Le devoir, 20 mars 2004, Cahier F
DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MARS 2004 L E É’MAN COIS Un premier roman drôle et acéré de Stéphane Dompierre Page F 4 Le pays de Sam vu par Barbara Ehrenreich Page F 9 LE DEVOIR *11 pays, n’a jamais couché avec une femme.Malade de peur dans l’appareil qui l’emporte au-dessus de l’Atlantique, il fait la promesse à Changé (divinité vénérée du syncrétisme cubain) de surmonter son impuissance avec les femmes — un déficit qui le rend «radicalement malheureux».Catapulté des moiteurs cubaines jusqu’aux cruautés extrêmes de l’hiver de Sibérie, au beau milieu d’un immense «Carré blanc sur fond blanc» de Male-vitch, Bârbaro explose: «Me caaagooo en Diosy en mi sueeer-te!» («Je chiite sur Dieu et sur mon sort!»).Dans cet enfer blanc où le fleuve Amour prend des airs de Styx, glacial, inhumain, intraitable, le journaliste est la cible de tous les regards et de tous les fous rires: «Il ne pouvait supporter que ces sauvages l'examinent ainsi, comme si c'était lui le sau- un récit bouleversant, porte par un souffle narratif magistral t.; Manon irépanier, Librairie AHre vage.» Car pour cette bande de «morses» qui jouissent presque du froid, Bârbaro est l’étranger absolu: Noir et Cubain.L’humour de Jesüs Diaz frappe sans jamais tomber dans la caricature: quelques beuveries systématiques «à la russe» entrecoupées d’une désopilante scène dans les bains publics — digne de figurer dans une anthologie.Mais il y aura l’amour, forcément.Et forcément malheureux.J1 aura pour objet la belle Nadedja (hommage à la Nadja de Breton, mais aussi à l’épouse du poète Ossip Mandesl-tam), interprète et guide attitrée de Bârbaro, qui est aussi blonde que lui est noir.Même si la jeune Sibérienne est condamnée à ne lui offrir qu’une froideur bureaucratique, la passion viendra peu à peu fissurer toutes les résistances — n’en disons pas trop.Et si Dieu était Jesüs Diaz est mort en exil en 2002 à Madrid, alors qu’Infante est exilé à Londres depuis 1961 une femme?entrevoit un Bârbaro emporté de plus en plus loin par la passion.Oui, c’est bien cela, «il était elle, et lui l’avait connue, et personne ne pourrait jamais rien lui reprocher.Ni Changé, ni sainte Barbara, ni son père, ni le Général, ni le Dieu des Russes lui-même».C’est ce qu’il se dit avant d’être emporté par une double pneumonie — doublement heureux d’avoir connu l’amour avec une femme et d’avoir respecté sa promesse.Une histoire qui emporte son lecteur jusqu’à la fin, dans un tourbillon de gaieté triste mêlée de dérision parfaitement distribuée, bien cubaine, légèrement désenchantée.Un formidable roman.Fragments d’un paradis perdu «Si le jour se lève, nous partons»: cette courte phrase tirée des Ca- prices de Goya sert d’exergue et de programme à Premières lueurs du jour sous les tropiques.Un petit livre de fragments en forme de sensations et d’images puisées à même l’histoire sanglante de Cuba.Si chez Jesüs Diaz le sang bout dans les veines, ici il se répand dans les rues, dans les coulisses des palais où se succèdent depuis toujours les régimes et les révolutions.L’auteur de Trois tristes tigres et de La Havane pour un infante défunt (Gallimard, 1970; Seuil, 1985), exilé à Londres depuis 1961, distille moins de son humour habituel et de son irrévérence «néo-baroque» dans cette œuvre écrite en 1974.C’est plutôt l’Histoire sans noms propres, comme une longue suite d’épisodes presque anonymes de la chronique cubaine: extermination des Indiens, exploitation espagnole, joug anglais, guerres d’indépendance, «liberté» américaine, guérilla révolutionnaire, tentatives contre-révolutionnaires et épurations castristes, puis «balseros».Naufragés de l’amour ou des espoirs déçus, ils traînent derrière eux une ombre qui ne les quitte pas: «Cette longue île triste et malheureuse, écrit Cabrera Infante, sera encore là après le dernier Indien et après le dernier Espagnol et après le dernier Africain et après le dernier Américain et après le dernier des Cubains, survivant à tous les naufrages et baignée à jamais par le courant du golfe: belle et verte, impérissable, étemelle.» SIBERIENNE Jesüs Diaz Traduit de l’espagnol (Cuba) par François Maspero Gallimard, coll.«Du monde entier» Paris, 2003,248 pages PREMIÈRES LUEURS DU JOUR SOUS LES TROPIQUES Guillermo Cabrera Infante, Traduit de l’espagnol (Cuba) par Alexandra Carrasco Mille et une nuits Paris, 2003,192 pages DAVID ADAMS RICHARDS Lib e r PH8I0 ; JUMPr BAUtH La Malédiction Henderson roman dn David Adams Richards traduit de l'anglais par Ivan Steenliout FINALISTE AU PRIX DES LIBRAIRES 2004 Laurent-Michel Vacher Le crépuscule d’une idole Nietzsche et la pensée fasciste 112 paces, IS dollars ivien librairie ?bistr Causerie Dans le cadre du colloque L’éthique objectiviste et l'esprit de la science : 100 ans de /'« objectivité » de la connaissance de Max Weber organisé par le Centre canadien d’études allemandes et européennes de l'Université de Montréal, nous vous invitons à une causerie sur la pertinence de la retraduction de l'œuvre de Max Weber aujourd’hui.5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com Les défis de la (re)traduction de Max Weber ENJEUX DE LA MISE À JOUR D’UN CLASSIQUE PARTICIPANTS Catherine Colliot-Thélène Traductrice de Le savant et te politique Stephen Kalberg Traducteur de The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism Michel Coutu, Dominique Leydet, Guy Rocher, Elke Winter Traducteurs de Rudolf Stammler et le matérialisme historique ANIMATEUR Philippe Despoix jeudi 25 mars 19 heures Réservation obligatoire : 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.SAI ON IH I IVRI or 1 Ol’TAOl \l Melchior Mbonimpa I l l>» RMI R Roi Marguerite Andersen LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DI M A N (' H E 21 M A RS 2 0 01 Essais F 7 LITTÉRATURE FRANÇAISE La guerre au néo-académisme GUYLAINE MASSOUTRE Seuls de fervents adeptes de la littérature, comme Jourde et Naulleau, peuvent récidiver dans la foulée de La Littérature sans estomac.On se souviendra de cette descente en flamme des Sellers, Angot, Laurens, Dar-rieussecq ou Bernheim: elle a connu un succès mérité.Il n’y a pas que l’Académie qui ait ri: un vent de folie est venu soudain aérer un milieu en train d’étouffer sous une médiocrité bénie.Le Jourde et Naulleau que voici enfonce le clou.Par le pastiche et la citation, la glose délirante et des exercices pataphysiques, les mêmes auteurs sont décriés, auxquels s’ajoutent Chapsal, Dustan, Labro, Jardin, Bernard-Henri Lévy ou Villepin.Ds font l’objet d’un règlement caustique, argumenté et parodique.L’humour des deux acolytes frappe inégalement, dira-t-on, mais souvent fort Que d’aisance au jeu, d’insolence et d’audace, que seule une longue fréquentation de la littérature justifie! Faut-il tellement les déguster, ces lettres françaises, pjour recracher ainsi son amertume! Jourde et Naulleau, récidivistes du canular critique, sont des goûteurs impétueux et obstinés, dont la verve décape comme celle du fou du roi.C’est incontestable: de leur cerveau volcanique et pansu, leur rumination des nourritures communes trie le bon grain de l’ivraie et recrache le méchant Don Quichotte en campagne La mauvaise littérature vaut bien une guerre, yes sir.C’est pourquoi ils tailladent à coups de sabre parmi le petit gibier.Reprenons lentement.Nos gentilshommes se penchent sur un tas de fumier et hument à pleins poumons la fragile graminée qui grimpe vers le soleil.Hop, le liseron est cueilli, délicatement, et déposé sur une broderie colorée.De loin, en apparence, ce Jourde & Naulleau, à l’instar du Lagarde et Michard — bréviaire de leur génération de potaches —, est une anthologie commentée.De près, un sottisier.Un herbier de plantes folles.Un relevé de bourdes augmentées.Voyez Jourde, sur Dustan: «Le papoteur entasse sans ordre (se libérer de tout ordre est une démarche difficile mais fondamentale), comme ça lui vient, ses idées sur la vie, la mort, sa garde-robe, sa constipation, la société, la liste des commissions, Dieu, maman, l'histoire universelle, les raviolis du midi et les fellations du soir.L’originalité et la pertinence de ces réflexions n 'ont aucune espèce d’importance.Il est même recommandé, pour la réussite du papotage, de se montrer, autant que possible, flou, incompétent, inculte, approximatif et décousu.» Ou Naulleau, sur Sollen?: «Dans la mesure où son livre L’Étoile des amants se compose aux deux tiers de citations empruntées à d’autres auteurs, on envisage un temps de donner celles-ci dans leur traduction en espéranto afin que l’ensemble du livre baigne dans la même opacité.» Et de s’exécuter.Pour rire à gorge déployée, JACQUES GRENIER LE DEVOIR Bernard-Henri Lévy, une des cibles de Jourde et Naulleau.mieux vaut appartenir à une solide confrérie de gens de lettres.De tels apprentis sorciers ont passé plus que leur jeunesse à dévorer des livres.Qui ne s’est pas à son tour sali les mains dans l’encre ne pourra jamais peser le poids d’une page, d’une phrase, d’un mot, d’une virgule ou d’un blanc.La quantité marchande ne va pas de pair avec la qualité: l’exercice critique de la comparaison et la confrontation s’imposent comme un art.C’est une chose de dire: quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark a gagné le cœur du Livre.C’en est une autre de dénoncer le pâtissier enfariné qui a sorti une galette plate, au lieu d’un soufflé.Gna-fron ne fait pas la différence.Mais que pensent l’expert, le confrère, l’esthète, et même le simple amateur, trompé sur la qualité?La distribution de citrons D’où vient donc la hargne zélée de Jourde et Naulleau à critiquer?D’abord, qui s’est commis au risque d’écrire et de publier ne verra pas ces affaires en mondain.Tout acte d’écriture, même critique, comporte sa part de risque, que seuls les bien nantis peuvent regarder de haut.Jourde et Naulleau attaquent le mur d’escalade encordés.Cela n’en supprime pas les risques.Ils dénoncent le bruit des mots creux.Le verbiage.Les coques vides.Ds activent les portes tournantes, qui s’emballent soudain.Rien ne va plus, entrez mesdames et messieurs, faites vos jeux.Si la littérature se répète dans les mauvais romans, l’humour de Jourde et Naulleau appelle toutefois le dévoilement des normes de leur classicisme revu et corrigé.La critique est une pente savonneuse.S’il faut quelque tempête pour engloutir les Trissotin, la dénonciation du moche, du décousu, du charabia et autres galimatias — les délicieux «gloubi-boulga» et même «auto-gloubi-boulga» décrits par ces joyeux lurons — fait vivre un «patouillage» détestable que la loi des nombres impose avec monotonie.Où est passée l’urgence?Jourde et Naulleau ont pourtant compris.S’ils ont choisi de se rendre visibles, ils sont aussi dissimulés.Mots et Cie, l’édi- MICHEL HANNEQUART 1 2 3 4 5 6 7 8 9 1011 121314 10 -4 4f,: .¦ L ¦ m m HORIZONTALEMENT 1.Faucon - Vrai con.2.Marie pour aimer - Un véritable poison! 3.Petit - Elle est étoilée - Bâti.4.Affirmation - Chèvre - Cavité.5.Font des rapports - Mer dans les terres.6.Moto - Italien - Note.7.Papillon - Serpent.8.Romains - Ronge en société - Possessif.9.Insectes plats - Dans une rose -Fait de l’air avec d’autres.10.Était ailé - Attribution - Habitudes.• 9,955 VERTICALEMENT 1.Avec lui.il n’y a pas que les perroquets qui parlent! 2.Fournit des noix de cajou.3.Au sud de Valence - Au sud de Salvador - Coule en Italie.4.Ont bien des choses à découvrir.5.Conjugaison - Punaises.6.Étroit, mais profond - Symbole.7.Établi - Jules.8.Affectée - Encerclé.9.Exprès - Il est quatre-heures en France.10.Personnel - Négation.11.Adverbe - Génie Scandinave -Conjonction.12.Automatiquement.13.Étonnant - On ne le changera pas.14.Ouverture - Pas traités aux petits oignons.Vous trouverez la solution dans LES MORDUS 6 avec celles de 164 autres jeux.Le samedi 27 mars à 14 heures, MICHEL HANNEQUART sera au kiosque 265 du Salon Odyssée de la retraite, à Montréal.RUDEL MEDIAS • LUDIPRESSE ¦ www.les-mordus.com (JPvieri librairie »bistr Causerie Myriam Revault D'allonnes Spécialiste de philosophie éthique et politique, ses recherches ont notamment porté sur la notion de "banalité du mal" et sur la question du “sens de l'humain”.Traductrice et commentatrice de Hannah Arendt.5219, Côte-des Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com LE GENOCIDE FACE A LA PHILOSOPHIE LE DÉFI DE PENSER L'IMPENSABLE Face au sinistre bilan du seul XXe siècle, il est compréhensible que l’émotion submerge les consciences.Quelles ressources de résistance la philosophie oppose-t-elle à la répétition du « tout est possible » qui nourrit l’actualité des génocides ?ANIMATEUR Paul Le Bas ETUDIANT AU DOCTORAT EN PHILOSOPHIE, SPÉCIALISÉ EN PHILOSOPHIE POLITIQUE ET ETHIQUE Mardi 23 mars 19 heures Réservation obligatoire : 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.PRIX MEDII Hubert MINGARE Quatre soldats g, Hubert Mingareili Une voix singulière, unique qui n’est pas sans rappeler celles de Pierre Morency et d’Anne Hébert.Jean Fugère Radio-Canada Ilj a quelque chose de quasi magique dans ce livre.Marie-Claude Fortin Voir Un pur chef-d’œuvre.Robert Lévesque Radio-Canada Invité d’honneur au SALON DU LIVRE DE L’OUTAOUAIS Séances de dédicace - Stand Dimedia 144 Mercredi 24 mars, 19h00 à 19h30 Jeudi 25 mars, 14h30 à 15h30 et 19h30 à 20h30 Vendredi 26 mars, 17hOO à IBhOO et 19h30 à 20h30 Samedi 27 mars, 13h00 à 15hOO Activités publiques - Place Yves-Thériault Jeudi 25 mars, 18h45 à Ï9h15 : entrevue devant public Animatrice Valérie Lessard Samedi 27 mars, 12hOO à 12h45 : table ronde - Écrire pour les garçons.Animatrice : Anne Michaud À MONTRÉAL Causerie à la Librairie L’Ecume des jours Dimanche 28 mars, 13h00 à 14h30 125.rue St-Viateur ouest Entrée libre S e u i 1 teur, est sis dans une librairie: vous êtes invités, au debut du livre, à lui écrire.Le directeur littéraire, Jean-Loup Chiflet (né en 1942), est l’auteur d’un traité de la mésentente cordiale et des schtroumpferies de la langue française.Sans prétention et hilare, il ne craint pas les flèches empoisonnées de Josyane Savi-gneau, la directrice du Monde des livres aux lèvres sèches et pincées; il ne sera jamais de l’écurie de Sollers, dont ce Jourde & Naulleau pourfend l’inanité.Cet exercice critique est sain.L'esprit y est aussi vert que la jument de Marcel Aymé.L'humour intelligent attirera comme un aimant tous les rieurs qui, sachant fort bien de quoi il retourne, allument des feux de bois avec les coudriers dont ils se servent, à l’occasion, pour cingler les fats, les sottes et les sots.LE JOURDE & NAULLEAU.PRÉCIS DE LITTÉRATURE DU XXT SIÈCLE Herre Jourde et Éric Naulleau Mots et Cie Paris, 2004,216 pages G HAN DK-BRETAGNE Margaret Atwood en nomination pour le prix Orange PRESSE CANADIENNE Londres — ht romancière Margaret Atwood est la seule au-teure canadienne à figurer dans la longue liste des écrivaines en lice pour le prix britannique Orange 2004.Le plus récent roman de Mme Atwood, Oryx and CmMe, qui avait été sélectionné comme finaliste pour le prestigieux Booker Prize Tau dernier, est l’un des 20 titres en nomination pour ce prix littéraire, qui en est à sa neuvième edition.Le prix Orange pour la fiction est attribué chaque annee à une auteu-re dont l'oeuvre a été publiée en air glais au Royaume-Uni.11 est assorti d'une somme de 30 tXX) livr es, soit 72 000 $CAN.La liste des candidates retenues pour la selection finale sera dévoilée le 27 avril, et la lauréate sera connue le 8 juin, lors d’une cérémonie qui aura lieu à Londres.Mme Atwood, qui vit à Toronto, a déjà été finaliste à deux reprises pour ce prix — pour The Blind Assassin il y a trois ans et A/tas Grace en 1997.Lib e r Jean-François Malherbe La démocratie au risque de l’usure L'éthique face à la violence du crédit abusif Jrtn-Françot» Malherbe I A DÉMOCRATIE Aie RISQU E DE L USURE 120 page*, 15 dollars ri b Gdityur I nfin libre et forte de st's expériences Marie Gagnon publie un roman coup-de-poing.vlb éditeur www.edvlb.com i i LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MARS 2 0 0 1 F 8 -ï- -«-Essais-*- Du Canada français à l’Ontario français Au Québec, de nos jours, on a parfois tendance à l’oublier, mais ü existe une telle réalité que l’Ontario français et les gens qui l’incarnent, des «gens de résolution» écrivait déjà Jean Talon en 1670, supportent assez mal de se voir qualifiés de «dead ducks» (René Lévesque) ou de «cadavres encore chauds» (YvesBeauchemin).Jadis «partie ontarienne du Canada français», l’Ontario français, aujourd’hui, se définit plutôt comme la «partie française de l'Ontario» et, s’il faut en croire l’historien Gaétan Gervais, originaire de Sudbury et professeur à l’Université laurentienne, ses gens, malgré les déceptions qui n’ont pas manqué de les affecter depuis une quarantaine d'années, ont conservé leur caractère résolu de «pacifiques conquérants».Essai d’histoire des représentations de la communauté franco-ontarienne dont l’acte de naissance est fixé en 1610, année de l’arrivée du coureur des bois Etienne Brûlé dans la région, Des gens de résolution tente de répondre, en explorant trois périodes essentielles, à la question suivante: «Comment les Canadiens français de l’Ontario, femmes et hommes, ont-ils vécu la fin du Canada français [sfr] ?» La première période, qui va de 1883 à 1952, est celle du Canada français considéré comme une «grande famille».Pour faire ressortir la vision du monde qui avait alors cours au pays, Gervais a choisi d’étudier le discours professé par les élites lors des grands congrès patriotiques cana-diens-français, assez fréquents à l’époque, a Montréal, à Québec ou à Ottawa.La réalité du Canada français, dans ces rassemblements qui sont des temps forts identitaires, s’impose comme une évidence.«Quatre fondements, précise Gervais, coïncidant parfaitement, en assuraient l'unité, à savoir une communauté d'histoire, une communauté de langue, une communauté de foi, une communauté d'aspiration.» Arrimées à un nationalisme catholique conservateur, les communautés francophones du Canada se perçoivent, chacune, comme partie intégrante d’un en- Louis Corne Hier ?semble plus vaste et se rejoignent dans la conscience de participer à «la mission de la nation canadien-nefrançaise», valorisée par un solide réseau institutionnel clérical qui assure l’unité des parties.D’une région à l’autre, les luttes peuvent ne pas être identiques (le fameux Règlement XVII sur la langue d’enseignement en Ontario, par exemple, n’a pas d’équivalent au Québec), mais le sentiment de faire partie d’un même équipage n’est pas remis en question.Gervais résume: «La patrie du Canada français, c’est le Canada, non le Québec.On chantait, dans le Ô Canada, “la terre de nos aïeux, près du fleuve géant”, certes, mais la vallée laurentienne leur semblait un point de départ, le berceau si on veut, d’une grande épopée qui trouvait son accomplissement dans la présence française partout dans la Confédération canadienne.» La fin du Canada français Ces belles relations canadiennes-françaises, pourtant, ont fini par se dégrader.L’historien at-tribue ce revirement à trois causes: «le rétrécissement du réseau clérical canadien-français, la montée du néonationalisme québécois et la reconnaissance des droits des minorités au Canada anglais».Sans être directement responsables de la fin du Canada français, les états généraux du même nom, qui ont eu lieu à Montréal entre 1966 et 1969, apportèrent néanmoins «une preuve éloquente» de l’épuisement de cette aventure.Les routes québécoise et ca-nadienne-française, désormais, seraient séparées puisque le néonationalisme québécois, en rejetant «l’idée du Canada français» pour se définir sur une base terri- *¦ » «255-, J HUffli : Z y; « i.' >* .m.' « i •ï mm SOURCE UNIVERSITÉ LAURENTIENNE Une grande institution franco-ontarienne: FUniversité Laurentienne de Sudbury.ùÆ ü mm.- toriale, modifiait, pourrait-on dire, sa mission.Les minorités franco-canadiennes ont vécu cette évolution, modernisatrice d’un point de vue québécois, comme un abandon, et Gervais leur donne raison en écrivant: «Aux Etats généraux, on tenta de museler les minorités, on les empêcha de se prononcer sur les dossiers constitutionnels, on leur attribua une place de second rang, on les traita avec condescendance et paternalisme.» Peut-être, aurait-on envie d’ajouter, et on peut se désoler de ce manque de tact qui a brusqué des frères d’armes de longue date et de potentiels alliés pour la suite des choses, mais cela ne change rien au fait que la situation du Québec et son avenir exigeaient cette redéfinition de lui-même.Cette rupture, Gervais insiste, a entraîné un semblable exercice dans les rangs franco-ontariens.Les artistes et les universitaires se sont donc lancés dans ce questionnement identitaire qui les a menés à suggérer à leurs compatriotes de se définir, non plus comme des Canadiens français mais, justement, comme des Franco-Ontariens, une appellation qui prend acte de leur nouvelle perception d’eux-mêmes.La direction de leur lutte en faveur de leur reconnaissance et de leurs droits s’en trouvait ainsi modifiée.C’est à titre, on l’a dit, de «partie française de l’Ontario», donc de minorité franco-canadienne, et non plus à titre de partie du grand tout canadien-français, que l’Ontario français allait désormais poursuivre son existence.Dans cette nouvelle logique, qui n’est pas celle du Québec, trois dates marquent des moments forts pour les Franco-Ontariens: 1969, avec la loi fédérale sur les langues officielles; 1982, avec la Charte des droits et libertés qui leur garantit certains droits scolaires; et 1986, avec la loi ontarienne sur les services en français.Gervais affirme même, ce qui est discutable compte tenu des «très graves problèmes de l’assimilation» qu’il reconnaît aussi, que, depuis trente ans, «le sort des minorités françaises au Canada s’est amélioré» et que ces dernières, sympathique aveu, «ont profité de l’agitation séparatiste au Québec», qui «a servi à sensibiliser certains politiciens provinciaux à l’iniquité du traitement fait à leur minorité française».Cette nouvelle identité franco-ontarienne, écrit l’historien en conclusion de cet ouvrage fort bien mené, témoigne de la vitalité de cette communauté, mais elle perdrait à nier les continuités et à oublier qu’elle «ne sera jamais que le prolongement de ridentité cana-dienne-française”, elle-même le prolongement de ridentité française”».La nouvelle identité québécoise, issue, elle aussi, de l’éclatement du Canada français, ne répond pas aux mêmes nécessités et ne saurait se penser dans les mêmes termes.En reconnaissant, toutefois, sans honte, ce qu’elle refuse de plus en plus, son ancrage dans le long terme, elle pourrait permettre de renouer des liens, sinon d’intérêt au moins d’amitié, avec les communautés francophones du Canada, à condition que celles-ci en finissent avec la nostalgie et le ressentiment qui parfois les animent et reconnaissent la légitimité du combat québécois.Les francophones d’Amérique du Nord ne sont pas assez nombreux pour se bouder entre eux.louiscornellierCqparroinfo.net DES GENS DE RÉSOLUTION Le passage du «Canada FRANÇAIS» À L’«ONTARIO FRANÇAIS» Gaétan Gervais Institut francoontarien/ Prise de parole Sudbury, 2003,232 pages Lavoie médiane des francophones hors Québec FRANCIS BOUCHER Le débat entourant le sort des minorités linguistiques, principalement des francophones hors Québec, est par trop souvent polarisé entre les tenants de deux visions opposées: l’une catastrophiste, l’autre triomphaliste.Existe-t-il une voie médiane?Il semble que oui.La parution récente de deux études, L’Education de langue française en Ontario: enjeux et processus et Parcours identitaires de jeunes francophones en milieu minoritaire, vient salutairement nuancer le portrait Comment revendique-t-on à la fois son identité francophone et son identité «bilingue»?Les auteurs font le choix d’une étude des différents discours tenus à ce sujet (et sur bien d’autres encore) pour répondre à cette question.Les chercheurs ont tenté d’aller au-delà des statistiques en interrogeant directement les administrateurs scolaires, les intervenants, les parents et les élèves afin de cerner l'identité francoontarienne, avec, en filigrane, l'éternelle et lancinante question de l’assimilation.La lecture des témoignages de jeunes étudiants fréquentant le système d’éducation francophone nous éclaire sur cette problématique ô combien complexe.N’en déplaise aux Cas-sandre, «il faut éviter de conclure qu’une identité bilingue est nécessairement anglo-dominante, ou même si c’est le cas, qu’elle va mener indéniablement à l’assimilation à la majorité anglophone», affirme Diane Gérin-Lajoie, auteur de l’une des études.Sans complaisance ni alarmisme donc, ces ouvrages permettront sans aucun doute de susciter une réflexion en profondeur sur l’avenir du système d’éducation minoritaire en Ontario et, de façon plus large, sur le parcours des francophones hors Québec.PARCOURS IDENTITAIRES DEJEUNES FRANCOPHONES EN MILIEU MINORITAIRE Diane Gérin-Lajoie Editions Prise de parole Ottawa, 2003,190 pages L’ÉDUCATION DE LANGUE FRANÇAISE EN ONTARIO ENJEUX ET PROCESSUS SOCIAUX Normand Labrie çt Sylvie A Lamoureux Editions Prise de parole Ottawa, 2003,247 pages Actualité de Raymond Aron TITRES DES boréal C°nte8 Tl Crocker Quèkc-M# to Lanctôt éditeur Discours de reception La hèrormtère Ook Chung ïrançots Grave! Yves Gosselin Use Tremblay lt Michel Tremblay Lee Lemeac Leméac MICHEL LAPIERRE 'C' « dépit de sa volonté de justice, de sa générosité, V' Us M.Albert Camus n’arrive pas à s’élever au-dessus de l’attitude du colonisateur de bonne volonté.» Ce reproche, adressé en 1958 au plus célèbre des «Français d’Algérie», aurait pu venir de l’extrême gauche.En fait, c’était Raymond Aron, déjà qualifié d’homme de droite, qui le formulait.Camus avait tait l’année précédente sa fameuse déclaration: «Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.» Plus froidement, il rabaissait le mouvement de libération nationale algérien au niveau d’une des «manifestations» d’un «impérialisme arabe» lié à la «stratégie anti-occidentale» de l’Union soviétique.Aron ne pouvait accepter ce point de vue.Son antimarxisme, professé en 1955 dans un livre aussi connu que L'Opium des intellectuels, ne doit pas occulter son anticolonialisme indiscutable.Tzvetan Todorov nous le rappelle en préfaçant la réédition très justifiée des éclairants Mémoires d’Aron.Todorov a raison de souligner que le penseur, caractérisé par l’analyse nuancée et le style sobre, ne voit dans la démocratie libérale qu’««« compromis moins mauvais que les autres».Mort en 1983 sans avoir connu le triomphalisme extrême de la droite occidentale, Aon se serait méfié d’une démocratie libé- « Raymond Aon raie définie par Francis Fukuyama comme «la fin de l’histoire» et aurait rejeté la mystique néolibérale antiintellectualiste répandue dans les milieux d’affaires.Lorsqu’il annonce, dès 1955, «la fin de l’âge idéologique», Raymond Aon entrevoit la sclérose des dogmatismes politiques plutôt que l’essoufflement des revendications protéiformes inspirées par la justice.Son ralliement en juin 1940 à la France libre laissait présager cette position.L’anticolonialisme auquel il adhère en souhaitant très tôt la fin de la domination française en Indochine, son intérêt pour les questions algérienne, palestinienne et même québécoise la confirment Si le mot anticolonialisme a vieilli, la réalité qu’il désigne est plus actuelle que jamais.Eclectique, l’altermondialisme d’aujourd’hui ne s’apparente-t-il pas à l’anticolonialisme qui, en s’éloignant de la lutte des classes, visait à unir contre la domination étrangère toutes les couches sociales et tous les courants de pensée?Aon, qui se définissait comme «un sans-parti dont les opinions heurtent tour à tour les uns et les autres», y retrouverait une part de lui-même.MÉMOIRES Raymond Aon Laffont Paris, 2003,778 pages il SCABRINI MEDIA Ctrttur* *t ConMiumutioro Québec S S BANQUE NATIONALE! OU CANADA FONDATION Marc Bourgie S\n>\ ni1 i.ivRi-: m: i’OUTaouais Education Québec S S LE DEVOIR Michel Muir prisedeparole LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 M A R S La grâce comme argument LOUIS CORNELLIER Le grand Biaise Pascal, dont la sublime écriture reste néanmoins une épreuve pour le lecteur de prose moderne, philosophait pour mieux sortir de la philosophie et atteindre à la seule vérité qui ne pouvait, selon lui, qu’être théologique.«Se moquer de la philosophie, écrivait-il dans ses Pensées, c’est vraiment philosopher.» Dans son Entretien avec Sacy sur la philosophie, que publie la belle petite collection «Les philosophiques» des Editions Actes Sud, Pascal louange Epictète et Montaigne pour mieux les rejeter par la suite.Le premier a compris que Dieu existe et que le bien se résume donc à vouloir ce que Dieu veut, mais son erreur consiste à surestimer notre pouvoir-fai-re: «Aussi [.] après avoir si bien compris ce qu’on doit, voici comment il se perd dans la présomption de ce qu’on peut.» Le scepticisme de Montaigne, quant à lui, «prend la seconde voie ouverte à la philosophie»: l’existence de Dieu étant incertaine, la poursuite du souverain bien, pour l’homme, le devient aussi.Le commentateur Richard Scholar résume ainsi: «Le premier a vu notre devoir; mais, ignorant notre impouvoir, il nourrit la vanité; le second a vu notre impouvoir; mais, ignorant notre devoir, il pousse au désespoir.» Comment s’en sortir?Par la grâce, évidemment et, donc, par le pari pour Dieu.«Devant Sacy, écrit encore Scholar, dans l’is«-tretien, [Pascal] trace un devenir de la philosophie qui passe par une anthropologie critique de l’homme sans Dieu pour aboutir dans la théologie.» Avec Pascal, et devant Dieu aurait-il ajouté, la seule philosophie qui compte est celle qui se retourne contre elle-même.ENTRETIEN AVEC SACY SUR LA PHILOSOPHIE Biaise Pascal Actes Sud Marseille, 2003,96 pages La semaine dernière, faute d’espace, je n’avais pu, dans ma recension du XX' siècle américain de Howard Zinn.aborder un aspect important de cette histoire populaire, aspect qui rendait un peu moins désespérante cette longue série d’agressions militaires et de course au mégafric généré par la fabrication de missiles et d’armements conventionnels: celui des luttes populaires, justement.Des fameux Wobblies pratiquant l’action directe au début du siècle dernier jusqu’au réveil des femmes et à la révolte des Indiens et des prisonniers durant les années 70, en passant par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre (pas seulement celle du Vietnam) et les débrayages spontanés de travailleurs en désaccord avec leurs directions syndicales cooptées par le pouvoir, des Américains, ouvriers, intellectuels, gens ordinaires, se sont dressés contre un système obligé de recourir périodiquement à des entreprises guerrières sanglantes pour assurer et étendre son commerce extérieur tout en essayant de faire oublier ses contradictions internes.Dont la mieux connue et la plus choquante reste cette pauvreté endémique qui, un peu partout, ignorée du prime time à la télé, devenue invisible à force de prendre son trou, continue de côtoyer une richesse matérielle paraissant tirer sa raison d’être de son accumulation même, affichée avec la plus abjecte ostentation.Que sont devenues les luttes socioéconomiques, après les années Reagan qui voient les yuppies s’emparer de la Bourse et les années de la Grande Prospérité de Clinton, lequel, en 1998, abolira l’aide sociale telle que la connaissent la plupart des pays civilisés et enverra quelques millions d’Américains, et surtout d’Américaines, se livrer pieds et poings liés aux joies du salaire minimum et aux forces libres du marché?C’est une des questions que pose le fascinant livre de Barbara Ehrenreich, L’Amérique pauvre, fruit d’une enquête d’un Louis Hamel in ?an sur le terrain, et, encore, en première ligne.J’en vois qui font déjà la grimace.Les pôvres?Berk! Quand ils n’ont pas la chance d’être divertissants comme les Bougon, aussi bien tourner le bouton à Star Académie, et c’est effectivement ce que font des millions et des millions de Nord-Américains appartenant aux classes moyenne et supérieure.Ceux qui par exemple, de plus en plus nombreux aux Etats-Unis, font appel à des compagnies de ménage, lesquelles, littéralement, «sous-traitent» les femmes pour éviter à leurs clients d’avoir affaire, dans la vie de tous les jours, à la personne qui récure leurs parquets à quatre pattes (ça se fait encore comme ça, du moins pour les modernes sagouines qui s’abîment le dos au service d’entreprises portant des noms comme The Maids, étonnamment respectueuses de la tradition et surtout de l’humiliante soumission physique qu’elle implique) et leurs traces de merde sur la cuvette des chiottes.Ce syndrome de l’aveuglement est généralisé et constitue même, nous dit Ehrenreich, un trait culturel dominant de notre époque («culture de l’inégalité extrême», écrit-elle).Entre malédiction biblique et cauchemar climatisé Elle a entrepris son enquête pour répondre à la question suivante: «Comment peut-on vivre avec le salaire alloué à la main-d’œuvre non qualifiée?» Un peu comme cet auteur allemand dont j’oublie le nom, qui s’était métamorphosé en immigré turc pour aller voir comment ça se passe de l’autre côté de la bar- •Essais»- Le pays de Sam rière des préjugés, Barbara, journaliste vivant dans l'aisance, auteure à succès, conférencière recherchée, va rompre avec son milieu, avec son «monde», pour plonger dans l'univers hallucinant de la vente des biens et services en économie déréglementée.Un univers qui.comme elle va le découvrir assez tôt, se situe à mi-chemin de la malédiction biblique et du cauchemar climatise.Il faut oublier le vieux précepte de l’effort toujours récompensé, la sagesse de nos bonzes économiques et de leurs valets politiciens, qui continuent, au seuil du troisième millénaire, de prêcher l’emploi, seul et ultime remède à la pauvreté.Ce n’est plus vrai.L’enfer doucement quotidien et effarant que nous décrit Barbara Ehrenreich se distingue d’abord par le fait que la bonne vieille sueur qui coule du front humain n’y est plus garante de la moindre espèce de dignité, ni même de la simple assurance de survivre à tant de fausses promesses et d’abrutissement.L’auteure partage le sort d’un tas de gens qui, échoués le long de la route, vivant souvent entassés à quatre ou cinq dans des caravanes ou des chambres de motel qui leur coûtent les yeux de la tête mais offrent, d’abord, une solution temporaire puis, devant l'absence de tout logement accessible à un prix raisonnable, un compromis finissant par paraître presque normal (dans,de nombreuses régions des Etats-Unis, les motels ont développé des spéciaux hors saison et louent leurs cabines à la semaine et au mois), de gens qui, bref, possèdent un emploi, et assez souvent deux, et pourtant n’arrivent plus.Sam, c’est Sam Walton, le père de Wal-Mart, inventeur du «cri de guerre de Wal-Mart» («Gimme a Waaaaah.») que lui a inspiré, quelle surprise, un voyage au Japon.Barbara (Barb pour les clients.) a travaillé pendant quelques mois dans un Wal-Mart de Minneapolis.Comme n’importe quelle autre employée à sous-salaire, elle a d’abord dû se soumettre à une série de mesures à la fois déshumanisantes et pater- ROBKK r (iAI.KKAITH Kl- l! PKRS Le Wal-Mart Supercenter de l.a Quinta, en Californie, qui rien! d’ouvrir ses portes, compte 600 employés.nalistes: test antidrogue obligatoire, test de personnalité bidon (êtes-vous une voleuse?), etc.Ce quelle décrit de la culture d’en treprise de Wal-Mart est effrayant dans la mesure où il s’agit, justement, d’une culture.Un coup d’œil à la plus grosse compagnie du monde donne une bonne idée de l’actuel état de la planète.L’AMÉRIQUE PAUVRE, COMMENT NE PAS SURVIVRE EN TRAVAILLANT Barbara Ehrenreich Traduit de l’américain par Pierre Guglielmina Grasset Paris, 2inj4i os « ptil.iilindl.t
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