Le devoir, 17 avril 2004, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AVRIL 2 0 0 1 NOUVELLES Aux royaumes de Gilles Pellerin Page F 5 ROMAN FRANÇAIS Catherine Cusset au croisement Page F 7 ?LE DEVOIR * Donner des lettres CAROLINE M ONTPETIT LE DEVOIR Vendredi prochain est la journée du livre: la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, décrétée par l’UNESCO en 1995 et célébrée depuis dans plus de 80 pays.Plusieurs libraires profitent de l’occasion pour donner une rose avec chaque livre vendu.Les amateurs de lecture, quant à eux, saisissent le moment d’offrir un livre à un ami.C’est de toute façon le moment, pour les lecteurs que vous êtes, que nous sommes, de dire l’expérience procurée par les livres, mais aussi, pour les lecteurs futurs ou potentiels, d’entrer dans le monde mystérieux et inépuisable des lettres.Pour le romancier Guillaume Vigneauh, qui est le porte-parole de cette journée au Québec, c’est l’heure de se rappeler l’enchantement des premières lectures, mais aussi celles qui, plus tard, lui ont fait découvrir les Carnets du sous^ol de Dostoïevski, ou Sur la route de Jack Kerouac.En entrevue, l’auteur reconnut que bon nombre de ses émois esthétiques lui vien- nent de la lecture, cette activité qui sollicite le lecteur, appelle sa participation et développe sa curiosité et son sens critique.Raison de phis pour lui d’être heureux de participer à cette journée qui célèbre aussi le livre comme fondateur du savoir et de la civilisation.L’intérêt du romancier pour les livres a d’ailleurs commencé bien avant son inscription en lettres à l’université.Très jeune, Guillaume Vigneault écrivait, sans pour autant se sentir guidé par une vocation.En fait, il voulait devenir journaliste.Ce n’est qu’au moment d’écrire le portrait de quelqu’un pour un magazine qui a réalisé qu’il préférait inventer les propos de l’interviewé plutôt que de les rapporter.Voilà une vocation d’écrivain de fiction confirmée.Reste que le romancier se fera un plaisir d’animer des lectures publiques, qui auront lieu au Hall des Pas perdus.En effet, le 23 avril, de 10h30 à 14h, ce hall s’emplira des échos des lectures de contes et des lectures pour tous, faites par des artistes et des écrivains de renom.C’est là aussi que l’activité Lire et faire lire, par laquelle des retraités bénévoles partageront leurs bonheurs de lecture avec les plus jeunes, prendra son envol Mais c’est une multitude d’activités qui se tiendront partout au Québec durant la journée du 23 avril.Lectures, ateliers d’écriture, expositions, rencontres avec des écrivains, lancements et concours se succéderont cette joumée-là, de Val-d'Or à Sherbrooke.Il y aura, pour ne nonuner que celles-là, une amnistie pour toutes les amendes contractées envers la bibliothèque du Vieux-Couvent, à New Richmond, en Gaspé-sie; une présentation de contes et de poésie sur la Terre-mère, par deux artistes autochtones, respectivement des Grand^Lacs et du Nouveau-Mexique, à la Maison des cultures amérindiennes de Saint-Hilaire; ou encore la lecture d’extraits du scénario d’un film sur la Chorale de l’Accueil Bonneau, à l'Accueil Bonneau, à Montréal.La Bibliothèque nationale du Québec présentera une exposition de bandes dessinées québécoises parues dans des quotidiens montréalais de 1904 à 1908, rue Saint-Denis à Montréal.Pour plus d’information sur la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, on peut consulter le site Internet: uiumjmlda.qc.ca.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Dans les années 60, en pleine mouvance felquiste, Pierre Mo-rency, jeune poète révolté, avait écrit un poème, intitulé Je dois dire tout de suite., dans lequel il s’identifiait à qne bombe tombant d’un avion.A l’époque, raconte-t-il en entrevue, la poésie, surtout celle lue en public, s’apparentait pour lui à une explosion de soi.Mais les années ont passé et l’oiseau-poète s’est pacifié, tout en expérimentant les tourments de l’expérience.Sa quête, au fil des ans, a comme pris racine dans la nature, s’est mise au service d’une observation lente et patiente de ses laideurs et 4e ses beautés.A travers ces années, la poésie n’a cessé de l’accompagner: «Je n’ose imaginer ce que je serais devenu si je n'avais décidé, à l'âge de 25 ans, de consacrer le meilleur de mon temps à la création littéraire», écrit-il dans l’introduction à la ré édition de ses œuvres.Pour Pierre Morency, l’un des aspects du travail du poète consiste à «jeter un peu de clarté dans le sombre qui nous ferme à la réalité, élucider les forces obscures, oser affronter la porte noire qui nous sépare de notre vraie nature».«Nous vivons tout à la fins en paradis et en enfer, souligne-t-il encore en introduction à Poèmes 1966-1986.Cest le travail de l’écrivain de les faire mieux voir.» Et qui, mieux que les oiseaux, surgis du fin fond des âges, avec l’mvrai semblable capacité de vo- « Cela prend des ailes pour atteindre ce qui est proche» 1er, nous confronte à notre mysté re, sous la forme de jolies bêtes au chant souvent séducteur?Car l’observation, l’écoute des oiseaux, ces êtres qui nous ont pré cédés sur terre au point de paraître éternels, nous fait plonger à travers l’épaisseur de l’existence, nous rapproche.de la profondeur de notre être.À cet égard, il cite avec émotion l’extrait d’un poème d’Hôlderlin: «Nul ne peut, sans ailes / arriver droit à ce qui est / tout proche, et le saisir / et venir sur l’autre versant.» «C’est cela, dit Pierre Morency au sujet de ces vers, qui résume ma passion pour les oiseaux.Cela prend des ailes pour atteindre ce qui est proche.» Au cours des années, le poète Morency a allié à sa prose les données scientifiques, explorant l’univers des oiseaux aux côtés d’éminents biologistes, apprenant leur habitat, leur comportement, leur chant pénétrant ainsi leurs secrets par le biais de la connaissance objective.Outre ses émissions de radio, le poète a livré une part importante des données compilées dans cette quête dans la trilogie littéraire intitulée Histoires naturelles du Nouveau Monde.Cette approche scientifique, dit-il, l’a aidé à sortir de lui-même, de son intériorité poétique, en même temps qu’elle nourrissait son écriture.Car ce n’est pas qu’évasion que le poète cherche dans sa poursuite fascinée de la faune ailée, c’est aussi une forme de liberté qui habite le monde, qui le survole.VOIR PAGE F 2 : OISEAUX Par sa sensibilité, par sa connaissance, il possède les clefs d’un monde qui échappe à plusieurs.Depuis qu’il est tout jeune, le poète Pierre Morency est fasciné par la poésie et par les oiseaux, par la musique de ceux-ci, leur plumage, leur vol aussi.Cette fois, en plus d’une réédition, Poèmes 1966-1986, publié chez Boréal, l’oiseau-poète offre un livre-disque, Chez les oiseaux (Multi-mondes): une divine promenade pour redécouvrir la beauté du monde, parmi les bruissements d’ailes et le chant, comme un cri des origines, de la nature.Pierre Morency L’insoutenable liberté des oiseaux de a bibliophilie contemporaine o-™'-» le dimanche is avril 20c à la Bibliothèque nationale du Québec, 1700, rue Saint-Denis, Montréal Informâtiops : vvww.bibliopolis.nct/s.ihit LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AVRIL 2004 F 2 LIVRE « EN APARTÉ Les fans frénétiques de Jacques Attali Au sommet de leur palmarès, bon nombre d’intellectuels québécois placent, semble-t-il, Jacques Attali, ce banquier devenu essayiste, chroniqueur, romancier, mais d’abord et avant tout principal conseiller économique de près de 40 gouvernements.Comme le rapportait le journaliste Jean Daniel dans Avec le temps (Grasset), 40 chefs d’Etat l’appellent d’ailleurs par son prénom.A l’instar de bien des journaux du monde, Le Devoir a déjà accordé, même en toute première page, de beaux espaces à ce monsieur et à ses idées.Au quotidien de la rue Saint-Jacques, ses livres, au moins ceux-là, ne passent pas inaperçus non plus.Mais au Québec, c’est peut-être sur le papier glacé de L'Actualité que cet ancien conseiller de François Mitterrand se voit accorder, livre après livre, la meilleure attention.En vertu de quoi?Apparemment d’un don.Un don de prophète.En effet, selon le chroniqueur Jacques God-bout, 4e prophète Attali s'est rarement trompé sur les grands mouvements de société».A l’exemple de plusieurs intellectuels médiatiques qui se retrouvent en lui, Attali fait un peu de vagues et surtout beaucoup de vogues.Le principe qui l’anime est simple: faire croire que l’on est en avance alors que l’on coïncide avec l'opinion.Fonctionner ainsi, par simple réaction au temps présent, permet d’indiquer le sens du vent avec juste assez de retard sur le mouvement général pour donner l’impression d’arriver à temps, voire de devancer un peu tout Homme du spectacle de lui-même, le banquier Attali n’hésite pas à donner la mesure de sa valeur dans le Je an- Fr a nçois Nadeau ?numéro du 25 février 1999 du quotidien Libération: «J’ai écrit 28 livres, traduits en 17 langues, et deux millions d’exemplaires vendus.Pas mal, non?» Ses livres se vendent même mieux que les originaux qu’il plagie.Quel éditeur pourrait espérer mieux?Dans Le Nouvel Observateur, on rappelait le plagiat du livre d’Ernst Junger, Essai sur le temps, par Jacques Attali dans Histoire du temps.Le «prophète» s’était alors permis de reprendre nombre de paragraphes à l’identique, comme il le faisait par ailleurs avec des passages de livres de Jean-Pierre Vernant et de Jacques Le Goff.Attali a aussi été accusé d’avoir repris, pour son journal présidentiel, des conversations philosophiques entre François Mitterrand et Elie Wiesel.Pas étonnant que Roland de Chaudenay, dans son dictionnaire du plagiat, s’attarde à son cas.Attali a, par ailleurs, fait preuve plus d’une fois d’un sens social pour le moins particulier. partir de mai 1998, Attali a agi à titre de conseiller du général-dictateur Denis Sassous Nguesso du Congo.Libération, le 11 février 1999, rappelait d’ailleurs que la firme du «prophète», Attali et Associés (A&A), défend son «souci moral» à l’égard de l’Afrique.Au bureau du penseur avec chauffeur, on explique l’affaire: «Par principe, nous ne travaillons que dans des États démocratiques ou en route vers la démocratie.» Pour le Congo, il doit évidemment s’agir d’accompagner un bon client sur un long chemin de détour.Le 8 mars 2001, Attali était mis aux arrêts par la justice française pour «recel d’abus de biens sociaux et trafic d’influence» dans une très sérieuse affaire de trafic d’armes avec l’Angola, dont on pouvait alors suivre le développement depuis des semaines.Faut-U rappeler aussi aux lecteurs que le bon «prophète» Attali, lorsqu’il occupait le siège de direction de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), en fut chassé pour cause de dépenses somptuaires extravagantes réalisées à son avantage?Dans son plus récent livre, L’Homme nomade (Fayard), le penseur avec chauffeur entend retracer l’histoire de l’humanité en 426 pages, autour du concept de «nomadisme».Les véritables forces d’innovation et de création, affirme-t-il, n'appartiennent pas aux sédentaires mais à ceux qui se déplacent.Dans ce qui peut sembler une longue allégorie d’un monde ballotté par les puissants, il affirme que la planète, réconciliée avec la migration et la sédentarisa- tion, touchera un jour au bonheur.Ce sera alors le monde de la «transhumanité».Mais lisez donc voilà un livre idéal pour l’élaboration de nouveaux consensus chez son coiffeur.Comment expliquer le succès de pareil salmigondis?Avec d’autres, Attali appartient à une famille bien établie de mondains de la pensée, dont la renommée s’est établie sur l’excellent support qu’ils prêtent aux institutions sociales pour lesquelles leurs réflexions servent le phis souvent d’appui.Les enchevêtrements d’idées convenues que produit à la chaîne Attali concourent alors à étendre l’insignifiance du temps présent, tout en prétendant — bien entendu — faire exactement le contraire.Dans l’hebdomadaire montréalais Ici, il y a quelques jours à peine, Pierre Thibeault, le rédacteur en chef, se disait ébloui devant L’Homme nomade, le nouveau pensum de l’essayiste.«Jacques Attali ne fait rien comme tout le monde», écrit-il.C’est bien exact, comme on l’a déjà vu.Pierre Thibeault ajoute: «Déroutant autant qu’éclairant, chacun des ouvrages de cet infatigable surdoué propose d’aborder le monde par le prisme d’une lorgnette qui évite les lieux communs aussi sûrement que Kerouac appréciait les routes américaines.» Imaginez, je vous prie, Kerouac et les siens, ces amoureux fous de la liberté, qui croisent un jour en voiture Jacques Attali, avec ses livres sous le bras.Que font-ils?De deux choses l’une.Ou ils poursuivent leur route, ayant mieux à faire que de s’arrêter.Ou leur sens de la liberté leur donne tout simplement envie de donner un solide coup de roue.OISEAUX Liber Pierre Clément En finir avec Vinconscient Pour une renouveau de la psychanalyse 244 pages, 26 dollars BN HNm AVEC l INCONSCIENT I Marcelle Racine CS t/tÀ, i l a légende de Maria L hapdelaine.C e roman nous lait découvrir la femme (. M»>nw'|*.n.- Lé Maiw Fonte Vylf Venez entendre nos auteur(c)s dans le cadre de la journée mondiale du livre et du droit d auteur le vendredi 23 avril 200 i à partir de 19 heures au Café-Ailleurs ! ?, 1373, rue Beaubien Est angle De Lanaudière i MAjpt; i\ AURpvii ii F mm Les Années-rebours ROMAN Ovy Vtn*lfle Les Années-rebours VICTOR-LEVY BEAULIEU DE RACE DE MONDE AU BLEU DU CIEL l lu superbe roman sur les lois de l’amitié, les transgressions de l'amour, tes jeux du désir et le temps qui passe.:;»4 pag.LES ÉDITIONS W W W.V A K 1 A EDITIONS TROtSHSTOLi avec Gaston Miron « Le Feu du Mauvais Temps con l’un des hommages les plus vibrants rendus i la mémoire des Acadiens.» Guy Cloutier, Le Soleil ¦- ^IPSAUMec Claude Le Bouthiüier LcPnvifégedeL Le cheminement de deux amis et associes Un témoignage unique sur l'Hexagone: ses artisans, son évolution, son impact littéraire, culturel et social.Le Feu du Mauvais Temps 384 p.• 25 $ [’HEXAGONE XYZ éditeur, 1781, rue Saint Hubert, Montreal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : (514) 525.21.70 • Télécopieur : (514) 525.75-37 Courriel : info@xv
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