Le devoir, 13 septembre 2008, Cahier F
LK DE VOIR, LES SAMEDI 1 S ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2 O O « OC Ar 514 842 2112/1866 8 (.com 842 2112 H W» wXX* Québec m” ,f.tsr- «a- f festival tNtf ANattONal oe La LittéMtVM ) LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2 0 0 8 F 2 LIVRES ENTREVUE Antonine Maillet ou l’art de mettre au monde une œuvre JACQUES GRENIER LE DEVOIR Antonine Maillet chez elle, à Outremont te» wmm.; •iÆMjÊ' •mr xm**" „Ofk CAROLINE MONTPETIT Une petite dame en bleu ouvre la porte.Antonine Maillet sourit de ses yeux bleus perçants.Aucune fatuité chez cette écrivaine qui vit pourtant dans la rue qui porte son nom, à Outremont, et qui lance ces jours-ci un autre roman chez Leméac, Le Mystérieux Voyage de Rien.A près de 80 ans, elle arrive de Moncton, où, tout récemment on célébrait le 50 anniversaire de son premier livre, Fointe-aux-Coques.Des chercheurs de partout s’étaient réunis pour discuter de son œuvre.Et l’Acadie voulait aussi lui témoigner sa reconnaissance de l’avoir, par ses ouvrages largement primés et traduits, «mise sur la carte».La carte?Quelle carte?Au fait, l’Acadie, cédée aux Anglais par le traité d’Utrecht, en 1713, est-elle sur la carte?Cette question, qu’Antonine Maillet a posée à sa mère alors qu’elle était toute petite, est à la source notamment d’un extrait de La Sagouine.C’est lorsqu’une petite Québécoise, qui s’appelait à cette époque une «Canadienne française», est arrivée à la petite école de Bouctouche que fréquentait Antonine Maillet que celle-ci s’est mise à se poser des questions sur son idqHtité.Je ne suis pas Canadienne française parce que je ne suis pas Québécoise, avait-elle dit, je ne suis pas Canadienne anglaise non plus, alors moi, maman qu’est-ce que je suis?Et sa mère lui avait répondu tu es Acadienne, hélas, mais c’est un pays qui n’existe plus.«Elle a dit: ‘Tes Acadienne, mais l’Acadie n’existe pim”.Elle voulait dire qu’il n’y a pim de nationalité acadienne.Imaginez un enfant de cinq ans qui entend cela.É ne comprend pas mais il enregistre une blessure.Et c’est cela qui est sorti dans La Sagouine», se souvient Antonine Maillet Ce sont en effet ces interrogations qu’Antonine Maillet devenue auteur a mises bien plus tard, dans la bouche de la Sagouine, le célèbre personnage de la pièce du même nom, écrite en 1971.Sagouine, dit-elle, c’est un mot qu’elle a inventé, une sorte de mélange entre sagouin, qui désigne un homme sale, ou sar-gailloune, qui veut dire souillon.Des Sagouines, il y en avait beaucoup à Bouctouche, dans la jeunesse d’Antonine Maillet.Le village était en effet très clairement divisé entre deux classes sociales, se souvient-elle.D’un côté, une classe sociale plus aisée, dont Antonine Maillet faisait partie, avec son père et sa mère maîtres d’école, et de l’autre, «en bas dia track», les gens plus pauvres, au parler populaire, dont fait partie la Sagouine, avec ses «j’avions», et ses «je pensions» et autres régionalismes.«Leur niveau de langage me fascinait, mais aussi le type de personnes qu’ils étaient.Ils étaient libres, ils n’allaient ni à l’église ni à l’école.Us n’étaient pas vraiment considérés comme des citoyens», dit-elle.Les Sagouines, donc, avec leur parler particulier, étaient une source de fascination permanente pour la jeune Antonine Maillet, qui développe aussi une passion pour les langues.Plus tard, lorsqu’elle fera sa thèse de doctorat sur Rabelais et les traditions orales acadiennes, elle recensera pas moins de 500 mots tirés de l’œuvre de Rabelais dans le parler populaire acadien.C’est que Rabelais vient, comme les Acadiens originellement, du centre-ouest de la France, région notamment du Poitou-Charentes.11 utilise donc, comme eux, les mots «cobi», par exemple, pour cabossé, ou «hucher», pour crier.Antonine Maillet se souvient par exemple de sa tante Madeleine, qui quelques jours avant sa mort, avait énoncé le proverbe: «Oignez le vilan, il vous poindra, Poignez le vilain, il vous oindra.» «J’étais été très étonnée de retrouver ce proverbe tel quel dans Rabelais!» dit-elle.On trouve d’ailleurs, dans Le Mystérieux Voyage de Rien, quelquesuns de ces mots de l’ancien français que parlent les Acadiens.Et ce petit Rien, qui est en fait un être de fiction qui a échappé au contrôle de son auteur, a des connaissances bien poussées pour son petit âge! Il sait par exemple, comment faire le lien entre le mot «orge», utilisé en français, et le mot «barley», utilisé en anglais! C’est le mot «baillatge», ou «baillor-ge», utilisé couramment en Acadie, qui en est la source.Le Mystérieux Voyage de Rien, c’est une aventure dans l’univers de la création.«Je dirais conte de la création, plutôt que conte philosophique», dit Mme Maillet En fait, Rien est un rien du tout, un enfant jamais né, qui sera récupéré par une écrivaine en mal d’inspiration, avant de s’échapper dans un tour du monde étourdissant, où il rencontrera notamment Personne et Quelqu’un.Roman de la création, donc, qui fait aussi songer à une maternité.D s’est d’ailleurs passé neuf mois, jour pour jour, entre le début et la fin de la rédaction de ce livre.«C’est un hasard, mais c’est un fait», dit l’auteur en entrevue, qui dit, de plus en plus, et à mesure que passent les années, être portée par l’urgence d’écrire des choses qui lui tiennent vraiment à cœur.Le Devoir LE MYSTÉRIEUX VOYAGE DE RIEN Antonine Maillet Leméac * Montréal, 2008,313 pages PI0TTE 50 ANS D’EDITION Un décrocheur de la question nationale SUITE DE LA PAGE F 1 la distraction.Pourtant, la liberté, l’égalité et la rationalité méritent d’être défendues dans un monde livré à un marché qui les défigure.Comment cela dit les défendre?Piotte n’a plus de réponses toutes faites.Rejetant l’économie de planification socialiste qui a échoué et la planif ication populaire d’inspiration anarchiste qui «est une utopie stérile», il retient toutefois, tout en soulignant à gros traits leurs limites, «les divers types de coopératives, les entreprises autogérées, les organismes créés dans le sillage de l’économie sociale et les sociétés d’Etat [qui] cherchent à limiter l’absolutisme du profit et de la productivité liée au marché et à l’entreprise privée [.]».De nécessaires contre-pouvoirs Piotte insiste aussi sur la nécessité des «contre-pouvoirs sociaux», malgré leurs ratés.C’est au syndicalisme, rappelle-t-il, que l’on doit les luttes pour un salaire décent, pour la sécurité d’emploi, pour un horaire de travail acceptable, pour la santé au travail et pour les assurances sociales.Aux prises avec une offensive patronale qui joue de la précarité du travail et de la délocalisation dans un souci de «flexibilité», les syndicats doivent réunir les travailleurs précaires et s’allier à leurs semblables du Sud, tout en sè repolitisant, mais ils semblent réticents à le faire.Piotte salue aussi la présence 4ncontoumable» du féminisme, regrette le virage consommatoire du mouvement gai, souhaite im écologisme engagé mais non catastrophiste, encourage la lutte contre la discrimination des Premières Nations et des Noirs et trouve dans le courant altermondialiste un sain mouvement de «recommunautarisation du tissu social», tout en insistant sur le danger de repli qui le guette et sur l’urgence d’investir l’espace de la politique active.Même s’il la présente comme un «Etat de droits oligarchiques», Piotte, et cela en surprendra plusieurs, reconnaît que la démocratie représentative «constitue actuellement le meilleur type d’Etat possible».La bourgeoisie y domine, certes, mais «le contre-pouvoir populaire» parvient néanmoins à s’y exercer.Des réformes (et voilà le réformisme qui revient), cela étant, s’imposent: réforme électorale, financement des partis, mandats écourtés et non renouvelables, élections à date fixe.Sur le plan international, il importe de faire pression en faveur du multilatéralisme pour contrer la puissance américaine.Piotte décevra les souverainistes en se présentant comme un décrocheur de la question nationale.Après avoir voté Oui en 1980 et en 1995, il affirme ne pas vouloir d’un troisième référendum voué à l’échec et nuisible au Québec.De toute façon, une souverai- neté portée par des défenseurs de l’ALENA et du déficit zéro ne l’intéresse pas, explique-t-il en oubliant de nous dire en quoi l’abandon de ce projet contribuera plus que sa poursuite à la justice sociale.Selon lui, le Québec peut protéger la langue française sans passer par la souveraineté.Il souhaiterait même que Québec solidaire défende «un statut particulier qui accorderait au Québec torn les pouvoirs culturels nécessaires à son développement», même s’il doute des chances de réussite de cette revendication.Résigné, Piotte?Bizarre, pour une semblable tête de pioche! Comme est surprenante aussi, de sa part, la reprise du cliché de droite selon lequel l’école publique actuelle défavorise les bons élèves.11 le regrette, mais semble y croire.«Jeune, conclut-il, me heurtaient ces vieux désabusés qui prédisaient que je deviendrais comme eux.Je m’étais juré de garder vivants mes rêves de jeunesse.Evidemment, mes rêves n'ont plus l’éclat de jadis.Je ne crois plus à un paradis possible.Je ne privilégie plus nécessairement les mêmes voies.Mais j’ai conservé mon désir de changement social, ma croyance que le monde pourrait être meilleur, mes valeurs de liberté, de solidarité et d’équité.» Avec l’espoir de justice chevillé au cœur tout au long de son parcours, Jean-Marc Piotte n’a pas démérité.louisco@sympatico.ca SUITE DE LA PAGE F 1 grands bouleversements de l’heure: Le Chrétien et les élections, Confidences d’un commissaire d’école, et enfin, les célèbres Insolences du frère Untel, de Jean-Paul Desbiens, qui connaissent un succès fulgurant en 1960.«On en avait tiré 5000 et, en six mois, on en avait vendu 130 000», se souvient Herre Lespé-rance.«Dès nos premiers livres, on a sauté directement dans les grands débats de la Révolution tranquille», ajoute-t-il.Tout ces livres continuent de bénéficier d’un réseau de distribution élargi, ce qui fait cjire à Pierre Lespérance que «les Editions de l’Homme ont collaboré étroitement au développement de la lecture», pour le bien-être même des libraires qui jouissent par conséquent, dit-il, d’un plus grand bassin de lecteurs.Pierre Lespérance ne se plaint pas non plus du développement de la télévision, qui a éveillé des intérêts, croit-il, pour les livres dont elle fait mention.Voyant le succès de l’affaire, Jacques Hébert fonde sa propre maison d’édition, les Editions du Jour (quj seront ensuite rachetées par les Editions de l’Homme), et c’est Alain Stanké qui prend le relais comme éditeur de la maison d’édition.En 1964, Edgar, le père de Pierre Lespérance, décède.Et son fils prend alors sa succession, à la tête d’une entreprise devenue empire.Au fil du temps, les Les-pérance ont en effet acheté les Editions du Jour, Quinze, VLB, l'Hexagone, Parti pris, Typo, La Presse et quelques autres.A partir de cet ensemble, il fonde le groupe Ville-Marie Littérature.C’est ce groupe qui prend en charge principalement les activités littéraires, alors que les Edi- tions de l’Homme conservent les ouvrages plus généraux.Les beaux livres Au début des années 70, les Editions de l’Homme commencent à s’intéresser aux beaux-livres et au patrimoine québécois.C’est l’époque de la première édition de L’Encyclopédie des antiquités du Québec signée Michel Lessard.«Le manuscrit faisait quatre grosses boîtes», se souvient Lespérance! «Cela a été un très grand succès même si c’était en noir et blanc», dit-il.C’est aussi un livre de Michel Lessard, sur Québec ville de patrimoine, qui sera le premier livre à être publié entièrement à l’aide d’une machine numérique, acquise en 1991.M.Lespérance se souvient avoir utilisé ce procédé après qu’un fournisseur lui eut livré une machine, en provenance du Japon, dont il ne connaissait même pas le fonctionnement! Deux ans plus tard, les livres publiés entièrement en couleurs font leur apparition.«Ça, ça nous a ouvert des portes pour faire du beau livre», dit-il.Depuis l’an 2000, c’est Pierre Bourdon, ancien patron de la distribution de Sogides, qui est devenu l’éditeur des Editions de l’Homme.L’éditeur divine aujourd’hui la production des Editions de l’Homme entre quatre grands secteurs: les beaux livres, psychologie et sciences humaines, la vie pratique, dans laquelle on retrouve notamment les grands succès qu’ont été les livres de la diététiste Louise-Lambert Lagacé, et les essais et documents, parmi lesquels on trouvera bientôt la biographie de Julie Couillard et celle de Jean Coutu.C’est donc aux Lespérance que l’on doit d’avoir développé le pre mier réseau de distribution tel qu’on le connaît aujourd’hui, et par lequel un seul distributeur s’occupe de la diffusion de plusieurs éditeurs.La maison de distribution Agence de distribution populaire (ADP) distribue ainsi aujourd’hui la production de 20 ou 25 éditeurs québécois dans quelque 3000 points de vente-du Québec.Ces éditeurs bénéficient aussi d’une représentation européenne.«Pour les Français, on est un éditeur international, dit Pierre Bourdon.[En psychologie], on est au même niveau qu’Odile Jacob ou des grandes maisons comme celles-là.[.] Beaucoup d'auteurs français nous envoient des manuscrits sans savoir qu’on est québécois.» «Il y a un grand choix.Tout ne se vend pas, mais üy a un très bon choix pour celui qui aime lire», dit Pierre Lespérance au sujet de l’édition québécoise d’aujourd’hui, ajoutant aussi qu’il ne fait concurrence à personne.11 y '4 trois ans, toutes les activités des Editions de l’Homme ont été rachetées par Québécor.Pierre Lespérance n’en est donc plus propriétaire, bien qu’il demeure à la barre des opérations.Tout homme d’affaires qu’il est, Pierre Lespérance admet que le métier d’éditeur comporte des risques.«Il y a toujours des surprises en plus et en moins.Il y a toujours m risque.Il faut gérer ce risque-là.H faut décider par exemple combien on en imprime.On fait des paris chaque fois qu’on fait un livre», dit-il.Un Jacques Salomé ou un Guy Corneau, par exemple, sera impri mé d’emblée à 50 000 exemplaires.Mais il faut savoir rester prudent «Si une maison d’édition ne fait pas attention, ses pertes s’accumulent très rapidement.La marge de profit est très limitée», dit-il.Le Devoir éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Ife-iiiK'* ALift burnt 1.1 « jttiibwophcs In n.i'twiGu' .k1 U » ic , VKtAl-P.PtiOrt» .Vtixtitl.t rhi!tp|M- M et Ménard Jacques Marchand Les philosophes et la recherche de la vraie vie: Socrate, Platon, Aristote Philippe Willemart De l'inconscient en littérature sous la direction de Philippe St-Germain et Guy Ménard Des jeux et des rites De rtncooH'teirt iti liftéranm* »GS=3 1 0 ASSOCIATION DES ILLUSTRATEURS ET ILLUSTRATRICES DU QUÉBEC 0-5 e Anniv/erÇaire ¦¥ \eirée ü a\l re •Iht Di DEVOIR INFOPRESSE' /P*?f.! I LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2 O O K LITTERATURE Le poids des morts Danielle Laurin La rage, la colère.Et la surenchère.C’est la marque Mavrikakis.Catherine, de son prénom.Parler de livres chocs, de livres coups-de-poing n’est pas suffisant dans son cas.On y avait goûté dans Ça va aller, Fleurs de crachat.Des romans pleins de fiel, de détestation du monde et de soi-même.Ce n’était qu’un début, semble-t-il Dans Le Ciel de Bay City, l’auteure montréalaise, née à Chicago en 1961 d’une mère française et d’un père grec, enfonce le clou.Ça éclate, ça pète de partout Et pourtant il y a autre chose en dessous.Qui pèse davantage que dans ses romans précédents.Qui était là, déjà, qui pointait par bouts, mais refusait de se montrer tout à fait au grand jour.Quelque chose comme une lumière au bout du tunnel?Pas si vite.Nous sommes encore et toujours dans le roman familial touffu, intense, tragique.Dans l’incommunicabilité, le rejet, l’impossibilité d’aimer.Dans les relations mère-fille difficiles, douloureuses.Au début du moins.C’est la fille qui prend en charge le récit.«On me sait un peu retardée à cause des complications au moment de l’accouchement et de l’asphyxie qui en a résulté.Ma mère me répète toute mon enfance que je suis demeurée, que, de ma naissance, je ne me suis jamais remise: il suffit de me voir.» Nous sommes dans l'enfance de cette fille-là.A Bay City, une petite ville du Michigan.Elle grandit dans la maison de son oncle et de sa tante.Son père, un Italo-Grec, vit à New York.Elle ne le voit jamais, ne le connaît même pas, le rencontrera à l’âge de 16 ans seulement Sa mère, une Française, n’est pas toujours là non plus: elle vit avec le père par bouts.Jusqu’à ce qu’il la congédie pour de bon, non sans lui avoir laissé un autre enfant sur les bras.STI n’y avait que ça.La narratrice a aussi une sœur aînée.Morte.À la naissance.Qui continue de hanter la mère, d’être sa préférée.Qui est parfaite, parce que morte.Sentiment constant de culpabilité, de honte, parce que vivante.Obsession de la mort, pensées suicidaires: c’est ainsi que grandit la narratrice.Et puis il y a le secret, le déni.La mère qui refuse ses origines juives, refuse de parler de ses propres parents exterminés par les nazis.ÈAmérique, le Nouveau Monde où se refaire une vie, oublier son passé, ses racines, c’est ce qu’elle a choisi, la mère.Mais.Mais toutes les nuits, elle en rêve, la fille.Les cheminées dans les camps, les corps calcinés.Même pendant le jour, impossible d’oublier sa famille exterminée, ils sont là, avec elle, les fantômes de son grand-père et de sa grand-mère, ils lui parlent Voilà pour l’enfance de cette fille-là, à Bay City.Jusqu'au jour de ses 18 ans.«À Bay City, dans la mit du 4 au 5 juillet 1979, alors que je viens tout juste de fêter mes dix-huit ans, je mets le feu à la maison de ma tante Babette et de mon oncle Gustavo et toute ma famille meurt cramée.» Pardon?On a bien lu?La narratrice insiste: «Ma mère doit être contente de retrouver sa fille préférée, le seul amour de sa vie, celle qu’elle n’a pas connue.Son ange gardien.» Fin du premier chapitre.Nous sommes à la page 37.Ça secoue.C’est exceptionnel, exceptionnellement puissant comme début Ensuite?Ensuite, on est dans le doute.Cette fille a-t-elle tué ou non sa famille?Sont-ils morts accidentellement ou quoi, ses proches, cette nuit-là?Se sent-elle responsable de leur disparition simplement parce qu’elle avait tant de fois souhaité leur mort?Que s’est-il passé au juste?La narratrice devenue femme, et mère, installée au MARIE-REINE MATTERA Catherine Mavrikakis Nouveau-Mexique, revient sur les événements tragiques qui se sont produits dans la nuit du 4 au 5 juillet 1979.Sur les jours qui ont précédé, et suivi ces événements.Sur la vie qu’elle a menée depuis, aussi.On avance, on recule, on est dans une narration circulaire, dans les apartés, les parenthèses.On est dans le délire, la folie.On ne sait plus démêler les rêves de la réalité, le vrai du faux.Un moment, on retrouve la narratrice en Inde, dans les eaux du Gange, où elle tente de se laver de sa honte, de ses morts, de son passé.On la retrouve même en pleine quête mystique.On se gratte la tête.On a l’impression de s’égarer, de s’enfoncer dans le récit d’une illuminée, qui en fait trop, en dit trop, veut tout embrasser.Pour tout dire, on est au bord de l’exaspération, de la crise de nerfs.Va-t-elle en finir enfin avec son histoire, celle-là?Par vagues successives reviennent les images de la Shoah.Des corps calcinés.Impossible d'oublier, malgré le temps passé.Même ce que l’on n'a pas vécu soi-même, ce qui nous paraît étranger, appartient à notre histoire.On ne peut pas échapper aux générations qui nous ont précédés, à leur passé.C’est ce que Ton retient On a beau tenter l’impossible pour se refaire une vie ailleurs, autrement rien à faire: «[.\ on n’en finit jamais avec la honte d’exister.Je le sais, moi dont tous les membres de la jamille sont morts à Auschwitz ou sont partis en fumée dans le ciel de Bay City» Pas de porte de sortie, donc.Sauf peut-être celle-ci: «R y a des années, fai vu un espoir se dessiner dans le ciel des vivants: ma fille.» Grâce à la naissance de sa fille, et à force de la voir mordre dans la vie, la narratrice se réconcilie avec ses morts.Enfin, presque: «L’Amérique est notre sépulture.Le del, une belle ordure.» Roman exigeant, le Ciel de Bay City.Oui.Où la narration semble se jouer du lecteur parfois, le mettre au défi, le ballotter.Pas de compromis, ici Une œuvre véritable se construit Collaboratrice du Devoir LE CIEL DE BAY CITY Catherine Mavrikakis Héliotrope Montréal, 2008,292 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE EN BREF Compagnons des Amériques Une cohorte d’écrivains proposent des textes à l’occasion du 400e de Québec CHRISTIAN DESMEULES Initiative d’un petit éditeur français de la région Rhône-Alpes, La Passe du vent afin de souligner le 400e anniversaire de la naissance de Québec, Amérique, Amériques! Écrit(s) du Québec — 1608 I 2008 est un ouvrage collectif qui se compose de deux blocs de textes placés sous le signe de la rencontre.Rencontres violentes, métissages subtils, rencontres qui n’ont pas eu lieu.De la rencontre, surtout, avec l’autre radical: les Amérindiens, premiers habitants de cet ancien Nouveau Monde, qui n’ont semble-t-il toujours pas accédé à l’histoire.On nous propose d’abord des extraits largement commentés des écrits de quelques pionniers incontournables des XVL et XVUr siècles.Des découvreurs qui ont en réalité littéralement «recouvert l'Amérique» de leur prose, de leurs fantasmes et de leurs visions du monde —Verrazano, Cartier, Lescarbot, Sagard, Brébeuf.Des classiques, en somme.Gilles Pellerin, éditeur et écrivain de Québec qui introduit de manière personnelle cette partie de l’anthologie, exprime bien le sentiment de culpabilité à l’égard des peuples Amérindiens qui peut surgir à la lecture de ces morceaux d’une autre époque: «Nous ne nous sommes pas mon- trés assez attentifs au monde où nous avions abordé.» Amené par François Dumont, le second volet, plus disparate et d’un intérêt moins marqué, rassemble des textes inédits de poètes et d’écrivains «d’expression française vivant en Amérique du Nord».Marquée, selon Dumont, par un passage du temps vers l’espace, la littérature québécoise des dernières années est le témoin capital du «deuil des ambitions collectives» et d’une «désespérance à l’égard de l’histoire.» Outre J,ean-Marc Dalpé, David Homel, Eric Dupont et Larry Tremblay (qui propose assurément l’un des textes les plus intéressants de cette section contem- poraine), une cohorte de poètes jeunes ou moins jeunes ont répondu présent à l’invitation de Michel Kneubühler et Thierry Renard: notamment Catherine Lalonde, Geneviève Letarte, D.Kimm, Hélène Dorion.Collaborateur du Devoir AMÉRIQUE, AMÉRIQUES ! ÉCRIT(S) DU QUÉBEC -1608 I 2008 Ouvrage collectif L’instant même et La Passe du vent Québec et Genouilleux (France) 2008,271 pages OclitcLur félicite ses finalistes aux prix de l’Académie des lettres du Québec I lulùno Rsoux Mercredi soir au Bout du monde ¦ Ê tri Hélène Rioux, auteure de Mercredi soir au Bout du monde Prix Ringuet (roman) Claude Le Bouthillier, auteur de Karma et coups de foudre Prix Ringuet (roman) KARMA COUTS 1>I IOUPKI i clicm».) PoiStioues ou Messie j L'ORIGINE JUIVE EN ftOUErMANCC et Anne Élaine Cliche, auteure de Poétiques du Messie L’origine juive en souffrance Prix Victor-Barbeau (essai) 9 ir/ Dm Donnez.Cpntralrtp «t, G 'iViq On peut faire plus encore.Informations : 514.522.9393 ! www.theatneopsis.org « 40 ans d’écriture pour Bertrand B.Leblanc La population d’Amqui et d’ailleurs est invitée à un brunch gratuit, organisé par les éditions Trois-Pistoles, la ville d’Amqui, et la municipalité de Lac-aux-Sau- mons, à l’occasion des 40 ans d’écriture de Bertrand B.Leblanc.Victor-Lévy Beaulieu, André Morin et Michel Leblond y présenteront un «bien-cuit» en i'honneur du romancier.Bertrand B.Leblanc a également écrit du Üiéâtre, joué au Québec-dans les années 80.Des extraits de son œuvre seront lus et joués.Le tout aura lieu le dimanche 5 octobre, au Club de golf Rever-mont d’Amqui.- Le Devoir ARCHAMBAULT5* Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES ROMAN MILLÉMUM T.1,T.2 ET 13 Süeg Larsson (Actes Sud) M.ET Mme JEAN-BAPTISTE ROUET Denis Monette (Logiques) L’ANGE DE PIERRE Margaret Laurence (Alto) U FAIT DU PRINCE Amélie Nothomb (Albin Michel) TOUTES CES CHOSES QU'ON NE S'EST.Marc Levy (Robert Laffont) CE QUE U JOUR DOIT À U NUIT Yasmina Khadra (Julliard) n| LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (Livre de Poche) UNE DIVINE PLAISANTERIE Margaret Laurence (Alto) GM TOWC ET CONCOMBRE Rafaèle Germain (Libre Expression) LE SENTIER DES ROQUEMONT T.3 René Ouellet (Hudubise HMH) OUVRAGE GENERAL LES PETITES BOUCHES À NOURRIR Sandra Demeules (Québécor) BESCHERELU - L’ART DE CONJUGUER Collectif (Hurtubise HMH) U PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2009 Collectif (Larousse) ?LE NOUVEAU PETIT ROBERT 2009 Collectif (Robertl BOITES À LUNCH SANTÉ Geneviève 0'Gleman (La Semaine) B MANGE, PRIE, AIME Elizabeth Gilbert (Calmann-Lévyl MULITDtCnONNAJRE DE LA LANGUE.Marie-Éva De Vllters (Québec Amértque) LA MÉTHODE CÉSAR MILLAN CésarMillan(K&B) a US SECRETS DES SAUCES RÉVÉLÉS Jérôme Ferrer (La Presse) RÉUSSIR L'EXAMEN D’ENTRÉE AU.F.Tchou / P.Tranquille (Didier) JEUNESSE VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBEIJLUU Linda Joy Singleton (ADA) H MERLIN T.1 : L'ÉCOLE DES DRUIDES Laurence Carrière (Réunis) SÉTIT.1 tUUVRE DES DIEUX 0.Mativat ! C.Pelletier (Pierre tisseyre) ¦PI LE CLUB DES DISEUSES.T.1 U Dotti En de rie (ADA) FASCINATION Stephanie Meyer (Hachette) TOI ET MOI À JAMAIS Ann Brashares (Gallimard-Jeunesse) RENCOHTHES DE L'ÉTTUMET; 1 Linda Joy Singleton (ADA) US SECRETS DE L'UNIVERS T.1 Charbonneau / Bilodeau / Villeneuve (ADA) P| UN FUBUS T.1 : llU AUX TREIZE OS Alain Ruiz (Boomerang) CELTINA T.6 : U MAGIE DES OGHAMS Corinne De Vailly (Intouchables) ANGLOPHONE BREAKING DAMt : TWUJGHT14 Slephenie Meyer (Utile Brown & Company) THE MERRIAM - WEBSTER DICTIONARY Collectil (Merriam-Webster) EAT,PRAY,LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) VI DEVIL BONES: A NOVEL KJ Kathy Relchs (Scribner) BONES TO ASHES Kathy Reichs (Pocket) % ANEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) PLAYING FOR PIZZA John Grisham (Dell) COLOUR OXFORD CANADIAN DICTIONARY Collectif (Oxford University Press) M THE SANCTUARY Raymond Khoury (Signet Book) THE POWER OF NOW : A GUIDE TO.Eckhart toile (New World Library) Du plaisir à la ARCHAMBAULT?» L K DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE, 14 SEPTEMBRE 2 0 0 8 F 4 LITTERATURE La machine à voyager dans le temps Louis Hamelin Les deux principales industries de la ville de Malarctic, en Abitibi, sont l'or et les fous.Pas toujours facile de les distinguer.Je pense en particulier au projet de la compagnie Osisko, qui veut exproprier le quart de la ville et creuser un trou de deux kilomètres de long et 3(X) mètres de profond juste derrière l’église.A une heure de marche à l’est de la ville, un pouceux.La première chose qu’il me dit, c’est que le 15 millions de la veille a été gagné par un Ontarien.Encore.Puis il me demande ce que seraient mes trois vœux si je découvrais une lampe d’Aladin, ou disons une vieille canisse avec un djinn dedans au bord de la route.J’ouvre la bouche, et absolument rien ne sort Mais voici les siens: 1) être l’heureux propriétaire d’une machine à voyager dans le temps; 2) posséder des pouvoirs télékynésiques; 3) avoir la force de Superman.Il ajoute que si son bon génie n’exauçait qu’un seul souhait, il s’en tiendrait au numéro 1.Il me restait à lui demander dans quelle époque il irait d’abord jouer au touriste.1977, qu’il m’a répondu sans l’ombre d’une hésitation.Avant de se refermer comme une tombe.Ou une mine d’or épuisée, nivelée, avec des petites épinettes replantées pardessus.Des grues en vue Je n’étais pas allé en Abitibi pour voir des grues du Canada.C’est pourtant la seule région du Québec où on peut les apercevoir.Un jour que je fendais et cordais du bois au lac Vaudray, j’en ai vu une survoler, dégingandée et solitaire, mon espace aérien.La grue, au contraire du héron, s’étire le cou en plein vol.Je suis loin d’appartenir à ces oiseaulogues de l’espèce co-cheuse, prêts à s’envoyer 1250 kilomètres à 1,40 $ le litre pour le plaisir de dessiner un X ou un crochet à côté des mots grue du Canada.Et du tétras à queue fine et de la paruline à gorge grise, pour parler des autres vedettes locales.Sauf que je scrutais bel et bien les champs, Bushnell en bandoulière, dans cette auto roulant au pas sur le long trait droit qui court sur la carte entre Poularies et Palmarolle, avec Phil the Bill au volant, et Jeanne, Moiselle Jeanne, un adorable petit monstre.L’été déjà, comme la route, fuyait vers l’horizon.Et pas une grue en vue.Bref, j’étais devenu un «guetteur de grues», selon une traduction littérale de «crane watchers», qui vole plutôt bas et laisse supposer que monsieur Jean-Yves Pel-legrin, le traducteur de La Chambre aux échos, serait capable de nous transformer un birdwatcher américain en «guetteur d’oiseaux».Etrange bébitte (le Robert Collins propose, quant à lui, ornithologue amateur).Au printemps dernier, quelqu’un, le long de la courroie de transmission de la Machine Livres, voulait tellement me faire lire celui-là que j’ai vu débarquer chez moi, un beau matin, les premières épreuves non corrigées de ce gros machin.L’idée étant de m’inciter à joindre au plus vite ma plume au concert d’éloges venu du Washington Post et du New York Times.Or, il arrive à cette plume de se changer en balai, ce dont peut témoigner le précédent roman de Richard Powers, Le Temps où nous chantions, encensé en France mais qui, à Sainte-Béa-trix, est passé directement de la table basse du purgatoire aux boîtes de carton du cabanon, aussi appelées bécosses à matous.Ce qu’il faut savoir des grues du Canada, c’est que, quand elles ne sont pas occupées à jouer à cache-cache dans les terres agricoles du pays de l’or, elles émigrent et que, de Barraute en Abitibi à la patrie de madame Palin sur les bords du détroit de Bering, les quatre cinquièmes de la population mondiale de cet échassier s’engouffrent alors dans un système de courants d’air chaud qui prend la forme d’un vaste sablier dont le goulot d’étranglement est situé dans la plaine inondable de la Platte, au Nebraska Et ce qu’il faut savoir de La Chambre aux échos de Richard Powers, c’est que la danse nuptiale de la Crus canadensis et son cri en trompette y sont bien davantage qu’un symbole ajouté pour la couleur locale, davantage que la métaphore d’un thème, d’une histoire ou de sa narration (comme pouvaient l’être Les Fous de Bassan de madame Hébert).Présence obsédante, protagoniste à part entière dans cet espace où se déploient ses pantomimes ritualisées, l’oiseau est tout cela, en plus de faire le lien entre la préhistoire et l’économie de marché et de constituer l’enjeu même du récit Pour résumer l’histoire en deux mots: Mark, jeune homme qui baigne littéralement dans la normalité de la Grande Amérique (il aime les moteurs, les feuilletons télévisés, courser avec les copains sur les routes désertes, travaille aux abattoirs), se retrouve, à la suite d’un accident d’auto, victime du syndrome de Capgras: il reconnaît ses proches, mais est totalement incapable d’établir avec eux le moindre rapport affectif.Le traumatisme a isolé Tune de l’autre ces deux zones de son cerveau.Résultat: devenu une curiosité scientifique, il voit dans sa sœur une intruse, un parfait sosie chargé par allez savoir quelle puissance occulte d’une mission d’infiltration auprès de sa personne.Bienvenue dans la grande paranoïa de l’hyper-technomonde, rien d’autre qu’un aspect normal à mort de la bonne vieille américanité.J’ai trouvé la lecture de ce livre, au début, extrêmement irritante.Les personnages sont bavards.Le narrateur est bavard.Même ses gracieuses circonvolutions verbales autour du vol migratoire de ses chères grues, équivalent plumassier du patinage de fantaisie, me tapaient sur les rognons, moi l’ornithologue devant l’Eternel! Chaque fois que Mark ouvre la bouche, il nous vient des envies, Capgras ou pas, de Teuthana-sier.C’est un de ces romans qui font naître des fantasmes de stylos rouges gros comme des tronçon- neuses.Peut-être que le caractère retenu par l’éditeur, plutôt pâlot, n’aide pas.Ni la traduction, qui donne l’impression d’en rajouter ici et là: «[.] l’ammal souffrait de douleurs.» Comme disait le regretté Edouard Carpentier Ça, ça fait mal.C’est alors que débarque le docteur Weber, neurologue réputé, assis sur sa carrière de vulgarisateur et d’auteur à succès, sur son mariage sans fissures apparentes, sur ses certitudes.Et le roman de Powers passe alors de l’étude de caractères verbeuse de quelques spécimens de petite faune humaine épinglés dans leur habitat naturel (aux yeux du brillant chercheur de la côte est, Nébraska égale plat et vide, un peu comme TAbitibi vue de Montréal.), de cette étude, dis-je, à une passionnante enquête, aux accents parfois lyriques, sur les derniers mystères du continent encore largement inexploré, presque infini, qu’est le cerveau.Impossible de résumer la somme de connaissances et d’aperçus bouleversants contenue dans un roman qui expose, avec l’art patient du théoricien et l’enthousiasme communicatif du découvreur, l’incroyable architecture de ce tas de cellules qui est une étoile en soi, avec ses mondes parcourus d’orages électriques, d’éclipses, d’abîmes de nuit glacée et d’illuminations big-bangnesques entre les os de notre crâne.De retour d’Abitibi sans avoir aperçu la moindre grue, j’ai repris ma lecture, repensant souvent au fait que la tête la mieux faite, comme la plus innocente, à Malarctic ou ailleurs, renferme tout un univers d’illusions prêtes à s’écrouler au premier choc.Ou à s’envoler au pays des pays des rêves, avec les millions de Loto-Québec.La grue, le livre, notre cerveau reptilien et ailé voyagent dans le temps.L’unité de la conscience est une fiction.hamelinlo@sympatico.ca LA CHAMBRE AUX ÉCHOS Richard Powers Traduit de l’américain par Jean-Yves Pellegrin Le cherche midi, Paris, 2008,471 pages La Chambre aux échos est un de ces romans qui font naître des fantasmes de stylos rouges gros comme des tronçonneuses POÉSIE LA PETITE CHRONIQUE Les corps solitaires de Denise Brassard et Catherine Lalonde HUGUES CORR1VEAU Douleur profonde, exaltation d’une solitude sombrée, déroute aussi, voilà des mots qui pourraient circonscrire l’entreprise de Denise Brassard dans La Rive solitaire.Ce recueil est d’une troublante noirceur, d’une radicale exactitude quant aux forces malheureuses qui convient les vivants.Quand la poète affirme que «le réel ne tient pas / à nous», on se demande en quel lieu survivre à la déliquescence, on se demande comment les mots réussissent pourtant à dire une vérité nécessaire.Ce recueil n’est pas joyeux.Il en est de pes livres qui nous surprennent ainsi, alors que, pour des raisons irrépressibles, on voudrait s’évader ailleurs que dans le noir, comme s’il était possible que «passé le cap de l'amenuisement / par miracle tenir».Mais tenir à quoi justement?A la poésie sans doute, à la force des mots qui marquent, révèlent sans compromis, deviennent urgents dans leur cassure.L’amour aussi, l’autre tout proche et déjà loin, les soirs de promenades transversales dans les rues de la vil- © PIERRE BASTIEN Denise Brassard le, le mitan d’un lit qui odore encore, tant de petites présences en soi qui aident à demeurer, vigiles et prières accomplies.Même si «la vie désespère», il faut continuer, obstinément, malgré les Orients incendiés, à trouver matière pour une continuité éclairée: «chaque jour tombe sur mms et civique heure entre nous creuse / mais qu’avons-nous à nous plaindre / d’avancer avec peine et de .K Depuis 1985, XYZ.La revue de la nouvelle est un lieu d’expression privilégié pour les nouvelliers reconnus et une rampe de lancement pour les jeunes auteur-e-s.Grâce à de Fréquents numéros thématiques, son contenu se renouvelle sans cesse.Abonnez-vous à XYZ.La revue de la nouvelle et recevez en prime [valeur24$) Pour ne pas rater ma dernière seconde (nouvelles traduites du coréen) de Young-Moon Jung 1 AN/4 NUMÉROS INDIVIDU Canada 25 $ Étranger 35 $ INSTITUTION Canada 35$ Étranger 40 $ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU Canada 451 Étranger 65 $ INSTITUTION Canada 65$ Étranger 75 $ 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65$ Canada 95$ Étranger 95$ Étranger! 10$ Les prix sont toutes taxes comprises N" 95 • Thème libre Lauréat du concours de nouvelles XYZ Visitez notre site Internet: www.xyzedit.qc.ca Nom Adresse Ville Code postal Tél.Courriel tl-joint O Chèque O Visa ' O Mastercard N‘ Expire le Signature Date d RETOURNER À : XYZ.La revue de la nouvelle 17B1, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 321 Téléphone: 514.52S.Z1.7D .Télécopieur: S14.S25.75.37 Courriel : infoBxyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca perdre des membres», si la solitude tient bon, si le souffle poétique précise encore sa voix?L’absence conune douleur Le précédent recueil de Catherine Lalonde, Cassandre, m’avait convaincu de sa pertinence et de la force de sa voix ; elle nous offre maintenant son Corps étranger en pâture et en colère et en misère et en révolte.Le souffle est fort, morcelé, hachuré comme un souffle percutant les distances qui s’établissent entre elle et elle-même, entre elle et l'amant disparu, entre elle et son enfance.Catherine Lalonde écrit comme elle respire, à travers une oralité raffinée, une sorte de scansion des vers répartis un peu partout sur la page, avec de vastes blancs ou des blocs de mots denses et serrés.La vie bat au cœur de ses mots qui s’entrechoquent et tiennent le pari de l’influence toujours sous-jacente de Josée Yvon (bien qu’elle ne la nomme pas, alors qu’elle dit à qui elle doit certaines pulsions d’écriture), à moins que le hasard les apparente: «Les agaces filles parcomètres attachées sur la grande/ Sainte- / Catherine/pour vingt-cinq sous se fendent en deux // et Toi pour rien tu m’ouvres comme un livre// (et fécris)».La langue se promène sur tous les registres, parfois vulgaire, parfois déconstruite, mais toujours au bout de la voix, avec ce halètement que le tremblement de vivre fait vibrer.Le «je» du recueil a aimé, aime encore, un homme, mais aussi ses ancêtres femmes, son poids d’histoire de femme désirante.Elle se porte elle-même jusqu’au désir de s’aimer.Catherine Lalonde signe ici un livre qui met en avant-scène l’humanité d’une femme à la fois forte de se savoir un corps et une pensée, mais aussi fragile devant ce que se © VÉRO BONCOMPAGNl Catherine Lalonde donner à l’autre comporte de danger.On est en droit de se demander s’il s’agit d’un livre de nostalgie malgré sa violence quand on lit cette confidence si tragique: «tout est vide parce qu’adulte».Car l’enfance a aussi sa part de jeux, de corps et de tensions.Car adulte, la femme se dit juste là, au bord à la fois de se perdre et de se trouver.Collaborateur du Devoir LA RIVE SOLITAIRE Denise Brassard Editions du Noroît Montréal, 2008,80 pages CORPS ÉTRANGER Catherine Lalonde Avant-propos de Nancy Huston Québec Amérique / La passe du vent Col «Littérature d’Amérique» Montréal / Vénissieux (France), 2008,128 pages DES MOTS ET DES SONS JEUDI 18 SEPTEMBRE, 19 h 30 Lecture-concert inspirée par le Saguenay avec les écrivains DANIELLE DUBÉ et YVON PARÉ et le musicien et auteur-compositeur-interprète Guy-Philippe Wells MAISON DES ÉCRIVAINS 3492, avenue Laval ÉH Sherbrooke Entrée gratuite.Renseignements et réservation obligatoire au 514 849.8540 www.uneq.qc.ca UNEQ UNION DES ÉCRIVAINES ET DES ÉCRIVAINS QUÉBÉCOIS CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL Par la faute de Franco Ce serait mentir que d’avancer que La Dernière Heure du dernier jour de Jordi Soler est un roman qui se lit aisément Le romancier mêle souvenirs et fiction dans cette récréation d’une plantation de café en pleine forêt mexicaine.Le narrateur, comme l’auteur, vit à Lisbonne de nos jours.Souffrant d’un trouble de vision que trois ophtalmologistes différents n’ont pu guérir, il se rend à la Portuguesa, caféière que son grand-père républicain avait dirigée après qu’il eut fui l’Espagne, alors sous le joug de Franco.Deux raisons motivent son voyage.Sa mère le charge de négocier avec Bages, vieil alcoolique qui n’a pas quitté la plantation.Il y a aussi que le narrateur entend consulter la chamane qui peut-être le débarrassera de son infirmité.Si le roman nous passionne, c’est qu’il met en scène un microcosme fascinant.Il y a la forêt, comme l’imagine la conscience d’un enfant, puis celle d’un adulte devenu romancier.Comme le constate le narrateur, il n’y a aucune commune mesure entre la réalité que voient des yeux occidentaux et celle qu’ont expérimentée des générations d’indiens.Les phrases de Jordi Soler sont longues, sinueuses, bourrées d’incises.Impossible de les citer ici, certaines s’étirant sur presque une page.«Et la chamane, qui marchait toujours de son pas ferme devant moi, en expulsant d’épisodes nuages [.] ne me répondit pas parce que mon commentaire n’avait pas de sens [.] elle savait, comme tous ceux qui vivaient là dans cette forêt depuis des millénaires, que les années de la Portuguesa n’avaient été qu’un moment dans l’énorme étendue du temps.» L’art du romancier consiste à nous convaincre de l’opacité et du mystère de ce monde qu’a troublé pendant quelques décennies le rêve d’exilés catalans poursuivant le rêve un peu fou de recréer en terre mexicaine une Espagne républicaine.Il y a le pays, il y a aussi les personnages fantasques qui peuplent cet univers.Pour commencer, il y a Marianne, la tante dont la principale occupation consiste à rouer de coups tous ceux qui passent à sa portée.Elle est démente, on ne réussit à la maîtriser qu’à force d’ordonnances médicales de plus en plus fortes.Il y a aussi le maire corrompu et libidineux, deux homosexuels qui font tache dans un lieu partagé entre un catholicisme étroit et les cultes les plus divers.On y trouve même un éléphant échappé d’un cirque ambulant! Mais aussi un concert rock, des hippies libidineux, une vedette de foot, etc.Dans le tissu narratif touffu, le lecteur navigue entre passé et présent.Le narrateur est bien le romancier, puisqu’il avoue: «Adalberto a mis une scène en vers et en musique; une originalité du même genre que celle des feuillets que je noircis, qui ne sont rien d’autre qu’un calque de ce qui 5e passait dans cette forêt, ces feuillets qui ne sont rien d’autre que la réalité ordonnée de la façon qu’on puisse la lire et la comprendre comme une histoire qui va d’un point à un autre comme la vie même.» La différence — et elle est primordiale —, c’est que le romancier est un formidable conteur, qu’il nous convainc que l’humanité qui s’est incarnée dans des utopistes républicains ressemble en; tous points à celle qu’épousept nos rêves et nos expériences.A mon avis, un roman envoûtant.Le lecteur oubliera facilement, me semble-t-il, les quelques longueurs qu’il renferme.Collaborateur du Devoir LA DERNIÈRE HEURE DU DERNIER JOUR Jordi Soler Belfond Paris, 2008,222 pages Gilles Archambault MAGIQUE ET ENCHANTEUR oo rs Os Z CG C/5 On 'O v?w l A tonnwnnd W-M.luré, Au pansage A u passage met en scène jcxdes personnages laissés à eux-mêmes.La basse-ville de Québec devient le théâtre de leurs croisements.Laissez-vous séduire par la magie et le charme qui se dégagent de ces petits riens qui unissent chacune de ces histoires.Ce tout premier recueil d’Emmanuel Bouchard plaira sans aucun doute aux amateurs de nouvelles.Hamac.qc.ca La nouvelle enseigne de la littérature ( i LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE I I SEPTEMBRE 2 O O H LITTERATURE LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE LITTÉRATURE CANADIENNE L’organisation des rêves et pseudonymes de Volodine GUYLAINE MASSOUTRE Lutz Bassmann.On le connaît sous d’autres noms: Manuela Draeger, écrivain pour les petits, ou Elli Kronauer, inventeur de «bylines» pour les enfants.Mais surtout il est l’inventeur du «post-exo-lisme», une esthétique résolument novatrice et tarcesque, pour laquelle il a créé des «entrevoûtes», des «narrats», des «romances» et d’époustouflants romans d’apocalypse et de fin du monde.Il s’agit d’Antoine Volodine, un pseudonyme épatant sous lequel se dégage un romancier original, une voix, un grand talent Le revoici dans deux volumes chez Verdier, sous le nom de Lutz Bassmann: un autre de ces noms propres soigneusement choisis, musical et onirique, comme il en abonde dans l'œuvre.Après Pessoa et ses quelque 70 pseudonyme^, ou comme un Romain Gary alias Émile Ajar, Volodine endosse un pseudo pour adultes, jouant par la mise en abyme avec des voix à travers lesquelles il s’enfonce plus loin dans la fiction.Cohérence donc, harmonie et jeux orchestrés pour plusieurs instruments, tels sont les maîtres mots du labyrinthe imaginaire volodi-nien.Depuis Les Angts mineurs, en 1999, puis sa tétralogie consacrée au Bardo, enfer tibétain des morts qui errent parmi les vivants, ces ombres sans frontières ni identités complètes, le romancier a multiplié les angles narratifs, les envolées sous terre, les plongeons entre deux mers, a ouvert des portes à mi-étage et convoqué des espèces de tribunaux dirigés par des grands-mères révolutionnaires et par des enfants.Empruntant à l’univers de la bédé, de la science-fiction (mais de moins en moins), des religions et de l’ethnologie, jouant des contradictions entre les nations, de la géopolitique cacophonique et de l’histoire sanglante des humains, il a mis dos à dos l’Occident et l’Orient, le passé et l’avenir.Sans revenir aux recettes cinéphiliques de la guerre froide, il en a épuré les grands traits, noircissant ce que le fantastique accueille volontiers.Le fantastique Avec les moines soldats et Haikus de prison bénéficient de cette singularité, qui se renouvelle et surprend.Schwann, Brown et Monge y sont d’étranges témoins, aussi froids que cruels.Vedettes d’un univers mi-underground mi-grun-ge, non tant dans les lieux que dans la panoplie des effets spéciaux, revus par le littéraire, ces musiciens narrateurs, appartenant à un univers composite de moines soldats, entrent dans sept chapitres qui se télescopent Le premier chapitre, «Un exorcisme en bord de mer», est époustouflant Vague écho du Horia de Mau- passant ou des contes noirs d’Edgar Poe, il raconte un incendie dans une maison hantée par des fantômes qu’un exorciste a mission de chasser.C’est beaucoup plus qu’un roman d’ado et un bataclan dTlallo-ween: l’écriture avive les peurs enfouies, les cauchemars, les craintes irraisonnées.Des scènes nocturnes et convulsives se succèdent à l’avenant Henri Michaux, lorsqu’il écrivait sur la morsure incessante de chiens invisibles, évoquait son système de défense et de critique face aux visions obsessionnelles et aux pensées dures.Ajar a lui aussi expliqué sa vulnérabilité et les paniques qui exigent des stratégies de Élite pour survivre.Rien de tout cela n’est enfantin.Or Volodine appartient à cette famille des âmes sensibles, capables de se décaler selon plusieurs strates inventives des animations cérébrales involontaires et des étranglements de vie.11 l’a déclaré: il veut appartenir à la littérature française de l’extérieur.Bâtir des mondes inconnus.Or Bassmann n’est pas de ceux qui refoulent la poésie, faute de moyens.Aux effets irresponsables des chocs de haute tension que le monde décharge dans les cerveaux épris d’art et d’humanité, les personnages jettent leur hargne comme la pieuvre son encre en cas de danger.Autodéfense Haikus de prison est un ensemble de trois sections de tercets libres qui, en mots simples, fait le tableau d’un univers carcéral volo-dinien.Les prises sont claires, neutres, entrelaçant un monde de malfrats multiethnique et une grande nature généreuse, romantique par son indifférence aux scènes hu-goliennes ici campées.Silhouette parmi les plus attachantes, celle de Mariya Schwahn, succédané de la femme éternelle, l’amoureuse qui revient travestie dans chaque livre.Mémoire, fidélité, instructrice et combattante de l’irréalité, elle fait un tendre contrepoint aux créatures déliquescentes, grotesques et goudronnées qui s’ébattent dans le quotidien de ce New Yagayane de la post-humanité.Le monde américano-soviétisé de Volodine, métissé d’Eurasie, offre mille échos à entendre.Bass-mann/Volodine aura multiplié les signes de piste, dissimulant des sourires sous le pessimisme de ses romans.Les horreurs du monde y sont bien plantées, de sorte que, cœurs purs, vous y verrez saigner.Collaboratrice du Devoir AVEC LES MOINES-SOLDATS HAIKUS DE PRISON Lutz Bassmann Verdier Paris, 2008, respectivement 251 et 89 pages Romanichels iknirami t u-nau» Le ma tire du Château muge c.tri Bertrand Gervais Le maître du Château rouge roman, 200 p., 24 $ Marc ignore jusqu'à quelles extrémités il sera prêt à aller pour cette femme «au sang gorgé des fruits mouillés d’aurore » rencontrée dans un tram à Rome.Car si Constance, la gardienne des tableaux, est née à l’amour dans ses bras, une autre peut-elle mourir de désir pour lui ?Il faut se mettre en tête que le destin même de nie est en jeu.Si les théories d’Aarvi Hradani sont confirmées, et les observations complémentaires de ).R.Berger, fondées, ITle des Pas perdus s’apprête à disparaître comme l’Atlantide Ta fait en son temps, ne laissant derrière elle que fables et légendes.La gardienne m 8 Hugues Corriveau La gardienne des tableaux roman, 112 p., 20 $ _T_?r_l 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 \ 1 Téléphone: 5i4.525.2i.70*Télécopieur: 514.525.75.37 cUiti'in- Courriel: info@xyzedlt.qc.ca*www.xyzedit.qc.ca Commerce avec les fantômes SUZANNE GIGUÈRE Roman tramé de souvenirs, de circulations entre le passé et le présent Certitudes, de la Canadienne d’origine malaise Madeleine Thien s’étire sur un demi-siècle et balaie géographiquement plusieurs espaces (Indonésie, Malaisie orientale, Australie, Pays-Bas, Canada).Le roman explore les blessures à jamais inscrites dans la mémoire de ceux qui ont vécu les atrocités de la guerre.Sandakan, au Nord-Bornéo britannique, 1942.Matthew Lim, né de père chinois, vit heureux avec sa famille jusqu’à ce que les Japonais envahissent Rie.La population en faite erre sur la route à l’orée de la jungle.Matthew et son amie Ani sont comme des papillons affolés.Quand les deux enfants ont trop faim pour marcher, ils se cachent dans les cratères laissés par les bombes.Soixante ans après les événements, Matthew vit à Vancouver avec Clara.Chaque fois que leur fille Gail interroge son père sur son enfance, sur ses parents et sur sa vie en Malaisie orientale, Matthew se contente de sourire, de regarder au loin, ou encore il repousse ses questions.Certaines histoires ne supportent pas d’être répétées.Certaines choses, perdues depuis longtemps, ne peuvent être rendues.Et puis, la mémoire est pleine de pièges.Les souvenirs se plient et se courbent L’entrée en scène d’un photographe de guerre vivant aux Pays-Bas vient éclairer Gail sur le commerce avec les fantômes auquel se livre son père depuis toutes ces années: la collaboration de son propre père avec les forces d’occupation japonaises durant la Seconde Guerre mondiale, son assassinat sous les yeux horrifiés de l’enfant («Le monde se vida avant le 2 et le 3 coup de feu»), l’exclusion du garçon par les habitants Rie (fils de collabo), l’idylle amoureuse avec Ani, une paternité non assumée.Design littéraire «En quoi cela était-il bon de se rappeler, de se iramponner au passé, si les événements de la vie ne pouvaient être changés.Quel bien apporte la mémoire si on ne peut jamais s’amender?» Cette profonde réflexion sur la mémoire et l’oubli est au cœur du premier roman de Madeleine Thien Mudcle "Cerfît iules dont un critique canadien a dit qu’il était écrit comme «le diamant raye le verre».L’expression est juste.L’auteure a recours à une langue acérée, d’une précision absolue.Jouant avec l’idée que les frontières du passé et du présent ne sont qu’une illusion, la romancière déplace habilement la narration dans des temps et des es- paces paraDèles, glisse progressivement d’un univers à un autre.Toutes les histoires et tous les personnages se touchent II suffit de suivre le courant sous-jacent pour arriver au point de rencontre où tout s'éclaire.Chaque élément est un 1U.Un vrai travail de design littéraire, admirablement traduit par Hélène Rioux, elle-même romancière.Madeleine Thien vit aujourd’hui à Montréal.Après un recueil de nouvelles Simple Recipes (Une recette toute simple.Mercure de France, 2004) qui a remporté quatre prix littéraires au Canada, Certainty (Mc Clelland & Stewart 2006) a été traduit en quinze langues.D est finaliste pour le Kiriyama Brize, un prestigieux prix qui favorise une meilleure compréhension entre les nations du Pacifique et de l’Asie du Sud.Collaboratrice du Devoir CERTITUDES Madeleine'Fhien Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Rioux XYZ éditeur Montréal, 2008,240 pages LITTÉRATURE JEUNESSE Et voici Clarice Bean.Après avoir séduit quelques millions de lecteurs dans le monde, Clarice Bean se lance à la conquête du Québec.ANNE MICHAUD Issue de l’imagination de l’au-teure et illustratrice britannique Lauren Child, Clarice Bean est une fillette de 8 ou 9 ans qui vit au sein d’une encombrante tribu: un papa qui travaille trop fort une maman souvent débordée, une grande sœur qui passe des heures au téléphone, un grand frère qui traverse péniblement l’adolescence, un petit frère qui lui tape sur les nerfs, un grand-père qui perd les pédales, un chien pas très obéissant, un petit voisin pot-de-colle et une vieille voisine malcommode.Les plus jeunes découvriront l’univers de Clarice Bean dans trois albums où s’entremêlent typographie, calligraphie, dessins, photos et collages.À travers cette ravissante cacophonie visuelle, la fillette livre ses observations sur sa vie familiale et scolaire, toutes deux plutôt mouvemen- tées! Ses commentaires rigolos et délicieusement (im) pertinents sont à l’image de l’environnement graphique dans lesquels ils baignent.Pour les plus grands, les aventures de Clarice Bean se poursuivent dans trois romans illustrés où la fillette relate plus en détails des incidents de sa vie familiale, ses démêlés avec Mme Wilber-ton (son professeur) et surtout sa passion pour Ruby Redfort, l’héroïne d’une série de romans et d’émissions de télévision qu’elle suit assidûment.Clarice admire tellement Ruby Redfort qu’elle tente, chaque fois que possible, d’imiter les raisonnements et les techniques de son idole; et cela fonctionne puisque c’est ainsi quelle arrive, par exemple, à retrouver le trophée du concours d’écriture de sa classe, à démasquer le responsable de l’enlèvement du lapin de Clem Hansson et à empêcher que son ami Karl Wrenbury ne soit mis à la porte de l’école.Tant dans les albums que dans les romans, l’univers de Clarice Bean est désopilant, loufoque, burlesque et extraordinexception-nellement (c’est un mot inventé FRED VARGAS Déjà plus de 400000 exemplaires vendus en France ! ( hemtn*WW®*ffB*Nôcïnrft#ï Fred Vargas .^ ^ | iézn ueü: 1 INCERTAIN rOUCIEH £ ImieHè).«Un très très bon roman que je vous recommande fortement.» René Homier-Roy - SRC C'est bien meilleur le matin « Un lieu incertain se joue des conventions du genre policier.Roman littéraire, histoire d’horreur, polar et conte initiatique, ce livre porte décidément bien son titre.» Christophe Bergeron - Voir ÉDITIONS par Clarice) irrésistible.La traduction, réalisée principalement par Stanley Péan, est tout à fait réussie et rend la jeune héroïne aussi attachante dans sa version québécoise que dans le texte original.La conclusion, comme le dirait Clarice elle-même, c’est que «quand on lit un bon livre, on a envie de le relire et de le relire encore».Collaboratrice du Devoir CLARICE BEAN, C’EST MOI ! MAIS DE QUELLE PLANÈTE VIENS-TU, CLARICE BEAN ?DEVINE QUI VIENT TE GARDER, CLARICE BEAN?32 pages chacun, 4 ans et plus ABSOLUMENT MOI, CLARICE BEAN TU ES DANS LE PÉTRIN, CLARICE BEAN NE REGARDE PAS TOUT DE SUITE, CLARICE BEAN 192 à 282 pages, 8 ans et plus Textes et illustrations de Lauren Child Traduction de Stanley Péan et Fanny Britt La courte échelle, Montréal, 2008 limitant même félicite les finalistes au Prix Victor-Barbeau 2008 de l’Académie des Lettres du Québec fctpsnne B#au!«u Sang et iumïère Lo communauté do sacré daos le cinéma québécois '0 1 w» ¦ i**-,: ’.V.mdont due Linstant même Collection L’instant ciné 184 pages, 23 $ Roland Bourneuf Pierres de louche 138** Lmflutt mtme Linstant même 402 pages, 35 $ Sang et lumière La communauté du sacré dans LE CINÉMA QUÉBÉCOIS essai de Etienne Beaulieu Pierres de touche essai de Roland Bourneuf Lire pour faire durer l'instant. LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2008 LITTERATURE ESSAIS QUÉBÉCOIS De Polynice à Joseph Guibord Politique autour d’un cadavre DALI E GIROUX On connaît bien l’histoire d’Antigone, la fille d’Œ-dii dipe et de Jocaste, qui a combattu Créon, roi de Thèbes, parce que celui-ci relu sait à Polynice, le frère de l’héroïne, l'honneur d’une tombe.La tragédie de Sophocle, qui illustre de manière paradigmatique le conflit entre la famille et l’Etat dans le monde grec, est l’un des textes-phares de la culture occidentale.Mais connaît-on l’histoire de la veuve Guibord, née Henriette Brown ?Nous sommes en 1869, à Montréal.Avec l’appui d'un groupe d’amis de l’Institut canadien et des avocats Joseph Doutre et Rodolphe Laflamme (ce dernier chez qui nul autre que Louis Riel a été clerc peu de temps avant les événements), la veuve Guibord a, comme Antigone en son tçmps immémorial, mené une bataille épique contre l'Église catholique et ses représentants.Il s’agissait d’obtenir pour son défunt mari, Joseph Guibord, imprimeur de son métier, une sépulture dans la partie «honorable» du cimetière Côte-des-Neiges, ce qu’on lui refusait alors sous pré texte de l’appartenance de Guibord à l’Institut canadien, société intellectuelle libérale honnie par les autorités ecclésiastiques de l’époque.Seize années après avoir publié chez Triptyque Le Procès Guibord ou l'interprétation des restes, dans lequel il «déterrait» patiemment l’affaire, le philosophe et archéo-philologue de l’enclave canadienne-françai-se Robert Hébert nous offre ici, dans un format de poche, le texte de la plaidoirie de Joseph Doutre.Comme le souligne Hébert dans sa très belle présentation, il s’agit dans l’affaire Guibord d’un épisode «qui boulevers[e] l’historiographie pieuse et gagnante de l’Eglise catholique et des historiens nationalistes; images d’une culture urbaine, moderne, se superposant aux souvenirs champêtres».D’où l’intérêt de s’atteler à la restitution des événements entourant l’affaire, et en particulier de retourner au texte lui-même, dont la texture historique, philosophique et littéraire est remarquable, étonnante.Les enjeux propres à la modernité politique y sont abordés sur fond de complexes et douloureux transferts culturels Europe-Amérique, et ils le sont avec finesse et verve.«Une leçon érudite de confiance en soi au nord du 45' parallèle», selon les mots d’Hébert Avec la publication du texte de Joseph Doutre, une petite lumière s’allume sur la trajectoire de la constitution d’un corpus de la pensée québécoise.Que «le lecteur responsable brise le silence».Collaboratrice du Devoir PLAIDOYER POUR GUIBORD Joseph Doutre Présentation de Robert Hébert Liber Montréal, 2008,109 pages LE PROCES GUIBORD OU L’INTERPRÉTATION DES RESTES Robert Hébert Triptyque Montréal, 1992,193 pages POLITIQUE Toute la lumière sur les élections américaines ISABELLE Alors que la campagne américaine bai son plein, le directeur du très respecté Harper’s Magazine, John R MacArthur, jette un regard éclairant sur l’incroyable machine électorale américaine, ses principaux acteurs et les lobbys qui, selon lui, ont fait main basse sur la démocratie mise au monde par Benjamin Franklin.Même s'il s’adresse plus précisément aux interlocuteurs francophones, Une caste américaine, Les élections aux Etats-Unis expliquées aux Français, fournit toutes les clés pour démêler l’écheveau complexe de la politique états-unienne, mais dresse un portrait alarmant de l’état de la plus grande démocratie du monde.Le Devoir UNE CASTE AMERICAINE Les élections aux États- Unis EXPLIQUÉES AUX Français John R MacArthur Les Arènes, Paris, 2008,269 pages MF .w mmm 30 ANS DE CULTURE^^ SORTIE DU NUMER0100 VILLE DE QUÉBEC1978-2008 ü arts visuels / architecture / urbanisme / écriture EN KIOSQUE DÈS LE 5 SEPTEMBRE 2008 www.inter-lelieu.org DOSSIER Genèse de l'art actuel à Québec Quelques éléments pour en comprendre l'origine Jean-Claude St-Hilaire 30 ans d'art vivant à Québec Dialogue entre toi et moi Lisanne Nadeau et Guy Sioui Durand 30 ans d'urbanisme à Québec Une ville marquée par un traumatisme qui n'est pas celui qu'on pense Marc Boutin 30 ans d'architecture à Québec Remonter le temps Réjean Lemoine et Olivier Vallerand ¦'tu, .-Wm- ¦ Une brève histoire de la poésie vivante André Marceau HISTOIRE DES ORGANISMES CULTURELS DE QUÉBEC La chambre blanche / L’îlot Fleurie / La Bande Vidéo / Engramme Musée national des beaux-arts du Québec / Folie/Culture / Avatar VU / Le Lieu, centre en art actuel / Les Productions Recto-Verso / L'Œil de Poisson 146 pages Tout en couleur Bilingue ÛMèÉÉllIIÊ'ï 345, rue du Pont, Québec (Québec) G1K 6M4 T 418.529.9680 | F 418.529.6933 infos@inter-lelieu.org | www.inter-lelieu.org l i rovuu /nfivost soutenue financièrement par le Conseil des Arts du Canada, lu t ( mseil dès arts et des lettres du Québec et la Ville de Québec.HISTOIRE Une somme sur l’histoire de Québec ISABELLE PORTER /krf IJ, Aff* jS.i Québec — Les amateurs d’histoire seront heureux d’apprendre la publication prochaine d’une somme de 2400 pages sur l’histoire de la capitale et de ses environs.Histoire régionale de Québec complète une ambitieuse collection d’ouvrages historiques sur chacune des régions du Québec.Publié par les Presses de l’Uni-versité Laval et l’Institut québécois de recherche sur la culture (ICRQ), le livre doit être lancé autour du 15 novembre, nous dit-on.Lors d’une conférence à 1TNRS cette semame, l’un des auteurs, l’historien Fernand Harvey faisait remarquer à juste titre que malgré la profusion de publications sur la ville de Québec, cette dernière n’avait pas encore fait l’objet d’un ouvrage historique multidisciplinaire.Responsable avec Sophie-Laurence Lamontagne des sections concernant l’histoire culturelle de la ville depuis 1791, M.Harvey a partagé le travail avec Marc Val-lières (démographie, économie, XK) et XX'' siècles), Réginald Auger (espace amérindien), Andrée Héroux (géographie et milieu rural) et Yvon Desloges (économie et société en Nouvelle-France).Coordonnée par le professeur de l’INRS Normand Perron, cette SOURCE BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC Gravure tirée d’un ouvrage de Claude Le Beau, Aventures du Sieur Le Beau ou voyage nouveau et curieux parmi les sauvages de l’Amérique septentrionale, 1738 somme de 2400 pages comptera 23 chapitres répartis en trois volumes.Elle vient s’ajouter à une série de 17 synthèses d'histoires rè gionales lancée en 1981.Outre ce livre très attendu sur la région de Québec, restent à paraître les histoires du Centre-du-Québec, de Lanaudière, de la région montréalaise et de Laval.Le Devoir De Cornellier à Foglia MICHEL LAPIERRE Rien ne rapproche plus le sérieux Louis Cornellier, qui tient la chronique sur les essais québécois dans le cahier «Livres» du Devoir, de Pierre Foglia, le chroniqueur anticonformiste et désinvolte de La Presse, que leur attitude à l’égard des intellectuels hautains.Chacun «défend la culture devant ceux qui la refusent et la désacralise devant ceux qui bavent devant elle et s’en servent à des fins de distinction».Par le style pédagogique empreint de chaleur et de bonhomie, on aura reconnu ici un passage de l’éloge que Cornellier fait de Foglia dans son essai Lire le Québec au quotidien.Republié avec une mise à jour substantielle du quart de la première édition (2005), ce «petit manuel critique et amoureux à l’usage de ceux qui souhaitent bien lire les quotidiens québécois» confirme que le jugement s’applique aussi à l’auteur.Un peu comme Foglia, mais avec plus de constance, de générosité, de rigueur et de limpidité, Cornellier, journaliste d’un naturel désarmant, sait démasquer l’exagération et l’artifice chez beaucoup d’intellectuels québécois.Ceux-ci se piquent d’avoir une haute cultu- re à l’européenne en oubliant qu’ils sont les produits d’une histoire collective incapable de justifier cette prétention.Au Journal de Montréal, à La Presse ou au Devoir, les chroniqueurs que l’essayiste admire brillent par le franc-parler, l’indépendance d’esprit et l’enracinement, ces qualités qu’il place au-dessus de tout On comprend que le regretté Pierre Bourgault, l’in-contoumable Foglia, la tenace Use Payette font, à ses yeux, figure de modèles.Cornellier n’est pas dupe du dogme de la liberté de la presse.Les éditoriaux, nombre de chroniques et parfois les informations reflètent les tendances politiques, économiques et sociales des propriétaires de journaux.L’auteur n’a pas de peine à nous convaincre que cela caractérise éminemment le quotidien La Presse.Il donne aux mots «gros bon sens» une acception péjorative lorsqu’il remet en cause le populisme journalistique, celui de Richard Martineau et de Patrick Lagacé, puis, par une incursion dans la critique autant de la radio que de la télévision, celui de Paul Arcand et de Jean-Luc Mongrain.Mais le bon sens n’illustre-t-il pas la démarche de Cornellier lui-même, à titre de journaliste et d’essayiste?Un bon sens d’un registre supérieur et d’une efficacité rare, bien entendu! Collaborateur du Devoir LIRE LE QUEBEC AU QUOTIDIEN Louis Cornellier Type Montréal, 2008,144 pages Lire le Québec au quotidien NE MEÎTEZ PAS N’IMPORTE QUOI DANS VOS OREILLES À QUÉBEC! LA DESCENTE DU LIT DÈS 6H3Û MUSIQUE / ACTUALITÉS LIVRES PHILOSOPHIE Le testament d’Henri Nouwen À propos d’un tableau de Rembrandt GEORGES LEROUX Ce livre peut être considéré comme le testament d’Henri Nouwen.Depuis qu’il avait vu en 1983 le tableau de Rembrandt, dans une reproduction qui se trouvait à l’Arche de Jean Vanier, à Trosly en France, Henri Nouwen s’en trouvait presque obsédé: cette figure du père accueillant le fils prodigue lui paraissait à la fois énigmatique et trop claire.Il fit en 1986 le voyage vers Leningrad, pour voir le tableau au Musée de l’Ermitage, et il en fut bouleversé.Le livre, d’abord publié en anglais en 1992, recueille l’ensemble de ses méditations sur la filiation et la paternité représentées dans la parabole.Le hasard voulut qu’il mourût, terrassé par une crise cardiaque dans sa Hollande natale, le 21 septembre 1996, alors qu’il était en route pour revoir le tableau en Russie, où il avait accepté de travailler à un film sur l'œuvre qui n’avait cessé de l’inspirer.Si le tableau offre d’abord une énigme, c’est que la parabole elle-même pose le problème de la récompense du juste.Pourquoi en effet le père se montre-t-il si affectueux et compatissant à l’égard du fils qui a suivi le chemin de la débauche, et si rigoureux à l’égard de son frère, qui s’est maintenu dans l’observance de la règle?La vulnérabilité du fils repenti sollicite certes la sympathie, et on peut comprendre qu’il soit accueilli par le père, mais ne se range-t-on pas spontanément du côté du juste, qui demeure perplexe et envieux devant la générosité de la fête et l’expression de l’amour?«Je ne pouvais deviner, écrit Nouwen, le prix à payer pour participer vraiment au grand événement que célèbre le tableau de Rembrandt.» Son livre est le récit de cette rencontre avec le sens de la parabole, tel qu’il apparaît dans le tableau: prenant appui sur les trois figures du récit, Nouwen entreprend de mettre en question chacune de leurs postures comme décisions spirituelles dans l’existence.Rembrandt n’en privilégie aucune, et dans la tension entre une justice de pure droiture et un amour fondé sur le pardon et l’accueil, il invite le spectateur à sonder la vérité de chacune de ces postures comme posture ouverte, possible.Le livre est donc divisé en trois parties: d’abord, un examen de la position du fils cadet et la réflexion sur la faute et l’illusion; ensuite, une méditation du ressentiment qui menace le juste, toujours enclin à l’autojustification et enfin, une méditation sur le père, figure centrale de l’accueil.Nouwen et Rembrandt Henri Nouwen puise autant dans l’histoire de l’art que dans la psychanalyse, et sa réflexion sur la faute et le pardon ne peut être comprise sans un retour sur le meurtre du père qui hante le récit biblique, comme Mieke Bal l’avait déjà montré {Reading Rembrandt, Amsterdam, 2006).L’appel de l’étranger, la Le Retour de l’enfant prodigue, de Rembrandt (1606-1669) nécessité de la rupture sont les conditions de la réappropriation de l’enfance et l’acceptation de la filiation.Ce premier moment du livre nous met en présence du tourment qui rend nécessaire l’éloignement et justifie la souffrance, mais l’épreuve la plus exigeante est certainement celle qui demande de dépasser le ressentiment du juste.L’écriture d’Henri Nouwen se nourrit beaucoup de son itinéraire personnel, et on trouvera dans ces pages l’aveu qui détermine l’énigme de la parabole: l’envie de la vie de désobéissance, le désir de la liberté de la débauche.On retrouve ici l’éthique de Kierkegaard, mais retravaillée dans un soupçon radical porté sur H vie ordonnée et sur la fidélité.Le troisième moment du livre est celui de la réconciliation avec la paternité, chacun étant appelé à partir, à renoncer au monde de la filiation, pour devenir aussi bien le père des autres et son propre père.Nouwen ne se trompe pas en faisant de la méditation de Rembrandt une médi- tation sur la paternité, dans ses aspects de miséricorde et d'accueil, au-delà d’une justice de rectitude et de tout philistinisme.Henri Nouwen est né en Hollande en 1932 et, après avoir été ordon-qé prêtre en 1957, il a enseigné aux Etats-Unis, principalement à Yale de 1971 à 1981.Mais sa vie, comme son biographe Michael Taylor le montre {The Wounded Prophet, New York, 1999), fut marquée par plusieurs épisodes dépressifs et une recherche douloureuse de présence et d’amour.Sa rencontre avec Jean Vanier, qui coïncide avec sa rencontre du tableau de Rembrandt, fut déterminante: en 1986, il s’est établi à l’Arche de Daybreak en Ontario et ne l’a jamais quittée.Il y développa une œuvre de compassion pour les plus démunis de la société, et ses nombreux livres témoignent d’un engagement de tous les instants au service des pauvres.Dans les carnets et journaux qu’il n’a cessé de tenir, Nouwen se distingue de la plupart des ARCHIVES LE DEVOIR maîtres spirituels chrétiens de notre temps par un trait décisif il ne cache jamais sa propre fragilité, et son rapport au texte biblique s’en trouve profondément modifié.Son insistance sur la nécessité du lien et de l’affection a fait de lui un penseur exemplaire de la communauté et si on le compare parfois à Thomas Merton, c’est moins pour l’ascèse de la soÈtude, bien que cette discipline se trouve aussi au cœur de son œuvre, que pour la richesse de l’aveu et l’invitation à reconnaître dans le récit biblique les figures ouvertes de l’existence personnelle.Collaborateur du Devoir LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE.REVENIR À LA MAISON Henri Nouwen Traduit de l’anglais par Rollande Bastien Albin Michel, «Espaces libres» Paris, 2008,232 pages - - ¦' ¦ i 'vyfyir- ¦ ¦ j Louis Cornellier LIRE LE QUÉBEC AU QUOTIDIEN Litre le Québec cm quotidien Petit manuel critique et amoureux à l’usage de ceux qui souhaitent BIEN LIRE LES QUOTIDIENS QUÉBÉCOIS Comment tirer le meilleur parti de la lecture quotidienne du journal ?Cet ouvrage s’attache à répondre à cette question.Introduction très concrète au journalisme qui se pratique au Québec, il veut donner agx étudiants et à tous les citoyens concernés par la chose publique les outils nécessaires à la lecture intelligente de nos principaux titres de presse, soit Le Journal de Montréal.La Presse et Le Devoir.Ce petit guide allie des qualités pédagogiques à une réflexion stimulante.Madeleine Thien Certitudes Roman traduit de l’anglais par Hélène Rioux.240 p„ 25 $ Sandakan, Nord-Bornéo, 1942.Les Japonais envahissent la Malaisie orientale.Deux enfants orphelins, Matthew Lim et Ani, errent comme des papillons affolés sur la route de Leila.Peut-on retrouver des souvenirs enfouis qui brillent comme des pièces de monnaie dans un bol d’eau?C’est ce que tente Gail, la fille de Matthew, soixante ans plus tard.LA RAISON DU PLUS FORT PLAIDOYER POUR LE FÉDÉRALISME MULTINATIONAL Alain-G.Gagnon K 4 Quel est le potentiel du fédéralisme multinational pour les pays caractérisés par la diversité?Dans un essai riche et nuancé, Alain-C.Gagnon explore cette question et lance une invitation au respect de la juste démocratie, au respect des identités nationales plurielles et à la stabilité des États démocratiques avancés.1er prix Josep Maria Vilaseca i Marcel 2007 Meilleur ouvrage sur le fédéralisme CORPS ETRANGER Catherine Lalonde i 'ntlu-riru11 .ilomle Corps étranger Dans le troisième recueil de poésie de Catherine Lalonde, fougue et mots ravageurs se côtoient.Certains parleront peut-être de violence, entendons-y plutôt le cri aux limites de la révolte et d’un désespoir lucide.et assumé.Une parole « au féminin » d’une consternante originalité.Préface de Nancy Huston UNE JEUNE FEMME EN GUERRE TOME 2 PRINTEMPS 1944 -ÉTÉ 1945 Maryse Rouy Maryse Rouy Unc c 'Uà- jeune femme#*- # .cm guerre jw»*lirtnjn' 19** ••4W 1945 kM- é C- ' '! Maryse Rouy poursuit le captivant récit du destin mouvementé de Lucie.Pendant la Seconde Guerre mondiale, la jeune montréalaise devient correspondante de presse en Italie.Elle se passionne pour son métier, qu'elle parvient à exercer malgré les embûches de ceux qui estiment qu'une femme n'est pas à sa place au front.TYPOH Uw uirhpAqnié de Qu*iwioi Med*» 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 \ 1 Æ Téléphone : 514.525.21,70 ¦ Télécopieur : 514.525.75.37 i iliu-iir Courriel : info@xyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca Æ.QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com Vvm .Vf HWVM LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2008 F 8 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Le symptôme Jeff Pillion Louis CORNEIXIER I en a-t-on pas déjà w trop dit sur le phénomène Jeff Fil-lion?Ce n’est pas l'avis du journaliste Jean-François Cloutier qui remet ça dans un essai intitulé Jeff Fillion et le malaise québécois dont l’intention est d’analyser ce que révèle cette histoire du Québec actuel.«Ce livre, précise Cloutier, ne se veut ni une apologie ni une condamnation de CH01-FM et de son ex-morning man vedette Jeff Fillion, mais un effort de compréhension de te qui se trouve en dessous, pour ainsi dire, de leur succès indéniable.» «Mélange incongru de vulgarité et de critique sociale», l’émission de Fillion a atteint des sommets de popularité en 2004, avant de perdre de sa superbe dans l’affaire Chiasson, du nom de cette jeune femme qui a intenté et gagné un procès contre Radio X et son animateur.Dans les débats qui ont accompagné ces péripéties, deux camps se sont radicalement opposés: celui des scandalisés qui ne retenaient que l’inacceptable vulgarité de Fillion et consorts et celui des partisans qui scandaient «Liberté!».Selon Cloutier, ces prises de position tranchées n’ont pas permis de faire apparaître la «grande richesse de sens» que recelait le phénomène CHOI-FM pour la compréhension «des tendances lourdes à l’œuvre dans le Québec actuel».L’OPNI Québec Le phénomène CHOI, remarque d’abord Cloutier, n’a pas prospéré à Québec pour rien.Véritable OPNI, c’est-à-dire objet politique non identifié, avec son engouement pour les conservateurs de Harper, les adéquistes de Dumont et les politiciens municipaux hors norme à la Boucher et La-beaume, la ville de Québec, selon Cloutier, se distingue par «cinq traits propres», particulièrement compatibles avec l’idéologie de Radio X.Il s’agit d’un conservatisme foncier (que le journaliste attribue à une gloire ancienne en allée, au statut historique de la ville et à son fonctionnarisme), d’une surprenante anglomanie (l’anglais n’y est pas menaçant), d’une tradition fédéraliste (notamment à l’Université Laval), d’une rivalité avec Montréal (l’Autre, à Québec, c’est le Montréalais) et de l’aspect «gros village» de la ville, attribuable à son homogénéité.«La doctrine conservatrice-libertaire de Jeff Fillion, conclut Cloutier, ne pouvait trouver de terreau plus fertile pour fleurir au Québec que dans ce ventre mou de la social-démocratie soi-disant panquébécoise [.].» Cette analyse, si elle donne quelques clés pour se pencher sur le «mystère de Québec», n’est pas particulièrement originale.S’il s’agissait là de la seule révélation issue de l’exploration du phénomène CHOI, on pourrait conclure que Cloutier s’est donné beaucoup de mal pour pas grand-chose.Le Québec cassé en deux C’est dans la suite de son ouvrage, toutefois, que le journaliste joue ses cartes les plus intéressantes.Dans les attaques de Jeff André Mayer APOLOGIE DES CONTRAIRES Sur l’origine des contraires et leur prestation dans la nature Nouvelle édition revue et augmentée Apologie des contraires est un ouvrage éclectique dominé pa-rune logique basée sur les lois qui régissent la contradiction.D’avant même le big bang jusqu’à la reproduction biologique, on y découvre l’Intuition d’une vérité Inespérée sur ce dont l’univers est vraiment composé.Des extraits sur Internet: www.apologladascontralras.com Vbl.d»«6 p., 29,95$ CARTE BLANCHE Fillion contre «l’homme du Plateau Mont-Royal, épris de justice sociale, de métissage multiculturel et d’écologie», Cloutier lit une réaction du ROQ (Rest of Quebec) à Montréal.Depuis vingt-cinq ans, des changements démographiques et économiques ont creusé l’écart entre Montréal et les régions.Le visage de la ville a changé, alors que celui des régions a surtout vieilli, affecté par un relatif déclin économique.Or les médias, qui sont devenus la seule place publique contemporaine, émanent de plus en plus de Montréal, ce qui engendre un sentiment d’aliénation dans les régions.CHOI, en se présentant comme un média vraiment local, aurait permis, malgré ses défauts, «de revitaliser Québec» en lui offrant une place publique à son image.Mais il y a plus encore.En s’en prenant au «Plateau comme métaphore» d’une idéologie partagée par les intellectuels et artistes de la région de Montréal, Fillion dénonçait, en fait, selon Cloutier, «une élite coupée du peuple», une gauche québécoise à la fois souverainiste et trudeauiste ayant abandonné le «prolétariat blanc [.] au profit de ces nouveaux exploités» que sont les minorités en tous genres.Un certain ressentiment, exploité par Fil-lion, aurait résulté de cette évolution puisque «ceux-là mêmes qui vantent la diversité sont souvent les moins disposés à l’accueillir, lorsqu’elle consiste par exemple à s’oppo- ser au mariage entre personnes de même sexe ou à l'équité salariale, ou à mettre en cause l’origine du réchauffement climatique [.]», etc.Cloutier lit une logique semblable dans le discours anti-Révo-lution tranquille de CHOI.La génération X, écrit-il, aurait en quelque sorte été victime d’une sclérose de la Révolution tranquille, d’où son attitude critique à cet égard.En dénonçant les excès de l’Etat providence, du fonctionnarisme, des syndicats et en prônant une indifférence quant aux enjeux constitutionnels, Fillion aurait touché la corde sensible de cette génération.Sa vulgarité, selon le journaliste, ne doit pas nous rendre aveugle à la «qualité parfois exemplaire» de son discours de droite.Là où Cloutier me semble se tromper rudement, c’est quand il laisse entendre que ce discours serait original et qu’on le priverait de tribune.En parfaite contr,adic-tion avec cette hypothèse, il affirme lui-même, plus loin, que «partout, c’est la droite qui donne le ton».Cloutier, d’ailleurs, quoiqu’il s’en défende, a du mal à cacher sa complaisance à l’égard de la critique conservatrice de Fillion.S’il rejette avec force sa vulgarité et son indifférence quant au sort de la culture québécoise francophone, il adhère à l’idée que c’est le libéralisme économique, et non l’Etat, «qui est venu à la rescousse des X» et que, pour cette raison, la réaction colérique des X québécois n’est pas sans fondement A la Fillion, pour-rait-on dire, Cloutier se permet même de dire n’importe quoi, comme ces affirmations fausses JEFF FILLION ET LE MALAISE QUÉBÉCOIS Jean-François Cloutier Liber JOURNALISME voulant que l’enseignement de l’histoire ait été «complètement évacué du programme du secondaire» dans les années 1980 et que la réforme en cours «élimine les cours d’éducation physique».Retenons surtout que cette thèse, c’est-à-dire celle qui évoque une droite régionale, jeune et légitime qui serait victime d’une élite intellectuelle de gauche, relève plus du fantasme conservateur que de la réalité.louisco@sympatico.ca JEFF FILUON ET LE MALAISE QUÉBÉCOIS Jean-François Cloutier Liber Montréal, 2008,150 pages ARCHIVES LE DEVOIR L’animateur de radio Jeff Fillion avait accompagné ses partisans sur la colline parlementaire à Ottawa, en août 2004 Les coulisses des événements MICHEL LAPI ERRE En 2004, en Haïti, l’assistante de Michel Jean, envoyé spécial de la télévision de RadioCanada, lui fait une révélation: «Aristide est parti.Les Américains l’ont emmené.» Ça ne se dit pas.L’ambassade canadienne confirme que le président a quitté Haiti.Jean a un scoop acceptable.Mais ses patrons tergiversent, si bien que l’Agence France-Presse le devance.Une frustration de plus dans un pays où, la nuit seuls les riches ont de la lumière.Lorsque le soleil se couche à Port-au-Prince, le monde entier semble vivre à un rythme plus lent et endurer avec nonchalance les déceptions.Le journaliste frustré devient alors philosophe.«Un million de personnes, et pourtant on discerne à peine quelques lumières allumées dans toute la ville», note Michel Jean dans Envoyé spécial, recueil de dix récits inspirés de son métier de reporter.D sait que l’électricité est «le privilège des seuls qui peuvent se payer les génératrices nécessaires».De petits détails du même genre rendent éloquentes quelques-unes des histoires qui autrement le seraient beaucoup moins.Le professionnalisme de Jean ninterdit pas ces rares moments de poésie qui nous dévoilent un homme trop ému pour juger du haut de ses certitudes les cultures étrangères verp lesquelles on le catapulte.À la nuit de Port-au-Prince, peut-être la plus sombre des nuits urbaines du globe, s’oppose l’éclat invraisemblable de la blancheur du linge qu’obtiennent les Hàitiennes en faisant la lessive dans le délabrement Jean s’en émerveille.Il s’attriste des malheurs d’un chien famélique «dont le seul tort était d’être là».Des étudiants contestataires battent la bête à mort en criant «Aristide est un chien.» Folie du vaudou?Sans prendre parti, le journaliste estime que cette scène dégoûtante «illustre mieux que tout la rancœur qui ronge l’âme haïtienne, une colère nourrie de deux cents ans de tyrannie».Pourquoi se surprendre qu’Aristi-de ait des Chimères et que certains de ses adversaires dirigent une Armée cannibale?Et dans un monde rempli de contrastes et d’absurdités, fallait-il s’étonner que, le 11 septembre 2001, l’envoyé spécial ait pu constater, en, quittant le Québec pour traverser l’État de New York, que l’Amérique profonde ignorait encore ce qui venait de se passer?Voir des coulisses les grands événement permet à Jean d’écrire ce beau mot audacieux: «New York brûle et la campagne dort.» AuSnlarika, à la suite du tsunami de 2004, il ne craint pas de souligner que, si les hommes restent amorphes en contemplant la mer, c’est qu’ils espèrent que les vagues ramèneront les femmes saines et sauves, comme l’évoque le récit légendaire d’une catastrophe semblable survenue là-bas il y a plus de vingt siècles! Michel Jean aura découvert que les àcôtés en disent davantage que les événements eux-mêmes.Le journalisme passe parfois de la nouvelle à l’illumination.Ce n’est pas un mal ENVOYÉ SPÉCIAL Michel Jean Stanké Montréal, 2008,304 pages EN BREF L’homosexualité Yves Saint Laurent scrutée à la loupe sous toutes ses Petite plaquette d’une soixantaine de pages, L’Homosexualité aujourd’hui (Les Essentiels Milan, Paris, 2008) vient s’ajouter à la collection de quelque 300 titres déjà publiés par Les Editions Milan sur des thèmes incontournables de l’actualité et les questions qui remuent nos sociétés.Trente ans après la décriminalisation de l’homosexualité en France, l’auteur, Didier Roth-Bettoni, effectue un voyage historique et sociologique sur la condition homosexuelle, de la Rome antique jusqu’à nos jours.L’ouvrage aborde le sujet à travers le prisme des religions, des diverses idéologies et des médias, étalant les multiples hypothèses et questionnements scientifiques élaborés au fil des siècles pour expliquer les sources de l’homosexualité.Discrimination, clichés, homophobie, coming out et mariage gai, autant de sujets d’actualité entourant l’homosexualité sont passés en revue, dans une forme synthétisée à l’extrême donnant à cette nouvelle plaquette des airs de cours d’homosexualité \à\.-Le Devoir coutures Quelques mois après la mort du créateur Yves Saint Laurent, les Editions du Rocher ajoutent une énième biographie au bouquet d’ouvrages parus sur le grand couturier français depuis sa disparition le printemps dernier.Yves Saint Laurent, L’homme couleur de temps, signé par la journaliste française indépendante Fiona Levis, reprend les grandes étapes de la vie du créateur, de son enfance à Oran et ses premiers pas chez Dior jusqu’à son émancipation complète comme créateur et inventeur du prêt-à-por-ter.L’auteur présente Saint Laurent comme un homme totalement en fusion avec son époque, marquée par la libération de la femme et la libéralisation des mœurs sexuelles.On le décrit aussi comme un créateur ambigu, qui a imposé l’androgynie aux femmes, en dessinant des vêtements toits pour des corps d’adolescentes.Un livre qui n’ajoute rien d’inédit toutefois à ce que l’on sait déjà de cet artiste.- Le Devoir Opération portes ouvertes! LA POLITIQUE EN OUESTIONS pi '« y érM"* h VMM vèehtt « ; umM it tmiiM i, y.L- Le système politique américain l'aide canadienne au développement «e «MM Kniml'i Politique intemotlonale et défense au Canada et au Québec le fédéralisme canadien contemporain Le système politique américain V édition Sous la direction de Michel Fortmann et Pierre Martin Justice et démocralic Unr hMiwtM'ta» * I* phMnui/i/dt L’aide canadienne au développement Sous la direction de François Audet, Marie-Eve Desrosiers et Stéphane Roussel Politique internationale et défense au Canada et au Québec Kim R.Nossal, Stéphane Roussel et Stéphane Paquin Fédéralisme canadien contemporain Sous la direction d’Alain-G.Gagnon par les professeurs de science politique de l’Université de Montréal à l’occasion du 50* anniversaire du département Dti l ItuMi Introduction aux relations fmerrwrtfonales MMAOitèOU f.MlhO Introduction i la politique africaine Pour comprendre le nationalisme au Ouébrc et ttftevn Justice et démocratie Christian Nadeau Introductitin aux relations internationales 3' édition Diane Éthier Introduction à La politique africaine Mamoudou Gazibo Les Presses de l'Université de Montréal www.pum.umontreal.ca Pour comprendre le nationalisme au Québec et ailleurs Denis Monière Université fHl de Montréal
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