Le devoir, 4 décembre 2004, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET LITTERATURE Un grand roman épique de Tomson Highway Pages F 4 et F 5 D I M ANCHE 5 DECEMBRE 2 O O 4 CHRONIQUE Réjean Ducharme ou Roch Plante?Page F 10 o ï '''¦ —.ÜmI «•«Esalfti.*' ii «• ' IJ'.11 QJ _ ¦s /; 4 i -«ffr ' JACQUES GRENIER LE DEVOIR « Combattre l’idée d’un Dieu avec une barbe et la philosophie réductrice selon laquelle n’existaient que le Bien et le Mal ne fut pas de tout repos» fZ-i V CATHERINE MORENCY ^'"V octobre 1946, il est 11 heures.Une * .P * È jeune Montréalaise monte à bord jF J?du Wilheim IV en direction de Rot-/ , /j terdam, laissant derrière elle famil- émmm émm le, amis et fiancé.Thérèse Renaud a 19 ans et elle a dû convaincre son père de la laisser faire seule la traversée.Elle sait ce quelle quitte mais ignore ce qu’elle va trouver là-bas, dans cette Europe meurtrie par la guerre.«La traversée dura quinze jours.Au matin du treizième jour, l’on aperçoit les côtes anglaises, ou plutôt les plages et les dunes de sable.Soudain apparaît un imposant château émergeant du brouillard matinal.Quelle effarante prémonition s'empare de moi! Dans un éclair de lucidité, je comprends que j’ai vraiment quitté la Belle Province pour un autre continent et j’éprouve à nouveau l’angoisse déjà ressentie, mais cette fois elle atteint des profondeurs insoupçonnées.NON, il m’est impossible de retourner chez moi et je devrai aborder seule cette terre étrangère convoitée depuis si longtemps.» Plus d’un demi-siècle a passé depuis cette folle aventure et pourtant Thérèse Renaud n’a perdu ni son mordant esprit progressiste ni sa candeur naturelle.Elle lance ces jours-ci Un passé recomposé.Deux automatistes à Paris, un important témoignage de ce que furent les années 1946-1953 pour Fernand Leduc et elle-même, jeune couple d’artistes québécois fraîchement débarqués à Paris, où ils passeront la majeure partie de leur existence.Rencontrée cette semaine chez un neveu établi à Montréal, l’auteure se souvient de l’urgence qui animait les deux amoureux à l’aube des années 1950.«Ici, tout était si contraignant, nous étions pris dans un carcan qui est vite devenu insupportable.Il nous apparut essentiel d’aller étancher notre soif immense là où la création libre semblait possible», raconte-t-eüe, faisant écho à son récit en même temps qu’aux Sables du rêve, premier recueil publié en 1946 et dans lequel elle écrit comme une prémonition: «Je suis à déplier encore le chemin.Continuer sans jamais pâlir de honte.• Sautant du présent au passé, Renaud retrace donc les faits saillants de ces années marquées par la promesse de loeuvre à faire et par un idéal commun que Roland Giguère a décrit autrefois en ces mots: «Mes amis étaient peintres, eux refaisaient le paysage car 'le paysage était à refaire” lui aussi; ils créaient de toutes pièces ces lieux exemplaires où nous allions rêver.» Période exaltante, certes, où vivre signifiait, pour ces avant-gardistes en quête d’absolu, la rupture nécessaire avec une tradition étouffante et une éducation bourgeoise et catholique.«Combattre l’idée d’un Dieu avec une barbe et la philosophie réductrice selon laquelle n’existaient que le Bien et le Mal ne fut pas de tout repos», rappelle Thérèse Renaud, pour qui le fondement de l’existence a toujours résidé dans l’invention d’un modèle intérieur qui corresponde à sa propre inspiration.Foisonnante à l’extrême, cette période n’est cependant pas exempte de doutes et de remises en question nourris par les correspondances avec les amis restés au Québec, puis par la pléthore d’obstacles charriés par la vie quotidienne.Les nombreuses lettres échangées à cette époque par Leduc et Borduas sont révélatrices de la fébrilité qui entoure la publication de Refus global, mais aussi des longs épisodes de découragement qui succèdent à «l’événement» tant attendu.Reproduites et savamment insérées au cœur du récit ces lettres s’avèrent d’une grande pertinence et éclairent substantiellement le propos de Thérèse Renaud.Dans ceDeci, datée du 1" avril 1946, Leduc raconte à Borduas qu’il vient de life Pour en finir avec le jugement de Dieu d’Artaud.«Evidemment, nous en arrivons là.La destruction qui hier nous faisait trembler, nous l’appelons sauvagement.Destruction massive et systématique qui efface toutes traces et jusqu’au souvenir de la présente civilisation.L’homme ne peut plus rien pour l’homme! Il ne s’agit pas de la fin du monde mais du recommencement d’un monde.Notre art ne peut rien de plus que de témoigner de la conscience de la nécessaire, imminente et filiale destruction de la présente civilisation.» D joindra à son envoi le texte qui paraîtra quelques mois plus tard dans le célèbre manifeste.VOIR PAGE F 2 : RENAUD «Ici, tout était si contraignant, nous étions pris dans un carcan qui est vite devenu insupportable» / Fernand Leduc « L’homme ne peut plus rien pour l’homme! » Paul-Émile Borduas ARCHIVES LE DEVOIR 9 DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMA.VÇHE 5 DÉCEMBRE 2004 -4T RENAUD SUITE DE LA PAGE F 1 C’est donc un Leduc fiévreusement déterminé que nous découvrons dans ces lettres, idéaliste en même temps qu’ancré dans une réflexion métaphysique rigoureuse, elle-même inspirée par des lectures philosophiques et par la rencontre du penseur Raymond Abel-lio.Convaincu que l’artiste ne doit jamais se compromettre dans quelque négoce que ce soit, le peintre préfère crever de faim que de s’abaisser à faire la cour à tel ou tel coq pour exposer ses toiles dans les galeries parisiennes: •Fernand a toujours été profondément timide et n’a jamais rêvé de faire carrière.Son seul moteur a été de peindre et de partager ainsi “cette part d’intensité, (feu) d’absolu et d’amour en soi.”» Son incorruptible alliée ne ménagera pas ses mots pour décrire la •dèche» qui les rattrape sans cesse, les mille et une ruses qu’ils durent inventer pour s’assurer d’un toit et de quelques patates pour survivre, le désespoir devant la stagnation culturelle du Québec, qui ne manque pas de les affecter.«La solitude au sein de l’agitation tragique où tombe une moisson de riches énergies, serait par moments insupportable sans des voix telles que la vôtre.J'ai l’impression en ce moment d’un immense chaos à traverser; chaque mot de vous est un profond réconfort», écrit Leduc à Abellio, qui deviendra plus tard un grand ami.Malgré les dissensions avec Riopelle, Breton et autres ego démesurés, en dépit des incalculables coups durs que le destin leur réservera, Thérèse Renaud et Fernand Leduc réussiront à faire front commun afin de défendre un idéal inaltérable, celui de la création à tout prix.«La nécessité de MAURICE PERRON / NOTA BENE Thérèse Renaud en 1953.faire l’unité en soi pour opérer par rayonnement», écrit Leduc en 1950.«Quelle puissance d'énergie possède la vie, même dans les pires adversités, l’essentiel étant d'y associer un irrésistible désir de création», répondra Renaud en 2004, revisitant le processus complexe à l’œuvre chez des artistes de leur trempe et déboulonnant par le fait même une part du mythe qui entoure aujourd’hui la fondation de Refus global.«La fin éclaire le commencement», a écrit Abellio.Ainsi, certains personnages que l’histoire avait confinés à tort dans des rôles secondaires reprennent enfin la place qui leur revient Pour le plus grand bien de notre mémoire collective.UN PASSÉ RECOMPOSÉ.DEUX AUTOMATISTES À PARIS (1946-1953) Thérèse Renaud Nota Bene Québec, 2004,175 pages éditions Liber inrs Chaire Fernand-Dumont Éthique publique, vol.6, n° 2 Les enjeux éthiques de la gestion de Vinformation collaborateurs Michel C.Auger Jacques Berleur Yves Boisvert Christian Boudreau Nicole Boulianne Herbert Burkert Paul-André Comeau Alain Duhamel Bernard Duval Yves Emery Richard Hétu Isabelle de Lamberterie Kathleen Lévesque André Ouimet Yves Poullet Alasdair Roberts Cécile de Terwangne Monica Tremblay DU b I rtm d'éthique «otiétoie at $|uv8rnem«»tai« les enjeux éthiques de la gestion de l’information 136 pages, 20 dollars Mario Bolduc Un thriller palpitant où action, émotion et exotisme s’entremêlent dans l’univers secret et dangereux d’une Inde en pleine crise politique avec le Pakistan.Cachemire de Mario Bolduc 464 pages - 27,95 $ 8**° "SS 5S»— Libre f Expression 1 9 QWRCOH MÉDIA Livres La comtesse de Jacques Hébert CHRISTIAN DESMEULES u’on se le dise: j’ai l’inten- lion de vivre jusqu’à 107 ans, pas trop patraque incontinent souffreteux», écrivait Jacques Hé-bçrt dans En 13 points Garamond (Editions Trois-Rstoles, 2002), récit personnel de son long parcours d’écrivain et d’éditeur.A la fin de ce petit livre vif, il quittait ses lecteurs avec une pirouette en prétextant avoir rendez-vous à La Havane avec une «exquise comtesse».C’est donc à La Havane, dans l’antique cloître du couvent de Santa Clara, que Jacques Hébert a découvert par hasard il y a quelques années l’existence de la comtesse de Merlin, née Maria de las Mercedes de Santa Cruz y Montalvo.Née en 1789 à Cuba, celle qui deviendra plus tard «reine de Paris», exerçant son charme sur les plus grands noms de l’aristocratie, de la politique, de la littérature et des arts, connaîtra un destin exceptionnel qui a su réveiller le romancier qui sommeillait en Jacques Hébert Au moyen d’une «sorte de journal», Cangis, une ancienne esclave noire devenue préceptrice et amie de la comtesse après avoir été arrachée à son Congo, nous raconte l’existence hors du commun de sa maîtresse.Des réflexions souvent amères devant les petits et grands événements d’un monde qui lui sera toujours étranger, mêlées de tendresse, de rage ou d’humour.•Les révolutionnaires de 1789, faut leur donner ça, ont aboli l’esclavage, mais leur “grand" Napoléon s’est empressé de le rétablir! Non seulement il a tué ou fait tuer pour sa “gloire” deux millions d’êtres hu- Un roman historique un peu léger qui risque de laisser les amateurs du genre sur leur faim mains mais, par-dessus le marché, comme dit l'oncle O’Farrill, il a assassiné la Révolution française!» Cuba, l’Espagne et la déconfiture napoléonienne, son mariage avec un général français devenu comte, leur exil en France et leur vie à Paris où Mercedes écrit, chante et tient un salon renommé où se croisent George Sand, Alfred de Musset, La Fayette, Puccini, Balzac ou Victor Hugo, toute l’existence de la comtesse de Merlin défile en courts chapitres et en phrases brèves.Figure historique réelle, mais racontée par un personnage de fiction auquel l’imagination de Jacques Hébert prête vie — ainsi qu’un peu trop de ses idées et de son propre style pour qu’elle demeure crédible —, cette comtesse de Merlin était destinée à ce que Ton fasse de sa vie un roman.Mais sans doute n’a-t-elle pas rencontré encore de romancier à sa mesure.Grand voyageur, sénateur, fondateur de Jeunesse Canada Monde et de Katimavik, Jacques Jfé-bert a également fondé Jes Editions de l’Homme et les Editions du Jour.La Comtesse de Merlin, qui est peut-être son trentième livre, est un roman mené tambour battant qui s’embarrasse assez peu des détails de Tâme humaine.Un sujet en or, mais un roman historique un peu léger qui risque de laisser les amateurs du genre sur leur faim.LA COMTESSE DE MERLIN Jacques Hébert VLB éditeur Montréal, 2004,336 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBUOTHÈQUES IMPORTANTES.CD 1X1 CE N O 11 V F I I F V F R A M C 1 : Pierre Billon s'intéresse à i envers de l’histoire -sans doute la plus intéressante pour un romancier - et la mêle étroitement aux événements les plus visibles.Il s'agit la sans doute de la réussite la plus convaincante de l'auteur de L'Enfant du : ¦ ¦: 7,., ry - : et de l i litinu' tH>aru\'.•• - Un indispensable complement au tilm.dont on a dit beaucoup de bien.>¦ 1514) 524-5558 emeacvflemeac-com Une librairie canadienne à New York A contre-courant de la fermeture des petites librairies emportées par le raz-de-marée des mégalibrairies, McNally Robinson Booksellers, librairie indépendante canadienne, installe ses pénates au cœur de Manhattan, à Test du quartier SoHo.•Ce n'est pas si difficile de battre les grandes chaînes.Nous l’avons déjà fait», a confié la propriétaire, Sarah McNally, au quotidien The New York Times à la veille de l’ouverture, cette semaine.Pour attirer la clientèle new-yor- kaise multiethnique dans son petit commerce de 7000 pieds carrés, Mme McNally compte consacrer des sections spéciales aux petits éditeurs et aux livres de langues étrangères.La minichaine compte déjà quatre boutiques dans trois villes canadiennes, Winnipeg, Saskatoon et Calgary.EDe a été déclarée détaillant de Tannée à quatre reprises dans les dix dernières années par l'Association canadienne des libraires.Le Devoir Sartre à l’honneur pour le centenaire de sa naissance Pour le centenaire de naissance du philosophe Jean-Paul Sartre, la Bibliothèque nationale de France organise, du 8 mars au 30 août, sur le site Tolbiac, une grande exposition intitulée «Sartre et son temps», accompagnée d’un üvrecatalogue.Plusieurs colloques ont lieu, en France et à l’étranger, notamment à Cerisy (en juillet, organisé par Michel Rybalka et Michel Sicard), à Harvard (en avril, Susan Suleiman) , à New York (en octobre, Denis Hollier et Tom Bishop).Gallimard sort en mars le Théâtre complet en Pléiade dans une édition établie par le collaborateur du Monde Michel Contât, qui publiera aux Editions Textuel un Passion Sartre: l’invention de la liberté; Champion sortira un Dictionnaire Sartre, sous la direction de François Noudel- Prix du livre français À l’occasion du Saskatchewan Book Awards, David Baudemont.a remporté le Prix du livre français pour son roman jeunesse intitulé Les Beaux Jours.Au début de Tannée, ce livre avait fait l’objet d’une première sélection au prix Saint-Exupéry en France.Le travail de, David Baudemont, publié aux Editions des Plaines, met à contribution Jes élèves de 7e et 8e années de l’École cana-dienne-française de Saskatoon.-Le Devoir Claude Jasmin RACHEL AU PAYS DE L’ORIGNAL QUI PLEURE mann et Gilles Philippe'.Pour le grand public, l’événement sera sans doute le film Sartre, l’âge des passions qu’écrivent Michel-Antoine Burnier et Michel Contât avec le producteur Jacques Kirsner.D s’agit d’un film de fiction qui se déroule de 1958 à 1964, à Paris, à La Havane, à Moscou, et qui met en scène Sartre et Simone de Beauvoir face à un couple d’étudiants, durant la guerre d’Algérie, la révolution cubaine et les années Khrouchtchev en URSS.La production de ce film aura un budget important.Le choix du réalisateur (ou de la réalisatrice) et des comédiens qui joueront Sartre et Beauvoir n’est pas encore arrêté.Le Devoir et Le Monde SOURCE RADIO-CANADA Jean-Paul Sartre fera l’objet l’an prochain d’un film de fiction écrit par Michel-Antoine Burnier et Michel Contât. LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2 O O l F ;i ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Fragiles lumières de la terre JACQUES GRENIER LE DEVOIR CATHERINE MORENCY Depuis 1996, Pierre Yergeau a plongé son lectorat dans l’univers trouble d’une famille atypique, peignant le charme inquiétant d'une contrée nordique dans L'Écn-vain public puis dans La Désertion.Après une courte escapade du côté de fa fiction satirique {JBanlieué), le romancier reprend le fil de son grand récit abitibien auquel il ajoute un jalon, Les Amours perdues venant enrichir un cycle qui prend désormais les airs d’une saga.Après avoir fondé l’univers du Grand Cirque d’Hiver sur les témoignages de Jérémie Hanse (L’Écrivain public) et de sa sœur Michelle (La Désertion), Yergeau fait apparaitre le frère aîné de la dynastie hétérogène, Georges.Emerge donc, comme un contrepoint à la sombre biographie des deux cadets, le seul parmi les trois enfants à avoir pu profiter de l'héritage qu’ont laissé les parents avant de disparaitre: l’existence fantasmagorique du cirque.Obsédé par la marginalité éclatante de son frère, Jérémie entreprend de consigner l’enfance de Georges dans un récit disloqué et parcellaire, tissé à l’image des quelques souvenirs qui lui reviennent mais surtout des histoires qu’il a entendu conter par les plus vieux.«Ses parents étaient des artistes d’un grand cirque ambulant.Le Grand Cirque d’Hiver, le seul à offrir des rapprochements inédits entre les images d’un univers domestique où l’on court sans arrêt le risque de perdre courage, où l’on sent que la conscience s’alourdit dans l’accomplissement des tâches ménagères, et la dérive des cloums qui s’estropient sans jamais se faire mal.Où les choses sont telles qu’elles devraient être: sans conséquence.» Georges, répète le narrateur comme une litanie, est né dans une autre contrée.Cette phrase contient toute la fascination de Jérémie pour le grand frère, Falter pas tout à fait ego, celui qui suit inlassablement l’exemple de son père trapéziste, ne reculant devant rien et franchissant toute limite comme s’il s’agissait d’un mirage.Aussi Jérémie en-vie-t-il à son aîné les joies de la vie tribale et la fréquentation d’êtres fantaisistes, conditions idéales pour nourrir un esprit frondeur attiré tant par le vol que par 1a chute, ce frère qui «ne chercha pas [.] à s’illustrer par les prouesses.Il se retrouvait en elles comme l’eau dans la rivière».A fa naissance de Jérémie, l’âge d’or du Grand Cirque avait Pierre Yergeau déjà laissé place aux temps noirs qui le mèneront, avec tant d’autres condamnés, à fa mine.Construite comme une suite de flash-back extraits de la grande histoire familiale des Hanse, la trame narrative des Amours perdues suit un essoufflant mouvement de balancier où les visions oniriques donnent le change aux scènes affligeantes de 1a vie quotidienne, où le cirque tente de faire oublier, par tous les subterfuges possibles, l’ennuyeux visage de la réalité.On y retrouve l’écriture elliptique de Yergeau et sa manière inimitable de tendre le langage afin que de quelques mots naisse le caractère tantôt sublime, tantôt sordide d’un événement, la beauté ou la désolation d’un paysage, d’un visage réinventé ou détruit.Les courts chapitres finement ciselés ont été assemblés par l’auteur comme autant de petits objets hétéroclites, le dispositif romanesque prenant la forme d’une exposition incongrue, intrigante.C’est tout le désespoir des hommes trompés par le destin qui se lit dans ces pages lucides.Les promesses noircies d’une ruée vers l’or qui n’a pas fini de rumi- ner ses échecs, ses avortements et ses lamentations, et qui glace encore le cœur des Abitibiens à la manière d’un hiver interminable.Et pourtant au détour de ce récit hanté par la douleur et 1a perte, la lumière et fa grâce surgissent par ressac, révélant une vision du monde calquée sur le modus vivendi que fait porter Yergeau à ses propres personnages: «Il y avait un axiome mathématique qui régissait l’univers interne du Cirque d’Hiver et affirmait que l’on ne pouvait respecter les limites.Les règles de la constance et delà répétition ne s’appliquaient qu'à l'intérieur d'une multiplicité de dérapages, de fausses notes, de variations de toutes sortes, où l’orchestration et la chorégraphie la plus précise reposaient sur un doute.» L’écriture, chez Yergeau, est une avancée dans la déroute, renouvellement du langage et d’une tradition romanesque qui se laisse séduire par un lyrisme brut déconcertant LES AMOURS PERDUES Pierre Yergeau L’Instant même Québec, 2004,87 pages Le Salon du livre de l’Outaouais annonce ses couleurs Le Salon du livre de l’Outaouais, le troisième en importance au Québec, a annoncé cette semaine que son thème sera «De la plume à l’écran».La présidence d’honneur en sera assurée par la journaliste Lucie Pagé, notamment auteur du livre Mon Afrique.Les deux invités d’honneur de fa région seront Jacques Lamarche et Danielle Vallée.Raymond Hante sera pour sa part le représentant du conte pour fa jeunesse.Après une chute de la fréquentation survenue au tournant du millénaire, le Salon du livre de l’Outaouais, qui se déroule à Gatineau, a regagné de 1a popularité au cours des deux dernières années; il a accueilli 33 000 visiteurs l’an dernier.Le Salon du livre de l’Ou-taouais se déroulera du 16 au 20 mars 2005.Le reste de fa programmation du Salon sera connu plus tard.Entre-temps, le Salon du livre de fa Côte-Nord ouvrira ses portes du 24 au 27 février, à Sept-îles.Suivent dans l’ordre, le Salon du livre de Québec, du 6 au 10 avril, celui de Trois-Rivières, du 21 au 24 avril, celui de l’Abitibi-Témiscamingue, du 26 au 29 mai.Septembre voit revenir le Salon du livre du Saguenay, octobre celui de Rimouski et novembre celui de l’Estrie.Le Devoir La voix et le regard Des nouvelles de Sylvie Massicotte au ton juste et à l’œil ouvert CHRISTIAN DESMEl LES Sylvie Massicotte avait déjà ébloui nombre de lecteurs avec L’Œil de verre (L’Instant même, 1993).Parolière pour Luce Dufault et Dan Bigras, auteure de romans jeunesse, elle anime depuis quelques années des ateliers d’ecriture reconnus dans différentes institutions, autant au Canada qu’en Europe.Après Voyages et autres déplacements et Le Cri des coquillages (1995 et 2000), elle signe, avec On ne regarde pas les gens comme ça, son quatrième recueil de nouvelles — et l'un des plus forts de cette saison.Cette fois encore, la magie opère sans faute, avec une vingtaine de nouvelles, souvent très courtes, faisant évoluer sous nos yeux «quelques personnages en chute libre».Ce peut être une femme qui se tourne et se retourne dans son lit, essayant de contenir le Ilot ininterrompu de ses pensees dispersées (Combien la nuit).Le bruit d’une mouche qui bourdonne à côté d'elle l’empêche de retrouver son calme: «La mouche était à l'envers sur la table de chevet.Sur le dos.Je n 'aurais pas dû la retourner.» Dans Invitée, un couple illégitime se retrouve dans une chambre d’hôtel le temps d’un court voyage à l’étranger.L’homme échappe à sa compagne, à la fois de corps et d'esprit.«Je tente de décoder, sur ton visage, les pensées que tu caches bien.C’est un jeu.Un jeu de patience.Pour les avion?, les trains.Pour les chambres d’hôtel quand il pleut.» A travers fa multitude des non-dits qui composent le quotidien, comme dans d’autres de ses nouvelles, c’est le gouffre sans fond de fa solitude à deux qu'explore Sylvie Massicotte.Plus loin, un homme cherche ce qu’il pourrait offrir à 1a femme qu'il aime pour son anniversaire (Le Cadeau).Promenant son regard dans une boutique obscure, bric-à-brac encombré d’objets inutiles, Claude n’a plus envie, «depuis pas mal longtemps», de dépenser une fortune pour lèa.Elle qui est à la fois «trop et pas assez», avec sa solitude et sa tristesse sans fond, il lui déniche une étoile en soie ornée de petits cœurs qui scintillent, un objet qui n’est pas à vendre.Mais la vieille femme qui tient le commerce consent à s’en départir: «Ce n’est pas grave.Prenezda! De toute façon, bientôt, je vais tout bazarder.» Ailleurs, un cadre qui vient de perdre son emploi se retrouve dans une auberge à 1a campagne, observant l'aubergiste qui le ramène lentement à la vie avec sa chaleur discrète (L’Aubergiste).Elle est belle, il a peut-être rate sa vie, et il se demande, l’instant d’un eclair, s’il devrait se mettre à boire pour accélérer sa chute.Dans Lbici avril, une femme est happée par le reflux de fin d’après-midi du métro, elle observe une fillette et sa mère avec une passion d’entomologiste.Elle se laisse aller à recomposer leur existence.La fillette se rend vite compte de ce regard scrutateur, elle accroche la jupe de sa mère et pointe de son petit index la femme qui les observe.«On ne regarde pas les gens comme ça!», lui dit sa mère.La phrase, qui donne son titre au recueil de Sylvie Massicotte, nous renvoie instantanément à notre propre plaisir cou pable de lecteur, de voyeur, d’arroseur arrosé.Ce sont pour la plupart des histoires toutes simples, traversées de doutes ou de subtiles inquiétudes, comme cet homme qui surveille les vêtements de son amoureuse partie se baigner dans l’eau glacée, et qui l'aperçoit au loin discutant avec un inconnu entre les vagues (La Grève).Toutes les petites fissures qui apparaissent à la surface de ces vies d'hommes et de femmes abandonnés à leur liberté deviennent des failles lorsqu’elles (lassent sous la lentille grossissante de l’écrivaine.Ces êtres observateurs qui divaguent, prisonniers d’eux-mêmes, de la vie et du temps qui passe, prennent vie au moyen d’une phrase sobre et parfai-tei\ient maîtrisée.A coups de touches légères qui frappent l'iris et le cœur, Sylvie Massicotte compose un paysage humain vulnérable et remarquablement efficace à exprimer ce qu’elle cherche à dire: la fragilité de l'existence humaine, l'effritement de l’amour, la solitude absolue et nécessaire, la beauté qui palpite dans les silences et dans l’infiniment petit autour de nous.Des nouvelles à lire et à relire, des nouvelles al lusives qui disent beaucoup en peu de mots et qui nous plongent sans faire de vagues au cœur sensible des choses.ON NE REGARDE PAS LES GENS COMME ÇA Sylvie Massicotte L’Instant même Québec, 2004,108 pages m le Parchemin H PRIX ORD.: 49.95$ 'Ùfà*' Un livre un cadeau que l'on déballe des jours et des jours.PRIX ORD 79 85$ 27 99 ch Publications Québec SS L’histoire du VIEUX MONTRÉAL à IràVetH son paltinintrte ' " isaffi ufliiCLfi coffrtt C Collection aux limites de la mémoire r PRIX ORD 7995$ Histoire du vieux-montréal À travw* ton ptlrtmoln* PRIX ORD : Î9.95$ Par Monts et par Vaux ColItctkMi coin» da pays Micheline Larhamc Cartier Quartiers ouvriers d'autrefois 1850 -1950 Une histoire de l'art du Québec U collactlon la plut compléta if art québacoit dat origi nas i not jour* I PRIX ORD : 27 95$ 21 99 L Roman oc Mie Pawm ne» w ise eeo mmnium w#w»t Lady Cartier PRIX ORD 59 95$ PRIX ORD 59 95$ * % Le visuel définitions J ARdl NSl Miyuki TANOBE Robart Barn fer 31 99 A la di Stasio PRIX ORD : 2195$ SSA') «SS* PRIX ORD 57 95$ 40" Le Petit Larousee illustré 2005 IN* édition, sous coffrât ann-marif Macdonald Lf V^ldl < yp.AU PRIX MD 39 95$ Ensemble, c’est tout Anns Gavalda Lfc TÉMÉP.A.IHK ml La sélection 2005 Fnntob Chatlv Le Vol du corbeau Charles le téméraire Vm Baauchamin le Parchemin Quartier Latin I Métro Berri-UQÀM, 505 Sainte-Catherine Est, Montréal I (514) 845-5243 libfairie@parchemjn.c Librairie agréée par le Ministère de la Culture et des Communications du Québec F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DÉCEMBRE 2 0 0 4 F 5 LimiAmi’ Un grand roman épique signé Tomson Highway On a beaucoup parlé de littérature amérindienne cet automne.Mais, à moins que j’en aie manqué des bouts, ce qui arrive et peut parfois faire du bien, U n’a pas encore été question chez nous de Tomson Highway, dont le superbe et seul roman, Champion et Ooneemeetoo, publié chez Doubleday en 1998 et déjà traduit en allemand, est enfin disponible en français grâce aux bons soins des Editions Prise de parole.Il était grand temps que les lecteurs québécois découvrent cet auteur qui, lors d’une conférence donnée en Saskatchewan, dénonçait •l’arrogance et l’entêtement linguistique des Canadiens anglais, (qui ont failli] briser pays.Apprendre la langue de l’autre, ajoutait-il alors, est la forme ultime du respect».Highway, si on en croit son CV, connaîtrait lui-même une quinzaine d’idiomes, ce qui semble quelque peu exagéré, mais il est certain que ce globe-trotter invétéré manie avec aisance l’anglais, le français et le cri.Et pour en finir avec les détails biographiques, ajoutons que ce dramaturge originaire de l’extrême nord du Manitoba, premier lonan Zeller iStion FLORIAN ZELLER Rammanon I n roman mul lr risque «le traiter il'ini sujet grave d'aujourd'hui sur un mode plutôt alerte.C'est nu livre qu'oit termine.I ivdét ir lieigbeder /Wi * èï'cZl 1 ONS J yclopédiq ue mondial “www* A m tou* L’Atlas encyclopédique mondial 734 pages - 49,95 $ L’OUVRAGE de référence par excellence grâce à un panorama complet de l’état du monde contemporain incluant des renseignements politiques, économiques, géographique et démographiques.J! IJirt Fxjmmtn % # QOftfCOft MfOIA / LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DÉCEMBRE 2004 F 8 SAIS Une philosophie pour l’avenir ISABELLE DÉCARIE Parvient-on jamais à rendre hommage à un auteur qui a marqué plusieurs générations de philosophes, d’écrivains, de psychanalystes et d’artistes et dont l’œuvre a contribué à repenser les fondements de la philosophie autant que ceux de la littérature?Sait-on jamais trouver les mots justes pour exprimer sa dette?Ce petit mot, «dette», Derrida en aura fait l’une des clefs de voûte de ses "déconstructions» (qu’il préférait au pluriel), de son œuvre immense, touffue, fourmillante.Il s’agit d’un de ces petits vocables en apparence si inoffensifs que le philosophe aura retournés et fouillés longuement pour nous faire voir toute la complexité éthique qui habite le langage.C’est là un exemple parmi tant d’autres du travail séminal de Derrida, un travail de philosophe autant que d’écrivain, de penseur autant que de poète.Ce Cahier est plus qu'un hommage, c’est surtout l’un des derniers projets auxquels le philosophe a participé de son vivant et sa publication, quelques jours à peine avant sa mort, rend plus pressante encore la question de la transmission de sa pensée.Les très nombreuses collaborations, tant françaises qu’étrangères, québécoises aussi (avec les participations de Ginette Michaud, Georges Leroux et Claude Lévesque), montrent bien que les lecteurs sont déjà prêts à poursuivre le travail et à relancer le corpus derri-dien sur de nouveaux terrains.Les voies de réflexion choisies pour organiser le Cahier, comme «Déconstruction et traditions philosophiques» ou «Littérature et démocratie», décrivent quelques-unes des préoccupations les plus fertiles du philosophe et cette composition rend compte également des angles fort diversifiés des textes.Pour Marie-Louise Mallet et Ginette Michaud, qui ont dirigé ce projet d’envergure avec rigueur et passion, ces approches «traduisent non seulement l’ampleur, l’hétérogénéité, la générosité de l’œuvre derri-dienne, mais aussi [.] quelque chose de son rythme, de son mouvement sans repos, de son pas, de ses avancées».Sans pouvoir nommer tous les collaborateurs, mentionnons tout de même qu’on y retrouve des contributions d’Etienne Balibar, de Rqdolphe Gasché, de René Major, d’Elisabeth Roudinesco, mais aussi des témoignages d’Hélène Cixous, de Michel lisse, d'Abdelkébir Kha-tibi, de Michel Deguy et de Jean-Luc Nancy.Le bel article de cet autre philosophe repose précisément sur cette question de rythme, à commencer par le battement qu’émettent les initiales de son ami, J.D., dont il fait entendre «le corps sonore», toutes les assonances et les renversements possibles, dans un jeu irrésistible avec la langue.Et c'est parce qu’il en va d’une «dissémination jouissive» du nom, d’une réflexion sur la signature et la trace dans les livres de Derrida, que l'improvisation onomastique de Nancy redéploie aussi la définition même de la déconstruction.ARCHIVES LE DEVOIR Jacques Derrida Documents Une large place a été faite aussi dans le Cahier aux documents prélevés dans les archives qui se trouvent à l’IMEC.Les lecteurs pourront lire des lettres manuscrites signées par Emmanuel Lévinas, Francis Ponge ou encore observer les nombreuses photographies retraçant la vie publique et privée du philosophe.lœ support iconographique est également exceptionnel puisque sont reproduites des œuvres de ses amis peintres, Camilla et Valerio Adami, Simon Hantai et Gérard Titus-Carmel.De plus, notons que le Cahier renferme de nombreuses traductions françaises jamais publiées ainsi que des conférences et des articles inédits, regroupés à la fin de l’ouvrage sous un titre qui résume l’originalité de l’œuvre derridienne, Penser autrement-La possibilité de l’impossible.Les concepts revisités par le philosophe révèlent tous un lien avec l’impossible, comme c’est le cas pour la performativité, le témoignage, le parjure, le pardon, ou encore la traduction.Cette dernière participe de la même économie que la déconstruction parce qu’elle soulève la question de la loi sur la propriété d’un idiome et entraîne un calcul incessant pour trouver le mot le plus juste.L’un des inédits les plus captivants porte sur le mensonge, que le philosophe distingue «rigoureusement de l’erreur, de l’ignorance, du préjugé» et même du mensonge à soi.En le déplaçant sur la scène du politique, Derrida en expose toutes les conséquences «redoutables et sans limite».Et c’est très certainement sur cette scène-là que la pensée derridienne sera du plus grand secours, notamment ses travaux sur la mondialisation du religieux à la télévision et son incidence sur les différends entre les religions.D faudra sans doute s’y référer encore longtemps pour mieux comprendre les événements auxquels nous serons confrontés dans un proche avenir.DERRIDA Cahier de l’Herne Sous la direction de Marie-Louise Maljet et Ginette Michaud Editions de l'Herne Paris, 2004,628 pages Éditions Nota bene estailergique Conte de .Noël I es élevés tic 2*année de l’école internationale St-S.icrcmenl ÉÉMK&bn* Des livres pour passer l'hiver Le cadeau de Noël parfait pour les tout-petits.Un livre totalement écrit et illustré » par des enfants.SUPERBE ! Hj bene est une division des Éditions Nota bene BIOGRAPHIE / Sir George-Etienne & 'X'Tm.* mms.it m LHNC DE SIR-GEORGE-ÉTIENNE-CARTIER Homme d’affaires doublé d’un homme politique, George-Etienne Cartier (1814-1873) est considéré comme un des pères du Canada de 1867.FRANCIS BOUCHER Que retient-on généralement de la vie et de l’œuvre de Sir George-Etienne Cartier?Cela dépend bien souvent de quel côté de la rivière Outaouais on se trouve.Bâtisseur d’un pays pour les uns, traître à la patrie impénitent pour les autres, ce personnage haut en couleur n’a jamais laissé personne indifférent.La lecture ou relecture — puisqu’il s’agit d’une réédition — de George-Étienne Cartier: bourgeois montréalais, du professeur d’histoire à l’université McGill Brian Young, donnera des munitions surtout à ses détracteurs.Choyé dès sa naissance, son père lui ayant laissé qn héritage considérable, George-Etienne profite abondamment de son statut social.Tout comme bon nombre de politiciens canadiens-français, il profite également de sa réputation de patriote.Mais dix ans seulement après les rébellions de 1837-1838 auxquelles il a participé, «on le retrouve avocat au service de l’establishment, riche propriétaire urbain, capitaine dans la milice de Montréal, marié et député à l’Assemblée législative».Anglophile invétéré, il a ses entrées partout, notamment à Londres où il sera nommé baronnet en 1868.Après tout, ne se décrivait-il pas lui-même comme «un Anglais de langue française»'! Ni essai à thèse ni livre d’histoire politique conventionnel, l’ouvrage étonne par la minutie avec laquelle l’auteur raconte certains éléments de la vie de Cartier.Nous ne sommes pas en présence ici de la grande histoire, mais bien «de la micro-histoire», dans ce qu’elle a de plus truculente, mais aussi de plus triviale: Young va jusqu’à faire l’inventaire du contenu des valises de Cartier, qui contiennent, apprenons-nous, «une trousse de toilette doublée de soie» ainsi que «des brosses à dents portant son monogramme».Plus significatif, à première vue du moins, est le contenu de sa bibliothèque, où «dictionnaires, encyclopédies et les ouvrages de portée plus pratique» ornent les tablettes.«Si son conservatisme le poussait sans doute à s’intéresser à la propriété, à la monarchie, au droit et à l’éducation, Cartier [.] prônait dans ses discours un certain anti-intellectualisme.Les lectures, disait-il souvent, n’étaient guère utiles dans les affaires et la politique.» On ne s’étonnera donc pas de son absence de pensée politique cohérente, mis à part un goût certain pour le pragmatisme.et l’affairisme.L’affairiste Young nous fait le récit méticuleux et parfois déroutant des multiples transactions commerciales de l’avocat montréalais.Sa quasi-ubiquité dans les conseils d’administration de plusieurs compagnies montréalaises en fait un personnage puissant, mais fait également de lui une sorte de conflit d’intérêts sur pattes.Intimement lié à la compagnie ferroviaire du Grand Tronc dont il est l’avocat à compter de 1853, Cartier s’en fait l’infatigable démarcheur.«Pendant dix-huit ans, écrit Young, Cartier fut à la fois ministre de la couronne et avocat pour la principale société ferroviaire du pays».Petit train va loin, comme le it l’adage populaire.On le verra donc très tôt compromis dans une pleiade de scandales, dont celui le plus célèbre, dit du Pacifique, qui allait marquer la fin de sa vie.En cela comme en d’autres choses, l’ouvrage de l’historien ne fera rien pour dissiper l’idée répandue voulant que fa Confédération tire son origine d’intérêts ferroviaires phis qu’identitaires.On le voit le parti pris de l’auteur est, comme le titre l’indique, de mettre l’accent sur l’origine sociale du patriote devenu champion des intérêts britanniques pour expliquer son parcours hors du commun.Certains éléments de sa vie sont sciemment escamotés au profit d’éléments de.sa vie personneDe moins connus.A titre d’exemple, son rôle dans le scandale du Pacifique et dans l’intégration de la Colombie-Britannique à la Confédération sont à peine effleurés.Celui que John A.Macdonald appelait affectueusement «my other self» (mon autre moi-même) nous est présenté comme un conservateur au comportement plutôt erratique, qui parfois n’hésitait pas à brusquer son entourage pour arriver à ses fins.L’auteur se tient loin de l’hagiographie.Non conventionnel, ne respectant pas l’ordre chronologique si commun au genre, le biographe risque cependant de heurter les tenants d’une méthode rigoureuse et systématique.Fait à noter, la traduction de ce livre est signée par feu André d’Allemagne, le fondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale.GEORGE-ÉTIENNE CARTIER: BOURGEOIS MONTRÉALAIS Brian Young Boréal Montréal, 2004,244 pages Mémoire d’un siècle ÉTIENNE LALONDE Ceux qui brûlent des livres finissent par brûler des hommes, la violence est une semence qui ne s’éteint jamais.» Le mot est d’Heinrich Heine, repris à juste titre par Primo Levi dans l’imposant ouvrage intitulé L’Asymétrie et la Vie.En marge des récits de l’horreur, de cet impensable, de l’inimaginable, des récits sur Auschwitz, Primo Levi n’a cessé de débattre à propos de l’expérience des camps, de la Shoah.Donnant suite à Conversations et entretiens et Le Métier des autres, L’Asymétrie et la Vie rassemble une cinquantaine de textes — articles, préfaces, conférences —, tous inédits en français, certains d’entre eux ayant paru dans La Stampa et dans la presse turinoise, où l’écrivain italien était aussi critique littéraire.Il s’agit là de courts textes composés sur une période d’une trentaine d’années allant jusqu’à la mort de Levi, en 1987.On y trouve cette volonté de s’interroger et d’interroger son siècle qui était propre à Levi, avec cette seule conviction, toujours et mal- heureusement d’une terrible actualité, qu’«il ne faut pas se rassurer à bon compte et s’imaginer que la folie d’un petit nombre ne rencontrera pas à nouveau le consentement stupide et lâche d’un grand nombre».«H n’est pas légitime d’oublier, il n’est pas légitime de se taire.» Ainsi, Primo Levi, à une époque où l’horreur de l’Holocauste était encore trop récente pour être réellement montrée, discutée, voire assimilée par la conscience collective, exerçait déjà son devoir de mémoire, revenant avec insistance sur cet aspect incompréhensible de l’action humaine révélé par la Shoah, dont certains aspects sont réapparus dans l’Histoire, tragiquement (au Cambodge, en Bosnie, au Rwanda).C’est à même ce devoir de mémoire, «Auschwitz peut se répéter», que Levi nous met en garde, inlassablement.Mais, bien au-delà, une question persiste: pourquoi donc la répétition incessante de l’Histoire et ses horreurs dans une absurdité meurtrière?Si L’Asymétrie et la Vie peut, pour certains, offrir une introduction, pour d’autres, une conclusion lumineuse à l’œuvre d’un grand écrivain, il est aussi le tracé d’une existence, l’autoportrait criant d’un intellectuel ayant toujours revendiqué son statut particulier d’homme de lettres et de science, dont la parole n’est en aucun cas partisane, jamais, mais toujours profondément humaine.Et quant aux idéologies: »[.] il est toujours mauvais d’en épouser une, même si elle se pare de mots aussi respectables que Patrie et Devoir.» Primo Levi, venu à la littérature par une rencontre avec l’horreur, attendra de longues années avant d’abandonner son métier de scientifique pour se consacrer entièrement à cet autre métier d’analyse, ce qu’il considère comme le devoir absolu de celui qui est revenu de ce «monde» où des hommes ont tenté de détruire l’humanité d’autres hommes, cet unique devoir de mémoire: faire connaître son drame.Cet ouvrage est bien une mise en garde ferme contre le totalitarisme: «[.] chaque époque a son fascisme», nous dit l’écrivain, et on en retrouve les signes prémonitoires «là où la concentration du pouvoir refuse au citoyen la possibilité et la capacité d’expri- mer et de mettre à exécution sa volonté [.] en niant ou en altérant l’information, en corrompant la justice, en paralysant l’école, en diffusant de diverses manières, parfois très subtiles, la nostalgie pour un monde où l’ordre régnait en souverain et où la sécurité de quelques privilégiés reposait sur le travail et le silence forcés du plus grand nombre.», cela vous dit quelque chose peut-être?Voici donc un livre se devant d’être lu, et surtout à notre époque, où les horreurs, encore, se parent d’idéologies guère plus rassurantes que celles d’alors, toutes celles ayant coûté la vie à ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants; tous ceux dont Levi s’efforce, là, d’honorer la mémoire.Car la folie ne cesse pas.L’horreur ne cesse pas.L’Histoire se refait dans les cris et le sang.«La violence est une semence qui ne s’éteint jamais.» L’ASYMÉTRIE ET LA VIE Primo Levi Traduit de l’italien par Nathalie Bauer Robert Laffont Paris, 2004,324 pages LAROUSSE Deux ouvrages indispensables pour préparer vos prochaines réceptions.Larousse du vin .JM Larousse des cocktails • Agenda littéraire « Décembre 2004 TJJSTEQ Union des écrivaines et des écrivains québécois MERCREDI 8 DÉCEMBRE, 19 h 30 Duo ou Duel ?LECTURES CROISÉES avec l’écrivain québécois Serge Lamothe et l’écrivain français Pierre Senges Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal Entrée gratuite.Réservation obligatoire VENDREDI 10 DÉCEMBRE, 19 h 30 De la vie à l’écriture Dans le cadre de la JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DE L’HOMME Rencontre littéraire animée par Réjane Bougé avec Georges Anglade (Ce pays qui m'habite, Lanctôt), Colette Beauchamp (Du Québec à Kaboul, Écosociété), Serge Patrice Thibodeau (La Disgrâce de l'humanité, VLB) Centre Saint-Pierre, 1212, rue Panet, Montréal Entrée libre En COLLABORATION AVEC AMNISTIE INTERNATIONALE et la Ligue des droits et libertés Renseignements et réservations au (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca rwcjMü.CONSEIL DES MTS DE MONTREAL CMtwcSÏ ié U DEVOIR J "N LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DÉCEMBRE 2004 F 9 Diablement attrayant GISÈLE DESROCHES On dirait bien que tout ce que touche Daniel Mativat se transforme en or.Ou alors il sait si bien frotter son or qu’il le fait brûler d’un éclat diablement attrayant Depuis quelques années, il a en effet entrepris de rendre accessibles aux jeunes lecteurs certains mythes, légendes ou récits anciens.Voici que, dans la collection «Korrigan» de la toute nouvelle maison d’édition L'Isatis, il signe Kado le fou, un conte breton bien foutu, plein d'action et de mystère.D y est question d’un idiot de village plus malin qu'il n’en a l’air, de dolmens, de chevaliers, d’objets magiques et de plusieurs créatures fabuleuses croisées au hasard d’une quête dans une forêt «trompeuse».Le rythme rapide et soutenu se conjugue à une narration efficace, agrémentée par les illustrations pleines d’ambiance de Frischeteau.Il n’en faut pas plus pour nourrir l'imaginaire et le goût de la lecture.Convient aux jeunes de huit ans aussi bien qu'aux plus vieux.KADO LE FOU Texte: Daniel Mativat Illustrations: Gérard Frischeteau L’Isatis, colL «Korrigan» 2004,88 pages Ttbo, ce créateur qui figure parmi les plus importants et les plus prolifiques de la littérature jeunesse québécoise, n’a plus besoin de présentation.Il réussit à nous en- chanter encore une fois avec cette histoire magique, du type de celle qu’on aimerait ou aurait aime vivre.Le soir de son septième anniversaire, un enfant reçoit la visite d’un drôle de personnage au visage de porcelaine qui se déplacé sur les toits, jongle avec des balles lumineuses et l’emmène faire un tour en empruntant le réseau des fils électriques et des cordes à linge.Les illustrations de Stéphane Jo-risch ont une presence aussi poétique que le récit Pour le plaisir des lecteurs de sept ans ou plus.LE VOYAGE DU FUNAMBULE Texte: Gilles Tibo Illustrations: Stéphane Jorisch La Courte Echelle, coll.«Mon roman» Montréal.2004,64 pages Essais TTÉRATURE JEUNESSE Le chef-d’œuvre de Goscinny et Sempé a doublé de volume Il restait à Alceste des tas de tartines à manger, à Eudes des tas de coups de poing à donner sur les nez, à Geoffroy des tas de jouets à recevoir de son riche papa: un lot inespéré d’histoires inédites du Petit Nicolas parait enfin en recueil, et c’est drôlement chouette.SYLVAIN CORMIER Imaginez une vingtaine d’Astérix oubliés.Bel et bien parus dans le journal Pilote au moment de leur création, mais jamais publiés en album.Imaginez des Tin-tin manquants, jamais sortis d’un lot poussiéreux de Petit Vingtième.Insupportable idée, non?Impossibilité, oui.Et pourtant Vous qui possédez depuis toujours les cinq recueils des histoires du Petit Nicolas, chef-d’œuvre de la littérature jeunesse signé René Goscinny et illustré par Jean-Jacques Sempé, qu’il s’agisse des éditions originales parues chez Denoël entre 1960 et 1964 ou des rééditions ininterrompues en poche dans Folio junior, vous qui avez lu et relu ces 85 histoires jusqu’à en jouir d’avance à la seule mention des titres (il m’en vient trois, là, tout de suite: Marie-Edwige, La plage, c’est chouette, Clotaire a des lunettes!), réjouissez-vous: il existait d’autres histoires que celles des recueils.Tout un tas d’autres histoires.De quoi remplir un re- cueil presque aussi gros que les cinq précédents réunis.Ledit recueil s'intitule Les Histoires inédites du Petit Nicolas et c'est l'un des événements de l’automne littéraire dans la francophonie.Pensez, 80 histoires de plus.Remarquez, je le savais qu’il y avait d’autres histoires (j’ai l'impression d’être Agnan, ce sale chouchou, quand j'écris ça).C'est parce que je suis fort en maths, bisque bisque rage.Dans les bibliographies à la fin des bios de Goscinny, on mentionnait toujours que le Petit Nicolas avait d’abord paru dans le journal régional Sud-Ouest Dimanche: «[.] chaque semaine de 1959 à 1965», précise Anne Goscinny dans la préface du présent recueil.Faites le calcul.Moins les vacances à Plage-les-Pins et les congés payés, ça suppose quelque 300 histoires.Lesquelles parurent aussi dans Pilote, Goscinny ayant rapatrié son Petit Nicolas dans l’illustré qu’il avait fondé avec Albert Uderzo et Jean-Michel Char-lier en 1959.C’est principalement pour ces histoires inédites que je SOURCE 1MAY EDITIONS Dessin de Sempé collectionne les vieux Pilote depuis un quart de siècle: j'ai donc déjà lu Le Croquet, On est allé au restaurant, Im Quarantaine et pas mal d’autres de ces histoires inédites, mais je suis aussi comme vous et je découvre avec le plus grand ravissement les Clotaire déménage, Papa a des tas d'agonies et autres Maman va à l’école, autant de récits drôles et tendres écrits à la manière et du point du vue d’un garçonnet à la fois unique et semblable à des millions de garçonnets.«C'est un personnage pour lequel j’ai une tendresse particulière», confiait Goscinny à Schtroumpf, les cahiers de la bande dessinée en 1973.Sa femme Gilberte, qui n'avait jamais lu Astérix au moment de le rencontrer, en raffolait aussi.On comprend pourquoi.Goscinny, homme d’une extrême pudeur, s’y dévoilait plus que dans aucun autre personnage, y racontait «sa propre cn/unce», comme l'affirme sa tille Amie dims la préface.Fin fait, les histoires du Petit Nicolas sont nourries des anecdotes de l'enfance de Goscinny et Sempé, de Buenos Aires à Bordeaux: rarement textes et illustrations ne furent aussi intimement liés.Mais revenons à nos maths, les 85 d'avant plus les 80 de maintenant, ça ne fait jamais que 165 histoires éditées sur les 300 potentielles.Dans le seul recueil numéro 6 de l’édition belge de Pilote, j’ai trouvé trois oubliées supplémentaires: Les Invités, U Dispensaire, L'Œuf de Pâques.Histoires aussi craquantes que les autres, y a pas de raison.Bien sûr que vous les voulez.On les veut toutes, les histoires du Petit Nicolas, non mais sans blague à la fin, quoi.À quand l’intégrale dans la Pléiade?HISTOIRES INÉDITES DU FETU NICOLAS René Goscinny et Jean-Jacques Sempé IMAV éditions Paris, 2004,635 pages Lili Maxime UH Mtxintê 1 Ouragan sur le bayou Tome 1 de la trilogie Ma chère Louisiane «Tempête tropicale.Lili Maxime ne chôme pas.Entre deux tours de chant, elle a trouvé le temps d’écrire un premier roman.» ROMAN — 354 pages Éditions La Grande Marée Disponible chez tous les bons libraires Sur fond de jazz et de zydeco, la sociologue Hélène Simard, s'éprend de David LeBlanc, un chanteur et pêcheur cadjin.me écriture langoureuse, sensuelle et descriptive qui colle au climat et à l'ambiance qu’on retrouve en Louisiane.En plus d'être chanteuse et écrivaine, Lili Maxime est aussi sociologue.» Élise Giguère, Volt, 14 octobre 2004 ÆÊj^ Reqroupema des éditeurs tan»d*nvfrj www.lilimaxime.com http://recf.ca , - w k ¦ iÊ IP ; 2».Choix exceptionnel • Conseils personnalisés • Emballage gratuit • Bistro-Détente 5219, CÔte-des-Neiges • (514) 739-3639 • Métro Côte-des-Neiges servlce@llbralrleolivleri.com Les Fêtes en Livres! vieri librairie bistro | T » Cette année je soutiens le réseau des libraires Indépendants : j’achète chez Oilvleri I NOS NOUVEAUTES DE L’AUTOMNE, A LIRE ET A OFFRIR Jean-Guy Allard Pourquoi Reporters sans frontières s'acharne sur Culja Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba Un essai percutant de Jean-Guy Allard qui dénonce le traitement des deux poids deux mesures appliqué à •» Cuba.NY WAY Anyway Un récit sur fond d'errance ke-rouacquienne, avec les images couleur et les mots d'André Bourdon et Louise Durocher, Blancbleubrun j a u n e n o i r orangerose r o u g e v e r t Un recueil de poèmes avec les mots de tous les jours pour dire l'amour et la passion de Jean Charlebois Dany Lai ¦5 Comment conquérir l’Amérique en une nuit Le scénario du film rafraîchissant de Dany Laferrière sur les grands mythes de notre société nord- américaine.Tiênrie > dimanche! taum LAMARRE PA III S t- MlCHtl.MIRAGE Et même le dimanche ! Un roman tout en finesse sur cette passion dévorante qu'est L'amour fou, de Louise Lamarre.^ Cfo*.mots qui'i&ri mlKsc À TORT ET À TRAVERS Mirage Un roman de Pauline Michel sous forme de voyage initiafique dans le désert du Sahara.Ces mots qu’on utilise.à tort et à travers Cinquante-deux mots qu'on utilise souvent à mauvais escient, avec les mises en situation de Pierre Létourneau et les dessins de Jean-Guy Moreau.Baisée Un roman intrigant de ' Marie Raspberry sur les balbutiements de l'âme devant le premier amour.BARLAAM HT J OS AP HAT IH 1,1.KOI DIMM (H RI Vf (AN IM Rnit tiu %,{• «fcnU i* «n MARil B O B t K G € Barlaam et Josaphatou le Bouddha christianisé Un récit du XII siècle traduit en français contemporain par Jean Marcel.Constructions DE LA MODERNITÉ AU QUÉBEC L ’art sous les bombes La rencontre entre une artiste et des graffiteurs qui s'expliquent sur leurs motivations et leur art.Constructions de la modernité au Québec Les actes du Colloque international tenu à Montréal sous la direction de Ginette Michaud et Élisabeth., NardoutTafargé.ET À PAR Ail RE SOUS PEU : Une Atalaya pour Gerry Roufs de Michèle Cartier Tenir boutique d’esprit, correspondance Jacques Ferron/Pierre Baillargeon ¦ «Nous ferons nos comptes plus tard», correspondance Jacques Perron/ André Major 1 Tristan et Vseult de Pierre-Yves Lemieux 1 Trophoux de Roch Plante 1 La Couturière de Jasmine Dubé LANCTOT ÉDITEUR Acheter un livre de Lanctôt éditeur, c’est encourager la culture québécoise ! F 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DÉCEMBRE 2001 —^ B LOC-NOTES •»— Gloire anonyme Le jour du lancement de son album Trophoux, il paraît que Réjean Ducharme a flairé l’air de la Main, rôdé dans les parages, sans pour autant franchir les portes du Tmto.Sur les murs rouges de ce restaurant six de ses tableaux-assemblages étaient exposés mardi, parmi les 67 œuvres à trois dimensions, tous matériaux unis, collés et soudés, reproduites dans un bel ouvrage d’art intitulé Trophoux.Sauf que personne ne faisait la file pour recevoir l’autographe de Roc h Plante, alias Réjean Ducharme, déguisé en courant d’air, bien entendu.Toute une faune artistique ducharmienne, celle qui au cours des ans a interprété son univers en chanson, au cinéma, à la scène, de Robert Charle-bois à Lorraine Pintal, en passant par Marie Tifo et bien d’autres, entourait sa compagne, Claire Richard, porte-parole de l’artiste.La face publique de Ducharme a d’autres traits que les siens propres, plusieurs profils différents et superposés, comme dans un tableau cubiste.Déjà, en fouillant nos poubelles en quête d’écrous, de tessons de bouteille, de poignées de portes, de cartes à jouer, futurs matériaux de ses assemblages poético-humoristiques, il avoue sa préférence pour le versant ombre.Les rebuts ne posent pas pour la galerie.L’auteur des Trophoux non plus.N’empêche: ses œuvres de récupération nous plairaient sans doute moins si elles étaient signées par un autre chiffonnier que l’écrivain du Nez qui voque.Stefan Georgesco et Charles Forget sont le duo de collectionneurs qui possède les 67 assemblages reproduits dans Trophoux, mais ni l’un ni l’autre n’ont ren- Odile Tremblay contré leur auteur.Claire Richard a joué les traits d’union, une fois de plus.Derrière chaque artiste reclus, quelqu’un se mouille les mains dans le baquet de la promotioa Une femme souvent Paradoxe, là aussi.Mais allez reprocher à l’homme courant d’air son absence.L’art naît dans l’ombre et on a tort d’exiger des créateurs en phobie sociale une aisance de bonimenteurs.Dans le milieu, plusieurs connaissent l’adresse de Ducharme et pourraient le piéger d’un flash de paparazzo.Mais qui oserait profaner la volonté d’un en-fantôme?Il est la caution morale de notre petit univers artistique, qui, règle générale, ne raterait pour rien au monde son rendez-vous avec Guy-A Lepage, mais se pique de croire qu’un refus du cirque promotionnel demeure encore possible.Pour quelques rares joueurs, à tout le moins.Ni Réjean Ducharme ni son double Roch Plante ne s’agiteront demain sur le plateau de Tout le monde en parle, en évitant les peaux de banane du roi et de son fou.L’artiste derrière Trophoux aura évité une semaine de tournée à travers les tribunes cultu- relles, avec l'agenda saucissonné aux demi-heures pour affronter les mêmes questions posées par des voix différentes.Dans l’univers de la promotion artistique, la liberté de retrait est le luxe suprême, tant il est entendu que la binette parlante des créateurs doit vendre le produit.Leonard Cohen peut désormais se permettre aussi de jouer les enfantômes.D,envoie ses disques jouer dans lç trafic tout seuls.A lui, le monastère bouddhiste! A Ducharme, la rue des anonymes.Aux deux, la sainte paix! Et des œuvres qui parlent d’elles-mêmes.En bien ou en mal qu’importe?Depuis le temps qu’il ne paie pas de sa personne au jeu promotionnel, Réjean Ducharme a vu changer, du haut de ses limbes, l’échiquier québécois du marketing culturel.Pour le pire, au fait Il a échappé jadis aux entrevues de fond.Désormais, ces dernières sont en voie de disparition, supplantées par des rencontres-minute.Des journalistes trop francs sont même menacés aujourd’hui d’atterrir sur des listes noires, voire d’être barrés à vie, comme notre coüègue d'/n Denis Côté des projections de presse de Christal Films, pour cause de propos acerbes sur le mauvais film Nouvelle-France.Je me plais à imaginer Ducharme plus que jamais ravi d’échapper au cirque des animateurs-humoristes et des croqueurs de vedettes.A l’heure où la télé-réalité persuade tout le monde que fourrer son nez dans le nombril du voisin est un exercice légitime, le romancier de L’Avalée des avalés esquive d’une main l’étalage de sa vie intime devant des spectateurs frétillants, pare de l’autre les coups bas des radio-men boxeurs.Peut-être a-t-il regardé cette semaine l’émission Enjeux consacrée à la radio poubelle.Sous le tir de Jeff Pillion, d’André Arthur et d’autres animateurs goujats drapés dans la toge de la liberté d'expression, on voyait se profiler les réputations en pièces des gens brisés.D a dû apprécier triplement son statut à'outsider.Là où certains Montréalais se donnent la bonne conscience de considérer ces dérives de grossièreté comme l’apanage unique des radios de Québec, je gage que Ducharme voit déborder le nuage de smog par-delà les vieux murs.A la télé d’abord, où un tas de petits comiques se croient tout permis, au nom de l’humour, traitant une telle de vache, une autre de pute.Et pourquoi se gêner?D doit bien croiser aussi les émules de Jeff FiSion dans les rues à Montréal.•Liberté!», crient les fameux Angry Young Men, allergiques à la rectitude politique, on veut bien, mais également au respect d’autrui.Alors, sous son suaire de fantôme, Ducharme échappe à la fois aux Angry Young Men, aux humoristes, aux animateurs méchants, aux bons comme aux mauvais journalistes culturels, à son fan club, aux chasseurs d’autographes.Il marche dans les rues avec un masque de quidam, vide nos poubelles à Taube, fuit ses propres lancements.Glorieux anonyme qui porte comme Harry Potter une cape d’invisibilité que bien des artistes, sous le vent mauvais du jour, rêvent un moment de lui emprunter.avant de courir bien vite sous d’autres projecteurs de plateaux.otremblay@ldevoir.com VITRINE DU DISQUE CHANSON Noël en disques IA TRADITION The Naxos Book of Carols.Tonus Peregrinus, direction: Antony Pitts.Naxos 8.557 330.Année de vaches maigres pour ce qui est des disques de Noël Nous avons déjà évoqué {'Histoire de la Nativité de Rosenmüller chez Harmonia Mundi et Noël pianissimo chez Analekta dans le cahier spécial Cadeaux la semaine passée.Pour élargir la palette, il faut considérer la meilleure réédition, le fameux récital de Noël de Leontyne Price chez Decca et, pour les possesseurs d’un système multicanal, la publication en SACD, chez Harmonia Mundi, de l’excellent Wol-cum Yule d’Anonymous 4.Parmi les disques d’airs traditionnels, le meilleur, et de très loin, est ce nouveau Naxos Book of Carols, 24 noëls traditionnels dans de nouvelles harmonisations, créées pour l’occasion par Antony Pitts, compositeur et directeur de l’exceL lent ensemble vocal Tonus Peregrinus.Le travail de Pitts, respectueux des mélodies d’origine, rafraîchit considérablement nos oreilles avec des harmonisations subtiles, modernes, mais jamais provocatrices.Le défi était immense, face à ce «sar cro-saint» répertoire, mais le résultat, fort imaginatif, apparaît souvent très convaincant, à l’image du bondissant Good King Wenceslas.Silent Night est planant, juste ce qu'il faut, et les surprises auditives sont nombreuses.Bref, un disque qui nous change de l’ordinaire dans ce répertoire.L’essayer, c’est pratiquement l’adopter! Christophe Huss LE PATRIMOINE LArt lyrique au Canada, 1950-1990.Soixante-huit interprètes differents.XXI-21 Productions 4 CD XXI-CD 21443.Cadeau suprême pour tous les amateurs d'art lyrique au Canada, cette anthologie sans équivalent se présente un peu comme une ency-clopédie sonore du chant canadien de fa seconde moitié du XXe siècle.Mais une encyclopédie à visage humain, à accès facile (tous les enregistrements, de qualité très variable, permettent d’avoir une bonne idée de fa voix et du style des 68 chanteurs), mais une encyclopédie à compléter encore, l’éditeur lan- CHRISTMAS^ ' LSONnsc emcf ' OfttiRS MEREtm VON RAR»J»M çant d’ailleurs dans le livret, à une fiste de chanteurs ou à leurs héritiers, un appel afin de pouvoir constituer un autre volume.Evidemment, toutes les «stars» sont là: Jon Vickers, Maureen Forrester, Joseph Rouleau, André Turp, Ben Heppner, Léopold Simo-neau, Raoul Jobin, George London et Gino Quiüco.Mais on espère que de nombreux auditeurs à l’étranger écouteront ce coffret pour découvrir des artistes peu connus hors des frontières.Je me suis amusé à faire tout le parcours en deux fois et en ne prêtant aucune attention a priori au patronyme du chanteur que j’entendais.Bien sûr, les Ben Heppner, Raoul Jobin, George London et Leopold Simoneau se dégagent Mais je n’attendais pas forcément Pierre Duval et Richard Ver-reau me rentrant à ce point sous fa peau dans Puccini! Et l’engagement féroce de Verreau dans E lucevan le stelle de Tosco se retrouve à l’identique chez Napoléon Bisson dans Giordano, Claire Duchesneau dans O vos omnes, de Theodore Dubois ou Robert Savoie dans le Credo de lago (OteMo de Verdi).Les découvertes pour des oreilles étrangères sont donc nombreuses, Fernande Chiocchiç dans la Habanera de Carmen et Edith Tremblay dans l’air de Leonore de La Force du destin en tête.Dernier aspect: le sens du style dans la mélodie française: tant chez Claude Corbeil ou Bruno Laplante que chez la mezzo Paule Verschelden.Un coffret rare, prédeux et émouvant C.H.CHANSON NOËL DES ANGES Laurence Jalbert Audiogram (Sélect) A priori, on se méfie: après le coup de Marie-Michèle Desrosiers, voilà qu’Audiogram nous recycle une autre de ses chanteuses en lui faisant enregistrer un disque de classiques saisonniers.Mais on a eu la bonne idée de ne pas adjoindre à la Gaspésienne un autre orchestre symphonique ou des choeurs d’armée sur le déclin.On a choisi fa voie de l’intimité, ce qui est bien, et la voie du sacré, ce qui est bien aussi.Avec un orchestre de chambre, ou un quintette à cordes, ou un quintette à vents, ou un quintette de ouvres, Laurence Jalbert revisite un répertoire qui n’ignore pas notre passé catho (Ça bergers!.Le Roi des deux, Dans une étable obscure.Il est né le divin enfant), mais ne s’en contente pas non plus, l’enrichissant de chansons de qualité glanées un peu partout: il y a là-dessus l’irlandaise Oh Danny Boy, le Noël à Jérusalem d’Enrico Macias, le Tout va changer de Michel Fugain, etc.C’est plein de bonnes idées (j’en note une mauvaise: la version r’nh d'n est né le divin enfant) et plus • / [/C£Ÿ ë/dS
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