Le devoir, 17 juillet 2004, Cahier B
LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2 0 0 1 CHOI-FM: une décision qui applique la loi Page B 5 PUH-0 fiiM ffiffflO IN Irak : Manille se retire, au grand dam des Américains Page B 3 ©' PERSPECTIVES Deux frères apeurés Vingt ans à se cacher de Saddam et de ses sbires JEAN-PIERRE PERRIN Bagdad — À 40 ans, Ismaël al-Badr al-Kaïssi attend les résut tats de son baccalauréat qu’il vient de passer.Il devait déjà se présenter à l’examen en.1982.Une date maudite: celle qui l’a vu s’emmurer dans la maison familiale du quartier Karada, à Bagdad, s’interdisant à jamais de franchir le seuil de la pièce principale, pour n’en ressortir que l’an passé.Soit 21 ans plus tard- L’histoire remonte à 1980.A cette époque, son oncle, Ali al-Badr, travaille dans le magasin de pneumatiques de son père tout en militant au Dawa al-islamiyya (parti islamiste irakien, matrice de toutes les organisations radicales chiites).Son arrestation entraîne bientôt celle de tous les adultes mâles de la famille, «/’a» perdu mon père, un frère aîné et même ma sœur, appréhendée elle aussi parce que son «Nous étions comme des oiseaux qui viennent de se sauver de leur cage» mari s’était enfui en Iran.Plus six oncles et neuf cousins.Au total, cela fait dix-huit personnes.Toutes exécutées», raconte-t-il.Ismaël a alors 16 ans.Il est trop jeune pour être emmené par la terrible Amn al-Daoulat, l’une des polices secrètes du régime.Mais, deux ans plus tard, il a l’âge qu’elle revienne le chercher.Commence alors sa vie clandestine.Culot incroyable Ismaël partage alors le sort de son frère Saad.D a six ans de plus et se cache déjà depuis 1980.Sans leur mère, qui les a poussés à se planquer, les deux jeunes gens n’auraient pas survécu.C’est elle qui va orchestrer avec un incroyable culot leur dissimulation.Quand la police, qui est à leur recherche, passe à la maison, elle leur fait croire qu’ils ont déjà été arrêtés par un autre service secret — l’Irak en compte cinq sous Saddam Hussein.Mieux, lorsqu’elle se rend à Amn al-Daoulat s’enquérir du sort des autres membres de la famille, elle prend bien soin de demander des nouvelles des deux fils qu’elle cache.Sa ruse est payante.En 1984, elle est appelée à la Sécurité.On lui annonce l’exécution de tous les membres arrêtés de la famille.Sur la liste figurent aussi les noms de Saad et Ismaël.«Nous étions sauvés», dit ce dernier.Nouvelle alerte en 1989.Leur mère est de nouveau convoquée par les services secrets, où l’attendent six responsables.Son subter-fuge semble avoir été éventé puisqu’ils demandent d’emblée: VOIR PAGE B 2: IRAK AKRAM SALEH REUTERS Saddam Hussein a semé la terreur pendant son règne.Le vote des communautés culturelles n’est plus acquis pour aucun parti.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une leçon pour le PLC ?Signe des temps, le parti de Paul Martin devra maintenant courtiser les communautés culturelles CLAIRANDRÉE CAUCHY Une partie du vote des citoyens québécois issus de communautés culturelles a-t-elle glissé entre les doigts du Parti libéral du Canada (PLC), aux dernières élections?Plusieurs députés libéraux montréalais le pensent et le disent depuis une semaine.L’aveu est de taille pour la formation qui compte sur ce vote, qui lui est traditionnellement acquis, pour assurer des victoires aisés dans plusieurs châteaux forts.«Ily a des immigrants de première génération, fâchés contre le PLC, qui sont restés chez eux au lieu de voter contre nous.Cela a eu une incidence claire sur Tîle», explique le nouveau député d’Honoré-Merder et président de la section québécoise du PLC, Pablo Rodriguez.D pense que le Bloc a par ailleurs pu marquer quelques points chez les enfants et petits-enfants d’immigrants: «Souvent, on veut se fondre dans le moule.Si c’est cool et in de voter Bloc, quand on a 18-20 ans, cela peut avoir eu une certaine influence.» Mais attention, comme le Bloc partait de très loin chez l’électorat issu de l’immigration, on ne peut parler de percée, selon le jeune député lui-même d’origine argentine, arrivé au Québec à l’âge de 8 ans.«lis étaient presque à zéro, il est possible qu’ils aient été en chercher une petite partie.• La fonte des majorités libérales dans plusieurs comtés de lie semble accréditer la thèse selon laquelle un nombre important de membres des communautés culturelles ont délaissé le PLC, que ce soit en s’abstenant ou en votant pour le Bloc C’est notamment le cas dans Papineau, Jeanne-Le Ber, Ahuntsic et Outremont La chute est cependant moins marquée dans des comtés un peu plus anglophones, comme Saint-Laurent-Car-tierville et Pierrefonds-Dollard.Une tendance lourde Auteur d’une thèse de doctorat sur le comportement électoral des citoyens issus des communautés culturelles, Pierre Serré ne pense pas qu’il y a eu de grands bouleversements dans cette frange de l’électorat lors de la dernière élection, fl faut plutôt y voir, selon lui, l’expression d’une tendance lourde qui va de pair avec la francisation.«Le comportement électoral des immigrants francophones et francisés, les ‘francotropes’’, comme je les appelle, est tout à fait semblable à celui des autres francophones.C’est la langue qui est le premier déterminant du comportement électoral», souligne M.Serré, chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes de rUQAM.Selon ses recherches basées sur les résultats électoraux antérieurs, lesdits francotropes votent pour des partis souverainistes dans des proportions très similaires aux francophones *de souche», avec un écart de 5 à 7 %.Ainsi, à mesure que le nombre des enfants de la loi 101 en âge de voter s’accroît que les mariages mixtes se multiplient et que de plus en plus d’immigrants francophones arrivent au pays, le Bloc, le Parti québécois et même l’option souverainiste seront appuyés par un électorat de plus en plus diversifié, selon le chercheur.Il évalue que les francotropes représentent de 15 à 20 % de la population de l’île.Environ 40 % des sièges des députés péquistes sur l’île seraient selon lui attribuables à cette partie de l’électorat À la dernière élection, cela peut aussi avoir fait la différence dans certains comtés de banlieue, comme Saint-Lambert « Il y a des OÙ Maka Kotto, comédien d’origine camerounaise, a été élu pour le Bloc québécois, immigrants Si les libéraux sont prompts à avouer , ., que certains membres des communautés de première ethnoculturelles leur ont été infidèles, ils oénératinn soulignent qui! ne faut pas interpréter cela geiierauun, comme une montée de l’option souverainis- fârhée rntitre te- ont souvent quitté des pays en difficulté pour vivre dans un pays stable, démocra-le PLC, qui tique, ouvert sur le monde, on retrouve cela au sein du Canada.Venir ici pour mettre un Sont restés terme au projet canadien et sortir le Québec du Canada, c’est vraiment un pas de géant», Chez eux » croit Pablo Rodriguez.«Attention», réplique Pierre Serré, qui maintient son analyse.Dans l’ensemble de l’électorat les électeurs francophones ne sont pas tous souverainistes, c’est la même chose pour les francotropes.«U n’y a pas significativement plus de mous chez les francotropes», fait-il valoir.Maka Kotto Le nouveau député bloquiste de Saint-Lambert a lui aussi l’impression que le temps fait son œuvre: «Ils [les citoyens issus des communautés culturelles] commencent à s’émanciper d'une certaine captivité, d’un certain carcan.J’en suis intuitivement certain», affirme M.Kotto.E se montre cependant très prudent pour l’interprétation des résultats du dernier scrutin, croyant qu’il est trop tôt pour dire si les corn munautés culturelles ont davantage appuyé le Bloc québécois cette foisci.Ce dernier pense que le message inclusif de sa formation a passé la rampe.«Par le passé, il y a eu des procès d’intention à l’effet que c’est un mouvement ethnocentriste, voire xénophobe, mais la réalité est tout autre.Nul n'a le monopole du racisme et de la xénophobie.On retrouve ce comportement partout», ajoute M.Kotto, qui en a eu la preuve le soir de l’élection, lorsque l’attaché de presse de son adversaire a invité des journalistes à «aller voir le nègre que les gens viennent d'élire».Le nouveau député refuse de se voir comme un symbole d’une possible percée du Bloc au sein des communautés ethnoculturelles: «Personne n’est propriétaire d’un vote», affirme-t-il, tout en souhaitant qu’il y ait davantage de représentants de ces communautés dans les différentes sphères de la société.«Cela refléterait mieux la réalité du Québec moderne.Ce n'est pas seulement une avancée pour le Bloc, mais pour le Québec en entier», poursuit-il.Faire campagne dans les communautés S’il est encore trop tôt pour prendre la mesure de l’appui des communautés culturelles au Bloc québécois, une chose est certaine: le parti souverainiste ne s’est pas contenté de montrer patte blanche pour se dédouaner des procès d’intention, il a aussi mené une campagne de terrain très active auprès des Québécois issus de l’immigration.«Pour la première fois, nous avons eu toute une campagne orientée vers les groupes ethnoculturels.C’est l’aboutissement du cheminement entrepris en 1998 qui commence à porter fruit», renchérit Dominique Olivier, qui était responsable de l’équipe ethnoculturelle du Bloc pendant la campagne.Mme Olivier a coprésidé le chantier du Bloc sur la démocratie et la question identitaire en 1998.C’est à cette époque que la formation a proposé une nouvelle définition de la nation et de la citoyenneté qui considère le peuple québécois dans sa diversité.On reléguait donc à l’histoire la notion des deux peuples fondateurs.VOIR PAGE B 2: PLC LES MAJORITES UBÉRALES DANS CERTAINES CIRCONSCRIPTIONS A FORTE CONCENTRATION EÎHNOCUlTUREllf CIRCONSCRIPTIONS ÉLECTIONS 2000* ÉLECTIONS 2004* Papineau (Pierre Pettigrew) 11168 468 Bouraua (Denis Coderre) 14 063 5133 Outremont (Jean Laplerre) 10 043 2 945 Jeanne-Le Ber (Liza Frulla) 10 091 72 Ahuntsic (Eleni Bakopanoa) 10 626 1214 Honoré-Mercier (Pablo Rodriguez) 13 752 2 762 Saint-Laurent-Cartierville (Stéphane Dion) 26196 20 846 Pierrefonds-Dollard (Bernard Patry) 30 270 22175 LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2004 B 2 ?PERSPECTIVES* Jean Dion C’est même pas vrai En quatrième de couverture d’un essai bien ficelé qu’on nous faisait lire sur les banquettes de science po, on retrouvait le leitmotiv de la collection dont faisait partie le bouquin: *Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde; les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques.» C’est joli, même si ce n’est pas toujours vrai.Prenez par exemple le déséquilibre fiscal, la querelle du bois d’œuvre ou la place de Jean Lapierre dans l’édification du Canada du XXI' siècle: voilà des problèmes politiques, mais je connais plein de gens qui s’en foutent et disent que ce ne sont pas leurs problèmes.Et il faut les comprendre: avec tous les festivals qui enfièvrent notre coin du monde, ils n’ont pas le temps.Être festif, se trouver constamment au cœur de la vraie action, ça occupe.N’empêche, tout est politique de nos jours, jusques et y compris la sauce tomate.Sauce tomate étant entendu ici au sens de l’agrégat santé: concentré de tomates (eau et pâte de tomates) + sirop de mais à haute teneur en fructose + sirop de maïs tout court + vinaigre + sel + oignons déshydratés + épices + saveurs naturelles.Bref, du bon vieux ketchup.Car, depuis trois semaines aux États-Unis, non messieurs-dames ce n’est pas une blague, l’on peut se procurer du ketchup républicain.«Vous ne soutenez pas les démocrates.Pourquoi votre ketchup, lui, le ferait-il?», annonce d’entrée le site de la marque W, «America’s Ketchup».Une allusion toute en subtilité, on l’aura compris même en se prélassant dans un hamac en faisant des efforts pour ne penser à rien un 17 juillet, à Teresa Heinz, héritière de l’empire aux 57 produits et légitime épouse de John Kerry, candidat démo à la présidence des USA Et un calcul tout aussi subtil: une bouteille de ketchup Heinz achetée - du fric dans la poche de Kerry - moins de chances de gagner une élection même en tripotant du bulletin en Floride.Le ketchup W satisfait aux, normes casher et est entièrement fabriqué aux Etats ^vec des ingrédients entièrement ingrédiés aux Etats, y compris la bouteille de plastique et l’étiquette — alors que Heinz exploiterait 57 usines ailleurs dans le monde, dont dans des secteurs où il n’y a pas de démocratie ni de liberté ni de justice ni de McDo qui sert de la bonne salade nutritive full déculpabilisante.Quant au W, on l’aura compris même en quittant son hamac pour aller se confectionner un Harvey Wallbanger en ne pensant toujours à rien, il signifie.Washington.Là ils vous ont bien eus, n’est-ce pas?Vous pensiez que, n’est-ce pas?Selon mes sources qui s’en sont commandé une caisse par Internet — seule façon de s’en procurer pour le moment —, le ketchup W se marie admirablement bien aux freedom fries.On peut aussi en garnir copieusement son hambourgeois, qui ne s’appelle plus hambourgeois depuis que l’Allemagne s’est également opposée à l’intervention pacificatrice en Irak et qui a été rebaptisé «Pittsburgher».Avec une franche de fromage jaune orange mou en extra, c’est divin.D’autant plus qu’il s’agit de la couleur et de la texture exactes de l’alerte au terrorisme actuelle: jaune orange mou mâtiné de rouge ketchup dégoulinant ?Bien entendu, il y a de fortes possibilités que vous ne croyiez pas à ce qui précède (pour vous détromper, visitez plutôt www.wketchup.com et constatez qu'on vous raconte bien plus de mente-ries dans des publications réputées réputées, comme Le Monde ou le New York Times, que dans cet espace modestement consacré au divertissement à risque zéro d’attraper des maladies).C’est d’ailleurs un peu pas mal votre problème: vous ne croyez pas à ce à quoi il faut croire, et vous croyez à ce à quoi il ne faut pas croire.Pour cette raison, vous achetez encore des 6/49 en pensant que vous avez une chance réelle de gagner.Pourtant, il est établi hors de tout doute raisonnable qu’en achetant un billet quatre jours avant le tirage, la probabilité que vous mouriez avant le tirage est plus élevée que celle que vous gagniez le gros lot.Alors que si vous n’achetez pas de billet, le tirage devient totalement étranger à votre destin, .un peu comme la querelle du bois d’œuvre ou la place de Denis Coderre dans la construction d’une nation noble et fière au III' millénaire.et vdus ne courez dès lors aucun risque de ‘crever avant parce qu’il n’y a pas d’avant.Ou alors, prenons cette ténébreuse histoire survenue en France, impossible que vous l’ayez raté même vissé dans votre hamac à vous administrer un cancer de l’UV en aimant mieux penser à autre chose, c’est-à-dire que ce Harvey W — le petit frère du ketchup, sans doute — manque cruellement de vodka.Une femme affirme avoir été victime d’urie agression de nature antisémite de la part de six hommes faisant partie des votes ethniques, le tout dans un wagon du RER (ligne D), un matin, sous le regard regardant dans une autre direction (non-ingérence et indifférence, voilà qui fait entorse à la position française) des autres passagers.Ils lui auraient même dessiné une croix gammée sur le ventre.Aussitôt, la classe politique s'emballe et ses meilleurs rédacteurs de déclarations préfabriquées fouillent daps leurs thésaurus: ignoble, effroi et tout le bataclan.Évidemment, personne en vue ne peut se pointer et dire euh, ben, mettons, on va procéder à de menues vérifications et on se rappelle et on déjeune.Si la nouvelle est apparue sur le fil, c’est qu'elle est vraie, et tout le monde y croit.Vite, vite, toujours plus vite, l’important n’est pas l’exactitude mais la rapidité.Jusque dans la réaction.La presse prend le relais.Et que je me te vous ponde des éditoriaux et des analyses et des thèses.La question juive, l’immigration et les rapports interethniques dans l’Europe postmoderne: contraintes et perspectives.Puis, à 48 ou 72 heures de distance, arrive la suite des choses: canular.La femme avoue avoir tout inventé.Tout le monde s'est fait avoir sur toute la ligne.Le plus drôle étant que, lorsqu’est survenue la nouvelle de la fausse nouvelle, tout le monde y a cru tout de suite.Sans vérifier davantage que la première fois.Sans même’songer un instant que la révélation du canular pouvait elle-même être un canular.On veut savoir vite, mais on n’apprend pas vite.jdionèàiedemir.com KEVIN LAMARQUE REUTERS Déjà en juillet 2003, George W.Bush et Tony Blair ont dû répondre aux questions sur les justifications de l’invasion de l’Irak.f/At Un expert analyse l’échec du renseignement Le fiasco de la CIA et du MI6 sur l’arsenal irakien A Washington et à Londres, les services secrets viennent d’être mis en cause par deux rapports officiels dans l’affaire des armes de .destruction massive (ADM) en Irak.Aux États-Unis, un rapport du Sénat accuse la CIA d’avoir exagéré la menace alors qu’au Royaume-Uni, lord Butler estime que le MI6 a commis de graves erreurs.Dans les deux cas, les responsables politiques sont épargnés.Les «services» sont-ils des boucs émissaires pour protéger George Bush et Tony Blair?L’analyse d’Éric Dené-cé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).Libération.Les services secrets américains et britanniques se sont-ils vraiment trompés sur la ipenace irakienne?Éric Denécé.Moins qu’on ne le croie.Avant l’été 2002, ils n’ont jamais été pris en flagrant délit d’erreur et n’ont cessé de dire aux responsables politiques qu’ils ne possédaient pas de preuves de l’existence d’ADM.Mais, à partir du moment où la Maison-Blanche a décidé d’entrer en guerre contre l’Irak, la pression sur la CIA est devenue considérable car ce qu’elle disait jusqu’alors ne convenait pas à l’équipe des néoconservateurs.C’est un peu la même chose en Grande-Bretagne avec l’équipe de spin doctors de Tony Blair.Comment cela s’est-il passé?De deux manières.D y a d’abord eu la mise en place, en dehors de la CIA de nouveaux bureaux étroitement contrôlés, comme l’Office of Strategie Flans ou l’Office of Strategie Influence.Ils ont produit des synthèses qui allaient dans le sens voulu par le pouvoir.Au sein de la CIA on a vu de jeunes types profiter de l’aubaine en rédigeant les fiches qu’ils pensaient que le pouvoir avait envie de lire! C’est une maison où les querelles internes sont très fortes et qui a profondément évolué depuis la fin de la guerre froide.L’ancienne génération était de culture très européenne, très Nouvelle-Angleterre.Maintenant, on rencontre des gens plus rustres, souvent issus du Sud ou du Texas, et dont la vision du monde est disons, plus limitée.Comment travaillent ces services de renseignement?Il existe de nombreux filtres entre l’agent qui recueille des indices sur le terrain et la note qui arrive sur le bureau du président Au sein de la CIA les indices sont mis en forme par la direction des opérations, qui les transmet à celle du renseignement où les analystes rédigent des synthèses transmises à leur tour au directeur, qui en assume la responsabilité politique.Ensuite, tout cela est remouliné avec ce qui provient des autres agences, comme les écoutes (NSA) ou le renseignement militaire (DIA).Le conditionnel et les prudences que l’on rencontre au début de la chaîne se transforment en affirmations, dans le sens des souhaits du pouvoir.Toujours?Quand on cherche quelque chose, on ne trouve pas autre chose! La manière de poser la question induit en partie le résultat On cherchait des ADM, on a trouvé des indices de leur existence.Dans l’idéal et pour avoir une virion plus équilibrée, il aurait fallu mettre deux équipes au travail en concurrence.L’une cherchant les ADM, l’autre jouant le rôle de l’avocat du diable, cherchant des preuves de leur disparition.Cette affaire va-t-elle laisser des traces dans les relations entre le pouvoir politique et les services?Sans doute, et surtout en Angleterre, où la confiance était très grande.Les «services» risquent d’y perdre une partie de leur âme car ils ont le sentiment d’avoir été totalement instrumentalisés.C’est même la première fois que des démocraties justifient une guerre avec comme argumentaire: nos services de renseignement nous ont dit que.Propos recueillis par Jean-Dominique Merchet Libération Quand on cherche quelque chose, on ne trouve pas autre chose ! f}' Ü \ I \ I SUITE DE LA PAGE B 1 Ce changement dans le discours s’est traduit dans cette élection par une plate-forme spécifique pour les communautés ethnoculturelles, ce que le PLC n’a pas fait.On y traitait notamment des mesures à prendre pour combattre le chômage endémique chez les minorités visibles, des modifications à apporter à la loi antiterrorisme ou des améliorations souhaitables au système de traitement des demandes du statut de réfugié.Le Bloc a aussi mené des opérations de sortie de vote ciblée dans plusieurs comtés de l'île.«Nous avons recruté des gens qui font des appels dans leur communauté.Le PLC fait cela depuis 100 ans», illustre Farouk Karim, qui était responsable de la sortie du vote dans la circonscription d’Outremont.De telles opérations ont aussi été menées dans Papineau et Ahuntsic, où on a fait appel au parrainage de votes.«Chez les noirs francophones, il y a eu des gains réels, chez les arabophones, il y a des gains à faire, ils nous considèrent comme des défenseurs de leurs intérêts, on s’est entre autres battu contre le profilage racial.Dans le cas des latinos, l'appui nejait que s’accroître», constate Mme Olivier.PLC Elle ajoute que les immigrants et leurs descendants ne peuvent plus être considérés comme un bloc homogène.«Il y a plus de jeunes de deuxième génération, ou d’immigrants qui se sont socialisés ici à l’école, qui endossent l’identité québécoise fortement.Us ont tendance à être plus souverainistes», poursuit-elle.A l’inverse, elle constate encore une grande «timidité» chez les aînés.«Même quand ils trouvent les politiques du Bloc intéressantes, il y a une réticence à effectuer une coupure finale avec le Canada.Ils ont peur de l’inconnu, ayant souvent vécu la guerre dans leur pays d’origine.» Vers les prochaines élections Reconnaissant que le PLC a du pain sur la planche dans les prochains mois, Pablo Rodriguez souligne qu’il est naturel pour le parti d’intégrer les communautés dans ses structures et ses orientations.«C’est plus dans nos fibres.Ce n’est pas un exercice politique.C’est quelque chose de spontané chez nous.» L'exécutif québécois de la formation proposera néanmoins, au prochain congrès, la création d’un comité regroupant les membres des communautés culturelles.Le défi est lancé au Bloc québécois, qui devra travailler encore plus fort pour maintenir ses avancées.«H faut éviter d’aller voir les gens une fois et ensuite attendre six mois avant les prochaines élections pour recommencer.C’est un peu ce que les libéraux ont fait.Partout où on passait, on entendait: “Les libéraux nous prennent pour acquis, ils pensent qu’on va toujours voter pour eux, et en 11 ans de règne il y a des problèmes qui ne se sont pas réglés’», fait valoir Farouk Karim, qui s’occupait également des relations avec les médias ethniques pour le Bloc pendant la campagne.Il pense que le Parti québécois n’aura d’autre choix que de s’inspirer de la dernière campagne du Bloc dans le futur.«B y a des élections partielles qui s’en viennent, ce serait une bonne occasion de commencer À Montréal, il y a deux comtés où il y a beaucoup de communautés ethnoculturelles: Laurier-Dorion et Nelligan.» Le candidat bloquiste défait dans Outre-mont, qui milite également au Parti québécois, François Rebello, promet pour sa part d’être à pied d’œuvre dans les prochains mois pour recruter de jeunes leaders issus des communautés culturelles comme candidats péquistes aux prochaines élections.Que ce soit au fédéral ou au provincial, la course au vote des «deuxième et troisième générations» est bel et bien lancée.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 «Où as-tu caché tes deux fils?» La femme pleure, montre la liste des membres exécutés, jusqu’à ce qu'un des six hommes lance: «Peut-être ont-ils été tués lors d'une exécution collective.• Elle ne sera plus jamais inquiétée.Dans la maison de Karada, les années passent toutes identiques.Jamais ils ne doivent parler à voix haute, pousser jusqu’au jardinet ni même jusqu’à la porte d'entrée.«Nous occupions nos journées à lire, à des discussions politiques sans fin et à regarder la télévision», dit Saad.Et à partir de 2002, ils commencent à espérer une hypothétique invarion américaine.En attendant le danger est au cœur de la famille, qui comprend aussi deux sœurs et deux frères cadets.On craint qu’à l'école ils puissent involontairement, les trahir.Aussi Saad et Ismaël vont-ils perdre jusqu’à leur identité: l’habitude est prise de ne plus les appeler par leurs prénoms.Frangin indicateur En 1991, nouveau coup du sort Yasser, l’un IRAK des cadets, âgé à présent de 20 ans, se voit contraint de faire partie des Moukhabarats (une autre branche des services secrets).Chaque soir, les deux fugitifs dînent avec leur frangin indicateur.Puis ce dernier reçoit l’ordre de gagner l'Iran pour tuer un religieux opposant, Sami aLBadr, qui est aussi leur oncle.Encore un subterfuge, cette fois pour sauver Yasser.Lors de son transit par la Jordanie, il attaque à coups de bouteilles un ressortissant du Royaume, ce qui, au regard de la loi jordanienne, lui vaut d'être aussitôt expulsé.À ses supérieurs, il expliquera son acte en prétendant que l'homme a insulté les filles irakiennes.On lui donne raison.Le 9 avril 2003, le régime de Saddam Hussein s’effondre.Mais les deux frères ne se risqueront pas à sortir avant le 16.Cela faisait 23 ans pour Saad et 21 ans pour Ismaël qu’ils n’avaient pas foulé un trottoir.«On l'a fait avec méfiance.Dans les rues, tout omit changé.Nous n’avons reconnu que la mosquée.Nous étions comme des oiseaux qui inennent de se sauver de leur cage.Nous nous sommes aussitôt égarés», raconte Ismaël.Saad ajoute: «Tous nos copains J nous croyaient morts.Quand je les ai revus, je ne les ai pas reconnus.Je n’ai vu que leurs rides.J’étais devenu un étranger.» Aujourd’hui, les deux frères ont repris leur vie là où elle s'était arrêtée.Après son bac, Ismaël veut se marier et faire des études d’ingénieur en aéronautique.Saad, lui, travaille déjà dans une centrale électrique.Si le premier sort désormais chaque jour, le second a plus de mal: «Je préfère rester isolé.Saddam Hussein est encore imprimé dans ma tête.» L’un et l’autre sont impatients d’aller témoigner à son procès et de le voir condamné à mort.«Les Américains disent être venus chercher des armes de destruction massive en Irak.Mais c’est Saddam la bombe atomique.En pire.Si celle d’Hiroshima a fait des milliers de morts, lui a tué des millions de gens et détruit le tissu social de l’Irak.» En attendant, la rue de leur maison, celle qu’ils n’osaient même pas regarder par la fenêtre, vient d’être rebaptisée.Pour porter le nom de leur famille.Libération || § i ê ; t p : P I i ¦ : LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2 0 0 4 H 3 Il y a Crésus et il y a Pinochet L’ex-dictateur chilien a une retraite des plus dorées Santiago — L’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, qui pourrait être jugé au Chili pour «enrichissement illicite», ne possédait qu’une modeste maison et une petite voiture à son arrivée au pouvoir, en 1973.Aujourd’hui, le général Pinochet, âgé de 88 ans, dispose au Chili de 11 propriétés d’une valeur de 825 millions de pesos (1,3 million de dollars), selon des informations de la société privée Dicom, auxquelles l’AFP a eu accès, et son épouse, Lucia Hiriart, possède également des biens sous son nom.Si le rapport du Sénat américain diffusé jeudi s’avérait, sa fortune s’enrichirait de comptes bancaires aux Etats-Unis où auraient été déposés de quatre à huit millions de dollars.Au Chili, son patrimoine inclut deux appartements à Vina del Mar, une résidence à Iquique (nord), un terrain avec maison à El Melocoton, au sud-ouest de Santiago, et une résidence luxueuse dans la banlieue résidentielle de La Dehesa.Pinochet détient aussi une belle villa de repos à Los Boldos, à 120 km à l'ouest de Santiago, dans la localité côtière de Bucalemu où il se rend pendant l’été et les fins de semaine depuis son retrait de la vie publique, en juillet 2002.A cette époque, il renonça à son poste de sénateur à rie, peu après que la Cour suprême eut suspendu un procès contre lui pour des assassinats et des disparitions pendant la dictature, en estimant qu’il était atteint d’une démence modérée l’empêchant de se défendre.Ses cinq enfants ont aussi accumulé des biens conséquents: sa fille aînée Lucia, 59 ans, détient six propriétés déclarées pour 500 000 dollars, alors que Veronica Pinochet est à la tête de quatre biens d’une valeur de 270 000 dollars.Les trois autres descendants de l’ex-dictateur, Augusto, Jaqueline et Antonia, ont déclaré des avoirs d’un montant inférieur.Ris d’un modeste agent des douanes, Pinochet avait 58 ans quand il devint commandant en chef de l’armée de terre le 23 apût 1973, trois semaines avant de fomenter un coup d’Etat contre le président socialiste, Salvador Allende.Jusqu’à cette date, ü rivait dans une modeste maison du sud de Santiago, comme la majorité des généraux de l’époque, selon un reportage publié par la revue Analisis en novembre 1989.L’une des premières décisions qu’il prit en arrivant au pouvoir fut d’acheter un tombeau familial au cimetière de Santiago.Agence France-Presse CARLOS BARRIA REUTERS Augusto Pinochet, en septembre dernier.EN BREF Al-Qaïda menace l’Italie Dubai’— Un site Internet islamiste a attribué au réseau terroriste aLQaida un communiqué menaçant l’Italie d’un «bainde sang similaire à celui dull septembre» 2001 aux Etats-Unis si les Italiens ne chassent pas du pouvoir le premier ministre Silvio Berlusconi.«Ou bien vous vous débarrassez de Berlusconi l’incompétent ou bien nous brûlerons effectivement l’Italie [.] Un bain de sang similaire à celui du 11 septembre vous attend», avertit le texte, signé des «Brigades d’Abou Hafs aLMasri», publié sur le site http://wum ansamet.ws/vb et dont l'authenticité n’a pu être vérifiée immédiatement Abou Hafs aLMasri, chef des opérations militaires d’aLQaida, a été tué durant les opérationsde l’armée américaine en Afghanistan en 2001.Le groupe qui porte son nom avait revendiqué les attentats perpétrés le 11 mars à Madrid, ainsi que ceux commis en novembre 2003 contre deux synagogues à Istanbul et en août contre le quartier général de l’ONU à Bagdad.-AFP Le procès Milosevic reporté Amsterdam — Le procès pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide de l’anden président yougoslave, Slobodan Milosevic, devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye a été reporté au 31 août en raison de l’état de santé de l’accusé, a annoncé hier le porte-parole du tribunal Le procès aurait dû reprendre lundi, après quatre reports précédents, mais un nouveau bilan médical indique que la tension artérielle de Slobodan Milosevic reste trop élevée, a précisé Jim Landale.Les débats ne reprendront que le 31 août, le TPI prenant ses quartiers d’été du 2 au 20 août Slobodan Milosevic est jugé depuis février 2002 pour répondre à 66 chefs d’accusation de crimes de guerre pour son rôle dans les guerres des Balkans ayant éclaté dans les années 1990.-AP Darfour: 200 morts par jour Genève — L’Organisation mondiale de la santé (OMS) craint de voir bientôt des taux de mortalité de 350 personnes par jour dans les camps de réfugiés au Darfour, à moins que la situation dans ces camps ne s'améliore d’id le début de la saison des pluies.Un million de Soudanais noirs, sur les 1,2 million de déplacés de la région, chassés par les exactions des milices arabes, vivent dans ces camps du Darfour, où la mortalité serait actuellement de 200 par jour, selon les estimations du docteur David Nabarro, responsable des opérations de crise à l’OMS.Si ce chiffre est inférieur à ceux de mars, qui atteignaient 300 à 700 morts par jour, il reste de 20 fois supérieur à la mortalité normale dans un pays en développement, ajoute Nabarro.Selon lui, quelque 50 000 personnes sont mortes, ces derniers six mois, de maladies liées aux mauvaises conditions d’hygiène et de nutrition dans les camps de réfugiés du Darfour.-AP TROÙ Demandez et vous serez servis, ROMEO RANOCO REUTERS Conflit irakien Manille se retire au grand dam des Américains Washington craint la sortie d’autres pays Bagdad — Les Philippines ontcom-mencé hier, au grand dam des Américains, à rapatrier leur petit contingent déployé en Irak afin que leur ressortissant pris en otage ait la vie sauve, alors qu’un corps décapité retrouvé dans le Tigre pourrait être celui d’un otage bulgare.Dix membres du contingent humanitaire philippin ont «entamé leur voyage» pour quitter l’Irak via le Koweït, selon les Philippines, qui cèdent ainsi à un ultimatum lancé par les ravisseurs d’un conducteur de poids lourd, père de huit enfants.La cinquantaine de soldats et de policiers philippins déployés en Irak devaient initialement quitter le pays le 20 août Les ravisseurs attendent que le dernier d’entre eux soit parti pour relâcher Ange-lp de la Cruz, 46 ans.Accusées par les Etats-Unis de donner le mauvais exemple et de compliquer la situation, les Philippines sont le premier pays de la coalition à se retirer sous la pression de preneurs d’otages.Elles passaient jusqu’à présent pour l’un des plus fervents alliés des Etats-Unis en Asie du Sud-Est La décision de Manille, d’un effet infime sur le plan militaire, fait néanmoins redouter aux responsables américains que d’autres pays prennent le chemin de la sortie et met en relief la gravité de la situation sécuritaire en Irak.La Bulgarie, malgré la menace de voir deux de ses ressortissants décapités par le groupe Tawhid wal Jihad (Unification et guerre sainte) du terroriste jordanien Abou Moussab aL Zarqaoui, a, elle, décidé de maintenir son contingent de 470 soldats.Washington s’en est félicité.Mais l’inquiétude se fait vive pour les deux chauffeurs bulgares âgés de 30 et 32 ans, et le ministre bulgare des Affaires étrangères, Solomon Passi, n’a pas caché son pessimisme.Des sources militaires américaines ont révélé jeudi soir que la police irakienne avait découvert dans le Tigre, à environ 200 km au nord de Bagdad, un corps sans tête qui pourrait être celui d’un des Bulgares, dont la décapitation avait été annoncée mardi par la chaîne de télévision al-Jazira.Le corps, revêtu d’une combinaison orange, a été remis aux Américains.Les autorités irakiennes et bulgares tentent de l’identifier.Selon le directeur du service de renseignement bulgare, le colonel Kirtcho Kirov, une source d’information autre qu’al-Jazira a indiqué que le Bulgare Gueorgui Lazov, 30 ans, avait été tué.Al-Jazira avait dit avoir reçu une bande vidéo montrant la décapitation d’un Bulgare et menaçant de tuer le second si l’armée américaine ne libérait pas dans les 24 heures les prisonniers irakiens qu’elle détient ¦ De son côté, la Thaïlande a annoncé hier que le retrait de son contingent de quelque 450 soldats à Kerbala (centre de l’Irak) avait commencé au début juillet et serait terminé le 20 septembre.Elle avait prévenu à plusieurs reprises que, en raison de l’insécurité, elle ne prolongerait pas cette mission humani- taire commencée en septembre 2003.Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, avait pourtant demandé mardi au premier ministre thaïlandais, Thaksin Shi-nawatra, de maintenir ses soldats en Irak Le parlement du Salvador a, lui, approuvé dans la nuit de jeudi à hier l’envoi pour un an d’un nouveau contingent d'élite en Irak, selon des sources parlementaires.La résolution ne précise pas le nombre exact de militaires.Avec 374 soldats actuellement déployés, le Salvador est le seul pays latino-américain à maintenir des troupes en Irak, après les départs successifs du Nicaragua, du Honduras et de la République dominicaine dans le sillage du retrait de l’Espagne en avril.Trois cent quatre-vingts Salvadoriens sont prêts à partir au début août pour prendre la relève de leurs collègues, selon le haut commandement de l’armée.Interrogé dans le Wall Street Journal d’hier, le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, John Kerry, a déclaré que, s’il était élu, il n’envisagerait le retrait des troupes américaines qu’une fois l’Irak stabilisé.Lors de la prière du vendredi, un religieux sunnite très respecté dans la ville de Ramadi, à 100 km à l’ouest de Bagdad, a appçlé au djihad (guerre sainte) contre les Etats-Unis et menacé de transformer Ramadi en «cimetière pour les soldats américains».Agence France-Presse Le chaos s’installe progressivement Série d’enlèvements à Gaza ADEL ZAANOUN Gaza — Quatre Français ont été enlevés hier par des hommes armés, dans le sud de la bande de Gaza, puis deux été relâchés, dans la troisième opération du genre ayant touché ce territoire en l’espace de quelques heures.Le colonel palestinien Khaled Abou al-Oula, un des responsables de la commission de liaison avec l’armée israélienne, a également été enlevé à Khan You-nès par des subordonnés qui entendent ainsi protester contre leur licenciement selon des sources sécuritaires palestiniennes.D était toujours retenu par ses ravisseurs.Les enlèvements des ressortissants français et du colonel palestinien se sont déroulés quelques heures après la libération du chef de la police palestinienne, le général Ghazi al-Jabali, pris en otage pendant quatre heures par des hommes armés qui l’accusent de «corruption».Face à cette situation, deux hauts responsables des services de sécurité palestiniens ont présenté leur démission au président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, selon un responsable des services de sécurité palestiniens.Les quatre ressortissants français, deux hommes et deux femmes, participaient à des travaux de réfection des réseaux électrique et d’adduction d’eau dans le camp de réfugiés de Khaq You-nès, selon des sources palestiniennes.À Paris, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que quatre Français travaillant pour des organisa- REUTEJfS Ghazi al-Jabali, chef de la police palestinienne, enlevé puis relâché.lions non gouvernementales dans la bande de Gaza avaient été enlevés.Les Français ont été enlevés pendant qu’ils se trouvaient dans un café.Les ravisseurs les ont retenus prisonniers dans les locaux du Croissant-Rouge palestinien dans cette ville.Selon des responsables palestiniens, les ravisseurs ont été récemment licenciés de différents services de sécurité auxquels ils appartenaient Ils exigent d’être réintégrés dans leur poste.Plus tôt dans la journée, le chef de la police pour les territoires palestiniens, le général Ghazi al-Jabali, avait été enlevé pendant quatre heures par un groupe palestinien l’accusant de «corruption», selon des responsables des services de sécurité palestiniens.Le général al-Jabali a été libéré à la suite de négociations entre les membres des Brigades des martyrs de Djénine, qui le détenaient dans le camp de réfugiés d’al-Boureij (sud de la bande de Gaza), et des responsables palestiniens.Ce groupe fait partie des Comités de résistance populaire, dont les membres sont d’anciens militants du Fatah, de M.Arafat Pour marquer leur inquiétude, le général Amin Hindi, chef des services de renseignement, et Rachid Abou Chbek, chef de la sécurité préventive pour les territoires palestiniens, ont rédigé une lettre de démission adressée à M.Arafat en expliquant que la «situation est devenue intolérable après ce qui s’est passé durant la journée» dans la bande de Gaza.Tous ces enlèvements sont survenus trois jours après les très vives critiques adressées parTerje Roed-Larsen, envoyé spécial de l'ONU dans les territoires palestiniens, contre Yasser Arafat M.Roed-Larsen a ainsi affirmé devant le Conseil de sécurité des Nations unies que la situation dans les territoires palestiniens «tourne progressivement au chaos» et que M.Arafat affiche «un manque de volonté politique» pour réformer le gouvernement Agence France-Presse Partielles britanniques «libDem» Les libéraux-démocrates ont le vent en poupe AGNÈS-CATHERINE I» O l R1E R Londres — Les élections par-tieDes tenues jeudi dans les circonscriptions de Leicester South et Birmingham Hodge Hill, en Grande-Bretagne, ont confirmé l'érosion du vote travailliste, le désamour de l’électorat pour les tories et surtout la force du vote libéral.En effet, après la montée en puissance des libéraux-démocrates aux élections locales et européennes de juin, leur victoire à Leicester et tour très bon résultat, en deuxième position, à Birmingham, dpnnent des ailes à leur patron, l'Ecossais Charles Kennedy.Seul à s’être prononcé contre la guerre en Irak dès l’automne 2002, le chef de file des «Lib Dem» récolte les fruits de son opposition aux va-t-en-guerre, Tony Blair et Michael Howard, le leader conservateur.Lors des campagnes électorales de juin et de juillet, l’accent n’a pas été mis sur des préoccupations locales, mais bien sur la pierre en Irak.Au lendemain du rapport Butler condamnant les «graves défaillances» des services de renseignement et mettant en cause «le style de gouvernement» de Blair, et à la veille de l’anniversaire de la mort de David Kelly, expert en armements, qui ravive la tension au sujet de l'entrée en pierre, il semble que les électeurs aient choisi de sanctionner la politique de Blair en Irak.Car, si le New Labour se maintient de justesse à la tète de Birmin-gham-Hodge Hill, il a perdu du terrain face aux «Lib Dem».Seuls 460 votes les séparent Ce qui fait dire à Kennedy: «Le Parti travailliste est en train de perdre son électorat non au profit des conservateurs, mais à celui des libéraux-démocrates».Si la tendance se confirme, les «lib Dem» pourraient remplacer les conservateurs en deuxième position sur l’échiquier politique.Une révolution, puisque le dernier premier ministre libéral a été Lloyd George en.1918.Côté travailliste, on se montre pourtant satisfait Les observateurs s’attendaient en effet à ce qu’ils perdent les deux circonscriptions.Nick Assinder, de la BBC, analyse: «Ce n'est pas le cauchemar tant redouté.Ces élections apportent même une très bonne nouvelle pour les travaillistes: le désastre continue pour les conservateurs.Cependant, si Blair a évité le pire, le plus dur reste à venir.Les électeurs semblent en effet résolus à lui trouver une solution de rechange politique.» Libération Juppé tire sa révérence Paris — «Je quitte aujourd’hui mes fonctions de président de notre UMP»: c’est dans un courrier adressé hier aux militants de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) qu’Alain Juppé, poursuivi par ses ennuis judiciaires, a annoncé son départ de la tête du parti chiraquien pour se consacrer à sa défense.Ce retrait lance la guerre pour sa succession, alors que la tension est à son comble entre le président français, Jacques Chirac, et le ministre de l’Économie, Nicolas Sarkozy.•Comme je l’avais annoncé, je quitte aujourd'hui mes fonctions de président de notre UMP», a-t-il confirmé dans cette lettre signée de sa main.«Je m’éloigne aujourd'hui de la vie politique pour faire la paix en moi-même après la tourmente que je viens de traverser», explique-t-il, assumant ses «erreurs» et les «échecs» des élections régionales et européennes.L'ancien premier ministre a été condamné, le 30 janvier, à 18 mois de prison avec sursis et à 10 ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs de l'ex-RPR II était poursuivi pour «prise illégale d’intérêt», pour avoir couvert la rémunération, par la Ville de Paris, de sept personnes travaillant en réalité pour le RPR S’il quitte l'UMP pour préparer sa défense, il ne cédera ses mandats de maire de Bordeaux et de député de la Gironde que si ce jugement est confirmé par la cour d’appel de Versailles, qui le rejugera du 13 au 29 octobre.Avec la semi-retraite de celui que Jacques Chirac avait baptisé le «meilleur d'entre nous» et en qui il voyait son dauphin naturel, c’est une page de la Chira-quie qui se tourne.Associated Press » B 4 LE DEVOIR.LES-SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2004 H1 D I T 0 R I A L Incohérence Le CRTC se sera fait remarquer cette semaine par un activisme inhabituel.Mais si la décision sur CHOI-FTM s’imposait, celle qui autorise sous réserves la diffusion d’al-Jazira relève d’une approche byzantine qui ne crée que des incertitudes.On aurait pu trancher le dossier autrement 0 Josée Boileau n dit d’al-Jazira que c’est le CNN du monde arabe.C’est une figure de style: la chaîne a beau avoir marqué un tournant dans le journalisme arabe, elle ne répond pas encore aux critères occidentaux de traitement de l’information.Comme l’explique bien le spécialiste du Moyen-Orient Sami Aoun, de l'Université de Sherbrooke, al-Jazira est davantage une chaîne d’opinion que d’information et les reproches d’antisémitisme qui lui sont lancés ne sont pas surfaits.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a bien compris la place de premier plan qu’occupe aujourd’hui la chaîne, tout en mesurant à quel point la réception ici de propos outranciers, même en tenant compte du contexte politique explosif du Moyen-Orient, n’a pas sa place dans une société qui assure à chacun un minimum de respect.Néanmoins, en dépit de vives critiques, le CRTC a refusé, avec justesse, de démoniser al-Jazira.Comme le note l’organisme, les propos les plus choquants datent de quelques années.Depuis, la programmation et la liste des invités se sont diversifiées et de vrais efforts sont faits pour répondre aux normes journalistiques reconnues (dont l’adoption d’un code de déontologie cette semaine), ce que des prix importants ont souligné.Diffuser la chaîne ici est donc légitime, elle qui est actuellement cantonnée à la réception par satellite — une pratique illégale au Canada «Toutefois, cette décision ne suffit pas à elle seule à décharger de ses responsabilités le Conseil», poursuit le CRTC.qui s’empresse de faire exactement le contraire.Pour surveiller cet al-Jazira si particulier, aux distributeurs de sévir! Ceux-ci n’ont jamais eu un tel rôle dans le passé et le CRTC ne leur donne aucune balise, mais qu’importe.Pire encore, «la façon dont les EDR [entreprise de distribution de radiodiffusion] assumeront leur responsabilité dépendra en premier lieu d’elles seules, souligne la décision.Le Conseil ne trouverait pas nécessairement déraisonnable de voir différentes titulaires d’EDR exercer cette responsabilité de différentes manières.Certaines pourraient être plus proactives que d’autres.» Bref, Vancouver ou Montréal, ce ne sera pas du tout le même combat! Les distributeurs ont frémi devant un mandat aussi lourd que vague.On les comprend d’autant mieux que le CRTC n’est même pas conscient de l’ampleur de ce qu’il leur demande.«Le Conseil, dit encore la décision, estime que ce fardeau ne sera pas trop lourd bien qu’il soit difficile d’en évaluer la portée avant même que le service ne soit distribué.» En entrevue, le président du CRTC, Charles Dalfen, proposait d’user d’un mécanisme de délais pour juger de la diffusion ou non de propos entendus sur la chaîne.Le premier obstacle, c’est évidemment la nécessité pour chaque distributeur d’avoir en poste un employé de langue arabe qui sera en mesure d’exercer un tel jugement Mais la vraie incohérence, c’est que ce mécanisme a été refusé dans le dossier de CHOI-FM, qui avait offert (en traînant les pieds.) d’y avoir recours.Or le CRTC constatait que le délai de huit secondes proposé «ne servirait qu'à supprimer quelques mots considérés comme vulgaires ici et là.Cette solution ne saurait être efficace dans le cas de longs passages problématiques».Cette logique s’applique aussi aux distributeurs, qui, même en disposant de huit minutes ou de huit heures, ne pourront faire plus que du découpage arbitraire de propos.La démarche est odieuse et impossible à appliquer.Curieusement, le CRTC aurait pu opter pour une formule bien connue en sol canadien: autoriser un seul réseau à diffuser certaines émissions d’al-Jazira, un peu sur le modèle de TV-5 qui donne accès à des émissions d’Antenne 2 ou de FR3, mais pas à toute leur programmation.C’est d’ailleurs le fondement de la bataille autour de la RAI, cette chaîne italienne réclamée à hauts cris par la communauté italoquébécoise mais qui vient d’être rejetée par le CRTC.Pourquoi?Parce qu’une large partie de la programmation de la célèbre chaîne italienne est accessible par l’entremise de Telelatino, un service qui offre, comme TV5, à la fois des émissions étrangères et d’autres conçues id.C’est l’approche à privilégier, a martelé le CRTC, à bon droit, dans sa dédsioa Or, dans le cas d'al-Jazira, le réseau arabo-canadien ATN s’est dit prêt à distribuer la chaîne.Il y aurait eu là un interlocuteur, avec des responsabilités précises, qui aurait été en mesure d’exercer un choix éclairé sur les émissions à présenter.Le CRTC a pris note de cette possibilité, sans en disposer.C’est là un manque de jugement et de cohérence.On attend plus d’un organisme en butte à tous ceux qui, bien superficiellement, le vouent actuellement aux gémonies.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l'information JULES RICHER Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE il PRoCHAiN £l'P BtNtAK* DiftAtoAiS, L'Cffft&SÇiON * ÇATAN AlwÇR'CANû-fiaNisT^’ t$T Banni £ VI Nos ONPfS • Au ILS Canada, ÇTAÎi«nS PC?VI RADio fini* MOivÇ dut CA./ Al ! JA*iM iStnc W h A =3 ûAtvwrf Vive la liberté ! C’est une grande victoire pour la liberté que cette fermeture de CHOl ordonnée par le CRTC.Pour la liberté, pour des milliers de d-toyens dvilisés et silencieux, de pouvoir vivre en paix à l’abri de la guerre des mots, des agressions verbales, de la démagogie détonnante, des vomissures orales.La liberté qu’eux réclament, Demers, Pillion et de, c’est celle d’écœurer: tout le monde et n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment.C’est notre Radio-La-Haine, comme RTLM au Rwanda.On n’est pas obligés d’endurer ça.Ce n’est pas de la censure qu’a exercée le CRTC, c’est du courage, celui de mettre ses culottes et de prendre parti pour les citoyens de bon sens (ça existe) à l’encontre des abu-seurs du système (ça existe aussi).Comme tout citoyen responsable qui ose empêcher (verbalement) un autre de laisser son chieh chier partout.Aux vierges offensées par la prétendue censure de la liberté d’expression, sachez qu’on a bien plus de problèmes avec la concentration des médias, le biais du choix des nouvelles et de leur présentation, partielle et partiale, qu’avec une telle prétendue censure, publique, explicite et transparente: Si vraiment Cenex et Patrice Demers veulent causer de liberté, qu’ils se constituent en OSBL et, après s’être payé des salaires simplement généreux et raisonnables, qu’ils transforment leurs plantureux gains de capital (de deux millions en 1997 à 25 millions aujourd’hui) en promotion et en soutien de la presse indépendante et LIBRE.Merci de votre attention.Normand Lemyre Lévis LETTRES -?- Deux cas de censure bien différents.Deux cas de «censure» ont lieu simultanément, mais ils sont bien différents.L’un consiste à sanctionner les graves injures diffusées par la radio CHOI-FM, à Québec.Dans l’autre, on se prépare à éliminer l’information sociale et politique de tout un réseau (CKAC, etc.) Le premier est le fait d’un organisme public, bien encadré par la loi, le CRTC: il a été précédé de multiples avertissements.Cette action correspond à l’esprit de la Charte des droits et libertés puisqu’elle vise à nous débarrasser de graves incitations à la haine.Le deuxième est le fait d’une entreprise privée qui ne cherche que son bénéfice.C’est donc le pouvoir de l’argent, qui, n’ayant à rendre de compte à personne, décide de supprimer un accès à l’information, simple mais bien faite, pour des milliers de personnes.Je regrette que les médias fassent plus de bruit autour de la fermeture de cette radio qui salit Québec que de la suppression de tout un réseau d’information.Je déplore que certains soi-disant «défenseurs de la liberté d’expression» tentent de culpabiliser les victimes des excès de CHOI-FM en leur reprochant de ne pas avoir fait appel aux tribunaux.La fillette handicapée accusée de «chier par les deux bouts» pouvait-elle se défendre?Ces zélés «défenseurs» sont bien peu actifs pour s’attaquer à la très grave censure du pouvoir de l’argent Je félicite le CRTC d’avoir eu le courage de ses opinions, d’avoir pris fait et cause pour les «petits», c’est-à-dire ceux qui n’ont pas la puissance des ondes, ceux qui n’ont pas les moyens de traîner la triste radio devant les tribunaux.Chantal Malien Saint-Placide, 14 juillet 2004 Ma cabane au Sanctuaire Quand la Cour suprême a parlé, faut-il obligatoirement prendre son trou?Se la fermer bien net?A-t-on seulement le droit, derrière ses rideaux bien tirés, de protester in petto?Je ne sais pas.1 Peut-on se permettre de penser — tout haut ou tout bas — que, au nom de la Charte des droits, on ne peut pas prendre toutes les libertés?Le murmure des lamentations, chez les perdants, est-il interdit?Je ne sais pas, mais je plonge.sans préjudice! J’ose, car à un certain âge, quand on n’aspire plus à devenir maire, député, voire lieutenant-gouverneur, quand on n’a jamais porté par insolence une croix gammée sur un sarrau, peut-on exprimer doléances et désapprobation sans être forcé ensuite de crier, à genoux, «pardon mononcle»?Vais-je m’attirer les foudres des «bien-pensants ou des pensants à leurs biens», me faire taxer d’antisémitisme et encourir les oukases du Congrès juif ou autres grands inquisiteurs en demandant bien humblement si, au nom de la liberté de religion, on peut agir impunément au sein de communautés laïques?Après les cabanes à prières désormais autorisées à fleurir tout «plywood* dehors sur les balcons du Sanctuaire, faudra-t-il tolérer, encourager ou brimer les droits des tenants d’un autre culte qui pourront, éventuellement, exiger d’égorger, sur leur balcon, un mouton sacrificiel?Rolande Allard-Lacerte Montréal, le 4 juillet 2004 LIBRE OPINION —?- La gauche et la proportionnelle : une alliance discutable ?YVAN SAINT-PIERRE Économiste de la santé au Centre universitaire de santé McGill et doctorant de philosophie à l’Université du Québec à Montréal Où diable la gauche canadienne et québécoise trouve-t-elle, dans la représentation proportionnelle, une amélioration de notre vie démocratique?Deux arguments doivent jeter de sérieux doutes sur une telle réforme, liés pour l’un à la conception de la solidarité sociale que met en jeu le processus démocratique, et pour l’autre à notre res-ppnsabilité collective face à la gouverne, surtout si l’Etat doit jouer un rôle important dans nos vies.Bien sûr, le faible taux de participation, les tensions interrégionales, la représentation tronquée des femmes et des groupes marginalisés sont de vrais problèmes, que dénoncent avec raison les défenseurs de la proportionnelle, mais rien ici n’est lié de manière essentielle au processus électoral.Le discrédit de l’Etat est dans Tair du temps, les inégalités régionales comme la faiblesse des règles de candidature électorale vont de pair avec un tout-au-marché, au plus fort la poche, où les votes ne pèsent pas lourd indépendamment du mode de scrutin.On ne peut ainsi espérer de guérison de la maladie par simple engineering procédurier, même si on peut en cacher quelques symptômes.Et c’est sans compter la dispersion d’énergie conséquente, dont le renouveau de la gauche pourrait décidément se passer.Coût démocratique Mais c’est au coût démocratique de la proportionnelle que je m’intéresse ici.On ne peut d’abord sou-tenir qu’un-e élu-e contre lequel votent deux tiers des électeurs est moins leur représentant légitime, à défaut pour ceux-ci d’avoir choisi autrement ensemble.Le tiers gagnant a trouvé, au contraire, les compromis nécessaires pour s’assurer le plus large consensus et ne doit rien à quiconque refiise de mettre assez d’eau dans son vin pour s'entendre avec autrui.Or on voudrait cautionner le vide de responsabilité citoyenne d’une pseudo-majorité déçue en favorisant un atomisme politique encore plus déresponsabilisant, une démocratie à la carte où l’on n’est solidaires que de ceux qui pensent, voire qui sont, comme nous.Mais quelle solidarité peut s’autoriser d’un tel repli sur soi?Si on s’inquiète de l’atomisation des projets politiques, peut-on du même souffle en réclamer la caution par le biais de la proportionnelle?Rus encore, allonger le menu politique pour satisfaire les plus difficiles joue encore le jeu des puissants: pourquoi diviser pour régner, une fois l’éclate ment consommé au nom de la représentation identitaire?Verra-t-on, pendant ce temps, la Grande Entre prise se diviser?Nenni.Ce qu'exige la vraie dénie cratie, au contraire du repli sur le privé, c’est le travail difficile et complexe de la discussion et de l’argumentation publiques, que stimuleraient, bien avant le bricolage électoral, une taxation systématique du matraquage publicitaire, qui nous pollue l’esprit sans compensation, et le financement adéquat de médias véritablement publics.Avec de vrais débats viendraient une participation, une représentation, une gouvernance enfin vraiment démocratiques.Rêvons, rêvons.Viser Pefficacité Mais qu’espérons-nous aussi, seconde difficulté, de ce que d’autres fassent les compromis néces- saires, quand l’élection sera terminée et qu’il faudra négocier une coalition?Quelle valeur s'ajoute à mon vote si les compromissions des minorités éclairées équivalent tout à fait aux promesses non tenues des gouvernements élus au scrutin traditionnel?Aucune, à ceci près, pour nos écorchés de la vie publique, que des «conséquences électorales imprévisibles» prendront maintenant le relais de l’incompétence ou de la malhonnêteté.C’est ce qu’on appelle le gouvernement plus consensuel des pays avec la proportionnelle: des chapelles sans trop de débats internes dont les élites s'entendent de manière toute oecuménique pour garder la critique au loin.Ne voilà-t-il pas qui justifie le cynisme politique, comme on dit en anglais, •with a vengeance»?Le problème de la gouverne va plus loin: une politique saine ne s'érige pas sur des raboudinages et des mesures à la pièce.L’efficacité est en cause ici sans doute, mais il s’agit d’abord et avant tout du droit et bien sûr du devoir, de chaque citoyen et de chaque citoyenne de promouvoir et d'appuyer, au moyen des élections, des plates-formes cohérentes, réfléchies par eux et elles, sans crainte qu’on les charcute au nom d'une collection d'intérêts disparates, dont la somme aura fait pencher la balance après coup.Une gouvernance cohérente est préférable pas seulement parce qu'elle est efficace, mais encore plus en démocratie parce qu’il est plus responsable de viser aussi l'efficacité et qu'il est bon de fonder la liberté sur la responsabilité politique.Le gaspillage, on le sait, ne sert personne, et jamais les plus démunis.Mais alors, pourquoi la gauche appuie-t-elle la représentation proportionnelle, au prix d’une atomisation et d’un élitisme qui jurent avec ses valeurs fonda- mentales?Qu’elle n’espère plus guère qu’une participation minoritaire à une coalition gouvernementale, histoire de jouer à la bonne conscience des grands, voijà qui serait déjà fort désolant Etant membre ou sympathisant de plusieurs organisations de gauche, je comprends l’impatience d’entendre au Pariement des idées trop longtemps laissées hors de portée du pouvoir.Mais l'intérêt électoral ne peut justifier ce qui relève, j’en ai bien peur, d’un populisme que la gauche doit rejeter au nom de ses convictions.Devant un électorat encore globalement au centre et qui reste à convaincre, il faut bien l'admettre, du caractère illusoire des promesses néolibérales, est-il acceptable de se poser en défenseur des majorités perdantes, selon les règles actuelles, parce qu’incapables de s’entendre de manière responsable?D faut arrêter, au contraire, d’en appeler à des instincts déçus et qui méritent de l’être, impuissants qu’ils sont à générer de réels consensus.La population est cynique?Soit.Mais quand fait-elle son examen de conscience et qui l’y aidera?Les médias à la solde d'intérêts qui n’épousent la démocratie qu’à la mesure de l’avantage qu’Us en tirent?Les démagogues qui encouragent l’irresponsabilité politique et le cocooning intellectuel?Si les progressistes veulent une société plus juste et collectivement responsable, ils ne peuvent faire de nous des victimes du système, électoral ou autrement.L’appel à la proportionnelle cache en ce sens une duplicité tout à fait répréhensible.Réunir une coalition plus grande que les autres, voilà ce qu’il faut Le reste, poutine électorale incluse, c'est j’en ai bien peur, de la poudre aux yeux de ceux et cefles qui ont d’abord le droit qu'on les respecte. LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2 0 0 1 B 5 DEES Le CRTC face à CHOI-FM Une décision qui applique la loi PIERRE TRUDEL Professeur de droit de l’information, Centre de recherche en droit public, faculté de droit.Université de Montréal ;i a décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de ne pas renouveler la licence de CHOI-FM a été prise, est-il besoin de le rappeler, après une audience où le dossier de la station fut soigneusement passé au crible.Dans de telles affaires, le CRTC prend des précautions qui ressemblent à celles d’un tribunal.Dans sa décision, le CRTC avait à décider si l’entreprise avait respecté les conditions qui sont imposées à toutes les stations de radio.Il est navrant de voir tant de gens des médias afficher une réaction aussi épidermique envers ce qui est simplement la conséquence logique de la réglementation sous-tendant l’ensemble de la radio et de la télévision: un système qui fait notre fierté.En attaquant le CRTC, au point de décréter qu’il n’a plus sa raison d’être, on sape la légitimité d’un système qui assure un équilibre certes perfectible, mais préférable au Far-West qui résulterait de son abolition.On peut être troublé par la décision et ses conséquences, mais on ne peut ignorer que le CRTC applique ici la loi.Conclut-on à la nécessité d’abolir les tribunaux lorsqu’une décision qu’on réprouve est rendue par un juge dans un cas particulier?La réglementation de la radiodiffusion est un ensemble: on ne peut sélectivement l’accepter lorsqu’elle nous convient et en rejeter les logiques essentielles lorsque vient le temps de tirer les conséquences des comportements délibérés d’entrq-prises gérées par des personnes responsables.A cet égard, la radiodiffusion n’est pas différente des autres entreprises réglementées.Essayez de faire du taxi en faisant fi des règlements qui s’appliquent à cette industrie: on vous sanctionnera, mais les voix sanglotantes se feront alors rares pour vous défendre.Le fait que le contrevenant puisse aussi être poursuivi sur le plan civil ne change rien à l’affaire: la plupart des gens qui exercent un métier ou une profession sont susceptibles d’être sanctionnés en vertu de plusieurs lois.Pourquoi en serait-il autrement pour les machines à injures?Réglementation des ondes La Loi sur la radiodiffusion existe parce qu’il a été considéré — et ce, dans tous les pays du monde — que les fréquences de radio et de télévision sont en nombre insuffisant pour accommoder toutes les opinions qui coexistent dans une société pluraliste.Compte tenu de cette rareté, on a mis en place dans l’ensemble des pays démocratiques un mécanisme de réglementation ayant primordialement pour rôle d’attribuer les fréquences disponibles.Pour assurer que les fréquences seront utilisées d’une manière qui corresponde à ce qui est tenu acceptable, un organisme de réglementation est mis en place afin de régir et de surveiller.Au Canada, le CRTC est chargé de cette tâche.Cet organisme est composé non de bureaucrates ténébreux armés de ciseaux, mais de citoyens nommés en vertu de la loi pour appliquer la loi.L’un des mécanismes fondamentaux de la réglementation mise en place par la Loi sur la radiodiffu- À ARCHIVES LE DEVOIR Un micro et la liberté d’expression.sion est l’attribution conditionnelle de licences à des entreprises.Lors du processus d’attribution, les entreprises conviennent de respecter des règles qui sont bien connues et qui font l’objet de révisions fréquentes, au cours desquelles tous peuvent se faire entendre.C’est dans ce cadre que les gens qui se sentent aujourd’hui si offusqués de la décision spécifique rendue à l’égard de CHOI-FM auraient dû se manifester.Lorsqu’une entreprise ne respecte pas les conditions liées à sa licence et que la situation persiste, le CRTC n’a d'autre choix que de ne pas la renouveler.Sinon, à quoi rime tout ce système des licences s’il n’y a pas d’obligation de les respecter?Défendre la liberté d’expression, ce n’est pas s’opposer à toute décision qui a pour conséquence de sanctionner un discours qui contrevient aux lois.C’est plutôt s’assurer que les mécanismes par les- quels sont définies et appliquées les limites de la liberté — car il y a toujours des limites à toute liberté — sont équitables et procèdent de principes démocratiques.C’est avoir à cœur que les lois soient appliquées via un processus donnant à chacun la possibilité de faire valoir son point de vue.Une fois la décision rendue, si on est attaché à la liberté d’expression, on doit la respecter.Si on croit que les limites doivent être revues, il faut réclamer un changement de la loi ou de la réglementation.C’est plus abstrait, moins épidermique, mais c’est là une exigence de la démocratie.Raisonner autrement équivaut à conférer à un petit groupe le droit de s’emparer des ondes et d'y faire ce que bon leur semble.Et alors, tous seraient justifiés de dire: «Pourquoi eux et pourquoi pas moi?» Comment faire autrement?Il est légitime de considérer que l'actuelle Loi sur la radiodiffusion n’a plus sa raison d’être.Mais ceux qui sont de cet avis devraient expliquer ce qu’ils préconisent pour réglementer les ondes.Comment choisiraient-ils les entreprises qui auraient le droit de faire usage des fréquences qui ne sont pas disponibles pour tous?Ils pourraient expliquer qu’il est préférable de laisser diffuser n'importe quel commentaire sur les ondes dès lors que l’opération est commercialement rentable.Mais rejeter tout le système pour justifier un malaise devant une décision extrême prise dans un cas extrême, c’est jeter le bébé avec l’eau du bain! Car il importe de bien mesurer la conséquence du mouvement de protestation actuel: saper ainsi la légitimité du CRTC lors d’une rare fois où il prend une décision courageuse, c’est contribuer à l’affaiblir.Il sera plus difficile de demander au même organisme de montrer les dents lorsqu’il sera question de réglementer les ardeurs des grands conglomérats.Certes, on peut se demander si le CRTC aurait fait preuve de la même sévérité à l’égard d’entreprises de plus grande ampleur, mais il est clair que l’hystérie que soulève, au sein d’une grande partie de l’élite de l’information, la décision au sujet de CHOI-FM laisse présager qu’il pourra être difficile pour le CRTC de montrer les dents à l’égard d'autres questions.D’autre part, si la licence de l’entreprise avait été renouvelée même avec un dossier si peu reluisant et des gestes aussi contraires aux règlements, quel message cela aurait-il envoyé à l’ensemble de l’industrie?Qu'il lui est dorénavant loisible de construire des programmations sur l’accumulation d’injures et de commentaires à l’emporte-pièce.Les gens qui sont aujourd’hui si offusqués devraient nous expliquer en quoi cette radio poubelle à laquelle on aurait ouvert toute grande la porte est préférable à une radio assujettie à un minimum de règles qui reflètent les exigences s’appliquant au commun des mortels.C’est une chose de déplorer une décision difficile en se pinçant le nez et en jurant que l’on réprouve ce genre de radio-là! Mais en délégitimant l’autorité qui applique la loi qui, à ce jour, nous en préserve, on ouvre la porte à sa généralisation.En somme, le débat actuel est celui de la légitimité de la réglementation de la radiodiffusion.On ne peut à la fois se plaindre que la réglementation du CRTC manque de nerf et s’immoler en public dès lors qu’il décide — pour une fois — d’appliquer la loi dans le cadre d’une décision prévisible et assurément difficile.Il faut savoir ce qu’on veut! Décès de Claude Masse La mort d’un grand homme JEAN-LOUIS BAUDOUIN Juge à la Cour d’appel du Québec * laude Masse est fort malheureusement passé trop vite dans le firmament des juristes au Québec.Je l’ai rencontré la première fois lorsqu’il était mon étudiant à la faculté de droit de l’Université de Montréal et le président de l’Association des étudiants.Nous nous sommes rapidement liés d’amitié et nous nous sommes retrouvés à Paris en 1973, au moment où j’étais en congé sabbatique et qu’il poursuivait, lui, des études de doctorat et de sociologie.J’ai pu, grâce à lui, réaliser alors, dans la toute première édition de La Responsabilité civile, certaines constatations de sociologie juridique et inclure dans l’ouvrage des tableaux permettant peut-être, de mieux comprendre le droit positif.Par la suite, notre amitié s’est développée.Nous avions, en dehors du droit beaucoup d’intérêts communs, notamment la pratique de la pêche et de la chasse.Cette amitié ne s’est jamais démentie même si, dans au moins un dossier, celui de la MIUF, nous œuvrions, lui avocat plaideur, moi avocat-conseil, pour des parties opposées.C’est avec une infinie tristesse que j’ai appris la terrible maladie dont il était affecté.Ce passage désor-¦ mais obligé, qu’il a courageusement et librement accepté, lui a conféré une étonnante sérénité devant ce qui était désormais inévitable et incontournable.Ramenée désormais à l’essentiel, dépouillée de la quotidienneté, notre amitié a, au cours de ces frois dernières années, atteint une intensité extraordinaire.Ma femme Christianne et moi nous faisions une joie de lui apporter quelques fois par mois les sushis dont il était si friand et de bavarder longtemps avec lui sur les problèmes de la société et de la vie.Son courage, sa détermination, son constant souci de l'autre, des autres, ont suscité notre admiration la plus vive.Quel dommage qu’un si grand juriste, qu’un tel homme de cœur, qu’une personne si consciente du rôle fondamental que doit jouer le droit dans la pro- :r% Claude Masse: « Son œuvre restera.» tection du pauvre, du faible, du dépourvu, nous ait quittés si tôt et dans la force de l’âge! Je me console en pensant d'abord que son œuvre, principalement celle en matière de droit de la consommation, restera.Il aura marqué à cet égard le droit québécois.Je me console aussi parce que l’exemple du très grand courage, de la détermination ARCHIVES LE DEVOIR et de la dignité qu'il a donné sera une profonde et valable inspiration non seulement pour sa famille, mais aussi pour tous ceux qui, comme moi, ont eu le grand privilège de croiser son chemin.‘Texte écrit pour Le Journal du Barreau en vue de son édition de septembre.Gil Courtetnanche La France a vif Plouezec — Dimanche dernier, au bourg de Houezec, ce n'était pas de l’été absent et des touristes frileux qu’on parlait dans les cafés et chez la poissonnière.Au port de Paimpol, plaisanciers et cafetiers s’échangeaient Le Journal du Dimanche ou Le Télégramme.En ce dimanche gris et triste, la France entière était en état de choc.Une jeune femme avait été attaquée et molestée en pleine heure' de pointe sans qu’aucun témoin n’intervienne.IVoba blement par des Arabes, puisqu'on l’avait traitée de sale juive et qu’on avait dessiné des croix gammées sur son corps.11 y avait donc ce sentiment de honte collective devant l’absence de réaction des témoins qui n'avaient pas levé le petit doigt.Et, bien sûr, cm autre épisode dans la triste saga des incidents antisémites.Tous les politiques, tous les éditorialistes montèrent unanimement aux barricades.On sait aujourd'hui que toute l’affaire n’a été qu’une fabulation concoctée par une mythomane.La rapidité avec laquelle tous les politiques ont réagi est compréhensible.L’antisémitisme s’accroît en Fraie ce.En 2tX)3, on a recensé 127 incidents.Durant It's six premiers mois de 2(X)4, on en dénombre 13S.Sur ce sujet, la France a la peau à vif.Dans la population, le premier réilexe est souvent de soupçonner automatiquement les jeunes Arabes des banlieues.Pourtant, plusieurs incidents dans le Nord du pays furent le fait de jeimes néonazis.Mais, quand même, rien ne sert de nier le sentiment antijuif fleurit dans les banlieues et les zones urbaines où se concentrent les communautés musulmanes.Les causes sont multiples.On évoque souvent de manière plus générale un sentiment de désespoir généralisé qui cherche à identifier un coupable.là, les vieux clichés sur la puissance politique et la richesse des juifs trouvent une terre fertile.11 existe aussi des raisons circonstancielles.Depuis le 11 septembre, il n’est pas facile d’être Arabe* en Occident et surtout d’afficher ses convictions religieuses.Les amalgames se font facilement.Parallèlement, la solidarité des jeunes Arabes avec la cause palestinienne prend des formes de plus en plus violentes, ne serait-ce que verbalement.Id, c’est le silence de la communauté internationale sur le conflit israélo-palestinien et la politique criminelle d’Israël qui exacerbent des sensibilités déjà à vif.Et puis, il ne sert à rien de mer ça aussi, on note une montée lente et sourde de l’intégrisme musulman en France.Des imams tunisiens, marocains et algériens, souvent autodidades, offident dans des mosquées anonymes et presque clandestines.Dépourvus de fierté, avec un avenir bouché, chômeurs à 50 %, soupçonnés de tous les troubles qui attisent les zones pauvres, les jeunes trouvent dans ces lieux religieux un sentiment identitaire, une sorte de raison de vivre dans une religion passéiste et simpliste qui désigne clairement les mécréants et le Paradis.Comment réagi la France à cette crise?Elle tente d’articuler, autant à gauche qu’à droite, un discours d’inclusion et d’égalité républicaine qui, en théorie, peut sembler absolument logique.L’antisémitisme, par exemple, n’est jamais considéré en soi, mais toujours assodé à la lutte contre le radsme et la discrimination, lutte qui concerne essentiellement les Français d’origine arabe ou africaine.À la montée des réflexes identitaires religieux, qui n’est pas le fait des seuls musulmans, on a répondu par une solution qui englobe tous les signes religieux ostentatoires à l’école, mais qui, on le sait, veut surtout résoudre, en l'interdisant, le port du voile par les jeunes filles musulmanes.Aux quelques voix qui commencent à s’inquiéter de l’effet d’exclusion que peut comporter cette loi pour les jeunes filles qui seront renvoyées dans leur ghetto religieux, on répond en gros qu’on ne peut faire d’omelette sans casser d’œufs.Devant l’affirmation de la différence ethnique ou religieuse, les élites françaises sont quasiment unanimes.La République ne peut se composer que de Français tous égaux en droits et en responsabilités.C’est le tout-à-la-loi, rien à l’imagination, à la souplesse, à la dissymétrie.Les réflexes identitaires ne sont jamais considérés comme des sursauts de légitime défense, mais comme une volonté de s’exclure de la France.Cela s’appelle «communautarisme», mot qui hante la bonne conscience jacobine, le communautarisme ennemi fondamental de la République.Il est impossible pour un intellectuel français ou un homme politique de comprendre que l’intégration peut et doit peut-être passer par une première affirmation, celle de sa différence.Il existe ici une sorte de chape de plomb qui étouffe l'imagination sociale et politique.Dans quelle réalisation concrète de la démocratie a-t-on prouvé sans l’ombre d’un doute que la cohésion communautaire est le capcer de l’égalité citoyenne?Certainement pas aux Etats-Unis et sûrement pas au Canada.Les Français auraient intérêt à étudier soigneusement la double stratégie canadien ne pour l’inclusion, qui repose à la fois sur l’affirmation des droits individuels au moyen de la Charte des droits et sur le maintien des liens communautaires.Des amis français me disent souvent que c’est la recette magique pour la création de ghettos.À cela je leur réponds que j’ai visité beaucoup de ghettos en France, mais aucun chez moi.Ecrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs et lectrices.Etant donné l’abondance du courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces) ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redactioniîledevoircom) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.• L'ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Gérald Dallairr (adjoint au directeur de iinfonnatùm).Jeanne Corriveau (affaim municipales).Fabien Inline, Marie-Andrée C bout nard (éducation) , Josée Boileau (éditorialiste, responsable de la page Idées), Brian Myles (justice et faits de société), jeun Dion.IjOUifrGÜIes Francæur (environnement).Benoit Munger (responsable du site Internet).Jean-Pierre legatilt (pupitre édita, idées, perspectives et sports), Isabelle Paré (santé), Pauline Grave! 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