Le devoir, 22 janvier 2005, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 2 ET ÉDITION Aux portes de l’Égypte Page F 2 D 1 M A X C H E 2 3 JANVIER 2 O O 5 LITTERATURE Du côté de Virginia Woolf Page F 4 ?LE DEVOIR ?La grande bibliothèque Google va diffuser en ligne 15 millions de livres tirés des bibliothèques universitaires anglo-saxonnes.La Bibliothèque nationale du Québec inaugure ce week-end son nouveau portail Internet.Ça bouge beaucoup et pour vrai dans le monde virtuel.STÉPHANE BAILLARGEON Le Québec d’antan, votre ordinateur trempe dedans.La collection numérique de la Bibliothèque nationale (BNQ) comprend déjà 8000 cartes postales anciennes classées par titre, par lieu, par nom de rue ou par sujet, 1500 livres et partitions musicales publiés au Québec jusqu’à la fin du XIXe siècle, 2000 enregistrements sonores, 6500 estampes, 7000 illustrations tirées de magazines populaires des années 1870 à 1907, etc.Comme si ce n’était pas suffisant, cette grande bibliothèque virtuelle, diffusée en ligne depuis quelques années, repart en neuf ce week-end alors que la BNQ implante son nouveau portail Internet Les ajouts bientôt à portée de souris donnent encore le vertige: tous les livres québécois importants publiés de 1900 à 1920; dix revues culturelles parues avant 1950, par exemple les 22 000 pages de Film, paru entre 1921 et 1962, et les 40 000 pages publiées entre 1895 et 1950 par Passe temps, spécialisée en musique; deux revues pour la jeunesse des années 1920-1940, L’Abeille et L’Oiseau bleu; un millier de cartes géographiques de plus et 3500 autres cartes postales; 200 nouvelles partitions musicales.Surtout comme le réclame le public depuis longtemps, l’institution va bientôt proposer des millions de pages de journaux.Par exemple, tous les exemplaires de La Patrie, un quotidien publié entre 1879 et 1957.Mieux, la BNQ négocie des protocoles de diffusion avec les grands quotidiens du Québec pour la diffusion en ligne et gratuite d’innombrables éditions d’avant 1950.Le Devoir planche sur un accord de mise en ligne de ses trente premières années de production.Le service à distance permet à la BNQ de déployer ses services sur tout le territoire québécois et au-delà.Sans lui, le rayonnement de la Grande Bibliothèque (GB) en construction ne dépasserait guère Montréal.D’ailleurs, la priorité accordée à l’inauguration de ce volet virtuel sur l’ouverture, le 22 avril prochain, du bâtiment en construction dans le Quartier latin, témoigne de l’importance accordée à cette mission nationale •Les services à distance nous aident grandement à remplir notre mandat national», résume Alain Bouchard, directeur des projets spéciaux en bibliothéconomie.•Notre présidente ne cesse d'ailleurs de souli- gner l’importance de cette fonction.» La présidente-directrice générale de l’institution, Lise Bissonnette, poursuivait avant-hier, en Abitibi, sa tournée des régions pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance du divin service.Outre la bibliothèque virtuelle, le portail Internet va aussi offrir l’accès à des dizaines de bases de données dans tous les domaines, une banque de romans proposés par thème pour accompagner les choix des lecteurs, un portail Jeunes, des profils personnalisés pour les abonnés.•Ce portail offrira aussi, par l’Extranet, m véritable Centre de ressources à l’usage des bibliothèques publiques du territoire et des services aux éditeurs et four nisseurs, annonce un communiqué de l’institution.À terme, ce portail, véritable architecture électronique dont le centre nerveux est logé à la Grande Bibliothèque, aura la capacité de soutenir un système de prêt entre bibliothèques qui augmentera de beaucoup la disponibilité des livres eux-mêmes partout au Québec, ainsi que la création d’un catalogue collectif des ressources documentaires québécoises.» La planète du Net Le monde virtuel bouge et les projets se bousculent.Google, l’inventeur du moteur de recherche sur Internet, annonçait le mois dernier son intention de numériser et de mettre en ligne pas moins de quinze à vingt millions d’ouvrages.D’ici quelques années, on pourra donc, depuis n’importe quel ordinateur connecté à Internet, partout dans le monde, accéder à ce réservoir de sens et de culture.Mieux, le moteur de recherche de Google pourra trouver n’importe quel mot niché LE MONDE VIRTUEL BOUGE S ET LES PROJETS SE BOUSCULENT parmi ces milliards de pages.Cinq institutions ont signé un accord avec la compagnie califomienne: la New York Public Library se lance dans l'aventure avec un maigre lot de 100 000 ouvrages, histoire de tester la faisabilité de l’entreprise et le respect des originaux.L’Université du Michigan hausse la mise jusqu’à sept millions de livres, celle de Standford, à un million de plus.Les bibliothèques d’Oxford et de Harvard n’ont pas encore annoncé leurs intentions concrètes.Il s’agit, à ce jour, du projet le plus ambitieux et le plus sérieux de mégalibrairie virtuelle, un fantasme d’internautes.Plusieurs autres plans pour donner corps à cetfe utopie ont été lancés depuis une dizaine d’années.A la Bibliothèque nationale de France, Gal-lica, qui visait à numériser 300 000 volumes, a été revu à la baisse, faute de moyens.Le projet Bibliotheca Universalis, qui associe la Bibliothèque nationale de France, celle du Congrès américain et celles d’une douzaine d’autres pays, dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC), a quant à lui complètement flanché, ou presque.«Nous remettons en question l’existence de Bibliotheca Universalis», confirme Ingrid Parent, directrice générale des acquisitions et services de BAC, chargée de relayer ce projet au sein de l’institution canadienne.«Le projet est né il y a une douzaine d’années, comme volet culturel du G7 [le groupe des sept pays les plus industrialisés, maintenant devenu le G8], Nous avons eu des échanges mais, à la longue, il est apparu que d'autres voies pourraient se développer pour favoriser la numérisation.» L’argent est le nerf de cette guerre pour la démocratisation de l’accès à la culture.Les institutions américaines partenaires de Google vont consacrer des dizaines de millions de dollars au nouveau projet de bibliothèques universelles.Le travail de numérisation comme tel coûte toujours bonbon mais chute constamment La BNQ numérise ses documents en partenariat avec des entreprises privées.Le processus lui coûte maintenant environ 25 C par page par rapport à un bon dollar au début de la décennie.Le budget annuel consacré par l’institution à la numérisation comme telle oscille autour de 200 000 $.Est-ce suffisant?«On peut toujours regarder ce qui se fait aux États-Unis, commente alors M.Bouchard.Seulement, le rapport est d’au moins un à cinquante pour les budgets.Il ne faut pas non plus oublier que le Québec est une petite nation, comme le Danemark ou la Bulgarie.En gros, nos archives n’intéressent que nous, ou presque.Je veux dire que le Washington Post a plus de chances d’attirer des lecteurs, et surtout des clients payants, à l’autre bout de la planète que Le Devoir ou Le Droit Par contre, si on se compare avec la France, nous n’avons pas à rougir de notre situation.Disons que le Québec tient son rang dans le monde francophone.» Le Devoir \ L’argent est le nerf de cette guerre pour la démocratisation de l’accès à la culture.9 » 4 » F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 E T DIMANCHE 2 3 JANVIER 2 0 0 5 ^ Livres^ .i ; î » F f » * » 5 » * » » t î * î » : i ! La revue Spirale a 25 ans L# 200t numéro propose tant des textes des fondateurs de la revue que des textes de collaborateurs plus jeunes Spirale; enseignements JACQUES GRENIER LE DEVOIR Depuis 1979, Spirale a passablement changé de facture.CAROLINE MONTPETIT La revue Spirale a 25 ans et elle publie ces jours-ci son 200" numéro.Revue culturelle et multidisr ciplinaire souhaitant provoquer la réflexion et le débat, elle organise pour l’occasion une rencontre sur le thème •Les enseignements de la culture», rencontre qui réunira Louise Dupré, Hervé Fischer, Marie-Andrée J-amontagne, Georges Leroux et Eric Méchoulan.Le débat sera animé par Pierre L’Hérault, qui est lui-mème directeur de Spirale depuis 2002.Depuis 1979, Spirale a passablement changé de facture, relève-t-il.Alors qu'elle a fait son apparition en format tabloïd, elle s’offre aujourd’hui en papier glacé et la présentation d’œuvres d’art y tient une place importante.La revue a comme orientation de présenter des textes critiques qui s’appuient sur une œuvre d’art afin de susciter une réflexion.Spirale est une revue résolument intellectuelle, même si elle évolue à l’extérieur des milieux universitaires.Souffre-t-elle de l’anti-intellec-tualisme qui prévaut au Québec?«On ne prétend pas évidemment arriver à d'énormes tirages, répond Pierre L’Hérault.On est très conscients du créneau qu’on occu- pe, qui est un créneau assez restreint.Mais ce qui m’intéresse beaucoup, c’est qu’il y a parmi nos abonnés et nos lecteurs des gens de toutes les générations.» Toujours sur le thème «Les enseignements de la culture», le 200" numéro propose d’ailleurs tant des textes des fondateurs de la revue, dont celui de France Théorêt intitulé «Le féminisme: passion de la parole et de la connaissance», que des textes de collaborateurs plus jeunes, comme «Culture sourde, art politique à portée de main», de Francis Dupuis-Déri.«Cela, poursuit Pierre L’Hérault, c’est extrêmement satisfaisant.Spirale n'est pas l’affaire de la génération des fondateurs qui ont vieilli.Il y a des gens très jeunes parmi nos collaborateurs.» Le thème proposé dans le 200" numéro de Spirale embrasse lar- ge.Mais plusieurs titres des textes publiés évoquent une perte culturelle, un avenir qu’on a du mal à prévoir et à définir.Le texte d’Eric Méchoulan, qui vient aussi de publier un livre intitulé Le Crépuscule des intellectuels, se nomme «La fin de la culture», celui de Stéphane Gibeault s’appelle «Les derniers humains», celui de Georges Leroux, «L’horizon perdu de la culture» et celui de Christian Saint-Germain, «Pour en finir avec l’enseignement des religions».Pierre L’Hérault n’est pourtant pas pessimiste quant à l’avenir culturel du Québec.Lors de la table ronde, Hervé Fischer fera notamment porter sa présentation sur le numérique, grand véhicule culturel du présent et de l’avenir.Si on a un accès plus grand à la culture qu’autrefois, les modes de transmission ont changé, constate L’Hérault, et avec eux la mémoire culturelle, le rapport aux grandes œuvres et aux mythes.Cet état de fait pose des défis qui sont autant de raisons, croM, pour une revue comme Spirale d’exister.Le débat aura lieu le 28 janvier, à 17h30, à la Maison des écrivains, avenue Laval, à Montréal Le Devoir De Futilité des monographies de paroisse ÉDITION Des éditeurs québécois tentent de percer en Egypte ÉCHOS Miron inédit dans Contrejour La revue Contrejour consacre un article de son cinquième numéro à des notes inédites de Gaston Miron, présentées par le poète et essayiste Pierre Nep-veu.«Dans cette tourmente de ma jeunesse, écrit Miron en 1949, des chants sont montés qui ressemblent à des cris.J’ai voulu les proférer.Les voici.» Dans ces notes écrites entre 1949 et 1967, on trouve de ces phrases qui, typiquement, portent à méditer.•Au fond, être soi, c’est être un peu tout le monde.» Ou encore: •Par où je me regarde, je ne distingue ni commencement, ni fin.» Le doute, omniprésent chez l’écrivain, y refait surface à tout moment.Mais il laisse tout de même cette phrase sans équivoque: «Je sais maintenant qu’il n’y a qu’une chose qui compte.Écrire.» - Le Devoir Trilogie de Pierre Caron chez Anne Carrière La trilogie historique La Naissance d’une nation, œuvre de l’écrivain Pierre Caron, sera reprise cette année en France aux Editions Anne Carrière.Au Québec, VLB éditeur a republié l’an passé le premier tome de la série, Thérèse, et s’apprête à lancer le second, Marie.Le dernier volet de cette trilogie paraîtra au Québec à l’automne 2005 sous le titre à’Émilienne.- Le Devoir Mots de secours VICTOR-LÉVY BEAULIEU COLLARO RATION SPECIALE Ma première monographie de paroisse, je l’ai évidemment obtenue surTrois-Pistoles grâce à Manu Bilodeau, qui l’avait tant de fois relue qu'il en savait par cœur de longs chapitres.11 faut que je précise que ce n’était pas le temps qui lui manquait, lui dont la vie se passait dans un fauteuil roulant depuis que, tombé d’un clocher d’église, il ne pouvait plus se mouvoir.Ça lui avait donné l’œil coquin et le goût d’étudier l'hypnose, qu’il expérimentait sur les poules de la basse-cour familiale.Mine de rien, je viens de vous raconter ce qu'on trouve parfois dans les monographies de paroisse quand on se donne la peine de les lire.Si elles sont signées en plus par un écrivain aussi considérable que Bertrand B.Leblanc, ça serait faire preuve de bêtisage que de ne pas profiter de la substanti-fique moelle qu’on y trouve.D’origine acadienne, la famille de Bertrand B.Leblanc s’est installée dans la Matapédia à l'époque où les moulins à scie tournaient partout comme si la forêt était une ressource inépuisable.Le père de Bertrand B.lœblanc fut d’ailleurs dans ce domaine-là l’un des entrepreneurs les plus importants de ce coin de pays, ce qui lui valait d’être reçu en audience à Québec par Maurice Duplessis toutes les fois que ses affaires l’exigeaient.Le Québec d'alors était tissé serré et les notables des villages y prenaient grande part, comme le constate Bertrand B.Leblanc dans ses deux monographies.Mais ce qui rend ses deux ou- vrages si intéressants au-delà des anecdotes souvent pissantes d’humour, c’est ce qu’on y apprend sur le peuplement des régions.On tient pour acquis aujourd’hui que l’immigration y fut nulle, que les Irlandais, les Italiens, les Britanniques, voire les Polonais se sont cantonnés à Montréal alors que la réalité telle que nous la livre Bertrand B.lœblanc est tout autre: jusqu'au milieu du siècle dernier, même de petits villages comme celui de Lac-au-Saumon comptaient plein de Walsh, de Marmen, de Lane, de Ross, d’O’Reiley et de Noble.Ce fut l’arrivée chez nous des prêtres racistes de la Contre-Réforme qui mit fin à ce métissage dont le Québec, jusqu’alors, s'accommodait plutôt bien.Une autre de nos idées reçues veut que les populations rurales aient été analphabètes.Dans ses deux ouvrages, Bertrand B.Leblanc remet les pendules à l’heure juste: les gens de la Matapédia s'exprimaient dans une langue verte que Rabelais n’aurait pas rejetée.Ne serait-ce que pour ce que je viens d’en dire, La Matapédia et Lac-au-Saumon, cent ans et des poussières constituent des ouvrages essentiels pour qui veut connaître la vie, les us et les coutumes de l’un des pays les plus méconnus du Québec.LA MATAPÉDIA Bertrand B.Leblanc Photos de Michel Dompierre Editions MRC de la Matapédia Amqui, 2004 LAC-AU-SAUMON, CENT ANS ET DES POUSSIÈRES Bertrand B.Leblanc Lac-au-Saumon, 2004 CAROLINE MONTPETIT Le Québec comptera une délégation plus importante qu’à l’accoutumée à la Foire internationale du Caire cette année et tentera d’y faire des percées intéressantes dans le monde arabe, notamment dans les domaines de la littérature pour la jeunesse et du livre scolaire.La délégation prend son envol pour Le Caire dimanche.Louise Desjardins et Mena Lattif-Ghatas y seront présentes pour faire la promotion de leur livre Momo et Loulou, publié aux Editions du Remue-Ménage, qui rappelle leur enfance respective en Abitibi et au Caire, et parler des paysages de l’enfance et de l’exil.Un débat, réunissant des femmes égyptiennes et des femmes québécoises, devrait aussi s’y tenir sur le rôle des publications,dans la condition féminine.Ginette Tremblay, des Editions de l’Artichaut, devrait y conclure des ententes en matière de livres scolaires.Certains thèmes des tables rondes auxquelles participeront les éditeurs et les auteurs canadiens susciteront peut-être certaines controverses.Ainsi, l’ambassade de France a refusé de soutenir la table ronde sur le rôle des publications dans la condition féminine.•Ils ont dit que c’était de la provocation et ils se sont retirés du projet», raconte Ginette péloquin, responsable de la mjssion du Québec en Egypte, également éditrice aux Éditions du Remue-Ménage, et qui a organisé ce débat «Plus ils résistaient, et plus je voulais le faire», raconte-t-elle.Le débat aura finalement lieu sous l’égide de l’ambassade du Canada en Egypte.L’auteur de livres pour adultes et pour çnfants Christiane Duçhesne, Louise Mongeau, des Editions de la Coprte Echelle, et Barbara Creary, représentant les Editions Dominique et compagnie, participeront à un débat sur l’importance de développer une littérature pour la jeupesse; une discussion sera aussi tenue sur le rôle de l’État dans l’édition.Invités d’honneur La politique ne sera pas exclue des conférences qui se tiendront au pavillon français de la foire, puisqu’on pourra y entendre Henry Laurens y parler de •l’Orient arabe à l’heure américaine» et assister à une conférence de Jean-Yves Moisseron intitulée «Puissance américaine et impuissance européenne en Méditerranée».Les invités d’honneur de cette foire sont le FYix Nobel de littérature Nadine Gordimer et l’écrivain français d’origine égyptienne Robert Solé.La Foire du livre du Caire est la plus grosse et la plus ancienne du genre dans le monde arabe.Quatre MONA SHARAE REUTERS Un souk du Caire.millions de visiteurs y sont attendus, et la foire est autant un lieu de vente de droits qu’un lieu ouvert au grand public.Cette participation à la 37' Foire du livre du Caire découle largement d’uij protocole d’entente signé entre le Québec et l’Égypte pour favoriser les échanges culturels et commerciaux.Des représentants du gouvernement du Québec y rencontreront également leurs homologues égyptiens.Déjà, depuis deux ans, plusieurs délégations égyptiennes ont visité le Québec pour entretenir ces échanges culturels- A elle seule, l’Égypte compte 70 millions d’habitants, dont environ 10 % sont francophones.L’ambassade de France est d’ailleurs très active à la Foire du livre du Caire, et le Québec sera accueilli au sein du pavillon francophone monté pour l’événement Le Devoir Une soirée de poésie au bénéfice des victimes du désastre en Asie du Sud-Est se tiendra le vendredi 28 janvier, à 20h, à la Maison de la culture Plateau Mont-Royal (métro Mont-Royal).La mise en lecture est assurée par Alice Ronfard et réunit James Hyndman, Élise Guilbeault, Isabel Richer, Efavid Boutin, Pascale Montpetit, Éma-nuel Bilodeau, Yvr , Soutière, Nathalie Gascon, Isabelle Çyr, Louise Proulx, François L’Écuyer, Pierre Chagnon, Patrice Dubois, Virginie Daigle.Le musicien Uwe Newmann accompagnera les artistes à la sitar.Les dons seront versés à l’UNICEF.La soirée est organisée par la comédienne Isabelle Cyr.Entrée: contribution volontaire.-Le Devoir Les Impatients : écrire Tamour Ils ne font pas que peindre.Ils écrivent.Dans le cadre de la 7e édition de l’événement Parle-moi d’amour, les membres de l’atelier d’art thérapie Les Impatients, ouvert à des personnes ayant souffert de maladie mentale, joignent leurs plumes à toute une brochette de personnalités artistiques pour fabriquer un coffret de lettres d’amour.Parmi les mots de Pierre Gauvreau, de Denys Ar-cand ou de Daniel Taylor, on trouve ceux de Jean, de Mario, de José.Des lettres à l’ami, à l’amante, à la maman, au petit-fils.Des lettres aussi à l’absence.Les fonds de la vente de ce coffret, intitulé Mille mots d’amour, seront remis à la Fondation des Impatients.- Le Devoir ROMAN QUÉBÉCOIS ROMAN HISTORIQUE La flambeuse et le petit glaçon La belle et la Conquête CHRISTIAN DESMEULES La cinquantaine.L’âge de l’impitoyable bilan devant la psyché, l’heure panique où on écrase •les hypothèses, les suppositions et : les si-jamais-jusqu'à-preuve-du-[ 'contraire».Et où on éprouve par-: 'fois, même lorsqu’on est femme, * la dangereuse morsure du dé-; : mon de midi.Récit d’une descen-î : te rapide dans les enfers de î la préménopause.Montréalaise d’ascendance vaguement italienne, Basilica, héroïne de ce" premier roman plutôt dégourdi de Louise Lamarre, en-1 seigne le français dans un centre ! d’éducation pour adultes.Entre ; un petit groupe de collègues né-; vrosés et son propre engourdis-; sentent syndical, ses hormones : lui font vivre quelques «chaleurs» ¦ tardives et désespérées.; Basilica a toutefois un point , faible: elle préfère l’alevin au bro-: chef.La chair fraîche plutôt que la chair du maître.Et elle com-; prend qu’il lui faut au plus vite : apaiser son daemonius meridia-nus.•Mon intelligence était en veilleuse.J’étais un corps, seulement ça.moi qui n'avais vécu si longtemps qu’en esprit.» A cinquante ans, l’esprit plus ouvert, plus indulgente, elle regarde ses étudiants d’un autre œil: «Cette idée m’a frappée comme une révélation pleine de promesses, une possibilité de combler mon absence de profondeur ou de spiritualité, enfin tout ce à quoi on s’accroche quand le corps nous laisse choir.» La cure de jouvence parfaite.C’est ainsi qu’elle décide, presque au hasard, de jeter son dévolu sur l’un de ses étudiants: Olivier, un jeune Haïtien de 20 ans timide, auteur de poèmes au charme naïf («sirupeux et gluants»), peut-être énamouré.Il fera parfaitement l’affaire, croit-elle, pour lui permettre de tester ce qui reste de son pouvoir de séduction.Glissons sur les détails de l’idylle.Louise Lamarre a le ton vif et mordant, un regard sans pitié pour ses personnages et surtout (on l’aura compris) pour son héroïne.Et même le dimanche!, avec son cynisme savoureux et sa maîtrise rare du dialogue, malgré sa légèreté parfaitement assumée, fait passer un bon moment de lecture.Après quelques semaines à jouer au chat et à la souris, Basilica s’enfonce et se décompose devant la froideur d’Olivier.Jusqu'au dérapage attendu: «Je ne contrôlais pas ma vie.Je ne pouvais même pas planifier les vingt-quatre prochaines heures.» Jusqu’au moment où son pupille disparaît sans laisser d’adresse.Elle apprendra qu’il est retourné sur son bout d’île des Caraïbes.Revenue de tout, elle découpe un jour dans le journal, pour la fixer sur son frigo, la photographie d’une grande guenon du zoo de Bangkok, «avec des yeux tristes comme une guenon triste», qui berce un chiot beagle orphelin.La femme décomposée n’a phis la force de remonter la pente: «Tout compte Jdit, j’étais OK.» O.K.ou K.-0.?ET MÊME LE DIMANCHE! Louise Lamarre Lanctôt éditeur Outremont, 2004,152 pages MARIE LABRECQUE La vogue du roman historique populaire offre une incontestable revanche aux femmes, ces négligées de l’histoire officielle.Souvent écrits par des au-teures et mettant en vedette des personnages du «deuxième sexe», ces livres, quand ils ne font pas découvrir des êtres injustement oubliés par la mémoire collective, permettent d"humaniser l’histoire en montrant la vie de gens «ordinaires» livrés aux aléas de grands événements.Une entreprise honorable en soi, même si, sous certaines plumes, le passé acquiert ainsi une saveur un peu fleur bleue.Lauréat du prix Robert-Cliche en 2002, Les Dames de Beauchène donnait le coup d’envoi d’une trilogie sise dans la Nouvelle-France du milieu du XVIII' siècle alors que la colonie est l’enjeu de la guerre entre la France et l’Angleterre.Le second tome de la saga signée par Mylène Gilbert-Dumas englobe la déterminante bataille des plaines d’Abraham et le long siège qui l’a précédée.Surtout le roman suit le destin difficile de quelques personnages féminins forts qui se débattent pour survivre à la guerre et à la disette qui frappent Québec: Marie de Beauchène, sa belle-sœur religieuse ainsi que sa fille Odélie, véritable petit garçon manqué qui, à duc ans, fait montre d’un aplomb et d’une audace assez incroyables.En 1758, alors que la flotte anglaise se prépare à attaquer la cité fortifiée, la digne Marie doit impérativement cacher son mariage mal avisé à un officier britannique, qu elle a quitté après un accès de violence conjugale.Se retrouvant bientôt veuve poufr la deuxième fois, la belle retrouve avec un plaisir troublé Jean Rousselle, séduisant Métis aux allures de prince charmant Entre les Habits rouges qui assiègent la ville et Montcalm qui la soupçonne de trahison, entre le capitaine français qui lui offre la sécurité et l’amour qu’elle voue à Jean, Marie sera confrontée à une série de situations et de choix difficiles.Raconté avec compétence et assez de vivacité, ce gros mélodrame historique comporte amplement de péripéties susceptibles d’accrocher l’attention du lecteur.La pauvre Marie en est quitte pour bien des épreuves.La romancière rend accessibles les épisodes de la Conquête en les incarnant à travers le sort de ses personnages, évoquant le climat de peur qui tenaille la ville bombardée, incendiée et assiégée, puis l’atmosphère de suspicion qui s’installe avec l’occupation britannique.Mais l’histoire reste ici subordonnée aux émotions — plutôt au premier degré — des personnages, et la romance prend souvent le pas sur les considérations militaro-politiques.Une petite tendance «harlequi-nesque» que la finale du roman (un coup de théâtre très prévisible en ce qui me concerne) accentue.La table est mise pour les ultimes aventures d’une héroïne éprouvée par le sort, qu’on verra sûrement plus déchirée que jamais.LES DAMES DE BEAUCHÈNE - Tome 2 Mylène Gilbert-Dumas VLB éditeur Montréal.2004,471 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 JANVIER 2 0 0 5 F 3 Le moineau est un oiseau bleu Littérature >V! eloneida Studart fait partie des écrivaines brésiliennes engagées politiquement Députée du Parti des travailleurs de l’Etat de Rio de Janeiro depuis 1978, elle fut emprisonnée quelques mois en 1969 pour ses activités littéraires, journalistiques et syndicales.Théoricienne du féminisme, auteure d’essais, de pièces de théâtre et de neuf romans, elle écrivit Le Cantique de Ment éia après l’assassinat d’amis très proches.Ce roman, publié en 1975 sous le titre portugais 0 pardal é um passaro azul (Le moineau est un oiseau bleu), paraît en fiançais pour la première fois aux Allusifs.Brésil, 1970.Le pouvoir est aux mains des militaires.Dans une petite ville du Nordeste, une famille bourgeoise, les Carvalhais Medeiros, règne depuis des générations.La puissante famille jadis opposée au républicanisme et à l’abolitionnisme se cramponne toujours à ses privilèges.Elle vit de l’exploitation des pêcheurs pauvres de la côte avec la complicité des ecclésiastiques qui perpétuent leur aliénation — «les pauvres existeront toujours» — pendant que les rares prêtres dissidents sont supprimés.Le regard panoramique et précis de la romancière sur la misère et le quotidien amer de ces habitants rend compte avec force de l’oppression des classes populaires brésiliennes.Quand le roman commence, le clan est réduit à une poignée de femmes soumises, aphasiques, privées de voix, tétanisées par Menina, la matriarche centenaire qui perpétue une tradition catholique rétrograde.Leur vie ressemble à «un manège halluciné, avec ses chevaux blancs [la virginité et la vertu] ou ses chevaux noirs [le péché et la punition]».Dans la villa avec ses meubles en bois de jacaranda, son cristal de Bohème, son papier à lettres en lin et ses porcelaines anglaises, vivent aux côtés de Menina ses deux filles, Nini, hystérique et désaxée, et Luciana, déshonorée parce qu’elle a épousé un homme pauvre et sans terre.Luciana a deux filles, Dalva, frivole et tête en l’air, et Marina, asthmatique, victime du désa-mour de sa mère.Meméia, la domestique mulâtresse, complète le tableau familial.Pétrie de croyances et de superstitions — elle plante des coquilles d’œufs vides sur des branches sèches pour éloigner le mauvais œil —, elle entonne régulièrement un cantique: «Mon saint Benoît, ouvre-moi les chemins.» Toutes les femmes s’écrasent devant la redoutable grand-mère Menina, excepté Marina, la seule à avoir la bénédiction de la grand-mère, «toutes les deux étant identiques et faites de la même pierre».Un jour, un inconnu muet, Pablo le Paraguayen, un homme d’une grande beauté, une sorte d’enchanteur dit Meméia, arrive à la villa.Accueilli par la grand-mère — elle ne sait pas qu’il est un opposant politique en cavale depuis un an —, il vient bouleverser l’existence de ces femmes à l’angoisse bâillonnée, aux émotions funestes, passionnées et sauvages.Suzanne Giguère La romancière effectue un retour sur les années de dictature militaire au Brésil.Elle montre comment la répression a dévasté les consciences.Roman mélancolique Comme des ballons qui s’élèvent dans le dd, les souvenirs d'enfance de Marina et de son cousin Joao — aujourd’hui emprisonné — flottent sur plusieurs pages et apportent de l'oxygene au récit Les promenades, les chuchotements, les livres échangés, les glissades sur les dunes de sable fin sur des feuilles de cocotiers, la marque faite avec une épine de cactus sur leurs fronts pour sceller un pacte de loyauté étemelle.Puis ce soir où Marina brise le silence salé de la nuit et demande à Joao à les animaux souffrent.«C’est la conscience qui jait souffrir les hommes», répond-il.Joao se révolte très jeune contre les injustices sociales.Il dit qu’il en a assez de «l'interminable patience» des pauvres.Des années plus tard, il prend leur défense.Osant remettre en question l’ordre politique et social de son pays, il écrit sur les murs des graffitis métaphoriques et subversifs comme «le moineau est un oiseau bleu», laissant entendre qu’un autre monde est possible.Il est incarcéré sans procès avec des centaines d’opposants politiques.La romancière effectue un retour sur les années de dictature militaire au Brésil.Elle montre comment la répression a dévasté les consciences.«La prison de Joao me fit négliger tout le reste, les livres, les collections, les jardins suspendus de mots [.] Mon monde était tout autre: stupide, brut, dominé par les forces obscures de la haine.Le monde de la peur collective dont Joao parlait [.] Nous sommes tous devenus autres», lance Marina dans sa détresse.Des années marquées par le militantisme, la guérilla, la mort violente pour certains, celle à petit feu de l’exil pour d’autres.Joao refuse de dénoncer son ami Pablo et meurt aux mains de ses tortionnaires.Marina a 21 ans.La vieille Menina s’apprête à lui léguer sa fortune.Poursuivant la lutte contre les injustices menée par Joao, elle invite pour le centenaire de sa grand-mère les humiliés, les offensés et les pauvres que les Carvalhais Medeiros ont fait souffrir.«De leur fortune il ne restera plus rien et ils devront gagner leur vie, eux qui ont toujours vécu du travail des autres.» En songeant à la destinée de son pays, Marina murmure à son tour le cantique de Meméia, Ouvre-moi les chemins, chant de toutes les espérances.Les civils reprendront le pouvoir et signeront le retour de la démocratie au Brésil en 1985, soit dix ans après la publication du roman.Roman féministe et politique, écrit dans une prose d’une vitalité débordante et un style mûr, Le Cantique de Meméia est un livre mélancolique qui épouse le rythme intériorisé de tous les êtres dont l’existence un jour ou l’autre a été gouvernée par la peur, cet évanouissement de la vie.En cela, ce roman au regard psychologique pénétrant atteint {’universel.LE CANTIQUE DE MEMÉIA Traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot et Inô Riou Heloneida Studart Les Allusifs Montréal, 2004,176 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Entre roman historique et pur divertissement MARIE LABRECQUE Québec, 1943.Alors que l'Europe est toujours plongée dans fa tourmente de la Dandème Guerre mondiale, le Château Frontenac s’apprête à accueillir en secret dillustres visiteurs.Frank D.Roosevelt et Winston Churchill ont en effet choisi la Vieille Capitale pour y fixer les plans du futur débarquement allié.Il aura fallu un auteur d'origine belge, Lionel Noël (Lou-na, en 1999), pour avoir fa judicieuse idée d'exploiter cet événement véridique en toile de fond d'un roman d’espionnage.S le livre est parsemé d’éléments historiques, Operation Iskru se veut d’abord un divertissement fictif.Le romancier a imaginé que les nazis projettent de profiter de la Conférence de Québçc pour assassiner le président des Etats-Unis et le premier ministre de la Grande-Bretagne.Ayant eu vent du complot, Staline a prudemment choisi de rester en sécurité à Moscou, mais les Soviétiques s’organisent pour couler discrètement l’information à un agent de l’OSS (l'ancêtre de la CIA), le coloré Egan O’Shea Aussi doué qu’indiscipliné, cet amant de la bouteille a tout du loose canon.Dépêché au Québec, le misogyne fera équipe avec une espionne canadienne-fran-çaise au caractère volontaire, la séduisante Anne Doucet dans le but de mettre en échec les forces spéciales nazies.Mais ce duo de choc, qui cultive une relation sarcastique de type attirance-hostilité (un peu à la manière des couples hollywoodiens de cette époque), ignore que le commando allemand est formé de cinq femmes, qui ont eu le trait de génie de se camoufler sous des cornettes de religieuses! Un excellent déguisement pour être au-dessus de tout soupçon dans le Québec clérical.L’auteur rend bien le climat de l’époque, soulignant notamment les changements sociaux que pro- SOURCK OFFICK NATIONAl.1)11 FILM 1)1) CANADA Le président américain Frank D.Roosevelt, le premier ministre canadien William Lyon MacKenzie King et le premier ministre britannique Winston C hurchill à la Citadelle durant la Conférence de Québec, qui se déroula du 11 au 24 août 1943.voque le conflit mondial.Paradoxalement, la guerre fait souffler un vent de liberté dans la province, surtout pour les femmes qui, en l’absence des hommes partis au front «faisaient tourner quasiment à elles seules l’économie de guerre depuis trois ans».Visiblement le fruit d’une recherche fouillée, Opération Iskra fait vivre de façon convaincante les Staline, Roosevelt, Churchill et compagnie.Dans sa portion fictive, cette intrigue ludique et bien menée trahit en revanche un petit caractère de «série B», avec ses personnages très typés.Je pense surtout aux espionnes-vamps: «Expertes en techniques d’infiltration, en communication radio, en espionnage, en manipulation d’armes et d’explosifs, en combats à mains nues, ces femmes utilisaient en plus le sexe comme s’il s’agissait d’une arme.» Découpé en chapitres courts qui nous promènent dans différents endroits du monde, le roman réussit pourtant à maintenir un bon équilibre entre d’intéressantes tractations politiques et les enlevantes péripéties d’une action rebondis- sante, entre l’information militant historique et le pir divertissement.Mission accomplie.OPÉRATION ISKRA Lionel Noël Editions Alire Québec, 2(X)4,370 pages LES PRESSES DE L'UNIVERSITE LAVAL Les territoires de la mondialisation les l«riitoires de la mondialisation Sous la direction de GUY MERCIER Augustin Berque Paul Claval Rodolphe De Koninck Angelo Turco CotiECTiON série « Débat > ISBN 2-7637-8187-X 96 pages *15$ Les Éditions PUL-IQjRC Kl.
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