Le devoir, 5 juillet 2008, Cahier E
LE DEVOIR.LES S A M E D I 5 ET DI M A N (' Il K (i .M ill K T 2 0 0 8 r=ti CINEMA Une exceptionnelle réussite de Guy Maddin sur Winnipeg Page E 4 \ “ JEU Cet été.devinez l’identité de quelques grands auteurs disparus Page E 7 11 i IL AA A A A ¦¦ i èrf 1 til Etran Finatawa IU,r_ 'HKÊT Dobet Gnahoré ?y lyny,ye^,,v^ 'Jjtemattonal Nuit^d’Afrique ?La place des couleurs! YVES BERNARD Chef de file en matière de diffusion de la richesse culturelle d’ascendance africaine.le Festival international Nuits d’Afrique (FINAj propose, du 8 au 20 juillet 23 spectacles en salle au Balattou, au Kola Note, au National et au Métropolis, mais aussi quatre jours d’activité^ extérieures gratuites à la place EmilieGamelin.En tout 27 pays représentés, quelques valeurs sûres comme Seun Artiku-lapo Kuti, Black Umfolosi et le Go de Koteba, mais surtout des découvertes ou des artistes moins connus du grand public montréalais.Mbalax, afrobeat, musiques mandingues, blues africain, reggae brésilien, slam et musiques métisses ne sont que qut Iques-uns des genres présents.Ouverture vers l’autre et droit à la différence Une vingt-deuxième edition placée sous le signe de la diversité et du mélange des couleurs.A preuve: Monica Freire, qui est porte-parole, et Idir, qui offre le concert d’ouverture le 10 juillet au Métro-polis et assume le rôle de parrain.Icône de la chanson kabyle, le poète, empreint d'une évidente sagesse, est de ces artistes qui élèvent la voix sans hausser le ton, savent dire non au dogme sans crier.Il a fait paraître l’an dernier l/i France des couleurs, un disque sélectionné aux Victoires de la musique qui est devenu, en période de questionnement trouble sur l'immigration et l’identité, un véritable manifeste en faveur de l’ouverture vers l autre et du droit à la différence.«J’ai voulu faire une France des couleurs qui serait le reflet de la France d’aujourd’hui, affirme Idir.J’aurais pu tout aussi bien faire le Canada des couleurs car, au bout de la chaîne, on peut dire qu’aujour-d’hui, heureusement ou malheureusement, les peuples n’existent plus.Il n’y a pas plus de peuple français que de peuple canadien.Seules restent les nations et leur reconnaissance à travers les termes de citoyenneté, de laïcité et de justice égalitaire.» Si l’affirmation a de quoi surprendre, provenant de celui à qui on a coUé depuis plus de trois décennies l’étiquette de figure de proue du combat de l’identité kabyle, elle renferme à tout le moins le mérite de provoquer un effet miroir en regard de notre propre réalité de l'autre côté de l’Atlantique.Idir explique son cheminement «Au départ, je pensais que la culture du monde s'arrêtait à mon village.J’avais un ennemi direct: celui qui m’opprimait et qui voulait uniformiser le peuple algérien sous la coupe d’une identité arabo-isla-mique.fêtais partagé entre la fierté d’appartenir à un pays qui prônait la souveraineté des peuples et la frustration de voir ma culture maternelle brimée.Puis les Kabyles se sont révoltés.De mon côté, je l’ai fait parla musique.Je m'appliquais alors à retranscrire fidèlement les coutumes des gens de ma région.Une fois installé en France, on s’imprégne de la culture des autres et on devient chaque jour un peu différent.On charrie en soi des nouveautés que l’on restitue avec notre propre sensibilité en se disant que l'on peut être kabyle et porter des jeans, que d'être kabyle, c'est aussi comprendre ce que l’on peut apporter à l’universel.» Savourer les mots Pour Idir, La France des couleurs est un disque de la France des couleurs et non d’Idir.Un disque-concept qui lui a permis d’échanger avec des artistes qui souvent sont aux antipodes de ce Au F1NA Idir livrera des pièces représentatives de ses 30 ans de carrière.D’autres pointures viendront célébrer.Seun Anikulapo Kuti, le fils du grand Fêla, propulsera l’afrobeat terreux et incendiaire de son premier disque, Many Things.Les Zimbabwéens de Black Umfolosi chanteront pour la première fois leur imbube a capel-la.Les Go de «J’étais partagé entre la fierté d’appartenir à un pays qui prônait la souveraineté des peuples et la frustration de voir ma culture maternelle brimée» -Idir qu’il fait habituellement.Chaque pièce de l’album propose une rencontre en mélangeant les genres, les langues ou les générations.Avec toujours cette optique d’ouverture: vers le slam avec Grand Corps Malade; vers le reggae avec Tiken Jah Fakoly; vers le rap avec Sinik, Sniper, Rim-K du 113, Akhenaton de IAM, Dlziz La Peste et Oxmo Puccino; vers le R&B avec Nâdiya.Et que lui ont donc apporté tous ces jeunes?«Ils m’ont appris cette manière de savourer les mots autour des rythmiques ou de ce qu’ils appellent des “beats”, qu’ils me donnaient avec leurs machines.J’étais agréablement surpris de voir comment ils faisaient swinguer la chose alors que moi, j’étais dans mes rythmiques plutôt traditionnelles, à naviguer entre les temps, un peu comme dans la musique de chez nous.» Koteba feront vibrer leur afro pop mandingue empreint de groove et d’urbanité Quelques retours sont dignes de mention.L'Ivoirienne Dobet Gnahoré chantera, dansera, percutera et enflammera: une future grande de la chanson africaine.Le chanteur camerounais aveugle André-Marie Tala entonnera ses ballades et ses folks, alors que les Guadeloupéens de Kadan’s poursuivent leur rôle d'éternels ambianceurs du zouk.Des découvertes?Le reggae roots brésilien en portugais de Tribo de Jah.Le blues du désert d'Etran Finatawa, dans la mouvance de Tinariwen.Le slam de Souleymane Diamanka, droit debout sur les cultures peuhl et française et non pas entre les deux.G* mbalax pur et dur du Sénégalais Fallou Dieng.Sans oublier l’esprit de l’océan Indien avec le Malgache HAjAmadagascar et le Mauricien Nettwar.Une nouveauté cette année?Les rendez-vous de concerts nocturnes.Une excellente initiative qui permet- tra à Zal Idrissa Sissokho, un trésor montréalais, d'inviter des artistes différents pendant trois soirs.Au programme: des dialogues avec le Brésilien Celso Machado, le Burkinabé Toumani Kouyaté et la danseuse Hedi Arquillère, experte de Mektoub flamenco.D’autres Montréalais?Estaçao da Luz, le collectif brésilien carnavalesque; Pierre-Michel Ménard, un sacré chanteur d’Haiti, à la fois crooner, roots et konpa; Frank et ses potes, avec leurs rrtétissages urbains; Boucar Diouf et James Azola, tout de contes et de sensibilité; Papo Ross et l’Orquesta Pam-biche, des pionniers montréalais de danse latino; le groupe Salaam et son gnawa mondialisé.Restent les événements extérieurs à la place Emilie-Gamelin du 17 au 20 juillet: des ateliers, le marché de Tombouctou, une tonne d'autres artistes, dont Hakim Salhi, Yawo and Afro Funk Band, Bambara Trans, Jab Jab, Nomadic Massive, Alpha Thiam, Aboulaye Koné avec Bolo Kan et Zon del Barrio.En dégustant un poulet grillé à la sauce Yassa du Sénégal, un bœuf Jerk épicé à la manière jamaïcaine ou des crèmes glacées.de toutes les couleurs.Collaborateur du Devoir FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS D’AFRIQUE Du 8 au 20 juillet au Kola Note, au National, au Métropolis et à la place Emilie-Gamelin.Renseignements: 514 499-FINA Festival d’été de Québec Nom de totem: Grand Corps Malade ISABELLE PORTER Québec — Malgré la tenue du 400, les artistes francophones ne sont pas très •eux dans la programmation 2008 du Festival d'été de Québec.Heureusement, certaines belles prises viennent sauver la mise, comme la venue le 13 de Grand Corps Malade.Quand même.C’est bien lui au téléphone, il n'y a pas de doute.Des voix comme celle-là, on n’en entend pas sur toutes les fréquences.Un peu stressée, la journaliste prévient que ses questions iront dans tous les sens.«Bon, eh bien, je vais répondre dans tous les sens moi aussi.» Mais Grand Corps Malade n'a pas l’air très désorienté.En fait, s’il est une chose qui frappe chez lui, c'est qu’il ne dévie pas de sa trajectoire.Entre rap et poésie Au-delà du talent, il nous a séduite un jour parce qu’il était différent, voire inclassable.On a aimé qu’il soit au- «Je sais qu une vie est pleine de virages inattendus, donc je ne me projette pas dans trente piges» thentique et, apparemment, il entend le rester.Malgré les 700 000 copies vendues de Midi 20 depuis 2006, malgré les concerts d’éloges et tout le reste.Gmcé plus tôt cette année, son deuxième iübum, Enfant de la ville, est fidèle à l’homme qu’on a découvert sur le premier.«J’habite toujours à Saint-Denis |en banlieue de Parisl et je cmtinue à faire ce que j’aime bien faire, des ateliers d'écriture et d’autres projets.La chose qui a changé, c'est mon emploi du temps avec les tournées, répond-il.Sinon, je vois les mêmes potes et je vais boire avec eux au même endroit.» Le gros changement depuis le succès de Midi 20, c’est qu’il prend le train plus souvent II nous quittera d’ailleurs 20 minutes plus tard pour monter dans un wagon à la gare de Lyon.Ces mêmes trains qu’il comparait à des histoires d’amour sur le premier album: «Dans les premiers kilomëres tu n’as d’yeux que pour son visage / Tu calcules pas derrière la fenêtre le.défilé des paysages / Tu fsens vivant, tu fsens léger et tu ne vois pas passer l’heure / Tes tellement bien que fas presque envie d'embrasser le amtrôleur.» Ces paroles-là, il les dit plus qu’il les chante, c’est l’art du «slam», un hybride entre rap et poésie qu’il a contribué à faire sortir des petits cafés.Aujourd’hui, il déclame ses vers devant des milliers de personnes.Ce qui n’est pas rien car, de proche ou de loin, il taut écouter.«Au cours de la première tournée, on a fait toutes sortes de salles et on a vu que ça fonctionnait partout.Aux Vieilles Charrues, il y avait 60 000personnes, sur un texte a capeila, le silence a pu s'installer aussi.C'est cool de savoir qu’on peut faire ça un peu partout.» Un vrai «preacher».«Non, répond-il.C’est vrai que c'est impressionnant de voir les foules, mais je reste concentré sur mes textes.En fait, je pense qu’il y a un trac suffisant pour ne pas se prendre pour le type qui fait des grands discours.» Sur le nouvel album, il s’amuse de sa nouvelle vie sur le ton de l’ironie.«Je reste underground, parc'qu’underground c'est dans la tête/Avant chaque concert, je parie à personne pendant 2 heures / Je reste dans ma loge tamisée et pour chaque pied j’ai un masseur.» Depuis la sortie de Midi 20, on lui a souvent reproché d’accompagner ses slams d’arrangements musicaux un peu mièvres.Un chroniqueur de F rance 2 lui a déjà dit que VOIR PAGE E 2: CORPS r * r K 2 L E U E V U I K L E S S A M E Lt 5 E I) I M A \ t H E fi L' ! L L E T 2 0 0 8 CULTURE STEFAN RAPPO Grand Corps Malade sera au Festival d’été de Québec le 13 juillet.CORPS SUITE DE I.A PAGE E 1 ses vers avaient quelque chose de mirliton» (de mauvaise qualité).Et un autre lui a demandé comment il pouvait autant aimer les mots sans apprécier la littérature.Sans broncher, Grand Corps Malade leur a répondu qu’il avait découvert les mots par Brassens, par Renaud, et voilà.Il ne s’en cache pas: Rimbaud n’a pas été une grande révélation dans sa vie.Et pour le deuxième album, il n’a rien changé, ou si peu.Les arrangements sont toujours signés par l’ami des débuts, Petit Nico.Il a également écrit un slam avec celui qui lui a révélé cet univers, John Pucc’.Des rappeurs connus comme Kery James et Oxmo Puccino ont offert une contribution, mais le noyau central semble être resté le même.Amener les gens à se parler Quand on lui demande s’il souhaite faire ce métier pendant longtemps, il a une formule toute prête.«Je sais qu 'une vie est pleine de Virages inattendus, donc je ne me projette pas dans trente piges.» Sage, le monsieur.Avec un nom en forme de totem indien en plus.•C’est vrai que le jour où j’ai pris ce nom-là, j’ai en effet pensé aux noms de Sioux.Parce que j'aimais lien les noms descriptifs de Sioux lomme Cheveux au vent ou Coyotes malicieux.Quand j’ai choisi Grand Corps Malade, c'était pour rigoler, mais je pensais aux traditions indiennes.» Emules des grands chefs sioux peut-être, mais ne lui demandez pas de jouer les porte-parole des banlieues françaises.«Ce serait bien présomptueux de ma part d’avoir un quelconque impact sur les banlieues en général.Le seul truc que je peux influencer, c'est à un niveau micro-local, en amenant les gens à se parler dans des ateliers d’écriture, en mélangeant des jeunes et des retraités, mais c’est tout.» Ce qui ne l’empêche pas d’être inquiet «comme tout le monde», notamment en ce qui concerne l’état de l’enseignement dispensé dans ce que le gouvernement français appelle les «zones sensibles».Certes, Saint-Denis l’inspire, tout comme les conversations avec ses «potes», le quotidien, ses amours, les saisons.Pendant ce temps, il se remplit les oreilles de rap français.Il mentionne aussi le slam du Sénégalais Souleimane Diamanka, qui sera également du Festival d’été de Québec cette année.Au Pigeonnier, à Québec, il présentera le spectacle lancé en mars en banlieue de Paris.Dans la région montréalaise, il faudra plutôt attendre à l’automne pour y assister.Le Devoir GRAND CORPS MALADE Festival d’été de Québec Au Pigeonnier le dimanche 13 juillet à 21h45 MERCREDI 16 JUILLET L’Art vocal CANTABILE, quatuor vocal De Bach aux Beatles! Hydro k Québec Le Festival International du DU 21 JUIN AU 31 AOÛT 2008 (Tous les concerts sont présentés à 20 h 30 à moins d’avis contraire) AL INTERNATIONAL JEUDI 17 JUILLET La Musique de chambre EVE & BASILE, jongleries musicales FRANÇOIS RABBATH, •xxtntnc basse SYLVAIN RABBATH, piano Soir** m» VENDREDI 18 JUILLET Concert Hors-Série Concert-Bénéfice pour le Fonds de Bourse Jacqueline et Paul Desmarais NIKKI YANOFSKY m* One chanteuse de jazr de 14 ans, Q5J «SSîcf11 un talent phénoménal I .Ella.of Thee 1 Swing pktet canada [SAMEDI 19 JUILLET Xes Qrands Concerta ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC JEAN-FRANÇOIS RIVES T, chef Stéphane Lemelin, piano Karina Gauvin» soprano LES BRUNO Virginie Hamel, cou;.Vincent Gagnon, piano.Guillaume Bouchard, contrebasse / Voit du Brésil Dimanche 20 juillet (1" service 10h30 et S' service 12H30) 1 888-DFORGET (336-7438) www.domaineforget.com - Québec ïiîï ïïïî â SfrpiCTIiT JAZZ Les vingt-cinq ans du lapin de Justin Time FRANÇOIS LEBLANC FIJM Le pianiste Oliver Jones fut le premier artiste à enregistrer sur l’étiquette Justin Time.SERGE TRUFFAUT Le lapin emblématique de l’étiquette Justin Time fête ces jours-ci ses vingt-cinq ans.Premier constat il est trop vieux pour être enrobé de fromage de chèvre légèrement safrané et enfourné à 250 degrés pendant longtemps, longtemps.Deuxième observation: le nom.Justin Time.le juste à temps.Le lecteur des gazettes économiques aura compris que les artisans de ce label étaient Iso 9000 avant la découverte d’Iso 2000.Tout a commencé grâce à Jim West.Cet homme sans âge — il est la copie conforme de ce qu’il était il y a vingt-cinq ans — a décidé de faire le saut dans la production et la distribution un peu par accident.Attention! Ce n’était pas un plongeon dans l’inconnu.«Cela faisait un an que je travaillais pour Alameda lorsque celle-ci a été achetée par quelqu’un qui a fermé la compagnie.U m’avait alors invité à prendre tout le stock que je souhaitais.Ce que j’ai fait.J’ai pris les étiquettes McGill Records, Charly Records et Lyrichord, spécialisée dans les musiques du monde.Il y avait des enregistrements de pygmées de la forêt humide, de l’Egypte ancienne et beaucoup de musiques chinoises.C’est là que j’ai fondé Fusion III.» Bon.En ce qui concerne Alameda, peut-être faut-il préciser à l’attention des plus jeunes que ce distributeur était synonyme de qualité.De bonne musique.Lorsque l’amateur fréquentait les rayons jazz du défunt Sam the Recordman et apercevait la couleur jaune qui distinguait Alameda, il savait qu’il ne serait pas déçu.On raconte cela parce que les mois que Jim a passés chez Alameda ont étoffé ou renforcé son inclination pour le jazz.En 1983, l’état de ce dernier était mi-ligue, mi-raisin.Certes, des grands noms du genre étaient toujours de ce monde.Les Dizzy Gillespie, Art Blakey, Dexter Gordon et d’autres qui, c’est à noter, à retenir, se produisaient régulièrement au Rising Sun, alors situé rue Sainte-Catherine.Dans le paysage sonore de l’époque, le swing était pratiquement absent II y avait bien Oscar Peterson et un certain Johnny O’Neal dont on ne sait ce qu’il est devenu, mais bon.pas grand-chose pour satisfaire le goût des consommateurs pour la note pleine, franche et joyeuse.Jones et Ranee Lee Au début des années 80, «Oliver Jones est revenu des Antilles après un très long séjour là-bas.Il a commencé à se produire chez Biddle’s.Je suis allé le voir et j’ai immédiatement décidé de l’enregistrer.Il était incroyable.En fait, tout était incroyable: son jeu, le groupe et l’ambiance.C’est pour ça que l’on a décidé de faire un live.» «Lorsque le disque a été publié, je ne m’attendais pas à un tel succès.On a vendu 5000 copies rapidement.C’était beaucoup.Puis Jones m’a parlé de la chanteuse Ranee Lee.H m’a conseillé de l’enregistrer, ce que j’ai fait.Son premier album n’a pas tellement bien marché.Mais j’ai alors appris à construire sur te long terme.Le jazz ne se traite pas comme les variétés.Il faut être patient.Toujours est-il que tes autres disques de Ranee ont eu plus de succès.» Après avoir posé le pied dans le territoire du swing et du jazz de facture classique, West s’est lancé dans la gestion du.risque! H a enregistré le pianiste Paul Bley en compagnie du saxophoniste Bob Mover et du guitariste John Abercrombie.Le résultat on s’en doute, était éclaté.Toujours est-il que Jim a fait après coup ce que peu de producteurs osent faire: enregistrer des artistes aussi exigeants qu'imprévisibles.On pense évidemment au World Saxophone Quartet «Avec ce groupe et l’un des membres, le saxophoniste David Murray, j’ai négocié un contrat d’exclusivité.Chose intéressante, c’est avec eux et par eux que l’on fait découvrir le pianiste D.D.Jackson, qui a participé à plus d’une session de Murray» Mais- Mais des aventures menées par Jim et ses collègues, Jean-Pierre Leduc et le très efficace Simon Fauteux, ceUe ayant trait à la distribution doit être soulignée dix fois plutôt qu’une.Car sans eux, les bacs que les disquaires allouent au jazz, aux musiques du monde, au classique et aux variétés seraient quelque peu dégarnis.Se maintenir sur ce front alors que l’industrie vit plein de bouleversements commande une bonne dose de courage ou de folie.Pour notre part on tient à saluer plus particulièrement Jim West pour avoir préservé la mémoire d’un des meilleurs saxophonistes canadiens, le grand Fraser McPherson.Juste pour ça, chapeau.Quoi d’autre?Ce soir, à la salle Wilfrid-Pelletier, Oliver Jones, Ranee Lee, le Montreal Jubilation Choir, Yannick Rien et plusieurs autres vont commémorer les 25 ans de Justin Time.Le Devoir DANSE Montréal de plus en plus tango Le Festival international de tango de Montréal ne cesse de prendre du coffre depuis son lancement par Tango libre en 2003 LILI MARIN ment présente pour la premiere fois cette année une édition qui Alors que le Festival interna- s’adresse autant aux mélomanes tional de tango de Montréal qu’aux danseurs, ainsi qu’aux (FITM) tanguait auparavant simples curieux.C’est que la de-entre la danse et la musique mande était là, le public ne pou-d’une année à l’autre, l’événe- vaut se satisfaire d'une édition pu- A centre d'arts kKorford Du 20 JUIN AU 16 AOÛT www.arts-orford.org 1 billetterie@arts-orford.org T 819 843-3981 | 1 800 567-6155 (sans frais au Canada) “"S c SRûvJbJC' • • .QuftMxSK AmencanAirlines ARCHAMIWUIT* i 4k do Mn»rv il O YAMAHA Aki* oalaxie* ?‘ ’ $89 7, rement instrumentale ou de spectacles sans orchestre.«Nous avons la certitude que nous pouvons être beaucoup plus gros», affirme le directeur artistique de l’événement, Gerardo Sanchez, qui a également fondé l’école Tango libre il y a 15 ans.Sa petite équipe commence à recevoir du soutien, notamment de la part de la Ville de Montréal.Les Serres municipales de Verdun, sur le bord du fleuve, et le Théâtre de verdure du parc Lafontaine accueillent en effet Silvi-na Paulela et l’Orquestra contra-tiempo, d’Argentine, pour deux grands concerts gratuits suivis de soirées dansantes, les 9 et 10 juillet à 20h et 20h30.Les gouvernements s’ouvrent petit à petit au tango, qui est encore considéré par plusieurs comme un art mineur, voire comme quelque chose d’exotique, explique Gerardo Sanchez.S’il y a beaucoup d’amateurs — le tango se danse tous les soirs de la semaine dans la métropole, été comme hiver —, il y a aussi une élite qui se consacre à cet art plus que centenaire, né à Buenos Aires.Des festivals tel celui de Montréal ont fleuri un peu partout dans le monde, notamment en Afrique du Nord, créant, au fil des ans, un véritable circuit, un peq conune celui du jazz.A Montréal, plusieurs groupes de musiciens se consacrent exclusivement au genre qu'a renouvelé Astor Piazzola dans les années 1970.Invités au FITM: l’Ensemble Montréal Tango (7 juillet), Fiestango (8 juillet), Asto-rias, qui en profite pour lancer son nouveau disque (11 jujllet) et CanToTango (12 juillet).A l'image du tango d’aujourd’hui, les artistes invités sont d'origines diverses, trois femmes composent Fiestango et le contrebassiste de l’Ensemble Montréal Tango a un nom plus gec que latin (Christophe Papadimitriou).Plus pertinent que jamais Gerardo Sanchez regrette toutefois qu’aucune vague de fond ne contribue «actuellement à enrichir le répertoire musical et poé- tique du tango.Il y a bien des initiatives intéressantes çà et là, certaines interventions de Gotan Project ou de Narco Tango par exemple, mais pas de paroliers pour donner un souffle contestataire comme celui qui animait les compositeurs des années 1930, 1940 et 1950, également actifs sur le plan politique.Il faut dire que, depuis une vingtaine d’années, fumer, boire de l’alcool et se coucher tard, des habitudes qui vont de pair avec la fréquentation des soirées de milonga, ont de plus en plus mauvaise presse.En revanche, l’explosion des moyens de télécommunication et son corollaire, la solitude grandissante des individus, rend la danse et ce quelle implique — rapprochements, écoute mutuelle, compromis — plus pertinente et plus populaire que jamais, surtout auprès des jeunes.«On voit aujourd’hui des filles en espadrilles et des gars avec des jeans troués qui viennent danser, alors qu’avant il n'y avait que des vieux habillés comme pour aller à la messe du dimanche», rapporte Gerardo Sanchez.Il s’agit, en quelque sorte, d’un retour à l’essence du tango, que l’on dansait spontanément dans les rues de la capitale argentine.C’est d'ailleurs dans cet esprit que la soirée de gala pour les 15 ans de Tango libre (10 juillet) débordera sur les trottoirs de l’ave nue du Mont-Royal.Quelques passants se feront sûrement entraîner à l'intérieur, dans des classes transformées pour l'occasion en tableaux historiques, reproduisant l'ambiance des bordels, des années folles à Paris et des ports, où se dansait un tango enfiévré.Collaboratrice du Devoir FESTIVAL INTERNATIONAL DE TANGO DE MONTRÉAL Du 5 au 13 juillet, à Tango libre, aux Serres municipales de Verdun et au Théâtre de verdure du parc Lafontaine ini’wJéstiialdetangodcmmtmiLqcca 1 « I 1 I k I* E \ *> I R .1.K S S A M E D 1 5 ET l> 1 M A X (’ H E (> .MILLET 2 0 (1 8 MUSIQUE CLASSIQUE Après l’opéra au cinéma, les concerts sur Internet ! CHRISTOPHE HUSS Ce soir, l’Orchestre philharmonique de Berlin et Simon Rattle jouent la J Symphonie de Brahms dans votre salon.Et c’est gratuit! Cela passe par Internet grâce au nouveau portail Medici.tv lancé il y a tout juste un mois.Ce n’est pas la première fois que des concerts classiques sont proposés sur Internet, mais cette fois-ci semble la bonne.D’abord parce que, aujourd’hui, la technologie est au point Ensuite, parce que le site www.medici.tv dispose du contenu.Le projet Medici.tv émane en effet de la société Medici Arts, producteur et distributeur de programmes audiovisuels, et peut compter sur les catalogues de deux joueurs majeurs du métier dans le domaine de la musique classique: la maison berlinoise Eu-roArts et la parisienne Idéale Audience, toutes deux déjà connues des mélomanes à travers des publications DVD.Idéale Audience, par exemple, est la cheville ouvrière depuis plusieurs années de la série Classic Archive, qui a fourni matière à plus de 50 DVD édités par EMI.Consommer du contenu Le catalogue Medici Arts englobe 1500 heures de programmes et propose 30 nouveaux produits annuellement.Par-delà les chiffres, c’est de tout un réseau de relations au plus haut niveau et d’une crédibilité certaine que bénéficie ce nouveau protagoniste, une crédibilité qui repose sur des faits et non sur les fanfaronnades et les fantasmes qui furent le lot commun des trois plus grands fiascos de la sphère Web classique: andante.com, lud-wigvanweb.com et Global Music Network (gmn.com), premier site à ambitionner la diffusion de vidéos musicales alors que la technologie n’offrait encore que des compromis.Tous ces projets ont englouti en pure perte des sommes phénoménales.Aujourd’hui, les choses ont bien changé, alors même que les écrans de télévision et les écran d’ordinateurs commencent petit à petit à se confondre.Des sociétés telles qu’Apple ou Sony, par exemple, misent d’ailleurs fortement sur les convergences de ces univers audiovisuels domestiques.En entrevue au Devoir.Hervé Boissière, président de Medici.tv, estime que le moment est propice: «Le haut débit se développe très fortement, surtout en Europe, ce qui permet de transporter de la vidéo dans de bonnes conditions, et au niveau du public, on assiste à une migration rapide de la télévision vers Internet.Un public de plus en plus nombreux commence à consommer du contenu sur Internet.» Les capacités techniques suggérées par Medidtv sont un abonné ment de type «2 méga» (monnaie courante en Europe), capable de délivrer en réalité entre 1 et 1,3 mégaoctet/seconde.L’encodage haut débit des vidéos diffusées par Medici.tv a été effectué selon ce standard, donnant le maximum d’espace (320k) au son, ce qui laisse 900k pour l’image, débit suffisant, selon M.Boissière, pour avoir une bonne fluidité des mouvements et une définition d’image très satisfaisante.Sur le marché américain, puisque l’ADSL est beaucoup moins répandu, avec des formats majoritairement autour de 500 ou 600 ko/sec, Medici.tv, propose un flux basse résolution, avec une image moins définie mais une qualité audio intacte.Plusieurs marchés Les dirigeants de Medici.tv espèrent une généralisation rapide du standard «2 méga» grâce à la fibre optique, misent sur une généralisation de l'offre de télévision IP et visent la diffusion sur les bouquets thématiques: «Medici sera alors une chaîne de référence dans le domaine de la musique classique.» Si aujourd’hui le DVD représen- m IXISABKTH CARECCHIO La nouvelle production de Zaïde, de Mozart, mise en scène par Peter Sellars à Aix-en-Provence, est visible gratuitement sur Medici.tv.te 90 % du chiffre d’affaires de Medici, les prévisions laissent penser que d’ici à deux ou trois ans la part du contenu numérique augmentera de manière notable.Avec, néanmoins, selon Hervé Boissière, une incertitude majeure sur la part de la vidéo à la demande (VOD): «Je ne suis pas inquiet pour le DVD, si nous maintenons notre investissement.Certes, l’offre en magasin diminue, mais les clients s’approvisionnent ailleurs, puisque Amazon.com est devenue notre premier client.Aujourd’hui, la télévision IP progresse très fortement, mais la VOD ne décolle pas, y compris pour les gros films américains.On sent un appel, mais on ne sait pas encore quels vont être la démarche payante et le modèle économique.La zone d’ombre est là.» Aujourd’hui, Medici.tv propose des concerts gratuits en direct, disponibles pendant 60 jours, en provenance du Festival d'Aix-en-Pro- vence, du Festival d'Aspen ou, bientôt, du Festival de Verbier.Ces concerts gratuits attirent un achalandage sur le site, où sont proposés des concerts payants (en VOD).D'projet Aspen (captation et diffusion), entièrement payé par une commandite privée, permettra de faire connaître Medici.tv en ter- re nord-américaine.À terme, l’idéé est d’ouvrir la plate-forme à d’autres producteurs.Medici deviendrait ainsi le premier et l’incon* tournable «hub» vidéo classique sur Internet.Voilà l’enjeu .Collaborateur du Devoir /**\ Hydro VoV Qué Québec y : v.- » md m LE FESTIVAL DE LA oi> codaboration ovoc I tfJUiljü-H a : k %€> % Sml K tU IWLUnu MUSIQUE, NATURE ET ENCHANTEMENT ï DU s juillet au 3 août 2008 À jouette www.lanaudiere.org DE BACH AUX BEATLES DIMANCHE 6 JUILLET / 14 H / Amphithéâtre de Joliette CANTABILE - THE LONDON QUARTET Consacré « Ensemble virtuose a cappella favori » de la BBC.De Brel à Brahms, d'Ellington à Gershwin et de Bach aux Beatles, Cantabile fait aussi la part belle aux chansons de Frank Sinatra et d'Yves Montand BILLETS .25$, 23 $, 20 $, 18$, PELOUSE 12$ SJ, ® .Alain LEFÈVRE, piano David LEFÈVRE, violon Voici une rare occasion d'entendre, réunis le temps d'un récital, le pianiste LES FRERES DAVID ET C0NCERT ALAIN LEFÈVRE EN RÉCITAL LUNDI 7 JUILLET / 20 H / Église de Berthierville 780, rue Montcalm, Berthierville, J0K 1A0 fJ| Alain Lefèvre et son frère, David Lefèvre, MATHIEU Fantaisie pour violon et piano premier violon solo à l Orchestre LEKEU : Sonate pour violon et piano Philharmonique de Monte-Carlo.®n sol majeur FRANCK : Sonate pour violon et piano BILLETS : 30 $ en la majeur UNE CATHEDRALE ROMANTIQUE SIGNÉE LISITSA MARDI 8 JUILLET / 20 H / Église de Saint-Paul-de-Joliette 8, rue Brassard, Saint-Paul-de-Joliette, J0K 3E0 Valentina LISITSA, piano Selon le Chicago Tribune « sa technique resplendit comme du verre taillé ».« Sa formidable virtuosité technique n'a d'égal que le délice visuel qu'elle procure.» SCHUMANN : Kinderszenen, op.15 BEETHOVEN : Sonate en fa mineur, op.57 n° 23 |« Appassionata ») SOUS LES FRESQUES DE MICHEL-ANGE JEUDI 10 JUILLET / 20 H / Église de Saint-Esprit / 81, rue Saint-Isidore, Saint-Esprit, J0K 2L0 STUDIO DE MUSIQUE ANCIENNE DE MONTRÉAL Christopher JACKSON, direction Les somptueuses voix du Studio de Œuvres sacrées de PALESTRINA, musique ancienne de Montréal rendent MARENZIO, UG0LINI, MAZZ0CCHI, etc.hommage aux musiques qui ont fait BILLETS : 25 $ les riches heures de la Rome éternelle CÉLÉBRATION PUCCINI coNCEr.T QSffisy, VENDREDI 11 JUILLET / 20 H / Amphithéâtre de Joliette ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC PUCCINI : Airs et duos tirés BILLETS .50 $, «7 %, 38 $.29 $, Yoav TALMI, direction de La Bohème, Madama Butterfly, Turandot, PELOUSE 15 $ Sondre RADVAN0VSKY, soprano Tosca' e,c- Richard MARGIS0N ténor ACTIVITÉ LE JOUR OU CONCERT SOUPER-CROISIÈRE SUR LE FLEUVE vers l'Amphithéâtre de Joliette Tous les détails dans la section Forfaits de notre site Internet RACHMANINOV Étude-Tableau op.39 n" 6 & Préludes op.32 et op.23 LISZT Totentanz QCoZbec meiRO JFèituii noj VHfl LE DEVOIR ô CarcKÎS Québec SS 5*| K tramât C(\ SAU C*Nt c» QV* r"T fv-VW INFO FESTIVAL Bell 418-529-5200 1 888-992-5200 infofestival.com PROGRAMME DE SAISON COMPLET Site Internet : www.lanaudiere.org Courriel : festival@lanaudiere.org Téléphone : 1 800 561-4343 ou 450 759-7636 BILLETTERIE 1 800 561-4343 (jour) 1 866 842-2112 (soirl bnniourqurtw tnm Desjardins Canada H ifl' MUSIQUE 100 7 Q YAMAHA > t 1249 I.K l> K V 0 I H .L E S S A M E I) I T) E T I) I M A X ( Il E (i J T I L L E T 2 0 0 8 E 4 e x Ce n t r i s T EX-CENTRIS.COM/S14.847.2206 FARO, LA REINE DES EAUX /SAUF TRAORÉ IShOO 19h25 f Meilleure première œuvre NtiMâi miimutimua «¦ rmt l Sélection officielle Hsiifâi wiimaimmi #¦ immio «i umn mm; K Film d'ouverture nartu tmt Film de clôture ms d muqm mm MICHEL MPAMBARA SOTtCUI KOUYATÉ.Htl TRAME f-n —MICHE! h ^ M W SOTICm KOUYA la reine des eaux | Ç À L’AFFICHE * ^ " ! SOURCE MAXIMUM FILMS My Winnipeg, de Guy Maddin: un film personnel, intime, irrespectueux des conventions, entièrement libre.Une exceptionnelle réussite MY WINNIPEG De Guy Maddin.Avec Darcy Fehr, Ann Savage, Amy Stewart, Louis Negin, Brendan Cade, Wesley Cade.Scénario: G.Maddin, George Tôles.Image: Jody Shapiro.Montage: John Gurdebeke.Musique: Joseph Vitarelli.Canada, 2007, 80 min.MARTIN BILODEAU Film sur Winnipeg, film sur Guy Maddin (lite Saddest Mu- John GHffln, THE GAZETTE ?Marc-André master, LA PRESSE o 108 semaine) |— CI*tMA«AMC -I | BX-CINTRIS | Ëg FQRUM L—- W»n |au IShZD Di L’AUTRE métrDpoje ARCHAMBAULT2I sic in the World, Brand Upon the Brain), My Winnipeg, comme son titre l’indique, superpose les deux identités, celle de la ville d’hiver, celle du cinéaste, qualifié en Europe de «postmoderniste des Prairies».L’œuvre, hallucinée, poétique, est filmée dans un noir et blanc granuleux qui, d’une part, évoque l’hiver et, d’autre part, fait l'effet d’un rideau translucide sur les souvenirs du passé.Souvenirs de la ville, fondée quatre ans avant la naissance de la grand-mère du cinéaste et qui a connu plusieurs mutations au cours des cinq décennies d’existence de Maddin.Souvenirs de ce dernier, qui y reconstitue avec des acteurs (dont la formidable Ann Savage, venimeuse femme fatale du classique De-tour, d’Edgar G.Ulmer, qui ici joue sa mère) des épisodes quasi muets de sa jeunesse, passée au deuxième étage d’un commerce d’un quartier populaire.Souvenirs, enfin, de cinéma et d’histoire de l’art, puisque le film est un somptueux et très bizarre collage d’influences et de réminiscences, qui va de l’expressionnisme allemand au film noir, en passant par le dadaïsme, l’avant-garde soviétique et le mélodrame hollywoodien.La scène montrant des che- vaux emprisonnés dans les glaces de la rivière, à elle seule digne d’une installation muséale, sert pour sa part de contrepoint surréaliste à un film dont la forme, en soi, est un vrai bijou d’imagination.Un train traverse la nuit de Winnipeg, avec à son bord un narrateur qui, plongé dans un sommeil agité, évoque les mutations de cette ville d’hiver plantée au beau milieu des Prairies canadiennes.Maddin n’en fait pas l’apologie.Mais l’ironie de la narration, très «film noir», cache une profonde tendresse pour ce lieu aux mille visages, assumés dans l'après-guerre, défigurés au tournant du millénaire.Comme Gilles Carie qui, ayant reçu de l’ONF la mission de réaliser un documentaire sur le déneigement à Montréal, avait accouché de La Vie heureuse de Léopold Z, fauteur de Careful et à'Archangel a détourné une commande «officielle» pour réaliser un film personnel, intime, irrespectueux des conventions, entièrement libre.Il gagne sur tous les fronts.Mais je crains toutefois que seuls les initiés de son univers seront à même de prendre la pleine mesure de sa réussite.Collaborateur du Devoir Un héros pas très discret HANCOCK Réalisé par Peter Berg.Scénario de Vy Vincent Ngo et Vince Gilligan.Avec Will Smith, Charlize'Iheron, Jason Bateman, Eddie Marsan.Etats-Unis, 2008,92 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Peut-être vous souvenez-vous de Peter Berg.Jeune acteur passe-partout de la fin des années 1980, on le confondait volontiers avec Ethan Hawke.mais jamais à son avantage.Ainsi, après quelques rôles prometteurs dans l’excellent A Midnight Clear, de Keith Gordon, et surtout le sulfureux et très habile The Last Seduction, de John Dabi, Berg a changé son fusil d’épaule et opté pour la réalisation.Son premier long métrage, Very Bad Things, s’il était loin d’être parfait, avait en revanche le courage de ses convictions et maintenait un ton sardonique, voire radical, de bout en bout.Alignant depuis cinq ans les grosses productions (Hie Rundown, The Kingdom), le réalisateur propose avec ce Hancock un film d’une rare niaiserie.Certes, la saison estivale-a ses traditions, ses incontournables, tels les mille festivals de Montréal et les films de Jerry Lewis à TVA Et en provenance de Hollywood, les films de superhéros.Au printemps, Iron Man a cartonné.The Incredible Hulk vient de prendre l’affiche et les nouveaux opus de Batman et Hellboy sont déjà prêts à prendre relève et cagnotte.L’an passé, ce fut Spider-Man 3 puis Fantastic 4: Rise of the Silver Surfer.Traditions, donc.Et tout cela est juste et bon, dans la mesure où on sait toujours un peu à quoi s’attendre, ce qui, pour plu- sieurs, est rassurant quand vient le moment de sortir le porte-monnaie et, à cet égard, on ne saurait les blâmer.L’effet pervers, cependant, est une surabondance de suites allant souvent déclinant en matière d’inventivité.Remarquez en outre que, des films susmentionnés, un seul, Iron Man, n’est pas à la remorque d’une œuvre précédente.C’est en soi révélateur quoique, dans ce cas précis, il est d’ores et déjà établi qu’au moins deux wagons seront accrochés à cette nouvelle locomotive.Ce long préambule pour établir le fait qu’initiale-ment, l’arrivée d’un Hancock, superhéros nonchalant, susceptible immature et alcoolique, avait de quoi faire sourire.La proposition pouvait légitimement soulever l’intérêt.Déception.Une fois de plus, une prémisse inusitée se voit gâchée par un scénario enchaînant sans consistance aucune des développements arbitraires et des retournements de situation télégraphiés.En gardant leur «grosse surprise» pour le dernier tiers, les scénaristes trahissent une naïveté proche de l’aveuglement.D’autant plus que la réalisation maladroite de Berg vend le punch en question dès le début par une succession de gros plans peu subtiles sur des visages sans mystère.Au final, Hancock ne brillera sans doute pas dans les ffimographies de Will Smith et de !’habituellement plus inspirée Charlize Theron.Un autre comme ça et la gagnante de l’Oscar pour l’interpretation féminine (Monster) pourra aller réclamer un Razzie et ainsi rejoindre la camarade Halle Berry.Un programme double avec Catwoman, ça vous tente?Collaborateur au Devoir Peter Berg propose avec ce Hancock un film d’une rare niaiserie Carnaval de conventions KIT KITTREDGE -AN AMERICAN GIRL De Patricia Rozema Avec Abigail Breslin, Julia Ormond, Chris ODonnell, Joan Cusack, Stanley Tucd, Max Thieriot, Willow Smith, Jane Krakowski, Glenne Headly.Image: David Boyd.Montage: Julie Rogers.Musique: Joseph Vitarelli.Etats-Unis, 2008,98 min.MARTIN BILODEAU Comment vous dire ced sans passer pour le pire des cyniques: au cinéma, la maternité est mauvaise conseillère.Désireuse de faire un film qui plairait à sa fille, Léa Pool avait plus ou moins effacé les signes de sa belle personnalité de cinéaste avec Le Papillon bleu.Découverte elle aussi dans les années 80 avec des films audacieux à l’écriture singulière (Le Chant des sirènes, notamment), la Torontoise Patricia Rozema emprunte le même chemin, pour les mêmes raisons, avec Kit Kittredge - An American Girl, inspiré de la série de romans jeunesse de Vale- rie Tripp.Le résultat n’est guère plus concluant.De fait, on se pince devant ce carnaval de conventions éculées et de caricatures, que Rozema met en scène avec une sorte d’ivresse feinte, appelant de toutes ses forces vives une inspiration qui n’est jamais venue.Dommage pour elle, dommage pour nous, qui devons subir ce divertissement joli comme une boutique de cadeaux, mais ennuyant comme la pluie, campé pendant la Crise dans un Cincinnati sous le maquillage duquel émerge Toronto.La petite héroïne, Kit Kittredge, incarnée par la très attachante Abigail Breslin (Little Miss Sunshine), est une journaliste en herbe, qui consigne dans des articles qu’elle espère voir paraître dans un grand quotidien les bouleversements produits par la crise économique autour d’elle.Laquelle crise a pénétré dans son foyer, envoyant le papa chômeur (Chris ODonnell) à Chicago pour y chercher du travail, faisant entrer des pensionnaires que sa mère au grand cœur (Julia Ormond, trop rare) bichonne pour quelques sous de loyer.Une peinture de milieu, certes fragile, semble prendre forme avant qu’une série de larcins, que des vagabonds sont soupçonnés de commettre, ne plonge Tentant et ses amis dans une enquête aux retournements surprenants.Surprenant étant un bien grand mot, à ne pas détacher du contexte de cette œuvre prévisible sur la tolérance, l’entraide, la perte d’innocence et la prise de parole, bref sur un chapelet de vertus que Rozema défend avec ardeur, mais sans convaincre.Et pour cause: son film, produit par Julia Roberts (elle aussi maman depuis peu), est artificiel, transpire l’effort et n’arrive pas à donner vie à ses personnages.Au-delà de la petite Breslin, en qui on sent qu’un vrai feu brûle (mais pour combien de films encore?), le reste de la galerie se distribue entre transparence (Glenne Headley, Chris O’Donnell) et bouffonnerie.A ce dernier titre, la palme revient à Joan Cusack, une excellente actrice pourtant mais qui, sans boussole, surjoue au possible.Est-elle à plaindre ou à blâmer?Collaborateur du Devoir PALMARÈS DVD Résultats des ventes: du 24 au 30 juin 2008 THE SPtOERWKK CHUOMCUS 10,000 BC MSSE-MimWT Coffret 4 I GENESIS When in Rome 2007 I CftUtSiM BAR 112 TOP I Live From Texas US MYSTÉRIEUSES ClltS D’OR PERSEPOUS MUSES DE QUÉBEC : 1606-2008 | LE PEUPLE MVBMIi DJntSTO Elements ot Lite : World Tour «W NMWIKMRE DE QUÉBEC 124 (Saison I J Cotfmt 1 ¦ POIROT L*J Coftret 3 H FUTURAMA 1 Beast with a Billion Backs J Tha Adventure Collection CÉUMEM0N A New Day : live à Las VeQas www.fass.ca TICKETPRO 1-866-908-9090 FESTIVAL DES ARTS 1> l: SAIN I - S A l J V I-.IJ It PASS DANSE ! KIBBUTZ CONTEMPORARY DANCE COMPANY |i$im| MIMULUS IBRÉSIL) GAUTHIER DANCE ^ (AUf MAGNE) CAS PUBLIC (QUÉBEC) HOMMAGE KUDELKA '(CANADA) PASS MUSIQUE ! OLIVER JONES ET RANEE LEE LE PETIT ROI GEORGIA FUMANTI DANIEL TAYLOR Québec SS Patrimoln® Canadian Canadian Marttaga Cmwll Dm Art« Caned* Coundl du C*n*d* for th* Arts l thm Mr «• Ve*rv ytf ® BABB/ LE DEVOIR www.cinemaduparc.com / 48$ POUR 10 FILMS! .des comédies, de la musique, des drames, de l’aventure, des classiques, des films récents, tous des films à voir, MY WINNIPEG, LUZ SILENCIOSA .et JEANNE MOREAU m 3 heures de STATIONNEMENT GRATUIT JCINÉMA DU PARC ~|3575 Du Pare 514-281-1900 I « Distribution « On jouira pleinement « Dialogues gourmands, somptueuse.» de l'Heure zéro.» photo sublime.» -E.Loret, LIBÉRATION - A.Riou, TÉLÉCINÉOBS NATHALIE UFÉUflE PRESENT! AGATHA CHRISTIE UN FUM DE PASCAL THOMAS L'HEURE ZERO Danielle Alcsstinrira C'.hiarti DARRIEUX MARTINES MASTROIANNI François Me!vil luiura Clément MORR POUPAUO SMET THOMAS tsr1* IS À L’AFFICHE DÈS LE 11 JUILLET! [ EX-CENTRIS APRÈS M VIE DES AUTRES.LES FAUSSAIRES ET DE L AUTRE CÔTt LE NOUVEAU FIIM AUEMAND ACCLAME DANS LE MONDE ENTIER ?mHNCRHHN THIGAîmr « MAGNIFIQUEMENT INTERPRÉTÉ PAR DEUX ACTRICES REMARQUABLES.» MMtC ANnU lüiSIHt lAJJUter^ Æ i MONIC.rV4U.FHVI RMI HANNAH HFR/SPRUNC.VERSION ORKHNALE ALLEMANDE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS [CINÉMA Guutii**' I — I r— «««O» DU CNÉMA 1 W86.B—ubNn E Ttl-dOdO EX-CENTRIS métropole VERSION FRANÇAISE — MAI80N DU CINÉMAI i— ¦¦ ¦¦—CINÉMA-— '¦¦¦"¦i SHERBROOKE 11 1 LE CLAP 1 M’AFFICHE! Avtc'soi^TrmHANOuua [LE FORUM 22 A \ » 1 L K I) K V 0 I R .I, K S S A M K l> I 5 K T I) 1 M A N (' Il K tl .1 f I L L E T 'l 0 0 S DE VISU De Londres à Tokyo Entre Tokyo, et ses 35 millions d’habitants, et Londres, où ne vivent que sept «maigres» millions d’âmes, il n’y a pour ainsi dire, à première vue, aucune commune mesure.Il y en a pourtant une, propre à toutes les mégapoles du monde: malgré leur densité, elles continuent à se développer, voire à se transformer.Voici comment, selon Stephen Taylor et Ryue Nishizawa.PERSPECTIVES DE VIE À LONDRES ET À TOKYO Stephen Taylor et Ryue Nishizawa Centre canadien d’architecture, 1920, rue Raile, jusqu’au 26 octobre.JÉRÔME DELGADO Une maison pleine d’arbres, sans murs; une autre à la façade si neutre que l’on ne devine pas le bijou de lumière derrière.Lorsque l’espace et les ouvertures manquent, les solutions en architecture résidentielle peuvent être surprenantes, comme le montre l’exposition Perspectives de vie à Londres et à Tokyo imaginées par Stephen Taylor et Ryue Nishizawa.Architectes novateurs et sensibles aux conditions de vie, Stephen Taylor et Ryue Nishizawa exercent leur métier dans des contextes, urbains et culturels, à des années-lumière l’un de l’autre: le premier vit et travaille à Londres, le second à Tokyo.Le Centre canadien d’architecture a eu la bonne idée de les réunir et révèle la teneur humaniste qui les rapproche en s’appuyant sur des photos grand format, des vidéos et des maquettes sobres, presque minimalistes.Les projets résidentiels de Taylor et de Nishizawa apparaissent dès lors comme des oasis dans la froideur urbaine.Les deux exploitent la moindre parcelle, élaborent des petits nids bien chaleureux, le Britannique dans un Londres pris avec son passé et ses restrictions (Maison sur Charlotte Road et Trois petites maisons étant d’étonnantes solutions), le Japonais à la manière très orientale, zen et ouverte.Dans le contexte actuel de croissance sans fin qui fait que la population mondiale urbaine est désormais majoritaire, l’expo Perspectives de vie à Londres et à Tokyo est à prendre d’un point de vue critique.Elle poursuit ces questionnements sur la manière dont on pense aujourd’hui les villes, questionnements que le «nouveau» CCA mène depuis qu’il est dirigé par Mirko Zardini et son bras droit, Giovanna Borasi — qui agit ici comme commissaire.Perspectives de vie.est la quatrième expo aux dimensions urbaines, sociales et environnementales du tandem italien.Elle est de la même mouture que Sensations urbaines, Gilles Clément/Philippe Rahm - Environnement: manières d’agir pour demain et 1973: désolé, plus d’essence.Elle est peut-être la plus réussie, alliant l’audace de la signature des deux architectes et ïa lisibilité du propos, chose souvent absente rue Baile.Et elle porte sur des réalisations à «hauteur» des visiteurs.Ces perspectives de vie se traduisent par des projets, résidentiels, dans lesquels on se projette sans problème.Des solutions d’avenir Perspectives de vie.est une bouffée d’air frais et, si l’on peut le formuler ainsi, de solutions d’avenir.Malgré le caractère utopiste de certains projets: la Maison-jardin de l’architecte japonais, un bâtiment sans murs (!), superpose plusieurs dalles horizontales, «chaque niveau se composant d’une pièce et d’un jardin».Cet édifice est le seul parmi ceux exposés à ne pas être terminé.Les deux architectes sé sont investis dans le design de l’exposition, signant chacun leur partie, s’appuyant sur de nouvelles maquettes et, dans le cas de Nishizawa, sur des textes de présentation.Ce qui donne à l'ensemble sa particularité, des couleurs bien personnelles, un ensemble reprenant la sobriété et l’élégance des bâtiments de Londres et de Tokyo.La partie Taylor demeure néanmoins confuse, plus conservatrice aussi, malgré les maquettes audacieuses qui ouvrent le parcours.D’une salle à l’autre, on ne sait Y*'r îj L, La maison Moriyama, à Tokyo TAKASHI HOMMA : VWMSt'* : ü A JJL L’intérieur de la maison de l’architecte Stephen Taylor sur Charlotte Road, à Londres SIMON LEWIS trop de quels projets il s’agit, les textes au mur introduisant des thèmes ici, énumérant des réalisations là.Reste qu’entre les Trois petites maisons en rang et le vaste aménagement urbain d’un quartier historique bordé par une voie ferrée (Rain-ham Village), l’architecte londonien possède plusieurs pistes.Du côté de Nishizawa, c’est le contraire’, comme si la retenue nippone s’était avérée la meilleure.Sans aucun plan (chose rare au CCA), s’en tenant à un projet par salle, la signature de l’architecte tokyoïte frappe par son originalité et sa modes- On peut espérer que chaque ville trouve son Taylor ou son Moriyama tie.Pour rendre compte de l’environnement de cette belle utopie de «maison et jardin», Nishizawa a opté pour une maquette où d’immenses cubes blancs expriment la rigidité et la banalité des gratte-ciels voisins.Entre ces monstres de béton surgit une surprenante et petite construction.La Maison A (2006), autre solution très verte, comporte plusieurs pièces, comme s’il s’agissait de modules indépendants, répondant ainsi au souhait du client de pouvoir s’adapter au gré de ses visiteurs.Cet esprit de blocs indépendants, aux fonc- tions et formats différents mais composant un tout, est encore plus éloquent dans la Maison Moriyama (2005).Il s’agit officiellement d’une maison, mais elle a l’air de comporter plusieurs (petites) résidences, faites pour des gens vivant selon la simplicité volontaire et le dogme du rangement.De Londres à Tokyo, les manières de faire sont fort distinctes.L’expo ne le nie pas.Elle prouve que la qualité de vie, l’intimité et le droit au logis peuvent encore être appliqués dans les cités étouffantes, comme dans les deux cas abordés.On peut espérer que chaque ville trouve son Taylor ou son Moriyama.Collaborateur du Devoir - l&ŒMiÈ; CIRCUITS CULTURELS LE FESTIVAL DE LANAUDIERE 2 août - Kent Nagano et l'OSM 17 août - Histoire et nature à Montebello L'EXPOSITON DU 400e - LE LOUVRE À QUÉBEC Samedi 23 août - et mardi 21 octobre www.lcsbeauxdetours.com (514) 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Une avenue revue et corrigée PEEP SHOW Paysages éphémères, avenue du Mont-Royal, jusqu’au 31 août JÉRÔME DELGADO Devenue une tradition estivale, l’événement Paysages éphémères, pour sa quatrième édition, est revu et corrigé.Et prend du poids, réussissant, p;u' exemple, à faire fermer l’avenue du Mont-Royal à la circulation le temps d’une parade.Sur une voie plus critique et plus audacieuse, Paysages éphémères revient bousculer les habitudes commerciales du Plateau.La réorientation ne tient pas seulement à la parade offerte en guise de vernissage.Mais* ce «carnaval», gracieuseté des Fermières obsédées, collectif incisif de Québec, donne le ton: voici des oeuvres vraiment éphémères, et provocantes, réunies sous le titre PEEP show — pour «Paysages éphémères/Espace public».Finies les immenses chaises vert fluo d’hier, gentilles et ludiques: c’est le temps des banderoles noires anarchistes, déroutantes de silence — œuvre de Mathieu Beauséjour surplombant l’avenue à plusieurs intersections.Cette quatrième édition de Paysages éphémères se distingue du fait que, sur les dix projets disséminés entre le parc des Compagnons et la place Gérald-Godin, sept sont le choix d’un commissaire invité, Stéphane Bertrand.Une première.Les autres œuvres ont été choisies, comme lors des trois précédentes éditions, selon la formule usée du concours.Le PEEP show, c’est de Bertrand, qui s’est inspiré de la définition du terme — «une boite noire dans laquelle défilent des images», dit-il —, et non de l’industrie du sexe, pour s’éloigner de la représentation convenue de la ville et en particulier de la trop commerciale avenue du Mont-Royal.«J’ai voulu un regard oblique sur la mile, ouvrir une fenêtre, dit le commissaire.[l.ors des éditions précédentes], c'était trop statique, trop installatif pour Paysages éphémères, qui appelle à la mobilité, au nomadisme.Sur Mont-Royal, tout est saturé, il n'y a pas défrichés urbaines.pas d'espaces vacants.Pourquoi on n'enlèverait pas?Soustraire plutôt que rajouter», a-t-il suggéré aux artistes.Mathieu Beauséjour, avec ses banderoles noires exemptes de toute information, y compris le www, propose «un moment de repos visuel».11 rompt si bien avec nos habitudes que les gens de Vues d’Afrique ont pris une de ses bannières pour du vide et l’ont remplacée par une di's leurs.Le collectif Ekip a aussi joué avec le vide: les trois structures Mékano-Royal, faites d’objets pauvres (du mobilier en acier utilisé comme support), ressemblent davantage à une armature qu’à une œuvre terminée.Pourtant, elles expriment avec calme, et en symbiose avec les lieux, ce besoin criant de tout laisser tomber.Rien à vendre, sinon de la poésie.Stéphane Bertrand a privilégié des formes d’art davantage éphémères ou, comme il le dit, «provisoires».Des gens de la perfonnan-ce (lx's Fermières obsédées), de l’intervention sociale (le collectif Syn), de l’art relationnel (José laiis Torres) font partie de sa sélection.Aussi, l’exposition se divise en deux temps: un premier volet est en cours jusqu’à demain; le second se tiendra à la fin d’août, pour lequel viendra le collectif danois RACA — une autre première, cet- te invitation à des étrangers.Stéphane Bertrand promet que l’intervention à la sortie du métro, une bibliothèque nocturne (dès minuit), marquera les esprits.Et elle donnera à la place Gérald-Godin l’identité littéraire qui lui revient Collaborateur du Devoir SH M DENIS EARLEY Les Fermières obsédées participeront à l’événement festif Paysages éphémères.Antoine Pentsch Afflux de la main aquarelle Jusqu’au 12 juillet 2008 GALERIE BERNARD 3928 rue Saint-Denis, Montréal (Québec; H2W 2M2, Tél.: (614) 277-0770 mercredi 11 h 17h jeudi vendredi 11 h 19h samedi ] 2h 17h vmwgaleriebemard.ca ,es fS MUS S Québec ”” Société de* rou«éc% GRANDES EXPOSITIONS ET ACTIVITES ESTIVALES PARTOUT AU QUÉBEC Programmation en ligne : www.museos.qc.ca O la Galerie d'art Stewart Hall 176, Hnrd du Lac, Puinto-Claire Du 6 juillet au 24 août 2008 f Etats de la matière Conceptuel, permanent, éphémère, immatériel, malléable, résilient tangible, limpide, durable, fragile, solide, mou, dur une exposition réunissant les installations de Karilee Fuglem Michel Goulet Douglas Scholes Pique-nique sur la terrasse et Vernissage le dimanche 6 juillet, de midi à 16 h Activité créative pour la famille dans le parc animée par Douglas Scholes, midi à I4h30 Info: 514 630-1254 www.ville.pointe-claJre.qc.ca r LE DEVOIR.LES SA M E D I ET DIMANCHE O JUILLET 2 0 0 8 E 0 LA PETITE CHRONIQUE création et rien d’autre STÉPHANE DE SAKUT1N AFP Née en 1962 dans une famille de la petite bourgeoisie du Bangladesh, l’écrivaine-médecin Taslima Nasreen est la cible en 1992 d’un groupe fondamentaliste.Enl993, le gouvernement bangladais interdit son roman hijja (La Honte).En 1994, elle s’installe en Suède mais continue de provoquer dans son pays natal des manifestations d’opposition.Sa vie sera bientôt partagée entre l’Inde et les Etats-Unis.En 2007: sa tête est mise à prix.En 2008, elle reçoit le prix Simone de Beauvoir.Taslima Nasreen, éternelle proscrite Bannie en 1994 de son pays, le Bangladesh, sous la menace des islamistes, l’écrivain féministe pensait avoir trouvé refuge en Inde.Bref répit.Elle vient à nouveau d’être contrainte à l’exil.FRÉDÉRIC BOBIN Paris — Voilà quatorze ans qu’elle est apatride.Du Bangladesh — d’où elle a été bannie en 1994 — à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l’errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires.Alors, Taslima Nasreen s’y est faite.L’écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s’est coulé dans la figure de l’exilé permanent Elle sacrifie à tout Aux séances de photos dans la lumière tamisée d’un salon.Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien.Aux deux gardes du corps qui l’embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres.Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.Est-ce à dire qu’elle s’y complaît?Sûrement pas.On peut la trouver outrancière, naive ou inconsciente, mais nul ne pourra jamais la soupçonner d’insincérité.Elle bout encore de colère.«Je suis toujours en état de choc», souffle-t-elle.Ce «choc», c’est d’avoir été «Jrrrcée au départ» de l’Inde, ce pays où elle avait enfin trouvé refuge en 2005 après plus d’une décennie de déracinement en Ocçident, l’âme broyée par le mal du pays.A Calcutta.Taslima Nasreen se sentait comme chez elle.C’est le Bengale, après tout La frontière barbelée le sépare peut-être du Bangladesh voisin, mais elle n'abolit ni la langue bengalie, ni la culture bengalie, ni les par-fùms bengalis.Aussi Taslima la Bengalie y était fort here reuse, immergée dans ses racines.« Calâitta, c'est ma seconde patrie, insiste-t-elle.Les traditions du Bengale coulent dans mes veines comme une, Jirrce vitale.» Pourtant à l'automne 2007, elle y revit le même cauchemar qu’en 1994 à Dacca, la capitale du Bangladesh, quelle avait alors dû liiir sous la menace de manifestants islamistes ivres de haine.Brutal retour en arrière, réédition du scénario halluciné: fatwas lancées par des imams, sa tête mise à prix, émeutes de rue, plongée dans la clandestinité.Les fondamentalistes sont déchaînés par h parution de certains de ses livres aux titres claquant connue des appels à la révolte des femmes: Brûlons les burqas, Les Jemmes n ’ont aucune patrie.Mais Taslima n’est pas abattue.Elle pense que l'orage va vite se dissiper, que l’Inde «laïque, démocratique, éclairée, progressiste et tolérante» va la protéger, va continuer à lui offrir son hospitalité.L’Inde multiconfessionnelle n’est pas le Bangladesh musulman, pense-t-elle.Quel n'est pas son accablement quand elle prend la mesure de son illusion! Elle n’est en fait qu’un «paria», un «fardeau», un fauteur de troubles dont chacun veut se débarrasser.Les chemins de l’errance Acculée au départ de Calcutta, elle se replie à Jaipur (Rajasthan), puis à New Delhi, la capitale.Là, elle est littéralement assignée à résidence dans un lieu secret, une pauvre chambre où seuls «deux lézards souffreteux» lui tiennent compagnie.Elle devient une sorte de «prisonnière», confinée par le gouvernement fédéral indien au nom de sa sécurité personnelle.En haut lieu, on lui adresse des messages: il faut qu’elle évite dorénavant de «blesser les sentiments religieux» d’une partie de la population, un enjeu hautement sensible dans un Etat indien régulièrement secoué par des affrontements entre hindous (majoritaires) et musulmans (minoritaires).Elle s’y refuse.«Si la liberté d’expression a un sens, proteste-t-elle, j'ai le droit de blesser les sentiments religieux de certains.» Son intransigeance exaspère.On le lui tait payer en prolongeant son régime quasi carcéral.Elle finit par comprendre la manœuvre: faute de pouvoir l’expulser—cela ferait très mauvais effet —, l'Inde veut la pousser à s’exiler d’elle-même.Elle résiste, se cabre, fuis elle finit par céder, minée par des ennuis de santé.A la mi-mars, elle s'envole vers la Suède, défaite.Durant ces semaines d’isolement, elle a continué à écrire, jetant sur le papier son désarroi, son désespoir, scandés par cette entêtante question: «Quel crime ai je commis?» La chronique de ce nouveau bannissement vient de paraître en fiançais sous le titre De ma prison (Éditions Philippe Rey).«En Occident, dit-elle, je me considère comme debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui me ramènera chez moi, dans le sous-continent [indien] où ma vie a un sens.» Ce «sens», c’est le «combat en faveur des femmes opprimées».Et dans ce combat-là, elle bute sur la religion, im manquablement «Je critique toutes les religions, pas spécialement l’islam, précise-t-efle./c critique aussi l’hindouisme en raison des discriminations contre les femmes qu’il justifie.Mais il n’y a que les musulmans qui se sentent of fénsés par mes critiques et me menacent de leurs fatwas.Les autres ne m’attaquent pas.Est-ce que cela signifie qu’il n’y a pas de place pour la critique dans l’islam?interroge-t-eDe.Mais comment une société peut-elle évoluer, s'arracher à la stagnation, si elle refuse toute critique?» En Inde, son combat est mieux compris qu’il ne l’était au Bangladesh.Des soutiens se sont nianifestés.Mais la mobilisation en sa faveur est restée limitée, en tout cas impuissante à renverser le cours des choses.Taslima Nasreen sait que le camp des intellectuels «progressistes», sa famille naturelle, ne la défend que très timidement, voire la fustige comme irresponsable.On lui reproche d’en faire trop, de verser dans la provocation.«Ces intellectuels me trouvent trop radicale, reconnaît-elle.A leurs yeux, on peut critiquer les fondamentalistes, mais pas l’islam en tant que tel.Or, en critiquant le Coran, je franchis la ligne muge.Cest pourtant ma conviction: le Coran n’est pas bon pour l’humanité et les droits des femmes.» Elle a toujours en poche son billet de retour pour l'Inde.Elle entend bien en faire usage.Et retrouver les par-tùms du Bengale.En tout cas, elle en «rêve».Le Monde _ / Gilles Archambault Que John Updike et Raymond Carver comptent parmi les écrivains américains les plus marquants des dernières décennies, personne n’en disconviendra.De même, l’acuité critique de Jérôme Garcin ne peut être mise en doute.Les trois livres auxquels je fais écho cette semaine ont la création littéraire ou artistique pour objet John Updike écrit depuis plus de quarante ans des romans dont on remarque d’emblée la sûreté de l’écriture.Analyste sans trop d’indulgence de la classe moyenne américaine, il a publié une œuvre maintes fois récompensée et saluée internationalement comme majeure.Dans Tu chercheras mon visage, il nous donne un roman dont le thème est celui de l’art.Hope est peintre.Elle vit dans un coin retiré du Vermont À quelques années de la mort elle reçoit la visite d’une jeune personne qui l’interviewe au sujet de deux de ses anciens compagnons de vie, peintres dont la réputation dépasse beaucoup la sienne.Tout le roman se déroule en une journée pendant laquelle l’intruse pose d’incessantes questions sur le passé de la vieille dame.Confidences intimes arrachées avec insistance, considérations sur la peinture, rappels d’un mode de vie périmé, tout y passe.Prétendre que ce roman, magistral à sa façon, ne comporte pas de redites, qu’il n’est pas parfois longuet, serait mentir.Il n’empêche qu’on en retire des leçons sur la valeur rédemptrice de l’art.Les peintres qu’évoque Hope ont beau pratiquer une esthétique qui nous laisse froids, on ne sort pas indemnes de l’évocation que l’auteur nous fait du mystère de la création.Fascinant.Je ne prétendrai pas pouvoir analyser la valeur des poèmes de Raymond Carver.Fervent lecteur de ses nouvelles, j’ai parfois été dérouté par le ton des poèmes réunis sous le titre de La Vitesse foudroyante du passé.M’a retenu la franchise de la démarche, la façon qu’a Carver d’aller droit au but.La saveur autobiographique de l’ensemble expliquerait probablement l’intérêt soutenu jusqu’à la fin malgré ce qui paraît être parfois de la facilité.En somme, un petit recueil destiné à ceux d’entre vous pour qui le monde de Carver, ses moments de stupeur ou ses évocations nostalgiques, est un territoire connu.Les autres préféreront les nouvelles.Il en est de stupéfiantes.Comme chacun sait Un bon roman d’été Que Jérôme Garcin ait choisi de faire du héros des Soeurs de Prague un écrivain en panne d’inspiration n'a rien pour surprendre.Dans les romans, les romanciers ont souvent la pudeur de leurs doutes.Le narrateur de ce petit roman, paru l’an dernier et qui refait son tour de piste en poche, a tout d’un écrivain germanopratin.Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’il rencontre une productrice de cinéma à l’ambition titanesque.Ne tient-il pas une chronique de cinéma dans une station de radio?Qu’il rompe bientôt avec la femme qui partage timidement sa vie, on s’y attendait.Surtout que Klara Gottwald le fascine.Il finira par apprendre qu’elle a des pratiques louches, qu’elle organise des partouses, etc.Klara a une sœur, Hilda.D’où le titre.Tout irait bien si Garcin, auteur intelligent et qui écrit avec une étonnante maîtrise, se contentait de décrire le milieu du cinéma, ses tendances «people», ses tics et ses tocs, son inénarrable férocité.Hélas! et cela nuit au roman, on croit difficilement au passé de Klara, à son suicide.Tout cela semble un remake des films américains des années d’avant-guerre.11 n’en reste pas moins que Les Sœurs de Prague se lit d’un trait.A défaut d’une œuvre, un bon roman.Si vous y tenez, un roman d’été.Collaborateur du Devoir TU CHERCHERAS MON VISAGE John Updike Editions du Seuil, «Points» Paris, 2008,342 pages LA VITESSE FOUDROYANTE DU PASSÉ Raymond Carver Editions du Seuil, «Points» Paris, 2008,175 pages LES SŒURS DE PRAGUE Jérôme Garcin Gallimard, «Folio» Paris, 2008,180 pages LITTÉRATURE AMÉRICAINE Dos Passos, à la lettre CHRISTIAN DESMELLES John Dos Passos a vingt-trois ans le jour où il fait la connaissance de la jeune Germaine Lu-cas-Championnière à Paris en 1919.Il n’a pas encore écrit Manhattan Transfer (1925), ni sa trilogie USA (1930-1936), ni aucune des œuvres qui allaient faire de lui cet écrivain majeur de la première moitié du vingtième siècle de§ lettres américaines.À la fin de la Première Guerre mondiale, à laquelle, fraîchement diplômé de Harvard, il avait tout fait pour participer — il sera brièvement ambulancier pour la Croix-Rouge américaine en Italie —, Dos Passos se pose à Paris sans avoir jamais vraiment vu la guerre.Comme d’autres écrivains américains dits de la «génération perdue» qui se sont installés dans la capitale française dans l’entre-deux-guerres (F.Scott Fitzgerald, Hemingway, Sherwood Anderson), il est attiré par l’espace de liberté et le faible coût de la vie qu’offre Paris.Une passion commune pour la musique — moderne, de préférence — lui permet de nouer une amitié, un rien ambiguë au cours des premières années, avec la sœur d’un soldat français rencontré près de Verdun.«La musique de Stravinsky était dans notre sang», souligne-t-il dans La Belle Vie, son autobiographie.Ils se sont écrits jusqu’en 1968, mais surtout de 1920 à 1929.De ses lettres à elle, il ne demeure aujourd’hui plus rien.Une grande partie du charme de cette correspondance, avec son français direct, inventif et maladroit (que l’on a pris heureusement soin de laisser intact), réside dans son style.Un style qui prend parti pour le français de Rabelais contre celui de Gide.«S’il vous plaît, lui écrit-il dans sa première lettre, qui est Darius Milhaud?» Effronté autant que naïf, habile provocateur, Dos Passos écrira en tout cent soixante lettres à la jeune femme, qui lui servira d’interlocutrice privilégiée au cours de ses premières années d’écrivain.Éloge de la folie Pleines d’observations lentes, de regards en biais, d’intuitions audacieuses, les lettres de Dos Passos, portées par l’énergie brute de la jeunesse («La pensée c’est la dégénération de l’action»), sont celles d’un écrivain doublé d’un voyageur qui s’étonne de tout Tantôt il assiste à une corrida en Espagne, tantôt il lit l’intégrale des lettres de Flaubert ou raconte à sa corres- pondante la réception de ses premiers livres aux Etats-Unis.En 1919, de Paris, il lui [ivre un vibrant éloge de la folie: «Etre fou, c’est être de la grande compagnie des poètes, des jongleurs, des Socrates et des Nérons, des architectes de l’esprit humain; c’est être prophète et menteur, Empereur des Indes indécouvertes et roi des nuages.Les fous ne meurent jamais.Us deviennent sages et vieux.» Puis en janvier 1926, de Fez, au Maroc: «je suis en train de lire le journal d’Isabelle Eberhardt dans une petite chambre blanche et ensoleillée [.].Il y a un nid de cigognes sur un minaret que je vois de mon lit.Un grand marabout échevellé (sic) y passe la journée a faire lentement la toilette de ses plumes.Il me regarde de temps en temps d’un air désenchanté a travers la petite fenêtre.» Insatiable observateur, Dos Passos sait poser chaque fois dans ses lettres la petite touche qui en fait, tout au long, un véritable bonheur de lecture.Collaborateur du Devoir LETTRES À GERMAINE LUCAS-CHAMPIONNIÈRE John Dos Passos Gallimard, coll.«Arcades» Paris, 2008,280 pages Tout le champ littéraire québécois et international dans un seul magazine A lire, entre autres, dans le numéro 111 de Nuit blanche juillet, août, septembre 2008 en kiosque et en librairie à travers le Québec Un écrivain américain a créé l’événement en France en publiant journal d'une femme adultère.Peu sont ceux qui savent que ce best-seller trouve son origine dans la métropole québécoise.Entrevue avec Curt Leviant par Florence Meney Il peut paraître paradoxal d’appliquer le qualificatif de « méconnu » à un géant littéraire de la trempe de lean Paulhan.« Écrivain méconnu du XXe siècle » par Patrick Bergeron Dessiner les rapports complexes entre des personnages et leur époque est l’apanage des grands romanciers.Séndor Mârai par Roland Bourneuf S'il fut un temps où le Québec se désintéressait de l'histoire, ce danger est révolu.En plus de multiplier les titres, l'histoire recourt à tous les genres littéraires : des romans et des synthèses, des mémoires et des essais.« La science de l'homme dans le temps » touche à tout.Par Laurent Laplante /PUI {blanche LE MILCAEINE OU LIVRE ’V T Te» 1 Au I Abonnez-vous à Nuit blanche Quatre numéros par année et l'accès gratuit au site littéraire le plus complet au Québec www.nuitblanche.com Oui, je m'abonne pour une période de Q 1 an (4 numéros) : 34 $ Q 2 ans (8 numéros) : 56 $ taxes incluses Nom : .Prénom : .Adresse: .Ville : .Province : .Code postal : .Tél.: .Courriel : .?Chèque S l'ordre de Nuit blanche ?Visa ?Master Card ?Facturez-moi N” de la carte .Date d’expiration : Envoyez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-|ean, bureau 403 Québec (Québec) CIR 1R7 Abonnement en ligne : nuitblanche.com / Par téléphone : 418 692-1354 1 1 « 4 IE I) K V 0 1 K .LES SAME D 1 5 ET DI M A X C H E (i .1 V I L 1, E 1' 2 0 0 8 LIVRES De qui s’agit-il ?Cet été.Le Devoir vous propose chaque samedi une énigme qui mettra à l’épreuve vos connaissances de la vie de quelques grands auteurs disparus.Il s’agira de deviner l’identité de chacun à partir d’indices laissés par Éric Dupont.Découvrez la réponse dans le cahier Livres de la semaine prochaine.BÉDÉ Les extraterrestres sont parmi nous Se consacrer à la recherche de la beauté.c, ;• .y y-' ' : • V.y ' .• -y ?- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Réponse de l’énigme du 28 juin: Marguerite Duras (1914-1996), auteure de L’Amant, qui lui a valu le prix Concourt en 1984.Te ne suis pas pareil aux ^ J autres!», sanglotera ce frêle et maladif garçon de onze ans à sa mère pendant un soubresaut nerveux.C’est dans ses mémoires que l’écrivain apportera plus tard des précisions quant à la nature de sa différence.Les sujets ne manqueront pas.On pensera d’abord à son éducation bourgeoise au sein d’une famille dirigée par une mère dévote, ou à l’affection toute particulière qu’il portait à sa cousine qu'il finit par épouser.Ses enseignants pourraient nous parler de cette manie de se livrer à l’onanisme en classe, écart de conduite qui lui valut un renvoi de trois mois de son école.Ce châtiment lui apprendra à ne plus pratiquer l’onanisme en public.Il n’abandonnera pas pour autant ses «mauvaises habitudes», qui l’amèneront à se définir, à l’âge de vingt-trois ans, comme «vierge et dépravé».Toujours soucieux de garder ce qu’il appelle de la «tenue», il approchera tous les sujets avec la même élégance, qu’il s'agisse de pédérastie ou de philosophie allemande.Né et éduqué dans les beaux quartiers, il aura sa vie durant les moyens de voler au-dessus des basses considérations matérielles pour se consacrer à la recherche de la beauté, de la spiritualité et du bon goût.Admiré pour la grande précision de son vocabulaire, il sera cité plus souvent que les autres dans les dictionnaires.Orfèvre de la phrase et faiseur de bons mots, il fait partie de ces écrivains pour lesquels écrire n’est pas un plaisir, mais une exigence.11 ne revendiquera jamais les événements historiques comme premier matériau d’écriture, préférant jouer le rôle de l’intellectuel détaché de l’actualité.Cette posture lui sera vivement reprochée par les groupes politiques auprès desquels il tentera un jour un improbable rappro- chement.Il restera à leurs yeux un indécrottable bourgeois.Comme beaucoup d’autres écrivains, il croit que l’art d’écrire devrait voler au-dessus des préoccupations trop prosaïques de son époque, qui pourtant fut trouble.La séparation du religieux constituera l’entreprise d’une vie pour cet homme ti- raillé par les pulsions charnelles qu’il souhaite assouvir au mépris des conventions morales et sociales.Impossible de passer sous silence la relation étouffante qu’il entretient avec une mère dont la mort le libérera en quelque sorte d’une attention trop insistante.Un jour, cette dernière lui refusera un billet pour le récital d’un grand pianiste parce que Chopin, dont elle trouve la musique «malsaine», figure au programme.Bien qu’il fut pianiste accompli, il regrettera ne pas avoir été poussé plus jeune vers une carrière de concertiste.L’amour de la musique l’habitera jusque dans les endroits les plus inattendus; il ira même jusqu'à se faire livrer un piano à son hôtel de l’arrière-pays africain où il séjournera quelques fois en villégiature.Peu après le décès de sa mère rouennaise, il prend pour épouse sa cousine, à qui il voue un amour d’une pureté telle que le mariage ne sera jamais consommé.L’homme de lettres soulignera souvent la distinction qu’il établit entre le désir et l'amour.C’est d’ailleurs après une rencontre nocturne inoubliable avec un jeune musicien maghrébin qu’il écrira: «Comment eût-il été question d’amour?Comment eus-sé-je laissé le désir disposer de mon cœur?» Dans les récits de ses voyages en Afrique, il martèlera avec insistance ce thème du cloisonnement entre les sens et l’esprit.Ces deux sphères trouveront néanmoins leur convergence, des années plus tard, en la personne d’un tout jeune homme de bonne famille dont il s’éprendra.La relation avec son épouse, déjà tendue, ne résistera pas à cette idylle scandaleuse.Accompagné de son jeune amant, il décide de traverser la Manche pour un voyage.Humiliée, l’épouse brûle les lettres que l’écrivain lui adressait depuis trente ans et se replie dans sa propriété.«Je souffre comme si elle avait tué notre enfant», écri-ra-t-il, attristé.Madeleine fiit un sujet d’une grande inspiration auquel il aura consacré beaucoup de temps.Bien que nourrie d’autant de céleste que de terrestre, son œuvre sera mise à l’index peu de temps après sa mort.Qui était-ce?LITTÉRATURE FRANCOPHONE L’homme flambé David Descamps propose pour son premier roman une histoire d’amitié poignante SUZANNE GIGUÈRE Au début deLApéritifdesfaibles, on entend Afro Blue de John Coltrane.On voudrait ne jamais entrevoir la fin, tant cette musique aux parfums africain, indien et latino s’ancre dans le bouillonnement de la vie même.Une musique pas simplement pleine d’une vie formidable: elle nous fait entrer dans le vertige de l’infini.Et quand Elvin Jones, imposant puissant stimule Coltrane par d’incessantes relances, les pulsations fusionnelles entre le saxophone soprano et la batterie nous renvoient à la complicité fraternelle décrite dans LApéritifdes faibles.Du Sud au Nord, de la lumière éclatante de Marseille aux Flandres obscures, telle est la trajectoire de ce roman.Cette traversée de la France emmène le narrateur sur les traces de son ami Dino, qui s’est donné Ja mort à 29 ans dans une abbaye.A la demande de sa mère, il accepte de mettre en ordre le carton de papiers, de carnets et de photos de son ami défunt.B se confronte bientôt au souvenir de cet homme dont l’ivresse de vivre ne parvint pas à endiguer les blessures inguérissables de l’enfance.Un roman aux lueurs proustiennes, empreint de douceur, de sensualité et d’une légère tristesse.Le monde flottant des plaisirs MarseiBais d’adoption, le narrateur retrouve dès son arrivée à BaiBeul la Flandre française de son enfonce, épouvantable et oppressante.A limage des ciels bas et gris de cette région du Nord.Jouant de la provocation, il témoigne, de façon directe, brutale, sans équivoque, de son aversion pour ses habitants «abrutis par des décennies de conservatisme catholique et de superstitions».Dino lui avait un jour avoué qu’il souffrait de sa jeunesse flamande comme d’un vieux mal de dos permanent B lui avait raconté que les jours d’été interminables, «quand il avait les couilles trop pleines entre les haies trop vertes», il roulait comme un damné à vélo dans la campagne pour noyer son ennui et son angoisse dans la sueur.«Langeweile» — un moment qui n’en finit pas — était le mot qui lui venait systématiquement à l’esprit lorsqu’il revoyait cette enfance et cette adolescence.» Au fil des carnets qu’il lit dans le café où Dino a passé des nuits entières à boire avant de céder à l’en- vie de mourir, le narrateur tente de fixer l’élégance et la vitalité furieuse de son ami.Les souvenirs flamboyants dans les heureuses années 1990 affluent.Des années marquées par «une vraie liberté sexuelle et morale» où «l’insouciance roulait libre».Toujours partants pour de nouvelles frasques, les deux amis s’adonnaient au monde flottant des plaisirs, flambaient leur vie, la consumaient.«A-mours, voyages, nuits complices et émues, il avait tout mangé avec appétit et hardiesse, vécu des bouleversements joyeux et des déceptions également fortes.» Une déception amoureuse et la fêlure d’angoisse qui l’accompagne provoqueront finalement sa chute.Poursuivant la lecture de ce «cœur mis à nu» (Baudelaire), le narrateur pénètre dans le drame intime du viveur fatigué et revit les derniers moments tragiques qui le conduisent à la mort «ïl était peu à peu entré dans un état où il n’est pas facile de distinguer de l’extérieur ce qui doit au relâchement et ce, qui tient de la léthargie déprimée.» A ce moment du récit la tristesse du narra- teur resurgit de manière très aiguë avant de se fondre et de disparaître dans la beauté des paysages de BaiDeur.«Il suffit de coucher son vélo dans l'herbe et de regarder droit devant soi pour se sentir debout et bien vivant dans un grand lit vert.On aimerait que le temps s’emmêle et s'immobilise dans les rangées de peupliers dispersées dans la campagne et que la vie, d’une seule brassée, nous ramène tout l’amour qu’elle a emporté, qui était le nôtre.» Les averses de mots, les longues phrases qui s’enroulent sur elles-mêmes, l’évocation incessante de souvenirs rappelle A la recherche du temps perdu de Proust B ne nous en faut pas plus pour nous laisser aBer, en légère descente, jusqu'à ce petit point de fascination et de rêve qu’exerce sur nous l'histoire de cette amitié poignante que nous propose David Descamps.Né en 1971 dans les Flandres françaises, le romancier vit actueBe-ment à Marseille.L’Apéritif des faibles est son premier roman.Collaboratrice du Devoir L’APÉRITIF DES FAIBLES David Descamps LesAUusifs Montréal, 2008,106 pages Né en 1971 dans les Flandres françaises, David Descamps vit actuellement à Marseille L’AGENDA r ' 1 ¦1 ¦ ¦ L’HORAIRE TÉLÉ, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR Les livres qui ne circulent pas meurent P l'ICHAHGt 707 El 713 MONI-RO/Al fSI ©MONI-ROYAl, 514-523-6389 FABIEN DEGUISE Montréal, novembre 2059.Dans le salon contemporain de sa maison futuriste, un vieil homme se souvient de son passé.Il a le visage buriné, une enseigne lumineuse de «Kik Cola» en arrière plan et une drôle d'histoire à raconter.Une histoire étonnante qui le met en vedette.100 ans plus tôt dans les rues de la métropole québécoise.Surréaliste?Un peu.Mais le récit livré sur 150 pages par Bob U-clere, pilote de chasse canadien et chef d’escadron qui a connu ses heures de gloire durant la Seconde Guerre mondiale au-dessus de l’Asie, est avant tout hautement accrocheur.Sans doute parce qu'il mélange, avec une délicate alchimie, des lignes faussement surannées, des hot-dog dégoulinants, une série de drames humains et des extraterrestres, infiltrés dans le Québec de nos grands-parents avec des intentions douteuses.Rien de moins.Le programme est chargé.Mais c’est malgré tout celui qu’a choisi de mettre en cases et en bulles l'auteur québécois Grégoire Bouchard pour nous amener «vers les mondes lointains» (Paquet).Avec une efficacité redoutable qui permet très vite d’atteindre la destination visée.Découpage rigoureux qui s’inspire autant des séries télévisées du passé que du cinéma contemporain, scénario précis dont l'intelligence se distille avec bonheur dajis les dialogues et la vont hors champ, personnages tirant leur force de leurs complexités — et de leurs doutes —, les clefs d'une mission réussie sont finalement toutes là.Et le propos décalé tout comme une intrigue bien ficelée font alors le reste.Au terme de ce voyage, un peu sombre et torturé, certes, dans le temps, l’espace et la lancinante douleur de la condition humaine, su 'm —VH- SOURCE ElUEtONS PAQUET Illustration de Grégoire Bouchard pour l'album Vers les mondes lointains de furtifs flashs cérébraux de la série américaine des imitées 60 The Invaders — souvenez-vous: David Vincent était persécuté par des extraterrestres envahisseurs au |X'tit doigt relevé — peuvent être des effets secondaires prévisibles.Tout comme d'ailleurs l’envie de (re) plonger dans les environnements visuels créés par le dessinateur canadien Setli.Mais bien sûr, avec son style affirmé, son souci du détail, son penchant pour les suspenses interplanétaires et sa capacité à garder en haleine, planches après planches, celui qui se frotte à cette œuvre, Bouchard ne permet pas d’aller plus loin dans ce jeu hasardeux de la comparaison.Le Devoir VERS LES MONDES LOINTAINS Grégoire Bouchard Paquet 2008, Genève, 150 pages Science-fiction et Québec d’autrefois dans une même bédé ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES ROMAN NHUlWUWT.1,tZETT.3 Stieg Larsson (Actes Sud) SILENCE DE MORT Chrystine Brouillet (Courte Échelle) TOUTES CU CHOSES QU’ON NE S’EST.Marc Levy (Robert Laffont) ¦V PARCE QUE JE rAHHE KJ Guillaume Musse (Pocket) GM TtMHCn CONCOMBRE Rataôle Germain (libre Expression) J LU ENFANTS DE LA LIBERTÉ Marc Levy (Pocket) LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (livre de Poche) U JE REVIENS TE CHERCHER Guillaume Musse (X0) I ECHO PARA Michael Connelly (Points) A GENOUX Michael Connelly (Seuil) JEUNESSE VISNMS T.1 : NI MEURS PAS U8EUUU Unde Joy Singleton (ADA) PAKHAL T.9 : H.FAUT SAUVER.Maxime Roussy (Marée Haute) RENCONT1IU DE L’ÉTRANGE T.1 Linda Joy Singleton (ADA) PI LE CUIR DU DISEUSES.T.1 Dottl Enderte (ADA) U MASK DU DIADÈME T.1 : U UVRE.John Peel (ADA) LU SECRETS DE L'UNIVERS T.1.CharbonneaiVBilodeau/Villeneuve (ADA) stn 11 : u uvre du orant ££ D.Matrvat / C.Pelletier (Pierre Tieseyre) ¦ ' | K» J FASCINATION Stephenie Meyer (Machette) MEILLEURES ENNEMIU11 Alexa Young (Michel Laton) L'APPRENTI ÉPOUVANTEUR T.4 Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) OUVRAGE GÉNÉRAL MAM6E, PME, AME Elizabeth Gilbert (Calmann-Lévy) LES SECRETS DES SAUCES RÉVÉLÉS Jérôme Ferrer (La Presse) JE N’AURAI PAS LE TEMPS Hubert Reeves (Seuil) IV PASSEPORT QUÉBÉCOIS Collectif (Ulysse) QUÉBEC : QUATRE SIÈCLES D'UNE.Collecllt (Publications du Québec) LE NOUVEAU PETIT ROBERT 2009 Collectif (Robert) NOUVELLE TERRE Eckhart Toile (Ariane) LE SECRET Rhonda Byrne (Un Monde Différent) LES RÉVU DE MON PÈRE Barack Obama (Presses de la Cité) L'ABC DES TRUCS DE MADAME.Louise Robitaille (Publlstar) ANGLOPHONE EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) A NEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) BONUTOASHU Kathy Relchs (Pocket) IV SIMPLE GENIUS David Baldacci (Vision) THE POWER OF NOW : A aiNDE TU.Eckhart Toile (New World Library) STEP ON A CRACK J Patterson/M Ledwidge (Vision) THE WOODS Hartan Coben (Signet Book) THE NAVIGATOR C.Cussler/P Kemprecos (Berkley) THE HOST Stephenie Meyer (little Brown are) Company GOOD IN BED Jennifer Weiner (Atria Hooks) Consultez notre CIRCULAIRE I V À f I.F.I) F V 0 I K , LFS SAMEDI ô ET DI M A .V C H F 6 JUILLET 2 0 Ü 8 Qu’est-ce que l’Occident ?ESSAIS QUÉBÉCOIS Une Nouvelle-France au goût de sel Pour Roger-Pol Droit, il faut penser .ensemble les deux faces, claire et sombre, de la civilisation occidentale Après avoir expliqué les religions et la philosophie à sa fille dans deux solides ouvrages
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