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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2004-04-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE I AVRIL 2 0 0 4 ROMAN France Théoret au pays du mensonge Page F 3 ESSAI Lise Gauvin, de Rabelais à Ducharme Page F 4 ?LE DEVOIR * 0 La cendre des livres JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Par où commencer à l’heure d’évoquer la destruction des livres?Les exemples, nombreux, remontent à l’Antiquité.Depuis toujours, comme dans Le Nom de la Rose, ils mettent souvent en scène des hommes qui se prennent pour Dieu ou qui se croient aux prises avec Lui.Tenez: en 590, Grégoire I", pape, futur saint ht brûler tout ce qu’il trouva de Cicéron, de Tite-Live et d’autres auteurs classiques, furieux que ses fidèles les préfèrent à la lecture du Nouveau Testament.En Terre sainte, les croisés s’appliquèrent à mettre le feu aux bibliothèques musulmanes pour ne laisser que haine sur leurs cendres.Mais les schismes intrinsèques à la religion de Mahomet causèrent plus fréquemment la perte des bibliothèques arabo-musulmanes que la bêtise des croisés, explique en substance Lucien Polastron dans son remarquable Livres en feu.Sait-on que dans le Nouveau Monde les hommes de Cortés firent en sorte de détruire des salles entières de quipus, ces cordelettes colorées, documents de mémoire pour l’histoire, la bureaucratie et l’astronomie des Incas?En 1583, le concile de lima ordonna de brûler tout ce qui subsistait de cette «magie» des sauvages.Quelques années plus tôt, Juan de Zumârraga, évêque de Mexico avant de devenir inquisiteur en Espagne, fit brûler les codices aztèques.Sur la place du marché, c’est alors «une montagne» qui brûle, rapporte-t-oa Que reste-t-il des livres de ces premières bibliothèques du Nouveau Monde?Rien ou presque.Quatorze ouvrages très exactement Un à Vienne, réalisé sur soixante-cinq peaux de cerf.Madrid conserve un des plus beaux, acheté à des descendants de Cortés, évidemment.Durant la Révolution française, des manuscrits anciens furent déchirés afin que leurs grandes pages servent de bourre à la poudre des canons.Dans ce renversement sans mesure de l’Ancien Régime, on perdit des dizaines de milliers de volumes dont les restes furent consommés par les latrines, la vermine et la pourriture.Pourquoi pense-t-on d’abord et presque toujours aux nazis lorsqu’il est question de la destruction des bibliothèques?Leur exemple n’est pourtant pas unique à travers les âges, loin de là, mais le caractère systématique de leurs entreprises fit peut-être plus frémir que d’autres.En Pologne nazifiée, VOIR PAGE F 2 :CENDRE JACQUES GRENIER LE DEVOIR Philippe Haeck A le lire et à I entendre, on croirait qu’il a rajeuni à force d’enseigner, ce qui est chose rare.Pourtant, c’est un livre de nouveau retraité, une sorte de testament de professeur, que Philippe Haeck vient de signer avec son dernier ouvrage, L'École des ponts jaunes, paru chez VLB.Rencontre avec un partisan du non-enseignement CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Le pont jaune, c’est un lieu d’échange dont l’auteur a rêvé.Celui où étudiants et professeurs se rencontreraient pour échanger des idées, des textes.Le pont jaune, c’est l’école idéale, celle qui n’existe pas, une école que Philippe Haeck a quand même tenté d’inventer, au jour le jour durant ses trois décennies d’enseignement, et au sujet de laquelle il livre, dans ce dernier ouvrage, quelques certitudes.Philippe Haeck fréquente l’école depuis 50 ans, puisqu’il y est entré à cinq ans.Pourtant, ce n’est que la «< Je n’aj vingtaine bien entamée, en plein cœur des années 70, alors qu’il enseignait depuis déjà cinq ans, que le sentiment de l’échec de l’enseignement traditionnel qu’il dispensait est survenu.Dissertations, notes, directives de professeur, CCS jeunes-la fatuité de ce cirque, appris sur les bancs de ' l’université, lui est appa- là » rue dans toute sa vanité.C’est aussi l’époque où Philippe Haeck côtoie Patrick Sfraram, alias Bison ravi, ce poète qui avait toujours faim «de musique, de films, de livres, de femmes, d’amis».Aux côtés de cet autodidacte, Haeck le diplômé de troisième cycle universitaire, Haeck l’étudiant modèle, découvre que, «si l’art ne met pas en jeu l’expérience d’être un homme, une femme, la passion de vivre, il ne sert qu’à reconduire la passivité générale».Alors que la lecture du roman de Sfraram, La Faim de l’énigme, l’avait d’abord laissé perplexe, le poète le guide ensuite subtilement pas le droit d’ennuyer «Lève-toi esclave, délie tes mains, délie tes pieds, casse rétau qui moule ton esprit, délivre-toi de ton masque de complaisance.» vers une littérature sentie, vécue, humaine.Cette attitude, il l’a puisée aussi dans les écrits de Célestin Frei-net, cet homme qui est père d’un mode de pédagogie alternatif en France et qui avait écrit un petit livre intitulé Le Texte libre, qui faisait tourner la pédagogie autour des textes de création des élèves.Parmi les principes énoncés par Freinet en 1964, on retrouve entre autres: «l’enfant est de même nature que nous» \ «être plus grand ne signifie pas forcément être au-dessus des autres»-, «la mémoire, dont l’école fait tant de cas, n’est valable et précieuse que lorsqu’elle est vrai- ment au service de la vie»; «les notes et les classements sont toujours une erreur».Et c’est alors que Haeck a redécouvert l’enseignement dans la liberté.Et depuis, il ne croit plus à l’école, avec son cortège de diplômes.Il a déserté cette école qui valorise ceux qui apprennent vite et oublient tout aussi vite, celle qui tue l’initiative, l’originalité, voire la curiosité.Il l’a depuis longtemps reléguée aux oubliettes.Depuis, il s’en est remis aux élèves qui lui sont confiés pour apprendre chaque jour un peu plus de la vie.C’est donc à la fois un témoignage et un rêve, qui a souvent des .consonances poétiques, que L’École des ponts jaunes.En le lisant d’ailleurs, on croit rêver, tant ce discours est loin de la réalité connue des écoles-prisons, où, particulièrement au secondaire, les élèves sont contraints d’assimiler une matière toute opposée aux élans qui leur sont propres, aux élans d’adolescence.«L’école, il y a de quoi rager, réussit à faire de l’étude une corvée pénible alo:s qu’elle ne saurait être que quête de lumière-d’air, de partage avec d’autres», écrit Haeck.Mais pour partager, il faut être libre.Philippe Haeck, alors qu’il «non-enseignait», n’imposait aucun sujet à ses élèves.En entrant en classe donc, personne, ni lui ni ses élèves, ne savait vraiment de quoi ils allaient parler.D’où la surprise toujours renouvelée, le contraire, en quelque sorte, de ce qui caractérise l’enseignement d’aujourd’hui.La réussite d’un cours, les élèves y étaient donc pour beaucoup.Aussi, Philippe Haeck a intégré à son livre une centaine d’extraits de poésie et de réflexions tissés par ses étudiants.On les imagine avec plaisir, ces jeunes au tournant de l’âge adulte, provenant de tous les milieux, penchés sur une feuille blanche en train de tracer ces mots: «Tout seul, je ne sais pas regarder le ciel, je ne sais pas ce qu’est le ciel.Tout seul, le ciel n’est qu’une vaste intention, très triste, je pense à cela avec une main d’enfant dans la mienne.» Ou encore: «Lève-toi esclave, délie tes mains, délie tes pieds, casse l’étau qui moule ton esprit, délivre-toi de ton masque de complaisance.» On sait aussi le pouvoir de ces mots, qui seront ensuite peut-être publiés dans le recueil que le professeur assemble annuellement, ne serait-ce que sur la vie de ces mêmes étudiants.VOIR PAGE F 2 : HAECK T7T Félicitations à Serge Denis finaliste au Prix Trillium SERGE DENIS SOCIAL"DÉMOCRATIE ET MOUVEMENTS OUVRIERS U fin de l'histoire ?Us t„oi | a, 228 pages • 24,95 i VOGdl dfîDOCIdllf f iBouvTfnents ouvutfs Boréal www,«htKH«bomri.qc.ca LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DIMANCHE A AVRIL 2 0 0 1 F 2 3 «'Livres ** CENDRE En Chine, les petits soldats de Mao détruisirent des millions de volumes témoins d’un savoir millénaire SUITE DE LA PAGE F 1 les archives du diocèse de Pelilin, avec leurs manuscrits du XII' siècle, servent à chauffer les fourneaux de raffinerie de sucre tandis que les Brandkommandos, ces soldats du feu, ont pour mission de détruire les bibliothèques et les mémoires qu’elles préservent.Au même moment, plusieurs hauts dignitaires du Reich, à commencer par Hermann Goe-ring, trouvent à enrichir prodigieusement leurs bibliothèques grâce au pillage.Qu’est-il advenu de ces livres rares accumulés souvent au détriment de la vie de leur propriétaire légitime?À la fin de la guerre, plusieurs ont été détruits ou tenus pour tels.Mais combien d’officiers des armées alliées, dans les vestiges des belles résidences nazies, ont à leur tour fait main basse sur ces trésors du patrimoine livresque?À Westmount, un ancien officier de l’armée canadienne, amoureux de l’Amérique française autant que de sa femme écrivaine, conserve dans la pièce attenante à son salon quelques grands et précieux livres français du XVII' siècle qu’il cueillit tout bonnement dans une résidence de Goering.Ceux-ci arrivèrent au Canada grâce aux postes de la Couronne britannique, enveloppés dans une simple nappe découpée avec une dague nazie trouvée sur les lieux de la débâcle.L’Asie connut pire.En Chine, pour ne parler que d’elle, les petits soldats de Mao détruisirent des millions de volumes témoins d’un savoir millénaire.Il va sans dire que nos marxistes des an- C HULTON-DEUTSCH COLLECTION / CORBIS SW'- „ Une bibliothèque à Londres après un bombardement nazi.nées 1970 nièrent ces destructions, parfois sur la base de leur lecture de la revue française Tel Quel de Philippe Sollers, lequel pose d’ailleurs aujourd’hui, entre autres, en défenseur éclairé de la littérature universelle.Le vernis de respectabilité que le cours de l’histoire donne aux hommes dissimule parfois certains aspects de leur nature.Ainsi Saddam Hussein offrit-il 21 millions de dollars pour construire une nouvelle grande bibliothèque à Alexandrie, près de celle que César ordonna de détruire.Qu’a-t-on perdu dans le saccage répété de grandes bibliothèques de l’humanité?On ne le saura jamais exactement, même si certains bibliothécaires consciencieux ont dressé des fichiers de livres disparus qui donnent le vertige.Les collectionneurs eux-mêmes ne furent pas toujours les meilleurs amis des livres.Ainsi, le baron von Aretin de Munich, grand collectionneur de femmes autant que d’incunables, fut chargé d’écrémer les abbayes de la Bavière sécularisées.Il y découvrit un recueil de chants en latin intitulé Carmina burana et quelques autres trésors.Mais une douzaine de milliers d’ouvrages y furent délaissés.La bêtise d’ici et d’ailleurs Le feu et surtout la bêtise furent toujours les grands rongeurs d’une part irrécupérable de l’histoire de l’humanité.Même ici: L’écrivain Jacques Perron raconte, dans ses Escarmouches, que son libraire préféré, Bernard Amtmann, avait mis la main sur une partie de la bibliothèque de l’archevêché de Montréal.Celle-ci contenait des livres annotés de la main de Mf Lartigue, notre premier évêque.À l’archevêché, on avait tout simplement décidé de faire de la place: un premier camion rempli de livres partit en direction du dépotoir.En hâte, le bouquiniste fit en sorte que le second camion arrive chez lui.Ainsi Perron put obtenir le Dictionnaire des cas de conscience de l’abbé de Pontas, deux gros inquarto, qui l’inspirèrent semble-t-il beaucoup dans la rédaction de ses fameux contes.On détruit plus facilement ce que l’on ne connaît pas.Contre l’ignorance du monde des livres, la lecture des travaux de Jacques Michon et de son équipe demeure incontournable.Vient de paraître, chez Fides, le second volume de leur admirable Histoire de l'édition littéraire au Québec au XX' siècle.On y remonte l’histoire à la fois des éditeurs et de leurs diffuseurs au cours des années où émerge vraiment l’édition moderne au Québec, c’est-à-dire durant la Seconde Guerre mondiale et dans l’immédiate après-guerre.Place à la rencontre d’éditeurs tout à fait amoureux de leur travail: celui des Roland Giguère, des André Goulet, des Gaston Miron et de bien d’autres.A la lecture, on rêve d’un centre qui serait consacré à l’apprentissage des métiers du livre, à l’étude de l’édition et à la transmission des savoirs qui l’accompagnent: imprimerie, typographie, reliure, art graphique, etc.Et pourquoi pas dans les lieux mêmes de l’ancienne Bibliothèque Saint-Sulpice, dont la chute symbolique est pour l’instant programmée avec l’ouverture de la Grande Bibliothèque?LIVRES EN FEU Histoire de la destruction SANS FIN DES BIBUOTHÈQUES Lucien H.Polastron Denoël Paris, 2004,430 pages HISTOIRE DE L’ÉDITION LITTÉRAIRE AU QUÉBEC AU XXe SIÈCLE Le TEMPS DES ÉDITEURS 1940-1959 Sous la direction de Jacques Michon Fides Montréal, 2004,534 pages Série présentée du 28 janvier au 7 avril 2004 à 19h30 au Studio-théâtre de la Place des Arts ÊI»bonI» par Michalla Corbail al Stéphane lépm» Mn c® *>ou, fWots Le mercredi 7 avril à.19H30 Les Quêteux d’autrefois à nos jours Uns soirée de contes en compagnie de Nadine Walsh, Claudette L'Heureux, Frank Sylvestre, François Lavallée et Danielle Brabant.Présenté en collaboration avec des Productions si on rêvait encore» dans le cadre du Festival de conte de bouche à oreille.to*.N 'u» O», a««Mn %> 8tan'«x r*.,n ' *•"0011.raucher Marcel WW***10 «o* Billetterie: (514) 842-2112 Sans frais: 1866 842-2112 www.pda.qc.ca Entrée : 15$ / Étudiants : 10$ et © Place das Arts éditeur félicite Yann Martel qui a reçu le Deutch Booker Prize au Salon du livre de Leipzig pour Life of Pi en traduction allemande §C-' ' !< V ' .Lwarometre du livre au Québec Æsa Palmarès des ventes 24 au 30 mars 2004 1 JP* Polar DA VINCI CODE ?0.BROWN Lattès T 2 2 Roman W PROCHAINE FOIS M.LÉVY Robert Laffont 4 Psychologie GUÉRIR V SERVAN-SCHREIBER Robert Laffont JÜL B.D.YANCE/VAN HAMME Dargaud 2 5 Roman Qc L'HISTOIRE DE PI V - Booker Prize 2002 Y.MARTEL XYZ éd.il 6 Cuisine Qc BON POIDS.BON CŒUR AU QUOTIDIEN CLOUBER/DUMESNIL Flammarion Qc 4 ] B.D.MIDAM Dupuis 2 Essais Qc MARCEL TESSIER RACONTE.t.l M.TESSIER L'Homme 2 j) Psychologie Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P.MORENCY Transcontinental JA ]0 Essais Qc M.TESSIER L'Homme T Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT ?E.TOLLE Ariane 181 n Roman LA FEMME QUI ATTENDAIT V A.MAKINE Seuil 13 Biographie MÉMOIRES y F.PAHLAVI XO éd.7 U Essai TOUS AUX ABRIS ! ¥ M.MOORE Boréal 15 Fantastique Qc If S CHEVAUERS D'ÉMERAUDE, L 4 - la princesse retelle A.ROBILLARO de Mortagne 6 ü Roman Qc I0TÉKHA ¥ R.LALONDE Boréal 4 17 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 173 ü Biographie Qc PAI SERRÉ IA MAIN OU DIABLE ¥ R.DALLAIRE Libre Expression : 19.Roman Qc SORCHA DE MALLAIG ¥ 0.LACOMBE vlb éditeur 5 20 Loisirs Qc LES MORDUS, n« 6 M.HANNEQUART Rudel Médias 3 21 Jeunesse XCROSSŒY-HOUAIC Hachette 22 Polar BATON ROUGE ¥ P.CORNWELL Calmann-Lévy 23 Jeunesse HARRY POTTER ET L'ORDRE OU PHÉNIX ¥ (®) J.K.ROWLING Gallimard 18 NOUVEAU sur les RAYONS Marcel Tessier raconte.t 2, Marcel Tessier, ¦ éd.de l'Homme Marcel Tessier nous fait' revivre de véritables fresques historiques : il retrace les personnages déterminants de notre histoire et livre un portrait exceptionnel des enjeux politiques de chaque epoque.PAUU auster O» I/o» AM.» La nuit de l'oracle, Paul Auster, éd.Actes Sud/Leméac L'écrivain Sidney Orr découvre une nouvelle papeterie.11 entre et acnète un objet qui le fascine étrangement : un simple carnet bleu.Dès lors, l'inspiration lui vient d'une idée d'histoire extraordinaire.Da Vinci Code, Dan Brown, éd JC Lattès Jacques Saunière, le conservateur en chef du Louvre, a été retrouvé assassiné.Au côté du cadavre, la police a trouvé un message codé.J Du Vinci CODE BAN BROWN Jacques Parizeau, L 3 : I Le Régent (1985-1995), Pierre Duchesne, éd.Québec Amérique La suite et fin tant attendue ! Une biographie exceptionnelle, à lire absolument.F 24 Roman Qc UN PETIT PAS POUR L'HOMME S.DOMPIERRE Québec Aménque 25 Psychologie VIVRE M.CSKSZENIMIHALYI Robert Laffont 26 Dictionnaire Qc DICTIONNAIRE QUÉBÉCOIS INSTANTANNÉ ¥ MELANÇON/POPOViC Fides 9 27 Biograph.Qc UN AUTOMNE AU LOFT J.LEMAY les Intouchables 4 28 Fantastique Qc LES CHEVAUERS D'ÉMERAUDE, 11 - Le feu dans le ciel A.ROBILLARO de Mortagne 76 39 Jeunesse LES EXPÉRIENCES DES DÉBROUILLARDS ¥ COLLECTIF Bayard 23 30 Roman IMPÉRATRICE ¥ S.SHAN Albin Michel 27 31 Cuisine THE ULTIMATE WEIGHT SOLUTION P.MCGRAW Simon t Shuster 28 32 Psychologie QUESTIONS OE PARENTS RESPONSABLES F.DUMESNIL L'Homme ] 33 Dictionnaire Qc 1300 PIÈGES DU FRANÇAIS C.CHOUINARD La Presse JA 34 Biograph.Qc C.LOMEZ Publistar 2 35 Roman Qc LE MILLIONNAIRE, t.2 M.FISHER Québec Aménque 36 Biographie ÉT QUE ÇA SAUTE! M.TALON Stanké 5 37 Actualité L’AGRESSION ¥ J.COULON Athéna 4 38 Psycho.Qc VICTIME DES AUTRES, BOURREAU DE S0I-MÉME ¥ G.CORNEAU L'Homme 29 39 Psycho.Qc LES MASQUES TOMBENT P.MORENCY Transcontinental ü 40 Biograph.Qc LA VRAIE HISTOIRE D'ÉMILIE BORDELEAU N.JEAN de Mortagne 8 41 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL.SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L’Homme 167 42 Psychologie ET MOI ALORS ?P.MCGRAW Marabout 3 43|Jeunesse A.-L BONDOUX Bayard 23 44 Essai Qc CES RICHES QUI NE PAIENT PAS D'IMPÔTS B.ALEPIN du Méridien 9 45 Roman Qc LES FILLES DE CALEB, t.3 - L'abandon de la mésange A COUSTURE Libre Expression 21 V : Coup de Coeur RB : Nouvelle entrée Nbr* dt Mmaints dépuis Pirirtion Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.û 25 succursales au Québec www.rcnaud-bray.coni É C La Journée du livre politique (Le Devoir) — Dans une perspective libérale, la Journée du livre politique au Québec présente, cette année encore, deux tables rondes afin de susciter l’intérêt d’un vaste public à «la diffusion des connaissances sur les institutions parlementaires québécoises».Ces tables rondes réuniront notamment Louis Balthazar, Guy Lachapelle, Anne Légaré et Laurent Laplante.Elles seront présentées le 13 avril à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, à compter de 14h (www.assnat.qc.ca).La présence haïtienne au Québec (Le Devoir) — Pour souligner les 50 ans de présence de la communauté haïtienne au pays, la galerie H O S Mosaikard présente une exposition intitulée Lettres et sons créoles.Une exposition de livres de différents auteurs d’origine haïtienne de même que le lancement du magazine Avril, premier magazine pour les femmes noires au Québec, sont notamment au programme.Soirée spéciale le 8 avril et exposition au public du 12 avril au 1" mai, de llh à 18h au 4897 du boulevard Saint-Laurent à Montréal Pour information: (514) 849-3399.La flore du Québec (Le Devoir) — Photographe, passionné par les sciences et la botanique, Michel Sokolyk vient de faire paraître Explorer la flore du Québec (Editions de l’Homme), un remarquable album de photos et une mine de renseignements pour qui souhaite être guidé à travers marais, tourbières, champs et forêts du Québec.L’ouvrage comprend huit parties qui permettent de mieux situer facilement les végétaux de notre milieu.HAECK SUITE DE LA PAGE F 1 Heureux, donc, ceux qui auront goûté à cet enseignement libertaire tout empreint des valeurs des années qui ont suivi la révolution de 1968.Heureux, aussi, Philippe Haeck, qui estime avoir eu la chance de pratiquer son métier comme il l’entendait, dans l’enceinte tolérante du cégep de Maisonneuve.Mais aujourd’hui, un an après avoir pris une retraite qu’il ne regrette pourtant pas, Philippe Haeck dénonce le retour de l’école à des valeurs plus conservatrices.Pour lui, ce retour du balancier ramène précisément à tout ce qu’il a détesté de l’école, à ses premières années d’enseignement, où, incarnant le personnage nommé Sévère Saitout dans son livre, il «était rendu tellement bon en donnant les cours qu’[[\] n’avait plus besoin de penser à ce qu’il disait».Et il se souvient encore avec vivacité de l’ennui que ses cours inspiraient alors à ses élèves, hormis quatre ou cinq premiers de classe qui y puisaient matière à méditation.«Je me suis dit cela, ça n’a aucune allure.Je suis payé pour les 40, pas pour les quatre ou cinq qui me ressemblent.Je n’ai pas le droit d’ennuyer ces jeunes-là.» C’est donc à ces jeunes qu’il a donné la parole, tout en leur suggérant à chaque cours, quatre ouvrages de littérature à lire.Des évaluations prévues par le programme, il n’a toujours donné que le minimum.Restent au professeur ces recueils emplis des passions, des doutes, des colères, de la sensualité, de la révolte de ces étudiants, qui somme toute, à travers cette carrière bien remplie d’enseignant ont donné au moins autant qu’ils ont reçu, ce qui est peut-être, on en conviendra, la seule véritable façon d’apprendre quelque chose de la vie.L’ÉCOLE DES PONTS JAUNES Philippe Haeck L’Hexagone Montréal, 2004,145 pages C’est tou jours À VOUS QUE JE PARLE FICTION ÉPI SCOLAIRE C'est toujours à vous que je parle .vi* : i Un récit de voyage actuel au pays de l ’âme et des mots.Ce roman regorge de magnifiques passages, que l'on savoure avec respect et attention VA LES ÉDITIONS 132 pages» 17,95$ VARIA W W W .V A RI A .C O M Chronique familiale acfueÜe^ De /'outre côté du nombril est une fourmillante réflexion sur la maternité, sur De l’autre coté ài NOMBRIL * De Tau teMimaut Nihtu côté du NOMBRIL Dominique Nantel MMMÉhMhb .*s* >; ÉDITEUR WÊÊmSmÊÊMÊÊÊ Arm u v K i r.om i F.Nt ot i in i r V I DEVOIR D I M A X AVRIL .ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Le «trafiqueur» de mémoire | abord, il y a la manière.Un mélange de distance narquoise et de connaissance portées par une écriture brève, précise, presque clinique.Puis la dimension féministe qui colore le roman.Enfin, les motivations de l’écrivaine résumées en une courte phrase: •Elle attendait des livres un déchiffrement de la réalité.» Nous sommes au Québec, au début des années 1970.Les groupes d’extrême gauche «marxistes-léninistes» se développent rapidement Des intellectuels progressistes et des militants tentent de s’approprier les outils d’analyse marxiste pour créer un espace culturel et social inédit Les apparatchiks vont à la mer raconte l’adhésion d’un artiste de gauche à l’idéal communiste pour satisfaire ses ambitions personnelles.D dénonce le silence complice des intellectuels sur les ténèbres totalitaires du régime stalinien.L’action du roman se déroule dans le milieu de l’avant-garde culturelle et picturale montréalaise.Vibrant plaidoyer pour l’autonomie de l’art, la liberté d’expression et l’indépendance de l’artiste, ce quatrième roman de France Théoret, à la jonction de la fiction, de l’Histoire, du journal, de la philosophie et de la psychanalyse, est certainement son ouvrage le plus ambitieux, le plus engagé et le plus risqué intellectuellement Une vie avec les livres et un homme aimé •Son corps n’était pas vivant au temps heureux.» Jeune fille sensible et romantique, Louise garde en elle les traces d’une éducation étriquée et moralisatrice.Des peurs et des anxiétés innombrables dissipent le peu de joie qui entre dans sa vie.Après des années d’attente vaine, elle rencontre Mathieu.Ils connaissent la ferveur d’être deux, amoureux.L’écriture, pudique et retenue, s’enroule autour des corps enfiévrés, célèbre l’ivresse des sens.Le bleu du ciel est limpide.Mathieu est professeur d’histoire de l’art à l’université.Durant les années 1970, l’avant-garde picturale formaliste s’essouffle et ne progresse plus.La peinture, enfermée dans cette tendance artistique, est en Suzanne Giguère ?voie de devenir un nouvel académisme.Mathieu affirme que le temps est venu de redéfinir un art nouveau dans l’espace culturel nord-américain.D compte s'inspirer de la pratique des peintres de l’avant-garde russe du début du XXr siècle comme Kazimir Malevitch.Grande figure de l'art pour l’art, de l'art détaché de toutes fonctions sociales ou politiques, d’abord soutenu par le régime soviétique, le peintre est écarté de la scène culturelle au profit des artistes «réalistes-socialistes», jugés moins subversife.Un groupe d’artistes se forme autour de Mathieu.Son prestige croît.11 accède au cénacle de l’avant-garde culturelle.L’intellectuel à l’ambition dévorante se voit déjà à la tête de la prochaine avant-garde internationale.D sera communiste pour faire partie des personnages influents qui exercent le pouvoir.Le nouvel apparatchik — membre du Parti communiste — adhère au Parti stalinien et à •la politique de la soumission de la vie intellectuelle et artistique aux mots d’ordre du parti».Le parti décrète que l’art nouveau doit s’inspirer du «réalisme socialiste» établi par Staline en 1934.Mathieu tient pour impossible cette esthétique.Qu’à cela ne tienne.D la défendra 11 joue gros.D risque de perdre sa crédibilité et sa réputation auprès de ses collègues universitaires et du milieu artistique à cause de sa subordination au parti.Le brillant tacticien cache ses nouvelles activités, cultive l’art du secret, de la dissimulation et du mensonge.Louise ne le reconnaît plus.Elle a de- vant elle un homme recomposé, au comportement autoritaire, stalinien.Ecrivaine, féministe, elle devient une menace pour son compagnon.Une rivale.Le discours officiel du parti prône la réalisation de la pleine égalité des hommes et des femmes.Dans les faits, le parti s'oppose à tous les mouvements de femmes, qu’il juge bourgeois et diviseurs du mouvement ouvrier.Plusieurs années après leur séparation, quand Louise lui arrache le divorce, Mathieu a à son égard un geste méprisable.Sa malhonnêteté intellectuelle atteint des sommets.Au tribunal, les livres de Louise sont utilisés comme pièces à conviction contre elle, comme une preuve de sa supposée mauvaise conduite.•L'art dénoncé France comme une maladie petite-bourgeoise n 'était plus une position théorique.Mathieu était passé à l’acte.Son terrorisme intellectuel visait à m 'annihiler.L’événement qui avait eu lieu au palais de justice allait de pair avec son esprit totalitaire.» D' procès de divorce est travesti en procès politique.Louise avait recherché une vie amoureuse et une vie avec les livres, elle vit la guerre des sexes.Le captif stalinien 1980.Délégué par le parti pour représenter les universitaires et les artistes québécois à Moscou, Mathieu est conquis dès son arrivée par «la grande famille, la communauté fraternelle, le sentiment d’être ensemble, unanime et visionnaire».La pensée révolutionnaire le soutient.A son grand étonnement, ses hôtes soviétiques lui font comprendre que •l’art propagandiste au service d’une cause» est dépassé en cette fin de siècle.Au Québec, la première tentative d’art réaliste-socialiste est un échec.L’époque triomphaliste de l’extrême gauche stalinienne bat de l’aile.On assiste aux premières désertions du parti.1988.Certains militants font leur autocritique.Ils n’ont pas assez de mots durs pour dénoncer leur passé stalinien.D’autres demeurent captifs et enchaînés à ce même passé.Mathieu, l’homme aux identités multiples, entre dans une valse-hésitation.Son liasse devient intolerable et encombrant.11 se pose en victime, trafique sa mémoire.«On me rattache à une avant-garde engagée, et pourtant j'ai toujours été formaliste.» Il s’exile à New York et à Paris, flaire les nouvelles tendances artistiques, prêt à d’autres ruses et d’autres servilités.Sa dissimulation n’a pas de fin.Louise, poussée par son amour de la littérature russe, son désir de saisir la réalité du communisme et de retracer les signes du régime stalinien, séjourne avec son nouveau compagnon slave à Sotchi, sur la rive orientale de la mer Noire.La ville de villégiature abrite une des anciennes datchas (maisons de campagne) de Staline.D's privilégiés du système, les apparatchiks, y séjournaient au début des années 1950.Louise cherche le sens global de son voyage «au pays du mensonge».Elle s’y perd.«Mon esprit s’épuise dans la quête de l’introuvable synthèse.• Une incursion inédite Les apparatchiks vont à la mer propose une incursion inédite dans le passé des groupes staliniens des années 1970 au Québec.l.e roman témoigne clairement de la faillite morale et intellectuelle du système totalitaire soviétique.Il pourfend l’esprit sectaire et dogmatique de l’idéologie communiste.En cela, il s’inscrit dans la mouvance des écrits antimarxistes des dernières années.Sans «/a synthèse de la pensée et de la langue rétablies en un horizon esthétique», que deviendrait l’art de la littérature?Riche de réflexions, écrit minutieusement dans une langue rigoureuse, ce quatrième roman de France Théoret demeure la preuve que l’écrivain peut s’engager tout en préservant son art.LES APPARATCHIKS VONT À LA MER France Théoret Boréal Montréal, 2004,252 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Père méchant, fils manqué CHRISTIAN DESMEULES \ A la fin des années 50, rue Cha-bot à Montréal, un garçon «élevé aux grognements d’une langue infirme» découvre sa différence, sa propension aux rêves et à l’évasion, son homosexualité, sa douleur.Car on ne se sort pas du manque d’amour.On s’en évade, on le fuit, il nous rattrapera toujours par le souvenir.D nous colle à la peau.Quarante ans plus tard, revenu de New York où il enseigne l’histoire à l’université, la mort du père sera l’occasion pour Pierre (c’est le nom du narrateur) de ressusciter cette période sombre de sa vie dans une imprécation lourde de haine et de regrets jamais refroidis.Autour de lui, le narrateur fait graviter une petite galerie de personnages bien typés: l’Ogre-père, la mère-Montagne, des frères plus âgés et lubriques, un oncle travesti, une grand-mère surnommée Bette-Davis, ancienne waitress extravertie.A l’école, tout comme à la maison, Pierre est la «tapette», le souffre-douleur désigné du groupe.À sept ans, le manque d’aptitude pour le quotidien le pousse à s’enfermer dans le hangar au fond de la cour arrière, à s’y raconter des histoires: «Dans le silence de ce vieux hangar sombre, je cache mes toutes premières hontes.» Immense garde-robe duquel il lui faudra un jour sortir pour affronter le monde et cicatriser son manque d’amour.Sorte de camera obscura où il projette ses désira, le hangar est aussi le symbole de son enfermement Dans le temps de l’écriture, après la mort de ce père aimé et détesté à la fois, les «mots s’accumulent peu à peu pour construire un récit contre le mépris de l’ogre et cicatrisant l’incision de son indifférence».Entre la méchanceté et l’indifférence du père, les mots lui servent à s’évader d’un réel qui l’étouffe.La seconde partie du récit plus comte et contemporaine, évoque l’existence new-yorkaise du narrateur la spirale d’une sexualité hygiénique, la découverte de l’amour trop vite emporté par le sida.Là aussi, une avalanche VIENT DE PARAITRE LINDA LE GRAND Mc0UAIG banquet LA SUPRÉMATIE DE LA CUPIDITÉ ET DE L’APPÂT DU GAIN Le capitalisme a toujours eu pour moteur l’intérêt personnel.De nos jours, cependant, les choses vont plus loin.On ne considère plus qu’il faut combattre la cupidité des individus, mais plutôt toute action de nature collective visant à contraindre cette pulsion au nom de l’intérêt général de la collectivité.Les lois s'efforcent maintenant de neutraliser cet intérêt collectif et d’imposer la suprématie de la recherche du profit individuel.C'est uniquement au cours des siècles récents et seulement dans certaines parties du monde que ces valeurs se sont vues accorder pratiquement toute la place, qu'elles ont été choyées, favorisées et même considérées comme l'essence même de l'être humain.S ÉDITIONS 0 y 327 pag* n \ • .’H’IVAssiS.v Yj .J?» pj- V ^ *4':, c!-'$VéîlM wra,.»,,r.A.- X \ 1, J?' .AJ rir i rr \ wrr'w' 7 • r .• -j* *»* , *- • V < ’ TYPOU www.edtypo.com 1 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 AVRIL 2 0 0 4 F 4 ••Litiêrature ESSAI LITTÉRAIRE Une histoire littéraire de la langue française MICHEL BIRON La Fabrique de la langue de Lise Gauvin est un bel ouvrage de synthèse sur les usages et les représentations de la langue à travers cinq siècles de littérature.Ce n’est pas une histoire de la langue comme peuvent en écrire des grammairiens ou des linguistes mais plutôt une agréable plongée dans «l’imaginaire des langues» des écrivains de langue française.Vaste projet qui aurait même quelque chose d’encyclopédique s’il n’était structuré, de façon économique et efficace, autour de quelques figures éminentes qui résument à elles seules les attitudes propres à leur siècle ou à leur région.En un style coulant et avec la clarté prudente qui caractérise ses travaux antérieurs sur la langue ou sur la francophonie littéraire.Lise Gauvin se promène librement à travers un immense corpus qui comprend toutes les littératures de langue française depuis la Renaissance jusqu’à aujourd’hui.C’est comme un cours d’histoire littéraire en accéléré avec, pour fil conducteur, ce que Proust appelait le «génie grammatical» des écrivains.L’aventure commence avec Rabelais et se termine avec les écrivains «francophones», c’est-à-dire, selon le sens généralement donné à ce mot, ceux qui écrivent en français mais en dehors de la France.D’où le nom de Réjean Ducharme qui fait pendant à celui de Rabelais dans le sous-titre du livre et qui montre l’importance du pôle francophone dans le tableau que dessine Lise Gauvin.L’idée est originale et confère un intérêt actuel à toute la synthèse historique qu’elle propose.Selon cette lecture, ce sont les écrivains francophones (donc non hexagonaux) qui seraient aujourd’hui les véritables héritiers de Rabelais.Sauf Céline et peut-être Queneau, les écrivains de France écrivent rarement à la manière de Rabelais, même quand ils célèbrent celui que Flaubert appelait «la grande fontaine des lettres françaises».On lui préfère le robinet classique, la langue de Racine, qui est aussi la langue des grammairiens (comme Vaugelas, le père Bou-hours ou l’encyclopédiste Beauzé réaffirmant l’universalité de la langue française).Les choses bougent au XIX' siècle avec le grand Hugo et ses formules flamboyantes qu’on répète de- puis lors («Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire») ou d’autres moins connues célébrant par exemple la dignité du créole dans le roman exotique Bug-Jargal.On connaît la suite.Elle nous a été tellement racontée qu’elle a quelque chose de forcément scolaire.De brefs chapitres font défiler Targot des Mystères de Paris, le patois berrichon de George Sand, la pureté mallarméenne, la prose réaliste des quatre grands romanciers (Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant).Pour traverser à larges enjambées chacun de ces monuments, Lise Gauvin cite moins les œuvres que les études majeures qui leur ont été consacrées.Les notes en bas de page abondent comme souvent dans ce genre d’ouvrage (il y en a plus de 600 au total), au risque d’éloigner quelque peu le lecteur qui voudrait saisir la langue dans le vif des œuvres (comme dans les pages consacrées à Rabelais et à Hugo) et non pas seulement dans des textes programmatiques ou dans des commentaires savants.On y revient avec Céline.C’est avec le style émotif du Voyage au bout de la nuit que la langue semble redevenir une véritable «fabrique» et non plus un ensemble de procédés d’écriture.L’écrivain n’écrit plus pour B Grand Prix du livre de Montréal 2 0 0 4 Règlements Nature du prix U prix consiste en une bourse de 15000$ offerte par la Ville de Montréal à l'auteur ou aux coauteurs d’un ouvrage de langue française ou anglaise pour la facture exceptionnelle et l'apport original de cette publication.Critères d’admissibilité Tout ouvrage (de création, d’analyse, de compilation ou de référence littéraire, artistique ou socio-historique) de langue française ou anglaise, publié pour la première fois entre le I ' octobre 2003 et le 30 septembre 2004 par un auteur ou un éditeur domicilié sur le territoire de la Ville de Montréal, est admissible.Modalités d’inscription Les ouvrages admissibles doivent être inscrits en bonne et due forme sur les formulaires appropriés, au nom des auteurs, par leur éditeur.Ils devront être déposés en sept exemplaires au plus tard le 3 mai 2004, pour les ouvrages publiés entre le I' octobre 2003 et le 31 mars 2004.Quant aux ouvrages publiés entre le I ” avril et le 30 septembre 2004, ils devront être reçus au plus tard le 1» octobre 2004.Pour obtenir les formulaires d’inscription ou tout autre renseignement complémentaire, consultez le site Internet : www.ville.montreal.qc.ca/culture/sectsout/gplmfs.htm ou encore adressez-vous à : Normand Biron, commissaire Grand Prix du livre de Montréal Service du développement culturel et de la qualité du milieu de vie Ville de Montréal 5650.rue d'Iberville, 4' étage Montréal (Québec) H2G 3E4 514 872-1160 (tél.) 514 872-1153 (téléc.) Montréal© SOI! RCF I K SKI1 II.la fantaisie romanesque autour de Montaigne prenait le dessus.On pressentait ce flirt avec l’histoire.Dans ses essais littéraires, comme Le Matamore ébouriffé (Fayard, 2002), la moralité, toujours sous caution, trouvait un contrepoint de légèreté un rien rimbaldienne.Il y a de l’errance chez Chaillou, dans les mollets, sur la langue, et.comme chez les lazaristes dont il évoque le pensionnat, un écho des tapages qui, 50 ans plus tard, font dans le souvenir la joie, l’hilarité.En 1945, Michel a 15 ans; libre jusque dans les pensionnats, où sa mère le promène, au gré de sa vie — pas très facile, devine-t-on —, il ne cherche ni la protection ni l’épanchement.Maudite identité, qui tient à un papier bleu plié! C’est la missive d’une mère chérie, qui contient des nouvelles, un rendez-vous, la tendresse, même lointaine! L’éducation livresque des pères vaut bien l’insouciante et volage Eva.Somme toute, ce pourrait être l’équilibre.Que ne suis-je pas le fils de résistants, répète Michel Le Floch, qui s'entend désigner du nom de son parâtre.Les regrets ont une vie plus longue que des songes d’enfant.Mais l’homme mûr fait la part des choses.Le récit d'écrivain, confession sans lourdeur — quelle est d'ailleurs la faute d'un enfant?—, accroche la lecture, vivement.L’enfant adulte et l’adulte enfant s’équivalent désormais.On sent le temps restitué et réparé.La conscience, pleine de questions, reste en paix.L’accent juste de ce récit, la sobriété du désarroi masqué est un art.Chaillou écrit bien.On mesure dans son livre ce qu’un être, dès son plus jeune âge, doit écarter de peurs et de désespoirs pour s’auto-engendrer, pour devenir un peu plus grand que son milieu.La part imprévisible de son destin — la pusillanimité, la soumission, l’alcoolisme ancestraux — vient de ce qu’en soulevant la trappe à confidences, il fouille, à même les mots, la gamme riche des vérités longuement empêchées.1945 Michel Chaillou Le Seuil Paris, 2004, 261 pages LES ÉDITIONS QcinnaiaDEioDii^ SONATE D’AMOUR INSOLITE Raymond Federman traduit de l’américain par Nicole Mallot roman, 190 p., 24,95$ Gagnant de l'American Book Award Le sourire échangé à Washington Square annonce-t-il une rencontre ou une rupture?Est-ce un amour vécu, inventé ou imaginé pour les besoins de l’écriture?Qu’importe, ce sourire nous va droit au cœur jj|§3îaaBB«ianBai»fr HH.À CŒUR OUVERT Huit meurtri»r« se racontent Susan Gabori Portrait de huit meurtriers qui assumenf an ,0UtB lucidité leur acte et cherchent à le réparer Des récits authentiques et forts mettant en lumière toute la violence de leur monde.collection POINT CXITIQUE A PARAITRE Printemps < 2004 ?LES TREMBLAY D’AMÉRIQUE Jean-Guy Tremblay En 1647.un jeune paysan du nom de Pierre Tremblay décide de tenter l'aventure an Nouvelle-France.Son fils aîné deviendra le premier seigneur des Ecoulements.De lui descendent tous les Tremblay d’Amérique.FÉLICITATIONS A HÉLÈNE DORION.LAURÉATE DU PRIX ANNE-HÉBERT 2004 Jours de sable « A lire Jours de Sable le temps s'arrête et fuit en meme temps.Il est fugace comme une empreinte lavée par la vague.Comme un souvenir d'enfance, la sienne, qui forme la matière du récit.Et tangible, aussi.Car de ta même maniéré qu'on change le sable en verre, on peut, par la chimie des mois, cristalliser l'inslant qui passe ¦ Québec t I F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 AVRIL 2004 Essais Soleil noir de l’Afrique Du Caire jusqu'au Cap, une fascinante traversée de Vécrivain-voyageur Paul Theroux au cœur des ténèbres d'un continent dévasté CHRISTIAN DESMEULES T y Afrique noire est mal partie», " .Ly pensait l’agronome René Dumont en 1962, aux premières heures de la débâcle colonialiste.Quarante ans plus tard, le soleil des indépendances ne brille plus de la même manière: pauvreté, analphabétisme, corruption endémique, sida, guerres civiles et déracinés par millions.Continent «jeune» où presque la moitié des habitants ont aujourd’hui moins de 25 ans, l’Afrique ne forme pourtant pas un bloc monolithique.Elle va de la luxuriance à la sécheresse, de la paix à la guerre, du népotisme absolu à la démocratie chancelante.Mais on la traverse aujourd’hui comme un champ de bataille encore fumant En 2001, à l’aube de la soixantaine, Paul Theroux, romancier et maître américain du «travel writing», entreprend seul un long et assez rude voyage: se rendre du Caire jusqu’au Cap, en Afrique du §ud, san;> prendre un seul avion.Egypte, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, la presque totalité des pays de l’Afrique de l’Est défileront sous ses semelles.Un art de la contrainte qui en ferait presque une sorte d’oulipien de l’écriture voyageuse.Et qui relève de l’exploit lorsqu’on constate l’état des routes de cette partie du continent À bord d’un cargo sur l’immense lac Victoria, passager d’un camion à bestiaux sur des routes infestées de bandits qui tirent à vue, en taxi, en train ou en pirogue, Paul Theroux avale les kilomètres habillé d’un vieux t-shirt trouvé dans un bazar d’Addis-Abeba Paul Theroux ayant été coopérant au Malawi et en Ouganda durant quelque temps au milieu des années soixante, cette petite odyssée représentait pour lui un retour en Afrique.Des années de bonheur, de partage et d’espoir.Ce qu’il constate durant cette longue descente du nord au sud?«Sur le plan matériel, l’Afrique est plus délabrée que lorsque je l’ai connue — SOURCE TÉLÉ-QUÉBEC Berger shimba.plus affamée, plus pauvre, moins éduquée, plus pessimiste, plus corrompue, et rien ne distingue les politiciens des sorciers.» Voilà pour l’état des lieux Dans cet immense «Ubu-land», seule région de la planète où l’espérance de vie régresse (elle était en moyenne de 38 ans en 2002), il ne peut s’empêcher de remarquer au fil des rencontres que «la solution la plus imaginative des Africains à leur calvaire, c’est simplement de partir — de renoncer, de s’échapper, de courir, de foncer et d’abandonner leur patrie».Mais malgré tout, dira-t-il, «mon voyage a été un délice et une révélation».Le livre au complet pourrait être l’explication de cette petite phrase.Ce seront des instants et des rencontres parfois inoubliables: du fonctionnaire désillusionné à l’infirmière irlandaise qui se dévoue corps et âme, une visite sidérante à des squatters dans une ferme du Zimbabwe, des conversations avec d’anciens prisonniers politiques, la stupéfaction des gens à qui il s’adresse en swahili.Et fidèle à ses habitudes, Theroux ne se prive pas d’enrichir son voyage d’étapes et de références proprement littéraires: une visite à l’écrivain nobélisé Naguib Mahfouz au Caire, une croisière sur les traces de Flaubert dans la vallée du Nil, le souvenir de Rimbaud à Harar, le fantôme de Conrad, un souper chez Nadine Gordimer à Johannesburg.Paradis perdu Pour lui, l’assistance humanitaire est l’une des premières raisons du sous-développement du continent noir.Comme le fait Stephen Smith dans son récent Négrologie (Calmann-Lévy, 2004), Theroux croit fermement que «l’Afrique se meurt d’un suicide assisté», entourée des nuées de charlatans de l’aide humanitaire.Au cours de son safari — qui signifie «long voyage» en swahili —, il ne ratera d’ailleurs jamais l’occasion de pourfendre la bonne conscience de TOcddent et sa gentillesse assassine envers l’Afrique.De la classe des voyageurs professionnels, l'écrivain américain se déplace d’un point de l’atlas à un autre, avec un souci de tout voir et une exhaustivité de guide Bleu.On sent toujours un peu chez lui que la destination importe plus que le voyage.C’est ce qui le placera toujours dans une catégorie différente de celle des Bruce Chatwin, Nicolas Bouvier ou Lieve Joris — plus vagabonds que voyageurs.Mais pour une rare fois peut-être, il se montre réellement sensible.Lui qui a d’habitude la dent longue et qui pratique les sautes d’humeur à la Mark Twain, il se révèle dans ce Safari noir presque nostalgique.Souvent dégoûté par la misère et la bêtise brute, mais incapable de renoncer à son amour impérissable pour l’Afrique et ses habitants.Un livre qui choque, enthousiasme et désespère tout à la fois, et qui deviendra bien vite une destination incontournable pour tout voyageur immobile.SAFARI NOIR: DU CAIRE AU CAP À TRAVERS LES TERRES Paul Theroux Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Peters Grasset Paris, 2004,526 pages Lire plus, lire mieux, lire.BMU Au sommaire du numéro 94 en librairie le 2 avril 2004 La littérature équatorienne La littérature de l’Équateur n’est pas la plus connue des littératures latino-américaines, d’où l’intérêt du dossier que Nuit blanche lui consacre.A.Dario Lara de l’Académie équatorienne de la langue espagnole et de l’Académie nationale de l’Histoire, propose dans son article, « Des ‘aravicos’ aborigènes à la première génération du XXe siècle », un large survol des lettres équatoriennes.Auteurs, mouvements littéraires et écoles y sont situés dans leur contexte socio-historique.La littérature équatorienne de 1920 à 1960 a connu un brillant essor, comme le souligne José Enrique Ojeda dans son article.Le poète belge Fernand Verhesen se penche sur l’œuvre de'Jorge Carrera Andrade (dans le site Internet : www.nuitblanche.com).Galo Galarza présente le payaigà itiaraireactuel des lettres équatoriennes.Nous offrons une traduction inédite d’un extrait d’un roman d’Alicia Yànez Cossio par l’écrivain et traducteur Louis Jolicœur.Également au sommaire du numéro, un article sur Christian Mistral par François Lavallée ; les rubriques « Écrivains méconnus du XXe siècle » : Jean-Richard Bloch par Paul Renard et « Le livre jamais lu » par Renaud Longchamps.de Exclusivités Internet dans www.nuitblanche.com : un concours avec des livres à gagner la rubrique « Littérature jeunesse • par Laurent Laplante Pierre Boulle par Jean-Pierre Tusseau des commentaires de lecture et des nouvelles de l'édition Offrez-vous un abonnement: 4 numéros pour 26,17$ (t.t.c.) Les abonnés ont accès gratuitement au site Internet de Nuit blanche Nom : .Prénom : .Adresse : .Ville : .Code postal : .Tél.:.Courriel : .?Par carte de crédit Visa n° : .Date d’expiration : .Q Ci-joint mon paiement par chèque Envoyez votre chèque à l’ordre de Nuit blanche, 1026, rue Saint-lean, bureau 403, Québec (Québec), GIR 1R7 Tél.: (418) 692-1354 Télécop.: (418) 692-1355 Le «siège périlleux» de Richler Louis Hamelin ?Il y a des noms qui semblent souffrir d’une sorte de déséquilibre: le patronyme y pèse un peu plus lourd que le prénom.Mark Vonnegut Jr, fils de Hurt, a exprimé cette anomalie d’une manière saisissante dans Eden Express, le passionnant récit de sa plongée dans la schizophrénie.Je le dte de mémoire: «Quand on faisait les présentations, les autres s’appelaient Gus, Linda, Tommy.Moi, c’était toujours Mark.Vonnegut.» Emma Richler avait une forte pointure à chausser lorsque, au milieu d’une carrière d’actrice d’une modestie et d’une discrétion remarquables, elle a choisi de taquiner la muse et d’embrasser, pourquoi pas, le genre de la chronique familiale.Avec, au centre de ce portrait de clan, reconnaissable entre toutes sous le mince déguisement d’un chroniqueur sportif ronchon, la silhouette familière de celui que la narratrice qualifie de «soleil blanc», les métaphores cosmogoniques faisant partie de l’étonnante palette de cette nouvelle écrivaine.La tribu Richler, bien connue, semble-t-il, des anglophones montréalais, se résume le plus souvent, dans l’esprit des lecteurs québécois, à son patriarche grincheux, atrabilaire et mange-canayen.Je pe vais pas m’embarquer dans ce débat-là.Ecrivain québécois de langue anglaise ou auteur canadien, de toute manière, impossible d’y échapper: toutes catégories confondues, le père de Gursky et du Monde de Bamey est probablement le romancier le plus important jamais produit par le Québec.Emma, disais-je, avait de grandes bottes à chausser.Elle s’en tire avec les honneurs et laisse la gloire à son personnage de père.J’ai bien failli ne pas aimer ce livre, dont le style névrotique et enfantin, au début, semblait posséder le pouvoir d’irriter en moi quelque glande secrète.Richler arrivait à me faire trouver quelconque un sujet préféré tel que l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, par exemple, et tout ce qui s’y rattache de près ou de loin.Soyons clairs: j’ai joué avec des GI-Joe moi aussi quand j’étais jeune, mais il ne me viendrait jamais l’idée dy consacrer 20 pages au tout début d’un livre.Et puis, au contraire de l’éditeur, je cherchais la «merveilleuse tribu d’hurluberlus» décrite en quatrième de couverture et n’arrivais à la voir nulle part à l’œuvre dans ces pages.Je risquais une attaque de mauvaise foi.Page 151, quand Richler écrit de sa soeurette un peu follette que «son vœu lui-même est bizarre, comme par exemple d’acquérir le pouvoir de voler, ou que toutes ses peluches se transforment en vrais animaux, ou encore qu’elle puisse ne manger que du chocolat, pour toujours, à tous les repas», j’ai haussé les épaules.Cette petite me semblait décidément très normale, sinon même un peu conventionnelle dans ses aspi- «Une famille commence souvent par un rêve qui n’a rien à voir avec soi rations.Et je risquerais de passer pour ronchon à mon tour si j’ajoutais que la traduction, cette véritable bête noire, m’a encore fait osciller à quelques reprises entre la désespérance et, disons-le, la déso-pilance.Ça semble inévitable quand on voit traduire •godammit» par «bon Dieu de bois».Où sont passés nos beaux maudits?Quant au papa, même lui, en dépit de son «espèce de rire de couguar» et de son verre de pur malt, réussissait l’exploit remarquable, compte tenu du matériau de départ, d’être un peu terne et presque oubliable.«Damn it.» J’ai mis du temps à comprendre qu’Emma Richler ne pouvait sans doute approcher son sujet qu’au fil de l’écriture, et avec cette pudeur assez proche, sous ses poses délurées, d’une paralysante timidité (famille, lieu de toutes les gênes et de tous les interdits).C’était son problème, et c’était devenu le mien.Puis, page 174, je suis tombé sur une phrase.«Une famille, écrivait Richler, commence souvent par un rêve qui n’a rien à voir avec soi et s’achève dans un autre, celui de chacun.» C’était le livre expliqué, mais aussi, la preuve que je tenais désormais entre mes mains un morceau de littérature.Mark Vonnegut Jr.était-il schizophrène à cause de son père?Absurde (donc digne du vieux Kurt), mais j’avoue que ce lien impromptu m’est revenu en tête lorsque Jemina, dans Sœur folie, commence à s’intéresser d’un peu trop près aux couteaux, à faire jaillir le sang de sa paume, comme ça, pour voir, et bientôt et s’achève ses P°ignets- Et lorsque j’ai vu cette manière qu’elle avait, une fois devenue dans un grande, vivant dans son propre appartement, de se repasser les mêmes cas-autre, celui settes de film, en boucle, sans arrêt, agenouillée devant sa télé, pour vérifier que de chacun » le plus léger détail de l’histoire, d’une fois à l’autre, n’avait pas été modifié.Un peu inquiétant.Dans cette tribu qui compte trois garçons, deux filles, le père échevelé et bourru, drôlement attachant que l’on sait, et une mère merveilleuse et parfaite, mais fragile, c’est l’élément féminin, exclusivement, qui paraît menacé de dysfonction, et Jem ne fait pas tellement mystère de Tamour trop grand qu’elle porte à son frère Jude.Laissons le reste aux abonnés du cours par correspondance Freud 101, car il y a beaucoup à faire.Mais toute famille, semble nous dire Richler, finit par être sauvée dans l’esprit de chacun par la magie de ses propres fabulations.«Qui me laissera enfin saigner?», demande Jem, prête, comme la sœur de Perceval, à mourir pour que son frère trouve le Graal et revienne à la Table ronde occuper le «siège périlleux».Dans ce livre finalement rempli de scènes extraordinaires, l’éducation d’un enfant est comparée à la maturation d’un bon scotch: «On fait tout ce qu’on peut pour lui pendant une période et vient un jour où on le lâche dans le monde.» Et la fille ajoute: «.à présent le malt est entre les mains du Temps.» Mais c’est le Vieux qui se retourne dans sa tombe.SŒUR FOLIE Emma Richler Traduit de l’anglais par Agnès Desarthe Éditions de l’Olivier Paris, 2004,284 pages ENTREVUE Gérard de Cortanze, au nom du père SÉBASTIEN BARANGÉ Ses romans sont d’un autre temps.Loin de l’autofiction, Gérard de Cortanze parle de son petit coin de pays, d’épopées romantiques et tragiques, à l’opposé des modes littéraires d’aujourd’hui.Récusant le qualificatif de romancier historique, il préfère le terme de romancier généalogique.«Dans mes livres, je ne parle que de moi, de mon regard sur la société contemporaine, mais dans la bouche d’un aristocrate pié-montais ou d’un bandit de grand chemin du passé.» Michele Pez-za, héros de son dernier roman, Banditi, a réellement existé sous le nom de Era Diavolo (Frère du diable), ancêtre de l’auteur, bandit de grand chemin, ou plutôt «héros tragique et rebelle» défendant le Piémont contre l’invasion française de Bonaparte.Citant Montherlant, Cortanze revendique, pour lui comme pour ses héros, le besoin «d'être un fou de hauteur», de se dépasser, de gravir des montagnes.Petit, son père lui a dit furtivement: «Tu n'es pas un garçon comme les autres».Après avoir découvert l’existence de ses ancêtres, Cortanze écrit aujourd’hui: «Michèle avait très tôt estimé qu’un destin particulier lui était réservé.» Il a voulu élucider le mystère de sa généalogie et ne cesse depuis d’y plonger, mêlant réalité historique, destins individuels et fiction.Genèse de l’œuvre «Les Vice-Rois était le premier livre où je parlais enfin de mes racines familiales et je pensais qu'il n’y en aurait qu’un», confie-t-il en expliquant la genèse de son œuvre.Du côté du père: l’aristocratie piémontaise, un arbre généalogique remontant jusqu’au VI' siècle, un grand-père qui quitte le château familial en 1893 et s’installe en France.Du côté de la mère: un bandit napolitain, Fra Diavolo.De quoi écrire quelques pages d’un livre, puis un second, un troisième.un prix Renaudot w - m SOURCE ALBIN MICHEL Essayiste et biographe de Paul Auster, Jorge Semprun, Hemingway ou Philippe Sellers, Gérard de Cortanze aurait aussi pu l’être de ses aïeux, mais pour eux U a choisi le roman.au passage, et ça continue.«Ma famille a pendant 1300 ans fait l'histoire de l'Italie, je ne peux donc pas ne pas m’intéresser à l’histoire; mon moyen, c’est la littérature, je fabrique un peu d’histoire parce que c’est dans les gènes», explique Cortanze, émerveillé chaque jour par cette manne.•Rejeton d’une famille qui a fait l’histoire», Gérard est aujourd’hui ce Cortanze qui a vécu autrefois l’invasion de Milan par les Autrichiens, cet autre qui a quitté le Piémont envahi par Bonaparte pour la route de l’Inde et ses théiers, celui enfin qui voit Mussolini prendre le pays en 1922.«Rien ne disparaît jamais, tout se stratifie, tout s’accumule, tout se fond dans un présent éternel», écrit Cortanze dans Banditi, son plus récent livre publié chez Albin Michel.Le présent éternel de ses héros est aussi le sien.Essayiste et biographe de Paul Auster, Jorge Semprun, Hemingway ou Philippe Sollers, il aurait aussi pu l’être de ses aïeux, mais pour eux il a choisi le roman.Grâce à la fiction, il peut éluder («tout ce qui me gêne, je n’en parle pas»), «Le roman, c’est la vérité atteinte par le mensonge, souligne Cortanze citant Vargas Uo-sa.Il y a des trous de l’histoire et le rôle du romancier peut être de remplir ces trous, d’apporter un embryon de réponse; la littérature peut donner beaucoup de réponses à l’histoire.» BANDITI Gérard de Cortanze Albin Michel Pans, 2004,464 pages :: \ LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET D 1 M A X CHE I AVRIL Z O O I F 7 •¦Essais» Des idées pour la saison Qui d’autre qu’Andrée Ferretti, la plus constante et la plus entière de tous les indépendantistes québécois, pouvait s’atteler à la tâche de réunir les grands textes de cette tradition en une anthologie qui servirait à la fois d’outil de connaissance de notre histoire et de source d’inspiration pour stimuler l'engagement des timorés et des indécis «sur les chemins de la révolution nationale, c’est-à-dire de la réalisation conjointe et indissociable de l’indépendance politique et de l’émancipation sociale»?Andrée Ferretti n’est même pas, et surtout pas à certaines heures, péquiste.Elle est, et tout le sens de son engagement est résumé par ce mot, indépendantiste.Pure et dure?On l’a dit.Elle rejette quant à elle cette logique plutôt tordue de la plus ou moins grande pureté pour lui préférer, tout simplement, celle de la cohérence: «Passer du devoir de résistance au devoir de liberté, tel est le sens primordial, et le premier objectif, des luttes menées par le mouvement indépendantiste [.].» En 1992, ?vec le regretté Gaston Miron, elle publiait, aux Editions de l’Hexagone, la première tranche de ce projet sous le titre Les Grands Textes indépendantistes, 1774-1992.Composée de textes collectifs (manifestes de mouvements politiques et sociaux) et de textes d’auteurs (de Chevalier de Lori-mier à Pierre Perrault en passant par Papineau, Groulx, Barbeau, Chaput, d’Allemagne, Bourgault, René Lévesque, Vadeboncœur, Monière et plusieurs autres), cette première anthologie illustrait la naissance, l’évolution et la permanence de l’idée d’indépendance.A l’époque, l’accord du Lac-Meech venait d’échouer et les souverainistes relevaient la tête.Cette anthologie, un document fondamental à valeur historique et intellectuelle, venait à point La suite, on le sait maintenant, fut intense: trois années de militantisme préréférendaire d’abord, suivies du match presque nul de 1995, qui n’en fut pas moins vécu comme une défaite par les indépendantistes dont le combat, ancré dans une longue tradition et, partant, résistant aux aléas de l’histoire continue depuis.Ce sont ces enthousiasmes et cette relance, marqués au sceau de la nécessité, qui animent les pages de ce tome deux des Grands Textes indépendantistes, 1992-2003.De jadis à naguère jusqu’à aujourd’hui, la face du monde a changé et les arguments d’hier ne s’expriment plus, maintenant, dans le même contexte et sur le même ton, mais, insiste Louis Cor ne 11 ie r ?Andrée Ferretti, «la nécessité d'inscrire le destin de la nation québécoise dans son histoire réelle», elle, perdure, d'où la nécessité tout aussi pressante de ne pas laisser se perdre les voix qui ont dit, disent et redisent les raisons de cette lutte.La première de ces raisons, c’est, bien sùr, la défense de la langue française puisque, comme l’écrivait Doris Lussier en 1993, «ce qui définit une nation, c’est la culture, et Télément le plus important de la culture, c’est la langue».Raison pour laquelle, ajoutait Lussier, il est «scandaleux que tous les partis politiques québécois ne soient pas souverainistes tant il apparaît évident que c'est dans l’indépendance seulement que sè trouve notre salut».Maître de l’argumentation carrée qui va à l’essentiel sans détour, Pierre Bourgault, lui, refusait les arguties temporisatrices des «marchands de tapis».Même si la fédération canadienne était «payante», écrivait-il en 1994, l’indépendance ne perdrait rien de sa nécessité «parce qu’il vaut mieux gérer ses propres affaires que de les laisser gérer par les autres».Attendre le moment propice, une meilleure conjoncture?Erreur, puisque «l’indépendance n’est pas une récompense pour les peuples parfaits mais un instrument essentiel à qui veut le devenir».Lise Bissonnette, dans un lumineux éditorial du Devoir publié quelques jours avant le référendum de 1995, en arrivait, après plus de détours dialectiques, à la même conclusion: «La souveraineté est la conclusion d’un pacte manqué et le début d’un retour à l'égalité.» Ferretti la corrigerait: le début de l’aventure de la liberté.Impossible, évidemment, de citer dans le texte tous les auteurs retenus par la militante et parmi lesquels figurent, entre autres, Guy Bouthillier, Elaine Audet, Claude Beausoleil (dont l'appel «à ceux venus d'ailleurs» est superbe), Paul Chamber-land, Hélène Pelletier-Baillargeon, Denis Monière.Claude Bariteau, Pierre Dubuc, Hélène Pedneault et Robert Laplante.Des absents de marque?11 y en a et, quoi qu’en pense Andrée Ferretti (qui les accuse, non sans raison d’ailleurs, «de dénationaliser la question nationale en rapetissant la définition de la nation»), Michel Seymour et Gérard Bouchard mentaient une place dans ce florilège.Quant à elle, la quasi-absence de Fernand Dumont, dans l'un ou l'autre des deux tomes, sidère.Cela étant, d'autres, qu’on n'attendait pas, y sont et constituent la plus belle surprise de ce projet.On a dit parfois que l’idée d’indépendance appartenait à une génération qui n’avait pas su, faute de la faire aboutir, la transmettre.Le philosophe Serge Cantin a d'ailleurs raison de s’inquiéter de «l'indifférence croissante de ceux que Ton appelle désormais les Québécois francophones vis-à-vis de la question de leur identité nationale».Il faut pourtant lire les textes des jeunes Dave Anctil et Mathieu Bock-Côté pour constater que le fil de la tradition indépendantiste n’e*t pas brisé.Dans un des plus beaux textes de cette anthologie, le premier parle de son désir d’un «récit partagé» et du «rêve du pays à venir» dont l'héritage et l’espoir «pouvaient certainement réconcilier la modernité de mon père avec l’authenticité de mon grand-père».Quant au second, dans une réflexion brillante et sensible aux accents dumontiens qui traite de la filiation avec notre passé et de notre «mode d'appartenance à la condition humaine», il écrit: «C’est contre l'oubli de notre condition qu'une interprétation sensible à la fragilité québécoise peut être menée, source possible d'une revitalisation de notre imaginaire.[.] Il s'agit enfin de dévoiler ce qui sommeille sous les décombres, soit la certitude de notre existence.» Andrée Ferretti, et cet ouvrage en témoigne de belle façon, ne désarme pas.«Toutes les variations de l’esquive ayant été épuisées», écrit-elle, le temps devrait être à la lucidité, au courage et à l’audace, c’est-à-dire à l’indépendance.Avec le PQ?Entre autres, répond-elle, mais pas seulement, et sous surveillance.Moins draconien, son frère d’armes Yves Michaud, dont la pensée à ce sujet rejoint celle d’une majorité de militants, emprunte les mots PHOTOGRAPHIE Un autre Israël JACQUES CHENIER EE DEVOIR Pour Andrée Ferretti, le temps devrait être à la lucidité, au courage et à l’audace, c’est-à-dire à l’indépendance.d’Aragon pour résumer son rapport au IX): «Je sais qu'il est plein de défauts, mais je n'ai que celui-là.» Des idées pour la saison?Ces ouvrages en sont pleins.louiscornellieriaparroinfo.net LES GRANDS TEXTES INDÉPENDANTISTES, 1774-1992 Andrée Ferretti et Gaston Miron LES GRANDS TEXTES INDÉPENDANTISTES, 1992-2003 Andrée Ferretti Typo Montréal, 2004,688 et 368 pages DIASPORA - TERRES NATALES DE L’EXIL Frédéric Brenner Editions de la Martinière Paris, 2003, deux tomes: 328 et 158 pages GEORGES LEROUX Les images de Frédéric Brenner recueillies dans cet album proviennent d’une longue pérégrination dans le monde de la diaspora juive pendant une quinzaine d’années.Déjà bien connu par plusieurs albums, le photographe veut ici présenter une diversité de cultures d’accueil où l’identité juive se maintient en se différenciant Ces terres natales de l’exil sont dispersées à travers le monde: de l’Europe romaine, où on trouve autant des ouvriers que de grandes familles, à l’image de ce rabbin monté sur une jonque dans la baie de Hong Kong, c’est tout le destin d’Israël qui est présenté dans sa dissémination historique.Montréal, trop peu représenté, et New York, grandes villes du hassidisme, appartiennent à l’enquête de cet artiste inquiet.Mais ce sont peut-être les images présentant la culture la plus ancienne, le Yémen en particulier, qui sont les plus parlantes: elles offrent en effet l’illusion de la proximité de l’origine, de ce moment où Israël était encore une culture du désert.Quel contraste avec ces images des pays de l’Europe orientale, remplie d’ouvriers que rien ne semble pouvoir relier à leur judaïté! Les questions que pose ce livre important sont nombreuses et tournent toutes autour de la tension entre le maintien de l’identité et le passage à la différence.Presque toutes les images sont accompagnées, dans un deuxième tome, de commentaires signés par des écrivains et des philosophes connus, chacun faisant l’effort de lire Tunage dans le prisme de la diaspora: comment ce qui est représenté illustre le destin de dispersion tout en recueillant l'identité.Beaucoup de ces images n’exposeraient aucun signe perceptible de cette identité si elles ne nous étaient pas présentées.De Jacques Derrida à George Steiner, ces auteurs s’engagent aussi dans une lecture autobiographique, les images étant souvent investies de souvenirs qui rappellent l’identité et la perte de l’enfance.De cette manière, ils contribuent à exposer la pensée de l’identité qui est dans chacune des scènes captées par le photographe.Ce qu’est Israël aujourd’hui réside peut-être davantage dans ces diasporas de la culture que sur le territoire brûlant où la violence interdit de poser la question.Plusieurs de ces images sont certes tentées, comme cette fête de Purim dans le quartier Mea Sharim de Jérusalem, par un repli sur le monde rabbinique, mais la grande majorité expose une judaïté ouverte et acceptant son existence diasporique.Ce livre est enfin l’œuvre d’un artiste de l’image.Les photographies de Frédéric Brenner sont de subtiles compositions, où une mise en scène souvent dramatique brise au départ la prétention documentaire.Elles sont toutes empreintes d’un regard sur la culture juive où se lit un amour d’Israël profond et libre.Chacune peut ins- pirer une méditation qui reconduira aux apories politiques du présent mais aussi aux sources bibliques et à l’injonction prophé- tique de l’accueil et de la diversité.En ces temps où l’image juive est menacée par son absorption dans une rhétorique violente qui la sert si mal alors que la politique l’enferme dans un mur de béton, ce livre est le témoignage d’un autre Israël, divers, pluriel et ouvert AU FKÏIVAl METROPOLIS BIEU Lancement Printanier Des livres de : G Amyot, E Turcotte, H Dorion, M.Leclerc, J Ouellet, L.Dupre, Y.Gosselin, J Pont, R.Melançon, D.Solway ainsi que les auteurs des collectifs sur Saint-Denys Garneau et Hélène Dorion Samedi, le 3 avril, à 19 heures, à la librairie du festival (salle Jeanne Mance) M but; metiopoits sp Hommage à Hélène Dorion Avec la participation de Paul Bélanger, Guy Cloutier, Denise Desautels, Louise Dupré, Pierre Filion, Marie-Andrée Lamontagne, Corinne Larochelle et Bertrand Laverdure.Dimanche, le 4 avril, à 16 heures, à la librairie du festival (salle jeanne Mance) Présence de Jaume Pont (Catalogne) Auteur de Vol de cendres, lira Vendredi, le 2 avril, à I9h30 Samedi, le 3 avril, à 2lh (salle Mont Royal) Bienvenue à toutes et à tous : Hôtel Hyatt Regency, Montréal, 1255 rue Jeanne Mance (métro Plnce-des-Arts) www.lenoroit.com • www.blue-met-bleu.com ts Triptyque www, generation.net/tripty tripryque@''Vdmontriptyquc.cnrn Tel.:” (514) 597-1666 ’ Marie-Paule Villeneuve Derniers quarts T ' * t " ill de travail y pii Marie-Paule Villeneuve Derniers quarts de travail nouvelles, 112 p., 17 $ Derniers quarts tie travail résume en dix nouvelles des segments de vie de travailleur» : une journée dans la vie de ITançois qui se fait congédier, d'Anna qui claque la porte ou de Jean-Yves qui carbure aux antidépresseurs.I es petits métiers de ces protagonistes sont ici de véritables miroirs de l’âme.Mathieu Arsenault Album de finissants récit fragmente, 142 p., 18 S «M.Annuiuh trouve te tonjum, réalité i> Tocauhn nuiis le pha souvent poé-tufue, pour exproner dans un registre plausible tous les sentiments, même confis, qui hantent ses jeunes personnages.On ne peut qu'admirer sa démarche pleine de tact et de respect.Album de finissants, un essai en forme de tableaux, est une extnwrdinatn réussite-Reginald Martel, la Presse Procurez-vous le coffret des ÉLÉMENTS HUMAINS «Corps • Cœur • Esprit • Ame» de le revue ART LE SABORD - coffret, seulement 13* ?tas», irsvues non indus») T Vt Cl SABORD ¦il ilPSl LES ÉDITIONS D’ART LE SABORD vous invitent au lancement de ses nouvelles parutions, le mercredi 7 avril 2004 à 17 h.Au Bar Le St-Sulpice, 1680, rue St-Denis, Montréal (819) 375-6223 dictionnaire uauel des arts plastiques Ouvrage de référence de MARIE SAMSON Exosphere Livre de poésie de MARJOLAINE ?ESCHÉNES Collection Le Sabord Collection Rectoverso Vanta rougaa, Troia-RI vlàres 1908 Romen historique de LYNE LAVERDIÈRE i 15 Pi Collection Excentnq Collection Cercle magique i i ; V LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 AVRIL 2004 F 8 -•'Bloc-notes •- Le théâtre des femmes Les femmes dramaturges entretiennent un rapport particulier avec le théâtre.Des courants souterrains, des langages secrets les relient entre elles.Dans le champ des hommes, on sent moins de points communs.Faut dire quils écrivent pour la scène depuis plus longtemps qu’elles.L’inspiration des femmes fluctue au fil des décennies d’ailleurs.Eh non! L’heure n’est plus aux grands réquisitoires féministes.Aujourd’hui, leurs œuvres passent plutôt par la sphère intime pour déboucher sur l’universel.D’une pièce à l’autre, je n’en finis plus de voir ces femmes dramaturges prendre sur leur dos les angoisses du monde moderne: les guerres, la déshumanisation des villes, les dégâts sur la planète.En général, elles font de terribles constatations d’une voix douce, et leurs propos en deviennent plus inquiétants encore: un peu prophétesses, un peu pythies sur les bords.On ne refait pas ses gènes ou les rôles acquis au long des millénaires en prenant la plume pour s’exprimer.Aveugle, sans connaître le nom de l’auteur, je pourrais, à l’écoute d’une pièce, déceler tout de suite si c’est un il ou une elle qui l’a conçue, tant le mode d’expression diffère d’un sexe à l’autre, au théâtre surtout, où rien n’est enrobé, où l’os du texte est à nu.À quelques exceptions près, on reconnaît la pièce d’une femme à son regard en biais posé sur les passants, sur ses proches, aux questions lancées en l’air sans espoir de réponses, aux modulations inquiètes Odile Tremblay ?de la voix, au texte incantatoire maintes fois scandé de répétitions.Des thèmes récurrents circulent entre l’une et l’autre: la perte d’identité, le deuil des proches, la solitude, l’intuition d’un futur sombre à éviter, si cela se peut Quand la pièce est réussie, quand le texte a du répondant et que les interprètes savent faire oublier qu’ils en soni je me coule dans ce théâtre-là.D m’est livré en petites touches de peinture qui n’annoncent pas leurs couleurs, en émotions retenues, avec des vérités murmurées que le spectateur peut choisir de ne pas entendre.Je me dis: tiens donc! un homme aurait exprimé ça autrement.Autour de moi, d’une fois à l’autre, quelques spectateurs masculins se tortillent ou regardent au plafond, faute de toujours s’identifier à ces codes d’intimité.Moi, je m’y sens en terrain familier.Entre deux théâtres de Montréal, j’ai entendu ces derniers jours des pièces féminines se faire étrangement écho.Les liens semblaient si évidents entre Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette au Théâtre d’Au-jourdhui et La Noirceur de Marie Brassard à l’Usine C qu’on en demeurait sidérés.Les deux pièces avaient circulé devant des publics étrangers avant d’atterrir à Montréal, même si La Noirceur fut d’abord lancée ici au Festival des Amériques.Faut dire que son texte a beaucoup changé depuis le temps.Deux espaces théâtraux différents donc, mais, coup sur coup, un duo de personnages se retrouvait sur les planches: une femme en gros plan et un homme dans son ombre, en faire-valoir.Deux «one woman show» qui n’osaient dire leur nom.Chacune des héroïnes cherchait un bonheur perdu.En fond de scène, des décors urbains étaient devinés ou projetés avec leurs immeubles, les ruines du passé, le bruit des klaxons, les cris, des visages à la fenêtre regardant d’affreux accidents qui broyaient des vies humaines.La pièce de Carole Fréchette était plus unifiée que celle de Marie Brassard.En contrepartie, cette dernière séduisait par la stylisation de la mise en scène.Chose certaine, je ne me suis pas ennuyée au théâtre avec ces femmes-là.Sur un siège ou sur l’autre, rue Saint-Denis ou rue Elgin, j’écoutais leurs musiques discrètes, insistantes, fines, sensibles, entre confidences intimes et divinations collectives.En décrochant ici et là.Puis les voix des femmes me rattrapaient au détour avec une anecdote dramatique, la description d’un décor, la mélancolie de leurs quêtes inutiles.Dans Le Collier d’Hélène, c’est à Beyrouth que circulait une étrangère (incarnée par Diane Lavallée), dans une ville survivant à ses propres cataclysmes.Hélène y cherchait le collier tombé de son cou.Deuil dérisoire qui se heurtait aux tragédies familiales des Libanais hébétés sur les ruines de leurs vies.Le frivole et le grave s’y mariaient avec une sor te de grâce désespérée, renvoyant dos à dos l’orpheline d’un bijou et les survivants d’une tuerie dont l’absurdité colorait toutes les répliques.Dans La Noirceur, entre Montréal et New York, Marie Brassard, toute frêle, se profilait devant des images vidéo représentant la rue Ontario et des phares d’autos enfilés dans la nuit.L’interprète fétiche de Robert Lepage s’y dévoilait tout en gardant ses mystères, sautant d’un sujet à l’autre: l’absence insoutenable de son amoureux, le centre-ville de Montréal devenu sans âme, prêt à détruire les derniers îlots d’humanité pour mieux s’embourgeoiser.Elle livrait des mises en garde tamisées, sans avoir l’air d’y toucher, comme Laurie Anderson dans ses monologues-performances.Au théâtre des femmes, j’aime me laisser guider à travers les rues de leurs villes, tantôt en elles, tantôt en moi, dans la géographie des perceptions féminines: un continent qui paraît si loin, ou si proche, selon le sexe qu’on a.otrem blaydcledevoir.com THE DARK HORSE YEARS 1976-1992 George Harrison Dark Horse (Parlophone/EMI) Coffret C* est exprès, vous pensez bien: ce coffret rassemblant les disques enregistrés par George Harrison du temps qu’il œuvrait sous la bannière Dark Horse Records chez la multinationale Warner paraît au moment où — c’est pas trop tôt, deux ans après sa mort et pas mal d’années après John et Paul — l’on intronise le Beatle tranquille au Rock’n’Roll Hall of Fame de Cleveland.Convergence un brin télégraphiée, qui explique sans doute pourquoi on a tourné les coins rond au département du contrôle de la qualité: ainsi, le splendide livre à couverture rigide qui accompagne les disques et contient le DVD est-il farci de coquilles.Pareillement, les livrets des albums individuels sentent le vite fait plutôt que de chercher des citations de Harrison évoquant ses chansons dans l’une ou l’autre entrevue, on s’est contenté de co-pier-coller des extraits de son livre / Me Mine, paru en 1980, qui ne concernent évidemment que les chansons d’avant l’année de publication.On n’a pas non plus fouillé longtemps dans le tiroir aux démos et raretés: l’acheteur n’obtient qu’un titre de plus par album, sauf pour Cloud Nine, qui en offre deux.N’importe quel fan sait ce qui manque: les exquises Sat Singing, Flying Hour, Abandoned Love et Lay Your Head, la reprise de Dylan I Don’t Want To Do It, 1’excellente Cheer Down, la rarissime Mo dédiée au patron de Warner, etc.Le DVD est tout aussi incomplet pourquoi laisser de côté les clips d’All Those Years Ago et de Blow Away?D faut croire qu’on nous réserve une «Anthology» à la Beatles pour un prochain anniversaire.Je maugrée comme un fan parce que ce sont les fans de George Harrison qui abouleront le gros brun demandé en magasin pour ce boîtier haut de gamme.Avoir acheté The Dark Horse Years 197&1992, je serais comme eux: à la fois en deçà de mon désir et absolument heureux.Oui, extrêmement heureux quand même.Heureux de retrouver ces chansons tant aimées, si intimement côtoyées durant ces années où nous étions passablement moins nombreux à nous procurer d’office les productions d’ex-Beatles.En vérité, à quelques succès de palmarès près (Blow Away, All Those Years Ago, Got My Mind Set On You), tout ce pan du catalogue de Harrison est méconnu.Entre fans, c’était presque notre secret et nous chérissions chaque nouveauté comme un cadeau personnel.Je me revois déballant chacun de ces disques, puis scrutant les listes de musiciens en espérant VITRINE DU DISQUE Dans le jardin de George qu’il y ait Ringo à la batterie ou Clapton aux guitares.C’est fou comme c’était important J’écoute aujourd’hui ces albums et constate à quel point ils existaient en dehors de leur temps.Bien sûr, le saxo de Crackerbox Palace sonne seventies comme le saxo de l’orchestre de Saturday Night Live, les synthés de Wake Up My Love dénoncent les années 80 et la patte du réalisateur Jeff Lynn pèse un peu trop lourdement sur Cloud Nine (l’album-re-tour de 1987), mais l’essentiel de la production de Harrison ne ressemblait à rien d’autre qu’à du Harrison.Ces solos si mélodieux à la guitare slide, ces accords si recherchés, ces strummings enveloppants, ces délicats jeux d’harmonies étaient ceux d’un gentleman-guitariste-chanteur vivant le plus clair de son temps dans son jardin anglais, pas le travail d’une rockstar en quête d’accolades.Tout le charme de chansons aussi facultatives que Pure Smokey (hommage à Smokey Robinson, premier roi de Motown), Here Comes The Moon, That’s The Way It Goes ou le délicieux pastiche beatlesque When We Was Fab tient à cette absence d’ambition: p’tit George ne cherchait plus qu’à bien vivre et, de temps à autre, à jouer de la bonne musique pour qui en voulait Ce n’était pas pour autant un dilettante: sa maîtrise de la ballade plaintive en mode mineur allait grandissant avec les ans.M’apparaissent encore plus belles et plus poignantes aujourd’hui — et magnifiquement servies par le transfert en audionumérique — les Beautiful Girl, Circles (rescapées des Beatles), Life Itself, Your Love Is Forever, Just For Today et autres Someplace Else, toutes dignes de resplendir auprès des Something et AU Things Must Pass.Moins boulimique de travail que Paul McCartney, moins pourfendeur de portes ouvertes que John Lennon, moins cabotin que Ringo Starr, Harrison était un sensible et un appliqué.À travers les huit disques de ce boîtier — les cinq albums studio de la période, le double Live In Japan en format SACD, plus le DVD exclusif —, la plus forte impression est humaine: celle d’avoir renoué avec un ami perdu.Sylvain Cormier JOURS DE MER Emile Campagne Folle Avoine (Universal) Il avait 78 ans quand parut l’éponyme Émile Campagne.Et voilà que le fermier chantant de Willow Bunch, Saskatchewan, remet ça.En l’année de ses 82 fières chandelles se poursuit gaillardement ce qu’il faut dorénavant appeler une carrière.Monsieur Emile, faut-il rappeler, est le patriarche des Campagne, famille dont on connaît déjà les enfants: Suzanne, Annette, Michelle et Paul, dans nos parages depuis plus de vingt TERRY O’NEILL George Harrison du temps qu’il œuvrait sous la bannière Dark Horse Records.ÆWSk v5^ ans en tant que Folle Avoine, puis Hart Rouge, groupe folk-pop de qualité; mais aussi Carmen, championne de la puériculture en chanson et de la traite de ruminant en Alaska.Eh oui, toutes ces voix justes et belles furent décantées au moins en partie de la sienne, juste et belle itou.Comme pour le premier album, la progéniture entoure ici le paternel, lui fournissant récrin de gui-tareç et de chœurs dans lequel le bel Emile peut raviver en toute aisance les ancestrales chansons qui constituaient le palmarès des randonnées d’auto et des fêtes de famille.Cette fois-ci, parti pris a priori étonnant, l’homme des plaines chante des chansons de mer et de marin, admirables airs de Botrel (Entendez-vous la mer qui chante, La Paimpolaisé) ou de François Budet (Loguivy de la mer), mais surtout d’illustres inconnues du répertoire traditionnel (Marins de Croix, Partons la mer est belle).Logique des grands espaces, comprend-on: les horizons, les verts, les bruns ou les bleus, se ressemblent un peu.C’est çe que veut signifier Monsieur Emile quand il reprend en point d’orgue de l’album le Jours de plaine que Daniel Lavoie confia à ses ouailles: «F a des jours de plaine on voit jusqu’à la mer.» De fait, ce disque est un coquillage: quand on y colle l’oreille, on entend la marée.S.C.K O t K MISERY IS A BUTTERFLY Blonde Redhead (4AD-Sélect) Misery Is A Butterfly, on devine que Blonde Redhead n’est plus tout à fait la même formation.Après la tempête, le calme et le mystère s’installent peut-être pour de bon.Alors qu’on pouvait très bien s’attendre au pire (un passage douteux de l’étiquette Touch & Go à 4AD), le trio mixte (trop souvent comparé à Sonic Youth) délaisse le bruit à outrance pour une orchestration aux accents naïfs et mélodiques.Avec l’aide de Guy Hcriotto à la réalisation et du très sous-estimé arrangeur Eyvind Kang, le groupe enrobe ses fragiles compositions de violons baroques et de clavecin.Dès Elephant Woman, une tension plutôt subtile s’immisce au fil de cet univers qui renvoie autant aux musiques de Jean-Claude Vannier qu’à l’écrivain Thomas Mann.Plutôt calme, ce rock va dans le sens du rêve et des idées sombres.On sait qu’intérieure-ment.Blonde Redhead lutte encore avec ses propres démons.Sur la pièce-titre, la tourmente atteint son paroxysme.Sans jamais tomber dans fa mièvrerie, U est assez rare qu’une formation décide de si bien vieillir.En spectacle avec The Uni-coms le 8 avril au Club Soda David Cantin THEY WERE WRONG, SO WE DROWNED Liars (Mute-EMI) Il n’est pas rare qu’une formation décide tout à coup de saborder son avenir.On pense instinctivement à des groupes-cultes comme Young Marble Giants et A Certain Ratio, voire Public Image limited qui, à une autre époque, décidait de tout remettre en question sans prévenir.En 2004, les membres de Liars cherchent eux aussi à brouiller les pistes d’un rock expérimental à 1a limite du bruitisme.Sur They Were Wrong, So We Drowned, on est donc très loin des Strokes ou d’Interpol.Plus tortueux que jamais, Angus Andrew et Aaron Hemphill font table rase afin de mieux repartir à zéro.Avec ce deuxième album, on a droit à une forme de sorcellerie malsaine où les guitares maladives ainsi que les enchaînements nerveux se succèdent sans trop de cohérence.Malgré une première écoute plutôt difficile, on finit par accepter la folie créatrice qui s’empare de cette ancienne formation new-yorkaise.Etrange et disparate, le résultat peut séduire ou rebuter, selon l’humeur.Est-ce du masochisme ou un acte de courage?Le tout se termiije par des chants d’oiseaux.A vos risques et périls.D.C.C' L A S S I Q II K MAGDALENA KOZENA Ravel: Chansons madécasses.Chostakovitch: Satires.Respighi: D tramonto.Schulhoff: Drei Stimmunsbilder.Britten: A Charm of Lullabies.Magdalena Kozena (mezzo), Marcolm Martineau (piano), Henschel Quartett, Paul Edmund-Davies (flûte), Jiri Barta (violoncelle).Deutsche Grammophon 471581-2.Que de chemin parcouru depuis cet automne de 1999 où Deutsche Grammophon se décidait à diffuser internationalement un disque réalisé pour le territoire tchèque, dans lequel une mezzo d’une chaleur expressive renversante, médiocrement accompagnée par une bande de baroqueux locaux, chantait des airs de Bach.Les baroqueux sont restés chez eux, mais la chanteuse s’est très vite exportée.Magdalena Kozena, convoitée par les scènes internationales, est devenue une incontournable des enregistrements de Marc Minkowski, a connu une expérience scénique malheureuse dans Orfeo de Gluck, perdue dans un rôle trop lourd pour elle et perturbée par le culte de la gesticulation prôné par Bob Wilson.Elle a même (à moitié) raté un disque, ses Airs français, pas tous adaptés à ses moyens vocaux.Mais ici, avec ce parcours éclectique dans l’Europe vocale du XX’’ siècle, nous avons un nouveau sans-faute.Bien davantage, ce disque est une formidable initiative et un grand accomplissement artistique.D’abord, le récital reflète parfaitement l’ouverture et fa curiosité de la chanteuse.Très francophile, elle épouse voluptueusement les sinuosités des Chansons madécasses de Ravel.Ensuite, le récital rend partout justice à une voix souple, magnifiquement projetée et évocatrice.Enfin, il illustre fa large palette expressive de Kozena, qui se fait si bien mordante dans les Satires de Chostakovitch, câline dans certaines berceuses de Britten ou le second portrait de Schulhoff.C’est cette tendre attention portée à la ligne et au mot, cette longueur de souffle et ce timbre de rêve qui font de Magdalena Kozena l’une des chanteuses majeures de notre temps.Christophe Huss l Salon du livre de Québec LE DEVOIR v • 1 PUBLIE UE SAMEDI \ l
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