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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-05-10, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, L ES SA M EDI 10 E T l> 1 M A \ l' HE 11 M A 1 2 0 0 S ENTRETIEN Patrick Chamoiseau Page F 2 COLLÉGIENS Cinq romans québécois critiqués par des étudiants Page F 5 CAROLINE MONTPETIT Son identité est multiple.Née au Canada, elle vit en France.D’origine anglophone, elle écrit souvent en français.Nancy Huston a même été baptisée deux fois, une fois dans une église unitarienne, une autre fois dans une église anglicane, suivant le flot mouvant d’une famille en constante transformation.Aussi, plus qu’une autre, la romancière, essayiste et philosophe a-t-elle été rapidement confrontée à la validité de ce qu’on appelle un récit fondateur, à la mise en perspective des grandes fictions qui tissent notre identité: religion, patrie, langue, nom.Bref, à la fragilité de nos repères identitaires.Dans son plus récent essai, L’Espèce fabulatrice, publié chez Actes Sud, elle explore la part de fiction qui sous-tend la vie de chacun de nous, en démonte les rouages pour en arriver à une conclusion aussi inquiétante que lucide: la vie n’a pas de sens, même si les humains s’acharnent, envers et contre tous, à lui en chercher ou à en lui trouver un.La réalité existe, mais tout le reste n’est que fiction.Le livre prend son envol sur une question lancée par une détenue à Nancy Huston, dans une prison que celle-ci visitait comme romancière.«À quoi ça sert de raconter des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable?», lui avait-elle demandé.Deux niveaux de fiction Eh bien voilà, depuis la nuit des temps, l’être humain ne cesse de se raconter des histoires.Des histoires incroyables, invraisemblables, auxquelles il s’évertue à croire dur comme fer.Des histoires qui le rassurent et le motivent Des histoires qui le poussent parfois à faire la guerre, parfois à faire l’amour.Des histoires qui lui expliquent la mort et la naissance, dont il a.contrairement aux animaux, une conscience aiguë qui ne le quitte pas.C’est d’ailleurs pourquoi, écrit Huston, il est obsédé par le sexe qui donne la vie et par la violence qui peut la tuer.Il trouve même le moyen de se croire immortel alors qu’il ne l’est pas.En entrevue, Nancy Huston raconte qu’elle est entre autres arrivée à cette réflexion à la suite d’une maladie de son père, frappé d’hypermnésie après une intervention chirurgicale, pour qui tout, même les choses les plus nouvelles, avait subitement une impression de déjà-vu.«Le thème général de la construction de l’identité, c'est quelque chose à quoi je suis sensible, à cause de ma condition d'expatriée.Je me suis toujours demandé quel genre de personne j’aurais été si j’étais restée dans l'ouest du Canada.Tous les expatriés doivent le faire.H y a ça, il y a eu cette question de la détenue et il y a eu la maladie de mon père, avec ce phénomène d’hypermnésie.fai trouvé cela fascinant, incroyable, de voir qu’il était convaincu d’avoir vécu des choses qu’il n’avait pas vécues.U les avait misa la place de ses souvenirs comme de vrais souvenirs.R ne pouvait pas distinguer entre les vrais et les faux souvenirs», dit-elle, le visage habité par de grands yeux clairs, un peu tristes, vraiment belle malgré le passage du temps.En fait, Nancy Huston distingue au moins deux niveaux de narration, parmi les fictions qui tournent constamment dans la tète des humains.La fiction pure et simple, qui s’affiche comme telle, et l’arché-texte, cette fiction qui ne dit pas son nom et qui s’insinue insidieusement chez les hommes et les femmes, sous forme de patriotisme, par exemple."Chaque pays raconte, de son histoire comme de toutes les histoires, la version qui l'arrange, et qui le montre sous la lumière la plus flatteuse.Certains faits marquants se- ront engloutis à jamais dans le silence; d’autres, au contraire, deviendront fictions officielles et seront inlassablement soulignés, commémorés, enseignés.Quelle est la véritable histoire de votre famille, de votre patrie?Vous n’en savez rien, et pour cause.Ce que l’on nous apprend sur la Nation, la lignée, etc., n’est pas du réel mais de la ficticm.Les faits ont ëé soigneusement sélectionnés ë agencés pour abmdir à un récit cohérent « C’est ë édifiant», écrit-elle.Nancy Huston prend pour exemple cejeu-l’interaction ne homme fictif, John Smith, abruti à’«armes de distraëion massive», disponibles sur jeu vi-avec l’autre déo, qui décide ensuite de s’engager dans l’armée américaine en Irak, pour le salaire, qui petit à l’héroïsme et le changement d’air, et qui revient au pays les pieds devant, en héros, petit nous avant clue sa tombe ne soit couverte de médailles et de fleurs.permet «C’est ainsi que se termine l'histoire d’un homme éminemment ordinaire, un homme de fabriquer dont l’existence était composée presque exclusivement de fictions, ë qui ne le soupçonnait un moi » ^as ^ mo,ns du monde», écrit-elle.Dans l’histoire de l’humanité, jusqu’à tout récemment, ces «arché-textes» n’étaient pas remis en question par les individus, dit-elle.«On disait: le monde est comme cela, Dieu nous a dit cela, ë pour les gens, c’était la vérité.Aujourd’hui, à cause de toutes les possibilités que l’on a de voyager, d’aller dans d’autres cultures, nous voyons qu’il y a d’autres manières d’ëre, que notre façon d’ëre est une chose qui est relative.» Pour Nancy Huston, la dissolution totale de cette fiction, ou une identité multiple, peut conduire à la folie.Tandis que les «arché-textes» sont biaisés, et souvent dangereux, puisqu’ils se nourrissent de la paranoïa des hommes, en particulier dans les contextes de guerre.Scientifiquement, on peut expliquer cette pro- JEAN FRANÇOIS LEBLANC LE DEVOIR pension de l’être humain à se raconter des histoires par la condition extrêmement vulnérable de sa naissance.Le bébé humain nait prématurément, à cause de la minceur du bassin de sa mère et de la station debout adoptée par Y Homo sapiens.Par conséquent, il est beaucoup plus fragile que les rejetons des autres animaux durant les premières années de sa vie.Poussé à la nécessité de vivre en groupe pour assurer la protection de ses enfants, l’être humain a donc fondé des récits qui assurent la cohésion de ce groupe.«On ne commence pas avec un “je” qui, petit à pëit, entre en interadùm avec les autres.D récit judëxhrétien fait ccmme si on avait une âme qui était inamovible, qui vivait quelque part ailleurs avant notre naissance ë surtout après notre mort, ë qui est temporairement incarnée sur terre.[.] Alors que c’est l’interaëùm avec l’autre qui petit à pëit nous permë de fabriquer un moi», dit-elle.En fait Nancy Huston situe l’avènement du roman tel qu’on le voit aujourd’hui, en tant que fiction individuelle, très tard dans l’histoire de l’humanité, quelque part à la fin du XVII' siècle.«Maintenant, nous estimons normal que chaque personne décide de sa propre destinée ë choisisse son chemin dans le vie, mais ce n ’était pas du tout la m/rme pour l’humanité durant des siècles ë des siècles», dit-elle.Cette individualité, elle la présente comme salutaire pour le monde, qu’eDe n’espère pas pour autant sauver de sa chute.Et en attendant elle donne l’envie à tous et chacun de continuer d’écrire son propre roman.Le Devoir L’ESPÈCE FABULATRICE Nancy Huston Actes, Sud Paris, 2008,183 pages L K DEVOIR.LES 10 ET DI M A \ ( H E I M AI 2 0 0 !>< U VH ES - i Yves Berger, œuvres complètes Ijl- directeur littéraire des éditions Grasset avait le bras lonj;.Dans sa longue carrière, Yves Berger régna sur les grands prix européens.Du moins, c’est ce qu’on disait L’homme était aussi passionné par l’Amérique, une Amérique de son enfance, peuplée de récits épiques et d’aventures sauvages.Grasset reprend sous une même couverture quelques-uns de ses grands livres, dont Le Sud, Le Fou d'Amérique et Le Mf/nde apres la pluie.- Le Devoir Conférence sur Fleury Mesplet Ije Petit Musée de l’impression propose une conférence sur le premier imprimeur de Montréal, Fleury Mesplet (1734-1794), le jeudi 14 mai a 19H30 au Centre d'histoire de Montréal, 355 Place d’Youville à Montréal.C’est Jacques G.Ruelland, professeur au département d’histoire de l’Université de Montréal, qui présentera la vie et l’œuvre du fondateur du plus vieux périodique d’information de la métropole, 7fie Gazette, à l’origine un journal de langue française.L’entrée est gratuite, mais les ré servations sont obligatoires: (514) 872-3207.- Le Devoir Le premier roman de Pierre Szalowski au cinéma Les Productions Equinoxe ont acheté les droits pour adapter Le froid Yves Berger modifie la trajectenre des penssons (Editions HMH) au cinéma Paru a l’automne 2(X/7, le premier roman de Pierre Szalowski relate l’histoire d’un petit garçon de dix ans qui apprend le divorce de ses parents, à la veille de la crise du verglas de 1998.Ije livre figure sur la liste préliminaire du IVix des libraires du Québec 2008.lierre Szalowski a également écrit le scénario du film Ma fille, rmm ange.- Le Devoir La critique V/ryage au bout de lu nuit de Céline?Un roman des «gueux», disait Paul Nizan.Victor Hugo?«Malheureusement, il est somnifère», écrit Stend-hal.Rimbaud?«Une lampe fumeuse dans un cabinet d’aisance trop étroit.» George Sand?«Je ne peux penser à cette stupide créature, écrit Flaubert, sans un certain frémissement.» Et Balzac?«(fuel homme eût été Balzac s'il eût su écrire!» Sylvie Yvert a rassemblé digis Ceci n 'est pas de la littérature.(Editions du Rocher) un étonnant florilège de citations où les grands auteurs se passent l’un et l’autre à la moulinette.lit violence marche ici main dans la main avec les injustices les plus criantes.Mais on s’amuse beaucoup de tant de mé chancetés.- Le Devoir BERGERON Québec LOUISE GAREAU a été une « objectrice de conscience ».Toute sa vie, elle a témoigné un attachement sans limites à ses principes et à ses valeurs : la justice, la dignité et la responsabilité.infirmière de combats Entretiens de Bernard Roy avec Louise Gareau infirmière COm 031 ^ ,esdouleurs EN VENTE EN LIBRAIRIE* DIFFUSION PROLOGUE LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL _~ www.pulavat.com Patrick Chamoiseau, fils de Césaire Le romancier, qui se déclare indépendantiste, affirme dans un entretien que « nous sommes tous créoles » LISE GAUVIN Patrick Chamoiseau, de passage a Montréal a l’invitation du Groupe d’histoire de l’Atlantique française, a retracé, pour un auditoire nombreux et fasciné, ]es grandes lignes de sa démarche.A propos de Césaire d’abord, puisque l’actualité l’y invitait, il a rappelé une phrase de XEloge de la créolité.«Nous sommes à jamais fils de Césaire.» Devant une mort aussi considérable, at-ü avoué, la première réaction est de se taire pour laisser parler les textes.Césaire, a-t-il aussitôt ajouté, «fait partie de mes fondations» '.«Je me suis très vite rendu compte que ma manière d’écrire, la rhétorique que j'utilise, mon goût de certains mots, mes formulations viennent directement de Césaire parce que, durant toute mon enfance, j’ai été littéralement habité par Césaire.Fendant mon adolescence, alors que je me posais la question de savoir qui j’étais, j’avais trouvé une première naissance chez Césaire.Si /Éloge a été perçu comme une sorte d’attentat au père, c’est moins le poète qui était contesté que sa politique, une politique non pas assimilatrice, mais pragmatique, sorte de compromis assez loin de ce qu'il faisait en poésie.» lœ romancier, qui se déclare indépendantiste, précise que Césaire a accompli par sa poésie deux choses fort importantes, dont la première est la contestation du contexte colonial qui était alors considéré MARC LE CHELARD AFP Pour le romancier antillais Patrick Chamoiseau, Cé saire est «d’abord un immense poète, qui s’est battu pour la décolonisation en mettant à son service ce que la poésie avait de plus élevé».comme bénéfique pour tous, car il s’agissait d’apporter la culture et les valeurs de la civilisation aux peuples réputés barbares.Dans les années 20 et 30, l’Afrique était considérée comme un lieu sans civilisation et N° 220 Mai-Juin 2008 maintenant en kiosque Abonnez-vous at économisez jusqu’à 45% du prix en kiosque! ARTS LETTRES SCIENCES BLfHAINES ¦', Jacques Rancière : le dissensus à l'œuvre C’est par un heureux hasard que la parution du présent dossier — essentiellement dédié aux ouvrages récents ou récemment réédités que Jacques Rancière a consacrés à une pluralité de domaines (politique, histoire sociale, littérature, arts, cinéma) — coïncide avec l’anniversaire d’un événement politique déterminant dans le parcours dù philosophe: Mai 68.Il nous paraît important de rappeler, avec Martin Jalbert, qui dirige ce dossier, que l’oeuvre de Jacques Rancière, «contre la sagesse désabusée et la maturité désenchantée», reste «guidée, depuis plus de trente ans, par le souci de " préserver la puissance de l égalité " et de "prolonger la spirale de l’émancipation”».ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO: • Un entretien de Sylvano Santini avec le coréalisateur de L'âge de passion, ANDRÉ MELANÇON.• Un superbe portfolio consacré à JEAN-JULES SOUCY.sans culture, un espace de barbarie.Comme tous les colonisés, «nous avions intériorisé le discours et la vision du vainqueur», précise-t-il en évoquant Fanon.Césaire, avec Senghor et Damas, a également contribué à la réhabilitation de l’homme noir.L’esclavage de type américain était une forme qu’on n’avait jamais connue auparavant L’esclavage tel qu’il existait antérieurement plongeait l’individu dans une sorte de statut particulier, un statut juridique dont on pouvait sortir.On pouvait conserver d’une certaine manière son humanité.Alors que ce qui s’est produit dans le contexte de l’esclavage américain, c’était absolument inimaginable.«C’était une négation de l’humain de manière ontologique: c’était dans la nature du nègre qu’était inscrite sa non-humanité.La traite se fait en plein siècle des lumières et, malgré tout, on commence à traiter des millions de personnes comme des bêtes sauvages.Ce n’était pas un statut juridique, mais une damnation liée à la couleur de la peau.Cest pourquoi cela a été absolument magnifique lorsque le grand cri de la négritude a paru et que tous ces descendants d’Africains ont récupéré la fierté d’être simplement des rires humains.» On ne peut toutefois réduire la poésie de Césaire à son contexte historique.Pour Chamoiseau, Césaire est «d’abord un immense poète, qui s’est battu pour la décolonisation en mettant à son service ce que la poésie avait de plus élevé.Un poète d’une lucidité extraordinaire plongé dans des conditions extrêmes, dans un petit pays colonial, et qui arrive à déployer une ampleur poétique, une transmutation de la langue et une lucidité inquiète.Alors que le Cahier est une sorte de prophétie claironnante, Mol Laminaire est du côté de l’amertume, mais aussi de l'espoir.Je me suis toujours dit que Césaire était un grand poète tragique, pris dans un impossible largement constitué par ce paradoxe assez particulier qui fait que, pour des millions d’Africains, il a représenté le chantre de l’indépendance ri de la liberté alors que pour nous, d’une certaine manière, ü était l’outil de l’assimilation politique.Puisque la Martinique est, encore aujourdltui, une nation naturelle, une nation sans Etat, dam une situation d’irresponsabilité.Mais il a réussi à se mettre du côté de la beauté, ce qui lui a permis d’acquérir une sorte d’autorité intérieure et d’autorité tout court sur les choses du réel».Réhabiliter l’homme noir En quoi XEloge de la créolité a-t-il paru nécessaire en 1988, au moment de sa rédaction, et comment le manifeste se distingue-t-il de la pensée césairienne?«Lorsque fai eu l’idée d’écrire ce texte et que je l’ai proposé à Raphaël Confiant et à Jean Bernabé, poursuit l’écrivain, j’ai voulu rendre hommage à Edouard Glissant.Je voulais dire aux Martiniquais ce qui était important pour libérer leur créativité.Nous avons fait l’inventaire de ce qui nous appartenait.Nous n’avqns exclu personne.À l’époque où Césaire prend la parole, il faut réhabiliter l’homme noir.Mais la négritude a conduit à une sorte de simplification négriste.Lorsque Glissant prend la parole, il dit que l’Afrique est fondamentale, mais il ajoute que la composante africaine est partie en dérive avec tous les éléments des plantations américaines pour produire quelque chose de nouveau.Toutes les Amériques sont aujourd’hui le produit de la créolisation, soit la conjonction massive et accélérée de plusieurs peuples et de plusieurs visions du monde.Mais ce principe de créolisation générale a eu des émergences singulières qui sont les créoli-tés.La créolité martiniquaise n’est pas la créolité cubaine, ni celle.du sud des Etats-Unis, ni la vôtre.On nous a accusés de créer une nouvelle fixité identitaire alors que ce n’est pas du tout le cas.Laméricanité est un ensemble de créolités singulières qu’il faudrait examiner de plus près, de façon à pouvoir établir une anthropologie de la créolisation.» Et Chamoiseau d’associer le public, durant près de deux heures, à son interrogation sur l’identité, insistant sur la nécessité de confronter l’imaginaire individuel avec .ce qu’il désigne, après Glissant, comme la Totalité-monde.Collaboratrice du Devoir Lancement/Table ronde 68, c’est fini ?Avec Véronique DASSAS, Martin JALBERT, Donald CUCCIOLETTA, animée par Jean Claude RAVET.Le jeudi 15 mai, 19h00 à la librairie Olivieri 15219, Côte-des-Neiges) Consultez notre site et découvrez Radio Spirale ! www.spiralemagazine.com UV'eère sot Pour aéonnements at Information* ¦ SU 9M-S6S1 • spiratema9axlneCyahoo.com Les livres qui ne circulent pas; meurent l’ÉCHANGE 707 fl 713 MONI-RO/àl ESI ©MONl-RO/AL, 514-523-6389 Le Centre des auteurs dramatiques et Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous invitent à assister à la soirée-spectacle lire à lire Le dramaturge Jean Marc Dalpe dépeint son travail de création avec des comédiens livrant des extraits de ses pièces.Comédiens Monique Spaziani et David Boutin Metteur en scène Philippe Lambert Intervention musicale : Aymar A L'AUDITORIUM de la Grande Bibliothèque le mercredi 14 mai à 19 h 30 ENTREE LIBRE CEB0 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal EU Ë3 Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 www.cead.qc.ca www.banq.qc.ca Bibliothèque et ArcJ»v#s nationales Québec S S V LE DEVOIR.L ES SAMEDI 10 ET DI >1 ANCHE II M A I 2 0 0 S ITTERATURE De la dentelle Danielle Laurin Il y a des livres comme ça.De tout petits livres, qui pourraient passer inaperçus.Et qui sont de petits bijoux.Qu’estce qui fait qu’on s’y arrête?Qu’est bistrci Olivieri Au cœur des idées Jeudi 15 mai 2008 à 19 h 00 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 68, c’est fini?Table ronde/Lancement À l’occasion du lancement de son dernier numéro (n° 220) consacré à Jacques Rancière, le magazine culturel Spirale invite tous ses lecteurs et lectrices à une table ronde.Les participants interrogeront les discours qui entourent la mémoire des événements de 68 en réponse à la position de Daniel Cohn-Bendit selon laquelle Mai 68 est dorénavant une affaire classée.Avec Véronique Dassas Martin Jalbert Donald Cuccioletta Animateur Jean-Claude Ravet Spirale/ Temps et littérature Gilles A r ch a m b a ult Les écrivains publient généralement sans donner l’impression de se douter un seul instant de l’aspect transitoire de leur activité.Qui, par exemple, aurait cru en 1960 que François-Régis Bastide serait aujourd’hui un écrivain oublié?Et Drieu La Rochelle, en parlerait-on encore s’il n’avait été un collaborateur des nazis?Jérôme Garcin consacre à l’auteur de La Fantaisie du voyageur un livre chaleureux.Point n’est besoin de s'intéresser à l’œuvre de cet écrivain, amateur de femmes et de musique, doué de surcroît d’un véritable talent de compositeur et de pianiste, pour lire avec intérêt l’essai de Garcin.Son Excellence, monsieur mon ami est avant tout l’évocation d’une camaraderie.Jérôme Garcin sait se souvenir avec émotion de rencontres et de conversations passées.Tout pourtant séparait les deux hommes.Alors que le premier ne pouvait résister à la tentation de séduire, le second faisait métier de chroniqueur littéraire, analysant les parutions à la façon (il l’avoue) d’un tâcheron des lettres.Alors que Bastide était tenu pour un écrivain à la mode bientôt ambassadeur, Garcin goûtait aux plaisirs du conjungo et de la paternité.Il y a, en plus de la description convaincante d’une amitié, dans ce livre fervent un éloge de la littérature qui convainc à plus d’un titre.Voulant expliquer ses goûts en littérature, Garcin en vient forcément à prendre ses distances des üvres de son ami, qu’il estime, évidemment mais qui ne font pas partie de son panthéon.D écrit «Cest la famille littéraire que je me suis choisie.Elle ne brille, elle n’épate personne, elle ne fait aucun bruit, mais elle me tire parfois des larmes.Je sens bien qu 'elle n ’est capitale que pour moi.» Or les livres de François-Régis Bastide, tout séduisants qu’ils sont ne sont pas de cette eau, relevant plutôt d’une conception de la bttérature proche du brio.On reprend Blèche de Pierre Drieu La Rochelle, roman qu'il écrivit et pubba en 1928.Blaquans, ro- mancier cathobque, en est le narrateur.Il serait le parfait opppsé du séducteur qu’était Bastide.A l’astrologie qui passionnait tant l’ami de Garcin, il préfère l’analyse de politiques ecclésiastiques.Marié à une femme qu’il assure aimer, il n’en vit pas moins dans une garçonnière près de Notre-Dame.Blèche, une collaboratrice, tombe amoureuse de lui.Il n’en a cure, plutôt occupé à retrouver les boucles d’oreilles de sa femme qui lui permettront de voyager.Blaquans est nettement antipathique.S'il a parfois cédé au désir de séduire, «d’avoir exercé cette passion sur n’importe qui [lui] a de bonne heure fait glisser dans le dégoût».De même le peuple lui paraît-il à fuir.La femme de ménage qu'il emploie «lui montre l’idée que sefoit le peuple de la démocratie: une paysannerie, usée mais toujours dure, quitte la cam-pagne et vient à la ville pour y étendre ses biens.Active, tenace, avaricieuse, elle se pousse tant par sa revendication contre le bourgeois que par Limitation scrupuleuse de celui-ci».Blèche tente-t-elle de se suicider, Blaquans avoue: «f amis oublié la Femme, avec ses tours, son étemel calcul lubrique; elle m’en avait foit souvenir, eh bien! c’était tant pis pour elle!» S le récit de Garcin se Ut avec une rare délectation, le roman de Drieu ne se laisse pas facilement aborder.Le personnage principal cet essayiste poussif et néanmoins cathobque, n’est ni attirant ni convaincant Pour connaître Drieu, il vaut mieux s’en tenir probablement à Gilles ou à Rêveuse bourgeoisie, b y a aussi le Journal dans lequel on constate que Drieu lui-même avait par rapport aux femmes quelques-uns des tics de son Blaquans.Collaborateur du Devoir SON EXCELLENCE, MONSIEUR MON AMI Jérôme Garcin Gallimard Paris, 2008,203 pages BLÈCHE Pierre Drieu la Rochelle Gallimard, coU.«L’Imaginaire» Paris, 2008,231 pages /CSHire La librairie Aitre et Soulieres éditeur ont de fabuleuses suggestions de lecture d’été pour vos jeunes lecteurs.Un roman de Pierre Fillon, illustré par Stéphane Poulin M.Bardin prend sa retraite avec panache! À partir de 6 ans, 64 pages - B,95 $ i Soulières éditeur SOUllEPEt! «Meet I Alire.Librairie indépendante agréée 450.679.8211 | Place Longueuil f i LE DEVOIR.LES S A M E D 10 ET DI M A N l' H E 11 M A 1 2 0 0 S .¥ 5 LIVRES Cinq romans québécois critiqués par des étudiants Dans le cadre du Prix des collégiens, les finalistes ont vu leurs livres soumis au jugement dejeunes lecteurs Comme chaque année, le Prix des collégiens a été remis lors du Salon du livre de Québec.On se rappellera que c’est l’écrivain Pierre Samson qui a reçu cette fois les honneurs pour son roman intitulé Catastrophe.Toute l’année, en préparation de cet événement désormais très attendu, les collégiens de plus de 40 établissements ont lu et commenté cinq titres présélectionnés par un jury de critiques professionnels.Les meilleures critiques réalisées par les étudiants sont publiées aujourd’hui dans nos pages, sur la base d’une sélection opérée par les professeurs Bruno Lemieux (Cégep de Sherbrooke), Louise C.érin-l)uffy (Collège Jean-de-Brébeuf) et Louise Noël (Collège Montmorency), avec l’aide d’Hélène Lacoste, de l’émission Vous m’en lirez tant de Radio-Canada, et de Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir.Le Prix des collégiens est mis en avant par la Fondation Marc Bourgie.soutenue entre autres par Le Devoir dans cette initiative qui vise à favoriser la lecture et la passion de la littérature chez les nouvelles générations.PEDRO RUIZ I.K DEVOIR Pierre Samson a reçu les honneurs du Prix des collégiens pour son roman intitulé Catastrophe.Pierre Samson, délicieusement catastrophique ! GENEVIÈVE ST-ONGE Cégep de Trois-Rivières Dérision, ironie et satire: est-ce assez pour décrire le regard paradoxal que porte Pierre Samson sur le milieu littéraire dans ses invraisemblables Catastrophes, un livre publié aux Editions des Herbes rouges?Un sarcasme rafraîchissant et une gamme saisissante d’expressions et de jeux de mots en tous genres facilitent l’intrusion du lecteur dans le grand monde des lettres, représenté ici tel un cirque truculent de compétition maladive et d’austérité risible.Mû par une pointe d’ennui et de désarroi devant ses efforts irrémédiablement inutiles d’être reconnu en tant que pigiste pour la revue littéraire Pensas, Ivanhoé McAllister élabore un petit, tout petit mensonge destiné à tester les frontières de son domaine.11 publie la critique d’un roman tout à fait inexistant, comme son auteur, critique qui, de toute manière, ne sera lue par quiconque.Quiconque?Pas tout à fait.L’histoire s’amorce: d’abord de manière innocente, puis divulguant peu à peu l’énorme engrenage qui poussera consécutivement chaque personnage vers d’inconcevables finalités dignes d’un délire fiévreux.C’est donc tout en surprises que l’auteur transporte le lecteur d’une péripétie à l’autre, son audace dans l’invraisemblance n’atteignant toutefois jamais l’excès.I^e récit ne fait que gagner en cohérence alors que les intrigues se déploient, et l’évolution du personnage principal est d’une impressionnante constance.L’humour y est omniprésent mais toujours en doses calculées, faciles à ingérer: ainsi rigole-t-on devant l’éditeur Dubonnet «Nabuchodonosor fleurdelisé», qui se dénonce lui-même en 1970 à la «gestapo trudeauiste» pour ensuite comme un «maquereau [faire] saucette chez l’ennemi» lors du dernier référendum! Pierre Samson critique un monde littéraire sérieux où l’intellectuel devient guignol et livre à qui le veut bien un propos tout en légèreté trompeuse.Caustique à souhait.Catastrophes saura en faire sourire plusieurs, tant par son intrigue et sa verbosité que par son humour délicieusement catastrophique.CATASTROPHE Pierre Samson Les Herbes rouges Montréal, 2007,220 pages La meilleure amie de l’homme L’amour vaut tous les drames du monde ISABELLE FRANC (EUR Collège Montmorency MARIE EVE EGRETAUD Collège Montmorency Lire Espèces en voie de disparition, c’est comme se chauffer au coin du feu quand dehors une tempête de neige se déchaîne.Notre corps vibre de la force de la nature alors que notre cœur se laisse emplir de chaleur.Dès les premières pages, ie lecteur s’abandonne aux paysages rustiques dépeints par la plume habile et magique de Robert Lalonde, qui signe ici son dix-neuvième livre.Il s’agit, cette fois, de onze histoires indépendantes coulées dans un style sensible et poétique qui relie l’auteur à ses es-pèçes en voie d’extinction.A la fois écrivain et acteur, Robert Lalonde a dû beaucoup observer les comportements humains.Il met ici les mots au service de ses yeux et nous présente des personnages d’une grande humanité.Nous rencontrons des couples quj entretiennent une complicité profonde et douce, des vieux sereins devant l’idée de la mort, des amants contrariés dans leur passion qui n’en devient que plus brûlante: des hommes et des femmes de tous âges qui nous ressemblent, nous touchent ou nous amusent.Plusieurs personnages sont en relation avec leur passé.Ils rassemblent leurs souvenirs, les remanient luttent contre l’effritement de la mémoire, se rendant plus ou moins compte qu’ils se battent surtout contre la mort.Ce n’est que parmi les arbres et sous le ciel qu’ils trouvent la paix.La nature leur sert d’échappatoire.Comme dans Le Lac de Lamartine, elle est celle qui se fera la gardienne de leur mémoire.L’herbe garde l’empreinte d’un corps après une chute presque fatale.Un lit d'amour fait de brindilles reste chaud longtemps après l’aube.Chaque nouvelle est un baume pour nos cœurs souffrants de citadins.L’auteur nous transporte en un temps où les hommes vivaient collés à la nature et nous donne envie de renouer avec ses qualités réparatrices et apaisantes.Si le chien est «le meilleur ami de l’homme», la nature est probablement sa plus fidèle compagne.ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION Robert Lalonde Boréal Montréal.2007,197 pages New York, 1970: une époque de rêves et d’illusions déçus où la frivolité et la jeunesse laisseront place à la vie adulte et à la raison.C’est cette peur de vieillir et d’affronter la vie que raconte Ce n’est pas une façon de dire adieu, le tout dernier roman de Stéfani Meunier.Scan est musicien.Il passe sa vie à voyager et à fuir les responsabilités.Le seul port d’attache qu’il s’autorise est l’appartement de Ralf, à Brooklyn, où il habite lorsqu’il n’est pas en tournée.Ralf, lui, vit avec son chien Lennon.C’est un homme ef-frayé par le changement et un seul lien l’unit à Scan: la mu-n sique des Beatles.Pourtant, lorsque Ralf rencontre Héloïse, 1 une femme très dynamique, les ||n choses changent.Sous des notes parfois tristes, joyeuses ou mélancoliques, on découvre la rie plutôt banale d’un trio qui essaye tant bien que mal d’être heureux.Ensemble, ils tentent de former une famille et essaient de fuir leur passé ou leur avenir, parfois même le présent Lorsque les Beatles se séparent, Sean et Ralf savent que leurs vies prendront un tournant différent.Tout doucement on assiste à l’éloignement qu’ils vivent en raison de la force de leurs sentiments et de la peur qu’ils éprouvent pour les vivre intensément Malgré le peu d’action, Stéfani Meunier nous tient en haleine et possède l’art d’exprimer tout bonnement des émotions très intenses.La musique des Beatles donne le ton et illustre brillamment les sentiments.Par ailleurs, on s’attache rapidement à Sean, à Ralf et à Héloïse qui, chacun leur tour, ont droit à un chapitre de narration.Mais c’est surtout grâce à l’écriture fluide que ce roman est étonnant On le dévore, tout naturellement.Ce n 'est pas une façon de dire adieu, c’est une histoire qui chamboule et qui va droit au cœur.Sean nous rappelle, malgré ses erreurs, que «l'amour [vaut] tous les drames du monde» et que fuir n’est jamais une façon de dire adieu,.CE N’EST PAS UNE FAÇON DE DIRE ADIEU Stéfani Meunier Boréal Montréal, 2007,212 pages C c n'est nas une façon L’hymne à la mort L’élan vers la liberté MAX HERBY DERENONCOURT Collège Jean-de-Brébeuf A N NIE - P I E R BOULANGER Cégep de Sherbrooke Il faut être ingénieux et sensible pour pouvoir imposer à un lecteur une réflexion complexe et passionnée sur la mort sans tomber daps le cliché.C’est pourtant ce tour de force qu’a réussi Elise Turcotte avec Pourquoi faire une maison avec ses morts.Dans ce recueil de sept récits qui rappellent la nouvelle, l’essai philosophique et le journal intime, l'auteure séduit son lecteur et le fait plonger dans un univers sombre et énigmatique.Un lien très fort se crée entre le personnage principal et le lecteur, qui assiste à la névrose de la narratrice, à son obsession de la mort — mais surtout à son douloureux parcours pour trouver, malgré tout, un sens à la rie.En effet, l’exploration des différents aspects de la mort passe du plus général (réflexion anthropologique, sociologique et philosophique) aux plus infimes détails (perte d’un proche, pensées suicidaires ou agonie d’un animal de compagnie), sans pour autant tomber dans la complaisance ou le cliché.Malgré l’omniprésence de la mort dans l’obsession du protagoniste, ce livre n’écarte pas l'idée de la rie, bien au contraire.Dans un langage aussi sensible qu’humain, l’intention manifestée est celle de retrouver son souffle dans la vie après l’expérience de la mort à travers l’autre.Dès les premières lignes, le lecteur est absorbé — voire emprisonné — dans l’univers de la narratrice, ce qui augmente de manière exponentielle l’effet de cette œuvre, sans pour autant déprimer le lecteur, qui est amené à reconsidérer sa propre conception de la mort En plus de soulever une réflexion riche et intrigante, l'auteure arrête ses descriptions sur les phis petits détails du quotidien et l'atmosphere qu’elle crée fait d’eDe une virtuose, tant elle réussi à créer des images évocatrices.Un déluge apocalyptique est même décrit sur le mode intime, en demkeintes, ce qui permet au lecteur de s’inventer un monde tout en restant captif de celui de Turcotte.Sa plume, qui s’étale sur des détails microscopiques (qui pourraient sembler futiles, mais qui sont inestimables pour conserver l'atmosphere), revient toujours au thème de départ pour développer un autre angle de réflexion.Avec autant d’impétuosité que d'élégance, l'écrivaine réinvente les émotions et augmente la sensibilité de son lecteur, qui ne restera pas indifférent devant cet ouvrage.POURQUOI FAIRE UNE MAISON AVEC SES MORTS Elise Turcotte Leméac Montréal, 2007,128 pages njorr-: JÊÊÊr- Lise Tremblay relève tout un défi alors qu’elle se glisse, l’espace d’un roman, dans la tête de la jeune fille qu'elle était il y a près de 40 ans./m Sœur de Judith raconte l’histoire d’une jeune fille d’enriron 12 ans qui évolue dans le Chicoutimi-Nord des années 1970, fascinée par la lecture, les garçons, les histoires de Claire, sœur de sa meilleure amie Judith et vedette locale, bref, une demoiselle débordante d’une curiosité attachante.Ce roman illustre bien l’élan féministe des années 1970 à travers de nombreux personnages: l’enseignante religieuse, qui laisse tomber l’uniforme; Claire, qui quitte Chicoutimi pour Montréal afin de participer à un concours de danse, confiante en l’avenir et en son image de femme; la mère de la narratrice, qui s’implique dans une campagne politique, qui insiste sur l’importance pour les femmes de s’instruire, qui déplore toute pensée rétrograde au sujet des femmes.Toutes incarnent proprement l’émancipation des femmes.Derrière ce vent de liberté chez la femme ressort une précarité sentimentale et psychologique imminente.En effet, plusieurs perturbations sont évoquées: violence conjugale, dépression, crise de folie, instabilité émotionnelle.Avec des personnages aussi explosifs que la mère de la jeune fille (aussi perturbée que l’amie de cette dernière, internée à l’hospice), aussi malchanceux que Claire (défigurée dans un accident de voiture), on peut conclure que, même si la condition des femmes est en pleine progression, ces dernières n’en sont pas pour le moins à l’abri des malheurs de la rie.Si plusieurs auteurs se sont aventurés sur le chemin cahoteux du narrateur-enfant, rares sont ceux qui se sont rendus au bout de leur ouvrage sans trop de bévues.Or Use Tremblay remplit merveilleusement le contrat en usant de tous les moyens possibles pour ajouter a la crédibilité de sa narratrice: une demoiselle qui brille par sa naïveté.En tant que lecteur, il est impossible de ne pas s’immiscer dans la tête de la fillette, de ne pas s’enfouir dans cette histoire, presque écrite comme un journal intime.Tout un plongeon dans un univers charmant qui fait renaître, l’espace d’un moment, son cœur d’enfant IA SŒUR DE JUDITH Use Tremblay Boréal Montréal, 2007 \ 2 O 0 * F fi 1 I M A I Déchiffrer l’humain et son monde Le vulgarisateur scientifique Claude Boucher publie une brève histoire des idées qui ont fait le monde Louis Cornellier est à une très enrichissante équipée que nous convie le vulgarisateur scientifique Claude Boucher dans Une brève histoire des idées de Galilée à Einstein.Rencontrez donc, nous dit-il, six génies de la pensée moderne, six hommes dont les découvertes ont radicalement fait évoluer notre connaissance du monde et de l’humain.Fort d’une impressionnante culture scientifique, historique, littéraire et .religieuse, Boucher, qui a longtemps enseigné au département de mathématiques et d’informatique de l’Université de Sherbrooke, joue l’entremetteur savant et sympathique avec une renversante maestria.Expert de la mise en contexte, il se fait aussi, au passage, biographe et polémiste d;ms cette étude de «quelques moments privilégiés de la gestation et de la naissance exaltantes et douloureuses de la pensée moderne».Galilée, avec son héliocentrisme, ouvre la marche.Inspiré par Copernic, son grand prédécesseur, «il proclame que le monde est de nature mathématique» et, partant, qu’il importe, «comme source de la connaissance, (de) substituer au principe de l'autorité des Anciens le principe de la soumission aux faits».D’abord bien accueillies, même par l’Eglise, ses découvertes seront vite combattues par quelques réactionnaires influents, dont le cardinal Bellarmin, partisans du concept de Y «inerrance bi- blique».Puisque, dans le Livre de Josué, celui-ci arrête le soleil, c’est donc ce dernier qui tourne autour de la Terre.Entraîné, à son corps défendant, dans une querelle religieuse et victime de faussaires, Galilée, qui affirmait que les Ecritures nous enseignent comment on va au ciel et non comment va le ciel, devra néanmoins abjurer.L’Eglise, qui a pu jouer «un rôle libérateur et civilisateur» à certains moments de l’histoire, s’est plus souvent, depuis des siècles, «portée sans cesse à l’avant-garde de tous les combats d’arrière-garde», souligne Boucher.Depuis 1835, note-t-il toutefois, elle permet aux croyants d’adhérer à l’héliocentrisme.En 1629, quand il établit le principe de la circulation du sang, le médecin anglais William Harvey doit subir les foudres de l’élite médicale du temps, qui le traite de «disséqueur de grenouilles et de serpents».Il trouvera un peu de réconfort chez Boileau et Molière, qui ridiculiseront ces Diafoirus.In fascination pour le sang a d’ailleurs nourri une riche tradition littéraire, et Boucher en retient quelques moments forts.Tant de culture, je le répète, impressionne.Ce sera, ensuite, le grand Pascal et sa machine à calculer, de même que ses études sur l’analyse combinatoire et la mécanique des fluides.S’il admire le scientifique, Boucher se fait toutefois plus sévère à l’égard de l’homme de foi janséniste, égaré dans une austérité maladive.Traçant le portrait sombre d’un Augustin obsédé par le péché originel et aveuglé par sa chasse au plaisir, il se désole du fait que Pascal ait suivi ses traces, même s’il avoue son admiration pour le «style endiablé» du polémiste.Dans une magnifique conclusion où il se fait lyrique, Boucher chante la Bonne Nouvelle, «travestie par des maîtres qui font penser à des successeurs du sanhédrin bien plus qu’à des disciples du doux Galiléen», et il interpel- le l’auteur des Pensées.«Biaise, mon douloureux ami, écrit-il, toi qui avais reçu si tôt les dons étincelants d’une aussi vive intelligence, pourquoi n ’as-tu pas compris cela?Pourquoi t’es-tu laissé égarer par l’injuste, la cruelle et l'absurde doctrine janséniste?Pourquoi, au contact de ces croyances, t’être infligé les déchirements d’une aussi pathétique détresse?Pourtant, à travers l’éloignement des siècles, laisse-moi t’admirer, te plaindre et te tendre la main.Tu es mon frère.» Boucher, on le constate, n’évoque pas des icônes mais nous présente des hommes.Son Darwin, à cet égard, est admirable.Incapable de supporter la douleur d’un enfant qu’on opère sans anesthésie, il choisit d’abandonner la médecine.En 1831, il s’embarque sur le Beagle pour un voyage d’exploration pendant lequel il devra, lui, le progressiste et antiesclavagiste, supporter un capitaine réactionnaire et fondamentaliste qui n’hésite pas à faire fouetter les matelots.Le naturaliste de génie naîtra tout de même au cours de ce périple.Fidèle à sa manière.Boucher résume avec clarté les fondements et enjeux de l’évolutionnisme darwinien et montre ce qu’il doit à ses prédécesseurs, tels Lamarck et von Linné.Il enrichit ensuite ces considérations en traitant du rapport de Darwin à la religion et de l’accueil de ses théories.Il évoque, par exemple, l’émotion du naturaliste devant les conseils de sa femme qui craint que ses travaux ne l’éloignent de la foi.Darwin, à ce sujet, dans son autobiographie, après quelques hésitations, finira par se dire agnostique.Ses adversaires, qui considèrent que sa théorie contredit la Genèse, n’auront pas, eux, ces hésitations et multiplieront les arguments grossiers.«La foi tout court ne dispense pas de la bonne», écrivait pourtant André Gide à Paul Claudel.Au Québec, un certain abbé Burque croira réfuter Darwin en lui opposant Adam, «le premier et le plus profond des savants».Jean-Paul II, au moins, fera preuve d’ouverture à l’égard de la théorie de l’évolution.Le naturaliste devra aussi se distancier de ses faux amis qui transposent ses théories à l’univers social.«Nous ne saurions faire obstacle à notre sympathie, écrira-t-il, même sous la pression d'une raison implacable, sans nuire à la plus noble partie de notre nature.[.] Si nous devions intentionnellement négliger ceux qui sont faibles et sans secours, ce ne pourrait être qu’en vue d’un bénéfice imprévisible, lié à un mal présent qui nous submerge.» Freud, à son tour, révolutionnera notre conception de l’être humain en se livrant à une «spéléologie de la psyché» qui laissera ses contemporains pantois.Même notre monde intérieur, expliquera-t-il brillamment, nous échappe, et nos malaises névrotiques trouvent leur source dans ses obscures profondeurs.Probablement «stimulé par la compétition de Jung» qui cartonnait avec ses élucubrations sur les archétypes, Freud tentera aussi d’appliquer ses découvertes à l’avenir des cultures et des sociétés.Originaux, les résultats de cette dernière entreprise apparaissent toutefois plus fragiles.Claude Boucher, qui salue Einstein et sa complexe théorie de la relativité en fin de parcours, signe ici, son éditeur a raison de le souligner, un brillant ouvrage de vulgarisation qui clame la majesté de la science et l’audacieux génie de ses grandes figures./ o u i scc/à sym patico.ca UNE BRÈVE HISTOIRE DES IDÉES DE GALILÉE À EINSTEIN Claude Boucher Fides Montréal, 2008,296 pages RELIGION Pour un islam du Québec LOUIS CORNELLIER uébécois d’orig Vy et de toi musid toiuali Fall, qui ense l’origine sénégalaise i musulmane, Khadiya-i enseigne à l’Université du Québec à Chicoutimi, se fait le défenseur de l’idée d’un «islam du Québec».Dans Images de l’autre et de soi.Les accommodements raisonnables entre préjugés et réalité (Presses de l’Université Laval, 2008), un ouvrage qu'il signe en collaboration avec le Français Georges Vignaux, il propose une analyse un peu poussive de textes (surtout liants dans Le Devoir) suscités par la commission Bouchard-Taylor qui le mène à une intéressante réflexion sur le concept de «cointégration».«Ce pays, qui est aujourd'hui à nous tous, comment devons-nous ensemble l’habiter?», demande-t-il.Et, dans le cadre de cette «amitié civique» (un concept qu'il emprunte à Daniel Weinstock), «comment penser nos religions afin qu'elles soient tout autant expressions de la foi que manifestations de comportements qui permettent le partage rationnel des valeurs de l’espace démocratique»?L’islam, explique-t-il, n’est pas incompatible avec la notion d'accommodement.Un de ses concepts, \«arrouhsatou», qui signifie «dérogation», en constitue la preuve.Les musulmans d’ici ont donc le devoir de l'intégrer à leur mode de pensée afin «de faire émerger, à partir d’une lecture critique de cette religion, l’éthique démocratique de l’islam».En contrepartie, les Québécois majoritaires doivent rejeter «le refus occidental d’intégrer l’islam dans son concept de civilisation» et s’ouvrir à un dialogue sur le bien commun, qui n'exige pas de l’autre un reniement au meilleur de son héritage.Au Québec, ajoute Fall, les «musulmans du dialogue sont les plus nombreux».Le Devoir DANSE Le signe d’un progrès FREDERIQUE DOYON Une réédition, dans l’univers de la danse, constitue bien plus qu'une bonne nouvelle, c’est le signe d’un progrès.«A chaque ouvrage sur la danse qui paraît, la danse progresse.Mais quand un ouvrage sur la danse est réédité, c’est que le regard sur la danse progresse», écrit Philippe Le Moal dans la dédicace d’un exemplaire envoyé au Devoir de la seconde édition du Dictionnaire de la danse de Larousse, dont il a assuré la direction.Afin de continuer d’élargir le lectorat, le directeur de la publication a d’ailleurs opté pour une réédition en noir et blanc, ce qui en fait un livre légèrement plus compact et surtout plus abordable.Il sera disponible dès vendredi prochain dans les librairies du Québec pour 90 $, alors qu’il fallait débourser 150 $ pour l’édition de 1999.L’envers de la médaille: sans couleurs, certaines , rrWfDEr — \J1/ f V I.l/f f / 1 P*« l ASSOCIATION D£S 118HAIRCS DU QU rf/ IEIUN0U2MAI 2008 ^ /MËm »ishoo UONO’QR OHMMMIMIOISU MHlRtAl) ENTRÉE GRATUITE K?Catherine Trudeau, porte-parole Hugo Turgeon Serge Bonin MISE EN LECTURE DES OEUVRES FINALISTES par CATHERINE TRUDEAU (PORTE-PAROLE).S E R G E BONIN et H U G D TU R G E O N.ACCOMPAGNES par BENOIT EN MUSIQUE ROCHELEAU WWW.PRIXDESLIBRAIRES.qiC.CA *•* l •**»«¦ Co***# 1*1 -fc-HKhen Privnsww Quebec.'"; Benoît Rocheleau 03 SHt'HBR(X)K) I.K IHAIHR photographies fournissent moins d’indices sur les œuvres et leurs auteurs.L’ouvrage propose un panorama assez exhaustif de la danse en Occident, outil qui sert autant l’amateur que l’expert.Ses 4000 articles abordent aussi bien la danse baroque et classique que jazz et contemporaine.Cette nouvelle mouture, qui compte plusieurs mises à jour, se décline comme la précédente, en trois parties.La première, plus im- posante, est consacrée aux acteurs de la danse — chorégraphes, compagnies, compositeurs, auteurs, réalisateurs, écoles, etc.—, la seconde remet les œuvres dans leur contexte historique et esthétique, la dernière propose un lexique chorégraphique.Parmi les mises à jour, on note la date de décès (2002) du regretté chorégraphe québécois, Jean-Pierre Perreault.Le Devoir I Les Éditions du Noroît Nouveautés 2008 www.lenorait.com Mab-I nuise 'tlwhauls Le groupe des huit Judith-Louise Thibault Anthologie de huit poètes anglo-québécois choix et traduction par Judith-Louise Thibault Coil.Résonance (coéditeur Le Taillis Pré) « A la faveur du silence nXlR'Y- tX V'K.’il Guy Gervais i> nuns Ni diffusion * r=r- à la faveur du silence STÉPHAN BUREAU RENCONTRE.* DANIEL PENNAC y MICHEL ONFRAY BORIS CYRULNIK 1 , ST ' i BORIS CYWULNJK MlCHtl ONFRAY CONTACT EN EXCLUSIVITÉ CHEZ LA SÉRIE DOCUMENTAIRE CONTACT, DIFFUSÉE À TÉLÉ-QUÉBEC, PROPOSE UN RENDEZ-VOUS UNIQUE AVEC LES GRANDS CRÉATEURS DE NOTRE TEMPS.EN VENTE MAINTENANT SUR DVD 16" ch.Renaud-Bray DVD
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