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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2009-03-07, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES S A M EDI 7 ET DI M A N C II E 8 M A RS 2 0 0 9 ~Hl soi POÉSIE Robert Berrouët-Oriol, «le maraudeur», sabre au clair dans les images, dans un recueil aussi allumé qu’allumeur Page F 4 MYCHELE DANIAU AFP î; if A ¦ I - ; V'; : .r1.C’est un remède à bien des maux, encore trop peu utilisé.Les études sont en effet formelles: la lecture faite aux jeunes enfants a pour grande vertu de favoriser la réussite scolaire.L’an dernier, une enquête canadienne a même démontré que la lecture effectuée à la maison en compagnie des parents était le seul facteur d’amélioration des résultats scolaires au primaire, les devoirs ayant peu d’effet à ce stade.D’où la nécessité de s’y mettre au plus tôt.CAROLINE MONTPETIT ire aux enfants est nécessaire, voire primordial, et ce, dès le plus jeune âge.Au moment où un enfant entre à la maternelle, soit à l’âge de cinq ans, on attend déjà A de lui, sans qu’il sache lire, qu’il ait un bon vocabulaire et que l’écrit lui soit familier, qu’il puisse déter-• miner si un livre est à l’envers, qu’il 'connaisse ses couleurs et certaines lettres, et qu’il puisse reconnaître les chiffres de un à dix et en connaître le ¦sens, explique Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fonda-lion pour l’alphabétisation du Québec.> «La société change à une vitesse exponentielle», dit-elle, précisant qu’il y a seulement quelques décennie^ le Québec n’avait même pas de ministère de l’Éducation.Et les attentes envers ses membres se transforment de la même .façon.Désormais, on dit qu’un adulte, pour être ^fonctionnel, doit avoir des aptitudes de lecture de niveau 3, c’est-à-dire qu’il doit pouvoir lire de fa-çon quotidienne, pouvoir tirer d’un texte l’infor- mation principale et la reformuler dans ses mots, pouvoir passer par-dessus un mot de vocabulaire qu’il ne comprend pas sans pour autant perdre le fil du texte.«C’est l’équivalent d’une bonne 5' secondaire», dit-elle.Or Mme Perreault fait un lien direct entre les 29 % de décrocheurs québécois du secondaire et les 35 % d’enfants qui sont identifiés comme «vulnérables», en ce qui concerne la maturité scolaire, dès leur arrivée en maternelle.«C’est prouvé qu’à l’âge de huit ans un enfant [potentiellement décrocheur] a déjà décroché mentalement.Il attend simplement le moment où il pourra le faire.Essayer de raccrocher les enfants à l’école à l’adolescence, c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois», dit-elle.Intervenir très tôt Pour «raccrocher» les jeunes à l’école, il faut intervenir beaucoup plus tôt, dès la première année de vie.Il faut prendre les enfants sur nos genoux quinze minutes par jour alors qu’ils sont tout petits et leur faire découvrir les joies de la lecture, pour le simple plaisir.Car un enfant qui sait lire n’est pas nécessairement un enfant qui aime lire.Et certains enfants qui ont appris à lire tôt ne sont pas devenus systématiquement des mordus de lecture, dit Patricia Bossy, directrice de l’organisme JAME, pour J’apprends avec mon enfant, qui offre des séances de lecture bénévoles à la maison, auprès d’enfants éprouvant des difficultés en lecture.«On vise beaucoup plus que le simple décodage des livres, ajoute-t-elle.On fait une énorme différence entre savoir lire et aimer lire.Il y a beaucoup d’adolescents tout à fait compétents en lecture mais qui décident de décrocher de l’école.» La lecture, poursuit Maryse Perreault, c’est la porte d’entrée dans le monde de l’abstraction, comme dans celui de la connaissance en général.Aussi, un enfant dont le premier contact avec l’écrit se déroule à l’école, dans un contexte disciplinaire, peut complètement passer à côté de l’apprentissage du bonheur de lire.Lorsque le groupe JAME établit un contact avec une famille nécessitant un soutien à la lecture, il incite celle-ci à s'inscrire à la bibliothèque de son quartier.«Ce qu’il faut faire, tout le monde peut le faire», écrit Dominique Demers dans son livre Au bon- heur de lire.Comment donner le goût de lire à son enfant deO à 8 ans, qui vient de paraître chez Québec Amérique.Parmi les dix raisons que l’auteure évoque pour donner le goût de la lecture aux enfants, on trouve les suivantes: «lire rend heureux», «lire rend plus libre et plus puissant», «lire libère l’imaginaire», «lire est thérapeutique», «les livres nous ouvrent au monde» et «lire mène à écrire».Pour que notre enfant aime lire, multiplions les rencontres de ce dernier avec les livres, lisons en sa compagnie pour donner l’exemple, choisissons des livres qui lui plaisent, choisissons des livres qui nous plaisent aussi, écrit Dominique Demers.Ce n’est pas le choix qui manque.Au Québec seulement, le quart des livres publiés s’adressent aux enfants, ajoute-t-elle.Quand l’organisme Communication jeunesse, qui fait la promotion de la littérature québécoise pour la jeunesse, a été fondé, en 1971, il n’y avait qu’une dizaine de titres québécois publiés dans ce rayon.Or, l’an dernier seulement, l’organisme a reçu 645 titres, explique Johanne Gaudet, directrice de l’organisme.C’est sans parler de la panoplie de magazines qui leur sont adressés.VOIR PAGE F 3: BONHEUR Lire ce qu’on veut, c’est aussi un apprentissage de la liberté Le Congo de tous les dangers Une grande reporter sur les traces d’un officier congolais l'KOKO KHI/ !,K DKVOIR Lieve .loris CAROLINE MONTPETIT Cy est une grande reporter qui ne ménage pas son temps et son énergie.Pour comprendre un pays, elle y passe plusieurs années, suit des personnages, s’attache à leur destin.Écrivaine néerlandaise d’origine belge, Lieve Joris a passé plusieurs années au Congo, y est restée au plus fort de la guerre.Elle a sillonné le pays de long en large, lui a consacré plusieurs livres.Dans le dernier à être traduit en français, L’Heure des rebelles, publié chez Actes Sud, elle suit le parcours d’un officier supérieur, ici rebaptisé du nom fictif d’Assani, né dans les hauts plateaux et descendu étudier en ville avant de devenir rebelle, puis de prendre part au gouvernement d’union formé sous la pression de la communauté internationale en 2003.Assani, Lieve Joris l’a rencontré en 1998, alors qu’elle couvrait un procès militaire dans le sud du pays.«Entre 1998 et 2004, j'étais dans sa vie, je l’ai suivi, dit-elle, de passage à Montréal après un séjour à Toronto dans le cadre du festival littéraire de Harbour-front.J’ai essayé de comprendre d’où il venait, qui il était.C’est un personnage par lequel je peux raconter l’histoire du Coygo contemporain.» A cette époque, c’est un vent de l’Est qui souffle sur le Congo.Laurent Kabila vient de prendre le pouvoir à Mobutu, avec l'aide du Rwanda et de l’Ouganda.«Je suis arrivée le jour où Mobutu venait de fuir; Kabila n’était pas encore dans la capitale», se souvient-elle.C’était en 1997, elle revenait alors au Congo après 11 ans d'absence.«Ce vent qui soufflait de l’Est apportait de bonnes choses.On disait: “À l’est, il y a le Rwanda, il y a de la discipline, les gens ont plus le sens de l’État.” En même temps, ces gens avaient le sens des choses dures, des gens qui n’ont pas de pitié, qui tuent.Mais surtout, on mêlait les Tutsis du Congo, comme Assani, et les Tutsis du Rwanda.Tout cela s’était mélangé.» Un vent de l’Est souffle sur le Congo.Laurent Kabila vient de prendre le pouvoir avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda Assani, le personnage principal de L’Heure des rebelles, est né au Congo, dans les hauts plateaux, parmi une communauté d’exilés du Rwanda qui s’y sont installas au milieu du XIX' siècle.Élevé dans les pâturages, le jeune homme n’apprendra d’ailleurs qu’il est tutsi qu’au moment où il descendra en ville pour y poursuivre des études.«Il y a des Juifs qui m’ont dit cela aussi, explique Lieve Joris.Des Juifs qui étaient aux Pays-Bas et qui m ont raconté que quelqu’un leur a dit un jour “Vous êtes Juifs.” Assani, il est devenu tutsi parle regard des citadins sur lui.» Histoires superposées Ces Tutsis des hauts plateaux congolais, qu’on appelle aussi les Banyamulenge, se mêleront aux VOIR PAGE F 2: CONGO I) K V 0 i R S A M E I) I I) I M A N C H Ë M A R.S 2 0 0 9 LIVRES ROMAN QUÉBÉCOIS Le dompteur de livres SUZANNE (GUERE Ce qui frappe le plus dans Le Marais, c’est le sentiment de tristesse, de mélancolie et de désolation qui se dégage des premières pages.Un jeune homme las d’une fatigue centenaire s’enlise dans sa vie entre une saule pleureuse impossible à consoler, un gamin enjoué, une luciole charmante, des grenouilles, des oiseaux de fer, de la vase, de la brume et une maison avec des trous bouchés par des livres.Le jeune homme à la tête d’outre-tombe semble condamné malgré lui à sa propre destruction.Le récit raconte la lente dégradation de Paul, ancien pianiste de jazz, convié à d’heureuses rencontres (l’ami «dompteur de livres» qui rêve d’écrire un Traité d’aéronautique littéraire, Lucie la luciole, véritable étincelle de vie) mais qui glisse inexorablement sur la réalité en subissant une perte progressive de ses points de repère.A la fin du roman, un livre plane au bout d’une ficelle, et monte, monte, monte.Paul lâche la corde et le livre rejoint un vol d’outardes.Il a soudain le bonheur pressé.Après les Gymnopédies de Satie, les Jeux d’eau de Ravel, les Nocturnes de Chopin, le 3' concerto de Rachmaninov, un piano joue des ragtimes.Vivre est de nouveau possible.Allégorie sur la mélancolie, à la fois doucereuse et paralysante, et sur le courage de briser son étau, Le Marais flirte délicieusement avec la poésie, la dérision et parfois la cruauté.La poésie est très liée aux couleurs, aux textures et aux reflets.Le marais aux reflets violâtres et verdâtres s’illumine au fil du récit de bleu, d’oranger, de pourpre, de pervenche, de jaune vif et de blanc.Le livre sent, un peu comme le célèbre Parfum de Suskind.Des odeurs d’amers cépages se mêlent à celles du tabac, de la sueur et des parfums de femmes au cours de carnavalesques vendanges.Le roman zigzague entre le fantastique et parfois l’horreur.Une voisine accroche ses chats sur la corde à linge, un vagabond est aspiré par une bouche d’égout, Paul se fracasse la tête en tombant et ouvre sa boîte crânienne avec ses mains.Dans cet univers étrange où les livres volent, d’autres planent, gonflés d’orgueil, trop sûrs d’eux-mêmes avant de buter contre les murs et de s’aplatir au sol; on ne sait où commence le rêve et où finit le réel.Tout semble vivre par la force des mots.L’écriture est très économe, les mots portent, leur musique obsède.Dans ce roman qui a pour ESPACES ET LIEUX PRÉCAIRES Montréal, ses lieux précaires, sites de traduction et de conflits de langues.Causerie avec Simon Harel Professeur à l’UQAM, et auteur notamment de : Espaces en perdition.Les lieux précaires de la vie quotidienne (PUL) et Sherry Simon Professeure à Concordia, elle vient de publier : Traverser Montréal.Une histoire culturelle par la traduction (FIDES).Élisabeth Nardout-Lafarge Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada et de la Sodée SPECTACLE SOLO consacré à Christiane Singer avec "7 O /?jZ-SUZ-t t-ÇrtT.û€- j/ SI JJ J* f’.fr.Derniers fragments Cf lCX-JtlCf Productions et Jules à mes côtés.Mardi 17 mars 2009 à19h00 à la Librairie Monet Billets 15$ Membres Carte LÉA 8$ Réservations 514.337.4083 VA Aux Galeries Normandie 2752, rue de Salaberry Montréal H3M 1L3 CLAUDE DALLAIRE Le Marais est le premier roman de Richard Dallaire.originalité de recycler du fantastique et du conte en les balançant dans un univers contemporain décrit sur un ton réaliste, un seul bémol: la cascade de clichés qui appesantit ce texte si singulier dans lequel les émotions se répondent, la légèreté fait contrepoint à la gravité et l’émerveillement, à la tristesse.Originaire de la ville de La Baie et maintenant résidant de Québec, Richard Dallaire par- tage sa vie depuis plus de dix ans entre l’intervention sociale et l’écriture.Le Marais est son premier roman.Collaboratrice du Devoir LE MARAIS Allégorie d’une existence PARTIELLE Richard Dallaire Editions Sémaphore Montréal, 2009,152 pages L’apprentissage de la liberté CHRISTIAN DESMEULES Un jour de l’hiver 1948, le narrateur de La Bohème s’embarque comme homme à tout faire sur un «Liberty ship» à la destination inconnue (un de ces cargos construits en série aux Etats-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale pour le ravitaillement des forces alliées, puis reconvertis dans le transport des marchandises).Il espère vaguement rejoindre l’Europe, quitter ce «pays mort» où ne poussent que «des regrets et des désirs de fuite».Il avait 17 ans.La même année, Borduas publiait le manifeste Refus global.Deux ans plus tôt, Riopelle avait lui aussi fait sa première traversée de l’Atlantique à fond de cale d’un «navire de la liberté» comme palefrenier.«Le pavillon à la poupe affichait une demi-lune et des étoiles, et sur la paroi rouillée le nom du port d’attache, un nom aux promesses fabuleuses sous un tissu en lambeaux.» Southampton, Londres, Ostende, Bruxelles, Paris, Trois-Rivières, Malaga, Tanger, les îles anglo-normandes: La Bohème, le cinquième roman de François Moreau, Québécois né en 1930 qui a passé la plus grande partie de sa vie en Europe, nous livre le récit romancé d’une existence précaire mais insouciante.Les années de galère comme journaliste de bas étage, rabatteur de potins, les plaisirs faciles et sans lendemain, le début mais aussi la fin d’une brève carrière de dramaturge.Aux promesses fabuleuses et encore floues {«je me rendais où mille diables m’emportaient», dira-t-il) se substituent des années de galère, de vache maigre, mais aussi d’amourettes et d’insouciance parfaite.Ni parents, ni amis, rien ne semble freiner le narrateur, François, dans sa jouissance éperdue de la liberté parisienne, de ses «cafés tapageurs» (Rimbaud) et des femmes qu’on y rencontre.Vie de bohème De façon imperceptible, toutefois, sa bohème européenne se mue en survie pénible, en sur-place, puis en une sorte de fuite en avant, un sauve-qui-peut qui se colore aussi lentement d’un certain désespoir.Car le roman se fait également l’écho de «la fin d’un monde».De Paris qui se relève, des cafés aimés qui s’embourgeoisent, de la misère qui devient peu à peu moins palpable.La bohème de l’immédiate après-guerre aura fait son temps.Et tandis que le rideau tombe lentement sur cette vie de bohème, François sera la proie de son désir obsessionnel pour une belle Anglaise rencontrée à Paris, Monica, condamnée sans qu’il le sache vraiment — ou sans qu’il veuille le voir — par la maladie.Jalousies, rupture, drame, regrets.Rattrapé malgré lui par l’amour dans sa course aveugle vers la liberté, l’homme réalisera ce qu’il n’avait jusque-là jamais compris, à savoir «qu’il n’existe qu’une seule femme et un seul homme, les mêmes, toujours, sous les masques trompeurs et sous ces petits airs qu’on se donne pour se sentir différent des autres.» Collaborateur du Devoir LA BOHÈME François Moreau Triptyque, Montréal, 2009,189 pages CONGO « Le Congo, en fait, c’était une invention coloniale SUITE DE LA PAGE F 1 Rwandais, qui mèneront ensuite la guerre contre Kabila à partir de 1998, pour maintenir leur pouvoir sur la région.C’est un peu l’histoire du Rwanda qui se superpose ici à celle du Congo.«L’histoire du Congo aujourd’hui, c’est l’histoire du Rwanda», reconnaît-elle, ajoutant que la guerre qui est aujourd’hui terminée au Rwanda se poursuit toujours de l’autre côté de la frontière, en territoire congolais, y alimentant d’autres conflits.«La guerre du Rwanda s’est déplacée au Congo», constate-t-elle.Pour Lieve Joris, le Congo est un pays encore à naître.«Le Congo, en fait, c’était une invention coloniale; c’est un pays qui est en train de devenir un pays.» Elle raconte par exemple que, pour un citadin de Kinshasa, les hauts plateaux de l’Est sont très loin.Tellement loin, faute de routes carrossables, de fleuves navigables, ou encore de bateaux ou d’avions en état de voyager, qu’il n’arrive pas à les localiser.«Beaucoup de gens ne connaissent pas leur pays», dit-elle.Des Congolais de Kinshasa croiront, par exemple, que Muyembe, la capitale des hauts plateaux, est effectivement une ville rwandaise.Cet Etat vaste et riche, où l’on trouve tant des diamants que du cobalt, de l’or que du cuivre, est aussi la proie de divers aventuriers qui visent à y faire un peu d’argent sans essayer d’y construire quelque chose.«C’est un pays qu’on ne va jamais laisser seul», dit-elle, avant d’ajouter que «les Blancs dans ce pays ne sont pas des gens en train de LIEVE JORIS L I leure des rebelles M.n.S St I) i AVI.M l RI construire et d’aider le pays à devenir.Très souvent, ce sont des gens venus pour prendre, comme à l’époque de Léopold II au XIX siècle.Les gens partaient là-bas pour les comptoirs et pour s’enrichir en peu de temps».Si on vient y faire un peu d’argent, on risque aussi d’y mourir.«La violence était cyclique — il n’avait jamais rien connu d’autre, écrit-elle en début de son livre au sujet de son personnage Assani.Il y avait toujours eu la guerre.» Lui reste-t-il de l’espoir pour ce pays en devenir?«Je ne suis plus pressée, répond-elle.Et depuis que je ne suis plus pressée, cela va mieux.» Le Devoir L’HEURE DES REBELLES lieve Joris Actes Sud Paris, 2007,303 pages wwi * aunt i* r* L'OMS Hf IT- ÏT *¦« SKïnci ««MAI* de la Grande Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux otheque Rencontre avec l’écrivaine Évelyne de La Chenelière animée par Aline Apostolska Auteure et comédienne de théâtre, Évelyne de La Chenelière est reconnue au Québec ainsi qu’à l’étranger grâce à ses pièces fort originales, traduites en plusieurs langues.Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains d’ici et d’ailleurs.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque e mardi 10 mars 200 Je 12 h 30 à 14 h 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal 4.0® Berri-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 000 363-9028 Entrée libre www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales Québec «n «MC C U LE DEVOIR.LES SAMEDI 7 ET DIM A X (' Il E K M A R S 2 O O !) LITTERATURE À Danielle Laurin L’intruse CM est un livre à deux * voix.Celle d’une mère et celle de sa fille.Une mère écrivaine, aujourd’hui tombée dans l’oubli, Monique Larouche-Thibault.Et sa fille journaliste, chef d’antenne à TVA, Sophie Thibault Entre les deux: la maladie.La maladie dont a souffert pendant plus de 50 ans Monique Larouche-Thibault «A vingt ans je trébuchais, à trente je claudiquais, à quarante j’an-kylosais et, à cinquante ans, seul un fauteuil roulant me procurait une sensation — bien illusoire — d’équilibre.» Le diagnostic est tombé quand la petite Sophie, aînée d’une famille de deux enfants, avait 10 ou 11 ans: sclérose en plaques.«Implacable saloperie», commente celle qui a grandi dans la culpabilité mais aussi dans la colère, l’exaspération d’avoir à ses côtés cette mère souffrante: «Tu mesemblais bien gauche, maman, lasse et mélancolique.» C’est un livre-témoignage, un livre-thérapie.Où chacune de son côté se vide le cœur, règle ses comptes, raconte sa vie.Pas un chef-d’œuvre littéraire, d’accord.Des longueurs, des redites, des détails qu’on pourrait juger inutiles.Ce qui n’exclut pas un vrai talent des deux côtés.Même s’il est difficile, dans le cas de Monique Larouche-Thibault, de savoir ce qui est vraiment de son cru dans Telle mère, quelle fille ?.Si elle a signé dans le passé trois romans et de nombreuses chroniques d’humeur dans les médias en tapant avec un doigt sur le clavier, sa santé déclinante l’a contrainte ici à faire appel à un rédacteur.Quant à Sophie Thibault, elle assume complètement ses écrits.Et confie avoir pris un plaisir immense à jongler avec les mots: «Je suis depuis longtemps habitée par l’attrait d’aller au-delà des formules toutes faites de la femme-tronc qui se présente au petit écran tous les soirs.» Ça lui réussit De belles envolées, des images fortes.Des passages cruels, déchirants.De l’humour, par moments.De la vivacité, tout plein.Et une sensibilité à fleur de peau.Rien à voir avec le style journalistique, le masque impassible de la neutralité présenté chaque soir à la télé.C’est peut-être ce qui étonne le plus: à quel point une figure publique telle que Sophie Thibault accepte de se dévoiler, de dire sans fard ce qu’elle a dans les tripes.Dans l’ensemble: un ouvrage extrêmement touchant.Où les auteures ont pris d’abord et avant tout le pari de la franchise, de l’honnêteté.Au risque de provoquer un malaise chez les lecteurs et d’attiser leur côté voyeur.L’histoire de la mère, comme telle, a de quoi fasciner.Et de quoi faire pleurer.Enfant malaimée, terrorisée par sa mère froide, autoritaire, «adepte des taloches», Monique a lutté toute sa vie pour savoir qui elle était, pour exister aux yeux des autres.On pense, par moments, en lisant ses confidences, à la biographie de Janette Bertrand parue il y a quelques années.Même manque d’amour.Même époque aussi, où les femmes vivaient dans la peur du péché, n’existaient socialement qu’à travers le statut de leur mari.Quand Monique Larouche épouse Marc Thibault, elle voit en lui son sauveur, son héros.Elle, petite chose qui n’a aucune confiance en elle, qui se trouve nulle, qui se déprécie constamment, aimée par un homme comme lui?Elle ne s’est pas trompée: une fois la maladie installée, il devient son chevalier servant Et c’est lui, directeur de l’information à Ra-dioCanada, qui toute sa vie assumera les tâches du ménage.Lui, l’ex-jésuite, le «saint-parfait».Elle lui en voudra, à son homme, pourtant.Lui reprochera d’être «contrôlant».L’accusera de lui avoir volé son rôle à elle, d’avoir accaparé ses enfants.Elle se montrera jalouse, difficile, impossible.Sa seule porte de sortie, tandis que la maladie, «cette bouffeuse de terminaisons nerveuses», gagne du terrain et lui empoisonne de plus en plus la vie: l’écriture.Aussi, quand est arrivé le projet d’écriture à deux voix avec sa fille, Monique Larouche-Thibault qui n’avait rien écrit depuis 20 ans, a sauté sur l’occasion.Elle n’a pas vu le résultat final: elle est morte l’automne dernier, deux ans après son mari.Mais elle a eu le temps de donner son imprimatur à l’ouvrage.Même si les propos qu’y tient sa fille l’ont parfois frit réagir violemment Car elle n’y va pas de main morte, Sophie Thibault, quand elle parle de sa mère.Une mère pas comme les autres, «avec ou sans sclérose», dit-elle.Une mère séductrice, manipulatrice.Une mère-enfant, avide d’amour, égocentrique.A propos de l’étrange dynamique entre ses parents, la journaliste demeure perplexe.«D’un côté, le père qui ne se plaint jamais, qui semble sacrifier sa vie pour sa femme, qui lui pardonne Vous voulez être au courant de l'actualité littéraire?Abonnez-vous à Lettres québécoises • Entrevues, portraits d’auteurs • Critiques et comptes rendus de romans, d’essais, de recueils de nouvelles et de poésie 1 an / 4 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 25$ Canada 35$ Étranger 35$ Étranger 40$ 2 ans / B numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 45 $ Canada 65 $ Étranger 65 $ Étranger 75 $ 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65 $ Canada 95 $ Étranger 95$ Étranger 110$ Les prix sont toutes taxes comprises et sont sujets à changement sans préavis.Ville Code postal Tél.Courriel Ci-joint O Chèque 0 Visa O Mastercard N" Expire le Signature Date Devoir retournera: Lettres québécoises C.P.48058, suce.Bernard, Montréal (Québec) H2V 4S8 • Téléphone : 1-866-992-0637 info(5)lettresquebecoises.qc.ca • www.lettresquebecoises.qc.ca tout.De l'autre, la mère qui multiplie les grief.» Pendant longtemps, la jeune fille s’est cherchée.Angoissée par la mort habitée d’un profond sentiment de culpabilité, elle a multiplié les thérapies, les errements de toutes sortes.Elle a même connu une phase ésotérique.Elle en a mis du temps, après un bac en psycho, à suivre les traces de son héros, son modèle, et à se lancer dans le journalisme.Puis, après la mort de son «père-mère», devant sa mère dépendante, exigeante: «Vais-je devenir son mari en jupe, sa tutrice, sa protectrice?» La fille vide son sac.«Cest cette satanée sclérose qui a pris toute la place.Je suis fatiguée d’être ta mère, ta secouriste, ta soignante.» Elle reproche à sa mère d’avoir utilisé la maladie comme refuge, d’avoir été centrée uniquement sur ses propres besoins, sans aucune considération pour sa souffrance à elle, pour la peine immense, le vide qu’elle ressent depuis que son père n’est plus là Elle reproche aussi à cette femme clouée dans son fauteuil roulant de ne tolérer aucune critique.Et elle se reproche à elle-même d’être peut-être allée trop loin: «Qui oserait parler franc à une mère handicapée?» Elle va loin, en effet, Sophie Thibault dans ce livre.Très loin dans le ressentiment, la révolte.Mais aussi dans la tendresse, l’attachement, l’amour qu’elle ressent pour sa mère.Contradictoire au possible, Telle mère, quelle fille?Puissant, unique, comme document Collaboratrice du Devoir TELLE MÈRE, QUELLE FILLE ?Sophie Thibault Monique Larouche-Thibault Editions de l'Homme Montréal, 2009,288 pages LITTERATURE JEUNESSE Tâte-moi cette leçon CAROLE TREMBLAY Il y a deux ans, la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, proposait aux enfants Crad’Expo, une exposition interactive ludo-immonde sur le corps humain.On pouvait y lancer des balles dans des narines géantes jusqu’à ce que le nez nous les renvoie dans un éternuement magistral, grimper sur un mur d’escalade dont les prises étaient des verrues et autres furoncles ou activer un rot en faisant boire un soda à un automate à l’aide d’une manivelle.Un tas de trucs et de machins rivalisaient d’ingéniosité pour nous faire comprendre les mécanismes du corps humain, en soulignant généreusement leur aspect répugnant.Les enfants en redemandaient.Le Livre des miam, glourps, glou, plop! et Le Livre des hic, snif atchoum, boum-boum!, deux ouvrages animés publiés par Gallimard jeunesse, découlent un peu de la même idée.On tire des languettes, on tourne des roulettes, on soulève des volets et on apprend toutes sortes de choses sur les crottes de nez et le vomi, mais aussi, tandis qu’on y est, sur la digestion en général, l’absorption des nutriments et l’évacuation des déchets, la composition du sang et la physiologie des veines et des artères.Une image vaut peut-être mille mots, mais quand elle est dotée d’une troisième dimension, on dirait qu’elle en gagne encore quelques-uns.Les illustrations aux couleurs vives et pleines d’humour de Nick Shar-ratt accompagnent des textes simples et clairs, tout à fait adaptés aux enfants.Chaque double page offre des explications intéressantes sur un phénomène biologique particulier, un truc à manipuler, une capsu- le d’information dégoûtante et un rabat permettant, entre autres choses, d’identifier ce qui apparaît sur la photo horrible qu’on voit à travers la loupe (une bactérie, les cils des voies respiratoires ou une image de la paroi de l’estomac.).Bref, le parfait manuel pour apprendre à jouer au docteur.Collaboratrice du Devoir LE LIVRE DES MIAM, GLOURPS, GLOU, PLOP ! Texte: Steve Alton; illustrations: Nick Sharratt Gallimard jeimesse, 12 pages A parti-de 6 ans LE LIVRE DES HIC, SNIF, ATCHOUM, BOUM-BOUM Texte: Steve Alton; illustrations: Nick Sharratt Çallinard jeunesse, 12 pages À partir de 6 ans BONHEUR Pourquoi les papas ne raconteraient-ils pas eux aussi des histoires ?SUITE DE LA PAGE F 1 lire ce qu’on veut, c’est aussi un apprentissage de la liberté.Si on dit que les garçons lisent moins que les filles, c’est peut-être parce qu’ils ne s’intéressent pas nécessairement à ce qu’on voudrait qu’ils lisent.«Les garçons — et les hommes en général — préfèrent souvent la non-fiction, les ouvrages documentaires par exemple.Toutefois, ces livres peuvent être aussi bien écrits et aussi stimulants qu’un grand roman», écrit Dominique Demers.LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.ALEXANDRE LAZARIDÈS Adieu, vert paradis n roman riche et intense qui met peu à peu en lumière une difficile reconquête de soi par la mémoire et la parole.vlb éditeur Une compagnie de Québécor Media «Si on compare la littérature à l’amour, ajoute-t-elle, on ne doit pas s’étonner que les choix des garçons diffèrent autant de ceux des filles.Assurons-nous que les modèles de lecteurs ne soient pas exclusivement féminins.Est-ce toujours maman qui raconte des histoires avant le dodo?Les papas sont pourtant formidables pour imiter la voix du gros méchant loup!» Le Devoir l)oniiitu|tit' I )i nu-r* AU BONHEUR DE LIRE C LIVRES littérature française ROMAN ÉTRANGER Cahiers des charges GUY LA 1 N E MASSOUTRE Quels rapports entretiennent l’écriture littéraire et l’action?Pour Pierre Bergounioux, militant de gauche et qui le demeure, l’essentialisme et l’autarcie littéraires ne sont qu’aveugle-ment coupable aux luttes capitales de l'expérience humaine.11 y revient donc dans Agir, écrire, un essai consacré à Faulkner.Pour l’essayiste, l’humanité faulknérienne demeure le chef-d’œuvre peint d’une civilisation qui condense l’histoire européenne, après avoir imposé sa brutalité propre, ses compromis indigènes, instables, sur le grand espace vidé et «ruralisé» de l’Amérique.Outre Faulkner, Stendhal, Flaubert et d’autres grands du XIXe sont relevés dans «le tourbillon redoutable» qu’ils ont saisi de la communauté du travail.Bergounioux les relit, emporté par «la dynamique du vécu», inconstante mais omniprésente chez ces romanciers sociaux.Et du tumulte de l’Américain, il retient un sens du concret inégalé dans la littérature française.Sa préférence de lecteur le porte jusqu’à The Reivers (Les Larrons) , ultime roman datant de 1961, dans lequel Faulkner remet la prolétarisation du monde agricole à la conscience émouvante d’un garçon de 11 ans.Luttes politiques et autres Plus engagé, un autre cahier composé de cet agir et écrire, Écrits politiques 1953-1993 de Blanchot, revient, augmenté de quelques inédits, sur des tournants historiques: antigaullisme, luttes anticoloniales et Mai 68.Comment ce penseur, politique refusant les systèmes, conçut-il l’engagement et la justice?Après quelques errements d’avant-guerre, Blanchot incarne le refus de De Gaulle et la rigueur d’un militant de gauche.Principal rédacteur du fameux Manifeste des 121, réédité ici, il a fait acte d’insoumission sans se leurrer sur les pouvoirs de l’écrivain.Un dossier accompagne ce texte courageux, dont une entrevue censurée et ses réponses au juge devant lequel cette responsabilité lui a valu d’être déféré.En tournant les pages, on retrouve Mascolo et Duras, la NRF contre la guerre d’Algérie, Sartre et Levinas.La nécessité d’une «critique totale» qui en a découlé n’a pas fini de ressaisir la littérature qui conteste l’ordre établi.Que signifiait donc cettp «responsabilité littéraire»?A l’époque, on voyait déjà la dissonance de l’acte littéraire dans l’agir politique, et la Revue internationale voulut l'amoindrir.Vint Mai 68.Si Blanchot demeura fidèle aux idées marxistes, il ne suivit pas le soutien des intellectuels aux Palestiniens.Il s’en est expliqué avec une lucidité très actuelle, dans sa défiance envers les affirmations universelles, car la littérature a le pouvoir de les détruire quand elle réfléchit à la liberté.En 2002, Blanchot signait l’appel contre la guerre en Irak.«La culture est le lieu où le pouvoir trouve toujours des complices.Par DIDIER PRUVOT © EDITIONS FLAMMARION Petr Krâl le moyen de la culture, il récupère et réduit toute parole libre.Lutter contre cette complicité de la culture; montrer qu’il y a dans la culture un rapport de possession par le sens et un usage des forces répressives fonctionnant indépendamment du jeu social.» Celui qui dénonçait les silences de Heidegger, son refus à Celan de demander pardon, a signé un devoir responsable de l’écrivain à ne jamais collaborer.Qu’en est-il du temps littéraire ramené au corps?Petr Krâl, surréaliste né à Prague en 1941, vivant à Paris depuis 1968, donne sa prose d’inspiration prous-tienne à son Vocabulaire.Somme de brefs moments, lignes aphoristiques ou double page dense, ce recueil collectionne les instantanés, l’amitié, les rêves, menus trésors de l’accord entre soi et l’instant.A l’entrée «La réalité», on lit: «On ne cesse de chercher la réalité dans la distraction générale [.].On prend parfois pour une trace jusqu'au bruit du marteau qui, à proximité, s’est mis à battre on ne sait quel bout de tôle; mais on a tourné à peine la tête vers lui que, déjà, on entend que chaque nouveau coup repousse seulement les choses plus au bord, vers un horizon distant.» Silence habité, immobilité inquiète, le monde requiert une surveillance.Cette sensibilité surréaliste s’accompagne de photographies signées Leonardo Cremonini, étranges désirs fantasmés du goût de Pascal Quignard.Ainsi, les mots concrets courtisent le baroque, le peu, l’humeur, le bruit, la trouvaille.La chair sous la neige, les enseignes, le métro, tel quartier font le cœur d’une fête qui donne aux graphomanes des lieux une plume gracile.Mais, sous la mécanique, la captation distraite des demi-teintes chatouille la conscience.Collaboratrice du Devoir AGIR, ÉCRIRE Herre Bergounioux Fata Morgana Paris, 2008,100 pages ÉCRITS POLITIQUES 1953-1993 Maurice Blanchot Gallimard Paris, 2008,269 pages VOCABULAIRE; PROSES Petr Kràl Flammarion Paris, 2008,234 pages LITTÉRATURE CANADIENNE De sauvagerie et de confins CHRISTIAN I) E S M E U L E S Voici une histoire de sauvagerie.De sauvagerie et de confins.Prenant sa source d’un fait historique — le massacre par des miliciens mormons en 1857, à Mountain Meadows, dans le sud de l’Utah, d’une caravane de 120 émigrants, hommes, femmes et enfants, se rendant en Californie —, le deuxième roman de la Canadienne anglaise Alissa York nous plonge dans l’existence d’un propriétaire de ranch mormon, polygame, éleveur de chevaux et grand chasseur sur le déclin.D’abord traduit et édité en France chez Joëlle Losfeld, puis publié ici sous les couleurs d’Alto, Effigie d’Alissa York, roman fort construit à la manière d’une mosaïque, nous ouvre les portes d’un monde refermé sur lui-même, posé au milieu d’un horizon immense, étouffant de possibilités refoulées.Au cœur du roman, on trouve quatre épouses qui cohabitent tant bien que mal dans la grande maison du «Père», soumises à la loi de l’homme, et qui s’observent comme des animaux de faïence.L’écriture d’Alissa York, organique et attentive aux sensations, nous permet de mesurer les tensions impalpables entre ces quatre femmes très différentes — mère, putain ou femme enfant.Parmi celles-ci, Dorrie, «l'enfant-épouse» rescapée du massacre, est avant tout une habile taxidermiste mariée à l’âge de 13 ans avec le vieil Erastus, ébloui par ses talents.Quand l’homme à la vue défaillante, accompagné dans D'IMAGINAIRE Les études de 2e et de 3e cycles en lettres à l'Université du Québec à Rimouski Pour la création, l'enseignement et la recherche.www.uqar.ca/lettr6S | info.sup@>uqar.ca UQAR Rimouski | Lévis ses expéditions de chasse par son indispensable guide amérindien, rapportera un jour une famille complète de loups que Dorrie devra empailler, le vernis du quotidien commencera à craquer.Violence contenue Car lorsqu’elle cède au sommeil, ivre de fourrures et de chairs mortes, Dorrie devient la proie facile du souvenir confus du massacre dont elle a réchappé, de fantasmes désordonnés et de tout un inconscient qui cherche à poindre.Le lent et sensuel rapprochement avec un garçon d’écurie engagé à la ferme viendra élargir la fissure.Avec beaucoup de subtilité, mélangeant passages réalistes et oniriques, Alissa York parvient à parer Effigie de poésie de l’Ouest et d’une remarquable animalité souterraine.Une aptitude à exprimer la violence contenue et l’exploration des profondeurs de l’âme déjà à l’œuvre dans Amours défendues (Joëlle Losfeld, 2007).Collaborateur du Devoir EFFIGIE Alissa York Traduit de l’anglais (Canada) par Florence Lévy-Paoloni Alto, Québec, 2008,607 pages CLAUDE C0SSETTE ETHH PUBLICITE ' ' i LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL • www.pulayal corn L’horreur totale MICHEL B É LAIR Ce n’est pas vraiment un polar.Une enquête à classer plutôt parmi les «œuvres sérieuses» de Henning Mankell.Comme le déchirant Tea Bag, qui raconte «l’invisibilité volontaire» des illégaux africains réfugiés en Suède.Ou encore Profondeurs, ce puissant roman de passion ravalée sur trame historique paru l’an dernier, au Seuil toujours.Ici, le lecteur est plongé dans un «road book» tricoté serré entre la Suède et le Mozambique, avec escales un peu partout en Europe, et même en Australie.Sur fond de sida.Et plein de trucs dégueulasses à la clé.Tout tourne autour du personnage de Louise, une archéologue suédoise qui dirige des fouilles en Grèce.Alors qu’elle fait un saut en Scandinavie pour donner une conférence dans un colloque — sur l’oxyde de cuivre et le rouge caractéristique qu’il donne aux poteries antiques de la région d’Argos —, elle trouve son fils Henrik mort dans son lit.En pyjama.Suicidé, comme le démontre bientôt l’autopsie: surdose de somnifères.Elle n’y croit pas une seconde.Henrik dormait nu et n’avait jamais pris de médicaments ni de pilules d’aucune sorte.Louise regroupe bientôt tous les petits détails qui ne cadrent pas et comme l’archéologue qui sait analyser les tessons de poterie qu’elle vient de trouver, elle reconstruit, morceau par morceau, la mort de son fils pour parvenir à la comprendre.L’image est belle, efficace aussi.Louise nous amènera à travers le monde sur les traces d’Henrik et de ceux qui, elle en est persuadée, l’ont forcé à avaler des pilules parce qu’il savait trop de choses.Mais l’archéologue, la mère surtout saisira rapidement que son fils menait une vie qu’el-le ne connaissait pas.Une vie pleine de choses inexplicables, avec tout plein de voyages et de fric et d’appartements et des femmes aux quatre coins du monde, ou presque.Sa surprise sera totale, et sa vie, à jamais bouleversée.Celle du lecteur sera considérablement bouleversée aussi, parce que Mankell livre un roman très dur, presque désespéré.Un livre multiple, enrichi on le sent très vite de sa propre expérience directe du Mozambique — où il passe au moins la moitié de sa vie à diriger une compagnie de théâtre et une maison d’édition.Louise est un personnage tragiquement lumineux, un peu comme son fils Henrik, et l’on vivra intensément avec elle sa douleur et ses tiraillements sur la vie de couple ou sur les rapports réels entre les enfants et leurs parents.Sur l’horreur du sida aussi et de ce presque complot du silence — abordé déjà par John Le Carré dans La Constance du jardinier — autour des «recherches» et des «tests» effectués en Afrique pour certaines multinationales pharmaceutiques.Au-delà de tout cela, on retiendra d’abord que Le Cerveau de Kennedy est un livre de colère, un cri.Un des plus exaspérés et des plus percutants que Henning Mankell a lancés jusqu’ici.Le Devoir LE CERVEAU DE KENNNEDY Henning Mankell Traduit du suédois par Rémi Cassaigne Le Seuil Paris, 392 pages Henning Mankell Abonnez-vous et économisez jusqu'à 45 % du prix en kiosque ! Maint en kiosque n° 225, mars-avril 2009 Arts visuels • Bande dessinée • Cinéma Débats • Essai • Musique • Portfolios Psychanalyse • Roman • Théâtre ARTS LETTRES SCI DOSSIER : PHÉNOMÈNES CONTEMPORAINS DE LA CULTURE INUIT Le dossier que présente Nelly Duvicq en ces pages, « Phénomènes contemporains de la culture inuit », échappe et se tient loin des dérives de C« exotisme ethnographique » tout en s'appliquant à déconstruire certaines idées préconçues et à présenter un état des lieux (nécessairement incomplet) de la vie culturelle inuit contemporaine.Considérant à la fois les nombreux projets visant à protéger une pratique orale menacée et le « bouillonnement » dont témoignent les cultures circumpolaires depuis les dix dernières années, il importait de mettre en valeur, « sans les opposer», précise Nelly Duvicq, d'une part, la « préservation du patrimoine culturel véhiculé et transmis par les aînés » et, d'autre part, « la reconnaissance de la vitalité des nouvelles productions artistiques » qui font volontiers usage des nouveaux médias.Ce qui, dès tors, ressortira peut-être de ce dossier, c'est la reconnaissance que les Inuit, loin de tourner le dos à leur tradition ancestrale, s'approprient de « nouveaux vecteurs pour construire, déterminer et transmettre leur identité ».ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO : • Des portfolios consacrés aux artistes NICK SIKKUARK et STÉPHANE GILOT CONSULTEZ NOTRE SITE ET DÉCOUVREZ RADIO SPIRALE ! www.spiralemagazine.com Pour abonntmtnU et Informations i Manon Plante 514 934-5651 spiralemagazinetiPyahoo.com c Mc • me ¦ c ¦ c MK Bc LE DEVOIR, LES SA M E D I ET DIMANCHE S MARS 2 O O 9 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS La longue marche des femmes québécoises Louis Cornellier est l’une des qualités de la culture militante que de cultiver le souci de l’His-toire.Souvent exclus de l’Histoire officielle, les groupes revendicateurs (politiques ou identitaires) s’approprient ainsi un passé de luttes que certains veulent leur nier et ils se donnent, ce faisant, une inspiration pour la suite du combat Le féminisme québécois raconté à Camille, de Micheline Dumont s’inscrit dans cet esprit «Le féminisme québécois s’est renouvelé plusieurs fois en un siècle, écrit riiistorienne, et il semble bien qu’il soit à la veille d’une transformation de ses effectifs et de ses actions.Plus que jamais il faudra compter sur la jeune génération.Et elle pourra mieux agir si elle connaît l’histoire de cette lutte séculaire, si elle sait où trouver les informations indispensables.On l’aura compris, c’est l’objectif de ce récit adressé à Camille.» Vulgarisatrice hors pair, Micheline Dumont a trouvé le ton juste pour raconter la longue marche des femmes québécoises à sa petite-fille.Riche d’un luxe d’informations historiques essentielles présentées avec simplicité et enthousiasme, cet essai est le beau récit d’une conquête qui reste à parachever.Dans le Québec de la fin du XIX‘ siècle, les femmes sont exclues de l’éducation supérieure et subissent le «double standard» en matière de morale sexuelle: «Une jeune femme qui se marie doit être vierge.Un jeune homme qui se marie doit avoir de l'expérience.» Elles sont considérées comme des incapables devant la loi et ont perdu le droit de vote qu’elles avaient au début du siècle.Un peu partout dans le monde, elles commencent à s’organiser pour revendiquer leurs droits.En France, Alexandre Dumas fils, qui veut les ridiculiser, les qualifie de (féministes».Vers 1880, le terme sera récupéré dans un sens favorable par la militante Hubertine Auclert.Il désigne, dès lors, «l’ensemble des mouvements qui contestent la place subordonnée des femmes dans la sociëé et formulent des revendications pour défendre leurs droits».L’infériorité postulée des femmes, clament ces militantes, n’est pas naturelle, mais culturellement imposée.Les femmes ont droit aux études, au travail rémunéré, à l’autonomie juridique et au suffrage.Au Québec, ce sont d’abord des femmes issues de l’élite qui se lanceront dans la lutte.Elles s’appellent Joséphine Marchand-Dandurand et Marie La-coste-Gérin-Lajoie.Elles militent pour l’instruction supérieure des filles, la tempérance (pour contrer la violence faite aux femmes) et contre la mortalité infantile.Devant l’hostilité d’une bonne partie du clergé et de la société, elles doivent y aller douce ment.«Nous étions un tel objet de scandale, en certains milieux, expliquait Marie Gérin-Lajoie, que sans la sympathie que nous témoignaient l’évêque et quelques membres du clergé, nous aurions été mises au ban de la société.» Dans les années 1910, menées par Idola Saint-Jean, les militantes entreprennent la lutte pour le vote féminin.En 1913, dans Le Devoir, Henri Bou-rassa mène la charge contre elles en présentant le féminisme comme «une menace pour la famille et la civilisation canadienne-française».Deux ans plus tard, le ministère de l’Agriculture du Québec, pour leur faire contrepoids, fondera les cercles des fermières.En 1918, par opportunisme, mais tout de même, le gouvernement fédéral de Borden accordera le droit de vote aux femmes.Au Québec, God-bout fera de même en 1940.En France, elles n’obtiendront ce droit qu’en 1944.Stimulé par ces victoires difficilement arrachées, le mouvement des femmes ne désarmera plus.Suivront, jusqu’à aujourd’hui, les luttes pour l’amélioration de la condition des ouvrières (Léa Roback, Madeleine Parent) et des institutrices (Laure Gau-dreault), pour les allocations familiales, les droits civils des femmes mariées, la décriminalisation de l’avortement, la reconnaissance de la création artistique au féminin, la féminisation de la langue, les congés de maternité, la mise en place d’un réseau de garderies et plusieurs autres, dont le nécessaire combat contre la violence faite aux femmes.Les figures de Thérèse Casgrain, Claire Kirkland, Lise Payette, Mary Two-Axe Early et Françoise David appartiennent à cette histoire.Dans les années 1970 apparaît un féminisme radical «qui ambitionne de transformer la société» et qui tient souvent un discours très dur sur les hommes, qui tranche avec le féminisme réformiste «qui souhaite améliorer la sociëé».Entre les deux tendances, Micheline Dumont refuse de choisir.Tous ces combats, suggère-t-elle ainsi, sont les siens.Cette position, me semble-t-il, l’empêche de se questionner avec toutes les nuances nécessaires sur le backlash antiféministe qu’elle évoque ensuite et sur l’absence de relève féministe des années 1990.Ne peut-on pas croire, en effet, qu’un certain radicalisme féministe — «Le féminisme, c’est la théorie.Le lesbianisme, c’est la pratique», affirmaient des militantes — a heurté des compagnons et des compagnes de route du mouvement?Certes, ce backlash fut notamment le fait d’incorrigibles misogynes, mais il ne résume pas les réserves entretenues à l’égard d’un certain féminisme agressivement victimaire par une foule de sympathisants.On me pardonnera ce plaidoyer pro domo, mais quand Micheline Dumont me range dans le camp des antiféministes parce que je refuse d’attribuer une signification politique au délire de Marc Lépi-ne, elle m’exclut, et plusieurs jeunes femmes du même coup, d’un combat dont je partage pourtant l’essentiel des objectifs.Ce n'est pas là un réflexe très mobilisateur.Cet accrochage, soyons clairs, n’entache pas le message fondamental que lègue Micheline Dumont à sa petite-fille et aux autres: sans le constant rappel à l’ordre que lui lance le féminisme, l’humanisme serait condamné à l’inachèvement louiscofàsympatico.ca LE FÉMINISME QUÉBÉCOIS RACONTÉ À CAMILLE Micheline Dumont Remue-ménage Montréal, 2008,248 pages Un plaidoyer pour l’égalité LOUIS CORNELLIER LJ égalité entre les femmes et ' les hommes «ne s’est encore installée dans aucun pays au monde», écrit Alain Cognard en introduction à son essai intitulé Un petit pas pour la femme, un grand pas pour l’humanité.Affirmer, comme certains et certaines le font que cette égalité est faite «au moins à 80 %» dans les pays occidentaux n’a pas de sens, selon l’essayiste.«Le concept d’égalité est indivisible» et ne saurait être partiel.«Légalité des genres, explique-t-il, c’est la reconnaissance de droits égaux chez les hommes et les femmes, mais pas seulement.[.] Légalité, c’est d’abord le droit de déterminer d’une manière paritaire le développement de la sociëé.» Or les femmes, aujourd’hui encore, «ont peur», sont victimes de violence, assument l’essentiel des tâches liées à la reproduction, gagnent moins que les hommes et bien peu d’entre elles «ont accès aux plus hauts postes» politiques et économiques.Ces situations entraînent «un très mauvais usage de leur compétence» qui nuit à tous, sur tous les plans, et avec lequel il importe d’en finir en s’inspirant du modèle égalitaire, quoique lui aussi inachevé, des sociétés Scandinaves.Cognard plaide donc en faveur de services plus étendus pour les femmes victimes de violence, d’un réseau de garderies plus systématique, de lois sur la parité dans les conseils d’administration et dans la représentation politique, de l’équité salariale, d’un système d’éducation qui enseignerait «la répartition égalitaire des tâches et du travail» et d’une foule d’autres mesures à l’avenant «Il ne s’agit pas de croire, écrit-il, qu’une société de femmes serait meilleure ou pire qu’une société masculine, mais plutôt de rebâtir les sociétés sur une base plus large, puisque celles-ci comprendraient à la fois les hommes et les femmes.» Rédigé au fil de la plume, cet essai n’est pas sans défauts.Son organisation plutôt relâchée et ses multiples redondances affectent son efficacité.Ramassé en une centaine de pages, le propos aurait gagné en mordant Sur le fond, on constate que Cognard n’évite pas toujours le piège du double standard inversé.Il essentialise certaines caractéristiques nobles attribuées aux femmes — une aptitude, par exemple, «à vivre dans le concret et dans le temps présent et à se sortir de toutes les situations qui décourageraient quantité d’hommes» —, mais considère comme des conditionnements la plupart des attitudes masculines — il se réjouit par exemple, que, en Scandinavie, on apprenne «aux garçons à uriner assis, “comme les filles”, et à sortir du mythe du “viser juste”, symbole de pouvoir masculin par excellence et d’un épouvantable manque de respect».Faut-il en conclure que la «nature» féminine serait bonne alors que celle des garçons, plus neutre mais pervertie par la tradition, devrait être rééduquée?Le point de vue de Cognard, à cet égard, manque de clarté, de cohérence et prête flanc à l’accusation d’un désir de féminiser la société plutôt que de la rendre vraiment égalitaire.Notons, enfin, qu’assimiler Spinoza au courant philosophique «conservateur», sous prétexte que, selon ce dernier, «une personne a autant de droits que de puissance», est une interprétation plus que douteuse.Le plaidoyer d’Alain Cognard en faveur d’une égalité radicale entre les femmes et les hommes a le mérite de nous interdire le contentement en cette matière, mais il est un peu bavard et incertain quant à ses fondements philosophiques.Collaborateur du Devoir UN PETIT PAS POUR LA FEMME, UN GRAND PAS POUR L’HUMANITÉ Alain Cognard Michel Brûlé Montréal, 2009,192 pages NOVAIIS LUI Nouvelle parution.Soirée échange.Avec Andre Myre, auteur, bibliste Gilda Routy et Yvon Métras, Novalis Lundi 9 mars à 19h30 1-fVj Beaucoup plus qu'une librairie ! jJ/r Salle de conférences et café-resto 2661 Masson, Montréal, Qc ïaulines 514 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ Avec le soutien de la Sodée sodec Québec*: 1 PIERRE OUELLET À l'hexagone et chez vlb éditeur !>!! RIO lU H.I 1 ! emplie d’éther ne oui K’ qui se rétracte dans le froid • HïXAGONE mÊmmÊÊÊmm l’IKKRI- Ol I I.l I I Pierre Ourllc • HEXAGONE La vue et la voix Dans les am, b Imérature et b vie commune mm m’z j , Hors-temps Poétique tié la postht^toirc .rj vMf PlF.RRF OU,LUT Une ombre entre les ombres L'EXPÉRIENCE DU DEHORS Entretien avec Pierre Ouellet Animé par Guylaine Massoutre Organisé par le CRILCQ et la Librairie Olivieri LUNDI 9 MARS A 19 H Suivi, à 20 h, du lancement de Une outre emplie d'éther qui se rétracte dans le froid et de La vue et la voix LIBRAIRIE OLIVIERI 5219, Côte-des-Neiges, Montréal
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