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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-06-14, Collections de BAnQ.

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I t I* K V » IK.LES SAMEDI 14 ET DIMA X C II E 1 5 J V 1 X 2 0 0 8 Ï 1Ü PKDRO RUIZ LE DEVOIR Un Français au pays de Vigneault Presque quarante ans après avoir eu droit à son volume de la collection «Poètes d’aujourd’hui» chez Seghers, Gilles Vigneault est enfin le sujet d’une véritable biographie made in France.Biographie plus qu’autorisée: l’intéressé y a participé et l’a cosignée.Mais le fin renard a laissé l’auteur — le journaliste Marc Legras, vétéran de la revue Chorus, passionné de chanson et du Québec — se débrouiller tout seul avec la promo locale et prendre ainsi sa juste part de lumière.Belle politesse et retour d’ascenseur: Vigneault lui-même a rarement été mieux éclairé.SYLVAIN CORMIER On voit la scène d’ici.Un Français, début soixantaine, avec son sac à dos sur la 138, quelque part entre Aguanish et Natashquan.La nuit tombe.Bigre! «J’étais parti de Ta-doussac en stop.Ça s’était bien passé, et puis je me suis retrouvé en rade, au milieu de nulle part, après L’île-Michon.Je ne savais pas si j’étais à 30, 40 ou 50 kilomètres de Natashquan.Il y avait des moustiques, et tout.Je me disais: oh la la, qu’este-gras, sans négliger les grands espaces et les Indiens, particulièrement présents dans l’œuvre de Vigneault, a trop fréquenté le Québec pour se contenter du lot habituel de clichés.Des premières bombes du FLQ aux deux référendums, des boites à chan- sons des années 60 au Petit Champlain d’aujourd’hui, les pendules y sont à l’heure, et les vaches sont bien gardées.Un livre instructif Lu d’ici, l’ouvrage n’est pas moins fascinant: nous ignorions, faute d’échos, le véritable destin de Vigneault en France, qui s’éprouve dans la durée.L’équipée québécoise de Vigneault n’est pas moins instructive, rafraîchie de la sorte.Le livre fourmille d’histoires de chansons jusqu’alors inédites: ainsi apprend-on que le Jack Monoloy d’origine, un certain John Maloney, n’était pas indien du tout! Fallait bien un Français pour nous révéler ça.«Vigneault n’avait jamais rien dit sur l’histoire de John Maloney, précise Legras en souriant.C’est Pierre Cousineau, rencontré sur le chemin de Natashquan, qui m’a raconté ça.» Sacrée chance?Cette chance-là vient aux bons marcheurs engagés sur les bonnes routes.Quitte à tenir compagnie aux mouches noires.Collaborateur du Devoir GILLES VIGNEAULT DE NATASHQUAN Marc Legras et Gilles Vigneault Fayard/Chorus France, 2008,253 pages LES ENQUETES DU COMMISSAIRE VAN IN UNE RÉVÉLATION ! ¦ Albin Michel La fascination du gazon Jean-François Nadeau Tout comme des millions de Nord-Américains, ma grand-mère a rêvé, sa vie durant, du jour où elle pourrait contempler tout l’été un gazon bien vert, en plein accord avec les standards sociaux édifiés à l’çre du bungalow.A partir des années 1950, à grand renfort de publicités, le gazon d’une maison est devenu l’expression forte d’une famille sans problème.Quelques écrivains américains ont su l’exprimer, comme Richard Brautigan dans de courtes nouvelles réunies sous le titre de La Vengeance de la pelouse.Ma grand-mère voulait seulement du bonheur.Elle éradiquait donc les pissenlits et autres herbes jugées mauvaises, tout en se livrant à une féroce concurrence en la matière avec un voisin, M.Huppé.Chez lui, l’herbe était toujours plus verte, croyait-elle.Pourtant, elle ne lésinait pas, comme lui, à faire grand usage d’engrais, de fongicide, de pesticide, d’insecticide et d’herbicide.Dans un monde où la domestication de la nature exprime un haut degré de civilisation, M.Huppé touchait sûrement à la stratosphère du bonheur citadin tant son gazon était vert Devant cette pelouse, on était à des années lumière de la négligence qui force la plupart des municipalités à imposer des amendes à ceux qui refusent de raser de près leur parterre.Mais pourquoi le gazon de M.Huppé était-il plus vert que celui de mamie, qui y consacrait pourtant bien des efforts?Les lois de l’optique expliquent au moins une bonne partie de cette déconvenue.C’est que l’angle oblique avec lequel on observe de loin le terrain d’un voisin donne toujours une nette impression d’uniformité tandis que le regard vertical que l’on porte directement sur le sien révélé invariablement les défauts.Ainsi l’herbe du voisin parait-elle souvent plus verte que celle que l’on foule de ses pieds alors que c’est du pareil au même.Une telle fascination a l’égard du gazon constitue un phénomène populaire relativement récent Encore au XIX' siècle, ce sont les moutons et autres ruminants qui contrôlaient plus ou moins la croissance des pâturages qui tenaient lieu de pelouse devant les habitations.Jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on se contentait souvent au mieux, de couper les herbes à la petite faux devant la maison à quelques reprises au cours de la belle saison.11 n’est pas anodin de noter qu’en certains lieux, on redécouvre justement qu'il n’est pas insensé de laisser à la nature ce qui revient à la nature.Ainsi le musée Getty de Los Angeles a-t-il réservé cet été les services d’un troupeau de chèvres pour se débarrasser sans effort des herbages et des branchages de ses 110 acres de terrain.Si l’on considère qu’il faut en moyenne 150 heures de travail annuel pour entretenir un modeste gazon autour d’une maison privée, on imagine aisément le temps et les efforts que permettent d’épargner ces charmants ruminants pour de grandes surfaces.C’est l’apparition et le développement rapide de terrains de golf en Amérique qui a le plus fait pour associer le gazon à cette image de réussite sociale liée jusque-là aux seuls jardins de la noblesse anglaise.Le golf du XX' siècle est une version ennoblie d’un jeu ancien où la pelouse s’apparente désormais à un accessoire qu’il faut savoir contrôler autant que la balle et le bâton.Ce golf moderne est mis en scène dans des jardins directement inspirés de ceux de la noblesse du XVIII' siècle: des pelouses riches et homogènes, des bosquets plantés avec un hasard étudié, des ruisseaux, des mares et des sentiers disposés selon une sinuosité qui cherche à imiter la UN R - Y mn w i uï Andfvc Uhmtcttsc» v f i \\\ Depuis toujours.jjuj| j'entendais la mer fmé* J 4 -Vüi a me Andrée Christensen • Prix Émile-Ollivier 2008 • Prix LeDroit 2007 Fiction • Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen 2007 • Finaliste Prix des lecteurs Radio-Canada 2008 • Finaliste 21e Prix Trillium .OUM fîn.Pas un mot de trop, tous plus beaux que le silence.* P.-F.Sylvestre, L’Express de Toronto Je vous recommande ce livre, un roman vraiment fort et profond, et en même temps envoûtant.Raymond Cloutier, Vous m’en lirez tant FINALISTE Douleureuse aurore prix de poésie .4 TRILLIUM Christian Milat u/c u reuse mi ivre Poésie Intime, mire lytique per montent, mais extrêmement travaillée sur le plan sonore, dans les images, comme chez Verlaine et Rimbaud.Simon Henchiri, Le Moustique pacifique www.editionsdavid.com infoOeditlonsdavld.com (613) 830-3336 tLes Éditions David nature — tout en s'en éloignant — au nom d’un bucolique qu’agrémentent volontiers de petits ponts chinois, de fausses tours, voire de fausses ruines.A l’origine du golf, en Hollande et en Grande-Bretagne, les herbes folles sont pourtant de rigueur.C’est d’ailleurs la pleine nature de la lande en Ecosse qui ponctue les efforts des joueurs dont s’inspire le jeu très policé que nous connaissons désormais.Le golf a fixé les standards en matière d’esthétique de la pelouse dans les banlieues.La banlieue s’est d’emblée reconnue dans ces espaces verts censés reproduire les formes d’une vie de campagne citadine dont elle se voyait elle-même tributaire.Ce n'est pas un hasard si, depuis la Seconde Guerre mondiale surtout, les références explicites au golf sont nombreuses dans les publicités destinées à la vente d’accessoires de jardin.Une compagnie d’engrais à pelouse, qui fabrique par ailleurs des munitions militaires, annonce ces jours-ci l’engrais «Golfgreen» dans les pages de L’Actualité.Sam Sneed, un champion des masters, a vu son nom Ûé à des publicités de pelouses, tout comme différents champions, tels Arnold Palmer, Jack Nicklaus et Bobby Nichols.A l’exemple des terrains de golf eux-mêmes, les propriétaires de pelouses n’ont pas cessé, depuis les années 1940, d’augmenter leur utilisation de produits chimiques.En 1984, les Nord-Américains utilisaient désormais plus de fertilisants chimiques pour leurs pelouses que l’ensemble des engrais utilisés pour la culture en Inde! Une nouvelle réglementation au Québec, en vigueur à compter de l’an prochain, devrait obliger les terrains de golf à réduire d’au moins 10 % leur usage de pesticide.Mais jusqu’à nouvel ordre, les pelouses des maisons qui prennent exemple sur les terrains de golf continuent d’utiliser eau, engrais et pesticide en surabondance.Des études laissent même envisager que des cancers et des problèmes respiratoires soient directement liés à la vie à proximité de terrains de golf.Rien d’étonnant à ce que Céline Dion, vedette absolue de la banlieue nord-américaine, rejoigne les grands golfeurs dès lors qu’il s’agit de tenir un palmarès des maisons qui consomment le plus d’eau potable.Il y a quelques jours, le Palm Beach Post signalait les résultats d'une enquête où le couple Dion-Angélil occupe le premier rang: à Jupiter Island en Floride, c’est en effet la résidence du couple qui consomme le plus d’eau, suivie de près par ses deux voisins, les golfeurs Tiger Wood et Greg Norman.Entre avril 2007 et mars 2008, la maison du couple Dion-Angélil a utilisé plus de 24 millions de litres d’eau, soit l’équivalent d’une nouvelle baignoire de 200 litres remplie toutes les quatre minutes.C’est plus de 250 fois la moyenne d’utilisation d’eau potable déjà élevée des amoureux du gazon de la région.Pour irriguer la résidence de Tiger Wood, il a fallu durant la même période plus de 14 millions de litres d’eau, tandis que celle de Greg Norman en a nécessité 23 millions.C’est à cette longue histoire du gazon qu’on ne peut s’empêcher de penser aussi en regardant les bien jolies photos de terrains de golf québécois que présente avec amour et passion l’éditeur Jacques Fortin dans Golf, les plus beaux parcours au Québec.Cet album luxueux et bilingue ne pourra que plaire aux amateurs.L’éditeur-golfeur y présente une cinquantaine de terrains de golf selon l’ordre chronologique de leur fondation.Saviez-vous que le Royal Montreal Golf Club, fondé en 1873, est le plus ancien d’Amérique du Nord?Le golf se serait donc développé un peu plus tôt ici que chez nos voisins américains, où il ne prend vraiment son essor qu’à partir de 1888.On parlera sans doute davantage de ce livre du fondateur des Editions Québec Amérique que du modeste ouvrage dç Micheline Lévesque intitulé L’Ecopelouse.Ce livre, publié chez Bertrand Dumont éditeur, entreprend de défendre l’idée d’un gazon qui nécessiterait un minimum de tonte, tout en ne consommant ni engrais, ni eau, ni pesticide.jfnadeauCqledevoir.com CORINNE CHEVARIER Dehors l’intime A CORINNE CHEVARIER MHORS L'INTIME tas Menses nouaes / poésœ U ?iif É Corinne Chevarier ouvre grand les portes et nous invite à plonger dans nos espaces les plus personnels.LES HERBES ROUGES/POÉSIE h il i{ if il i] i i p 1 C^aitei twi provhioiu pmtr Celé I cA l'aehat de terni lioeei-, Me 'JJaeehemin no tu offre: À 15% tnF- 20% 25% premier linre* de rahaii mr le deuxième linrt * de rahaii lue le trohiime liore * Offre M rigueur fuufti 'au 29 fuùt 2008 IUT préieutatian de eette auntmee lentement le Parchemin * | Mezzanine métro Berrt-UQAM, $0$, rue Sainte-Catherine Est TéL: 514-845-5243 www.parchemln.ca I V 4 1 r LE DEVOIR.LES SAMEDI II E T* D I M A \ (HE I 5 .1 L I \ 2 O O S ÆCTURES D'ETE V Bilan pour la belle saison Danielle Laurin ilan de fin de saison: perles littéraires en tout genre, apparues che?nous, au cours des derniers mois.A inscrire sur votre liste de rattrapage pour l’été.D’abord, des noms: Louise Du-pré, Françoise de Luca, Suzanne Jacob, Nancy Huston.Et en traduction, Noah Riehler, Heather O’Neill, Margaret Laurence.Louise Dupré.La discrète.Maintes fois récompensée, pourtant prix Alfred-DesRochers, Grand Prix de poésie du Festival international de poésie de Trois-Rivières, prix de la Société des écrivains canadiens, prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec.Louise Dupré, la poète, la romancière, l’essayiste, la dramaturge.Et la nouvelliste.Vous ne pouvez pas passer à côté de son recueil LEté funambule (XYZ).Pourquoi?Toute la richesse, toute la palette, toute la profondeur et la sensibilité de sa plume y apparaissent Par petites touches.Chaque histoire racontée, chaque situation mise en scène nous ramène à nos propres contradictions.Ecriture de pontrastes.Et économie de mots.Ecriture de funambu- le.Où l’on sent constamment une tension sous les mots.Et une émotion qui affleure.Françoise de Luca: on l’a découverte il y a cinq ans, avec son roman Pascale.Un roman extrêmement touchant, sur l’amitié brisée, et raccommodée, et encore brisée, et.L’amitié d’une rie, quoi.Qui survit à la mort Françoise de Luca, qui publie un deuxième livre.Un recueil de nouvelles au titre irrésistible: Vingt-quatre mille baisers (Editions Marchand de feuilles).Ne passez pas à côté.Il y a là des scènes d’effarement total, de déchirement profond.D y a l'intranquillité, constante.Même dans les purs moments de bonheur.[MM D y a cette façon qu’a l’auteure de revisiter son enfance en Italie, puis en France.Et cette façon de ramener à la surface ses souvenirs de rescapee des sentiments, tout le temps.C’est magnifique.Et troublant D y a l’art de la nouvelle.Et il y a l’art de l’essai.L’essai qu’on lit autant pour sa démarche, sa réflexion, son propos, que pour son style, son ton.Du genre de ceux qu’écrit Suzanne Jacob.On n’a qu’à penser q La Bulle d'encre, prix de la revue Etudes françaises 1997.Où la romancière et poète se penchait sur les mécanismes en jeu dans l’écriture, dans son écriture.«Etre est une activité de fiction», va jusqu’à dire Suzanne Jacob dans Histoires de s’entendre (Boréal).Autrement dit «nous ne pouvons vivre, ni comme individu, ni comme grimpe, sans les fictions qui nous fondent».Le problème, selon elle, c’est qu’on fait semblant de l’ignorer, en quelque sorte.On fait semblant d’ignorer qu’on se raconte des histoires.À soi-même, aux autres.Qui font la même chose.Ce qui mène à toutes sortes de malentendus, fait qu’on ne s’entend pas.C’est frappant.Frappant de constater à quel point il y a des recoupements entre cet essai né d’un cours de création littéraire donné par Suzanne Jacob à l’Université d’Ottawa et celui proposé par Nancy Huston, à quelques mois d’intervalle.L’Espèce fabulatrice (Leméac/ Actes Sud) est né d’une question.Une question posée à Nancy Huston par une détenue, dans une prison française.«A quoi ça sert d’inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable?», a demandé la prisonnière à l’écrivaine.Son livre est une longue diversion pour tenter de répondre à la question.Pour rpontrer qu’en fait tout est fiction.À commencer par notre identité.Pour Noah Riehler, ce pourrait bien être le Canada qui est une fiction.L’essayiste canadien a rencontré une centaine d’écrivains à travers le pays, pour tenter de comprendre ce qui particularise la littérature canadienne et, par là, l’identité canadienne.Son livre, Mon pays, c’est un roman (Boréal), est vraiment passionnant à lire.Et nous permet de découvrir des écrivains anglophones peu ou pas traduits en français.Pour ce qui est du volet québécois, par contre.Outre le fait que Riehler s’en prend à notre VLB national, sa façon d’assimiler les écrivains québécois de la jeune génération à leurs pendants canadiens peut laisser songeur.Une façon de noyer le poisson, ni plus ni moins, de l’identité québécoise.dût-il s’agir d’une fiction! Heather O’Neill: c’est le nom d’une jeune écrivaine anglophone de Montréal bourrée de talent Son premier roman, La Ballade de Baby, (10/18), nous fait voir le monde par , GtW uvçères°v deri'er Les livres qui ne circulent pas meurent L'ÉCHANGE 707 El 713 AONl-RO/AL ESI ©MONI-RO/AL, 514-523-6389 Rs RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES * "f*** K _TT _ * •* 'v.« »?•Jt ï* LA VILLE DE QU Numéro spécial préparé par Andrée Fortin et Richard Marcoux Six articles sur la ville de Québec Trois notes critiques sur la question nationale Comptes rendus d'ouvrages En vente en librairie ou achat en ligne sur le site Internet de la revue 20$ www.soc.ulaval.ca/recherchessociographiques Lire avec Michel Tremblay Écrivain JEAN FRANÇOIS LEBLANC LE DEVOIR Nancy Huston les yeux d’une enfant de 12 ans.Une petite fille poquée, orpheline de mère, dont le père est paumé.On est happé par le parcours de cette résiliente, qui se débat comme eDe peut dans le Red Light montréalais des années 1980.On est fasciné par sa vivacité, sa lucidité, sa débrouillardise.L’auteure a trouvé le ton juste: c’est direct, et poignant.Enfin, dernière suggestion et non la moindre: L’Ange de pierre (Alto/Nota bene), de Margaret Laurence.On ne le répétera jamais assez: ce roman, paru en (964 en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, puis au Canada, n’a pas pris une ride.Tant dans le ton que dans le propos.L’auteure, disparue depuis plus de vingt ans, était dans la jeune quarantaine quand elle l’a écrit Pourtant elle se met dans la peau d’une vieille femme de 90 ans, qui va mourir.Et on y croit absolument A surveiller: un autre roman de Margaret Laurence sera disponible en français d’ici la fin de l’été, Une divine plaisanterie.Paru en 1966 sous le titre A Jest of God, adapté au cinéma par Paul Newman, il met en scène une femme dans la trentaine, prisonnière de son éducation, qui n’ose pas s’affranchir.L’action se passe dans les années 1950.Collaboratrice du Devoir PEDRO RVIZ LE DEVOIR Françoise de Luca Louise Dupré etc funambule ’ V * { XVI Je viens de terminer le Phare de P.D.James, excellent, et je m’apprête à me lancer d;uis Le Seigneur de Bombay de Yikram Chandra, dont on me dit beaucoup de bien et qui.avec ses mille pages, va sans doute entamer une grande partie de mon début d’été.J’ai ensuite l’intention de lire le nouveau Chrystine Brouillet et Bicentenaire de Lyonel Trouillot, avant d’attaquer le nouveau roman d’un de mes auteurs de thrillers américains favoris: Die Forgery of Venus de Michael Gruber.Et.surina table de chevet, trône toujours Li Grande Tribu de VLB.1 PKHRO RUIZ U m VOIR Michel Tremblav Lire avec Pierre Foglia Journaliste « BARBARA STONKHAM Noah Riehler Des projections de lecture, je n’en ai aucune, je n’en ai jamais.Je ramasse mes trucs au hasard.Je viens de finir une lecture d’été amusante, sans plus — Partie de pèche au Yémen.Je ne par viens pas à ouvrir La Grande Tri bu (Victor-Lévy Beaulieu), ca doit être la chaleur.Je n’arrive pas à finir un Susan George (une gauchiste américaine), je m’amuse dans un livre pour enfants — Dieux et déesses de la Grèce expliqués aux enfants —, je relis Les Années, d’Annie Ernaux.J’ai lu un autre premier roman, remake de The Catcher in the Rye, mal foutu mais attachant: La Ballade de Baby.Je lis chinois pour 1rs Jeux.Si j’allais en librairie là, tout de suite, je feuilletterais Une ombre, sans doute, mais faudrait que ça me frappe dans le front pour l’acheter parce que l’éditeur me fait chier (Joëlle Losfeld).SOtlRCIM A l’RESSI Pierre Foglia l i IXuxit'im?Vit de ( l u a Onyx LE ROMAN PARFAIT POUR VOS VACANCES La Deuxième vie de Clara Onyx, c’est: • un roman original et divertissant • un livre déroutant et désarmant • une histoire surréaliste et abracadabrante • une écriture intelligente et efficace • une lecture légère et ludique ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 3 au 9 juin 2008 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL TOUTES CES CHOSES QU’ON NE S'EST.Marc Levy (Robert Laffont) I GIN TONIC ET CONCOMBRE B Germain (Libre Expression) l-lamac.cc.qc.ca : 1, T.2 ET T.3 I Stieg Larsson (Actes Sud) Lectures d'été I0Ù ES-TU MAINTENANT?Mary Higgins Clark (Albin Michel) Laissez-vous emporter par ce livre tout entier consacré au royaume du Saguenay.Des lieux aux noms évocateurs: Chicoutimi, Tadoussac, Rivière-Éternité, Sainte-Rose-du-Nord.Laissez-vous porter par un superbe capteur de rêves mu par le soleil, le vent, les mouvements secrets de la terre, des baleines et des bélugas.On dirait une utopie que l’on suit des yeux, ravis, les bras ouverts.Danielle Dubé et Yvon Paré Le bonheur est dans le Fjord Excursion au pays du Saguenay récits de voyage, 248 p., 25 î Récit UCONSOLANTE Anna Gavalda (Dilettante) B LE CONTRAT John Grisham (Robert Laffont) ; I LE CHEMIN DES BRUMES I Jacques Côté (Alire) LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (Livre de Poche) JE REVIENS TE CHERCHER Guillaume Musso (X0) DOCTEURE IRMA T.2 : L’INDOMPTABLE Pauline Gill (Québec Amérique) MANGE, PRIE, AMIE Elizabeth Gilbert (Calmann-Lévy) LE MONDE SELON MONSANTO Marie-Monique Robin (Stanké) JE N’AURAI PAS U TEMPS Hubert Reeves (Seuil) nous Etions invincibles Denis Morisset (JCL) U SECRET Rhonda Byrne (Un Monde Différent) B î j L’ABC DES TRUCS DE MADAME.Louise Robitaille (Publistar) U POUVOIR OU MOMENT PRESENT Eckbart Toile (Ariane) NOUVELLE TERRE Eckbart Toile (Ariane) US ARBRES : MERVEILLES DE U.Collectif (Parragon) NOS CHÈRES AMIES.Denise Bombardier (Albin Michel) JEUNESSE ANGLOPHONE fl SÈfl T.1 : U LIVRE DES DKUX D.Mativat / C.Pelletier (Pierre Tteseyre) I VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLUU Linda Joy Singleton (ADA) UN anus T.1 : Liu MIX TREIZE OS Alain Ruiz (Boomerang) IU CLUB DES DISEUSES.T.1 Dotti Enderte (ADA) Alain Olivier Voyage au Viêt Nam avec un voyou récit, 222 p., 24 i OH NON! OVNtt 11 Linda Joy Singleton (ADA) US SECRETS DE L'UNIVERS T.1.Charbonneau/Bilodeau/Villeneuve (ADA) U MACK DU DIADÈME T.1 : U LNHE.John Peel (ADA) UONIS T.11 : U TEMPU DES.Mario Francis (Intouchables) TUNNELS11 Roderick Gordon (Michel Ufon) L'APPRENTI ÉPOUVANTEUR T.4 Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) A NEW EARTH Eckbart Toile (New American Library) THE BOURNE BETRAYAL R.Ludlum/E V.Lustbadw (Grand Central Pub.) Mj THE JUDAS STRAIN James Rollins (Harper Collins) THE WOODS Harlan Coben (Signet Book) AUDITION Barbara Walters (Knopf) R| REMEMBER ME?Sophie Kinsella (Bantam Dell) THE HOLLOW : THE SIGN OF SEVEN.Nora Roberts (Jove) SIMPLE GENIUS Davk) Baldacd (Vision) STEP ON A CRACK J.Patterson/M.Ledwidge (Vision) Têt, nem, buffles, rizière, Mê Kong, des mots qui font rêver et qui s’animent dans ce récit de voyage qui est aussi une plongée en soi-même.Le Viêt Nam comme vous avez envie de le découvrir ! carte-cadeau n ___Tr_ 1781, rue Saint-Elubert, Montréal (Québec) HzL 3Z1 \ 1 A Téléphone : 514.523.21.70 • Télécopieur : 514.525.75.37 c-tTiic-ur Courriel : info@xyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca .*rtAI Du plaisir à la cart< ARCHAMBAULT-» 1 r Guérin »*NM ’VJS Guérin, éditeur Itée, vous propose une série de cahiers dont le titre est En vacances avec.,, pour que vos enfants n'oublient pas, pendant l'été, les notions qu’ils ont entendues en classe au cours de l'année.Bien sûr, l'été c’est fait pour jouer, mais ces cahiers d’activités sauront les intéresser et les distraire les jours de pluie et de nuages.Sous la gouverne d’une jolie mascotte, différente pour chaque année, le plaisir de jouer à se rappeler vous est offert pour les six années du primaire.f En vacances avec.\ Ti-Loup Ve année du 1er cycle ISBN 978-2-7601-6940-1 Nellie 2e année du 1er cycle ISBN 978-2-7601-6941-8 Octave 1re année du 2e cycle ISBN 978-2-7601 -6948-7 Rapide 2e année du 2e cycle ISBN 978-2-7601-6950-0 Méo 1* année du 3e cycle ISBN 978-2-7601-6954-8 I lc*a 2e année du 3e cycle I ISBN 978-2-7601-6956-2 128 pages - I S.9S $ chacun Guérinn 4501.nsc lV4«s Momr«aJ K2T Hll TA«f4«o«i M4442 HM Tékcop4*i S14-MJ-4M9 (oemrJi fruc^Mn* «d ltavf.qc.Gi Internet : httjv./wwvqp^nn-cUitrvt qc., V F 1 L fe I) h V O I H .LES SAMEDI il ET DI M A X (HE 15 J T I X 2 0 0 8 ÆCTL'RES D'ETE L’écrivain de banlieue et le criminel de guerre Louis Hamelin Parfois, des écrivains deviennent a la mode pour de bonnes (ou pas trop mauvaises) raisons.Mais une mode est une mode est une mode, aurait pu dire le vieux Hemingway.Dans les années 80, lire Kundera a fini par avoir quelque chose de gênant surtout quand l’auteur hii-même, confronté à ses chiffres de vente après L’Insoutenable Légèreté de l'être, se mit à ironiser publiquement sur sa nouvelle écriture «bestsellerisable".Peter Handke a été un autre de ces auteurs d’abord à la mode chez les happy few et qui, contrairement au précédent Test resté.Il fut un temps, fétichisé par l’ancienne Chaîne culturelle de Radio-Canada, et j’avais toujours peur que Stéphane I-épine n’aille se décrocher la mâchoire à force de prononcer le nom de famille de l’écrivain avec une contrefaçon d’accent teuton à faire vaciller les fondations de l’Institut Goethe.Je ne l’ai pas, pour employer l’expression chic qui convient beaucoup «pratiqué».J’ai lu, je ne sais plus quand, Le Malheur indifférent, et ma lecture parisienne de Mon année dans la baie de Personne il y a dix ans m’a laissé un bon, sinon un grand souvenir, dont une chronique parue dans Ici Montréal à l’époque conserve sans doute la trace, véritable fossile daté de mon moi chroniqueur, avant que la direction de cet hebdomadaire ne commence à trouver qu’il manquait à mon style un peu de cette iiv soutenable québécoridté de l’être.Vive les illusions!, livre d’entretiens entre Handke et Peter Hamm, est donc mon troisième titre de notre auteur, et je le reçois, non sans un soupçon d’émotion, par les bons soins désormais célestes de monsieur Christian Bouigois, qui m’écrivit un jour un mot gentil et dont je porte le deuil sans l’avoir jamais rencontré, telle est la inagie des écritures.Peter Handke, le romancier, le dramaturge, l’essayiste et le scénariste, est l’auteur d’une œuvre immense, dont le présent ouvrage peut être considéré comme un sous-produit une série de rencontres filmées dans le cadre de la production d’un documentaire de 90 minutes, au domicile de l’auteur, à Chaville, près de Paris (où réside depuis 1991 l’auteur né en Autriche), ou encore en paisible déambulation dans une proche forêt et pour finir, dans un cimetière de la République serbe de Bosnie (nous y reviendrons).Et voici le livre.Disons tout de suite à quel point ça peut parfois faire du bien de sortir des histoires inventées, ou pas, par les autres ou par soi, et de se mettre à l’écoute dime voix dans le silence, de s’ouvrir la cervelle afin d’y laisser entrer les propos d’un être sensé et sensible, ce que Peter Handke est manifestement Et aussi à quel point je me sens proche, aussi proche qu’on peut l’être d’un frère lointain, de certaines idées de ce périphérique un brin provocateur («f ai enfin un idéal, la banlieue»), de sa solitude voulue comme de sa recherche d’une communauté, qui est une mise à distance de la société, mais non du monde, de sa quête de la «sensation vraie» au milieu de la complexification technique galopante d’une réalité qui ne semble désormais exister que pour être remplacée par une nouvelle version plus performante, de son optimisme amer et de X«affection fondamentale» qu’il porte à la planète humaine {«Condition initiale pour écrire: le cœur infailliblement vaste comme celui de l’habitant loyal d'un royaume mondial avec lequel il serait d’accord»).bref, de l’angoisse de l’écrivain comme gardien de but et de ce Peter Handke qui écrit «Mais comment font les autres, comment supportent-ils le bruit du monde?» Qui professe: «Vivre de façon fragmentaire, narrer de façon globale.» Qui dénonce: «[.] les jeunes gens qui ne savent plus ce qu’est la nature [.], qui ont une machine pour la moindre chose [.], des gens qui, pour compenser leur vie.d'ordinateur, font du roller ou du VTT et qui foncent avec ça à travers les forêts.» Qui observe que les livres se vendent aujourd’hui comme «des fers à repasser ou des téléviseurs» et parle du catholicisme comme d’une «abominable secte internationale» pour juste apres se décrire comme un «partisan enthousiaste de la liturgie de la sainte messe».Tant que le trait est heureux, l’esprit vif et provocant on fait semblant de ne pas voir le petit reglement de comptes en passant (une page) avec l’autre grand romancier-dramaturge autrichien, Thomas Berhnard, et on accepte d’être stimulé.Mais un livre d’entretiens tenus avec Peter Handke en 2002 ne pouvait évidemment éviter la patate chaude bosniaque, d’où, à la fin, ces quatorze pages de conversation au-dessus des tombes serbes de Visegrad, ce qui est bien peu mais suffisant pour donner l’envie salutaire d’une petite révision de dossier sur les ailes d’Internet Le dossier serbe Je résume: Slovène par sa mère, voyageur enthousiaste dans l’ancienne Yougoslavie multinationale, Handke prend fait et cause pour les Serbes après le sanglant démembrement de cette dernière.En 1996, il publie Voyage d’hiver sur le Danube, récit de voyage dans une Serbie réelle qu’il oppose à celle des agences de presse internationales et à la propagande de l’OTAN.Jusque-là, ça va encore.Rien ne nous interdit de supposer qui! n’est que parti à la recherche de ce «monde non historique» dont il est question dans Vive les illusions!.Et ce, même si l’ambition de raconter «comment les gens bougent dans la rue, comment ils passent leurs soirées, comment ils cultivent leurs champs» dans un pays déchiré par une terrible guerre de sécession peut sembler passablement absurde.Mais à la mort de Milosevic, la controverse s’est envenimée.C’est une chose de prétendre, comme le fait Peter Handke, que la responsabilité des massacres est partagée, que l’Occident a diabolisé le peuple serbe.C’en est aussi une de laisser entendre que le soi-disant Tribunal pénal international manque de l’indépendance politique voulue pour s’ériger en juge des vaincus.Mais entrer dans une église et allumer un cierge à l’annonce de la mort de Slobodan Milosevic, l'architecte de la Grande Serbie et promoteur du nettoyage ethnique?Et ne pas se contenter d’assister aux funérailles, mais en profiter pour prononcer un éloge funèbre et déposer une rose sur la tombe du tyran?On n’est pas obligé d’approuver la censure subséquente d’une de ses pièces en France pour constater le gâchis, et trouver qu’il fallait pas mal de culot au fils de «petit nazi» autrichien pour affirmer que «les Serbes sont encore plus victimes que les Juifs» et pour comparer, dans un quotidien allemand, le bombardement de Belgrade à un «nouvel Auschwitz» avec des «computer-killer à 5000 mètres d'altitude» au lieu de robinets à gaz.L’écrivain a eu beau qualifier lui-même certains de ses propos, ensuite, de «balbutiement égaré», il semble bien être en possession de toute sa tète lorsque, dans une lettre d’explication envoyée à plusieurs journaux français, et dans un style d’une confusion pathétique, il tente une immonde relativisation du massacre parfaitement documenté de 8000 prisonniers sans défense à Srebrenica Handke à Hamm: «Un écrivain sérieux n’a rien à dire.Il a quelque chose à écrire, à décrire, à raconter.S’il a quelque chose à dire, qu’il le dise, mais qu’il n’écrive pas.“Qu’est-ce à dire?” [.] ne me demande donc pas de prise de position politique, s’il te plaît.» Trop tard.hamelinlo@symatico.ca VIVE LES ILLUSIONS! Peter Handke et Peter Hamm Traduit de l’allemand par Anne Weber Christian Bourgois éditeur Paris, 2008,172 pages LEONHARD FOEGER REUTERS Peter Handke CLAUDE-JEAN DEVIRIEUX Récipiendaire Catégorie guide pratique GILLES ROY Récipiendaire d'une mention spéciale du jury Catégorie document pedagogique www.P It Q.ca Presses de l'Université du Québec AJottr fictfc; nos autcuTs LA PETITE CHRONIQUE Si la littérature vous intéresse Gilles Archambault Les trois livres dont il est question dans cette chronique ne concernent strictement que des lecteurs qui font de la littérature un sujet préoccupant Autrement comment s intéresser en 2008 à Drieu, à Verlaine et aux inquiétudes de Richard MDlet quant à l’avenir de la culture?Notes pour un roman sur la sexualité est un inédit de Drieu La Rochelle.D’une brièveté (34 pages) qui nous surprend moins quand on songe au thème visé, le texte est cru, la confession sans détours.A notre époque, qui s’en scandaliserait?De toute évidence, ces aveux n’ont d Intérêt que dans la mesure où ils éclairent l’œuvre de l’auteur.Pour Julien Hervier, qui a établi l’édition du texte et le présente, l’auteur de Rêveuse bourgeoisie est manifestement un écrivain majeur du XX' siècle.Ne blâmons pas qui sait aimer, mais notons que point n’est besoin de partager cet avis.LAuteur Verlaine de Guy Goffette parle à la fois du poète et de souvenirs d’enfance.Il faut savoir qu’à l’école primaire Goffette a eu un petit compagnon qui portait le patronyme de Verlaine.Sous-titré Récits, cette évocation de la figure du poète est une occasion pour l’auteur de revoir la terre de son enfance et de retracer le cheminement tortueux qui l’a mené à la connaissance d’une œuvre qui ne cesse de l’imprégner.D y a dans ce petit livre des pages émues consacrées à l’auteur de Sagesse.On y sent une imprégnation très forte.Pour un peu Goffette s’accuserait d’avoir tant tardé à reconnaître la grandeur de l’œuvre, regretterait d’avoir trop tergiversé avant de révérer le poète.La chose a peu d’importance, mais il faut signaler que l’auteur, en 1991, «mourait» à Trois-Rivières, séjour dans une ville où, dit-il, on dit «parcage» pour «parking».Comme quoi on peut connaître et aimer Verlaine et dire des sottises.Richard Millet est corrézien.D fait partie de ces écrivains pour qui la province est une valeur en soi.H y a quelques mois, son Désenchantement de la littérature scandalisa Son cri d’alarme a été à peu près unanimement mal reçu.L’Opprobre, essai de démonologie assure l’auteur, est de la même eau.Bien que Millet insiste pour dire qu’il ne s’agit pas d’un pamphlet, fl est impossible de ne pas le lire comme upe somme d’accusations pour ce què sont devenues en gros nos civilisa fions occidentales.D m’arrive d’être d’accord avec lui, il m’arrive aussi d’être agacé.Que la culture contemporaine baigne dans Xentertainment, comment ne pas le constater?De même ses remarques sur la pénétration de l'islamisme en France et ailleurs en Europe paraissent-elles plus dignes d’attention que les conclusions de l’inénarrable commission Bouchard-Taylor.Il y a aussi ses notes sur la reconnaissance exagérée que reçoit dans l'Hexagone le moindre romancier américain, le renoncement face aux menaces qui guettent la langue française.Des points de désaccord, il y en a aussi.Par exemple, son opposition systématique à toute reconnaissance des exclusions sociologiques ou linguistiques.Me gênent toutefois bien davantage ses constantes références à ceux qui seraient (ou sont) ses ennemis.On en a vite ras le bol de cette manie de persécution.D n’empêche que ces notes qu’on imagine tirées d’un carnet ne sont jamais ennuyeuses.Comment être indifférent à ces quelques lignes: «Plaçons [Hslam] dans une petite société fragile comme le Québec, il devient même comme le vecteur de sa destruction, révélant par là sa vérité: 300 OOO musulmans sur quelques millions de Québécois déchristianisés, et nous avons une problématique libanaise, » D faut savoir que, bien que Corrézien, Millet a vécu longtemps au pays du cèdre vert Collaborateur du Devoir NOTES POLIR UN ROMAN SUR IA SEXUALITÉ Pierre Drieu La Rochelle Gallimard Paris, 2008,95 pages L’AUTRE VERLAINE Guy Goffette Gallimard Paris, 2008,98 pages L’OPPROBRE Richard Millet Gallimard Paris, 2008,177 pages E N Le jardin musical de Nelligan C’est à une promenade dans le jardin des poèmes de Nelligan que nous convie Le Violon brisé, un livre-CD qui fera le bonheur de tous les amoureux du mythique poète québécois.Interprétés et triés sur le volet par le comédien Albert Miliaire, ces textes choisis s'offrent en bouquet, finement accompagnés par le violon lyrique de la grande interprète Anne Robert Les pièces de Bach, de Paganini, de Telemann et BREF de Davehiy entrecoupent à point nommé les textes du Vaisseau d’or, du Violon brisé, de Soir d’hiver, livrés par le timbre chaud de la voix de Miliaire.Enregistré dans l'église de Ka-mouraska, d’une qualité acoustique incomparable, Le Violon brisé invite à revisiter le plus bel héritage laissé par Nelligan.- Le Devoir 1 U VALSE DES BATA» ¦ ' ^ LtmvsaT æ L'EXTASE UWHHKSÎ AUUM miwî www K LE DEVOIR.LES SA MED! 14 ET DI M A X CHE 1 5 .1 1 I \ O O S K 5 LECTURES D'ETE BIOGRAPHIE Radisson, un Indien venu de France GUYLAINE MASSOUTRE Au moment où on nous parle d’un Français qui fonde la ville de Québec, il nous en arrive un autre, aux coutumes et à la langue des natifs d’Amérique.H s’agit de Pierre-Esprit Radisson, Français aux origines incertaines.Le voici dans une biographie abasourdissante: Radisson, Indien blanc, agent double (1636-1710).Voici un petit chef-d’œuvre d’aventure historique, à lire durant l’été comme un roman de l’eschatologie québécoise, vantant l’héroïsme des fondateurs.Avec verve, l’ouvrage illustré raconte la vie tourmentée et entreprenante de Radisson, arrivé adolescent de La Rochelle à Trois-Rivières, en 1651, pour y rejoindre sa demi-sœur.Il est enlevé peu après > par un groupe de Mohawks, ces terrihants Iroquois qui l’adoptent non sans avoir sacrifié ses deux compagnons selon leurs cruels usages.Sauvant sa vie in extremis, le jeune homme devient illico Orinha, un Indien blanc.L’initiation Les conditions de survie, en Nouvelle-France comme au camp mohawk, sont-elles meilleures ici ou là?H faut en découvrir l’ambiance, telle que Radisson la raconte plus tard, alors qu’il a changé plusieurs fois de clan et de patrie et qu’il vante ses exploits et forfanteries à un public d’Anglais.Le manuscrit a été conservé par l’illustre observateur Samuel Pepys.Plusieurs témoins ont corroboré le témoignage de Radisson, tels le père jésuite Ragueneau et Marie de l’Incarnation.Les historiens ont toutefois fait la part des choses, soupçonné ses mensonges et ses hâbleries.Quoi qu’il en soit, l’aventurier protéiforme s’avère un personnage inouï, au destin capital dans l’histoire canadienne.Vers 1650, il n’y a pas plus de deux mille colons.Les tribus sauvages font régner la terreur, pratiquant des sévices terrifiants sur leurs captifs.Le long des routes où se troquent les fourrures, la concurrence est vive, et les emplacements stratégiques convoités, défendus, disputés.La survie des Blancs dépend du succès de ce commerce, âprement sollicité en France.1 X* SOURCE HBC lin autochtone examine une couverture proposée dans un poste de traite de la Compagnie de la baie d’Hudson.Dessin de C.W.Jeffreys.On découvre comment Radisson, chasseur, se commet aussi comme assassin.Pour s’en sortir, il lui faut force inventions transculturelles.Avec ses ruses multiples, il risque sa vie avec profit, selon ce qui nous apparaît aujourd’hui comme autant d’exploits improbables.Le récit met en scène les âpres combats de ce temps.Tour à tour traducteur, négociateur, marchand, explorateur, guerrier et même amant, cet ambassadeur d’un autre temps réussit toutes les étapes du reformatage à l’indienne.Flamboyant, le personnage dore son blason partout où il passe: «Son récit fascine, malgré ses maladresses et sa formulation approximative, par la radicalité de l’acculturation vécue.» Ma-rie-Hélene Fraïssé a l’art de faire vivre l’incertitude, la mobilité, l’endurance de l’homme, sur l’arrière-plan de la politique d’établissement des gouverneurs français.Tour à tour traducteur, négociateur, marchand, explorateur, guerrier et même amant, cet ambassadeur d’un autre temps réussit toutes les étapes du reformatage à l’indienne La distance Une fois retourné auprès des siens, Radisson a hâte de retrouver la vie sauvage et les intérêts marchands.L’importance des longues palabres autour d’une pipe sacrée, les rituels festife ou guerriers, il les connaît Avec la complicité de son beau-frère Desgroseilliers, ce jeune contrebandier opportuniste que le fleuve et la forêt aimantent parcourt un immense territoire, de l’Acadie au Minnesota jusqu’à la baie d’Hudson.Ses coups de pagaie, d’une allégresse inépuisable, étonnent toujours.Il joue ce rôle commercial de premier plan que la France et l’Angleterre vont se disputer en Nouvelle-France et sur les territoires environnants, dessinant les contours de notre modernité.Fraïssé raconte, romance, représente la vie au passé.«Une juste intuition au bon moment, de bons relais en haut lieu, un brin de chance, beaucoup d’acharnement, une forte dose d’opportunis- me, et voilà que deux obscurs, par un jeu de dominos à l'échelle de tout un continent, changent le cours des empires.- Elle accrédite la connaissance du terrain, les manœuvres et stratégies, là ou les représentants de l’autorité coloniale se contentent de suivre, de loin, et parfois de renier, les porteurs de haches, de poudre et de fusils à troquer.Quand Radisson et Desgroseilliers trahissent leur nation pour livrer leur fougue aux intérêts de la Couronne anglaise, c’est que la France les empêche et les retient.Ils fondent la Compagnie de la baie d’Hudson avec un mandat officiel de Londres, mais ils en seront dépossédés malgré leur témérité, en raison des bénéfices innombrables qui s’ensuivent.Ces diables d’hommes sont allés partout, avec des moyens de fortune inversement proportionnels à leurs ambitions.Le dossier québécois du dix-septième siècle est passionnant.Ce Pierre-Esprit Radisson, «Français transplanté au Canada, indianisé, rechristianisé, anglicisé, redevenu français, parti et revenu servir son pays à plusieurs reprises-, a été un joueur, panni un petit nombre fascinant.L’auteure et productrice démissions radio MarieHélène Fraïssé se passionne pour la rencontre du Blanc avec l’Indien depuis longtemps.Quïl soit question de la Nou-velle France ou de l’Amérique du Nord, son apport au domaine culturel est d’importance: voyez Découvreurs d’Amériques L'aventure, la rencontre, le pillage 1492-1550 (Albin Michel) et Aux commencements de l’Amérique 1497-1803 (ActesSud).Elle a préfacé ou annoté plusieurs ouvrages de référence, Voyages au Canada de Jacques Cartier (Irai éditeur), Samuel Hearne, le piéton du Grand Nord (Petite Bibliothèque Payot), Fenimore Cooper le dernier des Mohicans et La Saga de Bas-de-cuir (Omnibus).En 2006, elle recevait le prix Champlain pour l’ensemble de son œuvre.Collaboratrice du Devoir RADISSON, INDIEN BLANC, AGENT DOUBLE (1636-1710) Marie-Hélène Fraïssé Actes Sud Le Méjan, 2008,351 pages Lire avec Nathalie Bondil Directrice du Musée des beaux-arts de Montréal Mes lectures d’été?Ce sont sur tout des lectures sur l’histoire.sur l'art.Désolée, je n'en sors pas.mais j’aime ça.Ou bien des livres écrits à la première personne et des biographies.Je viens de finir Les jours passent, je demeure de lierre Berge, un spici loge sur son temps, ses rencontres, écrit comme un parterre de l.e-nôtre, des topiaires avec quelques cactus.Je lis en ce moment Je n’aurai pas le temps de Hubert Reeves Outre la chronique historique d’un Québec que je ne connais pis, la plii-losophie de vie de ce scientifique, qui a toujours su être un esthète, me touche.Il dit de la science qu’elle a du goût, quelle sait aborder la réalité avec un filtre cartésien tout en restant poétique, qu'elle apporte un humanisme à sa réflexion qui dépasse largement le territoire de sa recherche.Après lÆiaim! de Malka Zipora, tut petit recueil de nouvelles drôles et touchantes sur le quotidien de la communauté hassidique de Montréal, que je côtoie sans la connaître, je commence Hadassa de Myriam Beaudoin, le récit d'une professeure de français confrontée à cette autre culture.Pour les biographies, je viens de commander la dernière de Carrère d’Encausse sur Alexandre II.qui - PANNE TON YAI COURT Nathalie Bondil vient de paraître.Ses biographies comme ses analyses (le Malheur russe.L'Empire d'Euntsie.) me plaisent énormément.11 y a aussi une nouvelle «collection grands cinéastes* sympathique des Cahiers du cinéma et le Monde, dont je viens d'acheter le Clint Eastwixxl, mais il y en a plein d’autres, dont Andy Warhol - Fopisme de Rut 1 lacked.Dans la catégorie pamphlet, je viens de finir Le Spleen d'Apollon.Musées, fric et mondialisation de Didier Rykner.J'ai acheté au passage lui culture québécoise est-elle en crise?de Gérard Bouchard et Alain Roy: j'espère qu’ils se trompent! Lire avec Christine St-Pierre Ministre de la culture La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, prendra bien un peu de temps pour lire cet été, paraît-il.Elle se promet par exemple de finir Nos chères amies, de Denise Bombardier, et la trilogie Millenium du Suédois Stig I;irsson: de lire des polars aux litres évocateurs: Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Im fille qui rêvait d’un bidon d’essence et La Reine du palais des courants d’air.lui ministre a aussi l’intention de se pencher sur le dernier Benoît Dutri- PEDRO RUIZ I.E DEVOIR Christine St-Pierre zac, Kafka Kalmar, un livre qui met en vedette un journaliste enlevé par des extrémistes religieux.* ; ufrf: zitzi > LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL www.pulaval.com ISBN: 978-2-7637-8501-1 ISBN : 978-2-7637-8644-5 558 pages «vs» 40 $ 672 pages «xs140 $ Ic»n »"*• K» D’où vient l’accent des Québécois ( Ghatnpltttn et les fondateurs oubliés Et celui des Parisiens Les figures du père et Hr la ioP.dutwn ISBN : 978-2-7637-8615-5 312 pages 35 $ Acimabtt J n[CW En vente chez votre libraire ISBN : 978-2-7637-8700 320 pages 59 j VOUS souhaitent 1 i Tolstoï ou Dostoïevski rinconvénient no 33 André Major Isabelle Daunais Mathieu Bélisle Jonathan Livernois Alain Roy Geneviève Letarte Aussi dans ce numéro Disponible en kiosque et en librairie Marek Bienczyk Gilles Archambault Guillaume Arteau Réjean Beaudoin Serge Bouchard Gilles Marcotte www.i ncon ven icn t.ca LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DI M A X C H E I 5 J U I X 2 O O 8 0J DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE ET HISTORIQUE DES PATRIOTES 1837-1838 Alain Messier Code 63454 (608 pages) 33$ SAINT-CHARLES 1837 ET LA SURVIE D’UN PEUPLE MENACÉ Georges Bellemare Code 68633 (224 pages) 25,30$ JOURNAL D’UN PATRIOTE (1837 et 1838) Jean-Philippe Boucher-Belleville Code 25308 (176 pages) 77,40$ LOUIS-JOSEPH PAPINEAU CÉLÉBRITÉS Collection biographique JVadeau Papineau Code 1109 (64 pages) 11,60$ LES ENTANTS PAPINEAU CÉLÉBRITÉS Collection biographique Jacques Lamarche Code 1145 (64 pages) 11,60$ RENÉ LÉVESQUE CÉLÉBRITÉS Collection biographique Michel Lévesque Code 1089 (64 pages) 11,60$ Guérin^ 4501, rue Drolet Montréal (Québec) H2T 2G2 Téléphone: 514-842-3481 Télécopie: 514-842-4923 Courriel: francel@guerin-editeur.qc.ca Internet: http^/www.guerin-editeur.qc.ca LECTURES D'ETE LITTERATURE QUEBECOISE Le tapis volant québécois de Nairn Kattan MICHEL LAPIERRE Lorsque Naïm Kattan, issu de la très vieille communauté juive de Bagdad, a quitté l’Europe pour Montréal en 1954, il y a découvert une «ville moderne» dont les cloisons entre les cultures «ressemblaient étrangement» à celles de la 'mile archaïque» d’Orient qui Lavait vu naître et grandir.UAmérique, terre promise d’une nouvelle humanité, le trompait-elle?Pis encore, la fiction, ce don de l’Occident a l’Orient, se réduisait-elle au mensonge?Ces doutes ne font qu’effleurer l’essai Ecrire le réel, un autre des prolongements féconds du livre Le Réel et le Théâtral (1970) que Kattan a consacré à l’Orient et à TOccident, dualité à l’origine de sa brillante réflexion sur l’absence totale de l’art dramatique et quasi complète du roman dans les civilisations sémitiques traditionnelles.«C’est, précise l’écrivain, grâce à TOccident contem porain que la fictiem a fait son entrée en arabe et en hébreu.» Malgré cette modernisation inévitable, l’Orient serait-il resté plus réel, donc plus vrai et plus profond, que l’Occident, depuis toujours théâtral, tourné vers la fiction, peut-être même vers l’artifice?Mais une opposition trop facile est étrangère à la pensée de Kattan.Pour lui, l’univers de l’esprit n’est surtout pas unidimensionnel.Fondé sur une longue expérience, le raisonnement de l’écrivain ne peut qu’emporter la conviction: «Les cultures smt autonomes et c'est par leur différence qu 'elles communiquent et se rejoignent sans ameurren-ce et sans négation.» Maintenant, le Juif arabophone, selon ses propres mots, «vit en français, un français du Québec».Sa conclusion a quelque chose de bouleversant: JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Naïm Kattan dans le confort de son salon.Sur le divan, une photo de l’auteur en vespa à Paris à la fin des années 1940.«Celui qui change de culture ne peut en ignorer aucune.» D y a un demi-siècle, Kattan se do solait de trouver à Montréal «les Canadiens français, les Canadiens anglais, les Juifs, les Italiens» dans des zones séparées, comme celles qu’habitaient à Bagdad «les chiites, les sunnites, les Juifs, les chrétiens, les Kurdes, les Sabéens».Aujourd’hui, il remplace la consternation par l’espérance.Faire sienne une langue d’emprunt, le français, lui a permis de comprendre que l’extrême diver- sité du monde n’a rien d’archaïque ni de statique.La tour de Babel Dans la Bible, la construction de la tour de Babel, cette révolte orgueilleuse de l’homme contre Dieu, entraîne l’émergence de la multiplicité des langues.Ce résultat serait-il un mal nécessaire au bien?Kattan, pour qui la Bible est le livre de ses racines et de sa vie, semble le penser.Après tout Babel est le nom hébreu de Babylone, dont les ruines avoisinent Bagdad, la ville qu’il a quittée pour toujours sans se résoudre à l’oublier.L’écrivain québécois aime rappeler que l’arabe, sa langue maternelle, est sœur de l’hébreu, la langue biblique.On ne peut en effet comprendre l’une à fond sans connaître l’autre.La même chose s’applique aux deux civilisations sœurs.Le conflit israélo-arabe est le meilleur exemple d’une lutte fratricide.On ne s’étonnera pas de voir le Juif Kattan donner, dans une phrase, une le- çon d’islam a Ben Laden! Tout est naturel chez cet homme qui, à Pékin, sur le mur d’une mosquée «d’une architecture totalement chinoise», a pu lire, dans sa langue maternelle, une sourate coranique, «fai compris alors, écrit Kattan, que l’Orient et TOccident sont des notions relatives comme le sont les cultures et, à l’extrême limite, les langues.» La fiction peut naître dans une littérature grâce à l’apport étranger.L’écrivain insiste sur une réalité historique: c’est l’Occident qui a élevé les contes populaires arabes des Mille et une nuits au niveau littéraire en universalisant la tradition orale déjà empruntée à l’Inde et à la Perse.Le tapis volant sur lequel Kattan a voyagé dans le temps et dans l’espa-ce en écrivant ses essais, ses nouvelles et ses romans est à la fois universel, puisqu’il circule au-dessus des frontières, et québécois, puisque la traversée n’a qu’un seul point de départ et d’arrivée: le lieu où le découvreur a établi sa demeure.Par-delà les diverses cultures, l’écrivain retrouve partout le réel sémitique: la très discrète présence du sacré.Pour lui, «la Bible n'a nul besoin de confirmation».Avant même d’être un livre, elle constituerait un temps immobile.Quoi qu’il en soit il faut interpréter comme un avertissement salutaire donné aux Québécois cette phrase de Kattan, le sage qui aura bientôt quatre-vingts ans: «Une civilisation ne se résume pas à une langue.» En effet la culture d’un peuple est un monde.Collaborateur du Devoir ÉCRIRE LE RÉEL Naïm Kattan Hurtubise HMH Montréal, 2008,168 pages Lire avec Dany Laferrière Écrivain A la fin du mois de juin, je serai à Pointe-à-Pitre, étant depuis quelques années président du jury du Prix des Amériques, où je retrouve lœ Clézio, Eduardo Manet Jamaica Kincaid, Alain Mabanckou, Daniel Picouly, etc.On passe une bonne semaine ensemble à discuter de littérature en sillonnant la Guadeloupe.C’est un peu ce que je lis en ce moment: des romans cubains qui se sont retrouvés en tète de liste: La Havane, 1957 de Mayra Montero, Le Nid du serpent de Juan Pedro Gutierrez, L’Instant de l’éternité de Zoé Valdès, Les Bonnes de La Havane de Pedro Pérez Sarduy, Les Brumçs du passé de Léonardo Padura.A part les Cubains, je compte lire aussi La Sœur de Judith de lise Tremblay et relire le Journal d’écrivain de Virginia Woolf.Voilà et ce n’est pas tout PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dany Laferrière Lire avec Monique Proulx Écrivaine Monique Proulx prévoit se retirer à la campagne cet été, «dans une période de gestation où la lecture prend tout son sens», et traîne donc quelques poids lourds dans ses bagages.Pour l’instant, on y trouve les tomes 2 et 3 d'Histoire de la vie privée, une somme portant sur la Renaissance dirigée par les historiens Philippe Aries et George Duby, A History of God, de Karen Armstrong, une ancienne religieuse catholique elle-même et spécialiste des religions, Rebecca à Tère des tourments, de Marie-Claire Blais, Pourquoi faire, une maison avec ses morts, d’Élise Turcotte, Divisadero, de Michael Ondaatje, Mes voyages avec Hérodote, de Ryszard Kapuscinski, un Alain Mabanckou et peut-être un Jane Urquhart.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Monique Proulx Lire avec Louis Hamelin Ecrivain T1 ai l’intention de profiter de l’été J pour m’avancer dans la lecture du 2666 de Bolano, une sorte de monstre que j’accuse formellement d’invasion de domicile.J’ai un roman et des poèmes de Sherman Alexis qui m’attendent, le dernier Monique Proulx, Empire de Gore Vidal, si jamais je suis en forme pour une saga, et peut-être La Chambre aux échos de Richard Powers, qui ne contient aucune allusion à Julie Couillard même s’il y est question de la grue du Canada.Si je pars vers le Nord, je vais emporter un livre de Jean Désy au titre merveilleux: Miction sous les étoiles.Louis Hamelin lihnw VOTEZ parmi la liste des 15 LAURÉATS de chacune des catégories ET COUREZ LA CHANCE DE GAGNER 2 LIVRES EN LICE (10 GAGNANTS) DÉVOILEMENT LE 25 SEPTEMBRE 2008 CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS Q 2008 Rawi Hage.Pakhim oc coussiine (Alto) 2007 lE*N -SANÇOIS SEMICHEMiN LA Faskicatiom Ol l’AUtt(QuiBEC AmiKIQUE) ;; 2006 - Nicolas OiCKNf s Nikolski (An L: 2005 - Jean Barbe - Comment oiveNiit on MONsne (Lemeac} D 2004 - List Trembl ay - La héhonnièke (Umeac) ' 200;i ¦ Ci U TAN SOUCY MUSIC-HAU / (SOKf.Al) O 2002 SvivAIN TkudEL - Du MERCURE SOOS LA langue (Les Allusifs) D 2001 - Gu Coomi manche Un dimanche à la riecine à Kigali (Boréal) ü 2000 - Nadine Bismuth les Gens eioIles NE FONT PAS LES NOUVELLES (BoSE A; ; 190») Marie Labfrgi La cérémonie des anges (Boréai) q 1998 - Bruno Hébert - C’est pas moi.le le jure (Boréal) n 1997 Marie larerge - Annarelle (Bore al) ' 1996 Vines Chen - L’Ingratitude (Lemiac/Actes Sun) fj 1995 - Micnh Tremblay Un ange cornu AVEC DES AILES OE «Stï (Lf ME AC ACHS Su 1) 1994 Monique Proues Homme invisible À IA PENETRE (BOREAt) CATEGORIE ROMAN HORS QUEBEC 2008 - Phiuppl Claudel Le rapport oe Brodeck (Stock) 2007 Ionaeman Safran FaFR - Extrêmement PORT ET INCROT ABLE MENT PRÈS (Of t OLIVIER) 2006 - Khaud Hussein- Les cerfs-volants de Kaboul (Beifond) .2005 - Carlos RuizZafôn - Lombre ou vent (Grasset) 2004 SiRi Hi styeot - Tout ce que l’aimais (Actes Suo/Uméac) : 2003-Dennis Ufianf - Mvsnc River (Rivages) ; 2002 - Timothy Finehev - Pilgrim (le serre ni à plumes) 2001 - Du S' il Balzac et la petite tailleuse chinoise (Gallimard) 2000 Améiie Nothoms - Stupeur et tremblements (Albin MiCHFi) 1999 - nancy Huston - L’Empreinte de l’ange (Leméac/Actes Sud) ; ; 1998 - Alessandro Baricco - Soie (Alb n Michel) 1997 SernuaroSchiink Le Liseur (Gallimard) 1996-iosT.nGaarder Le Monde de Sophie (Seuil) c 1995 '’iter Mayle - Une année en Provence (Si uil) 1994 Donna r-\en LE maiTrt oes illusions (Pion) fmmm Gilles Valiquette HISTOIRES DE CHANSONS ¦ * 1 P» PiP POUR PLUS DE DÉTAILS : WWW.PRIXDESLIBRAIRES.QC.CA UNE SEULE PARTICIPATION PAR PERSONNE À RETOURNER AVANT LE 31 JUILLET 2008 A L'ALQ.1001 BOUL.DE MAISONNEUVE EST, BUR.580, MONTRÉAL, QC H2L4P9 wGiiies Valiquette Histoires de chansons vl» «it*»* 101 chansons écrites à la main, accompagnées de l'histoire de leur création.Pour découvrir des extraits du livre et de certaines œuvres visitez : www.edvlb com/ qillesvaliàuette Procurez-vous aussi votre coffret de collection numéroté et dédicacé à la main! ?1b éditeur i r 6^36 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET D I M A \ C II E 1 5 .1 V I \ 2 0 0 8 imm d'ete F LITTÉR A TI RE QUÉBÉCOISE Pur imaginaire de Guillaume Corbeil SUZANNE GIGUÈRE Debout devant la page comme l’un de ses personnages, Guillaume Corbeil a dû se demander pourquoi ne pas jouer la carte du suggestif jusqu’à la fiction.Dans le prologue de son premier livre, il écrit que les nouvelles que nous nous préparons à lire sont autant de lieux de fugue «où nous pouvons quitter ce monde qu’on subit jour après jour sans que nous l’ayons jamais choisi pour en habiter un autre, qu’on aura créé à notre mesure».Un appel à la part d'imaginaire que chacun porte en soi La littérature a toujours été un pont Voilà qu’elle devient interactive.L’Art de la fugue est habité par des personnages grotesques et complexes pris dans des histoires à dormir debout l’atmosphère des six récits est étrange et prenante, les univers absurdes.Tout l’art du jeune écrivain de vingt-huit ans consiste à déstabiliser le lecteur.Un glissement imperceptible s’opère et le laisse dans un état de rêverie ou d’inquiétude.D’abord, des images à profusion accrochées comme des filaments aux histoires.Un bric-à-brac éblouissant sous lequel court l’obsession permanente de l’invention: un homme est assis dans un taxi au milieu de nulle part, le conducteur du taxi s’élève dans les airs, «chagal-lien», et la pluie l’efiace «comme s’il ne s’agissait que d’un trait crayeux sur m tableau d’ardoise»; une femme en longue robe blanche de mariée n’en finit plus de tomber du haut d’un pont; un homme dans un scaphandrier se prépare à passer mille deux cents mois sous les mers; un autre, vêtu en garçon d’ascenseur, roule autour des branches d’un arbre une barbe à papa.Dans ce labyrinthe de scènes C3RM !i C’nnî xIa fia.O y b® i (c Lmslvtt meriit burlesques, des histoires prennent forme à travers les faits décrits.Chaque personnage cherche à fuir, à se dérober à lui-même: un homme, une femme, désespérés, écrivent le mot «F-i-n» (lui) sur le trottoir, (elle) sur le pare-brise d’une auto (Elles détestaient Madrid) ; une femme enceinte attend un train qui n’arrive pas (L’œil droit du cyclope); un enfant naît dans une chambre remplie de vide et est voué à rester pour l’éternité dans le néant (Annexe à la Genèse).Pour échapper à l’océan qui gronde à l’intérieur d’elle-même, une femme s’invente un monde (Le relais) Dans ces histoires de plis et d’ondulations, de fuite de soi-même, on trouve des éclats et des blessures d’enfance, quelques étincelles de tendresse, une quête de la partie manquante, masculine ou féminine («C’est cette quête qui nous pousse à vivre et, même si elle est vouée à l’échec, le désir d’être enfin complet nous redonnera chaque fois la force nécessaire pour renouveler cette poursuite, nous faisant en- core et encore tout recommencer au moment où tout se termine»), la folie des hommes («Tous ceux qui avaient vu la guerre, le sang, les hommes qui hurlent, qui tombent, ils auraient dû y laisser leur peau parce qu'il n’y a pas de place parmi les vivants pour ceux qui reviennent du pays des morts»), bref la trame de la condition humaine (vie.amour, mort) déclinée sur un ton léger, délirant ou absurde.Posture littéraire Guillaume Corbeil ne dit pas.il donne à deviner.Une sorte de voile enveloppe les chutes de ses nouvelles.11 aime déformer la réalité, brouiller les perceptions.On ne sait jamais si ses personnages sont en train de rêver ou pas, car ils semblent vivre en dehors du monde et du temps.Et le rêve finit par s'enraciner au coeur du réel Comme stratégie narrative, le nouvelliste a recours à la figure de la fugue, dont il emprunte les principes, jouant de la répétition, de la reprise, de la permutation, de multiples variations, créant une sorte de jeu du mensonge et de la vérité.«Je veux me faire croisé du mensonge, et en prenant les armes s'il le faut, défendre le faux et l’illusion contre tous ces charlatans de la vérité et de l’autobiographique.» L’Art de la fugue trouve son aboutissement dans le pur imaginaire.Une posture littéraire revigorante.On en redemande, de ces histoires pleines de liberté et d’intelligence jubilatoire.Collaboratrice du Devoir L’ART DE LA FUGUE Guillaume Corbeil L'Instant même Québec, 2008,147 pages De la Pénombre à Cap-Lumière Itinéraire spirituel et politique d’un patriote Pierre Gagnon Plus qu’une biographie, c’est une traversée du siècle, bras-dessus, bras dessous avec les « Nous-Autres ».De Lanaudicre à Laverdière, de Cap Cod, Mass, à Cap Lumière, en Acadie.Révélations inédites.Le Beau Risque en 1983, ses attraits, sa déconfiture.L’éblouissement des Lumières et la naissance du Nouvel Age.En vente en librairie.348paries, 29,95 $ aux Editions Carte Blanche Théâtre macabre et obsessions guerrières CHRISTIAN I) ESMEULES Toute l’action d'Omaha Beach a lieu dans le cimetière américain de ColeviDe-sur-Mer, en Normandie.Côté cour, les remous de l’Atlantique.Côte jardin, le calme apparent dime maree de croix blanches qui viennent nous rappeler un passé mouvementé et sanglant.En fond sonore, des «cris stridents» de corneilles se font entendre, oiseaux
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