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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2005-02-26, Collections de BAnQ.

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L E SANTÉ Les anti-inflammatoires sur la sellette Page B 6 LES DEVOIR SAMEDI ET DI M A N C H E E E V R O 5 Juppé : une affaire d’éthique ou de culture politique ?Page B 5 •PERSPECT VES Déséquilibre fiscal Un budget qui suscite l’envie Ottawa a gardé la part du lion de ses plantureux surplus alors que les provinces se débattent pour boucler leur budget Prononcer les mots «déséquilibre fiscal» à Ottawa provoque quasiment une crise d’urticaire dans les rangs libéraux.Tous les partis d’opposition fédéraux, comme tous ceux qui siègent à l’Assemblée nationale, le dénoncent.Toutes les provinces en parlent.Les spécialistes en font l’objet d’études.Mais le gouvernement fédéral, lui, n’en démord pas: ce déséquilibre n’existe pas.Le budget présenté cette semaine à Ottawa est pourtant instructif sur le sujet.JIM YOUNG REUTERS La richesse d’Ottawa lui permet de s’immiscer dans des domaines de compétence provinciale.WÊÈ& % m MANON CORNELLIER Ottawa — Lorsque le premier ministre Paul Martin s’est lancé en campagne électorale, l’an dernier, il avait bien des boulets aux pieds.Au Québec, l’assurance-emploi et le déséquilibre fiscal ne dominaient pas les manchettes, comme le scandale des commandites, mais ils faisaient assez jaser pour donner des munitions au Bloc québécois.Le budget déposé mercredi à Ottawa n’a pas calmé la grogne qui sévit toujours autour de ces enjeux, en particulier au Québec, et ce, malgré les mesures temporaires de 300 millions offertes aux chômeurs et les milliards destinés aux provinces dans le cadre de l’accord sur la santé, de la nouvelle formule de péréquation et des futurs programmes pour les villes et les garderies.La grogne perdure parce que Ottawa a gardé pour lui la part du lion de ses plantureux surplus alors que les provinces, elles, se débattent pour boucler leur budget Le Québec est sur la corde raide.L’Ontario sait qu’il devra vivre avec des déficits pour plus d’une année encore.Nombre de provinces veulent rediscuter de péréquation après l’entente de 3,7 milliards conclue entre Ottawa, la Nouvelle-Ecosse et Terre-Neuve sur les revenus pétroliers extracôtiers.Le budget présenté par le ministre des Finances, Ralph Goodale, prévoit pourtant le versement aux provinces de 18,9 miDiards de plus pour la santé did 2009-10 et 14,1 milliards de phis pour la péréquation durant la même période.Les futurs programmes pour les garderies et les villes bénéficieront chacun d’un financement de cinq milliards sur cinq ans.C’est beaucoup, mais ces chiffres ne disent pas tout En effet le deuxième budget Goodale est malgré lui une illustration éloquente de l’existence du déséquilibre fiscal.Alors qu’Ottawa prétendait dans le budget de l’an dernier n’avoir qu’une mince marge de manœuvre pour les années à venir, il a annoncé cette semaine 75,7 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur une période de six ans (200405 à 2009-10) et a anticipé, pour la même période, un surplus accumulé de 31,5 milliards.Au cours de la dernière armée, le gouvernement a pris des engagements imprévus totalisant 10,9 milliards de dollars, et ce, sans entamer sa réserve de trois milliards.D faut noter que, dans le budget de l’an dernier, M.Goodale n’avait prévu aucun surplus à part cette réserve.Cela signifie qu’Ottawa a, une fois encore, découvert au fil des mois une marge de manœuvre «inattendue» de 11 milliards.Le gouvernement ne peut pas annoncer de nouvelles dépenses sans avoir évalué la marge de manœuvre à sa disposition.M.Goodale a donc dû estimer la taille de sa cagnotte avant d’écrire son budget Mais comment savoir à combien il l’estimait?11 suffit d’additionner les nouvelles dépenses annoncées au surplus anticipé, inscrit sous forme de réserves pour éventualités et de mesures de prudence.On arrive, sur six ans, au total de 107,2 milliards.C’est ce chiffre que les provinces, elles, ont dans leur mire, car c’est cette richesse anticipée qui a permis à Ottawa de se laisser aller à la dépense alors qu’elles ont de la difficulté à offrir des programmes essentiels.Insatisfaction Environ 43 de ces 107,2 milliards finiront bien sûr, dans les coffres des provinces pour la santé, la péréquation, l’aide sociale, l’éducation post-secondaire, les garderies et les villes.Malgré cela, elles ne sont pas satisfaites.Elles jugent le financement pour la santé insuffisant et la nouvelle formule de péréquation bancale.Le financement pour l’aide sociale et l’éducation post-secondaire bénéficiera de hausses minimes, de telle sorte qu’il faudra attendre 2010-11 avant qu’il ne rejoigne le niveau qu’il atteignait en 1995-96, année des grandes compressions fédérales.La richesse d’Ottawa lui permet, non seulement de renflouer certains de ses propres secteurs d’activités négligés depuis dix ans, mais de s'immiscer dans des domaines de compétence provinciale, comme les garderies et les villes.Après avoir serré la vis aux provinces, en réduisant ses transferts pour éliminer le défidt, le fédé ral veut maintenant réinvestir dans leurs plates-bandes mais en ayant son mot à dire.Ottawa peut se le permettre car il a fait si bien pour nettoyer ses finances qu’il vit maintenant dans un cycle vertueux.L’amélioration de sa situation finandère va en s’accélérant Plus sa dette rétrécit et l’économie croît, plus ses frais d’intérêt sur la dette diminuent et ses revenus augmentent La mise à jour économique de novembre dernier, qui sous-estime toujours les surplus, montrait quand même bien la hausse constante des surplus au fil des ans.Elle prévoyait un surplus de 4,5 milliards en 2005-06 mais de 18,5 milliards en 2009-10.Une étude du Conference Board, réalisée l’été dernier à la demande du ministère fédéral des Fr nances, estimait que le surplus annuel moyen du fédéral atteindrait 8,5 milliards au cours des cinq prochaines années et 23 milliards par année au cours des cinq années suivantes.Les provinces, elles, devaient s'attendre à afficher un déficit combiné tout au long de la même période.Des solutions Comme le dit la formule fétiche des adversaires du déséquilibre fiscal, l’argent est à Ottawa et les besoins dans les provinces.Diverses solutions sont possibles pour corriger cette situation, comme le montrait le rapport de la commission Séguin sur le déséquilibre fiscal.Cela peut aller de transferts en espèces inconditionnels à l’adoption d’une formule de péréquation fonctionnelle, en passant par la cession aux provinces d’une portion de l’assiette fiscale fédérale.Selon France Saint-Hilaire, qui a beaucoup étudié la question du déséquilibre fiscal et qui est vice-présidente à la recherche à l’Institut de recherche en politique publique, un programme pour les garderies véritablement flexible pourrait être une solution partielle au déséquilibre VOIR PAGE B 3: BUDGET Ralph Goodale Québec veut relancer la bataille de l’argent Le Comité du Conseil de la fédération sur le déséquilibre fiscal devrait voir le jour d’ici une semaine ou deux JACQUES BOISSINOT PC Le nouveau ministre des Finances du Québec, Michel Audet.ROBERT DUTRISAC Québec — Après la présentation du budget Goodale, maintenant que la poussière est tombée — les miettes, pourrait-on affirmer dans une perspective québécoise —, le gouvernement Charest cherche un moyen de relancer la bataille pour corriger le déséquilibre fiscal.Même si Jean Charest s’est débarrassé d’Yves Séguin comme ministre des Finances, il ne faut pas croire que le premier ministre ait renoncé à forcer Ottawa à régler le problème du déséquilibre fiscal, assure-t-on dans son entourage.Aux yeux de M.Charest, cette question demeure centrale dans les relations entre Québec et Ottawa.Dans son discours devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M.Charest n’a pas manqué de revenir sur le sujet, et ce n’était pas seulement pour contrer l’impression laissée par le départ de M.Déséquilibre fiscal lui-même, Yves Séguin.Le gouvernement Charest n'a donc pas choisi de laisser de côté des questions litigieuses de crainte de nuire à l’harmonie des relations entre les deux gouvernements libéraux, à Québec et à Ottawa.Le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, fidèle à la tradition outaouaise, n’a pas soufflé mot du déséquilibre fiscal dans son discours du budget préférant sans doute s’en tenir à l’expression manifeste du phénomène que sont les plantureux surplus qui viendront gonfler les coffres du gouvernement fédéral au cours des prochaines années.C’est une autre rebuffade qu’Ottawa a servie aux provinces, et tout particulièrement au Québec.En dépit des surplus de près de 100 milliards que le gouvernement fédéral dégagera en six ans, il n’accorde rien de plus aux provinces sous forme de transferts.Les provinces sont d’autant plus déçues que la rumeur avait couru qu’Ottawa allait accroître la partie du Transfert social canadien liée au financement de l’éducation postsecondaire.Rien de tel dans le budget Goodale et dans ses projections sur cinq ans.Le Comité du Conseil de la fédération sur le déséquilibre fiscal, dont la création avait été annoncée il y a plus de quatre mois, devrait voir le jour d'id une semaine ou deux.On n’attend plus que la désignation du délégué du gouvernement du Québec, selon nos informations.Le gouvernement Charest n’écarte pas de s’adresser aux tribunaux pour contester la façon dont Ottawa gère la péréquation, un programme qui fait partie intégrante de la Constitution de 1982.Ce recours pourrait se faire avec d’autres provinces qui ont droit à la péréquation, comme le Nouveau-Brunswick.Mais cela reste bien hypothétique: les avis juridiques à ce sujet ne sont pas concluants, a-t-on indiqué.En multipliant les deals particuliers avec certaines provinces plus petites — la Saskatchewan, la Nouvelle-Ecosse ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador —, Ottawa a réussi à semer la zizanie.C’est le retour des anciennes tactiques qui ont fait leurs preuves: diviser pour régner.Les provinces n'apparaissent plus aussi unies VOIR PAGE B 2: BATAILLE ?L I k Qualité de vie • Confort • Bien-être Proment promoteur immobilier des plus réputés, vous présente Les Sommets sur le fleuve Phases NI et IV.Sur 15 acres de pure splendeur, découvrez le paradis au quotidien.avec son atrium sur deux étages donnant sur le lobby, ses trois ascenseurs, son centre de conditionnement physique doté des équipements les plus modernes et son service de conciergerie et de surveillance, 24 heures/sept jours.Venez savourer la vue imprenable qu’offre chacun de nos sept condos modèles décorés par des designers professionnels, et découvrez un nouveau mode de vie, à quelques minutes à peine du centre-ville.200, avenue des Sommets, Bureau 601 - lle-des-Soeurs -1514] 762-3450 mtx DOMUS : CONSTRUCTEUR Pt L'AMNfE 19>7-2001 2003 - PROJET RÉSTOTOEL DE l'AHNÉt 2003 www.lestommtU.com tes sommers » « r I « flemvt Visitez nos sept condos modèles jK et penthouses dès aujourd'hui I ÙA f A LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 FÉVRIER 2005 B 2 •PERSPECTIVES* Jean Dion Trop de x Bon Pasteur, vous qui d’ordinaire débordez de confiance tranquille en un avenir radieux, vous qui ne rompez avec votre humeur badine, folâtre et primesautière que pour roupiller de la somnolence du juste, et encore, voilà que vous me semblez perplexe.- En fait, mon jeune Cléophas, je suis perplexx.Comme un médicament.Sans doute l’as-tu déjà remarqué, un nombre incalculable de noms de remèdes, et particulièrement de remèdes dont on découvre plus tard qu’ils ne sont pas que des remèdes, comportent des*, comme le Celebrex et le Bextra, et très souvent des * inutiles, comme le Vioxx.Je crois que c’est pour se donner un air de scientificité pharmaceutique.Personnellement, j’ai donc décidé de faire breveter le nom «Xoxxaxxexx», que je vendrai un jour à fort prixx.Ce médicament sera l’équivalent d'une tonne de briques, mais en comprimé.Du gros condensé.- Et c’est ce qui vous exxaspère.Bon Marché?- Meuh non.Je pense plutôt, entre autres sujets d’intérêt, au bouclier antimissiles.Au début, quand le Canada a dit qu’il y participerait peut-être, ça dépend, on verra, on pourrait pas gosser encore un peu, je me suis dit bof, a-t-on vraiment besoin de ça?Tout le monde sait depuis Géo 412 que nous disposons déjà du Bouclier canadien — fermement tenu à hauteur de thoraxx, selon mes sources, par le bras canadien —, et tu essaieras, toi, de traverser le Bouclier canadien, même en missile.Puis, je me suis rendu à la terrorisante évidence: dans les grandes installations du Bouclier canadien, les portes ne sont pas barrées.Chnoute.Les Nord-Coréens pourraient donc envoyer leurs roquettes sur LG-2, et ils n’auraient même pas besoin d’avoir la clé.Tu ris?Tu devrais observer la tronche de Kim Jong-il à la place.Maintenant, on sait que le Canada ne participera pas au bouclier antimissiles.Et le plus drôle, c’est qu’on ne sait toujours pas à quoi pourra bien servir ce machin.Ten souviens-tu, Epaminondas, non tu ne t’en souviens pas parce que tu étais trop jeune, dans les années 80, le père Reagan avait un projet semblable.Il avait été surnommé «la guerre des étoiles».Je me demande quel titre de film ils trouveront cette fois-ci.Je suggère «la guerre des tuques».- Vous faites du deuxième degré, Bon Débarras.On voit que cet hiver de merde vous malmène le cor-texx autant que vos vieillissantes articulations.- Soigne ton langage, Pépé.On dit «un hiver de cul».Mais justement, puisqu’il est question des années 80, je vais te livrer un autre témoignage de per-plexxité.Te dire, je regarde les étudiants faire la grève et je ressens un vague sentiment d’échec.Tu noteras d’ailleurs que lorsqu’on ressent un sentiment, ça va chercher très profond.Dans mon temps, on manifestait et on se révoltait contre quoi, tu penses?Exxact: contre le régime des prêts et bourses.Bon, d’accord, il y avait aussi d’autres choses au programme, comme prendre le contrôle de l’université, renverser le capitalisme monopolistique, établir la démocratie au Salvador, avoir tout gratis, passer le plus de temps possible au Café Campus, déconstruire le réel et avoir les cheveuxx trop longs, pas très longs comme ceuxx d’avant mais trop longs pour qu’ils soient courts et trop courts pour qu’Us soient longs, bref mal foutus.Ceux d’avant, d’ailleurs, ils revendiquaient les mêmes choses, mais pour vrai.Nous, on faisait sem-blant Au début des années 80, après le référendum, tout était morose, et on chialait du bout des lèvres contre l’ordre des choses tout en préférant écouter du new wave.Avant, il y avait des milliers de marxxi-sants; à notre époque, il n'en restait que trois: un Mao, un Albanie et un Trotski, je peux te donner les noms moyennant quelques paiements faciles.Que trois, mais ils connaissaient le code de procédure CSN par cœur et savaient à quel moment précis faire adopter en assemblée générale une grève générale illimitée (qui n’avait jamais lieu, soit dit en passant; c’est ce qu'on appeUe faire semblant).Mais bref, tu vois, on se soulevait contre les prêts et bourses, et, 20 ans plus tard, ils sont encore à se battre.Si toi, tu ne dégages pas de ce gâchis un constat d’échec, t’es un beau sans-cœur.En re-vançhe, je lisais l’autre jour qu'en 2003, le Salvador et les Etats-Unis ont signé une entente de libre-échange, ce qui signifie que la liberté est arrivée là-bas, n'est-ce pas.Quand je n'ai rien d’autre à faire et que j’ai trop pris de Xoxxaxxexx, je me dis qu’il y a un peu de nous là-dedans.- La nostalgie vous perdra.Bon Yenne.- Tu me critiques, microbe?Fantastique.Car j’ai envie de te raconter une petite chose que je me trimballe sur l’hiatus œsophagien depuis trop longtemps pour que, à terme, les effets n’en soient pas délétères.Voilà: il y a une idée reçue indécrottable qui circule voulant que lorsqu’un Québécois réussit à s’élever au-dessus de la masse grouillante et informe, tout le monde cherche à le rabaisser.Or moi, ici, maintenant, là là, je crois, non, je sais que la réalité est très exactement le contraire.Je te le dis, cette société est la championne mondiale de l’autocongratulation.Regarde, regarde n’importe où autour de toi, tu n’y verras que des gens formidables.En fait, si tu mon veux mon avis, le plus descendu, c’est le critique.Un jalouxx, à ce qu'il parait.- Désolé, Bon Appétit, je ne vois pas.- Et tu me dis ça dans une semaine entre deuxx galas?Dans un trimestre qui ne compte que 45 galas?Le sport national de prédilection, mon Gwendo-lin, est le gala.Selon mes calculs, d'ailleurs, d’ici un an ou deuxx.chaque Québécois aura reçu au moins un trophée remis dans le cadre d’un gala.Cette semaine, Mme Frulla s'est plaint de ce qui se dit dans les galas, des blagues qu'on fait dans les galas.Une idée: et si on abolissait les galas?- Ça ferait mal à l'industrie du beau linge.Bon Dernier.- En général, tu le sais, je n’ai pas mon pareil pour tout saisir et le régurgiter en phrases à peu près incompréhensibles, mais dans ce cas précis, un jour, faudra m’exxpliquer.- Vous expliquer le linge des vedettes.Bon Voyage?- Si tu veux.Mais surtout, quand un sondage CROP établit que 79 % des Québécois perçoivent un déséquilibre fiscal, ce que signifie ce «perçoivent».J’ai vu ça à la télé, hier «perçoivent».Pourtant s’il y a un déséquilibre fiscal, ce doit être le fédéral qui perçoit dans le sens de.non?Bon, je dois te laisser, j'ai un souper avec Alain Juppé, un mal perçu.Je t’embrasse, xxx.jdion(à:iedevoir.com w llllllll 1 K Au cours de son voyage.George W.Bush a entre autres rencontré Vladimir Poutine (à gauche), Jacques Chirac (au centre) et Gerhard Schrôder.Les retrouvailles La tournée européenne de George W.Bush a été marquée par la cordialité CLAUDE LÉVESQUE Les «retrouvailles» euro-américaines de cette semaine ressemblaient au dernier discours sur l’état de l’Union du président américain: prévisibles et limitées aux généralités.Les sourires et les propos lénifiants étaient de rigueur et on ne s’est pas engueulé sur la nationalité des patates frites.Qui s’en étonne?On ne pensait quand même pas que George W.Bush et Jacques Chirac allaient régler leurs comptes dans la ruelle.Même leur premier façe-à-face après la crise irakienne, en 2003 à Évian, avait été empreint de la civilité requise par le protocole.Dans son discours sur l’état de l’Union, le 28 janvier, le président américain avait un peu donné le ton en faisant quelques professions de foi dans la diplomatie, le rôle des alliés et la coopération internationale sur plusieurs dossiers, y compris l’Irak.Lundi, George W.Bush a célébré la convivialité en ces termes: «C’est mon premier dîner en sol européen depuis ma réélection et c’est avec Jacques Chirac.Cela en dit long sur l’importance que j’accorde moi-même à nos relations.» Jacques Chirac a eu lui aussi quelques bons mots et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a ainsi résumé )a situation mardi: «L’Europe et les Etats-Unis se sont reconnectés.» Sur l’Irak, les 26 pays membres de l’OTAN ont promis de contribuer à la formation des nouvelles forces de sécurité, au rythme d’un millier par année, même si la France, l’Allemagne et d’autres pays, dont le Canada, refusent toujours d’envoyer des troupes dans le pays même.L’Union européenne, pour sa part, s’est dite prête à accueillir avec les États-Unis une conférence internationale pour coordonner l’aide à l’Irak.Le liban Concrétisation de l’entente retrouvée, Jacques Chirac et George W.Bush ont publié une déclaration commune soutenant «un Liban libre, indépendant et démocratique».Renouvelant leur condamnation de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafle Hariri, ils ont appelé à «la mise en œuvre complète et immédiate» de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui prévoit un retrait des troupes syriennes du Liban.Le dossier syro-libanais est devenu le principal symbole de la réconciliation franco-américaine.Dès septembre 2004, Paris et Washington avaient parrainé ensemble la résolution 1559.Il y a deux semaines, le président américain avait envoyé sa nouvelle secrétaire d’É-tat, Condoleezza Rice, préparer le terrain politique.C’était la première tournée de Mme « C’est mon premier dîner en sol européen depuis ma réélection et c’est avec Jacques Chirac » Rice en Europe et au Proche-Orient depuis qu’elle assume ses nouvelles fonctions.Avant de monter à bord d'Air Force One dimanche, M.Bush avait multiplié les déclarations conciliantes dans les médias, américains comme européens.Les politiciens du Vieux Continent en ont fait autant Toute la semaine, on a exprimé de part et d’autre sa volonté de tourner la page après le différend sur l’Irak.Mais, comme l’a souligné le quotidien français Libération, «même sur les sujets d’accord, des divergences risquent de surgir dès qu’on arrivera aux moyens à mettre en œuvre».Ainsi, le flou demeure sur la question de savoir dans quel forum — OTAN ou UE — se discuteront les relations transatlantiques.Et si la cordialité des relations américaines avec les alliés est rétablie, pour les États-Unis il n’est pas plus question qu’il y a quatre ans de s’associer à d’autres institutions internationales, comme le protocole de Kyoto ou la Cour pénale inter-nationale.En outre, dans au moins deux dossiers précis, soit le programme nucléaire iranien et les ventes d’armes à la Chine, l’entente entre les deux rives de l’Atlantique est précaire.L’Iran Sur l’Iran, les États-Unis disent faire confiance aux efforts diplomatiques des Européens, qui regrettent que ceux-ci ne jugent pas bon de s’y impliquer.Washington accuse l’Iran de chercher à acquérir l’arme atomique sous le couvert du développement d’un programme nucléaire civil et les négociations engagées depuis plusieurs mois par les Européens avec Téhéran ont été une préoccupation majeure de Mme Rice lors de sa tournée dans le Vieux Continent.Mme Rice s’était plainte que Paris, Berlin et Londres n’avaient pas assez clairement agité la menace de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies en cas de tergiversations de la part de Téhéran.Tout en ne fixant pas de date limite, Washington exprime régulièrement son impatience.Après avoir obtenu en novembre que l’Iran suspende ses activités d’enrichissement d’uranium, les Européens ont promis à la république islamique une coopération nucléaire, technologique et commerciale en échange de garanties objectives sur la nature purement civile de son programme nucléaire.A cet effet, une nouvelle ronde de pourparlers s’est engagée le 8 février.Cette semaine.George W.Bush a dit «L’Iran n’est pas l’Irak» et «Nous n’en sommes qu’au début en diplomatie».11 a qualifié de «ridicule» l’intention qui lui a été prêtée d’attaquer la république islamique.Mais il a également rappelé, selon une formule qu’il semble affectionner, que doutes les options» restent sur la table.La Chine L’Union européenne envisage de mettre fin à son embargo sur les ventes d’armes à la Chine, imposé au lendemain du massacre de la place Tiananmen en juin 1989.«Nous sommes profondément inquiets que la vente d’armes puisse équivaloir à un transfert de technologie qui changerait l’équilibre dans les relations entre la Chine et Taïwan», a déclaré M.Bush mardi.L’Union européenne promet de consulter Washington à propos d’un code de conduite qui régirait d’éventuelles ventes d’armes de façon à empêcher des technologies «sensibles» de tomber entre les mains des militaires chinois.Le président américain a rappelé qu’il doit aussi compter avec les élus du Congrès.Le 2 février, la Chambre des représentants américains a voté une résolution demandant à l’UE de maintenir son embargo.Selon l’International Institute for Strategie Studies, les achats d’armes par la Chine ont triplé au cours des quatre dernières années.Déjà, l’Union européenne est le plus grand partenaire commercial de la Chine.Inversement, cette dernière est le deuxième partenaire commercial de l’Europe des 25.Les néoconservateurs Les difficultés s’aplaniront-elles à la faveur du nouveau climat observé cette semaine?Du côté américain, la réponse à la question dépend pour beaucoup de l’influence que les «néoconservateurs» garderont sur la conduite des affaires de l’État.Le remplacement de Colin Powell par Condoleezza Rice pourrait indiquer qu’ils garderont la main haute sur la politique étrangère.On a quand même noté que Condoleezza Rice et même Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, ont récemment adouci le ton.Dans un article publié dans Foreign Policy, David J.Rothkopf, un ancien haut fonctionnaire sous Bill Clinton, rappelle en outre que Mme Rice incarne à la fois le courant néoconservateur et le courant conservateur traditionnel, puisque son mentor politique a été Brent Scowcroft, le conseiller à la sécurité nationale de George Bush père.M.Scowcroft a critiqué la politique irakienne du fils Bush.Au département d’État, Mme Rice s’est entourée de plusieurs conseillers «traditionalistes», «dont plusieurs ont une solide expérience des relations transatlantiques», note le même auteur.Dans son discours sur l’état de l’Union, George W.Bush a accordé autant d’importance à son programme intérieur qu’à sa politique étrangère.On peut y voir un signe que l’heure n’est plus à l’aventurisme tous azimuts.Mais il serait bon de se souvenir qu’il donnait la même impression il y a quatre ans.Le Devoir Avec AFP, AP et Libération BATAILLE SUITE DE LA PAGE B 1 qu’elles l’étaient il y a un an.La voie des négociations multilatérales avec Ottawa, par l’entremise du Conseil de la fédération, n’est pas exempte d’embûches.Fait inusité, l’Ontario a fait une sortie contre Ottawa, réclamant cinq milliards au gouvernement fédéral à la suite des largesses consenties à Terre-Neuve-et-J^abra-dor (2,4 milliards) et à la Nouvelle-Écosse (1,8 milliard) au chapitre de la péréquation et de leurs revenus pétroliers.Les autres provinces ne s’apitoient guère sur le sort de l’Ontario: elles connaissent trop bien les avantages que la province la plus populeuse du Canada tire du gouvernement fédéral, que ce soit en matière d’emplois dans la fonction publique, de recherche scientifique ou de subventions consenties à l’industrie automobile.En plus de leur comité du Conseil de la fédération, les provinces participeront au Comité fédéral sur la répartition de la péréquation que Paul Martin a accepté de créer.Ottawa a déjà choisi le président du comité: il s’agit d’Al O’Brien, un ancien sous-ministre des Finances de l’Alberta, qu’on soupçonne déjà à Québec d’être favorable aux thèses du gouvernement fédéral.Au sein du gouvernement Charest, on s’était jusqu’à maintenant abstenu de se plaindre du traitement de faveur qu’une pro- vince ou l’autre a reçu du gouvernement central.Après tout, le Québec est le promoteur du Conseil de la fédération, une institution qui cherche à unir les provinces pour faire contrepoids au pouvoir fédéral.Mais en octobre dernier, lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la péréquation, le modèle avait montré ses limites.Il y a un mois, Claude Béchard, alors ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, qui défendait son dossier des congés parentaux, refusait de dénoncer l’entente spéciale avec Terre-Neuve-et-Labrador.C’est une illustration du «fédéralisme asymétrique», avait-il soutenu.Les provinces peuvent signer des ententes particulières avec le fédéral dans la mesure où le Québec obtient ce qu’il réclame.Le discours a maintenant changé.En réagissant au budget fédéral, le nouveau ministre des Finances, Michel Audet, a qualifié d’«inacceptables» ces ententes avec les deux provinces atlantiques.Frappé par une chute soudaine de 2,4 milliards au chapitre de la péréquation, Québec réclame l’effacement de cette dette dont Ottawa a accepté le remboursement sur dix ans.M.Audet a dit qu’il rencontrera Ralph Goodale sous peu pour discuter de cette question.Les finances publiques du Québec sont à ce point fragiles que Michel Audet évoquait dans une entrevue à Radio-Canada la possibilité que son gouvernement ne puisse pas payer sa part de 40 % du programme fédéral d’infrastructures, laissant sur la table des centaines de millions offerts par Ottawa.En outre, sans doute sans le vouloir, M.Audet a mis en lumière la profonde contradiction qu’entretient le gouvernement Charest: d’un côté, il affirme éprouver de sérieuses difficultés financières en raison du déséquilibre fiscal alors que, de l’autre, il s’engage à diminuer massivement les impôts.Les revendications du Québec, «ce n’est pas une demande pour baisser les impôts», a soutenu M.Audet.«Ce qu’on cherche, c’est d’avoir plus de marge de manœuvre pour maintenir des services de qualité au Québec.» Il est vrai qu’il peut apparaître farfelu de réclamer des milliards d’Ottawa sous prétexte qu’on est sans le sou pour ensuite verser cette manne sous forme de baisses d’impôt.Comme position de négociation, on a déjà vu mieux.Pendant ce temps-là, le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, donne des entrevues à la radio au Québec, où il affirme que les finances publiques fédérales sont très serrées.Au cabinet de M.Charest, on la trouve bien drôle: on souligne que s’il touchait sa part du surplus de 100 milliards en six ans, le gouvernement québécois réglerait bien des problèmes.Le Devoir * « LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 2 FEVRIER 2 0 0 5 H ?PERSPECTIVES* Le Canada dit non au bouclier antimissile Une question de souveraineté ?À contrecœur, le premier ministre Paul Martin a dit aux Etats-Unis que le Canada ne les suivrait pas dans l’aventure du bouclier antimissile.Même si la Maison-Blanche n’a pas apprécié cette décision, les conséquences du refus canadien devraient toutefois être minimes, tant avec son voisin que dans le reste du monde.ALEC CASTONGUAY Ottawa — Le premier ministre Paul Martin était convaincu depuis longtemps que le Canada devait participer au controversé bouclier antimissile américain.Les signaux étaient nombreux et sans équivoque.D’ailleurs, l'ambassadeur américain au Canada, Paul Cellucci, n’a pas reproché par hasard à Ottawa de •renoncer à sa souveraineté» en disant non au bouclier.Les mots étaient calibrés pour viser juste.•Notre souveraineté en tant que nation impose que nous soyons à la table.Nous devons être certains que personne ne lancera de missile dans l’espace aérien canadien pour protéger un territoire quelque part.» Ce sont les propos de Paul Martin tenus à Vancouver le 12 mai 2003.Le lendemain, il poussait même un cran plus loin.•La décision de procéder à la mise à feu serait prise par les Américains [si le Canada ne participe pas au bouclier].Or je veux que le Canada contrôle sa propre destinée et prenne ses propres décisions et nous ne pouvons le faire si nous ne sommes pas assis à la table», a-t-U déclaré dans une entrevue au Vancouver Province durant sa course pour accéder à la tête du Parti libéral du Canada (PLC).Paul Martin, à qui colle l’étiquette d’un homme hésitant, était alors très clair.Cette position n'avait d’ailleurs pas échappé à Washington.Depuis l’élection de juin dernier, la Maison-Blanche attendait seulement que le premier ministre lance le même message publiquement et qu’il défende le projet.On connaît la suite.Coincé par l’opinion publique et ses propres députés libéraux, profondément divisés sur le sujet, Paul Martin a fait fi de ses préférences et reculé.Étonnement à Washington Washington, qui a été mis au courant de la décision canadienne mardi, lors du sommet de l’OTAN à Bruxelles, ne l’a évidemment pas appréciée.Les Etats-Unis pensaient que la caution politique du Canada était dans la poche et que ce n’était qu’une question de temps.«Nous ne comprenons simplement pas pourquoi le Canada veut renoncer à sa souveraineté, à son siège à la table, pour que nous décidions à sa place quoi faire si un missile se dirige vers le Canada.Ce n’est pas dans l’intérêt du Canada de faire ça», a affirmé jeudi Paul Cellucci, visiblement contrarié.Selon le premier ministre, les modifications apportées au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) en août dernier garantissent la souveraineté du pays.•S’il y a quoi que ce soit qui se développe dans notre espace aérien, on s'attend comme pays souverain à être consulté et à avoir une influence», a-t-il averti.Mais dans les faits, ce n’est pas si clair.Le NORAD est un système de détection dirigé conjointement par les deux pays.La légère modification apportée à sa mission ne fait que rendre plus précis son lien avec le bouclier.Rien de plus.On a confirmé que le NORAD recevra les informations sur un missile en route vers l’Amérique du Nord et qu’il transmettra ensuite les données à un autre organisme, entièrement américain celui-là, le Northern Command.C’est à cet organisme que revient l’ultime décision de lancer un intercepteur.Le Canada jouera donc un rôle dans la collecte des informations mais laissera la décision finale aux Etats-Unis.Et si, dans un scénario hypothétique, un missile fait route vers Montréal, Toronto ou Vancouver, sera-t-il abattu?Des analystes américains avancent que, si un missile se dirige vers le Canada, les Etats-Unis s’en occuperont sans même poser de question.Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, a expliqué jeudi que le Canada ne participait pas au bouclier parce qu’un tel scénario a peu de chances de se produire.«Nous regardons quels sont nos besoins par rapport à notre sécurité et nous choisissons en fonction de notre évaluation des risques sur notre territoire», a-t-il dit Souveraineté fictive Pour Charles-Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de ITIQAM, la perte de souveraineté est un faux débat •La souveraineté en matière de défense n’existe pas en Amérique du Nord.Cest fictif.Les deux pays sont déjà trop intégrés pour pouvoir se passer l’un de l’autre», dit-il.REUTTRS Un missile SM-3 a été lancé hier du croiseur américain U SS Lake Erie pour intercepter un missile de courte portée dans le cadre des essais sur le bouclier antimissile.Et personne n’a intérêt à voir son voisin immédiat être attaqué.Houchang Hassan-Yari, directeur du départe ment de science politique et économique au Collège militaire royal du Capada, à Kingston, soutient quant à lui que les Etats-Unis auraient de toute façon agi à leur guise.«Si un missile fait route vers les Etats-Unis et passe au-dessus du Canada, les Américains voudront le détruire le plus loin possible de chez eux.Cest logique: ils n’attendront pas patiemment qu’il entre aux États-Unis.Ils pourraient donc abattre le missile au-dessus du Canada.Est-ce que ç’aurait été différent si nous avions participé au bouclier?Je ne pense pas.Pour les Américains, ce sont d’abord et avant tout les intérêts des États-Unis qui comptent, pas un respect de la souveraineté aérienne.» Une caution politique Dans ce mégaprojet, qui a coûté près de 90 milliards $US depuis que Ronald Reagan en a eu l’idée dans les années 80, les Américains ne cherchaient que la caution politique du Canada, question de montrer à la face du monde que le bouclier antimissile ne représente pas,une autre facette de l’hégémonie militaire des Etats-Unis mais bien un projet de défense.Mais pour la partie technique, le bouclier pourra continuer à se développer comme si de rien n’était.D’ailleurs, des documents secrets du ministère canadien de la Défense, obtenus par le Ottawa Citizen, montrent que le gouvernement savait qu’un oui à la modification du NORAD accordait aux Américains le volet technique de la participation canadienne.Le reste, c’était de la politique.Maintenant que le refus politique est officiel, y aura-t-il un nouveau froid dans les relations bilatérales qui commençaient tout juste à se réchauffer entre les deux capitales?Hier soir, George W.Bush n’avait toujours pas donné suite à l’appel de Paul Martin fait jeudi pour discuter du dossier.L’irritation est donc bien réelle.•R faudrait être naïf pour croire qu’il n’y aura aucun impact, soutient Charles-Philippe David.L’impression à Washington, et je le sais pour y avoir séjourné, c’est que le Canada ne fait pas sa part en matière de défense.Cette décision n'arrangera rien.Mais le contexte international a changé.Le bouclier n’est pas un sujet aussi émotif que la guerre en Irak.Bush veut rebâtir les ponts depuis son élection.Je ne pense pas qu ïl va monter ça en épingle.» la seule conséquence prévisible à court terme est la mort du D20, ce projet cher à Paul Martin qui consiste à créer im sommet des pays les plus industrialisés du monde, en incluant les forces émergentes comme l’Inde et le Brésil.Bush ne fera certainement pas une fleur à Ottawa en acceptant le projet.«Il n 'était déjà pas chaud à cette idée, alors je ne suis pas certain qu ’il aurait dit oui de toute façon, soutient Charles-Philippe David.Il valait mieux pour Paul Martin qu’il sauve sa peau au pays.» Le refus canadien pourrait toutefois compliquer les relations à plus long terme, croit M.Hassan-Yari.Si le bouclier finit par fonctionner nor-ipalement — ce qui est loin d’être certain —, les Etats-Unis pourraient juger que le NORAD est inutile, car deux entités feraient un travail semblable.Et comme le Canada n’a pas les moyens d’assurer la surveillance de son ciel sans son voisin, les conséquences pourraient être néfastes.D’ailleurs, le premier test surviendra dès l’année prochaine, puisque l'entente bilatérale sur le NORAD doit être renouvelée en 2006.Par contre, économiquement, les experts s’entendent pour dire qu’il n’y aura aucune conséquence.Si la guerre en Irak n’a pas empêché le monde des affaires de transiger, la rebuffade canadienne sur le bouclier ne sera certaine ment pas plus dommageable.Dans le monde, les réactions au refus canadien ont été très différentes hier.Si la puissante et influente chaîne BBC de Londres a joué la nouvelle en boucle une bonne partie de la journée, les autres pays européens ont traité l’annonce comme une nouvelle ordinaire.«Les pays plus pacifistes, comme la France et l’Allemagne, vont applaudir, mais l’Europe va passer à autre chose rapidement.Il n’y a pas de crise avec les États-Unis, pas de conflit comme sur l’Irak, alors les retombées vont être faibles», avance Houchang Hassan-Yari.•L'Europe a d'autres chats à fouetter, l’impact sur notre image sera mineur, estime Charles-Philjppe David.Si rien d’autre n’accroche avec les États-Unis dans les prochains mois qui pourraient faire monter la pression, plus personne ne va en parler.» Le Devoir SUITE DE LA PACE B 1 fiscal du Québec.Comme il a déjà un programme, l’argent servirait à renflouer ses coffres.Mais si les fonds fédéraux sont insuffisants et entraînent des dépenses provinciales, comme ce serait le cas dans les autres provinces, il n’est plus question de correction du déséquilibre fiscal.Au contraire, puisqu’on cherche à influencer les priorités des provinces plutôt qu’à leur donner les moyens de faire leurs propres choix L’augmentation des transferts pour la santé et la péréquation, par contre, corrige une bonne partie du déséquilibre fiscal, croit-elle, car ces fonds aident les provinces.Mais il reste du chemin à faire, surtout à la lumière des surplus croissants d’Ottawa.•On est rendus au point où on voit que la marge de manoeuvre du gouvernement fédéral est très importante, même permanente, en dépit des dépenses Il y a quelque chose d'un peu pervers là-dedans On a le gouvernement fédéral qui a cette capacité fiscale énorme alors que les provinces ont de la difficulté à boucler leur budget et que les municipalités ne suffisent pas à la tâche», dit-elle, en relevant les 10,9 milliards dépensés en 200405 uniquement pour éponger un surplus imprévu.BUDGET Elle pense que le transfert d’une portion de l’assiette fiscale du fédéral aux provinces reste la meilleure solution.«Le gouvernement fédéral a une capacité fiscale [qui fait en sorte] qu’il est capable un peu de dicter les priorités des autres ordres de gouvernement.[.] On est rendus au point où les effets pervers se font sentir.Il serait préférable que le gouvernement fédéral réduise sa part du fir-deau fiscal pour permettre aux autres ordres de gouvernement d’aller chercher l’argent dont ils ont besoin pour financer les programmes dont Us ont la responsabilité.En matière de transparence et d’imputabilité, ce serait préférable.• Cette solution a été rejetée à maintes reprises par Paul Martin et certains aiment la présenter comme irréaliste.Le transfert de points d’impôt n’est pourtant pas une utopie.Le gouvernement Trudeau avait accepté cette solution en 1977 dans le cadre de la réforme du Financement pour les programmes établis en santé et en éducation post-secondaire.Ottawa avait alors converti la moitié des transferts en espèces en points d’impôt qu’a a ensuite cédés aux provinces.L'af faire s’était faite à l’amiable, les gouvernements y avaient trouvé leur compte sans que les citoyens voient leur fardeau fiscal s’alourdir.Le climat actuel des relations fédérales-provin- ciales n’est pas propice à ce genre d’arrangements.La méfiance domine depuis 10 ans, gracieuseté des compressions unilatérales de Paul Martin.Le nouveau cadre pour la péréquation mis en avçmt par M.Martin et l’entente avec la Nouvelle-Ecosse et Terre-Neuve n’ont pas arrangé les choses, selon Mme Saint-Hilaire.Les provinces se plaignaient de la baisse abrupte des paiements de péréquation au cours des dernières années.La réponse du fédéral a été d’offrir un montant plancher, assorti d’une hausse annuelle de 3,5 %.Pour décider du partage des fonds, on a créé un comité d’experts fera rapport avant le prochain budget «Jusque-là, le programme fonctionnait sur la base d’une formule, ce qui le mettait à l’abri des menaces.Il n’y avait pas de place pour la politique.[.] En changeant cette dynamique, on a lancé un débat entre les provinces sur le partage des sommes», relève-t-elle.Elle avoue être inquiète.«Je pense que ça crée un climat très malsain pour le fonctionnement de la fédération.Le pire est que je pense que le gouvernement a voulu éteindre un feu mais sans se poser de questions sur les effets à long terme et les effets pervers de ses décisions.» Le Devoir Michel David Péquisteries (tome XXIII) Adéfaut d’avoir de nouvelles idées, il est toujours possible d'en recycler de vieilles à la condition de leur laisser suffisamment de temps pour se faire oublier.Quand Robert Bourassu avait réclamé que le Québec soit reconnu comme -société distincte», en 1986, la plupart des gens avaient oublié qu’il avait réclamé exactement la même chose 15 mis plus tôt le passage du temps avait donné à l'accord du Lac-Meech un petit air de fraîcheur.En revanche, cela faisait à peine trois ans qu’on avait dépoussiéré pour la dernière fois l'idée de laisser à la population le soin de déterminer la date du prochain référendum sur la souveraineté.Celui qui s'en était fait le promoteur à l’époque était — ô surprise! — Jean-Pierre Charbonneau, alors ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques.Et, devinez quoi, Bernard Landry n’était pas d'accord.Plus ça change.M.Charbonneau avait simplement repris à son compte un projet de loi présenté en mai 2(XX) |iar Mario Dumont, qui s’était lui-même inspiré de celui que son conseiller du moment, André larocque, qui allait bientôt se mettre au service de M.Charbonneau.avait déjà proposé au gouvernement Lévesque à la fin des années 70.D's quatre jeunes députés péquistes, Nicolas Gi rard (Gouin), Jonathan Valois (Joliette), Alexandre Bourdeau (Berthier) et Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean), appuyés par Pauline Marois, qui prétendent offrir une «troisième voie» entre le référendum à tout prix et les «conditions gagnantes», ne s’écar tent donc pas des sentiers battus et rebattus par leurs aînés.?Quand M.Charbonneau avait dit envisager une loi qui autoriserait la tenue de référendums d’initiative populaire pour toute question d’intérêt public, le pré sident d’Alliance-Québec, Brent Tyler, avait immédia tement manifesté son intention de s’en prévaloir pour consulter la population sur l'accès à l'école anglaise, la langue d’affichage ou même l'adhésion du Québec à la Constitution de 1982.Cette fois-ci, il s’agirait d’une loi qui porterait uniquement sur l’accession à la souveraineté, un peu comme celle qui a encadré les référendums sur les défusions, en juin dernier.11 suffirait qu'un nombre suffisant d’électeurs, par exemple 10 %, signent des registres ouverts à cet effet sur une période de temps limitée pour qu’un référendum sur la souveraineté soit obligatoirement tenu dans un délai de quelques mois.Il est vrai que les référendums de ce genre font depuis longtemps partie des mœurs dans des pays comme la Suisse ou dans certains Etats améri-cains, notamment la Californie.Appliquer la formule au débat constitutionnel comporte cependant de sérieux risques.Si cette avenue, à première vue séduisante, a été écartée depuis 30 ans, c’est que personne n'a encore trouvé avantageux de régler un problème, en l’occurrence celui de la date du référendum, en le remplaçant par un plus gros.11 y a déjà bien assez de ceux qu’on crée par mégarde ou par maladresse.Dans un communiqué émis jeudi, le directeur du bimensuel souverainiste Le Québécois, dont Jacques Parizeau est un collaborateur régulier, a vivement dénoncé la •scandaleuse pusillanimité» dont font preuve les «cinq dissidents», y voyant le «désistement crasse» de députés qui cherchent à fuir leurs responsabilités et qui se satisferaient volontiers de gouverner une province.Selon Patrick Bourgeois, s’engager à ce que le référendum soit tenu «le plus tôt possible dans le premier mandat» laisse déjà une marge de manoeuvre bien suffisante au gouvernement Il est pourtant vrai qu’un référendum d’initiative populaire favoriserait une mobilisation qui déborderait le cadre du PQ, comme le plaident ses promoteurs.Au reste, rien n’empêcherait le PQ de mettre tout le poids de son organisation dans la balance.S’il n'arrive pas à convaincre 500 (XX) ou même un million de personnes de signer les registres, il vaut mieux oublier toute idée de référendum.?Si Bernard I-andry s’oppose à une formule de ce type, ce n’est certainement pas parce qu’il aurait les coudées trop franches.Au contraire, s’il tarde trop, les «purs et durs» pourraient très bien l'utiliser pour lui forcer la main.S’ils passaient outre à ses réticences et recueillaient un nombre suffisant de signatures, il n’aurait d’autre choix que d’obtempérer ou de démissionner.Il est paradoxal que Pauline Marois, qui trouve déjà imprudent de s’engager à tenir un référendum dans un premier mandat, trouve cette proposition «très intéressante».Pourquoi voudrait-elle prendre le risque de perdre complètement le contrôle de l’échéancier?Depuis quelque temps, la seule rationa lité des positions de Mme Marois semble être de prendre le contre-pied de celles.de son chef.Et vice-versa, direz-vous.A voir M.Landry se ranger soudainement du côté de ceux qui souhaitent voir le CHUM s’installer au HXX), rue Saint-Denis, après que Mme Marois s’est elle-même prononcée en faveur d’Outremont, on peut même se demander si le dossier du CHUM n'a pas été pollué par la question du leadership.Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opposition péquiste va se présenter en commission parlementaire lundi en ordre dispersé.Dans le numéro du journal Le Québécois à paraître en début de semaine, Jacques Parizeau formule ses «attentes» pour le congrès de juin.On ne peut que souhaiter avec lui «que soit clarifiée la démarche qui suivra l’élection gagnée», mais comment clarifier une démarche liée à la tenue d’un référendum aussi incertain?Dans un tel contexte, serait-il pensable de «mettre en place l’appareil législatif, administratif et financier du pays», comme le propose l’exécutif du PQ?Cela vous intéresse peut-être de savoir ce que M.Parizeau dit du vote de confiance.Prenant bien soin de souligner que les nouveaux statuts du parti prévoient que le prochain congrès n'aura lieu qu’en 2009, au plus tôt, il écrit: «Qu’ils [les délégués] donnent une bonne majorité à M.Landry et celui-ci peut rester en poste plusieurs années.» Un délégué averti en vaut deux.mdav idfalede vo i r.com h.i LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 FÉVRIER 2005 B 4 EDITORIAL Quelle opposition ?Minoritaire, le gouvernement Martin ne l’est plus qu’en apparence.Pour les 12 prochains mois, il est assuré de ne plus être soumis à un vote de confiance grâce à l’appui donné au budget Goodale par le chef du Parti conservateur, Stephen Harper.Étonnant de la part de celui dont le rôle est de s’opposer au gouvernement * > L T \0*l f" e dépôt de ce budget cette semaine constituait pour les libéraux un moment de vérité.S’ils se liguaient contre lui, les trois partis d’opposition pouvaient les défaire.Il leur fallait se constituer une majorité pour le vote à venir sur les mesures budgétaires en obtenant soit l’appui conjugué du NPD et du Bloc québécois, soit celui des conservateurs.D’emblée, le choix des stratèges libéraux s’est porté du côté des conservateurs.D’abord patce qu’il est plus simple de négocier avec un seul parti plutôt qjj’avec deux.Ensuite parce que le Parti conservateur était certainement le parti le moins désireux d’être tenu responsable de la tenue d’élections précipitées.Dans l’entourage de Stephen Harper, on ne cessait depuis deux semaines de le faire savoir à qui voulait l’entendre.Enfin parce que le Parti libéral a intérêt à occuper le plus de terrain possible à droite, où les gains électoraux à faire sont les plus importants.¦ Y a-t-il eu des négociations entre libéraux et conservateurs pour rédiger ce budget ensemble?On ne le saura jamais, mais le script suivi par le ministre des Finances semble être venu tout droit de chez M.Harper.Celui-ci était tellement heureux de ce budget que, dès sa présentation terminée, il s’est précipité pour annoncer qu’il allait en voter l’adoption.Dans les circonstances, s’opposer à ce budget simplement pour s’y opposer aurait eu un côté factice de la part des conservateurs, on en conviendra.Le jeu de l’opposition conservatrice aurait néanmoins dû être de livrer bataille aux Communes pour obtenir des amendements à ce budget et pouvoir ainsi s’attribuer le mérite d’avoir véritablement infléchi les orientations du gouvernement.En ayant usé de son influence derrière des portes closes, M.Har-pér permet au gouvernement d’en tirer tous les avantages politiques.Bien sûr, il y avait un risque à jouer ainsi la partie.En ne l’ayant pas pris, M.Harper nous dit quel genre de leader il est Surtout, il nous dit à quel point son parti est vulnérable.Le gouvernement Martin vient ainsi de gagner 12 mois de paix relative puisque ce n’est pas avant le prochain budget qu’il sera confronté à un vote de confiance.Le seul autre obstacle qu’il aurait pü rencontrer sur son chemin aurait été la tenue d’un vote sur la participation canadienne au bouclier spatial américain.En décidant cette semaine de ne pas en être, il a éliminé ce danger.La stratégie adoptée par les libéraux vise à réunir les «conditions gagnantes» pour la tenue d’élections d’ici 18 mois.S’ils peuvent considérer avoir neutralisé l’opposition conservatrice, il leur reste par contre à reprendre pied au Québec, où le Bloc québécois leur barre toujours la route.i Le budget Goodale nous a donné cette semaine la clé de la tactique qu’ils entendent suivre à cet égard: dire non à tout ce que réclame le Bloc québécois et prendre pour seul interlocuteur le gouvernement Charest.En isolant le Bloc québécois, on tentera de convaincre les électeurs que ce parti ne peut pas défendre efficacement leurs intérêts.Le Bloc et son chef, Gilles Duceppe, étant plus combatifs que les conservateurs de Stephen Harper, la démonstration sera beaucoup plus ardue à réussir.Bernard Descôteaux ¦>>! ' bdescoteaux@ledevoir.ca Mésentente au sommet Serge Xruffaut e président Bush a profité de sa rencontre avec son homologue russe, Vladimir Poutine, pour faire la promotion de la démocratie.Jusqu’à la veille de ce rendez-vous, on s’attendait même à ce que Bush se pose en donneur de leçons.Ce ne fut pas tout à fait le cas.S’il a bel et bien exposé ses craintes au sujet de la santé de la démocratie en fCussie, Bush ne les a pas conjuguées avec la virulence anticipée.Lorsqu’on compare l'humeur présente des relations entre les dpux hommes à celle qui avait cours il y a deux ans, on retient cjti’elles sont plus acides à l’heure actuelle.Tout peut s’expliquer ainsi: depuis la proclamation du partenariat stratégique, il y a deux ans, la Russie de Poutine tangue dangereusement vers les rives de l’Autocratie.Le président russe n’a pas cessé de gommer les pouvoirs dévolus à des tiers après la chute du mur de Berlin pour ¦' .mieux les concentrer entre ses mains et celles de ses collaborateurs, dont la grande majorité sont des anciens du KGB.Ainsi, il a réduit les mécanismes décisionnels que Boris Eltsine avait alloués aux gouverneurs.Il a fait de même avec le Conseil de la fédération russe.Il a agi de manière à contrôler tous les réseaux de télévision.Quoi d’autre?Il use de l’arbitraire avec abondance pour écarter toute voix critique du champ politique; il lie les politiques économiques avec autoritarisme.Ce dernier aspect hormis l’Iran évidemment agace au plus haut point l’administration Bush.En effet les assauts que Poutine a lancés contre le géant pétrolier loukos ont fini par réduire celui-ci à une peau de chagrin.Or les Américains comptaient beaucoup sur l’émergence de groupes pétroliers russes à la fois énormes et efficaces comme loukos afin d’être beaucoup moins captifs des féodaux qui régnent sur le golfe Persique.Le démantèlement de celui qui fut le numéro un du secteur de l’énergie russe énerve tout particulièrement Wall Street.Au passage, on retiendra que l’autoritarisme économique de Poutine a favorisé un exode sans précédent de capitaux russes: plus de cinq milliards de dollars au cours du premier semestre 2004, contre trois milliards pour toute l’année précédente.Çette crispation des relations entre Bush et Poutine a évidemment une double origine, qui va dans les deux sens.Parmi les griefs que le patron du Kremlin nourrit à l’endroit de celui de la Maison-Blanche, on retiendra l’Iran et le traité baptisé Cooperative Threat Reduction, que les deux pays ont signé.Le traité en question stipule que des milliards de dollars doivent être dépensés par la Défense américaine pour la dénucléarisation.Et alors?Malgré lé 11 septembre, le budget alloué à cette fonction n’a presque pas bougé depuis le départ de Bill Clinton.En ce qui concerne le nucléaire iranien.Poutine ne tait pas son irritation pour une bonne et simple raison: l’accord passé avec le régime des ayatollahs a des fins civiles.Si l’Iran parvient à fabriquer sa bombe, les Américains devront montrer du doigt le Pakistan au premier chef, mais pas la Russie.Qui plus est, dans l’esprit de Poutine, si Bush tient à ce que cesse la coopération des Russes avec les Iraniens sur ce sujet très délicat, qu’attend-il pour offrir mie compensation?Au terme de cette rencontre, un fait demeure: on ne peut toujours pas parler d’entente cordiale entre les deux hommes.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE ^ itS f i cTi’FS ».L'iST MA ! A m?oSi \ un U £NM> WAuCHÊ, l /Mti \i / \ U&WÎ PAS./ ÏùREcÎE^ I Vt vfwp LETTRES -?- À la défense de Laure Waridel: plus que de la bonne conscience La critique qu’a faite Jean-François Nadeau du dernier livre de Laure Waridel dans Le Devoir du samedi 19 février est de celles qu’on peut sans exagération qualifier d’injustes et d’irresponsables.L’action de Laure Waridel porte sur les choix de consommation et les solutions de rechange aux circuits de production et de consommation contrôlés par les multinationales.Elle ne prétend pas remplacer une action politique directe visant à provoquer une réforme des structures économiques dominantes: au contraire, la critique qu’elle en fournit y invite.Mais la création de circuits alternatifs fait bien plus que donner bonne conscience.S’il ne peut à lui seul anéantir le système en place, le commerce équitable permet à des milliers de personnes de vivre mieux et de participer concrètement à l’opposition démocratique à un tel système.Permettre à des milliers de travailleurs du café d’obtenir une rémunération décente et à des milliers de familles québécoises de se nourrir d’une agriculture biologique soutenue par la communauté, c’est bien plus que de donner bonne conscience à quelques consommateurs.M.Nadeau n’a fait que détruire pour détruire, croyant sans doute ainsi faire valoir une lucidité plus apparente que réelle.Il est bien facile d’accuser Laure Waridel de se faire la «garde-malade d’un système condamnable» dans une chronique méprisante et superficielle, mais je doute fort qu’il ait personnellement fait grand-chose pour «apporter des principes de changement structurel au système», pour reprendre son langage académique.Changer le monde n’est pas si simple dans la réalité.S’il avait voulu le faire au moins par sa plume, M.Nadeau aurait pu s’attaquer aux écrits de Wal-Mart ou de Monsanto, voire aux publicités mensongères sur les poulets de la société Le Choix du président qu’on nous impose présentement.Il a préféré discréditer bêtement une des militantes les plus intelligentes, les plus sereines et les plus conséquentes qu’on ait au Québec.C’est la- mentable et tout à son déshonneur.Il faudra juste un peu plus de courage à ceux qui agissent chaque jour au ras des humains.Roméo Bouchard Directeur général, Union paysanne Le 24 février 2005 Réplique Faut-il s’étonner ou se désoler de voir Roméo Bouchard confondre ainsi la condition véritable des paysans québécois de son mouvement et celle, dite «équitable», de producteurs de café de l’hémisphère sud?Loin de prendre en compte les critiques adressées à la pensée de gestionnaires dont Laure Waridel se fait la porte-parole, M.Bouchard me chicane plutôt pour ne pas avoir parlé de Wal-Mart ou de Monsanto.Je l’aurais bien sûr fait volontiers si cela avait été mon propos.Une partie de la gauche mondiale remet déjà fortement en cause la validité de l’approche dite équitable.J’estime tout simplement qu’il doit aussi être possible au Québec de présenter les limites de cette pensée dans une critique publique et raisonnable.Jean-François Nadeau REVUE DE PRESSE -4- Le «tergiverseur» rate sa cible Antoine Robitaille Tergiverser maladivement: voilà ce qui définit le premier ministre du Canada, Paul Martin, selon la revue britannique The Economist.Mais jeudi, au sujet du bouclier antimissile américain, Martin a finalement pris une décision: le Canada dira non au projet de Bush.Pour les journaux du ROC, ou bien la décision avait déjà trop tardé, ou bien elle ne convient pas du tout Adam Radwanski, du National Post (tout comme le Chronicle Herald à Halifax), écrivait hier que le refus de Martin s’inscrit dans une stratégie visant à prendre position à gauche.Le but: «refaire le plein d’appuis au Québec».Or, selon Radwanski, refuser de participer au bouclier «ne permettra pas de réaliser quoi que ce soit de constructif, à gauche ou ailleurs.Cela n’accroîtra pas la sécurité de la nation ni la possibilité défaire la paix sur Terre.Cela ne permettra aucunement de conserver des sommes d’argent pour les consacrer aux principaux problèmes sociaux.Cela n’améliorera en somme le sort d'aucun Canadien».«C’est la première fois en 65 ans, déplore le Chronicle Herald, que le Canada s'exclut d’un aspect central de la défense nord-américaine.» Le Toronto Star—de manière surprenante puisque c’est le journal le plus libéral et de centre gauche de la Ville-reine — condamnait aussi la décision du gouvernement Martin hier.Il rappelait que lors de la course au leadership, le politicien avait clairement dit qu’il appuierait le bouclier.Cette position avait du sens, opine le Star, surtout à une ère où quelque 40 pays possèdent des missiles et où un nombre grandissant dispose de missiles nucléaires.Aussi, «l’OTAN en entier estime que les programmes de recherche sur le bouclier sont une bonne chose».Mais Martin n’a pas réussi à bien défendre son dossier.Il a laissé traîner les choses «alors qu’il eût été moins coûteux, d'un point de vue politique, de prendre une décision plus tôt».Il a «tergiversé jusqu’à ce que plusieurs éléments combinés le contraignent à prendre position.Et, hier, sa faiblesse Ta conduit à procéder à cette volte-face humiliante».Les sondages ne lui donnaient guère le choix: «54 % des Canadiens, y compris plusieurs personnes au caucus libéral, s’opposaient au bouclier.Seulement 36 % se prononçaient en sa faveur», écrit le Star.M.Martin aura fort à faire maintenant pour contrer la «perception croissante», répercutée par M.Harper, selon laquelle il est un «roseau qui plie selon la direction du vent».D est certain, souligne le Star, que le fait de «se faire cataloguer “M.Tergiverse" [«Mr.Dithers»], comme Ta /ait The Economist, n’est pas.le type d’héritage auquel il aspire».A la décharge de Martin, le Star dit que le président américain non plus n’a pas été très efficace dans sa défense du bouclier.11 n’a pas précisé ce qu’il attendait du Canada, ce qui a permis aux «esprits alarmistes d’évoquer des scénarios où les missiles peupleraient le Grand Nord».Aussi, après avoir dépensé 100 milliards depuis 1983, le Pentagone n’a pas réussi à faire fonctionner son système.Le seul allié de Bush au Canada, le chef conservateur Stephen Harper, «loin d’appuyer Washington, a complètement changé de position, l’appuyant dans un premier temps pour ensuite refuser timidement de promettre que les conservateurs voteraient en faveur si Taf faire était présentée au Parlement».?Non seulement Paul Martin compromet les rapports avec «nos alliés américains», en plus, par ses décisions récentes, il «met la confédération en péril».C’est Richard Gwyn qui l’affirmait cette semaine dans le Toronto Star.Selon lui, des ententes spéciales avec certaines des provinces comme Terre-Neuve peuvent précipiter le pays dans une spirale hasardeuse de revendications.«Pendant plusieurs décennies, le Québec a été en mesure de négocier toutes sortes d’ententes spéciales avec Ottawa.Son chantage à la séparation avait délié les cordons de la bourse nationale.» Mais le chroniqueur dit que plus personne ne croit en cette menace.De plus, ajoute Gwyn, il y avait jadis un aspect rationnel à l’unité du pays: ce que l’Ontario, par exemple, donnait en surplus au reste du Canada lui revenait parce que ce reste du Canada achetait par la suite des produits fabriqués en Ontario ou qui transitaient par cette province.C’est d’ailleurs avec ce type d’argument, rappelle Gwyn, que Paul Martin a tenté de calmer la frustration de l’Ontario face aux ententes particulières çntre le fédéral, Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.Mais cet argument ne tient phis, dit Gwyn.Avec les accords de libre-échange, le marché est maintenant continental et non plus strictement canadien.En somme, «de nos jours, il n’y a plus ni marché commun ni risque de séparation qui contraigne les provinces à vouloir se serrer les coudes».Et Paul Martin n’est pas Pierre Trudeau: en effet, le premier croit à l’asymétrie alors que le second avait pour devise: «R n’y a qu’un Canada».Or qu’est-ce que l’asymétrie?«Cest une façon raffinée de dire qu’il n’y a pas que le Québec qui soit libre d’obtenir ce qu’il veut», tranche Gwyn.L’Ontario, grande «victime» de ce bar ouvert — car c’est elle qui envoie 17 milliards de plus qu’elle en reçoit chaque année — commence à en avoir assez, comme l’a bien fait savoir le premier ministre Dalton Mc-Guinty.«Qu’arrivera-t-il?Toutes les provinces voudront obtenir des ententes particulières.L’Ontario va se sentir de plus en plus frustré et exploité.Et la confédération va se défaire un peu plus.Cela ne sera pas beau à voir.Mais c’est ce qui se prépare», prédit Gwyn.?Et si le premier mimstre de Terre-Neuve, Danny Williams, devenait chef du parti conservateur fédéral?La question, provocatrice, a été posée mercredi par Susan Riley, la chroniqueuse du Ottawa Citizen.Williams a beaucoup à offrir une autorité indéniable fil a fait plier le premier ministre du Canada), un style fougueux, un esprit vif et des nerfs d’acier.Il a des émotions, ce que Riley estime être «un atout politique important».En plus, il aime sa province.Sans compter que c’est un millionnaire qui s’est fait lui-même, «une vertu aux yeux de bien des conservateurs».Son succès, il n’en a pas hérité, comme d’autres aspirants à la chefferie du Parti conservateur, Belinda Stronach en tête (qui doit tout à son papa).Et contrairement à Peter MacKay — l’ancien chef conservateur —, il n’a pas vraiment besoin de ce boulot, «ce qui lui permet de dire ce qu’il pense».Contrairement à Bernard Lord, «Williams fiait bonne impression».Mais plusieurs mettront en question sa loyauté au Canada puisqu'il a fait retirer les drapeaux du Canada à Terre-Neuve pour protester contre Ottawa.Aussi, il ne parle pas français.«Cela n’a rien de fatal, évidemment.Brian Tobin, lorsqu’il avait songé à devenir un chef national, était devenu bilingue très rapidement.» La presse du Canada J LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE FEVRIER 2 0 0 5 b r> D É E S L’homme politique français invité à enseigner à l’ENAP Alain Juppé et le Québec : une affaire d’éthique ou de culture politique ?sJ JACQUES PALARD Directeur du Centre de recherche et d’études sur le Canada et le Québec en sciences sociales.Institut d’études de Bordeaux a visite attendue de M.Juppé aura un retentissement politique et économique qui traduit des liens qui unissent nos deux peuples.» (Lucien Bouchard, premier ministre du Québec, communiqué du 30 mai 1996, soit quelques jours avant la visite officielle au Québec d’Alain Juppé, premier ministre de la République française.) «Incrédulité, perplexité, colère, honte, dépit: tels sont quelques-uns des sentiments que j’ai éprouvés en apprenant que la direction et une très forte majorité des professeurs de la prestigieuse École nationale d’administration publique du Québec (ENAP) avaient décidé d’accueillir parmi eux, pour un an, le politicien français déchu Alain Juppé.» (Gérard Bouchard, professeur au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi, «Embauche d'Alain Juppé: l’ENAP a-t-elle perdu la tête?».Le Devoir, 12 et 13 février 2005.) Le rapprochement de ces deux textes, écrits par deux frères, crée bien sûr une illusion d’optique: à l’évidence, la fonction de M.Juppé et sa position sociale et politique ont changé, comme ont changé, de ce fait même, les raisons qui le conduisent à envisager, hier et aujourd’hui, un séjour au Québec.Une énigme Ce raccourci dans le temps n’en révèle pas moins une énigme.Cette énigme est d’autant plus symptomatique que l’invitation à enseigner à l’ENAP à soulevé, au sein des universités, des attitudes vigoureuses et contraires, parfois collectives et sans doute, en matière de mobilisation, sans véritable équivalent au cours des années récentes.Peut-on rendre compte, et, si oui, comment, des tenants et aboutissants de cette affaire qui met aux prises — ce qui n’est certainement pas anodin — un homme politique français en voie de (re) conversion et un corps professionnel québécois?Ce que se donne dès l’abord à voir, c’est un conflit de valeurs, sur fond d’arguments éthiques.Ce ne sont pas les compétences de M.Juppé qui sont mises en cause, non plus que l’intérêt que représenterait pour l’institution d’accueil son expérience politique dans le champ de l’administration publique et des relations internationales.Ce qui est mis en avant, c’est avant tout sa condamnation, pour des faits qui remontent à l’exercice de ses fonctions à la mairie de Paris.Depuis ces faits, M.Juppé est devenu, en 1995, en un court laps de temps, tout à la fois premier ministre, maire de Bordeaux et président de la communauté urbaine de Bordeaux tout en exerçant les fonctions de président du principal parti du gouvernement qu’U dirige [.].La condamnation de M.Juppé en décembre dernier à un an d’inéligibilité, assortie d’une peine de prison avec sursis de 14 mois, lui a fait perdre, pendant cette période, toute charge élective.L’exemplarité Pour nombre d’enseignants et d’étudiants québécois, cette condamnation le rend en outre inapte à occuper un poste d’enseignant, poste qui non seulement comporte la délivrance de connaissances à des fins de formation mais va également de pair avec une exigence d’exemplarité morale.Dans ces colonnes, Guy Rocher en a même fait récemment une question d’honneur: le métier de pédagogue commande le respect d’un contrat auquel on ne saurait faillir sans porter atteinte et à sa fonction et à son institution d’appartenance.Alain Juppé, ex-premier ministre de la République de France.PHILIPPE WOJAZKR REUTERS Un tel contrat agit comme par anticipation: les comportements passés sont garants des convictions •et des pratiques présentes.S’y applique aussi une conception que l’on pourrait qualifier d’intégraliste: dans cette perspective, on ne saurait distinguer sans dommage l’homme public de l’homme privé.D’aucuns verront là une forme de religion séculière — substitut de croyances religieuses naguère dominantes?L’«affaire Juppé» offre dès lors l’occasion à une partie de la communauté universitaire québécoise d’imposer — et de se rappeler à elle-même?— les limites de la discordance entre les divers champs d'activité, entre lesquels il ne saurait y avoir de solution de continuité.Dans le tout premier numéro de la revue Éthique publique (printemps 1999), Claude Ryan évoquait le fréquent rappel par l’un de ses professeurs de «la parole de l’Écriture suivant laquelle tout homme a un côté fourbe et menteur».Et il en appelait en conséquence à un «esprit d’humilité, de tolérance et de retenue qui convient à une société démocratique».Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce point de vue n’est pas partagé par la plupart de ceux qui ont choisi de faire connaître leur position.Serait-il ainsi dans la mission de l’universitaire de mettre la barre plus haut que le journaliste et l’homme politique?L’incompréhension Par-delà cette question de l’éthique, ce qui paraît principalement en question, c’est une profonde différence entre les cultures politiques québécoise et française, singulièrement en ce qui concerne la conception des fonctions exercées dans l’espace public.Ce qui frappe, en effet, c’est la forte dissonance cognitive entre ce qui se lit dans les déclarations d'indignation, voire d’hostilité, qui visent M.Juppé et la réception que celui-ci s’estime en droit de recevoir, du moins si on s’accorde à reconnaître une égale bonne foi à chacune des parties.Dans son «Blog-notes», en date du 21 février, l’ex-député-maire de Bordeaux se dit «abasourdi par le tumulte qu’a provoqué la décision de l’ENAPde [l’Jac-cueillir à Montréal» alors même qu’il entendait «servir, quelque part, ce qui a toujours été [sa] vocation: Dans la foulée de l’affaire Michaud l’intérêt général».Il y dément l’engagement de démarches — qui ne sauraient donc être qualifiées d’infructueuses — auprès d’universités états-uniennes.Mais à aucun moment et en raison même de sa posture de dénégation il ne fait véritablement écho à ce qui paraît pourtant être ce qu’il y a de plus fondamental dans l’expression critique des tribunes libres publiées, notamment, par Le Devoir, ou, plutôt, il met celles-ci sur le compte de la passion politique, «la plus terrible de toutes les passions».C’est que, peut-être, le jugement qu’elles contiennent pourrait s’avérer difficilement audible sur cette rive-ci de l’Atlantique.Les cas ne manquent pas en France de personnalités politiques condamnées pour corruption ou malversation financière, et parfois à des peines de prison ferme, qui se sont ensuite présentées à nouveau avec succès devant leurs électeurs.On peut s’en étonner et s’en offusquer, mais c’est ainsi.Cette attitude pourrait bien dénoter un type d’attentes à l’endroit de l’exercice des fonctions publiques, qui ne relève nullement de la recherche d’un absolu, ou de pratiques, au sens propre du terme, «impeccables».Tout se passe comme si la République et la démocratie — sans doute très perfectible mais que l’on sait imparfaite par nature — en avaient «vu d’autres».En tout état de cause, si une institution universitaire française avait décidé d'engager M.Juppé, on peut faire le pari que cela n’aurait déclenché aucune protestation publique d’importance de la part du corps enseignant On peut légitimement faire l’hypothèse selon laquelle la recherche éthiqye est liée à la conception que la société se fait de l'Etat et de ses missions, et donc à la fois des élus et de la fonction publique.Force est alors de constater que le climat d’incompréhension qui s’instaure entre M.Juppé et ses détracteurs québécois traduit une différence de premier plan entre les cultures politiques de nos deux pays.Et plus encore si on considère que l’éthique gouvernementale va au-delà de l’adoption d’un simple code déontologique et qu’elle a vocation à trouver son plein aboutissemerit dans une éthique réflexive des représentants de l’Etat Une réforme nécessaire et attendue BERNARD LANDRY Chef de l’opposition officielle a réforme du règlement de l’Assemblée nail tionale proposée récemment par son prési-k dent préconise soit l’interdiction pure et I simple du blâme à un citoyen, soit l’imposi-I J lion, lors de son usage éventuel d’une série Il de précautions qui amélioreraient grandement la procédure actuelle.Cette modernisation est fortement appuyée par l’ensemble des députés de l’opposition officielle, qui favorisent sa mise en place le plus tôt possible.En effet nos règlements ont permis de condamner à la hâte des citoyens ou de dénoncer leurs propos sans avoir entendu leur version et pour des motifs souvent assez vaguement formulés.Ces règles sont présentement en examen judiciaire en appel et ont déjà fait l’objet d'un jugement de première instance.C'est bien évidemment aux tribunaux de les évaluer dans leur état actuel et quant à leur application passée en matière de droit La position des députés ne vise donc aucune évaluation juridique bien qu’elle soit évidemment en rapport avec ce qui aura été, souhaitons-le, la dernière application des règles actuelles, survenue le 14 décembre 2000.En effet si les modifications envisagées avaient été en vigueur, l’«affaire Michaud» ne serait jamais arrivée.A cette occasion, presque tous les parlementaires ont appuyé une motion sans préavis présentée par Lawrence Bergman et André Boulerice, dénonçant «sans nuance, de façon claire et unanime» des propos reprochés à Yves Michaud.Yves Michaud n’a pas été traité comme il aurait dû l’être La chose s’est faite de façon expéditive, comme dans tous les cas analogues.Un geste qui n’était pas exemplaire Avec la réforme proposée, cette motion aurait été soit irrecevable, soit soumise au débat uniquement après audition de la personne visée et le temps de réflexion requis, ce qui aurait radicalement changé les conditions du choix dans lesquelles se sont retrouvés les députés.Ce jour-là, les circonstances ont desservi tout le monde puisque c’est en toute bonne foi et en voulant justement prendre ses distances par rapport à une forme d’intolérance présumée que l’Assemblée elle-même a fait un geste qui n’était pas exemplaire au chapitre du respect d’autrui.Les propositions de changement mises en avant se trouvent maintenant à consacrer et à confirmer après le fait de par leur contenu même, quYves Michaud n’a pas été traité comme fl aurait dû l’être.En effet en instaurant une réforme qui propose une façon de faire améliorée, on reconnaît de ce fait même que l’ancienne n’était pas adéquate.Il est clair que les propos d’Yves Michaud visés par la motion ne violaient aucune loi, et il n’a d'ailleurs jamais été condamné ni même poursuivi, mais sa notoriété et ses états de service publics exemplaires font que le geste de l’Assemblée nationale a un impact considérable.Journaliste, député libéra] puis indépendant conseiller et ami aussi bien de Robert Bourassa que de René Lévesque, Yves Mi-chaud a aussi été un des grands diplomates du Québec.Il a honorablement occupé d’autres fonctions dans différents secteurs d’activité publics et privés, Journaliste, député libéral puis indépen conseiller et ami aussi bien de Robert Bou JACQUES NADEAU LE DEVOIR pendant, ourassa :jue de René Lévesque, Yves Michaud a aussi un des grands diplomates du Québec.dont cglui de la défense des petits épargnants.Il a son franc-parler, mais rien dans sa vie ne l’associe à des doctrines méprisables, bien au contraire.D’ailleurs, les mérites dYves Michaud ont récemment été reconnus par une instance neutre et au-dessus de tout soupçon, le Conseil de l’Ordre national du Québec, qui lui a décerné le grade de chevalier.Michaud a refusé cet honneur.Il devrait peut-être se raviser.Ce serait une belle manière de mettre un terme à cette regrettable affaire dans l’honneur et la dignité.Denise Bombardier Un métier noble ¦ entrée de jeu, répétons4e, nous noué i * posons aux mesures de pression cor tées par les syndicats d'enseignants i sensibiliser l’opinion aux graves problèmes rencon par les enseignants dans l’école d'aujourd'hui, la stratégie syndicale qui consiste à réduire le temps d éni» gnement, à aDonger les récréations, à ne pas adresser la parole au directeur de l'école, fêle l’image de l'ensçè gnant, modèle de référence inévitable aux yeux des jeunes.D'ailleurs, plusieurs témoignages d’enseignants donnent à penser que cette stratégie leur est imposée et suscite chez eux malaise et réticence.Cela étant établi, une société irrespectueuse de ses enseignants se met elle-même en péril.Les tâches du corps enseignant d’aujourd’hui au primaire et au secondaire sont insurmontables.Les enseignants, en ce sens, héritent des dysfonctions familiales et sociales.Ils se retrouvent devant des enfants perturbés, mal élevés, sans points de repère, ignorant les règles de l’autorité, des enfants en détresse, angoissés, revendicateurs, tyranniques de leurs droits, méfiants des adultes, grossiers, agressifs et incapables de se concentrer.Hélas, cette nomenclature n’est pas spectaculaire que dans sa déc linaison.La réalité de cefle-ri se vérifie au quotidien à l’école.?Les enseignants sont bien placés pour évaluer les dégâts de la démission de trop nombreux parents face à leurs enfants.Ils écopent des incompétences parentales, de la mise en échec de la discipline comme préalable à l’apprentissage intellectuel et aussi de la culpabilité des parents, exprimée par leur refus de laisser l’enseignant faire des remontrances à leur petit.Par le passé, les parents acceptaient l’autorité exercée par le maître sur l’élève.Aujourd’hui, ils se précipitent à l’école en menaçant l’enseignant de poursuites judiciaires.Sait-on que des tout-petits de trois ou quatre ans en garderie envoient c.leur maîtresse, que des adolescents terrorisent certains profs, que d’autres s'adressent à eux sur le même ton et avec le même vocabulaire que lorsqu’ils parlent à leurs copains?Sait-on que l’enseignant peut se retrouver avec des enfants dysfonctionnels qui ont besoin de spécialistes, désorganisent la classe et nuisent à l’acte même d’enseigner?Dans le milieu de l’éducation, aucune autorité n’ignore ces choses.Le ministère fait comme si.Statistiquement, sur papier, tout baigne dans l’huile.Nous sommes dans la surréalité si caractéristique de l’ex-Union soviétique où, en principe, l’égalité et la liberté régnaient.Le discours officiel convenu sur l’importancç de l’éducation demeure un leurre.Le budget de l’Etat est distribué en fonction d’une échelle de valeurs.Rien de neutre dans les colonnes de chiffres, sauf les chiffres eux-mêmes.Il existe aussi une telle chose qu'une hiérarchie des fonctions.Un médecin est plus essentiel qu’un relationniste, un enseignant plus qu’un humoriste, dirions-nous, ou qu’un journaliste, pourrions-nous ajouter.L’enseignant détient une fonction clé puisqu'il incarne le savoir et l’autorité.Dans un monde idéal, seuls les meilleurs devraient se consacrer à l’enseignement Quelle exaltation devrait-il y avoir à former des jeunes, à allumer en eux la curiosité sans laquelle aucune connaissance ne nous est accessible?Certains diront qu’on a une trop haute idée du métier, que celui-ci n’est plus vécu comme une vocation, que la sacralisation des tâches ne correspond guère à l’époque.Or c’est avec ce genre de raisonnement à l’horizontale qu’on ramène tout au niveau le plus bas du «un job égale un autre job».Notre société dq monnayable facture à la baisse la fonction d’enseè gner et à la hausse celle de nous abrutir.Mais on l’aura compris, l’aigent n’est pas le moteur de la revendication des enseignants, entendus ici non comme syndiqués mais comme professionnels.Celui qui prétend croire à l’éducation comme instrument du développement social et comme moteur de l’évolution culturelle ne peut pas traiter les enseignants sàns égard ni respect Par contre, les enseignants qui refusent d’assumer la dimension intellectuelle et morale de leur métier devraient y renoncer.Un corps enseignant qui se perçoit mal aimé par les autorités, qui se sent épuisé par la tâche, dévalorisé par les élèves, voire manipulé par ses syndicats, est-ce bien ce que souhaite la population?L’école est incapable de suppléer à toutes les carences, les enseignants ayant d’abord et avant tout la mission d'enseigner.Une proportion alarmante de jeunes enseignants abandonneraient leur métier au cours des cinq premières années, se sentant impuissants à assumer les tâches multiples, voire contradictoires, qu’on leur assigne.Jusqu’alors, on avait toujours cru que la transmission du savoir était une activité noble qui supposait un mélange de curiosité intellectuelle, de passion d’apprendre soi-même, d’amour des jeunes et de conscience aiguë de former les esprits.Faudra-il en conclure désormais que ce métier serait devenu celui de cascadeur à la fois psychologique et social?denbombardier(
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