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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier H
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-06-07, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SA M E I) I El l> I M A \ l II E S .1 f I N > (I O S M EBECOIS PHOTOS: PHILIPPE POULLAOUEC-GONIDEC Le paysage n’est pas une carte postale Il faut protéger les lieux et les mémoires qui les habitent L’Europe s’est donné une convention qui protège les lieux, tous les lieux, indépendamment de leurs fonctions et de leur histoire.Au Québec, d’autres prennent des initiatives qui vont en ce sens.Le paysage déborde du contexte qui l’a vu naître.NORMAND THÉRIAULT Mont Ventoux.avril 1336: «Aujourd'hui, mû par le seul désir de voir m lieu réputé pour sa hauteur, j'ai fait l'ascension d'un mont, le plus élevé de la région, nommé non sans raison Ventoux.- Avec cette phrase, par ce texte qui porte en titre d'ouverture le mot «ascension».Pétrarque devint le premier que l’histoire retient à faire du paysage un sujet qui soit à la fois digne d'observation et suffisamment intéressant pour quH soit objet d’ecriture.Avec lui, le paysage devient un élément de civilisation, de «non-civilisation» en fait, car le sublime ne peut être ressenti qu'au contact de la nature.Par la suite, les romantiques allemands, et d'autres aussi, venant de toutes les origines géographiques, trouveront dans la nature tourmentée matière et sujet pour l'envol de l'âme.Le concept de paysage prend ainsi forme.On peindra les Alpes, on photographiera les Rocheuses et plus d’un et d'une, des siècles après les œuvres qui ont fait découvrir les sites, se rendra voir les sources du Yang-tsé quand d'autres visiteront les montagnes sacrées.que ce soit le Fuji Yama des Japonais ou les cimes que vénèrent encore les Navajos.Lieux de mémoire Le mot «paysage» s'inscrit ainsi dans les l « imaginaires collectifs et les adjectifs «sublime» ou «vierge» s’y accolent.Pour d’autres, pourtant, rien ne vaut Paris ou New York, et les Allemands Becher construisaient dès les années 60 une œuvre dont l'objet représenté était le puits de mine abandonné, qu'il soit sis en Allemagne ou dans un pays limitrophe.Toutefois, avant que l'on n’accole aux banlieues ou aux usines ce mot qui raconte des voyages, il fallait qu'un Le Corbusier fesse l’éloge des silos du port de Montréal et que des Américains braquent leurs objectifs sur des tracés d’autoroute.Mais une conscience allait naître: le paysage n’est pas qu’un lieu, il est aussi le résultat d'une action de la mémoire.On va peut-être en Grèce pour traverser ces montagnes que sont les Météores ou s’étendre dans une des îles de la mer Egée, mais il est toutefois obligatoire de monter au Parthé-non ou de s'arrêter à Olympic, là où un Taillibert du passé a construit un premier site olympique.Et tous connaissent quelqu'un ou quelqu'une qui veut voir soit les carrières de talc dans le Roussillon français, soit les barrages qui ont engendré à Manicouagan un lac artificiel ou harnaché au Grand Nord une rivière comme la Eastman.Nécessaire cohabitation Tous s'entendent: il faut protéger la nature.Pour d'autres, comme les Suisses, qui par loi imposent à des gens d'un lieu de construire des «passages» qui permettront aux autres d'aller voir ce que ces gens-là possèdent, la nature doit demeurer d'usage accessible à tous.Au grand dam parfois de l'exploiteur d un site: l'aventure récente d'un certain mont Orford québécois, ça vous rappelle quelque chose?Le paysage n’est pas qu’un lieu, il est aussi le résultat d’une action de la mémoire L’Europe, en tant que corps politique organisé, est cependant intervenue en cette matière: la Convention européenne du paysage a été élaborée, étudiée, votée, et aujourd’hui 35 pays travaillent de concert pour préserver, conserver, entretenir un continent, avec ses lieux, ses sites, avec tout ce que l’histoire et la géographie y ont inscrit.Un coteau de vignes du Beaujolais ne vaut-il pas autant qu’un des milliers de lacs qui ponctuent la forêt finlandaise?Et sur cette Terre où la fourmilière humaine s’étend, quand en des temps de plus en plus brefs un milliard d'individus s'ajoutent, il faut gérer la cohabitation et faire en sorte que la recherche effrénée de ressources, comme l'utilisation des sols et des sous-sols à des fins alimentaires, commerciales et industrielles, ne mette pas à mal tant la nature que le monde urbain et tout ce qui fait la beauté du monde.On parle d’écologie, mais il ne faut pas oublier qu'il faut aussi survivre.Un pays à conserver le Québec a longtemps vécu dans l’inconscience.Les grands espaces, l’abondance des ressources laissaient croire que rien ne pourrait transformer de façon notable ce petit univers.Et un jour, des lignes à haute tension ont franchi le fleuve, les mouettes sont arrivées a Montréal et des lacs ont été trouvés «morts», quand en même temps les forêts cessaient d’être nobles et que les champs dégagés par les pionniers devenaient des sources poDuantes, physiquement et visuellement Et chaque jour on constate qu'une telle dégradation se poursuit Le mot «patrimoine» s’est aussi inscrit dans les mémoires et les histoires locales CHAIRE UNESCO Le paysage urbain est un véritable eiyeu mondial Page 2 sont même devenues dignes d’intérêt la vie d’un village vaut d’être contée et pour certains, Natashquan ou le lac Mingan résonnent mieux à ToreiDe que les plaines d’Abra-ham ou les rapides de l^chine.Et de constater alors que le développement économique, comme l’exploitation des lieux et des sites, n’est souvent qu’un gain bien temporaire, obtenu au détriment de la perte d’un objet, physique ou conceptuel, d’une importance plus grande: arrivera-t-on un jour à faire «disparaître» le fleuve SainM-aurent pour n’en faire qu’un chenal de passage pour porte-conteneurs?la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal a ainsi découvert que son sujet d’étude était localement un thème de débat.lœs divers groupes de protection du paysage — ils sont plus d’une quarantaine au Québec — ont un jour ou l’autre contacté cet établissement universitaire: pour des avis, dans la recherche d’une solution a un problème donné, pour un point de vue d’expert Et Québec a demandé à ces chercheurs de produire un Guide de gestion des paysages au Québec, qui, la rédaction conclue, a reçu en sous-titre: lire, comprendre et valoriser le paysage.L’occasion était trop belle: pourquoi ne pas rassembler tous les acteurs locaux qui ont à cœur la préservation du paysage, qu’il soit industriel, urbain, agricole, forestier, aquatique, dans le cadre d’un forum et amorcer alors une réflexion, et possiblement une action, qui soit collective?Cela aura lieu les 16 et 17 juin prochains, avec pour objectif d’arriver a implanter au Québec une mesure équivalant à celle que l’Europe multiple a mise en place.Un jour, le Québec aura sa convention du paysage.Tous s’entendent elle est nécessaire.Alors, quand?Le Devoir 4 t U.: '¦ i*™ FORUM QUÉBÉCOIS SUR LA DEMANDE SOCIALE «Les Québécois ne savent toiyours pas à qui s’adresser en matière de paysage» Page 4 MONTRÉAL Le Plan d’urbanisme adopté en 2004 donne les balises du développement futur Page 2 QUÉBEC La ministre St-Pierre souhaite la consécration du paysage avant la fin de l’année Page 3 L’ÎLE VERTE «Pour que le Québec conserve des lieux , uniques qui témoignent de son histoire» Page 4 EUROPE Une Convention européenne du paysage pour protéger, gérer et aménager les territoires Page 5 11 I.K I» K VOI H .I K S A M K I) I K I I) I M A N < Il K K I I I N ü (Ml K AYSAGES Chaire UNESCO en paysage et environnement Le paysage urbain est un véritable enjeu mondial « Il faut privilégier un dialogue ouvert entre les experts et les citoyens » Une belle vue sur le fleuve Saint-I^aurent, les oies blanches par milliers sur les battures, l’île d’Orléans en arrière-plan: voilà le type d’image qui vient généralement en tête lorsqu’on évoque le paysage.Pourtant, c’est désormais beaucoup plus qu’une simple notion d’esthétique, et de plus en plus la population mondiale est sensibilisée aux enjeux du paysage.Cette évolution s’est réalisée en partie grâce au travail de Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l’Université de Montréal.PHILIPPE POULLAOUEC-GONIDEC w: %* mmt warn L’an dernier, la ville de Ganghwa, en Corée, a eu la chance d’accueillir une équipe d’experts locaux et internationaux pour évaluer son plan d’urbanisme.MARTI N K LETAKTE T e papoue, ce n’est pas seule-'' 1.V ment ce qui est beau ou pittoresque.En fait, c'est un concept de qualification historique, culturelle, sociale, écologique, esthétique ou économique d'un territoire, qu’il soit d’usage industriel, résidentiel, touristique ou agricole», indique Philippe Poullaouec-Gonidec, un spécialiste qui est titulaire de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de rÛniversité de Montréal et qui est notamment associé aux travaux de la Convention européenne du paysage.Car, en matière de législation entourant la notion de paysage, les pays européens ont ime bonne longueur d’avance sur le Québec.En 2000, la Charte de Florence a obligé les pays européens à adopter des politiques pour protéger, mettre en valeur et développer le paysage européen.Le Québec en retard ?«Au Québec, depuis plus d’une décennie, nous travaillons avec le gouvernement pour définir les principes de gestion des paysages.Or nous n’avons toujours pas de cadre législatif pour mettre en valeur et développer le paysage québécois», indique Philippe Poullaouec-Gonidec.Toutefois, du côté des initiatives locales pour préserver le paysage, il semble que le Québec n’ait rien à envier aux pays du Vieux Continent.C'est d'ailleurs ce qui sera illustré lors du 1" Forum québécois sur la demande sociale en paysage, k's 16 et 17 juin à l'I Iniversité de Montréal.«Au Québec, nous voyons vraiment une grande participation de citoyens et d’associations de toutes sortes pour préserver, mettre en valeur et développer le paysage local», affirme M.Poullaouec-Gonidec.«Pour des raisons multiples, que ce soit pour une question de bien-être ou de tourisme, des gens ont le souci de préserver et de développer l'identité singulière de leurs paysages emblématiques», ajoute-t-il.Une expertise bien québécoise Cette mobilisation des acteurs locaux ne résulte toutefois pas d’un manque d’expertise dans le domaine du paysage au Québec.Au contraire! «Im Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal est la seule que l’UNESCO soutienne dans le monde.L’expertise, elle est ici! Et nous allons un peu partout dans le monde pour travailler avec des communautés sur des questions de paysage», affirme M.Poullaouec-Gonidec, interrogé par Le Devoir justement quelques jours avant qu'il ne s'envole pour la Chine, où il prépare le prochain workshop-ate-lier/terrain (WAT) de la Chaire.L'an dernier, c'est la ville de Ganghwa, en Corée, qui a eu la chance d’accueillir l’équipe d’experts locaux et internationaux-«Ganghwa est une ancienne ville royale qui a joué un rôle majeur dans l’histoire de la Corée.Or on s’apprêtait à tout raser et à appliquer un plan d’urbanisme sous forme de grille, sans tenir compte de la texture de l’endroit, de son histoire, de son réseau de rues et de ruelles», explique M.Poullaouec-Gonidec.Finalement, différents plans de paysage concordant avec les spécificités du territoire ont été proposés et un jury, où siégeait le maire de la ville, a choisi un projet qui doit maintenant être réali- sé.La ville de Mahdia, en Tunisie, a aussi accueilli un WAT, tout comme Sàida, au Liban, et Marrakech, au Maroc.Encore du travail à faire Si une équipe en partie québécoise se promène à travers le monde pour faire profiter d'autres villes de son expertise, on peut être tenté de conclure que la province est un modèle en matière de paysage.Or ce n’est pas tout à fait le cas, malgré les nombreuses initiatives locales intéressantes.Prenons comme exemple la région de Montréal.«Le plan d’urbanisme de la Ville aborde la question du paysage urbain seulement en faisant référence aux vues sur le mont Royal et sur le fleuve.Ce sont deux points emblématiques de la ville et c’est bien de vouloir les protéger et les mettre en valeur, mais on doit aller plus loin», affirme M.Poullaouec-Gonidec Le spécialiste croit qu’il est grand temps que l'on valorise les paysages de proximité des gens.«Par exemple, les jardins de rue aménagés par des citoyens ont une valeur sociale et culturelle très importante.Ces réalisations créent un caractère identitaire pour un espace et ont beaucoup plus d’impact sur la vie des gens que les grandes vues sur le fleuve ou sur le mont Royal», affirme-t-il.Et, comme la plupart des villes dans le monde, Montréal fait face à de grands défis en matière d'étalement urbain.«Cela se fait souvent à une vitesse effrénée, sans porter attention aux valeurs paysagères associées au lieu.Prenons la Rive-Sud de Montréal.Pour plusieurs, c’était un non-lieu à développer.C’est faux! C’était un terri- toire agricole, avec son système de rangs et ses anciens noyaux villageois.Il faut en tenir compte», croit M.Poullaouec-Gonidec.Contre le Dix30 et certaines banlieues Voici deux bons exemples contemporains qui ne respectent pas les valeurs paysagères sur la Rive-Sud de Montréal, selon le spécialiste: le Quartier Dix30 et certaines constructions domiciliaires.«D’abord, le Dix30 a été construit presque uniquement en regard de considérations économiques.De plus, certaines maisons construites à flanc de montagne en Montérégie tentent de ressembler à des petits châteaux de la Loire! D’abord, tout cela est de l’image, du décor d’un théâtre de vie qui s'impose à la vue de tous et, de plus, cela n’a absolument rien à voir avec la culture des lieux et l’histoire du Québec», déplore-t-il.Pour contrer de tels projets, le spécialiste préconise une approche paysagère qui soit soucieuse des attraits territoriaux, mais qui ne s'apparente pas à une vision passéiste ou à un désir de bloquer toute initiative de développement.«Nous prônons un développement cohérent avec les valeurs associées au territoire.L'un des défis actuels dans nos sociétés est justement de réaliser des projets d’aménagement qui contribuent à la diversité culturelle des territoires, au bien-être des populations et à la préservation de l’environnement.Il faut aussi privilégier un dialogue ouvert entre les experts et les citoyens sur ces questions.» Collaboratrice du Devoir « Il faut se promener à Montréal en levant la tête ! » Le Plan d’urbanisme adopté en 2004 donne les balises du développement futur Les paysages urbains de Montreal Les paysages urbains sont multiples et ne se limitent pas aux seuls espaces verts.Toute la trame urbaine y participe, In Ville de Montréal l’a bien compris, puisque c’est sous cet angle qu’elle envisage le paysage urbain dans son Plan d’urbanisme.JACQUES GRENIER LE DEVOIR In place Riopelle, près du Palais des congrès de Montréal P - mnitrii- PIERRE VALLÉE Montréal est une ville exceptionnelle en ce qui concerne les paysages urbains», souligne André Lavallée, maire de l'arrondissement Rosemont-ln-I'utile-Patrie et responsable de l'aménagement urbain et du transport collectif au comité exécutif de Montréal.Pour s'en convaincre, il suffit d’accepter l’invitation à la promenade qu'il lance.«Il faut se promener à Montreal en levant la tête et non pas en regardant ses pieds, comme on le fait trop souvent lorsqu'on est presse.Il faut visiter Montréal comme si on était en voyage.En voyage, on est plus contemplatif et admiratifrt c'est cette.façon de voir qui nous permet de découvrir la multitude de lieux qui sont exceptionnels.Et après, ce sont ces paysages qui irstent et qui viennent hanter nos souvenirs.Il faut apprendre à voir Montreal de cette manière et prendre davantage conscience de ces lieux qui forment les paysagis urbains montréalais.» la?mont Royal vient immédiatement à l'esprit.«Du haut du belmlè-rc.on peut voir le.fleuve et y reconnaître sa puissance.En tournant la tète, on aperçoit l'entree du canal de iMchine, le berceau du développe- ment industriel de l’Amérique du Nord.Ixs corridors de chemins de fer nous rappellent que Montréal est l’une des portes d’entrée de l'Amérique.» Mais il y a plus à observer: «Ix mont Royal n est pas le seul massif de Montreal, il y a aussi le massif du centre d'affaires de Montreal et ses edifices.Ce massif agit en contrepoint du mont Royal et se veut un miroir de ce dernier» Un paysage humain Et comme le paysage urbain ne se résume pas qu’aux parcs et espaces publics, certains quartiers offrent aussi des paysages urbains.«Prenons le Plateau-Mont-Royal.Cet alignement particulier de triplex avec leurs escaliers extérieurs, les trottoirs avec leurs rangées d’arbres qui les séparent de la chaussée, tout cela est un paysage urbain en soi.Au cœur de Rivières-des-Prairies, on trouve un ancien village québécois, avec son église et son cimetière et les quelques maisons qui l'entourent.Cela aussi, c'est un paysage urbain.Tout comme l’est la nouvelle place Riopelle dans le Quartier international.» Tous ces paysages urbains, pourtant si différents dims leur facture, ont un point en commun.«Ce sont tous des paysages qui sont habi- tés.Pour comprendre les paysages urbains, il faut comprendre que ces derniers sont la plupart du temps habités.Prenons le parc Molson, par exemple.En soi.c'est un parc.Mais comme il y a non loin le cinéma Beaubien et des petits commerces.en plus des résidants, il se forme autour du parc Molson un petit univers.C’est ce petit univers qui finalement construit le paysage urbain.Et c’est un paysage qui est vivant et anime.» Le Plan d’urbanisme Adopté en 2004, le Plan d’urbanisme de Montréal vient donner les balises pour le développement urbain de Montréal.«U fout dire que Montréal est parti de loin.Il y a 35 ans, on avait opté pour l’approche nord-américaine qui consiste à démolir et à reconstruire.» Les mentalités changent, par contre, et en 1992 Montreal se dote d'une première politique d'urbanisme, à laquelle Andre Lavallée a collaboré.«C'est à ce moment que l'on a compris que l'on pouvait développer Montréal sans tout détruire.On s'aperçoit alors que Montréal peut se réinventer sur elle-même.Et c’est alors que l'on décide de foire de Montréal une ville moderne mais à échelle humaine.C’est aussi à cette époque que Von met de Pavant le concept du massif du centre d'affaires.» L'actuel Plan d'urbanisme consacre de nombreuses pages aux paysages urbains.Il est question autant de conservation et de mise en valeur des paysages urbains que de la création de nouveaux paysages urbains.On y fixe aussi les quatre principaux objectifs en matière de paysages urbains: mettre en valeur le mont Royal, le caractère insulaire et les autres éléments identitaires du paysage urbain; favoriser une architecture de qualité et consolider le cadre bâti en harmonie avec le caractère de chaque lieu: valoriser l’espace public par un aménagement cohérent de la rue et des autres lieux publics; et assurer une contribution positive des grandes infrastructures de transport à l’amélioration du paysage urbain.De la place Riopelle à nie Bizard Déjà, on peut voir le résultat de cette approche dans certains éléments de Montréal, comme l’aménagement de la place Riopelle ou l'aménagement des abords du métro Mont-Royal en espace public avec un marché en plein air.La nouvelle rue Notre-Dame devra aussi s’insérer dans cette approche.«Le Pian d’urbanisme donne les grandes lignes de ce que doivent être les paysages urbains, mais l'e/fet réel du plan se fera sentir par percolation lorsque tous les élus et les promoteurs deviendront plus conscients des enfeux On a commis des erreurs par le passé à Montréal et on a laissé construire des horreurs.Mais je crois que ce temps-là est révolu.On ne peut plus uniquement s'intéresser au bâtiment en soi, mais on doit aussi s'intéresser à son environnement.Comment va-t-il s’insérer dans le quartier?C’est maintenant une question que l’on doit toujours se poser» Selon André Lavallée, la réussite du Plan d'urbanisme en ce qui concerne les paysages urbains ne peut se réaliser sans la participation de tous les citoyens et citoyennes de Montréal.«Les élus et les promoteurs peuvent donner une direction, mais chaque personne compte.Même une simple rénovation compte.La clé du succès, c’est que les Montréalais s’approprient Montréal.» Et c'est la raison pour laquelle il invite les Montréalais à mieux connaître leur ville en la visitant «Je m imagine parfois que je fais visiter Montréal à des étrangers et je me remis compte que j’ai beaucoup de choix à leur proposer.Lile de la Visitation?Le Cap Saint-Jacques?Lile Bizard?Les rapides de Lachine?J'invite les Montréalais à foire le même parcours et ils verront que Montréal n'a rien à envier aux autres villes du monde.» Collaborateur du Devoir FIN DE IA CONSULTATION PUBLIQUE QUEBEC 0 Révision de la Loi sur les biens culturels C K C Il I E R STEM A L P l’ B U É PAR LE DEVOIR euf sur ponsaHr: .NORMAND T II K R1 A L Méro à toutes les personnes qui ont participé à eet important exercice de réflexion! La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine Tri.: (âI 4} 985 rf I J I I X d II II H Il I K I U I M ,\ \ I II K 8 \Y$A(iES Chaire en paysage et environnement « Les Québécois ne savent toujours pas à qui s’adresser en matière de paysage » L’Université de Montréal accueille le premier forum québécois sur la demande sociale en paysage, les 16 et 17 juin prochains Si la préoccupation grandissante des Québécois envers les enjeux écologiques est indéniable, la demande sociale à l’égard du paysage est elle aussi en train de se confirmer.Pas très étonnant, puisque le «paysage» est un concept touche-à-tout qui revient constamment aujourd’hui dans les dossiers d’aménagement du territoire.LAURENCE MARTIN Le terme de «paysage» renvoie à la fois au territoire lui-même mais aussi, et surtout, à l'intérêt que portent les populations à ce territoire.«Aux préoccupations écologiques s’ajoutent donc des valeurs sociales comme le cadre de vie, l’appartenance à un quartier m* encore le lien identitaire», expliquent Gérald Domon et Sylvain Paquette, chercheurs rattachés à la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal.Tous deux stint organisateurs du premier forum québécois sur la demande stxàale en paysage.Acteurs locaux La rencontre, qui se tiendra les 16 et 17 juin à l’Université de Montréal, permettra aux acteurs locaux qui ont entrepris des projets de mise en valeur et de protection des paysages de rendre compte de leurs expériences.Ce sera aussi l'occasion pour les décideurs de prendre connaissance des difficultés rencontrées par ces intervenants locaux et d’amorcer un meilleur dialogue avec la société civile.«Ce type de rencmtre n’existe nulle part ailleurs», explique Gérald Domon.Pour lui, l’idée d’un forum sur le paysage qui cherche avant tout à donner la parole au public est complètement nouvelle.Un des buts de cette rencontre est d'ailleurs de mettre en réseau les acteurs locaux des diverses régions de la province.«Des projets d’aména- gement similaires simt réalisés par des habitants des Cantons-ded'Est et ceux de Lanaudière, explique Sylvain Paquette.Qmparer leur expérv'nce respective durant les séances plénières les aidera beaucoup.» Très populaire, le forum réussit à attirer des habitants de toutes les régions du Québec.Au niveau institutionnel, on attend plusieurs élus locaux, comme les maires de Baie-Saint-Paul et de Ifle Verte, MM.Jean Fortin et Gilbert Delage, ainsi que des représentants de différents ministères.Des aménagistes profes-sionnels se joindront également aux discussions.«Nous avons même été obligés de refuser des gens», expliquent les organisateurs.Bien qu'il s’adresse avant tout à la scène locale, le forum accueille deux experts internationaux: Jean-François Séguin, président de la Conférence de la Convention européenne du paysage, et Maguelonne Déjeant-Pons, chef de la Division de l'aménagement du territoire au Conseil de ITurope.Ils s'entretiendront respectivement des «défis du paysage» et des «leçons à tirer de la Convention européenne des paysages, sept ans après sa création».Les débuts du paysage C'est dans les années 1980 que les Québécois commencent à s'intéresser sérieusement aux enjeux liés au paysage.«Avec les projets de corridors hydro-électriques au-dessus du fleuve Saint-Laurent, comme la traversée de Lotbinière, la popula- SOURCE CPEUM U' mont Saint-Grégoire, au sud-est de Longueuil.Un manque de concertation entre les différentes instances décisionnelles bloque le projet novateur Continuum ville-campagne à Longueuil.tion a compris combien il était important de maintenir la qualité visuelle de son patrimoine», explique Gérald Domon.C’est aussi à cette époque que se modifie le rapport des Québécois avec le territoire.Les gens ont commencé à fréquenter le milieu rural moins pour ses dimensions productives, ou agricoles, et davantage pour ses dimensions qualitatives (cadre de vie agréable, sites de villégiature, etc.).Les questions de paysage sont alors devenues primordiales.En dépit de cette demande sociale grandissante, la réponse du ministère de l’Environnement reste timide, constate Gérald Domon.«Tout com me il y a dix ans, les Québécois ne savent toujours pas à qui s’adresser en matière de paysage», précise-t-il.Le chercheur regrette d'ailleurs que la Loi sur le développement durable, adoptée par le gouvernement provincial en 2000, n'ait pas créé un poste de responsable du dossier paysage, comme il en existe un clairement identifié pour le transport ou la pollution.Gérald Domon raconte à la blague que, jusqu’à maintenant, les citoyens qui ont voulu amorcer des démarches de mise en valeur ou de protection des paysages tapaient «paysage Québec» dans le moteur de recherche Google et tombaient sur le site Internet de la chaire de l’Université de Montréal.Plus de concertation, s’il vous plaît! Autre problème majeur en matie re de paysage, qu'affrontent à l'heure actuelle les acteurs locaux: le manque de concertation entre les différentes instances décisionnelles.Le cas du projet novateur Continuum ville-campagne à Longueuil en est un exemple frappant En 2000, le ministère de l’Agriculture a demandé à l’agglomération de Longueuil d’examiner le potentiel d’un grand territoire agricole en friche, situé en périphérie de la zone résidentielle.Le comité consultatif agricole (CCA) a proposé de faire une utilisation multifonctionnelle du territoire périurbain.«C’était une façon d’établir une continuité et des liens entre la zone agricole et la zone urbaine», explique Mélina Planchenault, conseillère en amé- nagement périurbain pour la Ville de Longueuil.Trois volets sont ainsi proposés: le développement d'une agriculture écologique de proximité, la préservation de la forêt agricole périurbaine de 1500 hectares (contribuant à une réduction de 450 000 tonnes de CO.) et la création d'un espace de rie agréable pour les citoyens et propice à leurs activités récréatives (randonnées à pied, balades en vélo, etc.).«Le projet Continuum ville-campagne englobe ainsi parfaitement les demandes économiques, écologiques et sociales de la population à l’égard du paysage», poursuit-elle.Bien que les ministères de l'Agriculture et des Affaires municipales aient donné leur feu vert au projet, le ministère de l’Environnement s’est rendu compte que Longueuil faisait partie d'un grand bassin versant en surplus de phosphore.«Le ministère bloque pour le moment le démarrage des travaux de remise en culture, malgré l’aspect novateur de la planification territoriale agricole durable réalisée dans l’agglomération de Longueuil», déplore Mélina Planchenault.Pour Sylvain Cormier, ce manque de cohérence illustre parfaitement le besoin d’un forum sur le paysage.«La rencontre permettra aux différents décideurs et aux membres de la société civile de se consulter», conclut-il.?La programmation complète du forum est accessible en ligne dans le site de la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal à www.paysage.umontreal.ca.Pour plus d’information sur la rencontre, vous pouvez également communiquer avec Gérald Domon à ge-ralddomon@umontreal.ca.Collaboratrice du Devoir Un lac est devenu une réserve pour la biodiversité JULIE RU!/ Le lac Saint-Pierre ':irJ ' .¦ t,»- : 'VT - La réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre n’est pas seulement un projet de conservation de la nature, bien que ce volet soit important.C’est aussi un vaste projet de développement durable qui associe maintenant l’ensemble des communautés qui s’y trouvent.PIERRE VALLÉE Le territoire de la réserve du lac Saint-Pierre est plutôt vaste.«Il s ’étend du pont de Trois-Rivières jusqu ’à Sorel-Tracy et regroupe six MRC», explique Christian Hart, pré skient de la Coopérative de la reserve de la biosphère du lac Saint-Pierre.Ce territoire comprend trois zones: l'aire centrale qui représente les milieux écologiques à protéger, une Aine tampon où It's activités ne doivent pas nuire aux aires proté get's et une aire de transition où les pratiques de développement durable sont favorisées.1a' territoire du lac Saint-Pierre est demeuré largement sauvage et si's milieux humides servent de halte aux oiseaux migrateurs.On y trouve la plus importante héronnié re de l’Amérique du Nord et la première halte migratoire des oies au printemps sur le Saint-Laurent.On comprend qu'il fut d’abord question de conservation.«Ce sont les organismes de consemition de la region qui imt obtenu en 199$ la designation R.AMS.AR pour ce territoire, par suite de l’Entente internationale sur la conservation des milieux humides.» Ce n’était que le début.En 21XX), ce territoire a été reconnu par 1 "UNESCO comme une réserve de la biosphère selon le programme MAB (Man and the Biosphere).«C’est une attestation renouvelable tous les 10 ans et qui est accompagnée de mandats précis et dévolus.» Développement durable Une réserve de la biosphère a trois fonctions: protéger la biodiversité, favoriser le développement durable et offrir un soutien logistique dans le domaine de l'animation, de (education et de la recherche à ses partenaires.«Nos partenaires sont variés et comprennent les MRC et les municipalités, mais aussi les organismes de tourisme, les agriculteurs, les entreprises privées.Far exemple, un de nos partenaires est QIT-Ffr et Titane de Sorel.» Comme on peut le constater, une reserve de la biosphère n'est pas seulement limitée à la conservation.«On parte ici de "Man and the Biosphère".donc l’activité humaine, comme l’activité économique.tait aussi partie d’une nrseri'e de la biosphère.» D'où le choix du développement durable.«Le développement durable n 'est pas seulement une notion écolo gique.Il y a évidemment le respect de l'environnement, mais il faut aussi ré-pondre aux besoins de la communauté.Une réserve de la biosphère doit se faire pour et par la communauté.» Et la communauté est bien présente.«Nous tenons un forum tous tes deux ans où tous nos partenaires décident en ateliers des priorités à développer.» L’approche du développement durable se veut aussi respectueuse des partenaires et des communautés.«Rien n'est entièrement noir ou blanc.Nous proposons plutôt une approche par petits pas.Dans la mesure où nos partenaires cheminent vers le développement durable.noirs les soutiendrons.» Selon Christian Hart, la réserve de la biosphère est aussi ime manié re de revitaliser le milieu rural en proposant le développement durable comme outil de développement local.«Nous travaillons présentement à un projet de label afin de faire la promotion de nos pnxtuits du terroir et du tourisme durable.» Collaborateur du Di'roir Nous travaillons à bâtir l'avenir et à doter le Québec d'un secteur agricole et agroalimentaire innovateur, compétitif et durable.Fort de la vision d'avenir dont le gouvernement s’est muni à la suite du dépôt du rapport Pronovost en février 2008, le Ministère entend faire jouer un rôle majeur au secteur agricole et agroalimentaire dans la mise en valeur du territoire québécois.*»-t - - - »» « fv Ur V KÆWVX, www.mapaq.gouv.qc.ca/avenir Alimentation n Quebec n n H Iaj nature en héritage Llle Verte passe au paysage humanisé Écrin de verdure et de patrimoine préservé du temps au milieu du fleuve Saint-Laurent, l’île Verte constitue au Québec un joyau unique, tant biologique qu’historique.Mais comme c’est le cas de nombreux endroits à la beauté aussi stupéfiante et recherchée, c’est aussi un petit territoire menacé par le développement économique sauvage et par une inflation immobilière galopante.La solution visant à concilier la croissance et la préservation du patrimoine ! bâti et écologique réside peut-être dans la reconnaissance d’un statut tout aussi unique que l’île elle-même: celui de paysage humanisé.1 Une reconnaissance qur fait l’objet d’un combat de longue haleine.MATTHIEU DUGAL Gilbert Delage n’est pas du genre a se laisser abattre.Ce fonctionnaire à la retraite du gou-| vernement du Québec et économiste de formation I habite (île Verte depuis 2000 et est maire de Notre-I Dame-des-Sept-Douleurs (la seule municipalité de l’endroit) depuis 2003.Li reconnaissance du statut de paysage humanisé est pour lui un long combat qui est essentiel pour preserver l’intégrité de File.«Ça fait depuis que je suis arrivé ici que je travaille là-dessus et ça fait partie des raisons qui m ont incité à faire de la politique.C’est vraiment très long comme combat, mais c'est absolument nécessaire si on veut que IVe demeure un endroit aussi attirant.Avec tout ce que Ton peut voir comme problèmes de développement aux lles-de-la-Madeleine par exemple, je crois qu'il faut qu'on se prémunisse contre les abus d'un développement qui ne profite pas aux citoyens et aux milieux naturels dans lesquels ils vivent.» Mais que vient faire le «paysage humanisé» là-dt^ dans?Même si c’est un type de statut déjà fort utilise en Europe, cette notion est toute nouvelle au Québec et (experience de l'ile Verte constitue en quelque sorte un banc d’essai pour son integration dans la gestion du territoire d'ici.Cependant, même si ce statut juridique a été inscrit en 2002 dans la loi québécoise sur la conservation du patrimoine naturel, aucune collectivite n'en bénéficié pour le mo- ment.Et si jamais (île Verte obtenait cette reconnaissance, elle serait le premier territoire québécois à bénéficier d'un tel statut.Dans un contexte où plusieurs endroits représentant une grande valeur écologique et patrimoniale sont actuellement vises par de vastes projets de développement économique (le projet Kabaska a Levis, par exemple).Gilbert Delage explique que le gouvernement ne voit pas forcément (incursion du paysage humanise dans le décor comme une bonne nouvelle.«Nous sentons une grande prudence de la part des autorités, affirme-t-il, il ne faut pas baisser la pression, et dtsims que.là-dedans, ma connaissance de la machine gouvernementale est primordiale.» C’est que le precedent de l'ile Verte pourrait donner des idées à d'autres communautés.Gilbert Delage explique par ailleurs que c'est la na- ture globalisante de ce concept qui fait peur aux autorités, qui voient en lui, à tort ou à raison, un verrou solide contre toute forme de développement Parce que, dit-il, ce type de statut «prend en compte les transformations du territoire qui ont été réalisées par l’homme, tout en visant à assurer une croissance qui soit avant tout respectueuse du patrimoine bâti et naturel».Le paysage humanisé est donc en quelque sorte une «police d’assurance» qui encadre le développement de lieux qui, sans être des parcs naturels ou des réserves fauniques, doivent concilier la présence humaine et des impératifs de protection.«Nous sommes chanceux, explique Gilbert Delage, parce que le fait que nous soyons une île sur laquelle on ne trouve qu’une seule municipalité avec un territoire bien défini nous aide énormément à circonscrire notre action.» Un statut particulier impose des obligations Et que protège-t-on avec un «paysage humanisé»?Lors d'un colloque organisé par la Chaire UNESCO en paysage et environnement de (Université de Montréal en 2005, Vincent Gerardin et Martin Joly, du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, avaient précisé la portée de ce statut Le paysage humanisé permet, écrivaient-ils, de protéger la biodiversité des écosystèmes, mais aussi «les artefacts de la biodiversité (anciens cultivars, haies de pierre, etc.)», en plus de «valoriser des paysages remarquables façonnés par l’homme et menacés de disparition».Le tout s’inscrit dans une volonté de réaliser «des modèles de développement durable», tout en atteignant «l’objectif de 8 % d’aires protégées au Québec».Gilbert Delage précise qu'un des facteurs fondamentaux qui doivent présider à la reconnaissance d'un tel statut, soit l'appui de la collectivité locale, est entièrement présent à Notre-Dame-des-Sept-Dou-leurs.«Notre communauté est parfaitement consciente des défis auxquels elle fait face, et je peux dire que.dans ce dossier, nous sommes solidement unis.» Une cohésion d'autant plus facile à atteindre que (endroit n'abrite que 40 personnes sur une base permanente, avec une pointe à 300 en période estivale.Mais ce combat n’est-il celui que de quelques privilégies qui ne veulent surtout pas partager leur coin de paradis?Le maire de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est catégorique.«Si on veut préserver le caractère unique de l’ile et surtout si on veut préserver son patrimoine et ses écosystèmes, nous n’avons pas le choix, on doit trouver un moyen d'encadrer le développement.Et cela, on le fait pour que le Québec conserve des lieux uniques qui témoignent de son histoire.Mais je veux être clair, on ne veut pas vivre dans un musée à ciel ouvert.noi4S ne sommes pas fermés à la modernité.» Malgré la frilosité du ministère du Développement durable, de (Environnement et des Parcs dans le dossier, Gilbert Delage croit fennement que le dossier connaîtra un denouement heureux d’ici peu.«D'ici à quelques mois, nous devrions recevoir le statut de “paysage humanise projeté", ce qui est la première étape qui mène vers la reconnaissance totale, d’ici à quelques années.Mais après tout le temps que la communauté a investi là-dedans, ce ne sont pas quelques années qui vont nous décourager!» Collaborateur du Demir t.fxzac L K DEVOIR.LES SA M E I) I ET D I M A X 0 II E M .MIX > 0 O 8 [) A Y S A G E S ii r* Convention européenne du paysage L’Europe veut protéger, gérer et aménager les territoires La convention ne porte pas que sur les paysages exceptionnels, mais aussi sur les paysages ordinaires L’Europe s’est dotée d’un instrument visant à favoriser la protection, la gestion et l’aménagement des paysages: la Convention européenne du paysage.Ce traité, adopté sous l’égide du Conseil de l’Europe, s’applique à la fois aux espaces naturels, ruraux, urbains et périurbains.t'iui im-: roui i \on i uonidki I-a sixième réunion des ateliers pour la mise en œuvre de la Convention européenne du paysage s’est tenue à Sibiu, en Roumanie, en septembre dernier.BRIGITTE SAINT-PIERRE La Convention européenne du paysage ne porte pas que sur les paysages exceptionnels, souligne Maguelonne Déjeant-Pons, chef de la Division du patrimoine culturel, du paysage et de l’aménagement du territoire au Conseil de l’Europe.«Sa philosophie consiste surtout à se souder du paysage ordinaire, quotidien, du cadre de vie des populations, et à voir comment on peut l’améliorer, le valoriser», indique-t-elle.11 existe des territoires où on passe sans les regarder, mentionne-t-elle.«Pourquoi ces espaces ne redeviendraient-ils pas dignes d’un regard?Pourquoi certains territoires seraient très protégés et d’autres, complètement négligés?» La préoccupation concernant la protection, la gestion et l’aménagement des paysages pouvait exister chez certains avant l’adoption de la convention, mais celle-ci lui donne une légitimité et l’inscrit à Tordre du jour des gouvernements, affirme Mme Déjeant-Pons.La convention, adoptée en 2000 et entrée en vigueur en 2004, définit le paysage comme «une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résidte de l’action de facteurs naturels ou humains et de leurs interrelations».Du Portugal à l’Arménie A ce jour, 35 Etats ont signé la convention et 29 d’entre eux l’ont déjà ratifiée.L’Arménie, la Belgique, la Croatie, l'Espagne, la Finlande, la France, la Hongrie, l’Italie, la Lituanie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Turquie et l'Ukraine sont au nombre des pays où ce traité international est en vigueur.La Grèce, la .Suède et la Suisse font partie des Etats qui l'ont signée, mais qui ne l’ont pas encore ratifiée.D’autres pays, comme l’Allemagne, l’Autriche et la Russie, ne Tont pas signée à ce jour.Créé en 1949, le Conseil de l'Europe compte 47 pays membres, comparativement à 27 pour l’Union européenne.Son objectif est de «favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres textes de référence sur la protection de, l'individu».Le Canada a le statut d'Etat observateur au Conseil de l’Europe.Engagements des Etats En ratifiant la convention, les États s’engagent à «reconnaître juridiquement le paysage en tant que composante essentielle du cadre de vie des populations, expression de la diversité de leur patrimoine commun culturel et naturel, et fondement de leur identité».Ils s’engagent également à adopter une politique et des mesures favorisant la protection, la gestion et l’aménagement des paysages, à inviter le public, les autorités locales et régionales et les autres acteurs concernés à participer à l'élaboration et à la mise en œuvre de cette politique, et à intégrer le paysage dans toutes les politiques susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect sur celui-ci.Ils doivent prendre en compte l'ensemble de leur territoire.Ils conviennent de faire de la sensibilisation, de la formation et de l'éducation sur la question du paysage, d'identifier et de qualifier les paysages sur leur territoire et d'adopter des objectifs de qualité paysagère.«L’idée, c’est qu’au départ on délimite une partie du territoire qui peut être plus ou moins étendue», explique la chef de la Division du patrimoine culturel, du paysage et de l'aménagement du territoire au Conseil de l'Europe.D s'agit par la suite d'analyser les caractéristiques du paysage et de déterminer si certains éléments doivent être protégés, par exemple un monument, un étang ou un caractère, dit-eDe.Le reste du territoire doit être géré, c’est-à-dire entretenu, ajoute-t-elle.«Certaines parties du territoire peuvent également être dégradées.U faut alors les restaurer, les réhabiliter.» La convention tient compte des dimensions culturelle, sociale, écologique et économique.«Ixt territoire ne doit pas simplement être beau, il faut qu’ü soit sain et riche de sa biodiversité», affirme Mme Déjeant-Pons, faisant référence à la dimension écologique.«On pense que le paysage crée de l'emploi, génère une sorte ^“attractivité”.ce qui est bien pour l’économie», indique-t-elle par ailleurs.Coopération entre pays La convention encourage une coopération transfrontalière pour la protection et la gestion des paysages qui chevauchent une frontière interétatique.Une telle collaboration a déjà été instaurée entre l’Es- pagne et le Portugal, ainsi qu’entre la Érance et ses pays frontaliers.Le traité prévoit également une coopération à l’échelle européenne.Le Conseil de l'Europe fait parvenir périodiquement aux Etats signataires des questionnaires au sujet de l’application de la convention sur leur territoire.Il organise également des conférences interétatiques, réunissant des représentants des pays signataires.¦ I.idéc n'est pas de venir sanctionner un pays qui n’aurait pas bien mis en œuvre la convention, mais plutôt d’encourager les bonnes pratiques et de les difftser», indique Mme Déjeant-Pons.Le Conseil de l’Europe organise également des ateliers pour la mise en œuvre de la convention, auxquels prennent part des représentants des gouvernements, des universitaires et des professionnels.En février dernier, le Comité des ministres, organe de décision du Conseil de l’Europe composé des 47 ministres des Affaires étrangères ou de leurs délégués, a adopté une recommandation sur les orientations pour la mise en œuvre de )a convention.A compter de l’an prochain, le Conseil de l’Europe remettra en outre le IVix du paysage.«le but n’est pas forcément de récompenser le plus beau paysage d'Europe, mais plutôt de voir quelles ont été les bonnes pratiques et les bonnes politiques paysagères», dit Mme Déjeant-Pons.le prix ixmrra être décerné à une collectivité locale ou régionale ou à une organisation non gouvernementale.la chef de la Division du patrimoine culturel, du paysage et de l'aménagement du territoire au Conseil de l'Europe précise que plusieurs actions,ont déjà été entreprises ixu' di^ Etats, des régions ou des collectivités.D's pays ou les régions se sont lancés dans un travail de caractérisation des paysages.Certains Etats ont adopté des lois sur le paysage, ont créé un prix n;r tional du paysage ou ont mis sur pied un observatoire du pays:ige.«Il y a beaucoup de travaux tous azimuts qui se développent.C'est très satisfaisant.C’est comme s’il y avait une composante à laquelle on n’avait pas pensé et qu’on découvre en quelque sorte», dit Mme Déjeant-Pons.Collaboratrice du Devoir Réseau routier NNH Les autoroutes aussi ont une emprise sur la nature à Montréal, le paysage en actions c'est.On conviendra que nos autoroutes ne font pas partie, loin s’en faut, de ces lieux où on retrouve des paysages dignes de figurer dans les guides de voyage qui vantent le Québec de par le monde.Et même si nos 2000 kilomètres ne deviendront jamais des destinations en soi, force est de constater que de plus en plus d’efforts sont déployés pour en améliorer l’aspect visuel, tout en atténuant leur impact sur l’environnement.MATTHIEU DUGAL Daniel Trottier est architecte-paysagiste et chef du module environnement et aménagement du territoire au ministère des Transports du Québec (MTQ)- D affirme que le Québec a connu une petite révolution récemment en ce qui a trait à la gestion des abords des autoroutes, sur les plans tant écologique qu’architectural.«Nous ne considérons plus nos autoroutes d’un point de vue strictement fonctionnel, mais bien comme faisant partie d’un environnement naturel et visuel qu ’il faut privilégier.» C’est que le «paradigme» autoroutier change.Longtemps, le Québec a appliqué à ses abords d’autoroute la médecine banlieusarde: une belle pelouse courte durant tout Tété.«Certains étés, il fallait tondre la 20 six fois!, affinne Daniel Trottier.En plus de coûter très cher, cette méthode émettait une quantité considérable de gaz à effet de serre.» Et comme si ce n’est pas assez, cette véritable fixation sur la pelouse courte à tout prix a longtemps été la porte d’entrée préférée de l’herbe à poux, une plante hautement allergène, qui adore ces terrains fraîchement coupés.«Notre approche aujourd'hui, c’est celle de la gestion écologique de la végétation, une gestion qui tient compte des différents milieux qui sont traversés par nos autoroutes.Depuis 2000, on ne tond plus les abords des autoroutes, nous privilégions maintenant la plantatkm de végétation adaptée à ce milieu.En plantant des graminées qui font concurrence à lherbe à poux, par exemple, on la contrôle beaucoup mieux.» Cette nouvelle approche est aussi à l’origine de «l’apparition» d’un roseau remarqué par les automobilistes qui empruntent l’autoroute 20 ou l'autoroute 40.Ce roseau, appelé phragmite.est une plante envahissante avec laquelle on a appris à vivre au ministère.Daniel Trottier précise que.même s'il faut en contrôler la croissance, ce SOURCECPEUM L’autoroute 30 à Saint-Bruno-de-Montarville fcsEE ¦KS&ÎÈafti SPSS HHK *r jStknfj roseau présente bien des avantages.«C’est un brise-vent naturel, il prévient la formation de poudrerie et de glace noire durant l’hiver, en plus de constituer un écran contre l’éblouissement des phares des véhicules qui circulent sur l’autre voie.» La tonte du gazon est maintenant limitée, sur les autoroutes, aux deux premiers mètres qui bordent la chaussée, une économie qui rime avec écologie.Architecture Une autre préoccupation nouvelle du MTQ, c’est l’architecture.La région de Québec a d'ailleurs servi de modèle servant à éprouver de nouvelles façons de faire.On peut d’ailleurs constater comment cela se traduit à la jonction des autoroutes Duplessis et Félix-Leclerc, non loin de l’aéroport, où Ton vient de construire un tout nouvel échangeur.Daniel Trottier affirme que «ce nouvel échangeur a été pensé comme un cadre.Pour les automobilistes qui s’en vont vers l’aéroport, c’est un ouvrage qui est une porte d’entrée vers le voyage.C’est aussi un élément qu 'on a voulu illuminer pour les mêmes raisons.» Dans cet échangeur, même l'intérieur des bretelles d’accès a fait l’objet d’une attention particulière.Comme quoi même un no man’s land peut devenir intéressant.«On a voulu créer une sorte d’œuvre environnementale, du land art en quelque sorte, avec un terrassement fait de petites buttes et une tonte partielle qui sera réalisée en utilisant des formes.» Un peu comme dans un champ de soccer.sauf qu'il s’agit d'une bretelle d'autoroute.Rendre les autoroutes plus belles?Avec un peu d'imagination, des fleurs et des roseaux, c'est un pari que fait le MTQ.Collaborateur du Devoir •'Mk i Les routes sont une richesse collective.Les paysages qu'elles traversent aussi.'•* wKr-; Le ministère des Transports du Québec, partenaire de la conservation et de l'amélioration des paysages par sa gestion écologique des abords routiers et ses mesures d’intégration des routes à leur milieu Transports Québec tïrî -1- enrichir réiflVGntGL ^ i:., «Ss-wt’ A.^ nternati< Montréal Havre Montréal @ Territoire Patrimoine Développement Enjeu public Qualité de vie Concertation Mise en valeur du paysage LE PAYSAGE lERF0RUMquébécois I fm I Lm sur la demande sociale en paysage “ACTIONS Montréal, 16 + 17juin 2008 mm É#ISÇ LIEU INSCRIPTION PROGRAMME COMPLET ET Universitt' di Montreal jolaine.frigault@umontreal.ca INFORMATIONS SUR L’ÉVÉNEMENT Amphithéâtre Hydro Québec [salle 1120] 514.343.2320 www.paysage.umontreal.ca Faculté de l'aménagement 2940, chemin de la côte Sainte Catherine RENSEIGNEMENTS paysage@paysage.umontreal.ca ik Moi A .rit ik' MontTval INESC0 paysage et environnement chair* en payuge *t en»ironiM*ment Québec a a Ministère de la Culture, des Commumcatons et de la Condition féminine Ministère des Transports du Québec Ministère des Affaires municipales et des Régions Ministère de l'Agriculture, des Péchenes et de l'Alimentation du Québec Ministère des Ressources naturelles et de la Faune Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs GC Hydro Québec Um* • Hhw • rwwi* Wn tiiQrif rtANÇAKr Consulat gênerai de France A Québec % Université de Montréal
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