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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2004-07-17, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 DIMANCHE 18 JUILLET 2 0 01 DE VISU Le doigt à rhonneur.Page E 5 MUSIQUE Une première à Lanaudière Page E 6 THÉÂTRE La deuxième vie du Roi boiteux Le Théâtre des Fonds de Tiroirs reprend l’œuvre maîtresse de Jean-Pierre Ronfard dans la cour arrière d’une salle de spectacles de Québec Dix mois après son décès, Jean-Pierre Ronfard revit à travers le projet d’une bande de fous de théâtre qui ont entrepris Vie et mort du roi boiteux dans une version intégrale d’une durée de huit heures.En marchant dans les traces de ce chantre de la liberté artistique qu’était Ronfard, ces jeunes créateurs veulent avant tout exercer la leur.ISABELLE PORTER A Etes-vous devenus fous?leur ai-je d’abord demandé.«C’est justement pour ne pas le devenir que nous montons cette pièce», me lance du tac au tac Frédéric Dubois.Le jeune metteur en scène a accumulé les succès ces dernières années, d’abord avec le Théâtre des Fonds de Tiroirs qu’il dirige (Le Cid Maghané, Zazie dans le métro, Téléroman.), puis au Trident (Ah! ha!) et à la Bordée (Macbeth, Ubu Roi).Ça va presque trop bien.«Avant, la compagnie était une façon de nous donner du travail.Mais maintenant qu’on travaille tous à l’extérieur, à quoi ça sert de faire des projets avec les Fonds de Tiroirs si c’est pour travailler de la même manière?Avec Le Roi boiteux, on a voulu donner un gros coup.» La comédienne Marie-Christine Lavallée, qui interprète le rôle de Marie-Jeanne Larose, renchérit «C'est une étape clé pour nous en ce qui a trait à notre liberté artistique.» Superbe ironie, la responsable des conqnunications de la troupe, Marie-Eve Charle-bois, annonçait quelques minutes plus tôt que le Théâtre des Fonds de Tiroirs (TFT) avait obtenu le statut d’organisation permanente au Conseil des arts.Il faut dire que cela fait déjà huit ans que la compagnie roule sa bosse avec une politique artistique misant notamment sur la recherche dans la contrainte.Marie-Christine Lavallée raconte que Ronfard lui-même lui avait déjà fait remarquer qu’il y avait une certaine parenté entre le TFT et le Nouveau Théâtre expérimental de Montréal (NTE), qu’il a cofondé en 1975 avec Robert Gravel et Pol Pelletier.Apparemment, l’homme de théâtre ne connaissait pas l’existence du projet du Roi boiteux.«On a décidé de le monter en septembre un peu avant sa mort.VOIR PAGE E 2 : ROI < ï / Rohinton Mistry dit une Inde cruelle, aux prises avec des problèmes qui semblent sans issue.11 dit aussi une Inde tendre, qui entretient précieusement certains liens entre les êtres.Il dit un monde foncièrement oriental, avec ses règles, ses lois et ses usages, que peu d’entre nous connaissent à fond.En quelques années, ce romancier canadien d’origine indienne a vu son étoile monter en flèche dans le paysage littéraire international.Après le remarquable Équilibre du monde, roman qui trace la vie de deux intouchables à Bombay, Une simple affaire de famille, sa dernière œuvre, vient d’être traduite en français chez Albin Michel.Portrait d'un romancier réaliste, auteur de fresques complexes qu’on a déjà comparé à Dickens et à Tolstoï.CAROLINE MONTEE TIT Le moins que l’on puisse dire, c’est que Rohinton Mistry fait dans l’antiphrase, puisque L’Équilibre du monde est de toute évidence la chronique d’un monde en déséquilibre et qu’Une simple affaire de famille s’avère en fait une histoire familiale très compliquée.Rohinton Mistry est né à Bombay en 1952, d’une famille parsie, comme on désigne le groupe religieux chassé d’Iran, de croyance zo-roastrienne, qui vit en Inde.Arrivé au Canada, il y a d’abord travaillé en tant qu’employé d’une banque.«Est-ce que j’aurais commencé à écrire si je n’avais jamais quitté l’Inde?Probablement pas, répond-il, joint par courriel en Ontario, où il vit maintenant./’ai l'impression que je n’aurais pas trouvé l'espace, la solitude dont j’ai besoin pour écrire.D’un autre côté, si j’avais vraiment voulu écrire, j’aurais appris à le faire dans les conditions régnantes.Après tout, des gens vivent et écrivent en Inde, n’est-ce pas?» Il faut dire qu’alors qu’il était en Inde, Rohinton Mistry s’intéressait plutôt à la musique, en particulier aux chansons contestataires occidentales, celles de Bob Dylan, de Leonard Cohen et de Simon and Garfunkel.Après s’être installé au Canada, notamment sous la pression de ses pairs qui voyaient là pour lui une occasion d’améliorer son sort, cette sorte de musique, qui ne prenait pas sa source dans ses racines, ne l’intéressait plus.«Arrivé au Canada [.] il m'est apparu clairement que j’imitais «Un romancier n'a qu’un seul devoir, je crois: dire la vérité qui n’avait pas de sens au regard de ma propre vie, de ma propre réalité», confiait-il au magazine Asiasource en 2002.lirissant aller son penchant pour la littérature, Mistry s’inscrit à des cours de littérature à l’université de Toronto.I j première nouvelle qu’il soumet à un concours rafle le premier prix.La seconde nouvelle, qu’il présente l’année suivante, rafle également le premier prix.Cet amateur de Joyce, de Tche-kliov, de Dostoïevski, de Camus ou de James Baldwin y voit un signe du destin, l’indication d’une vocation.Un grand écrivain est né.Depuis, la liste des prix qu’il a gagnés est longue.Une simple affaire de famille a récemment été finaliste pour le Booker Prize en 2002 et a remporté le prix Ki-riyama pour la fiction.comme Un engagement Poignants, peignant il la voit » une réalité sans pitié, les romans de Mistry éveillent chez le lecteur une sensibilité aux réalités de l’Inde d’aujourd’hui: fanatisme, intolérance, hiérarchie y sont au programme.Une simple affaire de famille se déploie dans les années 90, au sein d’une famille parsie qui désapprouve jusqu’à l’interdiction le mariage de ses membres avec des représentants d’autres communautés religieuses.Un homme vieillissant et atteint de la maladie de Parkinson, Nariman Vakeel, se voit pris en charge par sa seule fille biologique, qu’il a eue d’un mariage sans amour avec une femme de la même communauté religieuse que lui.la présence de Nariman chez sa fille entraîne des difficultés financières pour la famille et toute une série d’événements.^ £ quelque chose qui n'était pas mien, VOIR PAGE E 2 : MISTRY indienne Rohinton Mistry «Mon engagement est d’abord et avant tout envers la narration et envers les personnages sur lesquels je choisis d’écrire» i 4 i V LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 1 « JUILLET 2 0 0 4 -«r I,IV R F! X ¦*!*- MISTRY SUITE DE LA PAGE E 1 Alors qu’on lui demande si l’Inde qu'il dépeint est réaliste, s’il s’agit bel et bien de l’Inde qu’il a connue, le romancier répond: «Un romancier n’a qu'un seul devoir, je crois: dire la vérité comme ü ou elle la voit, c’est-à-dire d’écrire honnêtement.Un écrivain se sert de plusieurs choses: sa connaissance personnelle, son expérience, sa mémoire,son imagination.» Il faut dire que, lorsque le roman L’Équilibre du monde, histoire terrible de deux intouchables qui tentent de sortir du système de castes et de devenir tailleurs à Bombay, était apparu sur la liste des finalistes pour le Booker Prize, la critique et écrivaine australienne Germaine Greer, qui avait enseigné quatre mois en Inde, avait dit ne pas reconnaître en ce livre l’Inde qu’elle-même avait connue.«C’est un livre canadien sur l’Inde», avait-elle lancé.Mistry en avait à peine cru ses oreilles.«Elle veut dire qu'elle, qui a enseigné quatre mois en Inde à des élèves de milieu aisé, connaît mieux l’Inde que moi qui y ai passé 23 ans avant d’émigrer?», répondait-il furieux.L’histoire privée d’intolérance Çr If ARCHIVES LE DEVOIR Rohinton Mistry d'Une simple affaire de famille se déroule sur la toile de fond de la montée du fondamentalisme religieux en Inde.Pourtant, le romancier n’écrit pas avec l’intention de développer une conscience politique chez ses lecteurs.«Mon engagement est d'abord et avant tout envers la narration et envers les personnages sur lesquels je choisis d'écrire.Si, pour dire leur histoire, il est nécessaire de mettre en lumière la réalité politique de cette société et de voir comment cette société tient ses ramifications dans leur vie, alors c’est ainsi.Mais je n'ai pas le désir brûlant d’éduquer qui que ce soit.Je crois d'ailleurs qu'un roman écrit avec l’intention d’éduquer finirait par être un mauvais roman», explique-t-il.Mais lorsqu’il se montre intéressé par l’élection récente du Parti du Congrès en Inde, le romancier se réjouit et se fait soudain plus loquace.«Les dernières années de pouvoir en Inde ont promu une montée constante du fondamentalisme hindou et delà politique de la division.L’exemple le plus frappant en est le carnage survenu dans l’État du Gujarat durant les mois de février et de mats 2002, alors que le BJP était au pouvoir Mus de 2000 innocents ont été tués, dont la majorité étaient des musulmans, alors que la machine judiciaire n'a pas fonctionné parce qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir.Husieurs ONG et organisations de droits de l'homme ont appelé ce massacre un génocide commandité par l’État.Les circonstances entraient dans la définition de l’ONU d’un génocide: une communauté a été identifiée sur la base de sa religion et systématiquement ciblée et tuée, leurs maisons et leurs entreprises ont été détruites, parfois avec l’aide de la police.» Peut-être y a-t-il là le contexte brûlant d’un prochain roman.Le Devoir Le baromètre du livre au Québec Palmarès des ventes 7 au 13 juillet 2004 Cette semaine Renaud-Bray a vendu 20 234 titres différents ± Polar | OA VINCI CODE T |0.BROWN JC Lattès i?2 Biographie B.CLINTON Odile Jacob j Sport LE TOUR OE FOGUA El CHRONIQUES FRANÇAISES AP P.FOGUA La Presse 7 Roman ENSEMBLE.C'EST TOUT AP A.GAVALDA Dilettante 6 5 Polar LOS ANGELES RIVER M, CONNELLY Seuil 5 f.Polar IA NUIT EST MON ROYAUME M, HIGGINS CLARK Albin Michel J Roman Qc L'HISTOIRE DE PI AP - Booker Prüe 2002 Y.MARTEL XYZéd.48 £ Essais Qc BIEN COMMUN RECHERCHÉ F, DAVID Écosociété Ji B.D.LARGO WINCH, t, 13 - Le prix de l'argent 1 VAN HAMME Dupuis II) Polar THE OA VINCI CODE AP D, BROWN Doubleday fl H Roman IA PROCHAINE FOIS M.LÉVY Robert Laffont 19 12 Polar PRIÈRES POUR IA PLUIE AP D.LEHANE Rivages 13.Biographie MY LIFE B.CLINTON Alfred A.Knopf 4 14 Jeunesse HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHÉNIX V (34»4 J, K.R0WUNG Gallimard 33 15 Essais Qc CONTES ET COMPTES DU PROF IAUZ0N, t.2 L.-P.LAUZ0N LanctSt 6 16 Psychologie GUÉRIR AP SERVAN-SCHREIBER Robert Laffont 65 17 Santé MÉNOPAUSE, NUTRITION ET SANTÉ AP L LAMBERT-IAGACÉ L'Homme 12 18 Roman MALAVITA T BENACQUISTA Gallimard LO 19 Roman PASCALE ¥ f.De LUCA Varia 47 20 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRESENT T E, TOLLE Ariane 196 21 Roman LE SECRET D'EMMA HARTE B.T, BRADFORD Presses de la Cité 5 22 Essai TOUS AUX ABRIS ! ¥ M.MOORE Boréal 20 23 Roman LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT IA NUIT ¥ M.HADDON Robert Laffont 17 24 Cuisine BARBECUE ¥ RAJCHLTN/SCHNEIDER L'Homme 116 Ots MOT 2004 Un nouveau Renaud-Bray à i \ Pointe-Claire Centre Fairview Livres - Husiqtw - Films - Jeta - Papeterie- Cadetia d’sit 25 Polar LA LIGNE NOIRE J.-C, GRANGE Albin Michel 8 26 leonesse LBD UNE AFFAIRE DE FILLES G.DENT Gallimard 3 27 Psycho.Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P M0RENCY Transcontinental 88 28 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 188 29 Actuelité CONTRE TOUS LES ENNEMIS ¥ R.CLARKE Albin Michel 4 30 Roman LA NUIT OE L'ORACLE ¥ P.AUSTER Leméac/Artes Sud 15 31 TantashqueQc LES CHEVALIERS D'ÉMERAUDE, t 1.1.2.t.3 et t 4 A, ROBILLARD de Mortagne 21 32 Polar U TRANSACTION 1.GRISHAM Robert laftont 13 33 Polar UNE AMITIÉ ABSOLUE ¥ ).LE CARRÉ Seud 11 34 Psychologie LES TREMBLEMENTS INTÉRIEURS D.DUFOUR L'Homme 75 35 Roman LES COLORIÉS A IARDIN Gallimard 15 36 BD KID PADDLE, n° 9 - Boing ! Bomg ! Bunk ! MIDAM Dupuis 17 37 B D Qc PAUL EN APPARTEMENT ¥ M.RABAGLIATI La Pastèque 11 38 Psychologie CESSEZ D ÉTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T, D'ANSEMBOURG L'Homme 182 39 Polar SHUTTER ISLAND ¥ D.LEHANE Rivages 44 40 Cuisine RECETTES D'ÉTÉ COLLECTIF Marabout 9 41 Polar LA SALLE DES MEURTRES P D JAMES Fayard 5 42 Roman Qc LA CHATELAINE DE MALIAIG ¥ D, IAC0MBE vlb éditeur 104 43 Roman Qc ET QUOI ENCORE ! D.BOMBARDIER Albin Michel 9 44 Roman ÉCOUTE-MOI ¥ M.MAZZANTINI Robert Laffont 22 45 BD ALBUM SPIR0U.t.276 COLLECTIF Dupuis 4 V : Coup de Coeur RB : Nouvelle entree Plus de lOOO Coups de Cœur, pour mieux choisir.^jfTn^éseaîTde^THbrâîrîesaiMjüéhern www.renaucl-bray.com t ICI ET AILLEURS ^ ¦ * ' ' x», I «MSI SOURCE LE GRAND GUIDE DE LA FINLANDE GALLIMARD Sur les flots de la mer du Nord «La Finlande tout entière entrait dans l’été.Les eaux s’étaient libérées, les humains réveillés.Le soleil resplendissait et un vent froid soufflait à grandes rafales.À Lestijàrvi, une mère de famille faisait cuire des brioches.Du côté de Kokkola, un conducteur en état d’ivresse provoquait un accident mortel.La routine d’un début d’été.» - La Cavale du géomètre, Arto Paasilinna JOHANNE JARRY On embarque par temps clair.Quelques heures plus tard, le paysage giflé de pluie devient illisible.On se replie au fond du bateau sur lequel claquent les vagues de la mer du Nord.On se sent définitivement perdu quand soudain la coque touche la côte norvégienne, le flanc du pays de Dîna.Elle est petite, ce jour-là, quand elle s’aventure dans la buanderie, curieuse de voir sa maman faire la lessive.Au moment où elle met la main sur la manivelle, sa mère comprend le danger, se précipite; l’eau bouillante de la bassine se déverse sur elle, devant le regard pétrifié de son enfant.L’histoire de la vie de Dina traverse l’œuvre poétique et tumultueuse de la Norvégienne Herbjorg Wassmo, qui vit à Hihnôy, une île située au nord du cercle polaire.Les trois tomes du Livre de Dina (10/18) sont centrés sur le personnage fantasque de Dina, marquée par la mort de sa mère et qui est devenue une femme imprévisible, que l’on craint.Dans les deux tomes de Fils de la Providence (10/18), l’auteure centre son récit autour de Benjamin, le fils de Dina, qui doit s’adapter à la vie marginale de sa mère.Quant aux trois tomes de L'Héritage de Kama (10/18), ils réunissent les destins de Dina, de Benjamin et de Karna, la fille de ce dernier, à qui Dina léguera son lourd secret.La densité et la complexité psychologique de ces personnages sont portées par un style épuré, empreint d’une sensualité singulière.L’univers romanesque d’Herbjorg Wassmo laisse transparaître une intense fréquentation de la poésie, matière qu’elle a longtemps enseignée avant de se consacrer à l’écriture de ses livres.Son œuvre fait aussi écho à la Bible, dont elle cite des extraits en tête de plusieurs chapitres.Et ces histoires prennent tout leur sens quand on les sait inscrites dans un pays où l’été et sa lumière se font si longtemps attendre.On a découvert le côté noir de la société suédoise grâce à l’inspecteur Wailander, création de l’écrivain Henning Mankell.Le Norvégien Gunnar Staalesen opte pour un genre moins noir mais tout aussi engagé.Varg Veum est devenu détective privé après avoir été congédié de la protection de l’enfance pour avoir frappé un homme qui tentait d’abuser d’une adolescente.Les clients sont rares, d’autant plus qu’il refuse ceux qui veulent le charger de causes conjugales; celles-ci lui rappellent son divorce.Dans Le Loup dans la bergerie (Folio policier), il accepte de prendre en filature une femme qui sera trouvée morte.Qui a commis le crime et pourquoi?Plus qu’un suspense, le ton de ce roman séduit grâce à la personnalité du détective, amateur d’aquavit.On attendra donc avec une certaine impatience l’arrivée en librairie (mi-août) de Pour le meilleur et pour le pire (Folio policier).Finlande Ils sont en cavale, les personnages d’Arto Paasilinna, et ils entraînent joyeusement le lecteur avec eux.L’aventure commence avec La Cavale du géomètre (Folio), quand un chauffeur de taxi croise le chemin d’un homme âgé immobile au milieu de la rue, incapable de faire son nœud de cravate.Le vieil homme est amnésique, le chauffeur de taxi a besoin de changer d’air; ils vont prendre la route sans donner de destination précise à leur escapade.On retrouve le motif du départ dans Petits suicides entre amis (Denoël & D’ailleurs).Deux hommes qui ont raté leur suicide décident de fonder un groupe pour venir en aide à ceux qui envisagent la même issue qu’eux.Le recrutement regroupe une trentaine de personnes.Tout ce beau monde décide de monter à bord d’un autobus pour traverser la Finlande jusqu’en Europe, virée qui devrait se terminer par un suicide collectif.Arto Paasilinna pra- tique avec naturel humour et dérision, écorchant sans retenue la société finlandaise et donnant d’excellentes raisons à ses personnages de quitter le pays.«L’on constata qu’il ne faisait pas bon vivre en Finlande, la société était dure comme le granit.Les gens étaient cruels et jaloux les uns des autres.Le goût du lucre était général, tous couraient après l’argent avec l’énergie du désespoir.Les Finlandais étaient sinistres et malveillants.S’ils riaient, c’était pour se réjouir du malheur d’autrui.Le pays grouillait de traîtres, de tricheurs, de menteurs.» Le lecteur qui préférera s’inventer un périple pourra aussi consulter Le Grand Guide de la Finlande (Gallimard).On aura un point de vue plus urbain sur la capitale grâce à Matti Yrjâna Joensuu, écrivain qui est aussi inspecteur au sein de la brigade d’Helsinki.Dans Hatjunpàa et les lois de l’amour (Folio policier), son commissaire Harjunpââ est particulièrement sensible aux difficultés familiales que vivent quelques-uns de ces collègues.L’écrivain crée un bon suspense autour d’un étrange tueur en série qui sait profiter de la crédulité de femmes avides d’amour et de présence, une réalité (la solitude de,s femmes) qu’il aborde sans trop caricaturer.A lire aussi: Har-junpaa et l’homme oiseau (Folio policier).Danemark Jens Christian Grondahl s’est fait connaître en France avec Bruits du cœur (Folio) , un roman plutôt bavard sur fond d’intrigues amoureuses et de quêtes identitaires.On découvre une écriture fine et plus nuancée, presque blanche, dans Virginia (Gallimard) , qui vient tout juste de paraître.Un adolescent et une jeune fille partagent quelques semaines de vacances dans une maison au bord de la mer du Nord pendant la guerre.L’adolescente découvre un aviateur anglais caché dans une remise.Le lendemain, elle prend la fuite devant les Allemands qui le font prisonnier.L’adolescent n’a pas oublié Virginia.Alors qu’ils sont presque des vieillards, ils se revoient par hasard, à Paris, et se rappellent cet été-là.Un récit pudique où affleurent les fragilités humaines.ROI SUITE DE LA PAGE E 1 Après son décès, on l’a mis sur la glace parce qu 'on avait peur de passer pour des opportunistes», se rappelle Dubois.L’idée était dans l’air depuis trois ou quatre ans, jusqu’à ce que tout se décide, lors d’une discussion entre Frédéric Dubois et son frère, le comédien Patrice Dubois, qui a hérité du rôle-titre.Outre ce dernier, presque tous les acteurs — ils sont douze au total — sont des comédiens de la bande des Fonds de Tiroirs.Une épopée dans une ruelle Créée par le NTE en 1981, Vie et mort du roi boiteux n’a jamais fait l’objet d’une reprise sérieuse.D’ailleurs, dans son livre sur Jean-Pierre Ronfard, le critique Robert Lévesque note que «l'on imagine mal [cette pièce] être reprise plus tard, ailleurs ou par d'autres».Il faut dire que l’œuvre originale est tout simplement monumentale: 10 heures, 2Qp personnages, 25 comédiens.À la fois pastiche et honunage aux grandes tragédies classiques, la pièce raconte l’histoire de deux familles — les Ra-gone et les Roberge — à travers quatre générations.L’action tourne autour de l’ascension de Richard le Boiteux vers les sommets du pouvoir et du ridicule.•C’est la thématique de l'humain qui se pervertit, du Roi de la patate qui devient le roi», observe Frédéric Dubois.L’action se déroule La joyeuse bande du Théâtre des Fonds de Tiroir.TRISTAN MCKENZIE dans le quartier de l’Arsenal, une espèce de Montréal-Est où l’on s’exprime en jouai ou en français littéraire, selon l’humeur et les prétentions du jour.Comme le dit Marie-Christine Lavallée, «dans l'écriture, il y a toujours un croisement entre le sublime et le bâtard».Faisant fi des distances temporelles et spatiales, Ronfard s’amuse à faire voyager le roi boiteux et ses ouailles jusqu’en Azerbaïdjan, nous faisant rencontrer tour à tour Moïse, Jeanne d’Arc, Mata Hari et Einstein.À l’origine, la pié ce avait été créée dehors et dans plusieurs lieux.On faisait participer des animaux et des grosses machines, les comédiens se foutaient à poil, bref, tout était permis.«Cette œuvre-là a été conçue pour produire un acte festif de théâtre, un événement», poursuit Lavallée.Toutefois, il ne faudrait pas croire que le texte est chaotique pour autant.Au contraire, insiste Dubois, sa structure est particulièrement «serrée et claire».Le metteur en scène s’est quand même permis des coupures pour resserrer le spectacle autour de l’intrigue principale.La pièce sera présentée demain et les deux dimanches suivants dans sa version intégrale, et les vendredis et samedis en ï deux parties.Comme emplacement, on a choisi la cour arrière de la salle de spectacles des Oiseaux de passage, dans le quartier de Limoilou, lieu où le TFT avait présenté Zazie dans le métro, la pièce qui l’a fait connaître.Dubois a fait appel à une équipe de quatre scénographes sous la direction de Yasmina Giguère, une autre fidèle compagne du TFT repêchée depuis peu par Ex Machina.Pour la bande du TFT, cette rencontre avec Ronfard était presque prédestinée.En plus de partager avec le dramaturge une certaine vision du théâtre, Dubois a monté plus d’un texte auquel Ronfard s’était lui-même attaqué, tels Ah! ha! et Ubu Roi.Marie-Christine Lavallée, qui avait côtoyé l’homme à l’époque de la mise en scène de Ah! ha! au Trident, devait quant à elle travailler sous sa direction dans Aphrodite en 2004.Pis encore, l’un des personnages centraux du Roi boiteux se nomme.Freddy Dubois.Bref, cette reprise est un heureux dialogue à plusieurs égards.Dialogue entre deux mondes, deux époques, deux générations.Dialogue entre le théâtre et la réalité, le rire et la tragédie, la vie et la mort Du 18 juillet au 1" août dans la cour des Oiseaux de passage 499,4' Avenue, Limoüou, Québec Réservations ; » (418) 524-0555 l mmumm LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2004 E 3 Littérature HOMAN QUÉBÉCOIS LITTÉRATURE AMÉRICAINE Le lampadaire derrière le deuxième but Suzanne Giguère Presque vingt ans après Des histoires d’hiver, avec des rues, des écoles et du hockey, qui a inspiré le beau film de François Bouvier portant le même titre (1998), l’écrivain et scénariste Marc Ro-bitaille reprend le chemin de l’enfance.L’action à’Un été sans point ni coup sûr se déroule à Montréal à la fin des années 1960.Nous sommes au mois de juin, ça sent l’été et le narrateur, douze ans, termine sa sixième année.Passionné de baseball, il passe ses journées à penser à son sport favori, ses soirées à écouter les parties des Expos, collectionne les cartes des joueurs, découpe leurs photos dans le journal et les colle sur les murs de sa chambre sous l’œil réprobateur de son père.Ce dernier estime en effet que la géographie et les mathématiques «préparent mieux les enfants à l’avenir».Le ton est donné.Avec un récit amusant et plein de fraîcheur, tendre et touchant, le romancier nous ramène dans le monde de Ten-fance avec ses joies et ses chagrins, baisés par l’école, les jeux, les copains et les premiers tremblements amoureux.Le futur adolescent traverse une époque «historique» plus ou moins glorieuse marquée par la fin de la Révolution tranquille au Québec, la marche des premiers astronautes sur la Lune, la guerre du Vietnam et le festival de musique de Woodstock.D découvre aussi que les adultes pratiquent l’art de la dissimulation.En fait, il n’a qu’une idée en tête: échanger son «royaume pour un cheval», comme le Richard III de Shakespeare, afin de prendre la fuite.vers le terrain de baseball et être sélectionné pour faire partie des Aristocrates, l’équipe professionnelle de la paroisse.Le romancier prend tout son temps et maintient le suspense.Retour sur la dernière année au primaire et rencontre avec un maniaque de baseball.Le Club de réserve M.Audet, le singulier professeur de la classe de &, s’est engagé à ne pas donner «un seul devoir PLATE de l’année».Avec lui, les élèves construisent des maquettes des temples mayas et des drakkars de Vikings.Un jour, quelqu’un écrit sur le mur de l’école: «Le directeur est un dictateur.» M.Audet explique clairement aux élèves la nature des régimes politiques des dictateurs.Avec une pointe d’humour, le narrateur conclut «On a vu que c’était en fin de compte très différent du travail du directeur d’école et que Pichette était un gars plutôt mal informé.» À quelques jours de la fin des classes, lors d’une discussion animée, les filles traitent les gars de «pas évolués parce qu’ils ne pensent qu’à jouer et à se tirailler».Le narrateur se lance dans une autocritique rigolote: «On a fait perdre beaucoup de temps d’enseignement en classe, on a commencé beaucoup de chicanes, on a été responsables de toutes les retenues Et toute l'année, on s’est intéressés à des niaiseries comme la tag, la lutte, les ballounes d’eau, les bouillons de neige, les réglisses spaghetti, les billes, le bolo, Bob Morane, le Saint, James Bond, Batman et les cartes dégommé balbutie.» Le narrateur aime bien son voi- sin, Monsieur B.On l’appelle ainsi «parce que son vrai nom a trop de syllabes».Passionné de baseball, ce dernier affirme que ce sport aide à civiliser la société et à la rendre moins barbare parce qu’il amène l’homme «à prendre l’air, à prendre son temps et à penser».Cette explication joyeuse et hautement philosophique enchante le narrateur.Le romancier relance l’intrigue.Non sélectionné pour faire partie des Aristocrates, le narrateur rentre chez lui sans uniforme, ni casquette, «avec une brûlure à l’estomac».Son père, constatant la déception de son fils, décide de rassembler tous ceux qui n’ont pas été choisis et fonde le Club de réserve.Mais l’équipe doit se contenter du terrain d’en bas, «celui avec la gravelle, les vieux gradins tout croches et le lampadaire juste derrière le deuxième but» et supporter un grand du secondaire «qui passe en fou avec son scooter en plein milieu du terrain».Les joueurs héritent des chandails de l’équipe de hockey pee-wee que plus personne ne veut, «des chandails mauves, en plus».Les situations drôles se succèdent, Mouf, la dernière recrue, passe près de décapiter un joueur, frappe une «archi longue fausse balle» qui frôle une fille en train de danser à la corde.L’été s’annonce catastrophique.L’équipe n’a gagné aucune partie depuis le début de la saison: «Une défaite honorable aujourd’hui, une victoire morale l’autre jour, je me demande bien ce que mon père va trouver comme encouragement le prochain coup.» Néanmoins, le Club de réserve continue de nourrir un rêve secret, celui de jouer contre les Aristocrates et de les «écra-poutir».Contre toute attente, le match est disputé, le narrateur lance une partie «sans point ni coup sûr», ce qui est extrêmement rare.À la fin de l’été, il réussit sa première balle courbe et découvre que Sophie, qui lui chatouille le cœur, adore le baseball.Il rêve déjà à la nouvelle saison, «dans huit mois.l’été prochain», où il lancera une balle courbe et entendra l’arbitre crier «STRIKE ONE!» «Je vais aller m’asseoir sur le banc des joueurs, fier de mon coup.Je dirai rien, je vais juste fermer les yeux et me faire chauffer au soleil un peu avant mon tour au bâbn.Il va y avoir un peu de vent et ça va sentir le gazon vert.» Une belle humeur contagieuse Le livre ressemble à un scrapbook avec des photos des joueurs des Expos et des Cubs de Chicago, des coupures de presse, des affiches, des cartes de pomtage, le programme officiel des Red Sox, la page couverture de Pocket Book Jr.sur le basebafl, celle d’une aventure de Bob Morane, du Cahier de géographie 6e-7' année et d’une affiche du festival de Woodstock.On retiendra d’t/« été sans point ni coup sûr l’importance de la passion sportive comme lien privilégié entre un garçon et son père, le mélange de candeur, de simplicité et de drôlerie exprimé dans un langage enfantin juste, des propos philosophiques et des observations piquantes sur les comportements humains, une belle humeur contagieuse, une douce nostalgie et, par-dessus tout, une passion éternelle pour ce jeu emblématique que d’autres romanciers, comme le Québécois David Homel (Il pleut des rats) ou l’Alber-tain W.P.Kinsella (Shoeless Joe Jackson Comes to Iowa), ont immortalisé à leur manière.UN ÉTÉ SANS POINT NI COUP SÛR Marc Robitaille Les 400 Coups On retiendra à9 Un été sans point ni coup sûr l’importance de la passion sportive comme lien privilégié entre un I garçon et son père Bukowski portatif Dix ans après la mort de l’écrivain, une intégrale de ses nouvelles et de ses contes ARCHIVES LE DEVOIR CHRISTIAN DESMEULES A un inconnu qui lui demande un jour comment un «vieux dégueulasse» comme lui s’y prend pour mettre la main aux fesses de toutes ces jolies femmes: «Mon Dieu, comment faites-vous?—Je tape, j’ai dit.— Vous tapez?— Oui, dix-huit mots à b minute en moyenne.» Il n’y a pas non plus d’autre secret pour écrire.Taper et retaper, à deux doigts ou à quatre.Et c’est ce que l’auteur de L’amour est un chien de l’enfer et de Women a fait durant une petite cinquantaine d’années pour accoucher lentement d’une œuvre imposante et obstinée sur laquelle souffle un fort parfum d’autobiographie.Frénésie alcoolique, dépravation urbaine, licence sexuelle.L’alcooL donc, la solitude, Los Angeles, les femmes — femmes trop belles, demi-folles ou sorcières.Une machine à écrire posée devant lui, des réserves de bière dans le frigo, faisant défiler ses fantasmes et ses déceptions, «Buk» met en mots la dérive douce d’écrivains et d’artistes, de poivrots et de marginaux en tous genres.Dix ans après la mort de Bukowski, Grasset réunit en un seul gros volume la totalité de ses nouvelles.Les Contes de la folie ordinai- «Buk», le «vieux dégueulasse».re, Les Nouveaux Contes de la folie ordinaire (l’éditeur français ayant choisi de couper en deux, en 1977 et en 1978, Erections, Ejacubfions, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness), Au sud de nulle part et Je t'aime, Albert.Près de mille pages, un peu plus de 125 nou-veües, beaucoup de savoir-faire et de gros mots.L’intégrale des romans devrait suivre l’an prochain.Des histoires souvent poignantes d’amour et de mort, au-delà des cabrioles poisseuses et de la provocation systématique, où l’émotion est au rendez-vous, tou- jours à fleur de peau comme une cicatrice usée.Que ce soit dans Le Petit Ramoneur, véritable bijou de littérature kafkaïenne où un homme amoureux d’une femme fatale rétrécit peu à peu jusqu’à devenir un maniable et docile instrument de plaisir, dans La Sirène baiseuse de Venice, Californie ou encore dans Ma maman gros cul: de la poésie, des fleurs, du sang et du béton.«Je n aime pas les petits gars rasés de près, portant cravate et nantis d’un bon boulot», fait-il dire à son alter ego Henry Chinaski dans une nouvelle intitulée Tripes, «faime les hommes désespérés, les hommes aux dents brisées et aux manières brusques.J'aime également les femmes de mauvaise vie, les po-chardes vicieuses et fortes en gueule aux bas avachis et au visage ravagé dégoulinant de mascara.Les pervers m ’intéressent davantage que les saints.» Et un peu plus loin, à l’intention du lecteur qui n’aurait pas encore compris: «Je n 'aime pas b loi, b morale, b religion, les réglements.Je refuse d’être modelé par b société.» Tout Bukowski est là, en une manière de profession de foi, et chacune de ses nouvelles est une variation sur le thème infini de la liberté sans faille.Irréductible et exemplaire à sa façon.Au Green Hills Memorial Park où il est enterré, près de 1ns Angeles, une brève épitaphe brille comme une enseigne au néon au-dessus d’un petit boxeur en effigie: «Dont try» Une lecture ponctuée de grands éclats de rire, de silences admiratifs et de coups de cafard.Et puis l’amour n’existe pas, nous dit Bukowski.C’est un conte de fées.Comme la société de consommation ou la quête du bonheur.Comme le père Noël.À savourer lentement pour éviter la cuite.CONTES ET NOUVELLES Charles Bukowski Traduit de l’anglais (États-Unis) Grasset, col! «Bibliothèque» Paris, 2004,940 pages Publier à tout prix?Un Maroc non exotique JOHANNE JARRY Prenez un auteur dont l’œuvre traduite connaît un beau succès en France et un éditeur très sensible à l’engouement des lecteurs qui attendent impatiemment chaque nouvelle parution.Que risque-t-il d’arriver si l’auteur ne fournit pas?On peut décider de traduire (faute de nouveauté) un roman dont on retardait la publication, vu la minceur de sa valeur littéraire.Ou peut aussi, en manque de matériel romanesque, baptiser «roman» un livre regroupant de longues nouvelles.Ce genre de manœuvre commerciale ne ressemble pourtant pas aux éditions Métailié, qui ont fait découvrir au public français l’œuvre de l’écrivain cubain Leonardo Padura en publiant Electre à La Havane et L’Automne à Cuba, deux romans écrits à la fin des années 90, où Padura questionne, sous forme d’enquêtes policières, la situation politique du pays.Son deuxième roman, écrit en 1992 et qui vient pourtant tout juste de paraître, ne laisse rien entrevoir de la subtilité et la complexité qui caractérisent l’univers romanesque des titres cités d-dessus.Dans Vents de Carême, le com missaire Mario Conde tombe amoureux «raide» d’une femme qu’il espère conquérir.Au même moment, on lui confie une enquête concernant l’assassinat d’une pro-fesseure.Ce qui se transforme en intrigue politique entremêlée à un trafic de drogue semble laisser indifférent l’amoureux transi, attitude qui contamine rapidement le lecteur.Mis à part quelques scènes érotiques convaincantes, ce deuxiè me roman de Leonardo Padura ne peut être lu comme les balbutiements de l’œuvre, tellement son contenu est superficiel.S’ajoute à cela la grossièreté de la traduction, truffée d’expressions qui donnent l’impression d’avoir affaire à un flic parisien plutôt qu’à un commissaire de La Havane.Bref, ce Vents de Carême serait une bien mauvaise porte d’entrée pour qui voudrait découvrir l’œuvre de Lronardo Padura.À la fin du très suave roman L’Odeur de b nuit, publié par le très populaire écrivain italien Andrea Camilleri, le commissaire Montal-bano s’évanouissait (attaque de sensibilité ou crise cardiaque?) devant sa Livia chérie.On se réjouissait de connaître enfin la suite avec La Peur de Montalbano.Hélas, ce livre, qui n’est pas un roman (contrairement à ce que l’éditeur indique sur la page couverture), réunit des nouvelles si fades qu’on a l’impression qu’elles ont été écrites pour rien.Même la traduction de Serge Quadruppani apparaît forcée à plusieurs endroits, trop visible pour être naturelle.Il faut donc attendre et espérer la vraie suite de L’Odeur de b nuit.VENTS DE CARÊME Leonardo Padura Traduit de l’espagnol (Cuba) par François Gaudry Métailié, Paris, 2004,228 pages LA PEUR DE MONTALBANO Andrea Camilleri Traduit de l’italien (Sidle) par Serge Quadruppani Fleuve Noir, Paris, 2004,240 pages x LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité ?Livres d’art ?Littérature et de collections ?Philosophie ?Canadians ?Sciences humaines ?Livres anciens et rares ?Service de presse Faites-nous part de vos desiderata 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal), Montréal 514-522-8848 1-888-522-8848 7 jours 7 soirs de lOhOO à 21h00 bonheurdoccasion @ bel 1 net.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L'ACHAT DE B I B LIOTH ÈQU ES IMPORTANTES.N AÏ M KATTAN Gaël est un Français qui se sent mal dans sa peau.Enfant, il est persécuté et battu par des écoliers maghrébins de son âge.Il trouve refuge dans l’amitié de Farida, une jeune fille d’origine algérienne qui rêve du pays de ses parents et qui apprend l'arabe afin de s’y rendre.S'intéressant paradoxalement et quasi exclusivement aux Maghrébins, Gaël choisit, dans un club de correspondance, Mohamed, un jeune homme du Maroc.Farida se rend en Algérie où, accablée par l’échec, elle décide de retourner en France, et, sans travail, sans papiers, au fond du désespoir, elle se suicide.Gaël se sent coupable de ne pas l’avoir secourue.Il se rend au Maroc chez son correspondant Mohamed, qui est chômeur et pauvre et qui rêve de quitter son pays.Les deux amis parcourent le Maroc, sont accueillis par des cousins, des oncles et des amis de Mohamed.L’auteur fait une chronique quotidienne des péripéties de cette pérégrination.La misère est le destin commun de tous ceux dont Gaël fait la connaissance; une vie sans ouverture, dont la seule lueur est l’espoir de partir, de gagner l'Europe, une terre promise où la richesse n’est pas une utopie.Ce livre est un récit de voyage plutôt qu’une œuvre de fiction.Gaël fait état de ce qu’il voit, donne la parole, sans commentaire et sans surprise, aux hommes et aux femmes qu’il rencontre.Il tombe sur des personnes accueillantes malgré leur dénuement, ainsi que sur des durs et des indifférents.D décrit une misère ordinaire, des existences au seuil du désespoir.D ne plaint pas ceux dont il partage momentanément la pauvreté.Pour pénétrer cet univers, il cherche à apprendre la langue et nous livre un compte rendu à distance, sans révolte.Nous sommes à mille lieues de l’existence que recherchent les touristes.Il rentre chez lui et son périple n’aura été qu’une parenthèse, le constat d’existences dégradées, de vies non vécues.QUELQUES MOTS D’ARABE Loïc Barrière, Éditions du Seuil Paris, 2004,156 pages C’est en ubrairie qu’on trouve ce QUE L’ON CHERCHE QU’ON COMMANDE CE QUI NOUS PLAÎT QU’ON DÉCOUVRE DES MILLIERS DE LIVRES C’EST EN LIBRAIRIE QU’ON RENCONTRE DES LIBRAIRES.CSSHjOR présente : fg courant des mots ^v,l«bouM9hao J 1 • ^ 1 j 1 H nm ch e x Ce n t r i s J \ lIllUllLUj ^*4"' 514 847 2206 www.EX-ciNTitis.coM Uhistoire mouvementée du son au cinéma L’Auditorium du Louvre présentait le mois dernier un remarquable cycle intitulé Du muet au parlant.Notre collaborateur en était.RÉAL LA ROCHELLE Du 10 au 20 juin dernier se te-nait, à l’Auditorium du Louvre, un remarquable cycle intitulé Du muet au parlant.Expérimentations sonores au cinéma, en partenariat avec la revue Positif.Un événement international composé de films, de conférences et de tables rondes qui montrait à l’évidence que, de 1895 jusqu’au milieu des années 30, s’est construit avec audace et entêtement un cinéma qui a toujours voulu être sonore et qui, paradoxalement, s’est constitué dans ce que l’on a appelé, à tort, le film «muet».Les films de ce cycle, rassemblés avec une patience infinie et avec l’aide de plus d’une vingtaine de centres d'archives cinématographiques, venaient des quatre çoins de la planète cinéma — Etats-Unis, Russie, Finlande, France, Allemagne, Angleterre, Pays-Bas, Hongrie.L’ONF canadien y était représenté par quelques films de Norman McLaren.Au milieu de dizaines d’experts, trois chercheurs de l’Université de Montréal participaient aux assises: André Gaudrault, Germain Laçasse et moi-même.Les organisateurs du cycle avaient réuni un éventail impressionnant, plein d'inédits, de films de laboratoire, de pellicules expérimentales, de films de démonstration, ainsi que de courts, moyens et longs métrages destinés au grand public.Au menu: le Dickson Violon d’Edison, fabriqué au tournant de 1895 à New York, des chansons sonores d’Auguste Baron en 1898, le phono-cinéma-théâtre de Clément-Maurice pour l’Exposition universelle de Paris en 1900, puis les phono-scènes de Léon Gaumont au début du XXr siècle, celles aussi faites par Pathé en France, ou par Cinephon en Allemagne, toutes réalisations de couplage film-disque.Sans compter les façons diverses, insolites et ingénues de sonoriser les films «muets» en direct ciné-déclama-teurs russes, machines à bruiter, bonimenteurs, musiciens et chanteurs, harmoniums et orgues, divertissement des Nikelodeon américains reconstitués par Rick Altman, etc.Cette portion du cycle était organisée en partenariat avec le CNRS, groupe de recherche «Le muet a la parole», sous la direction scientifique de Valérie Pozner et de Giuzy Pisano.Des années de misère à la gloire Le programme a ensuite illustré les décennies 1910 et 1920 avec de nombreux exemples de chansons et pièces filmées de Georges Mendel ou de Georges Lodier, avant d’arriver, au milieu des années 20, aux courts métrages américains de Warner-Vita-phone et à l’explosion du lancement commercial du cinéma sonore synchronisé, marqué par la borne historique de The Jazz Singer en 1927.Le reste appartient à l’histoire d’un cinéma maintenant bien sur ses pieds, images et sons, et qui va bientôt donner, au milieu de sa production de masse (souvent une sorte de théâtre filmé très bavard, de bruitages clichés et de musiques de redondance), de multiples chefs-d’œuvre où les cinéastes, les ingénieurs du son et les musiciens rivalisent d’audace et d’imagination pour concocter des bandes sonores raffinées et originales.A partir de l’année 1926, durant une période de transition qui se déroule presque jus qu’au milieu des années 30, surgit une nouvelle bataille des Anciens et des Modernes: «Oui au cinéma sonore, non au cinéma parlant!» Apparaissent alors, du côté des tenants du film sonore, d’ingénieux et magnifiques longs métrages comme Applause (1929), mysical de Rouben Mamoulian; L’Age d’or (1930), premier film sonore de Luis Bunuel; Odna (Seule, 1931), de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, sur une musique de Dimitri Chostakovitch; ou encore le mystérieux Rapt (1934), étonnant film français de Dimitri Kirsanoff sur des musiques d’Arthur Honegger et Arthur Hoérée.Des courts métrages aussi: des documentaires britanniques avec musiques de Benjamin Britten, Night Mail et Coal Face fies deux de 1936), pro- Du muet J* I I 1 Cl 11 nu ta «u g» turn î004 parlant Ce cycle de l'Auditorium du Louvre a été une formidable machine à remonter le temps duits par la célèbre unité film du General Post Office, où travaillèrent John Grierson et Norman McLaren avant de venir faire naître l’ONF du Canada.D’autres révélations: des «impressions ciné-graphiques» de Germaine Dulac, en 1930, jolis bijoux où les images fil-miques servent à l’écoute des disques et des phonographes bien visibles; des exemples de 1926-28 au Danemark; le Movietone américain ou encore L’Eau du Nil, le premier film sonore français; des «cinéphonies» de Kirsanoff, les premières apparitions jaz-ziques de Duke Ellington, Billy Holliday, Lester Young, celle aussi de Leopold Stokowsld, qui s’illustrera bientôt dans le Fantasia de Walt Disney.Sans compter quelques «soundies», ces films musicaux pour juke-box des années 3040, ancêtres des Scopi-tones français et des vidéoclips.Le travail des avant-gardes Le dernier week-end du cycle offrait un fabuleux programme des innovations sonores et des avant-gardes cinématographiques.Conçu par Philippe Langlois, musicologue et producteur d’art radiophonique sur France Culture, ainsi que par les responsables des cycles film-musique de l’Auditorium du Louvre (Christian Labrande, Antonie Bergmeier, Christian Longchamp), cette dernière ronde a réuni un véritable marathon de trésors d’archives et de raretés.Une séance fut consacrée au travail d’Arthur Honegger au cinéma: une première version de Pacific 231 (bien avant celle de Jean Mitry en 1951), faite en URSS, en 1931, par Mikhail Tse-khanovski; une autre musique pour le court métrage français d’animation de Bertold Bartosh, L’Idée (1934), une troisième pour le long métrage Rapt.D’autres programmes ont été dédiés à Jolis Ivens et à Walter Ruttmann, au documentaire britannique des années 30, au compositeur Hans Eis-ler, au premier long métrage sonore de Dziga Vertov (Enthousiasme, 1930).D’autres encore faisaient la lumière sur les pionniers de la synthèse optique: Rudolf Pfenninger, Yevgeny Cholpo, Konstantin Voivov, Norman McLaren, Oscar Fischinger, les frères américains John et James Whitney; une séance était consacrée à luis Bunuel; enfin, un hommage au Ballet mécanique de Fernand Léger et Dudley Murphy, musicalisé par Georges Antheil en 1924.D’autres encore, américains, allemands ou hongrois.Pour compléter le tout, deux tables rondes ont réuni des experts sur la restauration du son au cinéma, de même que sur l’avant-garde comme laboratoire des techniques électroacoustiques.QueÛes idées conservées à partir de cette nomenclature impressionnante?Pour les inventeurs du cinématographe, l’industrie du film a toujours voulu être sonore, en dépit des difficultés à enregistrer et à projeter le son, à le synchroniser avec l’image.De 1895 à 1926 (première à New York d’un programme de films sonores, un an avant The Jazz Singer), de multiples expérimentations ont été offertes autant aux ingénieurs, aux producteurs et aux cinéastes qu’au grand public.Ensuite, la résistance de certains cinéastes (Chaplin, René Clair) à l’arrivée du «film parlant» portait davantage sur la nécessité de faire un art de la bande sonore plutôt que de 1 laisser simplement parler les films (de la «radio en images»).Enfin, toutes les formes et tous les genres de films furent soumis à la donnée sonore, tant dans le domaine des films grand public que dans les plus pointus des films expérimentaux.Cet extraordinaire cycle de l’Auditorium du Louvre a été une formidable machine à remonter le temps, à nous réinstaller dans cette vaste forêt de sons et d’images qui ont permis de traverser les décennies du début du XX' siècle, en allant puiser à la source du studio Black Maria d’Edison à New York, en 1895, quand le grand inventeur fit germer un premier film sonore, appelé Dickson Violon.Un très bref film de 20 secondes que la bibliothèque du Congrès de Washington a récemment restauré, après 106 ans de dormance dans les archives du film et de la phonographie.Collaboration spéciale Anne Fontaine, en phase et en rupture La voix flûtée d'Ardant, la voix soul de Béart et le silence de Depardieu forment le tissu sonore de Nathalie., un film de chambre qui prendra l’affiche vendredi prochain.MARTIN BILODEAU Deux fenunes, un honune, un film.Français, vous me direz, et quelque part, ça va sans dire.Nathalie., c’est sur papier une ré flexion sur le fantasme et l’érotisme oralisé, sur l’écran, un suspense psychologique un peu sec et guindé sur l’éternel triangle amoureux.Après Nettoyage à sec et Comment j’ai tué mon père.Anne Fontaine avait envie de poursuivre dans la même veine, sur d’autres chemins.En phase et en rupture.En conférence de presse au dernier Festival de Toronto, où Nathalie.était présenté en première mondiale, la cinéaste reconnaissait qu’*H« metteur en scène travaille toujours autour de thèmes assez obsessionnels, assez personnels aussi.La trace qui subsiste entre mes films précédents et celui-ci, c'est essentiellement l’intrusion d’un personnage étranger qui va infléchir le destin de gens établis dans une vie qui est apparemment sans faille».Ce personnage «théorémique», c’est Nathalie, justement.Proie consentante ou fantasme non remboursable, c’est selon, de messieurs esseulés qui passent par la boîte de nuit parisienne où eÙe est hôtesse, Nathalie acceptera d'empocher de fortes sommes offertes par Catherine (Fanny Ardant), une bourgeoise, sous condition qu’elle lui raconte ses séances à l’horizontale avec son mari (Gérard Depardieu).Au fil des récits fameux de Nathalie et des indiscrétions de l’épouse, la relation entre les deux fenunes s’intensifie, tandis que le personnage du mari s’enfonce dans l’ombre.Pour incarner cette relation entre deux femmes aux antipodes sur l’échiquier social et culturel, Anne Fontaine a longuement médité.Le scénario était écrit losqu’elle songea à confier le rôle de Catherine à Fanny Ardant.«Son aspect romanesque, la singularité et l'émotion cachée qu’elle transporte me paraissaient en phase avec le parcours du personnage.Je samis qu en contrepartie, l’actrice qui jouerait Nathalie devait être lisible directement, c'est-à-dire offrir quelque chose d'immédiat, de fulgurant.en opposant en même temps de l’opacité, quelque chose qu 'on ne peut pas prendre.Quand j’ai rencontré Emmanuelle (Béart], (a m’a paru évident.Je l’ai choisie sans que mon choix passe par la tête, moi qui suis assez cérébrale pourtant» Le casting de Nathalie.sera jusqu’au bout affaire d’équilibre, de mystères, de vont aussi.Fontaine se dit subjuguée par le contraste entre celle d’Ardant, llûtée, et celle de Béart, plus soul, mais aussi par le courant qui passe par les voix, en général.Un tandem mythique Restait à distribuer le rôle du mari, personnage quasi muet, Fontaine a pris un beau risque.«R fallait que dans ce couple il y ait encore une sexualité possible.Qu ’on n'ait pas l’impression que la sexualité était rangée pour l’éternité.C’est un peu le danger quand on choisit un couple d’une cinquantaine d’années.Dans le cas de Depardieu.ce qui importait, c’était qu’on puisse l’imaginer dans des situations qui ne sont jamais représentées physiquement.» Fontaine a donc réuni Ardant et Depardieu, tandem mythique du non moins mythique La Femme d’à côté, de François Truffaut.Sans désir d’hommage, sans non plus penser à autre chose qu’à la chimie qui opère entre les deux acteurs — chimie qui, soit dit en passant, depuis le tournage de Nathalie., s’est prolongée à la ville.«Je trouvais que c’est important, quand vous racontez une histoire de couple, qu’il y ait une légitimité immédiate entre l'homme et la femme, avant que le film commence.Qu’en les voyant apparaître, on ne mette pas en question leur rapport.Leur histoire, mais surtout leur histoire de cinéma, se déposait à leur insu dans le sujet», constate la cinéaste.Etonnamment, le personnage de Bernard est celui qui, tout au long du film, conserve le mieux sa part de mystère.Ce rôle en creux offre un véritable contre-emploi à Depardieu, qui relève le défi de façon stupéfiante.«Quand il a lu le scénario, il m a dit: “En fait, vous mettez mon personnage dans la même situation où Claude Sautet mettait les femmes à une certaine époque.J’aime beaucoup ca."Ça m’a amusé que Depardieu fasse ce parallèle.Four ma part, de le faire jouer, dans l'économie, un rôle moins axé sur le tempérament que sur l’existentiel, ça m’excitait beaucoup.» Film sur le contrôle, de la parole et de son débit, des sentiments et de leurs alibis, Nathalie.est une œuvre contenue, implosive plus qu’explosive, où les rapports humains sont truqués, les certitudes des deux héroïnes, évaporées.«Dans leur rapport, une part aveugle se met à fbnctùmner autrement, part qui échappe à leur pacte de départ, lequel était précis et codifié.» Interrogée sur son rapport à la sexualité, la metteure en scène de Nettoyage à sec explique, d’une part, qu’il existe une différence existentielle, métaphysique, dans le rapport qu’entretiennent les femmes avec la sexualité.«Les femmes en parlent de façon plus radicale.Four ma part, j’aime aller jusqu'à l’os de la situation.Or, quand je dirige des acteurs, je ne me place pas dans l'état d'une femme ou d’un homme, je suis asexuée, ou plutôt, je suis dans un espace où je peux être les deux sexes à la fois», affirme celle qui en avait marre de voir l’inflation dans la représentation sexuelle au cinéma.Nathalie.s’inscrit en faux de ce phénomène.«Je voulais parler de la sexualité dans sa fragilité.Qu’est-ce que c'est quand on n'y arrive pas?Qu'est-ce que c’est quand on ne peut pas y arriver de manière naturelle?On est tellement envahis par l’image d’une sexualité facile à conquérir», déplore Anne Fontaine.Parlez-en à Nathalie.DE SAINT-SAUVEUR DU 30 JUILLET AU 8 AOÛT 2004 BALLET INTERNATIONALE CHICAGO CHILDREN S CHOIR MARGIE GILLIS Saint-Sauveur HÔTEL DE VILLÉGIATURE 4 SAISONS FORFAIT HÉBERGEMENT : Manoir Saint-Sauveur 1-800-361-0505 www.manoir-saint-Muveuf.cofn ASPEN SANTA FE BALLET GINO QUILICO LE JEUNE BALLET DU QUEBEC CONCOURS INTERNATIONAL DE CHOREGRAPHIE GIOCONDA BARBUTO Spectacles gratuits sur la scène extérieure WDécor Antique www at(oranltqur qc (a au 30 Juillet au l août 2004 BILLETS / RÉSERVATIONS : 450.227.9935 www.artssaintsauveur.com ¦ 1 mkMË UÊB LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUILLET 2004 E 8 TH O lu u; PHOTOS METRO-GOI.DWYN MAYER Dans cette biographie musicale d’un académisme quelque peu poussiéreux, l’histoire de Cole Porter ressemble à une succession de vignettes au goût rétro où s’intercalent des ballades fort séduisantes.Un homme qui connaît la chanson.DE-LOVELY Réalisation: Irwin Winkler.Scénario: Jay Cocks.Avec Kevin Kline, Ashley Judd, Jonathan Pryce, Kevin McNaDy, Sandra Nelson.Image: Tony Pierce-Roberts.Montage: Julie Monroe.Musique: Cole Porter.Etats-Unis-Royaume-Uni, 2004, 125 min.ANDRÉ LAVOIE Dans un théâtre en décrépitude, symbole d'un espace entre existence et néant, un vieil* homme semble à la fois égaré et en pays de connaissance, conduit par un dénommé Gabe (Jonathan Pryce), ange dépourvu d’ailes mais ayant le pouvoir de reconstituer le passé sous fonne de comédie musicale.Ce spectateur n’est nul autre que le célèbre compositeur Cole Porter (Kevin Kline), dont la vie défilera au rythme de ses chansons dans De-Lovely, d’Ir-win Winkler.«It's your life.Your music will be our guide», déclare Gabe sur un ton solennel.Promesse à moitié tenue car, dans cette biographie musicale d’un académisme quelque peu poussiéreux, surtout à la suite des extravagances de Baz Luhrmann (Moulin Rouge) et de John Cameron Mitchell (Hedwig and The Angry Inch), l’histoire de Porter ressemble plutôt à une succession de vignettes au goût rétro où s’intercalent des ballades fort séduisantes.Pourtant, l’homme n’a rien de banal, d’abord grâce à sa contribution exceptionnelle à la musique populaire américaine — ses chansons semblent indémodables, reprises par des interprètes de toutes les générations — et parce qu’il a connu un mariage somme toute heureux avec Linda Lee (élégante Ashley Judd) qui composait, elle, relativement bien avec son homosexualité.Si cette facette de Cole Porter aura pour certains l’effet d’une révélation étonnante, Irwin Winkler traite la chose avec franchise, du moins à travers les discussions du couple, alors que ses escapades nocturnes, ses passions brûlantes, sont reléguées dans les sombres coulisses de ce récit Elles ne sont d’ailleurs que rarement décrites, ou de manière métaphorique, le cinéaste misant davantage sur les nombreux numéros musicaux qui scandent les moindres étapes de la vie de Porter.Malgré cela, Winkler ne se gêne pas pour décocher une flèche empoisonnée au mauvais mélo Night and Day (1946) de Michael Curtiz, où Ton saluait le courage de l’homme (il a perdu l’usage de ses jambes après une mauvaise chute de cheval en 1937) sans bien sûr faire mention de ses préférences sexuelles.Et Porter personnifié par Cary Grant, il y avait là une ironie qui a échappé à bien des spectateurs de l'époque.Ce qui saute aux yeux devant De-Lovely, c’est cette manière académique d’aborder la vie et l’œuvre de Porter, que l’idée de tisser à l’intérieur d'un théâtre, même situé dans Tau-delà, ne saurait rendre plus originale.Toutes les étapes marquantes y figurent, de sa rencontre avec linda Lee à Paris à ses années d'insoudance à Hollywood, qui mettront à l’épreuve la tolérance de son épouse envers ses multiples conquêtes, jusqu’à son retour sur la côte est où il sombrera plus tard dans l'alcoolisme et la dépression, veuf éploré et / avec une jambe en moins.Ces événements, pour la plupart vite expédiés et aucunement inscrits dans un contexte historique plus large, deviennent des prétextes parfaits pour y accoler toutes les magnifiques chansons de Porter, & Anything Goes à Ev'ry Kevin Kline Time You Soy Goodbye en passant par Loue For Sole brille ici et Be A Clown.Pour les défendre, défilent tour à un peu par tour les Elvis Costello, ,,, Diana Krall, Alanis Mo- detaut, rissette, Robbie Williams A .et même Lara Fabian, of- namuoyani (rant ainsi des couleurs Hane nno particulières à ces petits aans une bijoux de méiodies que production l'on fredonne depuis des v décennies et bien long- parfaitement temps après la fin de la projection.calibrée Kevin Kline brille ici un peu par défaut, flamboyant dans une production parfaitement calibrée, acteur fabuleux dont la carrière cinématographique semble vouloir contredire le talent, la sensibilité et la dextérité, même vocale dans ce casci.De-Lovely est à placer bien’ loin de quelques ratages (comme Fierce Creatures ou Life As A House, aussi d’Irwin Winkler), Kline traversant Paris, Venise et New York, même fabriqués dans des studios anglais, avec la classe que commande son personnage.Dommage que les chansons de Porter soient plus torrides que le film censé nous en révéler la vraie nature.Legrand tumulte italien NOS MEILLEURES ANNÉES, PARTIES 1 ET 2 Réalisation: Marco TuHio Giordana Scénario: Sandro Petraglia, Stefano RuHL Avec Luigi! Lo Casrio, Alessio Boni, Adriana Asti, Sonia Bergamasco, Fabriao GifunL Image: Roberto Forza.Montage: Roberto MissiroH.Italie, 2003,374 minutes (durée totale) .Présenté en version originale avec soustitres français ou anglais.Sortie de la partie 2:23 juillet ANDRÉ LAVOIE Lorsqu’une œuvre télévisuelle effectue le saut du petit écran pour rejoindre le grand (alors que tant de films ne devraient jamais s’y trouver.), le passage fait figure d’événement preuve que les ambitions du cinéaste ont su dépasser un cadre souvent si étroit Le réalisateur italien Marco Tullio Giordana a réussi cet exploit avec Nos meilleures années, une télésérie de six heures distribuée ici en deux parties (la seconde à partir du 23 juillet).D nous propose, avec une efficacité dramatique indéniable, le portrait d’une famille qui traverse la seconde moitié du XX' siècle dans une Italie turbulente, pays «beau et inutile», comme le juge un des personnages de cette chronique-fleuve.L’attention de Giordana se concentre surtout sur deux frères, pratiquement du même âge, très attachés l’un à l’autre lorsqu’ils étaient des étudiants idéalistes à Rome dans les années 60.Nicola (Luigi Lo Cascio) veut devenir médecin mais sans trop de conviction tandis que Matteo (Alessio Boni), élève brillant mais tourmenté, arrive mal à concevoir son avenir.En voulant aider Giorgia (Jasmine Trinca, la fille de Naxmi Moretti dans La Chambre du fils), une jeune patiente d’un hôpital psychiatrique dont Matteo a la charge, soumise à des électrochocs, les deux frères décident de la ramener chez son père, un voyage qui va mal tourner et provoquer un changement radical dans leur existence.Matteo décide alors de s’enrôler dans l’armée tandis que Nicola, rêvant de découvrir la Norvège, va poursuivre son voyage.Leurs routes se croiseront à quelques reprises au fil des décennies, toujours marquées par des événements liés à l’histoire récente de l’Italie.On évoquera la grande inondation de Florence en 1966, où Nicola fera la rencontre de sa femme, Giulia (Sonia Gegamasco), qui elle rejoindra plus tard les Brigades rouges.Les manifestations bruyantes se succèdent dans les années 70; Matteo, maintenant dans la police, sera très généreux avec sa matraque.Plus tard, ce seront les assassinats des magistrats par la mafia qui vont se multiplier et la sœur aînée de Matteo et Nicola, Giovanna (Lidia Vitale), juge respecté de tous, se retrouve dans la ligne de tir.Impossible de relater tous les incidents tragiques (mais aussi heureux) qui font de Nos meilleures années un superbe feuilleton cinématographique.L’écriture télévisuelle est certes bien présente; les épisodes sont soigneusement découpés, soutenus par des repères qui permettent au spectateur de savoir exactement où il est (l’action se déroule du nord à l’extrémité sud, de Turin à Tfle de Stromboli en passant par Rome, Païenne, Milan et un magnifique détour par la Toscane) et à quelle époque.Cette structure dramatique est tout aussi classique qu’irréprochable, essentielle pour suivre sans s'y perdre les péripéties de ces personnages qui vieillissent vite mais se transforment assez peu: coquetterie d’acteur?Nul besoin de connaître toutes les périodes tumultueuses qui ont façonné l’Italie car elles possèdent une valeur universelle.Réalisateur de documentaires sur la réalité du milieu psychiatrique, Marco Tullio Giordana dresse un remarquable portrait de l’évolution des pratiques de ces médedns de l’âme, surtout à travers la figure angélique du personnage de Nicola, prônant des méthodes humaines, hors du cadre hospitalier.Et tous ceux qqi ont eu à subir les dérapages d’un Etat policier, au plus fort de la Crise d’octobre ou dans une manif d’alter-mondialistes, seront fascinés par les descriptions nullement manichéennes du milieu policier, Alessio Boni incarnant avec brio ce représentant de Tordre tiraillé entre le respect de la loi et l’hypocrisie de ceux qui ont le pouvoir de la contourner.Plus que de la bonne télévision.Nos meilleures années permet de renouer à la fois avec un pays à la beauté légendaire, et que l’œuvre célèbre sans ostentation, et une cinématographie devenue trop rare sur nos écrans.Grands et petits.SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILM Nos meilleures années dresse le portrait d’une famille qui traverse la seconde moitié du XX' siècle dans une Italie turbulente.?CINEMA ?INE DU 17 AU 23 JUILLET 2004 Les NOUVEAUTÉS et le CINÉMA en résumé, pages ?5.6 La liste complète des FILMS, des SALLES et des HORAIRES pages ?7,14 dans LAGENDA cuhunel ?r, i i
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