Le devoir, 13 septembre 2008, Cahier I
-rw-;-— — LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2 0 0 8 THEATRE D’HIER À D’AUJOURD’HUI LE DEVOIR I * JACQUES ('.RENIER LE DEVOIR Toujours vivant et surtout en santé, le Théâtre d'Aujourd’hui célèbre ses 40 années de productions théâtrales.La création québécoise a un lieu La dramaturgie d’ici se met en scène, rue Saint-Denis Évelyne de la Chenelière, Michel Garneau, Réjean Ducharme, Michel Marc Bouchard, Jean-Claude Germain, Carole Fréchette, Daniel Danis, Normand Chaurette, Olivier Kemeid, Larry Tremblay.Et ce n’est qu’une brève liste, à laquelle on pourrait ajouter 150 autres noms, amorçant ainsi une énumération qui établirait l’histoire contemporaine de la dramaturgie québécoise.Bienvenue au Théâtre d’Aujourd’hui.NORMAND THERIAULT e n’est pas la plus grand salle de théâtre de Montréal.Ce n’est pas non plus celle qui inonde par la publicité les ondes et autres lieux publics.Pourtant, elle ne se fait pas discrète, elle qui a enseigne rue Saint-Denis et dont la devanture continuellement étale sous un titre l’un ou l’autre de ces noms qui font qu’au Québec ü y a une dramaturgie bien vivante.Et sous ces noms, d’autres, de celles et ceux qui vont donner corps aux personnages, ces actrices et acteurs qui font qu’avec régularité cette salle aux 250 places retrouve soir après soir son public d’habitués et accueille les «autres», ceux-là qui se déplacent pour se maintenir au fait de ce que le théâtre québécois devient Le Théâtre d’AujourdTiui, comme cela fut avec Jean-Claude Germain, Robert Lalonde, Michelle Rossignol, René Richard Cyr, et comme cela est toujours avec Marie-Thérèse Fortin, se veut le lieu d’une création théâtrale obligatoirement québécoise.Comme le dit la présente directrice artistique, «Je tente chaque année de dénicher des écritures qui auront encore quelque chose à dire aux Québécois et aux Québécoises dans dix, quinze ou vingt ans » elle qui est à la barre de l’entreprise depuis 2004, «je tente chaque année de dénicher des écritures qui auront encore quelque chose à dire aux Québécois et aux Québécoises dans dix, quinze ou vingt ans».Et le milieu reconnaît le mérite d’une telle action, comme en témoigne une déclaration enthousiaste d’un Michel Marc Bou- chard, qui proclame que «ce théâtre devrait être reconnu et soutenu comme le plus important centre de création nationale et devrait être l’alter ego du Théâtre ouvert de Paris, du Royal Court de Londres, du Nuovo Teatro Nuovo de Naples ou encore de la Sala-Beckett de Barcelone».Hier encore L’aventure de ce théâtre, dont les anciens se souviennent avec plaisir du temps de cette petite salle de 80 places, avec colonnes apparentes dans l’espace, a débuté rue Papineau, au sud de Sainte-Catherine, avec concerts urbains fournis lors des soirées de temps chaud, il y a de cela déjà 40 ans.C’était au lendemain d’une exposition universelle, quand le Québec s’éveillait et que ses créateurs s’imposaient sur la place publique.Au temps, dope, où naissait ce rêve d’un possible Etat du Québec, qui allait justifier que, plus tard, certains affirmeraient que ce coin de terre constitue une «société distincte».C’était alors le temps d’un théâtre «brut», que plus d’un allait regretter et dont on craignait pour son avenir quand il fut décidé de changer de lieu, d’augmenter le nombre de ces sièges devenus des fauteuils, d’offrir même aux comédiens des loges qui ne seraient plus des placards à peine agrandis.S’il y a alors eu dans la communauté un schisme, il tut vite oublié quand force fut d’admettre que sa mission demeurerait toujours la même: un théâtre à la parole québécoise.Et qui eût cru qu’un jour on oserait encore plus, comme cela se produit pour Seuls, de Wajdi Mouawad, qui non seulement «tournera» mais est aussi le fruit d’une coproduction.Comme cela est encore quand la salle prévue pour les répétitions est offerte à des compagnies sans lieu fixe, ce qui double ainsi un soir la programmation ou ajoute en cours de saison au répertoire un autre titre dans le dictionnaire du théâtre pour la jeunesse.Demain déjà Le Théâtre d’Aujourd’hui a 40 ans.Et il est en santé: financière, ce qui fait plaisir, et bien vivant.Un tel état de choses sera toujours une bonne nouvelle pour tous ceux et toutes celles qui, année après année, soumettent une centaine de textes avec l’espoir» qu’ils seront retenus comme l’un parmi les trois qu’un metteur en JEAN-CLAUDE GERMAIN Q fallait un lieu pour que le théâtre d’id prenne vie FORTIN, CYR ET ROSSIGNOL «Où les auteurs de demain se font entendre» Nj* Ift É» U IC *V* “P g*» snwTi K* h s «nf FORTIN ET KEMEID Quarante ans de dialogues RAPPEL D était une fois au 1297, Papineau Page 4 scène créera dans la saison à venir.Et le répertoire peut aussi être actualisé quand un Chaurette est rejoué ou que des Muses revivent sous une nouvelle mouture.Si cette aventure est encore possible, qu’on sache qu’elle nécessite peu de frais, des entreprises comme Hydro-Québec ou la Banque Laurentienne soutenant l’initiative et des bénévoles s’engageant pour garantir ce million et demi de dollars nécessaires pour que public, comédiens et dramaturges puissent toujours vivre de cette réalité que le mot «théâtre» recouvre.Et cette somme, qu’on s’en souvienne, est moins qu’un budget admis en cinéma pour un seul long métrage.Quant à l’avenir, on parle de nécessaires accommodements.Mais qu’on soit rassuré.S’il faudra modifier les lieux, ce qui s’impose 20 ans après l’ouverture de l’actuel espace, il n’y a pas matière pour douter que le dynamisme qui les anime soit en rien diminué: une simple rencontre avec Marie-Thérèse Fortin convaincra d’ailleurs quiconque en doute que le théâtre québécois a plus que jamais quelque chose à raconter, à interroger, à faire vivre.Et le Théâtre d’Aujourd’hui sera alors toujours là pour en témoigner.Le Devoir DÉJÀ 2010 Un lieu, deux salles PageS FINANCEMENT Des bénévoles et un budget équilibré Page 6 « < M * LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2008 îl_2 THÉÂTRE Il y à 40 ans.et après Au commencement était le Théâtre d’Aujourd’hui À la fin des années 60, il fallait un lieu pour que le théâtre d’ici prenne vie.Jean-Claude Germain est un personnage tout aussi volubile qu’inépuisable.Fascinante archive ambulante, il n’y a que lui pour vous entretenir du climat qui prévalait en 1968 dans les «milieux culturels», alors que, en plus de la décisive création des Belles-Sœurs au Rideau Vert, on allait assister à la fondation du Théâtre d’Aujourd’hui (TdA).Il était là, aux pre-Imières loges.Plus, même: il était un des principaux joueurs puisque c’est en 1969, déjà, que son TMN allait présenter Les Enfants de Chénier dans leur grand spectacle d’adieu.MICHEL BÉLAIR Lui, ancien critique au Petit Journal et surtout ancien directeur du si bien nommé TMN (pour Théâtre du Même Nom), m’a raconté tout ce qui précède et qui suit — et bien d’autres choses encore! — en éclatant, comme pour ponctuer son discours, de son rire communicatif toutes les cinq minutes.Ça se passait en ancien territoire ennemi, en plein café du TNM, la semaine dernière.Ecoutez pour voir, comme ils disent à la radio.Lui, c’est l’inénarrable Jean-Claude Germain.Exclusivement québécois Nous voilà dans une sorte de hangar rafistolé, caché derrière .une porte cochère, dans l’est de la ville, rue Papineau, au sud de Sainte-Catherine, dans ce qui n’était pas encore le quartier gai.Une fois passée la voûte de briques du porche, il faut monter le bruyant escalier de fer, tout de suite à gauche.Pendant des années — jusqu'en 1991, en fait, l’année du déménagement au lieu actuel, rue Saint-Denis — le Théâtre d’Aujour-dhui a connu là ses premières métamorphoses.«Tout ça est arrivé au moment où le théâtre amateur vivait ici ses derniers soubresauts, rappelle Jean-Claude Germain.Les deux grandes compagnies de l’époque, Les Saltimbanques et Les Apprentis-Sorciers, , venaient d’éclater ou allaient dans les jours suivants éclater, déchirées par des dissensions diverses.Parmi ces gensdà, certains, les Collin et les Saulnier, voulaient continuer à faire des choses, mais ils n ’avaient plus ¦de salle.Dans le portrait aussi, à part le TNM, le Rideau Vert, le Quat'Sous et la NCT, il y avait ce que Ton pourrait appeler la mouvance Conventum, qui a donné lieu aux expérimentations de Jacques Crête et de Rodrigue Mathieu; Gilles Maheu aussi, qui allait fonder les Enfants du paradis puis Carbone 14; et le Mouvement Contemporain d’André Brassard, qui venait de monter son Festival Beckett au Patriote et qui lui non plus n ’avait plus de local.» On s’en doute, les «grandes» compagnies en place, qui commençaient à peine à se gagner un public, n’allaient pas se précipiter sur ce genre de démarche qui n’intéressait que la nouvelle marge du milieu théâtral, n allait falloir créer un nouveau lieu.Ce fut ce «hangar».Un «hangar» ouvert Ce hangar, qui abrita aussi le CEAD à l’époque où il était encore le Centre d’essai des auteurs dramatiques, avait été déniché et rafistolé par Jean-Guy Sabourin, qui venait de quitter sa petite salle du Vieux-Montréal.C’est là qu’allait s’ouvrir en 1968 la première saison de ce qui est par la suite devenu le Théâtre d’Aujourd’hui.Je le sais, j’étais au Devoir à l’époque: à tout voir, partout en essayant d’occuper le plus possible, faute de mieux, l’espace laissé vide par Jean Basile.Et je peux aussi témoigner du fait que cette mouture «théâtre d’essai» du TdA était tout à fait dans la mouvance du temps.Dans les grandes capitales culturelles, à New York comme à Paris, on en était aussi aux expérimentations de tous types, et la programmation de cette première saison du TdA reflétait alors ce que l’on voyait un peu partout ailleurs: du Arrabal, du Boris Vian, du Ghelde- Le Centre des auteurs dramatiques salue le travail de pionnier qui se poursuit sans relâche au Théâtre d’Aujourd'hui.La dramaturgie québécoise y est vivante et vivace.Les voix de nos auteurs se rassemblent et vous disent BRAVO ! Visitez le site des auteurs de théâtre www.cead.qc.ca Pour informations CEAD 261.rue du Saint-Sacrement, bureau 200 Montréal H2Y 3V2 514 288 3384 ou ceadfacead.qc.ca JACQUES GRENIER LE DEVOIR C’est sous l’impulsion et le dynamisme inaliénable de Jean-Claude Germain que l’idée même d’une dramaturgie québécoise a pu continuer à germer.WKÊÊÊ^ÊÊÊL s m rode, quelque chose qui se cherchait en voulant donner une forme plus large à l’absurde mis au monde par Ionesco et Beckett.Sauf que, pour une fois, il y avait quelque chose de plus, ici.Il venait d'y avoir la création des Belles-Sœurs et, partout, voilà que l’on sentait ce désir, ce besom urgent plutôt, de dire le monde et les gens d’ici dans la langue d’id.Une deuxième saison québécoise C’est ce qui explique que, dès sa deuxième saison, en 1969, le Théâtre d’Aujourd’hui se définissait comme un lieu diffusant exclusivement du théâtre québécois.Le tout premier.Et, coïncidence qui n’en est évidemment pas une, Jean-Claude Germain arrive au TdA en 1969 avec ses Enfants de Chénier, alors que tout semble éclater en même temps! Le théâtre québécois, celui auquel peu de gens croyaient jusque-là, vit soudain sa première explosion.Les Enfants de Chénier connaissent un succès considérable: les salles sont archipleines, les critiques, dithyrambiques.Tout comme pour VOstidshow au QuafSous et pour le Grand Cirque ordinaire, dont le Tes pas tannée Jeanne d’Arc, après un premier triomphe, se met à parcourir le Québec sous l’aile du TPQ (le Théâtre populaire du Québec, alors dirigé par Albert Miliaire), bientôt suivi par La Famille transparente et tous les autres.Sans compter la troupe des Jeunes Comédiens du TNM, où Jean-Pierre Ronfard dirigeait Robert Gravel, Pierre Curzi et Paul Savoie, entre autres.Et rapidement, chaque année, parfois plus même, arrive un nouveau Michel Tremblay mis en scène par André Brassard.D’un seul coup, c’est presque l’abondance! Une histoire de fille(s) Mais calmons-nous! Tout n’était pas joué, bien sûr, dès 1969.Il allait falloir continuer à investir dans cette idée complètement folle d’une dramaturgie du cru, alors qu’on avait jusque-là tenté d’abord d’imiter ce qui se faisait de mieux ailleurs, c’est-à-dire surtout à Paris et parfois un peu à Londres ou New York.Jean-Claude Germain joua ici un rôle majeur.Alors que ses Enfants de Chénier se transformaient en P’tits enfants Laliberté en 1972, c’est aussi sous son impulsion et son dynamisme inaliénable que l’idée même d’une dramaturgie québécoise a pu continuer à germer.Il occupe une bonne partie de la saison du TdA avec sa compagnie dès 69, mais il assumera bientôt, avec Robert Spickler, la direction, la programmation et l’orientation résolument québécoises du ni 2008/2009 l'ART DE LA DIFFERENCE Longue vie au à cette institution inspirante et inspirée par la richesse des œuvres nouvelles des auteurs du Québec! B,/ L -.À, - -: - ¦.¦ Théâtre d’Aujourd’hui, de 1972 jusqu’en 1982.C’est là que l’on peut voir monter Yves Sauvageau, Victor Lévy-Beaulieu, Michel Carneau, Roland Lepage, Reynald Robinson, puis tous ceux et celles qui ont fait du Théâtre d’Aujourdhui ce qu’il est devenu et de la dramaturgie québécoise ce qu’elle est Si le théâtre d’ici a depuis essaimé jusque sur les scènes des grandes compagnies, souvent même dans les grandes capitales, il faut se souvenir à quel point cela semblait illusoire et risqué à l’époque.«Oui, c’était une lutte de tous les instants, reprend Jean-Claude Germain en riant aux éclats.Surtout qu’il fallait naviguer avec des budgets ridicules, sans réserves, sans subvention, barré des deux côtés, si Ton peut dire, puisqu’on travaillait en langue vernaculaire.Mais on oublie trop souvent de souligner que c’est aussi une histoire de filles.On ne parlera jamais assez du travail colossal accompli par Michelle Rossignol.C’est elle qui a réussi à sortir le Théâtre d’Aujourd’hui du hangar de la rue Papineau, qui Ta fait accéder à la modernité, si on peut dire, et qui Ta ouvert à un auditoire considérablement plus large en l’installant où il est maintenant, rue Saint-Denis.» Michelle Rossignol qui, en plus de réussir à donner des bases solides au TdA a probablement lancé une tendance qui ne fait que se confirmer, quand on fait le lien avec ce qu’ont accompli Ginette Noiseux à Go, Lorraine Pintal au TNM et Danièle DeFontenay à l’Usine C.Mais ça, c’est une toute autre histoire.que l’on racontera peut-être une autre fois avec l’aide de Jean-Claude German.D’ici là, on pourra trouver plein de détails sur l’histoire du Théâtre d’Aujourd’hui en visitant le site Internet de la compagnie au www.theatredaujourdhui.qc.ca.Le Devoir SOURCE THÉÂTRE D'AUJOURD'Htll Au programme de la saison 1970-71 du Théâtre d’Aujourd’hui: Louisette Dussault et Nicole Leblanc dans une pièce de Jean-Claude Germain, Si les Sansoucis s’en soucient, ces Sansoucïs-ci s’en soucieront-ils?" SAISON OÉMÊHAG^ * V W .hit.u H d’Eugène Ionesco Mise en scène de Frédéric Dubois Une production du Théâtre des Fonds de Tiroirs «Comme c’est bizarre, curieux, étrange ! Alors, Madame, | nous habitons dans la même chambre et nous dormons dans le même lit, chère Madame.C’est peut-être là que nous nous sommes rencontrés !» I Billetterie 514-987-6919 www.denise-pelletier.qc.ca / 514-790-1245 / 1-800-361-4595 ADMISSION.COM T » IE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE I I SEPTEMBRE 2 O O S I 3 THEATRE Un répertoire et son théâtre Duchame, Gauvreau, Tremblay, Chaurette.Un lieu «où les auteurs de demain se font entendre» Dans ce pays «dont la devise est je m’oublie», pour reprendre la célèbre formule de Jean-Claude Germain, le Théâtre d’Aujourd’hui que ce même Jean-Claude Germain a animé dès sa fondation se livre a contrario à un travail d’affirmation et de mémoire.Il établit la cartographie de notre dramaturgie, reste amarré au présent et au vivant, établit un dialogue constant avec le passé et trace les multiples visages de notre pays théâtral.STÉPHANE LÉPINE Condamné par principe et par son mandat même à porter à la scène «le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui», comme le disait Mallarmé, le Théâtre d’Aujourd’hui se distingue de tous les théâtres du Québec en ce qu’il se consacre exclusivement à ce qui éclôt, aux auteurs naissants mais déjà debout, aux écritures émergentes qui dessinent le paysage de notre théâtre.«Impossible pour le directeur artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, déclare d’entrée de jeu René Richard Cyr, d’établir une saison sur un thème, par exemple, car il n’a pas pccès à la bibliothèque ¦universelle pour constituer sa saison, mais bien aux œuvres écrites par les auteurs d’ici au cours des dernières années.» «On fait le vin avec le raisin de l’année!», d’ajouter avec le sourire Marie-Thérèse Fortin, avant de préciser: «Notre mission est d’être au service des auteurs d’ici et d’offrir aux spectateurs un panorama aussi juste et pluriel que possible de ce qui s’écrit aujourd’hui au Québec et au Canada français.Notre théâtre est le théâtre de l'éclectisme obligé! Dans la mesure où notre théâtre se présente comme le lieu des auteurs et des écritures, il faut forcément que cela se reflète dans les saisons.Nous, directeurs artistiques, sommes des courroies de transmission et il est très important de faire entendre une multiplicité de voix, de donner la parole à des au- « L’échiquier théâtral national n’est plus du tout le même qu’au moment de la fondation, il y a quarante ans» leurs et à des écritures qui renouvellent la dramaturgie, et il est fort réjouissant de constater que des spectateurs audacieux nous sont fidèles précisément parce qu’ils recherchent au théâtre la rencontre avec ce qui est en train d’émerger et de naître.» «A l’image de notre pays» «Le théâtre québécois est aujourd’hui à l’image de notre pays, métissé, ouvert sur le reste du monde et soucieux de demeurer fidèle à lui-même, à ses valeurs, à ses racines.Il ne peut plus se résumer à une seule voix et à un seul univers.» C’est en ces termes que René Richard Cyr présentait sa cinquième saison à titre de directeur artistique.Ainsi s’inscrivait-il dans la voie tracée par ses prédécesseurs, dont Michelle Rossignol, qui assura la direction artistique de l’établissement à partir de janvier 1989.Une première saison qui s’est ouverte sur Les Grands Départs, de Jacques Languirand: titre bien choisi pour un début de règne marqué par le désir d'affirmer haut et fort l’idée selon laquelle il ne saurait y avoir de création vivante qui vaille sans un retour vers ce qui nous a été légué.«H me semblait essentiel, dit-elle, que le Théâtre d’Aujourd’hui crée une place au répertoire québécois, qu’il présente des pièces oubliées, jamais montées ou qui n’avaient pas reçu l’attention qu’elles méritaient.» Ainsi est-elle revenue à des René Richard Cyr, Marie-Thérèse Fortin et Michelle Rossignol ont laissé leurs traces à la d’Aujourd’hui JACQUES GRENIER LE DEVO» direction artistique du Théâtre textes de Ducharme (La Fille de Christophe Colomb) et de Gauvreau (La Reprise) jamais joués jusqu’alors.Ainsi a-t-elle donné une seconde vie à Ixi Trilogie des Brassard et à Surprise surprise, de Tremblay, aux Muses orphelines, de Bouchard, et aux Fragments d'une lettre d’adieu lus par des géologues, de Chaurette.Cette notion de répertoire québécois est essentielle aux yeux de tous les directeurs artistiques du Théâtre d’Aujourd’hui car, nous rappellent-ils; «il y a quelque chose d’absurde à ce que les Serge Bou- # Markita Boies dans La Fille de Christophe Colomb, de Réjean Ducharme, en 1996 DANIEL KIEFFER cher, Larry Tremblay, Carole Fréchette et tant d’autres auteurs soient condamnés à la création et que-leurs œuvres ne puissent être reportées à la scène».«Nos auteurs, soutient avec force Michèle Rossignol.doivent être non seulement joués, mais accompagnés et soutenus.Maintenus vivants.» Et c’est aussi Michelle Rossignol, en plus de permettre au Théâtre d'Aujourd'hui d’emménager rue Saint-Denis dans un lieu digne de ce nom, qui, en véritable pionnière, a ouvert les portes du Théâtre à des voix venues d’ailleurs, telles celles de Peter Madden, Pan Bouyoucas, Abla Fa-rhoud et Wajdi Mouawad.«Toutes les avenues de notre dramaturgie» Toutes les questions que se posait Michelle Rossignol n’ont cessé d’habiter René Richard Cyr et Marie-Thérèse Fortin par la suite.Le temps n'est plus aujourd’hui à l’affirmation nationale, qui a marqué la fondation du Théâtre d’Aujourd’hui.Les écritures théâtrales se font plus que jamais multiples, hétérogènes, plurivoques; elles naviguent entre plusieurs manières de concevoir le théâtre et peuvent se permettre, comme le fait remarquer René Richard Cyr, «d’aller à fond dans une voie particulière, maintenant que les fondateurs ont pour ainsi dire défriché le chemin».Tous les directeurs artistiques qui se sont succédé depuis vingt ans tentent de (juxtaposer à la vocation singulière de ce théâtre une vision contemporaine éclairée de toutes les avenues de notre dramaturgie».Il leur aura toujours semblé essentiel que les spectateurs du Théâtre d’Aujourd’hui soient mis en contact, au fil des saisons, avec des écritures multiples, irréductibles à une seule esthétique, à une seule thématique, à une seule manière de taire.«L’échiquier théâtral national n’est plus du tout le même qu’au moment de la fondation, il y a quarante ans, précise René Richard Cyr.Dans ce contexte, la tâche du Théâtre d’Aujourd’hui est précisément, à l’heure où les auteurs québécois sont joués sur toutes les scènes, de rester attentif à ce qui émerge, de permettre à des auteurs d’avoir un lieu où parfaire leur écriture et de contribuer à maintenir vivant notre répertoire.» «Il ne faut surtout pas oublier, conclut-il, que le Théâtre d’Aujour-d’hui a fortement contribué à faire en sorte que notre dramaturgie s’affirme et qu’elle soit aujourd'hui présentée sur toutes les scènes québécoises, dans les institutions comme dans d’importantes compagnies de création.Les premiers textes de René-Daniel Dubois, Normand Chaurette, Michel Marc Bouchard, Larry Tremblay, Jean-François Caron, Serge Boucher, Daniel Danis, Evelyne de la Chenelière, Emmanuelle Jimenez, Olivier Choinière, Olivier Kemeid et tant d’autres au- teurs qui constituent la richesse de notre répertoire ont souvent été créés ici et, une fois qu'ils ont été reconnus, ils ont pu être joués ailleurs.» Et Marie-Thérèse Fortin de rajouter: «Mais le Théâtre d’Aujourd’hui restera toujours un lieu de dé-frichage, où les auteurs de demain se font entendre et bénéficient d’un espace d’essai et de création, d'un lieu qui leur est destiné.Voilà ce à quoi se sont attachés les différents directeurs artistiques qui s’y sont succédé.Le Théâtre d’Aujourd’hui a maintenant 40 ans.Il se réclame d’être un théâtre toujours d’aujourd’hui et c’est là un acquis précieux qu’il faut défendre et préserver.» Collaboration spéciale leîMetf CÏNTftt 0S OlffUtiOH Pï THI.A.TM- itUNdtf Voir, rire, s’étonner, frissonner.C’est du théâtre ! LA 38e SAISON 8 Des séries stimulantes % K y,» ¦y ATRE RIDENT MARIE DE LTNCARNATION OU LA DÉRAISON D'AMOUR Jean-Daniel Lafond/Marie Tifo ,.iésg TABLEAU D'UNE EXÉCUTION Howard Barker a compter de LE DRAGON BLEU Robert Lepage/Marie Michaud L'ASILE DE LA PURETÉ Claude Gauvreau 1-877-643-8131^ Grand Théâtre de Québec letrident.com LA NUIT DEVALOGNES Eric-Emmanuel Schmitt Robert Lepage LE DRAGON BLEU Direction artistique Gill Champagne osænEsmîEü Économisez jusqu ’à50% Découvrez toute notre programmation au www.lesgrosbecs.qc.ca Théâtre Les Gros Becs 1143, rue Saint-jcnn billetterie: 4IK-522-7B80 poste I ¦Cl Québec BÜ l+| •••C-"' Qtit r.t LE FESTIVAL VpÊJ DE THÉÂTRE M À L’ASSOMPTION Du Ier au 4 octobre 08 AU THÉÂTRE HECTOR-CHARLAND - Le Théâtre de l’Escaouette MONCTON - Renée Robitaille - Théâtre I.N.K.«c> www.fait.ca } n, t 450 589-9198/1 877 589-9198 HfCWWAND ¦.moderne ]e voudrais me déposer la tête Théâtre PAP ^.tl- ., fi Pierre-Luc à Isaac, à jos .Théine jei gens d’en bas 3 I 4 1 E l> K V I K .LES SAMEDI 13 E T DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 200 THEATRE Petit précis d’histoire Il était une fois au 1297, Papineau.Arrabal cède un jour le lieu aux dramaturges québécois D’abord, ce furent les dramaturgies surgies de l’Europe d’après-guerre.Et, de directeur en directeur successifs, et plusieurs d’entre eux étant en fait une directrice, la scène de la rue Papineau en vint à s’afficher, débarquée rue Saint-Denis, comme un lieu exclusivement consacré à la dramaturgie québécoise.Des hauts et des bas d’une aventure théâtrale.PAUL LEFEBVRE Le 26 août 1968, la troupe des Apprentis Sorciers, que dirige alors Jean-Pierre Saulnier, s'associe au Mouvement Contemporain, d’André Brassard, aux Saltimbanques, de Rodrigue Mathieu, et au mime et marionnettiste suisse Michel Poletti pour fonder le Centre du Théâtre d’Au-jourd'hui — Pierre Collin avait trouvé le nom — et ainsi occuper un ancien garage situé au 1297, rue Papineau, à Montréal, où, en dépit de deux gênantes colonnes de béton, on aménage une salle modulable pouvant accueillir un peu plus de cent spectateurs.Leur première saison (Arrabal, Mrozek, Ghelderode, création artaudienne de Poletti) est en continuité avec le passé de ces compagnies qui, depuis quelques années, faisaient connaître au public montréalais l’électrisante dramaturgie européenne d’apres-guerre.Second départ Or, après cette première saison, tout s’effondre ou presque.Poletti retourne en Suisse, les Saltimbanques se sabordent et le Mouvement Contemporain met fin à ses activités.Derrière ces désaffections se profile l’impact de la création des Belles-Sœurs, de Michel Tremblay, au Théâtre du Rideau Vert, deux jours après la fondation du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.D’un seul coup, monter des textes des avant-gardes étrangères cesse d’être le champ de création le plus exaltant pour les artistes de théâtre montréalais; dorénavant être créateur veut dire parler de l’ici et du maintenant à travers des formes accessibles et populaires.Pour donner du coffre à sa petite saison 1969-1970, Pierre Collin, le nouveau directeur artistique, invite le Théâtre du Même Nom (le TMN!), animé par Jean-Claude Germain, à présenter ses trois premiers spectacles: Les Enfants de Chénier dans un autre grand spectacle d’adieu, Diguidi, diguidi, ha! ha! ha! et Si Aurore m’était contée deux fois.Le succès de ce théâtre impertinent et libre est tel que la petite salle de la rue Papineau devient vite identifiée à Germain et à sa bande d’iconoclastes.A la fin du printemps 1971, Pierre Collin quitte l’entreprise, après une autre saison dominée par Germain, à qui échoit la vice-présidence, alors que la présidence et la direction artistique vont à Pierre Bégin, auteur surréaliste.Germain et Bégin simplifient le nom de la com- pagnie: ce sera simplement le Théâtre d’Aujourd’hui.Et, surtout, ils confirment la vocation du théâtre: production et diffusion de créatiops québécoises exclusivement.A l’époquç, une telle décision était hardie.A l’issue de la saison 1971-1972, Jean-Claude Germain est nommé directeur et Bégin quitte le Théâtre d’Aujourd’hui.Les années Germain Pendant les dix années où il occupe la direction, Jean-Claude Germain crée treize spectacles, dont ses créations les plus marquantes: Les Hauts et les bas de la vie d’une diva: Sarah Ménard par eux-mêmes, avec Nicole Leblanc, et Un pays dont la devise est je m’oublie.Dans ses choix d’auteurs, Germain donne la parole à des dramaturges qui partagent ses préoccupations, dont Victor-Lévy Beaulieu (Ma Corriveau, Votre fille Peuplesse par inadvertance) et Roland Lepage (Le Temps d’une vie, avec Muriel Dutil).Lors de la seconde moitié des années 1970, Germain donne aussi la parole à de jeunes femmes iqfluencées par le féminisme, dont Elizabeth Bourget et Maryse Pelletier.A l’automne 1982, Jean-Claude Germain démissionne, découragé: la salle de la Comédie nationale venait d’échapper au Théâtre d’Aujourd’hui, comme au théâtre tout court Les années plurielles C’est Gilbert Lepage, comédien et metteur en scène, qui succède à Germain.Ayant fait partie des P’tits Enfants Laliberté, le collectif du TMN qui a succédé aux Enfants de Chénier, il est un familier des lieux.Il convie rue Papineau une nouvelle génération d’artistes, dont Michel Marc Bouchard, avec le choc de La Contre-nature de Chry-sippe Tanguay, écologiste, un tout jeune René Richard Cyr, avec Camille C., et Robert Lepage, avec la première version de La Trilogie des dragons, fl ouvre le local de la rue Papineau au théâtre pour l’enfance, aux dramaturgies anglo-montréalaise, acadienne et franco-ontarienne; il invite des praticiens d’expérience à faire de premières mises en scène (Michèle Magny, François Barbeau) et multiplie coproductions (souvent avec le Théâtre Populaire du Québec) et invitations (dont Les Folles alliées de Qué- m h! 4' illSSlï fV V';.' ::v The Dragonfly of Chicoutimi, de Larry Tremblay bec et le Théâtre expérimental des femmes pour La Lumière blanche, de Pol Pelletier).Il laisse ainsi en 1986 à Robert Lalonde un théâtre ouvert sur une multitude de courants théâtraux.Lalonde, lui-même écrivain, fait du théâtre un laboratoire d’écriture et produit entre autres Normand Chaurette (La Société de Métis), Michel Marc Bouchard (la première version des Muses orphelines), Jovette Marchessault (Demande de travail sur les nébuleuses) et René Daniel Dubois (Adieu, docteur Münch).Il met pourtant fin à son mandat au bout de Le Théâtre deux saison,s ~ J™4 comme cadeau d adieu d’Aujourd’hui ^ Guerriers, de Michel Garneau — car, contrai-demetire rement au conseil d’ad- ministration, D ne consi-le seul lieu dère pas qu’une salle plus grande est nécessaire pour développer de nouveaux textes.strictement consacre à la dramaturgie québécoise Avec Norm, de Serge Boucher PHOTO YVES RENAUD P I A Z Z E T T A 514.847.0184 I MONTRÉAL I 4097, RUE SAINT-DENIS 514.526.2244 I MONTRÉAL I 1101, RUE SAINTE-CATHERINE EST FINE BOUCHE, FINE PIZZA lapiazzetta.ca Un nouveau lieu En décembre 1988, afin de déménager la compagnie dans un nouveau lieu plus vaste, le conseil d’administration confie la direction générale et artistique à une combattante, Michelle Rossignol, dont les liens avec la compagnie datent de 1972.Le nouveau théâtre, rue Saint-Denis, est inauguré en septembre 1991.La salle principale peut être transformée à volonté et, dans sa configuration frontale, peut accueillir 275 spectateurs.Au-dessus du foyer, il y a une vaste salle de répétition qui peut aussi être utilisée comme salle de spectacle intime et que l’on baptise Salle Jean-ClaudeGermain.Le mandat de Michelle Rossignol est également marquant d’un point de vue artistique.Elle crée des textes majeurs, dont Les Reines, de Normand Chaurette, The Dragonfly of Chicoutimi, de Larry Tremblay, et La Salle des loisirs, de Reynald Robinson; avec Baby Blues, elle fait découvrir Carole Fréchette, dont elle crée aussi La Peau d’Elisa.Elle va vers les auteurs issus de l’immigration, dont Pan Bouyoucas et Wajcü Mouawad, et entreprend un travail de relecture du répertoire québécois: Tremblay, Languirand, Jovette Marchessault, Gauvreau.EL au cours d’une inoubliable semaine, elle accueille trente-huit jeunes auteurs rassemblés par le Théâtre Urbi et Orbi pour affronter Shakespeare.La relève en poste! Lui succède en 1998 René Richard Cyr, le premier directeur à appartenir à la génération pour laquelle, grâce à l’entêtement de Jean-Claude Germain et de ses semblables, la dramaturgie québécoise est au cœur de la pratique théâtrale.Il poursuit la relation entre le Théâtre d’Aujourd’hui et des auteurs majeurs, dont Normand Chaurette (Le Petit Kôchel, avec le Théâtre UBU) et Carole Fréchette (Le Collier d’Hélène), il y fait entrer Daniel Danis, il continue sa collaboration avec Serge Bou- PHOTO YVES DUBE- cher (24 poses (portraits) et Avec Norm) et fait découvrir de nouveaux auteurs comme Evelyne de la Chenelière (Des fraises en janvier) et Marie-Christine Lè-Huu (Jouliks).SurtouL il ouvre de plus en plus fréquemment la Salle Jean-Claude Germain aux artistes émergents, faisant ainsi découvrir Catherine-Anne Toupin et Marcelle Dubois, et accueille en résidence de jeunes compagnies, dont le dynamique Théâtre du Grand Jour.L’arrivée de Marie-Thérèse Fortin en 2004 donne une nouvelle impulsion au théâtre.Venue de Québec, où elle a dirigé le Théâtre du Tridenb elle a fait du Théâtre d’Aujourd’hui une authentique maison des auteurs, mettant de l’avant dans son discours et ses choix artistiques des noms tels que Wajdi Mouawad, Frédéric Blanchette, René Daniel Dubois, Louise Bombardier, Normand Chaurette, Alexis Martin, Michel Marc Bouchard, Evelyne de la Chenelière (pour l’émouvant Bashir Lazhar), donnant une visibilité accrue à des auteurs tels Olivier Choinière (avec l’hygiénique provocation de Venise-en-Québec), François Godin, Emmanuelle Jimenez, Olivier Ke-meid.Elle développe également tout le volet de diffusion, de résidence et de soutien aux jeunes compagnies, faisant de la Salle Jean-Claude-Germain une tribune privilégiée pour les créateurs nouveaux, dont le Théâtre de la Pire Espèce, le Théâtre I.N.K.et le Théâtre Péril, de l’étonnant Christian Lapointe.Même si, de nos jours, maintes compagnies font de la création fondée sur des textes d’ici, le Théâtre d’Aujourd’hui demeure quand même le seul lieu strictement consacré à la dramaturgie québécoise.Ce qui le distingue aussi, ce sont ses moyens, encore insuffisants en regard de sa mission mais qui permettent à la dramaturgie québécoise d’être créée dans des conditions au moins décentes, à défaut d’être idéales.Collaboration spéciale Les Reines, de Normand Chaurette SOURCE YAN1CK MACDONALD Bashir Lazhar, de Évelyne de la Chenelière SOURCE THÉÂTRE D’AUJOURD'HUf À deux pas du Théâtre d'Aujourd'hui, L’Inconnu est l’endroit parfait pour débuter vos soirées I Menu pré-théâtre à partir de 17630 3807 St-André • 514.527.0880 • www.linconnu.ca Æb mochicà Culture gastronomique péruvienne www.restaurantniochica.corn' 3863, rue St-Denis.Montreal,"(Québec) H'2W 2M4 (514) 284-4448 LE DEVOIR, LES SAMEDI I 3 £ E T 1) 1 M A N C H E II SEP T E M B K E 2 O O K THEATRE r> Un lieu, deux salles Déjà 2010 ! « Les coproductions avec des compagnies québécoises vont de soi » En 40 ans, le Théâtre d’Aujourd’hui est passé d’une petite salle d’une centaine de places à deux, l’une de 275 sièges et l’autre, plus intime, pouvant accueillir 75 spectateurs.Le théâtre a donc pris de l’ampleur, mais la mission est toujours demeurée la même: se consacrer exclusivement à la création, à la production et à la diffusion de la dramaturgie québécoise et canadienne-française.Et, d’ici son 50e anniversaire, plusieurs projets sont dçms l’air! » mJartine letarte C* est avec l’arrivée de Jean-Claude Germain, en 1969, que le Théâtre d’Aujourd’hui a véritablement trouvé sa voie: la dramaturgie québécoise.Un choix audacieux à l’époque.'.«E faut se remettre dans le contexte, alors que la dra-ntfiturgie québécoise était à ses premiers balbutiements.Ily avait Marcel Dubé et Gratien Gélinas.Michel Tremblay commençait, mais il n’y avait pas encore de vrai corpus de pièces dans lequel on pouvait piger.C’était donc un grand défi», explique Jacques Vézina, codirecteur général et directeur administratif du Théâtre d’Aujourd’hui.Toutefois, l’homme qui participe à la vie théâtrale depuis plus de 30 ans est encore convaincu de la pertinence de la mission de l’établissement «Maintenant, d’autres théâtres montent des pièces d’auteurs québécois, mais le Théâtre d’Aujourd’hui s’y consacre entièrement, quelle que soit la saison ou la mode.Cela m’apparaît assez fondamental pour les auteurs québécois.» Le déménagement Si, au départ, la mission du Théâtre d’Aujourd’hui semblait périlleuse, avec la multiplication des auteurs québécois de grand talent au fil des ans, elle est rapidement devenue nécessaire.Et on commençait à se sentir à l’étroit dans la petite salle de la rue Papineau.C’est Michelle Rossignol, directrice artistique de 1989 à 1998, qui a réussi à convaincre les gouvernements de déménager le Théâtre d’Aujourd’hui dans des locaux plus grands, rue Saint-Denis, en 1991.«Pourquoi la dramaturgie québécoise ne pourrait-elle «ms M-v;' - «m mm -ViÊV V"/ m ¦ 'y,\ ^ ~ t * y «C ' • '.‘y r v 'y, \ ¦ -y.' y mass*.YVES RENAUD Martin Dion dans Léon le nul, un texte de Francis Monty dans une mise en scène de Gil Champagne.pas être jouée dans une grande salle dotée d’un équipement de qualité, alors que c’est le cas pour les œuvres d’auteurs étrangers?Voilà ce qu’elle disait aux gouvernements», affirme Jacques Vézina.Ce déménagement a doté le théâtre d’un atout important: une deuxième salle plus intime, qui a été nommée en l’honneur de Jean-Claude Germain.«Jusqu’à la fin des années 90, nous nous servions beaucoup de cette salle pour les répétitions et, à l’occasion, nous la prêtions à de petites compagnies québécoises qui n’avaient pas de lieu pour se produire», ajoute-t-iL Place à la relève! À l’occasion du 30 anniversaire du Théâtre d’Aujourd’hui, l’arrivée de René Richard Cyr à la direction artistique a marqué un tournant.Si la mission de production d’œuvres de la dramaturgie québécoise râlait se confirmer, désormais, le Théâtre d’Aujourd’hui allait ouvrir ses portes aux autres compagnies québécoises de façon beaucoup plus marquée.«Ce volet de notre mission a pris beaucoup d’expansion depuis quelques années.Te Théâtre d’Aujourd’hui est vraiment devenu un lieu d’accueil important à Montréal pour les auteurs de dramaturgie québécoise», se réjouit le codirecteur général, qui est d’ailleurs entré en fonction en même temps que René Richard Cyr.Ce virage a été particulièrement important pour la relève.«Nous essayons de dégager le plus de plages possible pour eux dans la salle Jean-Claude-Germain.Généralement, ce sont six ou sept spectacles par année que nous réussissons à y présenter.La salle est bien équipée et, comme elle est située rue Saint-Denis, elle offre une visibilité importante pour les jeunes créateurs.La salle s’est fait connaître et s’est bâti une bonne réputation», indique M.Vézina, en précisant que la fréquentation des spectacles y est toujours à la hausse d’année en année.Rénovation et agrandissement Le développement de ce public de niche a évidemment donné des idées à la direction du Théâtre d’Aujourd’hui, qui commence déjà à penser à son 50 anniversaire.Quelques projets de rénovation et d’agrandissement sont dans l’air.«Après bientôt 20 ans dans les mêmes locaux, quelques rénovations sont devenues nécessaires en raison de l’usure.Mais nous voulons aussi réaliser un petit projet d’agrandissement pour nous doter d'une salle de répétition afin qu’on puisse consacrer la salle Jean-Claude-Germain uniquement à l’accueil de compagnies», explique l’administrateur.C’est la grande terrasse à l’arrière de l’immeuble qui est visée pour ces travaux d’agrandissement.«Nous voudrions en fait couvrir la terrasse, donc il n’est pas question de trop gros travaux ou de démolition.Nous avons déposé nos projets aux différents paliers de gouvernement ef, jusqu’à maintenant, nous avons de très bons échos.Evidemment, c’est toujours une question monétaire», indique M.Vézina.L’équipe du lliéâtre d’Aujourd’hui espère tout de même que ces projets évolueront rapidement et que tout sera terminé d’ici deux ans.• -y HMÉ PIERRE CHAMBERLAND Jacques Vézina, codirecteur général et directeur administratif du Théâtre d’Aujourd’hui Tournées et coproductions D’un point de vue artistique, maintenant, les projets ne manquent pas non plus! Très satisfaite du succès remporté entre autres par Léon le nul, qui est joué et rejoué au Québec et en France depuis trois ans, la direction du Théâtre d’AujourdTiui compte multiplier les efforts pour développer des tournées.«Évidemment, faire vivre un spectacle dans plusieurs villes dépend de la volonté des diffuseurs, mais nous voulons vraiment pousser pour que nos spectacles trouvent acquéreurs», précise-t-il.Le Théâtre d’Aujourd’hui souhaite aussi faire davantage de coproductions, comme il l’a fait pour Léon le nul, avec le Théâtre Bouches Décousues et le' Théâtre de la Pire Espèce.«Les coproductions avec des .compagnies québécoises vont de soi et nous voulons poursuivre dans cette voie, tout en développant des coproductions à l’international, ajoute M.Vézina.En 2001, nous l’avions fait avec le Mexique /war Jean et Béatrice, de l’auteure québécoise Carole Fréchette.Là pièce a été un franc succès, même au Mexique.Aussi, cette année, une pièce très importante de notre programmation, Seuls, de Wajdi Mouawad, est une coproduction avec de multiples partenaires français.Pour nous, c’est définitivement quelque chose qui fonctionne bien et que nous voulons développer.» Collaboratrice du Devoir TÉMOIGNAGE / Eternelle jeunesse Un appui à toutes les expressions novatrices qui cherchent à voir le jour Cela fait des années que je fréquente le Théâtre d’Aujourd’hui.J’y ai connu plein de moments remarquables.Des mises en scène d’André Brassard et de Pierre Collin aux événements radicaux du Théâtre du Même Nom, le Théâtre d’Aujourd’hui aura toujours été du côté de l’audace.LOUIS-DOMINIQUE et du Mouvement Contempo- L AVI G N E rain, où se jouent les Ionesco, Beckett, Brecht et Weingarten, Dès ses débuts, inspiré par le Théâtre d’Aujourd’hui s’inscrit les explorations des Saltim- dans les mouvances de son banques, des Apprentis Sorciers époque.Lorsque le théâtre de WSW® wmsm NICOLAS DESCÔTEAUX Glouglou, du Théâtre de Quartier, sera présenté au Théâtre d’Aujourd’hui, du 15 au 30 décembre 2008.— création commence à s’imposer, le Théâtre d’Aujourd’hui est là pour en témoigner.Lorsque la création collective explose sous toutes ses formes, le Théâtre d’Aujourd’hui lui donne sa place.Lorsque le théâtre engagé cherche à prendre la parole, le Théâtre d’Aujourd’hui inscrit le social dans ses priorités._ J’ai toujours perçu le Théâtre d’Aujourdlmi comme un lieu culturel à l'écoute de son temps.Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il offre ses scènes à un des théâtres les plus vivants de notre dramaturgie québécoise: le théâtre pour les jeunes publics.Un théâtre bien d’aujourd’hui mais qui, le plus souvent, est replié dans son monde.Comme si le théâtre pour enfants ne faisait pas partie du VRAI théâtre.Le Théâtre d’Aujourd’hui rompt avec cet injustifiable cloisonnement.En optant pour ce positionnement, le Théâtre d’Aujourd’hui continue d’appuyer toutes les expressions novatrices qui cherchent à voir le jour.Nous le savons.Partout dans le monde, d’Alain Platel au Théâtre de Galafronie, du Grips Theater à la Gare centrale, le théâtre pour enfants représente une des démarches les plus novatrices du théâtre contemporain.Le Théâtre d’Aujourd’hui le sait.C’est pourquoi il choisit de le refléter.J’ai toujours rêvé de participer à quelques projets artistiques du Théâtre d’Aujourd’hui.Je ne U H I) H 11 1 2050, rue île Bleiiry, 0r élatfe, Montréal (Québec) HflA ÜM9.FAIS CE (J II E DOIS l es Seconds tots généraux du théâtre -M Paysages ' du COTpb m’attendais pas à entrer, avec ma compagnie, par la grande porte de cet espace culturel que j’admire tant, par le biais du théâtre jeunesse.Depuis 2001, j'y fête Noël: d’abord avec Les Petits Orteils puis, maintenant, avec Glouglou, du TTiéàtre de Quartier.J’avoue que j’en suis fier.J’ai l’impression de m’associer aux activités artistiques du Théâtre d’Aujourd’hui par sa voie la plus subversive, la plus délinquante, la plus jeune, la plus irrévérencieuse, la plus impertinente, celle qui s’adresse aux enfants.Ce public franc ne connaît pas la politesse, mais il sait apprécier l’art dans sa plus noble pureté.Le Théâtre d’Aujourd’hui a rai- son de s’intéresser au théâtre pour les jeunes publics.Il voit bien que plein de solides compagnies, d’auteurs singuliers, dé metteurs en scène inspirés et de comédiens créateurs travaillent avec passion pour cette catégorie de théâtre qui occupe une place de plus en plus significative dans notre paysage théâtral.Le Théâtre d’Aujourd’hui a 40 ans.Je lui prédis une éternelle jeunesse s’il continue à s’intéresser à ceux qui en portent tous les secrets: les enfants.Louis-Dominique Lavigne est dramaturge, comédien, metteur en scène et codirecteur du Théâtre de Quartier 25) Ki, rui! Sjinl-tustaihc, Viruv S,iinl Liisl.ulic 450-473-5850 T^ Jy www.ccoledelhealrevse.coui J DU jw v\ ^ Cours de théâtre pour tous Jsu occupe une place unique au cœur de l’activité théâtrale québécoise.Au est un lieu où l’on donne la parole aux artistes et artisans de la scène.Économisez jusqu'à 40 % sur le prix de vente en kiosque.Abonnez-vous ! info@revuejeu.org 514 875 2549 www.revuejeu.org LE DEVOIR.L K S S AM EDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2008 .1 (> THEATRE Nécessaire bénévolat Une occasion de fréquenter les créateurs d’ici « Notre mandat est la création québécoise, pas les spectacles à grand déploiement » Rendu à 40 ans, le Théâtre d’Aujourd’hui peut compter sur une situation financière saine et sur une bande de bénévoles enthousiastes qui, bon an mal an depuis 12 ans, contribuent à assurer l’essor de ce théâtre voué à la création québécoise.PIERRE VALLÉE •.TA ans l’ensemble, la situation ^ LJ financière, du théâtre est saine, explique Robert Chevrier, président du conseil d’administration du Théâtre d’Aujourd’hui.Le théâtre est particulièrement bien géré, grâce à l’excellent travail de Marie-Thérèse Fortin à la direction artistique et de Jacques Vézina à la direction administrative, qui assurent une gestion serrée.Le théâtre n’a pas de dettes et il est propriétaire de l’édifice où il *i loge, rue Saint-Denis.» V: Le Théâtre d’Aujourd’hui dispo-" se d’un budget de fonctionnement annuel d’environ 1,5 million de dollars.La moitié de cette somme .provient d’organismes publics • comme le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts de Montréal.La seconde partie provient de la contribution financière ou en services de ses •' commanditaires, dont notamment ' Hydro-Québec, la Banque Lauren-.tienne et Le Devoir.Des activités .de financement, comme les soi-rées-bénéfice et les revenus de ¦-‘.billetterie, viennent boucler le bud- •geL «Les soirées-bénéfice fournissent và elles seules entre 20 % et 25% de s la contribution du privé.» Cette somme est-elle suffisan-i te?«Elle ne nous cause pas d’empêchements majeurs, mais, évidem-ment, elle nous force à travaillera s l’intérieur de nos moyens, qui de-¦meurent modestes.Et pas seulement sur le plan financier, puisque z nous disposons d’une petite salle de v250 places, ce qui oblige aussi à «faire des choix.De toute façon, ¦notre mandat est la création québécoise, pas les spectacles à grand déploiement, et nous arrivons très bien à remplir ce mandat.» Nouveaux projets Si ce budget permet au Théâtre 'd’Aujourd’hui de boucler sa sai-!son et sa programmation, il ne permet cependant pas d’investir dans l’amélioration du théâtre.Pour cela, il faut mettre de l’avant des projets spéciaux et trouver le financement à la fois auprès des organismes publics et du secteur privé.Et c’est à cette croisée des chemins qu’en est arrivé le Théâtre d’Aujourd’hui.«Nous avons aménagé dans le local rue Saint-Denis il y a maintenant presque vingt ans; les dernières grandes rénovations remontent donc à cette époque.Aujourd’hui, le théâtre a besoin de rénovations majeures.H faut remplacer la climatisation, changer les sièges, moderniser l’équipement: c’est un projet majeur et nous attendons des nouvelles des organismes publics.» Sans compter que le théâtre souffre d’exiguïté.«Nous avons une seconde petite salle, la salle Jean-Claude-Germain, qui sert à accueillir la relève et les jeunes troupes de théâtre.Auparavant, elle nous servait aussi de salle de répétition, mais elle est présentement presque toujours occupée par les troupes de la relève, ce qui est bien intéressant en soi, mais ce qui nous prive d’un lieu de répétition.Par contre, nous avons sur le toit une terrasse, dont on fait peu usage.On aimerait que notre projet de rénovation obtienne suffisamment de financement pour nous permettre de construire une salle de répétition sur le toit.» La part des bénévoles Chaque année depuis 12 ans, des bénévoles organisent une activité, soit les soirées-bénéfice.«Nous invitons de quinze à vingt personnes d’affaires ou professionnels à venir faire du théâtre avec nous afin d’amasser des fonds pour le Théâtre d’Aujourd’hui, explique Harold White, avocat d’affaires et maître d’œuvre de la soirée pour la seconde année.Le théâtre engage un metteur en scène, souvent un jeune comédien ou une jeune comédienne, et fournit le soutien si.- Soir de première au Théâtre d’Aujourd’hui pour la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, Seuls technique dont nous avons besoin.Nous interprétons devant public une quinzaine d’extraits de pièces québécoises.Il y évidemment du Michel Tremblay, mais aussi des auteurs comme Wajdi Mouawad et des auteurs de la relève comme Fanny Britt.» Les soirées-bénéfice sont aussi parrainées par une personnalité du monde artistique et une personnalité du monde des affaires.De plus, ces comédiens de fortune s’engagent chacun à vendre 30 billets à 250 $ chacun.D’autres billets sont vendus par les partenaires du théâtre.«On arrive à donner trois soirées de représentation à guichets fermés dans une salle de 250 sièges, ce qui fait une jolie somme d’argent.» Comment se lance-t-on dans pareille aventure?De la même façon que Mr White.«Au fond, je ne connaissais rien au théâtre et je connaissais le Théâtre d’Aujourd’hui seulement de réputation.Ce sont les organisateurs de l’époque qui m’ont approché et j’ai dit oui un peu à l’aveuglette.J’étais évidemment anxieux.J’ai sans doute une sensibilité à la culture mais aucune connaissance et aucune prétention.Mais je considérais que c’était mon devoir en tant que citoyen d'offrir une contribution.» Une expérience riche L’expérience s’est révélée si riche qu’il récidive l’année suivante et en assume aujourd’hui la direction.«D’abord, en pénétrant un peu dans le milieu théâtral, j’ai découvert un monde extraordinaire peuplé de personnes bourrées de talent.Cela m’a permis aussi de découvrir la richesse de nos auteurs dramatiques.C’est une chance inouïe de pouvoir les fréquenter, et participer aux soirées-bénéfice le permet.» De plus, cela offre aussi la possibilité de faire des rencontres.«J’ai eu l’occasion de rencontrer et de jouer avec Jean Doré, un homme que je n’aurais jamais rencontré s’il n’y avait pas eu cette activité à laquelle nous participions tous les deux.» En outre, cette activité permet de sensibiliser les gens d’affaires et les professionnels aux réalités du milieu culturel.«La plupart des gens qui participent pour la première fois ne JACQUES GRENIER LE DEVOIR connaissent pas le milieu culturel.C’est une occasion pour eux non seulement de se familiariser avec ce milieu, mais aussi de créer des liens avec les artistes, ce qui favorise la synergie entre le milieu culturel et le milieu des affaires.» Sans compter qu’il s’agit là d’une expérience personnelle, selon Harold White, tout à fait excep-tionnelle et unique.«Je suis convaincu que participer à une expérience semblable fait de nous de meilleures personnes, et pas uniquement dans notre vie personnelle.Cela fait aussi de nous de meilleures personnes d’affaires.Le Théâtre d’Aujourd’hui y trouve son compte, mais l’individu gagne aussi.» Collaborateur du Devoir ITÉMOIGNAGE J’étais là ce soir-là ! Grandir dans cet espace qui est « le plus important centre de création nationale » Le spectateur qui se rend au Théâtre d’Aujourd’hui participe à une naissance.11 assiste à la création d’une œuvre qui deviendra peut-être immortelle ou éphémère ou qui lui semblera chaotique et dont il comprendra un jour, ou peut-être jamais, les codes.Ce qui est merveilleux avec le public du Théâtre d’Aujourd’hui, c’est qu’il ovationne comme il pardonne.Il prend le risque! Et de ce public, je me souviens d’avoir entendu dire avec une égoïste fierté: j’étais là, ce soir-là! Comme s’il avait été choyé, élu et récompensé de son audace.MICHEL MARC BOUCHARD Il y a 25 ans, j’ai fait mes débuts montréalais sur les planches du Théâtre d’Aujourd’hui avec La Contre-nature de Chrysippe Tanguay, écologiste, dans ! une remarquable mise en scène d’André Brassard.Collaborer avec ce maître et dans ce liçu, étant si jeune auteur, j’étais doublement béni.A l’époque, sous la direction de Gilbert Lepage, cette petite salle de 80 places, dont l’histoire scénographique retiendra les mille et une façons d’intégrer au décor la colonne centrale qui soutenait l’édifice, était le lieu de tous les possibles.Le public, assoiffé de nouvelles paroles et de manières nouvelles de les dire, fréquentait avec enthousiasme cet endroit situé à l’angle peu recommandable des rues Papineau et Sainte-Catherine.Tout au long de ma carrière, particulièrement sous la direction de l’immense artiste qu’est Robert Lalonde, de la pasionaria Michelle Rossignol, du flamboyant René Richard Cyr, de la femme-orchestre Marie-T’hérèse Fortin, ce théâtre que j’affectionne m’a toujours porté bonheur.11 y eut Im Poupée de Pélopia, Les Muses orphelines (produite dans deux versions), L’Histoire de Voie (accueillie à deux reprises) et Des yeux de verre.C’est dans son enceinte que furent aussi entendues pour la première fois, en lectures publiques, les pièces Les Fe-luettes et Le Chemin des passes dangereuses.Un parmi 160 auteurs Tout comme les Nonnand Chaurette, Serge Boucher, Carole Fréchette, Wajdi Mouawad, Larry Tremblay et plus de 160 autres auteurs, ce lieu a vu naître avec bonheur, angoisse et péril nos œuvres.Certaines ont grandi, d’autres resteront dans les limbes, d’autres parcourent le monde.Sans la vocation unique et courageuse de cette maison, vocation folle et risquée d’être exclusivement dédiée à la création de textes, notre dramaturgie n’aurait pas le rayonnement national et universel d’aujourd’hui.Ce théâtre, mal appuyé par les organismes publics, mal compris par la critique trop locale, ce théâtre qui devrait être reconnu et soutenu comme le plus important centre de création nationale et qui devrait être Palter ego du Théâtre ouvert de Paris, du Royal Court de Londres, du Nuovo Tea-tro Nuovo de Naples ou encore de la Sala-Beckett de Barcelone, ce théâtre qui devrait avoir au moins les moyens ne serait-ce que d’utiliser son espace à géométrie variable, ce théâtre qui devrait avoir un second lieu non traditionnel pour permettre à l’écriture de ne plus être formatée pour un seul type d’espace, ce théâtre qui, comme cela se fait de par le monde, devrait pouvoir s’offrir des maquettes de mise en scène pour les projets de spectacle à venir, ce théâtre qui devrait avoir plusieurs auteurs en résidence et des conseillers en dramaturgie, ce théâtre qui devrait «tourner» au Québec et à l’étranger avec ses productions, ce théâtre dont la programmation ne devrait jamais être à la merci des guichets, je lui souhaite tout cela, ce théâtre qui, de Jean-Claude Germain à nos jours, a toujours su, contre vents et marées, poursuivre le voyage téméraire.J’étais là pour Journée de noces chez les Croma- _______________ wÊÊÊÊÈÊÈËÊÈÉÈÈIIÈÊÈÊÈÊÊÊÊÊHÊÊÈËÊÊÊÊKÊÈÊÈm SOURCE THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI Les Muses orphelines, de Michel Marc Bouchard, telles que présentées au Théâtre d’Aujourd’hui durant la saison 1995-1996 gnons, de Mouawad.J’étais là, deux fois, pour Les risson, et pour L’Envie, de Toupin.J’étais là ce Reines, de Chaurette, pour Le Collier d’Hélène, de soir-làü! Fréchette, pour Dragonfly de Chicoutimi, de Larry ; Tremblay, pour Joulik, de Lê-Huu, pour La Fille de Christophe Colomb, de Ducharme, pour Floes, de Ha- Michel Marc Bouchard se présente comme le «fils du Théâtre d’Aujourd’hui» caissede laculture Desjardins "La Caisse de la Culture est fière de son engagement envers le théâtre québécois, les créateurs et les artistes." Bon 40e anniversaire au Théâtre cTAujourd'hui ! Jacques L'Heureux, président 465, rue McGill, bureau 200, Montréal Québec H2Y 2H1 I 514 CULTURE I caissedelaculture.com ( I 1 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2008 I 7 THEATRE Marie-Thérèse Fortin, Carole Fréchette et Olivier Kemeid en direct Quarante ans de dialogues « Des écritures qui auront quelque chose à dire dans dix, quinze ou vingt ans » Est-ce encore pertinent, 40 ans après la fondation du Théâtre d’Aujourd'hui, de disposer d’un théâtre qui se consacre exclusivement à la création et à la diffusion de textes dramatiques québécois?Pour en discuter, nous avons réuni Marie-Thérèse Fortin, comédienne et actuelle directrice artistique de cet établissement, ainsi que les dramaturges Carole Fréchette et Olivier Kemeid.ALEXANDRE CADIEUX *f .A vant d’eptrer en interpréta-iA-tion à l’École nationale, à la fin des années soixante, Carole Fréchette se souvient d’avoir assisté à quelqués spectacles entre les murs de ce qui s’appelait alors lé Centre du Théâtre d’Aujour-dîmi, rue Papineau.«En tant que Spectatrice, ça représentait me pri-s,e de parole collective, dans une langue qui était la nôtre, qui était urbaine, c’était excitant», se rappelle-t-elle en évoquant les pre-ûûères créations collectives réali-5ées par Jean-Claude Germain et sa troupe, le Théâtre du Même klom.«Pendant longtemps, poursuit l’auteure du Collier d’Hélène, an a réussi à enfermer la dramaturgie québécoise dans des termes , comme “discours identitaire”, “lan-'gage populaire”.l’écriture de Mi-l éhel Tremblay, au fond.Aujour-'¦ d’hui, si notre dramaturgie est florissante, diversifiée et exportable, c’est parce que nous disposons d’endroits comme le Théâtre d’Aujourd'hui, où nos œuvres vont à la rencontre du public.» Préserver l’écoute Marie-Thérèse Fortin, en poste depuis 2004, après avoir occupé les fonctions de directrice artistique au Théâtre du Trident à Québec durant sept ans, abonde dans le même sens.«Pour qu’un auteur se forme en tant qu’artiste et puisse faire progresser son écriture, il doit d’abord être monté.Une fois que l’auteur, les comédiens et les concepteurs ont fait leur travail, le soin revient au dernier acteur, soit le public, de valider la perti- nence des territoires dramatur-giques abordés.» Si le comité de lecture du Théâtre d’AujourdTiui reçoit chaque année une centaine de textes environ, les fonds disponibles ne permettent que de monter trois créations par année.Grâce à des coproducteurs et à la petite salle Jean-Claude-Germain, qui permet de diffuser le travail de jeunes compagnies, Marie-Thérèse Fortin arrive à programmer une douzaine de spectacles par saison.«Depuis quelques années, on assiste à une recrudescence du nombre de jeunes troupes formées autour d’un auteur, par exemple Marcelle Dubois, Francis Monty, Frédéric Blanchette et Catherine-Anne Toupin», déclare Olivier Kemeid, qui a lui-même fondé la compagnie des Trois Tristes Tigres avec deux comparses, après sa sortie du programme d’écriture de l’École nationale.«C’est beaucoup plus difficile pour les dramaturges qui n’appartiennent à aucun réseau, et c’est là que la mission du Théâtre d'Aujour-dhui devient primordiale.H faut préserver cette écoute car, selon moi, le renouveau constant de l’écriture théâtrale sera assuré notamment par des gens extérieurs au milieu.» Lorsqu’un jeune auteur aborde Kemeid et lui demande des conseils, le directeur artistique d’Espace Libre depuis 2006 lui répond invariablement de se trouver un metteur en scène.«Au Québec, dit-il, en règle générale, ce ne sont pas les théâtres qui décident de monter tel ou tel dramaturge, ce sont les metteurs en scène.» Le Théâtre d’Aujourdhui est l’un des seuls endroits où la direction artistique Carole Fréchette, d’Aujourd’hui.Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid, sous la JACQUES GRENIER LE DEVOIR marquise du Théâtre choisit d’abord le texte puis, en accord avec l’auteur, tente de dénicher celui ou celle qui orchestrera la mise au monde de l’objet dramatique.«C’est magnifique lorsqu’un metteur en scène éprouve le même désir, la même urgence de porter une parole à la scène que ceux qui animèrent l’auteur lors du processus d’écriture», souligne Carole Fréchette, qui ajoute en souriant que ces coups de foudre mutuels sont souvent aussi rares que les rencontres amoureuses.Rendre justice à la parole Le metteur en scène qui se voit confier la création d’un texte au Théâtre d’Aujourd’hui porte une lourde responsabilité: «Je dois parfois rappeler aux gens qu’ils ne sont pas ici pour briller en faisant l’étalage de leur talent, mais bien pour rendre justice à la parole de quelqu’un d’autre», confie Fortin.Si le nombre de metteurs en scène de création reste restreint (on pense par exemple à René Richard Cyr, Claude Poissant et Martin Faucher), la directrice artistique déclare n’avoir aucune difficulté à réunir des distributions chevronnées autour de textes d’auteurs débutants.Olivier Kemeid et Carole Fréchette corroborent cette affirmation: «On nous envie en Europe parce que les comédiens québécois sont avides de création, raconte Kemeid, et ce, notamment grâce à l’influence de grands metteurs en scène et pédagogues comme André Brassard ou Jean-Pierre Ronfàrd.» Fréchette ajoute: «Ici plus qu’en Europe, les acteurs trouveront dans la création un terrain pour s’exprimer, et ils le font toujours avec plaisir et générosité».La situation du Théâtre d’Aujourd’hui reste paradoxale, selon Marie-Thérèse Fortin: «Nous sommes à la fois un théâtre de création et d’essai, avec la part de risques que cela comporte, mais nous sommes aussi devenus, avec le temps, une institution avec des J?Sfps“ Merci au Théâtre d'aujourd'hui pour 40 années d'émotion.Hydro Québec abonnés, un lieu à animer et un devoir de pérennité.» Kemeid, qui a vu sa pièce intitulée Bacchanale être créée l’année dernière dans le théâtre qui loge rue Saint-Denis depuis 1991, soutient que c’est une consécration pour un jeune auteur de voir son texte monté sur la scène du TdA.«C’est sans doute plus vrai pour les écrivains de ta génération», lui rétorque Carole Fréchette, dont Baby Blues fut la dernière pièce présentée dans l’ancienne salle.«Le théâtre de la rue Papineau était très important, poursuit-elle, mais le déménagement ayant résulté des efforts de Michelle Rossignol [alors directrice artistique] pour doter le milieu d’une réelle maison de la dramaturgie a confirmé le statut d'institution du Théâtre d’Aujourd'hui; ça s’est construit au fil du temps, grâce au travail des différentes directions artistiques.» Selon Olivier Kemeid, le mandat du Théâtre d’Aujourd’hui est à la fois simple et complexe: «Qu’entend-on exactement par “se consacrer exclusivement à la dramaturgie québécoise”?Je trouve très judicieux, précise-t-il, de présenter un mélange entre des œuvres qui ont connu une petite diffusion ou qui apparaissent encore pertinentes aujourd’hui et des inédits.» Par exemple, le TdA présentera en janvier prochain uneN reprise de Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans, de Normand Chaurette, dhns la mise en scène éclatée de Carole Nadeau.«C’est aussi comme ça que l’on constitue le répertoire québécois, souligne Marie-Thérèse Fortin, c’est-à-dire en testant sa pertinence, sa résonance sur le public d’aujourd’hui.En tant que directrice artistique, conclut-elle, je tente chaque année de dénicher des écritures qui auront encore quelque chose à dire aux Québécois et aux Québécoises dans dix, quinze ou vingt ans.» Collaborateur du Devoir i > v
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