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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2004-11-20, Collections de BAnQ.

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LIBRAIRIE Entrenie avec Pierre Renaud Page F 2 DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 01 LITTÉRATURE I Entrenie avec Martin Winckler Page F 12 0 Les dessous d’une ville propre Michel Tremblay En 1967, année de l’exposition universelle, Montréal voulait être une ville propre.Pour recevoir la grande visite des touristes étrangers, l’administration municipale avait fait fermer tous les établissements louches du centre-ville.Tous?Peut-être pas.Dans son dernier roman, intitulé Le Cahier rouge, Michel Tremblay invente un bordel de travestis, Le Boudoir, où travaille comme hôtesse une narratrice presque naine mais pleine de tendresse pour ses proches, Céline.JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Je me suis longtemps servi des travestis comme de personnages qui ont des problèmes d’identité» CAROLINE MONTPETIT Nous nous rencontrons au cabaret Chez Mado, haut lieu montréalais des spectacles de travestis.Ail heures du matin, l’endroit est évidemment désert, sous les boules en miroir qui scintillent au plafond.Ce soir-là, on pourra y voir Miss Butterfly dans un spectacle intitulé Dalida l’immortelle.Les soirées chez Mado ont la réputation d’être drôles.On s’y croira peut-être en plein roman de Tremblay.Dans la mémoire de l’écrivain, qui est aussi la matière première de son œuvre, l’exposition universelle de 1967 à Montréal était un événement trop astiqué, trop poli à son goût II a donc décidé, sur le tard, d’y ajouter une goutte de subversion.Mais tout bordel qu’il soit Le Boudoir du Cahier rouge est un endroit chaleureux.On y retrouve l’éternel esprit de famille de Tremblay, avec ses affections, ses coups de cœur, ses coups bas et ses coups de théâtre.Tremblay a une fascination pour les autres, et ce sont eux qui engendrent les êtres colorés de son œuvre, «/a» exploité le côté ludique des travestis», dit-il.Quand on s’en étonne, il répond que le sordide n’existe pas, qu’il n’est que le produit d’un jugement que l’on porte sur les gens.En entrevue, il fait d’ailleurs cette confidence: l’oncle Edouard, alias la Duchesse de Langeais, travesti de son état et que l’on retrouve encore dans Le Cahier rouge, est le seul personnage de la jeunesse de Tremblay qui soit complètement inventé.«J’ai éliminé quelques oncles que je n’aimais pas tellement pour les remplacer par la Duchesse, qui était beaucoup plus drôle», expliquet-ü.«Je me suis longtemps servi des travestis comme de personnages qui ont des problèmes d’identité.La Duchesse était quelqu’un qui, pour survivre, se donnait en spectacle.C’était quelqu’un qui vendait des chaussures le jour.C’était une espèce de rêveur.Y a-tu quequ’ chose de plus loin d'un vendeur de chaussures que la duchesse de Langeais de Balzac?», se souvient-il.Aspirante écrivaine, femme parmi les travelos, intello plantée dans le peuple, Céline a fait son apparition dans l’œuvre de Tremblay avec Le Cahier noir, premier de la série des cahiers de Céline, paru l’an dernier, dans lequel elle quitte d’ailleurs son job de waitress au Sélect pour entrer au Boudoir.Alors que Le Cahier noir était celui de la honte d’être différent, explique Tremblay, Le Cahier rouge est celui de l’apprentissage de la liberté.Au moment de l’Expo, Michel Tremblay, qui frisait les 25 ans, était un jeune auteur avec l’avenir devant lui.Quittant un emploi «J’ai exploité ludique des travestis » VOIR PAGE F 3 TREMBLAY d’imprimeur dans lequel il ne se sentait pas à sa place, il commence à travailler à la boutique qui fournit les costumiers de Radio-Canada en tissus.Sa pièce Les Belles-sœurs est refusée en 1966 par le jury du Festival d’art dramatique du Canada.«Les gens qui s’intéressaient aux Belles-sœurs n’avaient pas les moyens de la produire.Les gros théâtres n’en voulaient pas», dit-il.Seulement deux ans plus tard, c’est le triomphe.Aussi Tremblay a-t-il pris soin de doter son personnage de Céline d’un talent d’écrivain.«C’est un cadeau que je lui ai fait», dit-il, pour lui permettre de survivre aux difficultés de l’existence qui se présentent Et en ce sens, le personnage de Céline lui ressemble beaucoup, particulièrement dans Le Cahier noir.«J’ai souvent dit que j’ai choisi une naine parce que j’avais besoin de quelqu’un qui avait un physique extrême, de façon à ce que ce personnage soit toujours en marge, même de la pire des marginalités.C’est ça qui lui arrive de bien et de mauvais.Quoi qu’elle fasse, elle va toujours être à part des autres.Et c’est un peu comme ça que je me sentais quand j’ai quitté l'imprimerie, quand j’ai rencontré [André] Brassard.J’étais une espèce d’inadapté dans mon métier [.] Et j’étais un fils d’ouvrier avec une onzième année forte.Et comme Céline, j’étais petit et en marge de ce monde-là [dp théâtre] dont je rêvais de faire partie [.] A moi, il n’était rien arrivé encore», se sou-viept-il.A l’époque, rappelle-t-il, Brassard disait qu’ils étaient «des fils d’ouvriers avec des goûts bourgeois».«Comme la culture appartenait à la bourgeoisie, on pensait qu’il y avait un côté négatif à notre amour et à notre intérêt pour la culture, des goûts de symphonie, d’opéra et de théâtre», dit-il.Il se souvient d’ailleurs précisément que c’est après avoir vu le film Cain avec Réal Gi-guère, où on pariait un mélange improbable de français et de québécois, qu’il a décidé d’écrire ses premiers dialogues en jouai.Or Céline a, tout corn me lui, une passion BRIAN YOUNG Traduit de l'anglais par André D'Allemagne 256 pages • 22,50 $ George-Etienne CARTIER Sir CARTIER George-Etienne Cartier, bourgeois montréalais «Brian Young a su produire une brillante oeuvre historique mêlant le politique à l’économique.Il a réussi le tour de force d'intégrer des éléments de la vie privée de Cartier, qui ne cachait pas son penchant pour les femmes et les mondanités.» Extrait de la préface d’André Champagne Retrouvez Brion young à L’Agora du Salon du livre de Montréal Samedi 20 novembre à 14 h 15, pour l’activité Deux visions de Sir George-Étienne Cartier Boréal www edmonsboreaiqrca 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 Livres L’Insoumise remplace L’Alternative STÉPHANE BAILLARGEON Il suffirait de jeter un pavé du seuil de la libraire anarchiste de Montréal, boulevard Saint-Lau-rent, pour casser un pare-brise de BMW ou une vitrine de resto branché.Avec l’ouverture prochaine de l’hôtel Godin, rue Sherbrooke, et l’aménagement de lofts à l’intersection de la rue Ontario, la gentrification se poursuit à qui mieux mieux dans ce coin historique et toujours aussi névralgique de la Main.La librairie des libertaires suit le mouvement de rénovation, à sa façon.L’Insoumise vient de remplacer L’Alternative après trois décennies de services plutôt inégaux, qui ont d’ailleurs entraîné sa chute.En gros, très gros, l’Association des espèces d’espaces libres et imaginaires (AEELI), une organisation anarchiste propriétaire de l’immeuble abritant la librairie, reprochait depuis des années au Collectif anarchiste Alternative de mal gérer le commerce et de ne pas accorder assez d’espaces de présentation à certaines publications des mouvements gauchistes, les écrits francophones notamment Le torchon a brûlé pendant des années et le tout s’est conclu par la décision de fonder L’Insoumise, la nouvelle libraire a mis en place un conseil libraire qui décide en groupe des publications offertes sur les rayons.•Au fond, peu importe les disputes ou la structure légale, commente Bernard Cooper, membre de l’AEELi et libraire bénévole à l’insoumise.L’important, c'est le résultat: nous avons plus de documentation, nous offrons plus de matériel en français et nous proposons une meilleure représentativité des différents courants de pensée de l'anarchisme québécois.» Les bouquins du Français Daniel Guérin côtoient donc maintenant les briques de l’Américain Noam Chomsky et les écrits du Québécois Normand Baillargeon (il y a une parenté non idéologique avec l’auteur de ces lignes), mais aussi les romans de Stig Da-german ou Karl Kraus et des publications aux titres évocateurs, comme Rupture, Strike, The Dawn, Industrial Worker ou Le Libertaire, tout simplement La moitié du petit local, situé au rez-de-chaussée, propose un fond commun de publications dont le contenu revient au conseil libraire.Le reste appartient à différents groupuscules.Les bénéfices, s’il s’en trouve, sont répartis selon la même logique.«La librairie ne paye pas de salaires et ne paye pas de loyer, mais on peut quand même mettre le terme “bénéfices” entre guillemets», dit alors M.Cooper.L’anarchie, ce serait l’ordre moins le pouvoir, la librairie anarchiste, c’est maintenant l'arrangement livresque moins le profit.Le Devoir Félicitations à Lise Tremblay, lauréate du Prix France-Québec Jean-Hamelin La héronnière Grand Prix du livre de Montréal 2003 Prix des libraires du Québec 2004 ¦« Mais je vais vous parler dé La héronnière de Lise Tremblay.Parce que je vous aime bien quand même.Parce que c'est un très bon recueil de nouvelles.Cinq histoires qui ne se suivent pas.mais se recoupent.Pour l’art de conter, on pense à Maupassant.» .> Pierre Fogüa.La Presse cSq ENTREVUE Pierre Renaud, commerçant de livres FRÉDÉRIQUE DOYON Le grand conquistador du milieu du livre québécois est loin d’avoir brandi son dernier mot.Pierre Renaud, patron de la mégachaîne de librairies Renaud-Bray, compte ouvrir une quinzaine de nouvelles librairies dans les cinq prochaines années.Et n’en déplaise aux purs et durs du milieu, ce sera pour vendre plus de livres et non pour faire découvrir plus de littératures.«On vend déjà 30 % des livres du Québec, notre objectif, c’est d’en vendre 40 %, affirme-t-il.On n'a pas l’impression qu’on est arrivé à saturation, alors on va ouvrir environ trois librairies par année pendant cinq ans.» Après l’ouverture de la succursale de Pointe-Claire en août dernier, qui, malgré l’environnement anglophone, a triplé le chiffre d’affaires prévu pour son premier trimestre, une 26e enseigne s'installera sous peu dans les anciens locaux du magasin de meubles Mariette-Clermont, rue Saint-Hubert., juste en face de la librairie indépendante Raffin.Le concept change toutefois radicalement pour cette gigantesque surface de 32 000 pieds carrés répartis sur trois étages.«Ça va être un genre à part, on va surtout vendre des soldes d’éditeurs, annonce au Devoir M.Renaud, qui va à Paris deux ou trois fois l’an pour faire ses acquisitions.Quand ils en ont de trop à la fin d’un tirage, ils préfèrent mettre en solde.Ilya vraiment des aubaines incroyables.» Ces livres d’art d'histoire ou de photographies, illus- trés et agréables à feuilleter, comptent actuellement pour 3 % du chiffre d'affaires du réseau, une part appelée à croître.Ils garniront la majorité des rayons du futur magasin de la Plaza St-Hubert, même si le pdg s’empresse d’ajouter: «On va aussi tenir les 2500 meilleurs vendeurs dans chaque catégorie (poche, grand format, livres d’enfant, bédé, etc.).» Pour le reste comme pour le grand sous-sol de 8000 pieds carrés, «c’est l’imagination au pouvoir, lance-t-il.On va peut-être ouvrir un restaurant au troisième étage.» Après avoir envahi le centre-ville de Montréal, le réseau Renaud-Bray vise désormais les banlieues et les centres commerciaux pour les quinze nouvelles succursales.«On ne veut plus ouvrir de magasins sur la rue; on va se concentrer en bonne partie dans les centres commerciaux, où Ton est beaucoup moins victimes des conditions météo et du manque d’espace de stationnement.A Brassard, Laval, ce sont de jeunes familles plus en moyens, donc les succès y sont plus grands.» Quant à la région de Québec, il compte agrandir le magasin des Galeries de la capitale plutôt que d’en ouvrir un troisième, pignon sur rue.Plusieurs fustigent son attitude de commerçant mais il l’assume.«Je suis la seule librairie au Québec à accepter d’être un commerçant.Ça n’a pas de bons sens qu’un libraire retourne 40 % des livres qu’il a commandés!» Et on ne peut nier qu’il a fait sa part pour les livres et la lecture.«A l’époque, offrir un livre en cadeau de Noël, ça faisait tapette», lance-t-il.En rachetant les chaînes Cham-pigny et Gameau, en 1999, il sauve ses huit librairies de la faillite et évite d’entraîner dans sa chute ses créanciers (distributeurs, éditeurs), de céder le marché francophone à Chapters ou à d’autres mégalibraires étrangers.Puis D remet la machine en branle.Mais cette machine devient peut-être infernale, rouleau compresseur, égalisateur qui pourrait bien finir par écraser le milieu, qui a lancé mercredi son cri d’alarme.«Que Ton ait du mai à se procurer des livres plus “culturels” dans certaines chaînes de librairies est un problème grave, mais si ces chaînes devaient contrôler 40%, 50% ou plus du marché, la situation deviendrait catastrophique», lit-on dans le communiqué signé par une soixantaine de libraires, d’éditeurs et d'auteurs.On lui parle de littérature et il répond en chiffres de vente.Ne sent-il pas le devoir de soutenir des œuvres québécoises, celles qui restent plutôt que de passer, qui traversent l’épreuve du temps?«Ce que les critiques encensent mais qu'on vend à 22 copies dans nos 25 succursales?Elles occupent beaucoup plus de place (sur les rayons) qu’elles ne devraient parce que ça ne marche pas, répond-il.Il faut faire de la littérature que les gens achètent.» Ou, encore, il renvoie à son palmarès, qui compte 17 titres québécois sur 45.Qu’importe si, de ces 17 titres, il n’y en a que quelques-uns qui touchent à la littérature.Une approche encouragée par les quelque mille coups de cœur, petits sceaux apposés pour guider •le public moyen, qui ne veut pas prendre de risques» dans ses achats.Mais M.Renaud insiste pour faire le tour de sa librairie, rue Saint-Denis, et brandir quelques titres, dont Les Grands Penseurs de l’Occident, pour montrer qu’il ne s’agit pas seulement de lectures faciles ou garantes d'un chiffre de vente élevé.Mais il l'admet: «On envisage la littérature plus comme un loisir».On lui reproche de vendre trop de «bébelles», mais ces produits dérivés, qui rapportent 15 millions de dollars par an, lui ont per mis de se relever de sa banqueroute.Chose certaine, ces «bé-belles» se multiplient En 2001, on retrouvait 9400 cadeaux, jeux ou produits de papeterie différents dans les magasins, outre les livres.Aujourd’hui, l’offre s’élève à 14 100 articles.L’espace pour les livres s’en trouve-t-il réduit?•C’est possible», répond M.Renaud, qui dira pourtant plus tard en passant à travers le désordre des bureaux en déménagement, qu’on monte le plus de gens possible au deuxième étage pour faire plus de place aux livres.Mais Pierre Renaud n’en est pas à un paradoxe près.Premier à trouver «niaiseux» le thème culinaire du Salon du livre, il se gargarise du fait que c’est pour les livres de cuisine que la règle des 80-20 s’applique le mieux: «Tu fais 80 % de tes ventes avec 20 % de tes titres».Un sujet à propos duquel son discours demeure cohérent.«Il y a beaucoup de prophètes de malheur et, malheureusement pour eux, Renaud-Bray se porte très bien.» TREMBLAY SUITE DE LA PAGE F 1 pour la culture, elle qui lit assidûment des livres et des journaux.«J’étais loin d’être une érudite moi-même, mais à côté d’elles [les travestis], je pouvais passer pour un prix Nobel!», dit-elle dans Le Cahier rouge.Car les cahiers se déploient tous sous la plume de Céline.Après Le Cahier noir de la honte et Le Cahier rouge de la liberté, bleu de l’amour.Tremblay affirme d’ailleurs que toute son œuvre est «une lettre qu’il s’écrit à lui-même».Puisant dans sa mémoire comme dans un puits, il se sert du texte pour comprendre la vie.Le Devoir LE CAHIER ROUGE Michel Tremblay Leméac Montreal, 2004,335 pages Prix Archambault Les finalistes sont connus Lib e r CO (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com Guy Durand Pour une éthique de la dissidence Liberté de conscience, objection de conscience et désobéissance civile l'tmr vitK Éthique île lit ilissütcuee (.fferte à.* : : : 8161-04*81 Emmanuelle Brault (Le Tigre et le Loup, chez Boréal), Stéphane Dompierre (Un petit pas pour l’homme, chez Québec Amérique), Lucie Dufresne (L’Homme-ouragan, chez VLB éditeur), Gilles Jobidon (La Route des petits matins, chez VLB éditeur), Jacqueline Lessard (Sortie rue Cam-bon, chez libre Expression), Michèle Péloquin (Les Yeux des autres, chez XYZ), Sabica Senez (Nulle part ailleurs, chez L’Instant même), Louis Tremblay (Etats d’homme, chez Stanké) et Paule Turgeon (A« coin de Guy et René-Lévesque, chezTryptique).Le Devoir LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Littérature ^ Philosophie *2 Sciences humaines ^ Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.L instant même félicite Pascale Quiviger lauréate du Prix du Gouverneur général Conseil des Arts ÇzSfy Canada Council du Canada for the Arts .PASfAlE QUIVIGER Le cercle ftOMAU Linsîaut même I> I M A X C X 0 V F.M B R E 1TTERATURE ' Le livre des livres Une armada de savants refait le parcours de l’imprimé au Canada depuis le débarquement des premiers colons en Nouvelle-France.STEPHANE BAILLARGEON L* image de la couverture du premier volume de l'Histoire du livre et de l’imprimé au Canada reproduit le Garçon à la ceinture fléchée, une huile des environs de 1800 attribuée à Louis Dulongpré.Le clair-obscur montre un jeune garçon au regard très bleu.Ce digne membre de la bourgeoisie de l’époque porte effectivement une ceinture fléchée mais aussi et surtout un livre, preuve irréfutable d’un enviable statut.«Les jeunes lecteurs sont traités comme leurs parents: dans leurs mains, le livre symbolise l’étude, la culture, la prospérité familiale», dit la très instructive étude de Patricia Lockhart Fleming intitulée Peindre le lecteur, un des quelque 60 textes du volume.L’historienne torontoise examine un autre tableau de Dulongpré, une œuvre de 1816 représentant cette fois Sarah Solomon, épouse de l’homme d’affaires et politicien Thomas McCord, tenant un livre ouvert.«D’elle, on ne sait pas grand-chose, dit le texte, mais son mari comptait au nombre de ses charges publiques un siège au conseil d’administration de la Montreal Library.[.] Dans les portraits de femmes, surtout à partir de 1830, le livre rétrécit alors que les robes gagnent en volume et en richesse.» Et ça continue ainsi sur plus de 500 pages, des dizaines de collaborateurs savants retraçant le parcours de l’imprimé sous toutes ses formes, que ce soit les placards, journaux, almanachs, illustrés, livres de cuisine ou ouvrages d’érudition, depuis l’arrivée des premiers colons de la galaxie Gutenberg jusqu’aux rébellions de 1837-38.Le deuxième volume couvrira la période 1840-1918.Le dernier cheminera jusqu’en 1980.Tout le circuit de rimprimé «Notre projet s’inscrit dans la tendance des travaux en histoire culturelle et plus particulièrement dans la suite de recherches semblables entreprises ailleurs dans le monde, d’abord en France dans les années 80, puis dans les pays anglo-saxons», explique le professeur Yvan Lamonde.rattaché au département de langue et littérature françaises de l’université McGill, un des trois directeurs de ce projet bilingue avec Mme Lockhart Fleming, de l’université de Toronto, et Gilles Gallichan, bibliothécaire et historien de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale.«En s’intéressant à l’histoire du livre et de l’imprimé, on finit par toucher une part très large de COLLECTION MAURICE CORBEIL Garçon à la ceinture fléchée, une huile des environs de 1800 attribuée à Louis Dulongpré.les tribunaux et entra lui-même au Parlement comme membre de la réforme.William Lyon Mackenzie devint le premier maire de Toronto et mena la rébellion de 1837 dans le Haut-Canada.«La recherche québécoise me semble plus avancée en matière d'histoire culturelle, note Yvan Lamonde.Par contre, nos collègues canadiens-anglais ont davantage produit de bibliographies matérielles.d’histoires de collections ou d'histoires du papier, par exemple.Dans notre projet, les deux perspectives ont fini par s'influencer.Le caractère bilingue et biculturel de l ’ensemble distingue finalement notre production dans le monde.» Les différences entre les Canadas anglais et français se font sentir dans la plupart des rapports au livre et à l'imprimé avec des effets persistants, notamment pour ce qui est du taux de lecture, toujours plus faible au Québec que dans le ROC.Yvan Lamonde contextualise alors le problème en remontant à la Conquête et à ses conséquences.«On pointe ici vers un des effets les plus dramatiques de cette période.Si la population anglophone est davantage alphabétisée, c’est qu'elle est composée d’immigrants récents, scolarisés en Europe, des gens plus riches et des citadins aussi, à majorité des protestants , alors que cette tradition encourage la lecture de la Bible.Il y a une chaîne de causes et il ne faut pas caricaturer les différentes attitudes par rapport au livre ou à la lecture.» Le Devoir la culture et de la société.Notre perspective tente d’embrasser tout le circuit de l'imprimé, un circuit qui commence avec l’auteur et se termine avec le lecteur et la lectrice, en passant par tous les pôles de production et de diffusion.» Ebauché en 1993, placé sur les rails à la fin de la dernière décennie, l'ambitieux projet a mobilisé sept universités canadiennes, de Vancouver à Halifax en passant par Sherbrooke, et environ 175 chercheurs.La publication de la trilogie devrait être complétée à l’automne 2006.Au total, l’aventure aura coûté 2,3 millions, fournis par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.L’abondance des sujets abordés défie toute tentative de synthèse.L’ouvrage traite par exemple des imprimés en langues autochtones, du livre pour la jeunesse, des entreprises d'imprimerie, de l’importation de livres, des manuels scolaires, etc.Démocratie et imprimé Le professeur Lamonde note pour sa part les liens profonds unissant le développement de la démocratie et de l’imprimé.«Les journaux devinrent des lieux essentiels au débat public et à la diffusion des idées politiques.Les attaques récurrentes contre les imprimeurs prouvent leur importance névralgique.» Le chapitre sur cette question rappelle deux cas troublants.L’incident le plus notoire fut même baptisé la Type Riot (l’émeute des caractères d’imprimerie), à York, le 8 juin 1826.De jeunes gens vandalisèrent alors l’imprimerie du Colonial Advocate de William Lyon Mackenzie parce que ce journal indépendant commentait férocement les débats parlementaires et critiquait vertement la dépendance coloniale comme ceux qui l'incarnaient.L’imprimeur fut dédommagé par HISTOIRE DU LIVRE ET DE L’IMPRIMÉ AU CANADA -DES DÉBUTS À 1840-VOUIME I Dirigé par Patricia Fleming, Gilles Gallichan et Yvan Lamonde Presses de l’Université de Montréal 566 pages Salon 5a livre 5e /i(or)lTéal Robert Gravel.Les pistes du cheval indompté de Raymond Plante ftayovjrtd Planté h», exiwj'M» « '*** ROBERT GRAVEL l«* p*ws a» ‘wvW QUÉBEC AMÉRIQUE félicite Jean-Claude Corbeil Jacques L'Heureux Pascale Montpetit Raymond Plante Marcel Sabourin Luc Senay Anne-Marie Provencher liront des extraits de textes de l’auteur et comédien Robert Gravel.Le samedi 20 novembre à 15h à la Place Archambault nouveau sociétaire de l'Académie des lettres du Québec Jean-Claude Corbeil est l auteur avec Ariane Archambault, de l'incontournable dictionnaire 1 Visuel Définitions, un ouvrage qui repousse les limites des dictionnaires traditionnels avec ses 6 000 illustrations et ses 20 000 définitions.Liber QUÉBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com Robert Hébert Novation Philosophie artisanale NOW! ION Prix des collégiens 2004 Et les finalistes sont.Les noms des finalistes pour le Prix littéraire des collégiens 2004 ont été dévoilés hier (vendredi) au Salon du livre de Montreal.Stanley Pean.porte-parole du prix, en a tait l'annonce, en compagnie de Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir.Les cinq auteurs en nomination sont: ¦ Nelly Arcand, pour Folle (Le Seuil); ¦ Francine D'Amour, pour U Retour d'Afrique (Boréal); ¦ Pan Bouyoucas, pourAn*a Pourquoi (Les Allusifs); ¦ Andrée' A Michaud, pour Le Pendu de Trempes (Québec Amérique); ¦ Michèle Péloquin.pour Les Yeux des autres (XYZ).Cette année, le jury qui a sélectionné les œuvres pour ce prix québécois d'importance était composé de Suzanne Giguère, critique au cahier Livres du Devoir, de Gilles Dupuis, professeur de littérature à l’Université de Montréal, de Caroline Montpetit, journaliste littéraire au Devoir, ainsi que de Stanley Péan, critique littéraire et .animateur à Radio-Canada.Cette année encore, Jean-François Nadeau a agi à titre de président du jury.Le grand gagnant sera couronné par un jury d’étudiants venus de différents collèges du Québec.Ce jury délibérera à Québec au printemps, à l’occasion du Salon du livre de la Vieille Capitale, où le nom du vainqueur sera révélé.Lors du dévoilement des noms des finalistes pour le prix 2004, Ook Chung, lauréat de ce prix l’an dernier, a tenu, par l’entremise de C JOSEE LAMBERT Ook Chung, lauréat du Prix des collégiens l’an dernier.sa sœur, à livrer un témoignage d’intérêt et de reconnaissance envers ce prix unique.Marie-Ève Beausoleil, une étu-diante qui a participé à l’organisation du prix jxtr le passé, a rappelé l’intérêt très vit que suscite cet événement annuel chez les étudiants.U' professeur du Collège de Sherbrooke Bnuio Lemieux a souligné pour sa part la formidable avancée que constituait désormais ce prix national, qui rejoint désormais plus de trente établissements collégiaux (liais toutes les régions du Québec.En plus d’un prix en argent substantiel et de la notoriété qui se rattache à la récompense, le lauréat s’assure de ventes fort appréciables de son œuvre dims la communauté étudiante.Le Devoir 164 pages, 18 dollars La Brûlerie Un roman iA BRIM E RII.envoûtant qui trace une géographie mythique de l’errance Roman 256 pages • 22,50 S www.editionsboreal.qc.GT LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET D 1 M A S C B E 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 F 4 -Littératüre ROMAN QUÉBÉCOIS Des voix dans la tête Un deuxième roman à la prose essoufflante de Normand Corbeil CHRISTIAN DESMEHLES Zoé a 26 ans, Alec en a 40, ils sont ensemble depuis six ans et filent en apparence un bonheur partait Mais elle veut un bébé alors que lui n’en veut pas («/e n'aurai pas d'enfants avec une fille qui retourne aux études, qui pense les arrêter, qui se plaint de son travail, qui ne veut pas le lâcher [.], une fille qui ne sait pas ce qu’elle veut!»).Il y a moins de six mois, pourtant, Alec était encore le soleil de sa vie, sa lumière, sa respiration, celui qui la comblait et la rendait heureuse.Mais cela, c’était il y a six mois.Alors, Zoé le quitte.Pour voir.Pour voir d’un peu plus près, par exemple, un séduisant prof de psychologie — la quarantaine avancée, propriétaire de BMW et., marié.Foudroyé par le départ de Zoé, malmené par sa conscience, Alec sombre de plus en plus profondément dans le désarroi.Aux prises avec des voix dans sa tête, des images qui dansent sous ses paupières, Alec se laisse ballotter par les événements, «fêtais si sûr d’elle.Si certain, c'est écœurant.Là, tu t'aperçois que tu fes trompé, hein mon coco, tout a ses limites ici-bas, tout a ses limites sauf toi, tu es le con illimité, le brave boxeur qui ne lance jamais la serviette avec son moral bungee ridicule.Arriveras-tu au bout de cette écœuranterie, tu as peur de quoi, d’arriver au bout, je suppose?Oui, je sais, l’amour, on veut pas toucher la limite de ça.Qui voudrait cesser d’aimer?» Et parce que «la femme est nombreuse», Zoé discute de la situation avec deux de ses amies.De brefs chapitres de dialogues bruts entre copines, de conseils et de commentaires stratégiques, alternent ainsi avec les épisodes d’introspection galopante d’Alec.Un roman à la prose essoufflante, servi par une narration qui mêle allègrement le flux de la conscience et la description classique.Normand Corbeil, dont c’est le second roman après Un congé forcé (l'Hexagone, 1996), nous donne ici quelque chose d’un peu informe et de vaguement indigeste.On comprend bien que l’auteur ait cherché, par cette logorrhée narrative, à transmettre l’obsession et l’incompréhension qui étranglent son personnage — jusqu’à la folie et la cacophonie narrative.Mais on cherche en vain où se trouve dans ces pages «l’invention formelle» que nous vante l’éditeur, le monologue intérieur faisant partie de la boîte à outils du romancier depuis une centaine d’années déjà.Variation n° 6543 sur le thème de la rupture amoureuse, Voix nous offre une approche somme toute classique de l’amour et du couple, désamorcée par une conclusion surprenante.Une fin rocambolesque et précipitée, où les deux hommes se retrouvent aphasiques après une altercation violente — et un diagnostic à’«état schizoïde borderline» pour Alec.Un roman sensible mais brouillon, qui se perd dans son intention de vouloir tout dire.VOIX Normand Corbeil VLB éditeur Montréal, 2004,274 pages CUISINE Des plats hauts en couleur MARIE CLAUDE MIRANDETTE Passionné de gastronomie et d’Asie, William Ledeuil a à l’évidence décidé de se faire plaisir — et à nous, par ricochet — en peaufinant un livre singulier et inventif qui conjugue les formes, les couleurs, les saveurs et les senteurs d’une manière très personnelle, à mi-chemin entre la très cartésienne tradition gastronomique française et la très colorée cuisine asiatique.Après une brève introduction, les recettes, où prédominent les influences thaïlandaises, se succèdent en une série de chapitres autour de thématiques inusitées.par exemple une épice, une herbe ou un ingrédient essentiel qui confère aux mets leur charpente architectonique: gingembre, citronnelle et curcuma, mais aussi feuille de lime, lait de coco et wa-sabi, parmi d’autres.Magnifiquement illustré de photographies pleine page signées Didier Gaillard, Les Couleurs du goût met l’eau à la bouche tant les couleurs, les saveurs et les senteurs s’y entremêlent dans ce qui semble relever du travail d'un alchimiste moitié magicien, moitié sorcier.Un véritable régal pour les yeux d’abord, pour les papilles ensuite.Mais une mise en garde s’im- jÊmmÈmm ; a —re- pose: il ne s’agit pas là d’un ouvrage pour néophytes.Il faut en effet une certaine aisance, pour ne pas dire une aisance certaine, en cuisine pour parvenir à façonner ces petits plats hauts en couleur.De plus, les ingrédients ne sont pas toujours faciles à trouver; un pèlerinage à la boutique de produits fins et exotiques du coin s’impose, peut-être même une petite escapade dans le quartier chinois.Ça en vaut largement la peine.LES COULEURS DU GOÛT William Ledeuil Le Seuil Paris, 2004,169 pages i nim‘trf'y r.-.iri'irur* ‘,> i-t-"'-;—:— - Reflets de l.i litténiturc eanadienne-trane.ii'e Marc Prescott L'année du Big-Mac : une pièce américaine L’armee du BigMac de Mare Prescott, l’un des plus grands succès populaires de l'École nationale de théâtre à Montréal, est maintenant disponible dans la collection Rouge des Éditions du Blé en format livre de poche.Dans le monde hallucinant de Marc Prescott, surtout durant l’année des présidentielles américaines, c’est à se demander s'il y a vraiment une différence entre le délire et la réalité.Théâtre, 120 pages, Les Éditions du Blé, Coll.Rouge ISBN 2-921347-82-2 11,95 $ http://ble.info.ca 7/ftf UsÊwno» BMW La politique : vaut mieux en rire Voici le tout dernier album de Gamotte Avertissement ! Ce recueil de plus de 12S caricatures éditoriales parues entre septembre 2003 et septembre 2004 dans Le Devoir n’ayant profité d'aucune « commandite » du gouvernement libéral du Canada (ni d'aucun autre parti politique, d'ailleurs), il est garanti propre.à tannée 2004.Venez iwkomtw rauteur tu Salon du livre de Montréal le samedi 20 novembre de H k i 14 h au stand du Dtnk, 1638.Des caricatures propres.à 2004 ôe Gamotte Éditions du Concassé 104 pages - illustrées (sic) 17,95 $ Diffusion ; Rdes Graver son enfance, noir sur blanc Suzanne Giguère Le roman a pour cadre Saint-Alexis-des-Monts, sur les rives du lac Sacacomie où Line McMurray a passé toute son enfance et sa jeunesse.Il y a quelques années, elle est retournée vivre en ces lieux.Au cœur des bois, elle est entrée à l’intérieur d’elle-même et a débusqué les souvenirs d’enfance qui l’ont forgée.Des histoires brèves, séquencées, sont nées, «certaines imaginaires, certaines bel et bien réelles.Les plus fantaisistes sont les plus réelles; les plus réalistes, les plus irréelles», déclare-t-elle dans le grand Bulletin d’information de la maison d’édition Liber.Dans l’avant-propos de son premier roman, la poète et essayiste écrit qu’elle caressait depuis longtemps le projet de ressaisir ce passé, d’attraper ces moments qui l’ont marquée, petite fille, et qui sont devenus à ses yeux fabuleux: «Ce que je voulais retrouver, ce n’était pas tant le détail des événements que leur couleur, leur clirpat, leur portée».A l’instar de Henry David Thoreau dans son célèbre ouvrage Walden ou la vie dans les bois, Line McMurray n’écrit pas sur la nature mais depuis la nature.En symbiose avec la vie sauvage, elle est poreuse, à l’écoute, aux aguets.De chaque sensation, de chaque être vivant, elle fait une expérience intense.Le roman découpé en vingt-trois scènes est une invitation à sentir la vie autour de soi, à ressentir la poésie offerte par la beauté du paysage.Parcourant les chemins de bois et de montagne, de lac et de rivière qui ont été les siens, suivant une ligne de vie amoureuse de l’environnement sauvage, elle note, consigne, commente, se confie.Réhabilite la joie contemplative et vagabonde, détachée.Éducation naturelle Nous, les enfants.respire le bonheur de l’enfance qui cherche constamment la joie et qui voit les choses comme un don.La romancière retrouve l’émerveillement de l’enfant, adopte son point de vue.Grave son enfance, noir sur blanc, à travers des épisodes cocasses, tendres, parfois inquiétants, riiais heureux dans leur dénouement Ses parents possédaient une pourvoirie de chasse et de pêche, ouverte de mai à septembre.L’hiver, toute la famille vivait au village, impatiente de retrouver l’infini de la grande forêt mauricienne composée de feuillus, de conifères, d’iris, de roses, d’orchidées sauvages, de pommiers, de cerisiers, d’ail et de thé des bois.«Les animaux sauvages venaient à nous sans qu’on les invite, ils étaient les véritables habitants des bois, c’était nous les invités.» Le vaste domaine sauvage, le lac Sacacomie — «notre grand maître à rêver» — les animaux sauvages, les montagnes de granit les horizons infinis représentent le lieu de toutes les merveilles, recèle des «trésors d’exclamations naturelles», laissent les enfants bouche bée.C’est là que, dans la splendeur de tous les matins du monde, où la beauté de la nature a «le dessus sur l’agitation humaine», l’âme de la narratrice «prend racine».Dans cette nature sauvage, auprès d’un père solitaire et contemplatif et d’une mère libre et moderne, les enfants (la narratrice a une sœur et un frère) bénéficient d’une éducation naturelle.Inutile d’aller bien loin.Des chemins bordés de broussailles suffisent La nature est un continent immense, riche en enseignements, peuplé de réjouissances simples mais profondes.«On ne rêvait pas de refaire le monde, on adorait notre monde, ce paradis où le temps se suspendait pour que les jours s’éternisent [.].Nous nous épanouissions, jour après jour, saison après saison, à coups d’étonnements et de vibrantes éclosions comme des fruits sauvages [.].Nous étions en train de grandir, d'un mélange de saveur de fraises et d’odeur de pins, de rouge passion et d’effluves sacralisant la vie en nous.» Outre la contemplation d’un monde originel sous la fraîcheur d’un regard poético-philoso-phique.Nous les enfants.Récits de quand j’étais petite, près du lac, dans la nature regorge de situations irrésistibles de drôlerie ou d’épisodes remplis d’émotion.Le maillage serré des scènes rend le récit très vivant À l’écoute de la polyphonie du monde Lors d’une balade en auto, les freins lâchent dans la grande côte.Les enfants exultent: «Jamais nous n’avions vu la forêt défiler ainsi.Les arbres s'embrassaient passionnément, les feuilles dansaient la java des éclairs atomiques, les nuages gi-guaient aussi bien que papa, les ombres Une restaient dans l’ombre.» Avec l’arrivée du mois de juin, les littérature grosses mouches et les moustiques font leur apparition.Suivent en juillet les pe-naturelle, tites mouches noires et en août les brûlots et les mouches à chevreuil.Pour soi-sauvage, gner les piqûres de toutes les sortes de • bestioles volantes, la mère sort la calami- pnmiuve, ne> et voiià ]es enfants métamorphosés nui rosnirp "en coc^ons ’’oses».qui respire L’été, les Américains débarquent à la au rythme pourvoirie.Parfois avec des cadeaux, ^ comme ces fameuses Barbies dont les des saisons deux sœurs ne savent que faire.«Nos poupées étaient fabriquées maison, avec et lâche des touffes d’herbes que l’on tressait et des racines que l’on lavait et coiffait à notre prise sur les guise.» , , Autre moment inoubliable dans ce flo- emoùons rilège d’anecdotes risibles: l’action se passe au village, le jour du mercredi des Cendres.La sœur de la narratrice confond le rituel des cendres avec celui de la communion et présente involontairement sa langue au lieu de sa tête, laissant le curé «sous l’effet de l’hallucination outrée».Soupirs d’amour et peines de cœur rythment encore les étés enchanteurs mauriciens.La narratrice est surnommée «Madame Bovary» par sa cousine, «pour toutes les pâmoisons qui avaient l’heur défaire de moi une jeune fille fragile et inquiète».S’éteignent les saisons, le retour au village s’annonce imminent.Les poches remplies de cailloux de granit, la narratrice rejoint son père sur le quai.A l’écoute de la polyphonie du monde, — «il préférait le chant et le sifflement aux mots» — cet homme aux silences prolongés «aimait assez les mots pour ne pas les gaspiller», écrit là romancière, avouant pudiquement qu’elle a «la parole difficile comme lui».L’histoire des McMurray semble assez représentative du monde des activités de chasse et pêche au Québec et du style de vie familiale qu’elles entraî-naient, conclut Une McMurray dans l’entretien publié dans le dernier Bulletin d’information des éditions Uber.Aussi vibrant qu’un champ de coquelicots qui s’envole, Nous, les enfants.Récits de quand j’étais petite, près du lac, dans la nature est une déclaration d’amour à la vie en forêt.«Je reste en plein air à cause de l’animal, du végétal, du minéral qui sont en moi», expliquait Henry David Thoreau dans son Journal (1906).L’écriture de Une McMurray respire au rythme des saisons, module les sons et les couleurs, avance en suivant les évocations et lâche prise sur les émotions.Avec Nous, les enfants., nous sommes dans une littérature naturelle, sauvage, primitive.NOUS, LES ENFANTS.Récits de quand j’étais petite, près du lac, DANS LA NATURE Line McMurray Editions Uber Collection «Figures libres» Montréal, 2004,184 pages Des caricatures propres 4 En vente dans toutes les bonnes librairies 1-raF »-.• .-s i'-?6 & ê Félicitations à Ivan Steenhout m.PRIX HîG lauréat du Prix du Gouverneur général pour la traduction du livre y - - — Les Indes accidentelles de Robert Finley éditions de la Pleine Lune ROMAN Une écriture qui penche vers le reportage GUYLAINE MASSOUTRE Si le reportage social était la principale fonction du roman, La Rebelle, de Benoît Duteurtre, mériterait un prix.L’époque est au cliché, «être rebelle», qu’il s'agisse de publicité ou d'attitude pensante.La belle affaire, être rebelle, quand ce terme ne signifie plus qu’agitation, scandale et mal-être persistant.C’est bien ce que le romancier saisit de son époque.Son écriture penche vers le reportage et vise l’immédiateté d’un look et de la pensée artistes, dont il épingle au passage l’origine détournée et loufoque dans les chansons des années 50.Duteurtre s’adonne ici à son activité favorite: dénoncer les effets de mode, caricaturer le monde de là performance et l'étroitesse des Eliane, journaMste rebelle, dont il fait un portrait cinglant en la promenant partout où la provocation sert d’alibi à l’action — sus aux Rimbaud Project — et mobilise des énergies dont l'intention est de faire jaser.U REBELLE Benoît Duteurtre NRF Gallimard Paris, 2004,335 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 F r> Littérature ROMAN QUÉBÉCOIS Une mort annoncée Famille, je vous hais JOSÉE BLANCHETTE Dès la troisième phrase de Tur-kana Boy, mon souffle s'est arrêté, sur le qui-vive, en apnee.Ciel! Un homme qui donne des titres aux averses parce que chaque pluie est différente et qu'aucune ne tombe sur le monde plus d'une fois.Quelle drôle d’idée! Dès la troisième page, je me suis imaginée en compagnie d'un Pierre Morency, d'un Robert Lalonde ou d’une fable de Gilles Vigneault, mélange d’images et de poésie, de style et de métaphores, de nature, de mer et de bêtes étranges.Comme une rencontre espérée mais avortée en cours de route, la lecture de ce roman de Jean-François Beauchemin m’aura laissée dubitative, d’humeur anthracite.Je ne sais toujours pas à qui j’ai eu affaire: un fou, un désespéré, un génie ou un autre écrivain si tordu qu'il faut le lire sous influence pour saisir toute la portée de son trouble et ne pas sombrer avec lui?Prière de prendre vos antidépresseurs au préalable: ce livre novembre à plein ciel part à la rencontre de la mort de façon lucide et cruelle.La mort se drape de ce linceul littéraire.Toutes les morts.celle du personnage principal, M.Bartolomé, celle du père de l’auteur, à qui il dédie son ouvrage, et, finalement, la nôtre, celle qui nous importe le plus.«Ce qui compte, ce ne sont pas tant nos erreurs que la façon dont nous les réparons», peut-on lire en quatrième de couverture, une phrase servie à l’auteur par son paternel peu de temps avant de mourir.D y a ceux qui réparent et ceux qui imitent.Jean-François Beauchemin, lui, répare.Il se bricole une enfance, un père, colmate la béance laissée par cette mort qui termine ses jours au cimetière: «Nulle part ailleurs qu’ici l’amour et la mort ne sont plus intimement liés.Peut-être l’éternité y était-elle pour quelque chose.» Ennemi de la lumière, ce livre étrange et plein de nuit est également rempli de silences jusqu’au moment où son personnage s’éteindra, à court de mots.Tout du long, sa voix sans écho tente de répondre à deux questions existentielles: «Aurais-je été un bon habitant de la Terre?» et «De qui fus-je l’élève?» Tentons une réponse à cette dernière question: de la pluie, du vent, des étoiles et de son enfant .: - £ '"U U'Jjh II Jean-François Beauchemin qui disparaît à l’âge de douze ans, laissant M.Bartolomé à moitié zombie devant une quête de sens moribonde.Le Turkana boy du titre est le fossile d’un garçon d’une douzaine d’années, découvert au Kenya sur les rives du lac Turkana.Et M.Bartolomé s’interroge sur les sentiments que les parents du Turkana boy ont éprouvés, la même dévastation que lui probablement même si deux millions d’années de rie, de civilisation, les séparent Son fils est parti sans laisser de traces.Ce jour-là, notre homme perd la plus grande part de lui-même et la solitude devient son refuge.lu nature donne un sens à l’absence, même la neige qu’on y décrit comme un sommeil et le froid qui blesse les gestes.On échoue dans ce livre où la merest si omniprésente.«Qu’est i c £31 l’un de l’autre et fous de littérature.Tellement fous que Marie quitte son emploi de réceptionniste à l’AMLFITRUQQ, dilapide le maigre héritage légué par sa mère, loue un grand loft pour elle et son nouvel amoureux.Mais Réjean a un gros squelette dans le placard: la belle Josyane, femme mûre, femme fatale pour Marie Raspberry.La rencontre des rivales, le prévisible «trip à trois», le suicide de Josyane suivi du départ de Marie pour le Japon formeront l’apothéose de cette histoire d’amour incandescente au parfum de «Vampium vivaces».•Ce qui était arrivé entre nous avait été si brutal, si brusque que rien n'aurait pu y survivre.Ni sa force ni les univçrs que nous bâtissions en rêve.» Emoi post-adolescent à la fin programmée, passion érotique destructrice: «C’était plus grand que nous, plus fort que nous, plus habile que nous, presque malgré nous.» «H disait que la vraie poésie résidait dans la rognure.» Lui, c’est-à-dire Réjean Milrats, anagramme facile d’un poète et romancier connu (vous avez compris?) qui se vautre dans «l’immobilisme de la pseudo-morbidité verbeuse».Jamais à court d’arguments extra-littéraires pour faire vendre de la copie, l’éditeur n’arrive pas à retenir son enthousiasme: «On ne pourra s’empêcher de trouver quelques similitudes entre le poète Milrats et le fameux écrivain maudit qui s’est fait remarquer, au cours des dernières années, aussi bien par son style direct que par ses frasques éthyliques.» Et bien entendu, apres une petite cabriole de politesse.•toute ressemblance avec des personnes ou des personnages», etc.Marie-Françoise Taggart, alias Marie Raspberry, auteure de Paye-moi une bouffe, poète! (déjà édité en 1990 par Jacques Lanctôt chez VLB), rit à Victoria, en Colombie-Britannique.Roman parfois loufoque et souvent débridé.Baisée cherche à témoigner de la passion brute sans vraiment savoir quel ton employer.Dérision ou émotion?Marie Raspberry y souffle ainsi le chaud et le froid au moyen d’une écriture alerte pimentée de quelques scènes érotiques gratuites et de calembours qui sont parfois à la limite du supportable — «Halez, Luïa!», «Co-loques», «Hue-de-Aime», «Je m’étais envolée de mes propres zèles», etc.Règlement de comptes?Nostalgie amoureuse?Roman réussi?Allez savoir.BAISÉE Marie Raspberry Lanctôt éditeur Montréal, 2004,290 pages ENTREVUE Patrice Lavallée et Robert Leroux ou deux auteurs, un roman policier IACQUES GRENIER LE DEVOIR Jean Royer ÉDITIONS HURTUBISE HMH Nos auteurs sont au Salon du livre de Montréal ;IM UIK T* U V R t Mythes et réalités dam l'histoire rfu Québec Mafcd Tmfkt Mircel Trudel Samedi 20 novembre : de 15 h 30 à 16 h 30 Michel Bock Dimanche 21 novembre : de 15 h à 16 h >• a ia nation .frontières SIkMIUI MARIE CLAUDE MIRANDETTE Ils sont trentenaires et éducateurs en milieu scolaire, l’un à l’élémentaire, l’autre au secondaire.Autodidactes, passionnés de littérature de genre, ils écrivaient chacun dans leur coin et adoraient jouer les conteurs avant que le hasard ne les rapproche.Leur rencontre a porté fruits puisqu’ils viennent de faire paraître, aux Editions Robert Laffont, un premier roman à quatre mains, genre d’hybride à mi-chemin entre le polar et la fantasy aux effluves diabolico-apocalyptiques.Quand on leur demande qui sont les auteurs qui les ont marqués, ils répondent à l’unisson et sans ambages: «Stephen King, Koonz, Graham Mastertone pour les histoires.Ken Follet, Tom Clancy et Robert Ludlum pour le sens du rythme.» Et Lavallée d’ajouter: «D’emblée, quand on s’est mis à travailler ensemble, on écrivait comme ça, dans cette lignée.» Ces sources permettent d’expliquer, en partie du moins, le choix qu’il ont opéré de situer l’intrigue de leur premier récit aux Etats-Unis.«On imaginait mal que ça se passe ici, à Saint-Paul-d’Abbotsford par exemple, avec la Gendarmerie royale.On a choisi les Etats-Unis parce que notre culture littéraire est très majoritairement américaine.On a essentiellement travaillé à partir de cartes, de plans de villes, pour établir les lieux, le contexte.On a fait des recherches pour les questions légales, etc.» L’écriture à quatre mains S l’intérêt de la vallée va surtout du côté de l’horreur et du suspense, Leroux, lui, préfère nettement le fantastique, et c’est à partir de ce mélange entre ces deux univers que les auteurs ont cherché leur voje.«Au départ, de dire Lavallée, L’Evangile.avait plus de fantastique.Quand on a fait le travail de réécriture et de correction avec, entre autres, Minou Petrowsky et Isabelle Richer [NDLR: c’est par leur éditeur qu’ils ont été mis en contact avec ces lectrices], on nous a fait comprendre qu 'ily avait peut-être un peu trop de scènes fantastiques; alors on en a supprimé quelques-unes, à regret il faut le dire.Et petit à petit, on a installé le récit dans une histoire Plus policière.» L’écriture à quatre mains n’étant JACQUES GRENIER LE DEVOIR Robert Leroux et Patrice Lavallée ont travaillé à quatre mains sur L’Évangile de Judas.pas chose simple, il est légitime d’interroger les auteurs qui s’y frottent sur les rouages de la chose.Comment travaille-t-on concrètement à deux têtes?Qui fait quoi?«A chaque rencontre, explique Lavallée, on planifie les chapitres à l’avance.On établit d’abord les grandes lignes de Diistoire et, un peu plus en détail, celles des chapitres à venir — intrigue, lieux, atmosphères, etc.Ensuite, on se divise la rédaction selon nos envies.Par exemple, Robert peut décider d’écrire les chapitres 7 et 8, moi le sixième.Quand c’est fait, je ramasse toutes les sections que je réécris en français en harmonisant le tout [NDLR: Leroux ayant reçu une instruction en anglais, il rédige ses textes dans cette langue].La principale force de Robert, ce sont les dialogues.Moi, faime définir les personnages et travailler les atmosphères.» Une réponse faisant jaillir une autre question, on se demande pourquoi les auteurs n’ont pas Finaliste : Grand Prix du livre de Montréal Prix du Gouverneur général Prix Émile-Nelligan MARIO BRASSARD Choix d’apocalypses CMniv^0 8rassam> choisi d’écrire en anglais puisque leur style et le type d’intrigue qu’ils privilégient s’inscrivent dans le sillage de la littérature de genre américaine.«Mon premier roman, raconte Leroux, était en anglais.Je l’ai envoyé à quelques éditeurs américains qui ne m’ont même pas répondu.Le marché américain est dif ficile à percer et il faut un agent pour y parvenir.Suite à la rencontre avec Patrice, on a naturellement travaillé en français, ce qui ne me posait pas de problème.» Les personnages Va pour le choix du genre et de la langue.Les personnages du roman, maintenant l’inspecteur John Matthews et le tueur en série Vincent Tindo.Qui sont-ils et qui est qui, si la question peut se poser ainsi?Lavallée affirme en rigolant: «Tindo, c’est moi; Matthews, c’est Robert.» Et le principal intéressé de rectifier tout de go: «Non! Les deux, c’est toi! Ce sont deux facettes de toi; une plus fantasque, l’autre plus straight» Rires sonores des deux auteurs.«Vincent, dit Lavallée, est un être charmant, cultivé, aux gestes jluides, avec une assurance qui frôle l’arrogance.Son chemin est tracé et il va droit devant lui sans se poser de questions.John, lui, est un flic ordonné, méticuleux, parfois jusqu’à l’obsession, dans son travail comme dans son environnement, qui aime bien manger, boire un bon scotch ou un verre de vin de qualité.» L’un, en bon épicurien, jouit de la vie posément; l’autre, excessif, ne vibre qu’aux sensations extrêmes, quoi! Et il y a des chances qu’on le revoie dans une autre histoire, cet inspecteur?«Non, répond Leroux, probablement pas, parce que je crois que dans la vie, si les gens ont une aventure de ce genre, c’est déjà beaucoup.Alors ce sera vraisemblablement un “one shot”, même si la fin permettrait une éventuelle suite.» «En tout cas, d’ajouter Lavallée, il n’est pas dans le prochain roman auquel on travaille depuis un moment déjà.» L’ÉVANGILE DE JUDAS Robert Leroux et Patrice Lavallée Robert Laffont Canada Montréal, 2004,308 pages HMH 'www.hurtubisehmh.com LES HERBES ROUGES / POESIE Association des professionnels de renseignement du français au collégial La place de la littérature dans les cours de français au collégial Le samedi 27 novembre à 14h00, Au salon (3*) des Terrasses Saint-Sulpice, 1680 de la me Saint-Denis à Montréal Entrée libre.Discussion avec Anne-Marie Aubin du Cégep de Saint-Hyacinthe Anne-Marie Cousineau du Cégep du Vieux-Montréal Nicole Brassard, écrivaine Jean-Claude Germain, écrivain Jean La rose de l’Université de Montréal Daniel Loiselle du Collège de Sherbrooke et coordonnateur provincial de français I LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 F Littérature ROMAN QUÉBÉCOIS Nouvelle-France.les millions en moins CHRISTIAN DESMEULES Québec.1759.L'intendant Bigot et sa clique de marchands sans scrupules se remplissent les poches, tandis que les soldats se font massacrer pour une guerre perdue d’avance.Les Anglais sont aux portes de la ville, les citoyens sont affamés lentement Dans ce contexte de petite apocalypse, la grande histoire se fond à la petite.Marie-Loup Carignan, fille de meunier, jeune veuve de vingt-quatre ans et mère d’une fillette de huit ans, femme libre et sensible à toutes les injustices, tombe amoureuse de François Le Gardeur — aventurier, mélange de coureur des bois et de gentilhomme lettré —, fils d’un gros marchand de Québec.Dans l’odeur de moisi d'une fin de règne, alors que la débâcle française en Amérique est plus qu’imminente.Le Gardeur decide de se rendre secrètement en France afin de convaincre quelques personnages haut placés (rien moins que Voltaire dans son château de Ferney et la marquise de Pompadour à Versailles) d'intervenir en sa faveur pour que la France envoie plus de renforts à sa colonie assiégée.Une lettre de François, interceptée par le curé de Preux — secrètement épris de Marie-Loup — aurait suffit aux amoureux pour prendre la mer ensemble.Mais, sans nouvelles de François après la Conquête, Marie-Loup accepte à contrecoeur d'épouser Maillard en secondes noces («La vie est dure dans ce pays.surtout pour une femme seule»).Alcoolique, violent, l’homme dégoûte rapidement la jeune femme.Puis, les deux amants se retrouvent et projettent de s’enfuir à nouveau.Après la mort violente du mari, la jeune femme sera arrêtée et jugée de façon expéditive par les nou- ANTHOLOG1E De vraies histoires fausses MARIE LABRECQUE Connue surtout pour sa maîtrise de la science-fiction, dont elle est sans doute notre ambassadrice ]p plus réputée et la plus primée, Elisabeth Vonarburg ne se limite pas aux littératures de l’imaginaire.Recueil de nouvelles diverses et inclassables, aux frontières de la S.E, du fantastique, de la poésie, du réalisme et des souvenirs, Vraies histoires fausses-montre l’étendue de sa palette.La célébrée auteure de Chroniques du pays des mèreset de longs cycles narratifs propose plusieurs textes très brefs dans cette anthologie couvrant quarante ans d’écriture.Le titre, Vraies histoires fausses, illustre l’ambiguïté de ces récits — repiqués, sauf quelques inédits, de revues ou de publications peu connues — où se font jour des «déguisements plus révélateurs», comme l’auteure l’écrit sur son site Internet anglophone.Si cette grande chantre de l’imaginaire paraît réfuter l’autofic-tion (voir l'image ornant la page couverture du livre et l’exergue), plusieurs nouvelles semblent comporter des éléments biographiques ou sont en tout cas plus près de sa réalité: évocations des paysages de son Saguenay d'adoption, témoignant de son amour de la neige; histoire où une petite fille apprend à lire et à écrire, ouvrant déjà les portes de l’imagination (Le Fil d’Ariane).Mais rien n’est jamais pjatement réaliste dans l’écriture d’Elisabeth Vonarburg, transfigurée par un regard poétique.Ou par une dérive dans un univers parallèle.Même un trajet en autobus à travers le parc des Laurentides, qui s’annonce des plus banals avec son inconfort et ses voisins dérangeants, s’ouvre sur le fantastique (Voyage au bout de la nuit ordinaire).Plus collées au réel, ses deux premières nouvelles, écrites au début des années soixante par une Vonarburg ado, traduisent par contre le sentiment de décalage, d’inadéquation au monde qui sur-git à l’adolescence.Le Premier Accroc ne compte pas raconte avec sensibilité, et déjà un don d’évocation, le premier baiser d’une jeune fille de 15 ans, son impression persistante «d’être une étrangère, une Martienne à la peau violette, ou pourvue de pieds en guise de mains».Eh oui, déjà.Quand elle ne nous transporte SOURCE LES HERBES ROUGES Élisabeth Vonarburg pas dans des mondes inventés, l’auteure emprunte la vision de démiurges qui jouent avec la destinée de notre planète (Via Appia, l’amusant festin divin de La Grande Bouché) ou réinvente à partir du futur un objet courant comme le livre, devenu une étrange antiquité aux yeux d'une fillette de l’avenir: dans Un parfum d’orange, la dernière technologie à la mode consiste à «se faire transmettre des émotions et des sensations directement dans la cervelle») Sinon, cette Belge déracinée et replantée depuis 30 ans dans nos paysages neigeux décrit le monde comme si elle était d’ailleurs, avec les yeux neufs d’une «exilée de l’intérieur», d’une enfant qui découvre son entourage (Vous êtes ICI) oy d’une poète, tout simplement.Elisabeth Vonarburg aime les mots, c’est manifeste.Elle évoque paysages et espaces d’une plume très descriptive.Si «elle dessine le chemin des pays qui n’existent pas», l’au-teure sait aussi très bien peindre ces lieux réels qu’on ne voit plus à force de les côtoyer.VRAIES HISTOIRES FAUSSES Élisabeth Vonarburg Vents d’Ouest, coü.«Rafales» Gatineau, 2004,150 pages MÉLANIE GRENIER Entre les vertèbres entre les vertèbres Rouan poésw « La lentille grossissante est terrible pour les mariages.À la première utilisation les époux sont frappés d’horreur.» LES HERBES ROUGES / POESIE veaux maîtres anglais.Maigre le manque de preuves.«La me d'une petite Canadienne illettrée, c’est là un bien petit prix pour obtenir la collaboration de l'Eglise aux politiques de l’État.Do yiïu not think so?», affirmera le nouveau gouverneur.James Murray.Marie-Loup sera enfermée dans une cage de fer et pendue jusqu’à ce que mort s’ensuive — qui n’est pas sans rappeler l'histoire de la Corriveau.Récit d’une double trahison, Nouvelle-France «défend» une vision singulière et plutôt controversée de la Conquête anglaise.C’est-à-dire que le peuple «canadien» aurait en quelque sorte été libéré des méchants Français dégénérés et corrompus par les «Lumières» de la démocratie britannique.Une vision de la Conquête anglaise déjà défendue par Laurier Lapierre, dans 1759: The Battle for Canada (McClelland & Stewart, 1990), et par Jacques Godbout, avec son documentaire Le Sort de TAmerique.«J'ai longtemps cru que les Anglais étaient les principaux ennemis des Canadiens.Ils sont les plus visibles, certes — et en consequence les moins dangereux», fait dire l'auteur à François Le Gardeur.De la corruption du regime français autour de l'intendant Bigot, du rôle du clergé dans la transition avec les Anglais, de la place des Amérindiens et des femmes dans la société «canadienne» de l'époque, Pierre Billon s’intéresse à l'envers de l’histoire — sans doute la plus intéressante pour un romancier — et la mêle étroitement aux événements plus visibles.Il s’agit là sans doute de la réussite la plus convaincante de l’auteur de L’Enfant du cinquième Nord et de L’Ultime Alliance (Seuil, 1982 et 1990).Tiré du scénario du film Nouvelle-France, «fiction historique» de Jean Beaudin dotée du plus gros budget de l'histoire du cinéma québécois avec ses 33 mil- lions de dollars, le roman de Pierre Billon (déjà scénariste de Séraphin, de Charles Binamé), arrive presque à faire oublier la danse des millions, les grosses tètes, le mélange mal assorti des accents et le jeu discutable des comédiens.Sur papier, il ne reste plus qu’une histoire d'amour efficace et bien écrite, tentative parfaitement manucurée de rendre vivante et humaine l'histoire «avec sa grande hache» (Perec).Une histoire où on regrettera seulement certains télescopages historiques, des personnages peu nuancés répondant à quelques archétypes hollywoodiens, un manque évident de chair autour des mots.Un produit dérivé, certes, mais un produit dérivé de qualité.NOUVELLE-FRANCE Pierre Billon Leméac/Actes Sud Montréal, 2004,208 pages SOURCE CHRISIAl MINIS Noémie Godin-Vigneau dans le film Nouvelle-France de Jean Beaudin.TYPOn www.edtypo.com Histoire de l’Amérique françqfcell Jean-Marie Montbarbut Du Plessis Même si la France a été le dernier des pays atlantiques à se lancer dans la colonisation de l’Amérique du Nord, les Français ont été tes pionniers de ce continent.Ce livre palpitant, qui se lit comme un roman, raconte d’une manière extrêmement vivante l’épopée au Pacifique, des régions glacées de la la Louisiane.Le nombril f iSipM d * J it" ¦ ^ » •cS, Gilbert La Rocque pr * SL I ¦ ¦Hkl JL3L Essai • 400 p.• 16,9',$ des Français du Saint-Laurent baie d’Hudson aux bayous de .«Ouais! mais il faudrait jP- » d’abord que les autres nous intéressent, nous intéressent pour eux-mêmes, pour ce Roman • 208 p.• n,9s$ Qu’ils sor|,.établir un contact, il faudrait vivre hors de soi-même, se lâcher le nombril, se donner la peine de creuser, objectivement, pour connaître vraiment l’autre.alors moi et mon nombril ! » , -mémi GALLIMARD ILS SERONT AU STAND DU SALON DU LIVRE DE MONTREAL Martin Winckler Les Trois Médecins P.O.L LE SAMEDI 20 NOVEMBRE jde i6hoo à lyhoo LE DIMANCHE 21 NOVEMBRE de i3hoo à i4hoo Luc Baranger Tupelo Mississipi Flash Série Noire LE SAMEDI 20 NOVEMBRE de ishoo à i6hoo yk Francois Place r I w Le Vieux fou de dessin Gallimard Jeunesse LE SAMEDI 20 NOVEMBRE de lohoo à nhoo LE DIMANCHE 21 NOVEMBRE de i4hoo à ighoo LE LUNDI 22 NOVEMBRE de nhoo à izhoo Sylvie Brien Mortels Noëls Gallimard Jeunesse LE SAMEDI 20 NOVEMBRE de i4hoo à içhoo LE DIMANCHE 21 NOVEMBRE de i4hoo à ishoo Dominique Legros L’histoire du corbeau et Monsieur McGinty Gallimard LE DIMANCHE 21 NOVEMBRE de içhoo à i6hoo Gallimard Jacqueline de Sarigny La dame au psaltérion Balland LE SAMEDI 20 NOVEMBRE de ishoo à i6hoo k V t LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 0 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2004 Il g I 8 B 1 il m I .5 i f 'ï F 10 «"Litter LA CHRONIQUE La tyrannie du lieu est un peu ce que j’ai éprouvé à la lecture de Wallace Ste-gner (1904-1993): le goût sucré des pommes sauvages.Mais quel goût! Puissant, légèrement acidulé, vert et tout à la fois rond, avec des teintes boisées et, tout au fond de la gorge, cet agréable parfum sucré qui remonte lentement sur la langue pour y rester, longtemps.Il est vrai que Stegner, bien qu’assez peu connu du public firancophone où il a tardé à être traduit, n’est pas un écrivain mineur (il a été couronné dans son pays par de nombreux prix, dont le Pulitzer et le National Book Award); qu'il est l’un de ceux qui ont donné leurs lettres de noblesse à la littérature (,lite du terroir (ou régionale) aux Etats-Unis et favorisé l’émergence d’écrivains comme Thomas Mcguane, Raymond Carver ou encore Edward Abbey — qui figurent parmi les étudiants de son atelier d’écriture à l’université Stanford —, aussi bien que Jim Harrison qui, avec ses collègues de l'école du Montana, le considère comme la figure centrale de la nouvelle littérature de l’Ouest Cette série de six nouvejles que publient aujourd’hui les Editions Phébus furent choisies parmi ses meilleures et s’échelonnent entre 1948 et 1959.Pas une n’est semblable, et pourtant toutes lui ressemblent, peut-être, pour reprendre les mots de l’auteur dans son avant-propos, parce qu’il les a «vécues en tant qu’acteur, spectateur ou auditeur, avant d’en faire des fictions», et qu’elles ont toutes pour cadre des endroits qu’il connaît bien: la Saskatchewan, où il a passé son enfance, Salt Lake City, sa folle jeunesse, la Californie, une bonne partie de sa vie adulte, et le Vermont où il a fait de fréquents séjours.Ce qui est admirable chez Stegner, c’est son souci du détail dans la description des paysages aussi bien que des êtres, cette finesse dans le rendu, le chatoiement grave de sa langue dans un monde qu’il sait pourtant désenchanté, enfin cette profonde connaissance du territoire qui forge les êtres humains qui l’habitent et qui, par mimétisme ou par résistance active, finissent par lui ressembler.Car, pour Stegner, l’empreinte du paysage, du climat, des odeurs, des couleurs d’un lieu est déterminante dans l’expression d’une culture et de sa sensibilité.La dernière nouvelle, Genèse, en est un exemple éloquent et hautement symbolique.Partis de la frontière de la Saskatchewan vers le Montana pour y livrer un troupeau de vaches en plein hiver, un groupe de cow-boys est confronté au déchaînement des forces de la nature.Parmi eux, un jeune Anglais qui, en venant au Canada, avait la certitude d’y vivre des épreuves qui allaient le faire entrer dans «l’âge d'homme».Il sera servi, et de manière magistrale! Si les huit hommes finissent par s’en sortir, c’est non seulement parce qu’ils auront fait preuve d'une force et d’un courage exemplaires, mais, plus encore, parce qu'ils auront choisi d’être solidaires — ce que le jeune Anglais, revenu de ses rêves héroïques, traduit par cette image un peu triviale, mais en parfaite symbiose avec l’esprit de ces hommes élevés à la dure et avares de mots: «Si le choix lui en était offert, il ne pensait pas que lui reviendrait l’envie de faire quelque chose seul, du moins pas dans ce paysAà, mi uriner, acte intime s’il en était, pouvait mieux se savourer en bande.» La première nouvelle, Le goût sucré des pommes sauvages, nous offre un récit beaucoup plus intimiste, mais extraordinairement habité par le paysage du Vermont dans des coins reculés et isolés.Peu de personnages (un couple, dont le mari est peintre, cherche un endroit retiré à louer), à peu près pas d’action, une situation dramatique quasi in- existante, et pourtant nous éprouvons à la fois fascination et angoisse devant l’apparition de cette petite fille au «visage de gnome» qui respire la sérénité alors que tout devrait la décourager, et qui leur parle du verger qu’U y a en bas.Et comme toujours chez Stegner, une résonance subtile qui trouve écho dans d’autres récits.Ici, celui du paradis terrestre et de l’arbre du bien et du mal.La nouvelle qui suit, Jeune fille en sa tour, nous entraîne dans les souvenirs d’une folle jeunesse bien des années après, alors que le narrateur revient dans sa petite viDe pour revisiter cet hôtel qu’il fréquentait avec des amis et qui a été depuis reconverti en salon funéraire.Il ne peut s’empêcher de retourner dans la chambre où tant de choses se sont passées, y compris des occasions ratées, pour y découvrir le corps en préparation d’une morte qu’il ne connaît pas, mais qui, par certaines parures — notamment un collier un peu barbare —, lui rappelle son passé.«Il parlait de frivolité et de jeunesse d’esprit, d’amour de la parure, de la gaieté et de la vie, et cela la lui rendait sympathique; la manière dont il reposait sur le crêpe noir prêchait la plus triste leçon qu’il eut jamais apprise.» Encore là, Stegner arrive à télescoper divers temps pour faire surgir la vie au milieu même du visage d’une morte, et une «étrange gratitude qu'il lui ait été donné de la voir».C’est tout l’art, et toute la délicatesse, de cet écrivain qui arrive à tout coup à nous enchanter sans jamais tomber dans la facilité ou le cliché.Toutes les nouvelles répondent à cette exigence d’authenticité et de vérité — des êtres, des situations, des conditions d’existence, des paysages — qu’on ne trouve que dans la grande littérature.De vrais bijoux! LE GOÛT SUCRÉ DES POMMES SAUVAGES Wallace Stegner Traduit de j’anglais (américain) p^r Eric Chédaille Editions Phébus 2004,241 pages Jean-Pierre Denis ATURE^- ROMAN FRANÇAIS Vivre n’est pas rêver sa vie GUYLAINE MASSOUTRE Avec Un poisson hors de l’eau, roman de l’anamnèse et d’une facture très contemporaine, Bernard Comment jette ses couleurs en tant que nouveau directeur littéraire au Seul Pas de doute, cet intelligent roman se remarque dans la production.Est-ce déjà le titre, prose ou polar, qui intrigue?Est-ce le lieu insolite de la fiction, la Suisse?Ou encore les personnages, un grutier, un maître saucier et un millionnaire véreux?L’alchimie prend et le ton surprend.Qu’on se le dise, la lecture n’est pas banale.Ici, peu de ponctuation forte, beaucoup de virgules et de rythme.L'écriture, nerveuse, exige de supporter les coq-à-l’âne, les allusions, les reprises; il faut lire vite, aimer les phrases toniques, joueuses, hantées par le poker.11 faut aimer être secoué dans sa torpeur de lecteur.De quoi est-il question?D’une mauvaise nuit, d’une chasse au moustique et d’un homme de 44 ans.Celui-ci, un grutier collectionneur de poissons exotiques qui finance ses passions au poker, est contrarié par l’odieux petit vampire d’une nuit d’été.Sa lutte désordonnée se met bientôt en phase avec celle de ses pensées.On y trouve Charles, Agathe, Paule, tous morts.Le temps des évaluations est venu; c’est simple: les choses ne vont ni bien ni mal.Deux rencontres précipitent l’action hors du cul-de-sac dans lequel le personnage allait s’enfoncer.Robert, un cuistot spécialiste en sauces, et Maran, un homme louche, en rupture sociale, agitent alors le drôle de bocal qui emprisonne sa tête.Ledit remuant personnage frappe des lieux de mort Appel d’air On pourrait ressentir le supplice, la persécution monter.Mais la piqûre est banale, inoffensive; le hasard a ses évidences muettes qui, bonheur ou malheur, forment un lot partagé.Il est clair que ce poisson hors de l’eau, malgré ses bigarrures, est comme tout le monde: il n'est pas une victime.Fera-t-il quelque chose de l’insatisfaction qui le ronge?Cet homme a le sens des réflexes.En joueur de cartes, il sait voir, mémoriser, calculer et deviner; il n’a pas peur de perdre ni de miser.Dans la vie, c’est pareil.Conduisant sa grue, il voit la terre d’en haut; en bas, ses poissons lui suffisent Pourtant il a du mal à rassembler les éléments de sa vie.Ses souvenirs ne tiennent pas serré comme les sept cent quatorze volumes de sa bibfiothèque.La narration agit comme un appel d’air.D’un côté, le personnage pense en termes d’inventaire, habitué à compter les coups.D’un autre côté, dans la litanie des détails, les remarques banales et les intentions qui se placent agissent comme une avalanche: il se sent bousculé.Il comprend que l’excitation de son palais — parce qu’il est souvent question de bouffe—et ses plaisirs de collectionneur lui ont fait prendre son flair pour la vraie vie.Mais sain ne veut pas dit vivant.Une conscience contraire balaie son équilibre.Gâchis •Qu’est-ce donc qui s’est perdu?Quelque chose d’impondérable.Un présage.Une illusion.» Cette citation de Musil, qui clôt le roman, hommage à l’écrivain autrichien si sensible, sensoriel et musical, plane sur la progression de l’écriture.L’errance du personnage, à l’affût de ce qui le hante, se poursuit à Paris.Quelque chose a changé: il sort de son bocal.L’écriture de Bernard Comment est subtile, méticuleuse, heuristique et séduisante.Le réel, chez lui, fait toute l’affaire: impossible d’y échapper, et pourtant toute action s’y perd dans un dédale d’apparences trompeuses.Ce qui est gagné par la lucidité, immédiatement joué, est perdu.Comment se diriger?Comment franchir l’enveloppe étouffante du passé et vivre enfin?Comment ne pas se faire avoir même par les mots?Ce roman existentiel pose de bonnes questions, et la fiction montre la difficulté d’y répondre.La récitation intérieure accompagne la conscience qui cherche dans son propre mouvement à en finir avec les impostures.Le rythme de la pensée (et de la lecture) ralentit, à mesure que l’autocritique agit.C’est insensible, mais efficace.Plus la conscience s'affine, plus le personnage se déleste des roches qui ont plombé longtemps son existence vers le fond.Il renaît.UN POISSON HORS DE L’EAU Bernard Comment Le Seuil Paris, 2004,268 pages L’écriture de Bernard Comment est subtile, méticuleuse, heuristique et séduisante LITTÉRATURE AMÉRICAINE Portrait romantique de l’artiste ni 11 a adapté Le Procès» il a créé Les Baldwin.Linstant même NOUVELLES ROMANS ESSAIS .>awr fHII* tP”" ,1 **•"¦ auteur français Martin r Winckler retrouve son héros Bruno Sachs et révèle les péripéties qui ont fait de lui ce bon docteur.Un roman d’aventures et de formation.Pour être médecin, il faut avoir un certain goût de l’aventure.Pas celle qui vous confronte aux misères du monde, à la souffrance et à la maladie.Non, l'aventure contre vous-même et surtout contre vos collègues et le système.Auteur et médecin, Martin Winckler avait invité le lecteur à découvrir la vie du docteur Bruno Sachs dans La Vacation (1989) et Lm Maladie de Sachs (1998), succès tiré à 400 000 exemplaires, porté ensuite à l'écran par Michel Deville.Les patients pariaient du bon docteur Sachs, un homme disponible, à l’écoute, et surtout humain.Martin Winckler voulait maintenant raconter l’homme qui se cache derrière la blouse et le titre ronflant et presque aristocratique de médecin en France.Sept années de formation pour devenir médecin dans un système archaïque, il y avait là le terreau idéal pour un roman d’aventures.«Je voulais écrire un roman de formation, un roman sur l’amitié, l’amour, le pouvoir», précise l’auteur, avant d'ajouter: «Je n’avais pas encore trouvé la forme ludique; c’est devenu beaucoup plus marrant quand j’ai eu l’idée de prendre la trame des Trois Mousquetaires." Un pour tous, tous pour le soin Et voilà que notre héros Bruno Sachs devient le d’Artagnan de la faculté de médecine de Tourmens, entouré de ses nouveaux complices André (Aramis), Basile (Por-thos) et Christophe (Athos).Ces vaillants étudiants affrontent la tyrannie d’une faculté de médecine dirigée comme un royaume, avec ses sous-fifres et sa cour, par le doyen Fiessinger (Louis XIII) et le vice-doyen LeRiche (Richelieu).«Je m’amusai à trouver des solutions pour transposer des éléments du roman, comme la marque d'infamie que porte sur l’épaule la chef de clinique Mathilde Hoffmann» (Milady), raconte Martin Winckler.Impossible d’imaginer les étudiants en train de se défier à l’épée dans la France des années 70, le duel se lait alors au baby-foot Au fil des 500 pages du roman, on découvre donc cette université qui tente comme un donjon de résister aux avancées d’une société qui se déchire sur les questions de contraception, d’avortement.Être médecin dans cette France féodale de 1973, c’est s’assurer un rang, perpétuer une lignée quasi aristocratique, détenir le pouvoir absolu, celui de vie et de mort Réflexions d’élèves au fil des pages: «il fallait que je l’aie: tout le monde est médecin dans ma famille, de père en fils», «je suis devenu médecin parce que ça me fait jouir de marcher au-dessus de la mêlée».N’est donc pas médecin qui veut le monde est divisé comme certains chapitres du livre entre «les élus et les nuis» ou encore «le corps d’élite».A Basile, un grand étudiant créole, un collègue, lance sans remords: «Des nègres comme toi, ils en prennent en médecine?C’est quoi ce pays de merde!» Ces mousquetaires ont donc décidé de se battre pour «répondre aux besoins de santé de la population», pour changer le monde et non faire partie de cette race des grands «soigneurs» qui se comporte comme des potentats, terrorisant leurs patients: «Les médecins ça sait sur nous des choses qu’on aimerait mieux pas savoir.Les médecins ça fait peur», avoue une patiente.Winckler se souvient: «Je supportais mal cet esprit de lutte, c’était abominable.» Les médecins, grands saigneurs C’est par le jeu de cette structure de roman d’aventures que Winckler nous plonge dans cet univers qui ressemble plus à l’Ancien Régime qu’à la France de 1973.«Comme vous au Québec, les Belges sont aussi effarés; mais en France, ce qui compte dans le monde de la médecine, c’est le pouvoir et ça n’a pas changé», remarque le médecin-auteur.Pour preuve, Winckler a rencontré récemment un jeune étudiant en médecine qui racontait son stage et particulièrement le jour où chaque semaine le chef fait la visite du service.«Aujourd’hui c’est la grande visite, dit-on au patient.Et le grand patron arrive avec médecins et infirmières.Si le patient a un œdème des bourses, il soulève le drap et exhibe le tout à l’équipe», s’indigne Winckler.La scène n’est évidemment pas loin de celle du roman où le vice-doyen LeRiche, pratiquant un examen gynécologique sur une patiente, dit «J’appuie aussi fort que je peux sur son abdomen, mais sa panse de vache est toujours aussi insondable.» Dans ce monde antique, le patient doit servir la science du médecin, le faire progresser dans sa carrière.In spécialité du vice-doyen, c’est de faire «sauter des utérus», d’étudier la chose, de publier des articles et de faire des conférences: «Il ne sait pas pourquoi il ampute ses patientes, mais il le fait quand même.» Ce qui compte, c’est le pouvoir que le médecin-chef démontre à ceux qu’il dirige.Martin Winckler raconte l'étonnement d’une infirmière québécoise qui doit prévenir dès maintenant ses collègues françaises pour organiser un congrès au Québec en 2006.«Parce qu’en France, une infirmière ne peut pas prendre de décisions, elle doit pour cela demander l’autorisation au moins un an à l’avance», explique Winckler.On sent bien que Winckler, qui confie avoir eu besoin de l’écriture de ses autres livres pour être prêt, maîtrise ici la forme comme le fond pour dénoncer vivement ce système.«Pour la première fois, c’est exactement le roman que je voulais faire; c’est venu sans hésitation, tout seul.» Pour le lecteur aussi la lecture se fait sans hésitation, malgré la polysémie du «je» lorsque s'enchaînent les différents narrateurs.Tour à tour les trois médecins mousquetaires, le doyen, les patients, les parents de Bruno s’expriment et ancrent par leurs anecdotes et remarques le lecteur dans le réel et l’époque.Quand Winckler parle des films de Gilles Carie que les étudiants vont voir au cinéma de Tourmens, il renvoie autant à une époque que lorsqu’il parie des combats politiques pour la légalisation de l’avortement.Le livre est aussi émaillé de témoignages, d’archives, car l’auteur parle de la formation du médecin telle qu’elle se fait, de ce qu’il vit mais aussi de ce quîl lit et entend.Serment d’Hippocrate pour tous Tout au long de son livre, Winckler donne des conseils à l’aspirant médecin pour que celui-ci soit plus humain que ses ainés; il invite aussi le patient à repenser sa place par rapport à celui qu’il consulte.L’auteur raconte l’exemple de cette lectrice qui lui confiait: «Maintenant, je comprends mieux comment mon médecin fonctionne, je ne le prends plus pour un dieu.» Pessimiste mais ne rendant jamais les armes, Winckler pense que des séries télé comme Urgences peuvent changer les choses.«Quand les étudiants ont vu la série adolescents, ils font la médecine dans un esprit batailleur, de Zorro.Mais ceux qui exercent aujourd'hui ont appris il y a trente ans et continuent malheureusement d’imposer leur état d’esprit.» Martin Winckler offre un roman d’aventures, mais surtout un serment d’Hippocrate pour soignants et patients.La devise des trois médecins devrait d’ailleurs être gravée sur le frontispice de toutes les universités de médecine: «Puissions-nous offrir à la vie et aux humains autant que ce qu’ils nous donnent.» LES TROIS MÉDECINS Martin Winckler PO.L Paris, 2004,513 pages Martin Winckler ÉDITIONS HURTUBISE HMH Aimez-vous les fortes personnalités?y F* •' .j Hr LU ^ V ¦ V" “Il > ' -s V- '^*¥4** W# L' s (U! " ¦ .gfe , g Iüf Séance de signature au Salon du livre de Montréal Samedi 20 novembre de 18 h à 19 h Venez dialoguer réellement avec nos invités fictifs : -'A4 Louis-Ferdinand Céline Maurice Duplessis Louis XIV LTmpératrice Sissi Shakespeare Kurniti www.hurtubisehmh.com a c littérature de voyage La tempête CHRISTIAN DESMEULES Mélange de savant Cosinus et d’Indiana Jones» aux yeux de son éditeur français, Redmond O’Hanlon perpétue à sa manière une longue et fertile tradition de voyageurs excentriques anglais.Né en Angleterre ep 1947, dégaine de professeur à longs favoris grisonnants, spécialiste des ouvrages d’histoire naturelle du XK' siècle, critique littéraire occasionnel au Times et membre de la Royal Geographical Society, lorsqu’il ne sillonne pas le globe, O’Hanlon habite tout près d’Oxford au milieu d’un ca-pharnaüm indescriptible.Victime consentante de ses propres chimères, il entraîne épisodiquement ses lecteurs à sa suite.Au cœur de Bornéo, Help! Ma croisière en Amazonie puis O’Hanlon au Congo (Payot, 1988,1990 et 1998, tous disponiblës en poche) témoignent avec humour et intelligence de ces expéditions souvent désastreuses au cœur des régions les plus hostiles du globe.Cette fois, c’est en parfait néophyte de la pèche commerciale qu’il s’embarque à bord d’un chalutier, au milieu d’un Atlantique Nord démonté, tout juste à la limite du cercle polaire.Objectif?Se trouver au milieu d’une tempête de force 12 (un ouragan de classe 1, «de bas de gamme»).Pour cette «croisière» sur le Noriantean, fidèle à son habitude, O’Hanlon a su parfaitement s’entourer.Biologiste au laboratoire ma- rin d’Aberdeen, volontaire du secours en mer, ancien plongeur et chargé de recherche en Antarctique, Luke Bullough est une sorte de héros ordinaire, un bourreau de travail dans la fleur de l’âge et un érudit sentimental.C’est-à-dire, pour l’écrivain voyageur britannique, quelqu’un qui peut disserter durant des heures sur la vessie natatoire de la chauve-souris de mer ou sur l’organe d’intromission de la chimère mâle — situé entre les deux yeux.Baudroies géantes, daurades transsexuelles, poissons bizarres et histoires de marin, O’Hanlon enregistre tout ce qu’on lui raconte.Rapidement adopté comme mascotte par les pêcheurs, qui se moquent de lui et le surnomment «Worsel» (un épouvantail à barbe et cheveux blancs qui apparaît à la télé britannique), O’Hanlon a toutefois bien vite des préoccupations autres que les plaisanteries de ses compagnons de voyage.«Je ne suis pas sûr que je vais supporter tout cela, écrit-il, même pour un seul voyage, cette énorme violence, implacable et informe, qui est là dehors, prête à vous prendre et qui se poursuit toujours.» Tangage, roulis, balancement, crête, creux, embardée: le rythme violent et régulier de la mer étourdit notre homme.La peur brute Et rapidement, la peur la plus brute prend le relais, celle qui vous retourne l’estomac comme un gant «Je me rendis compte que toute cette eau déchirée se déplaçait à une vitesse effroyable.et je me sentis mal, mais il ne s’agissait pas de mal de mer, non c’était bien pire, c’était quelque chose de personnel, de caché, la peur authentique, totale, qui vous serre l’estomac comme un étau, cet avertissement qui vous vient avant que n’arrive la panique et qui, à vos propres yeux, vous couvre de honte à tout jamais.» Quelques dizaines de pages plus loin, le récit de «Redso» imprégné de la fatigue épouse la «phase bavarde de non-sommeil» — qui survient normalement après quarante heures sans dormir.Conversations décousues et confidences regrettables avec Luke lui laissent au bout du compte, l’impression d’avoir parlé davantage en quelques heures de veille hallucinatoire que durant toute sa vie précédente.Des pages où s’expriment entre ces deux demi-fous, une passion commune (et terriblement contagieuse) pour l’histoire de la biologie.Après une semaine et 75 000 livres de poissons phis fard (une prise somme toute moyenne), dont 883 caisses de sébastes, 249 de flétans, d’argentines, de lingues bleues, de grenadiers, tout le monde retourne au port.Un O’Hanlon sans doute moins exotique, mais tout aussi drôle et passionnant ATLANTIQUE NORD Redmond O’Hanlon Traduit de l’anglais par Jacques Chabert Hoëbeke, coll.«Étonnants voyageurs» Paris, 2004,440 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE A table CHRISTIAN DESMEULES La maison fondée en 1979 par Anne-Marie Métailié, qui s’est surtout fait connaître en publiant des auteurs hispanophones ou lusophones, célèbre cette année ses 25 ans d’existence en proposant à ses lecteurs un recueil de nouvelles inédites inspirées des plaisirs de la table.Pour l’occasion, 42 histoires de plaisir ou de douleur, en chère et en mots, écrites par différents au- teurs de la maison.Quarante-deux auteurs de seize nationalités différentes écrivant en sept langues, au nombre desquels il faut compter Luis Sepulveda, Leonardo Pa-dura, Bernardo Carvalho, Santiago Gamboa, Paco Ignacio Taibo II, Bernard Giraudeau, Udia Jorge, Rosa Montero, Aldrefo Bryce Echenique ou Serge Quadruppa-ni.Une occasion parfaite de renouer avec certains auteurs ou d’en découvrir d’autres.C’est l’écrivain chilien Luis Sepülveda, auteur du Vieux qui li- sait des romans d’amour et des Roses d’Atacama (Métailié, 1992 et 2001), qui a eu l’idée de ce recueil où les mots crus et cuits éveillent nos sens.Dans Un rêve d’été, l’appétit contrarié d’un homme pour une sculpturale blonde Scandinave se mêle aux effluves des langoustines grillées.Dans Dévore-moi, barbare, l’ac-teur-réalisateur et écrivain Bernard Giraudeau donne quant à lui la parole, de la mer des Sargasses jusqu’à l’assiette, à une matelote d’anguilles qui s’apprête à finir sous la dent d’une éditrice.«J’aurais pu tomber plus mal», pensera-t-elle.Des mots, des recettes du Sud, du vin et des cigarettes.Et un formidable proverbe michoacano, cadeau de Gilles Card: «Si todo va mal: mezcal.Si todo va bien: tam-bién.» On en reprend! À TABLE! Collectif Editions Métailié Paris, 2004,376 pages Lili Maxime www.Iilintaxiiiic.com Ouragan sur le bayou Tome 1 de la trilogie Ma chère Louisiane ROMAN 3S4 pages Éditions La Grande Marée «Tempete tropicale.Lui Maxime ne chôme pas.Entre deux tours de chant, elle a trouvé le temps d'écrire un premier roman Sur fond de jazz et de zydeco, la sociologue Hélène Simard, s’éprend de David LeBlanc, un chanteur et pêcheur cad/in.une écriture langoureuse, sensuelle et descriptive qui colle au climat et à l'ambiance qu'on retrouve en Louisiane.L'originalité du roman réside dans les dialogues écrits en cadjin.En plus d'être chanteuse et écrivaine, Lili Maxime est aussi sociologue.Élix Glguérr.Voit, M octobre 2004 htte recf.ca SALON DV LIVRE DE MONTRÉAL Stand 158 grosse guitare rouge Patrice Desbiens Reflets de îa littérature canadienne-francaise Patrice Desbiens grosse guitare rouge pages ( 25 m 17 Diiponihle chez tota Ira ("tris h humes Musique de Rent- Lussier îtcparolc /V ftegrouoMiwnl ra'VKfcWK f-ançu-A » \ LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE î 2 0 0 l Essais Foucault politique GEORGES LEROUX La mort de Michel Foucault en 1984 a marqué, pendaijt un temps, la fin de son oeuvre.A ses proches, il aurait demandé qu’on ne publie aucun écrit posthume, une demande difficile à entendre dès qu’on a ouvert le texte de ses cours.Foucault était non seulement un intellectuel public, anime d’une rare passion combative pour porter les causes qui entraînaient son adhésion, mais aussi un professeur méticuleux qui apportait à son enseignement un soin exceptionnel: ses cours étaient rédigés et lus, sans laisser une place très grande aux digressions.L’atmosphère des salles du Collège de France était recueillie et chacun des auditeurs savait que ses cours étaient déjà des livres.De grands Ûvres.Il a fallu que certains de ces auditeurs, au premier rang Alessandro Fontana, Michel Senel-lart et François Ewald, prennent la décision d’aller contre cette demande testamentaire et fassent paraître, d’abord en Italie, puis en France, une première série de ces cours pour que la barrière soit franchie.Quand paraissent en effet le cours de 1975-1976, fl faut défendre la société, et celui de 1981-1982, L'Herméneutique du sujet, tous comprennent que ces enseignements apportent à l’œuvre de Foucault un prolongement indispensable.Ils constituent en fait le soubassement de toute l’œuvre publiée: commencés en janvier 1971 et poursuivis jusqu’en juin 1984, avec une constance et une rigueur indéfectibles, ces cours apportent une lumière qui éclaire dans plusieurs domaines le programme de recherche sur la généalogie des rapports entre savoir et pouvoir.Le bloc de deux cours qui paraît aujourd’hui est consacré au biopouvoir et, plus généralement, à la question de la gouvernementalité.Michel Foucault y poursuit l’analyse des propositions introduites dans Surveiller et punir, notamment l’évolution historique de la punition et des mécanismes de sécurité dans le contexte de l'émergence d’un contrôle social qui peut aboutir à la modification du destin biologique de l'espèce.La notion même de société de sécurité se trouve placée au centre d’une enquête qui multiplie les observations historiques: y a-t-il, demande Foucault une économie générale du pouvoir qui se trouve dominée par la technologie de la sécurité?La discipline des corps, les périmètres territoriaux, le contrôle de la mobilité, l'évolution des corps de police, tout cela concourt à préciser un concept de disci-Ses COUTS pline centralisée, dont la , .conséquence la plus net- etaient te est la délimitation d'un rériidée de pouvoir.Alors i tuiges que ]e gouvernement de Pt hic cane soi-même et la haute ’ idée d’une autarcie ou laisser une d’une souveraineté phi- losophiques, surtout ins-place très pirées par le stoïcisme, occuperont le cours de grande aux 1981-1982, déjà publié, nous avons affaire ici à digressions une réflexion de fond concernant le projet de gouverner les autres en les disciplinant.Foucault se demande si les conditions de ce projet, réalisé dans l’utopie totalitaire, sont purement historiques et ses remarques sur l'impossibilité de cette notion en Grèce tendent en effet vers une origine moderne.Il y voit d’abord un dispositif de normalisation de nature technologique, élaboré à partir de situations déterminées comme l’urbanisation ou le contrôle des femines et des épidémies.Vers l’état de gouvernement On croise ici Machiavel, mais aussi la littérature polémique sur le rôle de l’État, par exemple La Perrière, sur les vertus du gouvernant.Les arts de gouverner ne sont cependant pas l’objet principal de l'enquête: c’est plutôt le dispositif qui met en place l’administration d'un territoire et qui transforme l’État administratif, concerné par une société de disciplines Michel Foucault et de règlements, en État de gouvernement, défini par sa masse et instrumentalisé par la technologie de sécurité.On ne peut qu’être ad-miratif devant la largeur de vue et l’érudition convoquées dans une leçon comme celle du 8 février 1978, qui brosse le tableau de l’émergence de la gouverne-mentalité depuis ses sources chrétiennes, dans l’organisation pastorale, jusqu’au Panopticon de Hobbes.Les perspectives ne ces- sent de se déboîter, depuis le mythe du pasteur, dans Le Politique de Platon, jusqu’au père abbé des couvents chrétiens, la place du pouvoir pastoral dans cette recherche étant rien moins qu’essentielle.Les cours de 1978-1979 sont concentrés sur l’avènement du libéralisme et traitent d’abord du type de rationalité politique mis en œuvre au XV1IL siècle.L’économie politique y apparaît comme AC.ENCK FRANCK FHKSSI un principe de limitation interne et Michel Foucault ne cesse de revenir sur les conséquences du calcul comme règle du gouvernement.On sera frappé par la modernité du propos, tant les réflexions sur le néolibéralisme, allemand et américain, semblent portées par une situation repérable encore aujourd'hui.Ce cours ne possède cependant pas la même unité historique que le précédent, car il se déploie plutôt en fonction d'une comparaison des théoriciens allemands et des théoriciens américains, sur des questions comme le capital humain et Y homo œconomicus.L'analyse de l’économisme montre un Foucault capable de raccorder une réflexion sur des modèles contemporains, notamment certaines mesures sociales, avec la grande histoire des systèmes de pensée, dont la généalogie const tue la méthode de prédilection, les dernières remarques, qui portent sur la société civile, ont de quoi inspirer une critique de fond sur le libéralisme dans son ambition de limiter la gouvernementalité de l’intérieur.Ces deux années de cours montrent un intellectuel inspiré par un idéal de compréhension de la rationalité gouvernementale et désireux de contribuer à son histoire.les modèles mis en œuvre demeurent sobres — c’est surtout l'historien qui parle — mais le philosophe épris de liberté prend parfois la parole, et le cours se transforme alors en leçon de philosophie politique comme on n’en entend plus.Dans un bref essai, Blandine Kriegel, qui fut sa collaboratrice au Collège de France, nous donne un portrait très vivant de son activité politique et philosophique, qui peut servir de porte d’entrée à la lecture de son enseignement.RÉFÉRENCES ¦ KRIEGEL, Blandine, Michel h'oucault aujourd’hui.Paris, lion, 2(XM, 117 pages ¦ FOUCAULT, Michel, Naissance de la biopolitique.Cours au,Collège de France (1978-1979).Edition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Michel Senellart.Paris, Gallimard et Seuil, «Hautes Etudes», 2004,355 pages ¦ FOUCAULT, Michel, Sécurité, territoire, population.Cours au Collège de France (1977-1978).Edition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Michel Senellart, Pa-rjs, Gallimard et Seuil, «Hautes Études», 2004,435 pages Dany Laferrière Le goût des jeunes filles kf wr .JP / Dany Laferrière Dany Laferrière nous offre une -toute nouvelle version de son grand succès.Le goût des jeunes filles, dont l’adaptation cinématographique sortira en janvier : « )’ai voulu donner plus d’épaisseur aux personnages, mieux camper les décors et faire sentir la déliquescence du pays.Sans briser le rythme, en respectant l’urgence de l’écriture.» vlb éditeur www.edvlb.com Lesconsel1Sd.libraires indépendants Photo: ©Jean François Ôôrubé Nelly rAInfcltr Le nouveau roman de Nelly Arcan tire son pouvoir d'une facture allégée, maîtrisée, soignée à l'extrême.Folle est un édifice aquilin qui nargue et déstabilise.V> Sandrine Mariette, ELLE 208 pages - 29,95 $ S e u i H iü» stmt COMMENT DEVENIR UN MONSTRE lean Barbe Lemétc, 29,95 s Jean Barbe nous livre une histoire déroutante et attachante où l’être humain affiche ce qu’il y a de mieux et de pire en lui.IEAN MOREAU, Librairie Clément Morin UN CHANT DE NOEL Lucie Papineau et Stéphane Poulin Dominique et compagnie, 19,951 Lucie Papineau, inspirée par Dickens, nous offre un des plus beaux livres de Noël, illustré somptueusement par Stéphane Poulin.Du plaisir garanti pour les petits et les grands 1 YVES CUILLET, Librairie Le Fureteur DERNIER AUTOMNE Pierre Monette Boréal, 21,95 * Un homme raconte les derniers moments de la femme qu’il aime.Un roman ponctué de phrases coup de poing qui montre que c’est peut-être quand on est confronté à la mort que Ton devient présent à la vie.CATHY LUCAS, Librairie Monet L'EMPREINTE DE LA CORNEILLE Anique Poitras Québec Amérique Jeunesse, 12,95 t Avec L'empreinte de la corneille, qui vient clore le cycle de Mandoline, Anique Poitras retrouve la puissance évocatrice de La lumière blanrhe.Et ce n’est pas rien! Un livre marquant ! £R/C SIMARD, Librairie Pantoute LE CAHIER ROUGE Michel Tremblay teméac, 29,95 * Dans l atmosphère effervescente d’Pîxpo 67, la main est l’endroit de tous les plaisirs défendus.Mais derrière ce clinquant se cache des vies brisées, des peaux écorchées vives, dans toute leur beauté et leur laideur.LIHA LESSARD, Librairie Les Bouquinistes le libraire Journal littéraire bimestriel novembre 2004 Maintenant en librairie AU SALON DU LIVRE DE MONTREAL Stand Les Éditions du Seuil N° 113 Samedi 20 novembre de 16 h à 17 h Dimanche 21 novembre de 12 h 30 à 14 h *Wr le librairt Une réalisation des librairies indépendantes : Ife.yjotfuri'ii' www.le1ibraire.org Portail du livre au Québec Avec l aide de Patrimoine Canada CanacCf M B PA i R 1 E PANTOUTE MORIN o, < j** * e.IURETEUR Pour informations : info@lelibraire.org F 14 DEVOIR LES SAMEDI 2 0 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 01 L E w Essais Y a-t-il des classiques québécois ?ÜM attendais beaucoup de ce petit livre-^ conférence.Séculaire et récurrente, la question de la valeur, absolue et relative, de la littérature québécoise reste l’objet d'un débat fondamental.Petite littérature, comme le remarque Robert Melançon, •issue de l’une des plus grandes du monde, avec laquelle elle se mesure perpétuellement», la littérature québécoise n’a pas, aux yeux de tous, les caractères d’évidence et de nécessité qui lui permettraient de s’imposer sans questionnement •Œuvres valables, œuvres françaises: telle est la règle», écrivait par exemple Georges-André Va-chon pour résumer la relation que plusieurs Québécois entretiennent avec la littérature.Aussi, dans ce contexte plutôt désolant se demander •qu’est-ce qu’un classique québécois?», comme le fait Robert Melançon, professeur à l’Université de Montréal, c’est accepter courageusement de rebrasser tous ces enjeux qui, au fond, touchent à la valeur même de l’expérience québécoise à l’échelle universelle.En effet une littérature qui n’aurait produit aucun classique serait-elle seulement digne de porter ce nom?Cette triste situation n’indiquerait-elle pas que le peuple qui s’en réclame n’a rien de vraiment valable à se dire à lui-même et au monde au sujet de son expérience?En ce sens, la vraie question n’est pas tant de savoir •qu’est-ce qu’un classique québécois?» mais plutôt: y a-t-il des classiques québécois?Or, pour répondre à cette interrogation fondamentale, force est de passer par l’épreuve de la question qui la précède, ce que Robert Melançon s’attache à faire avec un certain brio qui, malheureusement, s’écrase à l’étape des conclusions.Eclairant dans la démarche, le professeur devient branleux et timoré à l’heure des jugements.Qu’est-ce qu’un classique?L’idée de classique, en littérature, •reste l’éloge suprême».Cela étant, quels critères justifient ce statut?Explorant les réflexions de ses prédécesseurs en la Louis Cornellier matière, Melançon en retient quelques-uns.Les classiques, d’abord, seraient •des anciens ressaisis par le regard rétrospectif des modernes, des anciens relus et transformés par cette relecture, qui redeviennent modernes».Un classique sans lecteurs perdrait son statut, et cela ne cesse de se produire puisque le tri qui préside à l’établissement d’un canon d’auteurs «reste toujours à refaire».Un classique, ensuite, ce serait une œuvre «assez riche pour surprendre son lecteur» malgré le poids de la tradition et une œuvre qui s’adresse à la multitude des personnes cultivées puisque celle «qui n’intéresse plus que les érudits cesse d’être vraiment classique».Un classique, enfin, et c’est peut-être là la définition la plus forte avancée par Melançon malgré son caractère incertain, c’est une œuvre qu’il faut connaître «pour assurer notre appartenance à Inhumanité particulière dont nous nous réclamons», ll'iàée de classiques nationaux relève de la même logique: «On n’appartient vraiment à une société que si on connaît ses classiques.» D’autres critères, souvent avancés, méritent, selon le professeur, d’être écartés: définir le classique comme le résultat de forces institutionnelles nierait la question de sa valeur alors qu’affirmer que les classiques sont ceux qu’on enseigne dans les classes reviendrait à oublier que «l’école instrumentalise les classiques à ses propres fins; elle ne les définit pas plus que le conservatoire ne détermine le répertoire des concerts».Les classiques québécois •Les classiques québécois, constate Melançon, posent une question plutôt que de s'offrir comme une présence rassurante [.] parce qu’ils ne nous ont pas été transmis [.].» Depuis quelques décenmes, une tradition de recherche s’est mise en place, nws «la tradition de lecture reste à inventer».Et les titres à y inscrire restent à déterminer.Laissant de côté l’idée de classiques nationaux qu’il avait évoquée plus tôt, le professeur se réjouit de la «dénationalisation» de la littérature québécoise («aucun écrivain québécois d'aujourd’hui n’écrit en service commandé pour la nation») et de son «aspiration à l’universalité».Il remarque, bien sûr, que la littérature québécoise ne pèse fias lourd à l'échelle internationale, mais, insiste-t-il avec raison, «il ne faut pas confondre valeur intrinsèque et valeur de reconnaissance: une once d’or, c’est toujours de l’or quel que soit son cours».On peut donc, en ce sens, lire cette littérature «dans une perspective universalisante, c'est-à-dire en accordant plus de poids au substantif qu’à l’adjectif dans l’expression “littérature québécoise”».La référence à la littérature française, selon Melançon, doit toutefois demeurer.«L’ensemble de notre patrimoine littéraire français», écrit-il, est nécessaire à la compréhension de l’histoire de la littérature québécoise, et la question centrale de la valeur de nos classiques nous impose de les considérer par rapport aux classiques français, mais dans une perspective humaniste ouverte: «On n’y répondra pas en établissant des parallèles entre, disons, Verlaine et Nelligan, François-Xavier Carneau et Michelet ou Madame Bégon et Madame de Sévigné.» Il propose, plutôt, l’analogie suivante: «La ville de Québec n’est pas Venise, mais son inscription au patrimoine mondial par l’UNESCO est-elle pour autant illégitime?» L’œuvre de François-Xavier Garneau ne pourrait elle pas, selon cette logique, être considérée comme appartenant au patrimoine littéraire universel?«Cela n ’impliquerait nulle revendication extravagante de parité avec La Divine Comédie mais la reconnaissance de l’expression significative, susceptible à ce titre d’intéresser tout lecteur, d’une expérience humaine irréductible à toute autre.» Nuancé, délicat et respectueux des réalités particulières en cause tout en s’inscrivant dans une perspective universelle, ce point de vue me semble constituer une base de discussion extrêmement riche.Deux éléments, toutefois, affaiblissent l’ensemble.On aurait en effet souhaité que Melançon approfondisse et se prononce plus clairement sur l’idée des classiques nationaux, une idée très sensible, et parfaitement légitime à mon avis, dans le cas d’une petite nation fragile et incertaine comme le Québec.Il a choisi de la négliger, laissant ainsi sous-entendre qu’il la considère non pertinente.L’autre faiblesse a trait au critère restrictif du temps qu’il privilégie.Ne pourraient ainsi, selon lui, être considérés comme classiques que des textes écrits sous le Régime français et au XIXe siècle.Dans le cas d'une littérature relativement jeune comme la nôtre, cette prudence condamne à l’insignifiance.Sa liste: le Brief Récit de Cartier, les Relations des jésuites, les Lettres de Marie de l’Incarnation, la correspondance d’Elisabeth Bégon, l’Histoire du Canada de Garneau et les poésies de Nelligan.Comment ne pas au moins y ajouter Maria Chapdelaine, Un homme et son péché, Bonheur d'occasion et L'Homme ra-paillé?Va pour la prudence, mais pas pour la timidité.louiscornellier@parroinfo.net QU’EST-CE QU’UN E9UT )UEBÉ Le bonheur au quotidien LOUIS CORNELLIER Yves Bertrand s’intéresse à «la problématique de l’ordinaire de la vie».Son essai intitulé Le Jardin intérieur se présente comme une «réflexion sur la vie quotidienne» qui entend «concilier sagesse et bonheur» et il s’inscrit, en ce sens, dans la tradition des ouvrages de philosophie populaire qui mettent les grands penseurs d’hier au service d’un art de vivre pour aujourd’hui.Il s’agit, eji fait, d’une sorte de psycho-pop enrobée de glaçage philosophique.Ça fait plus chic, mais ce n’est pas nécessairement plus convaincant La quotidienneté postmoderne, constate-t-il, nous pèse.Les références incontestables, nécessaires à l’action, nous manquent Le culte de la communication cache mal la vacuité des contenus.Les réponses usuelles dans l’interprétation de la réalité ne conviennent plus.Que faire?Chercher un ailleurs, un au-delà plus satisfaisant?Certains s’y essaient et Bertrand les salue, mais son propos n’est pas celui-là.La «transformation de la quotidienneté» qui l’intéresse concerne l’ici-bas.«En effet, écrit-il, le bonheur est réalisable quand on peut transformer ce qui est inévitable dans la vie — la fatalité globale — en source d’énergie positive (réflexive, émotive, sociale, écologique).» Qu’est-ce à dire?Le programme proposé par Bertrand, malheureusement ne dépasse pas le recueil de poncifs bien envoyés.Ainsi, So- crate lui sert à affirmer que «la conduite humaine doit reposer sur mes choix et non pas sur des lois divines ou des règles établies par des institutions sociales reconnues de tous».D n’est pas sûr que le brillant dialecticien aurait laissé passer celle-là sans rouspéter.«Mes choix»: qu’est-ce que cela signifie au juste, dans cette formule, sinon une sorte de complaisance solipsiste?Il faut écrit encore Bertrand, «reconnaître que la sensibilité structure nos actions quotidiennes», mais ne •pas négliger le rôle de la rationalité».L’être, ajoute-t-il, vaut mieux que le paraître, et «vivre seulement en fonction du regard de l’autre ne mène nulle part».Le souci de soi doit s’allier au souci des autres.Il faut assumer ses imperfections, «devenir l'artiste de sa propre vie» et «se mettre en osmose avec la nature» afin de «goûter la vie».Tout cela, bien sûr, n’est pas faux, mais fallait-il vraiment nous le resservir d’aussi banale, quoique vaporeuse, façon?L’étoffe de la quotidienneté mérite mieux, me semble-t-il, qu’un élégant assemblage de formules rendues creuses à force d’être ressasr sées au nom de la sagesse.LE JARDIN INTÉRIEUR Construire son bonheur au quotidien Yves Bertrand Liber Montréal, 2004,156 pages REVUE possibles ¦ v«>i.uwi » «wowe ?ans VOLUME 2& NUMÉRO 3-4 Abonnement.Nom Élection d'un gouvernement minoritaire à Ottawa, affrontement permanent entre les orientation* gestionnaires du gouvernement Charest et ( ensemble des mouvements sociaux, popularité du munidpaüsme libertaire, taux préoccupants d'abstention électorale notamment chez les jeunes.Jusqu’où tes citoyens se reconnaissent-ils encore dans taure institutions politiques T Pendant que las élus se disputent sur des budgets (par exemple sur la santé), ee développent des réflexions qui remettent en question les prémisses mêmes de nos orientations collectives Est-H Important de voter?Privilégier l'autonomie des communautés ou la réforme de l'État?^éducation ou l'action étedorate?Le réinvestissement du PQ ou la créaflon de nouveaux lieux partisans?Chacun de ces dilemme* mérite réflexion et respect.CodepodaL.Téléphone „ t-ressatrssaésH CfNMtWPttUWTf s.ai setMl ' matière» Êfmmta lit 4.401 Revue Possibles ; SOJO.rue de LaneudMre ; Montréal Québec HU JRI ÉDITORIAL Quel oarti prendre ?ANDRÉ THIBAULT ESSAIS ET ANALYSES L’iapMcnbb arcur do gooistocmeet Mutin «t do Puti libéral du Caoado GILLES T0UP1N Réhabiliter la polidqos : one uptkiB liburtain.ANNA KRUZVNSN at MARCEL SÊVWNY Eojeox de aeu et qoeatioBi de noté RAYMOND LEMIEUX Un tfouTeroemeot : poor qooi faire i ALAW-0.SASNON ET OLIVIER DE CHAMPLASi Let jearner, la coi .n politiqae et l'édocatioo NÂWA1JE PRUD'HOMME Let principe» contre ta réalité (on pourquoi le» jeuaee ne toot pat voter) JEAN-FRANÇOIS LBYWE Votooi-aou» en citortn».oo en cooaomjiiatvnn t DANIEL BRETON D’abord •olidairea, on réceao d’édocadoo popolaire et de repolitieetiofi JACQUES FOURNER Taape no cariboo : la ganche et le Parti qoébécoi» GABRIEL GAGNON 2005 : naiaaaoce J'aie véritable altermitivv pulidqoe, à gasche t JACQUES PELLET®! POÉSIE ET FICTION L’avu* lamifcr* MICHEL.FLEAU Véprw PIERRE CMARLANC Rculnitceocete FRÉDÉRIC DESJARDINS Fen Importe le tempe VANESSA DUVAL-6A0NÉ JULIE TDRCONI *».¦* » m, CLASSIQUE QUEBECOIS?Robert Melançon Fides et PUM Montréal, 2004,64 pages OGM et ONG ULYSSE BERGERON Le débat entourant les organismes génétiquement modifiés (OGM) n’est, dans une certaine mesure, que l’expression d’une société où le libéralisme domine plusieurs sphères d’activité, dont celle de la recherche scientifique.Dénonçant ce constat, le Collectif français pour une conférence de citoyens sur les OGM (CCC-OGM) a accouché d’un recueil.L’objectif: susciter à tout prix le débat Regroupant des textes de scien-tifiques, de journalistes et de membres influents d’organisations citoyennes françaises, Société civile contre OGM traverse aussi ’ bien les dimensions scientifiques et écologiques que juridiques.Il en ressort un constat frappant: l’incompréhension, la méconnaissance scientifique avouée et le manque d’information qui entourent certains aspects cruciaux relatifs à la compréhension de la transgenèse minent la réflexion actuefle.De plus, la population civile, en raison de la complexité des concepts liés aux modifications génétiques, ne peut se faire une idée juste et précise des incidences concrètes que la fransge-nèse peut avoir sur leur existence.De cette incompréhension, le collectif en retire ce qui suit «Le fait que l’interprétation moléculaire de la génétique ne soit pas contredite par l’expérience [.] «« peut en aucun cas justifier à lui seul l’usage de la transgenèse», écrivent conjointement un agronome, un biologiste et deux médecins.Ce qu’un autre médecin, Lylian Le Goff, formule Un militant français visiblement contre les OGM.ainsi un peu plus loin dans l'ouvrage: «Lorsque l’on envisage de promouvoir les produits d’une nouvelle technologie, la règle [.] devrait être d’évaluer le rapport entre leurs risques et leurs avantages [.]; il en va du principe de précaution.» Sagement, CCC-OGM favorise les analyses finement vulgarisées plutôt que les opinions.L’ouvrage, pourtant clairement anti-OGM, demeure avant tout un outil de référence précieux qui démystifie et explique, sans simplifier à outrance, les complexités d’un débat qui reste à faire.Beaucoup de questions, peu de réponses Pour sa part l’essai que signent Pierre Auger et Jean-Luc Ferrante entretient la pompeuse prétention de faire la lumière sur Greenpeace, la plus internationale des organisations écoloparifistes.Malheureusement les auteurs n'arrivent qu’à surfer, dans un déséquilibre évident sur de vagues explications de ce que symboliserait aujourd’hui la célèbre ONG.Beaucoup de questions et bien peu de réponses.Les auteurs ont néanmoins le mérite de faire revivre certaines de ses spectaculaires croisades: ses premières oppositions contre les essais nucléaires des Etats-Unis et l’affaire du Rainbow Warrior.Ils évoquent au passage, l’importance de la couverture médiatique dans la démarche militante de l’organisation: «[.] Greenpeace est condamné à mettre en scène et fournir des images toujours plus spectaculaires.En fait, Greenpeace pourrait se, définir elle-même comme un média spécialisé dans la dramatisation des problèmes d’environnement.» Toutefois, pour le lecteur qui s’intéresse au mouvement mieux vaut se réfugier dans l’ouvrage de son fondateur, Jim Bolhen (Making Waves, The Origins and Futu- ROBERT PRATTA REUTERS re of Greenpeace, Black Rose Books), ou dans ceux de certains de ses détracteurs, comme Olivier Vermont (La Face cachée de Greenpeace, Albin Michel).SOCIÉTÉ CIVILE CONTRE OGM Arguments pour ouvrir UN DÉBAT PUBLIC Collectif CGOGM Éditions Yves Michel Paris, 2004,318 pages GREENPEACE Controverses autour d’une ONG QUI DÉRANGE Pierre Auger et Jean-Luc Ferrante Éditions La Plage Sète, 2004,168 pages nde Annuaire économique et géopolitique mondial 24e édition Une analyse approfondie des grandes tendances planétaires Un bilan de l’année pour les 226 États et territoires de la planète Les enjeux politiques et économiques à l’aube du IIIe millénaire 672 pages • 29,95 $ — 4^; W! En collaboration avec LE DEVOIR : RADIO Boréal www.editionsboreal.qcca f I LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 F 15 Essais Le désir selon Michel Dorais Faut-il réformer le capitalisme ?JOSÉE LAMBERT mmm Michel Dorais LOUIS CORNELLIER Michel Dorais travaille bien.Sous la plume de ce sociologue de l'intimité et de la sexualité, les sujets les plus graves (voir, entre autres, son Mort ou fif, publié en 2001) s’éclairent et deviennent accessibles.Etrangers à tout psychologisme étroit, ses travaux font appel autant à la sociologie et à l'anthropologie qu’à la psychologie cognitive et à la neurobiologie afin de s’approcher au plus près de la vérité des comportements humains les plus intimes.«Expliquer n’est pas prédire», écrit-il, ajoutant douter «qu’une théorie en sciences humaines réussisse un jour à prédire avec finesse et sans faillir quelque conduite humaine que ce soit».Mais cela ne le dispense pas, évidemment, de se mettre à l’ouvrage avec intelligence et délicatesse.Publié pour la première fois en 1995, son bel essai intitulé La Mémoire du désir explore un territoire mystérieux, celui de nos désirs et fantasmes.D’où viennent-ils?Pourquoi est-on attiré par telle personne et non par telle autre?Pour répondre à ces questions, Dorais suggère l’hypothèse suivante: «La reviviscence de traumatismes affectifs lors de la jouissance sexuelle donnerait l’impression d’annihiler la souffrance autrefois subie puisque, cette fois, les circonstances font en sorte que la frustration se transforme en plaisir, en orgasme, en victoire.» L’ancrage du désir, les racines de l’attrait sexuel seraient donc à chercher dans les traumatismes et frustrations du passé qui détermineraient, en grande partie, la direction de ce même désir qui se nourrit aussi de l’espoir d’une consolation.«Le désir, écrit encore Dorais, prend appui à la fois dans le passé, par la recherche parfois compulsive de ce qui fut espéré mais refusé, et dans le futur, par l’anticipation d'un plaisir réparateur.» C’est donc sur ces bases que se met en place ce que l’auteur appelle notre «cartographie érotique», constituée de fantasmes et de scénarios sexuels, qui, on le comprend, témoigne de nos histoires de vie les plus intimes.Aussi, pour Dorais, «la passion n’a rien d'instinctif» et, «dans ce qu’on appelle malgré tout l’instinct sexuel, il n’y a finalement pas grand-chose d’inné».Le désir, en ce sens, serait donc un construit individuel jamais achevé (même à les traumatismes les plus anciens s’avèrent souvent les plus marquants), mais D refléterait «aussi les rapports sociaux L’Allemagne de Tournier LOUIS CORNELLIER Il faut beaucoup aimer et Michel Tournier et l’Allemagne pour apprécier le témoignage que publie l’auteur du Coq de bruyère sous le titre Le Bonheur en Allemagne?(Maren Sell éditeur).Plutôt décousu, ce bref essai traite de façon impressionniste, pour ne pas dire vaporeuse, du lien intime que l’auteur entretient avec l’Allemagne et des rapports de cette dernière avec la France.L’absence de fil conducteur rend toutefois cette lecture plutôt insatisfaisante.On y apprendra au moins que, selon Tournier, le destin de l'Allemagne est d’«aller toujours au paroxysme de tout», que «chaque peuple revendique la vertu dont il est en vérité le plus dépourvu» et que, «de Voltaire, il ne reste pas une seule œuvre qui mérite le titre de classique».Vaguement distrayant sans plus.entre les individus, les sexes, les générations, etc.Notre psychologie et notre sexualité sont les fruits de la culture déposée en nous au cours de notre socialisation».En ce domaine, donc, et sur le plan tant individuel que coüec-ti£ «le sens domine les sens».Dans ces conditions, on imagine facilement que la rencontre heureuse de deux désirs reste, comme l’écrit Dorais, «parmi les événements les plus mystérieux de l’existence».L’objet de mon désir étant hiknême un sujet de désir issu de ses propres traumatismes, les chances que je sois l'élu de ses anticipations comme il l’est des miennes et que le passage à l’acte offre un dénouement heureux et renouvelé sont en effet plutôt minces.Parfois, pourtant — eurêka! —, le miracle se produit Dans les cas contraires, fréquents, la quête se poursuit et prend parfois des détours inattendus.«Est-il nécessaire, demande ultimement Dorais, de transformer nos fantasmes sexuels en comportements?Pas forcément.La sexualité est une façon, mais pas la seule, de soulager nos tensions et d’exorciser le passé.L’amitié, l'amour, la création, le don de soi, la spiritualité, même, sont autant d'exutoires à l’angoisse ou au mal de vivre.» C’est cette largeur de vues qui fait de Michel Dorais un essayiste raffiné.LA MÉMOIRE DU DÉSIR Dl TRAUMATISME AU FANTASME Michel Dorais Typo Montréal, 2004,208 pages Martin (>raï TOUS LES HOMMF aPRHŒ AVEC CHAOUE LIVRE U BÉCtî HtSTORtfHJE DE L'ÉPOPÉE OU CAOUTCHOUC GERALD MOREAU auteur du best-seller LA DAME DE MANAOS Martin Gray et Gérald Moreau vous attendent au Salon du livre de Montréal, stand 380 Samedi 20 novembre-14 h à 16 h Dimanche 21 novembre -14 h à 16 h ÉDITIONS 1)1 ROCHER l,«>* < onimiinM'nlioii* ¦lu % fi il < liani|tiigii«- MARCEL FOURNIER La grande perturbation?De quoi s'agit-il?Un de-rangement, un désordre?Mais lequel?De la mondialisation, bien entendu.Zaki Laïdi, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, privilégie certes la dimension politique de ce changement, à savoir la redistribution des souverainetés, mais son approche se veut globale: il est aussi question de la mondialisation comme imaginaire social, de marché autorégulateur, d’extension du domaine de la propriété (dont la propriété intellectuelle) et enfin d'altermondialisation.Un vaste programme! Le titre même de l’ouvrage est un clin d’oeil au grand livre de Karl Polanyi, La Grande Transformation.De grandes inquiétudes Zaki laïdi résume de façon claire les grands débats sur la mondialisation, traite avec subtilité des thèses de grands penseurs (Jean Bodin, humaniste du XVI' siècle, Hobbes, Locke, Carl Schmitt, F.von Hayek, J.Habermas, etc.) et présente son argumentation de manière pedagogique, point par point, en introduisant des tableaux-synthèses, par exemple sur l’individualisation de l’action politique ou sur la construction idéologique de la mondialisation depuis les années 1980.Son analyse de la redistribution de la souveraineté vers des acteurs autres que l'État, à savoir les acteurs du marché et ceux de la société civile, est tout à fait convaincante.Tout n’est donc pas «sombre» dans la mondialisation, mais la grande perturbation que celle-ci provoque crée de grandes inquiétudes: inquiétude des pays riches face à la concurrence des pays à bas salaires et inquiétude des damnés de la terre qui craignent un nouveau déclassement; écart croissant, au sein de chaque nation, entre gagnants et perdants du jeu social.Sans parler de la dislocation annoncée de l’Occident, avec l’opposition apparemment irréductible entre l’Europe et les États-Unis.Les divergences, plus évidentes depuis le 11 septembre 2001, se sont cristallisées autour de grands enjeux: la guerre en Irak, le protocole de Kyoto, les questions de sécurité alimentaire, la création d’une cour pénale internationale.Laïdi évite de tomber dans l’antiaméri-canisme, mais on sent bien que son cœur penche du côté de l’Europe et de la vision du monde quelle incarne (pacifisme, multilatéralisme).L’altermondialisme : une contestation?Mais comment la population, bousculée par tous ces changements, réagit-elle?Zaki laïdi consacre la dernière partie de son ouvrage à l’analyse du mouvement altemiondialiste qui, fort hétérogène, réunit des associations culturelles ou politiques, des ONG et divers groupes d’acteurs en réseau.Laïdi a les réflexes SCOTT OISON REUTERS d'un homme de gauche et il compare ce nouveau mouvement social au syndicalisme pour en arriver à la conclusion que c’est fort différent Certes, il conteste le capitalisme de marché, mais aussi il défend les grandes valeurs de la justice sociale, de la solidarité et de l’écologie et il prend en charge tout un ensemble de revendications fort différentes, voire contradictoires.11 n'y a pas, à strictement parler, de défense d’intérêts professionnels ou corporatistes.Le point de référence n’est pas tant la condition sociale de ses adhérents que leur condition existentielle.Il y a d'ailleurs une déconnexion entre position sociale et contestation: aussi étonnant que cela puisse paraître, il est d’autant moins probable qu’on s'engage dans un mouvement comme ATTAC en France que l'on est soi-même peu menacé par la mondialisation.D'où, comme l’observe laïdi, la surreprésentation des retraités, des inactifs et des professions intellectuelles.Il s’agit d'un mouvement qui est moins radical qu'il ne le parait: il veut faire payer les riches (taxe Tobin) et non pas renverser le système capitaliste.Mais il faut craindre un glissement vers un radicalisme sans perspective.Prudent, Zaki laïdi retient cependant son jugement: rien n’est encore joué.la démarche de Zaki latdi peut sembler paradoxale: c’est celle du spectateur engagé à la Raymond Aron.D'un côté, il refuse de prendre parti pour ou contre la mondialisation et, de l’autre, il ne cache pas son parti pris, qui est de vouloir «domestiquer» la mondialisation, c'est-à-dire «la rendre moins sauvage et la reterritoriali-ser».C’est fa, selon lui, une façon de commencer la «dissipation de la grande perturbation».LA GRANDE PERTURBATION Zaki laïdi Flammarion Paris, 2004,473 pages lit M vr;
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