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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier H
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2008-09-27, Collections de BAnQ.

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E I) E VOIR LES S A M E I) l> I M ANCHE t H S E P T E M R R E MNCE-ODEBEC LIEUX DE MEMOIRE LE DEVOIR MM,.1 fl 0v'":' t r- f.4 SPSS 'TS Hit 5 St» à i Le Moulin à images, de Robert Lepage MATHIEU BELANGER REUTERS Québec a donné naissance à un continent Lieu, date et nom décrivent la réalité d’aujourd’hui et d’hier Québec fête en 2008 l’érection, par Champlain, de l’Abi-tation sur les bords d’un grand fleuve.De là découle matière à se souvenir comment des lieux et des dates racontent une histoire.Bienvenue en Amérique française.NORMAND THÉRIAULT Si c’est l’esprit d’un carnaval qui est retenu pour souligner un événement, il faudra comprendre que ce sera la fête et que tout souci commémoratif sera sacrifié aux besoins de l’animation urbaine.Alors, dans plus d’un lieu et plus d’une fois, le succès se mesurera au nombre de personnes rassemblées pour la tenue d’une activité.Dans le monde du spectacle, ainsi vont les choses.En 2008, la ville de Québec en est à sa quatre centième année d’existence.11 aurait été possible de profiter de l’occasion pour raconter com-ment des gens venus d’un autre continent, partant de ce qui n’était au départ qu’une bourgade, se sont lancés à l’assaut de terres qu’ils ne connaissaient point pour lentement, remontant d’abord un fleuve, trouver des lacs et, par portages successifs, descendre un autre fleuve, appelé aujourd'hui Mississippi, et fonder un autre établissement, l’actuelle Nouvelle-Orléans, puis ont poursuivi vers l’ouest jusqu’aux Rocheuses et ainsi fait que ce nouveau continent aujourd’hui nommé Amérique du Nord, était alors dit français, sa partie anglophone se limitant à un secteur d’une côte, celle de l’Atlantique, quand les Espagnols, eux, régnaient sur un golfe et un autre océan.Cette histoire est celle d’une «épopée» qui s’est poursuivie par une résistance, imposée par une conquête, et aujourd’hui encore leurs descendantes et descendants se déclarent différents dans ce coin de monde qu’un capitalisme à l’anglaise a finalement modulé.On qurait alors raconté comment un Etat vit au cœur d’autres Etats.Cela a été en partie illustré d’ailleurs à la Grande Bibliothèque du Québec par une exposition, Us ont cartography l’Amérique, dont les cartes sur les murs décrivaient comment im territoire, ici immense, a été colonisé.Et, sous-entendue, l’expansion «blanche» laissait de moins en moins de place à ceux qui vivaient là au temps des «découvertes», ceux qu’on appelle ici les Premières Nations.Arrêts successifs Les premiers organisateurs de l’événement qui a pour nom le 400 de Québec ont choisi une autre voie.Ils étaient heureux de faire savoir que la Céline nationale arrêterait sa tournée dans la Vieille Capitale, comme elle le fit depuis par trois fois à New York, et qu’un membre des légendaires Beatles ferait de même.Pourquoi pas?Sur la planète Occident, le vedettariat établit l’importance des villes: Toronto, la Ville reine, ne s’esl-elle pas réjouie de voir que les Stones considéraient qu’elle était suffisamment digne pour justifier un arrêt un soir?À une autre occasion, ce sont de grands voiliers qui, comme en 1984 où on soulignait un 450' cette fois, celui de la venue d’un Jacques Cartier en terre d’Amérique, donc une traversée de l’Atlantique, ser- Un lieu, ce n’est pas seulement un point sur une carte, souligné par une avalanche de chiffres qui le décrivent: un lieu est aussi l'incarnation de la mémoire du temps viraient à montrer qu’il y avait une route ouverte qui menait de l’Europe vers ce futur Canada.Et de ne point trop insister sur d’autres épisodes qui établissent comment des pêcheurs bretons fréquentaient alors déjà les «sauvages» ou encore comment une cohabitation a été souvent difficile, même après la Grande Paix de 1701.Lepage a fait projeter sur des silos un Moulin à images qui montre comment des personnes se sont adaptées et ont ainsi transformé, un lieu à la géographie spécifique.D’autres auraient pu, comme lui, raconté comment fut aménagé un territoire, ou combien il a fallu d’accommodements pour vivre en harmonie malgré les barrières diverses, les plus imposantes ayant souvent été politiques, linguistiques ou religieuses, et aussi quel génie il fallait pour inventer un nouveau territoire.Et il y avait les gens d’ici à mettre en scène, ceux qui, comme le disait déjà Vigneault, «parlent souvent pour ne rien dire».Une géographie autre Tous les participants à la fête n’ont cependant pas trébuché en planifiant leur participation au festival du 400' .Un fils de la place a ainsi réussi à faire se conjuguer l’histoire et le spectaculaire.Robert Lepage, qui avait déjà démontré son amour pour sa ville, une fois en faisant dims un film le rappel d’une autre pellicule, celle du Hitchcock de / Confess, de 1952, ce Nommer les choses Un lieu, ce n’est pas seulement un point sur une carte, souligné par une avalanche de chiffres qui le décrivent: un lieu est aussi l'incarnation de la mémoire du temps.Et au temps où on valorisait l’expérience, plus que la seule innovation, il faisait bon vieillir.Et les vieilles pierres, celles qui ailleurs ont permis la construction de cathédrales, étaient trouvées dignes de figurer comme sujets de plus d’une histoire, cette dernière pouvant être petite ou grande.Une date, ce n’est pas non plus qu’un seul jour de plus sur un calendrier: une date situe aussi le moment où des lieux ont pris for- me.Il est alors agréable de mettre ou remettre en mémoire conunent des difficultés ont pu être renversées et comment une défaite est plus tard devenue une conquête.Un nom, ce n’est pas qu’une appellation distincte: un nom raconte des origines.Et de dire que ce que Champlain et ses compagnons, et plus tard d’autres descendances, ont fait, c’est permettre de démon-trer qu’au long des siècles l’américaine Québec n’a jamais coupé le fil avec l’européenne France et que la Nouvelle-France, plus tard Bas-Canada avant d’être tout simplement Québec, a toujours dit avec orgueil: «Je me souviens».Québec en mémoire Et, à partir de Québec, que ce soit à Tadoussac ou Trois-Rivières ou Montréal et en de multiples lieux, une nation a pris fonne: une fête est l'occasion d’un retour vers les origines et un bon prétexte donné pour habituellement réunir la famille, si petite ou si grande soit-elle.Et d’actualiser alors ce qu’on oublie dans le rythme quotidien des jours.Une autre saison encore, et c’en sera fait de ce quatre centième.Les hommes politiques seront alors retournés vers les affaires courantes, l’industrie touristique aura établi son bilan et les bons citoyens s’inquiéteront encore du sort que le temps leur réserve.On peut toutefois poser une question: de ce 4tXt , qu’est-ce que les gens de et du Québec garderont en mémoire?Le Devoir PIERRE NORA Le père de la notion de «lieux de mémoire» craint le succès que connaît la formule Page 3 II II CULTURE L’Amérique française a son encyclopédie Page 5 NOUVELLE- FRANCE Plusieurs traces marquent le Québec Page 2 LE 400e Une fête célébrée à la sauce Canada Page 2 QUÉBEC Le premier consulat de la France a été ouvert en 1858 Page 4 MUSÉES Des édifices sont eux-mêmes des lieux de mémoire franco-québécois Page 6 V LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 2 R SEPTEMBRE 2 0 0 8 FRANCE-, Nouvelle-France Plusieurs traces marquent le Québec « Une belle façon d’aborder la genèse du paysage québécois » Tout le monde s’est déjà posé des questions sur ses ancêtres.Qui a été le premier de la famille à quitter la France et à poser les pieds en Amérique du Nord?De quelle région de la France venait-il et quel a été son parcours au Québec?Quelles traces reste-t-il de tout cela?Un ouvrage de Marc © DENIS TREMBLAY / SOURCE VILLE DE MONTREAL La place d’Armes, dans le Vieux-Montréal i.-ÿ»-; * : •.*¦ '- i mm 'f.'KAS Saint-Hilaire est ici pertinent.MARTINE LETARTE En dirigeant l’ouvrage intitulé Les 7'races de la Nouvelle-France au Québec et en Poitou-Charentes, Marc Saint-Hilaire, professeur au département de géographie de l’université Laval, a voulu répondre entre autres à ces questions qui portent sur les origines.La démarche a été amorcée par la Commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs, qui a demandé au ministère de la Culture du Québec de lui fournir un état des lieux des éléments de patrimoine datant de l’époque de la Nouvelle-France au Québec.«Le ministère n’a pas été en mesure de répondre, donc il a commandé un rapport à mon collègue Alain Roy À la suite de ce rapport, le ministère de la Culture a voulu faire un inventaire des traces du patrimoine de la Nouvelle-France au Québec et j’en ai pris la responsabilité.Je trouvais en fait que c’était une belle façon d’aborder la genèse du paysage québécois», indique M.Saint-Hilaire.Premier constat du chercheur: les traces de la Nouvelle-France sont omniprésentes dans le paysage québécois.«Nous en avons répertorié plusieurs, sur tout le territoire de la province, sauf en Estrie.Cette région n’était pas mise en valeur par les colonisateurs français puisqu’elle était considérée comme une vaste zone frontière qui séparait les colonies anglaises de la vallée du Saint-Laurent», explique-t-il.Aménagement de l’espace D’abord, un type de trace omniprésent sur le territoire et pourtant peu remarqué: l’aménagement de l’espace.On désigne ici toute la trame seigneuriale qu’on retrouve encore aujourd’hui dans le paysage rural québécois.«On retrouve surtout cette aire seigneuriale sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, de Baie-Saint-Paul à Dorion, et sur la rive sud, de Ri-mouski à Châteauguay En plus de la division de l’espace, on retrouve un peu partout sur ces territoires de vieux chemins et des rangs qui datent de 300 ou 350 ans et qui sont toujours en bon état», indique M.Saint-Hilaire.On retrouve aussi des traces architecturales ou archéologiques, concentrées surtout entre Trois-Rivières et Québec.«C’est là que les colons français se sont installés en premier, donc ils ont eu le temps de s’y construire adéquatement avant la Conquête, et il reste des traces de cela», explique le chercheur rattaché au Centre interuniversitaire d’études québécoises.Parmi ces traces, on retrouve des bâtiments importants, comme le Séminaire de Québec et la chapelle de Tadoussac, sur la Côte-Nord.Construite en 1747 par les jésuites, elle est la plus ancienne chapelle de bois encore debout en Amérique du Nord.On retrouve aussi des fortifications, près de la place d’Armes, à Montréal.Toutefois, M.Saint Hilaire remarque que peu de traces architecturales de la Nouvelle-France sont toujours présentes dans la métropole.«C’est en raison de la forte urbanisation qui a frappé Montréal.H y a eu des incendies et beaucoup de démolition pour développer notamment l’industrie du transport, ce qui fait que les bâtiments se sont succédé», explique-t-il.Traces commémoratives Si peu de traces architecturales sont encore visibles à Montréal, la ville a compensé en multipliant les plaques commémoratives.«On en trouve beaucoup plus que dans la région de Québec, si bien que toutes ces traces sont finalement proportion- nelles à l’importance des villes à l’époque de la Conquête.Ainsi, Montréal, qui était la plus grosse ville, compte plus de traces que Québec qui, pour sa part, était plus importante que Trois-Rivières, ce qui se traduit aussi en nombre de traces», explique M.Saint-Hilaire.On retrouve aussi plusieurs traces commémoratives ailleurs dans la province, surtout sur les territoires marqués par le commerce des fourrures et les missions amérindiennes.Des exemples?Le monument de Chicoutimi construit sur le site du poste de traite des fourrures au XVIP siècle.Aussi, dans la même ville, un autre monu- ment commémore le lieu de portage de la dernière chute de la rivière Chicoutimi.Même travail en Poitou-Charentes Parallèlement le même genre de travail a été fait dans la région française de Poitou-Charentes.«Au grand étonnement des Français, dont plusieurs n’accordent pas beaucoup d’attention à l’histoire des colonies de la Nouvelle-France, les traces de l’époque sont encore aujourd'hui très visibles en Poitou-Charentes.En fait, 22 % des pionniers de la Nouvelle-France provenaient de cette région», affirme M.Saint-Hilaire.On retrouve encore en Poitou-Charentes des églises où ont été baptisés et mariés plusieurs pionniers de la colonie française en Amérique.«Certaines de ces églises ont maintenant des plaques commémoratives installées par les associations de familles», précise le chercheur.Le patrimoine institutionnel en Poitou-Charentes compte aussi des collèges jésuites et des hôpitaux dans lesquels plusieurs acteurs de la Nouvelle-France avaient œuvré ou résidé avant d’entreprendre leur traversée.«Entre autres, l’hôpital de La Rochelle a accueilli plusieurs Filles du Roy avant qu’elles ne soient envoyées en Amérique pour se marier», ajoute M.Saint-Hilaire.Un inventaire pour le grand public Ce travail d’inventaire est, de prime abord, assez pointu, mais Marc Saint-Hilaire et son équipe ont l’intention d’y intéresser le grand public.D’ailleurs, toutes les traces répertoriées peuvent être consultées en ligne et plusieurs s’ajoutent fréquemment, parce que les chercheurs poursuivent leur travail sur d’autres territoires français et canadiens.«Ce corpus d’information peut, entre autres, être utilisé pour encourager le tourisme culturel.Par exemple, si on s’intéresse à Champlain, on peut sortir tout ce qui correspond au personnage et, ermite, organiser une route de Champlain.On peut aussi faire des recherches par thèmes ou par régions.Les Québécois curieux peuvent aussi faire des recherches sur leurs ancêtres français et ainsi découvrir les traces que ceux-ci ont laissées ici et en France.» Pour consulter l’inventaire: http.V/www.memoirenf cieq.ula-val.ca/.Collaboratrice du Devoir Le 400° de Québec et Thistoire Une fête célébrée à la sauce Canada « Ils avaient peur qu’en brassant l’histoire on ravive la flamme nationaliste » La Société du 400' a réservé jusqu’à présent une place plutôt mince à l’histoire, s’il faut en croire les propos de l’historien et éditeur Denis Vaugeois.Ce grand événement fut plus festif qu’historique : le plat a été préparé pour en faire ressortir la saveur nationale canadienne plutôt que celle du Québec, dont le véritable goût a été dissimulé dans le tourbillon des fêtes.RÉGINALI) HARVEY LNiistorien Denis Vaugeois ré-r sume sa pensée sur la place réservée à l’histoire à Québec: «Les gens l’ont ressenti comme une perte d’histoire, et c’est une perte d’identité, et on ne voulait rien fai- re pour renforcer le sentiment identitaire québécois.C’est quasiment légitime.Depuis 1995, le Canada a vécu un référendum qui lui a causé un grand effroi.Là-bas, ils ont des comités qui scrutent toutes ces questions-là.Ils ont vu venir le 400r de Québec et ils se sont organisés pour aller dans le sens où les événements se sont déroulés.Dans l’esprit canadien, c’est absolument légitime: eux, ils défendent et protègent le Canada.S’ils ont à défendre une identité, c’est l’identité canadienne.» Laconique, il se prononce de la sorte sur ce que l’organisation du 400* a célébré ou souligné jusqu’à maintenant: «A mon avis, je dirais: rien.» Il s’explique: «Je me souviens d’un article de Robert Laplante qui relevait des propos figurant dans Le Devoir et disant qu’ils avaient raté leur coup, à la suite du spectacle du 31 décembre dernier.Il écrivait plutôt qu’ils ne l’ont pas raté du tout; c’est ce qu’ils voulaient.» Il poursuit: «Le mot d’ordre au départ, c’était d’occulter le passé, l’histoire, et de ne rien retenir à contenu historique, d’éviter cela comme la peste.Telles étaient les orientations qui avaient été retenues et planifiées au début.Voilà ce qui a été réalisé et ce qui a été réussi.» Il remonte à la source: «C’est une affaire qui a été pensée à Ottawa depuis très longtemps, tellement qu’on avait, dès les années 2000, prévu de souligner avec insistance la fondation et la naissance de l’Amérique française à partir de l’Acadie.On a mis de l’argent là-dedans, on a organisé des activités concrètes, on a soutenu plein de projets, et de très beaux livres sont parus à l’occasion de la célébration du 40(1 de l’Acadie (1604-2004): c’était cela qui était reconnu comme la naissance de l’Amérique française.Une fois rendu en 2008, on a mis en place des gens qui avaient comme instruction de souligner l’aspect festif de l’année, donc d’avoir de l’argent pour la fête et de ne pas en avoir pour tout ce qui était des projets à caractère historique.» Une histoire mise de côté Les Paul McCartney et Céline Dion en sont la preuve: «La présence de ces deux artistes n’était LE PROJET D'EXPANSION DE POINTE-À-CALLIÈRE s I «J A M «J M M ' ¦ I Lieu de fondation de Montréal & %, ¦j.4f " Égout collecteur William Salle d'exposition temporaire 1 ËÊÊmÊËm ; ¦Üfr :: *f S - , mij ¦ ^ ’ l’i m Vestiges du marché Sainte-Anne, qui abrita le parlement du Canada-Uni Vestiges du fort Ville-Marie et du château de Callière Maison-des-Marins, un espace éducatif ARCHÉO-jeunes ràm if 1 ^ POINTE A fAUlîBC ACTUtl if I’ointe-à-Calliüre Musi*!* d';iri lu’ologit-et d'histoire de Montréal Montréal® Une vision d'avenir : Doter Montréal, le Québec et le Canada d'un complexe muséal unique au monde qui préserve des lieux historiques majeurs.Offrir à nos jeunes, à nos concitoyens et à nos visiteurs, dans Vim-MunirS1 ' le Vieux-Montréal, à deux pas du Vieux-Port et du Havre, SHH72-91SO l'expérience peu commune de plonger « au coeur de l'Amérique du »w|iacmiisir.(|c.a Nord » et d'accéder aux chefs-d'œuvre de l'archéologie mondiale.Sous la direction de Marc St-Hi!aire, Alain Roy, Mickaël Augeron et Dominique Gui!lemet, •mmmmmmm Invitation à UH VOyüge mmmmmmm.AU CARREFOUR DE L’HISTOIRE ET DU PATRIMOINE « n.»ci .•* '' ' ' 5*.»-4X133*3 ¦ Les i'racks oe la Noovei i.e-Lkance eu i-1 c M O > s.n % w n C/) ^ C ?O y^-y-jendant un siècle et demi, la France et une bonne par-I L^tie de l’Amérique ont vécu une histoire commune, JL- celle de la Nouvelle-France.Au Québec et dans la région française de Poitou-Charentes, cette période s'est durablement inscrite dans les paysages, dans la culture matérielle, dans les archives et jusque dans la langue.Elle a ainsi légué un patrimoine considérable et laissé son empreinte dans les mémoires collectives française, et surtout, québécoise.S'appuyant sur l'une ou l'autre des quelques 1500 traces de la Nouvelle-France recensées sur les deux rives de l'Atlantique, les auteurs vous invitent à redécouvrir cet héritage dans ce magnifique ouvrage abondamment illustré.En vente en librairie * Diffusion Prologue LES PRESSES DE L’UNIVERSITE LAVAL • www.pulaval.com L£J pu! pas planifiée, mais il y a eu beaucoup d’autres événements festifs.On a eu droit à un feu roulant et cela a été réussi sous cet aspect-là, mais l’aspect historique a été occulté; c’était voulu comme cela.Ils avaient peur qu’en brassant l’histoire on ravive la flamme nationaliste.C’est aussi simple que cela.» Le Moulin à images présente une exception: «C’est venu très tôt dans la programmation, et Robert Lepage, c’est un nom incontournable, comme le Cirque du Soleil, si on veut.De toute façon, les organisateurs ne connaissaient pas le contenu, qui a priori avait l’air inoffensif, sur le plan technique, le caractère spectaculaire ressortait.On a donc joué la carte du Moulin, mais il n’y avait pas de quoi vraiment énerver le monde parce que c’était beau, mais il n’y avait aucun contenu et on s’est bien abstenu d’expliquer quoi que ce soit dans ce défilé d’images.J’applaudis à cela et j’ai beaucoup aimé; le choix des images était d’ailleurs correct, intelligent et tout ça était tout à fait approprié pour les silos qui étaient là.C’était vraiment génial, mais même dans la brochure il n’y a pas un mot d’explication.» De rares propositions acceptées De l’avis de l’historien, les initiatives ont surgi de plusieurs groupes à la fois: «Il y a eu une infinité de projets qui ont été soumis.Les sociétés historiques ont soumis des choses, les éditeurs ont proposé des projets de livre et les cinéastes ont défendu des scénarios.Je connais un projet en histoire qui a VOIR PAGE H 3: VAUGEOIS L'Association Québec-France est heureuse de s'associer à la rédaction du cahier «Mémoire franco-québécoise » *A S S O C I AT I O N îvQuébec -France 9, place Royale, Québec G1K 4G2 1 4 4444 LE I) E V 0 I H .LES SAMEDI 27 ET DI M ANCHE 28 S E l‘ T E M B H E 2 (> 0 8 il :ï FRANCE- .Le père des «lieux de mémoire» L’historien Pierre Nora craint la « boulimie commémorative » « Il faut empêcher les gardiens de telle ou telle mémoire de prendre en otage la recherche historique » Fier, mais épouvanté: voilà comment on pourrait résumer les sentiments contradictoires de rhistorien Pierre Nora à l’égard de la formule qu’il a forgée au début des années 80, celle des «lieux de mémoire».ANTOINE ROBITAILLE Fier est Pierre Nora, puisque la formule qu’il propose provient de la culture savante et qu’elle a eu une répercussion importante sur la culture populaire.L’énorme livre, le «maximum opus» (comme il l’appelle) que représente Les Lieux de mémoire, un ouvrage collectif de près de 5000 pages (du moins, dans l’édition compacte, qui compte trois tomes.alors que l’édition initiale en compte sept!), a été un succès de librairie.Traduit dans sept ou huit pays, il a obtenu «toutes les consécrations possibles et imaginables» (dixit Pierre Nora) et a été imité dans quantité d'autres pays.La notion a été même récupérée par l’État, par exemple dans cette Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.Au départ, il s’agissait d’explorer une nouvelle façon de faire l’histoire, adaptée à une époque éprise de commémorations, tout en prenant une distance par rapport à celles-ci.Passion contemporaine pour les rappels historiques?Les exemples abondent et semblent se multiplier chaque année: pensons au déluge qu’a provoqué le quarantième anniversaire de Mai 68, à l’intérêt et aux débats qu’a suscités l’hyperactif 400' anniversaire de Québec.Pierre Nora, qui a 77 ans, explique que, après l’histoire romantique du XIX' siècle (Michelet en France, Garneau au Québec), l’histoire libérale, l’histoire à la Ernest Lavisse, l’histoire à la Braudel {«contemporaine de la décolonisation», dit-il), il y eut les lieux de mémoire, dit-il, n’hésitant pas à s’inscrire ainsi dans le récit de l’histoire de l’Histoire.Certains lui reprochèrent de vouloir transformer la «nation en musée», de faire un «Guide Michelin augmenté», d’opérer une «déposition de Michelet par Michelin», selon une formule narquoise.Ce à quoi il répondit: «Attention, les lieux de mémoire n’ont rien d’une promenade aimable ou poétique dans le jardin du passé.» Boulimie commémorative Toutefois, comme il l’expliquait lui-même dans sa conclusion du fameux livre, «la boulimie commémorative» de notre époque a «absorbé jusqu’à la tentative destinée à maîtriser le phénomène».D’où le sentiment d’épouvante face au succès même de la notion et de la méthode.Épouvante aussi, parfois, de voir que, dans tous les discours commémoratifs contemporains, «lieux de mémoire» soit devenu un cliché de choix sans grand rapport avec l’intention de ceux qui ont fait naître l’expression.Il faut savoir qu’au départ, dans son séminaire donné à l’École des hautes études en sciences sociales, Pierre Nora invente la notion comme un «outil» servant la mise en lumière, la «distance critique».Or, peu à peu, «il est devenu, cet outil, l’instrument par excellence de la commémoration», insiste l’historien.Au départ, on souhaitait faire ressortir, dans quelque objet historique que ce soit, «fut-ce la tour Eiffel ou Jeanne-D’Arc», ce qu’une histoire classique n’avait pas réussi à lui faire dire jusqu’à ce temps.C’est-à-dire?Prenons le Tour de France, par exemple.Pierre Nora contraste deux manière de l’aborder.D’une part on peut se centrer sur le cyclisme.D’autre part, un historien qui adoptera la méthode des «lieux de mémoire» mettra plus spontanément l’accent sur «ce que la bicyclette a pu représenter par rapport au cheval» et sur ce que cette tradition sportive a emprunté «au tour initiatique des ouvriers du lourde France depuis leXVIL siècle».Car le tour au départ «c'était une sorte d’initiation géographique de la France par les pieds, par les muscles».C’était «un sentiment immédiat du rapport au paysage et à l’espace».La perspective des «lieux de mémoire» en viendra à souligner que «ce n’est pas une coïncidence que le Tour de France a été créé pour une première fois en 1903, date où paraît le livre de Paul Vidal de La Blache, [1845-1918]», fondateur de la géographie moderne française.«Il y a une correspondance symbolique très forte entre l’apparition du Tour et ce moment où il y avait une prise de conscience symbolique de l’espace français.» Toutefois, dans l’usage quotidien, politique, étatique, de la fameuse locution, cette manière de regarder les choses se perd rapidement.La tendance naturelle à la «célébration», à l’histoire «presque totémique», revient au galop.Échec ?Peut-on interpréter la récupération générale comme un «échec»?A la question, Pierre Nora réagit de manière pour le moins ambivalente.D’abord, il ré- ANTOINE ROBITAILLE LE DEVOIR L’historien Pierre Nora en 1998 pondra: «Non, c’est plutôt une forme de succès, puisque voilà un livre qui était un travail expérimental au départ, un peu monstrueux parses proportions, mais qui gardait un caractère de bricolage, presque, et qui a connu un succès formidable.» Ensuite, il admet par ailleurs que, de plus en plus, la notion devient l’instrument privilégié de la célébration de laquelle il cherchait à extirper la mémoire.«En ce sens, elle a été récupérée, cette notion, il n’y a pas de doute, par la boulimie commémorative de l’époque.Souvent, je ne la reconnais pas.Elle a été digérée, absorbée.Tout ça me fait un peu sourire et je mesure parfois la catastrophe que j’ai faite!», avouera-t-il, mi-blagueur.Même s’il se dit «sensible» à la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, même s’il a participé à ses premiers travaux avec Marcel Masse, l’ancien ministre et premier coprésident de ladite commission, même s’il souhaite être mis au courant de tous ses travaux, il préfère «ne pas, directement en faire partie».A ses yeux, l’historien, de nos jours, n’est plus «l’homme qui fait passer le passé vers l’avenir par une sorte de transmission temporelle».C’est plutôt celui qui se pose en intermédiaire, en «crible» entre «la sensibilité de l’époque et le savoir de l’époque».Il doit «répondre en homme de laboratoire qui dit ce que le passé permet et ce que le passé ne permet pas».Mémoire et histoire Pierre Nora tient à ce qu’on distingue bien mémoire et histoire.La première s’impose.La seconde étudie, scrute, analyse.C’est pourquoi il s’en prend depuis des années aux lois «mémorielles», telle la loi Gayssot.Celle-ci qualifie de délit la «contestation de l’existence des crimes contre l’humanité», tels que définis dans le statut du Tribunal de Nuremberg.Plusieurs ont tenté ces dernières années d’étendre la loi Gayssot à la négation du génocide arménien ou à celle de l’ensemble des génocides.Cette tendance, il s’en inquiétait en ces termes, récemment: «Aujourd’hui, certains défenseurs de la mémoire ont une tendance à se montrer agressifs.Ils imposent une mémoire tyrannique, parfois terroriste, notamment vis-à-vis de la communauté scientifique.Des historiens très sérieux sont jetés en pâture à des groupes de pression qui utilisent de plus en plus la menace de la loi pour occulter des vérités qui ne leur conviennent pas.Il faut empêcher les gardiens de telle ou telle mémoire de prendre en otage la recherche historique.Ils exigent que l’histoire les serve parce qu’ils projettent les préoccupations du présent sur les événements du passé.C’est ce péché d’anachronisme qu’il faut dénoncer.Et ce n’est pas le législateur qui peut le faire, mais seulement les historiens.» En somme, s’il a été V«ange blanc» de la «mémoire», s’il en a diagnostiqué la montée en puissance, aujourd’hui, il s’en veut «l’ange noir».Celui qui, contre la mémoire, veut défendre l’histoire.Le Devoir LES LIEUX DE MÉMOIRE Sous la direction de Pierre Nora Gallimard, coll.Quarto Paris, 1997,3 tomes, 4751 pages en tout Z /’ MATHIEU BELANGER REUTERS La rue Saint-Jean, à Québec, durant les fêtes du 400' meà&m 'm&Ê 14 "1 *~ * ’ Z&x ¦ ' !> % I, ¦ ¦ ¦ • ¦ .\ VAUGE0IS «En fait, ils ne voulaient pas de contenu historique» L'héritage français au Québec s'incarne non seulement dans la langue, mais aussi dans des objets d'architecture, des aménagements humains et des façons d'habiter le territoire encore bien vivants aujourd'hui.De même, en France, des traces subsistent de la migration qui, au XVIIe et au XVIIIe siècle, a donné naissance à un pays neuf et à une culture à nulle autre pareille.Ce patrimoine témoigne de la force et de la pérennité des relations que nous entretenons avec la France.Le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine tient à renforcer ces liens d’amitié et d'échanges en soutenant, entre autres, la Commission Iranco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.À l'instar de ces majestueux arbres plusieurs fois centenaires, nos cultures tirent leurs forces de leurs racines.J'invite nos concitoyennes et nos concitoyens désireux de mieux connaître les sources de nos appartenances à goûter nombreux la compagnie de ces fidèles gardiens de notre mémoire que sont les archives, les documents généalogiques et les musées.La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, SUITE DE LA PAGE H 2 passé et c’est une exposition sur les Juifs de Québec qui a été montrée à la gare du Palais.Je crois qu’une expo a aussi été retenue sur les immigrés et, finalement, on va resca-per des conférences du 400, qu’on va confier à Bernard Arcand.» En cours de déroulement, le tir a tout de même été corrigé: «Après l’affaire du 31 décembre et avec l’arrivée de Labeaume, les gens ont été déplacés les uns après les autres.Tranquillement, il y a des projets à caractère historique qui n’ont pas été écartés aussi cavalièrement ou qui ont été jugés inoffensifs et ont été retenus; on ne pouvait pas dire non au petit groupe qui voulait faire l’histoire des Juifs, ce qui aurait été indécent.» En cas de refus, la même réponse se faisait inévitablement entendre: «Ce n’est pas assez festif.En fait, ils ne voulaient pas de contenu historique.» D’autres ont pris la relève: «L’Assemblée nationale a publié un magnifique livre et les professeurs de l’université Laval ont fait de même.Par contre, je connais plein d’éditeurs et de revues qui avaient des projets; ils ont adressé des demandes au 400', pour se faire dire non parce que ce n 'était pas assez festif.» Une sorte d’état d’esprit s’est installé: «L’idée qui circulait, pour justifier l’approche qu’on prenait, c’était JACQUES GRENIER LE DEVOIR L’historien Denis Vaugeois 'v.grjjÆ é que Québec est trop souvent présentée comme une ville historique qui est chargée d’histoire; il faut maintenant lui donner l’image d’une ville tournée vers l’avenir.Tel était le mot d’ordre.» La place de l’histoire Denis Vaugeois désigne ce qui aurait dû être réalisé dans un contexte historique: «// se serait entre autres agi d’appuyer les projets qui se sont faits malgré tout.L'Assemblée nationale a utilisé les services de quatre historiens pen- dant je ne sais trop combien de temps, pour sortir un ouvrage absolument magnifique sur l’histoire de la ville de Québec; cette initiative aurait dû être soutenue financièrement et publicisée par le 400'.» Heureusement, la Ville a pris la relève dans certains cas et a apporté son appui à des projets à caractère historique: «Elle a dégagé un fonctionnaire à plein temps, a fourni de l’argent et a trouvé un espace dans la programmation pour en arriver là.» 11 en est allé de même pour plusieurs groupes privés: «Pour le 400, on ne peut parler d’une note de zéro en matière de contenu historique, c’est 10 sur 10 qu’ils ont obtenu, parce qu’il n’en voulait pas.Ils ont réussi à “goaler” à peu près à la perfection tout rappel historique.» Il fournit sa vision d’historien: «Pour nous, Québec, c’est une porte d’entrée du continent.L’histoire du continent est liée à cette ville.On aurait pu expliquer aux immigrants que leurs ancêtres sont entrés ici autrefois, historiquement, par Québec.C’est une ville avec une diversification beaucoup plus grande que le jour sous lequel on veut bien la présenter.En fait, cette ville, ce sont tous les textes qui figurent derrière Le Moulin à images.» Collaborateur du Devoir Christine St-Pierre Québec m t K 4444 LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 SEPTEMBRE 2008 FRANCE-, v __________________ L’état de la mémoire française au Québec Le premier consulat de la France à Québec a été ouvert en 1858 « Champlain a diverses personnalités, en fonction de l’identité que la collectivité souhaite se donner »> jiiyiti •A WMaâ MATHIEU BÉLANGER REUTERS De nombreuses personnalités participaient, le 3 juillet dernier, aux cérémonies officielles soulignant le 4001 anniversaire de de Québec, sous la statue de son fondateur, Samuel de Champlain.De Champlain à aujourd’hui, 400 ans de présence française ont profondément marqué notre mémoire collective.Un expert fait le point.CLAIRE HARVEY Pendant plus de 150 ans, du début du XVII' siècle au deuxième tiers du XVHI' , la France a entretenu des relations étroites avec une bonne partie de l’Amérique.Selon Patrice Groubc, historien-conseil et chargé de cours au département d’histoire de l’université Laval, ces relations ont laissé des traces dans notre «grand nous» identitaire.«Nous avons hérité de la France toute une mémoire qui transite par la transmission de la culture, des arts, des savoir-faire et des savoir-être.Elle a notamment laissé son empreinte dans les contes et les légendes, ainsi que dans la langue.C’est ce qui fait que nous appartenons à la Francophonie.» Des liens ininterrompus Le Traité de Paris de 1763 n’a pas rompu les liens entre les deux peuples.Ce traité cédait, entre autres, le Canada à la Grande-Bretagne.«La relation s’est notamment exprimée par l'arrivée au Québec, en 1855, de la corvette La Capricieuse, commandée par le capitaine Henri Belvèze, soit un siècle après la Conquête, fait observer Patrice Groulx.Cette mission diplomatique a révélé la profondeur de l’attachement des Canadiens français envers la mère patrie.Les Canadiens français ont réservé un accueil enthousiaste à la corvette.Cet enthousiasme a d’ailleurs inquiété les Français, qui ne voulaient pas mécontenter les autorités britanniques.» Cette mission diplomatique a été suivie, en 1858, par l’ouverture d’un consulat général de la France à Québec.«Nous avons longtemps eu la conviction que le voyage de Belvèze avait rétabli les relations entre les Canadiens français et les Français, mais à tort, ajoute l’historien.Déjà dans les années 1840, le clergé de Montréal a fait venir des communautés religieuses de la France.Les relations n’ont jamais été interrompues.La mémoire française au Québec est marquée par des apports continus entre les deux peuples.» Parmi ces apports, il y a, en 1951, l’ouverture de la Maison du Québec à Paris, la visite du général de Gaulle, en 1967, à l’Exposition universelle de Montréal, ainsi que l’intensification des relations culturelles et commerciales entre les deux nations.Symboles identitaires La présence de la France au Québec se traduit également par de nombreux lieux de mémoire, c’est-à-dire l’ensemble des repères culturels: plaques, bâtiments, sites archéologiques, monuments, héros, etc.«Certains de ces lieux ont été de profonds symboles identitaires.Par exemple, nous avons entretenu un culte patriotique exceptionnel à l’endroit de Dollard des Ormeaux», précise l’historien, qui a écrit divers ouvrages sur ce personnage emblématique.Selon lui, le combat que Dollard des Ormeaux a mené, en 1660, contre une armée iroquoise a longtemps marqué notre mémoire collective.«Les célébrations commémorant la bataille du Long-Sault ont pris diverses formes, dont la fête de Dollard, célébrée au Québec le même jour qu’on fête la reine Victoria dans les autres provinces.Elles correspondaient à l’image que l’élite et le clergé souhaitaient construire.Le remplacement en 2003 de la fête de Dollard par celle des Patriotes indique toutefois que le mythe entourant le personnage est moribond.Il ne reflète plus la vision que nous avons de nous-mêmes.» Patrice Groulx signale que d’autres héros ont joué un rôle identitaire important.«C’est le cas de Samuel de Champlain, qui a été immortalisé par sept statues dans trpis provinces canadiennes et un Etat américain, note-t-il.Ces sept monuments reflètent les différentes préoccupations des élites à l’égard de leur communauté.Par exemple, le Champlain de Québec ressemble à un mousquetaire; il vient établir les titres de propriété.Celui de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, est un cartographe; on rend ici hommage à l’explorateur.Celui qu’on retrouve à Orillia, en Ontario, amène la civilisation.Donc, Champlain a diverses personnalités en fonction de l’identité que la collectivité souhaite se donner.» Le 400' de Québec A quel point la célébration du 400' anniversaire de la fondation de la ville de Québec ravive-t-elle la mémoire française?«On a reproché — à juste titre — au comité organisateur de ne pas accorder suffisamment de place à l’histoire, répond l’expert.La Société du 400" semble avoir voulu éviter les conflits d'interprétation propres à tout lieu de mémoire en canalisant les festivités dans des spectacles et des manifestations culturelles, sportives et décoratives.» L’historien rappelle que le 300e anniversaire de Québec avait donné lieu à de grandes commémorations historiques.«Les célébrations avaient servi à souligner les bienfaits du statut colonial de la ville et du Canada français et leur rattachement à l’Empire britannique, note-t-il.Le prince de Galles est venu à Québec.Dans un contexte presque colonial, la présence royale donne du lustre à la fête en rappelant que Québec est un fleuron de l’Empire britannique.En 2008, cette thématique allait à l’encontre d’une vision axée sur les racines françaises et catholiques de la ville.» Des trous de mémoire Selon Patrice Groulx, on aurait pu profiter de l’occasion pour se remémorer la souveraineté des autochtones sur le territoire.«Les Québécois sont l'un des rares peuples au monde qui a la mémoire pour devise, soit “Je me souviens”.Pourtant, nous avons des trous de mémoire.Nous sommes incapables de tenir compte de la mémoire autochtone.C’est ce qui explique le manque d’intérêt des Québécois envers les problématiques autochtones, fondées sur la négation des droits ancestraux.Les Québécois n’ont guère protesté lorsque le gouvernement du Canada a refusé, en 2007, de signer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.Ils ne soutiennent pas les revendications des Amérindiens même lorsque qu’elles touchent les droits humains.» Le passé est-il garant de l’avenir?Le Québec est une société de plus en plus multiculturelle.Quelle sera l’influence de ce phénomène ‘ sur notre mémoire collective?«Dans la mesure où on se dirige | vers une société laïque, on tentera ; d’intégrer le plus possible les gens des diverses communautés culturelles, conclut Patrice Groulx.Il nous faudra construire une mémoire commune autour de valeurs partagées.Le passé sera vu à travers un projet de société qui façonnera notre mémoire collective.» Collaboratrice du Devoir À propos des origines La généalogie au service du public et de la science Le Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de TUniversité de Montréal reproduit le portrait de la population du Québec ancien dès le début de la colonisation française.Sur le plan de la généalogie, un fichier renferme un autre répertoire électronique sur les origines familiales des émigrants français et étrangers établis au Canada à partir du XVII‘ siècle et jusqu’en 1865.Deux mines d’information.RÉGINALD HARVEY Le PRDH, dont l’origine remonte à 1966, prend la forme d’un registre informatisé de la population.Celui-ci est formé par tous les dossiers biographiques des individus de souche européenne qui ont vécu dans la vallée du Saint-Laurent; il contient les dates et les lieux de naissance, de mariage (s) et de décès de chacun.Bertrand Desjardins, cher- cheur au département de démographie de l’Université de Montréal, rapporte que la période dite statistique dans les pays contemporains est relativement récente: «Ce n'est qu’au XXe siècle que le Canada a commencé à avoir ce qu’on appelle un état civil, c’est-à-dire un enregistrement systématique des naissances, des mariages et des décès.» Les démographes sont contraints de se tourner vers d’autres sources d’information pour obtenir des connaissances sur les populations du passé, lors de leurs travaux: «Un chercheur français a imaginé d’utiliser de façon systématique l’enregistrement des registres paroissiaux québécois.Il existe donc pour la population catholique, de façon historique, une collection complète de registres paroissiaux où sont enregistrées les dates de naissance, de mariage et de décès de chacun des individus depuis l’arrivée des premiers migrants dans les années 1600.» Il en découle une foule de données dont les démographes tirent profit: «En cumulant les informations sur l’ensemble de la population, ils obtiennent le matériel nécessaire pour dresser les faits démographiques du passé.» Une curiosité naturelle s’en mêle L’objectif initial des responsables du PRDH, il y a plus de 40 ans, consistait à effectuer le relevé systématique de tout ce matériel pour en extraire des configurations démographiques.Avec le temps, une autre dimension s’est ajoutée au projet parce qu’il était nécessaire d’obtenir les noms de toutes les personnes en question pour en arriver aux recoupements appropriés.Le chercheur explique: «Ces personnes-là étaient les ancêtres des Canadiens français d’aujourd’hui, de souche, et cette recherche a suscité beaucoup d’intérêt chez le grand public qui, sans avoir une passion pour les informations démographiques, en avait une pour celles de nature nominative.Pour ces gens, il s’agissait de leur ancêtre et il y avait un élément d’intérêt à savoir que ce dernier avait eu 12 enfants, que ceux-ci se sont mariés, que certains sont morts jeunes ou vieux, etc.De ce fait, notre banque de données a débordé des cercles de la recherche universitaire pour deve- nir très connue dans les milieux historiques et généalogiques au Québec, parce que les gens la fréquentent et parce qu’ils trouvent là les références précises à chacun des individus qui a vécu à l’époque, soit jusqu’aux années 1800.» Sur le plan scientifique, Bertrand Desjardins assure que les attentes ont été comblées: «On a toujours su que nos travaux et la banque serviraient à obtenir une connaissance tout à fait inédite de la population canadienne-françai-se du point de vue démographique.» Un élément inattendu s’est aussi ajouté pour le progrès de la science: «R s’est greffé à cela plein d’avenues de recherche que l'on ne soupçonnait pas.Je donne un exemple: le fait d’examiner une population qui ne pratiquait pas la limitation des naissances permet d’obtenir une connaissance des possibilités humaines en matière de fécondité qui déborde l’intérêt de la population québécoise regardée seulement sous l'angle démographique.» Il y a tout un phénomène biologique humain en présence.Il cite un autre cas exemplaire: «On étudie les facteurs de la longévité, ce qui fait que certaines personnes survivent à un âge plus élevé que d’autres, tout en sachant qu’il existe une composante génétique très difficile à isoler de l’environnement.Avec une banque comme la nôtre, comme on traite de généalogie à travers les générations, on peut mettre en rapport l'âge des jeunes au moment de leur décès avec celui du décès de leurs parents ou de leurs grands-parents ou de leurs descendants.» Un enrichissement et un rayonnement s’ensuivent: «En observant de la sorte une population du passé, on peut étudier des phénomènes qui ne peuvent l’être ailleurs.Notre banque est connue au-delà de nos propres recherches.C’est devenu, au fil du temps, une sorte de population laboratoire que celleJà.» Une banque de données généalogiques De 300 à 350 personnes consultent chaque jour le site Fichier Origine: 40 % d’entre elles proviennent du Canada et du Québec, 35 % de la France et près de 20 % des Etats-Unis.Ce projet a pris naissance en 1998 à l’initiative de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie, qui a signé, en 1997, un protocole d’entente avec la Société française de généalogie.Ces deux regroupements majeurs de la francophonie collaborent étroitement depuis pour fournir gratuitement dans Internet l’information sur les ancêtres des Québécois.Trouver ses ancêtres Marcel Fournier, retraité de la fonction publique québécoise, a travaillé à la Bibliothèque nationale du Québec et il coordonne le projet du côté québécois.IJ rappelle le début des travaux: «À cette époque-là, on avait à peu près six ou sept cents pionniers dont on avait trouvé les origines de façon précise.Aujourd’hui, on compte plus de 5000 personnes.Si on se fie au fait que, dans l’ensemble de l’immigration, sous le régime français on a recensé environ 10 000 pionniers, on peut considérer qu’on a réalisé une avancée considérable.» Le fichier est plutôt facile à utiliser: «On accède à l’information par le nom ou le surnom des personnes.On peut effectuer une recherche soit par patronyme, soit par lieu d’origine, soit par département ou pays.» Pour un Tremblay, le nom le plus répandu au Québec, les choses sont plutôt simples: «Ily a à peu près uniquement un ancêtre pour ceux-ci.Dans d’autres cas, il existe plusieurs souches et les gens doivent faire au départ une recherche généalogique pour savoir qui est leur ancêtre, pour remonter les générations sur l’espace de la dixième ou de la douzième génération.» Il en cerne un autre avantage: «On peut revoir les actes numérisés des baptêmes des pionniers.Les chercheurs disposent d'un répertoire de plus de 1000 de ces documents qu’ils peuvent importer, imprimer et inclure dans une histoire de famille à rédiger.» Le Fichier Origine est mis à jour deux fois par année, au milieu des mois d’avril et d’octobre.Il décrit une autre facette du projet «Ce qui est quand même intéressant, c’est que celui-ci est géré,et administré par des bénévoles.» A l’usage, le public a posé des exigences auxquelles il répond maintenant «Au départ, seul l’acte figurait.Par la suite, on a ajouté la date, le lieu de mariage, le nom de la conjointe et la date du décès du pionnier; en présence de l’acte de naissance et de décès, il est possible d’établir les âges,» Collaborateur du Devoir UN GUIDE UNIQUE ! Voici ce que les médias en ont pensé: «Un livre exceptionnel pour voyager sur place.» Lyse Boneneant, Bouijumage (Radio-Canada) « Un voyage en France peut facilement revêtir une connotation canadienne.C’est ce qui ressort de cet extraordinaire guide qui constitue une précieuse boussole pour quiconque veut naviguer en France.S’il fallait une preuve que l’amitié entre la France et le Canada est en excellente santé, Un tour de France canadien en demeure le plus éloquent témoignage.» Paul-François Sylvestre, Le Métropolitain (Toronto) «Ce guide propose des repères historiques et généalogiques très fouillés sur la plupart des endroits liés à l’histoire franco-canadienne, des origines jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.» Fabienne Couturier, Im Presse Septentrion.Qt .ça Membre de l’AMOtlntion n,ittonale det éditeur* de livres m FRANCE UN TOUR DE CANADIEN S K jÆmm rao BIBLIOTHÈQUE QUÉBÉCOISE 20ans IXJt ^ », et toutes ses lettres 1 NOUVEAUTÉ L’histoire passionnante d’une femme d’exception Françoise Deroy-Pineau Marie de flncarnatiw , MU D'abord femme d’affaires prospère puis mystique chez les Ursulines, elle s'embarque pour la Nouvelle-France à l’Sge de quarante ans.Cette biographie trace un portrait saisissant d'une pionnière qui a contribué à l'exploration et à la construction du Nouveau Monde.Françoise Deroy-Pineau Marie de l’Incarnation Femme d'affaires, mystique et mère de la Nouvelle-France 336 PAGES ?12,95$ www.livres-bq.com » 5252 LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 2 K SEPTEMBRE 2 0 0 8 5 FRANCE-QUEBEC Institut du patrimoine culturel de l’université Laval L’Amérique française a son encyclopédie « La présence française s’est fait sentir partout en Amérique, même aux États-Unis » Les passionnés du patrimoine de l’Amérique française, tout comme les curieux et les jeunes, ont maintenant un nouvel outil pour parfaire leurs connaissances.En effet, la toute première Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française, dans sa version Internet, vient de voir le jour.PIERRE VALLÉE Ly idée d’une encyclopédie de l’Amérique française i remonte à 2001, lorsque M.Marcel Masse, ancien ministre et alors directeur de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, la propose dans le cadre du TIXl de Québec.Sa réalisation est confiée à l’Institut du patrimoine culturel de l’université Laval.«Lorsque j’ai été nommé à la tête de l’Institut en 2005, explique Laurier Turgeon, qui assume aussi la direction de Y Encyclopédie, le projet âait déjà sur la table.Mais il s’agissait d’une version papier et d’un DVD.Nous avons décidé de relancer le projet mais en privilégiant m premier la version électronique.» Laurier Turgeon y voyait là plusieurs avantages.«Le côté multimédia d’Internet nous permettait d’inclure des extraits audio et vidéo rattachés aux articles.Et nous voulions aussi rejoindre les jeunes.Cette approche correspond aussi à notre vision du patrimoine.Celui-ci n’est pas mort et figé, mais plutôt vivant et actuel.» Sans compter qu’un site Internet, contrairement à une version papier, est extensible.«Nous ne sommes pas limités à un nombre précis d’articles.On peut en rajouter en cours de route et mettre à jour les articles déjà parus.Les lecteurs peuvent même communiquer avec nous.» Patrimoine culturel de l’Amérique française L’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française repose sur deux concepts précis: celui du patrimoine et celui de l’Amérique française.Ici, on a choisi de traiter de l’Amérique française dans son sens le plus large.Les articles qu’on y trouve ne portent pas seulement sur des sujets québécois, mais aussi sur des sujets touchant les cojnmunautés francophones hors Québec, y compris les États-Unis.«La présence française s’est fiait sentir partout en Amérique, même aux États-Unis.On ne voulait pas mettre personne de côté.On peut même rejoindre les Américains d’origine francophone mais qui ne parlent plus le français, puisque notre site est bilingue.» Quant au patrimoine, Y Encyclopédie fait sienne la définition de l’UNESCO qui divise le patrimoine en trois principaux secteurs: le patrimoine naturel, le patrimoine bâti et le patrimoine ethnologique.Le patrimoine naturel comprend les lieux naturels qui ont valeur de patrimoine, comme le rocher Percé, et les lieux naturels transformés par les humains, comme les barrages hydroélectriques.Le patrimoine bâti renvoie aux maisons, aux édifices et aux quartiers ayant une valeur patrimoniale, comme le Carré français de La NouvelleOrléans.«Le patrimoine ethnologique est ce que l’on appelle aujourd’hui le patrimoine immatériel.Ce patrimoine est directement relié à la culture.R comprend autant la chanson et les arts que des manifestations populaires comme le Grand Tintamarre des Acadiens et le temps des sucres.» Patrimonialisation Un autre concept qui sous-tend cette Encyclopédie est celui de patrimonialisation, c’est-à-dire comment un édifice, un lieu, un événement ou une pratique deviennent du patrimoine.«On n’a pas voulu seulement s’en tenir à décrire le patrimoine, mais on a voulu expliquer comment il a été construit.Comment, par exemple, un édifice, construit depuis 200 ans et même abandonné depuis quelques années, peut-il susciter une intervention pour le conserver?Comment passe-t-il d’une fonction utilitaire à une fonction symbolique?» Ce concept de patrimonialisation permet aussi de comprendre que le patrimoine n’est pas figé dans le temps et qui peut se transformer et se créer au fil des ans.«Prenons par exemple la Saint-Jean.Pendant de nombreuses années, le défilé était la principale expression de cette fête.Aujourd’hui, le défilé existe toujours, mais ce sont les JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR La rue Dauphine, dans le Carré français de La Nouvelle-Orléans .grands spectacles, au parc Maisonneuve et sur les plaines d’Abraham, qui ont pris le relais.» lu patrimonialisation ouvre aussi la porte à un domaine qu’étudie Laurier Turgeon, avec la Chaire de recherche du Canada en patrimoine qui dirige, soit celui des emprunts culturels.«Certains des éléments que l’on considère comme faisant partie de notre patrimoine sont en réalité des emprunts qu’on a faits à d’autres cultures.Le sirop d’érable, si typiquement québécois, est un emprunt à la culture amérindienne.Les Mëis de l’Ouest ont fait de la ceinture fléchée m objet d’identification patrimoniale.» Comment ça marche Dans la mesure où ils traitent du patrimoine, dans le sens ci-haut mentionné, et de l’Amérique française, les articles que l’on peut trouver dans Y Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française traitent de sujets variés.A titre d’exemple, on peut présentement trouver un article sur l’île aux Basques, un autre portant sur la charrette de la rivière Rouge et un autre portant sur la communauté de French Prairie, en Oregon.C’est un comité scientifique qui décide des sujets qui seront traités, mais il n’agit pas en vase clos.«Nous avons tissé des liens avec plusieurs centres de recherche situés dans toutes les régions du Canada et nous avons des contacts avec des associations américaines.Nous ne voulons pas imposer nos choix.» Les articles, d’une longueur de 500 à 2000 mots, sont rédigés par des collaborateurs, dont plusieurs sont des universitaires, mais pas tous.«Certains journalistes nous ont écrit des articles.Parfois, ce sont des gens qui proviennent d’autres secteurs.Par exemple, l’article sur le pont de Québec a été rédigé par un ingénieur.» On compte présentement une soixantaine d'articles qui sont disponibles dans le site et ce nombre devrait doubler did le printemps prochain.«Notre objectif, à la fin du projet, est d’avoir un corpus d’environ 600 articles.» Une fois ce coipus de base complété, une version papier sera publiée.Présentement, les organisateurs sont en train de nouer des ententes avec d’autres organismes, comme Bibliothèque et Archives Canada, afin de nourrir le site en illustrations.«Nous avons déjà une entente similaire avec l’ONF et nous voulons les multiplier, afin de donner au site me facture encore plus multimédia.» Laurier Turgeon espère évidemment que, une fois le projet terminé et la version papier imprimée, il pourra assurer la pérennité du site Internet de L’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française.Avis aux intéressés: l’adresse du site est www.ameri-quefrancaise.org.Collaborateur du Devoir Un engagement en faveur de la mémoire Pour la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC), la notion de lieu de mémoire décrit l’ensemble des repères culturels, matériels, comme une oeuvre architecturale, ou immatériels, comme une légende, qui expriment une histoire commune ou partagée entre Français et Québécois.Ils peuvent appartenir à une période plus ancienne ou plus récente puisque la coopération franco-québécoise est ultérieure à l’époque de la Nouvelle-France et s’exprime encore aujourd’hui de façon dynamique dans de multiples champs d’intérêt.Ces repères-témoins de la petite ou de la grande histoire deviennent « Lieux de mémoire » lorsqu’ils sont investis de signification et reconnus comme tels par la communauté.Ainsi chargés de sens, les lieux de mémoire deviennent évocateurs et ouvrent la porte à un parcours imaginaire qui peut s’avérer aussi stimulant qu’instructif.Dans un univers de plus en plus mondialisé et marqué par l’éphémère, la mémoire souffre parfois d’oubli.11 est heureux que des événements ou des personnes stimulent l’intérêt à l’égard de l’histoire et de la mémoire.L’année 2008, marquant le 400e anniversaire de la fondation de Québec et de la Nouvelle-France, a eu comme effet de faire se révéler un intérêt pour l’histoire et de libérer des initiatives de toutes sortes qui ont contribué à enrichir le sens de la commémoration.L’occasion a aussi démontré que les racines pouvaient avoir une portée très actuelle.La Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, pour sa part, réunit des personnes ou des institutions qui ont un intérêt pour la mémoire et de façon plus spécifique pour la mémoire franco- Le séminaire de Québec : un lieu de mémoire riche de sens.L’ensemble abrite entre autres le musée de l’Amérique française et le futur centre de la Francophonie.Crédits : BAnQ- Centre d’archives de Québec, Robert-Pierre Monnier, 1982, E6,S8,DC82-46,P3A.& * fr .: .*, > * « 1 ' ¦t t > *** ^ ¦•'p'sF'- pWmÊ V 'A-'i'TVVA Les milieux disciplinaires et institutionnels ne sont pas en reste pour mieux faire connaître les lieux de mémoire franco-québécois : citons par exemple, dans le milieu muséal, les efforts pour créer un portail internet axé sur ce thème, ou les diverses expositions qui mettent en valeur un des nombreux aspects de cette histoire.Dans le milieu des archives, notons la création d’un réseau de partenaires intéressés aux traces de l’Amérique française et à la mémoire.Il est heureux aussi de constater et de souligner que l’intérêt pour ce sujet qui réunit les partenaires de la CFQLMC n'en est pas l’apanage exclusif puisqu’il est largement partagé et porté de façon spontanée par de nombreux autres acteurs.québécoise qui constitue une dimension centrale de notre identité commune.Forum d’échanges, lieu de concertation, force d’initiatives et de propositions, la Commission est un organisme bilatéral franco-québécois qui constitue un réseau de partenaires bénévoles de divers horizons parmi lesquels se retrouvent notamment des acteurs du milieu muséal, des archives, du patrimoine, de l’histoire, de la généalogie, de la toponymie- issus du milieu universitaire, institutionnel ou associatif, ou agissant à titre personnel, ces partenaires ont en commun un même intérêt pour la mémoire.L’objectif rassembleur est d’identifier, de connaître, de faire connaître et de mettre en valeur des lieux de mémoire qui témoignent d’une histoire commune ou partagée.La nécessité de connaître a suscité des initiatives majeures en matière de recherche.Ainsi, par exemple, l’inventaire des lieux de mémoire de la Nouvelle-France, tant du côté québécois que fran- çais, est devenu un vaste chantier dont les résultats actuels sont disponibles tant en version électronique qu'imprimée.(http://www.memoirenf.cieq.ulaval.ca/ et http://www.pulaval.com/ca-talogue/les-traces-nouvelle-france-quebec-poitou-9145.html) Dans le même esprit, est né un autre grand projet, celui d’une encyclopédie de l’Amérique française qui identifie et documente des éléments du patrimoine de l’Amérique francophone.Ses données sont également accessibles sur le web (www.ameriquefrancaise.org).Une autre initiative significative qui concourt à l’objectif de connaissance et de diffusion mérite d’être citée comme exemple : à l’intention d’un lectorat principalement français, mais également des touristes québécois épris d’histoire et de mémoire, une série de 12 publications « Ces villes et villages de France, berceau de l’Amérique française » vise à recenser et documenter les lieux et le contexte du départ des pionniers vers la Nouvelle-France et propose des itinéraires mémoriels.miiP IV»".' • v ."as»»» ï-ferim’ir.1 •^m'5 La Rochelle, point de départ vers la Nouvelle-France.La tour de la Chaîne présente une exposition qui décrit le contexte de la migration.Crédits : Philippe Berthé, Centre des monuments nationaux de France.Les chercheurs et associations du milieu de la généalogie ont depuis longtemps structuré leur action et investi le champ de la mémoire dans une démarche souvent très personnelle.Les milieux du patrimoine, de la toponymie, pour ne nommer que ceux-là, en sont également des acteurs clés.Si le réseau de la CFQLMC s’appuie de façon importante sur les milieux professionnels, disciplinaires, institutionnels et associatifs, il profite en particulier de la collaboration des associations Québec-France et France-Québec qui constituent des partenaires essentiels dans l’axe franco-québécois.Qu’il s’agisse de susciter ou de collaborer à des activités de commémoration, de diffusion, ou à l’organisation de colloques, ces partenaires ont toujours été au rendez-vous.Si le défi de la connaissance demeure, l’autre grand défi est celui de la diffusion et du partage de l’information ainsi que du développement de l’intérêt.C’est dans cette perspective que la CFQLMC a enrichi son site internet et créé un bulletin électronique trimestriel « Mémoires vives » qui s’adresse à toutes les personnes intéressées par la mémoire franco-québécoise.C’est une source idéale pour en savoir davantage.COMMISSION I RAM O-OIlfiIilXOlSF.SUR LES LIEUX DH MEMOIRE COMMUNS Visitez-nous à l’adresse suivante : www.cfqlmc.org .et abonnez-vous.!» Il 0 LU I) K V 0 I K , L K S SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 SEPTEMBRE 2 0 0 8 FRANCE-.De l’histoire à la mémoire Des musées sont eux-mêmes des lieux de mémoire franco-québécois « Il y a eu énormément d’imprimés sur la Nouvelle-France publiés en France » Des musées ainsi que des organismes comme Bibliothèque et Archives nationales du Québec font partie des diffuseurs de l’histoire et de la mémoire de la présence française en Amérique.Certains occupent eux-mêmes des lieux historiques et contribuent, par leurs expositions, à alimenter, à préserver et parfois à réveiller cette mémoire.BRIGITTE SAINT-PIERRE Plusieurs musées conservent des traces de la présence française en Amérique, les mettent en valeur et les font connaître.«Ce sont des passeurs de l'histoire à la mémoire», fait valoir Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, et vice-présidente de la section québécoise de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.Des musées-mémoire Certains musées sont eux-mêmes situés sur un lieu historique.Pointe-à-Callière se trouve ainsi sur le lieu de la fondation de Montréal.Les visiteurs peuvent voir des vestiges des fortifications de la ville et d’édifices.Au sous-sol du musée, ils peuvent observer les traces du premier cimetière catholique de Montréal, aménagé en 1643.Des fouilles archéologiques effectuées dans le site ont par ailleurs permis de trouver des vestiges du fort Ville-Marie, premier établissement de Montréal, construit en 1642.De la même manière, le Château Ramezay, qui abrite aujourd’hui le musée du même nom, a servi de résidence, au début du XVIII' siècle, au gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay.Transformée en musée en 1966, la Maison Saint- Gabriel, dans le quartier Pointe-Saint-Charles à Montréal, a pour sa part accueilli des Filles du Roy de 1668 à 1673.Le Musée Stewart est quant à lui situé sur Die Sainte-Hélène, nommée ainsi par Samuel de Champlain en l’honneur de son épouse, Hélène Boullé.La famille Le Moyne est plus tard devenue propriétaire de l’île.Dans la Vieille Capitale, le Musée de l’Amérique française occupe quant à lui un bâtiment attenant au site du Séminaire de Québec, fondé par M® de Laval en 1663.Rappeler l’histoire à la mémoire Francine Lelièvre mentionne que ces musées sont des lieux de mémoire.11 existe une différence entre un lieu historique et un lieu de mémoire.«Un lieu historique peut être oublié et ce n’est pas alors un lieu de mémoire», explique la directrice générale de Pointe-à-Callière.Il en va de même des événements historiques.Mme Lelièvre donne l’exemple de la Grande Paix de Montréal conclue avec les nations amérindiennes.En 1701, le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callières, et 39 chefs de nations amérindiennes avaient ainsi signé un traité de paix.Or, avant la commémoration du 300' anniversaire de l’événement, peu de gens connaissaient ce pan de l’histoire.Pointe-àCalliè-re a notamment organisé une exposition à ce sujet en 2001.Le Musée présente actuellement l’exposition temporaire intitulée France, Nouvelle-France.Naissance d’un peuple français en Amérique et a organisé plusieurs activités sur ce thème, réparties sur toute l’année 2008.Le Musée Stewart contribue lui aussi à perpétuer la mémoire franco-québécoise.«Ses collections ont été constituées autour de cette idée de pouvoir rappeler la présence des civilisations européennes, et principalement française, en Amérique du Nord et leur influence jusqu’à nos jours», indique Guy Vadebon-cœur, directeur et conservateur en chef du Musée Stewart.Les visiteurs de ce musée peuvent notamment voir des objets de l’époque de la Nouvelle-France et des documents portant la signature de personnages célèbres, comme le fondateur de Montréal, Paul de Cho-medey de Maisonneuve, et l’explorateur Louis Jolliet.Le musée a également une collection de livres rares et de cartes anciennes.Il possède par exemple un exemplaire du livre intitulé Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada, écrit par Pierre Boucher en 1664.Il organise par ailleurs des animations en lien avec l’histoire.Rendre les archives accessibles Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est également un organisme qui diffuse la mémoire franco-québécoise.Elle a aussi organisé des expositions dans lesquelles il était question de la présence française en Amérique.L’exposition intitulée Ils ont cartographié l’Amérique, composée de cartes anciennes, a été présentée à la Grande Bibliothèque, de février à août dernier.Le public peut actuellement visiter, au Centre d’archives de Quebec de BAnQ, les expositions L’Etat et le citoyen: du Régime français à la Révolution tranquille et La Traversée des manuscrits.Cette dernière regroupe des contrats d’engagement d’hommes, de femmes et d’enfants qui se sont rendus en Nouvelle-France.BAnQ a pour mission d’acquérir, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois.«C’est l'ensemble de la mémoire québécoise qui nous est confié.Comme le Québec est évidemment très majoritairement de langue française, nous sommes aussi les gardiens de tous les documents pu- bliés en français», dit Lise Bisson-nette, présidente-directrice générale de BAnQ.«A l’époque de la Nouvelle-France, il ne se publiait strictement rien ici, pas plus que dans les autres colonies françaises.Le roi refusait qu’on y imprime quoi que ce soit.Donc, il n’y a pas eu d’imprimés au Québec à cette époque.Mais il y a eu énormément d’imprimés sur la Nouvelle-France publiés en France, dont nous avons des exemplaires», explique Mme Bissonnette.La collection de livres anciens de BAnQ comprend par exemple les récits de voyage de Champlain et les Relations des jésuites en Nouvelle-France.Des documents d’archives ont également été numérisés et sont accessibles dans Internet BAnQ a par exemple fourni beaucoup de documents pour le portail d’archives Canada-France, fruit d’une collaboration notamment entre Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des archives de France.Les internautes peuvent les consulter à l’adresse suivante: www.arch ivescanadafrance.org.Un groupe de chercheurs et de professionnels de l’information a par ailleurs fait un inventaire bibliographique des relations franco-québécoises jusqu’à nos jours et BAnQ l’a mis en ligne.Une version refondue de ce site Internet sera lancée au début d’octobre.L’inventaire a été bonifié et certains documents ont été numérisés.BAnQ a aussi cherché à en faciliter l’accès, comme elle le fait pour l’ensemble de ses collections.«C’est notre mission de les rendre accessibles au grand public», souligne Mme Bissonnette.Collaboratrice du Devoir UNIVERSITÉ .1.1.a.LAVAL Faculté des lettrés 8 © Un aperçu du patrimoine à l'Université Laval : BAnQ a pour mission d’acquérir, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois Vu de Paris Le 400e de Québec suscite l’intérêt en France « Les Français ont envie de connaître Thistoire de la Nouvelle-France » Cartier, Champlain, la traite des fourrures, la Conquête des Anglais: au Québec, quiconque a fréquenté une école primaire ou secondaire a une bonne idée des événements et des personnages qui ont créé la Nouvelle-France.Toutefois, en France, c’est une autre histoire.La Nouvelle-France y est absente de tous les livres destinés aux écoliers.Toutefois, avec le 400' anniversaire de la fondation de la ville de Québec, bien des Français découvrent l’histoire qu’ils partagent avec l’Amérique.MARTINE LETARTE La curiosité des Français est piquée et ce n’est pas sans réjouir Gilbert Filleul, historien français et directeur de l’ouvrage intitulé Les Premiers Français au Québec, publié le printemps dernier par l’éditeur Archives et Culture.«L’idée est de rappeler aux Français que, du début de la Nouvelle-France à la Conquête des Anglais, la France et le Québec ont une histoire commune», a-t-il affirmé au Devoir hrs d’un entretien téléphonique.On dit «rappeler aux Français» parce que, depuis 10 ans, l’histoire de la création de la Nouvelle-France a été rayée des manuels scolaires en France.«La matière à l’étude en histoire exclut toute la période de colonisation du temps de la monarchie.R y a un profond malaise à propos de la colonisation: on considère que c’est une erreur commise par les Français, alors on préfère ne pas en parler», explique-t-il.Les aspects positifs de la colonisation Toutefois, il y a une mobilisation chez certains historiens, qui dénoncent le silence du système scolaire français à propos de cette époque et affirment que la colonisation n’a pas eu que des aspects négatifs.C’est d’ailleurs l’avis de Gilbert Filleul.«On a quand même créé une Amérique française, qui a joué un rôle important dans l’Amérique moderne et qui est devenue le Québec.Je dis souvent qu’il faut faire la différence entre les colons qui sont venus s’installer en Amérique pour y fonder une famille et les colonisateurs qui y sont venus pour profiter des ressources avant de retourner en France», précise-t-il.L’historien croit aussi qu’il est important d’attirer l’attention des Français sur les premiers colons qui ont eu le courage de partir en Amérique, qu’ils aient été aventuriers, coureurs des bois ou hommes de science.«Par exemple, le médecin Michel Sarraàn est venu s’installer en Nouvelle-France et, tout au bmg de sa vie, comme il était passionné dherboristerie.il envoyait en France des spécimens de plantes de la Nouvelle-France, alors inconnues en Europe.Grâce à ses ef/iirts, plusieurs plantes ont été ajoutées dans les encyclopédies Le 1) Sarrazin a ainsi joué, un rôle très important, mais stm truvre est totalement ignorée du Français moyen», déplore M.Filleul.Quelques surprises Les Premiers Français au Québec vient aussi déconstruire quelques mythes et mettre en lumière Institut du patrimoine culturel (IPAC) L'IPAC offre aux acteurs du patrimoine un outil d'échange et de concertation leur permettant de mettre en commun leurs expériences et leurs connaissances, d'arrimer leurs travaux et de développer de nouveaux groupes de recherche et de formation.Dans une perspective transdisciplinaire et interinstitutionnelle, l'Institut a pour mandat de favoriser le développement des études et de la recherche dans le champ de la conservation, de la transmission et de la promotion du patrimoine culturel du Québec et de l'Amérique française.www.ipac.ulaval.ca Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française L'Encyclopédie témoigne de l'état actuel du patrimoine et présente les processus de construction et de mise en valeur des biens patrimoniaux au cours de leur évolution.Le patrimoine des francophones d'Amérique du Nord est marqué par les transformations et par de nombreux emprunts aux autres cultures (autochtones, françaises, britanniques et américaines) qui lui ont donné son caractère propre et sa richesse.L'Encyclopédie est un ouvrage multimédia diffusé sur Internet.Les articles sont accompagnés de documents visuels, sonores, audiovisuels et textuels qui font du passé une expérience sensorielle accessible à tous.www.ameriquefrancaise.org Nouveau Baccalauréat en ethnologie et patrimoine Ce programme permet d'approfondir sa connaissance de la culture nord-américaine, dans ses manifestations passées et actuelles, entre autres au regard de la francophonie et du Québec.Il offre quatre concentrations : francophonie nord-américaine; langue et littérature; migrations et relations interculturelles; muséologie et communication culturelle.Selon la concentration choisie, l'accent sera mis sur les modes de vie, la culture et l'identité nord-américaine, sur les contes, les légendes et d'autres pratiques langagières, sur les relations interculturelles, les emprunts et le métissage ou sur la muséologie et la mise en valeur du patrimoine matériel et immatériel.L'Université Laval est la seule université canadienne à offrir des programmes de formation en ethnologie aux trois cycles d'études en français.www.ulaval.ca/sg/PR/Cl /1.515.01 .html certains aspects de l’époque de la colonisation française qui sont souvent méconnus, et ce, même au Québec.D’abord, même si le sujet est très sensible de ce côté de l’Atlantique, parlons du premier contact avec les Amérindiens.«En France, lorsqu’on parle de la rencontre entre les Français et les Amérindiens, il y « l’image qui persiste du western et du grand massacre.Evidemment, tout n’a pas été rose, loin de là, mais, tout de même, la rencontre avec VAmérindien ne s’est pas faite dans le rejet et la violence», affirme l’historien.Il rappelle alors que la principale activité économique de la colonie française était le commerce des fourrures.«Ainsi, par intérêt, les nouveaux arrivants français ont dû travailler avec les Amérindiens.Rapidement, ils ont appris à cohabiter.Cette partie de l’histoire est tout à fait inconnue en France.» Aussi, si les enjeux liés à la nation et à l’identité sont toujours très actuels au Québec, il semble qu’ils ne datent pas d’hier! «Les Français arrivés au Québec se sont très vite construit une nouvelle identité.D’ailleurs, lors de leur arrivée en Amérique, les soldats français de Montcalm ont eu de la difficulté à s’entendre avec les Canadiens français.Déjà, ils n’avaient pas le même genre de discipline, ni les mêmes stratégies et tactiques de guerre.Ce n’était rien de grave, mais ça illustre que, déjà, une identité canadienne-française s’était formée», indique M.Filleul.L’ouvrage traite aussi des premiers colons.Qui étaient-ils?D’où provenaient-ils?«Nous souhaitons ainsi inviter les gens à s’intéresser à leur généalogie.D’ailleurs, il est intéressant de savoir que la population du Québec provient de 6500 colons seulement, avec, bien sûr, un taux de fécondité très élevé.Pourquoi?Parce que, sur les 30 000 arrivants français, 14 000 sont restés et seulement 9000 d’entre eux se sont mariés, en raison du déficit de femmes.Ce sont finalement 6500 qui ont pu assurer leur descendance», explique le spécialiste.Les Français sont curieux Ainsi, grâce au 4(K> de Québec et au livre dirigé par M.Filleul, qui fait intervenir 30 historiens, ethnologues, généalogistes et conteurs issus des deux côtés de l’Atlantique, de nombreux Français démontrent maintenant un intérêt pour cette portion d’histoire commune avec le Québec.«Les Français n’ont pas [habitude d’entendre parler de ces événements, mais, en même temps, je crois qu’ils ont un intérêt profond et une sympathie certaine pour le Québec et les Québécois», remarque l’historien, qui est également secrétaire général de la Commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs.Si, en France, on parle abondamment du 400 de Québec, plusieurs villes en profitent pour organiser des événements commémoratifs.D’ailleurs, depuis le début de l’année, Gilbert Filleul parcourt la France pour donner des conférences sur le Québec et son histoire.«Les Français ont envie de connaître cette histoire, mais ils n 'en ont jamais eu l’occasion! Ainsi, je crois que, avec l’intérêt suscité par le 400r et la sortie du livre, c’est le moment idéal de remettre l’histoire commune de la F'rance et du Québec au cœur de l’actualité.» Collaboratrice du Devoir 4444
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