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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2008-08-30, Collections de BAnQ.

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CO LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 E T D I M A \ C 11 E 3 I A 0 t' T 2 0 0 S ESSAIS Yadeboncœur en vérité Page F 6 IENTREVTIE L’exorcisme de Minou Petrowski Page F 2 Pascale Quiviger, une vie en double La lauréate du Prix du Gouverneur général pourZe Cercle parfait publie cet automne La Maison des temps rompus CAROLINE MONTPETIT CÉh est à la fois / dépouillé et foisonnant, fantastique et réaliste, ancré dans le présent tout en le fuyant à toutes jambes.Pascale Quiviger, qui vient de signer son dernier roman, La Maison des temps rompus, chez Boréal, est double.D’ailleurs, elle est à la fois écrivaine et peintre.j’ai un côté très ascétique, très méditatif, qui aime le vide, le silence, puis d’un autre côté, je suis en appétit de vivre, plus sensuelle, j’aime le monde, la nourriture, les gens, les belles choses, mais pas dans un sens de consommation», raconte l’écrivaine.Une sorte de croisement entre Marguerite Duras et J.K.Rowling.Est-ce ce goût pour l’art de vivre qui lui a fait choisir, jusqu’en janvier dernier, l’Italie, où elle a acquis une formation en estampe, comme terre d’asile, elle qui a cependant vécu «J’ai beaucoup travaillé sur le fait qu’on a accès à l’intériorité de tous les personnages, de façon à ce qu’on ne puisse pas comprendre lequel parle, lequel est dans la maison des temps rompus» Son roman porte sur la gémellité, puisqu’il met en scène deux amies, Lucie et Claire, tellement proches l’une de l’autre qu’elles en arrivent à se sentir toutes deux mères de la même enfant.Deux amies, qui ont elles-mêmes des mères, dans ce roman qui met da-bord et avant tout des femmes en perspective, avec le courage que cela prend chaque jour pour affronter le quotidien.Car la maternité est aussi au centre de ce récit que l’auteure a écrit au cours de la première année de vie de son premier enfant une petite fille nommée Elie.Un roman écrit donc entre les boires et les dodos, constamment aux aguets des pleurs, et plus fragmenté, de l’aveu de l’écrivaine, que les précédents.«Alors que, pour les autres livres, je me souviens où j’étais quand j’ai écrit tel ou tel passage, ce livre-tà, je ne me souviens pas de l’avoir écrit», confie-t-elle.Le livre a donc été écrit «en petits morceaux courts qui ont trouvé leur cohérence par la suite, qui se sont intégrés les uns aux autres», dit-elle.Dans l’histoire de Claire et laide, par exemple, s'imbrique celle, éclatée, d’Alambra, femme de ménage qui a quitté son pays en guerre à la suite d’un avortement, ou celle, plus folle encore, de Jane Bones, qui vit dans une vieille maison sauvée de l’expropriation, en plein coeur de Londres, ou de Mrs.Pigheights, née Downhill, faussement veuve tout le long de sa vie.«Je pense que j’ai ces deux côtés: au Québec jusqu’à l’âge de 27 ans?C’est d’ailleurs en Italie que se déroulait l’action du roman Le Cercle parfait, qui lui a valu le Prix du Gouverneur général, en 2004, et qui a été finaliste pour le prestigieux prix Giller.Depuis, migrante dans lame, Pascale Quiviger a déménagé à Nottingham, en Grande-Bretagne, où vit son mari, avec sa fille.C’est là qu’a été écrite une bonne partie de La Maison des temps rompus, dans le tumulte d’un déménagement où l'on finit pourtant par retrouver un lieu, une table, pour écrire.Cette maison, la maison des temps rompus, c’est une maison invisible de l’extérieur, un lieu de refuge, où le personnage principal — est-ce Lucie?est-ce Claire?— guérit lentement d’un deuil insoutenable.«fai beaucoup travaillé sur le fait qu’on a accès à l’intériorité de tous les personnages, de façon à ce qu’on ne puisse pas comprendre lequel parle, lequel est dans la maison des temps rompus.Cela peut être Lucie ou Claire, l’une ou l’autre de ces deux femmes qui étaient dans leur amitié si fusionnelle», dit-elle.Ruines et richesses Mères, filles, les personnages de La Maison des temps rompus sont comme des poupées gigognes, imbriquées les unes dans les autres, et responsables les unes des autres.Au départ, l’idée de Pascale Quiviger était d’écrire sur «les petites formes de courage que l’on ne remarque pas dans la vie de tous les jours, qui sont souvent celui des femmes»: le courage que cela prend pour être immigrante, pour VOIR PAGE F 2: QUIVIGER J ACQUITS (.RENIER 11, DEVOIR DIARMIt) COE'RREGES AFP ENTREVUE L’Algérie de Yasmina Khadra DANIELLE LAURIN Dès les premieres pages, on le sent.A la fin, on est soufflé.C’est un grand roman.Un grand roman sur l’Algérie, qui va des années 1930 jusqu'à aujourd'hui.«fai le sentiment d'avoir écrit tous mes livres précédents pour mériter d’écrire celui-là», indique Yasmina Khadra.Ce que le jour doit à la nuit, c’est un retour aux sources pour lui.«C’est comme le saumon: il quitte la rivière pour les vertiges de l'océan, et puis il faut qu 'il revienne à sa source pour se reproduire», lance le petit homme au regard noir, installé bien droit dans son fauteuil de directeur du Centre culturel algérien, à Paris.Ses premiers livres, parus sous son vrai nom, Mohammed Mou-lessehoul, se passaient en Algérie.Tout comme la série de polars extrêmement noirs, extrêmement sarcastiques, qu’il a publiée ensuite, sous son pseudonyme.Puis il y a eu son départ de l’armée algérienne, où il était entré contre son gré enfant, où il a passé 36 ans.Et son arrivée en France, où il a dévoilé sa véritable identité avec L’Écrivain.C’était en 2001.L’année suivante, changement de registre.Yasmina Khadra publie Les Hirondelles de Kaboul, où un couple s’entredéchire sous le régime des talibans.11 y aura ensuite L’Attentat, Prix des libraires 2006, en cours d’adaptation pour le cinéma.Il y est question d’un médecin arabe vivant en Israël qui découvre avec stupéfaction que sa femme est une kamikaze.L’auteur mettra aussi en scène un jeune bédouin irakien qui perd complètement ses repères, dans Us Sirènes de Bagdad.Fin d’une trilogie consacrée aux grands enjeux internationaux de l’heure.«Après avoir parlé de l’Algérie, résume Yasmina Khadra,/ai été interpellé par les chamboulements qui chahutent les rapports planétaires, mais il fallait que je revienne à ma littérature.Fit la base de ma littérature, c’est mm pays, c’est l’Algérie.» Dans Ce que le jour doit à la nuit, l’auteur de 53 ans revisite l’histoire de son pays par le biais d’un petit Arabe né dans l'Algérie coloniale qui sera plongé dans la tourmente de la guerre d’indépendance.Il devra choisir son camp.Toute l’habileté du romancier consiste à placer son héros dans une situation impossible.Dès l'en- fance, le petit Younes tourne le dos à la pauvreté crasse de ses parents pour être élevé par un oncle nanti.S'ouvre alors à lui un monde insoupçonné.Où il côtoiera des Européens éduqués, bien mis, des pieds-noirs dont il deviendra l’ami.Toute sa vie il sera déchiré, cherchera son identité.Même l’amour lui tournera le dos, faute de savoir qui il est, ce qu’il veut.Quand éclatera la révolte sanguinaire, que son entourage sera chassé du pays, il aura tout perdu.A la fin de Ce que le jour donne à la nuit, le héros devertu vieux rencontre ses anciens amis.Nous sommes dans le sud de la France, en 2008.Tandis que le chaos se poursuit en Algérie, l'heure est à la «nostalgérie».Retour au pays natal Pour Yasmina Khadra, «l’Algérie fait rêver.Elle fait encore rêver les VOIR PAGE F 2: KHADRA « Dans ce livre, j’ai voulu dire aux Français et aux Algériens l’histoire commune qu’on a vécue, et j’ai essayé de réconcilier les deux camps » 1 I I I.K I) K V 0 I R .I.K S A M EDI 3 0 ET DI M A X (' II E 3 I A 0 C T 2 0 I) K F 2 LIV R E S Entretien Les vies successives de Minou Petrowski Avec Prends-moi dans tes bras, Minou Petrowski remonte le cours de sa vie tumultueuse et enflammée sous le signe de la colère et de la résilience JACQUES GRENIER LE DEVOIR Minou Petrowski montre une photo de la maison où elle est née, à Nice.ODILE TREMBLAY Passionnée, râleuse, émouvante, unique, alliée des stars, Minou Petrowski a marqué du sceau de sa personnalité notre paysage médiatique.Mais voici qu’aujourd’hui elle révèle ses failles, aborde ses vies successives, son amour des acteurs et de la fiction, ses flambées amoureuses, dans son autobiographie Prends-moi dans tes bras.Chose certaine: ses souliers, comme ceux du poète, ont beaucoup voyagé, entre Nice et Montréal, avec la guerre en toile de fond d’une adolescence marquée par une identité fuyante.C’est le flot changeant des époques qui coule en filigrane de son autobiographie.Le Saint-Germain-dcs-Prés de la vague existentialiste, le Québec, les années au service de Radio-Canada, son rapport aux artistes interviewés, à l’amour, à la maternité.Aussi, la passion amoureuse et l’angoisse du néant, les voyages, le Festival de Cannes qui nourrissait tous ses fantasmes de glamour et de cinéphilie.Cinq ans quelle a passé sur ses mémoires, Minou Petrowski, planchant sur douze versions.«La maison d'édition française Robert Ixif-font, qui devait me publier, n’était jamais satisfaite (le livre a changé de mains pour être repris par VLB], Mais au fil des versions, j’ai amélioré mon récit.» Elle dit devoir à l’écrivain Ixnûs Gauthier l’idée de suivre l’ordre chronologique de son existence plutôt que de chevaucher les temps.«Afin qu’on puisse sentir le passage des époques, j’ai entrepris d’écrire tout au pré- Hfcwski dans tes bras sent.Alors, les images se sont mises à affluer comme autant de souvenirs.» lu romancière française Catherine Pancol l’a beaucoup conseillée et épaulée.Le mystère des origines L’autobiographie abordera aussi les premières années de Nathalie, laissée en France pendant cinq ans à la garde de sa grand-mère paternelle.«Je ne pouvais l’élever dans ma chambre de bonne à Paris et aussi, j’étais si jeune et avec une telle soif d’expériences», admet la mère de la journaliste.Nathalie ne retrouvera ses parents qu’à Ottawa, où ils avaient immigré avant de vivre à Montréal.Ils lui donneront, dix ans après sa naissance, un frère: Boris.Elevée à Nice dims une clinique médicale et une maternité de luxe.Minou Petrowski, enfant, découvre une lettre adressée à celle qu’elle croit être sa mère.«J’avais six ans à peine lorsque je suis morte», écrit-elle en indpit du livre.Ce jour-là, elle apprend que ses véritables parents l’ont abandonnée et qu’une pension est versée pour son éducation.«Je ne pouvais ni l'accepter ni demander d’explications.Muette, j’ai perdu mon bonheur de vivre.Ce fut pour moi un viol psychologique.» Tout le livre témoignera du choc, jamais résorbé, de l’abandon et du mystère des origines de celle qui s’est sentie comme une enfant abusée.«Je ne voulais pas être Juive, confesse-t-elle.C’est difficile à comprendre aujourd’hui, mais j’ai vécu toute jeune la montée de l’antisémitisme, puis des dénonciations pendant la guerre.La perspective d’être Juive me terrifiait.» Dans sa clinique de luxe niçoise et dans la rue, enfant, elle écoute parler les adultes, connaît leurs petites malhonnêtetés, découvre avec fascination l’univers des Russes blancs, qui avaient vécu dans la cour du tsar.À Nice, ceux-ci se voyaient relégués au rang de chauffeur de taxi, d’ébéniste ou d’infirmière.«Mais dès qu’ils enlevaient leurs tabliers pour revêtir leurs anciens atours, ils retrouvaient leur gloire.J’ai appris d’eux que la pauvreté n’entamait en rien la vraie noblesse.» Durant la guerre, elle a peur et faim, mais la vie continue.«On se baignait aussi.» Dès 16 ans, Minou gagne son indépendance, file à Paris quatre ans plus tard, connaît la vie de bohème tissée de misère et de culture.Prends-moi dans tes bras parle aussi beaucoup de son grand amour de jeunesse, Jacques, des déboires conjugaux et de sa dernière passion amoureuse: Louis, l’amant beaucoup plus jeune, qui lui a appris à s’abandonner.Un exorcisme Elle perçoit son livre comme une œuvre sur l’identité, mais aus- si comme une thérapie personnelle et un exorcisme.«Ma vie, je l’ai beaucoup vécue par procuration, dans mes rencontres avec les artistes par exemple, les acteurs surtout.La fiction est pour moi plus importante que la réalité.Les films, les livres et les créateurs m’ont sauvée.» De fait, la seconde partie du livre accorde une grande place aux entrevues avec les étoiles du cinéma.«Je ne me voyais pas comme une journaliste, mais comme une personne qui jouait dans un scénario de fiction avec les gens que j’interviewais.Auprès d’eux, on dirait que ma quête d’identité trouve son sens.Je deviens alors quelqu’un.C’est comme mon amour du luxe, il m’a permis de survivre, de rêver.» Après les 40 ans passés à Radio-Canada, comme reporter, critique, intervieweuse, et une nature de cigale qui l’a laissée sans économies, elle fait aujourd’hui de la figuration, surtout dans le feuilleton Vir- ginie.«Un figurant est tellement rien que l’envie d’écrire m’est venue pour enfin exister», explique-t-elle.Minou Petrowski avait déjà écrit des romans et un recueil de nouvelles dans les années 60 et 70, mais elle s’est consacrée ensuite à la télé et à la radio.«Quand Nathalie est devenue journaliste, son style était tellement vivant que j’ai décidé de lui laisser la place à l'écriture, f avais peur qu’on nous compare.Et puis la vie de famille, le travail à Radio-Canada, ce lieu d’apprentissage constant, ont pris alors tout mon temps.» Aujourd’hui, à 76 ans, elle regarde sa vie, constate qu’elle est celle d’une femme libre.«Si je voulais transmettre quelque chose au lecteur, conclut Minou Petrowski, ce serait que la fragilité et la sensibilité extrêmes n ’empêchent pas de survivre.Seule importe la beauté du monde.» Le Devoir QUMGER De VItalie à la Grande-Bretagne, Pascale Quiviger n'oublie pas pour autant le Québec, où vit sa famille KHADRA «Mon problème avec l'Algérie, c'est que j'ai envie d'elle tous les jours, et à peine l'avion se pose-t-il sur le tarmac que déjà je suis dégoûté» SUITE DE LA PAGE F 1 combattre la dépression, pour aider les autres même quand on se sent seule.Puis, la fille de Pascale Quiviger est venue au monde et a tout bouleversé, compte il se doit.«À sa naissance, il y a eu un bouleversement.En quelques minutes, j’ai senti que l’étoile polaire n'était plus à la même place, qu’il fallait que je revoie mes priorités, que l’amour était placé différemment.Et j’ai eu le choc de réaliser qu'en lui donnant naissance, je donnais naissance aussi à la possibilité de sa mort.Maintenant, j’ai cette personne dans ma vie; s’il lui arrive quelque chose, je suis ruinée.C'est le chemin qu’a pris mon écriture à ce moment-là, par besoin d’opérer une catharsis», dit-elle.éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Jean-François Cloutier Jeff Pillion et le malaise québécois I ean-François (lout Ier liber KO pages.1?dollars JE! F FILUON Fl Il MAI MSI QUf.Uf< OIS Cet enfant, dans le roman, il arrive d’abord dans la prophétie d’une voyante, qui disparaîtra d’ailleurs comme elle est venue, et qui dira à celle qui cherche son passé: «en sa présence, tu répareras le passé» et à celle qui craint l’avenir: «en sa présence, tu renonceras à l’avenir».Mais c’est aussi la poésie qui est gardienne du temps présent dans ce texte, traversé par des citations en anglais, comme le veut sans doute la nouvelle patrie de l’écrivaine.«Verbs in the present tense are the shelter of poetry, the future its wrecking and the past its wreckage», dit Juliet Jones à Dorothy Downhill, deux personnages inventés par Aurore, mère de Lucie, et grande fabulatrice fantaisiste.Le Québec De l'Italie à la Grande-Bretagne.Pascale Quiviger n’oublie pas pour autant le Québec, où vit sa famille et où elle était d’ailleurs de passage cet été, en vacances.Et si les personnages de son roman ne sont pas ancrés spécifiquement dans des villes, sauf les personnages inventés par Aurore, l'auteure dit être fortement imprégnée d’une certaine géographie québécoise, par la largeur des rues, la disposition des arbres, l’ambiance qui y règne.«J'essaie de lire dans les trois langues», dit-elle, soit en français, en anglais et en italien.Mais la langue la plus naturelle, celle par laquelle elle pourrait «tout dire», cela demeure le québécois.Le Devoir LA MAISON DES TEMPS ROMPUS Pascale Quiviger Boréal Montreal.2008,240 pages SUITE DE LA PAGE F 1 gens qui l’ont connue.Les pieds-noirs n’ont jamais cessé d’être Algériens».D ajoute: «Dans ce livre, j'ai voulu dire aux Français et aux Algériens l’histoire commune qu’on a vécue, et fai essayé de réconcilier les deux camps.» En d’autres mots, il a essayé «d'être fidèle dans la reconstruction du passé.Ce passé qui a été ruiné, qui a disparu à travers les frustrations, les hostilités, les haines, les rancœurs».«J’ai essayé, ajoute-t-il, de proposer aux hommes qui ont vécu cette histoire un nouveau départ.» Lui-même rêve de retourner vivre dans son pays.D s’est fait construire une maison à Oran.Songe à s’y établir avec sa femme, quand ses trois enfants, dont l’aîné est âgé de 18 ans, auront terminé leur scolarité.«Us seront libres alors de choisir, de faire ce qu’ils voudront de leur vie», laisse-t-il tomber.«Mon problème avec l ’Algérie, explique-t-il, c ’est que fai envie d’elle tous les jours, et à peine l’avion se pose-t-il sur le tarmac que déjà je suis dégoûté.Parce que dès qu 'on ouvre la portière, on tombe sur des douaniers véreux, des policiers corrompus, et puis ça vous gâche tout.La population est dans le désarroi, la colère permanente, les gens ne croient plus que l’Algérie puisse produire des gens fumnêtes tellement la corruption est partout.» 11 s'inquiète pour les jeunes, particulièrement.«Regardez aujourdhui toute cette jeunesse qui est bouillonnante.pleine de talents, en Algérie.Elle est en train d’aller mourir sur des bateaux de fortune, elle quitte le pays.C’est blasphématoire.» Porte ouverte sur l’espoir Alors, où est l'espoir?Yasmina Khadra rêvait de révolution dans les années 1980.Plus aujourd’hui.«/ai découvert.à travers la révolution islamiste, que dans l’appel de nouveaux horizons, il y avait surtout l’appel du sang.» fi reproche aux dirigeants de son pays d’avoir trahi les aspirations de son peuple.«Il suffit d’une présence d’esprit pour que les responsables algériens se rendent compte que ça ne servira à rien de se construire un palais sur un dépotoir!» Il broie du noir «Qu ’est-ce qu ‘on va laisser aux enfants d’Algérie?Nos aigreurs, nos rancœurs, nos colères, notre médiocrité?La corruption, le népotisme, le passedroit?À quoi auront servi tous ces morts, que ce soit pendant la guerre d’indépendance cm la guerre intégriste?» S, à ses yeux, l’Algérie a failli politiquement la culture demeure un outil de changement formidable, une porte ouverte sur l'espoir.«Cest la culture qui est capable de donner une unité, un sens à l’Algérie», martèle celui qui a été nommé en novembre 2007 à la tète du Centre culturel algérien.par le président Bouteflika Yasmina Khadra affirme avoir les coudées franches, Ynsoiiiin Khadra ( u (juu i(k jour doit à la unit "f a ne pas subir de pression.«Je vous assure que j’occupe ce poste tout en étant en delwrs du s)stème.C’est quoi, vivre dans un système?Cest accepter ses directives.Cest s’identifier à lui, ou profiter de lui.Moi, je suis là pour servir la culture de mon pays.Mcm bonheur, c’est de pouvoir aider trois ou quatre artistes algériens à rayonner sous les jeux de la rampe, de redonner confiance à tous les écrivains d’Algérie qui vivent dans le désarroi le plus enténébré.» Il insiste: «Je ne serai jamais dans le système.Vous savez pourquoi?Parce que financièrement je suis à l’abri.Et parce que j’ai l’écriture.Je suis dans mon rêve d’enfance.C’est un miracle: un enfant de neuf ans enfermé dans une caserne militaire qui rêve de devenir écrivain.et le devient.» Collaboratrice du Devoir CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT Yasmina Khadra Julliard Paris, 2008.413 pages t t i f LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 K T l> 1 M A N 0 H K 3 I A 0 I T 2 1) 0 S LITTERATURE K H Espérer, encore Une voix exceptionnelle, celle de Pascale Quiviger Danielle Laurin Comment accepter l’inacceptable, se réconcilier avec l’irréconciliable, raconter l’inracontable?Au cœur de La Maison des temps rompus, il y a le pire qui puisse arriver: la mort d’un enfant Il y a la noirceur absolue.La tristesse infinie.Et le délire, proche de la folie.11 y a aussi de la beauté, de la bonté.Des îlots de clarté, des instants fulgurants.Mais cachés, enfouis, masqués.Il y a surtout une voix.Celle de Pascale Quiviger, Prix du Gouverneur général 2004 pour Le Cercle parfait.Une voix exceptionnelle.Qui ose.Et qui s’impose.On est au bord de la mer.Dans une maison étrange, dont on ne sait pas si elle existe vraiment.La maison des temps rompus.Où le présent et le passé se confondent, les vivants et les morts se frôlent, le dedans et le dehors s’appellent.On est dans la tête d'une femme qui a déraillé, a perdu pied.«Je voulais une maison pour qu’elle m’avale, je me souviens d’avoir pensé: j’aimerais tant être nulle part.Etre nulle, annulée.Une maison, si possible au bord de la mer, comme antidote à l'étroitesse d’horizon.» Que s’est-il passé?Ça semble décousu au début Sur quelle planète est-on tombé?On est perdu.On tique un peu sur quelques formulations, aussi.Trop appuyées.Du type: «cette divine imprécise précision».On tombe sur des phrases comme celle-ci: «Je me trouvais dans le plus-que-jardin.là où le savoir-lais-serfaire déclassait le savoirfaire.* Ouille.On vient à un cheveu de laisser tomber.Et puis ça y est.On arrive au premier cahier.Il y en aura cinq, écrits par elle, cette femme brisée de La Maison des temps rompus.C’est magnifique, ce quelle écrit, ce quelle raconte.Et c’est tragique.On le sait que, au bout de son récit, le pire adviendra.Qu'il est déjà advenu.On le sent, quelle retarde indéfiniment le moment de le raconter, qu’elle n’y arrive pas, pas tout de suite, pas encore.On se laisse porter par ces parcelles d'histoire quelle lâche comme si elle-même n’était pas concernée.Comme s’il s’agissait d’une autre.Comme si elle avait besoin de se détacher d’elle-même, de son histoire, pour se/la raconter.Ça commence dans l’enfance, par une rencontre.Celle de «deux poussettes menées par deux jeunes mères un matin de printemps».Nous sommes dans un jardin public, qui donne sur deux quartiers, l'un petit-bourgeois, l’autre populaire.D’un côté, la petite Claire; de l’autre, la petite Lucie.Qui vont devenir amies, devenir «l'une l’autre».S’échanger leurs vêtements, leur sang.Peur importe leurs différences, leurs provenances respectives, elles deux c’est pour la vie, c’est ce qu’elles se disent et elles y croient.On va les suivre jusqu’à la fin de la vingtaine.Jusqu'à ce que la tragédie advienne.On va les voir avec leurs mamans.L’une plutôt conservatrice, proprette, concrète.L’autre extravagante, bohème, rêveuse.Deux mamans qui, en apparence, n’ont rien en commun.Mais qui, chacune de leur côté, combattent une profonde tristesse.L'une, la maman de Claire, vit en couple, ne manque de rien, mais ça ne veut rien dire: «Son mariage est parfait et parfaitement malheureux.Elle-même fidèle et efficace, elle sait très peu de lui, C«rard paie comptant sans regimber et il voyage trois jours sur quatre.» L’autre, la maman de Lucie, est mère célibataire.On est dans la tête d’une femme qui a déraillé, a perdu pied U MAISON DES TEMPS ROMPUS Boréal propre enfance à elle aussi, ses origines.Elle adore raconter des histoires.Multiplier les pistes, créer du mystère, du suspens, enfiler les énigmes.Une façon de ,se protéger?A Lucie de se débrouiller avec la vérité.Pour le reste, dira la mère: «Souviens-toi Lucie que l’imagination garde en réserve une panoplie de sorties de secours.» Pour ce qui est de l'écriture comme telle, la petite le réalisera par elle-même, elle donne «le pouvoir d’espérer».Se donner le pouvoir d’espérer.Se garder des sorties Un univers où tout se conjugue avant tout au féminin de secours.C’est fondamental, ici.Dç cahier en cahier, ça revient.A travers les histoires racontées par la mère de Lucie.Et à tr avers toutes ces femmes rencontrées dans la vraie vie par laide.Peu d’hommes, finalement, dans Im Maison des temps rompus.On est dans un univers où la tristesse, la blessure, mais aussi la joie, l’entraide, la possibilité de se reconstruire, d’espérer, se conjuguent avant tout au féminin.11 y a des pages extraordinaires sur l’accouchement, la maternité, les enfants.Et il y a des pages terribles sur les mêmes sujets.11 y a cette petite fille morte dims un accident.Beaucoup de parenthèses, de digressions dans ce roman.Beaucoup d'histoires parallèles, de personnages qui s’entrecroisent.Trop?Comment, autrement, accepter l’inacceptable, se réconcilier avec l’irréconciliable, raconter l’inracontable?Ne lui demandez pas où est le père, elle l’ignore.Pour sa fille, elle invente une figure paternelle de chevalier, un homme d’un autre âge, d’une autre époque, «qui se promène le plus souvent avec une cotte de maille et une cagoule faite de dentelle d’or blanc».Elle invente beaucoup, la maman de Lucie.Sur sa Collaboratrice du Devoir LA MAISON DES TEMPS ROMPUS Pascale Quiviger Boréal Montréal, 2(X)8,240 pages ROMAN QUÉBÉCOIS EN BREF La petite apocalypse CHRISTIAN DESMEULES Nouveau venu à Québec où il partage avec son frère un appartement de la petite rue de la Tourelle, Thomas Beauchemin, jeune vingtaine, a tourné le dos à de brillantes études de théologie en même temps qu’il a perdu la foi après un épisode tragique récent — le suicide de son frère jumeau dans des circonstances qui nous seront peu à peu dévoilées.Son arrivée à Québec et le début d’un doctorat en études anciennes sont donc pour lui l’occasion d’une rupture salutaire.Sa passion pour les grands questionnements humains le guide, et son «amère lucidité» l’accompagne comme une ombre.Mais plus il pousse ses recherches de la vérité et plus les chemins semblent se multiplier devant lui.Nuit après nuit, pourtant, les cauchemars plutôt sanglants qui ont suivi ce spécialiste de l’Apocalypse de saint Jean jusqu’à Québec nous laissent croire que le renouveau espéré sera peut-être long à venir.Son nouveau directeur de thèse lui reproche rapidement de manquer d’âme, à’enthéos, d'enthousiasme au sens grec.Dans son désarroi, sa foi et sa vigueur intellectuelle semblent reprendre vie lorsque Eisa Fontaine, nouveau professeure de grec ancien et jeune femme à la beauté renversante, croise son regard: Thomas en tombe aussitôt amoureux.Elle lui fait penser à «un grand point d’exclamation vivant», à un poème d’Aragon, aux amours mortes.Thomas «n’est qu’un être torturé, le nez écrasé contre le miroir de son passé.A revoir le reflet d’une mort qui le hante.A repousser une coupe de sang, mit après nuit» Elle l’invite à prendre part à un petit cercle de lecture qu’elle anime et qui se réunit pour commencer, autour des Nourritures terrestres, de Gide.«Le livre d’un convalescent qui reprend goût à la vie», dira Eisa, fis vont jouer un temps au chat et à la souris, elle lui apprendra peut-être à Julie Grivcl-Ruturd revivre sans se renier, en lui laissant quelques clés pour résoudre l’éternel combat intérieur qui l’écartèle entre raison et passion.Julie Gravel-Richard, qui enseigne les civilisations anciennes au cégep François-Xavier-Garneau à Québec et dont c’est le premier ro- man, livre avec Enthéos un ardent plaidoyer en faveur de la passion partagée et de l'enseignement.«Ma foi va dans l’être humain, fait-elle dire à Eisa, et j’enseigne pour participer à la construction de son esprit.Même à une échelle modeste.Même pour enseigner une langue morte.Elle vit encore tant qu’on l’enseigne, tant qu’on la lit.Tant qu’on l’aime.» Un Bildungsroman accéléré et plutôt sage où l’amour, la mort Tal-térité et la quête de sens s’affrontent et se mélangent pour permettre à son héros de prendre de la maturité.Si quelques motifs et mécanismes y semblent plutôt prévisibles, il s’agit d’un premier essai réussi où flotte un léger supplément d’âme.Ce qui n’est pas rien.Collaborateur du Devoir ENTHÉOS Julie Gravel-Richard Septentrion Québec, 2008,260 pages ESSAI Brian de Palma, l’homme derrière l’œuvre FRANÇOIS LÉVESQUE En 2003 paraissait Les Mille Yeux de Brian De Palma, un essai que consacrait au contesté cinéaste le critique Luc Lagier.Le format table à café rigide était aussi joli que coûteux Cinq ans plus fard, les Editions Cahiers du cinéma ont lheureuse idée d’en éditer une versioa non seulement souple, mais augmentée.Si l’auteur avoue, candide, offrir un «point de vue subjectif assumé», sa démarche n’en demeure pas moins rigoureuse et son angle, singulier.De fait c’est surtout à Ihomme derrière les films que s’intéresse Lagier.SU emporte l'adhésion, notamment dans le chapitre consacré à Blow Out, première œuvre-somme de la filmographie de De Palma, l’auteur s’égare parfois dans des propositions un rien poussives.On regrette aussi la confusion entre le cinéaste Larry Cohen et le scénariste Lawrence D.Cohen au moment d’aborder Carrie.Dans l’ensemble toutefois, un complément pertinent à Brian De Palma.Le rebelle manipulateur, de Dominique Legrand (Cerf), et au recueil d’entretiens de Laurent Vachaud et Samuel Blu-menfeld (Calmann-Lévy), un essentiel celui-là Hétéroclite et richement illustrée, la cofiection «Auteurs» propose des essais sur Argento, Bergman, Breillat, Ferrara, Citai et bien d’autres.Collaborateur du Devoir LES MILLE YEUX DE BRIAN DE PALMA Luc Laper Editions Cahiers du cinéma Paris, 2008,200 pages - jiCëiZi1 F paraW'» [ sous i peu Manu
de

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