Le devoir, 30 octobre 2004, Cahier E
DIMANCHE 31 OCTOBRE 2 0 0 4 L E DANSE Ultima Vez sonde l’amour Page E 7 DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET CINEMA Un étonnant thriller Page E 10 © Franz Kafka (1883-1924) demeure l’un des écrivains contemporains qui ont le mieux traduit en métaphores les paradoxes de la psyché humaine.Dans Le Procès, il a préfiguré l’isolement et le sentiment de dépossession qui allaient marquer l’être humain du XX' siècle.Le cinéaste et homme de théâtre François Girard met en scène ce roman dont il a confié l’adaptation théâtrale à l’écrivain Serge Lamothe.Il donne ici un aperçu de sa conception théâtrale de l’œuvre.Alexis Martin, qui incarne Josef K., parle de l’esprit dans lequel il a approché l’accusé du Procès.SOLANGE LÉVESQUE Ék vec un imaginaire, une sensibilité et une % lucidité extraordinairement riches soutenus par une incomparable puissance narrative, Kafka porte sur les hommes et les JL J! femmes un regard à la fois tragique et teinté d’humour.François Girard et Alexis Martin s’entendent sur les sens que Le Procès peut prendre aujourd’hui «Kafka a exprimé mieux que quiconque l’impossibilité de vivre en société au sein d’un groupe qui implique des règles abstraites et arbitraires.Cest un exercice auquel on est obligés de se plier, car on y est confrontés quotidiennement, remarque le metteur en scène.L’œuvre entière de Kafka est une perpétuelle mise en abîme.Dans Le Procès, en particulier, on fait le chemin de K en constante projection dans le vide.Ce roman offre un terrain propice à de multiples analyses littéraires, psychologiques et philosophiques.K.traverse ce que nous traversons, mais en plus dense, en plus concentré.Avec lui, on se retrouve face à nos propres exigences.» Alexis Martin cite Nietzsche: «Le problème n’est pas d’abolir Dieu, mais la place qu’il occupe.Nietzsche n’est pas très loin des questions qu’on se pose maintenant: une fois que Dieu est mort, qu’est-ce qu’on fait avec Dieu?Il n'y a plus de faute à transgresser.La plus grande conséquence prédite par Nietzsche, Kafka l’a pressentie à travers son œuvre.“Tu as été insuffisant par rapport à toi-même”, se dit sans cesse l’écrivain, tout comme le personnage qu’il met en scène.“Et après?” C’est la question qu’Orson Welles s’est posée en portant Le Procès à l’écran.» L’encombrement comme métaphore «Il existait trois adaptations, celle de Gide, celle de Berkoff et celle de Mairowitz, mais Lorraine Pintal nous a convaincus de retourner au roman.Le premier défi de cette production a été de produire l’adaptation originale que Serge a écrite», avoue François Girard.«L’autre défi, ajoute-t-il, Hait de représenter sur scène quelque chose qui se passe au plus creux de la conscience, l’introspection à laquelle K.se livre.Or le principe d’encombrement est la projection de la conscience de K.On a donc décidé, avec le scénographe François Séguin, d’exploiter concrètement, visuellement, cette idée de l’encombrement.Tous les personnages sont des émanations de K.» La théâtralisation d’un roman aussi dense comporte plusieurs embûches.«Par contre, il est très facile de retrouver l’action propre au théâtre dans l’image autour de laquelle le roman s’articule: celle d’une machine bureaucratique qui déraille.» Pour Alexis Martin, le théâtre a un avantage sur le roman.«Le corps vivant sur scène, en temps réel, amène le spectateur à vivre l’introspection du personnage.» L’interprète de K, autant que son metteur en scène, a l’impression de rester très près du roman de Kafka.«Sauf quelques insertions rendues nécessaires à cause des transitions, presque tous les dialogues sont issus directement du roman, ce qui différencie l’adaptation de VOIR PAGE E 3 :KAFKA «U ; -, Le cinéaste et metteur en scène François Girard porte Le Procès ûe Kafka à la scène tfn-ymar à smm «Comment retenir un simples mots écrits sur — Franz Kafka r e pat papier > UJ Q a K £ O tf> w 5 c?< MUSIQUE Petit catéchisme révisé Amour oral, le nouvel album de Loco Locass, surprend SOURCE CINÉMATHÈQUE V/v BERNARD LAMARCHE Le nouveau chapitre de la carrière sur disque du trio rap engagé Loco Locass sera bientôt disponible dans les bacs.Le 2 novembre, le jour même de l’élection présidentielle américaine, Biz, Batlam et Chafiik lancent l’album Amour oral.Pas comme dans fellation, mais bien pour signifier que la charge politique de l’album reste dans l’amour.Or la prise de position chez Loco Locass n’a jamais été aussi nette.Au point de toucher tous les bons mots clés de la gauche.Résistance, La Bataille des murailles, WRoi, Antiaméricanisme primaire, bien que l’album commence sur un discours de Pierre Falardeau, les quatre premiers titres à'Amour oral se laissent prendre comme un petit catéchisme des postions de gauche.Le succè^surprise Li-bérez-nous des libéraux se retrouve aussi sur le disque, question d’étoffer le lexique des causes qu’il fait bon d’épouser, des gens qu’il fait du bien de tarauder, com- me le premier ministre Jean Charest À un point tel qu’on se dit que Loco Locass émerge exactement là où on l’attendait, bien à gauche, à la limite d’être embrigadé dans la vertu.Environnement, souveraineté, langue française, jeunisme incarné, WTC, lutte contre le racisme: Loco Locass est bien de son temps, semblerait-il, et donne l’impression de tenir haut et fort le discours de la pensée dominante de la gauche ou, si vous préférez, du centre de la marge.Glissez-en un mot aux membres du groupe, ils ne se laisseront pas prier pour délier la langue qu’on leur connaît, à la gâchette facile.Vertueux, Loco Locass?Attendu?Le groupe répondra que, sur cet album où le trio n’a jamais été plus musical et mélodique, bien que sans concessions, rien n’est tout blanc ni tout noir.Selon Batlam, Loco Locass n’aurait pas pu virer son capot de bord.«On ne peut pas devenir demain Satan, dit Batlam, fédéraliste ou proaméricain.» On n’en demande pas tant, il doit y avoir nuance en la demeure.«Ce n’est pas pour être dans le vent qu’on dit ça.Les Américains à gauche nous dégoûtent, on le dit dans trois ou quatre tounes.C’est dans le vent de dire ça, mais tout le monde est contre les Américains.» Aller au fond Selon Batlam, une toune comme Groove grave n’est pas vertueuse au sens premier du terme.«Je ne suis pas en train de dire que les Américains sont des nazes là-dedans.Même que je m'associe à eux dans le refrain, je dis que l’Amérique, c’est un peu nous aussi.Quand je dis: “Dieu est Maure et bien vivace", je me rends compte qu’il y a une certaine spiritualité qu'on a perdue et qui appartient à l'Orient.» Il n’y a pas de vertu à cinq cents dans la pièce, affirme Batlam.Même que Loco Locass s’attend à se faire «blaster» pour Engouement, où il se moque de la gauche s’en prenant à la CLAC (la Convergence des luttes anticapitalistes) et se retourne pour vilipender un groupuscule VOIR PAGE E 3 : LOCO LOCASS t 1 ¦WJ.coupsietheatre • com WWW i ’fT'""' ’ n *m les COUPS de Théâtre Festival international des arts jeune public au 28 Novembre 2004 Montreal : ^.5 .rÿ * } ¦ s Adapter Goldoni ?Jean-Guy Legault fond deux pièces de Goldoni en une seule pour mieux souligner son approche révolutionnaire Faut quand même être un peu culotté pour décider d’adapter Goldoni.C’est un monument, Goldoni.Un fou.Un visionnaire.D’accord, sa langue est parfois ampoulée et les formes qu’il utilise sont aujourd’hui plutôt archaïques.Mais pas toutes.Et Jean-Guy Legault n’est pas le genre à s’enfarger dans les fleurs du tapis.MICHEL BÉLA1R Jean-Guy Legault est un homme fort occupé.Lorsque je l’ai joint par téléphone en début de semaine, il travaillait sur deux spectacles à la fois.Sur Les Jumeaux vénitiens d’abord, d’après le texte de Goldoni, qui prendra l’affiche du Théâtre Denise-Pelletier (TDP) la semaine prochaine, il en était aux intensités d’éclairage et aux derniers enchaînements avant les générales.Et sur Scrooge, le spectacle présenté au TDP durant le temps des Fêtes par sa petite compagnie Les Ven-trebleus, il restait encore tout à faire en intégrant les nouveaux comédiens se joignant cette année au spectacle.Une vie pleine.Mais quand même un peu moins folle que celle de Goldoni s’il faut en croire Legault, qui a beaucoup fréquenté l’ancien directeur du Teatro San Angelo.Une époque épique L’époque de Goldoni est l’une des plus fascinantes de toute l’histoire du théâtre.C’est une époque épique, tout en passages, en cassures, en changements radicaux; Jean-Guy Legault s’y est déjà considérablement amusé.Entre autres, lors de ses recherches sur le théâtre de l’époque qui ont mené aux aventures rocambo-lesques du capitaine Horribifabu-lo, ce pastiche de la commedia dell’arte qui a d’abord fait connaître Les Ventrebleus.Et aussi lorsqu’il a travaillé sur L’Honnête Fille, qu'il a monté au TOP en 2002.«J’ai pris beaucoup de plaisir à monter ce spectacle ici.Et lorsque Pierre Rousseau m’a proposé d’en faire un autre et que les discussions et les contre-propositions nous ont menés à Goldoni, j’en ai profité pour replonger encore une fais dans les Mémoires de Goldoni.» Il s’est surtout mis à relire les SOURCE THÉÂTRE DENISE-PELLETIER Jean-Guy Legault un propose des dialogues ne ironie mordante pour téroule de sa génération LE THEATRE DE LA MANUFACTURE PRÉSENTE , dont la drôlerie ne s la lucidité t'n cdhagg ans et moms) 75 $ RÉSERVEZ VOS BILLETS DÉS MAINTENANT 514.842.2112 • 1 866.842.2112 • www.pda.qc.ca Réseau Admission 514.790.1245 LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 OCTOBRE 2004 E 8 Témoins d’un réel ambivalent Plusieurs trouvailles au MNBAQ dans le cadre de deux expositions qui ouvrent une parenthèse fort intéressante au sujet de l’époque actuelle JïSÜ ’ ^f/:c —-: "A > ¦:a0- Échotriste, de Jean-Pierre Gauthier SOURCE MNBAQ AVANCER DANS LE BROUILLARD ILS CAUSENT DES SYSTÈMES Musée national des beaux-arts du Québec Parc des Champs-de-Bataille, Québec.Jusqu’au 17 avril et jusqu’au 14 août 2005 respectivement DAVID CANTIN Après Frottements.Objets et surfaces sonores, l’art actuel attire encore bien des regards cet automne au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) grâce à deux nouvelles expositions sous le commissariat d'Anne-Marie Ninacs.Dans les salles 4 et 11, les sens sont à l’affût à travers différents parcours où la démarche artistique interroge la trajectoire du monde contemporain.De l’installation sonore à la peinture, en pas- JEAN-SÉBASTIEN DENIS «Sous-bois» JULIE OUELLET «La décharge» Jusqu'au 20 novembre CALER I E SIM ON BLAIS 5420, boni.Sûint laureiil H2T 1S15!4 849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 10 h à 18 h, samedi lOh à 17h AMPLITUDE Œuvres sur papier de Miljenko Horvat et de Guido Molinari COMMISSAIRE : LYDIA BOUCHARD Exposition présentée jusqu'au 19 décembre 2004 Du mercredi au dimanche de 11 h 30 à 16 h 30 Entrée gratuite Musée de Lachine 1, chemin du Musée (angle Saint-Patrick) Lachine (Québec) H8S 4L9 Tél.: 514 634.3471, poste 346 http://lachine.viHe.montréal.qc.ca/musee j&L-3—, VWnchine _ ._ ^ fekw Montréal© Québec™S A — vi£«2 sant par le collage hétéroclite, un tel survol ne peut que mettre à l’épreuve notre rapport face aux préoccupations les plus quotidiennes.Du labyrinthe de Claire Savoie à la chambre hybride de Michael A.Robinson, l’expérience physique se révèle cruciale tout au long ([’Avancer dans le brouillard.C’est à partir d'une phrase de l'écrivain Milan Kundera dans Les Testaments trahis qu’Anne-Marie Ninacs imagine le périple de cette exposition qui renvoie à l'imprévisible et à l’inconnu au fil du temps.Autour du travail de cinq artistes, l’itinéraire repose en grande partie sur l’instabilité de l’existence en elle-même.On entre d’abord en contact avec cette blancheur aveuglante qui semble envahir la salle.Un flou abstrait ne cesse de relier les œuvres entre elles.Par ailleurs, des zones ainsi que des objets se détachent inévitablement de ce lieu de passage à découvrir.Vers le risque essentiel On avance donc du côté des intuitions picturales d’Angèle Ver-ret, qui suggèrent de multiples angles d’une couche terrestre.La surface peinte devient le miroir d'un trompe-l’œil.Que peuvent bien cacher ces plis, ces accidents ENTRËE LIBRE ^ S* CAUSERIE LE DIMANCHE MATIN « LES TOURNESOLS DU DÉSESPOIR» DIMANCHE 31 OCTOBRE 2004 DÈS 11 H.UNE RENCONTRE D'ÉDOUARD LACHAPELLE.100.rue Sherbrooke Est, bureau 4000.Montréal, tél.514.842.1043 LEsS^ IMPATIENTS et ces rayures sur la toile?Peut-être l’image abstraite d’une mémoire en suspens ou encore la recherche active d'une réalité en pleine émergence.La masse de fil de nylon suspendu de Karilee Fu-glem dégage aussi une curieuse résonance.D y a quelque chose de fantomatique qui rayonne de cette substance palpable.Untitled (Invisible Thread) (2003) fait jaillir un curieux reflet de la part insaisissable de notre existence commune.Un peu plus loin.Sweet Dreams (2003), de Michael A Robinson, met en scène un drôle de rêve où sens et non-sens communiquent dans un désordre des plus réalistes.Cet assemblage d’objets fait appel à l’errance imaginaire, de même qu’à une forme de distanciation par rapport à notre rôle dans la société.Chez Jean-Pierre Gauthier, une multitude de circuits et de haut-parleurs réson- la Galerie d'art Stewart Hall 176, Bord du Lac, Pointe-Claire 30 octobre au 28 novembre LE SERVICE DE PRÊT ET DE VENTE LA NOUVELLE COLLECTION 2005 DESSINS - PEINTURES PHOTOGRAPHIES - ESTAMPES TECHNIQUES MIXTES Vernissage le dimanche 31 octobre à Mh Info: (514)630-1254 nent à une vitesse étourdissante pour mieux convaincre du fonctionnement de l’esprit.Cet Écho-triste (2002) guide d'emblée vers la représentation d’un monde intérieur à redécouvrir.Tout aussi fascinant, le labyrinthe central de Claire Savoie s’intéresse à une quelconque déambulation possible du corps et de la pensée vers le risque essentiel.Une pareille friction entre les œuvres donne lieu à un questionnement qui a pour but de stimuler et de bouleverser les attentes du visiteur.Beaucoup plus disparate, l’autre salle propose de mettre en scène une quinzaine d’acquisitions récentes du MNBAQ grâce à des débordements aussi inévitables que nécessaires.Empruntant son titre à une structure géométrique de Stephen Schofield, Ils causent des systèmes réunit des œuvres stimulantes de créateurs aussi différents que Massimo Guerrera, Christine Major, Claudine Cotton et Martin Boisseau.L’exposition a surtout l’audace de créer des liens entre les disciplines, sans pour autant mettre l’accent sur le tape-à-l'œil.Dans un tel contexte, l’étrange spiritualité que dégage [’Irritante Agitation (2001), de Sylvain Bouthillet-te, semble faire écho aux magnifiques Carnets d’intentions de Massimo Guerrera ou aux Portraits de religieuses de Raphaëlle de Groot.Du même coup, les interventions sonores de Michael Snow se rattachent au détournement d’OK Computer (une référence à l’univers musical de Ra-diohead), de Gennaro De Pasqua-le, et à l’assemblage de pochettes de disques de Sébastien Lapointe.De plus, l'approche scientifique d Annie Thibault cadre plutôt bien avec l’environnement saturé de Christine Major ainsi que l'agglomération de formes organiques et chimiques de Stephen Schofield.Plusieurs trouvailles donc dans le cadre de ces deux expositions, qui ouvrent une parenthèse fort intéressante au sujet de l’époque actuelle.« UNE ŒUVRE D'ART À VOS PIEDS » Nouvelle collection, nanmarquna wwwwifWiiiiiiiiimiijiMii, BONALDO I * b * a u l 4 f U f I I | P » « t.bl4 287 9222 1.888.BONALDO www.bonaldo.ca ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦Mi ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦a LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 M A X t H E 3 1 OCTOBRE O O I O E T P E [SU en bref La 4e Biennale tire à sa fin La Biennale de Montréal, dont le thème cette année est AGORA le domaine public, attend ses derniers visiteurs.Levénement a débuté le 24 septembre 2004 et se termine demain.Les sites de l'ex-édifice The Gazette (250, rue Saint-Antoine Ouest métro Place-d'Armes), le Centre de design de l’UQAM (1440, rue Sanguinet métro Berri-UQAM), l'exposition bénéfice Les 20 ans du CIAC (au 463, rue SainteCatherine Ouest a l'étage, métro Place-des-Arts) et l’esplanade de la Place des Arts où est présentée l'œuvre de Hal Ingberg fermeront dimanche à 19h.De plus, une performance de Jocelyn Bigot aura lieu demain à 15h, rue Saint-Paul.MesuRage de l'espace d’exposition de l’ex-édifice The Gazette lors de la 4' Biennale de Montréal est un hommage à l’artiste Orlan, reprenant les MesuRages de rues et d’institutions mis en place par l’artiste stéphanoise à partir de 1964.«Hs’agit, dans ce MesuRage, comme le fit Orlan entre 1964 et 1983, de confronter directement l’espace de Tex-édifice de The Gazette à mon corps, dit l’artiste, qui me fournit mon unité de mesure.» - Le Devoir Art sacré La centre de créativité du Gesù propose, jusqu’au 15 décembre, une «expérience holistique de création».C’est le thème de la 11e édition de l’événement annuel Art sacré.Le thème «fait référence au chemin spirituel personnel de l’individu et à l’équilibre entre le yin et le yang que l’artiste porte dans son processus de création».Les œuvres d’une poignée d’artistes ont été rassemblées autour du thème, et une foule d’activités auront lieu au cours du mois qui vient: ateliers de danse, conférence, concert de jazz, etc.Le Centre de créativité du Gesù est situé au 1220, rue de Bleury.Information: ® (514) 861-4378.- Le Devoir Rencontre d’artiste Myriam Yates rencontre le public cet après-midi, 15h, à la galerie Skol, dans le cadre de son exposition Echappées, connivences.L’exposition est présentée au sein d’une progranunation annuelle entièrement tournée vers l’être humain et l’environnement construit.L'intervention de Yates porte sur la circulation des individus dans les espaces interstitiels des tours à bureaux.L’artiste vient de plus de remporter le prix Fonds Bell/Vidéo-graphe/interactive screen, dans le cadre du Cyberpitch 4, du Festival du nouveau cinéma, pour son projet web, L’Hippodrome de Montréal.Le Cyberpitch 4.0 représente une occasion unique de développer des projets courts de fictions, jeux ou documentaires.Les projets sont destinés au Web, à la télévision interactive ou aux plates-formes mobiles (téléphones cellulaires et autres formats portables).- Le Devoir VILLE DE MONTRÉAL - CMAQ LAUREAT 2004 : Patrick Primeau MENTION : John Glendinning FINALISTES : Bruno Andrus, Pavel Cajthaml, Annie Cantin, Dana De Kuyper, Félixe Carole Dicaire, Catherine Labonté, Marie-Ève Martin, Marika Nelson, Caroline Ouellette et Marko Savard Normand Biron, commissaire GALERIE DES MÉTIERS D’ART DU QUÉBEC MARCHÉ B0NSEC0URS 350, rue Saint-Paul Est Renseignements : (514) 878-2787 Poste 2 Jusqu'au 7 novembre Une rétrospective des prix^ François-Houdé Une exposition itinérante du Conseil des arts de Montréal en tournée, réalisée par le Conseil des métiers d'art du Québec et conçue par Denis Longchamps, commissaire, en collaboration avec le Musée des maîtres et artisans du Québec.MUSÉE DES MAÎTRES ET ARTISANS DU QUÉBEC 615, avenue Sainte-Croix, Arrondissement de Saint-Laurent, Montréal Métro Du Collège Renseignements : 514 747-7367 www.ville.montreal.qc.ca/culture www.galeriedesmetiersdart.com www.mmaq.qc.ca Montréal! Qtb La simplicité complexe EFFRITEMENTS Patrick Beaulieu Galerie Circa 372, rue Sainte-Catherine Ouest Espace 444, galerie II Jusqu'au 13 novembre BERNARD LAMARCHE On en vient à penser que la simplicité devrait plus souvent avoir droit de cité.L'intervention de Patrick Beaulieu, à Circa, est le fruit de manipulations d'une grande simplicité et d’un minimum de moyens techniques.Quelques moteurs, quelques racines ou branches d'arbre, des capteurs sonores et des haut-parleurs ont servi à sa réalisation.Pourtant, sans les convoquer, l’œuvre parle précisément des technologiques de haut niveau, de leurs effets, et s’inscrit ce faisant au cœur de nombre de préoccupations actuelles.Un ballet singulier Dans une pièce assombrie, sous une lumière tamisée, l’œuvre convie à un ballet singulier.Sur cinq moteurs, cinq brindilles tournoient à toute vitesse.Dans ce tout simple appareil, les branches ont tendance à presque disparaître sous nos yeux.Pourtant, le dispositif sert également à rendre particulièrement tangible l’effritement dont parle le titre de l’exposition.Au profit d’un éclairage zénithal qui découpe chacune des pièces dans la noirceur, ces branches tournant sur elles-mêmes, emballées, se soustraient à leur propre matérialité.En fait, elles tournent si rapidement que, pour chacune, une image fixe se forme, ressemblant étrangement à des têtes d’insectes imaginaires, mais cette image est constamment fragilisée par le mouvement giratoire des moteurs.Il en résulte un effet de virtualité que l’ambiance bien ciblée de l’installation vient nourrir.En effet on a l’impression que ces présences, pourtant très physiques, sont tout à la fois parfaitement éthérées, presque irréelles.En cela, bien que très lo-tech, chacune des œuvres aborde des notions en règle générale associées à l’art hautement technologique.Elles évoquent des présences immatérielles, touchent aux phénomènes à’after image et s’insèrent dans les propos tenus sur les images fixes et en mouvement.D'ailleurs, l’exposition contient également deux photographies, sorte d’arrêt sur image, de ces sculptures.Imprimées sur des feuilles électro-luminescentes, ces images toutes minces, elles-mêmes fragiles, nourrissent cette idée que les notions proches de la photographie gravitent autour de la proposition de Beaulieu.Encore ici, c’est la lumière qui se charge de l’objet Par ailleurs, le seul contrôle que l’artiste peut exercer sur les formes demeure celui du choix des brindilles, quelles soient des phragmites ou des racines.Ainsi, îes deux phragmites, dont le type SOURCI: PA TRICK BEAULIEU Dans une pièce assombrie, sous une lumière tamisée, l’œuvre convie ù un ballet singulier.Sur cinq moteurs, cinq brindilles tournoient à toute vitesse.Dans ce tout simple appareil, les branches ont tendance à presque disparaître sous nos yeux.Pourtant, le dispositif sert également à rendre particulièrement tangible l’effritement dont parle le titre de l’exposition.le plus connu est le roseau, offrent une danse gracieuse avant tout, alors que les autres brindilles et racines, secouées, affichent un air moins élégant mais tout aussi fascinant.De cette façon, chacune des pièces révèle une personnalité bien à elle.Elles se dépensent en pure perte, mais procurent des effets surprenants.Environnement sonore D’un point de vue strictement visuel, l’intervention de Beaulieu se suffit à elle-même, tant elle est tout simplement belle.Mais encore, outre ce déracinement et ce déplacement de contexte de végétaux dans lequel il se spécialise, l'artiste a ajouté une dimension sonore qui ajoute au caractère physique de l’œuvre.De petits capteurs sonores, ajoutés dans l’appareillage de ces stations, sont percutés ou frottés par le bout de ces branches, si bien qu’un petit bruit est capté puis amplifié dans la salle.Ces chocs sont répercutés dans l’espace et diffusent différentes fréquences qui deviennent en quelque sorte le chant heurté qui accompagne la danse de ces houppes débridées.Cet ajout, qui pourrait ne sembler qu’un complément à l’aspect visuel de l’exposition, est pourtant une composante essentielle.Dans la mixture sonore qui ré- sulte, il est possible de reconnaître certaines modalités des ondes propres à chacune de ces sculptures cinétiques.Or il appert que ce qui capte le son est non seulement la cause du choc, mais aussi la cause de l’effritement de ce système, de sa propre perte.Déjà, chacune des sculptures semble d'une grande précarité.Mais en donnant, à travers le son, plus de présence à ces fragiles brindilles, Beaulieu provoque la perte des objets.U- capteur certifie la physicalité de ce qui se donne comme une image immatérielle et, au même moment, il témoigne de la pulvérisa- tion de ces infimes parties d’arbre, de leur usure, au fur et à mesure que chaque coup porté sur le capteur, même minime, les ravage.Alors que le système fonctionne, il s’effrite.C’est son fonctionnement même qui mène à sa destruction.De telles machines ont déjà existé dans l’histoire récente de l'art, niais Beaulieu leur donne une tournure des plus étonnantes.Franchement, l’œuvre est terriblement excitante et nourrissante.À ne rater sous aucune considération.Et dire que le procédé est si simple.Le Devoir Jusqu'au 14 novembre 2004 Exposition du lauréat et des finalistes 2004 ainsi que de la lauréate 2003, Natasha St.Michael mmm Financière Sun Life présente -p.-.Copyright Rubens du 14 octobre 2004 au 9 janvier 2005 AU MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC Parc desCHamps-de-Bataitte,Québec • (418)643-2150 1 866 220-2150 www.mnba.qc.ca l’exposition est organisée conjointement par le Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen (Musée Royal des Beaux Arts d'Anvers) et te Musée national des beaux -arts du Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec est subventionné par le ministère de ta Culture et des Communications du Québec.Musée national des beaux-arts du Québec Québec SE V E 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 3 1 OCTOBRE 20 0 4 (1 n ûm O 111 L’hiver de force « on pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver», chantait Gilles.A sa ma- -nière, le fils de Félix a choisi, lui aussi, de chanter l’hiver québécois.Son second long métrage, Mémoires affectives, distribué depuis hier sur l’ensemble de nos arpents, nous parachute dans un Charlevoix blanc et bleu, si rare au cinéma qu’on quitte la salle avec un léger vague à l’âme.Les paysages enneigés du suspense psychologique m’ont fait réaliser à quel point l’hiver est absent de notre paysage cinématographique contemporain.L’anthropologue Bernard Arcand prétend que nous entretenons un rapport névrotique avec la saison morte, si bien que même notre imaginaire la rejette.Si elle est pertinente, l’hypothèse me paraît insuffisante.Car l’hiver vigoureux, photogénique, est ancré dans le corpus québécois aussi solidement que la tourtière dans nos livres de recettes traditionnelles.De fait, les paysages de certains des films les plus marquants de notre histoire sont habillés d’un manteau blanc: Mon oncle Antoine, Im Vie heureuse de Léopold Z, Kamouras-ka, Au clair de la lune, Im Femme de l’hôtel, Im Guerre des tuques, etc.Exception faite de quelques opus comme L’Ange de goudron, l’hiver et la neige, dans leur représentation au cinéma, semblent appartenir au passé.Place à l’été, parfois même à la canicule: Mambo Italiano, Premier Juillet: le film, Camping sauvage, A Silent Love, Vendus, Le bonheur est une chanson triste ont des températures au-dessus des 20 degrés.Ne cherchez pas de manteau d’hiver, ou de demi-saison, dans Iss Invasions barbares, Dans l’œil du chat, Sur le seuil, Im Grande Séduction.Pourquoi donc, au grand écran, cette présence quasi obsessionnelle d’une saison que tout le monde s’accorde à trouver trop courte?Pourquoi la réalité météorologique du Québec est-elle si mal représentée dans notre T art que même les protagonistes de Nez rouge et des A mante ont l’air de cuire dans leurs Kanuk?Le producteur de La Guerre des tuques, Roch Deniers, suggère que le mode de fonctionnement des institutions a changé la donne: «Dans les années 80, les dates de dépôt et d’octroi de fonds publics étaient trimestrielles.Il y avait une meilleure répartition des tournages sur l’année», dit-il.Depuis une dizaine d’années, la SODEC et Téléfilm Canada rendent leur financement pour le long métrage de fiction disponible au printemps, alors les cinéastes se seraient adaptés.Si bien que, de l’avis de Roch Demers, l’hiver est une bonne saison pour tourner en raison de la disponibilité des techniciens et des maisons de services.Avec le départ des studios hollywoodiens vers un autre I iers-Monde, nul doute que ce phénomène ira en s’accroissant.Il est loin le temps où l’ONF, qui était le centre névralgique de la production québécoise, tournait à plein régime quatre saisons durant.Pour expliquer la relâche hivernale, certains évoquent, comme Roch Demers, le virage institutionnel; d’autres, les coûts de production, plus élevés, qu’implique un tournage comportant plus d’obstacles, et par le fait même plus long.C'est le cas du cinéaste Jean-Claude Labrecque: «Tourner l'hiver représente un Martin Bilodeau risque énorme.Ça coûte deux fois plus cher, c’est cent fois plus difficile, la caméra gèle, les techniciens aussi, bref, il faut partir avec en tête l’idée qu’il n’y en aura pas de facile», me racontait-il depuis Sainte-Anne-de-Beaupré, où il dirige la photographie de La Neuvajne, troisième long métrage de fiction de Bernard Emond (La femme qui boit).Labrecque se rappelle son séjour hivernal dans une Abitibi sans neige pour le tournage des Corps célestes, de Gilles Carie: «Il a fallu faire venir de la glace de Montréal afin de la souffler dans les rues.» La Vie heureuse de Léopold Z, dont il a également signé la photo, a été uniformisé au montage dans le département des effets spéciaux de l’ONF, pour cause de mauvais raccords de neige, d’un plan à l’autre.Autre facteur qui dissuade les cinéastes de tourner l’hiver nos hivers extrêmement capricieux.Rappelez-vous qu’André Melançon avait dû déplacer le tournage de La Guerre des tuques de Terrebonne, où son décor avait fondu, jusqu’à Baie-Saint-Paul.Le succès du film lui a-t-il fait oublier la leçon du tournage?D reste qu’à l’hiver 1989, il devra (misère!) recourir à des flocons de pommes de terre pour simuler la tempête de Rafales.Morale de cette histoire: l’hiver comporte son lot d’obstpcles et beaucoup de cinéastes en ont fait les frais.A l’inverse, il arrive que des contraintes jouent en faveur de l’hiver.Par exemple, voyant que le tournage de Mémoires affectives, prévu pour l’automne 2003, allait être repoussé, le cinéaste a préféré adapter son scénario à l’hiver plutôt que d'attendre le prochain automne.«Ça apporté de nouvelles couches de sens et enrichi la notion de mémoire, qui est au centre du film.Ça m’a permis d’aborder la mémoire sous un autre angle», dit-il.Du reste, l’enfant de l’île d’Orléans n’a jamais eu peur de se geler les mains.Son premier film.Une jeune fille à la fenêtre, culminait sur la saison froide.Le héros de Mémoires affectives retrouve la clé de sa mémoire dans les eaux d’un lac gelé.Le prochain film de Leclerc, à l’écriture duquel il travaille présentement, sera lui aussi tourné pendant l’hiver.De là à voir se profiler un triptyque à la Jean-Paul Lemieux, il n'y a qu’un pas.«Je ne me suis jamais vraiment arrêté aux saisons», affirme Francis Leclerc.Plus que l'hiver, c’est la région qui intéresse cet insulaire en exil dans le Mile-End.«À Montréal, tout le monde me parle de l’hiver dans mon film.Tandis qu’à Québec, on ne m’en parle pas.On me parle de la ville, de Charlevoix, que les gens sont contents de voir à l’écran, mais c’est tout.Ces gens-là n’ont pas le même rapport à l’hiver.» Aurions-nous montréalisé notre cinéma national?agenda de presse duqueBec Une des premières règles en relations publiques et médiatiques consiste à planifier ses activités en évitant de provoquer des conflits d'horaires L'Agenda de presse du Québec est un outil de planification qui permet de connaître les activités médiatiques prévues dans les prochains mois au Québec dans différentes sphères d'activité.Les premiers utilisateurs de cette publication sont les journalistes et recherchistes - ils sont plus de 40ÜÜ au Québec - qui v trouvent des idées d'articles ou de reportages et y réfèrent pour obtenir rapidement des renseignements sur les événements à venir durant la prochaine année.Lancements, conférences de presse, annonces gouvernementales, projections et visites de presse, manifestations, tournées médiatiques de porte-parole et remises de prix figurent parmi les activités listées dans cet agenda réalisé par l'agence de presse Événementiel, qui publie également l'Agenda public du Québec (congrès, colloques, salons, activités de levée de fonds, audiences publiques, journées, semaines et mois thématiques, festivals, championnats, etc.) et dix-huit agendas sectoriels touchant des domaines tels que la santé, l'éducation, le transport, l'environnement, la politique et la culture.Relationnistes et responsables des communications d'entreprises et d’organismes privés et publics peuvent également avoir accès, sur abonnement, aux publications de l'Événementiel, et s'en servir collectivement pour éviter d'exposer leurs activités à venir à des créneaux conflictuels.Pour en savoir plus sur l'Événementiel : Si te internet : www.evenementiel.qc.ca Téléphone: 514 526-3100 Informer 1'Événementiel d'une activité à venir: soumettre@evenementiel.qc.ca V ¦4 .SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILMS Roy Dupuis, toujours un peu dégingandé, se révèle très à l’aise dans ce rôle peu bavard où son personnage avance en plein brouillard, avec des jalons de lumière attrapés au vol.Un étonnant thriller MÉMOIRES AFFECTIVES Réalisation: Frands Leclerc.Scénario: Frands Leclerc et Marcel Beaulieu.Avec Roy Dupuis, Rosa Zacharie, GuyThauvette, Nathalie Coupai, Karine Lagueux, Benoît Gouin, Maka Kotto.Image: Steve Asselin.Musique: Pierre Duchesne.ODILE TREMBLAY Mémoires affectives n’est pas un film conçu pour attirer les foules en les flattant dans le sens du poil.La présence de Roy Dupuis comme vedette de cet étonnant thriller psychologique n’en fera pas un mégasuccès instantané.Francis Leclerc, qui n’en est pourtant qu’à son second long métrage — après Une jeune fille à la fenêtre —, possède une écriture trop fine pour s’appuyer sur des formules toutes faites.Son film ouvre des portes intérieures sans les refermer.Il s’aventure à la lisière des mondes fantastiques dans le grand magma de l’inconscient collectif, avec des ratés ici et là mais une audacieuse atmosphère insolite.A priori, on esquisse un sourire en voyant Roy Dupuis comateux sur un lit d’hôpital.Les acteurs trop présents dans le pay- sage audiovisuel mettent du temps à paraître crédibles dans leurs nouveaux rôles.Effet pervers de la popularité.Mais peu à peu, le climat s’installe et la métaphore se construit dans ses méandres mystérieux, à travers une mise en scène faite de légèreté et d’ellipses, un scénario parfois trop alambiqué mais prenant, sur les belles images de Steve Asselin.Emergeant de ce coma donc, le héros Alexandre (Roy Dupuis), un vétérinaire de campagne, devenu amnésique incapable de reconnaître son ex-épouse et sa fille, remonte ses propres traces dans Charlevoix.En égarant les repères rationnels, le cinéaste entremêle les mémoires.Celle du héros remonte par bribes à la surface, mais aussi, par un phénomène para-psychologique obscur, la mémoire d’autres personnes qui «brouillent ses ondes».Si bien que ses interlocuteurs changent subitement de comportement en déstabilisant le spectateur à travers ces ruptures brusques.Des morts tirés d’un passé national parlent par la voix d’Alexandre.Dans cet espace mental sans jalons, la quête du personnage trou- En égarant les repères rationnels, le cinéaste entremêle les mémoires ve son écho.Le dénouement sera le miroir et le cœur de la crise d’identité susceptible de renvoyer le spectateur à lui-même.Roy Dupuis, toujours un peu dégingandé, se révèle très à l'aise dans ce rôle peu bavard où son personnage avance en plein brouillard, avec des jalons de lumière attrapés au vol.Le début du film, qui se déroule en milieu urbain, apparaît moins réussi que la seconde partie tournée dans Charlevoix.L’épouse (Nathalie Coupai) et la fille (Karine Lagueux) constituent des figures trop sèches et esquissées à la va-vite alors que le très beau personnage de la détective Pauline Maksoud, incarné avec force et humanité par Rosa Zacharie, constitue le pilier du film, sa caution morale.Dans ces lieux montagneux où les conifères semblent parler et les chevreuils témoigner sur une scène de crime, Mémoires affectives prend son véritable souffle, sans renier ses énigmes, parfois cahin-caha mais en laissant planer l’uni-versalité de l’amnésie qui nous entraîne du côté du mythe.Le Devoir Une affaire de calcul et de poupées russes SAW De James Wan.Avec Leigh Whannel, Cary Ehves, Danny Glover, Ken leung, Dina Meyer, Monica Potter.Scénario: Leigh Whannel.Image: David A Armstrong.Montage: Kevin Greutert , Musique: Charlie Clouser.Etats-Unis, 2004,100 minutes.MARTIN BILODEAU Il ne faut pas prendre Saw pour ce qu’il n’est pas.C’est-à-dire une œuvre d’auteur éclairante sur l’impuissance et la mauvaise conscience.Il faut plutôt le regarder pour ce qu’il est: l’exercice de style de deux whiz kids australiens jumelant suspense et horreur à un discours moral plus ou moins avisé.S’ils se réclament de David Lynch pour l'angoisse et de Dario Aigento pour l’horreur, c’est la reconnaissance de David Fincher (Seven, Fight Club) que visaient James Wan et Leigh Whannel en mettant au point — dans un sous-sol humide de Sidney, à n’en pas douter — la formule mathématique de Saw.Tout est formulé dans ce film, depuis la proposition de départ jusqu’à la morale finale.Deux hommes se réveillent aux deux extrémités d’une pièce d'eau insalubre, enchaînés par des menottes qui les empêchent de se mouvoir dans la pièce.Ils ne se connaissent pas et ne connaissent pas non plus le macchabée qui gît au beau milieu de la pièce, dans une mare de sang, un revolver dans la main.Ils ignorent par ailleurs les raisons de leur apparente punition.Pour rr C ^ , .SOURCE CHRISTAL FILMS Saw est 1 exercice de style de deux whiz kids australiens jumelant suspense et horreur à un discours moral plus ou moins avisé.tout accessoire, ils disposent d’un magnéto, d’une cassette, enfin d’une scie, trop douce pouf s’attaquer à leurs chaînes.A vous d’imaginer la suite.De fait, la suite est tellement facile à imaginer que les scénaristes ont consacré le reste de leurs efforts au développement d’une sous-intrigue impliquant un inspecteur de police (Danny Glover) à la recherche d’un redresseur de torts sadique qui installe ses victimes au centre de pièges mortels, tous plus barbares les uns que les autres, en leur ordonnant d’y échapper, en vain bien sûr.Résultat: un thriller efficace tant que ça bouge, au suspense maintenu tant qu’on ne s’enfarge pas dans les détails.La réflexion est l’ennemi de ce genre de film, qui exige un abandon inconditionnel de la part des spectateurs.De fait, les personnages sont trop sommairement esquissés pour que leur angoisse existentielle nous prenne à la gorge, ou pour qu’on dénote chez les auteurs l’urgence ou 1 originalité d'une réflexion qui transcende l'impact-image.Outre les pièges mortels, où on sent une concentration de neurones et un plaisir sadique évident de leur part, le reste du jeu n'est qu’affaire de calcul et de poupées russes.Si bien qu au bout d’une heure quarante de ce régime intello minceur, on se retrouve à la rue.bien peu éclairé par les thèmes duels du pouvoir et de l'impuissance, sur la supériorité de la violence psychologique sur la violence physique.Tout bien considéré, ce n'est que Saie. LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 OCTOBRE 2004 E 1 1 n ni™ « *- 111 VI Wajdi Mouawad derrière la caméra Littoral, le film que le dramaturge québécois a porté à Vécran, prendra Vaffiche vendredi prochain sur fond de quête et d'identités multiples ODILE TREMBLAY | a faisait trois mois qu’il voya-| geait Wajdi Mouawad.Après | avoir quitté la barre du QuafSous, ; qu’il a dirigé durant quatre ans et , demi, il a eu envie de changer ! d’air.Trois mois en auto avec sa blonde à travers les routes d’Europe et un sentiment de liberté qui fut son ressourcement Le voici de retour à Montréal pour lancer son premier film.Littoral, qui sera sur nos écrans la semaine prochaine.Interviewer Wajdi Mouawad, c’est parler de cinéma, de théâtre, mais aussi de la quête identitaire québécoise.«Ça Jait vingt ans que je suis ici et on me demande encore si je compte partir.» Enfance au Liban, adolescence à Paris, puis le Québec, où il est devenu un homme et un artiste.Pourquoi nous quitterait-il?Il est chez lui, à Montréal.Mais Wajdi Mouawad trouve que sa veine artistique la plus féconde, au théâtre comme en littérature et aujourd’hui au cinéma, est liée au sentiment de la perte du Liban, a ce besoin de consolation impossible à rassasier mais qu’il tente d’assouvir.«L’art est le laboratoire où l’on tente de recoller les morceaux de ce qui ne peut être recollé, dit-il.Dans cette tentative, il arrive que la beauté apparaisse.Que ça fonctionne ou pas n’a pas vraiment d’importance.» Lancé d’abord au Festival de Toronto, Littoral a reçu un accueil critique très mitigé.D dit que ça ne le touche pas vraiment D apprend en cassant du marbre.Un Liban mythifié Littoral fut d’abord une grande pièce de théâtre par laquelle Wajdi Mouawad remontait vers les sources de la patrie perdue et du père absent.A cause du style de narration et des réalités parallèles, les spectateurs trouvaient la pièce de Wajdi très cinématographique.Le dramaturge déclare avoir vu lui-même plus de films que de pièces de théâtre au cours de sa vie et être influencé, comme tout le monde, par cet art moderne par excellence.«L’illusion de bien des gens qui m’entouraient fut d’avoir cru que le scénario serait facile à écrire, dit-il aujourd’hui Mais le texte aurait été interminable — la pièce durait trois heures — et les personnages parlaient énormément au théâtre, alors que le cinéma n’a qu’à montrer.» Là où il avait travaillé le bois, il lui Mut s’adapter au marbre.Ce nouveau matériau de la pellicule, Wajdi Ta trouvé souvent réfractaire à son coup de ciseau.D n’était phis seul à Wajdi Mouawad bord comme lors de l’écriture d’une pièce, mais tenait compte du budget, de volontés extérieures, du travail de plusieurs techniciens aussi.«Faire du cinéma, c’est être capable de trouver un rythme et une voix dans l’impureté du processus», estime-t-il.L’histoire de ce jeune Québécois d’origine libanaise qui part au Liban avec la tombe de son père pour l’enterrer dans son pays natal est sur le plan métaphorique la sienne.Il avait neuf ans quand il quitta le Liban pour Paris avec sa famille, y retourna deux semaines quatorze ans plus tard, s’aperçut que tout différait de l’image qu’il avait conservée du pays.«Entretemps, j’avais réinventé mon pays.Et ce Liban fictif est demeuré en moi beaucoup plus fort que les impressions touristiques qui ont pu s’imprimer à l’âge adulte.» Ce Liban mythifié, surtout composé de paysages sauvages montagneux et côtiers, Wajdi Mouawad en a bizarrement retrouvé la chaleur et la couleur en Albanie, quand il fit ses repérages pour le film.Longtemps, ü avait été question de tourner au Liban, mais quand c’est devenu impossible, l’Albanie lui a redonné ce Liban envolé.Afin d’accentuer cette distanciation, Wajdi Mouawad a donné les rôles de Libanais québécois à des acteurs québécois pure laine: Steve Laplan-te, Gilles Renaud, Isabelle Leblanc, Miro, etc., alors que des Albanais incarnaient des Libanais en parlant leur propre langue.«Tout est fata JACQUES GRENIER LE DEVOIR dans ce film, dit-il.Le Liban, la nationalité des personnages et même la langue pariée.» A coups de paysages, d’impressions, arrimé au sentiment de douleur lié à la perte du paradis perdu, Wajdi a voulu donner à son jeune héros une position philosophique qui n’est pas celle d’Œdipe aveugle ou de l’Idiot de Dostoïevski, si clairvoyant, plutôt celle dUamlet, rongé par le doute, qui se demande: qu’est-ce que je fais?Le tournage s’est joué pour lui en deux temps.A Montréal d’abord, où il tournait à peine six plans par jour, avec l’impression de travailler dans le vide.Puis, pour la partie albanaise, il a changé son fusil d’épaule, réécrit le scénario, laissant la chance à la surprise, à l’improvisation de surgir, caméra à l’épaule.«En Albanie, la première journée, j’ai tourné 54 plans, travaillant beaucoup plus vite qu’au Québec, découvrant en bout de piste ce silence si cinématographique.» Wajdi Mouawad est certain d’une chose.Avoir tâté du cinéma le porte à écrire pour le théâtre d’une autre manière, en portant attention davantage au son, par exemple, en jouant d’ellipses.«Le cinéma a eu une influence sur ma pièce Incendies», dit-il.Quel que soit son avenir d’artiste, il a l’impression que ses matériaux s’interpénétrent plus que jamais pour parler encore et toujours de sa quête éternelle, mais différemment Le Devoir Comme au temps des 45 tours RAY Réalisation: Taylor Hackford.Scénario: James L White.Avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King, Clifton Powell.Image: Pawell Edelman.Montage: Paul Hirsch.Musique: Cçaig Armstrong, Ray Charles.Etats-Unis, 2004,152 minutes.ANDRÉ LAVOIE Son sourire était parfois plus large que ses imposantes lunettes fumées, et ses capacités musicales pouvaient amalgamer, l’espace d’une chanson, son amour du gospel, du R&B, du jazz, du rock’n’roll et du country.Ray Charles avait beau avoir perdu la vue à l’âge de sept ans, il a vite développé une fine oreille musicale, une incomparable dextérité au clavier, ainsi qu’une présence irradiante sur scène, faisant de lui une figure incontournable de la musique pop américaine.Décédé le 10 juin dernier, Ray Charles était bien vivant au moment du tournage de Ray, le nouveau film de Taylor Hackford (Dolores Claiborne, Proof of Life), une biographie qui s’attarde sur son enfance marquée par la crise des années 30, mais surtout aux décennies 50 et 60, celles de l’ascension, de la déchéance et du retour en force.De là à dire qu’il s’agit d’un regard sous influence, aux limites de la complaisance, et de la célébration d’une carrière parsemée de tubes (à peu près tous charcutés malgré la durée quelque peu excessive du film, soit plus de deux heures), il n’y a qu’un pas que Hackford s’est visiblement plu à franchir.Si Ray Charles avait succombé à une surdose d’héroïne — à une certaine époque, la chose n’avait rien d’improbable.— seul, pauvre et oublié de tous, à commencer par ses admirateurs de la première heure, il ne ferait peut-être pas l’objet d’un tel film.Mais voilà, Hollywood adore les his- Jamie Foxx dans le rôle de Ray Charles.SOURCE UNIVERSAL toires de survivant, et plus encore celles de ces enfants de la misère devenus enfants chéris du public.Et c’est avec beaucoup de musique, et un manque d’imagination parfois criant, que Taylor Hackford nous sert le récit de son combat pour le succès, malgré son handicap et la couleur de sa peau, et de celui contre sa toxicomanie.Entre ces deux pôles, dans de nombreux/?asà-àac£ — évitant ici le récit détaillé de l’enfance — les images de sa mère besogneuse, de son frère mort par accident sous ses yeux et sa cécité nous sont servies comme autant de rappels à l’ordre pour le compositeur également coureur de jupons.Ces visions ponctuent le récit de l’ascension fulgurante de Charles, d’un cabaret minable de Seattle à ses triomphes européens, de la dévotion des gens d’Atlantic Records à faire tourner ses premiers succès au contrat faramineux signé avec ABC-Para-mount, faisant de lui l’égal de Frank Sinatra en matière de puissance économique.Tout cela se déroule parfois sous les cris de protestation contre la ségrégation raciale, tandis que ses déboires sentimentaux se rivent au rythme de ses grands succès (/ Got a Woman, What’d I Say, Unchain My Heart, Georgia on My Mind).Même celui qui ne connaît de Ray Charles que sa démarche quelque peu étrange et ses éternelles lunettes fumées aura une impression de déjà vu.La vie de Charles n’appartient qu’à lui, mais la manière dont elle est racontée ressemble en tous points à ces biographies ronflantes que nous offrent les chaînes spécialisées.Bien sûr, quelques scènes au montage énergique (Ray travestissant sa voix pour remplacer ses choristes; son improvisation devant public qui donnera naissance à What’d I Say) et des interprètes exceptionnels (Jamie Foxx livre une interprétation oscarisable, mais Kerry Washington, dans le rôle ingrat de l’épouse fidèle et trahie, ne passe jamais inaperçue) font de Ray ni un chef-d’œuvre, ni un échec.Tout juste l’équivalent d’un bon vieux 45-tours: une face A formatée pour le succès et son envers, une face B plutôt ennuyeuse que l’on oublie très vite, le temps qu’il faut pour arrêter de taper du pied.Leduc rinsoumis Rétrospective du cinéaste mexicain Paul Leduc à la Cinémathèque québécoise ANDRE LAVOIE Il n’a jamais cherche à célébrer le folklore de son pays, pas plus | qu’à devenir le porte-étendard | d’un cinéma étatisé ou croulant ; sous les larmes du mélodrame.: Son œuvre s’est bâtie du côté de la marge, et on oserait dire que c’est par la force des choses que le cinéaste mexicain Paul Leduc (prononcez Lédouque) s’y est réfugié.Il fuyait les effets de mode, était résolument à gauche et tournait dans des conditions précaires ou carrément artisanales: on comprend pourquoi sa filmographie comporte un nombre de films restreint.Né en 1942, ce descendant d’un soldat français venu en Amérique avec l’armée de Napoléon III a poursuivi sa propre bataille, même si celle-ci l’a parfois cantonné dans un certain anonymat, particulièrement sur les écrans du Mexique.Jusqu'au 6 novembre, la Cinémathèque québécoise jette la lumière sur son œuvre, présentant six longs métrages qui, de 1970 à 1991, donnent une vision très nette de l’exigence qui l’anime et de ses parti pris en faveur des opprimés, des marginaux et des gagnepetit.Même les figures illustres qu’il met en scène retrouvent devant sa caméra une grande part d’humanité.Un ruban autour d’une bombe C’est après plusieurs détours — des études en architecture, l’exercice de la critique, un séjour de formation à Paris auprès de Jean Rouch ainsi qu’à l’IDHEC — que Paul Leduc décide de devenir cinéaste, tout en conservant son indépendance, chose plutôt audacieuse dans le Mexique des années 60.Il apprendra aussi son métier en signant plusieurs courts métrages sur les Jeux olympiques d’été de Mexico, mais le bouillonnement social de l’époque, les contestations étudiantes et les revendications des peuples autochtones l’amènent à considérer avec attention l’évolution politique de son pays.Et quoi de mieux que les leçons du passé pour éclairer le présent.Dans son premier long métrage, Reed, México insurgente (1972), il ne montre pas le journaliste améri- cain John Reed comme un des héros de la revolution mexicaine, et plus tard de la révolution russe', mais, évitant le romantisme révolutionnaire, lui redonne sa fonction de témoin, d’observateur, la' compagnon d’armes de Pancho Villa se retrouve tout à coup à hauteur d’homme, un peu loin du mythe que le temps a forgé.A son tour, il se fait observateur d’une réalité dont il nous révèle l’horreur, celle d’un meurtre culturel, celui du peuple otomi vivant dans la vallée de Mezquital.Dans Ethnocide (1977), coproduit par TONE, il élabore un abécédaire pour illustrer toutes les facettes de cette disparition annoncée, exposant comment l’analphabétisme, l’insalubrité, la pauvreté et la mortalité infantile réduisent ce peuple au silence ou à l’exil, ce qui revient au même.La seule voix entendue dans ce film n’est pas celle du cinéaste mais de ces gens opprimés à qui on tendait enfin un micro.Le peintre Diego Rivera la décrivait comme une femme «acide et tendre», «profonde et cruelle comme l'amertume de la vie».André Breton considérait sa peinture comme «un ruban autour d'une bombe».A son tour, Paul Leduc livra sa propre interprétation de Frida Kahlo, ne s’embarrassant pas des règles strictes de la biographie, préférant scruter le personnage à travers sa souffrance.Dans Frida naturaleza viva 1984), cette survivante, que le cinéaste nous montre sur son lit de mort, revoit, par fragments, quelques étapes de sa vie, Leduc s’en remettant surtout aux chansons, et au silence, pour commenter ce parcours exceptionnel.celui d’une artiste qui a fciit de ses misères physiques la matière première de son œuvre.Et.comme pour illustrer l'impossibilité de la vision définitive, l’image de Frida est sans cesse multipliée par des miroirs, donnant ainsi une idée juste de la complexité du personnage, interprète avec une rage contenue par Ofolia Medina.Ce désir de laisser parler les images, et la musique, se confirme dans les films qui suivront, comme Barroco (1989), adaptation libre de Concert baroque, d’Alejo Carpentier, et Latino Bar (1991), un portrait sans concession de personnages à la dérive autour d’un bar-bordel situé face à la mer.Prostituées et simples ouvriers crient leurs passions et leurs révoltes sans le recours aux dialogues; la danse et leurs regards disent déjà beaucoup.RÉTROSPECTIVE PAUL LEDUC Du 29 octobre au 6 novembre, à la Cinémathèque québécoise Renseignements au (514) 842-9763 ou à www.cinematheque, qc.ca SOURCE CINEMATHEQUE QUEBECOISE Une scène de Latino Bar, de Paul I^duc.Inscrire le piano dans I univers musical et sonore oriental est une recherche de tous les instants pont ce compositeur dont l’univers est d ime passiomtattU’ richesse •< And ! c Delacroix, U* non vol b survaleur r> ;• " r A • .¦¦'‘.'""‘L A A .A à 1k.n «to*.Muà' o ’f % nui «nui, -iü , Il 'I .P!1— P "'pi ^ m 0 1 i Zad Moultaka Fadia Tomb El-Hagc Jihad Al Chcrnaly Pierre Rigopoulos fma Festival : Monde Arabe i '‘'Montréal 5 iion embre 2004, 20 h C inquième snlk* - Place des Arts www.feslivalarabe.com Admission : (514) 790-1245 i E 12 LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 OCTOBRE 2004 >WTMW MUM 1248.ruefc«*l (tant 1 1514} 495-9944 SSESül *ww 'neatreout.eniont.tj %¦ A ! I J THE CORPORATION De Jwniter AMM e( Mark Adtor mmm avecs-tfranças Canada^OOS 144 min (G) ITinmn e x Cen tris \ 1111 \J 111 UJ horaires 514 847 2206 www.ex-centris.co* Le nouvel âge de la machine GHOST IN THE SHELL H: INNOCENCE Réalisation et scénario: Mamoru Oshii, d’après une manga de Shirow Masamune.Avec les voix d’Akio Otsuka, d’Atsukko Tanaka, de Kouichi Yamadera.Image: Miki Sakuma.Montage: Sachiko Miki.Musique: Kenji Kawai.Japon, 2004,99 min.ANDRÉ LAVOIE Dans l’univers du cinéaste japonais Mamoru Oshii, les robots ont depuis longtemps cessé de négocier leur espace, leur raison d’être, parmi les humains.En fait, la frontière entre les uns et les autres ne forme plus qu’un grand tout et les androïdes affichent tant de composantes vivantes qu’eux-mêmes s’interrogent sur leur véritable part d’humanité.Leurs émotions, voire leurs pensées suicidaires, ne sont-elles finalement que des composantes de leur programme?Si Mamoru Oshii s’inspire abon- damment de l’imagerie débridée des mangas, il n’hésite pas non plus à piger du côté de Philip K.Dick et d’Isaac Asimov.Avec ses allures de Blade Buriner version animée, Ghost in the Shell suivait l’enquête périlleuse d’une policière mi-humaine mi-robot, secondée par Batou, un cyborg dont la carrure et la voix caverneuse évoquent celles de Robocop ou de Terminator.Au terme de cette mission où elle devait traquer des criminels dans le cyberespace, la policière, démembrée après un violent affrontement, décidait de basculer dans un autre monde, laissant Batou derrière elle.Quelques années plus tard, soit en 2032, c’est un cyborg portant encore le deuil que l’on retrouve dans Ghost in the Shell II: Innocence, faisant maintenant équipe avec Togusa, un partenaire habité lui aussi par le doute sur sa véritable identité.Ce tandem pas toujours harmonieux doit élucider le mystère entourant une série de suicides, chose plutôt inhabituelle pour des robots dont la principale fonction est de répondre aux fan- SOURCE GO FISH PICTURES Avec encore plus de prétentions philosophiques que dans Ghost in the Shell, ce nouvel opus est farci, pour ne pas dire embourbé, de citations de toutes sortes, appelant même Descartes à la rescousse.tasmes sexuels de leur propriétaire.S’agit-il d’un simple dérèglement ou alors, derrière ces hara-kiris techno, se cache-t-il un appel à l’aide?Leurs recherches les conduiront au cœur de l’empire Locus Solus, vaste lieu à l’architecture baroque, puisant tout autant dans le passé folklorique du Japon que dans le caractère intangible du cyberespace.Alors qu’il s’avère hasardeux de déterminer avec certitude dans quel niveau de réalité, ou de conscience cybernétique, les personnages se sont égarés, Mamoru Oshii se plaît à multiplier ces trappes narratives, nous entraînant dans un dédale de décors (magnifiques),et de situations (incongrues).A la superbe quincaillerie de science-fiction qu’il déploie d’un plan à l’autre, parsemant ses images d’une foule de détails visuels donnant à l’animation des aspects d’un réalisme saisissant, il s’amuse aussi à surcharger l’intrigue de pistes inutiles, à la manière d’un film noir mais tourné par un novice du genre.Or ça ne semble pas suffire à Mamoru Oshii de nous offrir une méditation sur la précarité de l’existence humaine à l’ère de la dictature technologique.Avec encore plus de prétentions philosophiques que dans Ghost in the Shell, ce nouvel opus est farci, pour ne pas dire embourbé, de citations de toutes sortes, appelant même Descartes à la rescousse.Comme s’il cherchait à ennoblir les mangas, à montrer au public réfractaire à l’animation japonaise que celle-ci peut être aussi généreuse en verbiage qu’en effets visuels, Oshii émerveille tout autant qu’il ennuie.On perçoit assez vite que pénétrer dans le monde inquiet et incertain de Ghost in the Shell II nécessite une foi aveugle, celle que possèdent les aficionados des mangas et des films de Mamoru Oshii.D’où la triste impression, pour tous les autres, d’être exclus, voire éjectés, de cette grand-messe des temps futurs.Les légendaires Nass El Ghiwane Les "Rolling Stones de l'Afrique" à l'assaut de Montréal L a kK y Festival d"Monde Arabe '’Montréal en grande soirée de clôture de la cinquième édition du FMA Salle Wilfrid-Pelletior Place des Arts 14 novembre 2004,20 h Réservations : PDA (514) 842 2112 et au www.pda.qc.ca Admission (514) 790 1245 JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Pour la première fois cette année, nous organisons des projections gratuites», précise Jacques Matte.Menu éclectique Jacques Matte parle de la 23e édition de son Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue ODILE TREMBLAY Chaque automne, Jacques Matte repart en tournée à travers le Québec pour entretenir les médias de son festival de cinéma en Abitibi-Témiscamingue.Si ça marche si fort, ce rendez-vous-là en pleine forêt boréale, c’est en partie parce que tout le Québec en entend parler.Ça fait 23 ans que le festival roule à Rouyn-Noranda.Assez pour avoir formé plus d’une génération de cinéphiles.C’est reparti.A partir d’aujourd’hui et jusqu’au 4 novembre, 65 films occuperont les écrans, avec 17 pays représentés.En ouverture du rendez-vous abitibien: 7 ans de mariage, du cinéaste français Didier Bourdon, une comédie de mœurs dans laquelle Didier Bourdon et Catherine Frot découvrent les joies de l’échangisme.En clôture: Maman Last Call, de François Bouvier, d’après le livre et le scénario de Nathalie Petrowski.Jacques Matte se dit particulièrement heureux de présenter le documentaire Deux mille fois par jour, de Stéphanie Lanthier et Myriam Pelletier-Gilbert.Le film a été fait par des enfants du pays et aborde le travail des jeunes planteurs d’arbres qui reboisent l’Abitibi-Témiscamingue.«Ils sont les enfants spirituels de Richard Desjardins et de son Erreur boréale», précise Jacques Matte.Il y a trois ans, le documentaire II parie avec les loups, sur le Refuge Pageau pour animaux sauvages dans un coin voisin de l’Abitibi, avait fait sensation au festival.«Le public aime voir aborder nos réalités régionales.Ces films ont des répercussions identitaires», précise Jacques Matte.Ce festival est en expansion.Cette année, il se déploie dans 15 lieux, à travers d’autres villes: Lebel-sur-Quévillon, Matagami, Senneterre, par exemple, où Deux mille fois par jour s’exportera, mais aussi dans un hôpital de Rouyn-Noranda, où le documentaire de Marcel Simard intitulé Le Cœur à bout sera projeté.Les Aimants, de Gabriel Pelletier, fera aussi son tour en région.Le menu est éclectique, une des clés du succès abitibien.Entre Jauihara, du Marocain Saad Chraïbi, qui aborde le fruit du viol en prison, La lune viendra d’elle-même, de Marie-Jean Seille, sur le sida et la mort, le loufoque Villa Paranoïa, du Danois Erik Clausen, l’engagé The Edukators, de l’Allemand Hans Weingartner, le festival présente plusieurs comé- dies de société, telle que Comment devenir un trou de cul à enfin plaire aux femmes, premier long métrage de Roger Boire, explorant les amours des trente-naires en salade de saison.Jacques Matte dit grand bien du film Manners of Dying, du Canadien Jeremy Peter Allen, présenté en première mondiale, dans lequel Roy Dupuis incarne un condamné à mort en sept sketches scénarisés par Yann Martel Roy Dupuis, né à Amos, est un fils d’Abitibi attendu pour l’occasion.André Melançon, né à Rouyn, revient aussi au pays pour accompagner son conte pour tous intitulé Daniel et les Superdogs.«Pour la première fois cette année, nous organisons des projections gratuites», précise Jacques Matte.Ça se déroulera au centre commercial Place Rouanda.Rémy Girard viendra y présenter Les Invasions barbares, Raymond Bouchard, La Grande Séduction, etc.A souligner aussi: le retour, après un an d’éclipse, de l’Espace Vidéo, en collaboration avec Les Racamés.Soixante-douze documents vidéo sur fond d’ambiance underground à voir au célèbre Cabaret de la dernière chance.Le Devoir V O du cinéma indépendant www.lerezo.org écrivcinsdes I frontières1 présente ÉCHVANS DES FRONTIÈRES de Samir Abdallah LE MARDI 2 NOVEMBRE : • Rouyn-Noranda au Cabaret de la dernière chance • Mont-Laurier au Café Saint-Charles • Pierreville au Vieux-Théâtre • St-Hyacinthe au Zaricot Café LE MERCREDI 3 NOVEMBRE : • Jonquière au Café-Théâtre Côté-Cour • Val-Morin au Théâtre du marais • Champlain au Caté Foin Fou • Montréal è La Gitana LE SAMEDI 6 NOVEMBRE : • Montréal à l’Utopik INFORMATIONS WWW.LER8ZO.ORG Galerie BERNARD DESRGCHES 2125, rue Crescent, Mtl TéL:(514) 842-8648 Fax:(514) 842-7951 JACQUES HEBERT Œuvres 4 novembre au 25 novembre 2004 vernissage 4 novembre 19h30 Association des Marchands d’art du Canada ASSOCIATION DES GALERIES PROFESSIONELLES DU QUÉBEC Courriel : gaI_bdesroches@iiotmail.com Cor>bC 4.40% .O -wam-w |.DK.YOlli ?CINEMA ?SEMAINE DU 30 OCTOBRE AU S NOVEMBRE 2004 Les NOUVEAUTÉS et le CINEMA en nésumé, pages ?5.6 La liste complète des FILMS, des SALLES et des HORAIRES pages ?7,14 2 Cm dans L’AGENDA culturel t APRES 10 ANS DE SUCCES A QUEBEC ! Acclamé en France • Japon • Chine • États-Unis POUR IA PREMIÈRE FOIS A MONTREAL T Y 25 REPRESENTATIONS AUCUNE SUPPLEMENTAIRE NE SERA AJOUTEE AU THÉÂTRE ST-DENIS DU 20 AVRIL AU 22 MAI 2005 ACHATS TÉLÉPHONIQUES : (514) 790-11)1 • 1 800 848-1594 ACHATS EN LIGNE : WWW.TEL-SPEC.COM 1 TVH Si-Dw ^ Le nom et l'image d'Elvis Presley utilisés dans ce spectacle sont sous licence Elvis Presley Enterprises Inc.N E 14 LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 OCTOBRE 2004 • fi in ni Un auteur est né Le deuxième long métrage de Jonathan Glazer est un drame psychologique d’une cruauté foudroyante, fin comme de la dentelle, en équilibre permanent entre vraisemblance et ridicule BIRTH (LA NAISSANCE) De Jonathan Glazer.Avec Nicole Kidman, Cameron Bright, Danny Huston, Lauren Bacall, Anne Heche, Peter Stormare.Scénario: Jean-Claude Carrière, Milo Addica, Jonathan Glazer.Image: Harris Savides.Montage: Sam Sneade, Claus WehUsch.Jvtusique: Alexandre Desplat.États-Unis, 2004,100 minutes.MARTIN BILODEAU Cy est remarquable à quel point le premier long métrage de Jonathan Glazer n’annonçait pas son second.Autant Sexy Beast, réalisé en Grande-Bretagne, était survolté, strident, jqvénile, autant Birth, réalisé aux États-Unis, se révèle posé, feutré, adulte.Autant le premier était plein de promesses, autant le second en remplit d’autres.De fait, ce drame psychologique d’une cruauté foudroyante, fin comme de la dentelle, en équilibre permanent entre vraisemblance et ridicule, marque la naissance d’un auteur de cinéma important.Un auteur qui d’ailleurs ne s’entoure pas du tout-venant: Jean-Claude Carrière (Milou en mai) et Milo Addica (Monster's Bail) signent avec lui le scénario.Ça se sent dans le soin apporté aux dialogues, dans la finesse des observations psychologiques, surtout, dans la construction du récit aux ellipses vertigineuses.L’essentiel du drame se déroule dans ces instants invisibles du drame d’Anna (Nicole Kidman), une jeune veuve issue d’une grande famille bourgeoise de New York — semblable à celles qu’Edi-th Wharton dépeignait au siècle dernier, à la différence que celle-ci comporte deux matriarches (Lauren Bacall et Zoé Caldwell) en lieu et place du pater.Dans l’une des premières scènes du film, on apprend qu'Anna est sur le point de se remarier à un avocat prospère, (l'excellent Danny Huston).À son tour, un enfant de dix ans (Cameron Bright, excellent) qu’elle n’a jamais vu de sa vie vient lui apprendre qu’il est la réincarnation de son défunt mari.Un rideau tombe dans ses yeux, qu'elle ne rouvrira qu’au tiers du film, au cours d’une scè- SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILMS Anna (Nicole Kidman), est une jeune veuve issue d’une grande famille bourgeoise de New York.ne mémorable, digne des Hitchcock en technicolor.Imaginez: la caméra serre en gros plan frontal le visage de Kidman assise dans une salle de concert bondée.Deux minutes de suspense passent, modulées par les tonnerres wagnériens de l’orchestre hors champ, sans que rien ne bouge dans l’image, sinon les yeux de cette actrice extraordinaire dans lesquels défile le film de sa révélation soudaine.Elle y croit enfin et, à partir de ce moment, nous aussi.Que réserve la suite?Un triangle amoureux conduisant à la destitution du fiancé, puis un tango subtil entre Anna et l’enfant, qui culmine sur un épilogue renversant.Manifestement, Glazer s’adresse aux spectateurs adultes désireux de mettre à contribution leur propre intelligence.Son traitement antispectaculaire repose sur la juxtaposition d’un climat lourd sur une intrigue somme toute limpide, quoiqu’il faille nous-mêmes tirer certains fils et forcer certaines portes.Les nombreux travelling arrière, opérés par l’excellent Harris Savides (Elephant), contribuent à ce climat spatio-temporel étrange, dont on se demande s’il est d’ordre fantastique (lié à l’intrigue) ou social (lié au décor ultra-bourgeois).Par ailleurs, la musique d’Alexandre Desplat, avec ses notes claires au xylophone, nous saisit d’inquiétude dès la première bobine.Dès lors, on avance dans Birth comme sur des œufs, tendus comme une corde de violon, habités par la crainte que son atmosphère trouble ne s’éclaircisse avant l’heure, que les ressorts de son intrigue ne se relâchent subitement, enfin que la conclusion soit indigne des beaux instants de cinéma qui l’ont précédée et qui en font un des meilleurs films de l’année.SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILM Le jeune acteur Cameron Bright, excellent dans La Naissance.müm « UNE COMEDIE TENDRE ET CAUSTIQUE OÙ L'AMOUR ET LE SEXE RÉUSSISSENT [.] À FAIRE BON MÉNAGE.» • TÉLÉCINÉOBS « .DRÔLE, ÉMOUVANT ET TENDRE.» - FIGAROSCOPE CHARLES GASSOT préwnte CATHERINE FROT DIDIER BOURDON mariage DIDIER BOURDON JACQUES WEBER CLAIRE NADEAU AU CINEMA LE 5 NOVEMBRE PRESENTATION SPECIALE |-CINÊPLEX OOÉON-i SAMEDI 30 OCTOBRE A 20H30 AU CINEMA [QUARTIER LATIN ?] ?« Une destinée sentimentale à découvrir de toute urgence.» OÎIvier Pélisson.MCinémacom ?« Un film émouvant.» Jean-Philipp® Guerand, TéléCinéObs « Une interpretation remarquable de Maggie Cheung.» Luc Perreault, La Presse ?¦ft •< Maggie Cheung et Nick Nolte sont tous deux formidables.» Brendan Kelly, The Gazette PRIX D INTERPRÉTATION FÉMININE CANNES2004® / FILM D’OUVERTURE “ FESTIVAI NOUVEAU CINI Quand on n1 pas LE CHOIX ON CHANGE.maggie cheung ¦ clean un film de Olivier Assayas m:m »—-a— «««aua • — —.
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