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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2009-02-07, Collections de BAnQ.

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Tlb éditeur I) E V 0 I R Mg?LES S A M EDI 7 E LITTÉRATURE Du pur, du vrai AM Shimazaki Page F 3 I) I M A X C II E « K E V HIER 2 0 (( il LITTÉRATURE Devant John Updike Page F 4 AUtEURE DE LA SÉRIE À SUCCtS l.l:S SOiimS DEBLOIS ?lb édi Edwar ROMAN mmm I fHJISf: I RHMBLAY-in SSIAMBRI Jean Mohsen Fahmy JEAN t' + UM DAViÜÎS Koman hiMf'ritjm' - ;l lamif i W Mémoires d’un quartier / *" •?.• f * • I: va ny cline )cron % ' V A ceux (celles, surtout?) qui dévorent les romans historiques, en consomment à la pelle.Pour le plaisir.St J/.AN NU.AUBRY NETTE !.vengeance ;i.J.umber l ord hlm t l )v|Hi vjmi Mylène GilberuDutn.Lili KIMidike r/Mkhet,^^ .uirctté, • I EXPORT Comment expliquer l’engouement grandissant pour les romans historiques depuis quelques années?Permettent-ils une véritable sensibilisation à l’histoire ?DANIELLE LAURIN Il y a ceux qui disent que c’est dénaturer l’histoire que de la faire entrer dans une fiction.Et qui traquent les anachronismes, se scandalisent de voir attribuer à des personnages d’une autre époque la mentalité, la psychologie d’aujourd’hui.Il y a ceux, souvent les mêmes, qui considèrent que les romans historiques, où les intrigues amoureuses fourmillent le plus souvent, ressemblent à des romans Harlequin qui ne disent pas leur nom.Que c’est la plupart du temps mal écrit, gnangnan.Bon.Finissons-en.Il y a ceux qui lèvent le nez sur tout ce qui est littérature populaire, de toute façon.Du genre: si ça se vend beaucoup c’est suspect, nécessairement.Et puis il y a tous les autres.Ceux (celles, surtout?) qui dévorent les romans historiques, en consomment à la pelle.Pour le plaisir.Et parce qu’ils sont curieux du passé.sans être assez maniaques pour passer des heures dans un manuel d’histoire.C’est à eux (elles.) que s’adresse ce tour d’horizon des nouvelles parutions québécoises au rayon roman historique.Aussi: un aperçu des sagas en tous genres, y compris fantastiques ou d’anticipation, qui continuent d’affluer chez nous en cette saison.L’histoire au féminin C’est ce qu’on pourrait appeler un courant dominant: l’histoire revisitée du point de vue féminin.On ne compte plus le nombre de sagas historiques où les héroïnes luttent pour faire leur place dans un monde d’hommes.Elles sont trois.Trois femmes remarquables, trois sœurs.Qui vivent à Venise, au milieu du XVI' siècle.Qui sont captives «des lois contradictoires et des règles de cette métropole grouillante».C’est leur histoire que raconte Les Filles du doge (HMH/Hurtubise, parution bientôt), d’Edward Charles.Qui a tué la maîtresse du roi?Nous sommes en 1680, à Paris.Les intrigues de la cour sur fond de sorcellerie se multiplient dans Le Poison de la favorite (Libre Expression, déjà en librairie).Deuxième tome d’une trilogie intitulée Noblesse déchirée, signée Jennifer Ahern.Pour qui désire explorer la réalité rurale du XIX siècle, sur fond de trahison amoureuse: Marguerite (HMH/Hurtubise, mars), de Louise Chevrier.Premier volet d’une série, qui a pour titre Les Chroniques de Chambly.Deux romans qui se passent plus tard au XIX' siècle, l’un à Québec, l’autre à Montréal, paraîtront en mars chez Libre Expression.Dans La Vengeance de Lumber Lord, de Suzanne Aubry, deuxième tome d’une trilogie, on retrouve Fanette, une orpheline d’origine irlandaise exilée à Québec en 1847.Ici, elle part à la recherche de sa sœur disparue.Une histoire de vengeance, agrémentée de suspens.Sarah à l’ombre des hommes, de son côté, met en scène une femme qui rêve de devenir médecin, en pleine épidémie de la variole, en 1885, à Montréal.Les auteurs, Mylène et Jean-Pierre Wilhelmy, se sont inspirés du parcours de deux docteures, Maude Abbot et Grace Ritchie, considérées comme des «pionnières de la médecine québécoise».Situé à peu près à la même époque, Lili Klondike, Tome 2 (VLB, très bientôt en librairie) nous transporte en pleine ruée vers l’or.Dans le Grand Nord.Où se poursuivent les aventures de deux exploratrices canadiennes-françaises qui n’ont pas froid aux yeux.En passant: l’auteure, Mylène Gilbert-Dumas, travaille déjà au troisième volet de cette trilogie.Et elle promet d’ajouter bientôt une quatrième tranche à sa populaire saga Les Dames de Beauchêne, dont le premier tome, semble-t-il, avait été refusé par 22 maisons d’édition.avant de recevoir le prix Robert-Cliche du premier roman en 2002.La participation des Québécois à la Deuxième Guerre mondiale, avec au centre une héroïne au parcours peu commun.Le tout sur fond d’intrigue policière.C’est ce que propose Maryse Rouy dans le troisième volet A'Une jeune femme en guerre (Québec Amérique, mars).Pas un roman historique à proprement parler, mais Dissonances (XYZ, mars), de Lise Blouin, propose le portrait d’une jeune fille des années 1930, à Sherbrooke.Infirmière, syndicaliste, l’héroïne tient mordicus à son autonomie, refuse absolument «d’être classée dans la catégorie des femmes soumises».Michel David, dont la saga La Poussière du temps se serait vendue à plus de 200 000 exemplaires, poursuit sa série Chère Laurette (HMH/Hurtubise).Bientôt en librairie: Le Retour, où l’entêtée et colorée héroïne est propulsée dans les années Duplessis.Suivra, en avril-mai, La Fuite du temps, qui plante le décor en 1966, dans la fébrilité de la préparation de l’Expo.Les années 1960 sont aussi au cœur de Mémoires d’un quartier, tome 3 (Guy Saint-Jean éditeur, avril), de Louise Tremblay-D’Essiambre.L’auteure des du silence nous fait revivre la fin de la Grande Noirceur, par l’intermédiaire d’une famille.Le sort des autochtones Le romancier André Pratte signe le deuxième volet de sa trilogie consacrée aux tribps amérindiennes, avec Okîskwow (Editions Michel Brûlé, mars).L’action se situe à la fin du XIX' siècle, en Saskatchewan, peu après la pendaison de Louis Riel.De son côté, l'auteur de Mistouk, Gérard Bouchard, explore le mode de vie des Amérindiens dans une réserve québécoise, dans les années 1950.Histoires de guerre Frères ennemis (YLB, mars), de Jean Mohsen Fahmy, se passe pendant la Première Guerre mondiale.On y suit des jumeaux jusqu’à la fin du conflit.L’un est à Montréal et milite aux côtés d’Henri Bourassa contre la participation des Canadiens-français à la guerre; l'autre s’est enrôlé et se retrouve en Europe dans les tranchées.Jean-Pierre Charland situe l’action de La Mort bleue (HMH/Hurtubise, avril) au même moment.Le quatrième tome des Portes de Québec commence en 1918, en pleine conscription.Dans L'Orpheline (Guy Saint-Jean Editeur, bientôt en librairie), on reste à Québec, mais pendant la Deuxième Guerre.Un mélange de roman historique et de roman d’intrigue, signé VOIR PAGE F 2: HISTOIRE On ne compte plus le nombre de sagas historiques où les héroïnes luttent pour faire leur place dans un monde d’hommes.t » I K I) E V OIK, L E S S A M EDI 7 ET DIMANCHE 8 FÉVRIER 2 0 0 9 ¥ 2 LIVRES HISTOIRE Circulation linguistique Sherry Simon signe un essai sur l’histoire de Montréal à travers la traduction C’est une ville particulière par la force des courants linguistiques qui s’y sont affrontés.Une ville qui a presque complètement changé de visage linguistique au cours des dernières décennies, où des langues qui s’ignoraient depuis toujours, le yiddish et le français par exemple, se sont enfin rencontrées.Tout paisible qu’il soit, Montréal est fascinant par l’histoire de ses langues, comme en témoigne son histoire culturelle de la traduction, publiée par l’essayiste Sherry Simon chez Fides.CAROLINE MONTPETIT Francophone, anglophone, Montréal?Italien?Dans son essai Traverser Montréal, qui vient d’être traduit de l’anglais chez Fides, Sherry Simon, professeure d’études françaises à l’université Concordia, évoque la possibilité que le nom de Montréal soit un héritage italien.«Certains affirment que la première désignation européenne du mont Royal était à l’origine italienne et non française, écrit-elle, dans le chapitre consacré au mont Royal de ce formidable essai sur la polyphonie linguistique et littéraire de Montréal.Dans une note en bas de page, elle explique ensuite: «Comme le premier récit des voyages de Cartier a été publié par Giambatista Ramusio, l’éditeur florentin des récits d’expéditions dam le Nouveau Monde de l’époque, la première mention publiée de la montagne portait une désignation italienne: Monte real.Une autre explication suggère que Cartier aurait nommé originellement la montagne en l’honneur du cardinal Hippolyte de Medici, archevêque de Monreale, en Sicile, l’homme d’Église ayant joué un rôle important dans l’obtention de la sanction papale de l’expédition.» L’essai de Sherry Simon offre donc différents parcours de ce Montréal polyglotte à l’histoire marquée par l’évolution de ses langues.Evoquant différentes œuvres littéraires, Simon mesure la remarquable évolution qu’a connue la langue française à Montréal de 1960 jusqu’à nos jours.A partir d’ouvrages comme Le Cassé, premier ouvrage en jouai écrit par Jacques Renaud, ou encore le Mur de Berlin, P.Q, de Jean Forest, elle refait la lente marche des francophones de l’est vers l’ouest de leur ville.«C’est l’histoire d’une blessure liée à la langue et ça se passe sur le divan d’un psychanalyste», explique Simon en entrevue, au sujet du livre Le Mur de Berlin, P.Q, publié en 1983.Pour Forest, la traversée de Montréal de l’est francophone et ouvrier vers l’ouest anglophone et mieux nanti est douloureuse, et il s’irrite de Y «indécidabilité» qui pousse les Montréalais à continuer de dire Vurdunn, pour Verdun, ou UpperLachine, pour désigner la rue d’un quartier de Montréal.Dans l’autre sens, en 1966, l’anglophone Mal-com Reid parcourait le chemin inverse en consacrant un essai aux membres du mouvement entourant la revue Parti pris, intitulé The Shouting Sign-painters.«L’orientation est cruciale, écrit Simon au sujet de cet essai.Pendant l’été chaud de 1966, choisir l’Est, c’est se tourner en direction de l’avenir.» Un avenir prometteur L’avenir en promettait d’ailleurs de belles à la langue française, qui allait, en quelques décennies et entre autres grâce à la loi 101, passer de langue d’une majorité opprimée à la langue officielle d’une ville.«Le nouveau Montréal, caractérisé par des interactions sociales de plus en plus détendues, malgré les poussées intermittentes de tensions politique, a commencé d’émerger au moment où la “reconquête” des francophones, sur les plans économique, politique et linguistique, semble près de s’achever», écrit Simon.Les anglophones, qui autrefois reconnaissaient à peine le caractère majoritairement francophone de leur ville, cherchent désormais à s’insérer dans cette réalité francophone.Et la traduction, anciennement perçue comme une menace par les francophones, est aujourd’hui assumée.C’est ainsi que des œuvres comme celles de la littérature yiddish montréalaise trouvent désormais leur place en français, notamment grâce aux bons soins d’un traducteur, l’anthropologue Pierre Anctil.Ces traductions font revivre un héritage yiddish montréalais autrement disparu, puisque, selon Simon, cette langue n’est pratiquement plus parlée aujourd’hui que par la communauté hassidique.les traductions d’Anctil .JACQUES GRENIER LE DEVOIR Sherry Simon devant le Collège français, construit à même une ancienne synagogue de Montréal.permettent aussi aux francophones de se réapproprier un pan important de l'histoire montréalaise.«Le yiddish a été la langue des immigrants juifs du début du vingtième siècle.L’anglais était la langue dominante de la ville — les Juifs et les Canadiens français avaient peu de relations véritables.Le français, certes, était la langue de la majorité à Montréal, mais il accusait une infériorité culturelle face à l’anglais et avait donc le statut d’une langue mineure.Pendant la majeure partie du vingtième siècle, un transfert latéral du yiddish vers le français était impensable.Or, ce qui apparaissait intraduisible, opaque, ou excessivement changé sur le plan culturel, à un moment donné, peut-être apprécié autrement à une autre époque», explique Simon.Annonçant l’assurance que devait prendre le français au cours des dernières décennies, l’œuvre Gens du silence, de Marco Micone, parue en 1982, met en scène des immigrants italiens montréalais qui parlent un mélange de jouai, d’anglais montréalais et d’italien, dans une langue inventée par Micone où surgissent des jurons imaginaires comme Sacramento! «La communauté italienne se francisera quand se feront sentir les effets de la loi 101, écrit Simon.Les traductions de Micone étaient une façon de hâter cette intégration, d’inscrire les immigrants italiens comme citoyens culturels à part entière du Québec.» Langue et architecture Pour Simon, la langue se compare à l’architecture, qui peut mélanger les genres et les influences, et dont Montréal offre quelques exemples assez bigarrés.Alors qu’elle a étudié différentes villes qui ont une histoire coloniale et linguistique semblable à celle de Montréal, dont Calcutta en Inde, Barcelone en Espagne, Prague en République tchèque, ou Trieste en Italie, elle dit n’avoir trouvé aucun exemple comparable à Montréal en matière de particularités linguistiques.A Calcutta par exemple, la cohabitation entre l’élite britannique et la majorité bengalie a ouvert la voie à un mouvement qu’on appelle la renaissance bengalie.A Prague et à Trieste, l’allemand a cohabité respectivement avec le tchèque et l’italien.En fait c’est à Barcelone, où se côtoient le catalan et l’espagnol, et où l’on trouve une sorte de catalan métissé d’espagnol, que Sherry Simon trouve les similarités les plus vives avec la réalité linguistique de Montréal, marquée par la forte présence de deux langues parlées internationalement Aujourd’hui, selon l’essayiste, c’est au tour des anglophones de chercher leur place dans le paysage culturel, majoritairement francophone, montréalais.Une place qu’ils ne peuvent plus trouver sans la reconnaissance de cette majorité.Le Devoir TRAVERSER MONTRÉAL Une histoire culturelle par la traduction Sherry Simon Traduit de l’anglais par Pierrot Lambert Fides Montréal, 2009,354 pages LITTÉRATURE FRANCOPHONE Edwige Danticat, une autobiographie d’Haïti CAROLINE MONTPETIT Cy est une histoire d’exil, de vies coupées en deux, entre l’avant et l’après.Une histoire d’jmmigration entre Haïti et les États-Unis, avec ses familles divisées puis réunifiées sur lesquelles plane l’espoir d’une vie meilleurç.Tout récemment traduit aux Éditions Grasset, Adieu mon frère, de l’écrivaine américaine d’origine haïtienne Edwige Danticat, relate les années de son enfance passées en Haïti, notamment auprès de son oncle Joseph alors que son père avait immigré à New-York, puis son propre voyage vers les États-Unis.L’ouvrage, autobiographique, plonge aussi le lecteur dans l'ambiance de l’Haïti des années Duvalier et de celles qui ont suivi, avec sa succession de présidents au pouvoir, sa population vivant pour la majorité dans une misère pénible, l’oppression de ses macoutes, ses églises qui pullulent, ses gangs.H pose avec acuité la question de la nécessité d’immigrer, pour des gens qui ont soit des difficultés économiques telles qu’ils ne peuvent subvenir aux besoins de leur famille, soit parce qu’ils sont persécutés par le pouvoir en place.«En Haïti, l’économie est liée à la politique de telle façon que le pouvoir est maintenu en contrôlant chaque aspect de la vie des gens», dit l’auteure, jointe au téléphone à Miami où elle vit aujourd'hui.Dans ce contexte, les gens immigrent pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs enfants, à qui ils veulent assurer un avenir plus clair.«Haïti est un pays où, encore dans une large mesure aujour- d’hui, la classe moyenne est très petite.Il y a des gens très riches, et une très importante population de gens pauvres», dit-elle.«A cette époque, comme aujourd’hui, quitter le pays semblait souvent la seule solution, surtout quand on était malade comme mon oncle ou pauvre comme mon père, ou sans aucun espoir, comme eux deux», écrit-elle.Edwige et son frère Bob vivaient avec leur oncle Joseph, qui avait lui-même fondé son église, alors que le père travaillait à New-York comme chauffeur de taxi en attendant de faire venir le reste de sa famille.Ce n’est qu’à douze ans, soit huit ans après le départ de sa mère, que la petite Edwige pourra rejoindre ses parents.L’oncle Joseph mourra pour sa part au beau milieu de ses démarches de demande d’asile aux États-Unis, après que l’on eût brûlé son église au terme d’une fusillade.Edwige Danticat ne fait d’ailleurs pas la part belle aux forces des Nations unies, envoyées en Haiti pour y maintenir la pane.«Et lorsque les gouvernements tombaient, les troupes des Nations unies, les soi-disant soldats de la paix, arrivaient enfin et tentaient, même au prix de vies innocentes, de restaurer l’ordre», écrit-eUe.Elle n’en perd pas pour autant espoir pour son pays d’origine.Car lorsqu’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus rien, dit-elle, sereine.Le Devoir ADIEU MON FRÈRE Edwige Danticat Grasset Paris, 2009,345 pages fUOUT RHÏARO uwMWiaw »:W• l’action terroriste?On finit par apprendre que l’ex-détenu est atteint d’un cancer de la prostate, que cela explique pour le moins son refus d’aller au lit avec la jeune personne toute prête à le recevoir dans ses bras.Il y a aussi l’arrivée du fils de Jôrg, qui ne tarde pas à se poser en accusateur.On peut avoir souhaité délivrer une classe sociale du capitalisme oppresseur, cela n’empêche pas de se conduire en salaud, ainsi qu’en témoigne le comportement du père par rapport à celle qui était sa femme.Chassés-croisés à peu près constants, accusés devenant accusateurs, Le Week-end est d’une rare efficacité.Il se dévore en quelques heures.Curieusement, cette netteté de la construction tendrait à le reléguer dans le domaine des romans qui, pour être impeccablement cons-truits, n’en souffrent pas moins d’un manque d’abandon.On en arrive à souhaiter que la machine soit moins bien huilée, que les répliques ne soient pas agencées de façon trop efficace.C’est ce qui fait très souvent la différence entre les romans qui durent et les autres qui peuplent les greniers de la littérature.Collaborateur du Devoir NOCTURNES DANS BROADWAY Damon Runyon Gallimard, coll.«L’Imaginaire» Paris, 2(X)8,380 pages LE WEEK-END Bernard Schlink Gallimard, «Du Monde entier» Paris, 2008,218 pages '¦ c Hc le ¦ C n: ItfE C LE DEVOIR, LES S A M E 1) I 7 E T I) I M A N C H E S FÉVRIER 2 O O !» LIVRES .LETTRES FRANCOPHONES Chacun cherche sa sœur Le tragique est au rendez-vous du nouveau roman de la Guadeloupéenne Gisèle Pineau STEPHANE HASKELL Gisèle Pineau LISE GAUVIN Dans Morne Câpresse, la romancière guadeloupéenne Gisèle Pineau livre un portrait sans complaisance de cette île antillaise dont les habitants sont en proie à des dérives toutes plus tragiques les unes que les autres.Une jeune femme d’origine bourgeoise, Line, flouée par un amant infidèle, décide un jour d’entreprendre la recherche de sa sœur, Mylène, disparue mystérieusement après avoir abusé des drogues et de l’alcool.Line suit sa trace jusque dans les quartiers pauvres de Bas-Ravine, un endroit mal famé où habitait l’une de ses compagnes aux mœurs douteuses, Cindy.Et la romancière de décrire avec force détails ce quartier renommé pour ses meurtres, «règlements de comptes, combats de clans, exécutions».Chaque matin, on y découvre un cadavre, quand ce n’est pas le corps d’un bébé jeté dans la décharge.Pour échapper à ces horreurs, l’amie en question avait trouvé refuge dans les hauteurs de Morne Câpresse, chez la Congrégation des filles de Cham.C’est là que se rend Line, espérant y retrouver la trace de Mylène et de Cindy.La Congrégation des filles de Cham ressemble au premier coup d’œil à un paradis: «Cinq cases étaient accrochées au flanc du morne.Entourées d’arbustes, d’arums et anthuriums, peintes en blanc, elles ressemblaient à ces gîtes touristiques qui faisaient la joie des visiteurs en Une contre-utopie contemporaine aux couleurs sombres, éclairée par la lucidité toujours en alerte de la romancière et de son personnage quête d'exotisme et de créolité authentique.Sur des lignes tendues entre les arbres, des tuniques blanches mises à sécher se balançaient au gré de l’alizé.Line aperçut quelques femmes vaquant à leurs affaires.Chacune dans son coin exécutait ses tâches ménagères d’un air songeur, le regard absent.» On aura compris qu’il s’agit là d’une secte regroupant des «sœurs» rescapées de divers maux de l’existence.Leur directrice, mère Pacôme, est revenue en Guadeloupe après une carrière plutôt terne comme vendeuse de tickets de métro à la station des Gobelins, à Paris.Le jour de l’enterrement de sa mère, elle s’était mise en tête de rechercher son géniteur impénitent, de répertorier ses frères et sœurs, et de fon- der une communauté.Avec l’une de celles-ci, elle créa un lieu d’accueil pour les filles cherchant à fuir des situations sans issue.Cependant, sous des dehors de générosité et de partage, la Congrégation reproduit, à peu de chose près, les méfaits de la société d’en bas.Les filles enceintes y sont conduites à l’avortement grâce à des soins particuliers; si par malheur un bébé mâle naît, il est aussitôt éliminé et enterré au fond d’un jardin; les sœurs elles-mêmes, soumises à l’autorité de la mère Pacôme, se tyrannisent entre elles et n’ont même plus la liberté de quitter les lieux.Voilà ce que découvre peu à peu l’enquêteuse, déterminée à retourner vers un monde plus humain.Elle sera aidée dans son projet par ses retrouvailles avec une cousine, qui, à défaut d’une sœur, lui servira d’alliée dans sa nouvelle vie.Un incendie dévastateur mettra un point final à ce roman, contre-utopie contemporaine aux couleurs sombres, éclairée par la lucidité toujours en alerte de la romancière et de son personnage.Collaboratrice du Devoir MORNE CÂPRESSE Gisèle Pineau Mercure de France Paris, 2008,266 pages LITTERATURE FRANÇAISE À corps ouvert, la langue de Cixous Lire Cixous rendez-vous soi-meme GUY LAI N E MASSOUTRE Il n’est guère de lecture plus exigeante ni plus envoûtante que la prose de Cixous.S’il y existait une gorgone pétrifiante, ce serait elle, la Méditerranéenne mi-pythie, mi-taupe de l’inconscient, qui, dans une mer d’écriture, pêche des nœuds gordiens, des concrétions chaotiques et des trésors étranges.Tombe, sous-titré «roman», fait partie de ces écritures magiques, intellectuelles et tumultueuses à la fois, cryptées par les mythes et les lectures innombrables.On y vogue entre les allusions savantes et les sensations d‘un corps féminin.Cette écriture aussi personnelle que culturelle, ici à son apogée, se projette avec audace dans une prospection qui pulvérise la raison.Tous les procès à la langue, elle les a faits, de manière à maîtriser le cycle des chutes et des rebonds.Tombe, publié en 1973, était épuisé; or le texte n’a pas pris une ride.Aussi René de Cec-caty l’a-t-il repris dans sa collection «Réflexion», nanti d’une substantielle préface de l’auteure, inédite, écrite en 2007.«La mémoire repousse sous Toubli qui l’enterre»', cette phrase heureuse convient à l’ouvrage entier, qui s’impose, une génération plus tard.Préhistoire Le roman est-il une tombe?Chez Cixous, l’autobiographie irrigue l’essai, indéniablement lié à la réflexion derridienne, lecteur inaugural, partenaire des allées et des aléas méan-dreux chez elle, forgeronne langagière.Qu’on les revoie dans l’antre, demi-dieux tapant l’enclume des symboles, elle, une femme aux mots colériques démesurés, explosant à retardement, l’un déjà mort, l’autre de lui séparée.«Dioniris, le personnage de Tombe [.], est apparenté à ce merveilleux Adonis aimé sous la terre par Persephone et sur la terre par Vénus.» Père, aimé, fils, frère, Voix d’Amérique, écrivains, écureuil du Washington Square, toutes ces incarnations revigorées de l’Autre concourent à la figure sans visage d’un Dioniris fictif, énigme du texte.Le côté roman tient à cette quête, pas à une quelconque histoire, genre contesté en ces années où était dit essai une étude à l’objet défini et roman ce qui relevait de l’écriture créative.Une résurgence de mythe, une dérive, un affluent de soi.Combien d’entre nous se sont égarés entre ces lignes entrecroisées, revenus aux contes à saveur de nuit, de mort et de dévoration ultime?Le «je» de Cixous, toute particulière que soit sa formation joycienne et kafkaïenne — plus de 60 ouvrages pour cette intellectuelle admirable, née en 1931 à Oran —, n’a Hélène Cixous cessé de côtoyer la folie d’écrire vite, de fouir la tombe ancestrale et la mémoire morigénant, les déchirures d’une lignée, les mystères de la conception et la rédemption littéraire.Doit-on y voir quelque religion noire, un grimoire postiche, une contrefaçon amphigourique des théories du XX' siècle, à la sauce horreur, comme il y en a pour le croire?11 faut choisir.Investir la place forte, s’abandonner à la sincérité tordue de l’inavouable.Forcer la tombe ne vaut la peine que si un pan tangible est arraché au fantôme, un mot à la bouche pleine de terre, comme le dit la chanson venue du fond des âges.Un mélange de farines Cixous offre de bien curieux mélanges sur son «échelle de lésions» — sauts de pensée abrupts, catachrèses, absences de ponctuation soudaines, redondances, glissements sémantiques.Autant d’absurdités que de cristallisations sur l’invisible, l’absence et l’idéal.Renoncement impossible à l’alliage d’intelligence et de sottise, notre condition: la mémoire s’acharne, repousse ses limites, romance.Bien sûr, il y a des butées infrangibles.Les lectures, par exemple, qui affleurent et s’éloignent, fondations improbables avec des blocs hétérogènes, unissent haut et bas, bonheur et Géhenne, sens littéral et Bible, enfance et Occident, aplomb et instable, croissance et fuite, en une élection infinie, un paradigme saignant.L’exaltation surréelle de cette culture dilatée et remixée, si littéraire, frappe un esprit libre, à tout le moins conscient de ce qui le borne.Lire Cixous est un rendez-vous avec soi-même.Elle a donné Ciguë.Vieilles femmes en fleur, sur sa mère, dernièrement chez Galilée.Achopper sur son style fait autant,de stations de méditation.Epreuve théâtrale, au cours de laquelle le lecteur déstabilisé, panoplie en main, deviendra à son tour démiurge des symboles qui lui parlent.Collaboratrice du Devoir TOMBE Hélène Cixous Le Seuil Paris, 2008,226 pages LES GÉANTS ANONYMES Francois Désalliers François Désalliers Les Géants anonymes François Désalliers propose une autopsie du tragique dans ce qu’il a de quotidien et de sournois.L’impensable n'est-il pas bien souvent à la portée de tous?À JUILLET, TOUJOURS NUE DANS MES PENSÉES Benoît Quessy f-HNOl'l OUt SS Y I JliiUH, TOUJOURS {VUE DANS MES PENSÉES JEAN D’ORMESSON # ?• ' H d'un Immortel rhi CONTACT IEAN D'ORMESSON MULTIPLIEZ LES CONTACTS! EN PRIMEUR CHEZ RENAUD-BRAY, LA SÉRIE DOCUMENTAIRE CONTACT VOUS PROPOSE UNE RENCONTRE ENTRE STÉPHAN BUREAU ET JEAN D’ORMESSON, CÉLÈBRE ACADÉMICIEN FRANÇAIS.UN AUTRE GRAND MOMENT DE TÉLÉVISION QUI S’AJOUTE À VOTRE COLLECTION! *!S8ROBERT tirv-l CONTACT CONTACT ^ 099 BORIS CYRULNIK J099 DANIEL PENNAC Jg99 MICHEL ONFRAY ]g99 ROBERT LEPAGE Renaud-Bray RENAUO-BRAY.COM [.CONTACT An 2033.Un groupe d'amis évolue autour de Juillet, militante écologiste et spécialiste du cybersexe.Leur préoccupation?La planète, et surtout; «Pourquoi l’a-t-on laissée périr?» QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 FEVRIER 2 0 0 9 ESSAIS Y a-t-il une vérité romanesque ?Louis Cornellier Les propos des romanciers sur leur art sont généralement décevants, si grands que puissent être par ailleurs les romans qu’ils écrivent», constate François Ricard dans Le roman vu par les romanciers, un ouvrage collectif dirigé par Isabelle Daunais.Néanmoins, certains praticiens demeurent inspirés à l’heure de traiter de l’histoire, de la spécificité esthétique et des moyens de leur art et de se demander s’il existe quelque chose comme une vérité romanesque.Pour François Ricard, le maître du genre est, on l’aura deviné, Milan Kundera.Dans les «confessionls] d’un praticien» que constituent ses essais, ce dernier explique que «le romancier naît sur les ruines de son monde lyrique».Le roman, en ce sens, devient un «territoire désenchanté» dans lequel un «émigré» découvre un nouveau pays, celui de sa liberté, où l’air qu’on respire, écrit Ricard, «est celui de la compassion et de l’ironie, alimentées par un perpétuel étonnement devant le simple fait de vivre; là, tout jugement moral est suspendu; et la beauté a le doux visage de l’existence ordinaire».Pour Ricard, la critique véritable ne peut «ajouter aux œuvres ce qu’elles ne possèdent pas», mais elle «réussit parfois à projeter sur elles un éclairage sans lequel certaines de leurs facettes resteraient peut-être à jamais dans l’ombre».Les essais de Kundera, illustre-t-il, ont cette vertu.On pourrait en dire autant de l’essai que Ricard leur consacre.Michel Biron, lui, explore la notion de «roman pur», suggérée par André Gide, «un auteur curieux de tout et qui n’écrit jamais que des romans impurs à l’extrême, mélanges de satire et de réflexions morales».Le critique découvre alors que la pureté romanesque dont parle Gide prend un visage plutôt surprenant.Ainsi, le grand livre serait presque inévitablement «mal composé» parce que, en laissant toute la place aux «impulsions démoniaques» de personnages qui ne peuvent que déborder «les limites d’une structure réglée d’avance», il exclut l’explication au profit d’une liberté ancrée dans la réalité vécue.Biron conclut donc à une morale gidienne de la forme selon laquelle, «si le roman pur tend à l’inachèvement et à l’éparpillement, c’est que l’inachèvement et l’éparpillement constituent aussi des principes de vie qui s’appliquent à ses personnages et qui s’offrent au lecteur comme une invitation à douter de la littérature, à passer outre au roman, à oublier ce qu’il vient de lire».Où l’on voit que la vérité romanesque, s’il en est une, vise moins à rassurer qu’à ébranler.Marcel Aymé, qui disait de cette vérité qu’elle était celle qu’on ne pouvait apercevoir que par «le trou de la serrure», défendait lui aussi, selon Mathieu Bélisle, l’idée d’une «véritable liberté [.] marquée par une ouverture à la gratuité».Consacré à la vision du romancier catholique François Mauriac, l’essai de Jonathan Livernois offre un autre riche point de vue sur la vérité ro- manesque.La tâche du romancier, écrivait Mauriac, est la 4entative pour aller toujours plus avant dans la connaissance des passions» humaines.Au nom d’une certaine lucidité, d’un refus du lyrisme à la Kundera, on a parfois reçu cette injonction comme un devoir de pessimisme, voire de désespoir, pour reprendre la formule de Nancy Huston.Or, pour un catholique comme Mauriac, la vraie lucidité consiste plutôt à ne «rien méconnaître dans l’homme».Pour lui, donc, comme l’explique Livernois, «l’exploration des passions humaines ne se limite pas à une visite en terre maudite, où tout ce qui existe est vil, immonde et misérable.Ry a aussi un harmonique de l’aigu», c’est-à-dire, parfois, une expérience de la grâce.Le romancier, cela dit, n’est pas Dieu, et son art reste pleinement humain.Aussi, précisait Mauriac, «il n’est permis à aucun écrivain d’introduire^ Dieu dans son récit, de l’extérieur, si j’ose dire.L’Etre infini n'est pas à notre mesure; ce qui est à notre mesure, c’est l’homme; et c’est au-dedans de l’homme, ainsi qu’il est écrit, que se découvre le royaume de Dieu.» Complété par des essais sur l’art du roman tel que conçu par Julien Gracq (Isabelle Daunais), les praticiens du nouveau roman (Katerine Gosselin), Jacques Laurent (Lakis Proguidis) et Marcel Proust (Yvon Rivard), Le roman vu par les romanciers est un très beau livre de critique littéraire, rédigé par des théoriciens assurés, réunis dans le groupe de recherche TSAR (Travaux sur les arts du roman), dont les pénétrantes lectures sont exemptes de jargon.Des romanciers collabos Parfois admirables d’intelligence et de lucidité, les romanciers ne sont pas à l’abri de l’erreur monstrueuse.«Mauvaise école que celle de romancier ou de moraliste, écrivait le romancier français Jacques Chardonne; on est accoutumé à dire n’importe quoi: cela n’a aucune conséquence.» En octobre 1941, cet écrivain collabo, en compagnie de quelques-uns de ses semblables (Marcel Jouhandeau, Ramon Fernandez, Robert Brasillach et Pierre Drieu La Rochelle) et guidé par des notables nazis, parcourait l’Allemagne pour chanter la gloire du pays de Nietzsche devenu celui d'Hitler, un chef au «fond d’humanité comme vierge», écrivait Chardonne.Dans Le Voyage d’automne.Octobre 1941, des écrivains français en Allemagne, le journaliste français François Dufay jette une lumière crue sur ce honteux pèlerinage.Pendant que ces hommes de lettres, antisémites mais raffinés, retrouvent l’esprit de Bach et de Goethe à Weimar, «à quelques lieues de la cité de l’humanisme allemand [à Buchenwald], méthodiquement, on tue l’homme dans l’homme».Troublante vérité.louiscaé&sympatico.ca LE ROMAN VU PAR LES ROMANCIERS Sous la direction d’Isabelle Daunais Nota bene Québec, 2008,192 pages LE VOYAGE D’AUTOMNE Octobre 1941, DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE François Dufay Tempus (Perrin) Paris, 2008,224 pages Le roman vu par les romanciers est un très beau livre de critique littéraire ÉCONOMIE Chomsky devant la crise économique PHILOSOPHIE Dessine-moi qui tu es ! MICHEL LAPIERRE Pas encore un livre de Noam Chomsky! N’a-t-il pas déjà attaqué le gouvernement américain sur tous les sujets?Reste que, dans un ouvrage de 2007, publié en anglais, l’exposé selon lequel les Etats-Unis viennent de connaître les 25 pires années de leur histoire, au chapitre de l’économie réelle, acquiert après coup une portée brutale.Qui aurait cru que la pensée de Chomsky se verrait confirmée par la débâcle de Wall Street?Traduit en français sous le titre de L’Ivresse de la force, le livre du polémiste, composé d’entretiens avec David Barsamian, est beaucoup plus d’actualité qu’il ne l’était au moment de sa parution aux Etats-Unis.Durant un quart de siècle, «les salaires réels de la majorité des Américains ont stagné», y souligne Chomsky en s’appuyant sur les études de l'Economie Policy Institute.D’après lui, il s’agit de la conséquence du néolibéralisme.On s’en rend compte même si, dans l’application de la doctrine économique qu’ils préconisent, «les Etats-Unis ne suivent pus les règles qu ’ils imposent aux autres», précise judicieusement l’intellectuel narquois.Ce n’est d’ailleurs pas la seule contorsion idéologique à laquelle se livre Washington qui, en vérité, n’a pas le ton professoral et les bonnes manières de Harvard.Chomsky ne mâche pas ses mots pour définir la politique étrangère états-unienne: «En fait, les relations internationales ressemblent assez à la mafia», lance-t-il à Barsamian.Dans ce domaine, il ne croit pas aux théories, en particulier à celle du choc des civilisations, énoncée par Samuel Huntington au sujet d’une guerre larvée entre le monde islamique et l’Occident.A cause de l’importance géopolitique du pétrole que possède l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis ne sont-ils pas, comme l’explique Chomsky, alliés de cette dictature?Astucieusement, ils exploitent depuis des lustres l’influence de l’intégrisme islamique du pays où se trouve In Mecque pour contrecarrer toute résistance laïque des peuples musulmans à leur hégémonie.Dictées par la stratégie, les préoccupations politico-reli gieuses de la Maison-Blanche ne s’inscrivent pas dans une perspective chrétienne, Chomsky est l’un des rares analystes de la scène internationale qui assimilent les interventions états-uniennes des années 80 en Amérique cen- trale à une guerre «contre les Evangiles».Comment pourrait-on prétendre qu’il a tort?Sous l’influence de ]a théologie de la libération, l’Église catholique d’Amérique latine s’était orientée vers ce qu’elle appelait «l’option préférentielle pour les pauvres».Le tournant avait indisposé Washington, pour qui l’inégalité sociale garantit la prépondérance états-unienne de la frontière mexicaine à la Terre de Feu.La Maison-Blanche, rempart des valeurs spirituelles de l’Occident aux yeux de tant de gens de droite, se réduit, grâce à la critique de Chomsky, au cirque de l’hypocrisie.Pour en arriver là, le chercheur inlassable déniche une multitude de faits qui, oubliés ou négligés, renaissent sous un jour nouveau.Idoles aveugles Comprendre le pouvoir, vaste recueil de propos divers tenus par l’intellectuel américain et encore peu connus du lectorat francophone, prolonge L’Ivresse de la force.Ce livre ne cesse de montrer comment les doctrines économiques et politiques, de même que les croyances religieuses, deviennent des jouets au service d’idoles aveugles: la puissance et l’argent.Pour Chomsky, Washington a une longue expérience dans Part de cacher derrière les idéaux les plus nobles les ruses les plus abjectes.Le polémiste rappelle que le fascisme avait presque supprimé la mafia.Mais, lors de la Deuxième Guerre mondiale, «dans le sillage de leur armée de libération qui, déclare-t-il, remontait de Sicile, vers le nord de l’Italie puis la France, les Etats-Unis la reconstituaient et s’en faisaient un outil pour briser les grèves».On peut certes trouver que Chomsky caricature l’histoire, mais, aujourd'hui, la débâcle financière et la crise de l’économie réelle, créées par la déréglementation sauvage du capitalisme sous l’œil candide de la statue de la Liberté, rendent ses propos plus troublants que jamais.Collaborateur du Devoir L’IVRESSE DE LA FORCE Noam Chomsky Fayard Paris, 2008,252 pages COMPRENDRE LE POUVOIR Noam Chomsky lux Montréal, 2008,024 pages GEORGES LEROUX Depuis le début, ses livres défient les catégories et les genres.Ce dessinateur est écrivain, personne n’en doutera, mais pourquoi ne faudrait-il pas dire aussi que cet écrivain est un dessinateur de génie?Impossible de le lire sans tomber dans cet écart, creusé avec art et ironie, entre le texte et l’image.Ainsi, par exemple, dans cette autobiographie, où la majorité des dessins sont présentés sans lien direct avec la suite du récit, mais où pourtant le graphique tient l’autobio/graphie.Sous le titre Autoportrait, Frédéric Pajak livre une série de fragments désaccordés, des éclats du miroir brisé depuis l’enfance.Certains sont des souvenirs, comme celui, terrifiant, qui ouvre le livre, une scène de la boucherie familiale en Alsace; d’autres sont des échos de l’histoire, les révoltes étudiantes, le voyage initiatique aux États-Unis.D’autres enfin recueillent les traces des livres antérieurs, les portraits de philosophes, le regard de Nietzsche, les lunettes de Pessoa.«C’est ainsi, écrit-il, chacun fabrique ses yeux avec sa folie, son gentil bonheur, sa petite honte.» Dès les premières pages, de très beaux autoportraits, plus loin des albums de photographies, la famille, les amis.Né à Suresnes en 1955, «originaire des bords du Rhin et de la Pologne du Sud», Frédéric Pajak est le fils d’un peintre immigré en Alsace, mort dans un accident de voiture alors qu’il n’avait que neuf ans.Était-il possible de continuer, de vivre encore?Pourquoi, autrement, parler de ce «délit d’existence» où vient se nourrir la mélancolie de tous ses livres, pour ne rien dire de la beauté des dessins?Pour l’en- fance, des bois, des fourrés, des chemins boueux.Pour le reste, encore des taillis, des tracés urbains sans arêtes, des nuits blanches à lire.Joyce, Pavese, Kafka: une fois entrés dans le portrait, ils n’en sortiront plus.La grande question: comment devenons-nous le sujet de notre propre vie?et que veut dire «être sujet», «être subjectif»?Le cœur du livre, encadré de paysages montagneux, donne la réponse: le sujet est «un effort sans récompense», la recherche en est infinie, ceux qui se croient arrivés «se paient d’une monnaie qui n’a pas été frappée».Ils ne peuvent en effet que simuler la subjectivité, en mimer les exigences pour se maintenir, mais l’artiste sait, lui, que ce combat est toujours inachevé.Si le philosophe se condamne, pour ainsi dire par métier, à ce découpage de l’âme, l’artiste doit plutôt accepter une schizophrénie générale.«Suspendu au fil de l’inutilité, écrit-il, Je ne cours plus le moindre risque.Je sais d’avance quoi tenter.» Le projet autobiographique repose du coup sur un aveu impossible: le sujet existe.Non, il n’existe pas, et comme Pajak ne cesse de le dessiner — c’est ainsi qu’il faut lire ces dessins embrouillés —, ce qui a été vu par l’artiste doit retourner à l’invisible.De cet aveu, en effet, il faut presque tirer une éthique: l’autoportrait, c’est d’abord l’ombre, le poids de l’ombre, la preuve par l’ombre et ultimement par l’effacement.C’est à cet endroit de son récit que Pajak introduit ses portraits d’écrivains: Borges, Papini, Pessoa, mais aussi ses peintres: Matisse, Durer, Beckmann.Derrière chacun se profile la manière noire des Caprices de Goya, ultime référence d’un monde nocturne qui se clôt sur l’image d’un prisonnier supplicié.Par la puissance de son hommage dans le dessin, ce livre contredit un peu son propos d’effacement: il admire, il vénère, et surtout il se construit dans le regard de l’œuvre des autres.Loin de s’y annuler, et cela en dépit de tout le discours de l’évidement, ce regard révèle à quel monde cette écriture veut appartenir.Il montre aussi comment elle y parvient, dans le fragment autobiographique, dans le récit grinçant d’une vie qui voudrait se raturer au fur et à mesure, et qui pourtant se dessine, se traçe et finit par se graver.A cet autoportrait on joindra le livre que Pajak a écrit sur les dessins de sa compagne, Lea Lund.Hymne à l’amour qui dure et endure, ce récit raconte des voyages, des aventures, il décrit des lieux, l’Italie du tourisme, l’Afrique du Sud.On y croise aussi des héros et des vilains, Stendhal et Karl Marx, des couples, Paul et Laura Lafargue.A chacun, on demande ce qu’est la beauté du monde, la raison de continuer, la joie d’exister.Inscrits dans l’histoire d’un couple, tous ces frag- ments sont comme autant de feuillets détachés, où l’écrivain, prenant appui sur les dessins de sa compagne, illustre le destin des traces, la disparité des souvenirs, et reprend le projet de l’autobiographie négative.Pourquoi «négative»?Parce que toujours inscrite dans le creux, dans l’ombre portée de la vie.Aux questions «que sont nos vies?», «que sont nos amours?», il nous répond en déchirant pour nous les pages de son carnet Si on met à plat les deux couvertures de l’autoportrait, on voit le gamin de neuf ans qui vient de perdre son père et l’artiste adulte qui nous renvoie le flash d’un instantané: que sait le second que ne savait pas déjà le premier?Ce pourrait être la question de ces récits mélancoliques, adossés à la critique du sujet et décidés à survivre.Le Devoir AUTOPORTRAIT Frédéric Pajak Gallimard, «L’arbalète» Paris, 2007,156 pages L’ÉTRANGE BEAUTÉ DU MONDE Récit écrit et dessiné Frédéric Pajak et Lea Lund Éditions Noir sur blanc Lausanne, 2008,269 pages BIENTOT LIBRAIRIE Etre Éric Simard • 17 février LES FONCTIONNAIRES Jean Laliberté • 24 février Les Chroniques d une mère indigne tome 2 Caroline Allard ¦ 10 mars Un taHi la nuit T-ll Pierre-Léon Lalonde • 10 mars QUÉBEC VILLE ASSIÉGÉE, 1759-1760 Jacques Lacoursière et Hélène Quimper • 10 mars Au-delà de la religion Andréa Richard • 10 mars Le Canada et la guerre Sam Haroun • 24 mars (S) Septentrion.oc.ca Membre de l'Association nationale des éditeurs de livres iZ ÎÜ uj t/* «i «« fc ^ G 5 *=» » 0 C3 cu Rs RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES J T+>J ïi % ¦ iiii il Gentrification du Plateau Mont-Royal Les banlieusards et la voiture La génération X sacrifiée ?Le travail rémunéré des étudiants De l'interculturalisme La Révolution tranquille En vente en librairie ou achat en ligne sur le site Internet de la revue 20 $ www.soc.ulaval.ca/recherchessociographiques La grande question: comment devenons-nous le sujet de notre propre vie ?»
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