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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2004-05-15, Collections de BAnQ.

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——- LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2 0 0 1 La société vue par Guy Debord Page F 6 rtk *«\ * Gabrielle Roy racontée par André Vanasse Page F 7 ^ LE DEVOIR o Suzanne Myre a un œil de lynx.D’un regard, elle scrute votre habillement et votre coiffure.Et qui sait s’il ne sera pas question de celle-ci dans son prochain recueil de nouvelles?Car c’est bien ce monde à double fond, ce monde factice, féru de l’illusion des teintures à cheveux et des chirurgies plastiques, ce monde d’une génération X bientôt quadragénaire qui peuple le Plateau-Mont-Royal que l’écrivaine traque dans son dernier recueil, Humains aigres-doux, publié aux éditions du Marchand de feuilles.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR 4^ ironie est son langage.Et c’est Perroquet sur le Plateau, collage.PHOTO JACQUES GRENIER ce regard, souvent dévasta teur, qui donne du souffle à .son œuvre.Suzanne Myre r l’admet en entrevue: écrire pour elle est un exutoire, une façon de se débarrasser de ce qui l’indispose et l’agace.EL au premier chef de ses têtes de Turc, on trouve l’obsession et le refus de l’âge d’une société par ailleurs vieillissante.Humains aigres-doux met donc en scène Voualtèr, coiffeur bisexuel de son étaL chez qui l’un et l'autre membres actifs de la faune plateauesque branchée de Montréal aboutissent pour se refaire une tête avec peut-être, en prime, l’espoir de se refaire une vie.Suzanne Myre aime bien s’amuser et elle aime aussi amuser ses lecteurs.Aussi, Humains aigres-doux est-il d’abord et avant tout un propos divertissant sur une société connue de tous et critiquée par plusieurs.Mais on sent aussi, sous la laque de l’humour, un certain regard sur elle-même, comme si cette obsession de l’apparence, de l’orgasme multiple, ou encore de la sécurité d’un cabanon planté sur un terrain de banlieue, n’était pas enfouie très loin en chacun de nous.«Ce contact trop prolongé avec une femme comme Chrysteüe avait fait surgir de mon esprit ce que je déteste le plus de moi et qui ressemble à ce que je déteste le plus chez les femmes que j’évite, alors voilà, maintenant, je me détestais», écrit-elle d’ailleurs, dans la nouvelle intitulée Le Cabanon.Pas étonnant d’ailleurs que la narration, qui emprunte des points de vue différents sur un même milieu, passe du «je» au «vous» et au «il», interpellant le lecteur dans sa propre lecture du monde qui l’entoure.En entrevue, la véritable Suzanne Myre dévoile pourtant une personnalité beaucoup plus profonde, vivant loin du tumulte de la rue Mont-Royal, fuyant les modes et les conventions et recherchant même, à l’occasion, la quiétude propre à l’écriture dans des retraites monastiques.Cette femme de 42 ans explique par exemple qu’elle se sent par-dessus tout utile dans «J’ai découvert que j’avais cette capacité-là d’écrire rapidement, autour d’un thème» son travail de préposée à la centrale des messagers de l’hôpital Notre-Dame, que ce contact pennanent avec des malades, avec des corps qui souffrent et qui vieillissent sans pitié, lui a enseigné la valeur de sa propre vie et l’a aidée à oublier ses petits bobos.«Je disais encore aujourd'hui comment fai-mais ça, comment le contact avec les patients avait changé ma vision des choses, comment j’apprécie davantage chaque seconde, parce que je regarde les gens, dans quel état ils sont.», dit-elle.Car la santé et le dépérissement sont aussi au cœur des préoccupations de Suzanne Myre, qui dit d’ailleurs habiter son corps avec beaucoup d’acuité, en sentir les moindres caprices.Quant à écrire, c’est un acte qui l’accompagne depuis toujours.Elle a échangé, dit-elle, des lettres et des mots doux avec la plupart de ses ex, et c’est d’ailleurs l’un d'eux qui l’a incitée à publier.Dans l’une des nouvelles d'Hu-mains aigresdoux, on retrouve cet échange de cartes postales, et d’infidélités, entre un homme et une femme en instance de séparatioa Plus tard, c’est dans des ateliers d’écriture, avec d’autres femmes, et aussi à l’université que Suzanne Myre découvre la possibilité de faire rire une classe entière.«J’ai découvert que j’avais cette capacité-là d’écrire rapidement, autour d’un thème», se souvient-elle.Plus tard, elle publiera des nouvelles dans différentes revues, Moebius, Main blanche ou Jet d’encre.Mais les cercles littéraires, portés sur les soirées consacrées aux déclamations enfumées, lui déplaisent par leur narcissisme.C’est cette ambiance décadente qu’elle dépeint dans la nouvelle intitulé Le Cercle de Poffe-Royal, une caricature, dit-elle, du cercle littéraire de Port-Royal.Car la grande inspiration semble être venue à Suzanne Myre au décès de sa mère, au moment où cette femme, veuve d’un mari alcoolique, solitaire et coquette, avec qui elle avait eu une relation difficile, est soudainement devenue la mère idéale, celle dont l’écrivaine s’est ensuite ennuyée et qui lui a inspiré les Nouvelles d'autres mères (Marchand de feuilles, 2003).VOIR PAGE F 2 : PARADOXES Les paradoxes de Suzanne Myre hi 17 ri'' SOCIAL* DÉMOCRATIE Lauréat du 17r Prix Trillium tk 228 paj!«* • 24,*5 J DENIS Boréal F 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 1 6 M A 1 2 O O 4 -«"Livres •»- EN APARTi liberté de Jean-Jacques Pauvert Après de 80 ans, l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, toujours très fort en gueule, a décidé de publier ses mémoires.A travers sa propre histoire défile devant nous celle de la liberté de penser, qui se conjugue avec celle d’éditer.Entré chez Gallimard en 1942 comme apprenti libraire, il publie à quinze ans Jean-Paul Sartre dans sa propre maison et annonce, à vingt, qu’il publiera les œuvres complètes du marquis de Sade.Plus tard, il rachète une imprimerie, un journal juridique et un journal satirique, Le Crapouillot, tout en redonnant vie à l’œuvre formidable de Georges Darien, puis aux livres dé Boris Vian.Avec Jean-François Revel, il lance aussi une série de brûlots dans une collection, «Liberté», qui fera époque avec ses petits formats longs, imprimés sur du pauvre papier kraft.Libertin plus que libertaire, Pauvert a publié de tout, mais notamment beaucoup de littérature érotique, à une époque où de tels livres constituaient encore des insultes à la moralité publique dominante.Histoire d’O, de Pauline Réage, ce classique de la littérature érotique, c’est lui.Lorsqu’il découvrit ce livre, grâce à son ami Jean Paulhan, l’éditeur s’agita comme un diable dans l’eau bénite pour le publier.Durant des années, il en parla tant et si bien que ce livre, d’abord peu remarqué, finit par apparaître dans toute la lumière de sa grandeur.Jean-Jacques Pauvert, ce fut aussi l’éditeur du marquis de Sade.Le divin marquis a beau être mort en 1814, on pourrait croire qu’il grouille encore au milieu du XX" siècle, tant il soulève les passions.En 1955, pour avoir réédité Sade, Pauvert doit subir un procès retentissant.Vaut-il mieux mettre la Bible ou Sade entre les mains d’une jeune fille, demande le président du tribunal à Jean Paulhan, témoin de Pauvert?Oh, explique l’astucieux Paulhan, la Bible est Un livre qui ne doit être confié à un lecteur qu’avec beaucoup de précautions, tandis que Sade est si naturellement repoussant qu'il peut être lu par tous.Remarquez que l’hypocrisie de la morale publique n’avait pas élu domicile qu’en France.Dans la très catholique province de Québec, cette littérature n’était pas aussi étrangère qu’on pourrait le croire.Prenez Léon-Z.Patenaude, un des pères du Salon du livre de Montréal.Il s’agitait alors au sein du Comité de moralité publique, aux côtés notamment de Jean Drapeau et de Robert La Palme, alors caricaturiste au Jean-François Nadeau ?Devoir et grand amateur de bordels.Que Ijsait Léon-Z., obsédé par la question de la moralité?A sa mort, la bibliothèque de l’UQAM accueillit avec plaisir sa collection de littérature érotique, dont il accumulait les pièces depuis des décennies, et qui comportait nombre de livres édités par Jean-Jacques Pauvert.La vraie liberté d’un éditeur, explique Pauvert, s’exerce d’abord par son devoir de refuser des manuscrits, de dire non aux succès faciles pour ouvrir la voie aux succès durables.Certaines années, Pauvert ne faisait paraître aucun roman.Souvent seulement deux.Rarement davantage.Son idée de l’édition est toujours demeurée la même et il la résume dans une boutade: «L’année où l'on n’a que des manuscrits de mauvais romans, mieux vaut publier un bon recueil de mots croisés.» Alors que tout le monde parle d’une crise de l’édition, Pauvert continue de soutenir ce qu’il disait déjà sans ambages au beau milieu des années I960: «Non, ce n’est pas l’édition qui est malade, ce sont les éditeurs.Jamais les livres ne se sont si bien vendus, et ils se vendraient deux fois mieux encore si on ne publiait pas n’importe quoi.» Pour un éditeur qui souhaite découvrir de nouveaux auteurs, il y a deux politiques possibles, affirme-t-il.«La première, celle des Gallimard, des Julliard, du Seuil [.]: “Plus nous publions de livres, plus nous avons de chances d’avoir le Concourt, le Femina ou de trouver une nouvelle Françoise Sagan”.Un éditeur qui applique cette politique et qui a publié, en un an, mettons vingt romans, ne peut guère, l’année suivante, en publier moins, que la récolte soit bonne ou mauvaise, sous peine de voir diminuer son chiffre d’affaires.Dé- ment tellement, il est contraint de pratiquer une politique de masse, de probabilités.» Mais, évidemment il se trouve à l’occasion dans ce fatras un grand auteur.Or un éditeur qui se trouve de la sorte un écrivain véritable mérite des félicitations et non l’admiration, croit Pauvert A cette politique, il faut préférer celle d’««» éditeur qui publie seulement trois romans dont deux sont bons».Bien sûr, «ça, c’est admirable.» Ce n’est pas pour rien que l’ancien éditeur publie aujourd’hui chez Viviane Hamy, c’est-àdire plutôt en marge des géants de l’édition.La confiance envers les géants du métier, il ne l’a jamais eue.Pour Jean-Jacques Pauvert confondre édition et industrialisation a des conséquences malheureuses pour tout le monde, à commencer par les libraires: «Interrogez les libraires, ils vous diront la même chose que moi: ils sont noyés.Le métier de libraire devient impossible.Il consiste à défaire des paquets.[.] La crise de l’édition, elle est là: au niveau du rayon du libraire qui ne se dit pas: “À qui vais-je vendre mes livres?", mais: “Que vais-je faire de tous ces livres insipides, qui n’intéressent personne?”» ?La liberté n’est une marque de yogourt C’est entendu.Est-ce davantage une revue?Depuis la fondation de Liberté, en 1959, on est parfois tenté de le croire.D’autant plus lorsqu’un Hubert Aquin, un Pierre Vadeboncœur, un Serge Cantin ou une Martine Audet y apposent leur griffe.Mais cette impression va et vient selon les saisons, les collaborations et surtout les comités de rédaction.Qu’est-ce qui s’annonce, avec la nouvelle direction de la revue?La rédaction actuelle écrit que «Liberté demeure l’un des périodiques les plus perspicaces dans l’histoire des revues au Québec».Peut-être.îylais faut-il l’être soi-même pour constater que, dans l’avant-dernier numéro, Liberté a notamment reproduit deux très longs extraits de textes de journalistes du Devoir sans même juger bon au préalable d’en demander la permission?Au moins si c’était pour les détourner vraiment et leur faire livrer de la sorte un sens nouveau.Mais non.Ils servent ici surtout d’illustration au fait qu’il n’y a K ne les éditeurs qui ne respectent pas toujours oits d’auteur.Que trouve-t-on dans le plus récent numéro de Li- berté?Difficile à dire, tant le parti pris graphique de collégien de ce numéro entrave sa lecture.La plupart des textes laissent un mot inachevé en page de gauche, dont O faudra retrouver tant bien que mal la suite à droite, en belle page.D en résulte une confusion assez navrante.Qu’en aurait dit l’éditeur Roland Giguère, à qui la revue entend rendre hommage dans son prochain numéro?Sans doute qu’il n’y a là ni provocation ni esthétisme singulier, ni réelle liberté, mais tout au plus, pour le moment en tout cas, un certain ratage.?Les Acadiens n’ont peut-être pas une bonne étoilé que sur leur drapeau national La semaine dernière, dans le cadre du Festival international des littératures, quelques voix de l’Acadie actuelle donnaient à Montréal un récital au Lion d’Or., Bien après le spectacle, tard dans la nuit, David Etienne, l’assistant à la production, sort de sa voiture avec son sac à la main.Juste à ce moment, un cycliste tend le bras et s’en empare d’un geste sec et précis, comme les coureurs cyclistes attrapent leur musette lors d’un ravitaillement en course.Clac! Et lè voilà déjà qui file au loin.Dans le sac se trouvent non seulement ses papiers personnels mais aussi et surtout les recettés de la journée du festival et les cachets pour les poètes acadiens.La nuit s’écoule et le pauvre David s’en veut à mort d’avoir offert, bien malgré lui, un tel trophée à ce coureur sorti de la nuit Le lendemain passe aussi sans qu’il ne cesse de mouliner l’histoire dans sa tête.Vingt-quatre heures plus tard, pendant,qu’il est bien installé chez lui, le téléphone sonne.A l’autre bout du fil un type lui dit qu’il est nid autre que son sprinter-voleur.«Ce sont des chèques pour des écrivains dans ton sac, hein?Je peux pas voler des écrivains.Vas à une heure du matin, coin Saint-Denis et Ontario: il y aura une fille avec ton sac.ReprendsAe.Moi, je ne veux pas te voir.» Le brave se rend au rendez-vous, sans doute un peu craintif D y trouve la fille et, tel qu’annoncé, son sac.Tout est bien là, c’est-à-dire les chèques autant que l’argent sonnant et trébuchant Il faut être drôlement bête pour ne pas aimer les cyclistes et la littérature.Le baromètre du livre au Québec Palmarès des ventes 5 au 11 mai 2004 Cette semaine Renaud-Bray a vendu 20 346 titres différents DA VINCI CODE V D.BROWN IC Lattès LES TREMBLEMENTS INTÉRIEURS Psycholi)|;ip D.DUFOUR L’Homme G.HEBERT-GERMAIN Roman Qc MONICA LA MITRAILLE Libre Expression M.LÉVY LA PROCHAINE FOIS Robert Laffont DICTIONNAIRE QUÉBÉCOIS INSTAN1ANNÉ * Dictionnaire Qc MELANÇON/POPOVIC I.LE CARRE UNE AMITIE ABSOLUE Roman Qc L’HISTOIRI Dt PI y Booker Prize 2002 Y.MARTEL RAEL.JOURNAL D'UNE INFILTRÉE Essais Qc GUÉRIR ?Psychologie SERVAN-SCHREBER Robert Laffont NEW-YORK BRÛLE-T-IL ?COLLINS / LAPIERRE Robert Laffont LA NUIT DE L’ORACLE ¥ P.AUSTER Lemeac/ActesSud ENSEMBLE.C'EST TOUT A.GAVALDA Dilettante MÉMOIRES y Biographie F.PAHLAVI RIEN DE GRAVE LA TRANSACTION J.GRISHAM Robert Laffont LES COLORIÉS A.JARDIN Gallimard HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHÉNIX V (M*P MUMSM J.K.ROWLING Gallimard OBJECTIF PARIS LUDLUM / LYNDS Grasset Roman MAKTUB P.C0ELH0 Anne Carrière Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E TOLLE Biographie BUSH L'IMPOSTEUR J.H.HATFIELD Miche Lafon LES CHEVALIERS D'ÉMERAUDE.1.1 - Le leu dans le ciel Fantastique Qc A.ROB LLARD de Mortagne SOUS LES VENTS DE NEPTUNE F VARGAS Viviane QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?» Psychologie J.SPENCER Michel Lafon Venez rencontrer MARY Is IGGINS CLARK le jeudi 27 mai de 17 h à 21 h 1 8(450) 1681-3032 M 25 mÊÊÊÊÊÊÊÊÊÈm B.D.KID PADDLE.n“ 9 - Boing ! Being ! Bunk ! MIDAM Dupuis 3 26 Santé MÉNOPAUSE, NUTRITION ET SANTÉ V L LAMBERT-IAGACÉ L'Homme 3 57 Biographie Qc JACQUES PARIZEAU, t 3 - te régent V P DUCHESNE Québec Aménque - 28 Roman LE SECRET DES ABEILLES S.M.Kl DD Lattès - P9I Roman Qc S MYRE Marchand de feules J 30 B.D Qc M.RABAGLIATI La Pastèque 3 Ë.Roman Qc LES FILLES DE CALEB, t.3 - L'abandon de la mésange A.C0USTURE Libre Expression ’ 32 Roman Qc A.LABERGE Québec Aménque S 33 Psychologie ÊTRE HEUREUX CE N'EST PAS NECESSAIREMENT CONFORTABLE T.D'ANSEMBOURG L'Homme 4 34 B.D.GARFIELD, t.38 - Chat Académie J.DAVIS Datgaud Ë Roman Qc LA CHATELAINE DE MALLAIG V D.LACOMBE vlb éditeur 36 Biographie Qc J'AI SERRE LA MAIN DU DIABLE V R.DALLAIRE Libre Expression 3?Ï1 Psychologie Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P M0RENCY Transcontinental •?38 Polar IA LIONNE BLANCHE V H.MANKELL Seuil 6 39 Roman Qc P.CARON vlb éditeur 3 40 Roman Qc UN PETIT PAS POUR L’HOMME S.D0MPIERRE Quebec Amérique 14 41 Roman LILAH - La Bible ni féminin M.HALTER Robert Laffont 3 4?Roman VŒUX SECRETS D.STEEL Presses de la Cite ’ù’ 43 Roman L'ENFANT DE N0É É -E.SCHMITT Albin Michel 3 44 Gestion LES FOUS DU ROI R.TREMBLAY Transcontinental - 48 Sport Qc GUIDE DES TERRAINS DE GOLF AU QUÉBEC P.ALLARD L'Homme 8 y > : Coup de Coeur RB ¦¦¦B Nouvelle entrée Nbrvdtin naiim dapuii parution I Plus de lOOO Coups de Cœur, pour mieux choisir.25 succursales au Québec www.renaud-bray.coin LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE De cendres et de glace Deux romans brefe et percutants d'écrivains serbes installés au Canada CHRISTIAN DESMEULES _ A yT on frère n’est plus.» C’est ^IVJL sur cette note, vive mais pas trop, que s’ouvre le concerto d’adieu du narrateur, qui reçoit un matin par la poste les cendres de son frère étrangement disparu depuis plusieurs années: «Le matin j’ai reçu les restes de mon frère dans une boîte en tôle écaillée: allegro.J’ai appris que son cœur dilaté avait été Jeté aux ordures et brûlé en même temps que ses poumons, son foie et ses autres entrailles: largo cantabile.» Petit roman impeccable à la structure musicale, pétri de culture et de nostalgie légère, Cadeau d’adieu fourmille d’intelligence et de signification.Une journée dans la vie d’un homme où passent sans trop s’arrêter Ovide, Cortazar, Nietzsche, Marguerite de Navarre ou Rounti.Médecin d’origine serbe immigré au Canada, dans une province atlantique baignée par «la substance grise de la monotonie», d’accord, mais où personne ne risque de Y «égorger avec une cuiller rouillée», il y coule des jours tranquilles.Recyclé dans l’informatique médicale et toujours incapable d’écrire une rédaction sur le thème «Ce que j’aimerais faire quand je serai grand», il a un emploi plutôt bien payé où il fait de la figuration — «ce qui convient parfaitement à ma structure mentale», avoue-t-il — un petit chien qui ressemble à un renard et une épouse céramiste.Une existence balisée, sans surprise.De ce frère disparu, nous saurons qu’il était un surdoué magnifique, «un des plus fervents adeptes STÉPHANIE SOPOW Vladimir Tasic de la lecture en sanitaires de toute l’histoire moderne et même postmo-derne».Un contradicteur-né qui essayait de lui expliquer en vain «les théories de l’ordre dans le chaos ou du savoir dans le non-savoir».Un artiste prodigieusement doué, aussi, «qui disait de tout ce qu’il créait que c’était sans valeur et qu’il fallait le détruire».De là à y voir une sorte de double du narrateur, sa conscience fraternelle constamment rompue au dialogue ouvert il n'y a qu’un pas qu’on ne s’empêchera pas de franchir.Puisque, d’une certaine façon, par ce «cadeau d’adieu», c’est sa vie d’avant qui lui fait un dernier signe et qui s’envole en fumée.Une chute diablement efficace, disons-le, confère également à ce roman une bonne partie de sa force de frappe.Né en 1969 en Yougoslavie, Vladimir Tasic est aujourd’hui professeur de mathématiques à l’Université du Nouveau- Prix Émile-Nelligan 2003 JEAN-SIMON DESROCHERS Parle seul LES HERBES ROUGES / POESIE Brunswick, spécialiste de l’histoire de sa discipline et de l’émergence de la pensée postinoderne en mathématiques.Un esprit brillant, sensible et éclectique, dont on entendra à coup sûr parler à nouveau.L’Homme de neige Rus âgé que Vladimir Tasic, né en 1948 en Yougoslavie, David Al-bahari s’est lui aussi installé au Canada il y a quelques années et est aujourd’hui l’un des plus grands noms de la littérature serbe — Tasic lui fait d’ailleurs un clin d'œil.Dans L’Homme de neige, le troisième de ses romans que Gallimard publie en traduction, mais le premier qu’il a écrit à son arrivée au Canada, Albahari explore de manière poétique et percutante la dissolution identitaire.Débarquant de l’ex-Yougoslavie comme écrivain en résidence dans une université de l’Ouest canadien, le narrateur se frappe paradoxàlement à son aversion pour l’université et le monde universitaire.«Rien n’est aussi terrible qu’une phrase qui prétend être la seule exacte, qu’elle parle du cosmos ou d’une recette de gâ- teau aux fruits.» Ou alors qu’elle parle de l’ex-Yougoslavie.Il consomme du jus d’orange comme anxiolytique et contrepoison à tout ce qui l’irrite dans sa terre d’accueil, accumule les détails d’un quotidien réglementé «à l'américaine», s’enfonce dans une torpeur résignée à mesure que ses repères se brouillent et que se recomposent les frontières.Puis, un jour, étourdi par la neige qui tombe, il ouvre la bouche et fixe le ciel.Envoûtant, légèrement acerbe et insaisissable.CADEAU D’ADIEU Vladimir Tasic Traduit du serbe par Gabriel Laculli et Gojko Luldc Les Allusifs Montréal, 2004,144 pages L’HOMME DE NEIGE David Albahari Traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel Laculli Gallimard Paris, 2004,114 pages PARADOXES SUITE DE LA PAGE F I «.[I]f semble capital pour une femme de se faire coquette si elle veut survivre, une fois veuve.J’apprends ces choses importantes en vivant auprès de ma mère», écrivait-elle alors, dans la nouvelle intitulée Film d’horreur.Suzanne Myre confesse par ailleurs avoir mis du temps à comprendre l’univers féminin, qu’elle a longtemps qualifié de superficiel et où elle avait peu d’amies.En ce sens, on pourrait dire que son travail d’écriture est aussi peut-être un peu un travail de réconciliation.À cet égard, comme à bien d’autres, d’ailleurs, le vieillissement, celui-là même qui met un peu de cendre dans ses cheveux, lui a aussi apporté une certaine sérénité, un sentiment d’apaisement Elle dit d’ailleurs espérer, dans son œuvre prochaine, aborder lêâ choses dans ce qu’elles sont plli tôt que dans ce qu'elles ne sonl pas ou dans ce qu’elles ne dèi vraient pas être.Car, derrière l’his mour, reconnaît-elle, c’est toujours une certaine souffrance qui s'exprime et parle.HUMAINS AIGRES-DOUX: Suzanne Myre Editions du Marchand ; de feuilles, Montréal 2004 • 170 pages LI BRAI RI E BONHEUR D’OCCASION LIVRES D’OCCASION DE QUALITÉ ?Livres d’art ?Littérature et de collections ?Philosophie ?Canadiana ?Sciences humaines ?Livres anciens et rares + Service de presse Faites-nous part de vos desiderata 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal), Montréal 514-522-8848 1-888-522-8848 7 jours 7 soirs de lOhOO à 21h00 bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC.POUR L'ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES. LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2 0 0 4 —- Littérature ~— L’humour est chose grave LJI écriture est nerveuse, directe.Les dialogues, vifs et intelligents.Les propos, mor-I dants.L’humour, ravageur.Le sens de l’ob-servation, peu commua Dans son troisième recueil au titre grinçant.Humains aigres-doux, Suzanne Myre continue de raiDer les travers comportementaux de ses contemporains en éclatant de rire.Dans les douze nouvelles du recueil, l’écrivaine acerbe s’autorise de joyeux bougonnements sur l’intolérance, la superficialité, le nombrilisme, la tyrannie de la beauté et de la jeunesse, les célibats dranudques et les triangles affectifs.Observattiee lucide mais non désespérée, eDe promène son regard sur sa génération et nous en livre les états d’âme, souvent drolatiques.Ses phrases résonnent parfois comme des slogans, les traits d’esprit abondent Ses nouvelles, ramassées, concentrent tout son talent de conteuse.Lauréate du prix Adrienne-Choquette 2004 pour Nouvelles d’autres mères et finaliste pour le Prix des libraires 2004, l’auteure dans la quarantaine semble avoir un «penchant» à toujours tendre vers les «vraies affaires».L’humour est chose grave, vous savez.Lucidité Le Cabanon parie de la perfidie féminine.Participant à un party de filles, la narratrice, spontanée et peu diplomate, pratique le «je-me+etiens-bien» devant une invitée envahissante et superficielle.Exaspérée par les sarcasmes de cette folle compulsive, eDe laisse éclater sa retenue charmante.La meilleure nouvelle du recueil, la phis étoffée.Un summum de méchanceté et d’angoisse névrotique mêlées.«Toute ressemblance avec des personnes ou situations réelles serait fort embarrassante».L’avertissement coquin précède Le cercle de Poffe-Royak, qui met en scène un cercle de poètes-paons, fats et impertinents, qui prennent en grippe la seule femme poète du groupe.Ils la surnomment «Mimille-Gilligan».Souffre-douleur des poètes orgueilleux, Jeanne-Marie ne cesse de «tirer sur sa jupe à toutes les minutes» et d’essuyer ses yeux et ceux de son «toutou épluché».Le rire baisse en intensité dans cette nouvelle, moins réussie.La nouvelliste se reprend dans les descriptions des chassés-croisés amoureux.Elle analyse avec une pointe féroce les triangles amoureux et la durée des sentiments.Dans Heilchimie, un scientifique, en congrès en Californie, écrit des cartes postales «enpe-Htpetitpetit» à sa blonde.D lui tient des propos débiles, infantilisants et pas fins, comme «L’air est doux comme une caresse (pas la tienne, hérisson)».D s’éprend d’une Suzanne Giguère chimiste allemande et prolonge son séjour.Le coeur «en petits lambeaux», sa blonde finit par caser ses complets Armani «dans cent quarante-sept valises».Drôle et émouvant Dans Une ambiance d’enfer, Suzanne Myre devient fellinienne.Un célibataire «depuis 7 jours» se pointe dans une soirée, où une grande pimbêche accourt vers hx «en poussant des petits cris de caniche.et des couinements de souris».Après avoir avalé une mixture «à trois étages», il se retrouve par terre avec, au-dessus de lui, «des yeux d’aliens avec bouches grimaçantes et dents acérées vociférant des incantations monosyllabiques».Sourire et gaieté Il n’y a pas d’humour sans lucidité.De lucidité sans compassion.Dans Avancez par en arrière, une femme, après une rupture, cherche à donner un sens à son existence.Une nouvelle caustique sur «tous les restes humains, les célibataires, les rejetés, les seuls au monde», qui s’en remettent aux gourous de la croissance et de l’épanouissement personnels avec l’espoir de «devenir-une-personne-auto-suffisante-et-capable-d’aimer-comme-du-monde».Dans Zones éroturbulentes, Suzanne Myre nous présente une «moche inconsolable» en pleine crise de la quarantaine et aux prises avec des problèmes de cellulite.La nouvelliste s’approche du «ravin des dysfonctions sexuelles», mais elle n’y tombe pas.Petit clin d’œil aux histoires succulentes de la bédéiste Claire Bretécher, qui stigmatise depuis les Gnangnan les fixations obsessionnelles des femmes à propos de leur corps.Certains personnages rebondissent d’une nouvelle à l’autre, comme Voualtèr, le coiffeur-styliste.Sa spécialité: satisfaire des clients dont neuf sur dix «ont une tronche cent pour cent incompatible avec le style demandé» (Au poil près), lesquels doivent payer un autre coif- *' J» JACQUES GRENIER IE DEVOIR Suzanne Myre publie son troisième recueil de nouvelles, Humains aigres-doux.feur pour retrouver une allure normale (Naissance et mort d'une calvitie).Dans cette dernière nouvelle, conv me dans la première, l’auteure excelle dans le comique de situation.Portés par un souffle puissant, ces deux textes penchent vers le romanesque.Enfin, on se souviendra avec émotion de L'aller-retour de Jean-Pierre, un perroquet traumatisé par son propriétaire, un garçonnet maigrichon qui se tue à lui faire dire «bonjour coco» et autres bêtises.Enviant «le toucan de la boîte de Froot Loops qui ne se fait pas lancer ses céréales par la tête à l'heure du déjeuner, lui», l’animal rêve de «tendres roucoulades».Loufoque.«L’humour est chose grave, c’est la chose la plus grave, c’est la seule chose grave.Il embrasse tout de l'humaine grandeur et de l’humaine détresse», nous rappelle Domi- nique Noguez dans son plus récent essai, L'Homme dé l’humour (Gallimard).Suzanne Myre sait nous toucher en produisant, au moment le plus inattendu, des rèi flexions qui mettent en relief la gravité du propos.Si quelques nouvelles manquent quelque peu d’épaisseur, en revanche Humains aigres-doux abonde en boré heurs d’expression et en images surprenantes.La nouvelle, avec son style abrupt, sa fulgurance, son intensité et ses jeux de miroir, lui va comme un gant.HUMAINS AIGRES-DOUX (nouvelles) ! Suzanne Myre Editions Marchand de feuilles Montréal, 2004,168 pages ENTRETIEN Pierre Lepape et le pouvoir des mots CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Après avoir publié durant des années son «feuilleton» dans le journal Le Monde, Pierre Lepape lançait l’an dernier, aux éditions du Seuil, Le Pays de la littérature, un volumineux voyage dans le temps qui plonge aux sources de la littérature française pour mieux en expliquer l’essence et la forme.Cette semaine, dans le cadre du Festival international de littérature, Pierre Lepape était invité à discourir, devant l’auditoire réuni à la Bibliothèque nationale du Québec, sur le pouvoir des livres et des mots.Evoquant d’abord et avant tout la langue, ce tissu dans lequel on taille les livres, Lepape, qui a aussi écrit des biographies de Gide, de Voltaire et de Diderot, est retourné à la Révolution française et à ses obligations de réinventer la langue, pour faire des livres à la hauteur des nouveaux objectifs français de liberté, d’égalité et de fraternité.Victor Hugo, par exemple, à ce moment tournant de l’histoire de la France, a substitué, dans la trilogie de ses valeurs, la religion de l’humanité au catholicisme, le peuple à la monarchie, en préservant la poésie comme agent de liaison des langues de la terre et du del À cette époque encore, l’esprit révolutionnaire soulève la nécessité de réinventer la langue, cette langue figée qui porte en elle les relents de tant d’années de mo- Pierre Lepape narchie.Ainsi naît l’Encyclopédie, sous la responsabilité de Diderot En 1749, un prospectus écrit par Denis Diderot annonce déjà que «jusqu’ici personne n’avait conçu un ouvrage aussi grand; ou du moins personne ne l’avait exécuté».SOURCE ÉDITIONS DU SEUIL Pour Diderot il s’agira bientôt de construire «une grammaire du monde, un ordre du savoir».À l’époque, dans la bouche de Chateaubriand, par exemple, la langue française est «trop polie pour être honnête».Mais le pouvoir des livres et des mots inquiète, et, après avoir été interdits en 1752, les sept volumes de l’Encyclopédie seront condamnés par le Parlement de Paris et brûlés publiquement en 1759.Les mots, semble-t-il, avaient alors plus de poids qu’aujour-d’hui.Au moment de sa conférence, Lepape a affirmé que, plus récemment, c’est l’économie de marché qui a pris les brides du pouvoir et qui dpmine aussi l’univers des livres.A une question portant sur son appréciation du travail de critique, lui qui a exercé ce métier au Monde durant des années, il répond d’ailleurs que le critique n’a pas d’authentique légitimité aux yeux de l’écrivain, cette légitimité appartenant au lecteur.Il rappelle que Le Cid (1637), qui avait connu un succès inégalé auprès du public, avait été démoli par la critique.Editer est d’ailleurs devenu (doit-on entendre «malheureusement»?) une affaire industrielle, dit-il.Et dans le petit milieu de la littérature, il est presque inévitable que des réseaux soutiennent leurs amis pour faire disparaître les autres.Mais, selon lui d’ailleurs, l’écrivain demeure celui qui fait avancer la langue.Les écrivains, dit-il, partent d’une langue qui existe pour lui faire dire autre chose.À cet égard, il cite joliment Pascal Quignard, qui incite l’écrivain à entreprendre cette quête et, sans autre guide, «à suivre fermement l’étoile absente du langage».Romanichels Les yeux des autres, c’est comme une chanson qui dit les grands regrets des amours brisées.Elle nous rend triste, mais on ne peut s’empêcher de la fredonner.Midwfc WW'"1 Michèle Péloquin Les yeux des autres 144 p.• 20 XYZ Ptlitenr, 1781.ruf Saint Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : (514) • Téléropieui : (514) 525.75.37 Courriel : Info&'xyzérjit.qc.ca • www.xy2edit.qc.ca LA VOIX DU TONNE m mszsa RAYMOND PARENT 4oo MARTIN VILLENEUVE DANIEL SVATEK LINO F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2004 Littérature-^ L’amour-volcan •>- Louis Hatnelin ?Ah, le mois de mai.Dans le sous-bois des érablières, au nord de Montréal, les trilles ouvrent leurs blanches corolles aux chauds rayons.Sous les pruches où ravageaient les chevreuils de l’hiver, un couple recueilli monte le sentier lézardant couvert d’aiguilles rousses, pour s’allonger dans une flaque de soleil et le rugissement de la chute qui, au fond de la gorge découpée dans les vieux granits laurentiens chers à Gaston Miron, charrie ses eaux blanches réveillées, ses paquets de mousse et ses remous.Retour aux sources du monde.Un temps idéal, peut-être, pour lire ou relire Elizabeth Smart, dont le classique À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j’ai pleuré, livre-phare des lettres canadiennes, vient d’être réédité aux Herbes Rouges.L’amour est égoïste.Peut-on demander à ce jeune couple printanier de se laissér toucher par les grotesques parodies sexuelles auxquelles des touristes armés et incultes ont contraint des prisonniers irakiens quand, homme et femme, le sort du monde à recommencer repose entre leurs reins?Faites l’amour, pas la guerre, le vieux mot d’ordre hippie opposait deux actes qui, pour le meilleur et trop souvent le pire, apparaissent indissolublement liés dans l’imaginaire des peuples.Le cas des amants de Sarajevo vient spontanément à l’esprit La littérature, depuis L’Iliade, répercute ces deux motifs antagonistes.Dans Sous le volcan, de Malcolm Lowry, l’impossibilité du retour fùsionnel au couple édénique redouble la délirante impuissance du Consul, alors que le monde se trouve de nouveau sur le point de basculer.Et dans Belle du Seigneur, roman définitif de l’amour-passion et du mensonge romantique, Yalter ego que s’est choisi Albert Cohen occupe lui aussi une fonction diplomatique.L’amour de Solal pour la belle Ariane va l’éloigner malgré lui des jeux de coulisses de la défunte Société des Nations, sous les cocktails mondains de laquelle couve déjà l’embrasement qui va mettre fin à l’entre-deux-guerres.Obéissant sans doute aux aléas de son histoire personnelle plus qu’aux impératifs de l’allégorie et du symbole, Elizabeth Smart fait résonner son chant d’amour tragique en contrepoint du début de la Seconde Guerre mondiale, mais l’amour qu’elle y décrit n’a rien à voir avec la paix, rien à voir avec une utopie bucolique et rédemptrice, qui s’opposerait par nature aux entreprises guerrières.C’est un amour cruel et fatal, une lamentation désespérée qui est aussi une ellipse puissamment poétique: de combat d’une femme unique aussi sanglant que celui de dix millions d’hommes.» Une humble et folle prière Quelques détails biographiques ne seront peut-être pas inutiles.Née en 1913 dans une famille ou-taouaise aisée, Smart étudie à l’université de Londres lorsque, un jour, elle découvre la poésie d’un certain George Barker, dont elle tombe aussitôt amoureuse.Notons cela, qui peut avoir son importance: elle aime les poèmes avant d’aimer l’homme, et d’un amour qui, marqué au sceau du Verbe, est condamné à os-qiller entre l’épopée et la tragédie.Séjournant aux Etats-Unis, et puisque l’enfer est pavé de bonnes intentions, elle invite Barker à la rejoindre, et le voici qui débarque, accompagné de sa femme.Qui peut dire alors lequel des deux va séduire l’autre?Aucune importance, lorsque la fatalité des tragédies grecques pèse sur le récit, autant que sur la passion qui l’a inspiré.Détail: Barker fera à Elizabeth Smart quatre enfants, sans pour autant quitter sa femme.Et Smart, pour arriver à transformer la douleur de l’éternel triangle *en une légende supportable», devra allumer tout au sommet de son volcan son propre bûcher de paroles incandescentes, seule manière de partager le sort des sorcières du Nouveau Monde •brûlées au poteau pour le simple fait d’avoir fait l’amour, d’avoir porté les marques du désir satisfait».Mais elle mourra de sa belle mort en 1986, sans avoir publié beaucoup plus que cette humble et folle prière d’à peine cent pages, entourée de ses enfants.Je ne crois pas qu’on n’ait jamais exprimé plus fortement la grandeur et la déchéance de l’amour, de l’ivresse des sens jusqu’à ses ultimes conséquences biologiques et sociales, comme chez Albert Cohen: la chute des amants, leur vertigineux parcours allant de l’empyrée des premières caresses à l’opprobre et à la réprobation des envieux, une histoire promé-théenne, pleine de feu et de noirs vautours: «fa coquetterie abattue par la procréation», selon Elizabeth Smart.Jamais non plus, dans tout ce que j’ai lu, les lois implacables du désir n’ont-elles été illustrées avec une telle lucidité lyrique, puisque «rien ne peut empêcher l’événement pour lequel il n’y eut jamais d'alternatives».Consciente que toutes les histoires _ m ARCHIVES LE DEVOIR Née en 1913, Elizabeth Smart mourra de sa belle mort en 1986, sans avoir publié beaucoup plus que cette humble et folle prière d’à peine cent pages qu’est À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j’ai pleuré.tiennent dans une seule et que «Nous pouvons mettre le monde entier dans notre amour», Smart convoque à l’envi les grandes figures de la Bible et de la mythologie pour, entre concupiscence et malheur, asseoir la dimension universelle de ce récit d’un martyre amoureux.Au commencement était l’égoïsme: •C’est l’heure où naguère je me levai magnifiquement pourvue de mépris et commandai au soleil de se lever.» Mais avec l’amour viendra ensuite Tenfer, le vrai: non pas l’ostracisme et la honte des parents, ni les pauvres cancans des bonnes familles d’Ottawa, mais bien la pitié intolérable éprouvée à l’endroit de la rivale et sœur dépossédée.«/’ai brisé son cœur comme l’œuf du rouge-gorge.» Dostoïevski a écrit que la pitié était peut-être la seule loi importante de l’existence humaine.Elizabeth Smart, enceinte d’un monde ravagé, affirme à son tour que de chien galeux qui passe sous nos fenêtres inspire qne pitié plus réelle» que les manchettes des journaux.A l’amour, sinon à la guerre, la pitié est ce qui reste de l’autre côté du désir.Elizabeth Smart, ou •Comment une femme de ce monde désert communique-t-elle avec le ciel»?Réponse: •Veiller, veiller sur la semence, jusque dans la gueule du volcan.» À IA HAUTEUR DE GRAND CENTRAL STATION JE ME SUIS ASSISE ET J’AI PLEURÉ Elizabeth Smart Traduit de l’anglais par Hélène Filion Les Herbes Rouges, Montréal, 2004,115 pages ENTRETIEN Mavis Gallant, de l’autre côte du miroir Sa vie durant, Mavis Gallant s’est trouvée de l’autre côté du miroir.Que ce soit dans le Montréal de son enfance, où, écolière, elle fut la seule anglophone du pensionnat Saint-Louis de Gonzague, à New York, où elle passa son adolescence, ou encore à Paris, où elle habite depuis les années 1950, Tau-teure de Rue de Lille est restée cette étrangère qui, telle une glace sans tain, absorbe, l’air de rien, la vanité de ses contemporains.Les nouvelles et portraits qu’elle tire de ses réverbérations font depuis belle lurette le délice des lecteurs du New Yorker.: Alors que les écrivains canadiens exploraient la Frontière, Maws Gallant, elle, faisait son miel du charme discret des capitales européennes.À l’espace américain, elle préfère la mémoire européenne, d’où elle tire des tableaux d’une cruelle et admirable précision: une bourgeoisie déclinante ressasse jusqu’à la dérision les souvenirs de sa grandeur déchue.Ce qui fait d’eDe sans doute la plus •urbaine» des écrivaines canadiennes, voire d’une des plus importantes nouvellistes de notre époque», comme l’affirmait l’écrivain Michael Ondaatje, auteur du Patient anglais.Par l’ironie avec laquelle elle sculpte ses personnages et son sens du détail, elle a porté l’art difficile de la nouvelle à des hauteurs inégalées.À l’occasion de la parution de son onzième livre en France, intitulé justement Nouvelles de France, aux éditions Encre de nuit, nous avons voulu donner la parole à cette remarquable auteure.Le Devoir.Depuis cinquante ans, vous dépeignez avec ironie et mordant les mœurs des Européens en général et des Français en particulier.Dans quel domaine l’évolution de la société française vous apparaît la plus déterminante?Mavis Gallant.11 y a des grands et des petits changements.La France, de toute évidence, a énormément changé.Parmi les choses qui m’ont suiprise et choquée à mon arrivée, il y avait la survivance de «classes» dans les transports en commun.Je ne pouvais l’accepter, d’autant que je n’avais jamais vu ça ailleurs: ni dans le métro de New York ni dans celui de Londres.J’ai fait en sorte de soustraire ma personne de la classe des nantis pour manifester tout le mal que je pensais de ces privilèges d’un autre temps.Les relations entre les enfants et les parents, par exemple, se sont transformées du tout au tout Na- ¦***»’« ¦ ¦ .> •- DÉBAT-CONFÉRENCE : VOILE, KIRPAN, KIPPA : LA TOLÉRANCE.JUSQU’OÙ ?À l’occasion du 2e anniversaire de \®Tol erance.ca Le webzine sur ia tolérance www.tolerance.ca son directeur, M.Victor Teboul, et toute l’équipe de Tolerance.ca, organisent une soirée de discussion le jeudi 20 mai 2004 à 18h30, en compagnie de leurs invité-es spéciaux, dans le Salon Émile-Nelligan de la Maison des Écrivains, 3492, avenue Laval, à Montréal.(Métro Sherbrooke) Parmi les invité-es : M.Daniel Baril, journaliste, anthropologue et militant laïque.MMulius Grey, avocat spécialisé en droits de la personne et immigration.Mme Isabelle Gusse, professeur de communication politique, UQAM, auteur de Je ne suis pas raciste, mais.M.Osée Kamga, critique littéraire.Dr Marc-Alain Wolf, psychiatre, auteur de Quand Dieu parlait aux hommes.L’animation sera assurée par M.Antoine Robitaille, journaliste au quotidien Le Devoir.Invitée musicale : Monica Freire Un goûter sera servi à la fin de la discussion.Entrée libre mais places limitées.Information : www.tolerance.ca Tolerance.ca vise S développer des approches critiques par rapport à la diversité et 4 la tolérance.Événement organisé dans le cadre d’un projet réalisé grâce à la contribution financière de Patrimoine canadien.guère, il était courant de gifler, voire de battre ses enfants.Cela faisait partie, disait-on, de l’éducation courante.Les marchands de couleurs vendaient même des martinets pour ce faire: leurs lanières de cuir pendaient du plafond où ils étaient suspendus.•Comment?Vous frappez votre chien avec ça?!», ai-je dit au vendeur la première fois que j’en ai vu un.•Rassure&vous, Madame, me dit-il, ce n’est que pour les enfants!» Pas étonnant si ensuite cette agressivité se reflétait dans le comportement de l’adulte: lorsque, par exemple, un chauffeur d’autobus hurlait pour un rien, je me disais: •Encore un giflé».Mais, heureusement, tout cela est disparu.Le Devoir.Quel est, selon vous, le principal défi de TEurope?M.G.C’est l’émigration, assurément.La France, comme d’autres pays, ne sait pas vraiment comment y faire face.Ajoutez-y la chute de la natalité et vous avez une toute nouvelle Europe qui se dessine pour les décennies à venir.Des peuples comme les Allemands ou les Italiens vont disparaître ou du moins se transformer radicalement.D’où l’importance, à mes eux, d’une intégration par le biais de la culture et par l’éducation scolaire.Le Devoir.Justement, l’école républicaine a toujours été en France le moyen le plus efficace d’intégrer les étrangers.Que pensez-vous de la question du voile, qui suscite tant d’émotions?M.G.Je ne suis pas française.Je ne me sens donc pas habilitée à donner mon avis dans ce débat purement franco-français.Le Devoir.Pourtant, vous vivez en France depuis si longtemps, vous devez tout de même avoir une opinion.M.G.Oui, mais je n’ai pas fait les petites classes id.Le Devoir.Expliquez-nous.M.G.J’estime qu’un enfant se forme une idée de lui-même à l’école élémentaire.C’est même plus important que la famille, car c’est là où le petit émigré se retrouve avec ceux de sa génération et apprend à percevoir le monde comme le perçoivent les petits Français.Le Devoir.C’est ce qui s’est passé d’ailleurs avec vous, car, enfant, vous avez été scolarisée en français à Montréal alors que vous étiez anglophone.M.G.Oui, je pouvais me mettre à la place de mes petites camarades, tout en demeurant moi-même.Cela a sans doute joué dans mon évolution d’écrivaine et dans mon désir de voyager et de m’expatrier.Le Devoir.Pourquoi Paris plutôt que New York ou Londres?M.G.New York m’était déjà familier c’était mon adolescence.C’est à New York que j’ai lu dans la langue d’origine Colette et d’autres auteurs contemporains.-'T : :lfS§i JllhJli -itill JACQUES NADEAU LE DEVOIR Mavis Gallant, sans doute la plus «urbaine» des écrivaines canadiennes, voire «l’une des plus importantes nouvellistes de notre époque», comme l’affirmait l’écrivain Michael Ondaatje, auteur du Patient anglais.ça N Pendant la guerre, on pouvait y acheter facilement des livres en français.A Londres, je ne me suis jamais sentie à l’aise: ce n’était pas pour moi.D faut dire que j’arrivais dans une ville encore éprouvée par la guerre et les rationnements.Mon ex-mari trouvait que les édifices londoniens ressemblaient tous à la devanture de la Banque de Montréal! Et puis, les Londoniens d’alors commen-aient à nous désigner, nous les ord-Américains, par cette expression: «Fou people from across the ocean».Ce fat différent à Paris, où je n’ai pas eu de difficultés à m’adapter autres que celles auxquelles étaient confrontés les Français eux-mêmes dans leur quotidien.Par ailleurs, je n’ai jamais cherché à me faire passer pour une Française.Le Devoir.Vous considérez-vous comme un écrivain en exfl?M.G.Exil implique que vous ne pouvez pas rentrer chez vous.J’ai cette liberté.Je ne suis pas en exil.Je suis un écrivain canadien qui vit ailleurs.Le Devoir.Comment peut-on appartenir à une littérature nationale en vivant ailleurs?M.G.Je suis un écrivain.j’écris.Ce sont les universitaires qui vous classent avec leurs petits doigts collants.Cela n’a rien à voir avec moi.J’ai eu trente ans de carrière sans que le Canada se préoccupe de moi.Trente ans, c’est long.Mais dès qu’un éditeur canadien s’est intéressé à moi, j’étais contente.Je trouvais cela normal.EL qui plus est il a fallu que l’éditeur en question soit écossais et ignorât que j’étais «fa traîtresse» qui habitait à l’étranger! Mais je n’étais pas la seule à vivre cela.On a eu la même attitude à l’égard de Mordecaï Richler, qui habitait Londres.Le Devoir.Revenons sur la notion de l’exü, car vos personnages, vos intrigues se tissent souvent dans un certain milieu d’expatriés et d’urbains.M.G.Cette question me touche particulièrement aujourd’hui, car un de mes éditeurs américains.The New York Review of Books, s’apprête à publier un choix de mes nouvelles, préfacé par Russel Banks.Or le service commercial a écarté Montreal Stories, le tilre que j’avais choisi, sous prétexte que cela ne se vendrait pas.Il a donc extrait du recueil le titre d’une de mes nouvelles: Varieties of Exile.Je n’aimais pas ce titre parce qu’il renforce cette impression qui m’agace énormément encore un essai universitaire! Varieties of Exile est un bon titre pour une nouvelle, pas pour un recueil Le Devoir.Vous m’avez dit dans un entretien antérieur: •D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours perçue comme quelqu’un parlant deux langues».M.G.Il y a très peu de personnes parfaitement bilingues.Beckett était de celles-là Je l’ai rencontré par le biais de relations.Cela veut dire que, quand on le lit on n’entend pas la musique de l’autre langue derrière: tout est parfaitement neutre.Ce fait est extrêmement rare.Il n’y a pas de grandes œuvres qui naissent dans une langue autre que maternelle, à moins qu’on y ait renoncé pour des raisons de force majeure: l’émigration, le désir de vouloir communiquer dans une langue au rayonnement plus important.Le Devoir.Kundera a renoncé à écrire en tchèque parce qu’il s’estimait trahi par ses traducteurs.M.G.Et je pense que, depuis qu’il a fait le saut ses romans sont moins intéressants que ceux écrits directement en tchèque.Le Devoir.Néanmoins, permet-tez-moi de revenir sur cette question d’exü, qui me semble capitale dans votre travail d’écrivain.M.G.L’un des points de vue les plus pertinents sur mon travail fat publié dans le quotidien madrilène El Pais, à l’occasion de la traduction de deux de mes ouvrages en espagnol.Voici ce qu’en a dit le critique (je traduis de tête): «£/fe s'est promenée incognito dans TEurope de Taprès-guerre.Son carnet à la main, elle a noté cinquante ans durant les moindres détails de notre quotidien; détails qu’alors nous considérions insignifiants mais qui se révèlent aujourd’hui capitaux.Son destin ressemble à cet égard à la femme invisible de Kafka.» Quand j’ai lu ceci, j’ai été profondément touchée.Car je sentais que ce lecteur avisé avait su comprendre le sens profond de ma démarche.Vous savez, j’ai toujours vécu de ma plume, mais ce que j’écrivais, peu des gens de mon entourage à Paris pouvaient y avoir accès parce quts ne lisaient pas l’anglais.De sorte que certains se demandaient ce que je pouvais bien écrire pour gagner ma vie, bien que ma profession d’écrivain apparaisse sur ma carte d’identité et sur mon passeport.pour vivre.Je n’oubÜerai pas de sitôt la remarque d’un laveur de carreaux, qui m’avait confié un jour •Ici, c'est une maison pleine de cracks.Emmanuel Ungaro, Lucien Bodard, Alice Sapritch.Mais vous, c’est pas pareil, vous écrivez en étranger.» Propos recueillis par Fulvio Caccia ; : LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE I H M Al 2 0 0 1 Littérature littérature française Démêlés de bouches cousues GUYLAINE MASSOUTRE \T alêne Mréjen est-elle une étoile V filante apparue au firmament?Eau sauvage est sa troisième sortie littéraire, après Mo* grand-père (Allia, 1999), un long paragraphe de 77 pages qui s’est vendu à 7000 exemplaires, et L’Agrume (Allia, 2001), a valu un prix Formaté dans un petit ouvrage mince et joli, ce nouveau récit, résultat d'une résidence à la villa Médicis de Florence, se taille déjà Un succès inversement proportionnel à son prix Née en 1969, cette artiste polyvalente a réalisé et scénarisé plus d’une vingtaine de vidéos d’artiste depuis 1997.Ses petits films brefs, crus, et Ses saynètes colorées, Vagabondes et délicates, lüi valent une cote montante parmi les intervenants dans l’art contemporain.Avec une écriture familière mais fragmentée, cassée pour surprendre, Mréjen propose à la littérature une esthétique du coq-à-l’âne, directement inspirée de la vidéo.L’air du temps En entretien, elle convient volontiers que ses personnages lui ressemblent Obsédée par l’enfance, mais sans effet sentimental, elle croise ici deux registres du conformisme: celui d’un bon père à la vie remplie, tel qu’il en existe des milliers, et celui d’une fille dans la trentaine, aux sentiments exacerbés, semblable à tant de milliers.Le ré-dt, miroir d’un rapport tendu de générations, explore l’opinion et les préjugés, tout en gardant la perspective la plus insaisissable de la parole, celle des secondes où tout s’égraine et se disperse au vent L’ouvrage a jailli d’une colère muette de la jeune femme contre les bonnes intentions.Au-delà, il met en question l’instabilité du personnage, devenue la norme éducative, comportementale et sociétale.Cet Eau sauvage, sans être un texte marquant se remarque pour son ton frondeur et obstiné.A l’autosatisfaction bourgeoise, la désinvolture de la narratrice, qui semble retranscrire des enregistrements sur son répondeur, n’empêche pas une écriture précise et soignée.«Tu as l’air éteint.Tu es préoccupée?Tu es soucieuse?Tu es pensive?Tu veilles tard en ce moment?» Oublions que ce sont les paroles d’un père à sa fille.Cinq phrases, cinq lignes, autant de petites maximes banales qui explosent comme des bulles de savon.Ces fausses questions disent la sollicitude d’un père pour une fille absente, mais aussi ce qu’elle note de sa maladresse.Les mots tombent dans le vide.Côte à côte, ils se désaccordent.Un bouquet léger de langage flotte pourtant La narratrice se fiche de tout.Eau sauvage, qui ne connaît pas ce parfum masculin?Girouette inconsistante ou fiHe du temps?Trop en dehors de la réalité?La narratrice est exaspérée par les récriminations paternelles.Mréjen donne une chance aux distraites et aux timides.La démarche est un peu de travers, au bord des vraies choses.Mais on devine l’air du temps qui Mréjen propose à la littérature une esthétique du coq-à-l’âne, directement inspirée de la vidéo dit la plaisanterie a assez duré.L’intention passe.Ce texte, qui se glisse entre la nouvelle et le roman, fait entendre un silence boudeur comme une curiosité.Une forte théâtralité Troisième roman, également, pour Virginie Lou, Guerres froides fait jouer la voix déchirée de personnages en perte de contrôle.Voyez: «Je suis un sac de cris.Plus d’yeux, plus d’oreilles, plus de narines, plus de bouche.Un sac de peau sans orifice et gonflé de cris à éclater.Maurice rit et à sa suite, Odette, et Janguy, s’il est là.Je suis leur clown.» La guerre des mots s’étale sur toutes les pages: elle s’adresse aux lecteurs d’un monde pressé et les retient avec la verve des bateleurs.Virginie Lou, née Française à Cuba, en 1954, s’est fait connaître comme auteur pour les jeunes.Presque tous les écrivains qui suivent cette filière ont pratiqué l’écriture au scalpel, intense, agressive, virulente: l'adolescence aime les mots qui choquent, les réalités féroces, un peu lointaines, dites avec le brio de l’imagination qui choque.Guerres froides en est tout imprégné.D’abord, c’est une histoire de famille, un secret dévoilé qui fait long feu mais rebondit vingt ans plus tard, explosant à retardement Un truc bizarre apparaît entre deux cloisons, une peau tannée en drôle de forme humaine — «un patron grandeur nature en kraft».Un peu ado, non?Ensuite, les générations s’y bousculent avec rudesse.Rien de tendre n’est promis (la vie n’est pas un long fleuve tranquille).L’amour?Disparu de tels livres.Le sexe est là sans honte, face à l’arrogance et au machisme des vieilles familles.Enfin, les forces mentales et physiques impriment un rythme haletant à celle qui pense et raconte, forcent les points de suspension, d’exclamation, la syntaxe même du récit La littérature est un terrain de boxe.La victoire ira à l’arraché.Drame et théâtralité poussent l’écriture de Lou vers la caricature, au risque de l’étouffer.Pour le moment les traits noirs de son style, moins racoleur qu’impressionnant évitent la victimisation dont on comprend qu’elle inspire à la narratrice un juste ressentiment.Le drame cloué au mur, inscrit dans la génétique familiale, pèse lourd.Virginie Lou démonte son intrigue avec assurance, en convoquant des personnages sur un mode d’enquête et sur un fond de guerre froide où se répondent les actes incriminés.L’écriture affolée fait la guerre aux mensonges qui, comme les bonnes intentions, ligotent ceux qui les écoutent dans une impuissance qui finit toujours par fuser en cris enragés.EAU SAUVAGE Valérie Mréjen Allia Paris, 2004,92 pages GUERRES FROIDES Virginie Lou ' Actes Sud Paris, 2004,184 pages Les formats de poche du printemps JOHANNE JARRY Il est beaucoup plus facile actuellement de nuire à la littérature que de l’aider», peut-on lire dans le roman La Gloire de Cassio-dore (Boréal compact) de Monique Larue.Ce roman (prix du Gouverneur général 2002) est bien plus qu’un portrait du monde collégial et du milieu littéraire.D interroge le rapport aux apprentissages, au savoir (pédagogie de la réussite) et aux institutions (collèges, universités, milieu littéraire, télévision).Refusant toute complaisance, il permet au lecteur de prendre ses distances de la réalité pour réfléchir à partir des nombreuses idées qui y sont exposées.La littérature et l’enseignement sont-ils encore chargés de sens?Que transmet-on aux jeunes?Bref, ce «tableau moral et intellectuel de ce qu'on pourrait appeler le désarroi moderne» est dense, exigeant, absolument stimulant Un texte nécessaire.Femmes en fuite Kathrine habite un village portuaire dans le nord de la Norvège.Elle a un petit garçon qui n’est pas celui de l’homme autoritaire qu’elle a épousé.Sa vie ne lui réserve aucune surprise.Sauf lorsqu’elle découvre que son mari lui ment.Ce mensonge lui sert de prétexte pour quitter la vie terne qu’elle mène.Elle part pour connaître au moins une fois ce qu’elle se contentait d’imaginer, et va jusqu’à Paris.Au retour, elle est prête à vivre sa vie.Paysages aléatoires (10/18), de Peter Stamm, rappelle, par la blancheur de son écriture, L’Étranger d’Albert Camus.Un roman très fin, sobrement porté par la nécessité d’être fidèle à soi-même et à ses rêves.Uqe jeune Chinoise, citoyenne des Etats-Unis, se penche sur la vie qu’a menée Fusang, une célèbre prostituée chinoise de San ARCHIVES LE DEVOIR Monique Larue, prix du Gouverneur général 2002 pour La Gloire de Cassiodore.Francisco.Dans son récit elle recrée l’atmosphère des bordels en 1860 dans le Chinatown.Plusieurs des femmes qui habitent ses baraquements ont été kidnappées en Chine et vendues comme des marchandises.C’est le cas de l’énigmatique Fusang, qui sait se donner aux hommes comme une femme amoureuse.Pourtant, seul le jeune Chris habite vraiment ses pensées, et cela depuis leur première rencontre lorsqu’il avait douze ans.Lui qui rêve de l’épouser finit par accepter la réalité: en Amérique, l’amour entre une prostituée chinoise et un jeune Blanc est interdit Par son ton poétique, quasi onirique, La Fille perdue du bonheur (10/18), de Geling Yan, est un roman sensuel incantatoire.Une belle découverte.Enfin, dans Histoire de ma mère (Stock, «La cosmopolite»), l’écrivain japonais Yasushi Inoué raconte le lent déroulement des dernières années de sa mère, alors que celle-ci perd peu à peu la raison pour se réfugier dans ses souvenirs auxquels personne ne peut accéder Que garde-t-on en vieillissant de la vie qu’on a menée ici?se demande l’écrivain.Des nouvelles Elles sont surprenantes, les nouvelles d’Haruki Murakami.Dans L’éléphant s'évapore (Points), l'univers de l’écrivain japonais flirte subtilement avec le fantastique.On bascule souvent dans un autre monde; ici, un éléphant s’est enfui du jardin zoologique sans laisser de traces, là, une femme ne dort plus depuis dix-sept nuits.Ce sont souvent des histoires de gens seuls qui conservent une certaine curiosité pour le monde et demeurent ouverts à ses mystères.11 est difficile de ne pas penser à Raymond Carver lorsqu’on lit les nouvelles de Richard Ford.Pourtant, ce dernier possède un style qui lui est propre, peut-être un peu plus sinueux que celui de Carver.Dans Péchés innombrables (Points), Richard Ford explore les nombreuses facettes de la vie amoureuse, saisit ce moment par fois imperceptible où ça rompt entre un homme et une femme.On peut poursuivre l’incursion dans cette œuvre américaine a\|\-deux autres recueils: Une rifiMr tion difficile et Pock Springs, tinw deux dans la collection «Points», Dans Le Cri des coquillages (L’Instant même), chacune des nouvelles de Sylvie Massicotte concentre un monde en soi, fragJ ments de vie qu’un tu ou un vous adresse à quelqu'un, au-delà de l’absence.Ce sont des instant^ fugaces où on se demande pour1 quoi, parfois, la vie n’est pas ce qu'elle devrait être.On peut faire Iç lien avec Caravane (BQ)j où Elise Turcotte raconte leS histoires de Marie aux prises avec la vie, l’amour et la réalité." Marie qui dit: «Mais la force avec laquelle on peut aimer, cela reJ vient toujours sous une forme oti une autre.» Finalement, on retrouve Laurent Gaudé, l'auteur du très beau roman La Mort du roi Tsongor\ avec Cris (Babel), un roman où résonnent des voix d'hommes pris dans la guerre, prisonniers des tranchées et de la douleur, l a voix est juste, mais le son est peut-étré trop monocorde pour rendre plei* nement le chaos qu’engendre cet1 te guerre dont les hommes sonf les victimes impuissantes.Termi» nous avec Béton (L’Imaginaire) ; de Thomas Bernhard, où on en1 tend le long, laminant et fascinanf soliloque d’un homme traqué.• Souvenirs nostalgiques d’Hector Bianciotti NAÏM KATTAN Hector Bianciotti, le romancier argentin qui, dans ses premiers romans, rédigés en espagnol, évoquait ses origines italiennes, est aujourd’hui membre de l’Académie française.Installé depuis des années à Paris, il a changé de langue mais est resté fidèle à sa mémoire.Dans ce bref ouvrage, son protagoniste est un jeune musicien qui, très tôt, connaît le succès artistique et le triomphe auprès du public.Le livre comprend trois récits où l’auteur rappelle l’enfance du jeune homme et ses rapports avec trois personnages.D’abord son père, musicien comme lui mais moins connu, voire obscur, qui lui communique généreusement ses réflexions sur la musique et l’encourage à pour- suivre le même chemin même s’il devait subir les rigueurs de la solitude et de l’incertitude.Le deuxième personnage est une femme, madame Detrez, qui foisonne d’idées et lui fait le récit de ses amours, de ses goûts et de ses rencontres.Elle est saisie d’une soif de vivre qui lui fait reléguer au second plan les dictées de la sagesse et de la maturité.Le troisième personnage est un maître qui accompagne le jeune artiste, le conseillant, observant ses progrès et s’effaçant dès qu’il risque de se transformer en encombrant obstacle.Il poursuit un long dialogue avec son jeune ami, son disciple, à propos de Dieu, du Christ.Ses propos sont ceux d’un artiste qui évite les voies de la philosophie et de la théologie.La Nostalgie de la maison de Dieu fait penser à d’autres livres de Bianciotti où il évoque la figure de son père ainsi que celle de son maître, le grand écrivain Borges.On a l’impression que, sans revenir à ses précédents récits, Bianciotti tente de reprendre le fil pour nous livrer ses réflexions sur l’art, la musique et la religion.Comme un appendice à des œuvres plus substantielles.LA NOSTALGIE * DE LA MAISON DE DIEU ' Hector Bianciotti >¦, Gallimard -1 : Paris, 2003,142 pages a Nouveauté aux Éditions TROIS 3 Mono Latif-Ghattas Le livre ailé Trav«r*é«t pottlquet 1 ü 104 pages 15$ 1 i b g r t é ^___www.revueliberte.ca VOYAGE AU PAYS DU JOURNAL ivieii librairie »-bistro Nous vous proposons un voyage au pays du journal.C’est un pays mal connu, parce que le journal est discret, il est délicat de l’exposer au regard Causerie avec Philippe Lejeune à l’occasion de la parution de Un journal à soi aux éditions Textuel Ce n est pas seulement un genre littéraire, c'est une manière de vivre : le texte n’est qu’un moment de ce va-et-vient entre l’écriture et la vie.Le journal est une pratique, cette pratique a une histoire qui se transforme sous nos yeux Animatrice Barbara Havercroft Spécialiste de l autobiographie Dans le cadre du colloque international Formes hétérodoxes de T auto/biographie UQAM, du 18 au 21 mai Jeudi 20 mai a 19 heures Reservation obligatoire 739-3639 5219, Cote-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges servicefèlibrairieolivieri.com www.crilcq.org Uii-y*tin
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