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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2009-04-04, Collections de BAnQ.

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I.E I) K V (MR, L F.S S A M EDI I E T II I M A X ( Il E A V RII.2 0 (I !l LITTÉRATURE Les filles de Lori Lansens Page F 3 HISTOIRE Centenaire de foNRF Page F 7 ILLUSTRATION: MICHKL RAIÎAGLIATI Un voyage à la vie, à la mort pour le p’tit dernier de Rabagliati C’est l’événement culturel du printemps dans l’univers du 9' art.Après deux ans d'absence, Paul, le célèbre personnage imaginé il y a 10 ans par l’illustrateur Michel Rabagliati, s’apprête à livrer à ses fidèles, la semaine prochaine, ses sixièmes aventures.Des aventures placées une nouvelle fois sous le signe du voyage, pas très loin de la Vieille Capitale, oui, mais surtout dans la poésie du quotidien.Avec en toile de fond la mort, qui devient encore une fois une belle occasion de célébrer la vie.FABIEN D EGLISE Paul a-t-il été victime du syndrome Paris-Match?C'est la question qui s’impose à la lecture de ses dernières aventures, Paul à Québec (La Pastèque), dont la sortie officielle est prévue la semaine prochaine.Et pas seulement dans le coin de la capitale nationale.Avec un titre pourtant sans ambiguïté, le familier graphiste en deux dimensions se promène en effet, avec sa famille et ses amis, beaucoup à Saint-Nicolas (au bord de la 132), beaucoup à Montréal, un peu à Drummondville, mais jamais dans la métropole de l’est du Québec.Une ville qui l’été dernier a d’ailleurs reçu le même genre de traitement de la part de l’hebdo people parisien: son prétendu «spécial 400 anniversaire de Québec» n’en a eu que pour.Montréal.Odieux.Depuis son sous-sol atelier, dans une résidence ordinaire du quartier Ahuntsic à Montréal, où Le Devoir l’a rencontré la semaine dernière, le bé-déiste fait très vite son mea-culpa.Surtout lorsqu’on évoque la possible montée de lait des animateurs de la radio-poubelle, qui pullulent dans la zone géographique où Paul prétend être allé alors qu’il s’est sournoisement arrêté à 24 kilomètres au sud.Devant la mort «Au début, j’avais intitulé cette histoire La Chanson de Roland, lance-t-il tout en dégustant calmement un micro bol de fruits coupés.Mais les éditeurs voulaient avoir “Paul” dans le titre pour conserver l’esprit de la série.C’est comme pour les Martine [cette œuvre pour enfants des années 50 de Marlier et Dela-haye], on est coincés.Ç’aurait pu être Paul à Saint-Nicolas.Paul à l'hôpital.Paul face à la mort.Finalement, ç’a été Paul à Québec.» L’affront devrait pouvoir être digéré facilement par les citoyens à l’épiderme généralement sensible de la Vieille Capitale qui, malgré le titre un brin décalé, vont très vite se retrouver dans ces sixièmes aventures de Paul.Un Paul qui, une fois de plus, vient cultiver sur planches toute la poésie de l’ordinaire, dans des décors bien de chez nous.Après avoir levé pudiquement le voile sur ses souvenirs de jeunesse dans un camp de vacances, sur son installation dans un appartement de la rue Saint-Denis — en débarquant du métro — ou encore sur la fausse couche de sa blonde — en passant par une partie de pêche —, Rabagliati met désormais le pragmatisme de son coup de crayon au service d’un autre récit tout aussi humain: la mort de son beau-père, le Roland en question, et l’épreuve familiale qui s’est ensuivie pour ses trois filles, dont Lucie, la blonde de Paul.«J’avais envie de raconter cette histoire que j’ai vécue de près», poursuit le bé-déiste, qui a planifié son coup depuis longtemps par l’entremise d’une centaine de petits croquis rassemblés dans un carnet qu’il pointe timidement.«La famille de ma blonde est une famille très serrée.La mort du père a été vécue par les trois sœurs avec beaucoup de beauté.Et je voulais depuis longtemps explorer VOIR PAGE F 2: RABAGLIATI 15 au 19 avril Centre des congrès de Québec www.silq.org rl^i rji |:jrmr* wJ •mm» -m-** —*-» ¦>-«* gît twmm ¦ c c c c ne c WÊÊÊÊKM Vu ‘H* ifv it+vrh'tivt fnrM r»l-i rillri-pMM-t Quebec ««> #106.3 \\ (hr(ft'c IcSoloil l)c“s|rtrilins m MlfRI CMAiNf ^ •* .__________H I> K V 0 I K S A M K I) I I) I M A \ C II K A V \\ I I.LIVR.ES EN APARTE « Mon prisonnier » Jean-François Nadeau Il y a quelques années, Alexis Martin avait voulu réaliser, pour la télévision de nos impôts, une grande série historique consacrée au truculent Camillien Houde.Le projet s’est bien vite embourbé dans des questions financières.Trop cher, les séries historiques avec costumes d’époque.Peut-être est-ce moins cher, quand on y pense bien, de payer pareilles reconstitutions plutôt que le lourd prix d’une déroute commune qu’engendre l’ignorance de l’histoire.Maire de Montréal et député à Québec, Camillien — comme tout le monde l’appelait — jouait les hommes du peuple tout en se promenant en «habit à queue».Au village de mon enfance, où il vint un jour rencontrer mon grand-père, sa cape noire, très théâtrale, avait suscité presque autant d’attention que sa limousine américaine.Ce ventru joyeux, toujours habillé comme une carte de mode, faisait rire le peuple aussi bien que les notables, sachant flatter les inclinations des uns comme des autres, même avec sa mauvaise maîtrise de l’anglais.Deux fois par semaine, il mangeait volontiers des fèves au lard à la Binnerie Mont-Royal, histoire de faire peuple, comme le rappelle le journaliste Robert Lévesque dans Labelle et Camillien, une réédition, sous une même couverture, de deux livres publiés à la fin des années 1970 en collaboration avec l'historien Robert Migner.Camillien, il faut le dire, mangeait aussi volontiers de l’ouvrier, dès lors qu’il croyait que celui-ci menaçait la hiérarchie sociale qui lui profitait si bien.En 1952, au cours de la grève de Dupuis frères, Camillien malmenait les grévistes tandis que continuait de se développer, sous sa gouverne, un vaste réseau de corruption municipale au service des puissants, pègre comprise.Cette année-là, au cours du défilé de la Saint-Jean-Baptis-te, le brave maire, tout sourire et rieur, bien installé dans sa décapotable, reçut une volée d’œufs frais.Le responsable de l’opération se retrouva vite au poste, soutenu contre des policiers vindicatifs par Pierre Vadeboncœur et Michel Char-trand.Un Camillien furieux arriva bientôt à leur suite.«Où est-il, mon prisonnier! Je veux mon prisonnier!», hurla-t-il en entrant au poste, donnant là toute la mesure de son emprise quasi totale sur la vie municipale à l’ère des bordels et des malversations de toutes sortes.Dans la nouvelle présentation qui coiffe Labelle et Camillien, Robert Lévesque a raison de souligner que le populisme d’un personnage comme Houde ou le curé Labelle, l’ami du grand Arthur Buies, n’est qu’une forme creuse qu’habite un homme selon ses intentions du moment.Le populisme peut donc permettre de réunir ainsi sous une même couverture des êtres foncièrement différents-Lévesque surprend, dans les premières pages, par la douceur soudaine qu’il démontre à l’endroit du projet de René Lévesque.Le fondateur du Parti québécois devient sous sa plume, si souvent acerbe en d’autres temps, un homme d’une extrême qualité qui avait entrepris, loin de l’univers du populisme qu’aborde justement son ouvrage, un vrai et solide travail de libération du peuple.Labelle et Camillien est pour l’essentiel un livre intelligent, fruit d’une plume remarquable, une des meilleures du métier au Québec, un ouvrage à lire sans aucun doute, bien que l’ensemble ait passablement vieilli malgré des efforts de rajeunissement sommaires.Robert Lévesque a eu beau débarrasser l’entreprise de son carcan marxiste initial, le travail ARCHIVES LE DEVOIR Le maire de Montréal Camillien Houde, en 1950 demeure conçu comme une «histoire progressiste» qui eût gagné à être actualisée davantage.Peut-être en signe de respect pour Robert Migner, son coauteur disparu qui n’est cependant plus mentionné en couverture de l’ouvrage, il n’y a en effet pratiquement pas eu d’ajouts aux recherches d’il y a trois décennies pour en arriver à cette réédition.Des thèses, des articles et des livres en rapport avec Camillien Houde et le curé Labelle, il y en a pourtant eu plusieurs, depuis le temps.Peut-on aujourd’hui passer sous silence le fait que Houde fut très actif pour faire admettre au pays des criminels de guerre?Une information pareille, documentée, offre d’intéressantes possibilités de précisions quant au corps d’idées réactionnaires de cet homme qui, à sa mort, fut enseveli sous une réplique en marbre italien du tombeau de Napoléon 1er.Défendre l’indéfendable Il y a une quinzaine, j’ai eu un peu honte pour les lecteurs du Soleil.J’ai dit alors que je trouvais pour le moins étrange qu’un chroniqueur de ce journal de Québec annonce en claironnant qu’il plaçait, au sommet de sa bibliothèque idéale, les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline.ç Il est évident que l’œuvre de Céline est Apportante, mais pourquoi choisir comme sommet de celle-ci ses livres interdits de publication, c’est-à-dire les plus furieusement haineux, violents et racistes?Je dois dire que j’ai eu honte de nouveau pour les lecteurs du Soleil cette semaine en lisant la tentative de réplique que m’a servie Didier Fes-sou.Plutôt que de nous expliquer en quoi il trouve les délires haineux de Céline si formidables, au point de les élever à un sommet absolu, le chroniqueur évoque le simple principe de la liberté d’expression, refuge commode dans les circonstances.Ce n’est pourtant pas la liberté d’expression qui est en cause ici, mais le jugement du chroniqueur.On a bien sûr le droit de dire qu’on admire pardessus tout des écrits à ce point haineux.J’imagine qu’on a aussi le droit de demander pourquoi.«Une œuvre de l’importance de celle de Céline ne peut pas se débiter en tranches comme un saucisson, écrit le chroniqueur du Soleil.C’est un tout.» Et pour bien célébrer le tout, M.Fessou jubile donc au nom du pire.Logique, sans doute.Tous les goûts sont dans la nature.Il doit bien y avoir des gens quelque part qui adorent le docteur Joseph Mengele ou Pol Pot.Chacun ses passions.Aujourd’hui, les goûts ne se discutent plus, paraît-il.la liberté d’expression, vous savez.jfnadeau@ledevoir.com EN K K E F Le Prix d’excellence de la dualité linguistique à Linda Leith Linda Leith, présidente et fondatrice du festival littéraire Metropolis bleu, a reçu le Prix d’excellence de la dualité linguistique du Commissariat aux langues officielles d’Ottawa.La fondation Metropolis bleu, qui a été créée en 1996, «est un organisme sans but lucratif voué au rapprochement des dijférentes cultures grâce au plaisir de lire et d’écrire».Ses événements sont présentés au moins dans les deux langues officielles du pays.Ce prix sera remis à linda Leith le 22 avril prochain, lors de l’ouverture du 11 Festival international Metropolis bleu, à Montréal.-Le Devoir Une trentaine d’auteurs pour Livres en fête L’événement Livres en fête se tiendra pour une quatrième année consécutive en Gaspé-sie et aux îles de la Madeleine, du 16 au 26 avril prochain.On y attend une trentaine d’auteurs, dont François Barcelo, Michel J.Lévesque, Marie-Louise Guay et Patrick Sené-cal.Quelque 530 activités sont prévues, dans 52 localités.Plusieurs se dérouleront dans les écoles et les bibliothèques de la région.Quelques tournées sont prévues, dont celle du rappeur Samian et de Michel lambert, qui prononcera le souper-conférence «Les mots à la bouche».Pour information: www.livresenfete.org.-Le Devoir RABAGLIATI «Faire de la bédé, c’est un travail tranquille.Moi, je suis un gars de sous-sol » SUITE DE LA PAGE Fl la profondeur de cette tranche de vie dans une aventure de Paul.» Le propos est très sombre.Mais forcément, dans les mains du sympathique personnage de Rabagliati, ce départ se distille sur près de 200 pages avec une certaine douceur, mais surtout sur une trame dramatique contrôlée, ponctuée d’humour et débordant de tous ces petits riens du quotidien qui finalement font beaucoup.«J’ai abordé ce Paul comme une oeuvre d’art, dit-il.J’avais encore une fois envie de faire quelque chose d’adulte, d’unique, de raconter une histoire, comme Lecture d’extraits de la nuit de judas, de J.F.Bouthors, éd.De l'Atelier, 2008.Textes, silences et écoute d'oeuvres sacrées Avec Renée DeVirieux, artiste.Vendredi Saint 10 avril 15 h 00 Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et café-resto f-*'* .2661 Masson, Montréal, Qc aulines SU 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ Avec le soutien de la Sodee sodec Québec n» Les Éditions du Noroît www.lenoroit.com Mon nom Normand de Bellefeuille Agonie d'André Breton Agonie d'André Breton » Jean-Yves Collette XUSION (§, - Ml II IA *•••*» un roman, de manière émotive tout en gardant le lecteur captif.Oui, il s’agit de la mort.Mais c’est aussi et surtout un récit qui porte sur la vie.» Un héros dans la marge Pour cette nouvelle aventure, Paul, le héros, se retrouve étrangement en marge, cantonné cette fois dans un rôle plutôt secondaire de chauffeur.Un chauffeur qui s’arrête d’ailleurs au célèbre restaurant de l’autoroute 20, le Madrid, pour chercher un sens à cette institution, mais qui va aussi laisser toute la place à Suzanne, Lucie et Monique, les filles de Roland, le beau-père qui, lui, est vraiment allé à Québec dans sa jeunesse.Une poignée de planches en témoignent d’ailleurs, donnant du coup un semblant de cohérence au titre.«Pour la dramatique, il fallait que je raconte la vie de cet homme, dit Rabagliati, dont la propre existence croise depuis le début celle, fictive, de son personnage.C’est vrai que Paul est un peu moins présent.Il est moins le centre d’attention.Mais ce qui est formidable ftAfcagtiAtl JM T-«- avec ce personnage et cette série, c’est que ça marche pareil.» Après deux ans de travail intensif pour accoucher de cette histoire, «deux ans moins un mois pour illustrer la pochette du disque de Mes Aïeux», précise-t-il, c’est donc avec beaucoup de confiance que le bédéiste se prépare à lâcher une nouvelle fois dans notre écosystème culturel cet autre tome de Paul.«Je pense que ce livre est bon, dit Raba- gliati.Comme écrivain, je commence à prendre de l’expérience.Je sais comment moduler les émotions dans un réât.Et puis ma blonde l’a lu, thtes éditeurs aussi, et ils l’ont aimé», ajoute l’illustrateur, qui dit désormais consacrer le plus clair de son temps à Là bande dessinée.«Plus ça va.plus je sens que le monde de l’illustration est derrière moi.» Mais bien sûr, à Limage de ce héros du quotidien, simple, ordinaire mais jamais simpliste, qu’il a fait naître il y a lO ans avec Paul à la campagne (La Pastèque), l’assurance dé l’auteur à quelques jours d’un lancement officiel reste très relative.«Faire de la bédé, c’est un travail tranquillè.Moi, je suis un gars de sous-sol, résume-t-il lorsqu’on lt|i parle de l’engouement qtie devrait susciter son nouveau-né tout comme le battage médiatique qui risque d’accompagner sa venue au mondé.«J’ai une petite vie.Je ne sûis pas une vedette de cinéma.Alors, en ce moment, je prends des pilules pour dormir.» Le Devoir Benoit Séguin ja.confrontation entre un prof aphone et un chargé de cours marginal.La Voix du maître 312 pages ?Hurtubise www.hurtubisehmh.com ci K DE C» A-5//:/+^C I- E I) E V 0 I li , 1.K S S A M EDI I E T D I M A X (' Il K 5 A V II I I 2 (I 0 !) LITTERATURE Ensemble c’est tout ?Danielle Laurin Cm est un livre étrange.Un livre comme ^ vous n’en avez jamais lu.Avec des personnages comme vous n’en avez probablement jamais vu.Et pourtant, vous aurez l’impression d’être en terrain connu.Paru en anglais en 2005, traduit dans une quinzaine de pays, c’est le deuxième roman d’une Ontarienne, scénariste de métier, qui vit aujourd’hui à Los Angeles: Lori Lansens.Au Québec, c’est Alto, cette petite maison qui a du flair, qui a mis la main dessus.Et ce sont des as de la traduction, Lori Saint-Martin et Paul Gagné, qui signent la version française.Le titre est tout simple: Les Filles.Ça commence comme ça: «Je n’ai jamais regardé ma sœur dans les yeux.Je n’ai jamais pris mon bain toute seule.Je n’ai jamais tendu les bras vers une lune ensorceleuse, la nuit, les pieds dans l’herbe.» Et ça continue: «Je ne suis jamais allée aux toilettes dans un avion.Je n’ai jamais porté de chapeau.On ne m’a jamais embrassé comme ça.» Inattendu, intrigant, non?Celle qui parle s’appelle Rose.Celle qui écrit, pardon.Car il s’agit d’une autobiographie.Une autobiographie un peu particulière: Rose, 29 ans, est jumelle conjointe.Attachée par le crâne à sa sœur, Ruby.Les deux ont une veine essentielle commune et n’ont jamais pu être séparées.Ce qui fait dire à Rose: «J’aime ma sœur comme je m’aime.Et je la hais de la même façon.» Rose a toujours voulu être écrivaine.Si elle s’est décidée à écrire son autobiographie maintenant, c’est qu’elle se sait condamnée: elle a un anévrisme au cerveau, qui menace à tout moment d’éclater.Et qui, par le fait même, met la vie de sa jumelle en danger.Pas de temps à perdre.D lui faut écrire son his- toire, comme une sorte de testament, de legs adressé au reste du monde.Mais, puisque Ruby fait nécessairement partie de sa vie, elle lui demande d’écrire elle aussi des parties du livre, question de donner son point de vue.Une consigne cependant: elles n’ont pas le droit de lire ce que l’autre écrit.C’est top secret.C’est ce qui rend le roman intéressant, ce qui en fait un livre fort, intense, drôle, troublant: les deux récits alternent, s’entrecroisent, se complètent, se contredisent.Ce qu’on retient les filles ont beau être soudées l’une à l’autre depuis leur naissance, avoir une complicité à toute épreuve, elles sont deux personnes distinctes, complètement différentes.Récapitulons.Elles sont nées dans un petit village ontarien, un jour de tempête.La mère, une jeune paumée, a très vite disparu du décor.Les filles ont été élevées par une femme et un homme adorables, qui les ont aimées plus qu’elles n’auraient jamais pu l’espérer.Surtout, leurs parents adoptifs, qu’elles appellent affectueusement Tante Lovey et Oncle Stash, les ont toujours considérées comme deux personnes à part entière.Tante Lovey, surtout, a toujours insisté là-dessus: leur individualité propre.Elle les a toujours amenées, aussi, à se dépasser, à ne pas s’apitoyer sur leur sort A développer leur autonomie.Très tôt, elle a vu, elle a compris: «Ce sont des jumelles.Pas une fille avec deux têtes.Deux filles avec une tête chacune, qui se trouvent simplement à être soudées ensemble.» Evidemment très jeunes, elles ont appris à faire des compromis.Rose peut marcher, elle est plus forte, plus grande que Ruby, c’est elle qui supporte le poids de sa sœur: même si l’autre n’a pas envie d’aller quelque part, elle doit suivre.Jusqu’à un certain point.Car lorsque Rose a voulu aller à l’université pour étudier la littérature, Ruby a mis son veto.Et a gagné.D’où une grande frustration chez Rose.Rose aime le baseball à la télé, mais pas Ruby; Ruby se passionne pour l’histoire des autochtones, adore faire des fouilles sur le terrain, mais Rose préfère rester allongée pour lire, ou griffonner des poèmes.Comment faire pour que l’une et l’autre y trouvent leur compte?Imaginez lorsque l’amour leur tombe dessus! Imaginez lorsque Ontarienne d’origine, Lori Lansens, scénariste de métier, vit aujourd’hui à Los Angeles.LAURA STARKS l’une veut embrasser un garçon.Imaginez le moment de faire l’amour.Aujourd’hui, les filles gagnent leur vie, travaillent dans une bibliothèque: Rose s’occupe du classement et Ruby fait la lecture aux jeunes.Mais, «pour des raisons évidentes, nous ne travaillons jamais toutes les deux en même temps», précise l’une d’elles.Il y a, dans ce roman, une touche d’humour irrésistible.Une légèreté de ton.Une constante autodérision.Une façon de banaliser tout ce qui, à première vue, sort complètement de l’ordinaire.Pourtant, derrière, on sent bien l’émotion.Le cœur qui palpite.Le temps qui presse, le danger qui guette.Nous savons, les filles savent qu’elles vont mourir.Il y a bien quelques longueurs.Pas tellement lorsque Rose, soucieuse de remettre les choses en contexte, maniaque du détail, multiplie les digressions: là, c’est plutôt savoureux.Mais il y a une histoire de voyage en Slovaquie qui n’en finit plus, qui ralentit inutilement le rythme, bref, dont on se serait passée.Reste que Les Filles se distingue par un relus du voyeurisme, du sensationnalisme.Par la justesse de ton.Jamais nous n’avons l’impression d’être dans un cirque, d’avoir devant les yeux des objets de foire.Au contraire, malgré toutes les situations à première vue invraisemblables qui sont décrites dans ce roman, malgré l’aspect bizarroïde des filles, on en vient à s’identifier tout à fait à elles.On vit tous les événements avec elles, on est dans leur tête à elles.La question qui traverse Les Filles, au fond, est vieille comme le monde: comment faire pour exister par soi-même quand on est deux?LES FILLES Lori Lansens Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Alto Québec, 2009,584 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE D’un bout à l’autre des Cantons-de-l’Est CHRISTIAN DESMEULES Townships, le premier livre de William S.Messier, né en 1984 à Cowansville, nous entraîne d’un coin à l’autre des Cantons-de-l’Est.Poésie de cour à scrap, éloge des granges délabrées, ethnographie des classes laborieuses d’un certain Québec rural: les portraits sensibles et les histoires parfois déjantées que propose Messier sont teintés d’une authenticité «vernaculaire» réjouissante et plutôt bien maîtrisée.Ici, son regard sans complaisance se pose sur les serveuses siamoises d’une fameuse cantine {«Elles partagent un petit doigt et servent les meilleures frites de Sainte-Céline à Saint-Basile», dit la publicité) .Là, on assiste à une filature minable sous la forme d’un minuscule roman noir très réussi (savoureux Jean- WtUIAM S.MESSIER " ! Tysÿÿ - à“i «j J; ! iif 5C,; MàtS rf'&rigirt# Claude Lauderdale, dont on redemande).On y retrouve aussi de longs instants d’ennui comme seuls savent en distiller les coins de pays à l’horizon trop large, quelques airs de blues, une partie de hockey junior qui dégénère: entre Venise-en-Québec, Bedford, Sherbrooke et Sainte-Cé-cile-de-Milton, Townships ratisse large.Sous-titré «récits d’origine», le recueil comporte aussi sa part de fragments vintage d’une enfance vécue à la campagne, comme ces quelques heures passées à la foire agricole de Bedford: «Un grand orchestre derrière la barrière fabrique des cris de filles et d’enfants, des roulements de wagons, des rires, des froissements de tôle, des rigodons de crieurs d’encan — et presque des vagues d’océan, derrière les cris des mouettes.Et, une fois de temps en temps, une comptine d’enfant, étirée au bout d’un siège de navette spatiale.» Franchement prometteur.Collaborateur du Devoir TOWNSHIPS Récits d’origine William S.Messier Marchand de feuilles Montréal, 2009,114 pages ARCHAMBAULT “I Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Volume 17 Numéro 2 Bruno rov Journal dérivé Bruno Roy Journal dérivé IV.L’espace privé 1967-2000 Dans ce quatrième tome de son journal, Bruno Roy entrouvre la porte de sa vie privée et apparaît comme un mari amoureux, un père attentif, un ami fidèle et un ardent défenseur des enfants de Duplessis.C’est avec intérêt qu’on suit ses questionnements sur l’identité, la paternité et l’enfance, entre autres, et c’est avec bonheur qu’on mesure son grand amour de la vie.270 p., 16 $ 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 » 1 Æ Téléphone : 514.525.21.70 • Télécopieur : 514.525.75.37 i iMii nr Courriel : inf0@xy2edit.qc.ca>www.xy2edit.qc.ca BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Le Québec ci la Première Guerre mondiale Distribution : les Messageries ADP | ISBN 978-2-89649-0B9-9 unites.uqam.ca/bhp DEMANDEZ-LE À VOTRE LIBRAIRE PROCHAIN NUMÉRO : L’idée de république au Québec À PARAÎTRE EN MAI vlb éditeur Une compagnie de Québécor Media ROMAN CHRONIQUES D'UNE MÈRE INDIGNE T.Z Caroline Allard (Septentrion) A.N.G.E.T.5 Anne Robillard (Michel Brûlé) L'ANGLAIS (TEST PAS UK LANGUE.Jacques Poulin (Leméac) LE SHACK W.Paul Young (Le Jour) LE LISEUR Bemhard Schlink (Gallimard) ti| SANS UN MOT Harlan Coben (Belfond) LE DANGER ARCTIQUE Robert Ludlum / James Cdbb (Grasset) ÏTTj t» j LES PIUERS DE Ut TERRE Ken Foiled (Livre De Poche) ¦Tl MIUÉNIUM T.1, T.2 el T.3 Stieg Larsson (Actes Sud) HKPQ Michèle Plomer (Marchand de feuilles) JEUNESSE FASCINATION T.2: TENTATION Stephenle Meyer (Hachette Jeunesse) ERAGON T.3: BRISINGR Christopher Paoiini (Bayard-Jeunesse) LE GUIDE OFFICIEL OU FILM TWILIGHT Mark Cotta Vaz (Hachette jeunesse) OUVRAGE GENERAL VISIONS T.1 : NE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) SIONRAH T.1 : LES HÉRITIÈRES Une Bordeleau (Québec Amérique) U PREMIÈRE FOIS DE SARAH-JEANNE Marie Gray (Guy Saint-Jean) LES CHRONIQUES DU JEUNE HOUHMT.1 Denis Ramsay (Réunis) CLUB DES DISEUSES T.1 : LA RLIETTE.Dottl Enderle (Ada) UES ÉTOILES SUR LE LAC Michel Lavoie (Vents D’Ouest) TRAPÈZE AMOUR ET JONGLERIE Émilie Rlvard (Boomerang) TELLE MÈRE, QUELLE FILLEI S.Thibault / M.Larouche-Thibault (de l'Homme) RENÉ ANGÉUL: LE MAITRE DU JEU Georges-Hébert Germain (Libre Expression) LA BIBLE DES ANGES Joane Flansberry (Dauphin Blanc) ¦l MAUDITE FOLLE 1 Kd Varda Étienne (Intouchables) L'ENVERS DE MA VIE M.-C.Toupin/M.Gervais (Un Monde Différent LES 7 ÉTAPES DU LÂCHER-PRISE Colette Portelance (Du Cram) 1^ CONFIDENCES D’UN AGENT DOUBLE.Bernard Tétrault (Publistar) ROBERT PATTINS0N Paul Stenning (Hachette) CRÉATURES FANTASTIQUES OU QUÉBIXT.2 Bryan Perro / Alexandre Girard (Intouchables) LE LANGAGE UNIVERSEL DU CORPS Philippe Turchet (de l’Homme) ANGLOPHONE BREAKING DAWN V.4: TWILIGHT Stephenle Meyer (Little Brown & Co) TWIUGHT: DIRECTOR’S NOTEBOOK Catherine Hardwicke (Little Brown & Co) WATCHMEN Alan Moore / Dave Gibbons (H.B.Fenn) DEVIL BONES Kathy Reichs (Pocket) TWIUGHT: THE COMPLETE.Mark Cotta Var (Little Brown & Co) g DREAMS FROM MY FATHER : A STORY.Barack Obama (Three Rivers) CITY OF GLASS Cassandra Clare (McEWerry Books) HOLD TIGHT Harlan Coben (Signet) MARKED IL 1 P.C.Cast / Kristin Cast (St.Martin’s Press) ACT LIKE A LADY, THINK LIKE AMAH Steve Harvey (Amistad Press) £ok\S0\^ écorne en vigueur jusqu’au 15 3 Viyucui ., -x\ fau 15 avril ¦ - 'jç' V'‘'-T I K I» K V OIK.I.K S S A M EDI I E T It I M A X < Il E 5 A V II I I.2 O (I !» F I LITTERATURE Entre la bonne et les fourneaux Louis Hamelin A l’époque où elle faisait paraître Professeurs de désespoir, Nancy Huston, citant son grand ami l’écrivain suédois Truc Machin, avait dit en entrevue quelque chose comme: non seulement la création littéraire n’est pas incompatible avec le fait d’avoir des enfants, mais tout écrivain (pour être bon, complet, etc.) devrait avoir des enfants.On ne s’attend pas à ce retour du vieux péché d’empêcher la famille chez une membre en règle de l’intelligentsia parisienne.Personnellement, je trouve les enfants souvent beaux comme des chevreuils et j’admire les parents qui les ont, mais la moindre trace de prosélytisme chez ceux-ci me fait aussitôt débander.Tu ne sais pas ce que tu rates.Je sais parfaitement bien ce que je rate et parfaitement bien ce que je m’épargne.Je lisais cette entrevue avec Huston et je me disais que c’était tout de même là le discours de quelqu’un qui a les moyens de se payer la nounou et la bonne.Avoir une bonne ou pas, remarquez, est autant affaire de culture que de revenus.Hugo, oui, bien sûr.Bukowski, non.Et d’après mes renseignements, les écrivains ont rarement des chats et des bonnes en même temps.Si vous faites partie du sérail des lettres américaines, avec un pied dans ce marché d’histoires où une nouvelle peut se vendre quelques milliers de dollars à un magazine comme Playboy ou The New-Yorker, il se peut que vous fassiez le calcul suivant: les dollars gagnés avec les histoires écrites pendant les heures dérobées à bébé-cuisi-ne-lavage vont servir à payer la bonne.Ce calcul, c’est celui de Mrs D.dans Mrs D.et ses bonnes, une nouvelle conçue autour d’un défilé de braves filles, sur le thème de ce Saint-Graal de la bourgeoisie: la bonne bonne.C’est un texte drôle et bien aéré, où passe comme un éclair une étude sociohistorique de la condition domestique à l'époque moderne: «Mrs D.aura au moins une centaine de bonnes dans sa vie.A un moment donné, elle ne les appellera plus bonnes, mais femmes de ménage.Désormais, elles ne vivront plus sur place, mais elles seront logées ailleurs.» Cora, Nellie, ces femmes bonnes et moins bonnes qui passent et repartent, écrivent parfois pour donner des nouvelles.Et sachant que l’au-teure, Lydia Davis, a été la traductrice de Proust, on se souvient, c’est plus fort que nous, des grandes servantes de la littérature: la Françoise de la Recherche., Martha dans Belle du Seigneur, la Félicité de Flaubert.et la nouvelle de Davis, nonobstant les éternels caprices des maîtresses insatisfaites, devient alors un hommage à toutes ces filles dont les pensées, et la simplicité qu’on leur prête, s’offrent en défi aux gendelettres qui les engagent, car, comme l’exprime si bien l’une d’elles, dans une lettre au fils de son employeur: «Tu ne sauras jamais ce que je ressens à faire le ménage à longueur de journée, car tu n’auras sans doute jamais à en passer par là.» Influences de la procréation Raymond Carver a écrit, quelque part, que le fait d’avoir eu des enfants au moment même où démarrait sa carrière littéraire avait fait de lui un auteur de nouvelles plutôt qu’un romancier.On pourrait soupçonner une influence similaire de la procréation sur l’art de Lydia Davis, du moins si on lit, comme le ton semble nous y inviter, un texte comme Bébé, mode d’emploi à la manière d’un morceau d’ironie à saveur autobiographique.Et en fait, tout le recueil donne l’impression de pouvoir être lu comme une autofiction déguisée, un exemple de ce que ce genre pourrait donner entre les mains d’une narratrice allu- sive et intelligente, capable de le faire éclater.Le «je» ici est à la fois souverain et insaisissable.On est dans une littérature sans personnages, où les humains sont esquissés et laissés à l’état de silhouettes sans épaisseur pour servir de décor aux amusements brillants d’une langue qui oscille entre les formes gratuites de deux absolus: la poésie et les mathématiques.C’est une école très française, très fréquentable, on peut même parler d’une tradition qui peu après le milieu du vingtième siècle s’est scindée pour donner, d’un côté, l’OuLiPo et la pataphysique, et de l’autre, le nouveau roman.En lisant Kafka aux fourneaux, on JEAN- FRANÇOIS LEBLANC LE DEVOIR Selon Nancy Huston, tout écrivain devrait avoir des enfants.Vraiment?m comprend vite que les influences françaises de Lydia Davis doivent très peu au petit Marcel et à sa tante Léonie, et beaucoup au Michel Leiris (qu’elle a aussi traduit) du Glossaire, j’y serre mes gloses.Le même bagage (Blanchot, Mallarmé) qui, chez son ex, Paul Auster, pardon pour le potin, a produit une œuvre romanesque d’une facture relativement classique se traduit chez elle par des proses ludiques, légères, d’une brièveté parfois poussée à l’extrême.Ça change des grands formats affectionnés par les machines éditoriales du pays-du-gros-roman-social.Pour tout dire, en plus de pétiller, ça repose! C’est aussi, bien souvent, un peu vide.«J’ai mis ce mot sur la page, elle a ajouté l’apostrophe.» Voilà.C’était une des 48 proses (pour 188 pages) que contient ce recueil, intitulée Mouche et moi.Bien sûr, mieux vaut écrire ça qqe de bâiller et risquer de l’avaler, la moùche.A certains moments, j’ai pensé aux Voyelles de Sarraute, qui m’était tombé des mains au bout de quelques pages.À d’autres, Davis me rappelle Beckett, celui de Molloy marchant avec des petits cailloux dans ses poches et finissant par jongler avec l’infini.Mais ça peut virer au procédé.Dans une seule nouvelle, éponyme, l’auteure embrasse franchement les moyens traditionnels de la fiction.Prometteur par sa prémisse (les angoisses de Kafka recevant Milena à souper), l’exercice déçoit J’ose piquer, à ce Kafka-là, une image qui décrit mieux que tout l’effet produit par cette écriture: un colibri qui s’envole d’un parterre de pétunias pour aller se poser sur un bouleau.Et même, un ciboulot à papier.hameli}i3chouette@yahoo.ca KAFKA AUX FOURNEAUX Lydia Davis Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek Phébus Pairs, 2(X)9,188 pages EN BREF Hurtubise HMH se scinde lœs Editions Hurtubise HMH ont pris la décision de diviser leurs activités d’édition et de distribution.La maison d'édition portera donc désormais le nom des Editions Hurtubise et la maison de distribution se nommera Distribution HMH.Elle assurera lq diffùsion des productions des Éditions Hurtubise ainsi que des Editions XYZ, des éditions françaises Marcel Didier, Hatier, Didier et des éditions italiennes Cideb.- Le Devoir 37 rencontre des écrivains La 37' rencontre des écrivains se tiendra sur le thème de la mémoire et des mémoires du 16 au 18 avril prochain.C’est l’écrivaine Louise Dupré qui présidera la rencontre.Paul Chamberland y sera conférencier, le 16 avril, à 17h30, à la Maison des écrivains de Montréal.Dix écrivains du Québec et quinze écrivains de l'étranger se réuniront au cours de cette rencontre lors de trois tables rondes qui seront diffusées par Radio Spirale.Les écrivains y réfléchiront sur le rôle de la mémoire dans l’écriture de la fiction, cette mémoire, rappelle-t-on, n’étant «pas le contraire de l’oubli» mais étant travaillée par l’amnésie et la fiction.Une lecture publique aura lieu le vendredi 17 avril à 17h3().- Le Devoir LA PETITE CHRONIQUE Olivieri Au cœur de la littérature Mercredi le 8 avril 2009 à 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 La littérature comme vagabondage LU image que l’on a le ^ plus spontanément de la littérature est celle d’un écrivain reclus ou d’un lecteur tout aussi sédentaire.Mais il peut arriver qu’un auteur fasse du voyage son occupation première et qu’un chroniqueur littéraire se déplace pour traquer les romanciers dans leur antre.Dans Un chien mort après lui, Jean Rolin part à la recherche des chiens féraux.Qu’est-ce qu’un chien féral?vous demandez-vous avec raison.Qui put se vanter de savoir qu’il s’agit d’une bête domestiquée puis abandonnée.Laissés à eux-mêmes, les chiens adoptent des conduites inquiétantes, obéissant à des règles imprévisibles.Pour en avoir le cœur net, Jean Rolin accomplit un étonnant tour du monde.Allant, entre autres destinations, du Caire à Miami.Bucarest, Zanzibar, sans oublier Athènes, Pékin ou Beyrouth, il n’a de cesse qu’il n’ait trouvé de ces meutes de canidés.S’il n’était qu’un de ces obsédés livrés à une passion trop exclusive, on ne le suivrait pas avec autant d'intérêt tout au long des 346 pages de son livre.C’est qu’il est surtout un écrivain.11 sait Gilles Archambault Mégapolis Les derniers pas de la flâneuse Régine Robin Causerie Afin de souligner la parution de son livre Mégapolis, les derniers pas du flâneur, Stock, 2009, une invitation au voyage, entre Londres et Buenos Aires, entre imaginaire, cinéma et littérature., Animateur Robert Lévesque voir et décrire.Il avoue ne pas se passionner de savoir si vraiment «le chien résulte de la domestication du loup» ou «s’il s’est fait tout seul, dans le voisinage de l’homme, mais sans l’intervention délibérée de celui-ci».Il poursuit une enquête obstinée tout en maintenant par rapport à son sujet une distance amusée qui nous retient Pourquoi ce titre curieux?On apprend en cours de lecture qu’il s'agit de la phrase finale de Sous le volcan de Malcom Lowry.Ce n’est pas le seul recours à la littérature ou au livre que l’on trouve dans cette odyssée.Flaubert, le Flaubert voyageur en Orient, mais aussi de nombreuses références livresques ayant rapport au sujet traité.Pourtant on se demande parfois si le thème choisi importe vraiment à l’auteur ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un questionnement métaphysique.Ces chiens errants ne sont-ils pas une image de nos sociétés?Jérôme Garcin a d’autres fréquentations.On le sait passionné d’équitation, mais on n’ignore surtout pas qu’il est un connaisseur de la littérature et des écrivains qui la font.Reprenant une initiative inaugurée jadis dans Littérature vagabonde, il visite des écrivains divers dans Les livres ont un visage.Dans un certain nombre de cas, il s’agit d’amis très chers.Ainsi François Nourissiet.Dans d’autres, d’écrivains qu’il respecte.Ainsi Julien Gracq ou Jean-Marie Gustave Le Clézio.En homme poli, il sait regarder sans qu’il y paraisse.Comme il a de la mémoire, il retient ce qui fait l’intérêt de la description à venir.Et surtout, il a lu les œuvres des auteurs qu’il rencontre.On est loin des interviews à la va-vite.Le visiteur est à la fois impressionné et curieux, il a le sentiment de violer une intimité.S’il s’y résout, c’est qu’il est mû par ce qui ressemble à une dévotion.Est-il besoin d’ajouter que j’ai adoré ce livre?Un livre qui témoigne, et ce n’est vraiment pas superflu en 2009, que l'admiration plus ou moins grande que l’on porte à des livres et à leurs auteurs n’est plus un luxe.C’est une nécessité.Pour le reste, on se réserve de mépriser à l’occasion des politiques pour qui le goût de la littérature, et sa vie même, ne serait qu’une distraction au même titre que la pratique du curling ou du tricotage au crochet.Amateurs de belle prose française, une proie de choix.Un style maîtrisé, une sensibilité jamais absente, une incitation à la lecture, voilà ce que promettent et livrent ces entretiens, ou plutôt, ces rencontres avec des créateurs, écrivains ou artistes.UN CHIEN MORT APRÈS LUI Jean Rolin EO.L Paris, 2009,346 pages LES LIVRES ONT UN VISAGE Jérôme Garcin Mercure de France Pairs, 2008,234 pages Le plaisir de lire, une richesse accessible a tous Et tant d'univers à découvrir! Alire, Librairie indépendante agréee 450.679.8211 | Place Longueuil POÉSIE Ces primitifs désirs HUGUES CO RR IVEAU Comment se remettre du malheur extrême de perdre un enfant, ne serait-ce qu’à le voir vieillir?«Là dans le détour de la douleur / sans prévenir / il y eut cette plainte ouverte / cette brèche dans le refuge des cris / profonde comme l’urgence d’une lame.» En fait, on accompagne la naissance des récits qui ont pu nommer la vie, qui ont aussi créé du silence entre les êtres, «quand la garce mort / engouffrée dans la fibre molle des os / gruge vorace les cendres rouges de nos blessures».Pourtant, ambigu, il flotte un je-ne-sais-quoi de machisme dans les poèmes de Gilles De-vault, un goût de violence quand les femmes redécouvrent le désir, cherchant «la caresse mâle des griffes», «des armes dressées sur les lèvres / des glaives des torches des pieux»; ces «femmes se mirent à hennir dans leurs songes / femelles / ivres profanées / bercées et sacrifiées à nouveau».Le poète a la nostalgie des pulsions originaires ou frustres, traduit d’inquiétants constats: «on ne peut endiguer tout à fait le venin des guerres / on ne peut arracher tout à fait l'élan des semences».Pourtant, c’est plein de petits moutons pour endormir et de peaux alanguies sous les caresses.Allez donc savoir à quoi rêvent les hommes.En souvenir de Castaneda?Qui se souvient de Castaneda?Qui se rappelle les enseignements que lui aurait transmis un Amérindien, supposément Yaki?Les chakras de Pierre DesRuis-seaux ont un peu de cette naïve té bon enfant, surfant sur une sagesse un peu lasse des brutalités du monde, car au «commencement ily a / comme une soif / à chaque parole / qui questionne».On se croirait vraiment revenu aux années folles de la contreculture, quand on lit le titre d’un de ces poèmes: tout revit par le peyolt.Irrésistible, le bonheur qui nous en viendrait alors, comme au moment du «fourmillement tangible / des pêcheurs sur la Playa Norte / perdus attendant la barre du jour / que la brume se lève / ou ici un sourire béat».Pierre DesRuis-seaux est en voyage, confronte civilisations ancienne et moderne, enseignements séculaires et immédiateté des sciences actuelles.En regard de cela, le recueil prend ses réelles dimensions d’introspection et de fouilles archéologiques, afin de «parcourir les choses inamovibles / pour que le premier mot vienne fragile / par moments incommunicable / plus léger que le savoir».Ce recueil est destiné à ceux qui aiment la sagesse profuse venue de l’écoute, malgré le désespoir final, au moment du dernier poème.N’empêche, il faut «tenir un tant soit peu / pour réinventer sans fin la vie».Collaborateur du Devoir PAR DELÀ LES BARQUES ENDORMIES Çilles Devault Editions d’art Le Sabord, coll.«Recto Verso» Trois-Rivières, 2008,68 pages CHAKRAS Pierre DesRuisseaux Editions du Noroît Montréal, 2008,66 pages Le recueil de Pierre Des Ruisseaux est destiné à ceux qui aiment la sagesse profuse venue de l’écoute LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.*: «wc» ai c c l£l ir*n v L E I) E V OIK.LES S A M EDI 1 E T I) I M A X ( Il E 5 A V K I L 2 II !l LITTÉRATURE FRANÇAISE Sous la surface tranquille GUYLAINE MASSOUTRE Mathieu Lindon est né en 1955, en Normandie; Marc Dugain, la même année, au Sénégal, et il vit au Maroc; Olivier Adam, né en 1974 en banlieue parisienne, vit en Normandie.Us ont en commun d’investir la condition masculine.L’un défend l’enfance, l’autre le détour par l’expérience du lointain, le troisième la paternité.En enfance, de Mathieu Lindon, est une autobiographie distancée par l’usage de la troisième personne.Ce beau récit, simple et vrai, campe un clan d’enfants, encadré par de hautes figures parentales (Jont l'un fonda et dirigea les Editions de Minuit.Qu’on en saisisse la portée.En 2007, Lindon était débouté pour avoir défendu son combat dans un roman contre les idées de Le Pen: pour quelques lignes dans Le Procès de Jean-Marie Le Pen, paru chez P.O.L.en 1998, le leader du Front national l’avait fait condamner en diffamation.Ce jugement était confirmé par la Cour européenne des droits de l’homme, mais la béance sur les rapports d’un roman avec le réel, entre jugements de valeur et base factuelle, relançait un débat qui n’a fait que s’intensifier.Dans En enfance, à ce père sérieux, absent malgré son attachement familial, le souvenir s’attarde moins qu’au bonheur.Il plane cependant un silence qui ressemble au secret Les jeux innocents, qui forgent la personnalité sensible, cachent mal une anxiété.Entre les lignes, on cerne les feintes et les coïncidences, où l’éducation à la liberté laisse l’enfant au seuil d’une responsabilité indicible.Pour rassembler les éclats d’un monde tôt senti, le garçonnet investit des émotions.Il acquiert le contrôle de soi à même cette fragilité.La domination familiale nimbe ses perceptions d’une brume de beauté.En enfance fait sentir les «flux d’humeur incontrôlables» que l’intelligence docile a reçus en partage.Il peint ainsi le doigté qui a forgé son éducation.Très tôt, l’écriture est apparue: "[.] l'invention est un pays dans lequel il aime vagabonder».Ce pli de liberté s’est inscrit dans l’activité étrange d’écrire.L’expérience de la réalité avec les années s’y est renforcée.Instabilités Les sept nouvelles d’Ew bas, les nuages, de Marc Dugain, tracent des profils masculins autrement fantasques.L’un, pompier new-yorkais, trouve le bonheur en se rendant indispensable à une riche octogénaire dans le Pacifique.Tel autre manigance le sauvetage en province de sa maîtresse chez sa femme, lors d’une pandémie de grippe aviaire.Tel autre encore transforme une aventure californienne en sauve-qui-peut mexicain.Ces nouvelles, plaisantes mais un rien bavardes, défendent l’imprévisible.Un personnage arpente San Francisco en justifiant la force d’attraction américaine, puis le voici à New York un certain 11 septembre.Malgré des invraisemblances, cette «légende naïve de l’Ouest américain» veut illustrer la figure aveugle du destin.Les Vitamines du soleil, Montparnasse et Vent d’est présentent également des parcours atypiques d’individus plutôt falots et anonymes.L’ensemble est marqué par le fait divers absurde et l’incertitude des parcours vécus.Toute vie est traversée de météores et, à ce titre, inachevée.D’où le titre, En bas, les nuages, un renversement bien trouvé.Le recueil finit comme il se doit, en queue de poisson.Paternité Olivier Adam, dans Des vents contraires, imagine avec brio la vie qu’un père, responsable de deux jeunes enfants, a vécue durant quelques mois.Sa femme a disparu.Revenu au microcosme de son enfance au bord de la Manche, cet homme affronte l’épreuve plus simplement que dans la capitale.Il a beau être chômeur et alcoolique, il se débrouille en aimant les petits, qui perçoivent finement la situation.Lamentation en prise sur le quotidien, l’analyse fouillée des cœurs sonne juste.Les égarements du père, son insomnie et son désir plus ou moins protecteur, en somme la détresse que partagent ces trois êtres, privés de repères, sont balancés par d’autres portraits justes de personnages secondaires.L’histoire se dédouble.Paternité non assumée, garde interdite d’un fils, stérilité d’un couple, responsabilité éducative imprévue, Adam montre une sensibilité réelle aux brouillons masculins, quand la paternité les rejoint au même titre que leurs affects d’adultes.Les éléments hostiles, vents et marées autour de cette histoire attachante, moins rugueuse que chez Yann Queffelec, offrent un scénario pour le cinéma.On imagine ces images, ambiances, réalités brutes et tendres, tournées par Jacques Doillon.Les réalités sociales y font un tableau bien brossé.Quant au sort des femmes, il subit des revers cuisants qu’Adam sait nuancer.Collaboratrice du Devoir EN ENFANCE Mathieu Lindon RO.L Paris, 2008,341 pages EN BAS, LES NUAGES Marc Dugain Flammarion Paris, 2009,319 pages DES VENTS CONTRAIRES Olivier Adam Le Seuil Paris, 2009,255 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature André Lacroix Critique de la raison économiste L’économie n’est pas une science morale André Lacroix Critique (li1 la raison économiste f&wtMtnir uest [nu science morale 184 pages, 22 dollars (^Michel Caton F r> LITTERATURE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Étreinte géographique de la Pointe-Platon SUZANNE GIGUERE De l’étreinte entre une géographie et des randonneurs naissent parfois des livres singuliers.Au cours d’une promenade, un couple déboule dans un rude paysage.Une pointe de roche plate — la Pointe-Platon — s’avance dans le fleuve Saint-Laurent.Us découvrent le domaine Joly-De Lotbinière.Le parcours est ici buissonnier.La narratrice à l’imagination rêveuse et son compagnon, chu-choteur des poésies de Nerval, se laissent transporter par l’esprit des lieux.Ils imaginent des rencontres improbables, commencent à dialoguer avec les fantômes d’hommes et de femmes qui ont habité ou visité le domaine au cours des siècles.Dans un récit réjouissant où la fiction et l’Histoire s’entremêlent, fiction prise entre le réel et l’imaginaire, à la croisée de la vérité et d’accrocs faits à l’Histoire.Le premier ancêtre aperçu, Pierre-Gustave Joly, est debout sur la grève, à l’endroit même où le couple observe le domaine.Le jeune seigneur y a construit sa maison d’été au début du XK" siècle.Derrière le bâtisseur se Ri îkùhtHIri-iUfctiiii» 'fc'r'bV' > cache un passionné d’astronomie et de peinture.Nous le suivons à Berlin au Kunstmuseum, où, bouleversé par un tableau de Caspar David Friedrich (un homme solitaire dans de vastes espaces naturels), le Suisse mélancolique s’interroge sur le sens de la vie.Douce dérive de l’auteure vers l’âme de son personnage.Retour à la seigneurie.Le fils de Pierre-Gustave Joly, Henri-Gustave, en redingote et col dur, s’avance vers le couple.On doit au député de Lotbinière, chef du Parti libéral du Québec lors de la Confédération canadienne de 1867, la création des premiers parcs nationaux au Québec.Le politicien les invite à le suivre sur le sentier qui mène à Maple House.En remontant le sentier, ils croisent Zita, la dernière impératrice d’Autriche, avec sa famille.Après l’écroulement de l’Empire austro-hongrois, la famille impériale s’est exilée en Europe et en Amérique.L’impératrice s’est-elle réellement réfugiée au domaine Joly?N’était-ce pas plutôt à Rideau Hall?Regards croisés de l’auteure soucieuse de la vérité historique mais à l’imagination fertile.Devant Maple House, c’est au tour de l’agronome Alain Joly d’accueillir avec sa femme la joyeuse équipée.De grands fauteuils sont installés sur le gazon.L’hôte raconte l’histoire de la reine de Bohème et de ses sept châteaux, un conte de chevalerie qui plonge l’impératrice Zita dans son destin poignant.Le cercle disparaît pour laisser place à Edmond Joly, le dernier seigneur du domaine.Ce dernier explique aux deux promeneurs que sa mère s’est inspirée du jardin de Sissinghurst, en Angleterre, pour créer celui du domaine Joly-De Lotbinière.Sissinghurst Castle, dans le Kent, n’est-ce pas là que Virginia Woolf a séjourné à plu- sieurs reprises chez Vita Sackvil-le-West?Evocation fugitive de leur histoire d’amour passionnée («leur liaison saphique ») à l’origine A'Orlando.Les pensées de la narratrice poursuivent leur ballet silencieux, les fantômes de la Pointe-Platon ont nourri son imaginaire.«A l’oubli destructeur, j’oppose donc l’imagination, la fantaisie, des invraisemblances, le caractère imprévisible du vivant, la curiosité de l’esprit, et je ne laisserai personne dire que ce sont là des armes dérisoires.» On connaissait l’intérêt de Marie-Andrée Lamontagne pour l’Histoire.On sait désormais qu’elle a fait de l’imagination son pied-à-terre.Les Fantômes de la Pointe-Platon charme encore par la délicatesse de l’écriture et l’exquise sensibilité de l’auteure.Court récit, long plaisir.Collaboratrice du Devoir LES FANTÔMES DE LA POINTE-PLATON Marie-Andrée Lamontagne Editions du Noroît Collection «lieu dit» Montréal, 2009,88 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Aux frontières du nombre CHRISTIAN DESMEULES Quelques mois avant la tenue des Jeux olympiques de Pékin, Monsieur Ho, petit fonction-naire chinois à la longue carrière, est nommé Commissaire au recensement pour tout le territoire du «Céleste Empire».Chargé de compter plus d’un milliard trois cents millions de Chinois, «des hommes, des femmes, une profusion d’humanité, un pluriel inquiétant», il entend bien accomplir, avec devoir et conscience, la lourde mission qui lui a été confiée.Premier roman à la tonalité fantaisiste de Max Férandon, citoyen de Québec né en France en 1964, Monsieur Ho se distingue par son humour pince-sans-rire, un regard distant sur la Chine, ainsi qu’une touche de poésie qui joue habilement du contraste entre multitude et solitude.Si le style l’emporte parfois sur le fond, le roman maintient cette bulle jusqu’au bout.L’expédition du fonctionnai- re prendra son élan à bord d’un train spécial, le même qu’utilisait en son temps Deng Xiaoping, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois.Forcé, en raison d’une panne de locomotive, de séjourner dans un village reculé aux limites de la steppe mongole, où le chef de gare n’avait pas vu le moindre train depuis dix ans, Monsieur Ho s’offrira «un étirement silencieux du temps» imprévu au cœur d’une immensité dont il ignorait presque l’existence.Curieux de voir où mènent les rails, il s’embarque avec le chef de gare inquiet sur une petite draisine à manivelles qui les emporte tous les deux au-delà du raisonnable.Là-bas, visité par certains fantômes du passé (et notamment par celui de son père, déporté politique à l’époque de la Révolution culturelle), le recenseur goûte «au bonheur indécent d’être seul».A la suite d’une série d’accidents, l’expédition officielle de Monsieur Ho aura tôt tait, c’est entendu, de basculer dans la mélancolie et de se transformer en véritable fiasco.Le Devoir MONSIEUR HO Max Férandon Alto Québec, 2008,174 pages 'i'i Le cabaret Guy-Mauffette: hommage à l’Oiseau de nuit Conférence à la Librairie Monet avec .j»L 1 \ Luc Dupont auteur du livre Guy Mauffette, laboureur d’ondes le dimanche 5 avril 2009 à 15h Entrée libre Réservations: 514-337-4083 libiairiemonet.com Conférence multimédia avec photos, extraits sonores et vidéos d’archives, accompagnée d’une lecture de poèmes de l’Oiseau de nuit.M nous réinventons UT la librairie Librairie Monet, Galeries Nomandie - 2752 de Salaberry, Montréal H3M 1L3 JT Seul dans le noir « Un roman tort, il faut le dire, qui remet en question la notion de l'Homme au cœur du désordre, qu'il soit politique ou intime.» - Jade Bérubé, La Presse « Auster compose un hymne au romanesque, surfe sur les glissements progressifs do In fiction Ne pas rater les discussions sur les mérites compares du Voleurs de bicyclettes et de La Grande Illusion.Welcome back.Mister Auster >• - Eric Neuhott, Madame Phj.arc « Une œuvre dépouillée mais combien torte et dont lo ton intimiste lui convient admirablement Après tout n'est-ce pas ce ton que I on prend pour se parler, seul dans le noir ?•• - Louis Émond, Lr.trv - (514) 524-55.r>8 lemeacAPIemeac.com ICaBKMMHBHHNMI lipWCMMMBBBWMflWEMCMBBBMBMHWMPMWWC Cl B» !¦ V 11 .I.K S S A M EDI I K T I) I M A N ( Il E 5 A V R LIVRE PHILOSOPHIE Sari Nusseibeh, un philosophe palestinien dans la tourmente Impossible de lire les mémoires de cet homme comme la simple expression de la résistance palestinienne.Sari Nusseibeh met en relief à la fois une sorte de résilience devant la violence, une capacité de l’absorber et de s’en extraire presque ironiquement et un génie politique poursuivant inlassablement la paix.GEORGES LEROUX Ne le 12 février 1949 à Damas, Sari Nusseibeh a grandi à Jérusalem au sein d’une famille palestinienne qui y était établie depuis toujours.Comme tant d’autres, cette famille aristocratique vivait au contact du sionisme, élevait ses enfants dans la culture britannique et ne savait trop comment lire les signes du déclin de la société palestinienne sous le mandat.Décrivant le milieu bourgeois où son père, avocat réputé, exerçait une autorité politique certaine, Nusseibeh ne peut s’empêcher de noter la profondeur de la désillusion des élites après la déclaration Balfour.Acquis amc idéaux du panarabisme, les membres de ces élites croyaient leur société capable d’évoluer vers un pluralisme ouvert et tolérant, où cohabiteraient chrétiens, juifs et musulmans.Après les attentats de l’hôtel King David en juillet 1946, qui conduisirent à la capitulation des Britanniques, ils furent contraints d’ouvrir les yeux: un nouveau monde émergeait, Israël.C’est dans ce monde que le jeune Sari Nusseibeh a été formé et, dans la très riche autobiographie qu’il fait paraître, il nous dorme le récit d’une éducation politique qui aurait pu, comme ce fut le cas pour tant d'autres intellectuels palestiniens — on pense à Edward Said —, le garder à l’étranger, mais qui le ramena à Jérusalem, où il vécut une vie partagée entre l’action politique et l’étude.Formé à Oxford et à Harvard, où il rédigea une thèse doctorale en philosophie arabe, ce fils de famille aurait pu choisir l’exil, mais l’exemple de son père, militant acharné de la cause palestinienne dès le début, est certainement le motif central de son engagement.Relisant les manuscrits laissés par cet homme respecté de tous, il prend conscience de deux choses: l’expulsion est massive, mais la violence est inutile.Loin d’être désespéré, son père avait en effet accepté le gou-vernorat de Jérusalem et s’était engagé dans des fonctions dont il espérait un rétablissement favorable aux Palestiniens.Toute l’histoire de la vie du fils Nusseibeh semble inspirée par ce double motif: une lucidité constante, exacerbée par la croissance de la violence et la radicalisation islamiste, et en même temps un projet de réconciliation politique, cherchant à chaque tournant, et même au sein des souffrances les plus accablantes, le chemin de sortie vers la paix.Avec son épouse Lucy, la fille du philosophe J.L.Austin, qui s’engage à ses côtés à Jérusalem, il va mener une quantité impressionnante d’actions de soutien, dont la plus importante est certainement le rôle d’information qu’il a joué lors de la première intifada, Mais on s’en voudrait de ne pas signaler ce qui semble un leitmotiv de son action: la capacité, tout en étant engagé dans l’Autorité palestinienne — où il était responsable du dossier de Jérusalem et des difficiles négociations, toujours bloquées, sur le statut futur de la ville —, de maintenir des liens avec des responsables israéliens, qu’ils soient ou non comme lui des universitaires, des écrivains, des philosophes.Go between infatigable, il multiplie les actions communes et cherche partout à rétablir les ponts détruits par la violence.AWAD AWAD AFP Sari Nusseibeh sourit à sa sortie du centre de detention d’Atarot, au nord de Jerusalem, en avril 2004.Vers la coexistence Impossible de lire ces mémoires uniquement comme une chronique de la résistance palestinienne.Bien sûr, Nusseibeh n’a cessé d’y jouer le rôle d’un intellectuel, à la fois proche d’Arafat et critique du système du Fatah: en le lisant, on a accès à un regard interne sur le processus d’Os-lp, sur la montée du Hamas, et en général sur l’évolution complexe des forces actives sur le terrain.Mais cette histoire du conflit n’est que la toile de fond de l’évolution politique et philosophique d’un penseur qui, comme il l’écrit dans ses récentes conférences Tanner données l’automne dernier à Columbia et, plus récemment, dans son discours de réception d’un doctorat honoris causa à Louvain, alors que les bombes de Gaza fument encore et que les familles pleurent leurs morts, n’a jamais désespéré de la paix.La chronique personnelle de Sari Nusseibeh met en relief à la fois une sorte de résilience devant la violence, une capacité de l’absorber et de s’en extraire presque ironiquement et un génie politique poursuivant inlassablement la paix.Son partenaire principal n’est-il pas aujourd’hui Ami Ayalon, un ancien amiral israélien et chef du Shin Beth, avec qui il promeut le projet «La voix des peuples», une déclaration soutenant la création de deux Etats ayant comme capitale commune Jérusalem, le retrait des territoires occupés et le retour des réfugiés uniquement sur les territoires occupés?Cette proposition lui fut durement reprochée: après tant de souffrances, tout autre que lui aurait renoncé et serait entré dans la haine et la violence.Comment s’associer au chef d’un bureau qui a commandé assassinats et torture parmi les siens et jusqu’à ses amis les plus proches?La réponse de Nusseibeh est claire: la paix pourrait exiger cela.Ce livre s’arrête en 2005.Il relate dans le détail la misère du peuple palestinien, le découpage du territoire, tout cela dont l’information est remplie tous les jours et qui serait pour chacun motif de désespoir et d’exil; et pourtant, le philosophe, maintenant recteur de l’Université arabe de Jérusalem, Al Qds, n’a de cesse de revenir sur l’exemple de son père: au fond de la souffrance la plus angoissante, chercher encore et toujours le chemin de la paix.Collaborateur du Devoir IL ÉTAIT UN PAYS Une vie en Palestine Sari Nusseibeh, avec Anthony David Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn JC Lattes LITTERATURE JEUNESSE Joies, chagrins et peurs ANNE MICHAUD Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on ne peut pas éprouver de grandes joies, de très gros chagrins et d’immenses peurs.Dans Le Vrai Dp VRAI journal de ma vie (Editions Imagine), l’auteur Gilles Tibo et l’illustratrice Josée Bisaillon explorent les sentiments que peuvent éprouver les enfants lorsqu’ils réfléchissent à leur propre vie ou à l’univers qui les entoure.L'album prend la forme d’un cahier intime, celui de Marilou latendresse-Gonzales, une petite fille qui y consigne ses émotions les plus personnelles, ses rêves les plus fous, ses secrets les mieux gardés.Ça va de la tristesse que lui cause la mort de son poisson rouge au bonheur d’apprendre quelle aura bientôt un petit frère, de la peine que lui cause une dispute avec ses amies à une conversation sur la mort avec ses grands-parents.Des exemples: «il y a de petites déceptions, de moyennes déceptions et de grandes déceptions.Je préfère les petites, elles sont moins décevantes»-, «Il y a sept milliards d’individus sur cette planète et, quelquefois, les sept milliards d’individus se sentent seuls.Pourquoi?»-, ou encore: «J’aimerais inventer une machine pour fabriquer de la joie, je la laisserais traîner un peu partout.et tout le monde pourrait s’en servir.» Ces réflexions pleines d’intelligence et de délicatesse feront d’excellents points de départ pour des discussions, en famille ou en classe, sur des sujets qui touchent autant les petits que les grands.Collaboratrice du Devoir Singulier premier amour Pierre Falardeau Pierre Falardeau |Ucn n’est plus précieux que a et l'indépendance CAROLE TREMBLAY La frontière qui sépare la littérature jeunesse de la littérature dite «tout court» est une ligne floue et mouvante, qui repose sur des critères que personne n’est jamais parve-nu à établir clairement.De nombreux ouvrages de fiction destinés aux adolescents n’ont rien à voir avec l’idée réductrice qu’on se fait généralement de la littérature jeunesse et relèvent plutôt du roman d’apprentissage dans le sens le plus noble du terme.C’est le cas des œuvres de Meg Rosoff, une écrivaine américaine établie à Londres, qui possède une voix très personnelle et un talent remarquable pour tirer un substrat poétique de situations au départ banales.Dans son troisième et plus récent roman, Ce que j’étais, un narrateur centenaire fait le récit de l’épisode le plus déterminant de sa vie: l'année de ses seize ans, quand il a découvert l’amour.Lorsque l’histoire commence, le jeune hom- II est heureux que des écrivains de cette qualité choisissent de s’adresser aux adolescents me fait son entrée au collège de Saint-Oswald, un pensionnat pour garçons plutôt glauque, perdu quelque part sur la côte anglaise.On est en 1962, l’adolescent, qui a déjà été renvoyé de deux autres établissements à cause de ses piètres résultats scolaires et de son comportement légèrement asocial, doit affronter les blagues de potache de ses nouveaux camarades de chambre.L’expérience et un certain cynisme par rapport aux rapports humains lui procurent le détachement nécessaire pour se tirer sans trop de dommage des épreuves imaginées par ses cochambreurs.Au cours d’une sortie de gymnastique, le garçon parvient à s’isoler du groupe.Il aperçoit alors une cabane au bord d’une plage.Il s’en approche et c’est là que sa vie bascule.La maison, meublée plus que modestement, est habitée par Finn, un étrange garçon qui semble avoir à peu près le même âge que lui.Le narrateur, dont on ne sau- MEGROSOFF Un homme de conviction, un discours sans concessions* vlb éditeur Une compiiçjnie rie Québécor Merita XYZ éditeur félicite Yolande Villemaire ra le nom qu’à la toute fin du livre, tombe sous le charme de cet être libre et mystérieux.Il n’aura plus qu’une idée en tête, passer le plus de temps possible dans cette cabane, loin de ses sinistres camarades et de l’austérité du collège, et ce, même si Finn, la plupart du temps muet et distant, résiste à établir une réelle relation avec lui.Le narrateur ne sait pas encore qu’il est amoureux.C’est probablement la raison pour laquelle la question de l’homosexualité ne se pose même pas.Il ne fait que découvrir un sentiment nouveau, puissant, fait de fascination et de respect, le laissant à la fois démuni et reconnaissant.Le noyau dur Dans Ce que j'étais, Meg Rosoff trace le parcours d’un personnage sans grande envergure qui transcende sa médiocrité pour frôler le sublime lorsqu’il est touché par l’amour.Elle parvient à décrire le premier émoi amoureux dans son essence même, en le débarrassant de tous les clichés qui l’entourent.Il n’en reste que le noyau dur, dans ce qu’il a de plus pur, un mé- lange de soif de l’autre et de recherche de soi à travers le regard de l’être aimé.Pour le «garçon sans qualités» qu’est le narrateur, Finn est l’incarnation de ce qu’il aurait toujours voulu être.Et la découverte de cet alter ego solitaire, véritable figure idéalisée de lui-même, donne une dimension encore plus profonde à leur étrange relation.Comme on pouvait s’y attendre, l’histoire ne se terminera pas par un mariage et de nombreux enfants.Finn tombera malade et sa maladie lèvera le voile sur sa véritable identité.Elle provoquera aussi le renvoi du collégien, mettant un terme à l’épisode à la fois chaste et romantique que le narrateur en fin de vie se plaît à se remémorer.Traverser la frontière des genres On sort secoué et ébloui de cet univers si particulier dans lequel les scènes les plus prosaïques, parfois même cocasses, s'intégrent sans complexe dans un imaginaire fantasmatique parfaitement maîtrisé.C’est à regret qu’on referme le livre, laissant le vieillard à ses souvenirs de jeunesse encore mouillés par les embruns mélancoliques des côtes du Suffolk.Il est heureux que des écrivains de cette qualité choisissent de s’adresser aux adolescents.Et tant pis pour les adultes qui n’ont pas la curiosité de traverser la frontière des genres pour découvrir les trésors qui s’y cachent.Collaboratrice du Devoir CE QUE J’ETAIS Meg Rosoff Hachette jeunesse, coll.«Black Moon» Paris, 2009,238 pages ,-v ^0vnaw t ûevnete ^ récipiendaire du «Prix de carrière» offert par le Conseil des arts et des lettres du Québec pour l’ensemble de son oeuvre.r»»r.| 1781, me Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 X 1 Téléphone : 514.525.21.70•Télécopieur : 514.525.75.37 Culitcur Courriel : Inf0@xy2edit.qc.ca» www.xy2edit.qc.ca Les livres qui ne circulent pas meurent L'tCHANGf 707 El 713 MONî-ROYAl ESI ©MONI-ROm, 514-523-6389 MÊÊKÊKÊÊÊÊtÊÊÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊtÊÊÊÊttKÊÊI I) K V 0 I H S A M K I) I) I M A X (' Il K A V R I I.LIVRES HISTOIRE La NRF fête son centenaire Plusieurs parutions évoquent le parcours passionnant de la revue fondée par André Gide en 1909 PAUL BENNETT jfu La NRF, la revue fondée par André Gide et cinq autres passionnés d’art et de littérature, fête cette année son centième anniversaire.de naissance, et non d’existence, faut-il préciser, puisqu’elle cessa de paraître à deux remises, d’abord pendant la Grande Guerre pour des raisons matérielles, puis de nouveau entre 1943 et 1953, après sa malencontreuse équipée sbüs la direction de l’écrivain collaboratiormiste Drieu La Rochelle.Le premier numéro parut le 1“ février 1909, après un faux départ quelques mois auparavant.La maison Gallimard, dont le patriarche, Gaston, fut associé de près à la revue dès 1911, n’allait pas laisser échapper pareille occasion de souligner la contribution exceptionnelle de l’aînée des revues littéraires françaises à la vie intellectuelle hexagonale et européenne.Coup sur coup, Gallimard publie en effet une éclairante Histoire de la NRF rédigée par Alban Cerisier ainsi qu’un luxueux album dé photographies et de documents intitulé En toutes lettres.cent ans de littérature à la Nouvelle Revue française, et un numéro spécial de près de 400 pages de la NRF (n° 588, février 2009), consti-tüë de témoignages d’anciens et de nouveaux collaborateurs de la revue.1 Malgré un inévitable relent de marketing (qu'est-ce que ce sera au centième anniversaire des Editions Gallimard dans deux ans!), toute cet-fe opération NRF est toutefois parfaitement justifiée en regard de l’exceptionnelle longévité de la revue et de l’indéniable influence qu’elle exerça auprès de la classe intellectuelle française et francophile durant une bonne partie de son existence.Rarement la NRF dévia-t-elle de l’objectif fixé par ses fondateurs (André Gide, Jean Schlumber-ger, Henri Ghéon, Marcel Drouin, André Ruy-ters, Jacques Copeau) d’en faire une revue dédiée à la seule passion de la littérature, accueillante aux tendances les plus diverses, mais sans complaisance pour les modes et les enjeux mercantiles, au service d’aucune cause politique ou doctrine littéraire, et défendant une conception relativement classique de la littérature.C’est lorsqu’elle s’éloignera occasionnellement de ces principes que la revue sera le plus menacée, par exemple lors de l’engagement communiste de Gide puis de l’embardée de son Retour d’URSS en 1936, ou lors de sa dérive collabora-tionniste sous Drieu La Rochelle de 1940 à 1943.Mais les directeurs successifs, les Jacques Rivière, Jean Paulhan et Marcel Arland, réussiront toujours à redresser la barre.L’histoire mouvementée de la NRF était semée d’embûches et de chausse-trapes qui en auraient fait trébucher bien d’autres, mais Alban Cerisier s’en tire avec tous les honneurs, sans montrer trop d’indulgence pour les égarements des «piliers» de la maison, qu’il s’agisse des petites manies autocratiques de Gide, des infidélités un peu louches de Jean Paulhan du côté de revues concurrentes ou des petits et grands mensonges de Gaston Gallimard pour justifier le rapprochement de la revue avec les autorités nazies.De l’autre côté, les critiques de «la vieille dame», les François Mauriac («déchaîné» contre l’imminente renaissance de la NRF en 1953), Louis Aragon et Paul Claudel (pourtant deux auteurs maison.par intermittence), ou Jean-Paul Sartre sont traités sans beaucoup de ménagement.Mais l’équilibre est en général maintenu, et les motifs plus ou moins cachés des comportements parfois aberrants des uns et des autres sont clairement exposés.Une histoire de la NRF somme toute rigoureuse, honnête, avec un parti pris, disons, mesuré.Quant aux deux autres ouvrages, ils s’adressent plutôt aux aficionados de la revue devenue trimestrielle depuis 1999, qui a perdu beaucoup de son audience et de son prestige depuis quelques années.Le Devoir UNE HISTOIRE DE LA NRF Alban Cerisier Gallimard Paris, 2009,614 pages EN TOUTES LETTRES.Cent ans de littérature à la Nouvelle REVUE FRANÇAISE Documents commentés par Alban Cerisier Gallimard Paris, 2009,112 pages i PARIS MATCH / SOURCE GALLIMARD L’équipe de la «nouvelle» NRF en 1953, après dix années de silence: Dominique Aury (l’au-teure d’Histoire d’O), secrétaire, Jean Paulhan et Marcel Arland, codirecteurs.HISTOIRE Le secret du nazisme de Heidegger MICHEL LAP I ERRE hiver 1933-34, dans un cours de philosophie ' donné sous le régime nazi qui s’implante, Martin Heidegger devance Hitler en ne prévoyant contre «l’ennemi greffé sur la racine la plus intérieure du peuple» rien de moins que «l’at-taque en vue de l’extermination totale».Le style êst alambiqué, mais l’idée reste renversante.Heidegger précisera en 1940 qu’«M«e sélection de raCe» est «métaphysiquement nécessaire».Est-ce bien de la pensée?; 1 En répondant non à la question, l’écrivain et philosophe français Jean-Pierre Paye, né en 1925, parachève le livre-choc de son fils Emmanuel Fâye, Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie (2005).Avec Michèle Cohen-Halimi, il’ôppose, dans L’Histoire cachée du nihilisme, deux notions tirées des écrits de Heidegger: la Science raciste» et la «métaphysique nihiliste».«U importe, déclare-t-il, de saisir clairement que l’une est le nazisme même, et que l’autre est la fiction qu'invente le nazi qui veut perdre son adversaire, à Tlntérieur du même cercle complice.» Cette fiction philosophique repose sur une contradiction.Comment la métaphysique, recherche de l’absolu, peut-elle être nihiliste, c’est-à-dire relever de la doctrine sèlon laquelle il n’y a rien d’absolu?Si Heidegger insiste sur une telle métaphy-èique, obscure, voire absurde, c’est pour donner à ses idées politiques un semblant de profondeur, propre à désarmer les gens qui auraient honte de paraître primaires en formulant la moindre objec-tipn.Chacun dans des pages qui se complètent, Jéàn-Pierre Paye et Michèle Cohen-Halimi expliquent la chose.Pour ce faire, ils retracent l’évolu-tibn très déconcertante du nihilisme.D’abord doctrine d’Anacharsis Cloots (1755-1794), révolutionnaire qui s’opposait au déisme dè Robespierre au nom de la libre pensée la plus extrême, le nihilisme est devenu sous la plume dû croyant Friedrich Heinrich Jacobi (1743-1819) dji terme péjoratif pour attaquer le rationalisme de Kant.En 1878, le chrétien Dostoïevski insère "ICq le mot dans une diatribe antisémite et antisocialiste: «Derrière le nihilisme, il y a les youpins.» Heidegger profite de ces changements survenus dans la rhétorique.Il donne à la recherche de l’absolu un sens révolutionnaire, marginal, métèque, dangereux, sulfureux, susceptible d’émouvoir les intellectuels, en particulier les plus jeunes et les plus rêveurs.Dans son ouvrage sur Nietzsche (1961), fruit de cours remontant aux années 30, il proclame, contre tout bon sens, que «la métaphysique est l’authentique nihilisme».Pour reprendre les termes de Paye, Heidegger «s’acharne» à présenter l’assertion comme un principe nietzschéen, en inventant le «contraire» de ce que le penseur énonçait, et en fait le «pivot» de ses propres œuvres.Ce qui l’entraîne à rapprocher la métaphysique du nazisme parce que à ses yeux le nihilisme est «la forme politique du fascisme» et que «la PENSEE de la race [.] jailfit de l’expérience de l’être».À la lecture du livre si solide et si documenté de Jean-Pierre Paye et Michèle Cohen-Halimi surgit une réflexion.Comment se peut-il qu’à l’échelle internationale l’enseignement universitaire de la philosophie et le monde de l’édition sérieuse aient durant tant de décennies accordé à Heidegger une place de choix?Thomas Mann et Thomas Bernhard ont émis sur ce fils de sacristain badois les jugements les plus durs, mais la complaisance à son égard jette le discrédit sur un vaste pan de la vie intellectuelle contemporaine.Le secret du nazisme de Heidegger, le trompeur qui après 1945 banalisait l’Holocauste, comme l’a montré Emmanuel Paye en 2005, réside dans le pouvoir de subjuguer ceux pour qui la philosophie est une élégance plutôt qu’une quête.Collaborateur du Devoir L’HISTOIRE CACHÉE DU NIHILISME Jean-Pierre Paye, Michèle Cohen-Halimi La Fabrique Paris, 2008,320 pages Louis Cornellier, fin bricoleur d’idées MICHEL LAPIERRE Ly objectif: le meilleur brico-' loge possible.» On ne s’attend pas à lire ce mot d’ordre dans un traité de rhétorique.Les auteurs de livres sur l’argumentation visent d’ordinaire la rigueur absolue.Le mot est pourtant de notre collègue Louis Cornellier, chroniqueur dont le maniement efficace des idées est devenu une seconde nature.L’essayiste narquois défie les ratiocineurs en déterrant une vieille évidence: «On ne saurait convaincre en ennuyant.» Son petit manuel L’Art de défendre ses opinions expliqué à tout le monde constitue certes un ouvrage sur les manières les plus logiques d’argumenter par la démonstration, la délibération ou la réfutation.Mais il est surtout une courageuse réhabilitation de l’appel aux valeurs, parfois même de l’appel modéré aux sentiments ou à la tradition.Les références aux faits, l’enchaînement rigoureux des idées, la pertinence des exemples ne suffisent pas.Convaincre, c’est amener quelqu’un à voir les choses comme il ne les avait jamais imaginées.C’est créer un nouveau monde dans la tête de l’interlocuteur.Et cela ne peut se faire par une seule formule.Initier l’adversaire à une façon inattendue d’appréhender le réel suppose l’emploi de moyens de toutes sortes: preuves, illustrations, subtilités, voire ruses.Cornellier est si conscient de l’extrême richesse d’un art véritable de la persuasion qu’il tient à le distinguer de la simple «logique formelle» et de X«argumentation en laboratoire telle qu’elle n’existe pas dans la vie courante».Ce qui le pousse à fixer la règle d’or qui rend son livre irremplaçable: «Argumenter ne signifie pas démontrer de façon absolue et définitive, mais plutôt bricoler un raisonnement à l’aide d’arguments dont la somme contribue à la plausibilité de sa thèse ou opinion.» En faisant un examen très critique des nombreux stratagèmes que Schopenhauer, maître du cynisme, énumère dans L’Art d’avoir toujours raison, œuvre posthume de 1864, Cornellier retient notamment le principe suivant: «Ce que l’on veut démontrer on le met à l’avance dans le mot.» C’est dire qu’il n’y a pas de débat stimulant sans un minimum d’éloquence.Et il s’agira, le plus souvent, d’une éloquence de tous les jours.Voilà ce que Cornellier a certainement à l’esprit lorsqu’il rappelle que, «sans une solide culture générale et une attention constante portée à l’actualité», la meilleure méthode de persuasion finit par être vaine.On n’insistera jamais assez sur le fait que les arguments qui ébranlent suggèrent des mondes.Collaborateur du Devoir L’ART DE DÉFENDRE SES OPINIONS EXPLIQUÉ À TOUT LE MONDE Louis Cornellier VLB Montréal, 2009,112 pages Incomparable Claude Fournier V m \ -i "Sl Jv" _ GROUPE LIBREX Une compagnie de Québécor Media SSP*"' groupelibrex.com Une personnalité hors du commun.Un parcours extraordinaire.Une écriture intense et magnifique.Un véritable chef-d’œuvre littéraire.En somme, un classique.vivre En librairie le 1er avril I K l> V.y i u .I, K S SA M EDI I ET I) I M A N C II E 5 A V H I I.2 (I II !) ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Le désamour d’un exilé Louis Cornellier On imagine, à partir du titre et de la quatrième de couverture, le scénario suivant: le gars, intello, tanné du Québec et de la ville du même nom, se pousse en France et vient nous dire, quelques années plus tard: «Maudit que vous ne l’avez pas l’affaire!» Il y a un peu de ça, mais beaucoup d’autres choses aussi, dans Un Québec si lointain.Histoire d’un désamour, le plus récent essai de l’exilé Richard Dubois.Cet ouvrage, en effet, cherche à exprimer 4e sentiment critique, de plus en plus fort, du Québécois à l’endroit de son pays, quand il vit en France».Son auteur se défend bien de regarder le Québec de haut II parle plutôt d’un regard «comme en retrait» que permet «la distance mentale».Il n’idéalise pas la France, dont il critique, au passage, l’attitude insulaire, donneuse de leçons et souvent adolescente dans son rapport à la sexualité.Il précise, de même, qu’il continue de s’identifier aux Québécois.«J’ai tous leurs défauts.Leurs réflexes», avoue-t-il.Reste qu’il est parti, qu’il est loin et que cette distance est l’occasion d’un «recadrage du pays d’origine».L’histoire, constate-t-il, a légué aux Québécois un complexe d’infériorité.Avant 1960, «on n’est ni riches ni cultivés ni modernes ni anglais ni français ni rien d’important».Pour compenser, on entretient parfois un sentiment de supériorité.Au moins, on n'est pas vulgaires et matérialistes comme les Anglo-Saxons et pas athées et prétentieux comme les Français.Dans notre rapport à ces derniers, cet héritage perdure.Faute de parvenir à les concurren-cer par le haut, nous en remettons parfois dans «l’épais» pour accentuer notre différence, au mépris de la «classe» qui, rappelle Dubois, est pourtant une vertu.A l’inverse, une certaine élite québécoise s’adonne au «mimétisme culturel» en déroulant le tapis rouge à tous les artistes français de passage.La «fin des complexes», souligne Dubois, L._____ passerait pourtant par la conscience assumée de notre différence et par des «rapports de respect mutuel, basés sur une froide reconnaissance de ses propres qualités, manques ou lacunes, qualités [sfr] ou défauts».Et une de ces lacunes, selon Dubois, serait une forme d’anti-intellectualisme.Non pas tant, comme on l’a beaucoup dit, cette «joie triomphante de l’inculture face à la culture» qu’une sorte de «mise en attente de la culture», ainsi «mise hors-circuit, hors-quotidien».Moins, donc, un franc mépris de la culture que le sentiment que «mieux vaut en avoir, mais [que] ça ne fait pas partie de “la vie”, ou des choses dont on parle».Au Québec, Dubois a raison de le mentionner, le terme «intellectuel» continue de faire prétentieux.Une telle attitude n’est pas particulièrement propice au développement de pensées fortes.Dubois parle même de la faiblesse québécoise en matière de «créativité théorique».Nous avons eu de grosses pointures poétiques (Nelli-gan, Saint-Denys Garneau, Miron), de grands Un Québec L' si lointain reporters (Lisée), de «formidables populistes» (Michel Chartrand, Pierre Falardeau), mais nos penseurs ne seraient pas à cette hauteur.Dubois salue, au passage, Fernand Dumont, Jacques Grand’Maison et réserve un bel éloge ^ jean Larose> son héros, mais, ajoute-t-il, «qu’avons-nous produit, Québécois, comme penseurs, non seulement de notre différence, mais de notre actuelle imbrication/implication dans les grands débats qui font une époque»?La question est essentielle, mais la non-réponse que lui apporte Dubois en rate le cœur.Il était inévitable, en effet, Que notre drôle de situation nationale draine le meilleur des énergies intellectuelles québécoises.Et cela a donné des pensées fortes — celle de Dumont, à cet égard, est admirable —, mais, il est vrai, peut-être peu exportables.Nous ne nous sommes pas complu dans cette pensée nationale; c’est la situation qui nous l’a imposée.Dubois, qui parle déjà du Québec comme d’un pays, qui affirme que «le Québec indépendantiste, c’est probablement fini» et qui nous incite à voir le Québec sous l’angle «d’une société forcément mondialisée» traite la question nationale avec trop de légèreté, comme s’il s’agissait d’un sujet qu’on peut choisir ou non d’investir.Or, pour un peuple comme pour un individu, «to be or not to be» est une question qui ne peut s’effacer qu’une fois résolue.Dubois trouve embêtant que le Kosovo ait une reconnaissance internationale à l’ONU mais pas le Québec.Il suggère néanmoins de «tourner la page de la souveraineté québécoise» et nous propose, en guise de compensation, le défi «d’être les meilleurs partout», c’est-à-dire exactement la solu- tion trudeauiste au spleen québécois ou la cause, selon Aquin, de notre fatigue culturelle, puisque la position qui consiste à ne pas exister collectivement et à être les meilleurs individuellement relève de la schizophrénie.Dubois veut des Sloterdijk et des Zizek.On a le droit de penser que Fernand Dumont, qui a l’avantage d’être lisible, les vaut Nos écrivains, quant à eux, seraient «sympathiques», mais n’atteindraient pas à une stature mondiale.Mais, peut-on demander, est-ce vraiment nécessaire?Polémique, Dubois suggère de «bannir le thème des ados, des orphelins, et les adjectifs qualificatifs [le collègue Hamelin est ici pointé] de la fiction québécoise» pour la faire grandir.En épilogue, il finit pourtant par admettre que «la littérature québécoise d’aujourd’hui [.] n’a aucun complexe à avoir».En annexe, à travers des élucubrations sur la culture mondialisée, il saluera même le génie de VLB et de Robert Lepage.On fait un peu dur, donc, mais pas tant que ça.L’essayiste Dubois a un style.Celui-ci peut irriter — il m’irrite, avec sa ponctuation profuse et son argumentation qui procède par collage, selon le principe de la parataxe — mais c’en est un.L’exilé, conquis par l’hospitalité française, a aussi un message: dans le désamour, il reste toujours de l’amour, mais qui prend désormais plaisir, de loin, à «mettre un peu de sable sur les gencives».louisco(àsympatico.ca UN QUÉBEC SI LOINTAIN Histoire d’un désamour Richard Dubois Fides Montréal, 2009,224 pages FANTASTIQUE Au pays des monstres Place à l’intermonde de Pimaginaire québécois ODILE TREMBLAY es amateurs de loups-garous, de dames blanches, de Bonhomme sept-heures, de spectres sans tête et d'autres fascinantes créatures mythiques, hantant les zones intermédiaires où l’ombre abrite le mystère, seront séduits par ces deux livres consacrés à leurs hauts faits.Sur fond de cartes, d’illustrations, de photos, en une mise en page soignée et éclatée, place à l’intermonde! En 2007, les Éditions du Trécarré avaient déjà publié le premier tome des Créatures fantastiques du Québec.Voici l’ouvrage réédité aux Intouchables avec l’ajout d’un second tome, tant le thème se révèle inépuisable.Le gnome de l’île aux Grues Des personnages historiques comme la Corriveau, aux côtés de monstres moins authenti- fiés, tel celui du lac Memphré-magog, avaient déjà trouvé rq-fuge dans le premier tome.A travers le second recueil, légendes et icônes de notre petite histoire se côtoient encore.Place au gnome de l’île aux Grues, haut comme trois citrouilles, qui vivait de rapines mais assommait tout humain osant le défier.Les feux follets sont de la fête, particulièrement nombreux sur File d’Orléans, brûlant leurs victimes égarées près des cimetières ou des marais.L’homme fort des forges de la Mauricie a droit également à son chapitre, lui qui terrassa le démon en combat singulier et mourut bêtement et de façon suspecte trois jours plus tard, étouffé par un morceau de pomme.Tout un spécial revenants s’insère dans l’ouvrage, très rigolo, abordant les plus célèbres histoires de spectres du Québec.L’ensemble est aussi déli- cieux que bien présenté.Il remonte le cours de notre histoire en prime, avec des aventures trouvant leur cadre aussi bien hier qu’aujourd’hui.Le Devoir JACQUES GRENIER LE DEVOIR CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC, tomes I et II Bryan Perro et Alexandre Girard Éditions Les Intouchables Montréal, 2009 ESSAI LITTERAIRE Le baiser cosmique de la Renaissance MICHEL LA PIERRE A vec Vénus, la Nature ''l\trouva / Moyen de ranimer [.] tout cela que tu manges./Je te salue, heureuse et profitable Mort.Ces mots de Ronsard expriment bien l’idée qui ressort de l'étude remarquable de David Dorais sur l’érotisme renaissant.Si la mort plane sur la nuit d’amour, «les âmes survivront», comme l’explique Ihistorien de la littérature, grâce à ce qui dépasse l’acte sexuel: le baiser, échange de deux souffles cosmiques.L’ouvrage de l'essayiste québécois, Le Corps érotique dans la poésie française du XVI siècle, souligne l’influence du néoplatonisme de l’humaniste toscan Marsile Ficin sur les poètes de la Renaissance.C’était pour eux un moyen de concilier les exigences morales désincarnées issues du christianisme médiéval et certains courants de la philosophie païenne antique, plus respectueux de l’humanité charnelle, Le syncrétisme modéré qui résultait de l’humanisation, à l’école du classicisme gréco-latin, d’une foi chrétienne robuste et austère permet, selon Dorais, de distinguer la poésie du XVI' siècle de la littérature libertine qui connaîtra un essor au XVII Dorais nous aide à découvrir le côté le plus moderne de la poésie française du XVI siècle et culminera au siècle suivant avqc .Sade.À la différence du libertinage, caractérisé par l’outrance, l’art érotique renaissant relève de la mesure, sinon de la discrétion.Pour nous en convaincre, Dorais cite ces vers de Jean Second: «L’excès de volupté, en titillant les sens, / Emousse la sensation / Et traîne le dégoût avec la satiété.» Nous sommes toutefois loin de l’amour très spiritualisé décrit par de grands poètes italiens du Moyen Âge: Dante et Pétrarque.L’historien de la littérature insiste sur la souveraine neutralité d’œuvres qui ne constituent «ni un discours moralisateur ni un discours immoral».Il est conscient que l’érotisme de la Renaissance engendre la joie et que les êtres qui la ressentent ne se soucient pas de différencier la part de la chair de celle de l’esprit.Comment d’ailleurs le pourraient-ils?Même l’âge réel de la femme aimée et celui du séducteur disparaissent dans l’innocence du paradis perdu des premières années de la vie.Marc Papillon de Lasphrise déclare dans un sonnet que «l'amour se fait mieux en langage enfançon».Dans les Amours de Méline, Baïf va jusqu’à décrire les morts et les résurrections successives des amants, la migration de leurs âmes d’un corps à l’autre.Avec beaucoup d’à-propos, Dorais résume la sensibilité poétique de l’époque: «L’aspect particulier du corps érotique renaissant en fait un corps étrangement inaccessible.» En insistant sur la célébration de la chair de la bien-ai-mée dans un décor bucolique, voire sur «la transformation gracieuse de la femme en paysage», David Dorais nous aide à découvrir le côté le plus moderne de la poésie française du XVI' siècle: le débordement de l’érotisme sur le cosmos, l’éclatement panthéiste de l’amour selon la mystique païenne du baiser démiur-gique, le passage de l’intimité présente au chaos originel.On apprécie d’autant plus cette modernité lorsqu’on compare la Renaissance à l’époque antérieure, marquée par l’envahissante opposition chrétienne du bien et du mal, comme le montre magnifiquement le livre illustré, L’Image^de l’amour charnel au Moyen Âge, de Florence Colin-Goguel.Si l’on cherche une analogie entre l’esprit néoplatonicien de l’art érotique de la Renaissance et l’image médiévale de l’amour physique, il faut la trouver dans le dogme chrétien de la résurrection des corps au dernier jour.Le christianisme, l’érotisme et le néoplatonisme ne peuvent tous trois, se réconcilier que par l’évocation de la mort et de la fin du monde.Dans l’amour charnel résonneraient l’ultime cri de plaisir et la trompette du Jugement dernier.Collaborateur du Devoir LE CORPS ÉROTIQUE DANS LA POÉSIE FRANÇAISE DU XVT SIÈCLE David Dorais PUM Montréal, 2008,368 pages L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE Florence Colin-Goguel Le Seuil Paris, 2008,192 pages Des critic unani^03 Nadine BISMUTH Etes-vous mariée à un psychopathe ?Elle a du style.Elle m'a beaucoup amusée.C'est un peu comme du champagne.Nadine Bismuth, ça va très bien avec le printemps qui arrive.Sophie Faucher, Bazzo.tv Un air de parenté, ici, avec Margaret Atwood.Dans le ton mais pas seulement.Dans la façon d’accrocher sur de petits détails, de faire surgir l’inattendu.Et de fouiller, au scalpel, les contradictions de tout un chacun.De chacune surtout.Danielle Laurin, Le Devoir L'écriture fine, précise, cruelle et drôle de Bismuth est un régal! Marie-Claude Fortin Entre les lignes Ne croyez pas ce livre réservé aux filles, aux femmes.Nadine Bismuth, sans prêchi-prêcha, nous y apprend, à la volée et avec ironie, les forces et les faiblesses des deux sexes trentenaires.§ Jean-François Crépeau | Le Canada français Nouvelles 232 pages • 22,95 $ Nadine Bismuth ÊTES-VOUS MARIÉE A UN PSYCHOPATHE?ï' Une bonne nouvelliste qui nous tend le miroir, ça ne se refuse pas.J'ai déjà hâte de la relire.Catherine Lachaussée Radio-Canada Avec un ton direct, des formules-chocs et une langue aux accents très contemporains, Bismuth a du chien.Eisa Pépin, La Presse Boréal www.editionsboreal.qc.ca ne c MME MC
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