Le devoir, 19 avril 2008, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 E T I) I M A4 N C II E 20 AVRIL 2 0 0 8 V TM ROMAN Hans-Jürgen Greif donne vie à une toile de Niklaus Manuel Page F 3 ____________ ENTREVUE Maryse Condé: voyage au bout de l’intolérance Page F 6 alon du livre de Québec ¦ JEAN-GUY KEROUAC/ MNBAQ L’explorateur Samuel de Champlain a publié des récits de voyage en 1603, en 1613 et en 1619.En 1632, il les reprend, mais en les modifiant.Le complot de Champlain Québec au cœur d’un salon CAROLINE MONTPETIT Les écrivains qui l’habitent en parlent chacun à leur façon.Ont pour elle une affection toute particulière.C’est souvent sur ses artères, dans ses parcs, dans ses maisons, que vivent et dorment leurs personnages, que se trament chacun de leurs drames.Elle est le témoin discret de leurs histoires, comme de celles de ceux qui les ont précédés.Parce qu’elle a 400 ans cette année, la ville de Québec est sur toutes les tribunes et sur toutes les bouches, au Salon international du livre de Québec, qui bat son plein ce week-end.Une foule de livres lui sont consacrés.Parmi ceux-là, mentionnons le magistral Québec, quatre siècles d'une capitale, lancé ce jeudi au Salon par les Publications du Québec.Signé de quatre historiens, Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, cet ouvrage présente d’abord Québec en tant que capitale de l’Amérique française, jusqu’à la Conquête de 1760.Il traverse l'époque au cours de laquelle Québec perd son statut de capitale du gouvernement colonial de Québec, avec la mise en vigueur de l’Union des deux Canadas, avant de redevenir capitale de la province, puis capitale du Québec moderne.«Si Québec était demeurée la capitale du Canada, écrivent les auteurs, toute l’histoire aurait assurément été changée.L’histoire constitutionnelle a fait d'elle la capitale d’un Etat membre d’une union fédérale, le seul majoritairement français de l’Amérique du Nord britannique.Dès lors, le destin de Québec s'est identifié à celui du Canada français, que sa capitale a protégé et accompagné dans sa recherche d’identité.» De facture encyclopédique, l’ouvrage présente une foison de détails, de tableaux.Son iconographie est soignée et abondante, et le grand public trouvera son compte à sa lecture autant que les spécialistes.Les historiens qui ont travaillé à cet ouvrage y relèvent une foule de faits jusqu’alors inconnus du public, notamment sur les relations de la population avec l’État.On y apprend aussi, par exemple, que Québec a failli perdre son titre de capitale au profit de Montréal en 1869, et qu’elle l’a maintenu de justesse, s’empressant de construire un parlement pour consolider son statut Québec, ville de fiction Mais la ville de Québec n’est pas faite que d'Histoire avec un grand H.De nombreux écrivains y vivent et y écrivent créant un corpus de textes qui rendent hommage à la vénérable capitale.Cette année, le Salon international du livre de Québec leur rend un hommage particulier.Marie Laberge en tête, ils sont nombreux à faire partie des invités d’honneur cette année.VOIR PAGE F 2: SALON Dans Champlain et les fondateurs oubliés, un ouvrage très costaud à tous points de vue, le jeune historien Mathieu d’Avignon remet en cause le statut de fondateur exclusif de Samuel de Champlain.LOUIS CORNELLIER k n ce 400' anniversaire de la fondation de Québec, le jeune historien Mathieu d’Avignon joue les iconoclastes.Dans Champlain et les fondateurs oubliés, un ouvrage très costaud à tous points de vue, il remet en cause le statut de fondateur exclusif de Champlain.«Pourquoi, demande-t-il, l’histoire et la mémoire ont-elles retenu le nom de Champlain comme étant celui du “fondateur’’ de Québec et de la Nouvelle-France?» La question surprendra peut-être les profanes, pour qui il s’agit là d’une affai- re réglée, mais elle trouve sa pertinence dans les écrits mêmes de Champlain, qui la suscitent L’explorateur, en effet, a publié des récits de voyage en 1603, en 1613 et en 1619.En 1632, il les reprend, mais en les modifiant Et ce que montre d’Avignon, c’est que ces modifications visent à le mettre en valeur sur deux plans.Dans cette dernière édition, Champlain présente «un récit exclusif de la fondation de Québec et de la Nouvelle-France» qui le dépeint «comme l’archétype du colonisateur français catholique», tout en négligeant le rôle, pourtant souligné dans les éditions précédentes, d’autres acteurs importants de la fondation.De plus, il fait disparaître la description de l’alliance franco-monta-gnaise de 1603, rapportée dans l’édition de cette même année, pour présenter «un récit de la fondation d’une colonie française et ca- tholique en “terres vierges"».En 1632, en d’autres termes, Champlain s’attribue non seulement le beau- rôle, mais le seul rôle principal, aux dépens d’autres personnages clés de cette fondation.En 1603, François Gravé, représentant du roi Henri IV, scelle une alliance avec Ana-dabijou, grand chef monta-gnais.Ce geste, peut-on présumer, rend possible la fondation de l’habitation de Québec en 1608, principalement réalisée par Champlain et Gravé, délégués de Pierre Dugua, qui «organise et finance» le tout L’histoire de Québec, en ce sens, commencerait en 1603 plutôt qu’en 1608 et aurait cinq pères fondateurs: Henri IV, Anadabijou, François Gravé, Pierre Dugua et, bien sûr, Champlain.En 1632, toutefois, ce dernier concocte un récit de fondation dans lequel les autres deviennent des figurants.La manœuvre sera fructueuse.Champlain, aujourd’hui encore, apparaît comme le héros de l’histoire.Pour d’Avignon, toutefois, il s’agit là d’un mythe, c’est-à-dire, selon la définition de Foulquié, d’un «fait historique du passé qui a subi les déformations de l’action fabulatrice de l’esprit», qui exige d’être déconstruiL Pour ce faire, le jeune historien se livre à une solide et passionnante analyse des écrits de Champlain lui-même, en insistant sur l’opération de réécriture menée en 1632, et à une analyse de l’historiographie consacrée au personnage, du XVIL siècle à aujourd’hui.L’objectif est de découvrir «comment ces auteurs conçoivent la contribution de Champlain à la fondation et comment ils représentent les “autres”» à la lumière des hypothèses précédemment formulées Nettoyer la statue Marcel Trudel, qui parraine cet ouvrage en le préfaçant avoue y retrouver l’inspiration qui l’a lui-même guidé dans VOIR PAGE F 2: CHAMPLAIN En 1632, Champlain s’attribue non seulement le beau rôle, mais le seul rôle principal, aux dépens d’autres personnages clés Salon international du livre de Québec Lire sans frontières: la francophonie 16 au 20 avril 2008 Centre des congrès de Québec www.silq.org .,vO WmmlimBïm WmmlimBïm * * 400 ans de francophonie : des accents d'Amérique aux accents du monde Québec HS I - ?LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2 0 0 8 F 2 LIVRES CHAMPLAIN SUITE DE LA PAGE F 1 son travail.«Mettre une sourdine aux chants lyriques en l’honneur de Champlain, offrir une perception plus exacte de l’homme, de ses hésitations, de ses contradictions, de ses erreurs, tout en décrivant la grandeur de vision, l’audace de l’action: c’est pour Ihistorien critique tenir un délicat pari», écrit-il.Trudel en sait quelque chose, lui dont les travaux ont mis en lumière le mariage d’intérêt de Champlain avec «une fillette», son programme plus commercial qu’agricole et son peu d’empressement dans l’entreprise d’évangélisation.«Chaque fois que j’ai ainsi dérangé, rappelle-t-il, on m’a joyeusement tapé dessus!» Aussi, il se réjouit, aujourd’hui, d’avoir trouvé en d’Avignon un épigone qui, tout en respectant le par-,cours de Champlain, «veut à son tour nettoyer me statue de ce dont les générations l'ont à tort surchargée».En 2003, Jacques Lacoursière affirmait que, si Champlain n’avait pas subi le travail de réévaluation à la baisse réservé, depuis la Révolution tranquille, à plusieurs grands personnages de notre histoire, c’était parce qu’il était «irréprochable».D’Avignon montre que, en formulant ce jugement l’historien populaire s’inscrivait dans la tradition historiographique majoritaire qui, depuis le XVIT siècle, chante sans réserve les vertus de Champlain.D’Avignon a relu les écrits de Lescarbot, des jésuites, de Sagard, de Sixte Le Tac, de Chrétien Le Çlercq, de Bacqueville de la Potherie, de Charlevoix, de Kahn et, plus près de nous, aux XIX' et XX siècles, 'ceux des Bibaud, Gameau, Ferland, Laverdière, Suite, -Dionne et Groulx.Conclusion: tous, presque sans ex-Iception, adhèrent à la version de l’histoire remaniée par ; Champlain en 1632 et en font le héros de la fondation.La place des autres ¦ Lescarbot, contemporain du grand homme, s'inspire de l’édition de 1613 et reconnaît donc les rôles de Gravé et de Dugua.Tout comme le jésuite Biard, il évoque l’alliance franco-montagnaise de 1603.Au XK* siècle, J-B.-A Ferland reconnaît l'importance «du protestant Dugua».C-H.Laverdière insiste sur l’alliance de 1603 et salue Dugua, alors que Suite, dans le même sens, fait une place à Gravé.Ce qui domine, toutefois, c’est l’image d’un Champlain fondateur exclusif et héros, ‘premier Canadien» et ‘premierpatriote», selon François-Xavier Gameau.En 1947, Léo-Paul Desrosiers «se démarque en abordant les premières alliances franco-amérindiennes», mais il rejoint le chœur pour chanter Champlain.11 faut attendre Marcel Trudel, dans les années 1950, pour voir «les autres» faire une entrée officielle dans l’histoire et voir Champlain redevenir un homme au lieu d’un mythe.D’Avignon remarque toutefois que cette déconstruction reste à mener puisque «certains auteurs continuent de l’encenser», comme Denis Vau-geois, par exemple, qui se demande, dans un ouvrage récent sur Champlain, si a «existé en Nouvelle-France un personnage plus complet dont l’action fut plus importante».Le débat n’est pas fini! D’Avignon, dans cet important ouvrage, ne veut pas dénigrer Champlain mais plutôt, comme le note Trudel, livrer «un portrait renouvelé et plus réel» du grand personnage, tout en reconnaissant le rôle des autres fondateurs de Québec, notamment celui des Montagnais.Dans ses Mémoires d’un autre siècle, Trudel écrivait que «Ihistorien qui, de nos jours, adopte une attitude critique en face [des héros de notre histoire] accomplit une démarche qui l’honore: il y a trente ans, il se mettait le revolver à la tempe».Souhaitons que, même en cette année anniversaire, le Québec d’aujourd’hui ait la maturité d’accueillir avec tous les éloges qui conviennent, serait-ce pour en débattre, la salutaire entreprise critique menée ici par un jeune et intrépide historien de grand talent louisco@sympatico.ca CHAMPLAIN ET LES FONDATEURS OUBLIÉS Les figures du père ET LE MYTHE DE LU FONDATION Mathieu d’Avignon Presses de l’Université Laval Québec, 2008,542 pages SALON MICHEL BOULIANE LIVRE-DISQUE QUÉBÉCOIS La vie de Champlain en paroles et en musique Francine Legaré Illustration* de FRANÇOIS GIRARD LES AVENTURES de Samuel de Conception et chansons : GAETAN K BRETON Accompagnée par UILLES PLANTE.MICHEL KOHI DOUX et des musicien* de LT.XSEMBJ E CLAUDE GERVAISE \ i* v ^ A ¦sm&ü .-.-i ¦ ,;7 2 -r.i lit iiyf*—; AVEC CD DK CHANSONS Conter fleurette Planète rel>elle SUITE DE LA PAGE F 1 Parmi eux, l’écrivain Esther Croft, qui gagnait tout récemment le prix de création littéraire de la ville de Québec pour son recueil de nouvelles Le Reste du temps, paru chez XYZ, dont plusieurs nouvelles se déroulent près du fleuve, dans une vieille ville, sans que celle-ci soit nécessairement nommée.Et il y a sûrement beaucoup de Québec dans les vols et les chants d’oiseaux que le poète Pierre Morency évoque, livre après livre, et qui sont encore présents dans son dernier titre, Amouraska, paru chez Boréal.A Québec, il y aura par ailleurs de nombreux écrivains étrangers cette année, puisqu'on s'y livre à une sorte d’apéritif pour le Sommet de la Francophonie.Parmi eux, mentionnons Patrick Chamoi-seau, de la Martinique natale du regretté Aimé Césaire.Ce samedi matin, à llh, Patrick Chamoiseau sera en conversation avec Antoni-ne Maillet sur le thème «De la Martinique à l’Acadie».La rencontre, qui sera animée par Danièle Bombardier, se déroulera sur la scène des rendez-vous littéraires.Au même moment, au café-rencontre BD, les auteurs de l’album commémoratif Québec, un détroit dans le fleuve, publié chez Caster-man, seront réunis pour une table ronde sur le thème «Québec en BD, BD à Québec».Il s’agit de Jimmy Beaulieu, de Pascal Gi- Esther Croft rard et de Philippe Girard.Pour ceux que la francophonie interpelle, une table ronde se tiendra ce samedi à 15h30 sur le thème «La francophonie: oui, le ghetto: non!», pour reprendre une phrase d’Alain Mabanckou, avec Herménégilde Chiasson, Paul Jacques, Michel Le Bris, Dany Laferrière et Monique Proulx.Pour plus d’information: consultez le site www.silq.org.Le Devoir YVES BERNARD Planète rebelle, par l’entremise de sa collection «Conter fleurette», qui place généralement le conte en avant-plan, vient de lancer Les Aventures de Samuel de Champlain, un livre-disque fort pertinent, bellement illustré par l’aquarelliste François Girard, célébrant à sa façon le 400e anniversaire de la Vieille Capitale.La création résulte d’une collaboration entre Gaëtane Breton et Francine Légaré.La chanteuse traditionnelle a écrit des chansons pour la première fois de sa carrière en s’inspirant du livre Samuel de Champlain, père de la Nouvelle-France (XYZ), qu’avait fait paraître Francine Légaré en 2003.L’écrivaine a simplifié l’histoire pour un public jeunesse et la porteuse de traditions a conçu un répertoire musical d’époque brillamment accompagné par Gilles Plante, Michel Robidoux et des musiciens de l’Ensemble Claude-Gervalse, des spécialistes du genre.Chanson de mensonges qui se termine en gavotte, légende montagnaise et motet, marche militaire dramatique, reel et contre-danse contagieux: les artistes donnent avec beaucoup d’acuité une autre vie à Samuel de Champlain.Tout jeune, Champlain entend les marins raconter des histoires d’ouragans, de pirates, de pêches miraculeuses et de monstres des mers.Devenu navigateur, il débarque pour la première fois le 3 juillet 1608 dans ce qui deviendra Québec, là où, comme le décrit la CAROLE TREMBLAY \ A l’occasion du 400' anniversaire de la fondation de la ville de Québec, la maison d’édiüon française L’école des loisirs a eu l’heureuse idée de rééditer les écrits de Samuel de Champlain.(On se demande juste pourquoi aucun éditeur québécois n’y a pensé.) L’ouvrage, qui vient tout juste d’arriver en librairie, paraît dans une version adaptée en français moderne dans la collection «Classiques abrégés».On retrouve donc maintenant le père fondateur de la capitale nationale en compagnie de nombreux autres immortels, comme Balzac et Dumas.Comme le souligne l’éditeur en quatrième de couverture, cette collection ne propose pas de ré- langue algonquine, «l’eau se rétrécit».Tout cela, de même que les autres passages de la vie palpitante de l’explorateur, est présenté par Francine Légaré avec une grande humanité.Tout y passe: les débuts de la colonie française, les alliances et les guerres avec les autochtones, les maladies et la famine, la vie avec sa jeune épouse, la défaite face aux frères Kirke et le retour à Québec jusqu’à sa mort Collaborateur du Devoir sumés, ni de morceaux choisis, mais le texte même, abrégé de manière à laisser intacts le fil du récit, le ton et le style de l’auteur.Le résultat est assez réussi, ma foi.L’écriture, d’une grande limpidité, a gardé un côté juste assez vieillot pour assurer la crédibilité des passionnantes aventures du célèbre cartographe.Bien sûr, il n’y a pas de montée dramatique et personne ne se marie à la fin; évidemment, les détails concernant les dates des départs et des retours pourront sembler un brin fastidieuses aux jeunes lecteurs, mais la description des étranges mœurs des Indiens (particulièrement leur cruelle imagination dans le domaine de la torture), les palpitantes scènes de bataille, le récit du complot pour meurtre et les LES AVENTURES DE SAMUEL DE CHAMPLAIN Francine Légaré Illustrations: François Girard Conception et chansons: Gaëtane Breton Accompagnement Gilles Plante, Michel Robidoux et des musiciens de l’Ensemble Claude-Gervaise Planète rebelle, «Conter fleurette» Montréal, 2008,64 pages (A partir de 8 ans) ESSE difficultés qu’ont dû affronter les premiers colons pour survivre aux rigueurs de l’hiver capteront à coup sûr leur attention.S’il faut, comme on dit, comprendre d’où l’on vient pour savoir où l’on va, aussi bien faire le voyage avec Champlain, un guide qui, par son courage, sa ténacité, sa curiosité, sa volonté de pacification et le regard critique qu’il portait sur le pouvoir des marchands, demeure décidément un bel exemple d’ancêtre.Collaboratrice du Devoir VOYAGES Samuel de Champlain L’Ecole des loisirs, «Classiques abrégés» Paris, 2008,238 pages LITTÉRATURE JEUN Les fabuleux voyages de Champlain racontés par lui-même Un texte abrégé êtes récits du grand découvreur Romanichels en format poche Noël Audet La parade Dans une prose satirique et bouffonne, Noël Audet met en scène des personnages truculents, aux ambitions démesurées.Vous ne verrez plus jamais de la même façon certains événements de notre histoire récente.roman, 204 p., 15$ Hélène Rioux Pense à mon rendez-vous Dix nouvelles, dix femmes et dix rendez-vous avec la mort racontés dans une prose lumineuse qui nous réconcilie presque avec la Faucheuse.nouvelles, 120 p.13$ Uck m- Hivuix I Vivnc: a mot) rcinU/MiüN *ËËiw.' Hélène Rioux 1 ! ' * i tic S «* ¦ I Traductrice de sentiments Éléonore, traductrice de romans sentimentaux, s’ennuie à traduire toujours les mêmes scènes.Elle décide de changer d’air et d'entreprendre, sur les côtes d’Espagne, la traduction de l’autobiographie de Leonard Mingh, tueur sadique, spécialiste de la « mort en direct ».roman, 176 p.15$ 1 _T 1 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 \l Mi t Téléphone : 5i4;525.2i.70*Télécopieur: 514.525,75.37 » iiiu-ui- Courriel: info@xyzedit.qc.ca*www.xyzedit.qc.ca LAURÉAT DU PRIX DE LA PRÉSIDENCE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE •il »I» •s.iff L’EMBARRAS DES LANGUES 'WmM 4#.lu qumt L'Embarras des langues est paru à l'occasion du 30e anniversaire de la Charte de la langue française.Cet excellent essai a été écrit pour les « enfants de la loi 101 », afin qu'ils sachent d'où vient la politique linguistique, sur quels principes elle est fondée, ainsi que le modèle de société québécôisë qu'elle propose aux anglophones, aux allophones et aux immigrants quand ils arrivent au Québec.Ce prix a été décerné dans le cadre de la Journée du livre politique au Québec 2008.Æ; QUÉBEC AMÉRIQUE CSL*" www.quebec-amerique.com Salut, poète ! Robbert Fortin 1946-2008 à travers ce qu’il a d’insaisissable l’être n’a pour se guider que cette petite lumière qui traverse sa nuit quand le feu mord ses cendres Les dés de chagrin, l’Hexagone, 2006 # l’HEXAGONE 4 F T : LE DEVOIR, LES SA M EDI 1 *1 E T I) I M A N C II K 2 O A V R I L 2 O O K ITTERATURE En avoir ou pas Danielle Laurin out de suite, on est là.Pas d’entrée en matière, pas de chichi.On ouvre Le Fils du Che et voilà: «En revenant de l’école, Alex trouve l'appartement vide.Pas normal, sa mère n’a jamais été absente sans avertissement.Pas de mot sur la table ni ailleurs, rien.» Le moins qu’on puisse dire, c’est que Louise Desjardins maîtrise l’art des débuts.L'art du condensé aussi.Quand on referme son roman, 170 pages plus loin, on est soufflé.Comment fait-elle?Pour dire tant en si peu de mots?Pour plonger à fond dans le trouble de ses personnages sans jamais en faire trop?Sans tomber dans le pathos, sans poser de jugement non plus.Un brin de dérision, au passage.Ça coule de source, on dirait On ouvre Le Fils du Che, et ça déboule.La mère ne tarde pas à rentrer, le drame attendu n’a pas eu lieu.Mais un autre drame se prépare, inévitable.Qui couve depuis longtemps.Bientôt la marmite va sauter.Imaginez un ado d'aujourd’hui.Enfermé dans son monde, cloué à son ordi.Un garçon sans pçre, qui en veut au monde entier.A sa mère, pour commencer.On le sent prêt à exploser.Lui-même s’étonne de son agressivité.D songe: «]e pourrais la tuer et elle ne s’en apercevrait même pas.Ça la soulagerait peut-être, elle dit toujours qu’elle n’en peut plus.Je le ferai un jour, je le ferai.Je la déteste.» Cette mère, à ses yeux, a tous les défauts.Mais ce qu’il ne lui pardonne pas, par-dessus tout, c’est son silence.Elle ne lui parle jamais de son père, qu’il n’a pas connu.Pourquoi les a-t-il abandonnés?Où est-il?Que fait-il?Tous les scénarios sont permis: «Des fois, je pense que c’est un révolutionnaire, qu’il est en prison.Peut-être aussi qu’il est très malade, handicapé, wathever.Que c’est pour ça qu’il ne veut pas me voir la fraise.Ou bien il est marié, ou bien trop célèbre, puis il peut pas avouer qu’il a eu un jils avec une autre femme.» Or ce père, justement, un Chilien d’origine, va réapparaître dans le décor.Et changer la donne.Donner sa version des faits.Batailler fort pour que soit reconnue sa paternité.Voilà le vrai drame qui se joue, dans Le Fils du Che.Chemin faisant, on en apprendra des vertes et des pas mûres concernant ce père absent Concernant la mère aussi.Personne n’en sortira indemne.Pas même la grand-mère, derrière.Ce sont les liens familiaux, et humains, que passe au peigne fin l’au-teure à travers eux.Avec ce que cela comporte de mensonges, de secrets, de trahisons.De luttes in- cessantes, de désirs inassouvis.Et de rêves brisés.La famille, le couple.La maternité, la paternité.Et le cercle intime versus la collectivité.Beaucoup de questions là-dessus, dans Le Fils du Che.Mais peu de réponses en bétoa Ça dépend des points de vue.Et les points de vue, ici, sont multiples.Ainsi, la grand-mère, à propos de sa fille qui rêve de se lancer dans le travail humanitaire: «Elle a les mains pleines de pouces, pas capable de gagner sa vie comme tout le monde, une éternelle étudiante, une mère sans allure.» A chacun $es faiblesses, et ses désillusions.A chacun de mesurer le fossé entre les beaux idéaux sur papier et la réalité.La fille, elle, pense ceci de ses parents qui l’ont élevée en brandissant la photo de Che Guevara et autres héros de la Révolution, dans les années 1970: «Ils étaient athées, mais au fond ils pratiquaient la plus exigeante des religions, celle du militantisme aveugle.» Et encore: «Ses parents voulaient tout avoir, tout faire, changer le monde, selon des principes d’absolue liberté qui valaient davantage pour les amis que pour la famille proche.» Bonjour les contradictions.Elle-même, devenue mère, n’a pas fait mieux pour son fils.N’a pensé qu’à son bien-être à elle, à sa petite personne, à ses principes, à sa sacro-sainte liberté.Résultat un fils qui lui est aujour-dliui inconnu.Qui lui en veut qui lui échappe.Bonjour la dépression.«f aurais peut-être dû me tuer.Je suis tellement peu douée pour la maternité.Peu douée pour l’amour, peu douée pour quoi que ce soit.» Le père n’est pas en reste, qui s’en veut d’être parti, d’avoir baissé les bras.Quand il fait le bilan de sa vie, c’est plein de trous, de manques, d’abandons.Et ce qu’il voit devant ne s’annonce pas très reluisant non plus.Tout ça ressemble à un beau fiasco.Ils sont tous là, avec leurs blessures, à s’entredéchirer.Ils sont tous butés.Incapables de communiquer.Chacun dans sa bulle, chacun dans sa détresse.Que va-t-il se passer?On s’attend à tout moment au pire.Qui va sombrer tout à fait, et quand?Qui va passer à l’acte, commettre l’irréparable?On est sur le qui-vive, tout le temps.On est au cœur de la seule chose qui importe peut-être vraiment A savoir: «Toutes les amours sont des remakes, comme de vieux films d’Hollywood ou une pièce de Shakespeare qu’on joue chaque fois avec de nouveaux costumes, de nouveaux décors, une nouvelle mise en scène, de nouveaux acteurs.Seul le texte reste le même avec ses mots tachés de sang et de sperme.» Qu’on se le dise: l’auteure de La Love s’est surpassée.Collaboratrice du Devoir LE FILS DU CHE Louise Desjardins Boréal Montréal, 2008,173 pages mm LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEL ARRIVAGE Illustrateurs canadiens Henri Julien : Album, Librairie Beauchemin, Montréal 1916.Edmond-J.Massicotte : Nos aituidiens d'autrefois, Librairie Granger frères, Montreal 1923.Pour plus d’information : 514-522-11848 1-888-522-8848 bonht‘urdoccasion@bellnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royaf) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le roman sous le verni de l’histoire Un an après La Bonbonnière, Hans-Jürgen Greif donne vie à une toile du peintre suisse Niklaus Manuel JACQUES GRENIER I.E DEVOIR Louise Desjardins CHRISTIAN DESMEULES Ce jour-là, en février dernier, les rues de Québec ressemblaient à des corridors où s’engouffrait un vent terriblement glacé venu du Nord, les préparatifs de la parade de la Haute-Ville allaient bon train, business as usual.Un vrai temps de carnaval pour rencontrer Hans-Jürgen Greif.Son nouveau roman, Le Jugement, le sixième titre de fiction de l’écrivain, s’appuie tout entier sur une toile du peintre bernois Niklaus Manuel, dit Deutsch (1484-1530), que Ton décrit généralement à la fois comme dramaturge, peintre, graphiste, réformateur et homme d’Etat suisse.Son Jugement de Pâris est aujourd’hui exposé au musée d’art de Bâle, troisième ville de Suisse.Le Jugement — celui de Greif — est donc l’histoire de la création de cette toile célèbre par le peintre, celle de sa vie à Berne, les bouleversements esthétiques, religieux et politiques qui s’annoncent Un fascinant travail de reconstitution qui donne à ce roman, gorgé de détails significatifs, d’odeurs et d’anecdotes, bien plus qu’un vernis d’intelligence.«Je connaissais ce tableau depuis au moins vingt ans», raconte-t-il dans son appariement d’un immeuble en hauteur du quartier Montcalm, à un jet de pierre du conservatoire de musique où il fait du «coaching» d’allemand auprès des étudiants en chant depuis le début des années soixante-dix.11 ajoute tout de suite: «Et je ne l’ai jamais aimé.» Un immense puzzle Ayant de bons amis à Bâle, où il ne manque jamais, au cours de ses visites, de faire un saut au Kunstmu-seum, l'énorme toile de Niklaus Manuel, l’une des pièces maîtresses du musée et Tune des premières œuvres qu’on peut y voir en entrant lui faisait chaque fois un drôle d’effet.Quelque chose dérangeait Hans-Jürgen Greif dans ce tableau, mais sans qu’il puisse l’identifier.Or, au cours d’un nouveau voyage il y a trois ans, il a essayé de lui donner une nouvelle chance.La date au bas de la toile —1517 ou 1518 — lui rappelait vaguement quelque chose, mais quoi?Luther, la Réforme, les «95 thèses» placardées sur les portes de la chapelle du château de Wittenberg.«D’un seul coup, j’ai su que je devais écrire sur ce tableau-là», confie l’écrivain, retraité de l’Université Laval depuis peu après y avoir enseigné durant 35 ans les littératures allemande et française.«C’est l’année où tout a basculé.Je crois que c’est l’année la plus importante dans l’histoire occidentale.» Tout s’est passé à l’intérieur de vingt ans: de la découverte des Indes occidentales en 1492 jusqu’à l’affichage en 1517 des fameuses thèses de Luther, qui ont déclenché un véritable phénomène.A Berne, par exemple, en une seule journée, toutes les églises ont été vidées, on y a brûlé autels, retables.Les objets de culte en or et en argent ont été fondus et transformés en monnaie.Cela ajouté à l’austérité réformiste, c’est ainsi que s’est formée en Suisse la vieille richesse.Tout un contexte qui revit dans le tableau de Deutsch.«f en ai donc fait IDRA LABRIE/PERSPECTIVE PHOTO Hans-Jürgen Greif est retraité de TUniversité Laval depuis peu après y avoir enseigné durant 35 ans les littératures allemande et française.sortir les personnages pour expliquer ce qui s’est fait à cette époque.» ¦ «f aurais pu appeler ce livre-là aussi m essai, mais ce n’était pas vraiment possible, il nous manquait trop d’informations.C’était comme un immense puzzle, dans lequel j’avais certains éléments mais où beaucoup d’autres manquaient.Tout ce qui me manquait, je l’ai complété par ce qui me semblait logique, et à la fin de la rédaction du roman, je me suis aperçu que tout se tenait.» C’est ainsi que, pour ce roman riche et minutieux, l’écrivain a dû inventer des détails, des dialogues, et même certains personnages, comme celui de Sophia, qui incarne la contrepartie intellectuelle du peintre.Souci de précision «C’est donc une nouvelle construction, mais qui est tout à fait logique avec ce que le peintre est finalement devenu.Et en Suisse, ce bonhomme-là est un personnage extrêmement important.» Mais les temps changeaient profondément En particulier au sud des Alpes, où la Renaissance italienne battait son plein, notamment en peinture.«Je serais très curieux, dans une autre vie, de demander à Niklaus Manuel: vous savez, j’ai écrit quelque chose sur vous.Vous vous reconnaissez ou pas?glisse-t-il en souriant J’aime beaucoup aussi ce jeu avec mon lecteur.L’amener sur des voies qui sont séduisantes.» Et pour cela, les détails ont leur importance.«lorsque j’écris, je veux toujours voir l’ensemble, pas seulement une partie.Il faut que ça sente quelque chose, il faut que ça goûte quelque chose; les gens mangent dans ce livre-là.» L’an dernier, en collaboration avec Guy Boivin, il publiait à pareille date un formidable roman intitulé La Bonbonnière (L’Instant même), un feu d’artifice de personnages extravagants ou tranquillement ordinaires, immortalisés par une plume précise, ironique et impitoyable.Un «roman en portraits» qui se servait aussi de l’Histoire — ou du passé — comme terreau.Im Bonbonnière, explique Hans-Jürgen Greif, a été le fruit d’une rencontre de hasard avec Guy Boivin.Quelqu’un dont il a fait la connaissance un matin d’hiver au gym.Son voisin de vélo stationnaire, féru de généalogie, se met à lui raconter l’histoire invraisemblable d’une famille qui s’éteint «Je lui ai dit: est-ce que vous savez que vous êtes assis sur une espèce de.trésor?» Huit mois plus tard, il reçoit un coup de fil, puis un gros paquet de fiches.«J’ai donc lu ça, poursuit-il.J’étais au désespoir.Il n'y avait pas d’odeurs, il n’y avait pas de couleurs.Il n'y avait rien du tout, c’était sec.Les simples faits.Au bout d’une quinzaine de jours, j’ai trouvé d’un seul coup le fil conducteur.C’était cette prédiction: le nom du père va disparaître.Et en même temps, j’a vais le fil conducteur pour la grande angoisse du Québec, celle de la disparition.» Il suffisait ensuite de mélanger les noms et les destins, de s’assurer que les gens encore vivants ne puissent plus se reconnaître, de mettre de la chair autour de l’os.«J’ai fait vraiment ce que j’appelle de la littérature, c’est-à-dire un processus de filtration extraordinaire.Mais sinon, tout est vrai», assure-t-il, aussi étonnant que cela puisse paraître pour qui a lu ce roman étonnant.«Un travail fou.» Le Jugement tout juste terminé, Hans-Jürgen Greit confie son plaisir de faire chaque fois quelque chose de différent «J’adore relever avec chaque livre m défi.Vraiment faire quelque chose d’autre.» Donc, pas de Bonbonnière numéro deux, l’auteur est catégorique: «J’ai fait ça, c’est terminé.» Collaborateur du Devoir LEJUGEMENT Hans-Jürgen Greif L’Instant même Québec, 2008,242 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 8 au 14 avril 2008 ROMAN OUVRAGE GENERAL S GIN Tome ET CONCOMBRE Rafaële Germain (Libre Expression) MILLÉNIUMT.1,T.2ETT,3 Stieg Larsson (Actes Sud) À L’OMBRE OU CLOCHER T.4 : AU.Michel David (Hurtubise HMH) JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS Dany Laferrière (Boréal) éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Alain Médam L’étonnement et la réflexion Retour vers la philosophie NOUVELLE TERRE Eckhart Toile (Ariane) \ I h i n >1 •* d a m lonmtnwnt m lu réflexion \Trw !« phi|(ilo»|'fo*- 216 pages, 23 dollars L’ENFANT DE NOÉ Eric-Emmanuel Schmitt (Livre de Poche) LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (Livre de Poche) Rj U VALSE LENTE DES TORTUES Katherine Banco! (Albin Michel) UNE BRÈVE HISTOIRE DU TRACTEUR.Marina Lewicka (Alto) MÊME U MAL SE FAIT BIEH Michel Folco (Stock) SOUTIEN-GORGE ROSE ET VESTON NOIR Rafaële Germain (Libre Expression) JEUNESSE U TALISMAN DE NERGAL T.1 Hervé Gagnon (Hurtubise HMH) NE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) U FILLETTE DISPARUE Dottl Enderie (ADA) Mj LES NOMBRILS T.3 : LES LIENS DE.Maryse Dubuc / Délai (Dupuis) LA MAGIE DU DIADÈME T.1 John Peel (ADA) TÉA STILTON T.3 : U CITÉ SECRÉTE Téa Stilton (Albin Michel) H LES CHRONIQUES DE SPIDERWICKt 1 Tony Di Terlizzi (Héritage) K » 1 ARIELLE QUEEN T.5 : BUNKER 55 Michel J.Lévesque (Intouchables) HARRY POTTER ET LES RELIQUES.J.K.Rowling (Gallimard) ASTÉRIX T.1 : ASTÉRIX LE GAULOIS R.Goscinny / A.Uderzo (Hachette) HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC T.5 Jacques Lacoursière (Septentrion) LE SECRET Rhonda Byme (Un Monde Différent) AVARD CHRONIQUE KJ François Avard (Intouchables) " LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT •' Eckhart Toile (Ariane) L’INDÉPENDANCE FINANCIÈRE GRÂCE.Jacques Lépine (Un Monde Différent) JE SUIS COMME JE SUIS :.Isabelle Nazare-Aga (De l’Homme) 400 ANS DE GASTRONOMIE A QUÉBEC Jean Soulard (Communiplex) PETITS TRUCS OE MARIE-JOSÉE.Marie-Josée Taillefer (La Semaine) LA COMMISSION BOUCAR POUR UN.Boucar Diouf (Intouchables) ANGLOPHONE A NEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) SIMPLE GENIUS David Baldacci (Vision) BV THE WOODS U Harlan Coben (Signet Book) REMEMBER ME?Sophie Kinsella (Bantam Dell) THE POWER OF NOW : A GUIDE TO.Eckhart Toile (New World Library) H THE CHILDREN OF HÙflM J.R.R.Tolkien (Harper Collins) THE OVERLOOK Michael Connelly (Vision) THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) THE 5n HORSEMAN James Patterson (Warner Books) carte-cadeau Du plaisir à la carti H^rchambault® f \ LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2 0 08 LITTERATURE Lacoursière et le cours de l’histoire Louis Hamelin .;¦[ e 10 avril, j’ai lu une lettre ouverte à Victor-Lévy HiH Beaulieu devant une trentaine de personnes rassemblées à l’enseigne des «Jeudis de la langue».J’avais l’impression d’avoir devant moi les premiers chrétiens.Des gens qui parlent encore de «Montréal français» et de la libération de la patrie comme s’ils ne lisaient jamais les sondages, n’avaient encore jamais remarqué que le ronron majoritaire dans lequel nous baignons était jus-, tement un sous-produit de .Ta technologie commune'qui rem-£ place la langue commune et permet £ de ramener la pensée au niveau » requis pour cliquer sur la bonne icône et télécharger un autre morceau de robot, de veau gras, de Viagra, de N’importe Quoi.Nous rêvons de loups mais, comme totem .de l’époque, le chien de Pavlov semble indélogeable.Une trentaine de personnes, donc, des croyants, encerclés de toutes parts par ce ronron majoritaire là, qui est un sous-produit du futur.Dans ma lettre à VLB, j’essayais de le dérider un peu, de l’amener à prendre les choses avec le sourire, parce que j’avais l’impression que la surexposition médiatique des derniers mois l’avait transformé en bonhomme Sept-Heures.Iris! une rumeur montréalaise le disait au bord du suicide! Faites donc comme votre Joyce, lui écrivais-je, et envoyez promener les vôtres au diable! Je me le représentais en train de bouffer deux ou trois Kodak avec un grand rire de Lustu-kru.Mais j’avais tort II ne feut jamais rire de la foi, la vraie.Mardi dernier, VLB a renoué avec une grande tradition, celle des Miron, des Perron, des Mongeau.Depuis quand, au fait n’avait-on pas vu un écrivain connu présenter sa candidature en vue d’élections?Renoué, aussi, avec une certaine époque, avec les années sauvages, l’Ere du Possible et les lettres de noblesse du politique.Le voici qui, comme don Quichotte, lâche les livres et s’avance dans le monde: «Ecoutez-moi, troupeaux de moutons, votre règne se meurt aujourd’hui!» La prochaine fois que je vous verrai passer avec votre bâton de pèlerin, monsieur, c’est avec une manière d’émerveillement que je vous lèverai le chapeau que je ne porte pas.Cela dit, l’espèce de vénération que je voue aux années soixante va finir par devenir suspecte.Quand je vois un homme tel que Paul Chamberland, croisé à un lancement de L’Hexagone, s’écarter de moi comme si j’étais le dernier des pépés radoteurs confits en nostalgie, il y a de quoi commencer à s’inquiéter.Surtout que ces fameuses sixties, après tout, je ne les ai même pas vécues, ce qui s’appelle vivre, trop occupé que j’étais à construire des huttes de branchages dans le bois de la Noune.Au Salon du livre de Trois-Rivières, il y a un an, je n’avais pas fait fuir Jacques Lacoursière avec mes théories pointues et mes régurgitations, oh tacaouère que non! J’étais, au mieux, un welter ou un poids moyen en face du champion toutes-catégories, pourtant je rendais coup pour coup.Un gros camion blanc est venu me porter son livre, le cinquième tome de L’Histoire populaire du ¦ /"'ri L’historien Jacques Lacoursière Québec.Un camion, un livre.Et au bas mot une tonne de gaz à effet de serre.Alors, en citoyen conscientisé, j’annule aussitôt mes trois prochains voyages au Mexique pour compenser préventivement.J’ouvre le livre au hasard et tombe sur devinez qui?Paul Chamberland.Terre Québec.Un titre qui sent ses années soixante autant que la soupe aux pois fait péter.Mais je veux bien croire que culture et politique se sont alors confondues au point de paraître devenir un même combat, j’ai piaffé d’impatience, je REMY BOILY l’avoue, pendant l’introduction rédigée par Denis Vaugeois et ses copieuses énumérations d’œuvres et d’artistes: les boîtes à chanson, Pierre Calvé et ses bateaux qui s’en vont, le Vigneault première manière.Le foisonnement culturel sans précédent des années 60 appartient sans conteste à l’histoire, ce qui veut dire qu’il vieillit plus ou moins bien.Alors que pour la politique, c’est le contraire: devant la formidable charge de cavalerie citoyenne que fut cette décennie, c’est nous qui vieillissons plus ou moins bien.Et il est sans doute symptomatique que le dernier ouvrage de Lacoursière (que j’ai lu au grand galop, toujours aussi fasciné par le spectacle de cette société entrée en beau jouai vert comme en transe, de tous bords tous côtés) ne commence véritablement, pour moi, qu’au début du second chapitre, avec l’apparition du petit bonhomme à moitié chauve qui, au nom du bien commun (imaginez-vous), va débrancher les grands trusts féodaux de l’électricité et foire passer le courant dans toute une nation.Aujourd’hui, 99,99 % de la classe politique fait dans ses culottes à l’idée de nationaliser ne serait-ce que des toilettes publiques, mais elle a sa propre idée du bien commun: mont-tremblantisation du paysage et pokerisation de notre économie.La lecture de cette histoire populaire convainc aisément que nous vivons encore, d’une certaine manière, dans les années soixante, et pas seulement à cause des baby-boomers qui font de l’ombre à la génération X qui fait de l’ombre au chromosome Y qui fait de l’ombre à Michel Brûlé (éditeur, concepteur de plaques commémoratives, etc.).Indépendance avec ou sans projet de société?Relisons, avec Lacoursière, l’éditorial «L’œuf ou la coquille» paru sous la signature de Gérard Pelletier dans La Presse du 21 octobre 1961: c’était déjà l’œuf ou la poule.Quant au premier mouvement indépendantiste, l’Alliance laurentienne, il aura pour slogan: «Dieu, famille, patrie».Ensuite arrivent Raoul Roy, l’oncle de Christian Mistral, et surtout le RIN, plus révolutionnaire et socialiste.Presque un demi-siècle plus tard, le Parti québécois porte encore, comme sa tache originelle, la trace de ces tiraillements.Mais la preuve que les années soixante ne sont pas terminées se trouve surtout dans la manière dont Lacoursière aborde les événements d’octobre, supposément le coup d’arrêt définitif de la Révolution tranquille.Sur le sujet de la mort de Pierre Laporte, plutôt que de trancher entre deux thèses (l’exécution; l’accident), l’historien se contente de poser, en rafales, une série de questions qui reprennent l’essentiel des doutes jadis émis par Pierre Vallières sur cette affaire.C’est la première fois qu’un historien «établi» reprend ainsi le flambeau des mains des polémistes, et il faut lui en savoir gré.Mais Lacoursière nous montre aussi les limites de sa méthode interprétative, qui est celle de toute histoire officielle.Caries questions qu’il soulève s’arrêtent exactement là où commence l’histoire secrète, qui existe elle aussi, n’en doutez pas.Sur une célèbre photo prise pendant la Crise d’octobre, on-voit Robert Bourassa, voûté, visage soucieux, flanqué de Robert De-mers, son négociateur, et de quelques autres.Fermant le cortège, un homme à l’aspect sévère, lunettes de corne, cheveux en brosse, regard glacial de poisson des grandes profondeurs.Paul Desrochers, alias le Colonel, alias Papa Doc, l’ancien des services secrets, ce jour-là, évoque précisément cette image trouble: un poisson dans l’eau.C'est-à-dire là où l’histoire des historiens refuse en général de s’aventurer.hamelin loCasym pati co.ca HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC, 1960 À 1970 Jacques Lacoursière Septentrion Sillery, 2008,456 pages LA PETITE CHRONIQUE Romans de la prostitution Gilles Archambault Il est impossible de s’intéresser à l’histoire sans accorder une attention raisonnable au phénomène de la prostitution.L’amour tarifé est indissociable de l’histoire des mœurs.Un joli monde, sous-titré Romans de la prostitution, réunit des romans, des nouvelles, des documents d’époque qui qnt été écrits entre 1840 et 1914.Etablie et présentée par Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grosjnowski, ; cette édition parue dans la collection «Bouquins» chez Robert Laffont, nous en dit long sur la misère morale et matérielle d’une société, en l’occurrence la ; française.Rien ne laisse croire qu’il en a été autrement ailleurs à la même époque.Des écrivains, et parmi les meilleurs, ont chanté le charme ; » de liaisons passagères et la déchéance vite atteinte des filles qui se livraient au négoce de la chair.Zola, Huysmans, Edmond de Concourt, Maupassant, Charles-Louis Philippe, Léon Bloy, tant d’autres.Pour échapper à la censure, on n’allait jamais au-delà de certains paramètres.I^i prostituée finissait presque toujours par aboutir ; ?à la détresse finale.Entrant dans • £ la prostitution vers sa seizième £ année, conduite par un protecteur, soutenue par l’appétit du vieri i brairie ?bistr gain facile, elle ne tardait jamais à succomber aux assauts d’une maladie vénérienne qui finissait par l’emporter.La morale était sauve.Ce qui n’empêchait pas les auteurs de ces fables misérabilistes de fréquenter eux-mêmes les bordels, ainsi que nous l’apprennent leurs correspondances, leurs journaux et leurs carnets.On trouve dans la présentation de l’anthologie des propos de Huysmans ou d’Edmond de Concourt qui en disent long sur la misogynie qu’ils prônaient.On ne lit pas La Fille Elisa, Marthe, Bubu de Montparnasse ou Chair molle sans être rapidement lassé de la petitesse et de la mesquinerie de ce monde-là.La femme ne peut échapper à son destin de pourvoyeuse de plaisirs faciles que si elle est d’une certaine classe sociale et si, surtout, elle est mère.Autrement, la misère et l’ignorance la pousseront tôt ou taril vers le trottoir ou le bordel.A elle appartiendra d’initier à l’amour les fils de bourgeois ou d’ouvriers en attente d’émois.Bien sûr, elle pourra connaître à l’occasion un client généreux.Lequel, au reste, ne manquera pas de l’abandonner, thème facile à exploiter pour le romancier à la fois en quête de ventes et craintif d’éventuelles poursuites pour atteinte aux bonnes mœurs.Si bon nombre de ces romans paraissent sortis d’un même moule, il n’en reste pas moins Parlons sciences Les transformations de l’esprit scientifique Olivieri Au cœur des idées Mardi 23 avril à19h00 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Yves Gingras Yanick Villedieu Que sait-on vraiment de la science ?Des sciences ?De la méthode scientifique ?Des instruments de la science ?Des nombreuses controverses qui ont marqué son histoire, du XVIIe siècle à nos jours ?La science fait-elle partie de la culture ?Les scientifiques peuvent-ils croire en Dieu 7 Ce sont ces questions et bien d’autres encore que le journaliste Yanick Villedieu aborde avec l’historien et sociologue des sciences Yves Gingras.Parlons sciences Éditions du Boréal, 2008 que la lecture de certains est instructive en ce qui concerne la vie quotidienne à Paris au dix-neuvième siècle.Lorsqu’ils ne se livrent pas à la pratique de l’amour, les personnages se promènent dans la ville, parlent, font état de leurs préoccupations, de leurs rêves.Cette facette du récit vieillit moins facilement que la description vite répétitive des ébats.Même si les nouvelles de Mau-passant échappent à une routine lassante, le lecteur n’aura probablement pas le désir de retourner à ces livres qui en leur temps connurent parfois le succès.Il pourra relire Nana.Mais tous les romanciers ne sont pas Zola.Il est probable qu’il se dise, comme moi, que cette époque était plutôt triste.Et qu’on méprisait allègrement la femme en même temps qu’on célébrait les valeurs de la patrie et d’une virilité imbécile.En résumé, un travail d’édition impeccable, une sélection de textes hautement représentatifs, mais pourquoi avoir choisi en page couverture une photo aussi laide?Pour faire vendre?Avec moi, ce seraiLraté.Collaborateur du Devoir UN JOLI MONDE Romans de la prostitution Édition de M.Dottin-Orsini et D.Grojnowski Robert Laffont coll.«Bouquins» Paris, 2007,1116 pages EN BREF Nouvelle revue XXÎ «100 % d’inédit, 0%de publicité», c’est la devise de la revue trimestriel le XXI (comme dans XXI' siècle), dont le premier numéro a atterri en librairie le mois dernier.Magazine d’actualité composé d’enquêtes et de reportages, présenté sous une forme éditoriale inspirée du «narrative writing» de certains magazines américains, XXI compte des journalistes, des photoreporters, mais aussi des romanciers et des auteurs de bande cjessinée pour alimenter ses pages.A signaler chaque numéro aura un reportage présenté sous forme de bédé.Au menu de cette intéressante revue, qui propose aussi un site Web (unmleblogde21.com) qui offre des contenus inédits: un dossier sur la Russie d’aujourd’hui (intitulé «Le dollar et le marteau»), comprenant un portrait fascinant de l'écrivain russe Edouard limonov signé par Emmanuel Carrère, de même que des textes inédits de la journaliste assassinée Anna Polit-kovskaïa.Aussi: une enquête sur le philosophe Michel Onffay («Le prêcheur laie») et une «histoire vraie» du numéro 2 de HRA par Soij Chalan-don (Prix Albert Londres en 1988), journaliste au quotidien libération.-Le Devoir Ç A I S E La chronique douce-amère d’Annie Emaux GUYLAINE MASSOUTRE Dans le débat qui agite la littérature francophone contemporaine, la production française, pourfendue pour son narcissisme, son nombrilisme, cherche sa francité.Qu’on en rejuge depuis ses marges, dans un nouveau et stimulant numéro de L’Atelier du roman, le 53', qui est consacré à la francophonie littéraire.Au hasard d’heureuses formules, ceci: «L’universel, c’est le local moins les murs», du Portugais Miguel Torga.A cet esprit de manifeste semble répondre, de façon intéressante, Les Années d’Annie Ernaux.Dans ce récit hors genre, l’autobio-graphe superstar donne une énergique chronique de cinquante années, jusqu’à nos jours.Essai à la surface du temps vécu, mémoire soucieuse du collectif comme de l’écrivain, Les Années interpelle le souvenir de mille faits exposés au miroir de l’idéologie.La pensée ex-plosée dépose son bilan.Faillite, donc?Quelques mots de José Ortega y Gasset donnent d’entrée lheure juste: «Nous n ’avons que notre histoire et elle n’est pas à nous.» Avec sa simplicité coutumière, Ernaux ramène la génération nombreuse d’après-guerre, la sienne.Démonstrative et impudique, elle oppose ses mots aux ratés de la réussite et du bonheur.La littérature prend sa revanche.Aux combats féministes, aux consensus médiatiques, aux élans de consommatrice, elle donne une attention minutieuse.C’est une archéologue du collectif, parisienne, élégante dans les moindres détails.Économe dans son verbe, mais riche de milliers d’images, Les Années se feuillette agréablement J’ai vécu, j’étais là, je m’en souviens, et vous aussi: «Ce ne sera pas un travail de remémoration, tel qu’on l’entend généralement, visant à la mise en récit d’une vie, à une explication de soi.Elle ne regardera le monde en elle-même que pour y retrouver le monde, la mémoire et l’imaginaire des jours passés du monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet, qu’elle a connus», parce que le monde ne cesse de changer.Une histoire des mentalités Duras est là, tout près d'elle, avec son écriture blanche.Que les écrivains de Minuit qui en ont perdu la magie, l’envient! Rien n’empêche toutefois de remettre en question les clichés d'une telle éphéméride.À quoi bon la leçon d’histoire, la fresque d’un de ces rassemblements que les Parisiens adorent, sur les Champs-Élysées, à Annie Ernaux la Bastille ou à la République?Parce que, justement, c’est Paris.La monstrueuse foule de chaque individu pense à ce qu’Ernaux raconte.Cette «autobiographie impersonnelle», ces «années» en reflètent les conversations, les tons, les allures, les préoccupations — bourgeoises, évidemment «Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais.» L’héritage, sauver les meubles avant l’avalanche; soi et tous ses symboles, ses mots, ses brides de pensée, ses convictions.Cette vastitude vaine, cette énumération inépuisable, Borges l’a passée au crible de l’humour.Ernaux a moins d’imagination, mais plus de vie immédiate.En metteure en scène du quotidien parisien, elle propose son installation langagière.Elle fait un barrage au temps, avec son matériau devenu espace, dans lequel le lecteur a la liberté de se promener.Paris luxe, Paris images, Paris mots.Flash Sagan, par exemple, Bonjour tristesse: «La possibilité d’un monde sans péché s’entrouvrait.Les adultes mm suspectaient d’être démoralisés par les écrivains modernes et de ne plus rien respecter.» Les filles et les garçons.Les chansons et les films.Les romans.L’ivresse et la vitesse.La province, Paris, années cinquante, soixante.Des vagues d’espoir pour la gauche, Mai 68, puis le ressac, et la marée des quatre-vingt puis Sarkozy.Ijes Années se rappelle l’actualité, les mentalités.Paris est devenu lilli-put, un noyau d’où les lignes aériennes jaillissent vers le monde.Verrue sur la terre pour les uns, joyau pour d’autres, la ville dense et dure vit en rangs serrés, de ses rumeurs, de ses conversations entendues, presque homogènes.«Je», «elle», «on» et «nous» font ensemble un monde en marche, une rumeur de conscience qui gronde.C’est ainsi que défilent ensemble le général el le p;u1iculier.JACQUES DEMARTHON AFP Témoignages et société Ernaux plonge dans les consensus de l’intelligentsia de gauche.«Im profusion des choses cachait la rareté des idées et l’usure des croyances», écrit-elle en écho à Perec.1968, elle y revient ConMil dM Arts du Canada Canada Council for the Art* Académie des lettres du Québec www.acadcmiedcslcttresduquebcc.ca m| CAROLINE MONTPETIT Il y a très longtemps, Katherine Pancol a vécu près de deux sœurs.L’une était extrêmement jolie et l’autre, beaucoup moins.La première écrasait la deuxième.Puis, un jour, bien des années plus tard, Katherine Pancol a appris que la plus jeune des deux s’était suicidée.Cette histoire n’a absolument rien à voir avec La Valse lente des tortues, le dernier succès de l'écrivaine française Katherine Pancol, de passage chez nous pour le Salon international du livre de Québec.Mais c'était le point de départ des personnages d’iris et de Joséphine, qui sont au cœur de ce livre et qui sont deux sœurs complètement différentes l’une de l’autre.En fait, ces deux personnages ont pris naissance dans le roman précédent de Pancol, Les Yeux jaunes des crocodiles.Iris, mondaine et jolie, rêve d’écrire un livre.Mais c’est Joséphine, spécialiste du Moyen Âge, plus modeste et plus discrète, qui récrit.Le pacte conclu entre les deux sœurs ne tiendra pas et Iris sombrera dans une profonde dépression.Mais l’histoire de La Valse lente des tortues dépasse de loin la relation entre ces deux femmes.On y croise allègrement, sur plus de 600 pages, des tueurs en série comme des adolescents en quête d’eux-mêmes, des maris qui ressuscitent et des désaxés en liberté.La Valse lente des tortues n’est pas un roman autobiographique.Pas plus d’ailleurs que Les Yeux jaunes de crocodiles ne l’était C’est ce qui a changé dans la façon d’écrire de Katherine Pancol au cours des dernières années.En entrevue, elle dit qu’en s’inspirant moins de sa propre histoire, eDe écrit de façon plus universelle.Et, en fait, les chiffres de ventes de ses livres, qui ont littéralement explosé depuis les deux derniers tomes, auraient tendance à lui donner raison.Reste que la romancière s’inspire de gens qu’elle a déjà croisés dans la vie réeÛe.Au sujet des tueurs en série, elle dit par exemple, de façon désinvolte: «J’ai connu deux “serial killers”, pas vous?», avant de replonger le nez dans la tisane qui soigne son extinction de voix.Si on la croit, Katherine Pancol semble en effet ne pas avoir eu ime vie de tout repos.À16 ans, elle vit seule à Paris.Et à 24 ans, alors qu’el-le habite rue du Bac et travaille connue journaliste, elle rencontre Romain Gary, son voisin.«C’était la seule personne qui s’intéressait à mon chien, qui était très laid», raconte-t-elle.Déjà, à cette époque, elle travaille comme journaliste, et l’éditeur Ro- CATHER1NE GUGELMAN AFP «i Katherine Pancol bert Laffont remarque sa plume et la presse d’écrire.Mais c’est à Romain Gary qu’elle fait lire en premier le manuscrit de Moi d’abord, qui sera finalement jjublié au Seuil.«A l’époque, on m’aurait dit que j’allais devenir écrivain, j’aurais hurié de rire», se souvient-elle.Elle quitte ensuite Paris pour New York, où elle vivra longtemps et où elle puisera un certain pragmatisme dans l’écriture, absent en Érance, où l’écriture est plus «intellectuelle», dit-elle C’est au terme de ce séjour, alors qu’elle rentre en France pour accoucher de son premier enfant qu’elle se rend compte qu’elle est foncièrement française et que la culture de son pays lui manque énormément Depuis, elle se promène beaucoup entre les deux continents et connaît bien le Québec, en particulier la ville de Québec où sa mère a déjà travaillé comme institutrice.Aujourd’hui, quelque 13 romans plus tard, elle dit que la réalité et la fiction se mêlent dans sa vie de romancière.Par exemple, la fille de Joséphine, son héroïne, qui s'appelle Hortense, étudie à Londres.Mais c’est après que ce personnage a été créé que la véritable fille de Katherine Pancol a choisi d’aller étudier à Lindrcs, sa mère ayant, pour les fins de son roman, fait quelques recherches sur les établissements d’enseignement londoniens.Et c’est ainsi que Katherine Pan-col se prépare à pondre peut-être un troisième tome à cette envolée dont Joséphine est le personnage pivot.Même si elle affirme ne pas décider elle-même de ce qu’elle écrit et de ce qu’elle écrira, se laissant guider par l’inspiration, de sa maison de Normandie.Le Devoir LA VALSE LENTE DES TORTUES Katherine Pancol Albin Michel Paris, 2008,685 pages YMOND WILLI Puiîlfru :tï U J JJ Flammarion « Se lit comme un polar.J'ai commencé à le lire et je n'étais plus capable de le lâcher.» Danielle Laurin - SRC « Il a nettoyé le mythe et il rend justice à cette femme, avant-gardiste, à qui on a prêté, à tort, le visage de la déchéance.» Manon Guilbert - Lefourna/de Monfréa/ «Ça se lit comme un thriller.» Denis Lévesque - LCN et TVA Flammarion ENQUÊTE LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2 0 0 8 KJ» LIVRES Entrevue avec Maryse Condé Voyage au bout de l’intolérance LISE GAUVIN Le dernier roman de Maryse Condé, Us Belles Ténébreuses, qui vient tout juste d’arriver au Québec — avant sa diffusion française, semble-t-il —, s’ouvre sur un attentat terroriste qui a anéanti un lieu nommé Dream Land, un complexe hôtelier de luxe.C’est là que travaille Kassem, un Français né à Sussy, près de Lille, de père guadeloupéen et de mère roumaine.On chercherait en vain où se trouve Dream Land exactement On apprend tout au plus que l’endroit est situé quelque part en Afrique, dans «un de ces pays de soleil assombri, hélas! par la dictature de leur Président à vie, dont les habitants, las de crever de faim à petit feu, viennent trouver une mort plus rapide dans les incendies des tbudis de Paris».On peut cependant reconnaître dans les noms de lieu évoqués, Samssara et Porto Ferraille, une allusion à Samsarra (Irak), à Porto-Novo (Bénin) ou à Tableau ferraille (banlieue de Dakar).Mais le pays dont il est question dans ce roman reste à dessein énigmatique, trop reconnaissable ùans son fonctionnement pour être identifié à un seul Etat Enigmatique, le héros principal l'est également.Qui suis-je?ne cesse-t-il de se demander sur tous les tons et dans des situations plus dramatiques les unes que les autres.Un expatrié, Kassem?Pour s’expatrier, .il faut posséder une patrie, et lui «n’en possédait pas».•Qui plus est, son prénom est aussi source d’ambiguïtés, car on le prend pour un Arabe et un musulman cdors qu’il n’en est rien, du moins au début de son aventure.Son père, Kellermann Mayoumbe, avait décidé d’utiliser la lettre K pour chacun des prénoms de Ses sept enfants.Et c’est ainsi qu’après avoir choisi Kellerman jr, Kléophas, Karloman et Klodomir, il en était arrivé à Kassem.En Afrique, Kassem décide de se convertir à la religion musulmane, cherchant par là à coïncider avec une identité qui ne cesse de lui échapper.Car on l’aura compris, ce héros est un antihéros, incapable de se situer dans un monde encore mal adapté aux appartenances multiples.L’identité aujourd’hui Est-ce à dire qu’il n’y a pas de place pour le métissage dans la société contemporaine et pour ceux qui, comme Kassem, sont dits de «seconde génération»?Selon Maryse Condé, invitée au Salon du livre de Québec, il n’y a surtout pas de place pour les individus «qui cherchent leur identité par la revendication d’un lieu d'origine, d’une cohérence historique ou d’une justification généalogique.Il faut la chercher aujourd’hui à travers des critères différents.Kassem cherche son identité dans des termes qui ne sont plus ceux du monde actuel.Quand je rencontre de jeunes Antillais nés en France, ajoute la romancière, ils se soucient peu de savoir ce qu’il en est de la Guadeloupe.Ce que j’ai considéré comme essentiel leur paraît secondaire.D’une certaine façon, Kassem est un peu moi, qui ai cherché mes origines jusqu'en Afrique.Mais ce n’est pas le problème des jeunes aujourd’hui».Puisque toutes les identités sont «usurpées» ou «imposées», si l’on en croit les personnages du roman, y aurait-il une façon de concevoir une identité heureuse?«Oui, répond Maryse Condé, à condition d’être soi, pour soi-même, et de ne pas demander aux autres de l’accepter.Mais le malheur, c’est qu’on a besoin de la reconnaissance des autres.» Kassem n’est pas seul à évolqer à travers les mille et une péripéties de ce roman.A ses côtés se trouve Ramzi, sorte de gourou des temps modernes, faux médecin sachant tirer parti de toute circonstance, bien décidé à demeurer dans le clan des exploitants plutôt que dans celui des exploités.Pour ce faire, il exerce le métier d’embaumeur ou de «pareur de morts» avec un zèle inégalé, quitte à provoquer des épidémies pour augmenter le nombre de ses clients.Ou de ses clientes, car il préfère les jeunes filles, ces belles ténébreuses qui donnent son titre au livre et qu’il envoie sans scrupule dans l’au-delà.Kassem est attiré par ce double maléfique qui représente une certaine image du pouvoir auquel il n’accédera jamais.Pensée unique L’un et l’autre quittent l’Afrique pour la France, puis pour les Etats-Unis, où ils s’étonnent de trouver à New York autant de gens parlant français.Mais dans chacun des continents fréquentés persiste le même rejet de ce qui ne correspond pas aux modèles convenus.Et Kassem de se retrouver plus d’une fois accusé de fautes dont il est innocent et objet des pires sévices.«Nous vivons dans un monde qui tente d’imposer une pensée unique, observe Maryse Condé, et cela se vérifie aussi bien à New York, ville cosmopolite s’il en est, que partout ailleurs.» Devant une telle montée de l’intolérance, que peut la littérature?«Il y a trois ans, je ni ’étais dit que je cesserais d’écrire, avoue la romancière.Mais quand on est écrivain, on ne peut s’empêcher d’écrire.Dans un monde où la réalité dépasse souvent la fiction, où arrivent des choses pires que tout ce qu’on peut imaginer, je me pose toujours la question: à quoi sert le roman?» Cette leçon des ténèbres est le portrait sans fard d’un monde à la dérive, ce village global impitoyable dont il émerge pourtant, au hasard des rencontres, quelques rayons de tendresse et d’humanité.Collaboratrice du Devoir LES BELLES TÉNÉBREUSES Maryse Condé Mercure de France Paris, 2008,293 pages e C.HÉLIE ¦kv v' r- «Nous vivons dans un monde qui tente d’imposer une pensée unique, observe Maryse Condé, et cela se vérifie aussi bien à New York, ville cosmopolite s’il en est, que partout ailleurs.» ESSAIS QUÉBÉCOIS BÉDÉ La question autochtone expliquée aux Québécois Tour de char et coupes à blanc DALIE GIROUX Entre la crise d’Oka et les aléas de l’Approche commune, peuplé de figures de contrebandiers, de Warriors, de chasseurs et autres bénéficiaires profitant d’avantages indus, animé par la méfiance politique ou l’indifférence, force est d’avouer que l’imaginaire québécois des relations avec lès peuples autochtones est plutôt sombre.Il faut également avouer que les Québécois connaissent très mal la question autochtone, tant dans ses dimensions historiques et juridiques que politiques.DeKebec à Québec, un livre écrit par Eric Cardinal, présente une tentative de remédier à cette méconnaissance et, éventuellement, aux conséquences de celled dans la perception que les Québécois ont des peuples autochtones.Dans les faits, et sous prétexte d’éclairer un dialogue entre peuples québécois et autochtones incarné par les figures de Denis Bouchard et Ghislain Picard (qui lignent également le livre), l’ouvrage offre pratiquement — et bien que l’auteur s’en défende d’emblée — un cours condensé d’introduction aux questions au- -il ni \'!$ nt) ix h vrï?noir C ARDIN U.
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