Le devoir, 10 avril 2004, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2 0 0 I DANSE Art des villes, art des champs Page E 4 CINÉMA Un parfum insolite Page E 10 * LE DEVOIR ?Justice sociale, revendications syndicales, arrogance du pouvoir politique, brutalité policière, courage: voilà autant d’éléments qui composent la trame de fond d’un des drames historiques les plus percutants du répertoire québécois.Place à Charbonneau et le Chef.MICHEL BÉLAIR LE DEVOIR Marcel Sabourin et Michel Dumont en salivent presque; à moins d’une semaine de la première de Charbonneau et le Chef, ils en sont à enfiler les derniers petits bouts de personnage qui leur échappent encore.Dès mardi, ils incarneront deux hommes qui ont marqué l’histoire du Québec: Maurice Duplessis, dit le Cheuf et Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal.Au milieu du siècle dernier, en 1949 du côté d’Asbestos, ils ont incarné, le temps d’un conflit, les deux tendances qui déchiraient le Québec de l’époque: la justice sociale et le paternalisme politique totalitaire.Pendant plus d’une heure, la conversation a roulé entre Dumont et Sabourin — respectivement Charbonneau et Duplessis — sur la passion de faire ce métier de fou et sur cette véritable fracture, aussi bien sociale que politique, que fut la grève de l’amiante.Fracture aussi parce que le Québec n’allait plus jamais être le même et que dans cette histoire, pour une fois, ce sont bien les perdants qui furent les gagnants.À la limite de l’élastique Évidemment, avec ces deux complices qui se délectent des mots comme d’autres mâchent de la gomme, il était inévitable qu’une série de personnages apparaissent tour à tour, comme des hologrammes en 3D, vivants, au beau milieu de la table.Celui de Duplessis, d’abord, «l’odieux Duplessis d’Asbestos, le tyran!», postillonnera Sabourin.Charbonneau aussi, l’archevêque de Montréal sacrifié par Rome, «celui que ses colères légendaires et son sens de la justice sociale n’ont pas réussi à sauver», comme dira Dumont.Et bien sûr le visage de Jean Ducep-pe, le seul comédien à avoir joué le rôle de Duplessis dans cette pièce de John Thomas McDon- nough, qu’il a créée en 1971, au Trident, puis à Montréal en 1973, avant de la reprendre «chez lui» en 1985, au théâtre Jean-Duceppe, quelques années avant sa mort (survenue en 1990).Des personnages énormes.Des monuments.Justement, on se sent comment quand on enfile le personnage d’un monument celui du Cheuf ou du premier personnage public qui ait osé lui résister?On s’y prend comment quand on a le poids de l’histoire qui pend au bout de la mémoire d’un peu tout le monde?C’est Michel Dumont qui se lance.«Au début, on a un peu de misère à vivre « Le Duplessis dans la peau du person- nage puisqu’il a déjà pris de tellement de place ici même dans notre histoire flisirhnnnosit, On se sent un peu comme UuuDonneau dam m œmt Surtout pt 1p Chef Claude [Maher, le et le diet, metteur en scène du c’est un être spectacle] nous a abreuvés de documents htsto-à la limifp de riques de toutes sortes pour que nous sentions l’élastique bien l’époque et que nous saisissions l’importance démocratique » de ce qui s’est passé à ce moment-là.» D faut souligner ici que la compagnie Jean Duceppe présente d’ailleurs, avec le Musée de Thet-fond Mines, une importante quantité de photos, d’articles de journaux et d’artefacts sur la fameuse grève qui a mis le feu aux poudres de ce qui allait mener à la Révolution tranquille.Les spectateurs pourront voir tout cela dans le hall du théâtre Maisonneuve.Mais Dumont enchaîne.«Peu à peu, j’en suis venu à me dire que personne ne savait vraiment comment était Charbonneau, comment il marchait, bougeait.bref, que je ne pouvais imiter Charbonneau.Et donc, que je ne pouvais que m’en remettre à mon instinct de comédien.Que je ne pouvais que jouer le texte en ressentant de l’intérieur ce personnage colérique affublé d’un sens de la justice sociale peu commun.» Marcel Sabourin poursuit dans le même sens.«Évidemment, il n’était pas question pour moi de refaire le Duplessis de Jean Duceppe, VOIR PAGE E 2 : EMPEREUR Wmw» tll* •P * - ii ont dé)S> C'U' L’empereur mis a nu Joseph Charbonneau fut l’un des seuls à défier le paternalisme totalitaire de Maurice Duplessis, le Cheuf.M M** ttM» ’g ft «V* , PHOTO: JACQUES GRENIER LE DEVOIR/ » ?• LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II AVRIL 2001 Culture EMPEREUR « Charbonneau était un précurseur, explique Michel Dumont, une sorte d’avant-gardiste imbu de justice sociale» SUITE DE LA PAGE E 1 même si j’ai tout de suite eu l’impression d’avoir à chausser des 14 en acceptant le rôle! Et de la même façon, je ne pouvais pas non plus me mettre à caricaturer les tics de Duplessis.Par contre, jouer Duplessis, c’est intéressant pour un comédien de ma génération.C’est un personnage immense, mythique et paradoxal, même si dans le texte de McDonough on ne perçoit que le côté absolument odieux qu’il a montré durant l’épisode de la grève de l’amiante.Pas question de nuances ici, de circonstances atténuantes, comme dans l'interprétation magistrale qu’en avait donnée Jean Lapointe dans la série télévisée que tout le monde a vue.Le Duplessis de Charbonneau et le Chef, c'est un être à la limite de l’élastique démocratique.C’est un dictateur qui agit à la limite de la légalité.Un frein à l’histoire avec un grand H.» Deux beaux personnages de théâtre, quoi.Avant-gardiste Rappelons que la pièce de McDonough se situe au moment même de la fameuse «grè- ARCHIVES LE DEVOIR La grève d’Asbestos.ve de l’amiante».Dans le conflit qui oppose les mineurs à la Canadian Johns Manville, la montée de l’injustice sociale est criante: les conditions de travail sont affreuses, les salaires, ridicules par rapport aux risques encourus.Duplessis vient de retirer l’accréditation au syndicat des mineurs et se lance à la poursuite des «communisses».LE STUDIO DE L AGORA DE LA DANSE PRESENTE COMPAGNIE PERMETTE LE NID 21 AU 24 AVRIL 2004 // 20 H FANTASMAGORIE PEUR MÉTAMORPHOSE PROVOCATION TTTTRT L'AGORA DE LA DANSE 840, RUE CHERRIER METRO SHERBROOKE 514-525.1500 reseau admission SM.790.1245 www.a90radanse.com lu, e; i!» b: ii mi tp ir.b; Ii), kls, Ml A\ D) O) INI B', Si C’est le vieux moule politico-paternaliste qui éclate brutalement à Asbestos.Les positions sont fortement campées: d’un côté, les grévistes occupent la ville et dressent des barricades; de l’autre, la compagnie a engagé plus de 700 briseurs de grève et menace les mineurs de les évincer de leurs maisons.L’affrontement dure 140 jours et partout des gens prennent parti, comme monseigneur Joseph Charbonneau qui appuie les grévistes et organise même une collecte de fonds pour leur venir en aide.Entre les deux blocs, 200 policiers casqués se mettront le 5 mai 1949 à jouer allègrement de la matraque tout en lançant des gaz lacrymogènes et en faisant preuve d’une brutalité inqualifiable.Les grévistes qui leur tombent sous la patte seront sauvagement battus.Il y aima mort d’homme.«Charbonneau était un précurseur, explique Michel Dumont, une sorte d’avant-gardiste imbu de justice sociale, et ce sont les pressions de Duplessis jusqu’à Rome qui vont finalement le forcer à démissionner.Comme personnage, il ressemble un peu à McDonnough, qui était dominicain avant d’accrocher sa soutane puis de se marier.Et Duplessis, un roi qui gouverne un peuple qui ne dit rien, le verra se dresser devant lui, symbole d’une vague de fond qu’il n’a jamais vue venir et qu’il ne pourra plus réprimer.L’affrontement sera violent.» Pour rendre cette atmosphère de violence qui a caractérisé le conflit, Claude Maher s’est entouré de 27 comédiens qu’il dirige, selon Michel Dumont, comme un orchestre symphonique avec des duos, des chœurs, des mouvements d’ensemble et des masques.Les rôles des policiers et des grévistes seront joués par les mêmes comédiens changeant de masques selon l’occasion dans des mouvements de foule orchestrés au quart de tour.Ce rendez-vous avec des personnages qui ont amorcé la construction du Québec d’aujourd’hui prend l’affiche du théâtre Jean-Duceppe le mardi 14 avril.MUSIQUE CLASSIQUE Irréductibles Québécois Nous sommes en 2004 après Jésus-Christ.Le monde du disque, et notamment du disque classique, est sous le choc de chiffres de ventes démoralisants.Les majors «dégraissent» leurs effectifs — y compris en enlevant du muscle alors qu’ils croient enlever du «gras».Mais une province et ses éditeurs indépendants résistent à la sinistroSe ambiante et affichent une volonté farouche: le Québec.CHRISTOPHE HUSS En voyant arriver dans les bacs des disquaires une 4' Symphonie de Mahler, par l’Orchestre métropolitain et Yannick Nézet-Sé-guin, en observant l’édition Graup-ner de Geneviève Soly, un compositeur qu’Analekta fait ainsi connaître au monde, en entendant Matthew White, par ailleurs couronné par la critique internationale, dans le disque Maria, Madré di Dio d’eariy-music.com et, surtout en constatant le volume de parutions soutenu, on se dit que la crise du disque glisse sur les étiquettes classiques québécoises comme l’eau sur les plumes d’un canard.Et les entre-prises sus-mentionnées ne sont pas les seules: Analekta, le pionnier, et ATMA sont les sommets de l’iceberg, qui comprend aussi des étiquettes spécialisées comme Palexa et Ankh, qui rééditent des concerts historiques, empreintesDIGI-TALes, spécialisée en musique électroacoutisque, ou Disques XXI, de Martin Duchesne, qui mise beaucoup sur le violoniste Alexandre da Costa, mais réalise par ailleurs un travail de sauvegarde du patrimoine sonore sur les traces du français Patrick Fré-meaux, une référence internationale dans ce domaine.Une béquille salutaire Comment expliquer ce dynamisme?Par la conjonction de la richesse du vivier musical, du dynamisme des entrepreneurs et d’un système de soutien que des producteurs d’autres pays, la France no- SOURCE FESTIVAL DE LANAUDIERE Le chef de l’Orchestre métropolitain, Yannick Nézet-Séguin.tamrnent, nous envient «Je n’aurai pas pu créer Analekta ailleurs qu’au Québec», dit clairement Mario Lab-bé, président et fondateur d’Analek-ta.En effet des aides à la production ont été mises sur pied dans les années 80 (aide aux entreprises culturelles de la SODEC, au Québec, et aide aux projets artistiques au niveau fédéral, via Musicaction).La réunion des producteurs de disques au sein de l’ADISQ, une association de promotion de leur travail et de lobbying auprès des instances politiques, été un élément déterminant Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ, le souligne bien: «Il y a eu des prémices de soutiens financiers en 1983 et 1986, mais c’était symbolique.La vraie politique de soutien date du début des années 90.Le gouvernement du Québec accorde aujourd’hui 10 millions de dollars, plus environ sept millions en crédits d’impôt à l’industrie.Le fédéral, notamment à travers Musicaction, a accru ses aides récemment.» Mario Labbé est heureux que le classique ait pu embarquer dans ce système.«J’ai pu toucher ma première aide en 1992.Mais, attention, ces soutiens couvrent uniquement environ 50 % des frais de production et ce sont des aides remboursables.Cependant, il est sûr que, sans aide, on ne pourrait pas enregistrer des orchestres, on prendrait moins de risques et on produirait deux fois moins» De facto, la part de marché (tous genres musicaux confondus) des indépendants québécois est de l’ordre de 25 %.Un chiffre dont ne peuvent que rêver tous les éditeurs indépendants de la planète.Si le soutien est une béquille salutaire, il ne remplace pas l’esprit d’entreprise.«Il faut vendre.Si on ne performe pas, on n’est plus aidé», souligne Mario Labbé.Johanne usine: O fl LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA LITTERATURE PRESENTENT HfiypAîjy .tvtc la participation de 4^^ ¦£- M THÉÂTRE ESPACE GO BILLETTERIE TTEf WM t—T-i*-., (SI Ai 845-4890 LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS DE BERNARD-MARIE KOLTES COMPAGNIE LEZARDS QUI BOUGENT (France) AVECJENIS LAVANT MISE EN SCÈNE_ KRISTIAN FREDRIC DECOR/COSTUMES_ENKI BILAL 6 AU 12 MAI UN EVENEMENT THEATRAL RARE Avec l’acteur fetiche de Leos Carax (Les Amants du Pont-Neuf Mauvais sang) USINE C 521.4493 • ADMISSION 790.1245 • www.USlNE C.COM ÜIIIVCHIÎ ^ 4 Goyette, directrice de l’étiquette ATMA, insiste également sur cette primauté de l’esprit d’entreprise: «H nous faut évidemment des ventes au moins équivalentes au montant des aides allouées.» Johanne Goyette préfère mettre en avant sa foi en son métier: «Je suis mue par mon envie de faire des choses.Mon but est de positionner ATMA comme un label sur le plan international».Deux facteurs soutiennent cet élan quasiment unique sur la scène internationale: «l’un des plus gros marchés au monde per capita» (Mario Labbé) et «des artistes remarquables» Oohanne Goyette).Le marché canadien reste majoritaire dans les chiffres d’affaires des différentes étiquettes.Mais la qualité et l’éventail des talents permettent une production soutenue, qui assure une visibilité internationale par l’arrivée régulière de nouveautés.En général à-raison d’un CD par artiste et .par an, la production se chiffre à 30 nouveautés chez ATMA et de 25 à 30 chez Analekta.Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, puisque early-mu-sic.com, étiquette diffusée en magasins au Canada et via Internet dans le reste du monde, n’est pas encore admissible aux programmes d’aide, car elle édite pour l’heure des disques sous licence, produits par les artistes eux-mêmes.Son travail est cependant d’un grand intérêt dans la recherche de nouvelles voies de commercialisation, qui, comme le souligne Solange Drouin, «constitue le nouveau défi d’une période de transition d’un mode de commercialisation à un autre, ou plutôt à une coexistence de deux modes, un ancien, qui représente encore la très large part, et une plate-forme nouvelle, Internet.» Certes, pour le classique, Internet n’est pas la pieuvre gargantuesque qui, via le piratage, engloutit ventes et profits, mais il faudra domestiquer cet outil en un moyen de promotion, notamment pour faire face à la désertification des réseaux de distribution traditionnels à l’étranger.Disques majeurs de la saison 2003-04 ANALEKTA Mathieu : Concerto de Québec, par Alain Lefèvre.Oratorios italiens, par Matthew White etTafel-musik.Musique tchèque pour violon et piano, par James Ehnes.Graupnen Partitas pour clavecin (vol 3), par Geneviève Soly.Vivaldi: Stabat Mater par Marie-Nicole Lemieux et Trios à cordes canadiens par le Gryphon Trio (récent prixjuno).ATMA Mahler Symphonie n° 4, par Yarn nick Nézet-Séguin.Telemann: œuvres pour flûte et violes.Barthold Kuijken et les Voix Humaines.«Terres Turquoises», par Constantinople.Sainte Cotombe: Concerts à deux violes égales, par les Voix humaines.EARLY-MUSIC.COM Maria Madré di Dio avec Matthew White, Agnès MeDon et l’Ensemble Arion.D’Anglebert Pièces de clavecin, par Hank Know.DISQUES XXI Alexandre da Costa: Espana (œuvres pour violon et piano de compositeurs espagnols; à préférer nettement au Concerto pour violon, de Tchaikovski, pour découvrir ce jeune violoniste montréalais) .PSerette Alarie et Leopold Simoneau (série «Canadian Heritage»), LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2 0 0 1 E Culture THÉÂTRE Bienvenue au Kit Kat Club Qui mieux que Denise Filiatrault pouvait mettre en scène Cabaret?Le Théâtre du Rideau Vert a pensé à elle tout de suite lorsque le projet de présenter cette comédie musicale, popularisée par le film de Bob Fosse, s’est concrétisé.L’amalgame parfait du livret et de la musique conjugué à la véracité de son arrière-plan sociopolitique fait de Cabaret une œuvre à part au répertoire des comédies musicales.Denise Filiatrault y a plongé avec délectation, en compagnie d’interprètes triés sur le volet.SOLANGE LÉVESQUE En 1946paraissait The Berlin Stories, un livre du Britannique Christopher Isherwood regroupant des souvenirs qu’il avait gardés de sa fréquentation des cabarets berlinois émancipés de l’entre-deux-guerres.En 1951, le dramaturge John Van Druten s’est inspiré du livre d’Isher-wood pour créer I Am a Camera.Seize ans plus tard, Joe Maste-roff s’empare du sujet pour en faire une comédie musicale, qu’il monte à Broadway sous le titre de Cabaret.Le succès est instantané.Joel Grey et la grande Lotte Lenya, entre autres, faisaient partie de la production, qui a tenu l’affiche six ans à New York et qui a été couronnée par plusieurs prix.En 1972, l’adaptation cinématographique réalisée par Bob Fosse, qui a également signé les chorégraphies, a fait connaître Cabaret dans le monde entier.Joel Grey (en MC) et Liza Minelli y étaient particulièrement brillants; le film a récolté huit Oscars.Mais l’histoire de Cabaret ne devait pas s’arrêter là.En 1993, le réalisateur et metteur en scène britannique Sam Mendes en a effectué une mise en scène moins romantique, plus poignante, plus fidèle au caractère déliquescent des cabarets du Berlin des années 30.Autre triomphe.Cette comédie musicale est la première à caractère politique; elle entremêle habilement deux histoires: celle d’une chanteuse de cabaret du Berlin sulfureux des années 30 qui cherche l’amour auprès d’un jeune Américain de passage et celle de la montée du nazisme dans la capitale allemande.«Pour des raisons sentimentales, je suis très attachée à cette période de l’histoire du XX' siècle; d'abord, j’aime la musique autant que l’esthétique de cette époque, qui se situe à la charnière des styles art nouveau et art déco», explique Denise Filiatrault «J’étais adolescente à la fin de la guerre de 39-45 et j'ai été fascinée par le déroulement de ce terrible conflit mondial.Si j’avais eu l’âge réglementaire, je pense que je me serais engagée dans les CWACS pour défendre mon pays!» Plusieurs histoires parallèles se déroulent dans Cabaret l'histoire d’un vieux commerçant juif et d’une dame qui tient une pension accueillant des artistes; l’histoire de la liaison entre une chanteuse et un jeune romancier; l’histoire d’une ville où tout le monde veut boire et s’amuser pour ne pas voir la menace qui plane.«Quand les intégrismes refont surface, je crois que c'est toujours le temps de revenir à cette période.Le racisme, hélas! n’a pas d’âge et il est toujours présent.» Dans le film de Fosse, deux personnages âgés avaient été rajeunis.«J’ai préféré préserver l’âge de ces personnages, car, comme les autres, ils sont très attachants et donnent un caractère plus réel au spectacle, ajoute-t-elle.Pour renouveler Cabaret, il n’y a qu’à suivre le livret et à faire place aux JACQUKS GRKNIER LE DEVOIR «J’aime la musique autant que l’esthétique de cette époque, qui se situe à la charnière des styles art nouveau et art déco», explique Denise Filiatrault.personnages.Six musiciens seront juchés au-dessus de la scène, comme à Broadway, et un passavant (catwalk) a été construit pour permettre aux interprètes d’avancer jusque dans la salle.» La «famille Filiatrault» Pour mener à bien ce projet, Denise Filiatrault a choisi des gens avec qui elle a eu l’occasion de travailler.«Des artistes qui font tout bien, qui ont le talent qu’il faut, autant pour chanter que pour jouer et danser.» La metteure en scène, qui a appris son métier sur le tas, apprécie la formation exhaustive maintenant offerte aux comédiens: «Ces interprètes sont étonnants; ils savent tout faire!», remarque-t-elle.Les chorégraphies, qui jouent un rôle prépondérant dans le spectacle, ont été confiées à Chantal Dauphinais, qui a déjà chorégraphié Irma la douce (mis en scène par Denise Filiatrault, pour le festival Juste pour rire) ainsi que deux spectacles pour l’Opéra de Montréal, «fai demandé à Chantal de travailler dans l’esprit que Bob Fosse avait développé pour Cabaret.Le style de Fosse demeure toujours aussi sensuel, raffiné et étonnamment avant-gardiste, des décennies après la création.» Habituelle- ment, on ne retient qu'un ou deux airs des comédies musicales.«Dans Cabaret, toutes les chansons sont bonnes et nous accrochent! Le sujet est passionnant et le livret est divinement construit; que voulez-vous de plus!» Denise Filiatrault souhaite que Cabaret rencontre auprès du public un enthousiasme et un bonheur aussi grands que ceux que l’équipe a éprouvés en préparant le spectacle.«/espère vivement que le spectacle permettra au Rideau Vert de renflouer ses coffres pour que ce théâtre, établi ici depuis 1949 (et où j’ai fait mes débuts en 1957), puisse conserver la place originale qu’il a toujours occupée parmi les théâtres de taille moyenne à Montréal.» CABARET Au Théâtre du Rideau Vert, du 13 avril au 15 mai, supplémentaires du 18 au 22 mai 2004.Musique de John Kander, paroles de Fred Ebb, traduction d’Yves Morin d’après le livret de Joe Masteroff; mise en scène: Denise Filiatrault; chorégraphies: Chantal Dauphinais; décor: Raymond-Marius Boucher; costumes: François Barbeau.Avec Sylvie Moreau, François Papineau, Stéphane Gagnon, 11 autres interprètes et six musiciens.Info: « (514) 844-1783.SOURCE FESTIVAL JUSTE POUR RIRE Pour mener à bien ce projet, Denise Filiatrault (à l’avant, au centre) a choisi des gens avec qui elle a eu l’occasion de travailler.IrwWtq'Ut#*' IN, CEN DIM dt WAJDI M0UAWAD www.nta.qcca UiMtraGnta.qcxa de et avec Alexis Martin mise en scène Daniel Brière C,r°n’ ""e-An** Charron ! Colite Martin'|Chk St an G?frton*D,lvW Gaucher, Yves Labette, Martin Labrecque, rterre Laniel, John Rea, Julie Vérès une production du Nouveau Théâtre ExpérimUtal DU 20 AVRIL AU 15 MAI 2004 DU MARDI AU SAMEDI A 20H30 A ESPACE LIBRE 1945 FUU.UM MÉTRO FRONTENAC .r.r nmrnm ENTRÉE 20$ PRÉ-VENTE 15$ RÉSERVATION (514) 521-4*91 L'AnfOriati» LL IJlV UIK Text* et mise en scène Wajdi Mouawad .>scénographie Isabelle Larivière^ÉcIrlc" ChUpoux^ Directtcn mueiceie et conception .onore Michel F Côté .Accessoires Mâne-Ève Lemieux m.,,, toce Avec >Annick Bergeron >Éric Angel° Barsetti >André.Lachap.lie J >0érald °**™* >R.da Ou.rinik Lacnap.11.>iiari.-Claud.Langloi.>iaab.ll.Leblanc .>I.ab.ll.Roy >Richard Thériault PRÉSENTÉ DD 12 AVRIL AU 22 mat onn Réservations : (514) 845 7277 b A.^ MAI 2004 _ 77 péseau admission : (514) 790 1245 LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II AVRIL 2004 E 4 Culture DANSE Art des villes, art des champs Lin Snelling et Michael Reinhard présentent extinction, chorégraphie-documentaire inspirée des fermes abandonnées des Prairies canadiennes FRÉDÉRIQUE DOYON LE DEVOIR Mélange de vidéo, de danse, de musique, de capsules sonores et de peinture, extinction annonce un spectacle à multiples couches de sens et de procédés, difficile à catégoriser.Créé en plusieurs étapes, le projet est né en Saskatchewan, a grandi au Mexique et mûri à Montréal dans le cadre de tvork-in-progress présentés au Studio 303 en octobre, novembre et décembre 2002.Mais c’est d’abord dans la tête de la chorégraphe et danseuse Lin Snelling que l’idée a pris forme.Elle venait de lire un article sur des fermes abandonnées des plaines de l’Ouest et a été saisie par la beauté des images, paysages infinis reprenant le pas sur la civilisation qui s’y était épanouie.«H y avait quelque chose de majestueux, comme une espèce de grandeur déchue, qui n’avait pas eu tout à fait le temps de s’exprimer», raconte Lin Snelling.L’aventure artistique («Je voulais avoir une période de recherche, de réflexion et d’écriture», indique-t-elle) devient initiatique quand elle se retrouve, une subvention plus tard, dans un village de la Saskatchewan situé à moins de 15 kilomètres du lieu où son grand-père avait immigré du Danemark et où sa mère était née.extinction met en parallèle vie urbaine de l’artiste et vie des fermiers Mais son périple prend aussi une dimension sociopolitique.•Toute cette vie rurale a beaucoup changé en dix ans seulement, relève Lin Snelling.Plusieurs villages ont disparu, les structures sont simplement abandonnées.C’est un peu l’impact de la mondialisation.Ça tue les petits fermiers.» Souhaitant rapporter cette mémoire en voie de disparition, elle se propose de faire une chorégra-phie-documentaire dans laquelle s’impliqueront deux autres collaborateurs, l’artiste-compositeur Michael Reinhard et la peintre Lorraine Pritchard.La chorégraphe a voulu respecter l’intégrité de chaque trajectoire artistique qui, tout en se liant à l’ensemble, préserve son autonomie.•J’ai invité Michael à faire un documentaire à partir de sa propre vision», précise la danseuse.Caméra à la main, il a tourné sur le vif des fragments chorégraphiques de Lin Snelling dansant dans les fermes abandonnées.«Quand j’ai fait le premier montage là-bas, j’ai suivi la même chronologie que celle du tournage parce que j’ai trouvé que ça créait une histoire autour d’un personnage», explique M.Reinhard.•Un personnage qui erre et observe autour de lui», précise Lin Snelling.Ils ont aussi récolté des témoignages de fermiers de la région qui ponctueront ici et là la trame sonore.i Lin Snelling dans extinction.En parallèle Pour le spectacle, lin Snelling a créé d’autres segments chorégraphiques qu’elle interprétera en direct et qui se superposeront parfois à la vidéo.Michael Reinhard a pour sa part écrit des textes, dont un qu’il déclamera lui-même sur scène, conçu un décor de scène évoquant les murs délabrés des fermes et composé la musique.•Ça commence dans le présent, avec une musique plus techno, puis viennent des airs plus rock, et, à la % \ SOURCE USINE C fin, c'est un chant de gorge inuit, vieux de quelque 200 ans», explique le compositeur.Va-et-vient entre le passé et le présent, extinction met en parallèle vie urbaine de l’artiste et vie des fermiers.«Les fermiers et les artistes sont liés par la question de la survie», souligne-t-il.Le hasard du financement des uns ressemble parfois au caractère imprévisible du climat.des autres.Au quotidien très concret des fermiers, Lin Snelling confronte l’abstraction de son art, dont elle met aussi en question la pérennité dans le spectacle.«L'art est-il en voie d’extinction?, demande-t-elle.Si on parle un langage que personne ne comprend, est-ce que la danse et l’abstraction des idées vont continuer à survivre?Est-ce que ces abstractions communiquent quelque chose?» •Je crois que les arts vivants sont en péril à cause de la télé et du divertissement», déplore pour sa part M.Reinhard.Toutefois, il constate que l’art conceptuel tel qu’on le pratiquait ces dernières décennies cède graduellement la place à un art plus pratique.Aujourd'hui, les artistes souhaitent d’abord «apprendre à jouer d’un instrument plutôt que de penser la musique».Un peu comme le retour à la terre qu’effectue la nouvelle génération.D’ailleurs, si l’esprit de disparition hante tout le spectacle, ü est aussi indissociablement lié au renouveau, à l’émergence d’une autre vie.«La vie sauvage, la faune, la végétation ont repris le dessus sur les structures abandonnées», note la chorégraphe.Comme quoi la fin d’un cycle correspond toujours au début d’un autre.Sur scène, le réalisme rencontre la poésie alors que la peintre Lorraine Pritchard exécutera en direct des dessins que lui inspire la chorégraphie et les images qui se déploient devant elle.Autre témoin, autre documentaire.Extinction, du 15 au 24 avril à l’Usine C Danser Hitchcock Deborah Dunn se lance de nouveau sur les traces du réalisateur mythique avec Blackmail FRÉDÉRIQUE DOYON Attirée par l’univers esthétique et psychologique d'Alfred Hitchcock, la chorégraphe Deborah Dunn livre une deuxième œuvre ’ consacrée à l’un de ses films.Sans aspirer à copier son modèle, elle se plaît à y puiser des inspirations pour ses créations.•C'est agréable d’être inspirée par un artiste qui a exploré si profondément et défini si clairement tous les aspects de son œuvre, un maître, quoi», confie Deborah Dunn.Après The Birds, sa dernière œuvre longue, créée en 2001 (elle a toutefois conçu des pièces courtes depuis), il restait plusieurs éléments du style Hitchcock qu’elle n’avait , m ! ¦ n/,v ' ' wt, ^ \ ' Cr %, \ ' :vf^' ¦ ÿ ;>'\v ' ' V ' ' s PRINTEMPS'' 004 \'v' SlN K ¦ ‘S IL PSt;; ft î.Aiw» 51 i f KV VA ** 7 .*> / A :¦»- 'f* -A 4 * .• ' .pas pu aborder, tels que «son utilisation des objets, le côté surréaliste aussi qui est beaucoup plus présent», énumère-t-elle, en rappelant que Blackmail (le film), plus récent que The Birds, est beaucoup plus influencé par l’expressionnisme allemand.La chorégraphe a aussi voulu rendre hommage à la facture cinématographique de Hitchcock, à sa manière de multiplier les prises de vue de façon inédite, même si la scène n’est pas aussi malléable que la pellicule.«Je travaille beaucoup avec la variété des points de vue autant que possible, puisque le public n’est pas mobile dans le théâtre, explique-t-elle.On essaie de changer les perspectives, dans le récit et aussi sur le plan des personnages, qui ont chacun leur propre vision de la situation.» Adepte des chorégraphies truffées d’un humour souvent lié aux traits de caractère de ses personnages-danseurs, Deborah Dunn précise cette fois que l’aspect comique, toujours présent, advient autrement, via le commentaire social ou le caractère absurde.«L’humour vient de la tension en suspens dans la danse, mélange d’intrigue et de sensualité, de plaisir et de panique», décrit-elle.La pièce est aussi beaucoup plus déconstruite que The Birds.«On raconte toute l’histoire, très clairement, dès le début en dix minutes, rappor-te-t-elle.Et après, on entre dans différents aspects de l’histoire, avec lesquels on se laisse la liberté de faire ce qu’on veut.On se permet de jouer avec les personnages et donc de passer plus librement du danseur au personnage, et vice-versa.» Sur scène, la chorégraphe est accompagnée de deux autres danseuses, Jeannie Vandekerkhoven et Eryn Dace Trudelle.Deux d'entre elles joueront des rôles d’homme, ajoutant au comique.Car Blackmail raconte l’histoire d’un triangle amoureux.Une jeune femme est fiancée à un détective de Scotland Yard qui enquête sur le meurtre d’un artiste qu’elle a perpétré pour se défendre d’un viol.Le détective le découvre, mais il n’en révèle rien.C’est alors qu’un autre témoin fera chanter les deux tourtereaux.La chorégraphe insiste sur l’importance et la beauté des éclairages (de Philippe Dupeyroux), qui tiennent lieu de décor en quelque sorte.«La lumière évoque le film noir, le grand drame, et il y a beaucoup de jeux d’ombre», décrit-elle.Comme de coutume, elle recourt à une panoplie d’accessoires dont elle fait, selon ses propres termes, une «utilisation quasi obsessive».À la barre de la musique, la compositrice Diane Labrosse, membre de l’équipe de l’étiquette Ambiances magnétiques, devrait aussi largement contribuer à l’évolution dramatique de la pièce.Blackmail, de Deborah Dunn, du 15 au 17 avril, au Théâtre La Chapelle.EN COULISSE line Nault et la grammaire du corps Actuellement en résidence à Tangente, la chorégraphe Line Nault prépare sa pièce Revenir en avant, qu’elle présente cette semaine devant public, du 15 au 18 avril.Inscrit dans la série Corps électronique, le duo interprété par ja chorégraphe et son collègue Eric Forget combine danse, texte, travail sonore et vidéographique.La pièce se veut littéralement un métalangage; la chorégraphe recourt à la phonétique des mots qu’elle utilise comme grammaire commune à la danse et à la musique.Chacun des quarante phonèmes de la langue française correspond à un mouvement, un son ou encore un traitement numérique.Pour une danse communicative.Danses du printemps dans les maisons de la culture Comme chaque année, le temps doux ramène avec lui les Printemps de la danse, une programmation jumelée de trois jeunes chorégraphes en herbe, présentée dans diverses maisons de la culture tout au long du mois d’avril.Cette année, le trio est des plus éclectiques.Le jeune maître de la nouvelle gigue, Lük Fleury, présente Machines et des extraits de Machines H, cette dernière pièce révélant sa curieuse invention: une machine à giguer.Avec Phormosis, Namchi Bazar explore l’univers féminin et les détails propres aux danses orientales.Enfin, le clou de la mouture 2004 sera sans conteste J’ai un livre, de Sonya Biernath, qui fait dans le contemporain, souvent ponctué de spoken word.Prochains rendez-vous: Maisons de la culture Frontenac et Plateau-Mont-Royal, les 14 et 15 avril.Des nouvelles d’outre-mer En tournée depuis le 17 mars, les Grands Bafiets canadiens (GBC) ont connu un joli succès dans six villes d’Allemagne, où ils ont présenté tantôt Minus One, de Ohad Naharin, La Dame de pique, de Kim Brandstrup, ou encore le double programme incluant Without Words, de Nacho Duato, et Noces, de Stijn Celis.Ce week-end, les GBC concluent leur périple à Madrid.Cette tournée s’insère dans le cadre d’une entente de réciprocité, la première du genre pour les GBC.En échange de cette virée européenne, le Ballet de Bavière offrira sous peu Raymonda, le ’ dernier des grands ballets classiques russes du XIX' siècle, revu par Ray Barra, au public ipontréalais.Egalement présente à Madrid dans le cadre du festival Madrid en danza, la compagnie Marie-Chouinard poursuit sa tournée européenne, amorcée par un triomphe au Théâtre de la Ville de Paris, début mars.Après l’Espagne, c’est la Hongrie qui accueillera la pièce de groupe Chorale et le film Cantique no 1, cette semaine, dans le cadre du Festival de printemps canadien.Puis, Le Sacre du printemps sera offert avec orchestre à Ljubljana, en Slovénie.Frédérique Doyon } I yyf »* i #> ' V - ** A •l y'- ' 4 g! ;• «.4 .,'»V ' t P'ê ' ' * “v -.v .- - t.t.e ¦ m > ' ’ Maim nn L’AGORA DE LA DANSE 840, RUE CHERRIER MÉTRO SHERBROOKE 514.525.1500 www.agoradanse.com LE DEVOIR It STUOK) Of l AGORA 0f LA OANSf f ST SU«Vf NTONHÉ PAR Lf C0«$f A DIS ARTS ET Of S LETTRES «XJ QUEBEC.If CONSOL Of S ARTS OU CANADA, tf MBWSTfRf 0E LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS OU QUEBEC.LE PATHIM0INI CANADIEN LE CONSEIL DES ARTS Of MONTRÉAL ET LE MMNSTÉRf Of L EMPLOI.SOUDANTE SOCIALE ET FAMILLE DU QUÉBEC LE STUDIO DE l AGORA DE IA DANSE EST MEMBRE DU RÉSEAU CAN0ANSE ET OU REGROUPEMENT QUÉBÉCOIS DE LA DANSE LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE M AVRIL 2 0 01 K 5 Culture DISQUES Recommencer tout nu Yves Marchand, ex-Zébulon, ex-Tubes, claviériste spectaculaire, accompagnateur émérite, a signé un premier album solo pas du tout spectaculaire, absolument méritoire et tout à fait inattendu de country-folk-blues à fleur de peau.Métamorphose.SYLVAIN CORMIER Mais oui, Yves Marchand.C’était le grouillant de service, l’hyperactif derrière les claviers dans Zébulon, le type dont on ne pouvait pas ne pas remarquer le kilt virevoltant Mais si, Zébulon, l’une des puissances de la chanson pop-rock des années 90 au Québec, avec Marc Déry, qui faisait le Sting à la basse, son frère Yves, plus discret aux guitares, et Alain Quirion, fou furieux à la batterie.Job steady, Les Femmes préfèrent les ginos, Adrénaline?C’était dans un autre siècle, je sais.D y a déjà sept ans que les Zébulon sont des ex-Zébulon.Sept ans qu’on suit Marc Déry d’album solo en album solo.Sept ans qu’on voit Quirion taper fort et franc pour les uns et les autres, tout récemment pour Florent Voilant, quand il ne lâche pas son fou avec les Pom Flakes.Et Marchand?«A part le milieu, personne ne me connaît», soutient le Marchand en question, une fois la gorgée de café au lait passée l’œsophage, ce qui n’est pas rien, un brin nerveux qu’il est à sa première ronde d’entrevues en tant qu’ar-tiste solo présentant son premier album.«Je suis un gars au début de la quarantaine qui a roulé pas mal, mais en même temps, je suis comme un petit jeune de vingt ans qui arrive avec ses chansons.Un peu usé, mais tout neuf.» De fait, on n’a jamais cessé de le remarquer, animé comme il est derrière ses claviers, qu’il officie pour France D’Amour ou Sylvain Cossette.Ou à la télé avec Les Tubes, chouette groupe-maison du MaxLounge à Musi-Max.On s’était même fait à l’idée que c’était son destin post-Zébulon: accompagnateur.«C’est ce que je suis aussi.Jaime accompagner, f accompagnais les mononcles à Noël quand j’étais petit, et je les accompagne encore.Jaime être au service de la musique.» Force tranquille D’où surprise.J’avais moi-même oublié que, dans les papiers de rentrée culturelle de l’automne 2002, on annonçait déjà la sortie de Belvédère, premier effort en solo d’Yves Marchand.«Le disque était presque prêt, mais pas moi.Javais un enfant en bas âge, j’avais surtout besoin de travailler.Et puis, je ne me voyais pas encore auteur-compositeur-interprète à part entière.» Avant Zébulon, il avait tenté le coup tout seul: des spectacles à gauche et à droite, deux fois à L’Empire des futures stars.«Javais pas les chansons», ré-sume-t-il.«Je ne savais pas ce que je ¦ voulais exprimer.» Maintenant, il sait.Comme chantait Gabin, il «sait qu'on ne sait jamais», mais ça, il le sait Totale modestie dans l’attitude.Ce n’est pas lYves Marchand à kilt 1 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Yves Marchand lance son premier album solo, Belvédère.mobile qui est attablé devant moi.Plutôt un artiste tout nu.Nu comme son album, ce Belvédère touchant, attachant et souvent poignant le plus remarquable disque de chansons fait au Québec cette année, une caresse aussi nécessaire que le dernier Daniel Boucher est une salutaire claque sur la gueule.«Jai les genoux usés par en dedans, /J’en finis plus de teindre mes cheveux blancs, / Mais /réconforte mon p’tit bonhomme: / C’est pas des monstres, c’est rien que des hommes», chante-il avec une infinie douceur aux premières mesures de la première chanson du disque, la bien-nommée Cowboys, sa manière à lui d’expliquer le Far West planétaire des Ben Laden et George W.à son garçonnet La plupart des chansons s’offrent sur ce ton-là.Flancs prêtés.Cœur ouvert.Candeur assumée.Naïveté revendiquée.«J’reste un p’tit gars, / Un p’tit gars comme y en a eu pis y en aura», dit le refrain de Ftitgars, chanson de quarantenaire qui avoue ne pas être «le Capitaine America» et qui se sent bien mal quand sa blonde le quitte.«Haut comme trois pommes, / Quand je te vois qui m’abandonne, / Jtombe en automne.» Et la plupart des chansons se déclinent sur le mode acoustique, entre country-folk et country-blues, à la chanson-titre près, voluptueuse pièce d’insomniaque aux relents psychédéliques.«Ça a été le point de départ de l’album.Une sorte de test de liberté.» Re-surprise.Belvédère n’est pas un album de claviériste.Plutôt un disque de guitares, de guitares et encore de guitares, généralement sèches et grattées du bout des doigts, d’harmonica aussi, de percussions fines, avec, çà et là, des claviers en filigrane.«C’est voulu.Jai travaillé sur mes faiblesses.Mes forces, je les connais.Ça ne m’intéressait pas d’arriver en pro des claviers, avec la voix forte et les harmonies qui explosent.J’aurais pu, mais (’aurait été un trip de musicien.Moi, je voulais me fragiliser, pour dire ce que j’avais sur le cœur.La guitare, je ne suis pas trop bon.Trois, quatre accords.Je découvrais l’instrument en même temps que LA IRENE it théâtre anatomique De Pierre-Yves Lemieux Mise en scène de Luce Pelletier Avec Suzanne Clément et David Savard Assistance à la mise en scene et régie : Claire L'Heureux Décor et costumes : Marie-Line Chouinard et Virginie Hamel Éclairages : Martin Labrecque Environnement sonore : Larsen Lupin Présenté du 15 avril au 8 mai 2004 Du mardi au samedi à 20 b Théâtre d'Aujourd'hui Salle Jean-Claude Germain 3900 ru© St-Denis, Montréal (Quebec) s a, ^ Réservation : (514)282-3900 vH j’écrivais les chansons.Jétais comme quand j’apprenais le piano, enfant.Ça m’a déshabillé de mes certitudes.Je n’étais plus sûr de rien, et c’était parfait.» Les musiciens de l’album, tous aguerris comme lui, ont dû pareillement s’adapter.«Les mains leur chatouillaient.» D rit.«L’idée, c’était défaire appel à leur force tranquille.Leur capacité d’humilité, de retenue.» Là-dessus, pleine réussite: Belvédère est le contraire d’un showcase de sparages.Tout est délicatesse, tout berce.Même le chanteur, dans les aigus, ne pousse pas la note.«Quand /aurais tendance à y aller pleine voix, je chante exprès en falsetto.Ça rapproche.» C’est exactement ça: Belvédère est un album qu’on a le goût de serrer dans ses bras.Pour le protéger.Des fois qu’il n’y en aurait pas d’autres.«J’ai l’impression de commencer une carrière.C’est ce que je voudrais, écrire des chansons jusqu’à 80 ans comme Aznavour.Mais on ne sait jamais.Peut-être que dans trois ans, je vais enseigner.» Yves Marchand sourit.«Je serais heureux quand même.On était heureux dans Zébulon.J’étais heureux avec Les Tubes.Et je suis heureux quand je joue de la guitare pas fort dans ma chambre pour ne pas réveiller mon p’tit gars qui dort à coté.» Bonheur partagé: Belvédère est né dans cette chambre.BELVÉDÈRE Yves Marchand Audiogram (Sélect) VITRINE DU DISQUE Clapton à la rencontre de celui qui rencontra le diable ME AND MR.JOHNSON Eric Clapton Reprise (Warner) C* est ce qu’il y a de bien avec l’âge.Vient un temps où on y va franco, rayon vieilles marottes.On se dit: avant de promener sa prostate en laisse, autant se faire vraiment, complètement et absolument plaisir.Dont acte.Un an avant de passer sexagénaire, Clapton se paie donc un plein disque de reprises de Robert Johnson.Johnson le bluesman des bluesmans, celui qui passa le fameux pacte avec le diable pour avoir les doigts plus lestes, celui que l’ado de Surrey voyait déjà dans son potage entre deux lectures des bédés de Punch And Judy, même s’il vivait dans l’Angleterre de l’après-guerre et non dans quelque bled du delta mis-sissippien.Depuis le temps qu’il en rêvait, le cher Slowhand n’avait jamais osé un tel hommage auparavant: c'était presque sacrilège, et ses versions de Ram-blin ’ On My Mind (sur le premier album des Bluesbreakers de Mayall) ou de Crossroads (avec Cream) apparaissaient comme autant de péchés qu’il n’avait pu s’empêcher de commettre.Imaginez en cela le sérieux quasi religieux avec lequel Clapton aborde les 14 épîtres choisies parmi les 39 du canon johnsonien: faut-il le redire, Robert Johnson ne laissa à la postérité que ces 39 titres de légende, gravés lors de deux sessions d’enregistrement en 1936-37.Clapton n’est pas là pour faire le mariole: pas de brui- tages électroniques, pas de duos avec des rappeurs.11 n'est pas Jane Birkin non plus: pas de relectures arabisante, tzigane ou orientale.On est dans l’orthodoxie.Clapton ne joue pas au po’ boy non plus: pas question de recréer le son acoustique primitif de Johnson, pas plus que de se limiter à des moutures guitare-voix.On lui en sait gré, Clapton demeure lui-même, homme de guitare électrique, plus Chicago que delta blues, et c'est avec son habituel groupe d'accompagnateurs qu’il redonne les Me And The Devil Blues, Traveling Riverside Blues, Love In Vain et autres Hellhound On My Trail (mais pas Crossroads ni Ramblin ', saine décision: «been there, done that»).Les arrangements ne sont pas trop propres, le jeu des musiciens pas trop resserré: l'esprit brut du blues est respecté, même par ce total pro qu’est le batteur Steve Gadd.Billy Preston, à l’orgue, est quant à lui un vrai pourvoyeur d’âme: son solo dans Little Queen Of Spades réchauffe les vieux os.Seul véritable invité Jerry Portnoy, harmo-niciste de feu Muddy Waters, fournit la note authentique voulue, sans gâtisme.Franchement, il n'y a rien à redire, à l’exception du dessin de pochette: le portrait de Clapton par le célèbre Peter Blake (à qui on doit le design de Sgt.Pepper's) ne vaut pas une bonne photo noir et blanc.11 y en a à l’intérieur.De Clapton, c’est presque un sans-faute: on n’en attendait pas moins d’un fils spirituel.Sylvain Cormier A R u il i \ i s IT CAME FROM THE (ÎARAGE 30 ESSENTIAL GARAGE ROCK classics! Artistes divers Sony Music Canada Tiens donc.Une compil des meilleurs rocks de garage.Qui ne surgit pas sans raison sur les tablettes des disquaires: de toute évidence, quelques types de la section «produits spéciaux» de chez Sony Canada se sont mis à l’écoute de la formi-formidable émission de radio du dénommé Steven Van Zandt, alias little Steven, alias Silvio Dante, guitariste de Bruce Springsteen sur scène, sbire de Tony Soprano au p'tit écran et grand maître ès rock de garage sur les ondes.On en a déjà parlé en ces images, mais qu'à cela ne tienne: profitons de ce double disque plus qu’opportun pour faire à nouveau l’éloge du Little Steven’s Underground Garage, les deux heures les plus excitantes, revigorantes et essentielles de la semaine radiophonique nord américaine (diffusion à CHOM le dimanche, de 22h à minuit).Ça fait 105 semaines que ça dure et que ça bourne: le genre est inépuisable, et irrésistible, toutes générations confondues.Le rock de garage, faut-il préciser, est la plus simple et la plus intense expression de l’idiome, tel que défini au début des années 60 par le Louie Louie des Kingsmen: des guitares, une batterie, parfois un clavier minimal, de l’énergie en masse et une attitude gagnante.Du cool, quoi.À revendre.In compilation n’est pas l’émission, bien sûr les livraisons de l’Underground Garage devraient être autant de doubles disques.On peut d'ailleurs les écouter à volonté sur Internet (littlestevensunderground-garage.com).Ça ne vaut pas non plus l'exemplaire coffret Nuggets paru chez Rhino dans les années 90, mais ce ramassis sans art n’est pas sans intérêt.On notera avantageusement l’ampleur de l'échantillonnage: cela va du furieux Raw-Hide, de Link Wray (1960), au Heartbreak Stroll, du non moins dynamique duo The Raveonettes (2003).Il y a là-dessus des quidams qui n’ont rien à voir avec le rock de garage (The La’s, Tracy U liman), l’expertise de Little Steven n’étant pas donnée à tout le monde, mais aussi, et majoritairement, du vrai VOIR PAGE E 6: VITRINE f* saison j ~ " * 20(34 T>'EÂTRE ou JSJc'ir rvrc «y abonnement WWW.tain.QC.CA tnimu — « £!L n 1 .- - - v*' .^ LA FAUSSE SUIVANTE de Marivaux ^ MISE EN SCÈNE DE CLAUDE POISSANT ( ' o LE PROCÈS DE FRANZ KAFKA U___ ^ ADAPTATION THÉÂTRALE DE SERGE LAMOTHE 0 APRÈS LA TRADUCTION DE AXEL NESME MISE EN SCÈNE DE FRANÇOIS GIRARD i'i M L * LASAVETIÈRE PRODIGIEUSE DE FEDERICO GARCiA LORCA 1 JjjA A TRADUCTION DE ANDRÉ BELAMICH MISE EN SCÈNE DE MARTINE BEAULNE S ÆS V * iBORATION AVEC LE THÉÂTRE DE L’ŒIL LA TEMPÊTE de WILLIAM SHAKESPEARE TRADUCTION ET ADAPTATION DE NORMAND CHAURETTE UN SPECTACLE CONÇU PAR MICHEL LEMIEUX VICTOR PILON ET DENISE GUILBAULT EN COPRODUCTION AVEC *0 ART UNE ADORATION de nancy huston ^ ADAPTATION THÉÂTRALE ET MISE EN SCÈNE DE LORRAINE PINTAL LES TROIS SŒURS de ANTON TCHEKHOV TRADUCTION DE ANNE-CATHERINE LEBEAU EN COLLABORATION AVEC AMÉLIE BRAULT MISE EN SCÈNE DE WAJDI MOUAWAD PRODUCTION DU THÉÂTRE DU TRIDENT ^ O U VIS [te R NCJt'rT E WWV.TIOI ,Q £^C0NSUI-TER NOTRE MAGAZINE D’ABONNEMENT PRÉSENTÉE PAN ^ - Radio-Canada wrhhi mctimuw MI (9 Hydro VoV Québec m I r * LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2004 Culture VITRINE DU DISQUE VITRINE SUITE DE LA PAGE E 5 de vrai rock de garage qui fesse fort Strangeloves, Sonies et Easybeats pour des années 60, Iggy & The Stooges, The Clash et autres Ramones pour les années 70, etc.Plus qu’une bonne entrée en matière.Tout un tas de bougies d’allumage.S.C.A Z Z EASY LIVING , Enrico Rava Etiquette ECM Le nouvel album du trompettiste italien Enrico Rava est l’incarnation, musicale s’entend, de la lenteur.C’est lent du début à la fin.Est-ce un éloge de la lenteur?On n’en sait rien.La seule chose que l’on sait, c'est que.C’est d’un ennui qui confine à la mort lente.On sait qu’ici cet artiste à son lot de fidèles.Grâce à plus d’un passage au Festival de jazz, Rava s’est taillé toute une réputation.Une bonne.Est-ce méritée?En partie.Mais bon.on peut être d’un avis évidemment tout à fait contraire.Une chose est sûre, on demeure intrigué par un curieux état des faits.Parce qu’ils sont eu- ropéens, les Rava, Garbarek, Scla-vis, Portai et compagnie jouissent davantage du bénéfice du doute que les gros-méchants-Améri-cains-qui-sont-tous-des-gros-bètas.On fait dans l’amalgame.C’est dit Pour cette nouvelle production, Rava a donc choisi la lenteur.Dans le style, nous avons deux précédents et non des moindres.On pense à Chet Baker et surtout à Miles Davis.Lorsque ces grands messieurs détaillaient tranquillement le corps de la musique, ils n’abandonnaient jamais la paresse et la sensualité sur les bas-côtés de la route.Ainsi, leur lenteur ne fut jamais l’écho du froid ou de l’indifférence.Après tout vitalité ne se conjugue pas obligatoirement avec rapidité ou dynamique.On s'en doute, Rava nous propose aujourd’hui une contradiction de ce qui fit la beauté de certains disques de Baker et Davis.Autrement dit c’est froid.Ce n’est pas inintéressant c’est plat A plusieurs reprises, ses thèmes musicaux nous ont fait penser à ceux qui sont chers à Paul Bley, le maître des silences.La différence?Bley permet à la folie et au hasard de s’introduire.Avec Rava, rien de tel.Non seulement la folie qu’on attend d’un tel musicien est absente, le hasard a été banni.On sent un souci du contrôle qui frise l’obsession.On pense à cette obsession qui distingue les maniaques du pouvoir dans tout et sur tout À oublier.Au plus vite.Serge Truffaut UP POPPED THE DEVIL Mal Waldron Etiquette Enja sortis du cadre price rossi Stirling + matta-dark let visions audacieuses de quatre figures marquantes de ('architecture moderne une exposition présentée jusqu'au 6 septembre 2004 également présenté dans la salle octogonale jusqu'au 30 mai : les enseignements de.ruscha et venturi scott brown, 1962-1977 Livres illustrant l'architecture et l'urbanisme du quotidien à Los Angeles et à Las Vegas pour plus de détails : www.cco.qc.ca CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal ® Guy-Concordia 514 939 7026 Ouvert du mercredi au dimanche, 10 h à 17 h; le jeudi, 10 h à 21 h.Le jeudi soir, l'entrée au musée est libre après 17 h 30.GRAND CONCERT ANNUEL 15e ANNIVERSAIRE ! LE MERCREDI 21 AVRIL 2004, 20 H Wanderlied (2002), BETSY JOLAS (première américaine) Le reste du temps (2003), GEORGES APERGHIS (première américaine) Les ruines du Paradis (2004), SERGE PROVOST (création) Razôn Dormida (2003), LUIS DE PABLO (création) BILLETS ï 20$ (régulier) 10 $ (étudiant, aîné) RÉSEAUX ADMISSION j 514-790-1245 1-800-361-4595 admission.com i Salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal ï 200, avenue Vincent-d’lndy, Montréal 1 INFORMATIONS (514) 343-5962 ZZftSSZ* _ Québec SS éeCeeaéi Canada LE DEVOIR Voilà un pianiste qui fut passionnant tout au long de sa vie.Mal Waldron.Bonté divine! C’est fou comme il nous change de la production traitée plus haut D y a trente ans de cela, cet amoureux des touches noires et ivoires a enregistré ce Up Popped The Devil, en compagnie de RejEgie Workman à la contrebasse et Billy Higgins à la batterie.Bref des gros calibres.Ensemble, üs ont gravé quatre compositions originales de Waldron.Puis?C’est vivifiant C’est très convaincant.Que cet album conserve sa pertinence trente ans plus tard, c’est un exploit Non?S.T K I- 1-: C I K O N I Q 1 K NANOBOT AUXILIARY BALLET Nanobot Auxiliary Ballet (Ta Da Records-Outside) Qu’est-ce que le Nanobot Auxiliary Ballet?Une jeune formation montréalaise qui semble se spécialiser dans l’électro-pop analogique et complètement dingue.Après l’aventure de Pest 5000, Kevin Ko-meda et Patti Scmidt (aussi animatrice de l’excellente émission radio Brave New IVave) se retrouvent à nouveau afin de créer une musique aussi imprévisible qu’excitante.Première parution de l’étiquette indépendante Ta Da Records, l’album éponyme de Nanobot Auxiliary Ballet prêche les vertus d’une pop artisanale et sans ficelles.En vrac et dans le désordre, ces pièces naïves s’écoutent avec un plaisir qui se renouvelle sans cesse.Encore brouillonne, cette électronique dégénérée ressemble à du Add N To (X) qui ne souffrirait plus de ses excès de prétention.Bien sûr, le côté franchement subversif des textes laisse la potion musicale s'entrechoquer à souhait Loin de la parodie facile, il faudra tendre l’oreille à ce duo, qui montre qu’il est encore possible de s’éloigner un peu plus de l’aseptisation courante de l’élec-fro-pop.Une vraie surprise.David Cantin SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS CAFÉ IV Artistes variés (Fusion lü) Et de quatre.Le monde de la musique électro est ainsi fait.Après le volume L le II et le HL voici que les créateurs de Saint-Ger-main-des-Prés Café récidivent avec la suite de ce programme très populaire et très de son temps consacré à l’électro-jazz.Et les amateurs de ce nu-jazz plutôt frenchy qui réchauffe les soupers de bobos sur le Plateau ne peuvent que s’en réjouir.Sans pour autant s’attendre à être surpris.C’est que sous le couvert de la nouveauté, ce chapitre 4 ne déroge justement pas au principe des séries qui consiste, dans le monde de l’électro, à faire passer le redondant pour novateur.Sans succès id, où le Naturally de Slow Train ainsi que les compositions du Metropolitan Jazz Affair, de Kruder & Dorfmeister (High Noon) ou de Matthew Herbert peinent à créer un tout rafraîchissant Le collectionneur risque toutefois de se laisser séduire par cet ensemble disparate qui conjugue downtempo, jazz et bossa nova à des temps prévisibles, tout en espérant que cette autre œuvre des artisans dUotel Costes et de Paris Lounge — deux concepts tout aussi essoufflés — n’aille pas plus loin.Fabien Deglise HOMME FATALE Count Indigo (Fusion ni) Ce n’est pas nouveau, mais c’est franchement dans l’esprit de l’époque: donner de nouvelles lettres de noblesse à la musique pop en lui accolant des sonorités binaires.De Corneille à Ariane Mauf-fat en passant par Marc Dery, les exemples courent désormais les rues dîd.et d’ailleurs aussi, se dit-on en sombrant dans 4a pureté morbide de l’électronique» proposée aujourd’hui par le Français Count Indigo.Le concept, séduisant pour un banlieusard soudeux de surfer, cinq ans plus tard, sur les tendances urbaines, fait sourire.Même s’il semble avoir fait succomber tout un pan de l’industrie.Le résultat lui, sonne un peu comme les premiers albums du britannique Seal — qu'il faut désormais qualifier de visionnaire —, que Roxy Music, Human League, Scott Walker, Jay Jay Johanson ou Craig Armstrong viennent parfois, malgré eux, inspirer.C’est pop, électro, prévisible, agréable au toucher et comme une bonne soupe sans morceaux, ça se digère plutôt bien tout en chatouillant le palais.FD.C I.A S S I Q l I-: SEPT DERNIÈRES PAROLES Haydn: Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix (version quatuor).Quatuor Emerson.DG 474 836-2.Il n’est pas encore trop tard pour se pencher sur l’une des plus originales traductions musicales de la Passion: la version pour quatuor à cordes des Sept Dernières Paroles du Christ en croix du génial Joseph Haydn.Il existe quatre moutures de cette œuvre: l’originale pour orchestre, la version pour quatuor (probablement de Haydn lui-même), celle pour piano (supervisée par lui) et celle, vocale, plus tardive, pour solistes et chœurs.Le Quatuor Emerson nous offre une nouvelle interprétation de la version pour quatuor, qui se distingue d’emblée par l’inclusion d’une transcription (par le quatuor lui-même) de la seconde «Infroduzione» (entre la 4' et la 5' parole), que Haydn composa (pour douze instruments à vents) lorsqu’il adapta les Sept Dernières Pçroles pour chœur et orchestre.A l’austérité de l’orchestration de Haydn répond une traduction d’une intériorité frémissante du quatuor américain.Il est indéniable que les Emerson se sont penchés avec ferveur sur cette œuvre au point même de réinstrumenter certains passages en les faisant davantage coller à l’original pour cordes.Le résultat est somptueux, fascinant dans sa simple beauté plastique et sa noble tristesse.Reste une question, qui se posait déjà dans leur interprétation de certains quatuors de Chostakovitch: tout cela n'est-il pas trop beau?Pour une version plus âpre, choisissez les Sine No- mine (Cascavelle, difficile à trouver) ou les Kodaly (Naxos).Pour un enregistrement luxueux mais un brin esthétisant, les Emerson s’imposent.et de loin! Christophe Huss VENEZIA STRAVAGANTISSIMA «Balli, canzone e madrigali, 1550-1630» de Incerto, Mainerio, Gua-mi, Vecchi, Canale, Lappi, Zanet-ti, Picchi et G.Gabrieü.Capriccio Stravagante, direction: Skip Sempé.Alpha 049 (distr.: Pelléas) L'auditeur est saisi d’entrée.C’est un disque Alpha, et on le sent, par cette prise de son pareille à un véritable théâtre sonore.A cet enveloppement de l’ouïe se conjugue l’art d’un musicien qui sait prendre la musique à bras-le-corps.Skip Sempé a prouvé dans maints enregistrements (ne manquez surtout pas Versailles, llle enchantée, chez Alpha déjà!) qu’il n’est pas un adepte de l’eau tiède.Dès la sidérante Pavane initiale, on comprend à quel point sont persuasives l’imagination et la force de conviction mises en œuvre par Sempé, ici entouré d’une riche formation réunissant violons Renaissance, violes, flûtes à bec, cornets, sac-queboutes, luths, harpes, clavecins, virginales, orgues, régales et percussions.L’ivresse de la Tedes-ca e Saltarello (plage 5) de Mainerio est contagieuse, comme est poétique et profond son Pass’e mezzo antico illuminé par le cornet de Doron David Sherwin.Venise fut un berceau et un laboratoire d’essai en matière d’émancipation instrumentale, en une période où les instruments suivaient les voies tracées par le madrigal et le théâtre musical naissant Dans un geste décidé, qui sait percer la profondeur des mystères vénitiens,, Sempé et sa troupe parviennent à mêler onirisme et danse, méditation et transe.Et l’on reste subjugué par la découverte des œuvres de ce Giorgio Mainerio (le Ballo anglese e saltarello, plage 11, en remet une louche) dans ce CD qui est l’un des grands événements de cette saison discographique.C.H.Les Idées heureuses .Geneviève Soly présentent musica intima graupneriana musique de chambre de Christoph Graupner (1683-1760) sonates à sei pour cors et quatuor à cordes sonate en trio en canon sonates pour clavecin obligé et violon mardi 13 avril 2004 > 20 h chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours billetterie > (514) 987-6919 > 1 800 361-4595 .«s idées (514) 843-5881 [K'urmjstts www.icieesheureusesxa école de depuis 1 SESSION PRINTEMPS du 19 avril au 25 juin Cours d’initiation gratuits les 12,13 et 15 avril de 19h à 20H30 et les 14 et 16 avril de Z0H30 à 22H Réservation : 514.495.8645 5359, avenue du Parc Montréal LE 11 AVRIL 2004 NOCHE PORTENA avec Maria Cieri Lion d’Or, 1676, Ontario Est Cours d'initiation de 19h à 2Oh Bat Tango de 20h à 2h Spectacle à 22K30 www.tanguena.org Bienvenue aux personnes seules! 10s ‘avance- 15* à la porte photo : Jacques Verdieu EN SOIRÉE JUSQU'AU 2 MAI BOMBAY BLUE «Sur la route de la soie» UNE CRÉATION D’ANNE LÉTOURNEAU O D0 Kl I isat ©&££ STERN UNION nfpîjüi 91,3 fin Ma*M LE DEVOIR t E 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2004 -* LE DEVOIR *- Tl om Il \j ni UJ LE CINÉMA Le contenu canadien f fuit aux Etats-Unis Martin Bilodeau Grand remous, cette semaine, dans le milieu du cinéma canadien, après la révélation faite samedi dernier, dans le Ottawa Citizen, au sujet d’une entente pilote d’un an conclue entre Téléfilm Canada et une agence d’artistes los-angelai-se chargée de jouer les entremetteurs entre les milieux du cinéma canadien et américain.D y a une dizaine de jours, le directeur général de Téléfilm, Richard Stursberg, avait informé quelques producteurs canadiens, sous le sceau de la confidence, que l’organisme relevant de Patrimoine Canada avait confié à la Creative Arts Agency (CAA) la tâche de dénicher des projets de film canadien susceptibles d’obtenir du financement et un distributeur américain et, par la même occasion, de donner du travail aux producteurs, cinéastes et acteurs canadiens, notamment à ceux qui sont allés tenter leur chance à Los Angeles et que TFC voudrait voir rentrer au bercail.L'agence gouvernementale, on le sait, vise pour 2006 un taux de pénétration de 6 % du cinéma canadien sur son marché.En 2003, ce taux s’élevait à peine au-dessus du 1 %, et l’année 2004 ne s’annonce guère plus stimulante.Si bien que ce pacte avec le principal concurrent du cinéma canadien pourrait permettre à celui-ci d’atteindre cet objectif, au prorata des projets.Mais à quel prix, lorsque cette alliance ne proclame ni plus ni moins que l’américanisation du cinéma canadien comme unique moyen de rendre celui-ci attrayant pour le public canadien?À cet titre, l’entente ressemble étrangement à celle qui est survenue entre les Allemands, au début des années 90, et les instances d’Hollywood, chez qui ils achetaient une expertise afin d’améliorer le profil économique de leurs productions.Les plus grands succès populaires du cinéma allemand (dont Les Nouveaux Mecs, qui a fait sept millions d’entrées) découlent de cette alliance.Mais qui se souvient de ces comédies folichonnes, destinées à jouer, dans la cinématographie allemande nationale, le rôle que Deux femmes en or et/ai mon voyage ont joué dans la nôtre?La différence entre le modèle canadien et le modèle allemand est toutefois importante.La mission de la CAA (qui représente 2200 artistes du cinéma dont Steven Spielberg, Tom Cruise et Julia Roberts) consiste avant tout à multiplier les joint ventures, soit les coproductions non officielles — les Etats-Unis n’étant liés par aucune entente de coproduction avec quelque pays que ce soit.Les films produits à l’intérieur de ce partenariat (TFC promet qu’ils devront être réalisés et interprétés par des acteurs Canadian) auront le même objectif que celui du cinéma hollywoodien: rejoindre le plus vaste public possible, avec les sacrifices que ça suppose pour le cinéma d’auteur.L’ACTRA, la première, s’est indignée devant cette alliance, qu’elle trouve «insultante pour la communauté professionnelle canadienne», notamment pour ses membres qui ont résisté à l’appel du large et sont restés au Canada.Pour leur part, les producteurs se disent outrés de ne pas avoir été consultés — alors qu’ils sont les seuls que TEC consulte et écoute, en temps normal — et voient dans l’alliance de Téléfilm un appel à l’ingérence de la part de la CAA, sinon la révélation pure et simple de la combinaison du coffre-fort des fonds publics canadiens.La nouvelle s’est répandue si rapidement et a suscité un tel tollé que Téléfilm Canada, qui prévoyait en faire l’annonce avec fla-flas à Cannes le mois prochain, s’est vu dans l’obligation d’émettre un communiqué mercredi dernier afin de rectifier le tir.Dans ce communiqué, Richard Stursberg affirme que l’entente «respecte toutes les règles en matière de contenu canadien».À la lumière de ce partenariat, il reste maintenant à redéfinir le contenu canadien.Car on peut difficilement imaginer que les productions issues de cette alliance reflètent l’identité canadienne.Après avoir fait pester les documentaristes à qui ce «contenu canadien» pesait comme un boulet, celui-ci ne serait-il plus qu’une variable économique, dont la valeur serait déterminée par des comptables?Enfin, et dans un tout autre ordre d’idées, quels critères de performance l’agence américaine devra-t-elle respecter afin de voir son enveloppe renouvelée automatiquement l’année prochaine?Le producteur Go Films et le distributeur Films Séville ont mis la charrue devant les bœufs, cette semaine, en annonçant publiquement la production prochaine de Putain, tiré du roman de Nelly Arcan.Essentiellement, cette annonce avait pour objectif d’alerter les médias et de,créer dans le public une effervescence autour de ce projet, effervescence que le producteur et le distributeur emploieront ensuite comme gage lors du dépôt éventuel du projet devant la SODEC et Téléfilm Canada.Qu’ils se rappellent toutefois que semblable stratégie n’a pas garanti son financement au projet du remake d’Aurore l’enfant martyre, annoncé en grandes pompes l’an dernier puis récemment rejeté par Téléfilm.Elle n’a pas non plus facilité la production de Copain Copine, coproduction France-Canada qui, en 1999, prévoyait inaugurer le bras cinématographique de l’empire Juste pour rire.Cinq ans après la conférence de presse du Groupe Rozon, on attend encore.Mais revenons à Putain, ou plutôt à la question savoureusement incrédule formulée cette semaine par ma collègue de Radio-Canada, Johane Despins: «Si Téléfilm finance jusqu'à 75 % des coûts de mise en marché d’un film, est-ce à dire que Films Séville pourra éponger ceux occasionnés par sa conférence de presse à même ce montant?» En d’autres mots, Films Séville aurait-il pris une hypothèque sur un financement.hypothétique?CINÉMA ?SEMAINE DU 10 AU 16 AVRIL 2004 Les NOUVEAUTÉS et le CINÉMA en résumé, pages 4,6 ?La liste complète des FILMS, des SALUES et des HORAIRES pages 7 14 à U?dans LAGENDA cuhunel Un parfum insolite SOURCE CHRISTAL FILMS Patrick Labbé et Esther Gaudet dans L’Espérance, de Stefan Pleszczynski.L’ESPÉRANCE Réalisation: Stefan Pleszczynski.Scénario: Stéfan Pleszczynski et Bernadette Cogula.Avec Patrick Labbé, Isabel Richer, Maxime Dumontier, Esther Gaudette, Michel Daigle.France Arbour, André Lacoste, Benoît Girard, Nathalie Coupai, Pierre Collin, Marc Legauh, Linda Roy, Guy Thauvette.Image: Pierre Jodoin.Musique: Helmut Lipsky.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Il y a des films qu’on a envie de défendre malgré leurs défauts évidents.À cause d’une atmosphère qu’ils parviennent à créer, de la beauté des décors et des images, d’un souffle, d’un sentiment de mystère caché derrière eux.Aussi parce qu’on reconnaît une griffe au cinéaste qui les a engendrés.Le Québécois Stefan Pleszczynski nous avait donné en 1997 l’excellent moyen métrage L’Homme perché, réalisé avec des bouts de chandelle et beaucoup d’humour.On attendait avec hâte son entrée dans les ligues majeures du long métrage.L’Espérance, dont le tournage fut difficile, n’est pas, hélas, l’œuvre forte qu’on espérait, mais il dégage un parfum insolite qui colle à l’univers de ce cinéaste, dont le talent ne demande qu’à éclore.Déparé par plusieurs invraisemblances et des mauvais raccords, le scénario est pourtant raboudiné à la va comme je te pousse.D lui manque des liens explicatifs, une cohérence, des situations qui tiennent toujours debout Dommage! Car il y a de belles choses: un climat saugrenu, surtout Le cadre du film est enchanteur un petit village gaspésien maquillé en bled du temps passé.Cela dit région éloignée pour région éloignée, côté histoire bien cousue et rythme dynamique, on est loin des prouesses de La Grande Séduction.^ L’histoire est celle d’un village côtier perdu, baptisé L’Espérance, jadis cadre d’une tragédie minière qui a coûté la vie à plusieurs hommes du coin.Leurs veuves, des adolescents et quelques vieillards composent la faune locale, parmi laquelle débarque un Survenant diabolique (Patrick Labbé), bel étranger qui s’installe dans une maison abandonnée et sème le trouble autour de lui, en mettant son nez dans les malheurs d’autrefois.Désir sexuel, quête de l’on les sentiments exacerbés appellent le drame, qui viendra, bien entendu.Point positif: la présence de la jeune et très naturelle Esther Gaudet dans la peau d’Angela, une adolescente qui ressent ses premiers émois amoureux envers l’étranger, dont le cœur bat pour une autre.Mais Patrick Labbé a l’air trop sain pour le rôle machiavélique qui lui échoit L’intrigue se vit aussi à travers le trouble de Zak (Maxime Dumontier, attachant et troublant), ado et ami d’Angela, qui deviendra un homme à travers la série d’épreuves qui l’attendent.Isabel Richer incarne avec une force rugueuse et intense la veuve Corinne, flamme du nouveau venu.Une des plus belles scènes du film sera une fête de village dégageant charme et angoisse.Une des plus belles trouvailles: la tête de la statue du découvreur de l’Espérance, décapitée, frappée comme un hallon, oubliée sur la grève.Chaque habitant du village vit à sa manière le malheur qui flotte sur les lieux, belles veuves sans hommes, adolescents désœuvrés, vieux malheureux qui entretiennent un sentiment de culpabilité.Mais l’interprétation est inégale, et plusieurs rôles secondaires ne se justifient guère.Avec un si beau village pour cadre, l’idée du polar en huis clos était intéressante, mais toutes sortes de pistes sont abandonnées en cours de route, comme celle d’un homme attaqué par le héros qui disparaît sans qu’on sache où.L’histoire a des trous.Ce qui n’empêche pas l’atmosphère de légende de flotter sur le film, en lui apportant une dimension magique qui ne demande qu’à s’imposer au-delà des maladresses de L’Espérance.Stefan Pleszczynski a eu un projet ambitieux, qui lui a çà et là glissé entre les doigts, au fil d’un tournage éprouvant, entre autres.Mais il possède un regard et un imaginaire qui devraient donner plus tard vraiment leurs preuves.Confusion des genres U PEAU BLANCHE Réalisation: Daniel Roby.Scénario: Joel Champetier et Daniel Roby, d’après le roman de Joel Champetier.Avec Marc Paquet, Marianne Farley, Frédéric Pierre, Jessica Malka, Joujou Turen-ne, Julie Le Breton, Lise Roy.Image: Eric Cayla.Musique: Martin Lord.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Drôle de mélange que cette Peau blanchel Habituellement, les films qui jonglent avec les histoires de vampires et autres créatures fantastiques destinées à distiller l’angoisse se cantonnent en des zones extrêmes, avec du sang, des aventures rocambo-lesques à caractère surnaturel ou beaucoup d’humour (comme dans Karmina), bref pas grand-chose dans le scénario qui colle à la vraie vie.Pas ici.Adaptant à l’écran le roman de Joel Champetier, Daniel Roby, pour son premier long métrage, a jumelé — rare union — l’atmosphère d’un film d’auteur à celle d’un conte fantastique.Ce qui commence comme la classique histoire de colocataires mariant tant bien que mal leurs quotidiens et faisant la fête à l’hôtel deviendra bien vite une histoire de succubes qui vident les hommes de leur substance pour s’en nourrir.Ces vampires femelles, ici membres d’une même famille composée exclusivement de femmes, n’ont rien à voir avec Dracula.Sous des dehors aguichants, elles recherchent l’union physique afin de pouvoir planter leurs dents dans une jugulaire gorgée de sang.Mais voici que l’une d’entre elles, Claire (Marianne Farley), refuse de souscrire aux mœurs familiales et dépérit sous les yeux désolés de son amoureux, Thierry (Marc Paquet), qui détestait les rousses avant de craquer pour Claire, laquelle lui en fait pourtant voir de toutes les couleurs.Henri (Frédéric Pierre) est le colocataire de Thierry et tout a commencé quand une des escortes qu’il a conviées pour lui et son ami l’a attaqué sauvagement Dans La Peau blanche s’entremêlent donc des éléments de thriller, de la chronique intimiste d’une amitié masculine, d’une romance et d’un film de vampires, avec une caméra sensible qui ne traque pas l’effet-choc.Le mélange ne produit pas les meilleurs effets, car le ton doux et l’horreur ne font pas très bon ?POIGNANTE PASSION’ "DEUX FOIS BRAVO! GRANDIOSE!" "UN FILM PUISSANT, TROUBLANT!" Passion M ¦ H f&âiÉ ménage.Les genres, qui ont chacun leur rythme, s’emboîtent mal.De plus, la direction d’acteurs apparaît très faible et la plupart des interprètes jouent faux, ce qui n’est pas pour ajouter quelque vraisemblance à cet univers en deux temps.Seule Marianne Farléy, en vampire repentie et amoureuse, montre un certain charisme.Les actrices qui campent ses sœurs et sa mère font dans la caricature alors que Marianne Farley ménage ses effets.Deux rythmes donc, et qui boitent En fait, on se demande à quel public s’adresse vraiment La Peau blanche.Les ados amateurs de films gore sanguinolents s’y trouveront en panne de vraies sensations fortes et les amateurs d’œuvres d’auteur à registre plus confidentiel y perdront leurs repères.Malgré tout Daniel Roby a manifesté une véritable audace en tentant pareille aventure pour un premier long métrage.Cette incursion dans l’entre-deux-mondes lui aura sans doute appris beaucoup sur les pièges de la confusion des genres.Réalisé par Claude Desrosiers Pierre-Yves Bernard rt Claude Legault CÊÊÊJtÆÊi BUY STÉPHANE CLAUDE JODOIN CRÊTE LEE/U1T SYLVIE DIDIER MÉLANIE REM MOREAU LUCIEN MAYMARD BOSSÉ "UN ( HEF-D OEUVRE CINÉMATOGRAPHIQUI v\ \\\\ l.ip.miomliuhrisl.com A 1/AFFICHE lajaasaavi [SloSwuSKti [ü^aarcwi .ti rg/saar;n rsfflîüÂVm 7i ri>as?HT5s?7i r^r.ssmB^ EassscsFTi [bsasaanf ^1 [5g aurro —\, ¦¦¦¦ > wmom piavww -i y SON ISCHEBÈAU 18 ?] jCOlOSSUS LAVAL ?] MOTaL PRÉSENTEMENT A L'AFFICHEI i riaairsre°ji !aSo«5s»r i?;n naaaam — QUMO —1 I CNt^LEX OOCON i r— M*aA-PVÏK~ OOZZC —1 I Cirttf.lA - - - TMCHËSÂU H 71 fÜT-BRUNO 71 [pQHT-VtAU 1g fÏTTurr*CHÎ71 [»8S3ilgw«gl71 Ëtfsaa&BgiTi ËsawiSsasaiTi v.^fiNÜÂu~7i rj^aasoM-Ti [«T^Aciss^i ra-aas.-7n ttUWINtOAH 71 |vWt5B&V1111~71 ItSMwSiSb 0771 fowSSoMPyjS/Tl nïouSTTÎtTI [i5Si/Ti£cwi nKÜM.yyn nsassrri ITEuSt/iTle-T! rFil’Sgivi t I
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