Le devoir, 25 avril 2009, Cahier J
!•: 1) F.V 0 I H , LES S A M EDI 2 ."> E T I) 1 M A N ( Il E 2 I» A V R I I.2 0 I) Il 1 J I QUÉBEC ET ITALIE iwib'V: :-î ¥ : / mimM f 'S*'*** - • U;.-r- i :r ,, ' j* ¦ ¦ * if'* ' m • "l- v = SOURCE MUSEE DES BEAUX-ARTS DU CANADA Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), détail d’une étude d’un adolescent nu pour la voûte de la chapelle Sixtine.Pierre noire et sanguine sur papier vergé et sanguine avec rehauts de blanc.Museum of Art, Cleveland.TP ¦v- 11 Année après année, ils sont de retour, ces Italiens qui partagent ici, à Montréal comme à Ottawa cette fois-ci, les scènes culturelles.De Metropolis bleu à Juste pour rire, ils témoignent de leur culture, l’une des plus vieilles de l’Occident.De Starnone à Benigni, les scènes s’ouvrent.Et les gens d’affaires pointent aussi leur nez, eux qui ne souhaitent qu’une seule chose: davantage d’échanges entre le Québec et les industries de leur péninsule.Il y a donc matière à célébrer en ce 25 avril, qui, en 1945, était jour de libération au pays de la Renaissance.NORMAND THERIAULT Italie est un «jeu- Lne» pays, l’unité s’étant faite sous l’impulsion de Garibaldi il y un peu plus de 150 ans.Mais l’Italie est aussi un des plus anciens lieux de civilisation, un des centres fondateurs de cet Occident que l’on connaît, qui fut formulé à la Renaissance quand, à Florence d’abord, à Rome par la suite, des penseurs et des politiques amorcèrent ce mouvement qui allait transformer la pensée, remettant au jour les connaissances (l’une Antiquité que le Moyen Âge ignorait.Et qui ira bientôt à Ottawa, après le 29 mai, verra 150 œuvres de maîtres qui témoignent de ces jours glorieux: Michel-Ange, Titien, Raphaël, Vasari, Baroci ou Carracci ne sont-ils point exposés au Musée des beaux-arts du Canada?D’autres auront aussi la chance de revivre un monde d’hier, musical cette fois, s’ils sont invités à assister aux représentation de l’Accademia Barocca de Santa Cecilia qu’un Pollastri anime, quand il fait rejouer comme à l’époque les pièces des Scarlatti, Vivaldi ou Corelli.Paroles et scènes Mais l’Italie, ce n’est pas qu’un passé, si glorieux soit-il.Et à Metropolis bleu, Domenico Starnone témoignera en direct, et ce, demain après-midi, de son travail d’auteur, lui, cet ancien rédacteur du Manifesto, cet organisme de presse de «gauche» qui est du côté des idées quand la réflexion est ailleurs oubliée au profit d’un néolibéralisme sauvage.Et il n’est pas le seul à être tenant de cette idéologie: ceux qui iront voir au Festival TransAmé- riques Cette obscurité féroce, de Philippe Delbono, revivront ainsi le drame créé par ceux pour qui le mot “profit” a priorité dans l’établissement des valeurs humaines.En fait, la pensée sociale a marqué le développement des idées dans la péninsule italienne.Et l’hommage que la Cinémathèque québécoise rend à Gian Maria Volonté s’inscrit dans cette continuité qui a donné au cinéma de ce pays sa coloration propre: le cinéma italien s’est d’abord fait connaître par son néoréalisme, ces films-chocs qu’un Rossellini tournait de.Les fils et les filles des premiers venus en sont ainsi à la troisième génération en sol québécois et déjà ils se disent d’un nouveau pays.Avec des conséquences lourdes, car ils ne sont plus ici des immigrants: comme le fait remarquer Carmine D’Argenio, président de la Fondation communautaire canadienne-italienne, «les Italiens sont aujourd’hui pleinement engagés dans la société québécoise et ils se sont aussi intégrés aux autres cultures qui composent le Québec».Mais cette présence devrait encore être rendue plus visible car, comme le sou- « Les Italiens sont aujourd’hui pleinement engagés dans la société québécoise et ils se sont aussi intégrés aux autres cultures » dans l’immédiat après-guerre, partageant alors les écrans avec les diverses comédies «à l’italienne» (et un Roberto Benigni, lui aussi bientôt à Montréal, fit ainsi comme une synthèse de genres en signant une Vita e bella).Collaborations À voir toutes ces actions, on doit donc admettre que cette Italie qui ne fut ici longtemps que «petite» aujourd’hui débor- ligne Albert De Luca, de la Chambre de commerce italienne, «bien que nombreuses, les collaborations entre le Québec et l’Italie sont souvent méconnues et sous-estimées»: trop de personnes croient au Québec que l’Italie n’est que pâtes et Ferrari, quand en banlieue de Milan l’image qu’on se fait du coin francophone de l’Amérique se limite souvent aux seules grandes gestuelles du Cirque du Soleil.On veut donc augmenter le nombre et les occasions de collaborations.Et les Italiens, auprès de qui ne sévit pas un Harper, ou un Moore, y vont d'un JACQUES GRENIER EE DEVOIR investissement en faisant connaître ici leurs productions culturelles.Il resterait donc aux Québécois à leur rendre la politesse.Et il faudrait alors voir large: pour ce seul printemps, les Italiens ne partagent-ils pas avec ici leur littérature, leur théâtre, leur musique, leur cinéma?Et ne seront-ils point aussi présents à plus d’un festival de jazz, tout comme ils seront, avec Otolab, inscrits au Festival international d’arts numériques Elektra?Pourtant, les Québécois ont à coup sûr un goût d’Italie.Pour exemple, lors de leur soirée-bénéfice de vendredi prochain, les Ballets jazz de Montréal afficheront une coloration tricolore, car ce bal annuel s’intitule cette année Dama e Pesta: de la gastronomie aussi, mais un événement à conclure en musique et en danse, quand Bigonzetti rencontrera Rossini.Et 2009 est ainsi au Québec un autre printemps italien.Et dire, un temps, qu’on croyait que l’univers des fils de la Sicile ou de la Calabre se limitait à un seul secteur de Montréal, identifié d’abord au carrefour de Dante et de Saint-Laurent, et plus tard à un seul quartier, celui de Saint-Léonard.Au Québec, on dira donc que l'Italie s'agrandit.LE DEVOIR 1 q lit ^ '* llî'iê Le Devoir ÉiMM I.K I) K V OIK.L E S S A M E I) I 2 5 E T I) I M A N C H E 2 6 A V R I L 2 0 0 9 ,1 2 -ITALIE Les papes et Tart Rome fut la capitale culturelle de l’Occident Ottawa accueille Raphaël, Michel-Ange et d’autres peintres a; ‘rÊi' 1- fMm -:’w> i.1.-_î» ¦ .; ¦ ¦ ‘Vÿ?' »**" -a H'ïWÿmà XV' »r ^5 .» agi*isl' gmi BIBLIOTHÈQUE ROYALE © 2008 SA MAJESTÉ LA REINE ÉLISABETH II Étude pour la figure de Poésie, v.1509-1510, de Raphaël.Pierre noire sur papier vergé, dessin de fond à la pointe de plomb, mis au carreau à la pierre noire.Après La Renaissance à Florence à l’été 2005, le Musée des beaux-arts du Canada en propose la suite avec De Raphaël à Carracci.L’art de la Rome pontificale.JÉRÔME DELGADO C> est au début du XVI' siècle que Michel-Ange a décoré la chapelle Sixüne.C’est au début du XVI' siècle que le mythique Raphaël, longtemps considéré comme le plus grand peintre, a produit tout son œuvre, lui qui est mort jeune, à 37 ans.Les deux ont été, quelque part, de grands rivaux, dans cette Rome du cin-quecento naissant, moment-clé de la Haute Renaissance.Dans sa bible qu’est son Histoire de l’art, le grand Ernst Gombri-ch voit dans le début du cinquen-cento (XVI' siècle) «la période la plus glorieuse de l’art italien», un «sommet de l’art de tous les temps».Mais qu’en est-il de tout le cinque-cento?Une exposition du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), De Raphaël à Carracci.L’art de la Rome pontificale, veut montrer que c’est le siècle au complet qui gagne à être salué.Un univers romain Si le quattrocento appartient à Florence, le cinquecento est ro- main, estime David Franklin, conservateur en chef du MBAC et commissaire en chef de cette exposition, le canon estival à Ottawa «Le pape Jules lia vraiment créé ce qu’on pourrait appeler une Rome nouvelle.Avant lui, la ville était d’une grande tristesse», dit-il, très enthousiaste à plus d’un mois du vernissage.Le siècle est romain.Et papal.L’expo, qui réunit 150 œuvres grâce à des prêts de prestigieux musées européens et nord-américains, sera divisée selon les règnes des différents papes, de Jules II (1503-151,3) à Clément VIII (1592-1605).À une époque où le christianisme connaît son grand schisme après la naissance du, courant protestant, le chef de l’Eglise catholique devient dès lors un puissant mécène.L’art sert en quelque sorte de propagande.Tout commence donc par la décision de Jules II de refaire les appartements du Vatican.Michel-Ange reçoit la commande de la décoration de la chapelle Sixtine, Raphaël, celle des salles du palais.Le premier complétera son travail par le célèbre Le Jugement dernier que lui a commandé Clément VII dans les années 1530.Le chef-d’œuvre du second, la fresque intitulée La Transfiguration, lui avait été commandé par Léon X, deux décennies plus tôt.« Reconstruire » le Vatican Mais ces pièces-clés de la peinture de la Renaissance ne seront pas à Ottawa.En fait.De Raphaël à Carracci sera fait davantage de dessins que d’huiles sur toile (une quarantaine seulement).La raison en est simple: on ne déménage pas les murs du Vatican.«La plupart des œuvres sont des fresques, mais on essaie de reconstituer dans les salles les musées du Vatican», concède David Franklin.Il demeure cependant convaincu du prestige de l’expo, soulignant, parmi les bijoux exposés, la présence de dessins préparatoires de Michel-Ange, l’un, conservé au Met de New York, en lien avec la chapelle Sixtine, l’autre, du Jugement dernier, appartenant au château de Windsor.C’est cette Rome de Michel-Ange et de Raphaël, et d’autres moins célèbres tel Lorenzo Lotto, qui fait de la ville «une capitale culturelle» — le terme est de Franklin.Il est en effet connu qu’à la deuxième moitié du XVT siècle, voire avant, avec la mort de Raphaël en 1520, la Renaissance tire à sa fin.C’est l’époque du maniérisme, puis de l’amorce du baroque, deux courants moins transcendants dans l’histoire de l’art.David Franklin ne s’en cache pas: il veut faire tomber les préjugés en faisant du XVIe siècle un tout.«On propose un regard frais sur cette période, dit-il.On veut montrer que les artistes après Raphaël ont été aussi raffinés et aussi élégants.Il n’y a pas eu de rupture.Raphaël n’était pas un génie solitaire.» Découvertes annoncées Raphaël ne travaillait pas seul et il appréciait la collégialité — contrairement à Michel-Ange, qui aurait peint seul la voûte de la chapelle Sixtine.Un artiste comme Polidoro da Caravaggio (1499-1543) — à ne pas confondre avec Le Caravage, qui surgit à la fin du siècle et n’est pas associé à Rome — en est un proche collaborateur.«Quand on regarde un Polidoro, on comprend mieux Raphaël, assure Franklin.Il a un style agressif, austère, qui permet de voir les Raphaël plus complexes, plus diversifiés, pas seulement comme quelque chose de beau et d’harmonieux.» Parmi les autres artistes à découvrir, le conservateur du MBAC nomme Perino del Vaga et, bien sûr, Annibale Carracci, celui du titre, un des artistes qui ferment le siècle.Aussi, comme cette Rome du XVL siècle est celle des convergences — tous les chemins y mènent, finalement — David Franklin souligne que la plupart des artistes ne sont pas des autochtones.Michel-Ange et Raphaël viennent du nord italien, et puis d’autres arrivent de plus loin, tel le Greco, qui sera représenté par une huile, un portrait d’enfant.Collaborateur du Devoir DE RAPHAËL À CARRACCI L’art de ia Rome pontificale Musée des beaux-arts du Canada, du 29 mai au 7 septembre.www.beaux-arts, ca/raphael © NATIONAL GALLERY, LONDRES La Sainte Famille avec le jeune saint Jean-Raptiste («Madone Montalto»), d’Annibale Carracci, v.1597-1598.Huile sur cuivre.Délégation commerciale de l’Italie à Montréal Des partenaires ont intérêt à mieux se connaître «Il y a une affinité naturelle entre l’Italie et le Québec» En matière de commerce, l’Italie est le onzième fournisseur du Canada, alors que celui-ci est le quatorzième fournisseur de l’Italie.L’an dernier, celle-ci a exporté ici des biens d’une valeur de 5,3 milliards de dollars, et nous, pour 2,3 milliards vers l’Italie.Selon Antonio Lucarelli, les deux pays pourraient commercer bien davantage si seulement ils se
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