», il faut, à la suite de Robert Castel, répondre: la bonne distance.D’où la conclusion de l'ouvrage: «Travailler avec Bourdieu, c’est aussi travailler à distance avec son héritage.» TRAVAILLER AVEC BOURDIEU Pierre Encrevé et Rose-Marie La-grave (sous la dir.) Flammarion Paris, 2003,364 pages BEETHOVEN-NAGANO Le Christ au Mont des Oliviers.Luba Orgonasova (soprano), Placido Domingo (ténor), Andreas Schmidt (baryton), Chœur de la Radio de Berlin, DSO-Berlin, direction: Kent Nagano.Harmonia Mundi HMC 801 802 (distribution: SRI).Beethoven n’a écrit qu'un seul oratorio, assez mal-aimé face d’autres compositions chorales que sont la Messe en ut, la Missa solemnis et, bien sûr la Neuvième.Curieusement, ce qui manque à cette œuvre c’est le sens de la dimension, de la grandeur qu’impliquerait pourtant le sujet Parmi les protagonistes, le ténor, incarnation de Jésus, attire tout l’intérêt, ne laissant qu’un air au Séraphin (soprano) .Le principal intérêt du Christ au Mont des Oliviers est d’être (écoutez le premier air du Christ en parallèle avec les affres de Florestan dans sa prison) un terrain d’expérimentation du Fidelia à venir, comme la Fantaisie chorale l’est pour la Neuvième.Le Christ au Mont des Oliviers souffre d’une discographie faible, «dominée», si l’on peut dire, par la version Klee (DG, 1970) non accessible hors de la monumentale intégrale Beethoven.Kent Nagano arrive sur ce terrain avec un disque orchestralement très bien conduit, dans une vision implacable, qui n’accorde guère de place à la commisération, avec des chœurs superbement travaillés dans l’éventail de leurs nuances et leur homogénéité.L’adhésion ou le rejet de cet enregistrement viendra de la perception qu’on peut avoir de la prestation très héroïque de Placido Domingo, dont les moyens surdimensionnés par rapport à ce u’on attend traditionnellement 'un ténor dans ce répertoire accentuent l’impression d’un «dra-matisme immédiat» dont la mise en scène vocale peut apparaître un peu outrée, même si elle clarifie la filiation avec l’opéra Fidelio à venir.Nul doute cependant que cet astucieux apport au catalogue puisse s’imposer désormais comme choix naturel dans ce répertoire beethovénien marginal.Christophe Huss TELEMANN Œuvres pour flûte et violes.Barthold Kuijken (flûte traversiè-re baroque).Les Vba Humaines.ATMA ACD2 2245 Cherchez-vous un disque permettant de créer chez vous une ambiance sonore agréable pour vous accompagner dans la lecture d’un livre, la dégustation d’un petit whisky (à consommer avec modération) ou d'un chocolat raffiné en face d’un feu crépitant5 Un disque aussi pour vous accompagner dans vos pensées, bref un disque pour faire tout autre chose que de vous prendre la tête à deux mains en vous concentrant sur la matière?Voilà ce programme Telemann, dans lequel on aurait tort de vouloir chercher quelque profondeur insondable ou jalon majeur de l’histoire de la musique.11 est pourtant splendide pour plusieurs raisons.D’abord, par la stature des interprètes: Barthold Kuijken et les Voix Humaines, c’est l’appariement raffiné de musiciens subtils qui ne se servent pas des œuvres pour «faire un show».Ensuite, par la combinaison des œuvres, suffisamment variée pour ne pas engendrer l’ennui.Enfin, par l’intelligence de la prise de son, qui se tient à distance de la flûte et a trouvé le discret VITRINE DU DISQUE Un Beethoven marginal et idéal dosage du clavecin dans les pièces qui l’impliquent Ne demandez pas à Telemann d'avoir composé ici l’équivalent de l’Offrande musicale de Bach, mais si un disque de musique baroque peut à vos yeux avoir les divers usages sus-mentionnés (et en rien dévalorisants), ce CD arrivé dans les rayons de votre disquaire cette semaine est une bonne pioche.C.H.A I.T E K N A T I I GWENWED Le retour du bleu métallique (Local Distribution) Difficile de classer la musique de Gwenwed, groupe originaire de Rouyn-Noranda formé en 1991 mais dont la composition actuelle remonte à 1997.Sa pop-rock alternative aux arrangements surprenants d’originalité en fait certainement l’un des groupes québécois les plus accomplis.Avec ce quatrième album, Gwenwed accentue ses sonorités rock avec une guitare et un clavier plus présents.Les voix de Phil B.Sympatico et de Cacha s’harmonisent ici particulièrement bien.Les textes et le ton souvent délirants rappellent l’impertinence d’un Jean Leloup, en moins trash.Bref, on se laisse volontiers emporté par ces airs farfelus et joyeux, ses instrumentations audacieuses et ses paroles qui nous emmènent ailleurs.Frédérique Doyon E C T K O KATAPULT Artistes variés (Karat-Statik) Alors que Air fait les manchettes depuis quelques semaines avec son tout dernier album produit par Nigel Godrich, il ne faudrait surtout pas croire que la scène électronique française se résume à une pop aérienne et vaporeuse.Dans la mouvance d’un label aussi fiable que Logistic, Karat présente sur sa compilation Katapult de jeunes créateurs parisiens qui cherchent à explorer les limites d’une micro-house aussi minimale qu’inventive.De Chloé à Black Strobe, on retrouve chez ces nouveaux venus un besoin d’innover sans toutefois perdre de vue certaines Jignes rythmiques accrocheuses.A l’image d'un manifeste pour les mois à venir, ce Katapult explore avec beaucoup de subtilités les liens qui unissent la techno, le funk, de même qu'une électro des plus nerveuses.On retiendra du coup les prouesses, sans fioritures, de Aric, de Krikor ou encore d’un certain Feadz.Pour les amateurs d’un groove sans la moindre concession.Karat s’impose déjà comme le prochain Perlon ou Kompakt David Cantin R () E K SECRET WARS Oneida 0 agjaguwar-Outside) Bien qu'extrêmement productif et ambitieux, Oneida s’est trop souvent perdu au fil d’un rock aussi cérébral que baroque.Toutefois, on découvre sur Secret Wars une formation qui se débrouille mieux que jamais.Le groupe de Brooklyn tente id l’impossible en jumelant la pop, l’expérimentation, le psychédélisme et le noise-rock Le résultat final impressionne avec des chansons qui arrivent à saisir, avec une grande justesse, une spontanéité des plus grisantes.Sans faire dans l’éclectisme douteux, ces musiciens cherchent une façon de remettre à jour les meilleures idées du krau-trock allemand.On jugera d’ailleurs Secret Wars pour ce qu’il est une excellente façon (parmi tant d’autres) de se rapprocher d’un rock fertile.De plus, Oneida termine par une longue pièce instrumentale qui semble vouloir faire le pont entre les trouvailles récentes des Liars et de Black Dice.Un nouveau départ D.C.CHANSON J’AI PAS DIT MON PREMIER MOT Mario Chenart Tout crin (Fusion lü) À la première chanson, celle qui donne à l’album son titre, c’est frappant.Pas frappant massue.Frappant p’tite gifle.Y cohabite en effet tout ce qufl y a de bon chez Mario Chenart et crotte de crotte, ça me désole tant de l’écrire, tout ce qui l’empêche encore et toujours de sortir de l’ombre après quelque quinze ans d’albums honnêtes, de spectacles appréciés dans toute la francophonie et le Félix de l’auteur-compositeur de l’année 1998.Peut-être qu’après?Hélas non, cela se confirme à Mes années quarante, le deuxième titre écrit en collaboration avec Robert Léger.Et le constat est pareil au troisième, au quatrième.Toujours les mêmes irréfutables qualités.Toujours le même problème de base.Les qualités?La facture extrêmement soignée, la belle dextérité du guitariste, l’approche sans prétention, la voix agréable, les airs habilement ficelés, l’instrumentation du meilleur goût (la crème de nos musiciens entoure Chenart Jean-Sébastien Fournier à la réalisation, les as guitaristes Rick Haworth, Réjean Bouchard, Christian Turcotte, la violoncelliste Caria Antoun, etc.), bref, le caractère éminemment sympathique de l’ensemble.Le problème?Ce n’est jamais passionnant Valable, mais pas prenant Ça glisse sur le corps sans adhérer.Ça ne rentre pas dedans.Problème qui tient beaucoup, je crois, au style du guitariste, très porté sur les strummings un brin funky, sur les accords un chouïa jazzy ça fait mille millions de fois moins d’effet que les deux-trois accords majeurs-mineurs à la bonne place d’un Zachary Richard, par exemple.Chenart, c’est le contraire du Zachary de Cap enragé.Le contraire du Paglia-ro de Rainshowers.Le contraire des Cowboys Fringants de Mon chum Rémi.Voyez?Chenart fait de la musique de musicien, assurément bonne à jouer, bien intentionnée, mais qui n’empoigne ni le cœur ni le cul Ça n’empoigne que la guitare.Expertement, mais qui a besoin d’experts en chanson?Ça ne ment pas: les deux seules chansons émotionnellement porteuses de l’album ne sont pas de Chenart, relectures fines de titres signés Pierre Flynn (Le Retour) et Bernard Lavilliers (à partir du poème If de Kipling).C’est à se demander si Mario Chenart, à vouloir mordicus faire Fauteur-compositeur, n’est pas passé à côté de la carrière qui aurait au mieux servi son grand talent C’est frappant comme une p’tite gifle.Interprète.Sylvain Cormier Alain Brunet LE DISQUE h NE TOURNE PAS ROND Croissance exponentielle du téléchargement gratuit, convergences ratées des plus puissantes entreprises culturelles, incapacité de créer un modèle payant de consommation sur Internet, uniformisation de la production de masse, déclin de la diversité dans la diffusion et la vente des productions musicales, fragilisation des créateurs et leurs équipes, voilà autant de facteurs qui Vnènent à croire que le disque ne tourne pas rond.L’industrie de la musique traverse une crise sans précédent, cette crise annonce ce qui se produira bientôt dans le cinéma, la télévision, les jeux vidéo.ie livre et tes rrHÿtftes écrits.En librairie maintenant COtOtlCt liv » r.V \ %
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