Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 2008-04-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
.' -.¦ ¦- — ¦¦ LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 1) I M A N s A 'wwm \ # L’art poétique de Dany Laferrière Hauteur publie Je suis un écrivain japonais, Eocplications.CHRISTIAN DESMEULES hose certaine, son sens de la provQcation ne s’émousse pas.A 55 ans, il se permet même d’en remettre.Son nouveau roman, dédié «à tous ceux qui voudraient être quelqu'un d’autre», est l’histoire d'un malentendu qui prend de l'ampleur jusqu’à échapper à son protagoniste.Ecrivain, Dany laferrière?Qui en douterait Japonais?Ça mérite réflexion.Mais si on le regarde bien, on s’apercevra vite qu’il a réellement les yeux un peu bridés.Par l'ironie.L’écrivain donne tous ses rendez-vous au café Les Gâteries, en face du carré Saint-Louis, rue Saint-Denis.Une sorte de «quartier général» où l’auteur de Pays sans chapeau et de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer a depuis longtemps ses habitudes.Ce jour-là, on pquvait y croiser aussi bien Rodney Saint-Eloi, éditeur chez Mémoire d’encrier, que Françoise Careil, de la Librairie du Square, située juste à côté, qui en profite pour faire dédicacer son exemplaire encore tout chaud de Je suis un écrivain japonais.Fier de son coup, l’écrivain raconte que son nouveau roman, paru en France le mois dernier chez Grasset, figure là-bas parmi les meilleures ventes de la rubrique «Auteurs japonais de A à Z» du site de la librairie Amazon.Entre Tanizaki et Haru-ki Murakami.Le plus magnifique jouet du monde Le sujet pourrait paraître simple: un écrivain noir vivant à Montréal, qui a un don certain pour trouver des titres accrocheurs à ses romans, en imagine un qui dépasse tous les autres (Je suis un écrivain japonais), le lance tout de suite à son éditeur parisien qui s’emballe et lui concède une petite avance.Le consulat du Japon a mystérieusement vent de l’affaire, on s’agite à Tokyo ou on s’indigne, on dépêche même une équipe de tournage pour le suivre à la trace.Mais l’écrivain, lui, reste immobile, le roman ne dépasse jamais l’étape cruciale du titre.Le roman ne s’écrit pas, mais il existe quand même, happé par les forces centripètes du grand cirque ordinaire.«J’avais en tête de faire un livre où la littérature serait totalement mise en abyme, confie Dany Laferrière.Il y a bel et bien deux couvertures, mais il n’y a pas de livre.» Un roman complet sur un roman qui n’existe pas, qui n’existera jamais, même dans la fiction, puisque le protagoniste rêvé par Laferrière ne l’écrira jamais après avoir pondu ce titre formidable.Et peut-être même a-t-il rêvé toute cette histoire.«C’est un peu mon Art poétique, poursuit l’écrivain.Voilà ce que j’entends par littérature, voilà ce que j’entends par écriture, comment je vois les choses.Et cela, c’est présent un peu partout dans mes livres, même si ça n’a jamais été dit aussi directement.Cette fois-ci je l’ai mis en fie- du de PEDRO RUIZ LE DEVOIR tion.» Sa foi dans la littérature ne laisse aucun doute: «C’est le plus magnifique jouet du monde.Avec un nom de lieu, on peut créer un univers.Et on peut le déconstruire quand on veut, et le refaire.» L’écrivain est souverain Il affirme plus que jamais, avec Je suis un écrivain japonais, son horreur des étiquettes.«Etre étiqueté sur quelque chose qui est le point focal de la liberté, être étiqueté à partir de la création est une chose absolument incroyable.Que je sois un écrivain migrant dans les anthologies me tue, tonne-t-il C’est absurde! Parce que ça ne veut rien dire.Cest un espace de liberté, qu’on se le dise! Tout le reste, ce sont des choses qui se mettent dessus.» Il ajoute: «Un écrivain écrit, un lecteur lit, et les deux se rencontrent.» Point à la ligne.Ça n'empêche pas tout le reste, ce n’est pas non plus vraiment grave, mais il faut prendre garde à ce que la «périphérie ne devienne pas le centre».Or il lui semble parfois que les comptables et les accessoiristes ont pris la place de l’acteur principal — comme c’est le cas dans un certain cinéma.Chercheurs, universitaires, agents d’immigration et autres réducteurs de têtes semblent s’être tous ligués au nom de la raison.«Ils vous mettent des étiquettes et croient qu’ils ne sont pas du tout dans la censure.R faut sans cesse rappeler aux gens que l’écrivain, tout comme le lecteur, est souverain quand il est dans l’espace imaginaire.VOIR PAGE F 2: LAFERRIÈRE Québec Aj ?ISABELLE PARE Côté bouquin, Québec est choyé.la Vieille Capitale est la Mecque québécoise des librairies indépendantes, le nid de trois des quatre revues littéraires du Québec et un terrain béni pour les jeunes maisons d’édition, qui y ont le veqt en poupe.Portrait d’une ville bibliomane.A quelques jours de l’ouverture du Salon international du livre de Québec, la Vieille Capitale s’apprête à déballer ses stands et à dérouler le tapis rouge aux éditeurs, lecteurs et amoureux de la chose littéraire.Et ils sont nombreux.Car Québec, faut-il le rappeler, est la ville qui compte le plus de librairies par habitant, devançant Montréal d’une bonne brasse.Une situation qui, à n’en pas douter, n’est pas sans lien avec l’effervescence dont jouit la scène littéraire à Québec.De son petit boudoir dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, Antoine Tanguay, éditeur chez Alto, une jeune maison d’édition née il y a trois ans, multiplie les succès et a déjà vendu les droits de son premier grand succès, Nikolski de Nicolas Dickner (25 000 exemplaires), à plus d’une demi-douzaine de pays.«Ce n’est pas parce qu’on est à Québec qu’on ne peut pas faire d’alliances avec l’Europe.Québec, c’est une petite place où on peut faire de grandes choses», lance l’éditeur, qui s'enthousiasme de la bonne santé du milieu de l’édition à Québec.Chaque automne, les éditeurs de la région marquent d’ailleurs la rentrée littéraire par une série d’événements destinés à susciter l’intérêt pour les livres et auteurs d’ici.«R n’y a pas la même compétition ici qu’à Montréal.Ry am côté tissé serré ou tout le monde se connaît», affirme-t-il.Gilles Pellerin, de la maison d’édition L'Instant même, abonde dans ce sens.«C’est vrai qu’on est choyés ici.Nous avons un ledorat très instruit, fervent de littérature, avec la présence du gouvernement et d’entreprises de haute technologie.En ce moment, on vit une période dorée pour la littérature et l’édition», croit-il.Ce doyen du milieu littéraire croit que la ville fondée par Champlain n'a jamais abrité autant d’écrivains ni compté autant de lectures publiques et de maisons d’édition qu’à lheure actuelle.Le milieu littéraire est en pleine ébullition avec la montée en flèche d’Alto, dit-fl, mais aussi de Nota Bene, une jeune maison d’édition dédiée aux essais en sciences humaines et sociales, qui vient s’ajouter à L’Instant même, qui occupe plutôt la sphère du roman, de la nouvelle et du livre d’art On vend d’ailleurs pour plus de 80 millions de bouquins chaque année dans la Vieille Capitale, devenue le porte-étendard des librairies indépendantes.L’icône de la vieille ville, l’incontournable Librairie Pantoute, trône en tête de liste, avec à ses côtés la Librairie Vaugeois de Sillery et celle du Nouveau-Monde, dans la Basse-Ville.Pour Denis Lebrun, vieux sage du milieu du livre, président de l’Association des librairies indépendantes et propriétaire de la Librairie Pantoute, s’il faut se VOIR PAGE F 2: BOUQUIN S 0 M M A I lî K ROMAN Amos Oz Page F 4 Rachel Laverdure Page F 5 Le Totem du loup Page F 7 L’histoire vue de Palestine et d’Israël Page F 10 Une grande méconnue Page F 10 PHILOSOPHIE Identité et violence Page F 11 B É D É ¦KX) de Québec Page F 3 P O É S I E Nicole Blouin Page F 6 PATRIMOINE Contes et légendes de Québec Page F 5 .,^rO la franc aplionlf lrt-»c • HjMU • »*"«>•»(,r MrUUKJt'» rMKCMVt i.e saum m reRiiüTionaL DU LIVRE DE QUEBEC imésenre QuéBec La muse 'speciacies urrêRaiRes Du 16 au 19 avril 20081 > F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 A V R IL 2 0 0 8 SALON DU LIVRE DE ~ Une enseignante dans le Grand Nord Diplômée en littérature, Nadia Plourde témoigne de ses efforts pour franciser des enfants inuits CAROLINE MONTPETIT Elle est partie sans trop savoir où elle allait.A été impressionnée par le choc culturel qu’elle a vécu.Diplômée en littérature, Nadia Plourde a répondu un jour à l’appel du Nord et s’est envolée pour le petit village de Kangiqsu-juaq, dans le Nunavik, où elle a enseigné en français à de jeunes Inuits durant deux périodes de six mois.Les impressions, commentaires, chroniques qu’elle envoyait à ses amis sur cet exil au loin ont fait l’objet d’un livre, La Gloire de mes élèves.Chroniques : du Nunavik, qui vient de paraître aux 400 Coups.On y découvre un univers nouveau, où les enfants inuits se dévoilent progressivement, deviennent attachants, vivants, et nous font réfléchir au-delà des clichés.La Gloire de mes élèves est donc en quelque sorte le journal d’un^ enseignante qui travaille dans un milieu qu’elle ne connaît pas, et qui tente d’inculquer une troisième langue à des élèves qui parlent inuktitut à la maison, et qui comprennent et parlent l’anglais parce que c’est la langue qu’ils entendent à la télévision.Au cours de son premier séjour, qui forme l’essentiel des chro-.niques du livre, elle enseigne principalement à des enfants de ¦douze ou treize ans.1 Les élèves de Nadia Plourde étudient en français parce que leurs parents l’ont choisi.L’enseignante constate cependant que leur intérêt pour le français ,est vacillant.En entrevue, elle trouve même paradoxal que des parents qui -ne valorisent pas tant les résultats à l’école que la présence en classe tiennent tant à ce que leurs enfants maîtrisent une troisième langue.Des quelque 600 personnes qui vivaient dans le village, environ 580 étaient inuites, une vingtaine étaient des Blancs.Il n’y .avait que cinq ou six Blancs dont le français était la langue première.Les Inuits appellent les Blancs WAtHA PtOOKpt LA GLOIRE Di MIS ÉLÈVES CKrpniqyes du NurKiyik 142 PV^ était une évidence: le vent de célébration qui souffle actuellement sur Québec ne pouvait certainement pas épargner l’univers du 9e art.Et la ville, qui célèbre cette année le 400 anniversaire de sa fondation, peut depuis cette semaine compter sur des bulles de circonstance.Des bulles qui éclatent dans un recueil de quatre histoires mis en case par des bédéistes d’ici et de France sur un seul thème: «Québec, un détroit dans le fleuve» (Casterman).Sous une couverture cartonnée portant le sceau du célèbre éditeur belge, la fondation de la ville — c’était le 3 juillet 1608 et Samuel de Champlain était présent — se fait donc lustrer par plusieurs duo d’artistes composés spécialement pour la création de cet album-événement.L’aventure a été orchestrée par Thomas-Louis Côté, directeur du Festival de la bande dessinée francophone de Québec.Résultat, les quatre siècles d’existence de ce coin du Québec où le fleuve se rétrécit sont ici résumés en quatre anecdotes à la trame de fond commune, malgré des époques changeantes, et à la qualité chancelante, comme c’est souvent le cas dans ce type de compilation de planches.Des faits?Sous la plume de Pascal Girard, un p’tit gaps de Jonquiè-re, au scénario et d’Etienne Davodeau, un gars de «l’ouest de la Fran- ce», à l’encre de Chine, la ville de Québec se révèle touchante avec cette histoire de «Boulon d’or» qui prend place au début du siècle dernier.Avec des idées de grandeur, la ville vit alors au temps d’une construction titanesque: celle d’un pont à l’été 2007, qui, pour une vulgaire erreur de calcul, va laisser des familles dans le deuil et des traces indélébiles dans les livres d’histoire.Autre lieu, autre facette: avec La porte Saint-Jean, Emmanuel Moy-not et Philippe Girard explorent plutôt la voie de la liberté, dans un Québec des années 50, en mettant dans une même casserole des concerts jazz nocturnes et., les pères du Séminaire de Québec.Le tout pour une finale bouillonnante et délicieusement subversive, on s’en doute., Ailleurs, Jimmy Beaulieu au dessin et Emile Bravo au texte ten tent une comédie, plus ou moins réussie, sur fond de colonisation, alors que Jean-Louis Tripp et Jean-Sébastien Duberger plongent la tête la première dans le temps des Fêtes pour surligner, avec un trait fin mais répétitif, la légendaire convivialité des Québécois.Une convivialité qui, selon eux, persiste depuis 400 ans et qui justifie du même coup cette déferlante de bulles financées par le gouvernement du Québec, le consulat général de France et la Ville de Québec, peut-on lire en introduction de cette aventure en quatre temps.Le Devoir ARCHAMBAULTSI Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 1*' au 7 avril 2008 ROMAN OUVRAGE GENERAL I GM TOHK ET CONCOMBRE Rafaële Germain (libre Expression) A L'OMBRE DU CLOCHER T.4 : AU.Michel David (Hurtubise HMH) NHUlMUMt1,i:2ETT.3 Sfieg Larsson (Actes Sud) VV LA VALSE LENTE DES TORTUES U Katherine Pancol (Albin Michel) DANS LES BOIS Harlan Cqben (Beifond) LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (Livre de Poche) H L'ENFANT DE NOt U| Eric-Emmanuel Schmitt (livre de Poche) B#1 BORDERUNE Marie-Sissi Labrèche (Boréal) ¦71 SOUTIEN-GORGE ROSE ET VESTON NOIR Rataële Germain (Libre Expression) LE VIDE T.1 Patrick Senécal (Alire) JEUNESSE LE TALISMAN DE NERGAL T.1 Hervé Gagnon (Hurtubise HMH) LES NOMBRILS T.3 : LES UENS DE.Maryse Dubuc/ Delaf (Dupuis) U FILLETTE DISPARUE Ootb Enderle (ADA) NE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) LES MONDES DE MAGE DU.11 John Peel (ADA) LES CHRONIQUES DE SPIOERWICK T.1 Tony DiTerlizzi (Héritage) ARIELLE QUEEN T.5 ; BUNKER 5S Michel J.Lévesque (Intouchables) LE JOURNAL D'AURÉUE LAFLAMME T.4 India Desjârdins (Intouchables) ü LESSCHTHOUMPfST, 26 : UVRE QUI.Collectif (Lombard) HARRY POTTER ET LES RELIQUES.J.K, Rowling (Gallimard) NOUVELLE TERRE Eckhart Toile (Ariane) LE SECRET Rhonda Byrne (Un Monde Différent) LA COMMISSION BOUCAR POUR UN.Boucar Diouf (Intouchables) !¦ JE SUIS COMME JE SUIS.Isabelle Nazare-AgafDe l’Homme) AVARD CHRONIQUE François Avard (Intouchables) L’INDÉPENDANCE FINANCIÈRE GRÂCE.Jacques Lépine (Un Monde Différent) MARILYN MONROE : U DERNIER.ff William Reymond (Flammarion) HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC T.5 Jacques Lacoursière (Septentrion) PSY-THUCS POUR LES ENFANTS 0-3.Suzanne Valllères (De l’Homme) 400 ANS DE GASTRONOMIE À QUÉBEC Jean Soulard (Communiplex) ANGLOPHONE ANEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) REMEMBER MET Sophie Kinsella (Bantam Dell) IV ATONEMENT lan McEwan (Seal) THE OVERLOOK Michael Connelly (Vision) SIMPLE GENIUS David Baldacci (Vision) ¦1 THE 9" NORSEMAN ff James Patterson (Warner Books) THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) B THE CHILDREN 0F HÙRIN J.R.R.Tolkien (Harper Collins) THE WOODS Harlan Coben (Signet Book) carte-cadeau Prix littéraire des collégiens séj*W.10UU * '*t> e» ’î JP La remise du Prix aura lieu à Québec au Salon du livre : le 18 avril à 13 heures sur la scène des Rendez-vous littéraires Titres des œuvres en lice pour le PRIX LITTÉRAIRE DES COLLÉGIENS 2008 : Catastrophes Pierre Samson - Les Herbes rouges Ce n’est pas une façon de dire adieu Stéfani Meunier - Boréal Espèces en voie de disparition Robert Lalonde - Boréal Pourquoi faire une maison avec ses morts Élise Turcotte - Leméac La sœur de Judith Lise Tremblay - Boréal www.prixlitterairedescollegiens.ca \ Du plaisir à la carte U y, mm r 0 N D A T I 0 N Marc Bourgle BANQUE f NATIONALE CFQi .œ HtRADIO Première Chaîne m ut '.tsmi iw ï>v«» Cullunt «?* Communication* Québec SS Éducation, Loisir at Sport Québec n“ SSSiâ ouebecob ARCHAMBAULT?» m 5252 86 LE 1) E V 0 I K .LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 8 F 4 SALON DU LIVRE DE r - - - K_______________ La déclaration de Pointe-Bleue LA PETITE CHRONIQUE La mort avec ou sans rimes Louis Hamelin Le printemps a beau être le printemps, il ne m’est pas arrivé souvent de tomber amoureux de trente personnes en même temps.Ça doit être un record.Oui, trente personnes, des deux sexes.De tous les âges de la vie.Et dont les occupations normales et paranormales vont de sculpteur forestier à professeure d’université, de philosophe-poète à pharmacienne, de baroudeur du Nord à chef de bande.C’était le rêve de Laure Morali, une femme de mer bretonne qui est allée à la rencontre des Innus, sans forfait d’une semaine tout compris, sans dépeçage de castor précongelé par un chasseur traditionnel recyclé en guide touristique, Laure, qui est tout simplement montée dans un autobus et s’est retrouvée un jour en train de poser des pièges à martres et de culbuter des porcs-épics à la .22, au cœur du pays de Ihiver, au nord de la terre de Gain, dans les territoires ancestraux.Et c’était en train d’arriver, ce rêve: une vaste table circulaire que n’auraient pas déparée quelques représentants du G8 accompagnés de leurs vizirs, mais nous n’étions que des citoyens de ce pays, appartenant à une nation ayant pignon sur rue à Ottawa et à d’autres nations dites Prermères et n’ayant en commun que le fait d’avoir écrit, de nous être écrits, et maintenant il allait falloir passer de la parole à la parole.Quand je me remémore cette scène, c’est le mot «palabre», de l’espagnol palabra, qui me vient à la plume (métaphore archi-usée, j’en conviens, à lheure où les gamins de Kangiqsualujjuaq peuvent suivre les séances de magasinage de Paris Hilton en temps réel sur leur PC).Ce mot, nous l’avons confiné au pluriel et l’avons investi d’une connotation péjorative, peut-être pour mieux consacrer le fait que le temps de se parler, c’est du passé.Que le «On est six millions, faut se parler» des années 70 a désormais fait place à la course chronométrée du hamster dans sa roulette, le portable dans une main, le iPod dans l’autre.400 ans d’histoire commune et séparée Palabre.Le sens du mot est riche, son évolution pleine d’enseignements.A l’origine, il désigne un cadeau offert à un roi-nègre pour se concilier ses bonnes grâces, en attendant de le déposséder.Verroterie, tessons de miroir,- alouette! Le sens du tenue se transmet ensuite aux échanges verbaux, le plus souvent animés, entre conquérants en douce et future chair à colons, et il sert encore aujourd’hui à désigner, en Afrique, des échanges de propos.Mais aussi, d’après le Robert, une «assemblée coutumière où se discutent des sujets concernant la communauté».Quant au mot «parole», sa lointaine filiation gréco-latine le relie à la parabole, cette figure géométrique constituée d’une ligne courbe dont chacun des points est situé à égale distance d’un point fixe et d’une droite, elle aussi fixe, appelée directrice.Notre point fixe, nous l’avions déjà: la Rencontre, et en par-ticulier celle, en face de Tadoussac, du sieur Samuel de Champlain et du grand-chef innu Anadabijou, malin comme tout, car détournant Champlain du Saguenay pour l’envoyer s’établir dans le passage étroit de Stadaconé (Kebec).En échange de certaines facilités commerciales, c’est ainsi que nous avons d’abord servi aux Innus de verrou fluvial contre les Iroquois.Quant à notre ligne directrice, nous ne la perdions pas non plus de vue.Elle était là, courant jusqu’à nous, à travers 400 ans d’histoire commune et séparée, d’histoire de traités, d'amitiés, de trahisons, de traditions et de mépris des traités et des traditions, d’histoire d’histoires, de lois et de développement parallèle, et c’est à cette intersection-là que nous nous trouvions, à essayer d’inventer une courbe qui passerait quelque part entre cette Rencontre et cette Histoire et qui infléchirait nos trajectoires.Nous formions plus qu’une table ronde: une parabole.C’est un livre qui, d’abord, nous avait réunis.Aimititau! Parlons-nous!, dont, participant à cet ouvra- "SRSSSK \m% \T\ PICARD i Ci ou iTOUCHSluES ge, je n’ai pas l’intention de parler ici, car si je possédais la moindre propension au tripotage d’encensoir et au copinage critique à tour de table, je serais chroniqueur à Je l’ai vu à la radio et non soumis aux austères et exigeantes conceptions éthiques du Devoir, Un livre, donc, nous avait réunis.A Mashteuiatsh, autrefois Pointe-Bleue, cet endroit, bref, qu’une chroniqueuse radio-canadienne au demeurant débordante de bonne volonté, lundi à Desautels, a rebaptisé «réserve de Pointe-au-Loup-Bleu à Chicoutimi».La méconnaissance produit parfois de la bonne poésie.Entendre un petit bout de femme comme Anne-Marie Saint Onge André, de Uashat, inaugurer son allocution par ces mots tout naturels: «Je viens d’un temps où la terre était couverte de glace, où les hommes parlaient aux animaux.», voilà qui repose, je trouve, de n’importe quel discours rédigé par les publicistes à gages des politiciens.D’ailleurs, nous n’étions pas là pour faire de la politique.Pendant trois jours, pourtant nous n’avons pas posé un seul geste qui ne fut pas politique, et j’inclus lariedans manger de l’oie sauvage et refaire le monde jusqu’à quatre heures du matin.Parce que c’est notre présence qui l’était Ne parlons pas ici de la Crise d’Oka, qui fut une sorte de miracle fédéraliste doublé d’une entreprise de relations publiques de l’armée canadienne.Une génération plus tard, il est temps de commencer à rebâtir les ponts qui se sont écroulés pen- dant l’été où le caporal Lemay est tombé dans la pinède.Je crois même que cette idée, elle flotte dans l’air en ce moment mêlée au baume printanier et au chant des bruants, à cette lumière neuve capable de faire fondre la banquise de préjugés qui nous divise, de la liquéfier en trois secondes, pareille au feu qu’il y a 4ans les yeux de Rita Mestokosho.A preuve, aux Intouchables vient de paraître De Kebec à Québec, cinq siècles d’échanges,., cosigné par Denis Bouchard, Eric Cardinal et le chef Ghislain Picard.Une autre rencontre.C’est de là que j’ai tiré l’anecdote sur le grand-chef Anadabijou.En français comme en espagnol, le mot «parole», palabra, veut aussi dire promesse.Samedi, en fin de journée, je me suis retrouvé avec tous les autres sous le skaputuan, ce lieu de réunion tissé de branches souples.La douce chaleur d’un bon feu irradiait des poêles installés à chaque extrémité.Petit verre de vin, tourtière du Lac, et plus tellement envie de parler, en ce qui me concerne.Juste d’observer les échanges autour de moi.Je ne me souviens pas de m’être senti aussi heureux depuis longtemps.Un peu plus tôt, nous étions convenus de nous constituer en groupe de réflexion et de nous revoir tous les ans, à commencer avec ce cri de ralliement à Mingan l’année prochaine.AnnœMarie est venue m’expliquer comment le cochon, en des temps reculés, s’est retrouvé avec le nez aplati.Elle me traduisait le texte de l’innu au fiançais.Tout le monde devrait connaître cette femme.Elle peut vous sortir l’été comme un chat du sac, et l’esprit de Pointe-Bleue, c’est elle, l’amour déclaré.Collaborateur du Devoir AIMITITAU! PARLONS-NOUS! Textes rassemblés et présentés par Laure Morali Mémoire d’encrier Montréal, 2008,324 pages DE KEBEC À QUÉBEC Denis Bouchard, Eric Cardinal et Ghislain Picard Les Intouchables Montréal, 2008,206 pages Gilles Archambault La mort, il en est question dans les deux romans dont je rends compte cette semaine.De façon complètement différente.Alors qu’Amos Oz, dans Vie et mort en quatre rimes, ne traite ce thème qu’à la façon experte d’un romancier aguerri, Henry Bauchau nous offre un livre complètement habité par l’irrémédiable.Le Boulevard périphérique est avant tout une lente méditation sur la mémoire et sur les derniers jours d’une femme.Paule est atteinte d’un cancer.Tous les jours, son beau-père, le narrateur, lui rend visite à l’hôpital.S’il y a un espoir de rémission, il est mince.Henry Bauchau a 95 ans, le regard qu’il porte sm la vie est forcément teinté d’un certain détachement, que n’atténuent certes pas la fascination qu’a sur lui le taoïsme et sa formation de psychanalyste.«Je suis dans un bureau où je reçois mes patients.J’écoute le mieux que je peux et comme il y a en moi une forte présence de la mort j’entends leur parole de mort, de condamnation d’eux-mêmes qui s’élève en majeur sur un fond d’amour et d’espoir en mineur.C’est bien d’être heureux, c’est bien de jouir.Mais il n’y a pas de devoir de jouir, pas de devoir d’être heureux.» Le vieil homme, qui ne peut manquer d’être l’auteur, assiste à la patiente descente vers la mort de sa belle-fille à la façon d’un observateur, sans doute ému mais plutôt stoïque.Ino-Tseu a inscrit en lui les traces d’une sagesse profonde.On retrouve la même attitude chez l’agonisante, qui a décidé «de ne plus vouloir».Elle se laisse glisser dans la mort En même temps que se déroulent les jours d’une agonie, le narrateur revoit la mort d’un ami de jeunesse.Cet ami, Stéphane, l’a initié jadis à ne pas craindre la peur.Impossible pour le narrateur de se débarrasser des images du meurtre de Stéphane aux mains d’un officier nazi.Cette partie du roman, 1’obsession du passé, semble moins réussie.Beaucoup phis convaincant est le ré cit d’une agonie.Sans quelque recours que ce soit à une recherche d’effets, au contraire toute en retenue, la manière de Bauchau est efficace au plus haut point L’angoisse de la mort est rendue avec une pudeur exemplaire.D s’agit à n’en pas douter d’un roman d’une très haute densité.L’amour de la rie, l’acceptation de la mort y sont évoqués dans des pages d’une étonnante lucidité.Vie et mort en quatre rimes dérange mais d’une façon fort différente.Un écrivain israélien a accepté de participer à une soirée au sujet de son œuvre organisée par un club littéraire.Il ne s’y rend qu’à contrecœur.Rien que de très normal.Les écrivains acceptent rarement d’avouer qu'ils aiment les marques d’adulatioa le romancier dont il est ici question n’est d’ailleurs pas plus fat qu’un autre.L’originalité est ailleurs.Amos Oz, dans ce court roman, s’amuse surtout à créer des pistes, qu’il abandonne, mêlant relation purement réaliste et imagination dé bridée.Le lecteur saura-t-il si Rocha-le Reznik, qui a lu en public des extraits du dernier roman de l’auteur, a vraiment cédé à ses avances?Et le petit étudiant si timide au fond de la salle, est-il dangereux?Et la serveuse si sensuelle au slip si visible, l’a-t-il vraiment abordée?En somme, un roman habile, finement ciselé, qui dans l’œuvre de l’auteur apparaît comme un amusement intelligent, amusant, une sorte de halte, une oasis.Sans plus.Collaborateur du Devoir LE BOULEVARD PÉRIPHÉRIQUE Henry Bauchau Actes Sud Paris, 2007,255 pages VIE ET MORT EN QUATRE RIMES Amos Oz Gallimard, «Du monde entier» Paris, 2007,132 pages LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL • LES ÉDITIONS DE L’IQRC Wn Salon international du livre de Québec Jg/ te?*'-*'* ï «MW® i «M08ASB : 'ù'GKiVNùriWfMVSi rm.Stands 264 • 295 MICHEL CABANAC MARIE-CLAUDE BONNIOT Le bonheur et les morales dans les grandes religions Jeudi le 17 avril à 13 h 00 Samedi le 19 avril à 11 h 00 SYLVIE TÉTREAULT JOHANNE MONTMINY Prêt ! Pas prêt! Je cuisine Jeudi le 17 avril à 18 h 30 Samedi le 19 avril à 15 h 00 J**#' % Gérard Dion, artiwn « “ î % jÉÉttül MATHIEU D’AVIGNON Champlain et les fondateurs oubliés.Lesfigures du père et le mythe de la fondation Samedi le 19 avril à 16 h 00 SUZANNE CLAVETTE Gérard Dion.Artisan de la Révolution tranquille Samedi le 19 avril à 13 h 00 «ist ALINE CHARLES Quand devient-on vieille ?Femmes, âge et travail au Québec, 1940-1980 Vendredi le 18 avril à 17 h 00 MICKAËL AUGERON DOMINIQUE GUILLEMET ALAIN ROY MARC ST-HILAIRE Les traces de la Nouvelle-France au Québec et en Poitou-Charentes U ou vk irt „ fl JEAN-DENIS GENDRON Doit vient Vaccent des Québécois ?Et celui des Parisiens ?Samedi le 19 avril à 14 h 00 'SMSÈK • T mg KH AD IYAT OU LAH FALL GEORGES VIGNAUX Images de Vautre et de soi.Les accommodements raisonnables entre préjugés et réalité '' « m.sx» MICHEL DE WAELE MARTIN PÂQUET Québec, Champlain, le monde Mario OUMONï ''O.'*'1’*'1 Ail • FRÉDÉRIC BOILY Mario Dumont et VAction démocratique du Québec ; entre populisme et démocratie f I 5232 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET D I M A N C II E I 3 A V R I L 2 O O S SALON DU LIVRE DE .5 PATRIMOINE Les 400 ans d’un Québec national MICHEL LAPIERRE Les organisateurs des fêtes du 400e anniversaire de Québec auraient pu ajouter les simples mots «et DU Québec».Ils ont préféré l’esprit municipal à l'esprit national.Pourtant 1608 marque non seulement la naissance d'une ville mais aussi l’origine d’un peuple.La lutte entre l’esprit de chapelle et la conscience historique reste passionnante.,En 1912, le Français Louis Hé-mon constatait le ton «un peu apitoyé» que prennent les Montréalais pour parler des habitants de Québec, ces «grands-parents restés au village».Aveuglé par son orgueil, Montréal oublie, même aujourd’hui, que c’est le Québec entier qui garde, hélas, des allures villageoises! Malgré les apparences, la Vieille Capitale et les alentours ont sur nos rêves les plus actuels et les plus fous, beaucoup à nous apprendre, arriérés que nous sommes tous.Le recueil Contes, légendes et récits de la région de Québec, fruit du labeur et de l’érudition d’Aurélien Boivin, historien de la littérature, en est la preuve convaincante.C’est dans cet ouvrage massif que nous retrouvons le texte d’Hémon sur les paradoxes d’une ville à la fois jeune et surannée.Selon l’écrivain, la Vieille Capitale représente, dans une touchante caricature, autant la vive opposition entre l’Europe et le Nouveau Monde que la fusion de leurs «deux arômes».Dans le village huron, situé près de Québec, le charme du premier matin de l’Amérique apparaît encore vers 1816.Philippe Aubert de Gaspé père l’associe à la légende du Grand Serpent qu’un AuréJien Boivin CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS DELA RÉGION DE QUÉBEC membre de la tribu lui raconte en échange de gorgées d’eau-de-vie.Gaspé la rapporte sous la forme d’un récit évocateur, publié cinquante ans plus tard dans la revue Le Foyer canadien.Selon la légende, le serpent géant de la rivière Saint-Charles, en réalité le petit manitou, a demandé à un Huron nuisible, le Carcajou, d’abjurer le christianisme pour qu’il le prie, comme le faisaient les anciens.«Si tu retournes à la religion chrétienne, je me vengerai sur toi et sur toute ta race», a prophétisé le Grand Serpent.Il a laissé planer sur la nation huronne la menace d’une agonie culturelle sans fin, pire que la mort.Le Carcajou a-t-il définitivement apostasié?Le Grand Serpent a-t-il châtié les Hurons?Même s’il boit de l’eau-de-vie, le conteur reste vague.La légende du Grand Serpent est la fable de l’incertitude, conte que les Amérindiens nous ont légué pour nourrir une angoisse collective, terrible mais féconde.À sa manière, Louis Fréchette, l’écrivain qui, dans Originaux et détraqués (1892), a le mieux dépeint, au XK*' siècle, l’âme populaire de la région de Québec, exprime avec humour et acuité cette inquiétude inéluctable.Il met en scène le célèbre Drapeau, vieillard farouche, connu de tous les enfants de la Basse-Ville et même de la Haute-Ville.Vers 1854, debout sur une falaise, brandissant «un gourdin énorme», les yeux tournés vers la citadelle, le campagnard hurle: «Damnés Anglais!.Nation d’assassins! Tirez, tirez vos canons!.Si le bon Dieu est juste, il finira bien par vous chasser d’ici.» Dans l’église de Saint-Michel-de-Bellechasse, en 1763, son grand-père, en écoutant le curé prêcher la soumission aux vainqueurs britanniques, s’était écrié: «Voilà assez longtemps que vous prêchez pour les Anglais, prêchez donc un peu pour le bon Dieu maintenant!» Il était devenu fou.Quant au père de Drapeau, dès qu’il franchissait les remparts de Québec vers 1805, il explosait de colère: «Maudits Anglais!.Il y en a plein les rues.Des guérites à toutes les portes!.Ah! si le Bonaparte pouvait donc venir!.» A la défaite de Napoléon à Waterloo, dix ans plus tard, il perdait la boule à son tour.En 1860, lors de la venue du prince de Galles à Québec, heureusement qu’il reste Grelot, lui aussi très connu des enfants.«Gre- lot! Grelot! Grelot!», crie la foule enthousiaste qui, tout en acclamant le prince, vient d’apercevoir un vieillard déguenillé, armé «d'un énorme gourdin».On ne sait plus qui elle applaudit l’héritier du trône d’Angleterre ou l’ineffable excentrique qui rage chaque fois qu’il entend son surnom.Après tout, les deux sont hors du commun.Même à Montréal, Grelot voyageur d’occasion, a été reconnu dix ans plus tôt «Grelot! Grelot! Grelot!», la clameur risquait de faire voler en éclats les fenêtres de la place JacquesGartier.Le pauvre murmurait un résumé larmoyant de notre histoire: «Ils sont encore pires qu’à Québec.» Beaucoup plus tard, dans la Vieille Capitale, près des remparts si chers aux Anglais, un son surgit: «Grelot!» C’en est trop! «Il y en a jusque dans les murs!», conclut le malheureux.Du fond de l’éternelle tragédie de Grelot, qui est aussi la nôtre, un Anglais sauve l’honneur national.Pour célébrer le quatrième centenaire, Québec voulait inviter la reine, mais Stephen Harper a dit non.Collaborateur du Devoir CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS DE LA RÉGION DE QUÉBEC Aurélien Boivin Editions Trois-Pistoles Notre-Dame-des-Neiges, 2008, 802 pages La Vieille Capitale et les alentours ont, sur nos rêves les plus actuels et les plus fous, beaucoup à nous apprendre EN BREF Une discussion sur VLB Une table ronde est organisée au sujet des dernières déclarations de Victor-Lévy Beaulieu sur la langue et l’avenir du Québec.Cette table ronde sera animée par Gordon Lefebvre, qui sera accompagné de Bruno Roy et de Louis Ha-ihelin.S’inquiétant du sort de la langue française au Québec, qifil dit menacée par le bilinguisme, Victor-Lévy Beaulieu annonçait, le 26 février, qu’il se donnait deux mois pour réfléchir à la question avant de décider Bruno Roy s’il devait brûler, de façon sym-bolique et en signe de désespoir, ses œuvres complètes dans son poêle à bois.La table ronde aura heu le jeudi 10 avril, à 19h, à la Maison Ludger-Duvernay, au 82 de la rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.- Le Devoir Guèvremont, Maillet et Hamelin à l’honneur Bibliothèque et Archives nationales du Québec propose une lecture-spectacle mettant en valeur les textes de Germaine Guèvremont et d’Antonine Maillet, et saluant l’écrivain Louis Hame-lin.Antonine Maillet lira elle-même certains textes, accompagnée des comédiens Sébastien Delorme et Julie McClemens.La mise en scène est signée Martin Faucher.Le spectacle aurait lieu jin®'!" Les livres qui ne :U v'c re c,o\ circulent pas a\evn° meurent L’ICHANGI 707 El 713 MONTRO/AL EU ©MONÏ-ROVAL, 514-523-6389 à la Grande Bibliothèque, à Montréal, le mardi 15 avril à 19h30.- Le Devoir Nouveau directeur de collection chez Hurtubise HMH Dominique Garand sera le nouveau directeur de la collection «Les cahiers du Québec» chez Hurtubise HMH.Dominique Garand enseigne au département d’études littéraires de l’UQAM depuis 1993.La collection «Les cahiers du Québec» a été fondée en 1971 par Robert Lahaise et s’est depuis consacrée aux essais dans les domaines de sciences humaines et sociales au Québec.On y trouve notamment la série des Mythes et réalités de l’histoire du Québec de Marcel Trudel et les Essais québécois 1837-1983 de Laurent MailhoL - Le Devoir !' .¦ Un chef-d’œuvre de la littérature canadienne enfin redécouvert ! Margaret Laurence L'ANGE DE PIERRE \ ' / ¦^ - G1 Le cycle de mm: i T—f ri L-'.-'l'* J-»».-, CI Préface Je Marié i ^ »?alt$ , * ¦ c ctipn CODA ils m iSMMFl ggp 1 ü J) f: ' 4 }.* .'j f, ¦ S * 1 ¦* cô * 5 • I Bibliothèque et Archives nationales du Québec en collaboration avec l’Académie des lettres du Québec vous invite à assister à la lecture-spectacle Lumière sur les romancières Germaine Guèvremont et Antonine Maillet et coup de chapeau à l’écrivain Louis Hamelin Textes lus par Antonine Maillet et par les comédiens Sébastien Delorme et Julie McClemens Mise en scène : Martin Faucher Choix des textes de Germaine Guèvremont : Yvan Lamonde Accompagnement musical : Jean-François Pednaud à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque le mardi 15 avril à 19 h 30 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal (ü© Métro Berri-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre www.banq.qc.ca A «L Academie de» lettres du Québec Bibliothèque et Archives nationales Québec «n ROMAN QUÉBÉCOIS Falsifier le soleil avec Rachel Laverdure MICHEL LAPIERRE En exergue de son premier roman, Rachel Laverdure met une pensée géniale de Walter Benjamin sur la création littéraire: «L’œuvre est le masque mortuaire de la conception.» Ces mots acquièrent un sens très concret Bastien, le narrateur, écoute son ami météorologue décrire la réfraction solaire et se verra lui-même comme un «jaux soleil».Pour se forger désespérément une identité, il a signé le roman inédit d’un mort son propre père.L’image d’un soleil paternel usurpé, la romancière québécoise, née en 1970, l’annonce dès le début du récit intitulé Gloriole à vendre, prix révisé, journal intime que tient le narrateur.La maison familiale, où Bastien, jeune agent immobiher, a grandi, est la proie des flammes.Le personnage ne réussit qu’à sauver le manuscrit de l’unique roman de son père, un texte dont personne, sauf lui, ne connaît l’existence.Il venait de le découvrir, quatorze ans après la mort de l’auteur.«Étais-je le seul à voir en ce manuscrit un chef-d’œuvre?», se demande Bastien qui, nul en composition française, payait jadis des copines à l’école pour écrire à sa place.Faire sien le roman inconnu de son père, quoi de plus naturel?D suffit d’enlever deux lettres au manuscrit pour que Bastien Comtois devienne l’auteur de l’œuvre de Sébastien Comtois.On croirait lire un récit de Borges, inais Rachel Laverdure ne va malheureusement pas aussi loin que le grand écrivain argentin, qui croyait qu'un texte n’appartient à personne, pas plus à l’auteur trahi qu’à l’usurpateur triomphant Publié, le roman connaît un vif succès.Bastien est désemparé.D se rend compte que la gloire, plus exactement la gloriole, le terrifie.À la différence de Borges, Rachel Laverdure ne conçoit pas la littérature comme une chose qui se crée d’elle-même, indépendamment des auteurs et des copistes.Elle n’a pas cette audace, bien que son récit effleure les arcanes de la création artistique avec intensité.Le poids très québécois de la culpabilité alourdit le journal intime de Bastien.On sent que le narrateur appartient à une société encore étouffée par la présence envahissante de la famille.En scrutant la datation des premières pages du manuscrit du père et en la comparant au jour de sa naissance, Bastien conclut: «La conception de son roman était concomitante à la venue au monde de son propre fils, de la chair de sa chair.» C’est donner à la réflexion de Walter Benjamin sur l’œuvre, «masque mortuaire de la conception», un sens étroit, nombriliste, morbide.Que Bastien, le faux écrivain rongé par le remords, se croie obligé de suivre un cours de création littéraire et qu’il ait une liaison avec l’enseignante, ces faits frisent le burlesque, d’autant plus que l’amoureuse déçue découvre le pot aux roses.Les journaux dévoileront l’imposture.Faute de devenir quelqu’un, Bastien, ce faux soleil si québécois, fera le tour du monde pour noyer la honte dans un exotisme dérisoire qui tiendra lieu de moi littéraire.Collaborateur du Devoir GLORIOLE À VENDRE, PRIX RÉVISÉ Rachel Laverdure Sémaphore Montréal, 2008,184 pages ivieri librairie «bistro Olivieri Au cœur des idées Mardi 15 avril à 18 h 00 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Causerie Avec Marc Angenot Dialogues de sourds Fayard/ Mille et une nuits Qui a jamais persuadé son prochain à force d'argument?Au cours d’une vie, rares sont les moments où l'on se laisse convaincre.Pourquoi, se persuadant rarement, les hommes persévèrent-ils à argumenter ?Marc Angenot nous propose d'explorer l'univers de la mécompréhension dans la volonté de persuader.Animatrice Régine Robin Sociologue, historienne et romancière M Grand Prix du LIVRE de Montréal 2 0 0 8 Règlements Nature du prix Le prix consiste en une bourse de 15 000 $ offerte par la Ville de Montréal à l'auteur ou aux coauteurs d'un ouvrage de langue française ou anglaise pour la facture exceptionnelle et l'apport original de cette publication.Critères d’admissibilité Tout ouvrage de langue française ou anglaise (de création, d'analyse, de compilation ou de référence littéraire, artistique ou sociohistorique), publié pour la première fois* entre le Ier octobre 2007 et le 30 septembre 2008 par un auteur ou par un éditeur domicilié sur le territoire de la Ville de Montréal, est admissible.Moi >ai.ités d’inscrrtion Les ouvrages admissibles doivent être inscrits en bonne et due forme sur le formulaire d’inscription, au nom des auteurs, par leur éditeur, ils devront être déposés en sept exemplaires, entre le l*r et le 12 mai 2008 pour les ouvrages publiés entre le l°r octobre 2007 et le 31 mars 2008.Quant aux ouvrages publiés entre le l*r avril et le 30 septembre 2008, Ils devront être reçus au plus tard le I ®r octobre 2008.Pour obtenir le formulaire d’inscription ou pour tout renseignement complémentaire, consultez le site Web : ville.montreal.qc.ca/culture/gplm ou encore adressez-vous à : Normand Biron.Commissaire Direction du développement culturel Grand Prix du livre de Montréal Ville de Montréal nbiron@ville.montreal.qc.ca 514 872-1160 "tes livres de poésie et les essais contenant des fragments déjà parus dans des revues sont admissibles.Montréal© » 5252 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2008 F 6 SALON DU LIVRE DE ______^_____ POESIE Couper court à la douleur HUGUES C O RK1V EAU Prendre avec Nicole Blouin «la route du sabre», c’est décider de suivre une voix discrète mais obstinée qui a le courage de la tranquillité.Une forme zen de se savoir au bord de l'abandon et, du même coup, chercher à résister: «Tu foules ma terre, je traverse ce qui me reste de vie avec une lucide innocence», nous dit l’auteure.Le corps en émoi Dans «Nous ne sommes pas du même monde», première partie du livre, la poète donne corps au désir de l’autre, érotisant sa passion pour la pêche (que nous soupçonnons intense): «Au-dessus des volcans, truite arc-en-ciel, tu fais mouche [Oh! Le vilain jeu de mots! — c’est moi qui souligne].Mon sexe saumoné séduit ta verge qui me ferre avec délices au fond des abysses.[.] Ne jette pas l’ancre ni ton filet.Réjouis-toi, la rivière offre son lit à notre amour moucheté d'étoiles.[Et vlan! Nous voilà avec une deuxième mouche!)» S’il y a du bon dans ce récit poétique, c’est sans doute la dérive à laquelle se livre l’auteure.On passe d’un lieu à l’autre, comme si la terre en- t Nicole Blouin tière se proposait démesurément en territoires propices.Souvent, le murmure Le laconisme parfois est garant d’une parole pleine.Ainsi ce texte de deux lignes: «Les oiseaux des glaces ont l’odeur des mélèzes après la pluie — c’est tout ce qui importe vraiment.» En effet, trouver la voie JAVIER VAI.DES de manière à ce que la poésie s’incarne comme essentielle, voilà ce qui mène Nicole Blouin dans le sens de la découverte du monde.Elle nous y entraîne, ma foi, souvent de belle façon: «Le chant du muezzin ne faisait qu’attiser ce manque de toi.Je suis Lazare.Je me suis crue morte tant de fois.L’extase des voisins devenait psaume.À petits coups d’intensité, Berbère d’un pays dévasté, je suis l’errance.» La perte aussi de l’être qui semble pour un temps irremplaçable garde ce recueil juste au bord de la confidence.Tristesse et délice s’accompagnent, unissant douleur et bonheur en un mélange pluvieux: «R est l’heure, il faut tuer le temps de l’absent.» La voix se fait violence et maintient le pari de la vie, coûte que coûte.Il est de ces livres qui, sans être parfaits, donnent une idée d'un avenir, et c’est le cas de cette Route du sabre.On y perçoit une écriture qui est en train d’advenir.Alors, retenons cette promesse de Nicole Blouin: «J’écris, je m’accroche.Vis.» C’est déjà beaucoup.Collaborateur du Devoir LA ROUTE DU SABRE Nicole Blouin L’Hexagone, coll.«Ecritures» MontréaL 2008,64 pages De feu et de glace Bobin et Melançon restituent la lumière d’Emily Dickinson DOCTEURE IRMA TOME 2 - L'INDOMPTABLE Pauline Gill Pauline Gill DocieUii % La suite tant attendue du best-seller Docteure Irma, la louve blanche racontant la vie d'irma LeVasseur, chef de file des femmes médecins et pédiatres canadiennes-françaises.Femme de vocation, femme d'audace et de passion, Irma LeVasseur poursuit son destin tumultueux de Québec à New York, en passant par la Serbie au temps de la Première Guerre mondiale.Venez rencontrer Pauline Cil! au stand Québec Amérique Salon international du livre de Québec Vendredi 18 avril : 19 h à 20 H 30 Samedi 19 avril : U h à IS h 30 et 19 h à 20 h 30 Dimanche 20 avril : 13 h à 13 h 20 Rencontre d'auteure animée par Renée Hudon: 14 h à 1S b 30 LA MACHINE A ORGUEIL Michel Vézina Michel V'éîiiu A Après Asphalte et vodka, Michel Vézina signe une œuvre musicale raclée dans le vif où il est question du rapport à l'amour, à l'identité, et à cette lutte perpétuelle que l'on doit mener pour avoir envie de demeurer du côté des vivants.Un roman trash à souhait.Venez rencontrer Michel Vézina au stand Québec Amérique Salon international du livre de Québec Vendredi 18avril: 16h30 i 17 h 30 Samedi 19 avril : 13 h 4 14 H et 18 h JO à 19 h 25 Table ronde animée par Stanley Péan GUY LAIN E MASSOUTRE Imaginez un instant de paix, une respiration parfaite.Par chance, vous rejoignez l’âme enfantine, affairée à l’invisible, à la tendresse, à l’attente.Vous connaissez ce manque.La grâce, où la pensée vient près de disparaître, fraterniserait avec la vie ascétique de moines qui se font oublier.Resterait la bonté.Christian Bobin s’y adonne, dans une quarantaine d’opus.Ciselée, sa prose naturelle trouve la lumière d’Emily Dickinson.Si évidente, cette rencontre interroge sa venue tardive.Mais La Dame blanche n’en éblouit que davantage.«C’est le propre des contemplatifs que de ne négliger personne.Lame qui se rapproche de son centre y redécouvre le petit peuple de ceux qui l’entourent: le royaume du saint est le royaume de l’ordinaire.» Avec constance, il dit la mélancolie et lîdéaL Embrasser la poétesse est audace d’amoureux aux mots des sentiments.Elle se voit revêtue de présence «gaie, enfantine, vive», à la respiration «besogneuse, entravée et vaillante».Si la fée est morte, la page conserve sa photographie: «la vive blancheur du visage d’Emily, semblable à la lumière qui sort à flots d’une fleur de lys».Une reine est consacrée.Avec romantisme, la langue de Bobin enveloppe la psyché sensible d’une écorce de tourments.D a souvent évoqué le noyau infrangible qu’est l’angoisse de durer, lorsque tout penche à renoncer.«Dieu est le lecteur absolu.» Bobin a ce recours à l’Éternel que Dickinson a formulé dans ses effondrements et sa réclusion choisie.Faute d’expliquer Bobin n’en sait pas plus que d’autres sur Dickinson.Sa silhouette, ses poèmes, son mythe, sa désolation et ses enchantements, est-il possible d’ajouter quelque chose à sa disparition?Par chance, l’œuvre, vierge de regards au moment du décès, n’a pas été balayée.Dans la prose poétique de La Dame blanche, mü- BERTRAND GUAV REUTERS Christian Bobin le découverte sur sa vie ne l’emporte sur celle de l’avoir lue, imaginée, sentie et relue, ad lib.Dickinson n’a pas cessé d’être là, pour Bobin, poésie en partie inaccessible à notre temps: «La poésie est la fille informe du ciel, la silencieuse défaite.du monde et de sa science.» Lecteurs pressés, passez.Bobin, quoi qu’on en dise, a des formulations étonnantes de simplicité, la beauté d’un éclairage aux bougies, la précaution naturelle dans l’expression.«L’âme d’Emily tient dans une goutte de rosée.L’infime est son royaume.Elle contemple le ciel à travers le vitrail des ailes d’une libellule, et s’aménage un béguinage à l’intérieur d’une clochette de muguet.Une cheminée dans l’âtre de laquelle tombent les étoiles du ciel, un lit couvert de neige et une table en bois de cerisier sa chambre a le dépouillement princier d’une cellule de moine, et elle est plus belle de ne pas l’afficher.» Humble mysticisme.La douleur de Dickinson glisse sous le ciseau qui creuse le bois de son cercueil.En artisan, Bobin joue d’un voyage immobile, au panthéon des écrivains, par-delà l'océan.Lectures ardentes Est-ce lire Bobin, est-ce aller à Dickinson?La réponse montre assez que la littérature est aujourd’hui une discipline constituée à même ses Journée mondiale du livre et du droit d auteur q f Le 23 avril mï La diffusion, es voies de iimfinure "TT T QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com Porte-parole Chrjsttne firouiliet t StepUne Dornptfrre Plus d’une centimes d'activités gratuites dont ur Passe-livre darui Lopi/âux du Qudec wwwjmUaL.ÿc.ca 18(>(> 300 2635 propres forces: «Un jour arrive où plus personne ne vous est étranger Ce jour-là, terrible, signe votre entrée dans la vie réelle.» Par son matériau, ce presque rien, l’empathie littéraire infuse la poésie qui agrandit une existence minimale.L’intensité de Dickinson continue de grandir.Ni son silence ni sa timidité n’ont vieilli.«Les poètes sont des enfants ininterrompus, des regardeurs de ciel, impossibles à élever» Lorsque l’orgueil lâche prise dans les mots, joie et désespoir brûlent ensemble: «Le néant et l’amour sont de la même race terrible.Notre âme est le lieu de leur empoignade indécise.» Avouez que c’est beau.Les quatre fenêtres de la recluse en comptent une cinquième, «une baie vitrée», la Bible.Sans insister sur ce qui lie chez elle passion et folie, l’essayiste oriente sa lecture vers la meilleure réputation de l’invisible.Dans sa prose, on entend l’écho des vanités auxqueDes une âme puritaine supplie de reculer.La tentation du monde est réprimée en une langue essentialiste, et preuve par l’acte, Bobin s’éloigne élégamment avec Dickinson, des reliefs inutiles.Solitudes cumulatives Une telle subtilité n’éteint pas le désir de lire.Dans un essai substantiel, La Prison magique, Charlotte Melançon fait partager sa connais-sanœ approfondie de Dickinson.Ardeur de lectrice aux prises avec la langue de l’autre — car traduire, c’est relier —, Melançon entend chez lune les mots his et effacés des autres, retombée des heures creuses à retraiter du monde, cet otium litteratum pratiqué par «la nonne 4’Amherst».A partir des mêmes données, la traductrice fait entendre un autre son, «la cloche de verre» qui étourdit on s’en souvient la sensibilité moins protégée de Sylvia Plath.Avec force, Melançon met en question ce qui résiste et nous «nargue»: le refus de la théâtralité et de l’agressivité que revêtait pour Dickinson, toute forme de pouvoir.Moins puritaine, plus réactive dans sa charge de solitaire, celle-ci n’a rien d’une image sage.Provinciale révoltée selon sa condition, «stoïcienne», la poétesse y dépense son énergie mentale, avec des extases intérieures qui colorent vivement par ricochet son savoir-vivre.L’intransigeance de l’artiste apparaît moins inspirée et narcissiquement victorienne que franche et féminine, dotée d’un indice d’«ironie délicieuse».Cet essai, viatique indispensable à l’œuvre foisonnante, s’avère exempt de complaisance envers les images pieuses et saintes.Comme Nerval et Rimbaud, le génie de la poétesse supporte des lectures distinctes, sans que sa nudité en soit souillée.Arachnéenne, l’essayiste habite le réseau complexe de la lecture contemporaine.L’affirmation poétique, impromptue et excentrique, ambiguë sur la vie et hermétique au commun, trouve dans la grande culture de Melançon une attention modulée, sensible aux sens.«On lit un livre comme on lit une lettre.» Un tel trésor d’attention littéraire gardera les vrais écrivains de l’oubli.Collaboratrice du Devoir LA DAME BLANCHE Christian Bobin Gallimard, «L’un et l’autre» Paris, 2007,120 pages LA PRISON MAGIQUE Charlotte Melançon Le Noroît «Chemins de traverse» Montréal, 2007,197 pages 1*1 Patrimoine Canadian canadien Heritage , I ta El ¦ pWTKir**» T* UlieDeC Cl Kl * 'WJW-M 'WI'WllM 0internet.uqam.ca Félicitations à Fernand Ouellette, LAURÉAT DU GRAND PRIX INTERNATIONAL DE POÉSIE DE LANGUE FRANÇAISE Léopold-Sédar-Senghor 2008 Pi Tsn • l’HEXJAGONE Une compagnie de Québécor Media > I 3930 I- K I* K V 0 I K .I, E S S A M E I) 1 12 K T I) I M ANCHE 13 AVRIL 2 0 0 8 SALON DU LIVRE DE .Sous le signe de la mémoire USE GAUVIN Depuis L’Amour, la fantasia, Assia Djebar, élue à l’Académie française en 2005, n’a cessé de créer des passerelles entre autobiographie et fiction, mémoire individuelle et héritage collectif.Son dernier ouvrage, intitulé Nulle part dans la maison de mon père, s’inscrit dans cette veine et retrace les épisodes marquants d’une enfance et d’une adolescence algériennes.Récit à la première personne, celui-ci ne se désigne pas pourtant sous le nom d'autobiographie, puisque la narratrice, sous les traits de laquelle on reconnaît la romancière — ou plutôt Fatma, son prénom à la naissance —, n’est jamais nommée directement.Au moment où le livre commence, cette narratrice se remémore la fillette de quelques années à peine guidant sa mère voilée dans les rues de Césarée.Elle inventorie les lieux réservés aux territoires dit féminin dans la maison du père.Mais elle sait aussi que ce père, seul instituteur arabe dans une école de Blancs, ne lui donne pas tout à fait la même éducation qu’aux autres «indigènes».Ne lui offre-t-il pas de vraies poupées «comme chez les Français»! Le même père lui interdit par contre de faire de la bicyclette, car elle ne doit pas montrer ses jambes en public.Ainsi l’enfant perçoit-elle dès le jeune âge la fracture entre les deux mondes, cette «société coloniale bifide» qui sera évoquée tout au Jong du parcours.A l’école secondaire, dans l’internat où elle est pensionnaire, la narratrice reconnaît d’emblée la présence du groupe des Européennes et le «petit clan des musulmanes» dont elle fait partie.Ce qui ne l’empêche pas d’entretenir des liens avec les unes et les autres et de faire l’apprentissage de la liberté.Une liberté conquise peu à peu grâce à la libération du corps que lui apporte la danse et le sport Grâce aussi à la découverte de la littérature et aux longues heures de lecture, la nuit sous les draps, à la lumière d’une simple lampe de poche.Son adolescence rêveuse se passe sous la tutelle de Baudelaire, mais aussi de Claudel, de Giraudoux et de plusieurs écrivains qui lui apprennent à imaginer la «vie des autres».Passez nous voir au stand 94 Nouveautés Présences d'auteurEs Alain Deneault Noir Canada Pillage, corruption et criminalité en Afrique Séances de dédicaces J : 16h30-18H30 ; V : 15h-17h ; 18h-20h S : 13h-15h ; 17h-19h Entrevue scène médias jeudi à 16h OLIVIER LABAN-MATTEI Assia Djebar Parmi les causes d’étonnement, les rituels qui entourent le mariage et le décalage entre le visage radieux de celle qui, du jour au lendemain, passe du statut d’idole à celui de victime, apparaissant alors aux yeux de tous telle une «Iphigénie en islam».Ou encore la transformation d’une condisciple externe qui, après avoir traversé la ville voilée, se dépouille de cet ornement chaque matin à l’entrée du collège pour se fondre dans l’anonymat des écolières.La lecture des premiers poèmes en arabe classique que lui transmet par correspondance celui qui deviendra son fiancé lui fait entrevoir une dimension jusque-là inconnue de sa langue maternelle.Pourtant, c’est en français que les rencontres ont lieu, car le français, «plus neutre», permet d’éviter la (familiarité hâtive».Une autre forme d’interdit l’empêche d’utiliser la langue arabe lorsque, plus tard, étudiante dans les rues d’Alger, elle sait qu’elle ne doit pas parler au dehors sa «langue maternelle», sa «langue de cœur», de crainte d’être reconnue par l’un des siens et accusée d’impudeur parce que vêtue à l’européenne.«Hostiles, ils l’auraient été, ceux de votre clan! Pas question de vous dévoiler de- vant eux, ni de révéler votre identité: alors que vous l’étiez de fait, dévoilée! Mais aussi “masquée", oui, masquée par la langue étrangère.» Dans cette société patriarcale, les femmes entre elles n’avaient pas que des liens d’amitié.Ainsi de cette camarade qui, de façon habile, tentera de subtiliser le fiancé.Ce qui amène la narratrice à se demander si «toute société de femmes vouées à l’enfermement ne se retrouve pas condamnée d’abord de l’intérieur des divisions inéluctablement aiguisées par une rivalité entre prisonnières semblables».Ce qui l’amènera, dans un geste insensé, à tenter de commettre l’irréparable, un matin d’octobre 1953, un an et quelques jours à peine avant l’in-surrection qui bouleversa le pays.A l’instar de la dernière fille du Prophète, la seule à lui survivre, la scriptrice se retrouve «dépossédée de l'héritage paternel» et avoue être «nulle part dans la maison de [son] père».«La colonie est un monde sans héritiers, sans héritage», lit-on dans un intermède intercalé entre les pages du récit D’où ce «nulle part» qui fait contrepoids aux souvenirs et à leur cortège apaisant D’où également la nécessité de dire cette douleur de la dépossession, ne serait-ce que pour «se dire à soi-même adieu».Ce que Dominique Fisher, dans un ouvrage récent, nomme «écrire l’urgence, retrouver les mémoires forcloses» en pratiquant une sorte de «métafiction historiographique» et en brouillant les frontières entre les genres, comme entre le factuel et le fictif.D’un livre à l’autre et par des moyens chaque fois renouvelés, Djebar reconstitue cette «pulsion mémorielle» qui lui sert de rempart contre le désenchantement du monde.Collaboratrice du Devoir NULLE PART DANS LA MAISON DE MON PÈRE Assia Djebar Fayard Paris, 2007,408 pages La vie dévorante de Simone de Beauvoir CHRISTIAN DESMEULES On ne naît pas Simone de Beauvoir, on le devient.S’il fallait ne retenir qu’une seule chose du passionnant essai biographique que Danièle Sallenave consacre à celle qui aurait eu cent ans cette année, c’est sûrement cette tranquille évidence.«Je construirai une force où je me réfugierai à jamais», écrit-elle à vingt ans, le 6 février 1928, dans des Cahiers de jeunesse encore inédits — que Gallimard devrait toutefois faire paraître au cours de l’armée.«Leur lecture est un choc», confie tout de suite la biographe de celle qu’on surnommait le Castor à propos de ces pages auxquelles elle a eu accès.Castor de guerre passe ainsi à la loupe, avec finesse et profondeur, le destin de cette femme d’exception qui a voué son existence à l’absolu.Sa relation singulière avec Jean-Paul Sartre — leur («radicale entente».Sa bisexualité.Ses romans et son autobiographie.Son combat d’écrivaine engagée pour la liberté individuelle des mœurs et des consciences, sa lutte contre toute forme d’oppression des femmes et des peuples.L’auteure du Deuxième Sexe rêvait «d’être sa propre, cause et sa propre fin».Ils se seront trompés, elle et Sartre, bien entendu, sur de nombreuses questions, «mais que serait un jeu qui ne brûle pas», plaide la biographe, qui revendique le droit aux contradictions, aux idéaux, à l’erreur politique et historique, aux certitudes tranchées.«Le malheur du XX' siècle, son drame, sa tragédie historique, écrit encore Sallenave, c'est que le triomphe final est allé à ceux qui sous prétexte de combattre l’autorité dans le socialisme ont détruit le socialisme lui-même, comme une chimiothérapie grossière ne fait pas la distinction entre des cellules saines et des cellules malignes.» La publication de ses lettres à Nelson Algren, l’écrivain améri- Jacques B.Gélinas S :10h-12h ; 14h-17h D:13h-15h cain dont elle a été l’amante pendant plusieurs années, et de celles à Jacques-Laurent Bost (Gallimard, 1997 et 2004) révélaient une femme amoureuse et sensuelle?Une photographie d’elle posant nue, de dos devant un miroir, paraissant en couverture du Nouvel Observateur, créait récemment une onde de choc?Où est la vraie Simone de Beauvoir?La philo-» sophe à turban aux lèvres pin-.' cées, intellectuelle en contrôle, l’amante de Claude Lanzmann (qui a vingt ans de moins) ou la romancière à succès?Une femme libre?Sallenave le souligne avec justesse sans s’étonner: «Mais on ne sait toujours pas ce que c’est qu’une femme libre.» Une femme qui a cherché à concilier, à sa manière, l’amour et l’indépendance.«Ce que les femmes lui doivent est incommensurable.» Et pas seulement les femmes, ajoute aussitôt la biographe, les hommes aussi.Et pour cause.11 reste que sa vie tout comme ses livres portent le sceau de ce terrible scandale qu’est la mort «Toute son œuvre résonne de vigilance ardente, d’inquiétude et de combativité.» Aujourd’hui encore, que l’on soit homme ou femme, Simone de Beauvoir demeure un modèle d’invention de soi, de liberté curieuse et de fidélité à ses idéaux.Qu’est-ce qu’une vie réussie?Elle l’écrivait dans son journal à dix-huit ans: «Moi, il me faut une vie dévorante.» Collaborateur du Devoir CASTOR DE GUERRE Danièle Sallenave Gallimard Paris, 2008,606 pages SIMONE DE BEAUVOIR Écrire la liberté Jacques Deguy et Sylvie Le Bon de Beauvoir Découvertes Gallimard Paris, 2008,128 pages EN BREF La philo sous le manteau Une toute nouvelle collection estampillée «Le Monde de la philosophie», fruit d’un partenaria] entre le quotidien Le Monde et les Editions Flammarion, rassemble les œuvres essentielles de certaines des plus grandes figures de la philosophie (occidentale, faudrait-il ajouter).De Platon à Nietzsche, de Sénèque à Montaigne et à Tocqueville, les œuvres sont chaque fois présentées par l’écrivain et philosophe Roger-Pol Droit La collection, qui s’enrichit d’un nouveau titre chaque semaine et comptera 20 volumes reliés et cartonnés de 600 à 1200 pages chacun, entend «fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans Ihistoire».- Le Devoir Soigner en centre d'hébergement Repères éthiques Marie Demers Avec Hubert Doucet Professeur de bioéthique à l'Université de Montréal.Directeur du GREB (Groupe de recherche en bioéthique) M : 18h-19h ; V : 18h-19h S: 13h-14h ; D: 11h-12h Serge Monceau Mardi 15 avril 19 h 30 J : 16h-18h ; V : 15h-17h ; 19h-21h S: 10h-12h : 19h-21h Lirwroi i*ïç.QutttMK'S Roméo Bouchard S: 16h-18h ; 18h30-20h30 D: 14h-17h mes Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et café-resto 2661 Masson, Montreal, Qc 514 849-3585 www.ecosociete.org Nous serons presents ou Salon du livre de Quebec, stand 295 Presses de l'Université du Québec lit ansursm» iiitTUoiti misaitu’s MOHAMED BENHADDADI et GUY OLIVIER PIERRE M0NGEAU 216 pages En vente chez votre libraire 160 pages Cet ouvrage fait le point sur les principales ressources énergétiques de la planète et pose avec acuité le défi environnemental.Une vision d'ensemble des étapes a franchir pour réaliser le travail de recherche et la rédaction du mémoire ou de la thèse.www.PBQ.ca WrijÊÊÊ «WT %* son ENFANCE Les défis du partenariat don* les administratumiü publiques Un rfjiartl rçirtémtyiic ¦ Théorie rt maiiqtw d’une SECTE RELIGIEUSE LORRAINE DEROCHER Sous la direction de MICHEL BOISCLAIR et LOUIS DALLAI RE wmprMdre pour mieux intervertir 386 pages Sous la direction de PAUL MORIN et EVELYNE BAILLERGEAU Collection Problèmes sociaux et interventions sociales 323 pages • 35* De la désinstitutionnalisation à l'intégration, des maisons de chambres aux HLM, les auteurs de cet ouvrage décrivent et analysent des expériences ayant pour objectif le développement individuel et collectif des habitants.Jugement professionnel ^évaluation :, Prafywî fwetÿwtftt «i Québec et 4 Cet ouvrage montre les divers aspects et paramètres à prendre en compte dans l'élaboration, la mise en œuvre et la gestion des partenariats, qu'ils soient privés, public-public ou public-communautaire.Collection Problèmes sociaux et Interventions sociales 204 pages • 25* Quels peuvent être les effets à long terme d'une enfance vécue à l'intérieur d'une secte religieuse où l'Intervention divine constitue bien souvent l'unique réponse aux problèmes humains ?Sous la direction de LOUISE LAF0RTUNE et LINDA ALLAL 275 pages • 32* Le jugement professionnel - de quoi s'agit-il ?En quoi est-il une dimension fondamentale et incontournable de la pratique enseignante ?t i 7444 L E D E V 0 I H .LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS AVRIL 2 0 0 8 SALON DU LIVRE DE .HISTOIRE Une Révolution tranquille très croyante L’historien Michael Gauvreau montre qu’une partie des changements sociopolitiques survenus au cours des années 1960 sont imputables à l’action de mouvements catholiques ' LUCIA FERRETTI Qu'est-ce qu'un bon livre d’histoire nationale?C’est celui qui permet d’ouvrir tous les avenirs au peuple dont il raconte l’histoire parce qu’il cherche à le réconcilier avec sa mémoire collective.En ce sens, à n’en pas douter, l’ouvrage de Michael Gauvreau est paradoxal Depuis vingt ans, le travail rigoureux des historiens et sociologues les plus sérieux d’une nouvelle génération a permis de déconstruire complètement la vision du Québec d’âvant 1960 qu’avaient élaborée les intellectuels des années 1950 et 1960, vision qui a façonné notre mémoire collective de manière si durable et si désastreuse.Non, le Québec francophone d’avant la Révolution tranquille ne vivait pas dans la Grande Noirceur.Bien que pénible ment entravé dans son développement par la domination économique et politique qui pesait sur lui, le Canada français était une société moderne en phase avec son époque.Et cela non seulement malgré l’Eglise et la religion catholiques, mais aussi grâce à elles, notamment parce qu’elles lui ont fourni les méca-nismes sociaux d’encadrement et un sens de l'identité nationale qui lui ont permis d’affronter son destin avec des institutions qu’il s’est forgées, qu’il contrôlait et qui, à l’époque, travaillaient à son émancipation: les grandes universités francophones, Desjardins, 1TJPA, la CSN, Lavalin, Hydro-Québec, RadioQuébec sont nées avant 1960, rappelops-le, avec le soutien énergique de l’Eglise.L’Eglise et le catholicisme ont contribué à préparer la Révolution tranquille, il n’est plus possible désormais de s’imaginer le contraire.Gauvreau reprend cette thèse et la pousse à son extension maximum.Après d’autres mais davantage qu’eux, il veut montrer que l’Action catholique spécialisée a contribué à moderniser les relations personnelles et sociales au Québec dans les années 1930 à 1960.Sous l’influence du personnalisme, les milliers de jeunes laïcs des deux sexes engagés dans la JOC et la JEC auraient développé le sens d’un engagement chrétien exigeant opposé à ce qu’ils percevaient comme le conformisme religieux de leurs parents; ils auraient valorisé un modèle de famille nucléaire fondé sur l’amour des époux, l’épanouissement sexuel mutuel et des relations plus égalitaires entre parents et enfants; enfin, ils auraient promu un modèle de société faisant une place significative aux corps intermédiaires comme rempart contre la dépersonnalisation des rapports directs entre les individus atomisés et l’Etat tout-puissant On reconnaît là le projet culturel et social des gouvernements Lesage, qui a créé notamment le ministère de la Famille et celui de l’Éducation tout en laissant une place significative à l’Église.Au moment où le livre a paru en anglais il y a deux ans, les historiens ont pu critiquer l'un ou l’autre aspect de cette démonstration, parfois pour la trouver un peu forcée ou pour distinguer entre culture laïque et positions épiscopales, mais globalement ils l’ont agréée.Responsabilité des élites catholiques Alors, comment se fait-il qu'à la fin des années 1960, on puisse déjà observer la crise de la famille, l’indi-vidualisipe à outrance, l'omnipotence de l’État, la marginalisation de l’Église et la désaffection des Québécois pour la pratique religieuse?Répondre à cette question constitue le deuxième objectif de la thèse de Gauvreau.Pour lui, la responsabilité d’une telle crise culturelle globale revient aux élites catholiques, tant laïques que cléricales, qui n’ont eu de cesse de travailler à couper les Québécois francophones de leur passé, les laissant ainsi désorientés lace au présent et à l’avenir.Les élites des années 1950 d’abord.Des hommes comme Gérard Pelletier, formé à la JEC puis pilier de Cité libre, ont mis durablement leur plume au service de leur anticléricalisme, de leur antinationalisme, de leur pessimisme moral et de leur profond conservatisme social, fait d’un mépris écrasant pour les classes populaires accusées de se complaire dans le consumérisme, la culture de masse américaine et une piété sentimentale, grégaire, sans envergure ni exigence spirituelles.Alors que même les évêques du temps les invitaient à regarder de moins haut leurs parents ouvriers, à juger moins sévèrement le monde qui émergeait de l’aprèsguerre et à faire davantage confiance à la jeu- Les cathoUques de ia Revolution Uanquitte nesse moderne, ce sont les «curés» moralisateurs de Cité libre qui, les premiers, ont sapé le rapport des Québécois à leur mémoire.D’autres avant lui l’avaient déjà noté, mais Gauvreau procède ici à une démonstration exemplaire dont il faut lui savoir gré.Mais l’auteur va plus loin, et s’en prend ensuite aux élites catholiques nationalistes des années 1960.Les orientations données par Vatican II et reprises par une partie du clergé et des élites croyantes, tel Fernand Dumont, auraient fini de déqualifier la famille, la paroisse et tous les corps intermédiaires, en rejetant toute la manière traditionnelle de vivre la foi et en accusant sans cesse lEglise ancienne d’avoir versé dans un cléricalisme omnipotent et rétrograde.En continuant le travail de sape amorcé dix ans plus tôt, en coupant les Québécois des repères et des structures séculaires de leur identité catholique, en jetant par terre les digues qui empêchaient l’extrême individualisme de s’imposer dans la culture contemporaine et ne faisant confiance qu’à l’État, les élites croyantes nationalistes des années 1960 auraient contribué, quoique bien malgré elles, à la déchristianisation de la société québécoise.Sur ce point la démonstration n’est pas convaincante parce qu’elle ne cible pas le bon groupe d’intellectuels croyants.Certes, une partie d’entre eux travaillent de-puis 1960 et continuent encore aujourd'hui à extirper des institutions, scolaire et juridique notamment, toute référence au catholicisme, qui fondait pourtant une ad-ture commune devenue largement séculière.L’auteur n’en parle pas, mais le premier d’entre eux fut sans doute Claude Ryan, avec sa défense acharnée des libertés individuelles.Ces croyants de tendance plus libérale que nationaliste pensaient et pensent encore œuvrer à créer une nouvelle culture commune ouverte au pluralisme.Mais c’était sans compter la Cour suprême du Canada et la Charte canadienne des droits et libertés.En effet la disparition des traces de la culture catholique commune et séculière qui persistaient encore dans les lois et les appareils de l’État québécois a surtout donné à toutes les L’auteur veut montrer que l’Action catholique a contribué à moderniser les relations personnelles et sociales au Québec dans les années 1930 à 1960 confessions le signal qu’il y a désormais de la place pour tenter d’y imposer des éléments de leurs propres visions religieuses.Nous sommes ainsi en voie de vivre dans une société où des appartenances confessionnelles quasi sacralisées et en concurrence dans la sphère publique menacent à terme la cohésion sociale.Mais par ailleurs, c’est beaucoup grâce à une autre partie des intellectuels catholiques que le Québec doit en effet d’être depuis les années 1960 une société parmi les phis ouvertes de la planète à la paix, à la démocratie, à la justice sociale, à l’égalité entre les hommes et les femmes et au pluralisme culturel.Ne pensons qu’aux racines catholiques du mouvement communautaire québécois, au féminisme d’une Simone Monet-Chartrand, au travail de Développement et Paix, aux initiatives de l’ancien ministre de l’Immigration, le jésuite Jacques Couture, à la défense de la langue française promue par le très croyant ministre Camille Laurin.Le meilleur de l'identité culturelle et du projet social des Québécois à partir des années 1960 a été façonné à la fois par le catholicisme comme culture sécularisée commune (aujourd’hui menacée) et par le nationalisme (aujourd'hui transformé en indépendantisme bloqué).Assumer sa mémoire et s’approprier positivement son histoire ne sont pas pour un peuple les seules conditions d'accès à tous les avenirs, y compris la pleine émancipation politique, mais ce sont des conditions incontournables.Il est dommage que Michael Gauvreau, dont le livre est par ailleurs si riche, semble vouloir une fois de phis couper les Québécois de ce qu’il y a de positif dans leur rapport à leur passé, en s’en prenant cette fois à 1 héritage nationaliste et so-ciaklémocrate de la Révolution tranquille, incontestablement issu de l'ethos catholique des Québécois francophones.Collaboration spéciale LES ORIGINES CATHOLIQUES DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE Michael Gauvreau Traduction de Richard Dubois Fides Montréal, 2008,457 pages .et toutes ses lettres ! B I BLIOTHÈQUE QUÉBÉCOISE LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEL ARRIVAGE ART DÉCO - ART NOUVEAU Plus de 150 monographies Décorateur - Ébeniste - Architecte - Couturier - Designer - Peintre - Ingénieur - Relieur - Verrier - Affichiste - Etc.VENEZ VOIR NOTRE VITRINE O u s O* Mona latif-Ghattas les filles de Sophie Sarat Gaëtan Brulotte La vie de biais Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoecasion@beIlnet.ca 4487, rue de La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.L’histoire d’une passion pour l’éducation Les filles de Sophie Barat ISBN 978-2-89406-278-4 ?232 PAGES ?10,95 S Un regard ironique et cinglant sur l’hypocrisie, la bêtise, l’injustice, l’imposture, la rectitude politique La vie de biais ISBN 978-2-89406-290-6 ?208 PAGES ?9,95$ DU SALON DU IIVDE DE QUEUED Tous ces écrivains seront aussi présents à l'Espace francophone du Salon du livre.VENDRED118 AVRIL DE 17h30 à 18h30 DIMANCHE 20 AVRIL DE 12h30 À 13h30 DIMANCHE 20 AVRIL DE 13h30 À 14h30 Patrick Chamoiseau, Un dimanche au cachot, Gallimard Ananda Devi, Indian Tango, Gallimard Paula Jacques, Rachel-Rose et l’officier arabe, Folio Kanghi Alem, Un rêve d’Albatros, Gallimar Maryse Condé, Les belles ténébreuses, Mercure de France Yasmina Traboulsi, Amers, Mercure de France Koffi Kwahulé, Baby fa ce, Gallimard Brina Svit, Coco Dias ou La Porte Dorée, Gallimard André Velter, Midi à toutes les portes, Gallimard iTim.t j injur Radiol-Rost et l’officier aralx YflS!î)ina Tfâbôti!» Amers l wo ms la iVt'te Horn Midi a Imili les I \ IMMtNftll U t U 1101 \ >1 VIWUS I 4444 F 10 l E DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 8 SALON DU LIVRE DE ' —.—.-.wj.ESSAIS QUÉBÉCOIS Un militant de Québec retrace une facette méconnue de l’histoire de la gauche québécoise Louis Cornellier \ epuis une dizaine d’an-fc H nées, a la laveur, notam-MêP ment, du développement (lu courant altermondialiste, le ijiouvement anarchiste fait un peu parler de lui au Québec.Porté par les voix de deux intellectuels solides — Normand Baillargeon et Francis Dupuis-Déri — dont les interventions multiples et efficaces en faveur du déve-loppement de l’esprit critique et du pacifisme ont eu un certain retentissement, par le journal satirique Le Couac et par la maison d’édition Lux, le discours de cette gauche libertaire, quoique toujours marginal, a su se faire entendre dans notre paysage.S’agit-il là d’un phénomène de génération spontanée ou de la manifestation la plus récente d’une tendance ayant un ancrage dans notre histoire?Existe-t-il, autrement dit, quelque chose comme une tradition anarchiste au Québec?C’est là, à tout le moins, la thèse solidement développée par le militant libertaire Mathieu Houle-Courcelles dans Sur les traces de l’anarchisme au Québec (18601960).«L’histoire officielle du mouvement ouvrier, écrit-il, n’a à peu près rien retenu de l’influence exercée par les anarchistes sur le syndicalisme et les mouvements sociaux.» Pourtant, ajoute-t-il, ce courant «était bel et bien présent au Québec dès la fin du XIX siècle», même s’il «a laissé bien peu de traces tangibles de sa présence».Aussi, c’est à la recherche de ces traces que s’est attelé le militant de la région de Québec, convaincu que «les libertaires ne pourront compter que sur leurs propres moyens pour relater et faire découvrir l’histoire de leur courant de pensée».Identifié à la gauche (et parfois à la droite, mais c’est un autre débat), l’anarchisme se distingue néanmoins du socialisme traditionnel «par sa critique implacable des différentes formes d’autorité illégitime qui entravent cette transformation radicale de la société: refus de participer à la mascarade électorale, refits du nationalisme et des guerres “patriotiques’’, refus de la soumission à l’église et aux dogmes religieux, refus du culte du chef, du parti ou du maître, refus de ce socialisme imposé par en haut.» Une mouvance antiautoritaire Houle-Courcelles reconnaît qu’il serait abusif de parler d’une «tradition» anarchiste au Québec, mais il retrouve néanmoins, dans notre histoire, une «mouvance» d’inspiration antiautoritaire qui s’exprime sous trois formes différentes: un courant anarchiste bien défini, des pratiques contestataires qui s’en inspirent et, dans le camp adverse, un «spectre» anarchiste, «agité par les milieux conservateurs et réactionnaires, mais aussi par les directions des syndicats de métier, pour éloigner la classe ouvrière des perspectives de changement social».La première forme, c’est-à-dire l’anarchisme clairement revendiqué, se retrouve surtout dans les milieux juifs montréalais du début du XXe siècle.Animée, en grande partie, par des réfugiés fuyant les pogroms de la Russie tsariste, elle prend le visage d’un syndicalisme SOURCE ED.LUX Albert Saint-Martin, a fondé, en 1925, à Montréal, l’Université ouvrière, un lieu de rassemblement pour les libertaires anticléricaux.de combat, particulièrement dans l’industrie du vêtement, auquel s’ajoute une entreprise d'éducation politique.Surtout actif en milieu yiddishophone (et parfois anglophone), cet anarchisme est résolument antinationaliste (c’est-à-dire opposé au sionisme) et athée.Houle-Courcelles, à ce sujet, rapporte une anecdote significative.«Au début du XX siècle, raconte-t-il, les anarchistes juifs montréalais se font une joie de partager ensemble un plat typiquement canadien-fran-çais: les fèves au lard.Il faut dire que la religion juive proscrit également de manger du porc.Une autre façon de faire un pied de nez à la religion.» Ce mouvement, qui fait aussi une place à l’action féminine, perdra de son influence à partir des années 1940.La deuxième forme, une sorte d’anarchisme diffus colorant par vieNt oe paRaîtae Dossier Le syndicalisme dans la tourmente Numéro 724 • mai 2008 jwttnwerse La bouri# pu csri>crc ut* bauu idée?société paÿtèfHe reé/gfon Syndicats : le choc de la mondialisation Jean-Marc Piotte Une affaire de société Rolande Pinard Des expériences novatrices Louise Boivin Les défis du secteur public Jacques L.Boucher Regard sur le front international Sia Ahmed Soussi L’offensive antisyndicale Mona-Josée Gagnon Artiste invitée : Christine Chartrand Le syndicalisme dans la "ÜÜHI tourmente Syndicats :le choc de la mondialisation Une affaire de société Dos expériences novatrices Les défis du secteur public Regard sur te wont international L’offensive antisyndicale Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca Oui, je désire un abonnement de_an(s), au montant de_% 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PACES Un an : 35 S Deux ans :65 s À l'étranger (un an) 145 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : too S (un an) Par téléphone : (514) 387-254' Par courriel rdations@cjf.qc.ca Par la poste Relations 25, rue )arry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 ADRESSE__________________________________________________________________ VILLE____________________________________________________________________ CODE POSTAL ___________________________TELEPHONE (__________) ___________ Montant total : ______ S Je paie par chèque (à l’ordre de Relations) D ou par Visa D EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 4,95 S + TAXES NUMÉRO DE LA CARTE_____________________________ EXPIRATION________________________SIGNATURE moments le mouvement ouvrier et anticlérical, se développera plutôt dans le milieu francophone.Peut-on, comme le fait Houle-Courcelles, y faire entrer Arthur Buies?Admettons que, comme «humaniste radical», le «libre-penseur anticlérical» mérite au moins le titre de précurseur.Des communards au Québec Là où cet ouvrage surprend franchement, c’est quand il suggère que «c’est peut-être grâce à la Commune de Paris si l'anarchisme pose véritablement son pied au Québec».Le gouvernement canadien, semble-t-il (cet épisode pour le moins surprenant reste à creuser), aurait élaboré, avec le gouvernement français, un possible transfert de 35 000 communards au Québec.Opposée à cette solution qu’elle percevait comme un désaveu de la Commune, la Première Internationale l’aurait fait échouer.Malgré tout, «en 1871 et 1872, entre 1000 et 3000 communards s’exilent au Canada, la plupart à Montréal», et ils participent activement à quelques grèves sauvages — une appellation positive dans la logique anarchiste—au Québec.Au passage, on apprend aussi, dans cet ouvrage, que les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre ne dédaignaient pas l’action radicale.En 1912, après une grève dans les usines textiles de Lawrence, au Massachusetts, pendant laquelle sa femme et ses enfants sont morts de faim, l’ouvrier Arthur Caron décide, avec des amis, de faire sauter la résidence de Rockefeller, propriétaire de milices patronales.La bombe leur explosera au visage.S’il y a, toutefois, un seul nom francophone à retenir de cette histoire, c’est celui d’Albert Saint-Martin.«Marxiste libertaire» qui fut pendant un temps un membre influent de la section francophone du Parti socialiste du Canada, Saint-Martin a participé à la diffusion de l’espéranto comme langue des prolétaires de tous les pays, a tenté l’expérience d’une ferme collective autogérée, en 1910, près de Mont-Laurier, a fondé, en 1925, à MontréaL l’Université ouvrière, un lieu de rassemblement pour les libertaires anticléricaux, et a mis sur pied deux coopératives d’alimentation pendant la crise des années 1930.Sa devise était celle de Sparta-cus: «Nous n’avons pas d’armes, les Romains en ont pour nous.» Après la Loi du cadenas instaurée par Duplessis en 1937, les mouvements qui se réclament de la gauche radicale seront presque condamnés à la clandestinité.Les automatistes de Borduas flirteront avec l’anarchisme, mais seul Claude Gauvreau, sur le mode exalté, poursuivra dans cette veine.En 1953, l’anarchiste québécois d’origine française Paul Faure tirera un bilan plutôt décevant de ces années d’activisme.Cinquante ans plus tard, Mathieu Houle-Courcelles, lui, les retrace avec clarté et respect, pour inspirer ses camarades militants et leur dire qu’ils ne sont pas nés d’hier.louiscoâisympatico.ca SUR LES TRACES DE L’ANARCHISME AU QUÉBEC (1860-1960) Mathieu Houle-Courcelles Lux Montréal, 2008,280 pages L’histoire, en deux versions Six Israéliens et six Palestiniens proposent leur propre vision * d'une histoire pourtant commune NAÏM KATTAN Comment écrire l’histoire?Qui l'écrit et pour qui?Douze professeurs d’histoire, six Israéliens et six Palestiniens, ont décidé de rédiger leurs versions des mêmes événements.Or, en temps de guerre, on écrit l’histoire du point de vue du groupe auquel on appartient Il y a des héros et des ennemis, des gagnants et des perdants.Les auteurs de cet ouvrage sont des professeurs qui racontent l’histoire dans leurs langues — l’arabe et l’hébreu — afin de présenter et d’enseigner deux versions traduites respectivement dans la langue de l’autre.Il s’agit d’une prise de position politique dont le but est de connaître l’autre afin d’établir des rapports de compréhension qui conduiraient à la paix.Les douze professeurs ont choisi trois événements: la déclaration Balfour de 1917, la guerre de 1948 et la première intifada de 1987.Les versions sont fortement divergentes.Pour les Israéliens, la déclaration Balfour est la reconnaissance par la Grande-Bretagne du sionisme et du retour des Juifs sur leur terre ancestrale.Bien avant cette déclaration, des milliers de Juifs avaient commencé à fonder et à peupler des villes, des villages, des fermes collectives.Chassés par les pogromes et victimes de l’hostilité des gouvernements en Russie, en Ukraine, en Biélorussie et ailleurs, et animés par le vent du nationalisme qui soufflait au dix-neuvième siècle en Europe, Us ont décidé de renouer avec leur propre histoire.La version arabe donne une autre interprétation de cet événement Par le biais du sionisme, l’impérialisme britannique divisait les Arabes et les colonisait Les Juifs considèrent la guerre de 1948 comme une guerre d’indépendance.Pour les Palestiniens arabes, U s’agit d’une catastrophe, une nakba.Les Nations unies avaient proclamé la nécessité de partager la Palestine entre les Juifs et les Arabes et, à la date décidée par l’organisation internationale, les Jpifs ont annoncé la fondation de l’Etat d’Israël.Le nouvel Etat fut reconnu par la majorité des membres de l’ONU.Les Palestiniens ont rejeté le partage et, appuyés par les armées des pays arabes, ont déclaré la guerre afi nouvel Etat.Es ont perdu la guerre.Les Palestiniens imputent leur défaite à leurs dirigeants et à ceux des pays arabes.Parmi eux, des milliers ont quitté leurs villages et leurs villes, se réfugiant en Jordanie et au Liban, convaincus qu'ils retourneraient à leur doqiicile quelques jours plus tard.L’Egypte et la Jordanie se sont partagé l’autorité pour gouverner ce qui devait être l’État palestinien.En 1967( le chef égyptien Gamal Abdel Nasser, s’alliant avec la Syrie, la Jordanie et l’Irak, prononçait des discours enflammés contre Israël.Se sentant menacé, Israël se livra à une attaque-surprise anéantissant les forces aériennes des pays voisins et occupant les territoires palestiniens ainsi que le Golan, qui appartient à la Syrie.Pour les Palestiniens, ce fut la disparition de leur pays de la carte et le début de leur lut(e pour sa reconquête.En 1979, l’Egypte, suivie par la Jordanie, conclut un accord de paix avec Israël.Selon les deux versions, l’intifada de 1987 fut un soulèvement spontané.Les Palestiniens ne supportaient plus l’occupation d’Israël, qui se sentait menacé dans sa sécurité par les attentats et la violence.Cette histoire en deux versions est enseignée dans de nombreux lycées en Israël et en Palestine.Elle se présente comme des juxtapositions parallèles qu’il semble difficile de réconcilier.Les rédiger et les enseigner est indubitablement un acte de courage.De lecteur de l’extérieur est appelé à ne rejeter ni la version israélienne ni la version palestinienne, et à en reconnaître les divergences.Des deux cotés, les auteurs font état des erreurs de leurs dirigeants et expriment leurs espoirs dans un avenir de compromis et d’entente.Il s’agit d’un premier pas vers la paix.Collaborateur du Devoir HISTOIRE DE L’AUTRE Essai fraduit de l’arabe par Rachid Akel et de l’hébreu par Rosie Pinhas-Depuech Éditions Liana Levi Paris, 2008,158 pages IBRAHEEM ABU MUSTAFA REUTERS mi- De jeunes Palestiniens protestaient contre le bouclage de la bande de Gaza par l’armée israélienne, en mars dernier.Tout le champ littéraire, québécois et international, dans un seul magazine En kiosque et en librairie à travers le Québec LE MAGAZINE DU LIVRE Dans le numéro 110 avril, mai, juin 2008 de larges extraits de Regards-9 une production du Théâtre Niveau Parking et du Théâtre de la Bordée Marie BRASSARD, Jean Marc DALPÉ, Koffi KWAHULÉ, Robert LEPAGE, François LÉTOURNEAU, Alexis MARTIN, Michel NADEAU, Anne-Marie OLIVIER et Marc PRESCOTT Neuf auteurs, neuf textes, neuf regards singuliers portés sur la ville de Québec La pièce Regards-9 sera créée au Carrefour international de théâtre de Québec en mai 2008 Le livre jamais lu par Nando MICHAUD Écrivains méconnus du xx5 siècle : André de RICHAUD par Bruno Curatolo Idées à découdre par Élaine LAROCHELLE TÉLÉVISIOt ItTOU MARTIN NAOCAU **»NM*a*> OU VIA» AAI SCOTT «éco l«kn 6 cUcou Abonnez-vous à Nuit blanche et obtenez l'accès gratuit au contenu intégral du site Internet www.nuitblanche.com Oui, je m'abonne pour une période de ?1 an (4 numéros) : 34 $ ?2 ans (8 numéros) : 56 î taxes incluses Nom : .Prénom : .Adresse : .Ville ; .Province : .Code postal : .Tél.: .Courriel : .:.U Chèque à l'ordre de Nuit blanche Q Visa U Master Card ?Facturez-moi N" de la carte .Date d'expiration : .Envoyez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403 Québec (Québec) GIR 1R7 Abonnement en ligne : nuitblanche.com / Par téléphone : 418 692-1354 t t 4444 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2008 F 11 SALON DU LIVRE DE QUEBEC PHILOSOPHIE Identités plurielles Amartya Sen, critique du multiculturalisme GEORGES LEROUX Dans le récit autobiographique qu’il rédige en 1998 à l’occasion de la remise du prix Nobel, Amartya Sen revient sur un souvenir de jeunesse qui n’a cessé de le hanter.Alors que toute la culture indienne lui paraissait ouverte sur la diversité, elle se transforma sous ses yeux en position sectaire dès lors qu’elle se trouva assujettie aux nouveaux impératifs de la partition.Né en 1933 au Bengale, dans la région de Dhaka, le jeune étudiant avait recueilli l’héritage d’universalisme de l’école de Tagore, mais il ne put que constater avec quelle rapidité l’assignation d’une identité venait soutenir la violence et créer ce qu’il appela par la suite «l'illusion d'm destin».Célèbre pour ses travaux sur le choix social et l’origine des famines, Amartya Sen n’est pas seulement un économiste de génie, mais aussi un intellectuel humaniste militant contre les inégalités et désireux de contribuer à la formation de nouveaux modèles du développement Le recueil de ses conférences de Boston, prononcées durant Tannée 2001-02, porte la marque du traumatisme provoqué par la partition de TInde: comment expliquer que la revendication d’une identité solidaris-te et communautaire puisse engendrer la violence, sinon par le fait que cette identité rabat la vision du monde de chacun sur un horizon unique et globalisant Considérées comme foyers d’identités fermées et fixes, les religions et les civilisations perdent alors leur ferment bénéfique et favorisent le mensonge de l’unicité.Loin d’être dangereuses en soi, les religions ont néanmoins cette tendance à capter la totalité de l’appartenance identitaire et à transformer des individus complexes et pluriels en sujets déterminés par l’exclusion.- Dans ces réflexions, on ne trouvera pas tant une explication de la violence religieuse qu’une critique, aussi rigoureuse que constante, de toute forme de communautarisme et de multiculturalisme.Même si Amartya Sen reconnaît que l’appartenance à une communauté détermine une part essentielle de l'identité, elle ne doit jamais la déterminer entière ment ou exclusivement Ces conférences ne prétendent pas discuter les positions communautariennes, elles entreprennent plutôt de les déstabiliser en montrant les conséquences néfastes des philosophies de la reconnaissance qui encouragent la séparation et la division.Chaque personne est un complexe d’identités multiples, concomitantes etinstables, dans la mesure où ces idfentités découlent de facteurs contingents.Chacune peut par Conséquent exprimer des préférences et, loin de subir la nécessité d’une identité singulière, choisir l’importance relative d’appartenances diverses.Sen se montre sur ce point très fidèle aux grands idéaux libéraux, tels qu’on les retrouve par exemple chez Isaiah Berlin.¦HEtf MANPREET ROMANA AFP Amartya Sen, Prix Nobel d’économie Entre liberté et destin Le modèle de cette liberté emprunte certes beaucoup de sa flexibilité aux analyses économiques de Sen, et on peut parler ici d’une éthique où le libéralisme est à la fois la condition d’exercice des choix de chacun et la norme qui le guide.Mais on y entend aussi une voix profondément indienne qui accepte le sacrifice du moi essentiel et consent à la variété des apparences selon la diversité des responsabilités et des contextes.La leçon de Tagore trouve ici une formulation qui peut surprendre: comment accepter aussi aisément qu’une personne puisse résister à ce qui, en tout cas aux yeux des autres, constitue son identité principale, notamment dans des situations où cette identité contribue à augmenter la violence?Le conflit des hindous et des musulmans, par exemple, ne serait-il que le résultat d’une affirmation illusoire d’identités figées?Peut-on si facilement rééquilibrer les appartenances et se soustraire aux catégories qui incluent et excluent?Pour Sen, le renoncement aux essences est la condition primordiale de la paix.Le communautarisme contemporain ne peut que renforcer cette illusion du destin qui se nourrit d’un essentialisme de façade.Quand par surcroît des théoriciens se croient capables d’expliquer le mouvement général de l’histoire par des conflits de civilisations, on atteint pour ainsi dire la limite de l’illusion: on finit par croire que les essences dominent les rapports humains et on oublie que chacune de ces civilisations ou religions est traversée de l’intérieur par une somme incalculable de conflits et de différences.A la limite, toutes les catégories qui essentialisent des groupes produisent de l’exclusion et sont potentiellement violentes.Comme tous les grands penseurs libéraux, Amartya Sen surestime quelque peu la capacité de chaque individu de structurer ses préférences et de les modeler selon les circonstances: s’il est vrai que les identités sont plurielles, et que l’illusion d’un destin commandé par une identité unique doit être dénoncée, il n’en est pas moins vrai que les in- Dès son jeune âge, Glenn Gould décide d’une carrière de concertiste qui sera de courte durée.Il connaît sa polyvalence et sait qu’il pourrait être à la fois critique, essayiste et compositeur et se consacrer à la direction d’orchestre.Sa mort le 4 octobre 1982 laissera son rêve inachevé.Yannick Nézet-Séguin, jeune et brillant chef de l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, aspirant à devenir pianiste de concert, accorde une remarquable entrevue sur la direction d’orchestre.Glenn Gould pluriel, à travers seize textes, sous la direction de Ghyslaine Guertin PhD, scrute l’univers du génie indéniable qu’était Gould.On comprendra ainsi l’immense héritage que ce musicien a voulu léguer à ses auditeurs-lecteurs en leur faisant découvrir, par la voie de la création, un univers de transcendance et de sérénité.Dans toutes les librairies Diffusion Prologue 368 pages 32.95 S dividus ne maîfrisent pas leurs identités comme s’il s’agissait de simples préférences.Aucun «musulman» n’est certes prisonnier de «l'islam», si on veut dire par là d’un destin revendiqué par une idéologie singulière, mais tout croyant est déterminé socialement par sa croyance et crée à proportion le réseau des solidarités constitutives de ce qu’il considère sa «communauté».Amartya Sen présente donc une forme quasi héroïque de libéralisme et ses critiques très franches des penseurs communautariens, comme Michael Sandel ou Charles Taylor, reposent sur la puissance de la liberté de l’individu rationnel.Qui est-il?Justement, il n’est pas «une identité», ou un soi authentique, mais un complexe d’affiliations dont il joue comme d’une combinaison.Cet individu existe-t-il?C’est le sage de Tagore, certes, ou le grand héros libéral, mais on ne le rencontre pas souvent dans la rue.On lira ces conférences avec beaucoup d’intérêt, en particulier concernant le témoignage qu’elles offrent des impasses du multiculturalisme britannique et notamment la critique du système des écoles confessionnelles communautaires.La richesse de l’expérience de Sen transparaît à chaque page, son immense culture aussi, et on ne peut qu’admirer sa capacité de transcender les frontières en réalisant cet idéal de l’homme universel qui lui fût transmis par son maître Tagore.Que cet idéal doive être inlassablement poursuivi, nul n’en doute après avoir lu ce livre vif et clair, mais que sa réalisation soit à portée de main en fera douter plus d’un.Collaborateur du Devoir IDENTITÉ ET VIOLENCE L’illusion du destin Amartya Sen Traduit de l’anglais par S.Kleiman-Lafon Odile Jacob Paris, 2007,271 pages ESSAIS ÉTRANGERS Kapuscinski, agent libre CHRISTIAN DESMEULES Faut-il encore présenter Rys-zard Kapuscinski?Ce journaliste polonais, décédé Tan dernier à l’âge de 75 ans, véritable «sorcier du reportage» (John Le Carré), a été correspondant pendant une trentaine d’années pour l’agence de presse officielle polonaise (PAP) en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique.Il aurait même été agent des services secrets polonais pendant une dizaine d’années, selon un article de l’édition polonaise de Newsweek paru en mai 2007.Ses livres inoubliables, tantôt récit de ses aventures en Afrique, tantôt description des derniers moments du régime,anachronique d’Hailé Sélassié en Éthiopie ou témoignage de la chute du shah d’Iran, reposent sur un équilibre bien particulier entre le reportage et le récit de voyage.Témoin capital d’un XX' siècle marqué par l’éveil des pays du Tiers-Monde, Kapuscinski avait commencé sa carrière de journaliste en Inde en 1956, un an seulement après la fameuse Conférence de Bandung, en Indonésie.Atteint d’une forme particulièrement grave et incurable de bougeotte, l’homme a été personnellement témoin de 27 révolutions.Cet Autoportrait d'un reporter est en fait un collage de fragments d’entretiens et de conférences qui ont paru entre 1985 et 2002 dans la presse polonaise.Des fonds de tiroirs intéressants, mais des fonds de tiroirs tout de même, où Kapuscinski revient sur sa méthode de travail, sur le terrain comme dans la tranquillité de sa bibliothèque de Varsovie.Pour cet insatisfait de première catégorie, «chaque livre est me immense défaite», et Le Négus, Imperium, voire Ebène, aucun de ses rejetons ne trouve vraiment grâce à ses yeux.Au fil de nombreuses réflexions éthiques sur le journalisme de guerre, le journaliste polonais livre matière à méditer pour de nombreux collègues des médias d’infonnation: «Je considère que l’humilité est l’attitude la plus sérieuse pour le journaliste.» Un travail délicat solitaire, à haute res- au Salon du livre de Québec Samedi 19 avril 13h00 à15h00 Dimanche 20 avril 12h00 à14h00 ALBIN MICHEI Stand 164 ponsabilité, qu’il se permet même de comparer à une spécialité médicale comme la chirurgie de l’œil.Puisque le reportage dans les pays où régnent de graves conflits, ex-plique-t-il, est souvent «directement lié à la vie».Un petit traité de déonto-logie pour journalistes.Collaborateur du Devoir AUTOPORTRAIT D’UN REPORTER Ryszard Kapuscinski (Textes choisis par Krystyna Straczek) Traduit du polonais par Véronique Patte Plon Paris, 2008,169 pages ” > A.AGENCE FRANCE-PRESSJÎ Ryszard Kapuscinski lünstant même au Salon du Livre de Québec Stand 9 i I.spat i’ DiniCiliii Hans-Jürgen Grc if Le Jugement jeudi : 16h - !8h Samedi : 16h - 18h 19h 21 h Dimanche : I I h - Hh Mira Falardcau André-Philippe Côté L'oreille coupée et autres scénarios jeudi : 18h - 19h Vendredi : 18h - I % Samedi : Hh - 14h Êfcki Içibfîe / Perspective François Blais Nous autres ça compte pas Jeudi :19h - 21h Vendredi : 19h - 2 Ih Samedi : Hh — 1 ïh Dimanche : Hh - I7h Claire.Martin Le feu purificateur Samedi : i 4h — 16h Dimanche : 1 I h - 1 J h )Loutse Leblanc Hélène Robitaille Santiago Vendredi : 17h - 19h Dimanche 16h - 17h 'T Guy Botvin La bonbonnière Samedi : 16h — 18h 19h - 21 h Dimanche : 1 Ih — Hh Lyse Charuest Marcher sur l'eau Vendredi : 19h -21 h Samedi : 12h - I4h Dimanche : 14h - !6h André Ricard Cens sanscneu Samedi : 14h — 16h Dimanche : 12h - I4h Seront également présents : Vincent Engel (Samedi: 1(ih-17h ; Dimanche:! !h-!4h) et le collecti! Aquitaine Québec / Je me souviens Y 12 LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2008 ALQN Dü LIVRE DE .ENTRETIEN Pascal Boniface au pays de l’or noir CLAUDE LÉVESQUE Auteur de nombreux essais et articles, Pascal Boniface s’est penché sur la plupart des grandes questions reliées à la politique et aux relations internationales.Des sujets aussi graves que la prolifération nucléaire, le conflit israélo-arabe et le terrorisme, mais parfois plus légers, comme le sport et la mondialisation.Le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (qu’il a fondé à Paris en 1990) était cette semaine l’invité de l’Université de Montréal, où il a prononcé une conférence sur 4a diplomatie du pétrole».On peut se demander pourquoi «l’or noir» demeure au centre des relations internationales à un moment où la nécessité de le remplacer par des sources d’énergie plus propres commence vraiment à s’imposer dans les consciences.«Le pétrole pèse toujours d’un poids extrêmement important dans les relations internationales, d’une part parce qu'il y a une tendance à la raréfaction de la ressource et à terme à son épuisement et, d’autre part, parce que les régions dans lesquelles il est situé sont des zones d'instabilité géostratégique, une instabilité qui augmente plutôt que de diminuer», répond Pascal Boniface en entrevue au Devoir.Ajoutons que la compétition pour l’accès aux réserves disponibles est rendue «de plus en plus féroce» par l’entrée en scène de nouveaux consommateurs, et non les moindres puisqu’il s’agit de l’Inde et de la Chine, et on voit bien que la «pétrodiplomatie» qui a dominé le XX' siècle ne va pas dispa-raître du jour au lendemain.«En même temps, on ne peut pas expliquer tous les conflits par le pétrole; on ne peut pas ramener l’ensemble des questions internationales, ou la question du Proche-Orient, ou la guerre d’Irak, à une simple affaire de pétrole, observe le politologue.C’est un élément important de la croissance économique et de la géopolitique, mais ce n’est pas le seul objet de rivalité internationale.» Ainsi, 1VJ- Boniface ne croit pas que les Etats-Unis ont décidé d’envahir l’Irak simplement pour prendre le contrôle de ses gisements.«On voit que les Etats-Unis ont une présence stratégique très forte au Proche-Orient, qui s’explique en partie, mais pas seulement, par le pétrole; Israël constitue pour eux une autre considération dans la région.Les Etats-Unis n’importent plus que 15 à 20 % de leur pétrole du Proche-Orient, car le Venezuela, le Mexique et le Canada sont devenus des fournisseurs plus importants que l'ensemble de cette région.Il y a donc une sorte de contradiction entre l’augmentation de leur dispositif militaire au Proche-Orient et leur moindre dépendance à l’égard de celui-ci en termes pétroliers.» Fini r«afropessimisme» En même temps, on observe une rivalitç croissante entre la Chine et les Etats-Unis autour des richesses naturelles, surtout énergétiques, de l’Afrique.La présence des deux grandes puissances actuelles s’accroît en Angola et dans le golfe de Guinée, tandis que la crise du Darfour ne peut être comprise «si on n’intègre pas la donnée pétrolière», note M.Boniface.L’Afrique n’est plus le «continent oublié» qu’il a été pendant la décennie qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique et la tin du monde bipolaire, constate le politologue, qui y voit la raison d’un optimisme prudent.«Si je suis optimiste pour l’Afrique, ce n’est pas de façon globale mais parce qu’il y a des “succès stories” qui peuvent donner des idées aux autres, précise-t-il.D’une part, on commence à voir la fin de l’impunité pour les dictateurs du continent, comme l’illustre le procès de Charles Taylor.D’autre part, il y a une socié- té civile africaine qui se développe et qui demande un plus grand droit de participer.C'est lent, mais ça se développe.On voit apparaître l’alternance dans certains pays démocratiques.[.] Si je dis que je suis optimiste pour l’Afrique, c’est en réaction à T“afropessimisme” qui dit que c'est un continent à la dérive.Elle est en retard, c’est clair, mais elle a les moyens d’aller de l’avant: plusieurs grands enjeux de la mondialisation, en matière de démographie, de protection de l’environnement, de lutte contre les pandémies et de matières premières, passent par l’Afrique.» Pascal Boniface est moins optimiste en ce qui concerne la stabilité du Proche-Orient et les perspectives de démocratisation dans cette région.«Etre optimiste [dans ce cas] est plus affaire de croyance que d’observation.Alors qu’il y a un accord sur le principe d’une paix entre Israël et les Palestiniens, on s’en éloigne un peu plus chaque jour sur le terrain.Ce conflit n’est pas le seul facteur, mais il reste la clé de nombreux problèmes de la région.Tant qu’il ne sera pas réglé de façon satisfaisante, le fossé entre le monde musulman et le monde occidental se creusera», croit Pascal Boniface.Le politologue cite aussi les inquiétudes qui planent sur le programme iranien, «une menace pour le régime de non-prolifération plus que pour la sécurité de l’Europe ou même d’Israël», l’instabilité persistante en Irak, le «risque d’enlisement» pour l’OTAN et les pays engagés militairement en Afghanistan, de même que «l’extrêmefragilité du Liban».«Les espoirs de démocratie dans la région, de même que le rêve des néoconservateurs d’y voir émerger des pays proaméricains, se sont évanouis pour des raisons géopolitiques, dit-il.On voit bien qu’au-jourd’hui, quand ces pays votent librement, ils se tournent vers les éléments les plus antiaméricains.» Le Devoir PEDRO RUIZ LE DEVOIR Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (qu’il a fondé à Paris en 1990), était cette semaine l’invité de l’Université de Montréal.Contre les idées reçues LOUIS CORNELLIER Directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, le politologue et spécialiste du droit international Pascal Boniface est aussi un essayiste pédagogue.Dans 50 idées reçues sur l’état du monde, il s’attaque à de fausses certitudes entretenues autant par les experts que par les non-initiés.En 50 très brefs chapitres, il s'efforce «de montrer l’autre face du décor, la réalité qui se cache derrière l’apparence».«L’expertise, précise cet expert, ne peut pas permettre de présupposer la neutralité.[.] Tout au moins peut-on attendre d’un expert m point de vue honnête intellectuellement, et qu 'il exprime sa pensée en fonction d'un raisonnement, fût-il personnel.» C’est justement ce que nous sert Boniface, identifié en France à la gauche dite républicaine.La mondialisation, explique-t-il par exemple, est efficace à certains égards et injuste à d’autres, mais elle «n’est pas une fatalité» et reste déterminée par les choix politiques.L’État quoi qu’on en dise, «reste l’acteur central des relations internationales» et les frontières continuent d’exister, pour le meilleur et pour le pire.A ceux qui prétendent que l’Afrique est condamnée au sous-développement et n’est pas prête pour la démocratie, Boniface réplique qu’il y a pourtant «de bonnes raisons pour un afro-optimisme».La croissance économique globale du continent est réelle et «des pays comme le Mali, le Ghana, le Botswana, le Bénin, la Namibie respectent les libertés fondamentales et sont des démocraties pleines et entières».Les États-Unis, écrit-il, ne sont pas vraiment en déclin et n'ont pas fait la guerre en Irak pour le pétrole d’abord, mais bien pour des raisons géopolitiques, puisque «la perspective d’un Irak puissant au cœur du Proche-Orient leur [était] difficilement acceptable».Cela, évidemment n’excuse pas leur erreur dévaluation.«Les démocraties durablement installées, ajoute Boniface, sont celles qui sont le fruit de mouvements internes de la société.» Défenseur de l’ONU malgré ses ratés et critique d’un Occident souvent hypocrite dans sa volonté de contribuer à la démocratisation des pays arabo-musul-mans, Boniface conteste aussi l’idée reçue voulant que le terrorisme soit d’essence religieuse et celle qui en fait une efficace arme des faibles.«Le terrorisme, explique-t-il, au lieu d’inverser le rapport de force en faveur de la cause qu’il défend, peut en approfondir l’inégalité en sa défaveur, la lutte contre le terrorisme venant au contraire légitimer le renforcement de l'appareil militaire des puissances dominantes.» Très éclairant malgré sa brièveté, accessible même s’il est l’œuvre d’un savant cet ouvrage offre un point de vue à la fois lucide et nuancé sur l’état de notre monde.Collaborateur du Devoir 50 IDÉES REÇUES SUR L’ÉTAT DU MONDE Pascal Boniface Armand Colin Paris, 2007,160 pages | IIDTMRICP I4M UKIUdIDC TtIVI Venez rencontrer nos auteurs au Salon du livre de Québec au stand 303.MorVette CH.MURII'SIS UAPEMOISi t.Ut Les Roulent Si li MU.) AM I stssess^A SllSSSl L'* ’rv ni î -Si '' ' ¦ ju jpAJ •*** ïkXsuL.*v.m .¦ tÇfiWK,,» : », T” 24,95$ 17,95$ teettf, ÜLfty 29,95$ à SS Tmmm ',95$ 29,95$ rv www.hurtubisehmh.com 5232
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.