Le devoir, 20 décembre 2008, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DÉCEMBRE 2 0 0 8 GC pourTintin.Pour Hachette, la reprise d’Albert-René est assurément un joli coup.Numéro un de l'édition française, le groupe s’étend ainsi dans le secteur de la bédé, où il était peu présent même s’il avait fait une incursion dans les mangas en mars 2007 en rachetant le seul gros éditeur indépendant, Pika.Mais Hachette Livre n’est pas étranger à Astérix: il est en effet le diffuseur et le distributeur des 33 albums parus.Par cet achat.Hachette conforte sa position et cueille un fruit mûr qui aurait pu lui échapper.«Tenue à l’écart» Car la cession d’Astérix se produit dans un climat de fortes dissensions au sein de la famille Uderzo, et que pointent des questions de partage et d’héritage.Dans cette transaction figure une grande absente: Sylvie Uderzo, fille unique d’Albert Uderzo, qui détient les 40 % restants de la société: «fai été tenue à l’écart, car je ne voulais pas vendre», dit-elle.Directrice générale des Editions Albert-René, Sylvie Uderzo a été remerciée en décembre 2007.par son père.Le litige est désormais devant la cour.Pendant 15 ans, avec son mari Bernard de Choi-sy, elle a travaillé au sein de «cette petite société familiale qui manquait de bras», précise-t-elle.Aujourd’hui, Sylvie Uderzo rappelle que des procédures engagées antérieurement 'pourraient entraver la vente», soulignant qu’«Hachette a pris un risque juridique énorme en passant en force».Bluff ou véritable danger?La bataille promet en tout cas d'animer le 501' anniversaire d’Astérix.dans les prétoires.Dans une déclaration conjointe avec Hachette, vendredi 12, Albert Uderzo dit «À mon âge, il était temps de songer à l’avenir de l’œuvre que j’ai créée avec mon ami René Goscinny» D ajoute qu’il fallait «en confier les clés à un grand éditeur».C’est chose faite pour lui.Anne Goscinny préfère se tenir loin des querelles familiales et accorde sa confiance à Hachette pour l’exploitation des droits d’Astérix.«Ce n’est pas une page qui se tourne, mais au contraire un nouveau chapitre qui s’ouvre.Je défends la mémoire de mon père.Astérix est né avant moi, mais je partage un peu de son sang.Rien ne peut se faire sans nos autorisations», ajoute fa fille de René Goscinny.Le Monde v: 4»u, illigi l ' I 'tin SOURCE AFP Gérer comme Pantoufle.Quand le Cirque du Soleil rêvait d’installer un immeuble de 800 étages (sic) au centre de Montréal.STÉPHANE BAILLARGEON Guy Laliberté est le P.T.Bar-num du XXL siècle et le nouveau chouchou de la grosse business.En moins de 30 ans, l’ancien échassier-cracheur de feu est passé de candidat aux élections fédérales pour le parti Rhinocéros (sous le surnom de Pantoufle, en 1980) au rang de milliardaire des arts.Le fondateur du Cirque du Soleil (CDS) a d’ailleurs reçu le titre d’entrepreneur mondial de l’année 2007 par la firme de comptabilité Ernst & Young.Pantoufle est une très grosse pointure.Cette réussite attire évidemment les experts en management, qui tentent de comprendre, sinon 1a recette, du moins le parcours.Le dernier-né du genre, Les Coulisses de l'innovation, tente de décortiquer les liens entre la création et la gestion au Cirque du Soleil, comme l’annonce son sous-titre.Son auteure, Isabelle Mahy, enseigne au département de commu- nication sociale et publique de l’UQAM.Son livre découle d’une thèse de doctorat remaniée.L’analyse s’articule autour d’un cas précis, le projet de Complexe Cirque de Montréal développé entre 1999 et 2002 sur le site actuel du Complexe des sciences de l’UQAM.Le Complexe Cirque a servi à ébaucher des idées qui ont effectivement été réalisées ailleurs, au Japon par exemple et bientôt à Dubaï.On annonçait ce mois-ci le déménagement d’un spectacle de Macao en Europe et l’ouverture du marché russe.Tout ceci découle en partie du Complexe Cirque, qui a pourtant échoué à Montréal.Le livre dévoile le secret de cette initiative complètement folle avec son budget astronomique de 100 millions de dollars.Les équipes de créateurs et de managers ont imaginé un bâtiment pour accueillir une salle de spectacle, un hôtel, des restaurants, un spa, des galeries d’art et d’artisanat, un stu- dio de production multimédia, un bar, des lieux de rencontres et de fêtes.Le prototype festif, unique, voulait devenir le choix de destination des «nomades de luxe du XXI' siècle», un des dix endroits les plus prisés du monde, disait-on.Au plus fort des délires, les concepteurs envisageaient un hôtel de 800 étages, pour la plupart virtuels.Certains espaces célébraient un seul sens (le toucher par exemple).Les «spect-acteurs» participaient aux shows et le gagnant de certains jeux était envoyé dans l’espace; ça ne s’invente pas, ou plutôt si.H y a un côté sectaire dans tout ce que décrit Mme Mahy.Le patron se présente comme guide.Ses ouailles font constamment référence à un document sur le CDS du futur appelé officiellement le Tome II, qu’eDes rebaptisent La Bible.La caméra qui les filme constamment devient le 3r œil.Ils font des retraites de body painting et d’autres VOIR PAGE F 2: CIRQUE JACQUES GRENIER LE DEVOIR Guy Laliberté Wcm F ‘2 LË DEVOIR, LES SAMEDI 2 0 ET DIMANCHE 21 DÉCEMBRE 2 0 08 LIVRES EK APARTÉ Le livre intrépide HERVÉ GUIBERT Moi, 1981.Autoportrait.Hervé Guibert (1955-1991) semblait parfois porté par un violent désir de mort qui n’enlevait rien à sa lucidité tranchante.0 1 ^ "' Jean-François I it Nadeau Un jeune homme se présente ce jour-là au journal.11 a vingt et un ans.Il est beau comme un ange qui aurait été finement modelé par le diable.Le jeune homme vient déposer un article à la rédaction.Cela arrive à l’occasion qu’un inconnu se présente ainsi, à brûle-pourpoint, avec un texte en main.La réponse qu’on sert dors est à peu près toujours la même: «On lira votre article plus tard.On vous rappellera.Nous avons un journal à boucler.Merci.Bon après-midi.» Mais ce jeune homme insiste.«Lisez-le tout de suite.» Son article est formidable, brillant, bien ciselé.De quel espace dispose-t-on encore dans les pages du lendemain?Juste ce qu’il faut pour publier le texte tout de suite.L’article du jeune inconnu paraîtra donc dès le lendemain.Quelques jours plus tard, après une rencontre rapide avec la directrice du secteur, on confie à ce jeune homme hors du commun une rubrique culturelle.C’est ainsi qu’Hervé Guibert est entré, en 1977, au quotidien Le Monde, c’est-à-dire d’une façon pour le moins impromptue.Mort du sida en 1991, Guibert est devenu, en quelques années seulement, une sorte d’étoile dont la fulgurance n’a de cesse de me fasciner, même lorsqu’il plonge, dans ses romans entre autres, au plus noir du gouffre de ses aventures intimes, comme s’il était porté par un violent désir de mort À le lire et à le relire, je comprends mieux pourquoi aussi bien Isabelle Adjani que Michel Foucault ou Henri Cartier-Bresson avaient développé pour ce jeune homme doué des sentiments complexes, à la fois empreints de fascination et d’amour.Vient de paraître, sous la classique couverture ivoire de Gallimard, Articles intrépides, un choix d’articles de Guibert d’abord publiés dans Le Monde entre 1977 et 1985.On y découvre un écrivain qui évolue, à revers des conventions, sur le terrain du cinéma, de la photographie et un peu par la bande, de la littérature, qui était en vérité sa véritable passion.Cela donne envie de relire certains de ses romans, son journal aussi, Le Mausolée des amants, admirable livre posthume qui mélange tout mais parvient néanmoins à donner une juste mesure de l’extrême lucidité de son auteur.Cette semaine, pour me punir sans doute d’avoir oublié derrière moi mon exemplaire d’Art ides intrépides, j’ai eu droit, dans une salle d’attente, à la longue litanie des airs de Noël.Trois versions différentes de la Marie Noël de Claude Gauthier pour seule compagnie avant de pouvoir me jeter enfin sur l’unique copie du journal qui traînait là.Sous la rubrique «Actualités», je tombe alors sur une chronique de Patrick Lagacé.Lagacé, comme son confrère Martineau, n’est pas du genre à tourner sa langue sept fois.Le voici qui proclame que «le livre meurt», tout en ajoutant, tant qu’à y être, que «ce n’est pas grave».En guise de preuve: lui-même.Rien de moins.Avant, dit-il, je lisais beaucoup, «des essais et des biographies surtout».Ah bon.Or voilà qu’il ne lit plus ou presque de livres.Pourquoi?A cause du Web.Le Web prend presque tout son temps et comble son appétit de savoir.Comme pour tout le monde, avance-t-il.Eh bien, eh bien! La nouvelle est-elle ici d’apprendre que le chroniqueur a déjà lu des livres ou qu’il n’en lit plus?Il est toujours étonnant de voir à quel point plusieurs personnes des médias tendent à confondre ainsi leurs propres habitudes avec celle de toute une société.Les fàits lui donnent doublement tort.Les gens lisent plus de livres que jamais à l’échelle du globe.On en édite d’ailleurs de plus en plus.Les grands groupes de communication, toujours à flairer la bonne affaire, se sont mis à racheter ou à lancer à qui mieux mieux des maisons d’édition.Même le quotidien de la rue Saint-Jacques, d’où professe le chroniqueur, a lancé des maisons d’édition et publie désormais des livres à un rythme soutenu.Au point d’ailleurs où ledit quotidien a cru bon de relancer dans ses pages, après des années d’absence, un vrai cahier dédié entièrement à l’univers du livre.Selon les statistiques compilées annuellement par la Bibliothèque nationale du Québec, la production de livres est aussi élevée que jamais.Même chose du côté des ventes que s’emploie à mesurer l’Institut de la statistique du Québec.La semaine dernière, le New York Times signalait la vigueur du mondç des livres et le retour en force de la fiction aux Etats-Unis.On pourrait établir le même constat ailleurs dans le monde.A la dernière foire du livre à Francfort, la plus importante du genre, la production ne donnait aucun signe de fléchissement, ni d’abandon prochain à une forme de support virtuel.Si les gens lisent moins, ce qui est vrai en partie, ce sont surtout les journaux qui en font les frais.Pas les livres.Le Los Angeles Times, deuxième quotidien américain en importance, de même que le Chicago Tribune, huitième en importance et ancien fleuron de l’empire du major McCormick, sont au bord du gouffre.Pendant des décennies, McCormick a organisé la destruction d’arbres de la Côte-Nord québécoise à son profit Tout ça pour en arriver là aujourd’hui.Partout, les journaux populaires régionaux piquent du nez.Le Washington Post et Newsweek vont perdre de l’argent en 2008 à force d’avoir vu leur lectorat et leurs annonceurs s’éloigner d’eux.En Espagne, El Mundo s’écrase.Chez nous, de grands groupes tentent de gagner de vitesse cette chute déjà bien visible ailleurs en s’efforçant de remodeler de façon radicale leurs salles de rédaction.Au journal même de Patrick Lagacé, on supprime environ 10 % des postes de journaliste, tout en s’apprêtant à ne pas renouveler les postes de correspondant à l’étranger.Même s’il était vrai d’affirmer que le livre se meurt — ce qui n’est pas le cas —, Patrick Lagacé n’aurait pas moins tort de prétendre, comme il le fait, que «ce n’est pas grave».Comment peut-on soutenir en effet sérieusement qu’abandonner le mode de lecture que permet le livre serait sans conséquence sociale fâcheuse?«Je profite du génie collectif des internautes», écrit Lagacé à la va-vite, visiblement peu avisé, en cette ère où règne le blogue, que la pensée en commun conduit le plus souvent à des pensées communes.La lecture que propose Internet est d’un type nouveau.C’est une lecture par agrégation d’informations, conçue pour un court terme en dents de scie.Jusqu’à preuve du contraire, le Web ne permet guère une réflexion dans la durée.À moms que l’on se mette à confondre allègrement, comme le fait Patrick Lagacé, culture et information, au point d’en arriver à citer un livre, celui du professeur Christian Vandendorpe, pour annoncer sérieusement la mort., du livre.j fn a de a iPaledevo i r.com Roman québécois Cookie Island Blues CHRISTIAN DESMEULES Pour son premier roman, Cookie, Sophie Bouchard nous livre au «je» la confession désarmée et impudique d’une jeune femme intense qui brûle, le mot est faible, d’un désir presque frénétique de contrôler sa vie — qui ressemble de plus en plus pour elle à une sorte de «bordel irréfléchi».Surtout sa vie amoureuse.Musicienne, violoncelliste «élec- trique», Cookie, la narratrice de cette chronique du désarroi amoureux contemporain, aime l’alcool et avoue «pratiquer faire l’amour comme sport olympique».Elle ajoute aussi, d’un même souffle teinté d’autodérision, ne pas savoir parler d’amour.Désillusionnée au chapitre des relations hommes-femmes, mais écartelée aussi entre une soif féroce de liberté et le désir millénaire de trouver l’amour, le vrai, celui avec un grand A elle cultive la fui- te en attendant de pouvoir toucher du doigt l’inaccessible étoile.Un contrat sur un navire de croisière lui donne le prétexte pour s’éloigner de l’homme avec qui elle vit depuis cinq ans.Au retour, huit mois plus tard, bien résolue à rattraper le temps perdu, elle se décide de mettre un point final à une longue et insatisfaisante relation pour profiter réellement de sa liberté.Dans ses fantasmes de petite fille qui souhaite changer de vie, l’héroïne désabusée de Sophie Bouchard rêve d’une île déserte («Cookie Island») qu’elle irait re- joindre sur le voilier que son père lui a laissé.Mais pour le moment, le voilier reste à quai, et les projets d’évasion prennent l’eau: «Sur l’eau, je regarde la terre.Sur la terre, je regarde l’eau.» En attendant de prendre le large, Cookie a résolument adopté le mode de vie sexuel des mâles: «Je pense avec ma bite imaginaire qui s’appelle Gary.» Elle compte le nombre de ses amants, passe en revue sa vie amoureuse et sexuelle.Elle le fait sans complaisance, comme on se livre à un examen de conscience.Et le constat au- quel elle arrive est plutôt négatif.Au marché fluctuant de l’amour, la cote de Cookie, suivant la courbe du temps qui passe, perd de plus ne plus de valeur.«L’amour est un marché.Pas de promesse d’achat.Pas de garantie.On abolit les taxes pour être plus vendeur.On ne paie pas à l’an mais au mois et parfois même à la semaine.Pas de livraison mais cadeaux gratuits.On consomme.On jette.On ne recycle surtout pas.» Histoire classique d’un désarroi existentiel et amoureux, le roman de Sophie Bouchard, plutôt décou- su, est servi par une série de chapitres courts, un regard en biais qui n’est pas dénué d’humour, un patchwork d’instantanés, de réflexions amoureuses, de «courtes scènes» et de listes.Une longue fuite à la recherche de soi sans réel dénouement Collaborateur du Devoir COOKIE Sophie Bouchard La Peuplade Taillon (Québec), 2008,276 pages Les Presses de l'Université de Montréal n y fi i 3* ï » 5 N 5 3 * N LE PRIVE DANS la SANTE Les Presses LE PRIVÉ , DANS LA SANTE Les discours et tes faits Sous lo direction de François Béland, André-Pierre Contandriopoutos, Amélie Quesnel-Vallée et Lionel Robert www.pum.umontreal.ca Université de Montréal A & Triptyque www.i r tptyq ue.qc.ca tnptyque€A*di tiontriptyque.com Tél.: (514) 597-1666 Johanne Alice Côté MÉGOT MÉGOT PETITE MITAINE nouvelles, 13 i p., 18 S «Ch.iquc nouvelle de ce recueil ni a plongée duns un monde parfois glauque, parfois poétique, souvent hyperréaliste et tourmenté, toujours brillamment décrit.1.'écriture de Johanne Alice Coté est précise, travaillée, elle coule et m’enchante.Dix nouvelles, dix univers, dix bonheurs de lecture.» Françoise Careii, Le libraire Finaliste Prix littéraire des collégiens fjTT Johanne Alice Côté W&f.|| Mégot mégot It?.1 igL petite mitaine Wàm nouvelles ttoky ,im: t» colLdwtnfKm dé Mireille Barrière Colette Boky Le chant d’une femme Coi n ra Bhkv ct.MmKU.M- Barrichk Æ- Vjj COLETT E BOKY Le chant d u ne femme biographie, 344 p.28 $ Une cantatrice exceptionnelle.«Une extraordinaire carrière» George Nicholson Un ouvrage remarquable enrichi de 60 photos.MANUKL RIBBIRO REUTERS CIRQUE SUITE DE LA PAGE F 1 pratiques en odeur ésotérico-pé-tées censées rapprocher tout le monde.Ils imaginent un calendrier original pour le Complexe avec le 29 février 2048 comme point de fuite et armée zéro.La professeure Mahy dévoile bien une partie des coulisses de ce genre d’innovation.Comme elle ne pouvait tout dire directement, clause de confidentialité oblige, elle joint à l’analyse un récit romancé, une fable quoi, une historiette autour des étapes du projet Tout ça pour finalement servir quelques leçons à ceux qui voudront apprendre à gérer et à créer comme Pantoufle.Les managers peuvent retenir des artistes circas-siens l’idée de «vivre en symbiose, sans fragmenter les activités de travail».Ils peuvent aussi apprendre des managers circassiens «à exercer leur pouvoir en ne craignant pas l’émotion, en osant vibrer, sans perdre de vue le fait que leur action au service de la création peut lui nuire s’ils oublient de la protéger».Tout cela peut sembler assez banal.C’est souvent le problème avec ce genre d’étude, y compris les meilleures, comme celle-là.Parce que franchement, après avoir lu un bon essai sur Les Demoiselles d’Avignon, comprend-on vraiment le mystère Picasso?Mais bon, il faut peut-être aussi organiser savamment ces choses-là pour les Guy Laliberté en herbe des autres secteurs qui n’en demandent pas moins et en obtiennent beaucoup plus.Le Devoir LES COULISSES DE L’INNOVATION Création et gestion au Cirque du Soleil Isabelle Mahy PUL, 2008 293 pages « 4 I F 3 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DI M A X C II E 21 I) É l E M B R E 2 0 0 R LITTERATURE Qu’est-ce qu’être montréalais ?Ecrivain des ombres Dans son plus récent numéro, la revue littéraire d’essai et de création L’Inconvénient pose la question: qu’est-ce qu’être québécois?Pas de réponse simple, évidemment.Monique Larue ouvre le bal.Et affirme d’entrée de jeu qu’il est bien difficile de dire ce que c’est exactement que l’identité québécoise: tout dépend du point de vue.Elle qui croit d’abord et avant tout à la «vérité de l’imaginaire» propose d’envisager la question par Le biais de la littérature.A ses yeux: «La vérité réside dans le mystère des vies concrètes, que les récits interrogent et protègent.» Passant de la théorie à la pratique, l’auteure de La Gloire de Cassiodore, Prix du Gouverneur général 2002, raconte une histoire où différents personnages ont une vision contradictoire du Québec d’hier et d’aujourd’hui.Une histoire ingénieuse et passionnante, qu’on aimerait bien la voir développer davantage un jour dans un roman.Mais avant cette plongée dans l’imaginaire, l’écrivaine, dont le petit livre L’Arpenteur et le Navigateur a tant fait jaser il y a une dizaine d'années, soulevant Tire de la Tribune juive, qui est allée jusqu’à parler de racisme, se surprend à rêver.Monique Larue imagine un cours sur l’identité québécoise.Dans son livre à elle, la question de savoir qui on est devrait passer par l’étude de textes littéraires québécois.On devrait, suggère-t-elle, analyser la question du double dans l’œuvre d’Hubert Aquin et de Jacques Godbout En passant l’idée de passer au peigne fin les romans de Dany La-ferrière, depuis Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer jusqu h ]e suis un écrivain japonais pourrait aussi porter fruits.De la figure du double à l’identité multiple, il n’y a qu’un pas, franchi allègrement par le petit-fils de Da.Monique Larue n’en parle pas.Mais elle ouvre la porte à toutes les possibilités: «Être québécois, ce serait connaître les classiques québécois et leur répondre, avec toutes les ruptures que cela implique.» Elle ajoute: «Douce utopie, qu’à cela ne tienne.» Dans le même numéro de L’Inconvénient Jacques GodbouL Qui avait semé toute une controverse il y a deux ans en affirmant que le Québec allait disparaître d’ici 2076.Et pour qui, «en dehors des théories sociologiques ou psychologiques, au-delà des discours, une identité est une histoire».«Qu’est-ce qu’être québécois?Accepter de s’inventer tous les jours en attendant de faire consensus sur une histoire commune?», demande-t-il.Avant d’affirmer «Lave-nir de l’être québécois se joue, m le sait, à Montréal, la seule grande ville cosmopolite sur notre territoire.C’est dans les rues de la métropole que la langue française va s’affirmer ou s’affaiblir.» Bien évidemment, argue Godbout, être québécois aujourd’hui ne se pose pas sans prendre en compte l’immigration.«Si, comme l’affirment les slogans multiculturels, “nous sommes tous des immigrés”, cela ne nous place pas tous sur le même palier.Nous ouvrons la porte à l’étranger, mais il doit reconnaître qu’il n’arrive pas dans une maison vide.» Justement.Ouvrez Accommodante Montréal, de Gisèle Kayata- Eid.Plongez-y.Dans ce petit livre sans prétention, vous verrez Montréal par les yeux d’une libanaise d’origine, Montréalaise d’adoption.Qui écrit en français.Et présente la métropole comme tout le contraire d’une maison vide.Bien sûr, il y a des choses qu’il n’y a pas, à Montréal.Pas de coupures d’électricité à tout bout de champ.Pas de contrôle d’identité à tous les coins de rue.Pas d’armes qui pointent dans votre direction à toute heure de la journée.Pour quelqu’un qui a connu 17 ans de guerre dans son pays d’origine, c’est frappant.«Les gens à Montréal ne se rendent pas compte de leur chance d’être libres et en sécurité.» C’est la première phrase vom MEXIQUE ,FLORIDE : (fis ARC H1T ECTt ' RI j.I CARNAVAL PIQ/mIH V MOCIDHM • RHUM Inrsi RVB NATURUlt i* HOUfS y U ¦ gfflV l.: a 11 tT.At.il ART nANAF PYRAMIDES • ' BIBBfflH ADI LOUE L MARI IN 10(1 ( Jennifer Tremblay La listé Un mut' du iA&rpvnt df terre Benoît Buuthillette La Mue du serpent de terre librairiemonet.com DU 6 DÉCEMBRE 2008 AU 31 JANVIER 2009 La Librairie Monet dédie sa galerie i’aire libre GUIDES VOIR G R O U PB L I B R E X Une compagnie cie Québécor Media www.groupiilibrex.com nous réinventons la librairie H3M 1L3 / Tél: (514) 337-4083 H I LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DÉCEMBRE 20 0 8 ESSAIS Le désir de la démocratie essayiste Laurent La-plante pratique, depuis au moins une dizaine d’années, une sorte de journalisme d’enquête philosophique appliqué à de grands enjeux contemporains.Dans des méditations qui s’inspirent de l'actualité sans s’y réduire, il met en oeuvre une méthode d’analyse qui emprunte moins, ex-plique-t-il, à la rigueur de la science politique qu’à «la phénoménologie chère au journalisme».Dans La Démocratie entre utopie et squat-teurs, il propose une «défense» de l’idéal démocratique, précédée d’une solide critique.«Exiger la clarté du diagnostic confine parfois à la cruauté, reconnaît-il.Exigeons-la pourtant.Sans la mise en exergue des malentendus qui anémient la démocratie, il n’est pas de réforme possible.» Dans cette entreprise, La-plante ne revendique pas le statut de spécialiste.«On percevra forcément, prévient-il, quelque chose d’échevelé et d’aventureux dans mes réflexions.» Le penseur, dont la vie est «absorbée par le journalisme, l’enseignement ou la littérature», voudrait se voir reconnaître un seul mérite, celui de cultiver le «désir entêté d’une société démocratique plus fidèle à son utopie et moins parasitée par les squatteurs et autres démagogues».Au chapitre des «illusions et mensonges» qui dénaturent la démocratie, Laplante identifie l’inégalité des chances entre les options, causée par un traitement partisan de la carte et des listes électorales, par des financements souterrains et par une presse en panne de diversité.Il pointe aussi la perte d’influence des élus au profit du seul premier ministre (pas directement élu comme tel) et de conseillers non élus.«Si le député, écrit-il, ne peut plaider la cause du peuple auprès du pouvoir et doit endoctriner ses électeurs au lieu de les entendre, l’hypothèse s’affadit d'un gouvernement du peuple par le peuple.» Très sévère à l’égard des médias qui n’assurent plus «la surveillance désirable», Laplante déplore, pour expliquer ce phénomène, la concentration de la presse, l’obsession du profit et la formation des journalistes, confondue avec celle des rela-tionnistes.Le démarchage (lobbying) et le culte des son- dages (qui atomisent le citoyen) s’ajoutent à cette liste de nuisances.D’autres sources d’inquiétude, plus profondes encore peut-être, sont identifiées par Laplante.Il s’agit, notamment, de la soif de sécurité, bassement exploitée par des campagnes de peur pour justifier des mesures répressives ou médiocrement apaisée par des médias producteurs de ré- confortants divertissements plutôt que de clés de compréhension du réel.11 s’agit, aussi, du règne de «l’épidermique», qui entretient l’incohérence et qui fait, par exemple, c\\i'«on professe un vif mépris pour les politiciens, mais [qu’joæ savoure leurs promesses les plus improbables».Ce qui inquiète surtout Laplante, toutefois, ce sont les «simplifications du populisme», qui tuent la réflexion, le recul critique et qui encouragent les «solutions radicales et instantanées» au nom du «bon sens», des «vraies affaires» et du «vrai monde» qui n’a rien à faire des «questions oiseuses» des intellectuels.Résultat: «L’individu moyen admet qu’il ignore tout du fonctionnement de son grille-pain, mais, à l’entendre, l’éthique n’a pour lui aucun secret.D’instinct, il sait l’insuffisance de la peine prononcée contre un pédophile.» Le pluralisme et, par conséquent, la modération étant, selon lui, des critères démocratiques essentiels, le journaliste ne proposera pas de solutions simplistes et tranchantes visant à renouer avec l’idéal qu’il défend.Il suggérera néanmoins quelques pistes.Il importe, écrit-il, de restituer aux mots leur sens et de chérir l’apport des intellectuels, dont les journalistes devraient faire partie, dans cette mission.«Que des squatteurs israéliens soient qualifiés de colons nourrit l’équivoque, explique-t-il par exemple.Que le terme de terrorisme noie la notion dans le flou artistique permet aux politiciens de dangereux assauts contre les droits fondamentaux.Qualifier d’insurgés les Irakiens qui se battent contre une armée d’occupation, c’est immensément bête et quotidiennement radio-canadien, mais qui s’en préoccupe?» La démocratie, selon Laplante, devrait «valoriser à l’extrême l’absence d’extrémisme» et «chercher l’amélioré plutôt que le pointilleux idéal des principes désincarnés».En matière de mode de scrutin, par exemple, il faudrait sortir de l’alternative tranchée — scrutin uninominal à un tour ou proportionnelle pure — pour privilégier une solution mitoyenne, respectant à la fois le désir de stabilité et celui d’une plus juste représentativité.Contre les démagogues Heurté par l’hystérie engendrée par le débat sur les accommodements raisonnables, Laplante, favorable au concept, dénonce les «démagogues qui propagent une peur porteuse de rejet».L’affaire du vote des femmes voilées, à l’été 2007, confinait au délire et à «la peur d’avoir peur d’avoir peur».Le journaliste rappelle qvè«aucune — aucune — demande n’a été soumise par la communauté musulmane pour demander le vote malgré le voile.La volonté du vivre-ensemble, selon la formule de Georges Leroux, doit nous mener à développer, non pas une «cohabitation polie», mais un «pluralisme chaleureux», qui passerait par une laïcité acceptant «tous les symboles religieux, à la seule condition qu'aucun ne compromette la sérénité sociale ou ne relève de l’intimidation».Le jugement très sévère — trop, à mon avis — que Laplante réserve aux médias, détournés de leur mission par la concentration et le mercantilisme, l’amène à plaider pour un enseignement de la langue de ces derniers afin «d’aider le peuple à se soustraire au conditionnement médiatique».L'avenir d’une démocratie en santé, finit-il par clamer, ne passe justement pas par une obsession de la santé, mais par l’éducation, qui détermine tout le reste.Parfois surstylisé et légèrement décousu, cet essai offre néanmoins un solide parcours réflexif sur la plus nécessaire de toutes les utopies.louiscofasympatico.ca U DÉMOCRATIE ENTRE UTOPIE ET SQUATTEURS Laurent Laplante Multimondes Québec, 2008,136 pages Louis CORNELLIER La démocratie, selon Laplante, devrait «valoriser à l’extrême l’absence d’extrémisme » et « chercher l’amélioré plutôt que le pointilleux idéal des principes désincarnés ».Littérature québécoise — essais Copeaux de Gilles Leclerc Des fragments inédits de l’auteur du Journal d’un inquisiteur Essais québécois L’œuvre au noir de Lawrence Olivier DALI E GIROUX Lawrence Olivier est celui que l’on a déjà qualifié, dans les pages du Devoir, de philosophe trash.Vraisemblablement, il s'agissait, par cette épithète peu commune pour étiqueter une érotique de la sagesse, même contemporaine, de signaler l’effet de désolation morale que ne manque pas de provoquer le travail intellectuel d’Olivier.Il s’agit bien, depuis Le Savoir vain et en passant par Contre l’espoir, d’un travail de sape, d’une œuvre au noir, et d’un théâtre de la cruauté mettant en scène les oripeaux pathétiques de la morale collective, baignant dans une atmosphère de putréfaction.Double destruction La thèse de Détruire: la logique de l’existence, le dernier ouvrage de l’iconoclaste professeur de science politique, est double et redoutable.Elle nous dit ceci.Dans l’existence, il y va, fondamentalement, d’une double destruction: l’autodestruction d’une part et l’hétéro-destruction d’autre part.Se détruire soi-même, par les forces annihilantes du doute et de la raison, détruire les autres, pour se survivre à soi-même, en vivant contre les autres.Le paradigme de la pensée d’Olivier présente ainsi l’individu, à partir d’une approche ondulatoire plutôt qu’atomistique, comme un ensemble d’affects en tension entre l’auto-effondre-ment (c’est-à-dire la dissolution, l’expérience du néant) et l’exo-centrement (c’est-à-dire la fusion, l’expérience de la totalité).La société, les institutions sociales constituent à l’égard de cet ensemble affectif en tension un système de stabilisation.Il s’agit bien, lorsqu’il s’agit du politique, de maintenir l’affectivité dans une certaine organisation tenue pour productive.Si Olivier est décidément existentialiste, sa définition du politique, lui qui aura dit «il n’y a rien de naturel dans l’existence», est bien foucaldienne.A cet égard, son premier ouvrage, portant sur la pensée de Michel Foucault, constitue peut-être la meilleure introduction à cette pensée de l’espoir et du désespoir, de l’action et de l’inaction, du bien et du mal.La souffrance comme expérience limite de l’existence Si on se permet d'interpréter la cosmologie olivienne, on n’y trouve pas tant, au départ, une idée de désordre (cette guerre de tous contre tous qui fonde la mythologie politique occidentale) qu’une image du mouvement perpétuel des désirs en tension vers le néant.Ce mouvement, dans l’action humaine, est organisé, équilibré, stabilisé, par le biais de la TA* LIBER Lawrence Olivier, professeur de science politique et penseur sceptique de l’UQAM destruction, de la violence, c’est-à-dire de systèmes spontanés ou qualifiés de douleur — et ce, paradoxalement contre la destruction même.«Le dépassement, l’ouverture à l’infini, ce n’est rien d’autre que le constat, mal compris ou simplement détourné, de notre impuissance à maîtriser la puissance du négatif, ce pouvoir qui n’est pas en notre pouvoir.L’action de détruire, de se détruire.» Retournant les critiques souvent très dures portées à cette pensée désespérante qui ont suggéré qu’il s’agit là d’une pensée pathologique, dépressive, d’un regard cynique sur la vie, Olivier suggère que c’est précisément Y «être faible», celui qui fait au plus intime l’expérience de la souffrance, qui peut embrasser du regard la structure,métaphysique de la modernité.Etant «au plus proche de lui-même», l’être qui fait l’expérience de Y«équinanité» de toute chose, suivant le chemin du doute radical, celui qui frissonne dans la lumière crue du néant, se trouve au point limite de l’expérience humaine, qui est l’expérience même de l’existence.Celui qui nie cette souffrance — ce qui sera souvent fait avec une charge d’agressivité étonnante et significative — est, selon Lawrence Olivier, le véritable cynique.Le penseur sceptique de l’UQAM a d’ailleurs le scandale tranquille.Il témoigne, par une lente entreprise de désertification, démarche têtue et consciente de ses contradictions, de la violence qui irrigue de part en part nos rapports intimes et sociaux.Par cela, il effraie.Mais ne faut-il pas apprendre à nouveau, avec cette pensée, que ce n’est pas parce qu’une chose est douloureuse qu’elle est fausse?Collaboratrice du Devoir DÉTRUIRE: LA LOGIQUE DE L’EXISTENCE Lawrence Olivier Liber Montréal, 2008,120 pages CHRISTIAN DESMEULES Bien installé au milieu d’une théorie d’enragés littéraires québécois, de crieurs publics et d’impatients déboulonneurs de mythes, Gilles Leclerc (1928-1999) occupe une toute petite place dans l’histoire de notre littérature.Le Journal d’un inquisiteur, paru pour la première fois aux Editions de l’Aube en 1960 — à compte d’auteur —, demeure aujourd’hui encore un texte baveux, péremptoire, exultant, frénétique, défaitiste et tristement visionnaire.Jean Marcel, qui signait la préface de sa deuxième rie aux Editions du Jour en 1974, n’hésitait pas à voir dans le Journal d’un inquisiteur le «non le plus global qui ait jamais été proféré à la face non seulement du Québec comme pays, mais de ses assises historiques et spirituelles».Des années plus tard, toujours peu lu, le Journal a été réédité chez Lux en 2002 avec une présentation de Gilles Isabelle qui y soulignait, peut-être à tort, les affinités liant Leclerc à Guy Debord et au mouvement situationniste.Un rapprochement que l’auteur de La Société du spectacle devait lui-même rejeter dans une lettre d’août 1960 à Patrick Straram, qui venait de faire paraître le premier numéro — et aussi le dernier — de son Cahier pour un paysage à inventer auquel Leclerc (en plus de Gaston Miron, Paul-Marie La- pointe et Gille Hénault) avait collaboré.«Gilles Leclerc, écrit Debord, est dans une conjusion qui ne s’ouvre que sur Dieu et son “odeur d’œuf pourri”.Son vocabulaire s’en ressent aussi Les vérités parcellaires qui s’y mêlent en sont altérées.» Un peu plus loin, Debord sent le besoin d’en rajouter et enjoint à Straram de suggérer à Leclerc de «lire les œuvres philosophiques de la jeunesse de Marx pour apprendre “le respect de l’intelligence”, parce qu’il est très mauvais d’en rester à l’âge mental de 14 ans, surtout quand on a eu 14 ans en admirant Carrel, Koestler et Malraux.» Premier d’une série de trois tomes de pensées, de notes et d’aphorismes tirés des çarnets intimes de Leclerc que les Editions De Courberon souhaitent faire paraître, Miniatures.Carnets d’un inquisiteur lève le voile sur les préoccupations morales (surtout), artistiques et intellectuelles de Leclerc au cours de l’année 1956.Si on y fait la connaissance d’un idéaliste exigeant à la recherche d’une illusoire pureté de l’âme — et d’un Dieu certainement aussi incertain —, on s’aperçoit rite que la révolte de Leclerc se colore très tôt d’une part d’amertume et d’un pessimisme radical que ses difficultés à publier, par la suite, viendront sans doute alimenter.«A force de songer à ce que je ne serai jamais, écrivait-il, je m’empêche de produire.» Plus loin: «Je laisse croître en moi les tensions intellectuelles et morales qui, elles, me dicteront l’heure de l’accouchement artistique, f attends l’avènement de mon dieu caché, fai confiance: c’est ma Foi, à moi!» Mais à force d’attendre et d’être mal reçu, on faiblit, la flamme vacille Beau cas de représentant d’une génération qui s’est heurtée de front aux puissances les plus monolithiques de la société canadienne-française, Leclerc n’avait peut-être pas, quant à lui, les moyens de ses ambitions prométhéennes.Mais sa révolte nourrie d’humanisme déçu saura sans doute toujours trouver un écho.«Un amour en flagrant délit de coma, et une habilité à la haine insomniaque, voilà ce qu’on se retrouve dans les mains après avoir fait l’autopsie de l’Homme, à toute heure de la vie, en tous points géographiques du globe», écrivait en août 1956, à l’âge de 27 ans, ce parfait contemporain d’Hubert Aquin, qui caressait, de l’autre main, un projet de roman «bemanosien».Triste prophète du déclin de la «civilisation» québécoise, Mozart assassiné de la Révolution tranquille, Gilles Leclerc, qui n’a plus rien publié après 1960 — rien d’inédit en tout cas —, a poursuivi une longue et fructueuse carrière de terminologue à l’Office québécois de la langue française.11 a semble-t-il laissé toute une caisse d’inédits et de textes inachevés, dont une intrigante Mystique de la merde, des poèmes, des drames, des romans.Collaborateur du Devoir MINIATURES.CARNETS D’UN INQUISITEUR, TOME 1 Gilles Leclerc Préface d’André Major Éditions De Courberon Saint-Patricede-Beaurivage (Québec), 2008,144 pages Mltht/lrtt t.ACMANCt Arv-.H: EWNAUX MIctHl TWIMBt AV M/ehcl CAHNtAU Un* ÎHEMBUV À ne pas manquer dans cette édition : Un grand dossier sur la traduction L’auteure Micheline Lachance à l’honneur En klotque dès maintenant! Bulletin d’abonnement Remplir et retourner à : Les éditions £utre les lignes téléphone : 514.526.2620 2177, rue Massun, bureau 411, Montréal (Québec) H2H ÎB1 Télécopieur ; 514,526.4111 ?Oui, je m'abonne au magazine Entre les lignes*.?Oui, j'abonne unie) de mes ami(e)s au magazine Entre les lignes*.Cadeau de r.Tél.: ?4 numéros /1 an ; 20,00 $ + tx = 22,57 $ (institutions : 22,00 $ + tx = 24,83 $) ?8 numéros /2 ans : 35,00 $ + tx = 39,51 $ (institutions ; 40,00 $ + tx = 45,15 $) Nom :_____ Adresse : .Ville :____ Tél.rés.:.Courriel :.Prénom : .Province :.Tél.bur.r .Code postal :.Mode de paiement : ?Chèque ou mandat à l’ordre de : Les éditions Entre les lignes ü Visa ?MasterCard It carte de crédit r- Date d'expiration :________________ Signature :- .Date : Ânlë-Marie Couturier mm , fictiOM, nistonque ».,/ MB VT ¦ 'X 1 ^ i I Anne-Marie ’¦ -fo‘i- j, W’’ il'i /f'1 ^ L’étonnant destin i MNÉ PLOURDE Pionnier Je la Nouvelle-France L’étonnant destin de René Plourde Pionnier de la Nouvelle-France tr« tw».David Dans un style alerte et ponctué de tournures anciennes, Anne-Marie Couturier nous fait revivre, entre imaginaire et réalité, les aspirations et le labeur d'un pionnier des rives du Saint-Laurent, le premier d’une lignée toujours vivante.414 p.-24,95$ • L'ABONNEMENT DEBUTERA AVEC L'EDITION VOL 5 N" 3 ¦ MARS Z009.www.editionsdavid.com InfoOedItionsdavld.com tMT)830-3335 igk l-,js Editions i David / « I y
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