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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2009-01-10, Collections de BAnQ.

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L E I) E V O I R , E S S A M E I) ROMAN L H I) K V l) I K .L K S S A M EDI 10 ET DIMANCHE II .) A N V I E R 2 0 (I !* LIVRES EN APARTÉ Encore du sang Jean-François Nadeau n Beauce, un pays que je connais mal même si j’en suis en quelque sorte originaire, on trouve en bord de route, comme dans toutes nos campagnes, un lot de maisons abandonnées.J’ai toujours aimé ces carcasses de vie passées, plantées avec leur mine basse au milieu des champs.J’entre à l’occasion dans certaines, toujours un peu nerveux.Le plancher cédera-t-il?Est-ce que ce sera plutôt le plafond?En Beauce, dans une maison de bois lavée par le vent et le temps, je trouve au salon, sur un mur vert empire, une large éclaboussure d’un rouge brunâtre.Du sang, me dis-je.Une histoire de meurtre pour commencer l’année?Par terre, l’arme du crime.Du ketchup, coagulé dans une bouteille de plastique.Juste à côté, un vieil Almanach du peuple, seule lecture de salon ou presque pendant si longtemps.A Saint-Georges-de-Beauce, je m’impose un arrêt à l’église, non par croyance mais pour saisir l’importance de pareil monument de pierres dressé bien haut vers le ciel alors que tout, dans les alentours, n’est que maisons basses.L’heure est à l'affluence.Une messe débute bientôt.J’entre et ressors presque aussi vite pour découvrir que ma voiture est désormais bloquée.Près de ce théâtre de Dieu, les gens stationnent en double, les uns collés aux autres, convaincus que tout le monde dans les environs, à cette heure, se trouve forcément à l’église pour y rester.Je suis donc forcé d’entrer à nouveau et d’attendre, patiemment, que l’affaire se termine enfin.Dans l’allée principale, un gamin vêtu d'une chasuble blanche tient un goupillon d’eau bénite en attendant, j’imagine, l’arrivée du prêtre.Tout près de lui, un pauvre diable d’environ vingt-cinq ans, les cheveux taillés en brosse, avance péniblement, porté par ses béquilles.C’est un soldat revenu d’Afghanistan, murmure-t-on autour de moi.Le jeune vétéran et le gamin à l’eau bénite échangent un bref regard complice.Le gamin soulève un peu le goupillon.Le vétéran y touche puis, d’un seul coup, pose ses béquilles contre un banc et se met à marcher d’un pas alerte, tout sourire.L’effet destructeur de la balle d’acier, de Les assassins de la snéinoire l’éclat d’obus ou de je ne sais quoi qui s’est logé dans sa jambe au champ de bataille s’est volatilisé.Vrai?Mais non.Nous sommes à l’église.Pas dans un conte de Fred Pellerin.Mon père qui êtes du côté des cieux, pourquoi m’avez-vous laissé stationner là?Est-ce pour entendre ce curé barbu d’un nouveau genre livrer, en roulant ses «r» à l’ancienne, un insignifiant sermon à répondre où la ritournelle de la soumission «à nos dirigeants» est, comme avant, toujours de rigueur?Priez pour éclairer nos dirigeants.Priez pour que notre soumission aux sai-gneurs soit meilleure.Priez.Priez.La nouvelle religion En Grande-Bretagne, tandis que la banque centrale propose son plus bas taux depuis 1694, l’Eglise anglicane vient de lancer sa «prière pour un licencié».Quelque 600 000 Britanniques risquent de perdre leur travail cette année.Ici, combien de gens vont se retrouver à la rue avec la crise?Nous risquons en tout cas de connaître bientôt un nouveau type de maisons abandonnées: les reprises d’hypothèque.Le Québec a connu une hausse de 39 % des saisies de maisons en 2008.Peut-être ces gens-là finiront-ils par loger dans les grandes églises vides de nos campagnes?Chose certaine, les catastrophes apportent souvent des retours à la foi, ici comme ailleurs.Remarquez que ça nous changerait peut-être de la religion de l’industrie mise en avant par les banques.Les braves banques, tout comme les compagnies d’assurances, ont bien du culot même lorsqu’elles manquent plus que jamais de croyants.Après avoir engrangé des milliards en profit, année après année, elles réclament de l’aide de ceux qu’elles ont pillés.Est-ce normal?Pour sauver la situation, la Banque Scotia propose à la population, dans un avis public lancé le 29 décembre, d’économiser en cessant d’acheter des livres! «Restreignez vos abonnements à des magazines et visitez votre bibliothèque plus souvent plutôt que d’acheter des livres tout le temps.» Le livre, la lecture, chacun sait qu’il s’agit là de la première cause du surendettement.La même institution recommande-t-elle aux citoyens d’éviter d’assister aux spectacles qu’elle présente dans son amphithéâtre d’Ottawa, joliment nommé «Place Banque Scotia»?Bien sûr que non.Cessez plutôt d’acheter des livres et vous sauverez le monde de la crise! Il est de plus en plus clair que ces banquiers préfèrent de beaucoup le sang à la culture.«Ah! J’aime ce marché! J’aime le sang!», lance Charles Maison abandonnée en Beauce Lax, président du fonds bostonien GrandBanks Capital.Il n’est pas le seul à raffoler du sang.Dans le magazine québécois Affaires plus, Luc Girard, directeur chez Valeurs mobilières Desjardins, clame à peu près la même chose: «Le meilleur moment pour acheter, c’est lorsqu’il y a du sang dans les rues.» Du sang! Allez! Tout ce beau monde des affaires reprend volontiers, sans doute sans le savoir, une célèbre phrase de Nathan Rothschild, quintessence du banquier opportuniste, qui disait au XVIII' siècle, au milieu des soubresauts tragiques de l’ère napoléonienne, qu’«z7 faut acheter lorsqu’il y a du sang dans les rues».Selon les exégètes de ce saint banquier à l’origine d’une puissante dynastie, Rothschild aurait ajouté, ce qui est moins connu, qu’il faut toujours acheter dans ces conditions, «même lorsque c'est son propre sang qui coule» dans le caniveau.Faut-il chercher à acheter ces jours-ci du côté de la bande de Gaza?Qui sait si on n’y construira pas bientôt un lucratif centre international de distribution de pièces détachées en tout genre.Ou encore une réserve naturelle pour tanks, canons et hélicoptères sauvages.Chose certai- JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR ne, il y a là beaucoup de sang qui coule, donc de bonnes affaires à faire.Comme en Afghanistan ou en Irak.Le sang rapporte même ces jours-ci pour les assassins de la mémoire.Il semble en effet que les affaires ne vont pas trop mal pour les négationnistes.Même l’affreux Robert Faurisson, fabricant de faux, diseur de n’importe quoi, se retrouve applaudi sur une scène parisienne dans le cadre d’un spectacle de l’humoriste Dieudonné.Il n’y a pourtant pas de quoi rire.Pareil soutien à des gens qui nient la vérité historique la plus élémentaire donne envie de relire Les Assassins de la mémoire de Pierre Vidal-Naquet, admirable recueil de textes de ce grand helléniste qui perdit ses parents à Auschwitz.Dieudonné, comme Noir, ne semble pas faire trop de cas du fait que Faurisson nie aussi l’existence de la déportation des Africains par les esclavagistes.Ce qui veut dire qu’il déteste plus les Juifs que l’esclavage.Qui tire profit de ce nouveau monde qui se dessine?jfnadeau@ledevoir.com LITTERATURE FRANÇAISE Dépôt de bilan CHRISTIAN DESMEULES Longtemps rattaché au bassin de la Méditerranée — sa «zone» —, un agent du renseignement franco-croate en fin de parcours essaie d’échapper au «souvenir des émois et des crimes» qui ont marqué les années de service.Brillant et vibrant exercice de style, roman-fleuve au style incantatoire, Zone, le quatrième roman de Mathias Enard, qui s’était fait remarquer en 2003 avec La Perfection du tir (Actes Sud), est un palimpseste ferroviaire qui se décline en 24 chapitres (renvoyant le lecteur aux 24 chants de XIliade) et sur 500 kilomètres de rails entre Milan et Rome.L’auteur y gratte un peu le canevas de Us Modification, le roman publié en 1957 par Michel Butor qui racontait le flux intérieur d’un homme quittant Paris en train pour aller rejoindre sa maîtresse à Rome.Francis Servain Mirkovi, poussé à se reconvertir à la vie civile, entreprend une dernière mission au Vatican.Depuis «l’agonie rouge des soirs du Caire à l’odeur de momie» jusqu’à Rome et sa douceur de fruit trop mûr, c’est un petit palmarès de villes «touchées par la maladie de l’histoirç et de la mort» que Mathias Enard alimente à travers cette odyssée ferroviaire hallucinée.Les charniers yougoslaves, Beyrouth et les camps de réfugiés palestiniens, les répressions de la guerre civile espagnole, la bataille d’Alger, toutes les barbaries de l’Histoire et du Le français recule La dernière étude de Charles Castonguay ne laisse aucun doute BORIS HORVAT AFP Mathias Enard dernier siècle trouvent leur place dans ce chaos de souvenirs et de mémoire sanglante.Le roman emprunte son titre et une partie de ses thèmes au poème d’Apollinaire qui ouvre Alcools: «À la fin tu es las de ce monde ancien.» Intense, somptueux, érudit, Zone a remporté récemment le 10 prix Décembre, venant en quelque sorte confirmer l'audace formelle et la réussite de ce roman ambitieux qui nous rappelle aussi ce mot bien connu de Joyce: «L’Histoire est un cauchemar dont j’essaie de me réveiller.» Collaborateur du Devoir ZONE Mathias Enard Actes Sud Arles, 2(X)8,518 pages LOUIS CORNE I, LIER Oubliez la langue de bois du gouvernement du Québec, de l’Office québécois de la langue française (OQLF) et de la commission Bouchard-Taylor, nous dit le statisticien et expert des questions linguistiques Charles Castonguay dans Avantage à l’anglais! Dynamique actuelle des langues au Québec.La vérité, c’est que le français recule au Québec.Ce que nous apprend Castonguay, en effet, avec force chiffres et explications à l’appui, c’est que «l’unilinguisme anglais rapporte plus que l’unilinguisme français sur le marché du travail actuel au Québec», que le français assimile les immigrés à faible revenu alors que l'anglais domine dans l’assimilation des immigrés à revenu élevé et que les francophones, dans les grandes entreprises, sont aussi nombreux à employer l’anglais comme langue principale de travail que le français.Castonguay nous apprend aussi que, si la loi 101 assure BEAUX LIVRES un bon apprentissage du français aux immigrés non francophones de moins de 15 ans, elle est loin d’obtenir d’aussi bons résultats auprès des plus âgés, qui constituent trois immigrants sur quatre.«La moitié des immigrants adultes qui arrivent à Montréal sans connaître le français, note-t-il, ne l’apprennent jamais assez bien pour soutenir une conversation.» Plus de 50 % des étudiants allophones s’inscrivent au cégep anglais.Or il existe un lien direct entre la langue des études à ce niveau scolaire et la langue de travail qui, elle, ensuite, influence grandement l’adoption d’une langue d’usage à la maison.«Pour un allo-phone, donc, explique Castonguay, étudier en français prépare à travailler en français.Et travailler en français dispose à adopter le français plutôt que l’anglais comme nouvelle langue d’usage à la maison.Et à élever ses enfants éventuels dans la même langue, contribution insigne à l’avenir du français au Québec.En revanche, étudier en anglais prépare à suivre une tout autre filière.» JACQl'KS NADEAU I.K DEVOIR Le centre-ville de Montréal, septembre 2008 Une étude de madame Elke Laur, discrètement parue sur le site Web de l’OQLF à l’été 2008, démontre que, «en moyenne, une personne va être évaluée plus favorablement si elle nous parle en anglais».Preuve, donc, que, en 2008, au Québec, «l’anglais détient encore à Montréal un statut social supérieur à celui du français».Pendant ce temps, le gouvernement du Québec, responsable de l'application de la Charte de la langue française, qui affirme que «le français doit devenir la langue commune de tous les Québécois», et ses chercheurs serviles nous répètent que tout va bien.«Il y a longtemps, conclut avec raison Castonguay, que la langue officielle du Québec est devenue la langue de bois.» Y a-t-il encore des défenseurs du Québec français dans la salle?Il serait grand temps qu'ils se fassent entendre et respecter.Collaborateur du Devoir AVANTAGE À L’ANGLAIS ! Dynamique actuelle des LANGUES AU QUÉBEC Charles Castonguay Préface de Pierre Dubuc Renouveau québécois Montréal, 2008,152 pages Dans l’intimité des plantes U1 v'^,ve soi deri'eve Les livres qui ne circulent pas meurent l’f (HAH6E 707 Eï 713 MONI-ROYAl fSl ©MONl-INM, 514-523-6389 La nuit, le Jardin botanique de Montréal est fermé.Il ferme beaucoup trop tôt, d’ailleurs.Heureusement, cette année, une photographe s’est glissée à l’intérieur de ses limites pour capter la beauté de ses plantes dans le secret de la pénombre.Il en reste le beau livre Après minuit, au fil des saisons au Jardin botanique de Montréal, illustré des photographies de Linda Rutenberg.L’ouvrage se divise entre les quatre saisons, printemps, été, automne, hiver.Surgissant de l’ombre, jardins d’accueil, jardins alpins, jardins de Chine ou jardins de vivaces semblent surpris en pleine intimité.De petits textes accompagnent les illustrations, rappelant là une odeur automnale de feuilles en décomposition, là une averse de grêle estivale, et là, encore et toujours, un hiver qui tarde à finir.Le Devoir APRÈS MINUIT, AU FIL DES SAISONS AU JARDIN BOTANIQUE DE MONTRÉAL Photographies (Je Linda Rutenberg Editions Verve, Burlington, 2(X)8 SI> V m fù s ^ A Magnolia, photographie de Linda Rutenberg SOURCE VERVE ÉDITIONS I c J* Z HHC L K I) E V OIK.LES S A M EDI I II E T H I ,\l A N (' HE II .1 A A V I K K (I (I I) V :i LITTERATURE Héros malgré lui Il y a des livres, comme ça, qui nous tombent dessus, qu’on n’attendait pas.Des livres qu’on ouvre par simple curiosité et qui petit à petit en viennent à nous habiter complètement.Letendre et l’homme de rien est de ceux-là.Une question de climat?De ton?De personnages?Un amalgame de tout cela, peut-être.Et une façon de procéder sans prétention, sans enflure de style.Comment dire?Tout a l’air si simple, un peu plat, à vrai dire, à première vue.On est dans l’ordinaire de la vie, au quotidien.Avec, dans l’air, un brin de nostalgie, une certaine note vieillotte.On ne se méfie pas.Mais, à notre insu, quelque chose se construit, s’anime, devient vivant, tellement.En passant, nous sommes dans un polar.Atypique, soit, mais un polar tout de même.Le roman s’ouvre sur un mystère.Un complot dont on ne comprend pas la teneur se joue là, une catastrophe est annoncée.Puis, changement de registre, nous voici plongés dans la petite vie tranquille d’un collectionneur de livres rares, anciens.11 y aura bel et bien un meurtre, une enquête.Mais on mettra du temps à saisir les en- et l’homme de rien ierre Caron jeux du crime commis.L’enquête piétinera, s’étirera.D’autant plus que celui qui cherche à élucider le meurtre n’a rien d’un Kurt Wallander ou d’un Harry Bosch.Letendre, c’est son nom.Et c’est bien malgré lui qu’il se retrouve mêlé à cette histoire.Tout ce que souhaitait ce collectionneur, c’était se procurer l’édition originale du tome 1 des Liaisons dangereuses, de Laclos.Oui mais voilà, l’homme qui devait lui fournir le livre convoité a été assassiné.Qui l’a tué, et pourquoi?Qui était ce Loucka, considéré comme un «homme de rien», pour commencer?Letendre ne peut s’empêcher de s’en mêler.Lui-même est obsédé, il faut le dire, par un désir de vérité, par cette idée de «trouver le fin fond des choses»: sa femme a disparu dans des circonstances non élucidées il y a plusieurs années.C’est guidé par son intuition, et secondé par quelques amis, qu’il se lancera dans l’aventure.Une aventure qui mettra sa propre vie en danger.Lui, si malhabile, mexpérimenté.Ainsi: «A tout considérer, l'assassinat de Loucka, par quelque biais qu’il le prenne, le menait toujours à la même conclusion: il n’aurait pas dû s’en mêler.Les collectionneurs devraient rester dans leur domaine, là où ils sont experts, et ne pas se lancer dans celui des enquêteurs criminels.Un meurtre n'est pas l’occasion de jouer les personnages de romah.» Quoi qu’il en soit, Letendre ira jusqu’au bout.Et nous avec lui.En chemin, nous ferons escale à Prague.Où nous fouillerons les décombres de l’ex-régi-me communiste, de ses délations, de ses défections.En toile de fond: la situation des immigrés illégaux à qui on a refusé l’asile politique au Canada.Et les abus de certains fonctionnaires et avocats véreux, qui se graissent la patte sur leur dos.Comme quoi une simple histoire de livres anciens peut nous conduire loin.Prendre des proportions inattendues, avoir des ramifications politiques.Et criminelles.Comme quoi un homme ordinaire peut faire des choses extraordinaires.Habile, très habile, l’auteur de Letendre et l’homme de rien.Pierre Caron, vous connaissez?Journaliste, notaire, puis avocat: il a exercé plusieurs professions.Ce qui ne l’a pas empêché de publier une quinzaine d’ouvrages depuis 30 ans.Entre autres: une trilogie romanesque, ancrée dans l'histoire du Québec, La Naissance d’une nation.Aussi: un récit sur son amitié avec le père de Maigret, Georges Simenon.Tiens, tiens.Plus récemment, il a publié deux livres qui tournent autour de la ville de Québec.Et, en collaboration avec l’historien Jacques Lacoursière, L’Histoire vivante des régions historiques du Québec.Ce n’est pas tout.Au fil des ans, celui qui occupe depuis peu la fonction de directeur littéraire de la section romans aux Editions Fides a aussi fait paraître des documents du genre Les petites créances, comment s’y préparer et Le Divorce sans avocat.Vous avez dit éclectique?Pour le moins atypique, oui.A l’image de son polar, le premier qu’il publie.Et qui marque le début d’une série fort prometteuse.Verra-t-on un jour le fin fond des choses concernant la disparition de la femme du héros?Pas étonnant qu’en préambule de Letendre et l’homme de rien, Pierre Caron cite le tandem d'auteurs de polars Boi-leau-Narcejac, qui a inspiré des réalisateurs comme Clou-zot et Hitchcock.«Si le roman policier n’était pas avant tout un roman, postulaient Pierre Boileau et Thomas Narcejac, il ne serait même pas “policier”.En vérité, il n’existerait pas du tout.» Collaboratrice du Devoir Danielle Laurin YVES LATREILLE Journaliste, notaire, puis avocat, Pierre Caron a publié une quinzaine d’ouvrages depuis 30 ans.LETENDRE ET L’HOMME DE RIEN Pierre Caron Fides Montréal, 2(X)8,344 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Fugue matador PALMARÈS LIVRES Corrida pour soi seul de Michaël La Chance se présente comme une suite d’exercices poétiques et spirituels SUZANNE GIGUÈRE LJ œuvre philosophique est 1 toujours implicitement un dialogue.Corrida pour soi seul se présente comme une suite d’exercices poétiques et spirituels.Dans ce «Cahier de charges existentielles», les exercices ne doivent pas être seulement lus mais faits, suggère Michaël La Chance en introduction.Dans cette corrida d’une comparution devant soi qui se nourrit de pensées et d’émotions errantes, le lecteur est invité à devenir une âme-miroir et à inventer ses propres exercices d'humilité, de naïveté, de survie, d’élévation, de résonance, d’ironie, de dignité, de fierté et de recentrement.Etre le matador et aussi l’animal, nez au vent.Etre ce corps au risque des cornes.Toréer.Tel est le vaste programme de ce petit livre philosophique immensément dense.L’arène L’arène est un lieu métaphysique.Chacun y vient, avec sa solitude, attendre sur la pierre chaude.«Lorsque je suis arrivé, le monde était commencé, les places prises, il ne restait que des coquilles brisées.Ne sachant que faire de moi-même, je me suis joué.» Un homme est immobile dans la pénombre de son arrière-boutique.Les battements de son cœur le renvoient sur les rebords déchiquetés de sa vie, qui n'est qu’une dérisoire imposture.11 ne renonce pas à comprendre.Il s'exerce à l'humilité.Après s’être exercé à une posture très humble, il convient de regarder autour de soi, afin de mieux comprendre les façons de vivre des hommes.Chacun désire la liberté et la jouissance de la vie.Pourtant, la plupart s’y refusent.Alors chacun peut se demander s’il n’a pas en lui-même une tendance inavouée pour ce qui lui est contraire.Nous sommes tous des naïfs qui s’ignorent.L’intérêt de cet exercice est de découvrir cette vérité.Dans une lettre de 1353, le poète François Pétrarque relate son ascension du mont Ventoux.L’ascension est intérieure.La conquête du sommet fait apercevoir d’autres sommets.L’exercice de l’élévation consiste à rencontrer en nous-mêmes ce qui nous dépasse d'emblée.Le monde tourne mal en dehors de l’arène.L’ironiste voit que le monde est cruel, une partie de lui-même ne peut s’empêcher de sourire et d’approuver, parce que l’humanité ne mérite pas davantage.Suspendre l’ironie, tel est l’exercice proposé.Lenteur et douceur pour réparer notre monde.Faire tourner la planète dans le sens des aiguilles du merveilleux, s’exercer à l’espoir.Trouver dans la complicité des signes le moyen de reprendre vie.Les signes sont partout.S’exercer dès maintenant.L'exercice de fierté s’indigne contre l’époque, somme la vie à comparaître, dans le temps d’un défi.Exercice difficile.Un peintre franco-catalan, ami de l’auteur, s’est suicidé.Il peignait des matadors et des corridas.Sa vie était devenue un combat incessant face aux difficultés du monde.Le petit matador a perdu son combat mais, aux yeux du philosophe, il a conservé sa noblesse.«Nous pouvons nous exercer ainsi, jouer une corrida pour soi seul, imaginer des jeux de cape devant l’Ombre.» Blues en prose.Les droits de l’homme sont bafoués partout dans le monde.Le socle de l’humanité s’est fissuré.Chaque fois que le jour se lève, faisons-nous ce qu'il faut pour que chacun puisse vivre dans la dignité?Cet exercice est une invitation à retrouver «la fleur encore scellée de la beauté dans le bas-fond de l’agitation meurtrière».Il s’appuie sur une lettre écrite dans la jungle colombienne par le colonel Luis Mendieta, otage des PARC depuis 1998: «Ce n’est pas la souffrance physique de nos blessures, ni les chaînes que nous avons au cou, qui nous tourmentent le plus, ni les maladies incessantes qui nous affligent.C’est l’agonie mentale provoquée par l’absurdité de tout cela.C'est la colère que soulèvent en nous la perversité du mal et l’indifférence du bien.» Il apparaît à la fin que «l'exercice de recentrement» requiert au préalable d’avoir fait certains détours (par l’autre).Se guérir du jugement des autres (Artaud), aller au devant de ce qui creuse et laisser enfin entrer le vide.Lecture-méditation La philosophie est exigeante, elle demande patience et concentration.Malgré une plume claire, on croit être au bord de trouver le bon angle, de comprendre, puis il nous faut relire chaque exercice du livre.Michaël I,a Chance nous convie à une conception de la lecture comme technique de soi au sens de Foucault, à une sorte de pratique méditative où connaissance de soi et représentation de soi ne peuvent être dissociées.Le point central de Corrida pour soi seul, c’est l’association lecture-méditation.Comme pratiques, lecture et méditation sont toutes deux des exercices de l’esprit comme il y a des exercices du corps.De ce livre d’exercices il faut dire qu’il ne ressemble qu'à lui-même.On y entend une voix, comme si l'auteur, entre les lignes, nous parlait.L’effet de souffle.Sa passion précise du paysage, sa façon de ralentir, de faire circuler la poésie et ses rêveries entre les lignes de la prose, sa façon d’être un homme de carnets, d’héberger les compagnons littéraires, sa façon de regarder la lumière du monde à travers les vitraux d’une chapelle, de n'être pas guéri de l’enfance, son romantisme anachronique, sa naïveté d’émerveillé, forment un singulier carnet d’exercices qui nous révèle à l’existence, nous mène par la main, apaise nos malentendus intimes et nous guérit de nos aveuglements.Qui a écrit que la littérature est un exercice où on s’engage tout entier comme un torero?Poète, essayiste et philosophe, professeur de théorie et histoire de l’art à l’Université du Québec à Chicoutimi, Michaël La Chance a publié précédemment: Mythologie de la cyberculture (PUL, 2006), La Parole hyperbolique (VLB, 2006 — finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général), Œuvres-bombes et bioterreur.Quand l’art devient terroriste (Inter, 2007).Collaboratrice du Devoir CORRIDA POUR SOI SEUL lyik’haël I a Chance Editions Triptyque Montréal, 2008,73 pages Résultats des ventes : du 30 décembre 2008 au 5 janvier 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL KILO CARDH) I.Huot/J Lavigueur/G.Bourgeois (de Stieg Larsson (Actes Sud) GIN TONK ET CONCOMBRE Rafaële Germain (Libre Expression) LE GUIDE OU VIN 2009 Michel Phaneuf (de l'Homme) LES FUIES TOMBÉES Micheline Lachance (Québec Amérique) Elizabeth Gilbert (Calmann-Lévy) WARIWULF T.1 : LE PREMIER DES RÂJÂ Bryan Perro (Intouchables) L’ART DE U MÉDITATION Matthieu Ricard (Nil) LA TRAVERSÉE DE LA VILLE Michel Tremblay (Leméac) LES ILLUSTRES CANADIENS Collectü (H.B.Eenn) VOUS QUI CROYEZ ME POSSÉDER Denis Richard (Michel Lafon) PARCE QU'ON A TOUS DE U VISITE Ricardo (arrivée (La Presse) SEUL LE SILENCE R.J.Ellory (Sonatine Édition) LA GLORIEUSE HISTOIRE DES CANAOENS P.Bmnsau / L.Normand (de l'Homme) LES ÂMES VAGABONDES Stephenie Meyer (Lattès) LES 100 MEILLEURS VINS A MOINS.Jean Aubry (Transcontinental) SOUTIEN-GORGE ROSE ET VESTON NOIR Rafaële Germain (Libre Expression) LE GUIDE DE L’AUTO 2009 Denis Duquet / Gabriel Gélinas (Trécarré) LA GRANDE MASCARADE A.B.Winter (Un Monde Différent) CERVEAU DIRECTION Jonathan Hancock (Hurtubise HMH) JEUNESSE ANGLOPHONE FASCINATION T.2 : TENTATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) ECLIPSE Stephenie Meyer (Little Brown Ca) LES CONTES DE BEEDLE LE BARDE J.K.Rowling (Gallimard-Jeunesse) WORLD WITHOUT END Ken Follett (Signet) VISIONS T.1 : NE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) REMEMBER ME?Sophie Kinsella (Bantam Books) LUCKY LUKE T.3 : L'HOMME DE.Laurent Gerra / Achdé (Lucky Comics) THE HOAD Cormac McCarthy (Vintage) ET LES RELIQUES DE,.J.K.Rowling (Gallimard-Jeunesse) THE APPEAL John Grisham (Dell) U GRANDE QUÊTE DE JACOB JOBIN Dominique Demers (Québec Amérique) Elizabeth Gilbert (Penguin Books) LE JOURNAL D’AURÉUE LAFLAMME T.S India Desjardins (Intouchables) SEPULCHRE Mario Francis (Intouchables) Kale Mosse (Orion) PAKKAL T.10 : U MARIAGE DE Maxime Roussy (Marée Haute) MARLEYSME John Grogan (Harper Collins) LE DICO DES FILLES 2009 Collectif (Fleurus) PILLARS OF THE EARTH Ken Foiled (Signet) carte-cadeau m«H/\miiauii» Du plaisir à la carte • • m 'me me m • mt kenx Ünc 'C » bnc we I- K I) E V 0 I R , EES S A M EDI I 0 E T i) I M A N (' HE II J A N V I E R 2 I) (I 9 LITTÉRATURE Un Pied-Noir sur la terre sacrée Louis Hamelin En 1974, pendant que la réserve lakota de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud, était à feu et à sang (une série de règlements de comptes sanglants déclenchée par le siège, l’année précédente, de ce territoire sioux par les forces du FBI et de la Garde nationale et î’infiltration de l’American Indien Movement (AIM) par les taupes de la police fédérale), un homme appelé James Welch, déjà auteur d’un ou deux recueils de poèmes, fit paraître un roman dont le titre donne le frisson: L’Hiver dans le sang.Avant d’avoir lu quoi que ce soit de lui, je connaissais ce nom, Welch, vestige nominal de quelque ascendance irlandaise diluée dans plusieurs pintes de bon sang Blackfeet et Gros Ventre.On l’associait à une littérature (le la renaissance amérindienne, mais aussi à l’École du Montana, à laquelle le rattachaient non seulement ses études sous la férule du célèbre Richard Hugo, mais aussi une sensibilité déchirée, nostalgie presque joyeuse qui embrasse d’un même regard la perte des grands espaces sauvages et la déchéance de l’homme.Bref, une esthétique de la survie.Et c’est un aspect de l’écriture de Welch qu’il faut souligner: son style, son univers ont davantage à voir avec ceux d’un Kevin Canty (Moins vingt-deux), d’un Willy Vlautin (Motel Life), ou même avec les Torn McGuane et les Ray Carver, qu’avec ceux d’autres auteurs affublés par la critique d’une étiquette amérindienne, tels les Jose- ph Boyden, Louise Erdrich et Sherman Alexie.Welch est un vrai raconteur à la mode de l’Ouest, je veux dire par là un instinctif, étranger à toute fioriture langagière comme aux sophistications narratives.À le lire, on a l’impression d’entendre Chien Brun, le célèbre paumé métis créé par Jim Harrison, mettre une muselière à la voix de son maître et prendre la parole à sa place.Il écrit comme quelqu’un qui vous paierait un verre dans un bar plus ou moins bien famé d’une petite ville et qui se fout bien de la direction que son récit va prendre, ou même que vous l’écoutiez.Le barman est là pour ça.Et si on se perd en chemin, il restera toujours le juke-box, dans un coin.Dire que James Welch est un écrivain avant d’être un écrivain amérindien, ce n’est pourtant pas le réduire à une quelconque posture d’artiste désengagé (celui qui s’en est sorti), une figure politiquement neutre, traître, donc, à son peuple.Mais comme le souligne Louise Erdrich dans sa préface à cette heureuse réédition d’un classique: «James Welch a fait ce que personne n’avait fait: écrire sur les Indiens sans une seule fois se montrer sentencieux ou édifiant et sans qu’on s’apitoie sur leur sort.» Bingo.Et parlant d’Erdrich, Albin-Michel réédite, dans la foulée, son premier roman à elle, Love Medicine, sur lequel j’aurai sans doute l’occasion de revenir.C’est dans L’Hiver dans le sang de Welch que la romancière a trouvé cette fameuse «permission d’écrire» qui semble un préalable nécessaire à l’ouverture des vannes de l’imagination chez un jeune auteur appartenant à une culture marginale et/ou dominée.Le premier à frayer la voie, comme un orignal en ravage, à provoquer ce choc que durent ressentir les jeunes Québécois lettrés et ambitieux des années 60 en lisant les premiers Ducharme sous la couverture blanche de messieurs Gallimard.Cette permission que la phrase suivante de Louise Er-dric décrit magnifiquement: «Ce roman m’a aidée à comprendre que je venais de l’endroit sur lequel je voulais écrire.» Parmi la postérité littéraire de Welch, on trouve aussi, de ce côté-ci de la frontière, Thomas King, dont le solide sens de l’absurde et la lumineuse ironie semblent dériver tout droit d’une conversation de bistro avec fauteur de L’Hiver dans le sang.Ces deux-là sont pratiquement des compatriotes.Autochtones jusqu’au bout des doigts de pied, mais guère du genre à laisser la revendication identitaire ou l’idéologie du ressentiment se mettre en travers d’une bonne histoire.Le Coyote, génial trickster de leur mythologie, est à l’œuvre d,ans leurs livres.On dit Blackfeet aux États, Blackfoot au Canada.Et on parle moins souvent des Pieds-Noirs, sans doute par crainte d’une possible confusion avec les anciens colons d’Algérie.Traditionnellement, ces nomades vivaient à cheval (sans jeu de mots) sur les montagnes rocheuses et les vastes prairies qui se partagent la topographie du Montana.Comme les Lakotas, ils étaient des chasseurs de bison, dépendant pour leur subsistance des immenses troupeaux de la plaine.Comme eux, ils furent spoliés par le fameux traité de Fort Laramie et parqués dans des réserves.Certains, encouragés par un gouvernement qui, selon la formule bien connue, leur parlait doucement et tenait un gros bâton, réussirent à se convertir en éleveurs de bétail.Le roman de Welch contient comme un écho de cette immense dépossession.Raconter ou expliquer ?L’Hiver dans le sang pourrait servir, ce n’est pas son moindre mérite, à illustrer la maxime suivante: on ne peut pas à la fois raconter et expliquer une histoire.Personnages bavards et portés à î’autojus-tification, s’abstenir.Que raconte le livre de Welch?C’est l’histoire d’un jeune Blackfeet qui ramène une jeune et jolie Crie dans le ranch où vivent sa mère et sa grand-mère.Au début du roman, la jeune Crie a déjà disparu, emportant, pour les mettre en gage, le fusil et le rasoir électrique du narrateur.Les mâles de la famille, père et frère, ont été décimés par des accidents.Éa matriarche, elle, oscille aux limites du temps sur sa chaise berçante.La mère se remarie comme on part en virée avec l’homme engagé du ranch.Les travaux des champs, les chevaux, vaches et ce veau qu’on veut sevrer et qui se lamente, image récurrente.Welch écrit sans avoir l’air de nous conduire nulle part, ni même de savoir où il va, mais il nous y mène, croyez-moi.La forme de son livre, en fait reproduit cette fabuleuse virée de bar en bar qui est un chef-d’œuvre du genre, avec son art d’attraper les conversations décousues et pleines de sens de l’ivresse.Je ne suis pas près d’oublier cette pièce d’anthologie dialoguée autour des seins des femmes! Il ne faut surtout pas compter sur les personnages de ce livre pour en éclairer le thème principal: l’accession d’un jeune Blackfeet à l’âge adulte.Welch préfère attendre que sa métaphore centrale, ce veau à sevrer, prenne tout son sens.Alors toute une constellation d’indices s’illumine, dont ce rasoir.Autant de symboles semés sous notre nez par un maître pisteur de la langue.Et ça finit avec une vieille qui claque, comme chez Éaulkner, un autre grand.Collaborateur du Devoir L’HIVER DANS LE SANG James Welch Traduit de l’anglais par Michel Lederer Albin-Michel Paris, 2008,213 pages Welch écrit sans avoir l’air de nous conduire nulle part, ni même de savoir où il va, mais il nous y mène, croyez-moi ESSAI LA PETITE CHRONIQUE Jean Marcel (encore) contre le jouai Stefan Zweig en exil LOUIS CORNELLIER Œuvre du romancier et médiéviste Jean Marcel, dont l’érudition en matière de linguistique est renversante, Le Jouai de Troie, d’abord publié en 1973 et récemment réédité dans la collection «Bibliothèque québécoise», est un pamphlet « jubilatoire contre une certaine idéologie joualisante.Dans une prose parfois baveuse et parfois lyrique, le spécialiste de Jacques Perron y brocarde avec brio les tenants d’une prétendue «langue québécoise» qui, en fait, n’existe pas.Le génie de Marcel, dans cet ouvrage, est de démontrer avec fougue, d’un point de vue souverainiste, que c’est bel et bien le français qui est la langue du Québec et que prétendre le contraire revient à faire le jeu des adversaires de notre libération collective.Marcel n’a rien d’un puriste.Son point de vue est étranger à l’idée du «bien perler, c’est se respecter».Il insiste plutôt sur le caractère politique de la question linguistique.Le jouai, c’est-à-dire non pas le français populaire mais le franglais, est le symbole de notre aliénation globale.Pour s’en libérer, les campagnes du bien-parler ne nous seront d’aucun secours.C’est la souveraineté politique qu’il nous faut, pour renouer pleinement avec la liberté et avec le monde, dans un français affranchi non de sa tradition mais de sa folklorisation, attribuable à Dessin de Daniel Sylvestre illustrant la couverture de la réédition du Jouai de Troie, de Jean Marcel notre asservissement sociopolitique et économique.Ce brillant essai, à certains égards, a vieilli.Les deux auteurs avec lesquels ferraille Jean Marcel sont, par exemple, depuis longtemps oubliés.Ce qui n’a pas pris une ride dans cet ouvrage, ce sont les savantes considérations linguistiques que nous sert Marcel au sujet des rapports entre les mots et le réel et grâce auxquelles il nous fait comprendre que l’espace — notre expérience américaine, par exemple — n’a pas l’impact profond sur la langue que plusieurs lui attribuent.Les tenants de la thèse de notre «américani-té» — et de sa présumée inévitable influence sur notre langue — voient ici leur position solidement ébranlée.Au fond, ce que dit Jean Marcel dans Le Jouai de Troie, c’est qu’il n’y aura pas de Québec français sans Québec libre, et vice versa.Collaborateur du Devoir LE JOUAL DE TROIE Jean Marcel Bibliothèque québécoise Montréal, 2008,280 pages POÉSIE Tania Langlais et André Roy : espionne et espion HUGUES CORRIVEAU On dira qu’on parle beaucoup de la mort dans la poésie actuelle, mais encore faut-il savoir la cerner d’une manière qui détourne les attendus et les conventions.C’est ce que réussit à faire Tania Langlais dans son Kennedy sait de quoi je parle.La dernière page réunit en un seul texte les titres des parties, résumant au dernier souffle l’avancé du propos: «je suis une espionne / avec mes gestes de poupée / je ne ressuscite personne/quelque chose d’autiste dans la voix / je vous ramènerai / Kennedy sait de quoi je parle».En fait, plus ou moins recluse dans une chambre, son chat Kennedy sur les genoux, la poète est en transhumance, au moment d’un déménagement ou du glas qui sonne: «le désordre compte ses boites / premier juillet vingt heures vingt / je m'occupe à faire disparaître une maison / de poupée le visage de mon père».Car ce dernier, mort, ne laisse pas de nostalgie dans l’air, mais bien des mots qui cherchent à rendre l’évidence acceptable, qui mettent en question le pouvoir des regards, des paroles, des guets pour sauver de l’abîme ce qui disparaît.Mais on ne saura pas vraiment si la longue métaphore de l’eau qui parcourt le recueil, cette «épreuve de l’eau», cette «histoire liquide», témoigne de la noyade du père ou de sa disparition dans une chambre d’hôpital, des larmes retenues, de la fluidité du temps qui passe.Ne sait-on pas que «la mémoire est une chambre absolue»?Comme «mourir est un métier», la poète en fait l’apprentissage, le tour et le détour pour, avec le talent qu’on lui connaît, porter ailleurs le poème, la répétition comme figure récurrente, mort à jamais recommencée.Ceux et celles qui souffrent Il ne faut pas se laisser rebuter par le titre du dernier recueil d’André Roy.te Espions de Dieu constituent un des forts recueils des derniers mois, une reconnaissance de l’écriture chez qui le malheur a été un accompagnement.An- dré Roy consacre donc sa dernière œuvre à ceux et celles qui ont souffert, ont connu les camps et les goulags, l’oppression et un certain désespoir.Attention, il ne s’agit en aucune manière de tombeaux littéraires, mais bien de textes qui se veulent attentifs à l’œuvre des poètes souffrants et qui ont su, à travers l’écriture, transcender le fatum.Des écrivains allemands (Paul Celan, Nelly Sachs), cubain (Raül Rivero), espagnol (Federico Garcia Lorca), français (Antonin Artaud), italiens (Primo Levi, Pier Paolo Pasolini), palestinien (Mahmoud Darwich), polonais (Zbigniew Herbert, Avrom Sutzkever), québécois (Huguette Gaulin, Claude Gauvreau), russes (Anna Akhmatova, Vladimir Chalamov, Ossip Mandelstam, Marina Tsvétaïéva), suédois (Stig Dagerman), tchèques (Vladimir Holan, Éranz Kafka) et l’auteure américaine Sylvia Plath sont conviés, par ordre alphabétique pour ne pas privilégier de cause, à ce partage de la parole, travail sacré autour de la douleur.De la terre sibérienne, le poète demande à Anna Akhmatova: «Quelle couleur contenaient leurs yeux?»-, il se questionne: «L’oiseau peut-il vivre sans son ombre / comme Mahmoud en son pays?»-, ou conteste: «Primo a écrit: / “Le monde n’est pas une erreur de Dieu, ” / On ne le croit pas»] il accompagne discrètement le poète: «Tu meurs d’amour tout le temps, / Federico le Fils, le Frère, l’Amant./ La nuit se couche près de ton cœur»-, et il dira aussi d’Avrom Sutzkever qu’«il revient des évanouis».11 faut impérativement accompagner André Roy dans ce tour de reconnaissance qui mène la parole à l’essentiel.Collaborateur du Devoir KENNEDY SAIT DE QUOI JE PARLE Tania langlais lœs Herbes rouges Montréal, 2008,80 pages LES ESPIONS DE DIEU André Roy las Herbes rouges Montréal, 2008,136 pages Deux publications récentes viennent nous rappeler l'importance de Stefan Zweig.L’écrivain autrichien, qui se donna la mort au Brésil en 1942, avait été l’un des auteurs européens importants de la première moitié du XX' siècle.Le Voyage dans le passé, une longue nouvelle, ne fut connue ; que partiellement en 1929.Ce n’est qu’en 1976 qu’elle parut dans son intégralité.En français, il s’agit d’un inédit.L’intrigue tient à peu de choses.Un jeune homme pauvre tombe amoureux de la femme de son bienfaiteur.La séduction est réciproque.Envoyé par son protecteur en Amérique du Sud, il est empêché par la guerre de rentrer au pays.Neuf ans plus lard, alors qu’il est marié et père, il retrouve la femme aimée, maintenant veuve.Au moment oil les amants vont s’aimer, ils s’aperçoivent mutuellement de l’impossibilité de leur amour.Comme on le voit, une histoire on ne peut plus traditionnelle, que réussit toutefois à rendre intéressante une écriture serrée, intelligente et d’une grande acuité psychologique.Le texte allemand est joint à la traduction.1m Correspondance 1932-1942 est un document essentiel sur la vie politique européenne de ces années.Zweig, qui n’a jamais aimé le nationalisme, est troublé par la montée du nazisme.Salz-bourg, où il réside, est de plus en plus sous le joug de Hitler.Du jour où on perquisitionne sa maison à la recherche de munitions et de documents, Zweig décide de vivre en exil.Après hésitation, il choisit Londres, puis Bath, avant de se réfugier à Rio.L’attrait de sa correspondance est énorme.Il écrit en français à Romain Rolland, en allemand à Thomas Mann et à Freud, en anglais avec son éditeur américain.C’est pendant ces années-là qu’il divorce, qu’il tombe amoureux de sa secrétaire.Banni du pays natal, ses livres y étant interdits, il tente de se convaincre des bienfaits du voyage.Il prononce des conférences, tâche d’aider des compatriotes dans le besoin et lutte sans succès contre un pessimisme latent Son ami très cher, Romain Rolland, dont le pacifisme lui était très proche, est fasciné par le communisme.Il y aura entre eux une gêne qui ne disparaîtra pas.Zweig s’est toujours méfié de la politique, aussi la rumeur qui vient de Moscou lui paraît-elle aussi pernicieuse que la rage hitlérienne.La littérature, la sienne et celle des autres, le soutient presque jusqu’au bout.S’il ne croit pas avec une certitude inébranlable à la survie de son œuvre, il estime que par ses biographies (Balzac, Fouché, Marie-Antoinette) il ne disparaîtra pas.Il tente sans succès de secourir un Joseph Roth perdu par l’alcoolisme, recommande la publication aux États-Unis de L’Eté 14 de Martin du Guard, bref il a une activité intellectuelle fébrile.L’amitié de Toscanini, la fréquentation de Bruno Walter en font un familier de la musique et des musiciens.Richard Strauss, pour qui il a écrit le libretto de deux opéras, se compromet auprès des autorités nazies.Lui, qui a toujours su maintenir ses distances d’avec le pouvoir, ne rêve plus que d’avoir l’esprit libre.Il disperse sa bibliothèque, se défait de sa collection d’autographes, il ne veut plus de possessions qui le retiennent.Londres, qui au début lui était paru une oasis, l’ennuie.Amené à prononcer une conférence à Paris en 1940, il sait que ce monde dans lequel il se reconnaît est en voie de disparaître.«Pessimiste par naissance, par expérience et par apprentissage», il n’espère plus rien.Après avoir «tout brûlé», c’est-à-dire ses attaches avec l’Europe, il choisit de mourir en compagnie de sa jeune épouse.En février 2006, j’ai rendu compte dans ces pages de sa correspondance (1897-1931), en ne manquant pas d’en souligner l’intérêt.Cette dernière tranche l’emporte encore en importance.Dans sa dernière lettre, il donne à son ex-femme les raisons de son suicide.Collaborateur du Devoir LE VOYAGE DANS LE PASSÉ Stefan Zweig Grasset P; iris, 2008,173 pages CORRESPONDANCE 1932-1942 Stefan Zweig Grasset Paris, 2008,438 pages SOURCE GRASSET Slefan Zweig (1881-1942) GlU.ES Archambault VI C c ¦K ' C ta c c E I) E V (I I B , LES S A M EDI I U E T I) I M A N ( ME II A N V I E K 2 (I 0 !l LIVRES LITTERATURE FRANÇAISE Après Mitterrand vinrent les Gaulois de Franz-Olivier Giesbert Quelques heures de divertissement et plusieurs gags suaves F 5 GUY LAI N E MASSOUTRE Comme journaliste, il a suivi Mitterrand et traqué Chirac: il leur a consacré trois livres, et bien davantage.Comme éditeur de journaux et de magazines, Giesbert a dirigé en tout ou en partie Le Nouvel Observateur, Le Figaro, Le Figaro littéraire, Le Point, des émissions de télé.On crie des louanges ou pis que pendre sur cet Américano-Français, catholique par sa mère et juif par son père.A droite, à gauche, il déclenche des tempêtes; qu’on le dise arriviste ou indépendant, FOG est des mêlées publiques et des démêlés obscurs; sous couvert de sa grosse fortune, on le craint.Cette forte carrure médiatique, à l’opinion insaisissable, écrit aussi des livres divertissants, énervants et comiques.Des objets de défoulement incongrus, des ouvrages gâche-papier ventrus, au style accrocheur, jetés vite dans une consommation qui plaît.De la franchouillarde rigolade.Tel est son dernier ricanement, Le Huitième Prophète ou Les Aventures extraordinaires d’Amros le Celte qu’endosse Gallimard.Giesbert s’est attaqué à un grave sujet, autochtone et hexagonal, le Gaulois.Et il a romancé la vie d’un de ces moustachus à la délicatesse d’Obélix, à qui son héros doit les traits, sans trop de tracas.Cet olibrius matois aurait été capturé et gardé esclave par un Grec imbécile et vendu, un mercenaire de Pisistrate l’Athénien.Stéréotypes et bédé Pas de quoi faire 259 pages avec autant de vent, mais certaines sont quand même hilarantes.L’idée, douteuse car Giesbert n’est pas Boucheron (vous souvenez-vous de Court serpent?), consiste à mettre en boucle, dans une pseudo-épopée homérique, un navigateur grec et son homme de main (avec pas mal d’autres portions de son corps), pour leur faire courir des distances invraisemblables et tenir des conversations ineptes avec de fameux penseurs de l’Antiquité.Une pierre magique sert de furet.À cette quête, on suit de monstrueux bardes aux glaives invin- M V OLIVIER LABAN-MA'ITKI AFP Franz-Olivier Giesbert, qui a dirigé en tout ou en partie Le Nouvel Observateur, Le Figaro, Le Figaro littéraire, Le Point et des émissions de télé, publie ces jours-ci Le Huitième Prophète ou Les Aventures extraordinaires d’Amros, un livre hilarant.cibles, à la bouche tordue de méchanceté, au front anarchiste, à l’orgueil plus que sot, ânonnant des pseudo-vérités catastrophiques.Tout est parodie moqueuse, exagération hilare, fumisterie gloussante, bêtise orchestrée.Pythagore, Zarathoustra, Confucius, Lao-tseu, Bouddha, Zacharie, Héracli-te, tout ce beau monde finit avec le dernier aventurier de l’arche perdue, Amros le Celte, qui parachève l’édifice d’une ultime sauce verte.Que retirer de la lecture?Quelques heures de divertissement et plusieurs gags suaves.Des mots inventés, des allusions truculentes, prises par le plus petit bout d’une lorgnette légère.Des gauloiseries à la Uderzo et Goscinny.Sornettes de tous acabits Sans un détachement de la politique, qui lui donne cette morgue, Giesbert éprouverait-il seu- lement l’envie d’écrire des romans?Quel espace de liberté, au-delà d’un marché dont il n’a nul besoin, ce placement littéraire force-t-il la couleur?Apporte-t-il un plus à son train de vie?Renforce-t-il l’image libertaire, brouille-t-il les contours de la signature, redore-t-il l’aura?Mais si c’était l’inverse, et que le roman, comme espace reconduit par le langage immense de la fable, replaçait les fabricants de réel du côté de ces politiciens de pacotille, soutenus par leurs barbouzes, et les montrait incapables d’approcher un tant soit peu des figures inaltérables de la pensée?Giesbert a concocté un tel mélange de mauvais goût et d’amertume, sous la chape de rire.L’effet libérateur agit, puis éclabousse de piétinements ravageurs le tas d’ordures dans lequel il frappe.Complaisant dans la crasse et l’immonde, le romancier fantasque caquette, en retardant les rencontres annoncées avec la pensée, avortées dans quelques tirades loufoques.Evidemment, sous la caricature, nul secret de l’histoire n’est révélé.Impossible de se tenir longtemps sous la gouttière à moquerie.Cette affirmation revient en leitmotiv, assénée avec la vitesse du moulin à gaudriole.L’humain réduit à lui-même n’est que boue répugnante, puanteur immonde, urine aigre.11 gigote piteusement quand on le massacre, il tranche avec mépris ce qui barre son chemin.Il n’est sur terre que pour passer ses humeurs, le plus souvent mauvaises, dont le seul miracle est qu’on puisse en rire, un fugace instant où le jeu est de croire que nos idoles ne sont que bêtes mortes et sang pourri.Collaboratrice du Devoir LE HUITIÈME PROPHÈTE OU LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’AMROS LE CELTE Franz-Olivier Giesbert N RF Gallimard Paris, 2008,259 pages LITTERATURE FRANCOPHONE MYTHOLOGIE Lointaine Maurice Des pierres et des contes G U Y L AI N E MASSOUTRE J ean-Marie Le Clezio a beau-_ coup œuvré pour faire connaître les écrivains de l’île Maurice, sa patrie ancestrale, dont plusieurs ont conservé la langue française de leur lignée d’origine.Les plus célèbres jusqu’à nous sont sans doute Nata-cha Appanah et Ananda Devi, qui publient avec un certain succès, tel Barlen Pyamootoo, à Paris.Ces écrivains nous font découvrir un monde lointain, à découvrir absolument.Avec Salogi’s, Barlen Pyamootoo, né en 1960, signe un troisième ouvrage raffiné, consacré à la mémoire de l’enfance et à l’errance mauriciennes.Autobiographique, il évoque la figure de Salogi, mère du narrateur décédée en 2005 et cœur d’une famille tentaculaire, écartelée par l’émigration de par le monde.Avant que le chômage des années 70 ne jette une partie de l’île sur les routes, notamment vers la France, la vie des îliens apparaît comme un tissu humain serré et coloré, avec ses crises de promiscuité, ses nœuds gordiens et ses liens indissolubles.L’enterrement de Salogi est l’occasion d’un rassemblement à Tour d’Eau Douce, le village natal, et à Flacq, lieu d’enfance familial.Des lieux inoubliables Des noms propres exotiques ponctuent ce paradis de fleurs et de coutumes océaniques, dont les habitants durent fuir la misère, l’ignorance et les conditions raréfiées de survie.Rites, symboles, épices et bijoux tamouls émaillent le récit, avec ses échos de .Savannah, de Bé-narès, de Surinam.Mariés jeunes, travailleurs acharnés, les adultes n’avaient guère connu l’enfance, ni le bonheur du repos.Pourtant, aux yeux de Barlen, une mystérieuse beauté le relie toujours à ce monde de sensations et d’odeurs évanescentes.Lorsque sa mère disparaît, il prend conscience de ce qui est devenu inaccessible.Un monde de liberté et de grâce a vraiment basculé, tout près de l’oubli définitif.Dans son français magnifique, orné de particularités linguistiques, avec ces mots qui ont c voyagé dans la bouche des émigrants indiens, il ravive ses souvenirs.Peines et regrets jouxtent le caractère solennel de l’invocation.Objets de la maison, recettes indiennes, instruments de musique, tout nous est étranger.On se prend à rêver, en parcourant les habitudes douces, la vie en demi-teintes malgré le dénuement; on touche la bonté des partages et des coutumes mêlées.Voyez les langues familières au narrateur: le créole maternel, l’anglais et le français à l’école, le tamoul en classe et au temple, le bhojpuri des campagnes, parlé par ses parents, le chinois des boutiques et d’autres langues de cinéma et de radios.Ponctuation des départs Alors étudiant au collège royal de Curepipe, Barlen espère rejoindre sa mère et ses sœurs à Strasbourg, en France.Ce voyage au long cours, préparé par les songes mauriciens aux vastes échos, se produit en 1977.Lorsque quatre ans plus tard l’étudiant instruit et francisé revient dans File, il comprend que le chaos est proche, et que les plus audacieux, les plus éloquents, les chanceux sont partis en Inde, en France, en Angleterre.Tout a changé, et ceux qui restent font grise mine, un peu paumés.Une distance irréversible séparera ceux qui vivent désormais ailleurs, et ceux qui, demeurés, parlent d’argent, d’affaires, de bons coups.Des pages émouvantes sont consacrées à la manière dont Pymootoo fait sa place comme enseignant en français dans ce pays d’adoption qui le regarde en étranger.Mais lorsque sa mère décide de revenir finir ses jours à Maurice, l’exil ranime en lui une forme de désir.Il ne sait plus dès lors quelle est sa patrie, sinon qu’avec ces êtres chers, tramés de nostalgie, il a gardé des liens que la distance n’a pas entravés et que la littérature dépose comme rosée en son jardin de fleurs.Collaboratrice du Devoir SALOGES Barlen Pyanootoo Éditions de l’Olivier Paris, 2008,138 pages Les mythologies dans Fart inuit CAROLINE MONTPETIT Sila, en langue inuite, désigne ce qu’il y a de plus intérieur chez l’humain: à la fois la raison, l’intelligence et les croyances.C’est le nom qu’ont choisi Michel Noël et Sylvie Roberge pour nommer leur livre sur la mythologie et les métamorphoses dans Fart inuit.C’est d’abord à travers les sculptures que les auteurs ont décodé les grands récits de la culture inuite.«Elles se transforment parfois quand on les regarde sous des angles différents.C’est ainsi qu’on entre dans le récit que l’artiste a amoureusement gravé dans la pierre», écrivent-ils.Voici donc que l’on entre dans l’histoire de Sedna, déesse de la mer, qui avait renvoyé tous ses prétendants, ou dans celle du petit garçon devenu un géant vengeur.Pour faciliter le passage du lecteur d’un monde à un autre, les auteurs énoncent quelques constantes de la mythologie inuite.On y apprend par exemple que les personnages petits et difformes ont le pouvoir de prendre la forme des êtres qui les entourent ou que, lorsque les humains méchants meurent, ils se métamorphosent en têtes volantes.Les halètements de ces créatures craintes auraient inspiré les chants de gorge des femmes inuites.D’autres phénomènes sont par ailleurs liés à l’âme des disparus, selon la culture inuite.Ainsi, les aurores boréales qu’on peut voir «chanter et danser toute la nuit» dans le Grand Nord pourraient incarner les âmes de ceux qui sont morts de façon violente.D’autres pensent qu’elles incarnent des enfants qui dansent dans le ciel.On les craint de toute façon, car on les soupçonne de calciner à leur passage les corps des oiseaux.On n’en est donc pas à une métamorphose près dans ce beau livre ,qui est également illustré de plusieurs photographies du Grand Nord.Mais la plus belle métamorphose qui soit est celle de lame humaine en œuvre d’art.Les auteurs ont donc placé à la fin de l’ouvrage plusieurs textes et photographies sur la sculpture et les sculpteurs inuits.On y a aussi reproduit le témoignage du sculpteur traditionnel Aisa Amittu.Il raconte comment la sculpture inuite est née dans trois villages spécifiques, Akuli-vik, Puvirnituk et Inujuak.Il raconte aussi comment son père, le célèbre sculpteur Davidialuk Alasua Amittu, se racontait une histoire plusieurs fois, pour se faire une image d’elle avant de la sculpter.Il cherchait aussi soigneusement la pierre qui « Une belle réflexion sur les grandeurs et les misères de la politique active» 4.\ CQ £ * O O GUaitc C
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