Le devoir, 14 mars 2009, Cahier C
0 0 !* OC K V (> I R , L K S S A M EDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2 0 0 9 EDITORIAL CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT Nomination risquée La nomination rapide d’un nouveau président de la Caisse de dépôt et placement était vivement souhaitée pour restaurer la confiance envers cette institution.Le choix de confier ce poste à Michael Sabia surprend, malgré son parcours exceptionnel d’administrateur.) remière source d’étonnement, la rapidité avec laquelle le président du conseil, Robert Tessier, a arrêté son choix sur Michael Sabia Subjugué, il a vu sa candidature comme une «révélation» et écarté toutes les autres.Seul ce dernier a eu le privilège d’une entrevue avec le comité de sélection formé de quatre membres du conseil d’administration.Le choix de Michael Sabia repose, est-on obligé de conclure, sur une intuition plutôt que sur le processus d’analyse et de comparaison qui s'imposait pour un poste aussi stratégique pour la santé financière et le développement économique du Québec.On est loin ici des règles de bonne gouvernance que le gouvernement Charest a imposées ces dernières années à ses sociétés d’État.Avant de nommer un président de la Caisse, Robert Tessier aurait dû compléter le processus de renouvellement des membres du conseil d administration pour que le nouveau patron soit choisi par ceux qui auront à travailler avec lui.Puis, il aurait dû engager avec ce nouveau conseil un processus de sélection finale portant sur deux ou trois candidatures.Au gouvernement, qu’il a consulté sur son choix de M.Sabia, personne ne l’a rappelé à l’ordre.L’urgence que l’on invoque pour justifier ce court-circuit s’est en fait muée en précipitation.On en prend la mesure quand on se rappelle que M.Tessier est entré en fonction voilà seulement huit jours.Nul doute que la candidature de Michael Sabia était déjà très avancée dans le labyrinthe politique et que le conseil d’administration de la Caisse s’est plié aux desiderata du gouvernement Charest.Une deuxième source d’étonnement est le profil de M.Sabia.Il a fait carrière au gouvernement fédéral et dans deux grandes entreprises, le Canadien National et BCE.Les mandats qui lui furent confiés étaient très différents de celui qu’il aura désormais.On s’attendait à ce que le nouveau président soit issu des milieux de la finance, comme l’ont été la plupart des présidents de la Caisse.Son parcours professionnel ressemble pour beaucoup à celui de Robert Tessier, de telle sorte que le président du conseil et le chef de la direction n'apporteront pas à leur institution des expertises complémentaires.Le mandat exercé par M.Sabia à BCE a par ailleurs laissé un goût amer à plusieurs.Sa gestion a été fortement contestée par les actionnaires, au point où le fonds de retraite Teachers a décidé de prendre le contrôle de BCE pour la restructurer et la moderniser.Même s’il a dirigé BCE et le Canadien National depuis Montréal, la nature des opérations de ces deux entreprises ne lui a pas permis de développer une sensibilité aux enjeux de l’économie québécoise comparable à celle de ses prédécesseurs.On a pu le mesurer hier lorsqu’il a dit ne pas croire que la Caisse pourrait avoir un rôle déterminant à jouer pour empêcher le départ de sièges sociaux de Montréal.Aucun doute, sous sa direction, la Caisse de dépôt et placement ne jouera aucun rôle politique.Ce choix de Michael Sabia est loin d’être convaincant Parce qu’il ne fait pas l'unanimité, il ne contribuera pas à rétablir la confiance des Québécois envers la Caisse de dépôt et placement.Pour tenter de s’extirper d’une situation difficile, le gouvernement Charest prend un risque démesuré dont les Québécois paieront un jour le prix.bdescoteaux(fl\ledevoir.com Bernard Descôteaux VATICAN L’Église fracturée Eglise catholique s’embourbe dans une suite d’embarrassantes excommunications.Plongées dans une crise où le discernement cède le pas à un obscurantisme menaçant, les troupes menées par le pape Benoît XVI paraissent plus divisées que jamais.Force est de l’admettre: l’obsession pour l’unité catholique mène aux égarements les plus troublants.L’affaire Williamson avait déjà causé une notable onde de choc.Qu’on se souvienne: souhaitant rallier une frange passéiste, le pape avait levé en janvier l’excommunication de quatre évêques lefebvristes, en rupture totale avec Vatican IL Parmi ces graciés trônait MKI Richard Williamson, un célèbre négationniste, affairé notamment à accuser les Juifs de fabrication de l’Holocauste.«Un incident fâcheux imprévisible», s’est lamentablement défendu le .Saint-Père dans une lettre expédiée jeudi à l’ensemble de ses évêques.Si seulement il s'agissait d’une bourde papale! Mais l’événement, que des inhabiletés en matière de communication ne peuvent expliquer comme le pajx1 le réitère, révélerait plutôt des tentatives de rapprochement avec une confrérie d’extrême droite.Pour rattraper quelques brebis galeuses, combien laisse-t-on derrière de fidèles outrés et encouragés à aller se perdre?In tentative d’unification pourrait finalement se terminer en irréparable schisme.Criblant de plus belle la volonté de restauration de l’Église, un autre récit d’horreur, venu celui-là du Brésil, a démontré l’incapacité de certains ecclésiastiques bien en vue d’engager l’Église dans le monde moderne et de montrer autre chose qu’une face conservatrice et réactionnaire.Il s’agit du cauchemar d’une petite Brésilienne de neuf ans, qui scandalise le globe.Violée par son beau-père, qui l’agressait depuis ses six ans, la fillette est devenue enceinte de jumeaux.Protégée par la loi de ce pays ultra-catholique, qui permet l’avortement en cas de viol et de menace sur la santé de la mère, la petite a subi une interruption de grossesse, encouragée par sa mère.Mais un autre cauchemar l’attendait: sensibilisé par le violeur, qui en avait contre l’avortement, l’archevêque de Recife, ML" José t ardoso Sobrinho, a excommunié tant la mère que l’équipe médicale responsable d’avoir.sauvé la vie de l’enfant.«Le viol est un péché moins grave que l'avortement», clama-t-il, excusant du coup le monstre.Ix cardinal Battista Re, un proche du pape, a appuyé la décision, creusant encore davantage le fossé d’incompréhension dans lequel s’enlise une faction de l’épiscopat sous les yeux choqués du monde, croyants et agnostiques confondus.Cause sacrée pour l’Église catholique, le refus de l’avortement a ici pris le pas sur la protection d’une autre vie, celle d’une enfant à l’innocence déjà douloureusement trompée, et bernée ensuite par une Église lâche, indulgente avec les rétrogrades mais intransigeante avec les candides.Il s'agit là d’une croisade irrecevable et purement révoltante.machouinard(à>lede voir.com i >- .< Marie-Andrée Chouinard LE FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l’information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND je «t Peux Pas fA‘t(?e au* cm LETTRES Honte à Attractions hippiques et au gouvernement Charest Attractions hippiques se prépare à vendre des actifs qu’il a payés un million de dollars et dont la valeur marchande est de plus de 15 millions.Attractions hippiques est en train de compléter le génocide de l’industrie des courses de chevaux standardbred du Québec.L’industrie des courses, c’est entre autres l’élevage du cheval de course standardbred québécois.C’est dans les régions du Québec que les activités économiques de cette industrie ont lieu 80 % du temps, et non dans des hippoclubs.Attractions hippiques, qui s’est placée en juin 2008 sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, propose à la juge Chantal Corriveau de la Cour supérieure du Québec, dans son dernier plan de redressement, de présenter des courses de l’extérieur du Québec et d’avoir seulement un hippodrome ouvert au Québec, celui de Trois-Rivières.Pendant ce temps, notre bon gouvernement libéral de Jean Charest, qui a imposé à l’industrie des courses sa façon de faire les PPP (partenariat public-privé) en 2006, s’en lave les mains, refusant de s’engager R E L’avenir ici et Manon Cornellier Le ministre de la Défense, Peter MacKay, rêverait de devenir le prochain secrétaire général de l’OTAN.Voilà qui fait jaser.Le Halifax Chro-nicle-Herald, qui suit chaque mouvement du ministre et député local, se demande bien pourquoi celui-ci a une telle ambition, surtout que la partie est loin d’être gagnée, le poste allant traditionnellement à un Européen.Selon le Herald, non seulement M.MacKay a quelques longueurs de retard, «mais il est aussi un poids léger comparativement à des diplomates européens beaucoup plus expérimentés».Le quotidien note que M.MacKay a toujours rêvé d’être chef de parti et premier ministre du Canada, ce qui laisse croire que devenir patron de l’OTAN ne serait pour lui qu’un tremplin de courte durée si la course à la succession de Stephen Harper devait démarrer au cours des deux prochaines années.Don Martin, chroniqueur de la chaîne Can West, n’est pas plus tendre dans le Cal-gary Herald.Selon lui, M.MacKay tente de sauver sa carrière avec cette candidature.Ixs contrats d’achat d’équipements provoquent des tiraillements et les soldats sont au bout de leur rouleau à cause d’une mission afghane dont on doute maintenant de l’issue.De l’avis de Martin, cela explique peut-être l’intérêt de MacKay pour la direction de l’OTAN.Cette dernière lui offrirait une occasion de s’échapper d’Ottawa pour mieux y revenir et satisfaire sa vraie ambition: devenir premier ministre.«Pour obtenir les clés du 24 Sussex, MacKay doit prendre ses distances d’un parti amoché par la récession et plafonné dans les sondages, et échapper au pesant contrôle de Harper pour imposer sa propre identité.» Le Saskatoon Star-Phoenix se demande, avec un brin de cynisme, si la candidature et favorisant le laisser-aller qui caractérise ses 100 premiers jours au pouvoir.C’est Loto-Québec qui a créé en 2007 le concept des ludoplex, qui est un raté monumental, car les revenus escomptés dans l’appel d’offres initial de privatisation ne sont pas au rendez-vous.De ce fait, les revenus des ALV, qui étaient de 11,4 millions de dollars (430 appareils) en 2006 avant l’arrivée d’At-tractions hippiques, sont passés à 8,4 millions de dollars (800 appareils) en 2008 et rien ne laisse présager que la situation va s’améliorer.L’industrie des courses est menacée de disparaître avec ses 3000 emplois et une bonne partie de ses 250 millions d’investissements.Alors que l’on était en période électorale, notre premier ministre, Jean Charest nous disait que sa priorité serait l’économie.Il voulait un mandat clair des citoyens québécois pour être le seul parti politique avec «les mains sur le volant».La question qu’il faut se poser concernant le gouvernement Charest est de savoir combien de jobs ont été perdus à cause de son inaction.Car en ce qui concerne la création d’emplois, étant donné la crise économique, on en reparlera.Honte à ceux qui participent au génocide de l’industrie des courses ainsi qu’à notre bon gouvernement qui le cautionne.Jean-Pierre Richard Québec, le 13 mars 2009 VUE DE PRES de MacKay n’est pas un signe de la fin prochaine de l’OTAN.«Le fait même que le Canada soit dans la course pour un poste traditionnellement réservé à un Européen met davantage en relief les problèmes auxquels fait face l’Alliance que le courage affiché par le Canada en Afghanistan.» Le Star-Phoenix note que l’Europe «n’a pas de vision claire des raisons d’être de l’Alliance» depuis la chute du rideau de fer, mais elle est maintenant capable de protéger ses intérêts, surtout dans sa sphère d’influence économique.L’avenir de l’OTAN serait-il en jeu, les Européens et les Américains empruntant des voies séparées?Le quotidien pense que le Canada serait le plus grand perdant de ce scénario.«Sans obligation de faire des compromis avec les Européens, le pays serait forcé d’imiter de plus en plus la position américaine sur des questions de sécurité nationale.Peut-être que ce danger ferait de M.MacKay le meilleur candidat pour diriger l’OTAN à ce moment-ci.Ayant le plus à perdre de la fin de l’OTAN, il serait certainement le plus déterminé à œuvrer pour sa survie.» Autre plan d’avenir Le gouvernement Harper continue d’essuyer les critiques pour ses dernières décisions en matière de financement de la recherche.De l’avis général, si Ottawa ne corrige pas le tir, surtout à la lumière de l’appui donné par l’administration Obama aux scientifiques de son pays, le Canada risque de perdre talents et cerveaux.Le Winnipeg Free Press souligne en particulier le sort réservé à la recherche fondamentale, qui ouvre la voie aux découvertes de demain.Le quotidien reconnaît qu’il n’est pas toujours facile d’en faire comprendre l’importance quand, à l’inverse, la recherche appliquée a des buts plus définis et se vend plus facilement.Cela semble être l’opinion L’attente devient très longue Je ne sais pas si les compagnies téléphoniques s'en rendent compte, mais plusieurs entreprises résident dans les milieux ruraux et celles-ci auraient besoin d’Internet à haute vitesse comme outil de communi-( ation et de renseignement.Car attendre une demi-heure pour voir une page, c’est du temps perdu et c’est très insultant.Je suis une étudiante et pour effectuer mes recherches, cela peut prendre quelques heures.Il existe plusieurs moyens pour pouvoir capter la haute vitesse, cependant; certains sont très dispendieux et la plupart n’égalent pas la capacité de la haute vitesse.D’après les compagnies téléphoniques, c’est plus profitable de s’occuper des grands centres que des milieux éloignés.Nous habitons peut-être dans des rangs, mais nous en avons autant besoin même si nous sommes éloignés.Les téléphones cellulaires fonctionnent, alors pourquoi pas Internet à haute vitesse?En attendant des nouveaux effectifs, nous sommes contraints de rester avec le système en place.Quand serons-nous traités comme les résidants du village et non des habitants de rangs?Myriam Deschênes, Etudiante à l’école Le Mistral, 5' secondaire Mont-Joli, le 12 mars 2009 S E du gouvernement Harper, dit le Free Press, qui prend note des milliards de dollars fédéraux destinés à la rénovation et à la construction de laboratoires et à des projets de recherche appliquée.Le quotidien relève cependant que les budgets pour la recherche fondamentale sont gelés, réduits ou même éliminés.«La politique du gouvernement canadien est à courte vue», résume le Free Press, qui conseille à Ottawa d'investir un peu plus dans les domaines où le Canada excelle.Le Toronto Star croit aussi que le dernier budget révèle la préférence du gouvernement Harper pour la recherche appliquée et déplore que ce soit au détriment de la recherche fondamentale.Le Globe and Mail pense que le Canada doit susciter le même enthousiasme scientifique qu’Obama.Le Globe note combien les rôles se sont inversés.Durant la dernière décennie, c’est le Canada qui donnait priorité à la recherche et à la science avec des hausses constantes de budget pour les conseils subventionnaires.Pendant ce temps, l’administration Bush boudait ce secteur, au point de pousser un grand nombre de chercheurs américains à s’établir au Canada, y apportant leur savoir.Le Globe se réjouit qu’on rénove les laboratoires et aide les étudiants gradués, mais il déplore qu’on ait réduit ou gelé les fonds destinés à la recherche, une décision qui a déjà des effets négatifs.Un réseau canadien de chercheurs sur les cellules souches devait diriger un projet de recherche mené par 12 pays, mais sa simple participation est peut-être en danger à cause d’un manque de fonds.Or le Canada est considéré comme un leader mondial dans ce secteur.Le Globe énumère d'autres cas et rappelle que faire du sur-place en science équivaut à un recul.mcornellieHaledevoir.com ailleurs 04 LE DEVOIR, LES SAMEDI 11 ET I) I M A N C H E 1 5 M A R S > O O 9 (’ r> IDEES 0 l’.i ' JACQUES NADEAU LE DEVOIR Réunion de jeunes libéraux en 2005 La bataille de fond d’une génération JULIEN GAGNON Président de la Commission-Jeunesse du PLQ JONATHAN PLAMONDON Président de Force Jeunesse ans son énoncé economique du mois de janvier dernier, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, annonçait qu’une «option possible pour compenser un manque à gagner aux revenus pourrait être de suspendre temporairement les versements annuels au Fonds des générations».Pour sa part, l’ADQ s’est toujours opposée à l’existence du Fonds des générations, alors que, de son côté, le Parti québécois a récemment suggéré d’en suspendre les versements.Québec solidaire a même proposé d’y puiser des fonds.Les mots nous manquent pour exprimer la force de notre préoccupation devant ces propositions, qui ne manqueraient pas d’être perçues, par toute une génération, comme autant de coups durs.La Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, adoptée et sanctionnée en 2006, prévoit, comme son nom l’indique, l’institution du Fonds des générations, dont l’objectif est de réduire le niveau de la dette du Québec en fonction du PIB à 25 % d’ici 2026.Comme le souligne le fascicule Le Fonds des générations: pour favoriser l’équité entre les générations, la pérennité des programmes sociaux et la prospérité, produit par le ministère des Finances en 2006, «l’endettement élevé du Québec pourrait se justifier s’il avait servi, pour l’essentiel, à financer des immobilisations ou des mises de fonds rentables dans les sociétés d’État à vocation économique.Les générations futures auraient alors profité, en contrepartie de cette dette, de bénéfices appréciables.Or, ce n’est pas le cas.» En effet, les dépenses budgétaires à la source de la dette du Québec furent pour l’essentiel des dépenses courantes, ces fameuses «dépenses d’épicerie».Le problème d’équité intergénérationnelle est clair: comment justifier que des dépenses d’épicerie d’une génération doivent être remboursées par la génération de ses enfants qui n’en ont pourtant pas ou presque pas profité?En 2006, le gouvernement libéral avait donné suite aux revendications de la Commission-Jeunesse du PLQ et de Force Jeunesse, entre autres groupes jeunes, qui avaient trait à cette question intergénérationnelle.D’une part, cet engagement responsable avait alors été perçu comme une mesure courageuse et avant-gardiste en matière de lutte contre la dette et avait été salué par une majorité de représentants de la jeunesse québécoise.D’autre part, elle a donné l’occasion au gouvernement de se façonner une bonne réputation dans le dossier de la dette.En effet, les agences de notation Moody’s et DBRS, en juin 2006, avaient alors ciblé le Fonds des générations et la stratégie Les dépenses budgétaires à la source de la dette du Québec furent pour l’essentiel des dépenses courantes claire de réduction de la dette qu’il sous-tendait comme «l’un des fadeurs-clés de l’amélioration de la qualité du crédit» du gouvernement.Dans ce contexte, il nous apparaît évident que renoncer aux versements prévus au Fonds des générations affecterait sérieusement la capacité actuelle et future du gouvernement à maîtriser l’évolution de la dette du Québec.Il faut rappeler notre sérieux dans cet objectif à long terme en évitant de l’abandonner au premier spectre d’une récession, quelque sérieuse qu’elle soit.Le gouvernement n'avait-il pas prévu qu’entre 2006 et 2026 des perturbations économiques arriveraient à un moment donné?D’ailleurs, selon le ministère des Finances (2006), même un déficit n’est pas suffisant pour justifier l’abandon des versements au Fonds des générations.En effet, les fonds qui y sont déposés fructifient «selon un taux de rendement plus élevé que celui payé par le gouvernement sur ses emprunts».En ce sens, même en situation économique difficile, le gouvernement gagne à y investir.Rien ne doit justifier que la classe politique actuelle fasse fi des revendications d’une nouvelle génération qui, demain, prendra les rênes de la destinée du Québec.Jamais dans l’histoire du Québec notre jeune génération n’a eu autant besoin d’un engagement ferme de son gouvernement, notamment devant le sérieux problème que pause la dette pour notre avenir.Les scandales de la FTQ, de 1974 à nos jours Liberté de choix et transparence s’imposent ERIC DU HAÏ ME Chercheur-associé à l'Institut Fraser e 21 mars 1974, des fiers-à-bras de la FTQ-Construction commettent de graves actes de violence sur le chantier de LG-2 à la Baie-James.Ce saccage, qui occasionnera une perte de plus de 33 millions de dollars, une fortune à l’époque, conduira à d’importantes modifications des pratiques syndicales dans le milieu de la construction.Une commission d’enquête, mieux connue sous le nom de la commission Cliche, est alors instituée.Des liens douteux entre les dirigeants syndicaux et le crime organisé sont révélés.Quatre syndicats affiliés à la FTQ sont reconnus coupables d’actes criminels et placés sous tutelle.André Desjardins, directeur général de la FTQ-Construction, fut forcé à démissionner.Trente-cinq ans plus tard, un nouveau scandale vient frapper la FTQ-Construction.Les dépenses gargantuesques de 125 000 $ en six mois de son directeur général, Jocelyn Dupuis, et les liens de ce dernier avec des membres du monde interlope font la manchette.La similitude entre les deux scandales, à 35 ans d’intervalle, saute aux yeux, à commencer par les enquêtes de la SQ et les liens entre le syndicat et le crime organisé.Force est de constater cependant que, si la commission Cliche a modifié le paysage syndical québécois, elle n’a pas clairement apporté transparence et démocratie à la FTQ-Construction, ni donné la liberté aux travailleurs de cette industrie de ne pas adhérer à un syndicat.Action gouvernementale requise Le gouvernement du Québec encadre et légifère les relations de travail, tout en octroyant des avantages particuliers aux grandes organisations syndicales.Il ne peut aujourd’hui rester les bras croisés devant l’intimidation, la violence et la fraude qui caractérisent toujours le plus gros syndicat québécois.La semaine dernière, plusieurs travailleurs de la construction au Québec ont été stupéfaits d’apprendre ce que leurs dirigeants syndicaux font de leurs cotisations.S’ils en avaient le choix, plusieurs d’entre eux choisiraient sans doute de se désaffilier.Or, au Québec, on ne peut travailler dans l’industrie de la construction sans être syndiqué.Les syndicats ont ainsi le monopole sur le marché des travailleurs de l’industrie.Les récents déboires de la FTQ mettent en lumière les failles du modèle syndical québécois et nous obligent collectivement à remettre en question sa raison d’être.En attendant de redonner la liberté de choix aux travailleurs de la construction, il faudrait au moins s’assurer que les syndicats aient des politiques de reddition de comptes beaucoup plus contraignantes.Au Québec, les syndicats décident librement quels détails financiers ils divulguent à leurs membres.N’importe quelle entreprise privée cotée en Bourse — souvent avec un chiffre d’affaires bien moindre que celui des grandes centrales syndicales — doit fournir une ventilation de ses dépenses beaucoup plus complète et transparente, en plus de rendre des comptes publics.Comment expliquer qu’en vertu des lois québécoises, une entreprise privée, dont les actionnaires sont libres d’acheter ou non des actions, est soumise à plus de transparence et de démocratie interne qu’une organisation syndicale dont les membres sont contraints d’en faire partie et de payer des cotisations?Le modèle américain Aux Etats-Unis, les syndicats sont contraints d’ouvrir leurs livres et de révéler de l’information interne sur 47 aspects financiers et 21 aspects non financiers.Ils ont l’obligation de dissocier les dépenses de représentation de celles liées à l’activisme politique.Toutes ces informations sont accessibles sur le site Web du ministère américain du Travail (US Federal Department of Labor).De plus, rappelons que nos voisins du Sud n’obligent personne à adhérer à un syndicat pour travailler.Les travailleurs américains payent donc librement la part des dépenses syndicales servant à défendre leurs intérêts, sans nécessairement payer pour la propagande politique s’ils la désapprouvent.Avec les récentes révélations, le temps est venu de se soucier du bien-être des travailleurs plutôt que de celui des dirigeants syndicaux.Le gouvernement doit avoir le courage de redonner aux travailleurs de la construction leur liberté d’association, comme le garantit l’article 2d de la Constitution canadienne, et d’obliger les syndicats à une plus grande transparence financière.Une commission Cliché des temps modernes s’impose! Médecins de famille Denise Bombardier Cm est un lieu commun d’affirmer que * ^ la famille est malmenée de nos jours.S’ajoute à ses malheurs la désertion progressive des médecins qui s’y consacrent Cette bouderie de la médecine familiale par les nouvelles générations de docteurs nous renvoie une image réaliste de la société actuelle.Le médecin de famille se situe en première ’ ligne.C’est à la fois l’agent de circulation, l’aiguilleur du système dans lequel le patient, au sens propre comme au figuré, ne se retrouve plus.C’est aussi l’interlocuteur, le psychologue, le confident de malades réels ou imaginaires qui ont besoin d’être maternés, paternés, faute de l’être dans leur vie personnelle, et qui cherchent à être rassurés, confortés, écoutés dans ce désert émotionnel de l’ère de la communication permanente.Les curés d’antan assuraient bénévolement cette fonction rattachée à la pratique du médecin de famille d’aujourd’hui, mais celui du passé jouait aussi ce rôle.Le curé assurait ainsi la pérennité du pouvoir de l’institution qu’il incarnait et le médecin en retirait un prestige social dont il jouissait en toute impunité.Le premier était payé en prières et le second, en espèces sonnantes, prêtre et le docteur pouvaient donc revendiquer! le statut social d'élite.Les jeunes générations n’ont pas été éduquée à l’esprit de sacrifice.La vocation religieuse n’est plus le fait que de quelques brebis égarées dans le monde de l’épanouissement du moi et rares sont les docteurs qui parlent de leur profession comme d’une vocation.On prétend que les femmes sont plus réconfortantes que les hommes, plus sensibles à la discussion psychologique; elles sont devenues majoritaires en médecine, mais le problème réside dans le fait qu’elles travaillent moins que leurs confrères masculins afin de mieux concilier leur propre vie de famille et leur travail.La pénurie de médecins généralistes trouve ici une de ses explications.Dans notre monde où le culte de la technologie a remplacé celui de Dieu, n’est-il pas inévitable que les étudiants en médecine dédaignent la pratique généraliste au profit de la spécialisation?Pour ces jeunes qui choisissent la médecine et qui sont formés à l’excellence académique, cette hiérarchisation se vit au détriment de la pratique générale.Plusieurs spécialistes sont enclins à considérer leurs confrères généralistes comme les prolétaires de leur science.D’ailleurs, et c’est fondamental, la rémunération vient confirmer cette perception.Bien sûr, la longueur du cycle d’études, le double dans certaines spécialités, justifie les écarts de revenus, mais l’urgence d'assurer l’accès à une médecine de première ligne va nécessiter une révision des tarifs afin de combler l’écart des revenus entre les deux catégories de médecins.D’autant plus que la qualité de cette médecine repose en partie sur le temps accordé aux patients.Si le radiologiste peut disposer de son patient en quelques minutes (au détriment de l’humanisation, un idéal devenu inatteignable trop souvent, hélas), le généraliste a besoin de consacrer plus de temps pour établir un diagnostic.Faire parler le patient est souvent une nécessité pour départager les malaises physiques des malaises de l’âme.Hélas, notre façon obsessionnelle de compresser le temps de nos propres vies, une caractéristique déplorable de l’époque, a des incidences sur l’ensemble des activités humaines et, dans certains domaines comme la pratique médicale, cette frénésie peut altérer la qualité des soins.La médecine générale est donc la mal-aimée de la profession et il faut croire, compte tenu de la rémunération plus faible, que la société confirme cet état de fait.N’en déplaise à ceux qui vilipendent les élites, dont les médecins font partie, il faudra bien que la société se résolve à traiter cette cat ego rie médicale avec plus d’égards et plus d'argent' qu’elle ne le fait maintenant.Les statistiques sur la baisse progressive du nombre d’étudiants quij choisissent cette pratique nous donnent une idé^ de la catastrophe qui nous guette.Avec le vieillisl sement de la population favorisé aussi par la scien-1 ce, sans des mesures incitatives, on ne voit pas au* nom de quels principes moraux des jeunes préoccupés par leur qualité de vie personnelle, découragés par la pression permanente découlant du trop grand nombre de patients à traiter au quotidien et complexés d’être les laissés-pour-compte de leur profession, se sacrifieraient en choisissant la pratique familiale.De nos jours, l'esprit de sacrifice est réservé à quelques mystiques.La grandeur et la noblesse d’une profession attirent une minorité de candidats.Les autres, tous les autres, ne sont ni des héros ni des modèles.Ce qui ne les empêche pas d’être de bons médecins s’ils peuvent être assurés d’être à la fois bien traités, bien rémunérés et aussi valorisés.Sans ces conditions, à moins d’enrégimentations autoritaires dont les conséquences seraient néfastes pour tous, nous devons trouver les accommodements raisonnables pour parvenir à concrétiser un droit essentiel: celui de l’accès à un professionnel appelé jadis médecin de famille.den boni tardierffi} videotron.ca L’ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : ( lôrald I )allniiv (adjoint au directeur de l'information) > Mario-Andtve Chouinartl (éditorialiste, responsable de la paw Idées).Stéphane Maillnrtfoon (général).Clairainlréo Cauchy (éducation), Joan no Comvoau (affaires municipales), Fabien Doglise (consommation), Dion (sports), louis-Gillos Lrancœur (environnement), Pauline (iravol (sciences), Brian Mylos (Justice et faits de société), louiae-Maude Rioux Soucy (santé), Alexandre Shields (général), Hïilippe Papineau (pupitre) ; information i>olitiquo Michel David (chroniqueur).Hélène Buzzetti et Alee Caslonguay (correspondants parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Kathleen Levesque (reporter) ; information culturelle Michel Hélair (théâtre et cahier Culture), Ciuillaume Boutyault-lïMé (reporter).Paul t auehon (médias).Frédérique Doyon (reporter).Caroline Montpetit (livres).Isabelle Paré (reporter).Odile Ireinblay (cinéma).Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du weekend).Julie Carpentier (pupitre) ; information économique : (iérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information).I•Vancois Desjardins (reporter), Eric Desrosiers (reporter).Claude Turcotte (reporter), Dominique Rony (pupitre) ; information internationale Ciuy Taillefer (adjoint au directeur de l’information).Soikc Truffaut (éditorialiste), Claude Ix vesque (reporter).Jean-Pierre Ia'KHuU (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques) ; Jacques (irenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel C.ameau (caricaturiste) ; Michèle Malenfant et Christine Dunmzet (correctrices) ; Benoît Muntfcr (responsable du site Internet), Emilie Eolie Boivin et Vincent Cauchy (commis Internet) ; Amélie (iaudreau (secrétaire â la rédaction)’.Jean-Jacques Coulombe et Etienne Plamondon Emond (commis à la rédaction).DOCUMENTATION (iilles Paré (directeur).Manon I Jerome (Montréal), Olivier Spéciel (Québec), Monique Hhérer (Ottawa).PUBLICITÉ Julie Chrétien (directrice adjointe).Amélie Bessette, Jean de Billy, Jennifer Uoily Demers.Jean Francois Bossé.Manon Boilard, Marlène Côte.Richard DouanKinala.Amélie Maltais, Claire Paquet, Klyssa Porlicr, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Scbaï (publicitaires), Sylvie Importe, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian tîoulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchcz.Danielle Cantarn, Richard Des Cormiers, Donald Fillon, Yannick Morin.Nathalie /emaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION El' TIRAGE Caroline Simard (responsable service d la clientele), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette.Nathalie Fillon, Marie-Lune Houde Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olcna Bilyakova (responsable des sen iers comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Fumy, Ghislaine l-afleur, Claudine Chevrier.Monique Proteau, Danielle Ross.: : c ' * c c e: MEILLEUR ORIGINAL DISPONIBLE L E DEVOIR, LES SAMEDI I t ET DIMANCHE 15 MARS 2 0 0 9 PHILOSOPHIE FOX SEARCHLIGHTS Une scène du film Slumdog Millionaire du réalisateur Danny Boyle.LE DEVOIR DE PHILO 7 'sfr J Hume, Slumdog Millimaire et Bollywood ¦ Le philosophe écossais refusait de croire que des goûts et des couleurs on ne discute pas Deux fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie ou d’histoire, mais aussi à d’autres auteurs passionnés d’idées, d’histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.Cette semaine, reprise de la querelle du «goût» chez David Hume, par le truchement d’un film os-carisé et de la machine de Bollywood.MÉLISSA THÉRIAULT Docteure en philosophie spécialisée en esthétique, professeure au Cégep de Rimouski e récent succès du film Slumdog Millionaire du réalisateur Danny Boyle témoigne d’un engouement généralisé pour la culture fascinante de l’Inde.Racontant les (més) aventures d’un garçon issu d’un bidonville de Mumbai, l'histoire se termine par une danse chorégraphiée, clin d’œil de Boyle à un procédé typique de l’industrie cinématographique de cette ville, berceau des films de style Bollywood.Très populaires, ces comédies musicales, contrairement à Slumdog Millionaire, sont rarement considérées ici comme de bons films, peut-être parce qu’elles correspondent moins aux normes artistiques occidentales.Mais sur quoi se base-t-on pour établir de telles normes?Quels sont les critères pour juger de la valeur d’une œuvre d’art comme Slumdog Millionaire ou les films de Bollywood.Et surtout, qu’est-ce qui fait que, malgré la diversité des goûts, nous nous entendions souvent — pensons aux Oscars — sur la valeur d’une œuvre d’art?Le philosophe écossais David Hume (1711-1776) s'est penché sur ces débats dans plusieurs essais, dont De la norme du goût, rédigé vers 1757.Contrairement à la croyance répandue, la plus grosse industrie cinématographique en matière de production et d’audience n’est pas basée à Hollywood mais à Mumbai (anciennement Bombay, d’où le néologisme Bollywood pour désigner les comédies musicales indiennes influencées par les modes de production hollywoodiens).Il s’y produit près de 1000 films par année, destinés à un public potentiel de plus de trois milliards de personnes en Inde, au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Afrique et en Amérique latine.Cette popularité croissante nous indique-t-elle que ces productions ont une quelconque valeur artistique?Peu importe, dirons plusieurs: lorsque le public aime, inutile de s’interroger ainsi.Cette logique de Yaudimat ou des cotes d’écoute est souvent celle qui clôt le débat de nos jours.On doit pourtant se demander pourquoi ce type d’œuvre suscite autant d’intérêt: c’est précisément ce que Hume a fait en partant à la recherche d’une norme du goût.Le dogme du relativisme On aime à répéter aujourd’hui que tous les goûts sont dans la nature, ou que des goûts et des couleurs on ne discute pas.Ces proverbes, qui confortent le relativisme dont notre époque a fait un dogme, sont en revanche rarement appliqués à la lettre: nous cherchons spontanément à justifier nos goûts ou à discréditer le goût d’autrui.surtout lorsqu’il diffère du nôtre! «Nous sommes enclins à appeler barbare tout ce qui s’écarte de notre propre goût et de notre propre compréhension», disait Hume.Cette question a été âprement discutée par les auteurs intéressés par l’esthétique, un domaine de la philosophie qui cherche à définir ce qu’est le beau (et, par extension, ce qu’est une belle ou une bonne œuvre d’art).Définie comme une «science du perçu», l’esthétique philosophique a connu son âge d’or au XVHI' siècle.David Hume, l’un de ses plus illustres représentants, a cherché à cerner ce qui fait qu'il existe une règle, un standard qui permet de juger de ce qui est ou non de fil sSffffff# STEVE MARTIN Mélissa Thériault: «Définie comme une “science du perçu”, l’esthétique philosophique a connu son âge d’or au XVHI' siècle.» S _ TWOWINGÏ Une statue de David Hume à Edimbourg: le philosophe écossais s’est penché sur la valeur deS1 œuvres d’art dans plusieurs essais, dont De la norme du goût, rédigé vers 1757.S bon goût.Depuis, les débats sur la normativité esthétique (soit les règles d’appréciation qui affectent nos jugements esthétiques) font rage.Aucune universalité Au XVH siècle, la notion de goût sort du domaine culinaire pour entrer dans le vocabulaire philosophique, avec le sens métaphorique qu’elle conservera par la suite, soit une faculté de discerner ce qui est valable esthétiquement et artistiquement.On est donc, à l’époque, assez loin du sens qu’on lui attribue aujourd’hui, soit celui d’une préférence personnelle: on l’entendait alors comme un standard, une convention.Chez Hume, le goût est une règle qui permet d’établir ce qui est beau ou non.Mais la première difficulté sur laquelle il se butera est de constater qu’en matière de goût, il n’y a aucune universalité qui semble valoir.Abandonnera-t-il pour autant sa recherche en concluant que tous les goûts se valent?Non.Tenant pour acquis qu’il est naturel de chercher une règle universelle qui expliquerait pourquoi nos goûts s’accordent ou diffèrent, le philosophe tente d’élucider la question autrement L’objet n’est plus beau ou plaisant en lui-même, mais parce qu’il éveille certaines dispositions du récepteur.Les conditions de réussite esthétique et artistique sont alors déplacées de l’objet vers le sujet: «La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, nous dit Hume, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente.» On pourrait alors être porté à penser que les films de Bollywood sont bons parce qu’ils plaisent à beaucoup de gens.Mais ce serait mal comprendre Hume.Un test du temps En effet, les transformations liées au contexte historique dans la production artistique font en sorte que l’expérience est transformée par les chocs entre les époques, ce qui nous permet de renouveler notre interprétation des œuvres.L’histoire joue ainsi un rôle essentiel dans la constitution d’un ensemble de règles qui guident nos manières de produire des œuvres artistiques, mais aussi de les apprécier.Hume fait donc intervenir l’idée d’un «test du temps», qui apparaît comme une condition nécessaire pour conclure qu’une œuvre possède une grande valeur artistique.Par exemple, une œuvre d’art produite en fonction d’une mode sera généralement oubliée sitôt la mode passée.Ne dit-on pas souvent qu’une œuvre a bien ou mal vieilli?Il faudra attendre quelques années avant de pouvoir affirmer hors de tout doute que les films de Bollywood d’aujourd’hui, tel Slumdog Millionaire, sont bons ou mauvais.Le recul est nécessaire.Par exemple, Om-Shanti-Om, le méga-blochbus-ter de 2007 mettant en vedette le séduisant Shah-rukh Khan (la plus grande star de Bollywood), a beau avoir été le film le plus populaire de toute l’histoire de l’industrie et avoir été récompensé de plusieurs prix, le charme opérera-t-il dans 25 ans?Si oui, on pourra dire qu’il a effectué avec succès le test du temps.Des œuvres hollywoodiennes sont considérées comme classiques: Le Grand Moghol, réalisé en 1960 par K Asif, par exemple.On peut voir dans le fait qu’une œuvre soit estimée depuis longtemps un indice de sa valeur.Pour Hume, ce n’est toutefois pas le seul critère.La conformité aux règles classiques de la beauté d’une époque n’est pas non plus suffisante, à ses yeux, pour conclure qu’une œuvre a une grande valeur.On peut respecter les règles de production et arriver à un résultat totalement inintéressant.C’est le piège de l’académisme.A l’inverse, une œuvre moins réussie sur le plan technique peut néanmoins l’être sur le plan artistique.Selon Hume, on doit distinguer le goût physique et le goût de l’esprit.Le décalage entre ces deux niveaux fait en sorte qu’une œuvre peut nous plaire malgré ses imperfections.Ainsi en est-il de ces comédies musicales hollywoodiennes peu conformes à nos standards occidentaux.Souvent très longs (trois heures ou plus!), peu réalistes, à l’eau de rose, voire carrément quétaines, incohérents et mal scénarisés, selon plusieurs, ces films plaisent par leur surenchère de couleurs et l’élan de leurs chorégraphies.Sont-ils de bons films pour autant?Difficile à dire.Homme de goût La variété des réactions possibles face à un même objet amènera Hume à conclure que les différences de préférences s’expliquent par les dispositions du spectateur.Une personne peut être touchée par une chose qui en laissera une autre indifférente.Cela vaut aussi pour notre exemple: les films de Bollywood ont beau avoir un public planétaire, il se trouvera toujours des gens pour ne pas en comprendre l’intérêt.Le philosophe écossais demeure cependant attaché à une idée d’objectivité du beau.Il résout l’opposition entre diversité des préférences et unité de la règle en assimilant la norme recherchée à une certaine idée de la nature humaine.C’est cette nature humaine qui agit comme constante, ce qui fait en sorte que le goût n’est pas totalement relatif.Il peut cependant être amélioré: chez Hume, il n’y a pas plus de bon goût que de génie entièrement inné.L’un comme l’autre proviennent de la maîtrise des règles de l’art et du talent.Ainsi, même si la nature produit une diversité dans les préférences, elle fournit en même temps l’étalon qui permet de comparer entre elles les impressions: l’idée de goût.Si Hume admet le caractère subjectif des goûts, il refuse cependant d’abandonner l’idée d’une norme, d’une référence objective.Il règle alors le problème en faisant valoir que la grande diversité dans les goûts n’implique pas que ceux-ci se valent tous: le tempérament du spectateur et le contexte social sont les deux causes principales qui peuvent influer sur le goût d’un individu.Ainsi, nous pouvons ressentir du plaisir au contact d’une œuvre (et ce sentiment sera toujours vrai, selon Hume), mais ce plaisir ne suffit pas à rendre valable le jugement positif porté sur l’œuvre.C’est ici que Hume fait entrer en scène le fameux «homme de goût» dont le jugement sert de modèle.Pour juger adéquatement, l’homme de goût doit être situé dans un contexte approprié, posséder une capacité de comparaison, être doté de bon sens et exempt de préjugés, se démarquer par la délicatesse de ses sens et compter parmi ses habiletés la pratique d’un art.Puisqu’il n’est pas donné à tous de répondre à ces exigences, peu de gens seraient en mesure de distinguer les bonnes et mauvaises œuvres.Par conséquent, la popularité des films de Bollywood ne suffira jamais à proclamer la supériorité artistique sur tous ces autres qui n’attirent qu’un maigre public.Dans la logique de Hume, il faut plutôt les évaluer en nous mettant dans la peau d’un homme de goût.Ce qui n’est pas sans difficultés.Difficile d’être exempt de préjugés face à une œuvre issue d’une culture radicalement différente de la nôtre.Élitisme ?Nulle surprise que la vision de Hume ait été taxée d’élitisme.Le philosophe précise pourtant que le jugement de l’homme de goût n’a de valeur que s’il est acceptable par tous, c’est-à-dire s’il présente un caractère universel.Autrement dit, si on considère que le jugement de certains individus est plus fiable que celui des autres, c’est simplement parce qu’il est pratiqué dans des conditions idéales et non parce qu’il représente une quelconque autorité.Par exemple, dans le cas où l’homme de goût imposerait arbitrairement ses choix (ou ceux de sa classe sociale), son verdict n’aurait pas de valeur parce qu’il serait issu du sentiment et de la préférence personnelle et ne satisferait pas aux conditions énoncées par Hume.Un fan des films de Bollywood aura peutètre de la difficulté à mettre son sentiment de côté et à juger de façon objective ces films qui lui procurent tant de plaisir.A l’inverse, l’expert en cinéma ne peut se servir de son autorité pour discréditer ce qui ne cadre pas dans ses préférences personnelles.Qui peut juger de l’œuvre?La réponse se trouve quelque part à mi-chemin entre les deux.La beauté est dans l’œil de la personne qui regarde: voilà qui résume la conclusion à laquelle parvient le philosophe écossais.Si on n’a souvent vu dans ses écrits qu’une simple approche relativiste de l’expérience esthétique, c’est qu’on n’a pas toujours su dégager en quoi son approche, malgré les difficultés qu’elle comporte, était riche.David Hume aurait-il préféré Slumdog Millionaire ou les films de Bollywood?On ne le saura jamais, mais il est certain que l’un et l’autre auraient piqué sa curiosité.Et, qui sait?ils lui auraient peut-être donné envie de danser.P Vous avez un commentaire, des suggestions?Ecrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com.¦ Anciens textes du Devoir de philo et d’histoire: http://www.ledevoir.com/societe/devoirJhilo.html#.
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