Le devoir, 2 octobre 2004, Cahier J
LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 OCTOBRE 2004 LE DEVOIR SPP / éK iMMf LABELLE ET ANTONIUS Les responsables du CRIEC et «Le devoir de mémoire et la politique du pardon» Page3 Mémoire et PARDON ARGENTINE Survivre au terrorisme d’Etat Page5 ANNA ZIKM1NSKI Eunice Miya est consolée par ses parents et amis au cours de son témoignage à la Commission vérité et réconciliation de Cape Town en Afrique du Sud, son fils Godfrey ayant été l’une des sept victimes tuées par un policier dans une embuscade à Guguletu en 1996.Venir à bout de la mésentente SANDRINE LEFRANC Quelles démocraties sont épargnées par l’héritage encombrant du souvenir de la violence politique?La multiplication des «repep tances» formulées par des chefs d’Etat au cours des 15 dernières années atteste l’obstination de cette mémoire, même plusieurs décennies après que le crime a été commis.Et l’entêtement des victimes soucieuses de faire entendre leurs demandes de justice, la ténacité des responsables de la violence désireux de faire valoir leur version des événements, semblent parfois menacer la concorde civile sur laquelle repose la démocratie.Des modalités de résolution des conflits du passé ont été récemment inventées dans les démocraties «nouvelles» installées depuis les années 1980, qui pourraient bien inspirer les démocraties les mieux établies empêtrées dans la mémoire du crime.Parmi ces dispositifs, plus d’une vingtaine de commissions dites de vérité et de réconciliation ont été mises en place en Argentine, au Chili, au Salvador, en Afrique du Sud, au Pérou, en Serra Leone, etc.On attend d’eUes qu’elles permettent à ces sociétés de «sortir» de la violence, dans un contexte où les anciens puissants continuent souvent de dicter leurs conditions et, par exemple, d’imposer l’adoption de lois d’amnistie.Pour les promoteurs de cette forme de politique de «réconciliation», la vérité doit être établie aux yeux de tous, de telle manière que les victimes participent à la production de cette vérité en y trouvant l’occasion de «faire le deuil» de leurs morts ou de leurs disparus; de manière aussi que les coupables soient, sinon punis, du moins stigmatisés.Ce principe semble relever de l’évidence dans un siècle qui a vu le pire et la mémoire du pire.Mais l’argumentation, et la conception de la bonne politique de sortie de la violence qui va de pair, sont intéressantes.Les Commissions vérité et réconciliation représenteraient, sinon des processus ayant pour horizon, selon les mots de Paul Ricœur, un «incognito du pardon», un lieu de délibération démocratique sur l’Histoire, et par là une contribution à la constitution d’un lien de citoyenneté compatible avec la division (culturelle, politique et sociale).Les Commissions vérité et réconciliation incarneraient dans cette perspective non seulement un acte de rupture avec une ère marquée par la décolonisation et ses conséquences répressives, par l’institutionnalisation du racisme, par la guerre froide et ses délires antisubversifs.mais aussi le début d’une ère politique nouvelle.L’expérience d’un apurement responsable du passé marquerait le passage d’une éthique de conviction autorisant la folie meurtrière à une éthique de responsabilité marquée par la défiance à l’égard des «tables rases» et des principes de légitimité transcendants (Dieu, la patrie.lorsqu'ils cautionnent la violence).Ce «nouvel esprit démocratique» se traduirait non seulement par une mise en place prudente des institutions démocratiques, mais aussi par le renforcement de la démocratie dans ses aspects délibératifs.La Truth and Reconciliation Commission sud-africaine passe généralement pour la meilleure concrétisation de ces attentes, en raison surtout de son caractère public: les victimes et leurs proches ont eu la possibilité de faire le récit de ce qui leur était arrivé devant toutes les personnes présentes lors des auditions, mais aussi, grâce à la diffusion média- tique large des travaux de la Commission, devant une bonne partie du pays.Les bourreaux et les responsables de la violence ont quant à eux été contraints, s’ils voulaient obtenir l’amnistie, d’écrire leur part de l’«histoire de la répression».Pour certains, cet exercice de mise en rapport de récits contradictoires a incarné une forme de «contrat social» en acte, l’esquisse d’un «libéralisme procédural» adapté aux sociétés multiculturelles.La Commission vérité et réconciliation est par la suite apparue comme un modèle transposable aux pays qui sont confrontés aux legs d’un passé colonial.Dans des pays où le problème de la coexistence ne se posait pas en ces termes, comme dans le cône sud latino-américain, les commissions de vérité ont parfois été parées de semblables vertus.Tous les citoyens devaient, une fois les conclusions rendues publiques, admettre que des hommes avaient souffert et étaient, pour beaucoup, morts.Mais tous n’étaient pas enjoints d’accepter la même version de l’Histoire.La liberté pour chacun d'apprécier souverainement des aspects du passé était ainsi réaffirmée, aux yeux de certains observateurs.Le rituel que les commissions mettent en scène passe pour devoir signer la fin des «grands récits», autoritaires mais aussi révolutionnaires, qui excluent toute conception dissidente.Dans tous les cas, les commissions de vérité sont censées servir la construction d’un «dissen-sus» conforme au principe libéral qui veut que l’on s’oppose en tant qu’adversaires et non en tant qu’ennemis.Doit-on pour autant attendre beaucoup de ces politiques de «réconciliation»?L’affirmer serait oublier les multiples contraintes auxquelles elles sont soumises.Si la parole est rendue aux victimes, le discours des commissions n’en relève pas moins d’un discours d’ex-pertise dont la fabrication est confiée à des professionnels (juristes, universitaires, etc.).Si les auditions, à huis clos ou publiques, sont l’occasion d’une prise en compte du témoignage de certaines victimes, cette parole singulière est ensuite mise à distance au profit d’un récit impersonnel susceptible de faire autorité.Sommés de concilier leur empathie à l’égard des victimes et l’exigence d’une distance scientifique, les membres de ces instances ont souvent tranché au profit d’un récit unifié, consensuel, et qui se voulait impartial.Au lieu du «dissensus» espéré, on observe plus souvent une réitération par les gouvernements successifs d’un récit réconciliateur, marqué par l’obsession de l’unité, et une confrontation continue de versions divergentes de l’Histoire.Rien qui ressemble à un réel dialogue entre les victimes et les responsables de la violence.Tout pouvoir politique, même démocratique, tend à dénier le conflit Et si les commissions parviennent parfois à défaire cette loi d’oubli, elles ne peuvent établir à elles seules le «dissensus» libéral espéré.Sandrine Lefranc est chercheuse au CNRS (Laboratoire d'analyse des systèmes politiques, Université de Paris X).Elle est l’auteur de Politiques du pardon, Paris, PUF, 2002.Tout pouvoir politique, même démocratique, tend à dénier le conflit TEMOIGNAGES Georges Leroux Page 3 Jean-Claude Icart Page 5 é SITUATIONS Québec Acadie Canada Page 4 Qu’est-ce le projet de développement de la communauté crie de la baie James?• C'est un projet favorisant la stabilité de l’économie régionale pour que la nation crie et les résidents de la baie James puissent échafauder des projets d’avenir ensemble.• C’est un projet de collaboration des cultures crie et québécoise en faveur des chances d’avenir de leurs collectivités et de leurs familles.• C’est un projet émancipateur visant à donner des occasions d’emploi égales à tous les résidents du territoire.• C’est un projet qui cherche à protéger le patrimoine naturel pour les générations actuelles et futures.• Par-dessus tout, c’est un projet à long terme pour tous les résidents de la région qui contribue aussi à l’économie du Québec et du Canada.s .m S&- MlSVSSfi •/Av* kc* ice On peut régler les problèmes et les conflits du passé en misant sur l’espoir d’un avenir juste et prospère pour les générations actuelles et futures.En créant de l’espoir au coeur du peuple cri et en établissant une nouvelle relation positive entre les Québécois et les Cris, la Paix des Braves a jeté des bases solides pour les rapports entre la Nation crie et le Québec.Les Cris et le Québec attendent toujours que le gouvernement fédéral apporte sa contribution à la Paix des Braves.En 1975, le Canada, le Québec et les Cris signaient la Convention de la Baie James et du Nord québécois qui établissait les fondements de l’avenir de notre territoire cri traditionnel.Le Canada ne s’est jamais conformé à la Convention.Il est vrai que le premier ministre Paul Martin et le ministre des affaires indiennes, Andy Scott, ont chargé Raymond Chrétien, ancien ambassadeur aux États-Unis, de trouver, avec les Cris, une façon novatrice de mettre à exécution les engagements du Canada découlant du traité de 1975 et qui saurait être un complément à la Paix des Braves.Il est aussi vrai que le Canada a récemment reconnu aux peuples autochtones l’accès au droit à l'autodétermination, que le droit international reconnaît à l’ensemble des peuples.Ces changements, quoique très positifs, doivent toutefois se traduire par des actions concrètes, sinon ils seront vides de sens.L’avenir du Québec, du Canada et des Cris doit être fondé sur le respect de la diversité culturelle et sur l’appui accordé à l’ensemble des peuples afin qu’ils puissent pleinement tirer parti du développement économique et social sur leurs terres traditionnelles, et ce, à mesure qu’il se produit.Il s’agit, en fait, de la décision que nous avons tous entérinée en 1975, au moment de signer la Convention de la Baie James et du Nord québécois.Nous attendons toujours que le Canada réagisse pour relever le défi.Le Grand Chef Ted Moses Quand le Canada respectera-t-il son engagement de soutenir pleinement le projet de développement cris de la baie James, comme il l’a promis en 1975?» Gra?H«yÔMSies!lchcê)Cr,s * LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 OCTOBRE 2 0 0 4 MEMOIRE ET PARDON .1 «Le devoir de mémoire et les politiques du pardon» Réconciliation et dialogue vont de pair «La reconnaissance des torts historiques permet notamment de restaurer la dignité des peuples opprimés» Du 13 au 15 octobre prochain, le Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (CRIEC), en partenariat avec l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), tiendra un colloque international — «Le devoir de mémoire et les politiques du pardon» — à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).C’est une grande première dans SOURCE UQAM Micheline Labelle et Rachad Antonius, respectivement directrice et directeur adjoint du CRIEC et tous deux professeurs de sociologie à l’UQAM.v - • ¦ l’espace francophone.CLAIRE HARVEY T e devoir de mémoire et les ^ J_/ politiques du pardon» s’inscrit dans la foulée de la Déclaration de Durban, en Afrique du Sud, et fait partie de la lutte contre le racisme et la discrimination.Adoptée en septembre 2001 par les Etats membres des Nations unies et les représentants de la société civile, la Déclaration soulignait notamment la vulnérabilité croissante des victimes du racisme colonial (Africains, personnes de descendance africaine, autochtones, etc.) et incitait la communauté internationale à reconnaître les faits au sujet du racisme.Cette déclaration a créé des remous: tenue en 2001 à l’UQAM d’un colloque intitulé «Défis et enjeux de l’après-Durban», création en 2003 par le CRIEC de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations, visite au Canada en 2003 de Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance pour le compte du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), etc.Tout cela alors qu’on assistait à une montée de l’extrême droite et à une recrudescence du racisme causées par la lutte contre le terrorisme à la suite du 11 septembre 2001.Voilà quelques-uns des événements qui, selon Micheline Labelle, directrice du CRIEC et profes-seure de sociologie à ITJQAJVI, ont mené à l’organisation du colloque international «Le devoir de mémoire et les politiques du pardon».«Ce colloque a lieu afin d’analyser les enjeux philosophiques, sociaux et éthiques reliés à la mémoire historique, à la réconciliation et au dialogue.» A cette occasion, les participants examineront aussi les mesures particulières de réparation, comme les recours utiles, les voies de droit et les mesures d’indemnisation.Des conférenciers prestigieux Ainsi, quelque 24 conférenciers de renommée internatignale, provenant du Canada, des Etats-Unis, de l’Amérique latine, de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique, présenteront leurs réflexions sur le devoir de mémoire et les politiques de pardon.Ils aborderont divers sujets en lien avec le thème du colloque «Mémoire et vérité».Par exemple, un volet important du colloque portera sur les peuples autochtones, l’esclavage et les Afro-Américains.Par ailleurs, des ateliers traiteront des souffrances propres aux populations ayant vécu des guerres civiles et des dictatures.Enfin, on examinera les responsabilités de l’État A titre d’exemple, le mercredi 13 octobre, les participants pourront assister gratuitement aux conférences d’ouverture prononcées par Ali Moussa lye, chef de la section Histoire et culture de la Division des politiques culturelles et du dialogue interculturel de l'Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), etTed Moses, grand chef du Grand Conseil des Cris et ambassadeur des Cris à l’ONU.Ce sera notamment l’occasion d’en savoir davantage sur les enjeux de mémoire et la question autochtone.Le jeudi 14 octobre, les participants se pencheront sur les discriminations qui frappent les peuples autochtones dans les Amériques, en compagnie notamment de Peter Irniq, commissaire du Nunavut, de Gail Valaskakis, présidente de la Fondation autochtone de guérison, et de Roméo Saganash, directeur des relations avec le Québec du Grand Conseil des Cris.Toujours le 14 octobre, les participants pourront assister à une conférence donnée par Amadou Lamine Sali, conseiller du gouver- nement du Sénégal pour le mémorial de Corée, un lieu d’embarquement des esclaves destinés au continent américain.Le vendredi 15 octobre, les ateliers porteront, entre autres, sur l’Acadie, l’Argentine et le Chili.Chedly Belkhodja, directeur du département de science politique de l’Université de Moncton, Elena de la Aldea, psychanalyste argentine, et Alfredo Joignant, professeur de science politique à l’université du Chili, prendront part aux débats.Des objectifs théoriques et pratiques Selon Mme Labelle, l'événement cherche à rejoindre les intérêts des milieux universitaires sur le plan de la recherche, mais aussi ceux de la société en général.«C’est pourquoi nous avons invité des professeurs de diverses disciplines — droit, sociologie, philosophie, etc.— ainsi que des fonctionnaires internationaux et des intellectuels militants.» Anne Leahy, directrice de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), organisme rattaché à la faculté de science politique et de droit de l’UQAM, précise que ce colloque représentera aussi une source d’inspiration pour les décideurs politiques qui ont à adopter ou à mettre en œuvre des politiques de pardon.«En d’autres mots, le colloque veut faire le pont entre l’analyse et la mise en pratique», dit-elle.Mais à quoi sert le devoir de mémoire?«La reconnaissance des torts historiques permet notamment de restaurer la dignité des peuples opprimés», répond Mme Labelle.Même son de cloche de la part de Rachad Antonius, directeur adjoint du CRIEC et professeur de sociologie à l’UQAM.«Souvent, la resolution des combats politiques repose sur la reconnaissance des traumatismes historiques.Par exemple, il faut reconnoitre qu'il y a eu domination et extermination dans le cas des autochtones.Bien sûr, nous ne sommes pas responsables de cela, mais nous sommes les héritiers des systèmes politiques qui en ont profité.» M.Antonius poursuit en expli quant que le processus pouvant mener à la réconciliation, un aspect de la Déclaration de Durban, a été très mal compris.«Dans les conflits qui opposent des peuples opprimés, les conditions nécessaires au rétablissement de la situation sont l’empathie, le dialogue et la déconstruction de la notion d’ennemi.Or, il est impossible de réunir ces trois éléments sans rétablir les faits historiques.Ainsi, dans le conflit qui oppose Israël et la Palestine, la restauration du dialogue ne peut avoir lieu que dans la confrontation des mémoires blessées Ensuite, il faut se demander si, dans la mémoire historique des deux peuples, il n’y a pas des exemples dont on pourrait s'inspirer pour régler le conflit.» Tirer des leçons du passé et rétablir la vérité, donc, pour mieux préparer l'avenir.Tel est le rendez-vous auquel vous convient le CRIEC et TIEIM.Rappelons que le CRIEC, qui est rattaché à TIEIM, s’intéresse aux problématiques de l’immigration, de la diversité culturelle, de la nation et de la citoyenneté, tant sur le plan théorique que sur le plan concret, au sein des sociétés occidentales.Il regroupe des chercheurs de TUQAM, mais aussi d’autres universités: Concordia, Carleton et INRS Urbanisation, culture et société.Enfin, quant à TIEIM, il permet aux étudiants d’accéder à des spécialistes de haut calibre.Des Romains à aujourd’hui Un enjeu philosophique «La “pureté” d’un pardon digne de ce nom, ce serait un pardon sans pouvoir» GEORGES LEROUX Les Romains l’avaient compris: trop de mémoire asphyxie, pas assez de mémoire frit disparaître.Eux qui avaient la maîtrise d’un empire inégalé multiplièrent les conquêtes et les injustices, de sorte qu’ils eurent, bien plus que les Grecs, l'occasion de réfléchir sur la publicité de la gloire et sur le silence de l’iniquité.Ils furent aussi les doctrinaires impénitents de la clémence, qu’ils associaient à la grandeur de l’homme magnanime.Quand nous relisons le traité que Sénèque écrivit pour conseiller le jeune Néron, on voit que le prince ne doit pas tout pardonner.Mais à aucun instant ne surgit l’idée qu’il puisse être question de lui pardonner à lui, et c’est cet abîme qui sépare le pardon antique du pardon moderne: les peuples opprimés le sont toujours un peu par leur faute, qui est d’abord leur faiblesse, une proposition que l’histoire de Tin-justice politique moderne refuserait d’endosser.Cette histoire s’est en effet, sous la pression du regard universel porté sur les victimes, entièrement dégagée des prémisses du pardon antique: au moins depuis Hobbes, la violence politiquç apparaît comme une affaire d’État et les exigences de la paix peuvent retourner contre les oppresseurs les revendications des victimes.Si le pardon est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c’est d’abord parce que la mémoire des victoires et des pouvoirs ne réussit plus à occulter les oppressions et les injustices.La perspective générale d’une justice universelle rend évidemment ce pardon problématique: s’agit-il de tout pardonner à tous?qui pardonne à qui?et s’agit-il surtout de tout oublier?Pensée contemporaine Les penseurs contemporains, de Hannah Arendt à Paul Ricœur et Jacques Derrida, ont accordé beaucoup d’importance au pardon.Arendt pensait que le pardon est un devoir rationnel, parce que la colère et le ressentiment compromettent la paix autant que la violence.Sa nécessité ne se fonde pas uniquement sur la réalité de la faute ou de l’offense, elle découle plutôt de la poursuite de la pane.Les cultures amérindiennes qui ont ritualisé cela, autant pour les personnes que pour les communautés, semblent l’avoir compris depuis longtemps.La caractéristique essentielle de ces rituels est leur caractère public, et une justice réparatrice est d’abord une justice de parole et non de peine.C’est ce qu’illustre, dans son extraordinaire complexité, le travail de la Commission vérité et réconciliation, dont les travaux furent conduits en Afrique du Sud par M8' Desmond Tutu.Cet exemple n’est pas le seul, mais il a fourni à notre époque le modèle à partir duquel l’exercice du pardon peut engendrer la juste mémoire et stimuler la recherche de la paix.Le pardon ne délivre ni le coupable, ni la victime, de la mémoire de l’offense, mais il rend possible la recherche commune de la vérité; tant que le pardon n’est pas promu, le conflit des mémoires demeure exacerbé.L’authenticité de la réparation C’est sur cet horizon que des chercheurs comme Régine Robin ou Sandrine Lefranc ont dévelop pé ces dernières années une riche réflexion sur la mémoire et sur les politiques du pardon.Pour Régine Robin [fa Mémoire saturée, Stock, 2003), l’inquiétude concerne d’abord la mémoire juste et la mémoire saturée: un trop-plein de mémoire finit en effet par annuler le souvenir de l’essentiel, alors qu’une mémoire bricolée, ajustée aux impératifs de la communication et du kitsch, conduit à l’indifférence.Il faut voir en elle quelqu’un qui, sur ce point va plus loin qu’Hannah Arendt: la mémoire qu’elle promeut n’est pas la vertu de la philia politique, c’est Tau-thenticité de la réparation.On ne doit pas seulement se souvenir pour s’accommoder, on doit le faire d’abord en fonction de la vérité.Pour Sandrine Lefranc (Politiques du pardon, PUF, 2002), les perspectives politiques de la réconciliation commandent un exercice concret comment concevoir la responsabilité politique de la réparation?quelles seraient les fonctions d’un pardon dTtatf Ecrivant comme Régine Robin à partir de l’expérience totalitaire, elle s’intéresse surtout à la possibilité d’un pardon politique dans les situations de démocratisation.Elle montre en effet Taporie d’un État criminel qui doit se pardonner à PAUL VREEKER REUTERS Slobodan Milosevic lui-même, comme par exemple la France de Vichy.Aujourd’hui Dans les nouvelles situations engendrées par les renversements dont nous sommes témoins en Amérique latine, la sortie du conflit semble a priori impossible.Faut-il alors s'en remettre à une justice pénale internationale et supra-éta-üque?Cette utopie ne se réalisera pas demain, mais elle inspire déjà le travail de connaissance qui, notamment dans l’information, confie au jugement public de tous la responsabilité de porter accusation et de requérir des peines.Le cas du géné- ral Pinochet et de sa problématique immunité illustre, en l’absence d’une cour internationale, le poids de l’opinion publique.Celui de Slobodan Milosevic pourrait montrer à l'inverse la faiblesse du Tribunal pénal international de La Haye.Les Romains soutenaient qu’on peut poursuivre les morts pour obtenir justice.En son point limite, cette justice transhistorique atteint toute l’histoire universelle et illustre la nécessité du pardon.Même si, pour reprendre l’expression de Jacques Derrida, le vrai pardon est le pardon impossible, car il est le seul à pouvoir affronter l’impardonnable.Pour lui, ce caractère paradoxal ne saurait être délié.«Ce dont je rêve, écrit-il, ce que j’essaie de penser comme la “pureté” d’un pardon digne de ce nom, ce serait un pardon sans pouvoir.» Ce pardon serait donc autre que l’amnistie ou la grâce, ou quelque forme instituée de pardon juridique, a priori soumis à Taporie de la légitimité.Les Euménides grecques qui rétablissaient chez Eschyle le pouvoir de la loi contre le cycle du sang et de la vengeance étaient des divinités; la question contemporaine semble être de savoir qui elles pourraient être aujourd’hui.Georges Leroux est professeur au département de philosophie de l’UQAM.MARTIN THOMAS REUTERS FT-""”.w f H 4 \ $ US-ë’M '’K m ¦ fÿ ¦¦I Le cas du général Pinochet et de sa problématique immunité illustre, en l’absence d’une cour internationale, le poids de l’opinion publique.CE CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THÉRIAULT nthrrunllalrdfvoir.ca 2050.rne df Blrnry, 9' «lajÇf.Monlrr»! (Qnébfc) H3A SMB.Tét.: I5H( 9K5-3333 rrdictionaledi’voir.coni ÉCRIRE CONTRE L'OUBLI 4 I LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 OCTOBRE 2004 J 4 MEMOIRE ET PARDON Le Québec et les autochtones Une réconciliation en cours « Le gouvernement a pris fait et acte des réalités socioéconomiques inacceptables au sein des communautés autochtones » Depuis l’adoption de la Déclaration de Durban contre le racisme colonial, la communauté internationale considère le devoir de mémoire comme un passage obligé vers le pardon.Le Québec a-t-il souscrit à ses obligations envers les autochtones?Pour Daniel Salée, chercheur au Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (CRIEC), le Québec a bel et bien pris une longueur d’avance sur la plupart des provinces et même sur le gouvernement fédéral dans la façon de traiter avec les autochtones.Mais l’État a encore beaucoup à faire pour que la réconciliation soit définitivement scellée.Comme tenir ses promesses envers les Pre- CLÉMENT ALLARD LE DEVOIR La signature de la Paix des braves en octobre 2001 en présence du chef du Grand Conseil des Cris, Ted Moses, et du premier ministre québécois, Bernard Landry.¦ mières Nations.MYLÈNE TREMBLAY IWf * Procéder à son examen de conscience n’est jamais chose aisée.Surtout lorsqu’il s’agit du passé colonial d’un Etat.Le Québec, pour ne parler que de lui, ne s’en sort pas.Mgis depuis une vingtaine d’années, l’État fait des efforts palpables pour améliorer ses relations avec les‘Autochtones.Il y a eu d’abord la résolution de 1985, qui a fait du Québec la seule province à reconnaître offîriellemeôtrexisten-ce de 11 nations autochtones distinctes sur son territoire.La célèbre crise d’Oka en 1990 a fait ensuite réaliser au gouvernement toute l’importance de transformer son attitude à l’égard des peuples autoch-tonés.La signature de la Paix des braves en 2002 est venue ajouter uneautre pierre à la réconciliation.Mais selon que l'on se place du ix>int de vue des autochtones ou du (lisppure officiel du gouvernement, le racisme colonial persiste ou se rétracte, soutient Daniel Salée, professeur titulaire de science politique et directeur de la School of Community and Public Affairs à l’université Concordia.«Une personne proche de la cause autochtone dira qu’il y a un peu de racisme dans la mesure où l’Etat adopte une attitude paternaliste, crée des sphères particulières et n’offre pas les garanties d’autonomie gouvernementale souhaitées.Par contre, le discours offi- ciel soutiendra qu'il s’agit là de la preuve tangible du fait que le Québec a développé une attitude plus tolérante et inclusive à l’égard des peuples autochtones.» Ést-ce à dire que le fossé idéologique entre les peuples autochtones et l’État québécois s’avère infranchissable?Le professeur Salée prend une pause avant de plonger.C’est que, depuis la parution,en 2003 de son article portant sur l’État québécois et la question autochtone (Québec: État et société aux Editions Québec Amérique) où il affirmait sans détour qu’il ne fallait pas s’étonner que «des politiques ou des mesures que le gouvernement projette sur la place publique comme autant d’expressions de sa bonne volonté [.] à l’égard des autochtones n’emportent pas l’assentiment escompté et fissent l’objet de contestation», le chercheur a pris un peu de recul.«Je m’aperçois que ce n 'est peut-être pas aussi clair que ça, admet-il.Certains leaders autochtones comme Ted Mooses et Roméo Saganash, tous deux derrière la Paix des, braves, sont prêts à admettre que l’État a fait son pas, qu 'il y a une nouvelle interface qui est en train de se créer» Au sein même des communautés, pourtant, tout un groupe déqon-ce haut et fort les politiques de l’État et croit qu’une fois de plus, les autochtones se font avoir par leurs propres leaders.«La dynamique est beaucoup plus complexe qu’il n’y pa- raît à première vue, remarque le chercheur.Cela dépend encore une fins de la personne à qui l’on parle.Le fossé idéologique se creuse parfois à l’intérieur même des communautés.» Revendications des peuples autochtones De façon générale, les nations autochtones veulent être reconnues comme telles et négocier de nation à nation, avance Daniel Salée.Mais leurs revendications varient selon leur taille et leur situation géographique.Certaines voudront avoir simplement les coudées franches dans la gestion interne de leur réserve, tandis que d’autres, surtout en région éloignée, iront jusqu’à réclamer le contrôle sur de larges territoires.«Quand on se réclame du statut de nation, il est évident qu’on veut avoir l’autonomie de se gouverner pour jouir de ses traditions, de sa culture, de sa langue, de ses priorités et de son développement économique.» Là où les populations non autochtones sont peu nombreuses et les ressources naturelles abondantes, le gouvernement sera plus enclin à négocier des partenariats avec les premiers peuples dans le but d’avoir accès aux richesses hydroélectriques et géologiques, précise Daniel Salée.«Dans le cas des nations où il y a moins d’urgence, est-ce qu’on est aussi prompt à la négociation?Ce n’est pas évident!» Tout le défi pour un État qui se veut moderne, démocratique et libéral est maintenant de savoir jusqu’où il peut aller dans l’attribution de passedroits et de privilèges à un groupe particulier, sans remettre en cause les notions mêmes de l’État sur lesquelles il se fonde.«Un État qui s’embarque sur ce chemin prend bien sûr des risques car il ouvre la porte à d’autres revendications» Pour s’acquitter de son devoir de réparation, l’État québécois doit-il nécessairement obtempérer aux demandes des autophtones?Daniel Salée estime que l’État québécois a ses limites puisque la question autochtone demeure de compétence fédérale.«Sauf que cela ne le disculpe pas non plus car il est partie prenante de l’histoire d’oppression, de marginalisation et d’aliénation économique des autochtones», ajoute le chercheur.On n’a qu’à se souvenir de l’épisode de la construction du barrage hydroélectrique de la Baie Jamqs en 1970, où le réflexe naturel de l’État québécois a été d’agir comme si la région lui appartenait «On est arrivé avec nos gros sabots et on a commencé à creuser et à inonder la région sans même consulter les Cris.Le jugement Malouf a finalement obligé l’État à se rétrader et à suivre un processus environnemental.» La politique de mémoire — et c’est là tout l’enjeu du colloque — sert justement à ne pas oublier l’histoire, commente Daniel Salée.Sans quoi, on se trouve à banaliser les revendications des peuples autochtones.Devoir de pardon Depuis le dévoilement au printemps 1998, des nouvelles orientations du gouvernement québécois en matière de politique autochtone dans un document intitulé Partenariat, développement, actions, Daniel Salée croit que l’État démontre une votonté réelle de pardon et de répa-ration.«Le gouvernement a pris fiait d acte des réalités socioéconomiques inacceptables au sein des communautés autochtones.Les autochtones font 40 % en deçà du revenu d’un Québécois moyen.Et la majeure partie de leurs revenus provient de l’assistance sociale.À partir de ce constat, l’État a dit qu’il donnerait la possibilité aux autochtones de se développer d de créer des partenariats.» Mais ces, mesures sont-elles suffisantes?«A certains égards, la réconciliation est amorcée et est en train de se faire, affirme le chercheur.Mais sur les tribunes internationales, l'État québécois tient un discours souvent très noble d très ouvert à l’égard des autochtones alors que, sur le terrain, ce discours ne se traduit pas nécessairement en actions réelles, suffisantes d satisfaisantes.» H rappelle qu’en 1975, au moment de l’Accord de la Baie-James et du Nord-Ouest québécois, les deux ordres de gouvernement avaient promis de réaliser une série d’actions telles que la construction de blocs sanitaires dans certaines réserves.Une dizaine d’années plus tard, ces promesses n’étaient toujours pas remplies, engendrant des problèmes de pollution et de santé.«C’est là où le bât blesse, sur le plan de la congruence entre le discours et les actions, souligne le professeur.Le respect des engagements devient une question de dignité et de respect.C’est plus qu’une simple question de reconnaissance symbolique.» Situation canadienne Un passé douloureux Les immigrants chinois ont été les seuls à devoir payer une taxe d’entrée au pays ARCHIVES LE DEVOIR Exemple d’un certificat d’entrée obtenu contre paiement par un immigrant chinois.j ^J'—WMIOKAIIOS BRAKCK-DEPARTMEIir or in imERIOS jg iïttèW-piA/u’ «.,,, g* fÿ- // SC ¦ /ù/fif/ffrf //&////J //-//;y /ftt /èfü/f /tl u c//ér f/j/i/t?tfr #| Mr t/ft i r /fadtjflt M’ÀfÿCtt/r h j Hjf OR ¦''-’“a - • .jr/not /t/tf>/ftffrrr/;/?/.y ct/An/tet/ étrj{f/frfi/tfry dftrtt/ft/rt /tienAe/te ////u mm • y » i yé-» *» »» /f.» a xT /y» »• * *1 y, >* /y^ ' Yiuicoufe" -f/tfX 'jf rajtt «y/OCO Si certains Néo-Canadiens ont obtenu réparation pour injustice devant les tribunaux, par exemple les Japonais ayant souffert dans les camps de concentration canadiens de la Deuxième Guerre mondiale, d’autres se sont butés à une interprétation littérale de la loi, voire à la mauvaise foi.C’est le cas des immigrants d’origine chinoise.MARYLISE HAMELIN Le mythique Canadian Pacific Railway qui traversait le Canada d’est en ouest a constitué une grande fierté pour les Canadiens dès sa construction à la fin du XDC siècle.Pourtant, l’histoire qui se cache derrière sa construction est beaucoup moins reluisante.Dès 1880, de nombreux Chinois ont contribué à la construction du chemin de fer du Canadien-Pacifique en exécutant les tâches les plus dangereuses et les plus ingrates.Une fois le chemin de fer terminé, le gouvernement canadien leur a imposé une taxe d’entrée de 50 $ pour restreindre l'immigration d’origine chinoise au pays.Au fil du temps, la taxe a augmenté et a fini par s’élever à 500 $ en 1903, une vraie fortune! Plusieurs ont payé cette taxe et ont reçu leur certificat d’entrée.Ainsi, de 1885 à 1923, les immigrants chinois, contrairement àceux d'origine européenne, ont été les seuls à devoir payer une taxe d’entrée au pays.Erreur historique Pour Peter Li, professeur de sociologie à l'université de Saskatchewan et titulaire de la chaire de recherche en immigration et intégration, ces événements s’inscrivent dans le contexte très ethnocen-trique de l’époque.«C’est une terrible erreur dans notre histoire et cela a eu des conséquences négatives pour le peuple chinois pendant une très longue période.Il faut comprendre que, à cette époque, les autorités n’étaient pas prêtes à reconnaître la citoyenneté d’immigrants autres qu’européens.Cette politique de discrimination dait systématisée d semblait légitime parce quelle s’ef fectuait avec la complicité de la Un.» Durant les années 1980, des descendants des premiers arrivants chinois ont lutté pour obtenir une réparation de la part du gouvernement canadien.Les longueurs dans les négociations et la perte de la foi en un règlement poussèrent ces.derniers à se lancer dans des procédures légales.Déboutés une première fois par la Cour d’appel de l’Ontario, ils se sont rendus jusqu’en Cour suprême et ont perdu leur cause.«Le jugement de la Cour était très tordu.Celle-ci s’est demandé si la Charte canadienne des droits et libertés pouvait s’appliquer à une cause datant du début du siècle d a tranché que non, étant donné que la Charte n’existait pas encore à cette époque.Elle a tout de même reconnu un préjudice moral porté à la communauté chinoise, mais sans toutefois recommander de réparation.» Correction politique En 1992, la Chambre des commîmes a débattu d’une motion répa- t ratrice mais cette fois-ci, ce furent les dissensions interne# au sein même de la communauté chinoise qui ont fait échouer la mesure de réparation financière.Malgré cette défaite, Peter Li estime que le meilleur moyen pour obtenir la réparation et la reconnaissance morale d'un préjudice porté envers un peuple est toujours politique et non pas législatif.«Cela prend beaucoup de temps pour reconnaître ce genre de chose.Il faut qu ’il y ait une volonté sociale d politique d’inclure les minorités, c’est une question d’évolution des mentalités.La loi est déficiente pour traiter ce genre de cause.» En sa qualité d'expert-conseil de l’intégration des immigrants — il a entre autres siégé à un comité chargé de faire des recommandations au ministère du Citoyen et de l'Immigration du Canada —, Peter Li donnera une conférence le 15 octobre prochain au colloque international «Le devoir de mémoire et les politiques du pardon», qui se tiendra à ITJQAM.Il y traitera des minorités ethniques dans les Amériques.Déboutés une première fois par la Cour d’appel de l’Ontario, ils se sont rendus jusqu’en Cour suprême et ont perdu leur cause Dualité acadienne Un souvenir qui va plus loin que l’« image folklorique» Le 400' anniversaire de l’Acadie a offert la possibilité de souligner les caractéristiques propres au peuple acadien.Deux spécialistes de la question opèrent un retour vers le passé.ULYSSE BERGERON Jlya un branding acadien qui fonctionne, et on le voit cette année autour du dOC anniversaire de l’Acadie.Il y a cette tendance à un rapport utilitaire: on utilise son identité à des fins touristiques, politiques, etc.», confie Joseph Yvon Thériault, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa.Il ajoute par ailleurs qu’il ne voit rien d’anormal dans l’utilisation de ce qu’il appelle le «capital culturel».S’il est inévitable d’avoir recours à la mémoire d’un peuple lors d’événements commémoratifs, il y a par ailleurs un danger inéluctable à l’utilisation de celle-ci à des fins promotionnelles ou commerciales, soutient Chedly Belkhojia, un professeur de politique à l’Université de Moncton qui a réalisé un documentaire sur le sujet.«H y a un malaise à ce que la mémoire soit transformée en un produit par ce que j’appelle des entrepreneurs identitaires, soit des personnes qui, au nom d’un intérêt économique, vont s’approprié la mémoire», affirme-t-il.Du même coup, celle-ci s'éloignerait de l’espace de délibération nécessaire à un réel débat sur ses propres caractéristiques.Vers 1755 Une situation qui n’est pas sans positionner l'identité acadienne dans un entre-deux paradoxal.D'un bord, il y a cette Acadie fortement interpellée par la modernité, et de l’autre, celle qui ne peut se dissocier de son passé, comme si elle y était menottée.Pourtant, «l’Acadie moderne en est une diversifiée qui ne veut pas être projetée dans le monde comme une image folklorique, comme on la présente dans les brochures en saison estivale», poursuit-il.Chedly Belkhojia avance qu’une «société comme l’Acadie» doit se dégager de cette dualité, «c’est-à-dire d’être toujours en opposition à l’Anglais, car la vraie réconciliation, c’est d’aller plus loin que simplement dire qu’il y a un fauteur et d’accuser quelqu'un».Mais pour cela, il faut un réel débat sur l’histoire qui a façonné son identité.Et jusqu’à présent, celui-ci n’aurait pas eu lieu, déplore le professeur.La mémoire acadienne gravite presque exclusivement autour d’un événement, le Grand Dérangement de 1755, soutiennent d'un commun accord les deux spécialistes.Une période extrêmement sombre: environ 10 000 Acadiens français sont alors forcés de quitter l'Acadie.Plusieurs prennent la route en direction de la Louisiane ou du Québec, tandis que d'autres retournent tout simplement en France.L’Acadie est donc intimement liée à l’événement dramatique qu’est la déportation.«La mémoire s’est fixée autour de cette tragédie.Ensuite, le peuple acadien a reconstruit sa société à partir d’une longue histoire caractérisée par sa lutte contre la présence anglophone», explique Chedly Belkhojia.Il souligne au passage qu’une littérature a su alimenter les douloureux souvenirs, les transformant presque en mythes.Qn n’a qu’à penser au désormais célèbre poème Êvangéline de Longfellow, publié en 1847, qui puise efficacement dans les réminiscences de la déportation.Recherche identitaire Mais au fait, quelle est cette identité acadienne?Ou plus simplement qui peut-être considéré comme un Acadien?Le débat entourant cette question persiste toujours.En fait, la réponse dépend des paramètres de la réflexion.Dans le cas d’une identité qui s’organise autour d’une mémoire qui est celle du Grand Dérangement, les Acadiens peuvent être perçus comme «les fils et les filles, du moins les héritiers, des déportés», explique Thériault Ce sont les Acadiens de la diaspora: les Cajuns de la Louisiane aipsi que ceux qui se sont installés aux États-Unis, en France, au Québec ou ailleurs dans les Maritimes.Toutefois, «ce back to the roots peut réduire considérablement l’identité à quelques familles seulement.Des associations de familles considèrent que seules les familles de déportés sont les vrais Acadiens», explique le professeur, avertissant que ces tentatives de classifications «peuvent être dangereuses».Par ailleurs, si l’identité s’inscrit à l’intérieur d’une référence à la mémoire qui se constitue en projet de société, alors on ne retrouve principalement que les Acadiens des Maritimes.Car, comme le note Thériault, «c'est uniquement dans ce lieu-là qu’il y a une communauté qui, à partir de cette mémoire commune, se construit des institutions, une littérature, une tradition culturelle, un accent et une manière d’être en société».Les Cajuns Néanmoins, le professeur note que les Cajuns de la Louisiane ont eux aussi des particularités qui leur sont propres et qui les unit, à leur façon, en communauté.Mais cette dernière s’est peu à peu dissociée de ses racines profondes au fil des siècles.Le contexte culturel et politique dans lequel elle a baigné l’aurait donc façonnée autrement Ramenant l'ensemble de cette réflexion sur l'identité à une perspective plus globale, Joseph Yvon Thériault conclut que «les sociétés modernes ont un peu cette présupposition que tout doit être dans le futur, et qu’une référence au passé est un peu une référence de perdant.Mais ce n ’est pas tout à fait vrai: les références à la mémoire sont présentes partout, mais on tend à les nier pour se dire moderne ou plus moderne que les autres».La mémoire acadienne gravite presque exclusivement autour d’un événement, le Grand Dérangement de 1755 i t LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 OCTOBRE 2 0 0 4 J 5 MEMOIRE ET PARDON ARGENTINE Survivre au terrorisme d’État «Pour les populations qui ont vécu des situations traumatiques, l’oubli est un bienfait» Mars 1976, un coup d’Ètat militaire ébranle l’Argentine et instaure sept années de terreur.Vingt ans plus tard, des cicatrices zèbrent encore le corps et l’esprit du peuple argentin.Pour lui permettre de s’orienter vers l’avenir, un travail d’oubli et de mémoire, une mémoire plurielle, est nécessaire.Le docteur Elena de la Aldea, psychologue à orientation psychanalytique, propose de tirer la leçon de l’expérience argentine.ESTELLE Z E H LE R La répression systématique entreprise par la junte militaire .laisse un triste bilan.Le coup d’Etat, qui faisait suite au succès croissant des mouvements populaires oeuvrant pour une meilleure équité, devait se distinguer par sa cruauté.Mort, torture, rapt, incarcération, exil ont constitué son quotidien.Le rapport de la Commission argentine des droits de l’homme déposé à Genève relevait 2300 assassinats politiques, environ 10 000 arrestations et la disparition de 20 000 à 30 000 personnes.De nombreuses jeunes filles ont été incarcérées et leur enfant enlevé au moment de l’accouchement pour adoption.Toutes les institutions de la culture, telles que les universités et les médias, étaient muselées.«Le terrorisme d’Etat est particulier, explique Elena de la Aldea, car les lois sont transgressées par celui-là même qui est garant et responsable de l’application des lois, c’est-à-dire l’Etat.» Le chaos s’installe alors dans les représentations sociales de la population.Justice réciproque La dictature devait prendre fin en 1983, après la guerre des Ma-louines, laissant une population assoiffée de justice, une soif de réparation à laquelle il faut prendre garde.«Il existe une frontière fragile entre la justice et la vengeance.Si la victime franchit la ligne, elle initie le cycle de la violence une seconde fois et endosse à son tour le rôle du victimaire, c’est-à-dire de l’agresseur.» Dans un processus de justice, le victimaire a le devoir d’écouter la parole des victimes, le décompte des sévices subis.Il a également le devoir de payer ses crimes, de les réparer.Mais la victime a le devoir, quant à elle, d’accepter le jugement et le repentir de l’agresseur.Si elle ne fait pas la paix avec la justice, elle s’enferme éternellement dans le rôle de victime.Lorsque réparation a été faite selon des critères juridiques et émotionnels, la personne cesse d’être une victime pour devenir un individu ordinaire de la société.«Dans le cas contraire, cela signifierait que ce n’est pas un état mais un être.» L’agresseur a cependant aussi des droits.«H doit pouvoir nettoyer son âme, affronter ce qu’il a fait.Une fois le crime payé et réparé, il cesse d’être un criminel.» Cette perspective de justice réciproque permet aux deux parties de conserver leur dignité.«Ils sont tous deux sujets de droit, car les droits humains s’adressent à tous et doivent aider l’humanité à devenir moins cruelle et plus solidaire.» Si aucun point n’est posé, une reconduction tacite s’opère par-delà les générations et instaure un processus de vendetta sans fin.Le retour de la démocratie en Argentine n’a cependant pas laissé l’espace nécessaire à la guérison des blessures infligées.En effet, en 1986 intervenait la loi du «Point final» complétée par la loi de l’«Obéissance due» en 1987.Ces lois d’amnistie ont mis fin aux procès des militaires accusés de violation des droits humains.Les sentences déjà prononcées ont été annulées.«Or, les jugements permettent l’exercice de la mémoire collective tout comme la récupération de la dignité.» Le gouvernement imposait à la population l’oubli, amputait une nouvelle fois la société de sa mémoire, aggravant ainsi le traumatisme social enduré par sa population.«Il était interdit de penser et réfléchir à l’expérience atroce que la société avait vécue.» Toute dictature travaille à l’avènement d’une pensée unique par des procédés de répression qui, avec le temps, risquent d’être intériorisés par les individus.«Les gens ne croient plus pouvoir changer la société, un défaitisme social s'établit.» Quand les chemins empruntés par les institutions démocratiques s’orientent dans une direction analogue, en gommant une partie du vécu de la population, il en découle une nouvelle perte quant à la foi en des transformations sociales.Les personnes restent enfermées dans l’expérience terrible du pas- «r*s Dt • ~ « %.ENRIQUE MARCARIAN REUTERS Les Mères de la place de Mai continuent de dénoncer la disparition de leurs proches durant la dictature militaire en Argentine.sé.Ce lourd handicap pour une société en reconstruction était d’autre part aggravé, dans le cas argentin, par la modification des liens sociaux conséquents à la dictature.La chape de terreur entretenue par la junte militaire avait poussé la population à chercher refuge au sein d’organisations locales.Or celles-ci se caractérisaient par une forte exigence de loyauté et d’identification.Il en a résulté un tissu social fracturé, axé vers les particularismes et qui éprouve des difficultés à accepter les différences.Coexistence de la mémoire et de l’oubli Ce n’est qu’en 2004, sous la présidence de Néstor Kirchner et grâce à la pression sociale, que le Congrès abrogeait ces lois d’amnistie, permettant au peuple argentin de reprendre le fil de la mémoire, soit un travail com- plexe.«Tout événement social nécessite autant de regards que d’acteurs en lice, mais également le regard de spectateurs neutres pour des fins d’analyse.» Victimes et victimaires contribuent à la construction de la mémoire collective.En outre, cette mémoire plurielle ne doit pas être figée, telles les cérémonies commémoratives dont les modalités sont prédéfinies.«La mémoire n’a pour moi de valeur que si elle permet d’apprendre quelque chose pour transformer le présent.» La mémoire doit permettre aux individus de se tourner vers l’avenir.Cependant et bien que cela puisse paraître antagoniste, l’oubli est également nécessaire, à condition qu’il ne soit pas destructeur car imposé, comme dans le passé argentin.«Pour les populations qui ont vécu des situations traumatiques, l’oubli est un bienfait.Ce n’est pas seulement une perte mais aussi un triomphe parce que, quand on peut oublier la terreur, on peut bâtir de nouveaux projets.» D existe un aspect curatif, thérapeutique dans l’oubli.La mémoire et l’oubli doivent donc coexister, pour offrir respectivement des racines et un espace d’ouverture vers le futur.Enseignement argentin L’expérience argentine est riche d’enseignement Malgré un passé tragique et dévastateur, de nouvelles organisations sociales ont été créées tandis que des groupes de réflexion s’attelaient à repenser l’histoire.Des solutions créatives ont vu le jour, telle l’organisation de défense des droits humains Abuelas de Plaza de Mayo — les Grands-mères de la place de Mai qui, à la recherche de leurs petits-enfants, ont élaboré avec les universités des archives biographiques.Dans le même ordre d’idées peuvent être citées, outre les revendications actuelles, l’organisation H.IJ.O.S., du mot «fils, enfants» en espagnol, qui a été transformé en sigle signifiant «Enfants pour l’identité et la justice contre l’oubli et le silence».Journaux, revues, cinéma, littérature, musique ont récupéré la mémoire pour comprendre le passé.Des avancées ont également eu lieu d’un point de vue légal, avec notamment la création du concept juridique de disparu.Des institutions se sont penchées sur des questions éthiques quant à leur rôle répressif durant la dictature à partir de leur fonction.La réflexion entreprise en Argentine est transposable à de nombreuses situations contemporaines dans le monde.Ainsi, les exclus de nos sociétés modernes ressemblent étrangement à des «disparus sociaux».Réparations Tourner la page avec dignité L’amnésie collective peut finir par confondre dans le même flou victimes et bourreaux La mémoire est la mère de la culture et de la civilisation: les individus et les sociétés se construisent par la transmission des acquis et des savoirs.Aussi, le verrouillage de la mémoire joue un rôle de premier plan dans toute tentative de déshumanisation, notamment dans la production de l’esclave.JEAN-CLAUDE ICART Le passé prend une part active dans le présent, même si nous n’en sommes pas toujours conscients.Des événements historiques, même lointains, peuvent être encore d’actualité par leurs conséquences qui perdurent Cependant, la mémoire est multiple, tout comme l’usage que l’on en fait et ses modes de convocation.Les interprétations du passé, plurielles, parfois même contradictoires, et investies de prises de position, génèrent des grilles d’analyse tout aussi multiples et contradictoires.Comment alors restaurer des relations antagoniques, rétablir des liens brisés ou reconstituer les tissus sociaux abîmés que nous héritons du passé?Quelles sont les possibilités de réconciliation pour les sociétés qui gardent la mémoire d’affrontements violents?Le devoir, le travail, la nécesr sité de mémoire et de vérité s’imposent comme un passage obligé pour tenter d’en obtenir les moyens, à commencer par la capacité d’analyser et de proposer d’autres solutions aux mêmes conflits (Julia Kristeva) .Mais comment réparer la vie quand le tort fait est irréparable?D y a en effet des dommages qui sont irréparables.La question est importante, autant pour ceux qui ont été (ou sont encore) lésés et qui vivent le présent comme étant douloureux et injuste, que pour ceux qui en ont profité.On a trop souvent voulu calquer sur la sphère publique des mécanismes individuels, en soutenant que la mémoire serait d’abord une faculté qm oublie, pour prôner un usage non éthique de l’oubli.L’amnésie collective, échappatoire aussi facile que naturelle, peut finir par confondre dans le même flou victimes et bourreaux, empêchant de tirer des leçons de l’histoire, exposant au révisionnisme et surtout à la résurgence des mêmes tragédies.Il est vrai qu’une société ne peut pas être en colère contre une partie d’elle-même indéfiniment (Paul Ri-cœur).Cependant, refuser de reconnaître aujourd’hui les torts causés hier, c’est s’ôter toute possibilité de se défaire de la charge du passé et en faire véritablement TT— SHAUN BEST REUTERS Parmi les demandes de réparation pour des injustices passées au Canada figurent évidemment les telles revendications des autochtones autochtones.[les que formulées par la Commission royale sur les peuples un boulet auquel on reste enchaîné; c’est s’enlever le pouvoir de tourner la page avec dignité et, surtout, bloquer les possibilités de vivre ensemble aujourd’hui en adoptant une posture pouvant perpétuer ce passé.C’est desservir le présent et hypothéquer le futur.Situation canadienne La quête de justice sociale dans le présent fonde en grande partie le travail de vérité, le travail de déverrouillage de la mémoire, et aussi les demandes de réparation pour des injustices passées.À ce sujet, rappelons que, à la suite de sa visite au Canada, le rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène, recommande notamment d’envisager des réparations pour la communauté chinoise en raison de la taxe d’entrée qui leur fut apposée, et pour les Afro-descendants de la Nouvelle-Ecosse en raison de leur relocalisation, particulièrement d’Afric-ville, de même que l’application des principales re- commandations de la Commission royale sur les peuples autochtones.Sur le plan international, rappelons que c’est au Canada que les pays du G8 acceptèrent le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (mieux connu par son acronyme anglais, NEPAD) proposé par les dirigeants africains.Le NEPAD vise essentiellement à réparer les injustices du passé en apportant des corrections aux déséquilibres d’un système de relations qui voue implacablement les plus puissants à toujours plus de richesses, et les plus pauvres à un malheur sans fin (Abdelaziz Bouteflika).Justice et judiciaire Le blocage des autres mécanismes susceptibles de rendre cette justice ne peut que rendre ces demandes plus pressantes.Cette quête de justice sociale ne doit pas signifier le recours systématique au système judiciaire, une voie qui finit par saper le poli- tique.Pour bien des pays, le coût de cette justice, toujours très élevé, est tout simplement prohibitif.Une option alternative serait par exemple la mise sur pied de tribunaux internationaux, mais d’autres mesures aussi efficaces pourraient également être prises sur le plan international, comme des règlements plus stricts sur les transactions bancaires, ce qui rendrait bien moins profitables les crimes commis par des dictateurs de toutes sortes.Il nous semble que, dans ce domaine, la justice conventionnelle devrait être exemplaire et, donc, rare: le 18 octobre 1945, il n’y eut que 24 responsables allemands à être mis en accusation à Nuremberg.C’est un champ idéal pour explorer les options alternatives, d’autant plus qu’il faut prendre en compte les atteintes aux rapports sociaux en plus de celles à l’intégrité des personnes.Politique et démocratie Le rôle du politique dans le présent est fondamental pour la délicate gestion du rapport entre le passé et le futur.D s’agit de réussir la mutation d’un état ancien à un état nouveau, de rompre une chaîne causale afin de briser la pérennité du ressentiment, de la révolte, de la soif de vengeance et de la haine.L'apaisement social est plus susceptible de survenir à l’intérieur d’un processus démocratique qui démontre la volonté de justice et la conforte par des mécanismes institutionnels.Il devient alors possible d’apaiser et de libérer la mémoire, de panser les plaies, parce que le présent ne peut plus être assimilé au passé et qu’il est devenu possible d’échapper à la fatalité et de construire un futur autre dans l’espace ainsi créé par la solidarité sociale redécouverte.L’éducation, scolaire et populaire, peut alors devenir cet instrument de conservation de la mémoire collective, véritable fondement du lien sodaL Malheureusement, trop souvent, ce sont de grandes catastrophes qui offrent ces points de bascule, ces moments critiques qui permettent d’opérer la transition, d’effectuer le passage, de faire un pas.sage.L’acte politique par excellence est ainsi celui qui sait, littéralement, «catastropher» la catastrophe, et faire que le mal devienne irréversiblement un plus grand bien (Barbara Cassin).Savons-nous toujours reconnaître ces moments et les saisir?Et surtout, faut-il qu’il en soit toujours ainsi pour humaniser l’humanité?à l’Obi Jean-Claude Icart est rattaché servatoire international sur lé^act St les discriminations.terne ta* m i I COLLOQUE INTERNATIONAL Le dévoie de mémoice et les politiques du pardon 13-14-15 » ‘ >: .Éthique et responsabilités de VÉtat ire et vérité les autochtones I 4 mm.: m-m, §1*, setminorit^ les p» mm: m mm flÉlli et exil Université du Québec à Montréal Salle Marie-Gérin-lajoie (J-M400) MONTRÉAL Colloque organisé par le Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté, en partenariat avec l'institut d'études internationales de Montréal de l'UQAM Renseignements et inscription www.criec.uqam.ca/colloquememoire Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (514) 987-3000, poste 2233 bertrand.sabrina@uqam.ca r# T i f f"* Centre de rtchercht l f [ r* ( tur l'Immigration _ J i-1 -Li L*.''•Unicité at la dt dtoyannaté INSTITUT D' É T U D ES INTERNATIONALES DE MONTRÉAL UQÀM Prenez position i ï t • •
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