Le devoir, 14 juin 2008, Cahier B
LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 J IM Ni 2 0 0 8 Autochtones: un baume sur un mal en profondeur '4 Page B 3 I PHILOSOPHIE Enseigner Machiavel, cet être immoral?Oui! Page B 6 Commission Bouchard-Taylor Quatre enterrements pour un rapport ROBERT DUTRISAC Québec — Quand il sort de sa réserve — quelle réserve?, pourrait-on objecter —, Jacques Parizeau n’en manque pas une.C’est lui qui, au nom de la famille souverainiste dont Gérard Bouchard se plaint amèrement, a démoli avec le plus de force le rapport Bouchard-Taylor.Sans faire dans la dentelle, c’est le moins qu’on puisse dire.C'est un enterrement de première qu’a réservé Jacques Parizeau au rapport «La trame principale de ce travail est une sorte de long procès du Canadien-français.Le terme est un retour en arrière», a livré l’ancien premier ministre dans une entrevue au Journal de Montréal.D transpire du rapport «une sorte de mépris du Canadien-français qui me fait penser à celui de Pierre Elliott Trudeau».Le rapport est «abstrait et fumeux», fait par des intellectuels qui «ne comprennent pas la vie».H est tout juste bon pour «la filière 13», décrète Jacques Parizeau de façon imagée.A côté de cela, la réaction de la On ne chef du Parti québécois, Pauline Marois, a l’air d'un échange de vues dans un salon de thé.Elle rejette également le rapport qui révèle un malaise identitaire chez les Québécois francophones, parce que les auteurs n’y apportent pas de remède.D est vrai que Gérard Bouchard ne pouvait préconiser dans le rapport la solution qu’il envisage pour mettre un terme à ce malaise identitaire: la souveraineté du Québec.On dit que Charles Taylor l’a roulé dans la farine: de fait le rapport soutient implicitement que les Québécois peuvent s’épanouir dans le cadre de la fédération canadienne.En ce sens, la pensée de Bouchard est tronquée tandis celle de Taylor est confirmée.Si Jacques Parizeau taille en pièces le rapport Bouchard-Taylor, le sociologue Guy Rocher, un des pères de la loi 101, n’a pas fait autre chose dans les pages du Devoir de jeudi, avec plus de ménagements toutefois.«On ne peut qu’être frappé par l’insistance qu 'ont mise les commissaires à parier de la majorité québécoise francophone comme d’une minorité.» Le facteur qui a contribué le plus à la crise des accommodements «est certainement lié à l’insécurité du minoritaire.H s’agit d’un invariant dans l’histoire du Québec francophone», lit-on dans le rapport ce que ne manque pas de noter Guy Rocher.Et si on expliquait les inquiétudes des francophones comme des «inquiétudes de majoritaires!», avance le sociologue.Les Québécois francophones ont pris conscience collectivement de leur statut majoritaire, mais cette évolution «est traitée d’une manière ambiguë» par les auteurs du rapport, estime Guy Rocher.D en découle «un problème “pédagogique”.Sans doute qu’une forte proportion de Québécois francophones ne se reconnaissent pas dans l’image d’eux que leur présente ce miroir.Surtout les jeunes qui sont ouverts à l’interculturalité parce qu’ils sont nés dans la confiance majoritaire.» Or le rapport Bouchard-Taylor se veut éminemment pédagogique; les commissaires ne se gênent d’aiDeurs pas pour faire la leçon à la majorité.En ce sens, cette ambition pédagogique tombe à plat A l'instar des souverainistes, les adéquistes ont enterré le rapport Plus que tout autre parti, l’Action VOIR PAGE B 2 : RAPPORT montre aucune hâte à mettre en œuvre les propositions concrètes du rapport Bouchard-Taylor JACQUES NADEAU LE DEVOIR Gérard Bouchard s’est plaint de l’accueil de son rapport dans la famille souverainiste.ADREES [ATIF REUTERS Le spectre de l’Église des années 1950, glorieuse et fastueuse, plane sur le Congrès eucharistique de Québec.Selon le jésuite Guy Paimcnt, la réflexion théologique de l’événement «est orientée vers la remise en place d’un monde clérical et rituel — qui a certes sa valeur, mais qui est profondément remis en question par plusieurs chrétiens aujourd’hui».Un congrès qui sent le schisme «Le Vatican contre-attaque» avec le Congrès eucharistique de Québec, disent des religieux et des théologiens Il y a de la dissidence chez les fidèles québécois.Le Congrès eucharistique international qui s’ouvre demain à Québec rend plusieurs religieux et théologiens mal à l’aise, tant la vision de l’Église qui y sera proposée semble ancrée dans un passé qu’ils estiment révolu.GUILLAUME B O U R G AU LT-C ÔTÉ CA est le Vatican qui contre-at-7 taque»-.pour dire le moins, le théologien Louis Rousseau n’est pas particulièrement inspiré par le programme du Congrès eucharistique de Québec, le 49' du genre.Et U n’est pas le seul.Il y a une dizaine de jours, une vingtaine de groupes et réseaux religieux québécois — allant des Journées sociales du Québec au Forum André-Naud, puis de Développement et Paix aux Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame — ont publié un fascicule de 17 textes de réflexion sur l’événement On y découvre derrière un certain vernis de politesse une critique sévère des orientations choisies pour le congrès par le cardinal Marc Ouellet archevêque de Québec et grand manitou de cet événement dont l’idée avait été lancée par son prédécesseur, Maurice Couture.Le rassemblement d’une semaine constitue une manifestation de réflexion sur la foi chrétienne.Et aussi — c’est à la base de la création de ces congrès en 1881 — une façon de montrer que les pratiquants sont encore nombreux.Fort bien, disent les auteurs du document contestataire.Mais ce congrès «est loin de faire l’unanimité» derrière les discours officiels.Les auteurs, tous impliqués de très près dans la vie religieuse au quotidien, craignent surtout qu’il soit l’occasion de «restaurer l’ancien imaginaire religieux» tout en servant «d’alibi pour retarder les transformations» qui s’imposent afin JACQUES NADEAU LE DEVOIR «On veut imposer un modèle d’Église qui n’a plus de sens», croit le théologien Louis Rousseau.de redynamiser une Église qui se cherche.et qui cherche ses fidèles.En filigrane, on y décote le début de l’expression d’un schisme au sein de l’Église québécoise, partagée entre les partisans du conservatisme rigoureux du cardinal Ouellet et ce.ux qui se sentent plus proches de la tradition d’une Église réputée plus ouverte que fa centrale vaticane.«C’est bon qu’il y ait ce débat à l’intérieur de l’Égfise, esté me [nuis Rousseau, qui enseigne à 1TJQAM et est spécialiste de l’histoire des religions au Québec.Ces groupes [qui ont écrit le document] apparaissent actuellement minoritaires, mais leur (/pinion est probablement le reflet de celle d’une majorité de croyants qui n’osent pas s'exprimer.» VOIR PAGE B 2: SCHISME À compter du 10 septembre 2008 Passez 90 minutes par semaine en compagnie de cinq éminents spécialistes de L’Hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGill Le nombre de places est limité • Inscrivez-vous en ligne aujourd’hui 1 McGill Centre d'éducation permanente www.hopitalpourenfants.com médecine de L’HME Bienvenue à tousl La mini-école de médecine de L’HME accueille toutes les personnes intéressées par la science et la médecine : parents et grands-parents qui souhaitent acquérir des connaissances médicales de première main; jeunes étudiants qui envisagent de faire carrière dans le domaine médical; journalistes scientifiques en herbe; enseignants et personnel de garderie.Tél.(514) 412-4400 x 23996 T L'Hôpital d* Montréal pour onfanti The Montreal Children't Hotpital Oairr univmlulnr dr aanté McGill McGill Unlvrnity llralth Centre 11 LE DEVOIR.LE SAMEDI 11 ET DIMANCHE 15 JC] \ 2 O O 8 B 2 PERSPECTIVES Quand l’UQAM vogue entre la crise de la gestion et la gestion de la crise «Pourfaire des trous de 300 à 500 millions, il faut plus que des problèmes liés au détail de la mécanique administrative» ü 5 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Vue aérienne du site en construction de l’îlot Voyageur, qui a plongé l’UQAM dans une crise financière importante.Qui est responsable de la catastrophe de PUQAM?Le recteur, ses assistants, le ministère de l’Éducation, toutes ces instances combinées?Reste-t-il un bonnet d’âne pour le conseil d’administration et son mode de gestion?STÉPHANE BAILLARGEON Un administrateur administre, trois administrateurs cherchent le meilleur moyen d’administrer et sept discutent de la date de la prochaine réunion, selon un vilain dicton.Le conseil d’administration de l’UQAM comptait deux douzaines de membres de tous horizons «internes» (des professeurs et des étudiants par exemple) et «externes» (des gestionnaires professionnels, quoi) qui ont tous ensemble, sauf exception, regardé foncer un train de mesures vers un gouffre financier dépassant le demi-milliard de dollars.Dans un nouveau rapport déposé il y a une dizaine de jours, le vérificateur Renaud Lachance a fait l’étalage Ci «une aberrante mécanique d’irresponsabilité qui laisse pantois, depuis la démesure irréfléchie de ceux qui ont imaginé ces projets casse-gueule jusqu’à l’engourdissement inquiétant de.ceux qui les ont autorisés sans mot dire», y compris le gouvernement, comme l’a résumé un écjitorial du Devoir.La ministre de l'Éducation Michelle Courchesne a ensuite réitéré son intention de déposer un projet de loi pour modifier la composition des conseils d’administration des universités en assurant une proportion d’au moins les deux tiers d’administrateurs issus de l’externe.Plus de pros de la gestion, quoi, pour régler un problème de gestion.Lequel au fait?Existe-t-il donc une particularité administrative uqa-mienne pour expliquer la gravissime (.rise de cette institution?Ix's ha bitudes autogestionnaires de cette université ont-elles par exemple créé un climat de laxisme à tous les niveaux de la machine, y compris au sommet?Le recteur Roch Denis et ses acolytes de la haute direction ont-il pu rouler tout le monde dans la farine parce que toute la machine uqamienne serait gangrenée et pervertie par un système qui fait que tous et chacun deviennent les gestionnaires incompétents des avantages distribués à tous et chacun, en fermant les yeux à tous les étages de la pyramide?«La différence dans les façons de faire entre l’UQAM ou l’UdeM ou Concordia n’explique pas la crise de l’UQAM, tranche Jean-Marie Toulouse, professeur aux HEC et président du Groupe de travail sur la gouvernance des universités qui a accouché d’un rapport en novembre 2007.C’est une piste loufoque.Pour faire des trous de 300 à 500 millions, il faut plus que des problèmes liés au détail de la mécanique administrative.» Ce qui, pour lui, n’enlève pas de responsabilités au conseil d’administration (c.a.), au contraire.Il demande par exemple, en citant son fameux rapport si les plans de dé- veloppement de l’UQAM étaient clairement présentés, en toute transparence.D présume alors que les administrateurs «n’ont pas tout vu».Surtout, il affirme que si l’UQAM avait suivi les recommandations fondamentales de son rapport, elle aurait pu éviter le pire.«Notre rapport recommande par exemple la création d’un comité spécial de vérification pour suivre les projets immobiliers majeurs.[.] Quand je regarde la situation de l’UQAM, je.me dis qu’au fond, tout ce que nous recommandons réduit grandement la probabilité que de telles dérives se reproduisent.» Gilles Gagné de l’université Laval pense exactement le contraire.Pour lui, «ce qui vient de se passer annonce ce qui risque de plus en plus de se passer», précisément parce que le problème vient de la nouvelle gouvernance plutôt que de l'ancienne.Bref, les gestionnaires font partie du mal plutôt que de la cure.«L’université est un machin auto- géré depuis 1215, rappelle le professeur de sociologie, spécialiste des transformations contemporaines des mécanismes de régulation sociale, quand on le questionne sur les apparences de dérives de l’autogestion, version uqamienne.«L’université Laval est sur le modèle de la corporation universitaire fondée en Eu-nflte au Moyen Age: c’est une corporation formée du recteur, des professeurs et des étudiants.Certaines de ces entités existent depuis 800 ans, avec une continuité beaucoup plus longue que celle de bien des Etats et de bien des entreprises.C’est un machin régulé à l’interne par le conflit et le débat, un machin qui se dispute autour de l’idée d'université et qui s’avère très stable, à l’abri des extrémités, où jamais une idée de fou ne l'emporte.Or, la crise de l’UQAM ne découle pas de cette autonomie.» D’où alors?Le professeur Gagné relie la crise à la mutation récente de l’université soumise aux lois du marché, aux règles de gouvernan- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Roch Denis, l’ancien recteur de l’UQAM ce néolibérales, aux changements utilitaires en tous genres.Il observe que les universités sont gérées par des c.a.où siègent en général des universitaires et des représentants du monde des affaires, et que ceux-ci l’emporteront bientôt partout sur ceux-là.«Roch Denis, entre ses différents conseils de surveillance, avait réussi à se libérer de la vieille université interne sans s’assujettir vraiment aux gouverneurs externes.C’est la situation assez généralisée maintenant.Les gens qui réclament encore plus de contrôle de l’extérieur surestiment beaucoup le pouvoir de régulation des administrateurs externes.Ils se donnent aussi une solution idéologique au goût du jour, alors que les professeurs ont été bien plus efficaces depuis 800 ans pour modérer les ardeurs de leurs recteurs que ne le seront les conseillers en gestion, les spécialistes en placements, les émissaires de Bombardier et du reste qui ne s’intéressent pas vraiment à l’université et qui font du social le lundi soir pendant les conseils d’administration.» Tout de même.Peut-on nier toute responsabilité des corporations universitaires elles-mêmes?L’autogestion et sa tendance à entretenir les privilèges des membres a-t-elle pu jouer un rôle dans la crise uqamienne?Après tout, les professeurs semblent habitués à fermer les yeux sur les privilèges distribués à tout vent «L’importance néfaste des corporations est surfaite par le discours dominant», répond alors Gilles Gagné, qui s’en prend en plus à l’idée que Roch Denis lui-même, un ancien professeur du département de science politique et ùn ancien président du syndicat des professeurs, soit tiré de ce moule du syn-dicaliste-devenu-patron et du gau-chiste-corporatiste-gestionnaire.«C’est un manager qui s’est enflé la tête et qui trouve belles l’inflation des programmes et la compétition des étudiants et qui avait des projets délirants.Roch Denis a construit des résidences pour attirer les étudiants étrangers et des laboratoires pour attirer des compagnies.On l’a laissé courir parce qu’il faisait exactement ce que le management international voulait qu’il fasse pour transformer encore plus l’université en entreprise.R a couru, il a perdu et il a ruiné son université.» Le Devoir SCHISME RAPPORT «Un congrès de ce type est largement organisé à Rome.Le diocèse organisateur n’a pas les coudées totalement franches.» TONY GENTILE REUTERS Cette semaine à Québec, auelque 11 200 participants issus de 75 pays seront réunis.Le tout sera conclu par une messe célébrée sur les Plaines dimanche prochain.L’homélie sera prononcée par le pape en direct de Rome.SUITE DE LA PAGE B 1 Le malaise vient ici principalement de la grande place accordée aux activités d’adoration (le culte du Christ) durant le Congrès.Ce dernier «propose une démarche centrée sur l'adoration du pain consacré, écrit le jésuite Guy Paiement dans la conclusion du document.Nous sommes de ceux qui pensons que l'identité chrétienne ne peut se restreindre à cette dévotion», et quelle a aujourd’hui plutôt besoin d’action concrète de solidarité et d’engagement envers «légalité homme-femme, la vie démocratique, la justice internationale, la sauvegarde de la planète».Le dominicain Guy Lapointe, professeur retraité de l’Université de Montréal et fondateur du Centre culturel chrétien de Montréal, illustre l’inconfort: pendant que les congressistes seront agenouillés, image-t-il, «on ne pourra réfléchir au plus important actuellement: qu’est-ce qu'on fait de la pratique eucharistique [la messe] en 2008?R faut travailler sur l'essence et l'intelligence de la pratique dominicale, des assemblées, du partage que ça implique».De même, M.Lapointe ne comprend pas l’objectif de la Procession eucharistique dans les rues de Que» bec, jeudi.«Quand j’entends parler d'un char où le Saint-Sacrement est exposé d'un côté, avec le cardinal qui prend place de l'autre côté, je me demande vraiment ce qui se passe.J'ai presque envie de sourire.Mais au fond, ça me blesse.» Cela parce qu'il estime que «l'Évangile est beaucoup humble que ça», et qu'il croit que le Congrès tel que préparé donnera une image parfaitement opposée à cette simplicité recherchée.Le spectre de l’Église des années 1950, glorieuse et fastueuse, plane en quelque sorte.«Vatican 1,1 avait ouvert beaucoup de portes de réforme de l’Église, poursuit M.Lapointe.On a l'impression actuellement que ces portes sont en train d’être refermées, qu’on retourne aux vieux rituels, dont la messe en latin est le meilleur exemple.» Pour Guy Paiement, coordonnateur de l’ouvrage, les irritants sont nombreux et partent de loin.«Ïm mise en place de cette opération s'est faite sans concertation, disait-il cette semaine en entretien téléphonique.Le cardinal a tout décidé, et les évêques ont été mis devant le fait accompli, alors que plusieurs n 'étaient pas d'açcord.» À l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), le président Martin Veillette offre une inter-prétation plus nuancée: l'AECQ a été informée des décisions prises et a pu donner son opinion, dit-il.«Mais il ne faut pas oublier qu un congrès de ce type est largement organise « Rome, Le diocèse organisateur n'a pas les coudées totalement franches.» Mais plus largement.M.Paiement estime que «la réflexion théologique proposée nous parait tournée vers le passé.Elle est orientée vers la remise en place d'un monde clérical et rituel — qui a certes sa valeur, mais qui est profimdément remis en question par plusieurs chrétiens aujourd'hui.Et le Congrès fait complètement l’économie de cette remise en question.» Il ajoute que l’événement «passe sous le tapis toutes les personnes exclues par le Vatican depuis plusieurs an- nées».Notanunent les femmes, mais aussi les divorcés et les homosexuels.Rome à Québec Pour Louis Rousseau, c’est tout le volet intellectuel du Congrès qui cloche et s'inscrit en faux des valeurs globales de l’Eglise québécoise.Il souligne ainsi que le «document théologique de base» du Congrès (disponible sur le site du Vatican) représente «une charge en règle contre toute la nouvelle théologie développée depuis les années 60».On y lit entre autres que «la sainte eucharistie contient l'essentiel de la réponse chrétienne au drame d'un humanisme qui a perdu sa réference constitutive» à Dieu et qu’il importe de «réévangéliser le dimanche».Il s'agit selon M.Rousseau d’une forme d’attaque du Vatican, par l’intermediaire «du principal relais de Benoit AT7 au Québec, le cardinal Ouellet».«Le document revalorise la confession, le sacerdoce hiérarchique et impliquant le célibat, la déwtion au mariage, toute une série de choses bouleversées et remises en question dans les années 60.Mais là.Rome revient avec son rouleau compresseur.» Ce «retour à la théologie du Concile de Trente» n’a pourtant aucun avenir, estime M.Rousseau.«On veut imposer un modèle d'Église qui n 'a plus de sens Dans dix ans.il n'y aura plus de prêtres au Quebec.On ne pourra plus faire l'eucharistie avec quelqu ’un qui a fait quatre ans de théologie et qui a juré de rester célibataire.Ce bluff devant l'incontournable mur que ce modèle d'Église s'apprête à frapper est suicidaire et parfaitement régressif.» Ouvriers Le premier Congrès eucharistique a eu lieu en 1881, à Lille.«Cétait déjà l’époque un événement qui apparaissait comme un signe de contradiction dans l'air du temps, relève Gilles Routhier.enseignant en théologie à l'université Laval On tentait déjà de sortir le religieux de l’espace public, et c'était une manifestation pour dire que la religion n était pas privée, qu 'ellé ne se cachait pas » Au début, les congrès se tenaient pratiquement chaque année, puis le cycle a ralenti au début des années 50.Montréal a organisé la 2 P édition en 1910: à l’époque, le fondateur du tout nouveau Devoir, Henri Bourassa.avait volé la vedette en répliquant fermement à l’archevêque de Westminster, qui avait affirmé que tous les catholiques canadiens devraient pratiquer en anglais.Cette semaine à Québec, quelque 11200 participants issus de 75 pays (du moins ceux qui auront réussi à obtenir leur visa.) seront donc réunis pour assister aux diverses célébrations, témoignages, ateliers d’approfondissement de la foi.Une ordination collective aura Heu au CoHsée, et le tout sera conclu par une messe célébrée sur les Plaines dimanche prochain.UhoméHe sera prononcée par le pape en direct de Rome.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 démocratique du Québec représente ces «Québécois d’origine canadienne-française» hors du Montréal cosmopoHte, ceux qui souffrent du «malaise identitaire» évoqué par les commissaires.Le chef adé-quiste, Mario Dumont, s’est étonné que le rapport ne parle pas d'une «culture normative», celle de la majorité, à’«une identité forte et stimulante qui suscite l’adhésion» des immigrants.C’est tout le contraire: sous le vocable d’interculturalisme.le rapport reprend une idée que défend Gérard Bouchard depuis le milieu des années 1990, comme l’a signalé dans nos pages Robert Leroux, sociologue de l’Université d’Ottawa.Les Québécois francophones ne doivent pas se voir comme les détenteurs de la culture de convergence, pour reprendre l’expression de Fernand Dumont Ils doivent plutôt accepter que leur identité se fonde dans une nouvelle culture fédératrice issue des interactions avec les autres communautés ethnoculturelles.Le rapport a été enterré une troisième fois par le gouvernement Charest Sans qu’il ne l’avoue, toutefois.En affirmant même le contraire.Pas plus tard qu’hier dans Le Devoir, Benoît Pelletier prenait partie pour la laïcité «ouverte» préconisée par les commissaires et pour l’interculturafisme.Mais le jour même de la parution du rapport Jean Charest s’est empressé de présenter une motion pour garder à l’Assemblée nationale le crucifix que les commissaires voulaient reléguer au musée.C’est pourtant ça, la laïcité ouverte telle qu’envisagée par les commissaires.Quand on demande au cabinet de Benoît Pelletier si le ministre est d'accord pour que les enseignants puissent porter des signes religieux en classe, comme le hidjab pour les enseignantes, on rigole; on trouve la proposition saugrenue.C’est pourtant ça aussi, la laïcité ouverte.D’une façon générale, on considère au gouvernement que le rapport Bouchard-Taylor est une œuvre d’intellectuels qui nourrit un débat d’idées, surtout entre intellectuels souverainistes.On ne montre aucun empressement à mettre en œuvre ses recommandations concrètes, dont celles qui sont inspirées par cette notion de laïcité ouverte.Le quatrième enterrement du rapport viendra peut-être de cette majorité dont les commissaires disent qu’eL le est malade de son identité, de son «origine canadienne-française».cette tare du «minoritaire».Comme le souligne Guy Rocher, si les commissaires «voulaient rassurer la majorité, leurs propos sont plutôt de nature à l’irriter».Surtout ces Québécois francophones qui s’estiment ouverts aux apports des autres communautés et qui forment sans doute une majorité au sein de la majorité.Le Devoir La chronique de GU Courtemanche fait relâche cette semaine.Elle sera de retour dans nos pages dès la semaine prochaine.Gil Courtemanche \ LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 15 J V I N 2 0 0 8 B B PERSPECTIVES CHRIS WAIT!F RI UTKRS Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine, devant le premier ministre Stephen Harper, en ce 11 juin 2008.Ce jour constitue maintenant un repère historique, où le Canada a officiellement reconnu qu’il a appliqué, a partir de 1840, une politique d’assimilation d’une rare sauvagerie à l’egard des autochtones.Sévices au peuple autochtone Un baume sur un mal en profondeur « On s’est excusé pour les enfants du passé, mais on peut se poser des questions sur les enfants d’aujourd’hui » mm ¦ - m$3m iiii fdÆSm JACQUES NADEAU LE DEVOIR Selon le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, le Canada «a perdu une occasion en or de refaire son image et de proposer un renouveau dans les relations avec les Premières Nations» en ne signant pas la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.Les excuses officielles du gouvernement canadien jettent un baume sur les plaies des autochtones, sans pour autant remédier à un «mal» plus profond.Pendant qu’on reconnaît les torts irréparables causés aux enfants du passé, qui se soucie des enfants du présent?BRIAN MYLES Et maintenant?C’est la grande question que se posent les leaders autochtones à travers le Canada après que le premier ministre, Stephen Harper, eut présenté mercredi des excuses sans équivoque pour les sévices physiques, sexuels et psychologiques endurés par les jeunes autochtones placés de force dans les pensionnats pendant plus d’un siècle, dans un effort délibéré d’éradiquer les langues et la culture autochtones en «tuant l’Indien dans l’enfant».Des centaines de membres des Premières Nations ont écouté chaque parole prononcée par le premier ministre Harper sur la colline parlementaire, des milliers d’autres ont écouté l’allocution diffusée en direct.Ce 11 juin 2008 constitue maintenant un repère historique.C’est le jour où le Canada a officiellement reconnu qu’il a appliqué, à partir de 1840, une politique d’assimilation d’une rare sauvagerie à l’égard des autochtones au nom d'une mission civilisatrice du XK1' siècle dont seul le chef du NPD, Jack Layton, a rappelé explicitement les fondements racistes.M.Harper a admis que le gouvernement a eu tort «d’arracher les enfants à leurs foyers», «de séparer les enfants de leur culture et de leurs traditions riches et vivantes».Cette politique d’assimilation affecte encore le tissu social des communautés autochtones.Les anciens pensionnaires, privés d’amour parental et arrachés à leur langue et à leur culture dans leur enfance, peinent à transmettre des valeurs positives à leurs propres enfants.Les autochtones ont appris une leçon durable au pensionnat soit d’apprendre à se détester soi-même.«Nous reconnaissons maintenant qu’en séparant les enfants de leurs familles, nous avons réduit la capacité de nombreux anciens élèves à élever adéquatement leurs propres enfants et avons scellé le sort des générations futures, et nous nous excusons d’avoir agi ainsi, a reconnu M.Harper.Non seulement vous avez subi ces mauvais traitements pendant votre enfance, mais, en tant que parents, vous étiez impuissants à éviter le même sort à vos enfants, et nous le regrettons.» Des 150 000 enfants arrachés à leurs communautés, environ 80 000 sont toujours en vie.Ce sont à juste titre, des survivants.Dans certains pensionnats, les conditions de vie étaient si dures que les taux de mortalité atteignaient 24 %, et même 47 %.«Même la guerre fait rarement autant de morts que le système scolaire que nous avons imposé aux jeunes Indiens dont nous avons la charge», affirmait dès 1909 le magazine Saturday Night.livrés en pâture à des pédophiles et des sadiques déguisés en homme de foi, privés de tout contact avec leurs parents, leur langue et leur culture duc mois par année, dès l’âge scolaire, les autochtones étaient en droit d’obtenir ces excuses.Selon le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine, cet acte de contrition représente «rien de moins que la réalisation de l’impossible».Il faudra cependant du temps avant de mesurer les effets de cette reconnaissance des torts sur les survivants des pensionnats, pour qui la guérison est un processus permanent de reconstruction de l’identité.Des leaders divisés Les leaders sont partagés sur la sincérité et l'étendue de ces excuses.EUen Gabriel, la présidente de Femmes autochtones du Québec, estime que le premier ministre Harper n'est pas allé assez loin, car il a omis de reconnaître que le système des pensionnats constitue «un acte gé-nocidaire et un crime contre l'humanité» tels que définis par la Cour pénale internationale.Les chefs autochtones semblent cependant d’accord sur un point ce ne sont pas tant les regrets qui comptent mais les gestes qui suivront À cet égard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APN-QL), Ghislain Picard, est inquiet Certes, le gouvernement Harper a accordé deux milliards pour indemniser individuellement les survivants des pensionnats, après que la Cour suprême du Çana-da eut reconnu la responsabilité civile de l’Etat à leur égard.Les conservateurs ont également mis sur pied la Commission vérité et réconciliation, qui tiendra des audiences partout au pays pour que le douloureux souvenir des pensionnats s’imprime dans la mémoire collective, avec l’espoir que naisse «une nouvelle relation» entre les Canadiens et les autochtones basée «sur la connaissance de notre histoire commune, sur un respect mutuel et sur le désir de progresser ensemble», a dit M.Harper.Avec cette initiative de 60 millions, le gouvernement donne suite à l’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones formulée en 1996.Par contre, le Canada de Stephen Harper a sabré 160 millions de dollars dans les budgets alloués à la sauvegarde du patrimoine linguistique des autochtones, qui sont déjà en profond déclin, héritage durable du système des pensionnats (trois langues seulement risquent de survivre au-delà de la deuxième moitié du XXI' siècle).Le Canada de Stephen Harper fait aussi partie d’un groupe sélect de quatre pays qui ont refusé récemment d’entériner la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.Selon M.Picard, le Canada «a perdu une occasion en or de refaire son image et de proposer un renouveau dans les relations avec les Premières Nations» en ne signant pas cette déclaration.«Il est manifeste qu 'après 500 ans, le colonialisme est toujours bien vivant au Canada», a-t-il dit lors de son passage à New York.Selon M.Picard, il ne fait pas l’ombre d’un doute que les valeurs qui sous-tendent le système des pensionnats sont encore présentes dans un Etat qui tente «depuis tout ce temps, de contrôler toutes les facettes de notre mode de vie, de la naissance à la mort en passant par l'éducation».Au-delà des excuses, c’est d’autonomie gouvernementale que les chefs veulent entendre parler.«Le mieux qu'on puisse espérer, c'est un changement d’attitude.On n’a pas le même privilège que les partis d’opposition, qui jaugent l’action du gouvernement tous les jours.Tout ce qui nous reste pour nous faire entendre, c’est la place publique.Im question autochtone mérite un peu plus de respect que ça», estime M.Heard.Démographie encourageante Tandis que le groupe majoritaire connaît un choc dû au vieillissement de la population, les Premières Nations affichent une pyramide démographique qui ferait l’envie de toutes les nations occidentales.La population autochtone (1,17 million de personnes) a augmenté six fois plus vite que celle du reste du Canada dans les dix dernières années.L’âge médian est de 25 ans chez les membres des Premières Nations.15 ans plus jeune que l’âge médian du reste du Canada.Au Québec, l’APNQL estime qu’un peu plus de la moitié des 75 000 autochtones sont âgés de moins de 25 ans.Un bassin de travailleurs potentiels sommeille dans les réserves.Selon le chef Heard, il y aura des besoins pour 12 000 emplois — au bas mot— dans la prochaine décennie pour les autochtones du Québec.Et c’est sans compter les besoins criants des Premières Nations pour l’aide à la petite enfance, comme en témoigne le récent rapport de la vérificatrice générale du Canada.Le financement est inadéquat et il n’est pas adapté aux particularités culturelles des Premières Nations.Un peu plus de 5 % des enfants autochtones (8300 jeunes) sont pris en charge, soit huit fois plus que dans le reste du pays.Au Québec, c’est le même constat Environ 1400 des 11 000 enfants ont été placés une journée au moins dans l’année.Dix mille dossiers sont ouverts bon an mal an, ce qui est énorme.«On s'est excusé pour les enfants du passé, mais cm peut se poser des questions sur les enfants d’aujourd’hui, estime Herre Trudel, professeur en anthropologie au cégep du Vieux-Montréal.En toute logique, on devrait se préoccuper des enfants qui naissent, car c’est là que se joue l'avenir Nous devons miser beaucoup sur les soins à la petite enfance dans les communautés autochtones.» Ces excuses, que M.Harper a présentées de vive voix aux chefs autochtones invités aux Communes, forcent au moins le Canada à regarder les Premières Nations dans le blanc des yeux.«La survie des Premières Nations en cette terre est affirmée pour toujours», a dit le chef Fontaine avec une justesse historique.Hus jamais le Canada ne pourra détourner son regard.Le Devoir Michel David Les fainéants Il y a deux sujets dont les députés à l’Assemblée nationale détestent qu’on discute sur la place publique: leur salaire et leurs heures de travail.Inutile de dire que plusieurs ont mal digéré, jeudi matin, en voyant la manchette de La Presse: iLes deputes se la coulefit douce».Comme pour mieux le démontrer.Le Journal de Montreal rapportait que deux députés (péquistes) .avaient participé la veille à une partie de pêche au camp de la compagnie Kruger en compagnie de Guy Chevrette, aujourd'hui p.-d.g.du Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui a lui-même pris la peine de souligner leur présence au journaliste.A lire les explications qu'un des deux députés, Mar-jolain Dufour (René-Lévesque), a données à mon collègue Antoine Robitaille, l’idée que cette façon de joindre l'utile à l'agréable puisse poser un problème d’éthique ne semble pas les avoir effleurés.«C'est comme un tournoi de golf tu profites de l’occasion pcmr combiner deux actions.» Ben voyons! La présente session à l'Assemblée nationale ne peut d’aucune façon être qualifiée' d’intensive et ni M.Dufour, ni son collègue dUngava, Luc Ferland, ne sont à ce point indispensables qu’il leur aurait été impossible de se libérer quelques heures pour discuter du sort des travailleurs de Kruger sur la Côte-Nord.On peut égalt^ ment supposer que le vice-président aux affaires publiques de Kruger, Jean Majeau, dispose' d’un bureau ailleurs qu’au camp de pêche de la compagnie.Quoi qu’il en soit selon le rapport d’activité de l’Assemblée pour l’année qui se terminait le 31 mars 2(X)8, les députés ont siégé un total de 1102 heures de travail, en plénière ou en commission parlementaire, soit 29 % de moins que l’année précédente, qui était elle-même loin d’être exceptionnelle.Même pour une année électorale, 2007418 a été sérieusement déficitaire au plan du travail parlementaire.En 200304, ki tenue d'élections en avril n’avait pas empêché les députés de siéger durant 1484 heures.Même k*s vétérans n’ont pas k' souvenir d’un horaiie aussi aéré.En toute justice, il faut dire que le temps passé à l’Assemblée nationale ne représente qu’une partie du travail des députés.Il faut y ajouter au moins une journée par semaine dans leur bureau de comté, les déplacements et les nombreuses activités auxquelles ils sont tenus de partiri-per le soir ou les fins de semaine, au détriment de la vie familiale.Il n’est évidemment pas facile d’évaluer avec précision la durée de leur semaine de travail, qui peut varier considérablement se Ion leur ardeur ou les caractéristiques géographiques de leur comté.La dernière enquête sur le sujet, réalisée dans le cadre d’une révision du régime de pension des députés, remonte à une quinzaine d’années.Sur les 96 députés interrogés, 64 avaient dit consacrer entre 48 et 52 semaines par année à leur tr avail de député, 29 entre 44 et 47 semaines, 3 entre 31 et 43 se maines.En moyenne, ils estimaient travailler 70,8 heures par semaine en période de session parlementaire et 61,5 heures quand le Parlement ne siégeait pas.H n’y a aucune raison de croire que les députés sont moins vaillanLs aujourd’hui qu’à l’époque.Même si certains avaient peut-être été un peu généreux dans leur autoévaluation, un salaire annuel de 96 000 $ à 158 000 $ — pour un ministre — n’apparaît pas excessif fl n’en demeure pas moins que le rôle premier des élus est d’ordre législatif et que l’Assemblée nationale tourne présentement à un régime très bas, et rien n’indique qu’il en ira autrement tant que le gouvernement sera minoritaire.Les députés semblent nettement moins préoccupés de trouver un moyen de rendre k' Parlement plus performant que de détenniner qui, du gouvernement ou des partis d’opposition, est responsable de cette flemmardise.Le malheureux retrait du projet de loi sur la procréation assistée illustre bien le blocage.Il serait certainement souhaitable que les traitements de l’infertilité soient couverts par l’assurance maladie, comme le réclament le PQ et l’ADQ, mais la question du financement doit-elle nécessairement être liée à celle de la sécurité?Il devient parfois difficile de distinguer une question de principe d’une chicane partisane.?Depuis des mois, le premier ministre Charest a profité de toutes les occasions pour célébrer les vertus de la “cohabitation» imposée par le résultat des élections du 26 mars 2007.À l’entendre, rien n’empêchait la 38' législature d’avoir une durée presque normale.Depuis quelques jours, on commence toutefois à noter certains signes d’impatience.Aux récriminations des partis d’opposition, dont les nombreux projets de loi ont été systématiquement ignorés, Jean-Marc Fournier a répliqué: «La cohabitation ne signifie pas que le Parlement doit gouverner.C’est le gouvernement qui gouverne.» Hier encore, il leur a reproché d'avoir bloqué le projet de loi sur la transparence des prix de l’essence que le ministre des Ressources naturelles, Claude Bé-chard, avait présenté l’automne dernier.«Ils ont choisi l'obstruction plutôt que la cohabitation.» Il faut dire que le gouvernement lui-même n’a pas fait preuve d’un excès d’initiative législative depuis un an, mais à quoi sert-il de présenter des projets de loi si c’est simplement pour permettre à l’opposition de les bloquer, n’est-ce pas?Si les prochains sondages confirment que le PLQ se retrouve maintenant en territoire majoritaire, M.Charest pourrait bien en arriver à la conclusion qu’elle est décidément trop irresponsable pour faire profiter les Québécois des bienfaits de la cohabitation.D’ailleurs, étant donné les grands défis auxquels le Québec doit faire face, que ce soit en matière d’économie, d’environnement ou — pourquoi pas?— de relations fédérales-provinciales, ne vaudrait-il pas mieux que le gouvernement ait les coudées franches?Puisqu’il lui faudrait un prétexte pour déclencher prématurément des élections, celui-là en vaut bien un autre.Que les fainéants soient à l’aide sociale ou à l’Assemblée nationale, promettre de les remettre au travail fait toujours recette.mdavidfaledevoir.com «Il est manifeste qu’après 500 ans, le colonialisme est toujours bien vivant au Canada » Que les fainéants soient à l’aide sociale ou à l’Assemblée nationale, promettre de les remettre au travail fait toujours recette \i A M E D ! I t ET DIMANCHE 15 J U 1 X 2 0 0 8 L E D E Y O I.E S DITORIAL L’exception qui confirme la règle Enfin! Des accusations de collusion pour hausser le prix de l’essence sont portées contre des détaillants de quatre régions du Québec, et d’autres suivront Une grande pétrolière est en cause, Ultramar, mais ce sont surtout les détaillants qui complotaient pour leur propre profit.Il faut renforcer la loi pour donner plus de pouvoir au Bureau de la concurrence.omme consommateurs, on peut avoir l’impression que des organisations telles que le Bureau de la concurrence du Canada (BCC) sont la pour nous protéger, ce qui n’est le cas qu’indirectement.En fait, l’interdiction de s’entendre entre concurrents pour fixer le prix d’un bien fait partie depuis longtemps des principes de base du capitalisme.Cela peut paraître contradictoire, car, après tout, quel est (! Jean-Robert Sansfaçon l’objectif le plus cher d’une entreprise capitaliste sinon de faire disparaître son concurrent?Le hic, c’est que, sans concurrence, le système ne fonctionne plus.Ces lois concoctées pour protéger le capitalisme contre ses propres excès interdisent aux sociétés d’en acquérir d’autres au point de contrôler une; trop grande part du marché, mais aussi de comploter pour se partager un marché ou fixer le prix d’un produit, des tactiques qui sont aussi destinées a gonfler les profits.Dans le cas des poursuites annoncées cette semaine, ce sont 13 individus et 11 détaillants, souvent des petits commerçants, propriétaires de dépanneurs ou distributeurs locaux, qui ont été pris à comploter pour hausser le prix du carburant dans les régions de Victoriaville, de Magog, de Sherbrooke et de 'Ilietford Mines.L’enquête n’a pas permis de mettre en cause la direction des grandes pétrolières, mais Ultramar a tout de même dû payer une amende de 1,8 million de dollars après avoir reconnu qu’un de ses employés avait participé localement au cartel.Pour ce qui est des autres multinationales, il est tout de même permis de s’interroger sur le niveau d’autonomie dont disposent les employés de ces grandes sociétés, qui sont souvent propriétaires de stations-service.Dans une ville comme Victoriaville, 23 des 24 stations-service s’entendaient entre elles pour hausser les prix, alors qu’à Sherbrooke et à Magog, elles étaient 54 sur 66 à communiquer par chaîne téléphonique.La perte pour les consommateurs a pu atteindre quelques millions.La plupart des commerces étaient affiliés à l’une des grandes pétrolières, mais certains faisaient aussi partie du fameux groupe des «indépendants» qui se plaint depuis toujours de la concurrence déloyale des géants.Le propriétaire de l’un d’eux, Michel Therrien de Pétro-T, est même membre du conseil d’administration de l’Association québécoise des indépendants du pétrole, qui a obtenu du gouvernement du Québec, à l’époque du ministre Guy Chevrette, qu’il fixe un prix plancher dans les régions où la concurrence est trop vive.Curieuse façon de défendre la concurrence que de s’entendre avec ses ennemis pour hausser les prix! Si certains commerçants et Ultramar ont reconnu d’emblée leur culpabilité et collaboré avec le BCC, d’autres devront subir un procès.11 a fallu deux années d’écoute électronique et de visites répétées à cinq enquêteurs pour construire la preuve.Selon ce qu’on a pu apprendre à ce jour, les fautifs n’étaient pas très malins puisque tout se passait au téléphone, ce qui est rarement le cas dans les affaires de cartel entre les grandes sociétés au fait des risques de poursuite.Voilà d’ailleurs pourquoi il arrive si rarement que des entreprises soient condamnées pour avoir enfreint la loi.A Québec, l’opposition s’est plainte que la Régie de l’énergie n’ait rien fait mais, comme l’a précisé le premier ministre Charest, là n’est pas son mandat en vertu de la Constitution.D’ailleurs, pourquoi souhaiter un tel dédoublement de responsabilités?Déjà, il était exagéré de donner à la Régie le pouvoir de pénaliser les détaillants qui vendent leur essence moins cher que le prix plancher sous prétexte de protéger les indépendants.Si on veut aider les consommateurs aux prises avec des prix de l’essence trop élevés, on devrait commencer par annuler cette loi.En revanche, le Bloc québécois a raison de demander à Ottawa d’accroître les pouvoirs du BCC et de lui permettre d’enquêter sans attendre d’avoir reçu une plainte du public.Ce sont eux, les experts du BCC, qui sont le plus à même de relever les indices de complot et de cartel commercial.Pour le moment, les résultats obtenus par le BCC ne sont que l’exception qui confirme que le Canada est encore beaucoup trop laxiste en matière de protection des règles de la concurrence.j- rsansfaconfÿ.ledevoir.com LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l'information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND iî FRi* t>£ UÊftCwCr.F OR ÇiRA va CtfMfMTf au Au n ewiRA*-’ HE.Ûüowtft VouC CHWtv* # PoUt/piRV'VRlDMS UN PAK où M'V A PAS « Trop peu, trop tard Des excuses nécessaires mais combien tardives pour des actes d’assimilation.Même de génocide.Trop peu, trop tard! Des peuples ont en effet disparu sans être répertoriés puisque non recensés.Dans ma famille, nous savions avoir des origines autochtones, comme beaucoup de Québécois.Mon père s’était même procuré au milieu des années 60 une encyclopédie de collection Drouin comprenant notre arbre généalogique.Nous serions même parents lointains de Chevalier Delorimier.Que pensez-vous de ce vol d’identité lorsque je vous apprends que ma mère de 85 ans a su l'année dernière que ma sœur aînée a obtenu ses papiers de Premières Nations?C’est un vol d’identité non monnayable.Inutile de rajouter que nous pourrions tous obtenir nos papiers en nous cloîtrant dans une réserve! Fort discutable.D’ailleurs, il semblerait que les Premières Nations aient plus de documents (censures fédérales) à leur disposition et qu’ils soient à notre recherche.Ne trouvez-vous pas indécent que ma mère de 85 ans ait obtenu confirmation l’an dernier de ses origines hu-ronnes-algonquines par sa mère et son père?Mon père serait un descendant des Micmacs.Je me rappelle avec le recul combien les origines de mes grands-parents maternels étaient évidentes, par leur physionomie et leur connaissance de la nature.Il y avait cependant un malaise lorsque ma grand-mère nous parlait de ses ancêtres.Je sais maintenant combien leur intégrité a été bafouée.On leur avait tellement inculqué des notions réductrices qu’ils en finissaient par ressentir très peu d’estime d’eux-mêmes.C’était mal d’être une sauvage.Une femme ne pouvait partir sans subir la conséquence de perdre son appartenance au groupe.Obligation de vivre cloîtrés au risque d'être reniés et exclus.Ni plus ni moins que du bétail, quoi! Je comprends mal monsieur Bousquet, vous qui êtes nationaliste, votre manière de banaliser et même de glorifier l’assimilation et le génocide des Premières Nations.Ils maîtrisent peut-être la langue française comme vous le dites, mais au détriment de leur propre culture, de leur langue.de leur intégrité.Sans parler de la violence inqualifiable! Comment LETTRES peut-on compenser ma mère toujours vivante pour ce vol flagrant d’une partie d’elle-même?Sachez bien qu’aucun montant d’argent ne peut compenser cette perte! Autant que, pour ma part je ne réclame rien, et n’ai pas l’intention d’aller vivre dans une réserve pour me soustraire à l’impôt.Je comprends très mal que des gens pourtant nationalistes puissent cautionner l’injustifiable.Souverainement Lorraine Dubé 12 juin 2008 Ottawa et la Francophonie La Francophonie est devenue une opération politique où le français a de moins en moins sa place.Le gouvernement fédéral est responsable de l’assimilation de près de 70 % des «Canadiens-français», appellation devenue archaïque, sauf pour Gérard Bouchard.Et pourtant, c’est lui, la «puissance invitante» qui a le haut du pavé, qui prodigue à la Francophonie sa bilingue hospitalité.Sous prétexte de «Loi sur les langues officielles», on impose l’anglais là où, par définition, seul le français devrait avoir cours.Quant à cette fameuse Loi sur les «langues officielles», elle n'a jamais consisté qu’à imposer l’anglais au Québec et ailleurs au Canada, un français de traduction, rare, intermittent cosmétique, dont le Québec est complètement absent On ne compte plus les trahisons du gouvernement Charest En s’inclinant devant Ottawa, en lui cédant l’organisation du Sommet de la Francophonie, le «gouvernement du Québec» renonce à sa fonction de gardien de notre nation et de son caractère distinct D nous confine dans le rôle d’une minorité dominée par l’anglais, et dont la Loi sur les «langues officielles» est l’hypocrite affirmation.Hubert Larocque Gatineau, le 12 juin 2008 Enlever notre nom En dépit de la recommandation de la commission Bouchard-Taylor, il y a peu de chance que l’appellation «Québécois d’origine cana-dienne-française» s’impose.Exacte en théorie, elle est vécue comme un régressif retour en ar- rière par les tenants d’une identité dont l’une des caractéristiques principales est justement d’être passée de canadienne-française à québécoise depuis 1960 — y compris chez les fédéralistes.Le danger est évidemment que, tout en s'avérant incapable d’imposer im nouveau nom, la commission discrédite pour de bon l’appellation «Québécois de souche» souvent utilisée jusqu’ici, sous le prétexte que les autochtones et les Anglo-Québécois seraient eux aussi des Québécois de souche.Cette tentative de réécriture de l’histoire ne résiste pourtant pas à l’analyse.Premiers habitants du pays, les autochtones sont paradoxalement les plus récents Canadiens et Québécois sur le plan de la construction identitaire; par ailleurs, la québécisation de l’identité d’Anglo-Québécois se voulant longtemps British puis Canadian est elle aussi récente: c’est un produit de la Révolution tranquille.En termes de statut et de pouvoir, il est vital que les Québécois de souche aient un nom Le fait que ce dernier rappelle un enracinement identitaire exceptionnel ne saurait déranger que ceux qui ont un problème avec la réalité.Christian Dufour, un Québécois de souche qui veut garder son nom Juin 2008 Avant Champlain Le nom géographique Québec désignait déjà depuis quelques années ce lieu situé au confluent de la rivière Saint-Charles et du fleuve Saint-Laurent quand Samuel de Champlain a fondé cette ville, en 1608, après en avoir décrit le site cinq ans plus tôt C’est ce que montre la carte géographique du monde réalisée par Guillaume Levasseur, à Dieppe, en juillet 1601.Sur ce planisphère, la désignation «quebecq» est inscrite près de celle de Stadaconé.Ce cartographe a dû recueillir cette information sur Québec l’année précédente ou même avant Dans ces descriptions de Québec ou ailleurs dans ses écrits, Champlain ne mentionne pas que ce nom de lieu existait avant ses explorations! Jean Poirier Québec, le 12 juin 2008 REVUE DE P R.E S S Ë Le poids des excuses Manon Cor nellier Les excuses offertes mercredi par le premier ministre Stephen Harper aux anciens élèves des pensionnats autochtones ont eu des échos (différents d'un bout à l'autre du pays.A l’image de la répartition géographique de ces établissements.Ces derniers étaient concentrés dans l'Ouest et en Ontario, tandis qu’il n'y en avait qu’un dans les Maritimes.Alors, pendant que les journaux de l'Atlantique restaient cois cette semaine, les quotidiens ontariens et de l’Ouest croulaient sous les commentaires sur ce repentir historique.Presque tous les éditorialistes et chroniqueurs se sont entendus pour dire que le geste était nécessaire mais que le gouvernement ne pouvait s'arrêter là.Comme le dit James Travers, du Toronto Star, ces excuses, «qui ont pris trop de temps à venir», ne peuvent à elles seules guérir la «blessure encore plus profonde» qui subsiste.Pauvreté, dépendance, suicide sont encore le lot des autochtones.Travers craint que trop de gens voient ces excuses comme la fin du voyage alors quelles devraient servir de catalyseur à la réparation d’échecs systémiques.11 s'inquiète encore plus de l'indifférence politique, qui se traduit par une mesquinerie bureaucratique et une lenteur à agir qui font que «les conditions de vie tiers-mondistes dans bien des réserves sont tolérées, tout comme ont été ignorés les abus dans les pensionnats autochtones».Travers en veut pour preuve l'abandon de l'accord de Kelowna par le gouverna ment Harper, accord qui prévoyait cinq milliards de dollars sur dix ans pour s’attaquer aux problèmes de santé, de logement et d'éducation dans les réserves.Les équipes éditoriales du Star, du Victoria Times Colonist, du Vancouver Sun.du Regina Leader-Post et de bien d'autres quotidiens donnent crédit à Harper pour avoir mis la partisanerie de côté et offert aux autochtones, aux Métis et aux Inuits ces excuses tant attendues.Mais tous s’interrogent sur la suite des choses.Sans réparation, ces excuses seront dénuées de signification, croit le Vancouver Sun.«Comme société, nous devons appuyer ces excuses d'un engagement à donner aux Premières Nations du Canada les moyens d'être des citoyens égaux et capables de tirer partie des forces de leur culture et de partager la prospérité dont les autres jouissent.» Lee Prokaska.du Hamilton Spectator, convient que des excuses ne peuvent effa- cer le passé, mais, «bien senties, elles ont le potentiel de mettre la table pour un meilleur avenir».A ceux qui affirment que c’est de l’histoire ancienne, il rappelle que le dernier pensionnat a fermé il y a 12 ans.«Afin d'apprendre de nos erreurs passées et de les éviter dans l'avenir, nous devons être prêts à en accepter franchement et sans détour la responsabilité, ce qu'a fait Harper.» Le gros du travail reste à faire maintenant ajoute Prokaska Selon le Globe and Mail, la responsabilité pour l’avenir ne repose pas que sur les Canadiens et leurs gouvernements, qui doivent maintenant s’attaquer aux maux actuels des autochtones.«Les communautés autochtones doivent s’engager à mettre fin au paternalisme de leurs élites, à améliorer leur reddition de comptes, à éviter les provocations comme les occupations illégales et les barricades.A bien des égards, le processus de réconciliation ne fait que commencer», conclut le Globe.Bémols Le National Post reconnaît que, s’il y a une injustice qui méritait qu'on s'excuse pour elle, c’est bien celle des pensionnats autochtones, et il espère que le geste atténuera la douleur des survivants.Le quoti- dien avoue toutefois être mal à l’aise avec cette tendance qui prévaut dans plusieurs pays occidentaux à s’excuser pour le passé.Les pensionnats n’étaient pas la politique de ce gouvernement et selon le quotidien, bien des Canadiens jugeront les excuses comme un «geste cynique destiné à capter la bonne volonté que notre société associe à une pieuse contrition».Et ces mots suffiront-ils?Le Post en doute.D craint aussi que les excuses renforcent l’image de l'autochtone victime de son passé.Dernière inquiétude du Post, la réécriture de l’histoire.Le quotidien rappelle que les pensionnats n’ont pas fait que du mal, qu’ils ont aussi offert à bien des autochtones une instruction autrement inaccessible, ce que le discours de Harper ne reflétait pas.«Ah lieu d’informer les Canadiens sur Ihis-toire complexe des pensionnats, le discours leur a donné un monolithe politiquement aseptisé.» Margaret Wente.du Globe and Mail, va dans le même sens.Elle ne s’oppose pas aux excuses faites aux anciens pensionnaires autochtones, au contraire.Les abus étaient réels, la souffrance aussi.Mais elle note que ce n'est pas là toute la vérité.Des enfants y ont acquis la formation nécessaire pour poursuivre des études postsecondaires, un métier, une carrière.«La vérité, dit-elle, dans cette histoire contestée des relations entre aborigènes et colons est un matériau fuyant.» Cela l’est d’autant plus que certains adoptent des discours extrêmes, évoquant même l’holocauste, note-t-elle.Elle craint maintenant que la Commission sur la vérité et la réconciliation nourrisse un discours victimisant et sans nuances.Dans le National Post, le père Raymond J.de Souza a tenu, lui aussi, à faire un portrait nuancé de la situation dans ces pensionnats.Il reconnaît sans détour les abus commis mais soutient qu’on ne peut taire le fait que certains étudiants ont pu tirer profit de leur passage dans l’un de ces établissements.Il précise cependant que «ces bénéfices auraient dû être le résultat d'un choix délibéré des parents et non pas une solution qu’on leur imposait au prix de la dislocation de leur famille».Selon le père de Souza, avouer les méfaits du passé ne permet tout de même pas d’ignorer ce qui a fonctionné ni de mettre dans le même panier tout le personnel de ces établissements.mcornellieriâ ledevoir.com I 1: I l LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET D I M A N VUE 15 JL 1 \ 2 O O S THOHAHOKEN MICHAEL DOXTATER Directeur du projet éducatif sur les autochtones de l’université McGill ^=====î| es peuples indi- L gènes cherchent une réparation pour une longue liste d’injustices qui remontent beaucoup plus loin que celles =^^==J dont ont souffert les victimes directes et réelles des pensionnats, à qui étaient destinées les excuses du premier ministre Stephen Harper cette semaine.En fermant la porte du pensionnat, on tombe dans un corridor bordé d’autres portes que la plupart des autochtones connaissent Le partenariat espéré par le Canada exige maintenant de parcourir ensemble ce corridor.Ma grand-mère Belva, ma mère, June, et mes sœurs aînées, Frances, Lynda et Lillian, ont plus de 100 descendants.Les pensionnats indiens ont changé la vie de toutes ces femmes.Certains descendants ont fait leur chemin dans le monde.Notre famille compte des artistes, des activistes sociaux, des professionnels et des gens d’affaires.D’autres font partie de la liste des victimes des pensionnats, établie en 2006 par Statistique Canada, et de la Stratégie nationale pour la jeunesse autochtone (NAYS).J’en suis.Que nous ayons fréquenté le pensionnat ou les écoles qui se trouvaiçnt dans les réserves, nous avons tous reçu de la part du ministère des Affaires indiennes une éducation qui essayait d’éliminer l’Indien en nous.Assimiler Les pensionnats et les écoles situées dans les réserves n’avaient qu’un seul but: l’assimilation.Les manuels des professeurs du ministère des Affaires indiennes indiquaient qu’il fallait enseigner aux étudiants indiens l’hygiène, la nutrition et l’apprentissage par cœur.Mais dans une section en particulier, on insistait sur l'enseignement aux enfants indiens de «l’obéissance à l’autorité».S’ils étaient parfois traités correctement, les enfants indiens ont aussi été victimes des abus des professeurs, et ce sont ces abus qui ont été reconnus par les excuses du gouvernement du Canada.Mais les excuses de M.Harper semblent prolonger la tradition de i SRC Céline Galipeau leurs de l’actualité entendus dans les reportages et l'image stéréotypée de la femme véhiculée dans les nouvelles.Au début des années 1980, le CRTC créa un groupe de travail sur le sujet, mais il n’a jamais adopté de politique précise et contraignante à l’égard des radiodiffuseurs pour les obliger à accroître significativement la présence des femmes sur les ondes.I>a Société Radio-Canada (SRC), elle, a adopté en 1991 une directive pour assurer une représentation équitable des hommes et des femmes dans ses émissions, notamment en équilibrant les points de vue sollicités auprès des personnes des deux sexes qui se prononcent sur des sujets d’actualité.Evolution La situation des femmes journalistes JACQUES GRENIER LE DEVOIR Sophie Thibault a considérablement évolué au cours des dernières années.Selon Armande Saint-Jean («L'apport des femmes au renouvellement des pratiques professionnelles: le cas des journalistes», Recherches féministes, 2000), près du tiers des journalistes au Québec étaient des femmes au milieu des années 1990.L’accession de Sophie Thibault (TVA) et, dès janvier prochain, de Céline Galipeau (SRC) à la barre des principaux journaux télévisés présentés en fin de soirée témoigne aussi de cette évolution.Diverses analyses de contenu menées depuis dix ans nous permettent d’aller au-delà de ces cas de figure et d’obtenir un aperçu plus précis de la présence des femmes journalistes en ondes.Ainsi, une étude menée par Marie-Eve Carignan de l’Université de Montréal sur des journaux télévisés québécois diffusés pendant une semaine en 2006 nous apprend qu'il y a plus de femmes journalistes dans les bulletins de fin de soirée de Radio-Canada qu’au réseau TVA Sur la chaîne privée, le nombre de journalistes masculins est plus du double de celui des femmes.En revanche, la chercheuse a dénombré 26 hommes et 33 femmes parmi les journalistes de la télé publique (excluant les chefs d’antenne).Des études Ces résultats confirment ceux d’une autre recherche menée par l’auteur de ces lignes sur un plus grand corpus de bulletins de nouvelles de fin de soirée diffusés en 2000.A l’époque, plus de 40 % des reportages présentés au Téléjournal étaient faits par des femmes, comparativement à près de 30 % au TVA de 22h.L’étude de Denis Monière et de Julie Fortier (Radioscopie de Tin-formation télévisée au Canada, Presses de l’Université de Montréal, 2000) portant sur des journaux télévisés présentés en 1998 allait dans le même sens, observant même des pourcentages encore un peu plus élevés de femmes journalistes sur les ondes.Ces données ne suffisent certainement pas à dresser un portrait complet de la situation des femmes dans la profession journalistique au Québec.Elles incitent cependant à tenir des propos plus nuancés que ceux entendus au cours des derniers jours.Cette controverse nous rappelle aussi que la recherche des faits est un exercice essentiel au journalisme.Il semble que certains chroniqueurs soient moins prompts à s’y livrer qu’à simplement donner leurs opinions sur la base d’impressions et de récits anecdotiques.Autonomie économique des femmes La marche est encore longue LORRAINE PAGÉ Ancienne présidente de la Centrale de l’enseignement du Quebec Les membres de l’Assemblée nationale ont adopté mardi à l'unanimité un amendement à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec afin d’y inscrire l'égalité entre les hommes et les femmes.Une reconnaissance importante pour toutes les femmes du Québec, bien sûr, mais qui n'est pas sans paraître paradoxale quand on songe d'où provient l'initiative.En effet, elle vient du gouvernement liberal de Jean Charest, qui a justement fait adopter des lois ayant pour effet de maintenir de nombreuses femmes au Québec dans un état de dépendance économique.Ce n’est pas demain la veille que toutes les Québécoises pourront enfin atteindre l’autonomie économique, un rêve poursuivi depuis longtemps par les féministes québécoises.11 faut se rappeler qu’au début du XX' siècle, le vent du féminisme s’est mis à souffler sur la société québécoise.Des revendications des premières féministes, on a beaucoup retenu celle portant sur l'obtention du droit de vote des femmes, qui a revêtu un caractère emblématique à cause de la vive opposition qu’elle a soulevée.II serait toutefois réducteur de laisser croire qu’elle était la seule mise en avant par les féministes de l’époque.Encore parmi les plus pauvres En effet, assez rapidement, la recherche de leur autonomie économique a été au cœur des revendications portées par les femmes.Elles ont mené des batailles en faveur du droit à l’éducation supérieure, pour le versement des allocations familiales aux mères ou pour mettre fin à l’incapacité juridique des femmes mariées, consacrée par le Code civil et qui empêchait une femme de disposer de ses biens, y compris son salaire.Elles ont exigé le droit au travail et à des emplois qualifiés et rémunérateurs; elles ont lutté pour la fin de la double échelle salariale établie selon le sexe, pour obtenir des congés de maternité, des services de garde et, plus récemment, l’équité salariale.Après toutes ces années, les femmes ont-elles atteint cette autonomie économique?Non.Les promotions leur sont toujours plus difficiles à obtenir, elles gagnent encore moins que les hommes pour un travail équivalent et sont plus nombreuses à travailler au salaire minimum.Faut-il alors se surprendre qu’elles comptent parmi les plus pauvres de notre société, et ce, dans toutes les catégories d’âge?Des lois rétrogrades Certaines pratiques compromettent même directement l’autonomie économique des femmes.lYatiques qui sont le fait, non pas d’un employeur particulièrement rétrograde, mais bien du gouvernement du Québec lui-même, qui a fait adopter les lois 7 et 8 par lesquelles il refuse aux ressources intermédiaires qui accueillent dans leur foyer les personnes âgées ou malades et aux responsables de services de garde en milieu familial le droit à la syndicalisation.Ce faisant, il prive ces femmes de la possibilité réelle de faire reconnaître leur travail à sa pleine valeur.Cette stratégie gouvernementale a d’ailleurs été condamnée par le Bureau international du travail (BIT), qui l’a jugée non conforme aux ententes internationales dont le Canada est signataire.Après plus d’un siècle de luttes, il est particulièrement odieux de voir le gouvernement développer des services à la population en mettant en avant des mesures discriminatoires à l’égard des femmes, puisque ce sont bien elles qui les dispensent en très grande majorité.Nous pensions pourtant, toutes, que le chemin parcouru rendait impossible tout retour en arrière.Mais les préjugés et la discrimination ont la vie dure, comme le montre l’attitude gouvernementale.La marche qui mene à notre autonomie économique est longue et ardue.Nous n’y mettrons pas un terme tant que nous ne l’aurons pas atteinte.Les excuses du Canada aux autochtones Une enfilade de jeux de mots Mémoire collective Quatrièmement, la bénédiction de M.Haiper fait revenir le Canada aux principes fondamentaux établis entre la Couronne et les peuples indigènes qui sont inscrits dans notre mémoire collective.«Que Dieu vous benisse tous et qu’U benisse notre pays», a déclaré le pre mier ministre en invoquant Dieu et le pays.Cela semble inhabituel dans le monde laïque des Etats-nations modernes, mais on s'y attend quand il est question de culture indigène.La passion sociale du Canada à aider les défavorisés a été énoncée de nouveau.Dans le passé, l'entraide mutuelle, le respect mutuel et la défense mutuelle basés sur l’amitié respectueuse ont permis aux Européens de prospérer sur cette terre.Ces principes fondamentaux renforcent les relations et sont les fondements des traités entre les Européens et les Indiens.Cela pourrait mener à des processus de médiation qui auraient pour but de résoudre les disputes.Et cela mène à des discussions sur «qui» a le pouvoir de décider.Difficultés majeures Mais d'autres problèmes persistent, dont les excuses ne traitent pas.Il y a la stérilisation forcée réalisée à l’insu des jeunes filles autochtones jusque dans les années 1980.Et les conditions de vie pitoyables dans les réserves, où la maladie, l’eau potable, l'hébergement et la transmission intergéné-rationnelle de traumatismes créent des problèmes sociaux énormes.Dans les années 1980, un rapport sur l’implantation du traité des Affaires indiennes indiquait que le Canada devait aux peuples autochtones les terres, les ressources et certaines obligations qui s’élevaient à 11,5 milliards de dollars.Partout sur le continent, les peuples autochtones détien-nenfi en vertu de traités, des titres de propriété sous-jacents pour de vastes étendues, comme le bassin des Grands Lacs.Cette semaine, j’ai rencontré mes cousines Mariah et Maryan-ne à l’occasion d’un dîner.Elles m’ont demandé si j'allais déposer une demande pour obtenir une part des compensations de l’entente pour les pensionnats.Je leur ai posé la même question et elles m’ont dit qu’elles allaient obtenir 35 000 «Je vais m’offrir me nouvelle voiture», a dit Maryanne.«J’en ai déjà une», a dit Mariah.«Vous sentez-vous guéries?», ai-je demandé.EUes ont ri toutes les deux.Et moi aussi.Les femmes journalistes à Radio-Canada Des nuances qui s’imposent ! FREDERICK B ASTI E N Stagiaire postdoctoral au département d’information et de communication de l’Université Laval .-ji es changements d’affecta- Ltion de Pascale Nadeau et de Dominique Poirier à la télévision de Radio-Canada ont suscité de nombreuses ü___J réactions avant même d’être annoncées.Des chroniqueurs ont dénoncé la rétrogradation anticipée de ces deux journalistes, rappelant les cas de Louise Arcand et de Michèle Vi-roly.Toutefois, la critique la plus retentissante est venue de la présidente du Conseil du statut de la femme.Elle qualifiait la décision de Radio-Canada de «scandaleuse» et estimait qu’elle démontrait l’adhésion de la société d’Etat au stéréotype «Sois belle et tais-toi» à l’égard des femmes.[NDLR: la présidente du CSF, Christiane Pelchat, a depuis diffusé un communiqué de presse pour «féliciter la société d'Etat» pour les annonces divulguées par Radio-Canada jeudi, lesquelles donnent la barre du Téléjoumal à deux femmes, soit Pascale Nadeau et Céline Galipeau.] Représentation équitable Le rôle des femmes au sein de la profession journalistique alimente les débats depuis longtemps.Dès les années 1970, le CRTC et les organisations médiatiques furent interpellés par des travailleuses de l’information et des groupes féministes qui dénonçaient la discrimination faite à leur endroit.Ils critiquaient le monopole masculin au sein des postes de décision dans les entreprises de presse, la très forte predominance des hommes parmi les ac- M i* f/ r; PEDRO RUIZ LE DEVOIR Nous présumons que les excuses du gouvernement créeront plus de divisions parmi les peuples indigènes.jeux de mots caractéristique aux relations qui lient le Canada aux Indiens.Le fait de s’excuser auprès des «autochtones» détruit diplomatiquement l’Indien de toute façon.De plus, nous présumons que ces excuses créeront plus de divisions parmi les peuples indigènes.Il existe des schismes datant de très longtemps entre les nations traditionnelles, comme les Iroquois, les Blackfeet, les Innus, et les organismes et conseils de bandes créés en vertu de la loi canadienne.Nous avons déjà vu la position de ces «nations favorisées» à la Chambre des communes mercredi, soit les organismes «autochtones» invités lors de la présentation des excuses.Le jugement est réservé sur ce que ces excuses signifient pour nous.Facture payée Ces excuses étaient-elles un spectacle?Concernaient-elles uniquement la question des pensionnats?Le Canada disait-il: «Nous savons que vous êtes bouleversés parce qu’un membre de notre famille a fait brûler votre maison.mais nous ne paierons que les fenêtres»?Le Canada fait constamment étalage des deux milliards de dol- lars qu’il a versés en compensation pour les mauvais traitements subis dans les pensionnats.Les excuses prononcées cette semaine laissent croire aux Canadiens que la facture est réellement payée.Par exemple, le jour même où le gouvernement conservateur s’excusait auprès des autochtones, le député conservateur Pierre Poi-lièvre a déclaré, lors d’une émission radiophonique diffusée à Ottawa, que le Canada avait dépensé «une somme d’argent très importante» —10 milliards de dollars dans son budget 2007-08 et quatre milliards de dollars supplémentaires lors des excuses.Il a aussi déclaré que les Indiens avaient besoin d'apprendre ce que c’est que de «travailler dur».Ce que le Canadien moyen a entendu est un message sur l’importance du fardeau qui vient de tomber sur le contribuable canadien pour payer les Affaires indiennes.Une cause à bâtir Mais la déclaration du premier ministre a ouvert sur des concessions remarquables.Premièrement, le Canada a reconnu que les victimes réelles des pensionnats étaient maintenant admises au dialogue portant sur les répa- rations.Des tests médicaux, sociaux et mentaux fournissent la preuve de l'impact de la transmission d’un traumatisme intergénérationnel.Il y a de quoi bâtir une cause.Deuxièmement, le fait d’admettre que «c’était mal de retirer de force les enfants de leurs foyers» a des répercussions sur les lois internationales.La Convention des Nations unies sur le génocide de 1948 interdit de tels actes.Il y a de quoi bâtir une cause.Troisièmement, le Canada a mis fin à sa politique sur l’extermination des Indiens.Quelle politique d’extermination?«Notre objectif est de continuer, a déclaré le principal architecte de l’extermination des Indiens, Duncan Campe]] Scott, au début des années \9(W, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul Indien qui n’ait pas été complètement assimilé à la société canadienne et qu’il n’y ait plus de question indienne.C'est l’objectif unique de notre législation.» M.Harper a déclaré, en prononçant les excuses du Canada, que «cette politique d’assimilation était mauvaise, qu’elle a causé énormément de torts et qu’elle n’a pas sa place dans notre pays».On n’exterminera plus les Indiens.L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Gerald Daliaire (adjoint au directeur de l’information).Jeanne Corriveau (affaires municipales).Fabien Deglise; Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Brian Myles (justice et faits de société).Clairandrée Cauchy (Ginérah Jean Dion, Louis-Gilles Franceeur (enrironnement).Benoit Monger (responsable du site Internet).Emilie Folie-Boivin.Vincent Cauchy (commis internet) Uurence Clavell/tu/utre), Philippe Papineau (pupitre).LouisesMaude Rioux Soucy (Santé i .Pauline Gravel (sciences Michel Garneau icancaturise .Diane Precourt insfrmsable des pages thématiquesI : Martin Duclos.Michele Maleniant et Christine Dumazet (œmrtrorc); Jacques Grenier rtJaa|uesN*ieau (photographes), à rtntimwlion culhirtJle Michel Belair (théâtre et cahier Culture).Julie Carpentier (puptrrr), Paul Bennett (pupitre cahiers spectaur et culturels du weekend .Stéphane Baillargeon (reporter!.Paul Cauchon imédiœ;.Caroline Montpetit ('/iirejJ.Odile Tremblay ZnWma;Isabelle Paré (culture), à l’information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information).Dominique Reny (pupitre).Eric Desrosiers, Claude Turcotte.François Desjardins, à l’information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international et page edtlonalet.Claude lévesque, Guy Taillefer (adjoint au directeur de l’mformatum).Serge Truffaut (éditorialiste) à l’information politique Hélène Buzzetti et Alec Castonguay (earrespemdants parlementaires à Ottawa).Antoine Robitaille et Robert Dulrisac (correspondants parlementaires a Québec), Kathleen Lévesque.Amélie Gaudreau (secrétaire d la rédaction).Emilie Parent Bouchard, Fltienne Plamondon-Émond (commis a la rédaction) La documentation Gilles Paré (directeur); Manon Derome.Olivier Speciel (Québrc) Monique Bhérer (Ottawa! LA PUBLICITÉ Amélie Bessette.Jean de Billy.Jean-François Bossé.Dave Cameron Mirecteur od/oiaD, Julie Chrétien, Marlene CAté, Christiane l/'gault, Amélie Maltais, Claire Paquet.Geneviève Pierrat, Chantal Rainville, Martine Riopelle.Isabelle Sancher.Nadia Sebai.Melisande Simard (publicitaires).Sylvie I-aporte.Martine Berubé (secrétaire! IA PRODFCTION Christian Goulet (directeur de production).Michel Bernatchez.Johanne Brunet.Danielle Canlara.Richard Des Cormiers.Donald Filion, Yannick Morin.Nathalie Zemaiüs, Olivier Zuida.INFORMATIQUE Yanick Marlei (responsable PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Caroline Simard (responsable service a la clientele).Nancy Beaulieu.Manon Blanchette.Nathalie Filion.Rachelle Leclerc.Jean-Robert Divers (responsable promotion) L’ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Nicole Carmel (responsable des services comptables).Céline Furoy, Ghislaine Laflcur.Claudette Béliveau (adjointe administrative).Claudine Chevrier, Monique Proleau, Danielle Ross.% \ LF.DEVOIR.SAMEDI II ET D I M A N CHE 1 5 J L' I X 2 0 0 8 B (i L E PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Enseigner Machiavel, cet être immoral?Oui! A l’heure où domine la morale hyperdémocratique, le philosophe florentin qui justifie la violence, la ruse et le mensonge corrompt-il la jeunesse?Toutes les deux semaines, Le Devoir offre à un professeur de philosophie, mais aussi à d’autres auteurs passionnés d’idées et d’histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur.JEAN-MANUEL WEISZ Professeur de philosrjphie au Collège intematùmal des Marcellines « M C’est immanquable, lorsqu’on veut fustiger un personnage politique, Machiavel est convoqué.a c h i a v é -lique»: l’épithète claque comme une insulte.C’est celle que le politicien Raymond Bachand, ministre du Développement économique, a choisie la semaine dernière pour dénoncer les méthodes de son vis-à-vis fédéral, Jean-Pierre Blackburn.11 y a plus de vingt ans, Denys Arcand avait pourfendu Pierre Elliott Trudeau dans Le Confort et l'Indifférence en le décrivant comme un parfait machiavélien.C’est immanquable, lorsqu’on veut fustiger un personnage politique, Machiavel est convoqué.Il est un argument de choix devant le tribunal de la morale publique.Son nom est synonyme de Mal.Et parfois, à le lire, il semble que ce soit juste: «Un prince sage, écrit-il, ne peut et ne doit tenir sa parole quand la loyauté lui ferait trop de tort ou quand les raisons pour lesquelles il a pris un engagement n’existent plus.» Prince sage?! Sagesse fort peu philosophique! La fin justifie les moyens.Par conséquent, on peut s’interroger: la pensée de Nicolas Machiavel doit-elle vraiment être enseignée dans un cours de philosophie, notamment au collégial, alors que cet auteur justifie la violence, la ruse et le mensonge, alors qu'il enseigne à faire le Mal?Mussolini et Hitler Des faits historiques aggravent son cas.Aucun historien du totalitarisme n’ignore que Mussolini se plut à rédiger une préface enthousiaste pour une édition du Prince.Par la suite, le dictateur italien eut la délicatesse d’envoyer un exemplaire dudit volume à Hitler avec une dédicace des plus amicales.Machiavel n’est-il pas le grand pervertisseur des âmes, celui qui a permis de déculpabiliser tous ceux qui, au fil de cinq siècles, soit depuis la Renaissance, n’ont eu aucun scrupule à utiliser n’importe quels moyens pour arriver à leurs fins, tous ceux qui considèrent la politique comme un jeu en vue de conquérir des territoires ou des richesses matérielles, jeu de puis-sance dont la settle règle est la suivante: pour réussir, tous les coups sont permis?Comme professeurs de philosophie, en donnant à lire un ouvrage tel que Le Prince, ne sommes-nous pas coupables de perpétuer un mode de pensée dont les implications politiques sont odieuses?Revenons à Platon un moment.Pourquoi Platon?Parce que c'est le plus souvent à partir de ses écrits que tout apprenti philosophe est invité à découvrir en quoi consiste la démarche philosophique: définir le fondement et l’essence des êtres et des choses en adoptant une démarche rationnelle.Dans L'Allégorie de la caverne, Platon fait une nette distinction entre deux mondes: d’une part, le monde sensible, le royaume des opinions qui se nourrissent d’impressions fugitives et donc trompeuses: d'autre part, au-delà de ce monde concret, en dehors de la caverne, la lumière du jour représente le monde intelligible, monde abstrait au sommet duquel trônent les idées de Justice, de Vérité et de Beauté, toutes illuminées par l’idée du Bien.Pour faire de la philosophie, nous dit Platon, on doit se déprendre de son corps pour pouvoir contempler les idées universelles.C’est pour cette raison que Platon fit inscrire ces mots sur le fronton de son école philosophique d’Athènes: «Nul n'entre ici s’il n’estgéomêtre.» En un sens, Machiavel n’a que faire des mathématiques.Ce qui l’intéresse, c’est d’observer et de comprendre comment et pourquoi ceux qui font de la politique agissent et, partant de là, de donner les meilleurs conseils qui soient pour réussir.Machiavel se trouve ainsi à mille lieues de la figure emblématique de Socrate, le maître de Platon.Si pour Socrate nul n’est méchant volontairement, Machiavel constate que la plupart des humains qui font de la politique sont assoiffés de pouvoir et de gloire, que certains peuvent être cruels comme des lions ou rusés comme des renards, que d’autres sont trop souvent crédules, totalement incapables d’aller au-delà des apparences, tout séduits qu’ils sont par les masques portés par ceux qui cherchent à les dontiner.Ainsi, Machiavel constate que «les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains.Tout homme peut voir, mais presque personne n'identifie ce qu’on est réellement et ce petit nombre d’esprits pénétrants n’ose pas contredire la multitude qui a pour bouclier la Majesté de l’État.Or quand il s’agit de juger l'intérieur des hommes et surtout celui des princes, comme on ne peut avoir recours aux tribunaux, il ne faut s’attacher qu’aux résultats.Le point est de se maintenir dans son autorité, les moyens quels qu’ils soient paraîtront toujours honorables, et seront loués de chacun».Au service du Mal ?I bisque les humains en général sont d'abord mus par leurs intérêts et les passions plus que par des motifs nobles, dès lors qu’on rems porte la victoire le peuple applaudira toujours, peu iihporte les moyens qu’on a mis en œuvre.Est-il juste de dire que notre auteur italien a mis toute son intelligence au service du Mal de telle sorte que le seul destin du peuple est de devoir souffrir entre les mains ensanglantées d’un tyran?S’est-il donc contenté de faire l’éloge de la force et de la violence, de la ruse et de la perfidie?En fait, les écrits de Machiavel n'autorisent guère une interprétation aussi unilatérale.On peut certes décrire Machiavel comme un maître en scélératesses, mais il fut aussi un patriote italien épris de liberté.Ainsi, c’est bel et bien le même Machiavel qui, à la toute fin du Prince, exhortait les Italiens à s’unir pour chasser les envahisseurs étrangers, considérant que •la guerre est toujours juste lorsqu ’elle est nécessaire, et les armes sont sacrées lorsqu’elles sont l'unique ressource des opprimés».Certains n’hésiteront pas à voir en Machiavel un grandiose inspirateur des luttes de libération nationale du XK' siècle en Europe.D'où l'enthousiasme de Mussolini, noteront certains.Et dans une I k Si pour Socrate nul n’est méchant volontairement, Machiavel constate que la plupart des humains qui font de la politique sont assoiffés de pouvoir et de gloire, que certains peuvent être cruels comme des lions ou rusés comme des renards, que d’autres sont trop souvent crédules, totalement incapables d’aller au-delà des apparences, tout séduits qu’ils sont par les masques portés par ceux qui cherchent à les dominer.certaine mesure, d’Hitler?Défen-dons-le un peu, tout de même: il faut bien mal connaître les écrits de Machiavel pour le considérer comme le complice, fût-il lointain, du délire raciste de ce petit moustachu, artiste raté.Pour preuve, considérons la ma- nière dont Machiavel définit un bon empereur «Un prince en sûreté au milieu de ses paisibles sujets, le monde en paix, gouverné par la justice; il verra le sénat jouissant de son autorité, les magistrats de leur dignité, et les citoyens opulents de leurs richesses; la noblesse honorée ainsi que la vertu; partout le bonheur et la tranquillité.D’un autre côté tout ressentiment, toute licence, toute corruption, toute ambition contenue; il verra renaître cet âge d’or où chacun peut exprimer et soutenir sans crainte son opinion.Enfin il verra le monde triomphant, le prince environné de respect et de gloire, d les peuples heureux l’entourer de leur amour.» C’est dans ce type de passage, où on le découvre sensible au bien commun, que l’on prend conscience de la richesse de l'enseignement de Machiavel.Il est peut-être moins subversif, en un certain sens, que le monde politique rêvé par Platon: un monde sans liberté d’expression, contrôlé par une élite de savants qui seraient les seuls à savoir quoi faire afin de nous diriger, tels des bergers, nous, peuple-troupeau.Pour Machiavel, il faut faire de la politique en évitant deux écueils majeurs: que le dirigeant animé par une volonté de dominer ne devienne un tyran: que le peuple, qui souhaite avec raison ne pas être opprimé, refuse d’être gouverné.La tyrannie autant que l’anarchie sont aux yeux de notre Italien des maux fort dommageables pour une société.Des clichés stupides Faut-il donc enseigner Machiavel?Oui, évidemment Les clichés qui se plaisent à le décrire comme un auteur infréquentable sont tout simplement stupides.Mais, nous diront certains, n’est-il pas trop anachronique?Depuis la Renaissance, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.Les idées de Locke concernant les no- tions de contrat de droit naturel et de libertés civiles; les idées de Montesquieu sur le partage et la limitation des pouvoirs; celles de Rousseau sur la souveraineté populaire et la volonté générale; la laïcisation de la vie politique par Ip séparation de l’Eglise et de l’État; l'apparition et la consolidation d’un quatrième pouvoir, celui des médias; l’importance qu’il convient d’accorder, non pas seulement à la politique, mais aux facteurs économiques comme étant davantage déterminants pour comprendre les mouvements de société, etc., toutes ces idées, qui forment la base de nos démocraties dites libérales, ne sont-elles pas suffisantes pour analyser le monde politique actuel?Je réponds non.Tant que les hommes seront mus par des passions et des intérêts pas toujours avouables, tant que les hommes n’agiront pas exclusivement en fonction de motifs nobles et honnêtes, les écrits de Machiavel demeureront une référence.Qu'on soit d’accord ou pas avec les thèses les plus «machiavéliques» de Machiavel, celui-ci a eu au moins le mérite d’avoir réfléchi à une grave question: si la politique en son essence est action, si toute action vise la réussite, dans quelle mesure un dirigeant politique peut-il renoncer à se salir les mains, donc à faire le Mal, pour protéger le bien commun?Vous êtes d’accord, ou non?Vous avez des suggestions, un commentaire?Ecrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY On peut certes décrire Machiavel comme un maître en scélératesses, mais il fut aussi un patriote italien épris de liberté.5» L'AGENDA LE DEVOIR L’HORAIRE TÉLÉ, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi i
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