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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-05-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A N l 11 E T MAI 2 O O S Fernand Dumont en bref 1927: Naissance dans un milieu ouvrier à Montmorency, près de Québec.Il travaille à l’usine de la Dominion Textile, comme son père, pour payer ses études.1952: Publication d’un premier livre, un recueil de poèmes intitulé L’Ange du matin.1963: Nommé directeur du département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Laval.11 y enseignera toute sa carrière.1969: Pour Le Lieu de l’homme, il reçoit le Prix du Gouverneur général du Canada ainsi que la médaille Parizeau de TAcfas.Il verse l’argent du Prix du Gouverneur général au Parti québécois de René Lévesque et devient membre du comité de rédaction de la revue Maintenant.1975: Reçoit le prix David, plus importante distinction littéraire au Québec, pour l’ensemble de son oeuvre.1981: Publie l'Anthropologie en l’absence de l’homme, un de ses livres majeurs.1993: Parution de Genèse de la société québécoise.1997: Décès à Québec et parution de ses mémoires, Récit d’une émigration.¦¦¦¦¦ propositions théoriques de l’auteur», comme l’indique François Dumont, la distinction entre culture première et culture seconde est clairement une des idées-forces de l'œuvre.Elle ne se résume pas à la distinction classique entre culture populaire et culture savante.En 1989, Dumont affirmait d'ailleurs à Wilfrid Lemoyne qu’il ne croyait pas avoir écrit là-dessus quelque chose qui le satisfasse vraiment Il parlait de la première comme «milieu», comme «une sorte de donnée», et de la seconde comme «horizon», «comme un moyen de dépasser la culture vécue».«Elle est à l’oeuvre, précisait-il, dans toutes les existences, dans la plus simple danse comme dans la plus petite fête», même dans un match de hockey.lu culture seconde, dans cette logique, est une mise à distance de la première dans une quête de sens.Pit ce qui importait pour Dumont c’était le lien entre les deux.«Comment, demandait-il, le milieu devient horizon ?umont LOUIS CORNELLIER Par où prendre Fernand Dumont ce penseur transdisciplinaire dont l’œuvre riche et féconde constitue peut-être le sommet de la pensée québécoise au XX" siècle?Mais par le tout, bien sûr, répondent les membres du comité d’édition des Œuvres complètes de Fernand Dumont que publient, cette saison, en cinq tomes, les Presses de l’Université Laval.Adhérant, selon les mots de Kundera, à une «morale de l'essentiel» plutôt qu’à une «morale de l'archive», les Serge Cantin, François Dumont Fernand Harvey, Léo Jacques, Simon Langlois et François Ricard nous offrent donc tout Dumont à l'exception des articles circonstanciels qui n’ont jamais été intégrés dans des livres par l’auteur.Divisées en quatre thèmes — «Philosophie et science de la culture» (tomes I et ID, «Études québécoises» (tome IIP, «Études religieuses» (tome IV) et «Poèmes et mémoires» (tome V) 1 .— selon une classification privilégiée par Dumont lui-même, ces Œuvres complètes adoptent une méthode «de non-intervention textuelle» et ne se présentent donc pas comme une édition critique, mais bien comme une | «édition de lecture, |j; c’est-à-dire une réédi- Jÿ, tion, revue et corrigée de Wr manière à en rendre le texte aussi exact et définitif que possible».Dans l’introduction générale, le philosophe Serge Cantin, brillant successeur du penseur de Montmorency, souligne le paradoxe «entre la notoriété de Dumont et la relative méconnaissance de son œuvre théorique et épistémologique».Il l’explique, entre autres, par la complexité de cette dernière, mais aussi par son caractère transdisciplinaire un peu déconcertant et par «l’interdit du religieux» qui a marqué le Québec intellectuel à partir de la Révolution tranquille et qui a pu contribuer à discréditer le catholique de gauche qu'était Dumont D souhaite, bien sûr, que ces obstacles soient aujourd’hui levés pour que l’on puisse pleinement redécouvrir cette œuvre qui avance «moins des vérités que des interrogations sur le sens même de nos vérités, sur leur pertinence».Il y a, au cœur de l’œuvre dumon-tienne, une douleur, un drame qui tient à cette «émigration» du monde de la culture populaire vers le monde de la culture savante.L'exploration de ce remords constitue le moteur, l'intention de l’œuvre, et lui donne sa puissante originalité.«Sans doute la plus citée des Le sociologue Jacques Beauchemin, dans la présentation du tome I, tente de faire ressortir les implications de cette théorie dans les travaux savants de Dumont «La première expérience que nous faisons du monde, explique-t-il, attend d’être nommée depuis son extérieur, en même temps qu’en sens inverse les projets de connaissance qui prétendent l'éclairer ne trouvent de pertinence que dans la tâche qui leur incombe de revenir vers elle.» Dumont, en d’autres termes, demande franchement «pourquoi connaître et à quelles fins?» et appelle «crise de la culture» la situation «où cette question ne trouve plus d’autres réponses que celles qui se trouvent du seul côté de la science».Pour lui, cette contemplation de l’existence que permet la culture seconde, la «plus haute et plus belle activité» de l’homme disait-il, ne trouve son sens qu’en s’inscrivant dans une relation dialectique avec la source qui la suscite.Dumont explique Cantin, «n’a pas voulu perdre le lien avec l’existence, avec l’expérience humaine, émotionnelle etaffedive \.\,sousjacenteàses “aventures abstraites en pays de sociologie", de philosophie, de théologie, de poésie».Pour lui, ajoutet-il, «aucune explication, aucun savait ne saurait épuiser la puissance d’interrogation de cette expérience d'arrachement, de déracinement, d'exil, puisque c’est en elle, dans cette émigration, que le savoir trouve sa condition de possibilité la plus originaire».Une autre célèbre opposition du-montienne, celle entre vérité et pertinence, trouve aussi son sens, ainsi que le rappelle l’historien Julien Goyette dans la présentation du tome II, dans cette réflexion sur les sciences humaines.«En gros, écrivait Dumont la vérité concerne l’art d’accéder à l’objet selon sa structure propre.[.] À l’opposé de la vérité, la pertinence ramène l'objet au sujet lui-même, à sa quête de sens » Cette quête, le penseur l’a aussi poursuivie dans sa réflexion sur le Québec en consacrant plusieurs ouvrages à l’interprétation de son évolution, dans le but, écrit Fernand Harvey dans sa présentation du tome III, de lui «donner sens et cohérence».Dumont a souvent évoqué la «condition tragique» du peuple québécois et insisté sur l’idée que «l'apprentissage de la liberté doit s'appuyer sur l’expérience du passé», note Harvey.Partisan de l’indépendance du Québec et d’un «socialisme d’ici», il ne remettait pas en cause la nécessité de la Révolution tranquille, mais il s’inquiétait des conséquences de cette rupture sur notre rapport à la mémoire.«On a certes modernisé l’État québécois et procédé à une importante réforme du système d’éducation, résume Harvey, mais ces réformes de.structures ne se sont pas accompagnées du renouveau culturel souhaité.Il semble que l’on ait oublié en cours de route la question du sens à donner à ces réformes.» Profondément épris de justice sociale, Dumont se distingue radicalement des progressistes utilitaires en affirmant qu’une modernisation sans mémoire ne saurait constituer un progrès.Il incarne, en ce sens, un type d’intellectuel assez rare au Québec, qui allie le meilleur du conservatisme (pour son sens de l’histoire) à un engagement résolument social-démocrate.«Homme tourmenté et fervent» pour ses proches, selon les mots de son fils, François Dumont, qui signe la présentation du tome V, le penseur de Montmorency fut aussi un croyant du même type pour ses coreligionnaires.Pierre Luder, présentateur du tome IV, rappelle qu’il critiquait, dès 1964, le «divorce de la doctrine et de l’expérience, des structures officielles et des solidarités sociales» que vivait l’Eglise.Il en appelait alors à upe «théologie de grand vent» afin que l’Eglise, 4e milieu où se communique le mystère», renoue avec «une morale qui se nourrisse de la vie».Quarante-cinq ans plus tard, cette interpellation n’a rien perdu de sa pertinence.Moins célèbre que le penseur, le poète Fernand Dumont, enfin, méritait certainement sa place dans ces Œuvres complètes.D y a, d’ailleurs, quelque chose d’émouvant à lire son fils présenter celle part la plus intime de l’œuvre, bellement résumée par une formule du frère Clément Lockquell, ami de Dumont «Obscurs sont les poèmes de Fernand Dumont, écrivait-il, mais d’une obscurité en instance d’aube.» Dans la présentation à’Un témoin de l'homme, un recueil d’entretiens avec Fernand Dumont qui! publiait en 2000, à L’Hexagone, Serge Cantin écrivait de l’œuvre de son mentor «qu’elle témoigne d’une chose étonnante, paradoxale, voire scandaleuse, à notre époque de jet set, à savoir qu’il n’est nullement besoin, pour se hisser à la hauteur de l’Homme, de s’élever “au-dessus de la mêlée”.» Tout l’esprit de Dumont son élan vital, est là, dans ce lieu de l’homme.Collaborateur du Devoir Lire autre texte en page G 8 I 91 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DI M A X C.H E 4 M A I > O O H F 2 LIVRES EN APARTÉ La marchandise comme liberté Jean-François Nadeau Ancienne grande reporter au cœur solidement accroché a gauche, Adele Lauzon montre dans Pas si tranquille, son autobiographie, une partie de ce qui a dû être combattu patiemment par des hommes et des femmes qui portaient en eux, au milieu du XX siècle, la volonté de construire un monde commun plus juste.Être de gauche, à en croire l'exemple d’Adèle Lauzon, c’était notamment savoir se battre contre l’obscurantisme religieux et, partant, contre tous les cortèges qui célèbrent, encore et toujours, l’embrigadement de l’esprit au nom des profits matériels ou symboliques de quelques-uns.C’était aussi savoir d’instinct que l’homme peut, en commun, arriver à construire un avenir meilleur pour tous.Cet engagement conduisait à beaucoup d’avenues, notamment à ceDe, toujours d’actualité, de la pleine maîtrise de son corps.Ce sont ces traits — bien unis, bien cohérents et bien solides — qui frappent tout d’abord à la lecture des mémoires de cette femme qui fréquenta quelques avant-gardes dans le Québec des années 1950, tout en se faisant reporter pour différents journaux et magazines.Adèle Lauzon se trouva aussi bien près d’Hubert Aquin et lierre Perrault que de Paul Eluard et Che Guevara.A lire ces mémoires parfois un peu trop anecdotiques, je ne pouvais m’empêcher de penser, par un effet de contraste, à une figure du journalisme qui souffle aujourd’hui à tout vent Difficile de fréquenter désormais un tant soit peu le monde des médias au Québec sans se prendre les pieds, presque tous les jours, dans les fils de ce chroniqueur en gros qu’est Richard Martineau.L’homme est partout.D anime Les Francs-tireurs sur les ondes de Télé-Québec; il collabore au magazine Elle Québec, il est publié dans Info-Presse, D rédige un blogue via Canoe, un réseau électronique de Québécor, il anime une émission quotidienne sur les ondes télé de LCN, la chaîne de nouvelles continue de Québécor, et on peut le lire, a raison de quatre fois par semaine, dans Le Journal de Montréal autant que dans Le Journal de Québec, les deux principaux journaux de Québécor.La somme de ses engagements et de ses émoluments l’éloigne bien sûr du statut précaire des «pigistes» auxquels il s’assimile néanmoins au nom de la prétendue «liberté» dont ceux-ci jouiraient La semaine derniere, pour souligner le premier anniversaire du conflit au Journal de Québec, ce pigiste hors catégorie a cru bon d’expliquer qu’il ne trouvait pas son action de chroniqueur liée le moins du monde au sort des grévistes.Il n’est pas un «scab», dit-il, parce que publier dans un journal en grève lorsqu’on est juste «pigiste» comme lui voug exonère de considérations pareilles.A l’entendre, il faudrait avoir, en plus de son chèque, un contrat en bonne et due forme pour être lié au sort de ses collègues.Or il semble que le chèque seul ne suffise pas, aussi gros soit-il, pas plus que le statut de vedette dont vous gratifie l’entreprise à laquelle vous devez la majorité de vos revenu^ autant que votre prestige social.À cheval sur pareil raisonnement, on peut à loisir justifier une morale du travail en vigueur au XIX' siècle et toutes les ruades qui l’accompagnent.En somme, n’importe qui peut se mettre au service d’une entreprise dont les ouvriers sont en grève, à condition de réclamer pour soi, au préalable, le statut rédempteur de «pigiste».Voilà un étonnant travestissement du sens à accorder au mot «liberté», mot auquel quelqu’un comme Adèle Lauzon, justement, accordait une valeur beaucoup plus grande dans l’exercice de ses fonctions.«Je ne suis pas un employé de Québécor, écrit Richard Martineau: je suis un fournisseur de services.Québécor n’est pas mon employeur: il est mon client.» Dans un monde de clients et de fournisseurs, le journalisme est-il devenu une marchandise comme les autres?On pourrait être porté a le croire à lire Richard Martineau, lequel s’employait d’ailleurs, quelques jours plus tard, appuyé sur ce grand penseur qu'est Bob Dylan, à nous expliquer que les notions de gauche et de droite sont tout a fait dépassées! Il est au moins vrai de dire que certains chroniqueurs ne sont ni de gauche ni de droite, mais plutôt le pire de tout cela, car ils en assemblent pêle-mêle les éléments bout à bout selon une méthode de reniement perpétuel de l’un et de l’autre élevé en un principe de liberté qui n’a en fait pour nom que le reniement.Ces gens se croient libres comme l’air, et au service de la liberté de surcroît, alors qu’ils n’ont fait qu’intérioriser les valeurs de la liberté marchande au point où ils ne se voient même pas ramper dans les antichambres de la servitude.Les défaillances et les trahisons de la pensée finissent alors par correspondre à une fidélité à soi-même d’un nouveau genre.L’avenir des médias appartient-il désormais à pareils mercenaires voués en définitive au seul spectacle d’eux-mêmes, heureux, pour s’accomplir, de se trouver au beau milieu d’un peuple si abruti par la suite de ses infortunes qu’on peut le railler à loisir tout en feignant d’y être attaché et en se flattant d’en être applaudi?Une simple marchandise comme une autre, le journalisme?Doit-on tenir cette perspective pour avérée à voir encore l'action de la famille Ré-millard, occupée ces jours-ci, comme on le sait à dépecer et à jeter aux ordures ce qui restait d’informations à Télévision Quatre-Saisons?Peut-être que les perspectives sur l’information qu’offre une autobiographie comme celle d’Adèle Lauzon sont par trop romantiques.L’ennui pour les autobiographies et les biographies est que le réel s’avère plus complexe qu'il n’y paraît, tel un fil sans cesse brisé.Or, devant des mémoires ou une biographie, on se retrouve néanmoins avec l’idée qu’une vie Être à gauche, c’était savoir d’instinct que l’homme peut, en commun, arriver à construire un avenir meilleur pour tous aq£le lauzon PAS SI TRANQUILLE d’homme correspond a un trace linéaire qui suit une course a peu près établie d’avance sur l’échelle du temps.D’où souvent une impression de cohérence dans les choix et les engagements alors que la réalité est autrement plus complexe.Le sociologue Pierre Bourdieu, au sujet duquel on ne compte plus depuis quelque temps les parutions, prenait à témoin les écrivains du nouveau roman pour faire valoir à quel point «le réel est tout de discontinuité».C’est ce que rappelle curieusement Marie-Anne Les-courret dans son Bourdieu afin de jeter, tant bien que mal, les bases d’une justification à la biographie bavarde qu’elle consacre au sociologue décédé en 2001.Un homme est un produit de son époque, «d’un ensemble de déterminismes sociaux qui jouent à divers temps de son histoire personnelle», disait Bourdieu.Décrire une personnalité, c’est donc s’efforcer de la situer au sein des couches sociales qui l’ont formée et qu’elle a occupées.Un homme n’existerait donc que dans les rapports qu’il a avec son temps.Mais dans quel temps terrible sommes-nous donc plongés aujourd'hui?jfnadeaipa ledevoir.com PAS SI TRANQUILLE Adèle Lauzon Boréal Montréal, 2008,310 pages BOURDIEU Marie-Anne Lescourret Flammarion Paris, 2008,538 pages KOMAN QUÉBEC O Maman est au fond du lac CHRISTIAN DESMEULES La mère était morte des centaines de fois.» La Danse de la Méduse, second roman de Laurence Prud’homme, trente ans, s’ouvre sur un paysage mort, un bord de lac en hiver, et sur un fantasme épuisé qui prend finalement forme.Une femme a disparu et il ne reste d’elle qu’un petit chalet au bord d’un lac de la Mauricie où ses trois enfants, deux filles, Lucie et Judith, et un garçon, Simon, mort il y a quelques années, ont passé presque tous leurs étés.Un chalet et des tas de souvenirs mêlés de colère, de larmes, de regrets, de tendresse.Et c’est à travers le regard de Simon, qui est en quelque sorte le fantôme tranquille du chalet, que cette réalité nous apparaît.Un procédé qui se découvre peu à peu au lecteur, sans forcer, et qui pennet une narration à la fois visuelle et retirée.Dans la mythologie grecque, rap-pelons-le, des trois Gorgones, la Méduse est la seule à être mortelle.Séduite — ou violée1 — par Poséidon, elle est punie et transformée en créature fantastique par la dées- se Athéna Mélange de beauté et de monstruosité, ses cheveux deviennent des serpents et son regard pétrifie tous ceux qui le croisent Et la Méduse, dans le second roman de Laurence Prud’homme, on l’aura compris, c’est la mère, «Mom», un personnage excessif qui a un peu empoisonné, malgré ses qualités bien réelles, la vie de ses trois enfants.Une mère excessive «L’étrange Marie.Fantasque Marie.Excessive, trop excessive.La Méduse.dans la housse noire, c’est elle.» Une mère instable au profil «artiste», au passé vaguement hippie, à qui il arrivait fréquemment de disparaître dans la nature ou avec des amants de passage, parfois pour de longues semaines, laissant ses trois enfants aux bons soins de l’une ou l’autre de ses soeurs.Une femme aux prises avec des problèmes de santé mentale.Elle avait quitté définitivement Montréal quelques années plus tôt et s’était installée là-bas en permanence.Et c’est Lucie, 22 ans, la «petite», la plus jeune des trois enfants, qui revient d’Espagne où elle habite pour procé- causerie Le dimanche 4 mai à 15 heures avec Dany LAFERRIERE et Tristan MALAVOY-RACINE Dany Lau hrikri' It SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS R.S.V.P.514-337-4088 p.213 'V .-a-v r QÀ VtlSiralBI nous • * ,._____ Gatauos Normande 2?$2.rfe $ 1 M V \ ( H E l M A 1 2 1» il 8 LITTERATURE Le phénomène des mères G UYLAINE MASSOLTRE Incontournable sujet de l'heure, les génitrices font la saison.Cinq écrivains les mettent en vedette: Tahar Ben JeDoun livre la jeunesse de sa mère; Patrick Reynal dépeint Marie Pfister, mère de sa mère, déportée à Ravensbrück; Jean-Yves Cendrey liquide «man-man-, quelle rage; Maryse Wolinski regarde la transmission féminine; et Karine Kysset, la plus jeune, pèse le tait de vouloir un enfant ou non.Qu'on pense aux conferences d'Hélène Cixous, Obstétriques de la littérature, en 2000.Huit ans plus tard, des titres en rafales.D’Avril Ventura, Ce qui manque, au Seuil.De l’Américain Donald Antrim, La Vie d’après, à L'Olivier.Du Suisse Jacques Chessex, Pardon mère, chez Grasset.Pouvait-on oublier, après Louise Dupré ou Claire Cas-tillon, ce que nous font les mères?Tradition marocaine Sur ma mère, de Tahar Ben Jel-loun (Gallimard), conjugue mariage, murmures, médina de Fès, Maroc et maladie.Au chevet de Lalla Fatma (1920-2002), sa mère atteinte d’alzheimer, il entoure de piété filiale la femme aux cheveux voilés, plein de «respect quasi religieux» et de «soumission irrationnelle».Mariée trois fois à des inconnus, livrée la nuit de ses noces, elle n’est plus que racine agrippée à sa maison.Une vie de femme sans joie signe son destin.La coutume est au centre de ce récit, émouvant mais conservateur, dont le pivot est 1944, année de naissance de Ben Jelloun.On y entrevoit le temps de ses meilleurs livres, tel Moha le Jbu, Moha le sage, écrit en 1977; la colère contre sa patrie a disparu.De Fès à Tanger, du régime français à celui du Coran, le huis clos de la famille est présenté comme un équilibre fragile mais constant.La fin de vie de cette femme tient pourtant à des mains féminines, infirmières et employées, comme cette Keltoum, bonne à tout faire, préposée aux soins qui lave, nettoie, veille, accompagne la déchéance et le délire, la souffrance et les caprices, ange gardien et matrone de l’intimité.Sans elle, la tradition s’effondre et le livre n’existe pas.La colère de Keltoum demeure l’énigme, au fond.Histoire française Lettre à ma grand-mère, de Pa-tritk Raynal (Flammarion), ancien directeur de la Série Noire et directeur de la collection «Fayard Néir», commente le journal rédigé pdf Marie Pfister, matricule 38971, après sa déportation.Soixante ans plus tard, Raynal découvre ce document, écrit par celle qui l’a élevé.Le secret d’une famille «banale» est éventé: «divisée entre résistants héroïques et collabos de choc», celle-ci incarne la cohabitation violente des extrêmes, préjugés de classe, cOfivictions opposées et religions incompatibles.Raynal ne mâche pas ses mots.Militant communiste, petit-fils d’un général admiré et fils d’un homme honni, il dépeint narquois, ce qu’il ROMAN É T R A N G E R L’amour au temps du Viagra MARTIN BTRKAl AUI VT FRANCK PRESSK Sur ma mère, de Tahar Ben Jelloun, conjugue mariage, murmures, médina de Fès, Maroc et maladie.déteste avec férocité.Ce récit de vie, croqué à la façon de Queneau, interroge la mémoire enfouie sur la torture, la résistance, la survivance, la résilience.Cette femme à l’esprit bravache, aux souvenirs cocasses et au courage miraculeux, mérite la fidélité dont Raynal gomme les effets trop particuliers.Son exorcisme télescope l’ordinaire avec la liberté d’une nation.Matricide La maison ne fait plus de crédit, de Jean-Yves Cendrey (L’Obvier), est un brûlot sur la famille, dernier épisode d’un cycle autobiographique: Les Jouets vivants et Jouissances du remords.La parole est à l’amant, un beauf pathétique, au verbe envoyé bien tassé.Il y a mille exclamations, des pensées tordues, explosives, vengeresses.Chaque page exulte une envie de tuer la mère: «Je vois le corps blafard de la manman flotter dans ce sarcophage d’émail entartré.» Œdipe, dans sa phase obscène, se laisse aller à la haine, fils en valu de mépris dans un faux habit d’amant Dans ce théâtre à distancer de l’auteur, le monologue révolté se présente en creux, au bout d’une misanthropie phobique, obsédée des «famille, je vous hais».Le sismographe du bon goût oscille.«Les mots sont doués pour simuler», prévient le monstre, déjà entré dans sa stratégie à insulter.«Prenez les suivants, prenez-les tous, ces livres poisseux, et sentez votre estomac se soulever.» Pour le florilège maternel, mère patrie y compris, prière de repasser.Pourquoi penser?Pourquoi croire?Si ça va si mal, pourquoi ne pas en finir?Parce que, selon Cendrey et non son personnage, la veulerie n’est pas une impasse, et l’hypocrisie, une arnaque impunie.Chaque mot médiocre, à retourner, est une grenade dégoupillée.Identités puzzle La mère qui voulait être une femme, de Maryse Wolinski (Le Seuil), campe les relations difficiles entre trois femmes sensibles de trois générations d’une famille juive.Le roman débute et finit aux 90 ans de Marta, avec sa fille et sa petite-fille, musicienne comme Marta.Entre elles, l’histoire creuse des silences, malentendus et choses tues distillés avec précaution.ABONNEZ-VOUS ET ECONOMISEZ JUSQU'À 45 % DU PRIX EN KIOSQUE ! CONSULTEZ NOTRE SITE ET DÉCOUVREZ RADIO SPIRALE! WWW.6piralema9aZine.COin .v • .1 • N° 219 Mars-Avril 2008 maintenant en kiosque ARTS LETTRES SCIENCES HUMAINES Les médias pensent-ils ?Quels espaces les intellectuels peuvent-ils encore investir dans la polis?Quelle place — autre que marginale, excentrée — est-elle faite à une parole dite critique dans les médias?Sous l’intitulé « Les médias pensent-ils?», le dossier que présente en ces pages Martine-Emmanuelle Lapointe se penche sur « la présence de la réflexion intellectuelle dans certains médias » et propose du même souffle « une critique — sévère et lucide — des publications, des émissions de télévision et de radio grand public qui prétendent penser ».Nuancés, loin des diagnostiques catastrophiques attendus dans un tel dossier, presque tous les collaborateurs invités par Martine-Emmanuelle Lapointe semblent au contraire conserver espoir « en l'avenir », tout en souhaitant « que la disparition de certaines émissions culturelles dans les médias publics et privés ne soit que passagère ».ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO : • Un entretien de Ginette MICHAUD et Georges LEROUX avec Gil ANIDJAR, auteur de Semites.Race.Religion.Literature.• Des portfolios consacrés aux artistes Karen Elaine SPENCER et à Patrice DUHAMEL.• Des critiques des dernières œuvres de Nelly ARCAN, Fulvio CACCIA, Violaine FOREST.Benoît JUTRAS, Daniel MENDELSOHN.Sherry SIMON.Antoine VOLODINE et bien d’autres ! Ce livre propose un retour à l’intime dans le bruit de la vie.Entre la tyrannie du souvenir et les limites de la liberté, la vie douce-amère se reconduit à l’identique.Consolation, la musique se rit des questions sans réponse et des mots manquants.Par-delà les générations, elle seule engendre une réparation.Comme une mère, de Karine Rysset (L’Olivier), quatrième roman en cinq ans, est une histoire farfelue d’accouchement sous X, à côté de celui d’un bébé mort à peine né.La mère en peine s’empare du bébé en santé.L’astuce de Rysset, mettre en parallèle et inverser les émotions des deux mères, la voleuse et la dérobée, décrit l’ambivalence face au désir d’enfant Désir du désir ou vide mal comblé, la maternité: ces deux romancières substituent l’expérience romanesque à la perte intériorisée.Reste de ce contact en soi à écrire de quoi elles sont flouées.Collaboratrice du Devoir CHRISTIAN DESMEULES Imaginez que votre vieux pere vous annonce qu’il a rencontre quelqu’un et qu’il compte se remarier dans les plus brefs delais, l'ois imaginez le pire, hua ginez surtout qu’il s’est amouraché d’une certaine Valentina.une plantureuse immigrante ukrainienne rem contrée on ne sait trop comment dans la petite vüle où il habite, au nord de Londres.«Cheveux d’or.Regard enchanteur.Poitrine remarquable», explique le vieil homme, lui-même d’origine ukrainienne, récemment veuf après soixante ans de mariage.«Trente-six.Elle a trente-six ans et moi quatre-vingt-quatre.Et alors?» Et alors rien, si ce n’étaient les intentions pas très nettes de la jeune femme en question et l’état de vulnérabilité avancée du bonhomme.Petite parenthèse pour ceux qui se poseraient encore la question: être amoureux, quel que soit l’âge où ça nous frappe, est en soi un état de vulnérabilité avancée.Et mi alibi bien répandu pour excuser la bêtise, la naïveté et la dilapidation du patrimoine familial.Et alors, donc?Traître?«Vieux bouc libidineux»?Personne du troisième âge cherchant à combler ses besoins primaires?Ses deux tilles, Vera et Nadezh-da, qui sont pourtant à couteaux tirés depuis de nombreuses années, sonnent toutes les deux très vite l’alarme.lettres anonymes aux services de l’immigration, visites-surprises chez leur père, fouilles illégales: tous les moyens sont bons pour contrer cette entreprise déraisonnable avant qu’il ne soit trop tard.La belle Ukrainienne, de son côté, ne cache pas vraiment son jeu non plus: «D’abord moi obtenir visa passeport, après obtenir divorce.Quand obtenir divorce, moi avoir moitié maison.» Et les tracteurs, dans tout ça, direz-vous?Dessinateur industriel dans une usine de tracteurs anglaise, Kolya (diminutif de Nikolai) taquine aussi la muse depuis l’âge de quatorze ans.Malgré le temps qui file, l’octogénaire souhaite encore écrire son chef-d’œuvre: Une brève histoire du tracteur en Ukraine, dont le roman nous livre quelques extraits.Un bon titre, d’accord, mais surtout une occasion d’introduire des digressions — plus ou moins significatives — dans le roman.Et sans que les sœurs ennemies s’en rendent vraiment compte, cette curieuse épreuve sera pour elles une occasion inespérée de rapprochement et, qui sait.de reconciliation.Surtout, cet épisode leur permettra de découvrir des éléments du passe de leurs parents qu’elles ignoraient.Marina Lewycka, elle-même d’origine ukrainienne, nee en 1948 dans un camp de réfugiés en Allemagne, a pondu avec cette Brève histoire du tracteur en lltnai-ne son premier roman, une comédie familiale à saveur typiquement anglaise faite d’humour, de dérision, de tendresse et de.légèreté.«Et alors?» Et alors rien.Collaborateur du Devoir UNE BRÈVE HISTOIRE DU TRACTEUR EN UKRAINE Marina Lewycka Traduit de l’anglais par Sabine Porte Alto Québec, 2(X)8,402 pages Lé mwmmt Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux otheque Rencontre avec l’écrivain François Grave! i animée par Aline Apostolska .François Gravel, auteur d’une dizaine de romans pour les adultes et d'une vingtaine pour les jeunes, dont les célèbres séries Klonk et Sauvage, récipiendaire de nombreux prix en littérature jeunesse, dont celui du Gouverneur général en 1991 pour son roman Deux heures et demie avant Jasmine.Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains d’ici et d’ailleurs.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèc e jeudi 8 mai 2008 30 à 14 475, bout De Maisonneuve Est, Montréal Métro Berri-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales Québec SS VIENT DE PARAITRE \tÿ^lllSÊÊÊSUÊHHÊmHKm Pionnier des relations du travail au Québec et catholique social, Gérard Dion fut, parmi les opposants à Duplessis, l'intellectuel le plus engagé dans les luttes contre les mesures antisyndicales de TUnion nationale et contre l’immoralité des moeurs électorales de l’époque (avec l’abbé Louis O’Neill et quelques autres) ainsi qu’un acteur de la Révolution tranquille.En suivant son parcours, Suzanne Clavette et ses collaborateurs mettent en lumière cette période-dé de notre histoire.' A UTRES PARUTIONS DE LA MÊME A UTEURE p» «tan fqiKUtêwî dt flfbüiom Suzanne Clavette L’historienne Suzanne Clavette a but sa marque par ses écrits sur la polémique qui a eu cours en 1949, au moment de la célèbre grève de l’amiante {Iss Dessous d'Asbestos, l'nrtiàpmhm des travailleurs.et La Condition out nrrr ).Elle contribua aussi à l'histoire sociale du Québec en faisant paraître I.'Affaire silicose par deux fondateurs de Relations Spécialiste de la période 1930-1960, elle s’aventure ici plus loin en traitant des débuts de la Révolution tranquille.n « Ce livre fascinant se lit comme une pièce de théâtre où on entend les débats entre les acteura, les réactions de ceux qui leur sont proches et les discussions entre ecclésiastiques à huis clos.» Gregory Baum, RELATIONS « C’est un ouvrage passionnant, un ouvrage nécessaire pour bien comprendre comment le Québec s’est dressé dans sa modernité .» Robert Laplante, L’ACTION NATIONALE ISBN.-2-7637-8257-4.462 XS O'Asl’KSTOS Pour Infor matlofw 1 Stéptem BibMUtt • 114 M4-S4S1 ¦ Pages * 35 $ HÊtÊÊÊm Originale, audacieuse et appuyée sur des sources très solides, cette thèse a l’immense mérite de montrer que la religion au Québec n’a pas toujours été, loin de là, un frein au changement.Louis Cornellier, LE DEVOIR « Un livre passionnant où apparaissent des données jusqu’ici ignorées, ou alors trop peu connues.» Michel Rioux, L’ACTION NATIONALE ISBN : 2-7637-8256-6 « 594 pages • 40 $ I L E I) E V 0 I K .A M E h I E Ï 1) 1 M A X C H E l M A ! 2 0 0 8 F (i 1,1 VUES Des femmes de reve, selon Alexandre Jardin LITTERATURE FRANÇAISE JOEL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Avec Chaque femme est un roman, Alexandre Jardin achève une «trilogie autobiographique», commencée avec Le Zuhial, puis Le Roman des Jardin.ROBERT SOLÉ xiste-t-il sur terre des femmes v a peu près normales?Peut-être, mais pas dans le dernier livre d’Alexandre Jardin.On y voit défiler toutes sortes de «toquées de liberté», qu’il considère comme ses «maîtres» et qui, souvent, lui rappellent sa mère.Ce séducteur lunatique ne cesse de vivre des expériences étonnantes et de rencontrer des per sonnes incroyables.Telle provi-seure de lycée s’ingénie a faire échouer ses élèves, pour mieux les former.Telle gérante de cinéma retouche les fins des films avant de les projeter.L’auteur lui-même, entraîné par l'une de ces excentriques, se poste régulièrement porte d’Orléans, à la sortie de Paris, pour faire de l’autostop en brandissant un panneau «Toutes directions».Bon, il s’agit d’un roman, même si des personnages réels traversent aussi ces pages.Ce n’est pas Grace Kelly, princesse de Monaco, qui a déniaisé Alexandre Jardin au cours d’une scene torride.Dans ce chapitre-là, au moins, l’auteur avoue un vieux fantasme: «Il y a des femmes de rêve a qui l’on doit autant qu’aux filles de nos nuits véritables.» Le fils de Pascal Jardin manifeste un goût prononcé pour les sentences paradoxales: «On ne retient bien que ce qu'on lâche a temps», «Le plus court chemin entre deux points reste le zigzag», «Four freiner il faut parfois accélérer».Des sentences qui sonnent trop bien pour être vraies.Ce roman achevé une «trilogie autobiographique», commencée avec Le Zubial, puis Le Roman des Jardin.Autobiographie à moitié farfelue, dans laquelle le romancier pousse très loin son imagination.Cette fois, sa mère ne se contente pas de marcher sur des braises incandescentes après avoir fait un stage de fakir: elle exige de ses amants qu’ils se fassent tatouer un point d’interrogation sur la partie la plus intime de leur anatomie.«Ne faut-il pas accepter une bon- ne fois pour toutes que l’imagination supplante l’obscène exactitude?», demande Alexandre Jardin.Son exéditrice, Françoise Verny, dont il dresse une nouvelle fois un portrait posthume aussi affectueux que cruel, lui disait: «Echappe-toi du piège de la sincérité.Ecrire du roman, c’est duper les autres et soi-même avec enthousiasme.» Leçon retenue.L’auteur du Zèbre et de L’île des gauchers réussit à nous persuader qu’il compte des lectrices éperdues d'admiration, marquées à jamais par ses romans.L’une d’elles exige même de rencontrer l’un de ses personnages, en vue de l’épouser.Dans cette étourdissante galerie de portraits, quelques figures récurrentes servent de fil conducteur: comme Stéphane, l'ami chirurgien qui rafistole les cerveaux, ou Célia, la championne des pap-parazzi, qui conserve l’oreille d’une de ses victimes dans un bain de formol.Tout cela ne fait pas forcément un roman, mais un livre léger et drôle, parfois plus sérieux qu’il n’y parait Alexandre Jardin se moque du monde avec jubilation.Et on aurait mauvaise grâce à s’en plaindre.Le Monde CHAQUE FEMME EST UN ROMAN Alexandre Jardin Grasset Paris, 2008,302 pages B É IJ É ROMAN JEUNESSE Le cellulaire à voyager dans le temps SYLVAIN CORMIER Cette bédé, j’en ai eu l’idée il y a 40 ans.Si, si.Mon subconscient peut en témoigner.Je n’ai pas de preuves, mais tout g;unin, je faisais souvent ce rêve: j’étais en classe, trouvais une règle en plastique rouge dans mon pupitre.Une règle magique, découvrais-je.En la faisant pivoter, hop! j’étais transporté à une époque de mon choix, au lieu désiré.Même pas besoin de chronogyre comme dans l’émission Au cœur du temps.C'était bigrement pratique au moment des interrogations orales.Qui fut Dollard des Ormeaux?Hop! Nouvelle-France, me voilà.J’avais qu’à demander à l’intéressé.Ainsi, mes rêves, de la Rome des péplums à la Gaule d’Astérix, m’amenaienj en tous lieux et en tous temps.Evidemment, je finissais par perdre la règle, la cherchais indéfiniment et me réveillais invariablement en sueur.Autre génération, les Chrono Kids — Marvin et Adèle, frère et sœur, neuf et sept ans environ — disposent d’un téléphone portable {jour voyager dans le temps, bidule pareillement magique que leur a vendu un barbu à casquette pour cinq euros.Y a qu’à taper la date, l’heure, l’endroit, et hop! Salut Napoléon! «Vous êtes mort en quelle année?», lui demande Marvin dans la page de présentation de l’album.«C’est pour l’école.» La même idée, vous dis-je! Certes, le concept du voyage dans le temps n'est pas exactement neuf.De Jules Verne à Robert Zemeckis (Retour vers le futur), on a beaucoup donné.IA où les grands esprits se rejoignent — Zep et bibi, même combat! —, c'est dans le FMCrtA MONStEUR TE.PEU* VOUS fttcR OuÇLOuES QoESUOiS C EST RduR L'&Oie,.f, point de vue.Un gamin d’aujourd’hui projeté au Moyen Âge pense encore connue un gamin d’aujour-d'hui.Exemple: Adèle, débarquant en 1153, a un béguin pour Jacquot, rencontré dans les cuisines de Charles XII.Le voyant pieds nus, elle retourne dans sa chambre de 2008 et apporte les baskets de Marvin à son chéri.Résultat, accusé de sorcellerie, le Jacquot passe à ça de griller sur le bûcher.Corollaire, les baskets puent: Marvin fulmine.Voyez le topo?la prémisse est géniale, merci beaucoup, mais le traitement plus chouette encore.L’humour à la fois tendre, décalé et Miberté 280 ^_ si r* t g g H a g g WWW.REVUELIBERTE.CA ¦- - SOURCE GLENAT jouissivement caca-pipi-poil de Zep (le papa de Titeuf, est-il besoin de le préciser?) convient parfaitement à ces aventures pleines d’initiatives candides aux conséquences notables.Ainsi apprend-on le secret de la main dissimulée de Napoléon: c’est parce qu'il a essayé le «vernis cool girl» d’Adèle, permanent sans dissolvant.Ainsi Léo-nai'd de Vinci échoue-t-ii lamentablement le dessin de Spiderman que lui demande Marvin.Et ainsi de suite.Le mariage avec le dessin de Stan & Vince est tout aussi heureux, quoique plus surprenant: c’est le premier essai du tandem de la série réaliste Vortex dans le genre.À collaboration fructueuse, nombreux tomes à venir Adèle et Marvin n’ont pas fini d’aller semer la pagaille dans le continuum spatio-temporel.Peut-être trouveront-ils ma règle rouge.Collaborateur du Devoir LES CHRONO KIDS 1 Scénario de Zep, dessins de Stan & Vince Glénat.«Tchô! La collée.» Grenoble, 2008,47 planches Amour et terrorisme Dans L’Oiseau rouge, l’auteur Denis Côté parle d’amour, de terrorisme et du Front de libération du Québec ANNE MICHAUD Au lieu de fréquenter la polyvalente comme les autres jeunes de son âge, Jean-Olivier sillonne la province avec ses parents à bord d’une autocaravane.Une nuit d’hiver particulièrement froide, ils trouvent une jeune fille grièvement blessée sur le bord de la route.Avec ses cheveux roux et sa peau diaphane, Fannie est très jolie.Jean-Olivier en tombe immédiatement amoureux, mais, en fouillant dans son sac, il découvre une arme automatique, plusieurs paquets de munitions et une pile de tracts à l’effigie du Front de libération du Québec-Bien décidé à apprendre ce que Fannie et le FLQ ont en commun, Jean-Olivier suit la jeune fille dans les rues de Québec et est enlevé par les autres membres de la cellule Oi- seau rouge, des terroristes en puissance qui dénoncent en vrac la mondialisation de l’économie, les profits des banques, l’exploitation des travailleurs, le réchauffement planétaire, etc.C’est parce qu’il voulait parler de terrorisme à ses jeunes lecteurs que Denis Côté a inventé cette histoire.Le sujet est d’actualité, et les questions morales qu’il soulève sont importantes et intéressantes, mais je m’explique mal pourquoi il a choisi de relier le terrorisme moderne et le FLQ.Ce lien est d’autant plus discutable que la leçon cl hi* toire qui s’ensuit ne fait que survoler les événements qui ont bouleversé le Québec à la fin des années 70, et les motivations qui animaient alors les felquistes (et non les «effelquois», comme ils sont baptisés dans le roman) sont à peine esquissées.L’intrigue aurait été beaucoup plus proche des préoccupations des jeunes, donc plus convaincante, si Fannie et ses compagnons avaient milité contre l’altermondialisation, les changements climatiques ou pour la fin de la guerre en Irak, par exemple, sujets en vogue actuellement Autrement le rythme très rapide du roman tient le lecteur en haleine, quoique la conversion rapide de Jean-Olivier de prisonnier à quasi-complice, de même que la rapidité et la brutalité avec laquelle les forces policières s'attaquent à ces apprentis terroristes peuvent le laisser sceptique.Collaboratrice du Devoir L’OISEAU ROUGE Denis Côté Québec Amérique jeunesse, collection «Titan» Montréal, 2008 153 pages, 12 ans et plus La collection «10/10» renaît ivien librairie>bistro JACQUES NAOEAU LE DEVOIR LE GROUPE Librex a relancé la célèbre collection de livres de poche 10/10 en poursuivant la réédition, sous une nouvelle maquette attrayante, d’oeuvres québécoises, dont plusieurs classiques.C’est ainsi que les lecteurs pourront se replonger tant dans Un homme et son péché, de Claude-Henri Grignon, ou La Guerre, yes sir, de Roch Carrier, que dans des œuvres plus récentes, comme Pour de vrai, de François Avard, Le Grand Blanc, de Francine Ouellette, et La Route de Parramatta, de Louise Simard.La collection «10/10» a d’abord vu le jour en 1977.Le groupe Librex a choisi de la relancer aujourd’hui pour rééditer en format poche des œuvres déjà parues chez Libre Expression et Stanké.Le groupe Librex, propriété de Québécor, compte cinq maisons d’édition: Logiques, Trécarré, Stanké, Libre Expression et Publistar.SCULPTER DES POEMES DANS UNE PROSE Olivieri Au cœur des idées Jeudi 8 mai à 19h00 Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts ! 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 A l’occasion des 30 ans du Festival franco-anglais de poésie et des 25 ans de la revue La Traductière, Jacques Rancourt a demandé à des poètes de sculpter des poèmes dans une prose de leur choix tout en respectant le fil du texte, sans rien y ajouter.Pour parler de cette expérience et présenter des poèmes qui en sont issus : Louise Dupré poète et romancière Marie-Andrée Lamontagne poète et écrivain, éditrice et journaliste.Jacques Rancourt poète et directeur du Festival et de La Traductière Donald Winkler cinéaste et traducteur.Organisée en collaboration avec le Marché de la poésie de Montréal et la revue Ellipse.L'evenement, sous la présidence d'honneur de Josée Pelletier, auteure.se tiendra au Complexe Saint-Laurent.500, rue Saint-Laurent, La Prairie ©Wane Alire, Librairie indépendante agréée 450.679.8211 | Place Longueuil LE DEVOIR.LES SAMEDI ;i ET D I M A N (' H E 4 MAI > O O S F t Lhéritage de Paul Ricœur ESSAIS MARTIN BUREAU AGENCE FRANCE PRESSE Formé dans la tradition de la phénoménologie, traducteur de Husserl, Paul Ricœur prit le risque de déstabiliser la doctrine classique de l’interprétation en la confrontant au discours de l’inconscient.GEORGES LEROUX Paul Ricœur est mort il y a deux ans, le 19 mai 2005, laissant derrière lui une œuvre si riche et si abondante qu’elle défie désormais les archives.Penseur austère et prudent, il n’était ni rhéteur ni dialecticien, tout son travail évoluant vers une écoute toujours plus attentive de la pensée des autres, dans la recherche d’une compréhension juste de l’action humaine.Son parcours est à la fois très personnel et très proche des inquiétudes de son époque.Une interrogation fondamentale sur la nature de la volonté et de la liberté, entre prise dès ses grandes études sur la faillibilité et faisant écho à un intérêt pour les traditions religieuses, n’a cessé d’animer son projet de saisir comment cette liberté était pensée dans un siècle qui ne savait plus comment gérer l’héritage cartésien de la réflexivité.C’est ainsi que, très tôt dans son travail, la psychanalyse devint pour lui un objet constant de perplexité.Formé dans la tradition de la phénoménologie, traducteur de Husseri, il prit le risque de déstabiliser la doctrine classique de l’interprétation en la confrontant au discours de l’inconscient Sa lecture de Freud fut méticuleuse et au dire des psychanalystes, peut-être trop, en ce qu’elle cherchait à saisir le projet analytique en le reformulant dans une pensée de l’interprétation.Ces débats passionnèrent toute une géné- ration, Lacan y intervint, et ils eurent lieu avant que Paul Ricœur n’affronte un interlocuteur encore plus critique de la liberté et du sujet, le naturalisme de la théorie analytique de l’action auquel il consacra une part importante de son œuvre.On peut dire, rétrospectivement, qu’il fit dans les deux cas un lecteur aussi humble que redoutable: rien ne lui échappait, et il préférait prendre le temps de longues exegeses avant de proposer une critique.Interprétation et récit Apres avoir publié de son vivant plusieurs recueils d’essais sur l’interprétation et sur l'action, ainsi que trois tomes recueillant des «lectures», voici que paraissent, rassemblés dans un premier volume d’écrits posthumes, parmi cinq projetés, ses textes consacrés à la psychanalyse.Ce volume apporte beaucoup de textes inédits, prove nant du Fonds Ricœur établi à Paris.On y trouvera en particulier une discussion rigoureuse de la rencontre de la psychanalyse et de l’herméneutique, où Rrcœur se montre comme à son habitude d’abord attentif aux méthodes et aux concepts analytiques, en particulier au modèle économique dans lequel ils sont mis au travail.Un autre texte, répercutant les intérêts plus tardifs du philosophe pour les formes du récif permet d’explorer la place de la narration dans l’analyse.On accordera une place à part à un texte intitulé «La vie: un récit en quête de narrateur», provenant d’une conférence de Rome en 1978: prenant pour point de départ cette notion de la mise en intrigue de la vie, Ricœur invite à considérer que seul le lecteur peut recomposer sa vie dans le récit, et à cette seule condition le processus de recomposition «rend possible la reconfiguration de la vie parle récit».Cette position est constante dans son œuvre; elle met en relief le caractère indis- pensable de l'interprétation et.au sein de celleei, de la part inevitable de fiction: «Sous ne pouvons pas nous saisir nous-mêmes hors du temps, et donc hors du récit: il y a donc une equivalence nitre ce que je suis et l'histoire de ma vie.» Evoquant la figure de Socrate, Ricœur conclut qu’une vie examinée est d’abord une vie racontée.Ces écrits, comme tous les autres recueillis ici.témoignent du long dialogue de Paul Ricœur avec la psychanalyse, et en particulier avec le texte de Freud.Dans une etude intéressante placée en postface, Vinicio Busacchi présente un resume de cette confrontation étalée sur toute une vie: d’un projet de saisir le désir humain selon la vérité de l’analyse, on voit Paul Ricœur se déplacer vers une approche plus narrative et ultimement mise en rapport avec la problématique éthique qui marqua la fin de son œuvre.Pour en approfondir le sens et la portée, on peut lire un beau recueil d’études, publié sous la direction de Gaëlle Fiasse, pro-fesseure à l’université McGill.Prenant pour thème la «capacité», ce recueil va à la rencontre des grandes questions du soi et de la subjectivité dans l’histoire: Ricœur n’a jamais cessé de penser un pouvoir d’initiative et un pouvoir de changement, de transformation.Grand lecteur de Gadamer, Jean Grondin présente ici un portrait comparatif très éclairant: adossés l’un à l’autre, connue la confiance et le soupçon, c’est leur rapport à la méthode qui les distingue, autant peut-être que leur relation à l’histoire, sans jamais toutefois les séparer absolument.Gaëlle Fiasse, de son côté, nous brosse à grands traits les principaux thèmes de l'éthique, culminant dans une pensée du pardon et de la mémoire.Paul Ricœur aimait Montréal, faut-il le rappeler, il y vint souvent à l'invitation de son ;uni Vianney De-carie et il est heureux de trouver dans ce recueil d'études un écho montréalais de son œuvre, une injonction à penser ici le riche héritage de sa pensée.Collaborateur du Devoir AUTOUR DE LA PSYCHANALYSE Écrits et conférences 1 Paul Ricœur Textes rassemblés et préparés par Catherine Goldenstein et Jean-Louis Schlegel Le Seuil, «La couleur des idées» Paris, 2(X)8,830 liages PAUL RICŒUR De l’homme faillible À l’homme capable Sous la direction de Gaëlle Fiasse Presses universitaires de France, «Débats philosophiques» Pairs, 2008,178 pages Aller «au bout de la langue» Christopher Lasch, défenseur du moi JACQUES NADEAU LE DEVOIR Encore relativement méconnu dans les pays francophones, Christopher Lasch (1932-1994) demeure un historien des idées dont la réflexion nous aide beaucoup à déchiffrer l’extrême complexité des tendances de la société contemporaine.SUZANNE G1GUÈRE Les écrivains de la francophonie littéraire s'adressent à des publics diversifiés.Séparés par des acquis culturels et langagiers différents, par des historicités et des valeurs souvent conflictuelles.Ils sont obligés de trouver les stratégies aptes à rendre compte de leur communauté d’origine tout en leur permettant d’atteindre un vaste lectorat.Comment en arriver à pratiquer une véritable «esthétique du divers» (Victor Segalen) sans tomber dans le marquage régiona-liste ou «exotisant»?Au moment où on s’interroge sur le sort des langues dans une perspective de mondialisation, il est important de réfléchir aux conditions d’existence des littératures de langue française et à leurs interrelations.La question des rapports écrivains-publics est au cœur même des débats contemporains et met en cause la lisibilité des codes culturels et langagiers.Dans quelle mesure ITiy-bridité avec laquelle doivent composer les écrivains francophones donne-t-elle lieu à des «poétiques forcées», selon l’expression de Glissant, ou à l’invention de nouvelles formes du dire littéraire?Quelles esthétiques sont ainsi mises en jeu?Ce sont là quelques-unes des questions que Lise Gauvin aborde dans Écrire, pour qui?.L’écrivain francophone et ses publics et qui montrent à quel point les enjeux des écritures francophones sont emblématiques de la scène littéraire mondiale qu'ils contribuent à éclairer.Pour articuler cette complexité, l’auteure se propose d’examiner, à partir d’un certain nombre d’exemples, les propositions formulées par les -œuvres d’écrivains québécois (Yves Beauchemin, Réjean Du-charme, Rober Racine, Francine Noël, Michel Tremblay, Dany La-ferrière), acadien (France Daigle), martiniquais (Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant), ivoirien (Ahmadou Kourouma) et réunionnais (Axel Gauvin).L’essai se divise en trois parties: «Frontières de langues et frontières du récit», «Apprivoiser Babel», «Écrire, pour qui?».Poétique du doute ; Lise Gauvin a par le passé proposé de désigner les littératures francophones sous le nom de «littératures de l’intranquillité», empruntant à Pessoa ce mot aux résonances multiples.En conclusion de son ouvrage, elle explique que, pour les écrivains appartenant à des littératures minoritaires, écrire en français c’est accepter de s’inscrire dans une dynamique de l’instable, une pratique du soupçon.«L'intranquillité est une force, ün privilège que les littératures francophones partagent avec d’autres qui.sur la scène du monde, déroutent et dérangent, et ne seront jamais établies dans le confort ou ^évidence de leur statut.Dans un monde où l’idée de globalisation coïncide le plus souvent avec celle d’uniformisation, l’écrivain francophone a pris le parti de transformer svn intranquillité en poétique du doute et de l'incertain, bref, en in- terrogation sur le ‘‘pourquoi’’ et le “pour qui” écrire.» L’essai, qui emprunte à diverses disciplines (linguistique, sociologie, études culturelles, théorie critique), peut paraître de prime abord intimidant.Le lecteur est toutefois vite conquis par la pensée rigoureuse et l’esprit de synthèse de l’auteure, qui poursuit livre après livre un travail de réflexion approfondi sur l’acte d’écrire en français, tant au Québec qu’ailleurs dans la francophonie.Essayiste, nouvelliste, critique littéraire, professeure à l’Université de Montréal, nouvellement élue présidente de l’Académie des lettres du Québec, lise Gauvin a publié plusieurs ouvrages consacrés aux littératures francophones, parmi lesquels La Fabrique de la langue.De François Rabelais à Réjean Ducharme (Le Seuil, «Points/essais», 2004 — Mention spéciale du jury du Grand Prix de la critique du PEN français), Lan-gagement.L’écrivain et la langue au Québec (Boréal, 2000) et L’Ecrivain francophone à la croisée des langues (Karthala, 1997 et 2006, prix France-Québec 1999).Elle a fait paraître en 2007 un répit, Quelques jours cet été-là, aux Editions Punctum.Ses Lettres d’une autre, ou «comment peut-on être québécois (e)» viennent d’être rééditées pour la sixième fois aux Editions Typo.Collaboratrice du Devoir ÉCRIRE, POUR QUI?L’écrivain francophone ET SES PUBLICS (ESSAI) Lise Gauvin Éditions Karthala Paris, 2007,180 pages MICHEL LAP I ERRE Il est difficile de concevoir qu’un intellectuel américain s’en prenne, dans son pays et dans le monde entier, aussi bien aux fondements du conservatisme qu’à ceux du libéralisme, en plus de pourfendre les rêves de la gauche radicale.Son analyse est tellement inusitée qu’elle assimile la pensée politique à la psychologie des profondeurs, à un drame où Narcisse se bat contre Prométhée au point de s’unifier dans le feu de la lutte.Encore relativement méconnu dans les pays francophones, Christopher Lasch (1932-1994) demeure un historien des idées dont la réflexion nous aide beaucoup à déchiffrer l’extrême complexité des tendances de la société contemporaine.Enfin traduit en français, son livre Le Moi assiégé.Essai sur l’éro-sjon de la personnalité, publié aux États-Unis en 1984, est toujours d’actualité.Aux yeux de l’auteur, Prométhée (allégorie possible de la droite) tente, grâce à la technologie, «de rétablir l’illusion d’autarcie», cette nostalgie du paradis perdu, et obscurcit la différence entre le moi et le monde.Quant à Narcisse (personnifierait-il la gauche?), il oscille entre la réforme libérale et la révolte authentique en n’accordant, selon Lasch, pas plus d’autonomie au moi, car il renie l’individualité pour essayer «de rétablir l’illusion de l’unité absolue avec la nature».Aussi contradictoire que cela puisse paraître, le narcissisme, culte aberrant du moi, serait, en fait, une négation de la personnalité véritable.Que d’arguties, direz-vous, pour soutenir qu’en dernière analyse le conservatisme et la révolution, douce ou brutale, se ressemblent comme deux gouttes d’eau! Mais Lasch a l’art de donner un poids humain aux abstractions les plus rébarbatives.«Prométhée n’est pas mieux armé que Narcisse, écrit-il, pour nous tirer de notre drame actuel.Au fond identiques, ils nous entraînent plus avant sur une route que nous suivons depuis trop longtemps.» C’est en nous guidant sur ce chemin sinueux qu’il dévoile en détail la dépersonnalisation à laquelle la droite et la gauche nous conduisent Lasch rappelle que le pacte germano-soviétique (1939) a permis à des hommes de gauche, comme Orwell et Koestler, de s’apercevoir que le stalinisme procédait du même esprit que le nazisme.Dès lors, pourquoi s’étonner que le psychologue Bruno Bettelheim et le psychiatre Viktor Frank! aient été jusqu’à rapprocher la dépersonnalisation subie par la terreur hitlérienne de l’anonymat propre à la «société de masse»?Certes, l’historien ne pose pas directement cette question insidieuse, mais elle apparaît en filigrane tout au long du chapitre provocateur qu’il consacre au «discours sur la mort de masse».Dans des pays aussi oppysés que l’Allemagne nazie et les États-Unis du XX' siècle, l’érosion du moi relèverait davantage d’une variation de degré que d’une différence de principe.Ce que cette analogie surprenante pourrait avoir de polémique, dans une dissection impitoyable de la société américaine, se dissipe lorsque Lasch associe la dépersonnalisation au domaine de l’art et de la littérature.Si l’esthétique post- moderne se veut «minimaliste», c’est, d’après lui, pour exprimer l’effacement de la subjectivité des créateurs, incapables de composer avec les vives tensions sociales de l’Occident, sinon du globe.Le lien fécond que Lasch établit entre la vie sociopolitique et l'évolution de l’esthétique met en relief le caractère essentiellement psychologique du mal contemporain.Ni les forces économiques ni les idéologies politiques n’amoindrissent lîm-portance universelle du moi, seul rempart contre la déshumanisation.Comme le souligne l’historien, le féminisme a bien fait de saper les principes du libéralisme et du marxisme en montrant que l'oppression des femmes, phénomène plaïuS taire, immémorial, ]>sychologique et culturel, dépasse, dans l'échelle de la servitude, la sample exploitation économique des ouvriers.Mais Lasch s’inquiète à bon droit du narcissisme qui a envahi les courants postérieurs à l’esprit révolutionnaire ou réformiste issu des Lumières.Si les féministes, les pacifistes et les écologistes réduisent, au dire de l’intellectuel américain, leur analyse sociale à «une poignée de slogans et de platitudes défraîchis», c’est qu’ils se contentent de faire l’inverse des conservateurs en préférant la nature à la technique, au lieu de voir dans le jugement libre et subjectif de l’être humain le seul moyen de fixer l’équilibre nécessaire entre les deux.L’exploit de Lasch, cette courageuse réhabilitation du moi effectuée contre la droite et la gauche, rappelle que rien ne ressemble plus à la vraie pensée critique que l’art du funambule.Collaborateur du Devoir LE MOI ASSIÉGÉ Christopher Lasch Climats Paris, 2008,272 pages Venez assister à une rencontre avec Philippe Forest animée par Marié Snauwaert LE JEUDI 8 MAI À17 H À LA LIBRAIRIE GALLIMARD 3700, BOUL.SAINT-LAURENT Philippe Forest est l’auteur de cinq livres de création littéraire, tous publiés aux Éditions Gallimard et qui lui ont valu une large reconnaissance publique et critique : L’Enfant éternel (Prix Femina du Premier Roman 1997), Toute la nuit (1999), Sarinagara (Prix Décembre 2004), et en 2007 : l’essai Tous les enfants sauf un et le roman Le Nouvel amour.Philippe Forest poursuit depuis dix ans une oeuvre exigeante et lucide,fortement ancrée dans le monde contemporain qui aborde le thème de la mémoire et de la fidélité aux morts, de la continuation de la vie et du sens qu’on peut lui donner, après la perte de son enfant.'mine Gallimard T.514.499.2012 Alain Stanke Des rencontres inouïes Des anecdotes savoureuses Des éclats de rire mémorables Occasions de bonheur Alain Stanké 29,95$ W LE DEVOIR LES SAMEDI ET D I M A V (HE 4 MAI 2 O ü 8 F 8 mis Apologie de Mercier et de l’histoire Octobre 1894.Honoré Mercier, expremier ministre du Québec, est dans un lit à l’hôpital Notre-Dame.Atteint du diabète, il sait qu’il va mourir bientôt même s’il n'a que 54 ans.L’heure, on l’aura compris, est au bilan.De son enfance paysanne à Saint-Athanase (maintenant Sainte-Anne-de-Sabrevois) à sa destitution en 1891, tout doit y passer.Planté par le vulgarisateur scientifique et historique Pierre Couture, à qui l’on doit des récits biographiques consacrés à Marie-Victorin, à Jacques Rousseau et à Antoine Labelle, ce décor est l’occasion d’une apologie sentie du fondateur du Parti national.Comme son titre l’indique, Honoré Mercier, l'un des plus grands premiers ministres du Québec ne se veut pas une biographie critique, mais plutôt un hommage en forme de récit à ce politicien pour qui le Québec était «la seule patrie des Canadiens français» et qui, pour cette raison, souhaitait combattre la division nationale.Journaliste d’opinion au Courrier de Saint-Hyacinthe dans les années 1860, le jeune Mercier s’en prend déjà au projet confédéral qui vise, selon lui, à noyer les Canadiens français dans un océan anglophone.Opposé à son patron qui appuie le projet, il démissionne.«Il n "était pas, remarque Couture, homme à piétiner ses convictions.» Élu député fédéra] en 1872, il remet vite le cap sur le Québec, son seul vrai pays.Afin d’insister sur cette fidélité sans (ailles, Couture la compare à Y «arrivisme» de Chapleau, l'adversaire conservateur de son héros.«Lui, Honoré, écrit-il, avait d'abord tâté de la politique fédérale avant de comprendre, au plus profi)nd de lui-même, que l’avenir de son peuple, ses assises, le fondement de son existence, que tout cela se trmvait ailleurs, au Québec, en somme.Cétait un idéal qu ’il avait poursuivi de manière toute désintéressée et il mourait sans le sou.Chapleau, au cmtraire, avait été député québécois de Terrebonne, ministre puis premier ministre à Québec avant de tout abandonner au bord du chemin poursuivre à Ottawa les sirènes de la réussite personnelle.» Ce dernier a-t-il vraiment demandé «pardon pour tout le mal qu’il a fait» lors de sa visite à un Mercier mourant?L’historien populaire Marcel Tessier, qui rapporte aussi l’anecdote, conclut plus prudemment que «les deux grands adversaires s’embrassèrent avec effusion».A la mort de Riel, en 1885, les esprits québécois s’échauffent Des conservateurs scandalisés par l’insensibilité de Macdonald se joignent alors aux libéraux dans le Parti national de Mercier.Élu premier ministre en 1887, ce dernier doit déjouer les manœuvres de son homologue fédéral, qui le déteste et cherche à lui nuire dans sa quête de financement pour le Québec.Rabroué à New York, Mercier trouvera des appuis a Paris.Cette marge de manœuvre lui permettra de s’allier au curé là-belle pour encourager la colonisation.Couture, qui connaît bien l’œuvre du célèbre géant en soutane, en trace ici un truculent portrait qui évoque ses parties de bras de fer avec Louis Cyr, ses «acrobaties gourmandes», mais surtout sa vision progressiste, quoique peut-être un peu naive, de la colonisation.Dans leur lutte contre l’exode national.Mercier et lui durent bousculer les marchands de bois et tenter de convaincre des citoyens français, belges et suisses de venir s’installer chez nous.Partisan d’une éducation populaire assumée par le gouvernement Mercier eut aussi maille à partir avec les ultramontains, prêts à tout pour préserver l’emprise du clergé.Il réussit néanmoins à mettre sur pied des cours du soir gratuits, abolis par les conservateurs lors de leur retour au pouvoir.Ces derniers, en effet, avaient eu la tête de Mercier, soupçonné de complicité dans une affaire de financement louche.«Honorç, précise tout de suite Couture, était innocent.Evidemment!» H faut bien sûr, en prendre et en lasser dans un tel récit biographique qui ne se soumet pas aux normes rigoureuses de l’histoire scientifique.Il y a, cela dit, beaucoup à prendre, ici, dans ce portrait habile et sensible d’un homme politique qui incarne le constant désir d’autonomie d’un peuple en butte aux manœuvres de ses adversaires, mais aussi en proie à ses propres atennoiements.Le sens par l’histoire Mais pourquoi revenir sur tout ça, se remémorer cette époque et ces hommes, pourquoi, en d’autres termes, faire et lire de l’histoire?C’est à cette question, notanunent, que tente de répondre Pierre Bonnechère, de l’Université de Montréal, dans Profession historien, un opuscule consacré à la pratique scientifique de cette discipline.Est-ce pour en tirer des leçons?Dans le cas de l’histoire populaire, peut-être, mais le cas de l’histoire savante, soumise a une méthode critique rigoureuse, est différent D faut bien sûr, rappeler les horreurs du passé pour conscientiser les nouvelles générations, mais, pour plusieurs raisons qu'il évoque avec justesse, «il serait vain, ajoute Bonnechère, de croire que la connaissance du passé sera jamais un garde-fou suffisant aux débordements de la conduite humaine, de la même manière qu’aucune prévention n'éradiquera jamais le crime».Au fond, le désir d’histoire est une affaire de sens, et la finalité de a la discipline «réside dans la meilleu-re connaissance de l’homme lui-même et de ses réalisations, bonnes et mauvaises, de la genèse des différentes cultures de par le monde».11 s’agit explique l’historien, de comprendre le présent, mais en respectant «ses milliers de couches venues du passé» pour se donner des repères.«Certains de ces repères, ajoute-t-il, sont historiques, s’il est vrai que le passé a accouché du présent, et que ce passé coule dans nos veines, sans qu’on puisse rien y faire, autant que le sçmg qui nous maintient en vie.» A cette réflexion sur le pourquoi de l’histoire, Bonnechère adjoint une introduction à la méthode historique qui traite de l’utilisation des sources (orales, écrites, archéologiques) et du traitement critique qu’il faut leur réserver.Ses propos sur la démarche interprétative qui exige de l’historien de se fondre dans «la mentalité de la société du passé qu’il étudie» intéresseront ceux qui réfléchissent à la bonne manière de lier éducation à la citoyenneté et histoire, à l’école.Dans la même collection, mais sur un mode plus subjectif quoique tout aussi riche et instructif, Rodolphe De Koninck signe Profession géographe.louiscotasympatico.ca HONORE MERCIER, L’UN DES PLUS GRANDS PREMIERS MINISTRES DU QUÉBEC Pierre Couture Michel Brûlé Montréal, 2008,176 pages PROFESSION HISTORIEN Pierre Bonnechère Presses de l’Université de Montréal Montréal, 2008,72 pages M® Bourget, géant aux pieds d’argile MICHEL LAPIERRE Il est curieux que, dès l’introduction de son livre sur M87 Ignace Bourget (1799-1885), Roberto Perm s’excuse fresque de l’avoir écrit précisant que seuls les intégristes admirent chez le deuxième évêque de Montréal «les traits que réprouvent la plupart des historiens contemporains».Mais D oublie de mentionner que le paradoxal Jacques Ferroa mécréant et homme de gauche, a vu en M87 Bourget ce conservateur, «une manière de géant».Dans Le Devoir du 22 août 1973, Perron se permettait de donner une leçon d’histoire à Jacques Parizeau qui, dans Québec-Presse, venait selon l’écrivain, de déprécier l’évêque ultramontain.11 écrivait «Monsieur Parizeau ne semble pas savoir ce que tout le monde sait: qu ’un peuple semi-colonisé, ne disposant pas de structures étatiques, peut réussir à se donner les institutions indispensables à son développement par la religion.» La thèse ferronienne n’est pas étrangère à celle que Roberto Per-in expose dans Ignace de Montréal, son essai sur M87 Bourget Le professeur estime que l’évêque a suscité une renaissance religieuse pour assurer la survie d’une nation de langue française et de culture catholique sur un continent anglophone de mentalité protestante.Sur M*7 Bourget il ose écrire: «Cet homme est un géant qui domine son siècle.» A plus de trente ans de distance, sans qu’il y ait la moindre référence à Perron, le mot «géant» revient pour désigner le chef spirituel de la seule des métropoles continentales qui, au nord du Mexique, servait de théâtre, dès le milieu du XIXe siècle, au réveil, obscurantiste mais fastueux d’une civilisation différente.«Je me prétends mécréant, déclarait Perron, c’est-à-dire en marge d’une religion et dépendant d’elle.Cette religion est plus que le catholicisme ; elle a été une culture de revanche et de survie; elle nous a empêchés d’avoir l’âme brisée.Perin se garde de brandir l’image ferronienne d’un Québec «senùcolonisé» par le pouvoir anglo-protestant mais son livre reflète on ne peut mieux l’exubérance baroque, populaire et pittoresque d'une résistance d’opéra.Comme l’explique Perin, la majorité de ses confrères ont beau condamner «l’intransigeance, l'autoritarisme, l’exaltation et le sectarisme» de M87 Bourget ils ne peuvent pulvériser la logique interne d’une hantise: la multiplication des paroisses, des communautés religieuses, des écoles, des œuvres de charité, des asiles, des lieux de culte, des statues, des reliques, des confréries, des dévotions.L’évêque encourage les zouaves à aller défendre les États pontificaux pour repousser une cause libérale et nationale: l’unification de l’Italie.Il veut avoir comme cathédrale de Montréal une réplique de Saint-Rer-re de Rome! Grâce à son appui, des missionnaires déborderont les frontières du Canada.Qui aurait cru qu’un peuple pauvre et assujetti puisse se donner des airs impériaux’ Certes, il y a dans tout cela quelque chose de risible.Mais, par son érudition époustouflante, Perin, qui a même scruté les archives vaticanes, montre que cette douce folie des grandeurs exprime aussi quelque chose de touchant En anéantissant l’Institut canadien, premier noyau d’une pensée progressiste au Québec, M87 Bourget est malgré tout coupable d’une ignominie.Même à c’est en lui qu’a germé le projet de la première université de langue française de Montréal, il ne s’est pas racheté pour autant Bien qu’il l’admire, Perin avoue que l’évêque était «trop romain» pour ne pas rêver d’un haut savoir plus papal que montréalais, plus triomphaliste que vivant Roberto Perin manifeste un certain sens critique, mais on aurait aimé qu’il ne fasse pas abstraction de l’essentiel: le prix du délire de M87 Bourget.Le chef spirituel incarnait la tragédie québécoise en préférant dans la culture catholique, le faste à l’esprit IGNACE DE MONTRÉAL Roberto Perin, Boréal, 2008,304 pages Ptl/m Ü.F/NMUÇTlrÇ CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS les ' .nruts rie Dom'l LES CARNETS DE DOUGLAS CHRISTINE EDDIE (Alto) « DEUX JEUNES ÉCORCHÉS PAR LA VIE TROUVENT REFUGE AU CŒUR DE LA FORET MALGRÉ LA NATURE QUI DISPARAÎT.LEUR LIEN RESTE TOUJOURS AUSSI SOLIDE.SIEN QU'IL SE TRANSFORME Au FIL DU TEMPS.UNE FABLE CO NTE M PO R Al NE QUI NOUS RAMÈNE À LA VALEUR DE LA VIE ET AU TEMPS QUI TRANSFORME LES LIEUX ET LES ETRES ¦> Marie-Hélène Vaugeois Librairie Vaugeois (Sillery) PARFUM DE POUSSIERE RAWI HAGE (Alto) CE PREMIER ROMAN NOUS TRANSPORTE DANS L'ABSURDITÉ DE LA GUERRE CIVILE LIBANAISE DES ANNEES BO OÙ SURVIVENT GEORGES ET BAS SAM, DEUX AMIS A LA CROISÉE DES CHEMINS DEVANT CHOISIR ENTRE LA VIOLENCE OU L'EXIL.LA PROSE DE HAGE EST EXPRESSIVE, IMAGÉE, POETIQUE.VIVE ET NERVEUSE.SES PERSONNAGES SONT INOUBLIABLES.‘ Patrick Vachon Groupe Indigo Livres et Musique (Montréal) Un tow to nuit UN TAXI LA NUIT PIERRE-LÉON LALONDE (Hamac-Carnets) •• CEST UN BEAU TOUR PE VILLE QUE NOUS OFFRE L'AUTEUR.CHAUFFEUR DE TAXI DANS LE MONTREAL NOCTURNE .IL FAIT UN PORTRAIT AMUSANT DE PERSONNAGES TOUS PLUS TYPIQUES LES UNS QUE LES AUTRES ET D ENDROITS FAMILIERS DE LA GRANDE VILLE.LES NOMBREUSES ANECDOTES PROVOQUENT DE GRANDS ÉCLATS DE RIRE ET PROCURENT DE PURS MOMENTS DE PLAISIR.REMPLIS DE TENDRESSE.L'ÉCRITURE EST BELLE ET DUNE GRANDE SIMPLICITÉ.» Susane Duchesne Librairie Monet (Montréal) LE LUND112 MAI 2008 À19H0G LION O’OR (1 676, RUE ONTARIO ESI À MONTREAL) ENTRÉE GRATUITE CATHERINE TRUDEAU, PORTE-PAROLE ET ANIMATRICE DE LA SOIRÉE WWW.PRIXDESLIBRAIRES.QC.CA TARQUIMPOL ÏERGE LAMOTHE SERG (Alto) .< S'ADRESSANT À LUI-MÊME.DANS UN PÉRIPLE QUI NOUS MÈNE DU QUÉBEC À LA FRANCE.CET AMOUREUX DE KAFKA NOUS ENTRAÎNE DANS UNE QUETE SENTIMENTALE QUI INTERROGE LES LIMITES DE LA RELATION AMOUREUSE.PEUT-ON AIMER PLUSIEURS PERSONNES EN MÊME TEMPS EN TOUTE SINCÉRITÉ ?-» Françoise Careil Librairie du Square (Montréal) LEON, COCO ET MULLIGAN CHRISTIAN MISTRAL (Boréal) ¦< UN PARC, LA NUIT: MOMENT PRIVILÉGIÉ OÙ TOUT PEUT ARRIVER.L ODYSSÉE DE DEUX MARGINAUX AU COEUR DE MONTRÉAL.L AMITIÉ INCONDITIONNELLE ENTRE DEUX ÂMES QUI CHERCHENT LE BONHEUR.UNE FOLLE ENVIE DE BIEN-ETRE ET D AMOUR SUR UN FOND D ALCOOL ET DE FOUE.L’HISTOIRE RACONTÉE PAR MISTRAL.VIRTUOSE DE LÉCRITURE, NOUS LAISSE PANTOIS.UN PUR RAVISSEMENT.« Robert Bouterîce Librairie Le Parchemin (Montréal) FlNl^LlÇTTrC CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC Olivier Adam À l'abri de rien NatKacha AMhr - rtograpbie is nuages i oL'iX§l\ fîmes À L ’ABRI DE RIEN OLIVIER ADAM (de l’Olivier) LE DERNIER FRÈRE NATHACHA APPANAH (de l'Olivier) LE RAPPORT DE BRODECK PHILIPPE CLAUDEL (Stock) CARTOGRAPHIE DES NUAGES DAVID MITCHELL (de l'Olivier) LA VOLEUSE DE UVRES MARKUS ZUSAK (Oh !) n Avec t-C PERSONNAGE DE MARIE MtRE DE FAMILLE Ecorchée vive et DÉPRESSIVE.OLIVIER ADAM NOUS ENTRAÎNE DANS UN PRÉCIPICE OU SE CÔTOIENT LA VIOLENCE.L 'INJUSTICE.LE RACISME.MAIS AUSSI LA SOLIDARITE AVEC CEUX QUE L'ON PEUT APPELER LES DAMNÉS DE LA TERRE.LES CLANDESTINS ÉT LES SANS ABRI.kv Françoise Careil Librairie du Square (Montréal) UN VIEIL HOMME SE REMEMORE SON ENFANCE SA JEUNESSE MARQUÉE PAR LA VIOLENCE ET LA TRAGÉDIE.MAIS SURTOUT PAR UNE RENCONTRE QUI CHANGERA LET COURS DE SA VIE L'ÉCRITURE.DUNE EXTRÊME SENSIBILITÉ.NOUS FAIT TOUCHER À NOS RACINES LES PLUS PROFONDES ET FAIT RENAÎTRE LE DESIR DÊTRE ENSEMBLE.DE RECRÉER SON PASSÉ FAMILIAL POUR ECHAPPER AU MAL DE VIVRE.» Robert Boulerice Librairie Le Parchemin (Montreal) * VOILA UN GRAND WOMAN.* UN LIVRE QUI DÉRANGE.QUI FAIT MAL.QUI DESTABILISE DANS CE RÉCIT FORMIDABLEMENT BIEN CONSTRUIT, BRODECK NOUS RACONTE SON HISTOIRE.CELLE D'UN MEURTRE.MAIS SURTOUT.IL NOUS DÉVOILE TOUTES LES HORREURS.LES ATROCITÉS ET LES LACHETES DONT SEUL L'HUMAIN EST CAPABLE LIRE PHILIPPE CLAUDEL.C'EST ÉLARGIR UN PEU PLUS NOTRE CONNAISSANCE DE L’ÂME HUMAINE.¦' Johanne Vadeboncoeur Librairie Clément Morin (Trois-Rivières) .SIX RÉCITS EN SIX GENRES EN SIX TEMPS MANIÉS AVEC MAESTRIA PAR UN AUTEUR ANGLAIS À DECOUVRIR.CARTOGRAPHIE DES NUAGES DE DAVID MITCHELL EST UN LABYRINTHE DANS LEQUEL ON AIME 3E PERDRE POUR MIEUX SE RETROUVER À LA SORTIE COMBLÉ ET.SURTOUT.ADMIRATIF * Louis Gagné Boutique du Livre (Québec)
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