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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-03-26, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE M A R S 2 0 0 5 LITTÉRATURE Entrevue avec Edouard Glissant Page F 3 f I LITTÉRATURE Des ailes avec France Vézina / Page F 4 fl/ 0 * ?Marie-Claire Blais Vivre au milieu du tumulte CAROLINE MONTPETIT Ses allures sont ténébreuses et son style, difficile.Pourtant, Marie-Claire Blais ne vit pas coupée du monde.Son dernier roman, Augustino et le chœur de la destruction, qui clôt la trilogie entamée avec Soifs, en témoigne.Campé au beau milieu de la vie moderne, il en enregistre le rythme, le souffle, les pulsations, comme le ferait un passant au müieu d’une foule, comme chacun de nous le fait, chaque jour.De même que dans les deux premiers tomes de la trilogie.Soifs et Dans la foudre et la lumière, l’écriture est extrêmement dense, presque sans points et sans chapitres.On y retrouve les mêmes personnages ainsi que des noms nouveaux, qui vivent, chacun à leur façon, l’angoisse et les inquiétudes du monde d’aujourd’hui.Comme dans les rues de n’importe quelle grande ville américaine, les réfugiés y côtoient les bourgeois, les toxicomanes ou les artistes, des gens de tous les âges, de toutes les classes et de tous les milieux.L’idée de départ, explique l’auteur, de passage à Montréal, en entrevue, «c'était d’intégrer beaucoup de gens, comme si cela se passait au niveau de la pensée.Il y a beaucoup de secousses, beaucoup de vibrations, comme dans la pensée des gens qui vivent aujourd’hui, comme nous.Nous sommes assaillis d’images, de pensées diverses, qui nous choquent, qui nous bouleversent, qui nous réjouissent aussi.Et l’idée, c’était d’intégrer le plus possible de ce rythme-là, de choses, de gens, une sorte de collectivité qui serait celle qu’on rencontre partout, les riches et les pauvres, les intellectuels et ceux qui ne sont pas intellectuels, les gens qui ont la parole et ceux qui ne l’ont pas.» Tout en admettant que son oeuvre n’est pas d’accès facile, notamment par la forme, elle ajoute avec assurance: «Si on y entre, on s’y retrouve.» Ses personnages, on partage leur intimité le temps de quelques phrases, de quelques pages, on s’immisce dans leur réflexion, dans leur dialogue, pour les quitter, sans autre forme d’adieu, avant de les retrouver plus loin dans le roman, toujours au phis intime.Ce qui les traverse tous, c’est une sorte de conscience partagée et fluide, qui court, qui rassemble ces personnages du fait de leur seule présence, et qui font d’eux, comme le dit si bien l'auteur, «une petite humanité».Ces gens-là, cette foison de personnages qui tissent cette trilogie, cela fait longtemps qu’ils hantent l’écrivaine.«fai commencé à les voir dans les années 60, quand je commençais à vivre aux Etats-Unis, dans le milieu des étudiants.Tout allait être bouleversé pour le meilleur avec le mouvement pour les droits humains.Tout allait être bouleversé de façon positive.Tous ces personnages couvaient en moi, pour s’exprimer, pour être exprimés.» Jeune boursière à l’époque, Marie-Claire Blais étudiait à Cambridge et était fascinée par le mouvement d’opposition à la guerre du Vietnam, par le mouvement d’émancipation des Noirs américains.Lorsqu'on l'interroge sur l’inquiétude qui traverse ses romans, elle répond, étrangement, que le monde n’est pas plus destructeur aujourd’hui qu’U l’était hier.Elle dit d'ailleurs être plus indignée que désespérée à son sujet Pour elle, l’écriture est une façon d’agir, de dire ses préoccupations et ses convictions.Le titre de ce dernier roman est d’ailleurs évocateur Augustino et le chœur de la destruction.En entrevue, l'auteur précise: Augustino, l’écrivain, est porteur d’espoir, tandis que le chœur, la foule, tout autour de lui, gronde.L’auteur, quant à elle, se cache derrière plusieurs personnages.Est-elle Mère, cette femme qui s’assagit et se bonifie avec l’âge?Est-elle Lazaro, cet homme né de père musulman en qui la colère fait rage?Est-elle Caroline, cette photographe de milieu aisé en pleine possession du langage, ou Charley, la gouvernante de Caroline, «qui a moins de mots mais plus d’images»?Est-elle Carlos, qui ne souhaite que sortir de prison?Tous ces êtres, Marie-Claire Blais les approche avec doigté, sur la pointe des pieds, pour nous en rendre toute l’intensité.On est surpris de la capacité de cette femme de % trotter à diverses réalités, de partager autant la détresse d’un réfugié que celle d’un nouveau père.«f écoute beaucoup, confie-t-elle.Peut-être que les gens ne s’en rendent pas toujours compte.» Tous ne sont pourtant pas aussi sensibles à l’autre, même à l’intérieur de ses romans.Elle relève par exemple rinsensibilité du vieux critique Adrien, l’un de ses personnages, à l’égard des jeunes auteurs.Marie-Claire Blais, quant à elle, est très près de la relève en littérature, dont elle reçoit des manuscrits bons et mauvais.«Cesttrès important de voir comment les auteurs de la relève pensent, comment ils réfléchissent.Ils ne sont pas très differents de nous», dit-elle.Les artistes d’ailleurs, en général, tiennent une place importante dans sa vie.Et ses romans recèlent des écrivains, des peintres, des danseurs, invitant le lecteur à porter une attention toute particulière à leurs créations.Elle écrit beaucoup aussi, tous les jours.Elle aura mis 12 ou 13 ans à terminer cette trilogie.Elle vient également de terminer une pièce de théâtre, qui doit prendre l'affiche au théâtre L’Eskabel, de Trois-Rivières.La pièce porte sur les couples qui tentent de se construire, alors que tout autour d’eux est destruction.11 est aussi possible que le premier roman de Marie-Claire Blais, La Belle Bête, publié en 1959, soit porté à l’écran.Une expérience qui lui plairait beaucoup, elle qui a déjà vu mis en films ses œuvres Un sourd dans la ville et Une saison dans la vie d’Emmanuel.VOIR PAGE F 2 : BLAIS «Tous ces personnages couvaient en moi, pour s’exprimer, pour être exprimés » s JACQUES GRENIER LE DEVOIR LE DEVOIR, LES MARS 2 0 0 5 SAMEDI 26 ET DIMANCHE 2 T SPIRITUALITÉ Le discernement selon Livres ACTUALITÉ Les Éditions Allia tentent Jacques Grand’Maison de « construire une bibliothèque » LOUIS CORNELLIEK Avec une fidélité constante a ses sources spirituelles chrétiennes et à la tradition de l’humanisme laïque, Jacques Grand’Maison, qui dit rester «à l'affût de l’aurore» malgré son grand âge, continue d’explorer les replis de la conscience moderne afin d'y lire les signes des temps actuels.Contre les tentations du nihilisme, du fatalisme, du relativisme et du nombrilisme qui guettent ses contemporains, il redit sa conviction que *la bonté est plus profonde que le mal, quel qu'il soit», et propose un parcours psycho-socio-spirituel à même de fournir l’élan nécessaire à tous les engagements.Suite d’un ouvrage précédent intitulé Réenchanter la vie, Du jardin secret aux appels de la vie nous invite à renouer avec le meilleur d’une modernité nettoyée de ses dérives postmodemes.L’anthropologie de Jacques Grand’Maison repose sur le constat suivant tout être humain est un être à la fois privé et public, c’est-à-dire spirituel et moral mais aussi social, et ces facettes ont besoin de s’articuler de façon cohérente afin de se nourrir mutuellement et de faire en sorte que tant les individus que la société puissent évoluer sainement «Les intériorités les plus saines et les plus vraies, écrit-il, sont celles de ceux qui, d'une façon ou d’une autre, sont engagés, avec un fini accent altruiste.» En d’autres termes, le souci du jardin secret est garant de la qualité de tous les types d'engagement (personnel, social, politique) qui, en retour, nourrissent l’intériorité.•La nouvelle conscience contemporaine», constate Grand’Maison, s’accompagne de valeurs qui heurtent l’ancienne morale: valorisation du corps, reconnaissance de l’affectivité, réappropriation subjective de la conscience et de la foi.Ces valeurs ont engendré des dérapages (culte exacerbé du corps et de la jeunesse, apologie de l’émotion thérapeutique, relativisme), mais elles contiennent aussi des ri-çljesses insoupçonnées en ce qu’elles ont rendu l’être humain L’intériorité qui ne débouche pas sur un engagement concret (donc sur l’altérité) est stérile enfin pleinement a lui-même, dans sa globalité.Ce procès, évidemment, en ébranlant les anciennes certitudes, a laissé l’homme moderne un peu confus et en proie à un certain désœuvrement.La conscience ayant, comme la nature, horreur du vide, les dérives spi-ritueDes et sociales déjà évoquées, alors, n’ont pas manqué de remplir celui laissé par les grands idéaux hétéronomes d’hier.Raison pour laquelle, selon Grand’Maison, •cette ressaisie des grandeurs et misères de notre modernité relève d’une démarche de discernement des signes des temps», démarche qu’il lit, entre autres, au cœur de Vatican Il (dont l’esprit reste à mener à terme) et dans 4e nouvel intérêt pour les valeurs spirituelles» exprimé par ses contemporains.Sorte d’ouvrage d'anti-psycho pop qui n’hésite pas à emprunter certains des éléments de ce genre qu’il dénonce (le souri de la vie intérieure, la pédagogie du témoignage, la recherche de l’unité dans la diversité, les références aux stades du développement humain d’Erik Erikson), Du jardin secret aux appels de la vie est un essai extrêmement riche qui, malgré ses longueurs et ses redondances, redit avec force que l’intériorité qui ne débouche pas sur un engagement concret (donc sur l’altérité) est stérile et qu’un engagement sans intériorité l’est tout autant Dans une entreprise de discernement qui cherche à concilier le meilleur de la tradition avec les richesses de la nouvelle conscience contemporaine, Jacques Grand’Maison nous convie une fois de plus sur les chemins de l’espérance et de la lucidité.DU JARDIN SECRET AUX APPELS DE LA VIE Réconcilier l’intériorité ET L’ENGAGEMENT Jacques Grand’Maison Fides Montréal, 2004,362 pages éditions Liber l’hilosophk- • Srietuvs humaines • I ittérature Laurent-Michel Vacher Bars, cafés, restes Scènes de la vie urbaine Entretiens avec les frères Holder Mnt< fit lu w titl’/tivi Voilà une bonne dizaine d’années que les livres publiés par Allia — classiques et contemporains — suscitent l’intérêt et l’admiration.Mais, jusqu’ici, celui qui a créé cette maison singulière en 1982, Gérard Berreby, ne souhaitait pas accorder d’entretiens.•Je refusais d’apparaître publiquement, dit-il.Je trouve assez déplacé de raconter ses intentions, ses projets.Ce qui m’intéresse, c’est d’être jugé sur mes actes, mes réalisations.J’ai désormais plus de 400 titres au catalogue, je peux parier» Berreby parle avec conviction, sans aigreur, de manière claire et cohérente quand tant de ses contemporains s’expriment dans une langue improbable, et, com-mente-t-ü en riant, «sons jamais finir une phrase».Il raconte, sans vanité et sans fausse modestie, avec ce qu’il faut de distance et d’humour, son parcours, son aventure d’édition.Allia, un nom devenu un signe de reconnaissance entre vrais lecteurs.•Quand j’ai commencé Allia, je n'y connaissais vraiment rien.Je suis né en Tunisie en 1950, dans une famille où Ton ne possédait pas de livres.En 1965, nous avons fiait partie de l’avant-dernière vague d’immigration des juifs tunisiens Mes parents se sont installés dans la région parisienne.La joyeuse tourmente de Mai 68 est arrivée, je n'ai adhéré à aucun groupe, mais fai participé à cette agitation festive.Je n’ai pas passé mon bac, pas fait d’études.J’ai enchaîné des modes de vie courants à l’époque, petits boulots, voyages.J’ai vécu ainsi jusqu 'à l oge de 40 ans » En 1982, par désir de •transmettre», •et aussi de constituer une bibliothèque» selon son goût Gérard Berreby invente Allia.Mais il publie «de temps en temps», sans régularité.Seulement 30 titres en dix ans.Le premier texte qui le fait remarquer, en 1985, est l’excellent Documents relatif à la fondation de l'Internationale situationniste.•Continuer ainsi était mortel.Pas de visibilité, pas de ventes, pas de relais dans la presse.En 1992, fai décidé de m’y consacrer.Jusque-là, je travaillais dans mon appartement de la Goutte d’Or, où j’habite toujours.Jai pris des bureaux dans un autre ghetto, le Marais, et je me suis mis au travail.» Structure artisanale Aujourd’hui, .Allia a trois salariés, dont Gérard Berreby.•C’est une structure familiale, mon frère y a des parts, précise-t-ü, et artisanale.» La maison publie une trentaine de livres par an et veut s’en tenir là.Les classiques et les contemporains sont aujourd’hui dans un rapport de 50-50.Allia a toujours eu le souci de mettre à la disposition des lecteurs des textes •auxquels personne ne s'intéressait.Par exemple les Neuf cents conclusions philoso- phiques, cabalistiques et théologiques, de Pic de la Mirandole, n’avaient jamais été traduites en français Depuis I486!».Ou bien de remettre en vente, dans de nouvelles traductions, par de jeunes intellectuels — 4a moyenne d’âge des gens qui gravitent autour d’Allia est de 35 ans» —, des ouvrages ne figurant plus que dans des volumes, onéreux, d’œuvres complètes.La morale de Gérard Berreby le conduit au respect de principes inconnus ailleurs — pas d’a-valoir, un contrat signe sur manuscrit achevé et pour ce seul texte.Ses auteurs sont libres de partir, comme lui de refuser leur travail suivant Mais ils lui sont fidèles, sachant que chez Allia ils sont lus et soutenus par un homme dont le plus grand souhait est d’avoir •un style dans l’époque», de mener sa propre guerre du goût Et c’est déjà gagné.Le Monde Le fruit doublement défendu La censure chinoise n’empêche pas une croissance exponentielle du marché de l’édition FRÉDÉRIQUE DOYON La passion d’une femme pour un jeune soldat nourrit sa haine pour le régime politique de son pays.Un adultère doublé d’une trahison politique: de ce côtéci de la planète, l’histoire ferait un tabac, mais cette nouvelle de l’auteur chinois Yan Lianke sème plutôt la controverse ces jours-ci au pays de Mao.L’œuvre a été mise à l’index par le gouvernement chinois au début du mois, juste après sa publication dans le magazine littéraire Hua Cheng.Le comité de rédaction avait pourtant pris soin de tronquer la moitié du récit, qui se déroule en 1966.Mais une scène particulièrement révoltée demeurait, dans laquelle les amants détruisent tout objet à l’effigie de Mao.Le titre hii-mème, Serve the People, est un clin d’œil ironique au discours prononcé par Mao Tsé-toung en 1944, sur l’honneur du soldat qui meurt au service du peuple.Le vent de changement qui balaie actuellement la Chine n’a certes pas eu raison des siècles de censure — ni de l'engouement qu’elle déclenche pour les œuvres proscrites.Avec la presse et l'audiovisuel, l’édition constitue l’un des derniers remparts du monopole d’Etat L’Administration d'Etat pour l’édition et la presse n’est qu'un organe dérivé du département central de la Propagande.La censure se pratique donc encore, mais avec une rigueur très variable et peu effective puisque Internet sert, la plupart du temps, de librairie de la résistance.Et il s’avère toujours difficile de savoir quand un auteur dépasse la limite de l’irrévérence pour verser dans l'hérésie politique véritable.Les sujets tabous: la politique,, le sexe, l’armée et les secrets d’Etat Serve the People les réunit à peu près tous.Vente en croissance Reste que le paysage éditorial de la Chine s’est radicalement ouvert dans les dernières décennies, pour devenir aujourd’hui le marché du livre connaissant •la croissance la plus rapide au monde» avec 3,6 millions de ventes annuelles, indiquait récemment le New York Times.«Les Chinois lisent dès qu’ils ont une minute», rapportait Le Nouvel Observateur dans un dossier spécial sur la Chine, l’an dernier.La multiplication des ouvrages (100 000 nouveautés par année, selon les chiffres officiels, le double en réalité, selon certains) et des lecteurs s’explique aussi par la prolifération des éditeurs privés (5000 seulement à Pékin, sans doute 30 000 à l’échelle du pays), réalité quasi inexistante avant les années 1980.À cette époque, le secteur de la distribution passe au privé.Ce bouleversement voit s’écrouler le réseau public de librairies.Fleurit alors un marché noir des numéros ISBN (préalable à toute publication sur le territoire), qui voit naître un système semi-clandestin, illégal mais toléré.Jusqu’à ce que la presse devienne «libre» dans une dizaine d’années, prédisent certains.Le Devoir BLAIS Des prières qui durent SUITE DE LA PAGE F 1 Marie-Claire Blais a publié ses premiers romans très jeune, le premier à 20 ans, avec un succès, immédiat.Elle se souvient qu’à cette époque elle était plus sauvage qu’aujourd’hui.Mais elle s’amuse de voir son œuvre relue à travers les yeux d’un autre et à une autre époque.Et constate que ce qui était très choquant autrefois ne l'est plus aujourd’hui.Elle habite maintenant à Key West et était de passage à Montréal après un séjour à Prague.C’est dans ses îles qu’elle retournera une fois la ronde d’entrevues terminée.Frêle et attachante silhouette toute habillée de noir, à la fois fragile et forte, avançant au milieu du tumulte de la vie.AUGUSTINO ET LE CHŒUR DE LA DESTRUCTION Maire-Claire Blais Boréal Montréal, 2005,305 pages LOUIS CORNELLIER Pour plusieurs d’entre nous, ces mots sont ceux de notre enfance.Pour quelques-uns d’entre nous, ces mots restent ceux de tous les jours.Pour les plus jeunes, ils ne veillent parfois plus rien dire, mais l’avenir, à cet égard non plus, n’est pas écrit Ces mots, ce sont ceux des prières catholiques les plus anciennes et les plus célèbres que le père Benoît Lacroix a re- Otllcs Jobidon La route des petits matins 'Jii ptfpa Ü*’ Y w.vlb éditeur Pfecrto: © (osée Lambert cueillies dans un élégant opuscule simplement intitulé Trésor des prières catholiques.Il y a là, bien sûr, en version française et parfois latine, le signe de la croix, le Notre Père, le Je crois en Dieu, le Je vous salue, Marie, les Actes multiples, la prière à saint Joseph, les Dix Commandements de Dieu, certaines litanies, les éléments essentiels du saint rosaire et quelques autres.Ce sont écrit Lacroix, «des prières d’héritage et de fidélité» qui «sont belles et vraies parce qu’elles visent l’essentiel du mystère chrétien».11 nous est tous arrivé, en bons modernes que nous sommes, de lever le nez sur ces formules toutes faites, apprises par cœur et issues de la tradition.Leur noblesse, pourtant ne vient pas d’ailleurs.Ces mots, qui peuvent aujourd'hui être les miens, furent aussi ceux de mes parents, de mes grands-parents et de mes ancêtres à l'heure de dire leur foi et leur espérance.Aussi, entonner ces chants du ciel et du monde, parfois millénaires, c’est un peu donner la main à ceux qui nous les ont transmis.Faire chorus avec eux, en puisant aux sources d’un trésor fragile et vivifiant TRÉSOR DES PRIÈRES CATHOUQUES Choix de prières et préface de Benoît Lacroix Fides Montréal, 2004,96 pages Gestion des ressources humaines L’appréciation DES PERFORMANCES AU TRAVAIL De l’individu à t’èquipe Jean-Claude Bernatchez Solange Cormier Sylvie Lavoie et Marcel Béliveau Rédaction "“'"convention collective Guide d'initiation 19* I Serge Tremblay «Ê Presses de l'Université du Québec Téléphone : 418.831.7474 Sans frais : 1 800 859.7474 WWW.EHSEc* Québec SS f » LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 R ET DIMANCHE M A R S 2 O l V % ITTERATURE Entrevue avec Edouard Glissant Quel est le rôle de récrivain et de F intellectuel aujourd’hui ?Jacques Brault, essayiste LISE GAUVIN Collaboration spéciale .T maginez», tel est le mot qui ''' X ouvre le dernier essai d’Edouard Glissant, intitulé La Cokée du Lamentin, sous-titre Poétique V.Ce premier mot est le point de ralliement des textes qui composent ce livre, dont certains portent sur des notions plus théoriques, d'autres sur des trajectoires d’écrivains et d’artistes.L’ouvrage résume en quelque sorte les précédents essais, les prolonge, en précise les enjeux.Rencontré à Paris quelques jours apres la parution du livre, l’écrivain se prête à l’entrevue avec la générosité et la rigueur qui lui sont coutumières.La première impression que j’ai de ma lecture est qu’il est difficile de distinguer la prose de l’essayiste des textes du poète, qu’il y a comme une interpénétrabüité des deux genres.L’écrivain répond à cela que «l’essai a quelque chose de l’écriture poétique quand il est un outil de découverte, quand il se donne pour objet de fouiller dans une matière poétique».Et Glissant de poursuivre: «L’idée fondamentale de cet ouvrage est que, partant d’un point précis qui est la Cohée du Lamentin, c’est-à-dire un coin de la baie du Lamentin, dans un petit pays, la Martinique, dans un petit archipel, la Caraïbe, on entre en contact avec les problèmes, les difficultés et les espérances d’une réalité que j’appelle le Tout-monde.Il y a un accord fondamental entre un lieu si particulier et futile et les horizons du Tout-monde.C’est l’idée centrale de La Cohée du Lamentin, mais qui passe bien entendu par d’autres zones, comme le domaine de la peinture, le domaine de la poésie, le domaine de la poétique.» Le titre renvoie à un lieu qui existe réellement mais aussi à un nom dont la signification reste mystérieuse, opaque: «C’est pour cela que j’y ai vu la désignation appropriée pour ce livre.Le mot “cohée” n’existe pas dans les lexiques français.Il n’existe pas dans les lexiques créoles.Et pourtant il existe.On dit “un ” cohée ou “une” cohée, indifféremment, selon le cas.R y a la Cohée du Lamentin, un Fond Cohée à Saint-Pierre de Martinique, une Cohée de Basse-Terre.Par conséquent, c’est un mot qui varie et qui résiste, ce qui me paraît la caractéristique même de toute poétique dans le monde actuel.» Édouard Glissant Ce qui nous manque Un autre mot fort présent dans l’ouvrage est «utopie», que l'écrivain définit comme «ce qui nous manque dans le monde».A ne pas confondre avec le sens qu’a pris le mot au cours des siècles.D est important en effet pour Glissant de distinguer l'utopie comme système de pensée de l’utopie qui consiste en une avancée de l’imaginaire.«L'utopie considérée traditionnellement, précise l’essayiste —si l'on pense à La République de Platon, à La Cité de Dieu de saint Augustin ou à L’Utopia de More —, c’est un système normatif qui tend à donner une excellence, soit à un objet, soit à la nature humaine.L’utopie telle que je la conçois sera un sens aigu d’une poétique de la Relation, tandis que, traditùmnellement, l’utopie est une poétique de l’excellence et de la normalité.Dans ce sens nouveau, l’utopie permet d'aller dans l’accumulation jusqu’au bout de la quantité d’éléments qui constituent le Tout-monde.De sorte qu’on essaie qu’il n’en manque aucun.Je dis par exemple qu'en matière de langage, quand une langue meurt, c’est une part de l’imaginaire du monde qui meurt.» A ceux qui verraient une contradiction entre ce que dit Glissant de la nécessité d’agir dans «l'inextricable du monde, sans le réduire à [ses] propres pulsions ni intérêts individuels ou collectifs», et ce qu’il af- SOURCE GALLIMARD firme sur la nécessité de sauver les «identités blessées», celui qui dit croire à l'avenir des petits pays insiste pour affirmer que «la rencontre, le métissage, la créolisation n’ont pas pour but d’aboutir à une soupe, à une sorte de melting pot qui serait une purée ou une bouillie de toutes les identités et de tous les lieux, mais qu’il y a une nécessité de définir le lieu et l’identité, et tout de suite après une nécessité de l’ouvrir, c’est-à-dire de ne pas s'en tenir à des définitions.R faut qu’il y ait des indépendances et que ces indépendances consentent à des interrelations».Créolisation D est également question dans ce livre de créolisation, l’un des concepts clés de la poétique de Glissant Quand je lui demande s’il ne s’agit pas là avant tout d’un processus culturel, dont le meilleur exemple est le jazz américain, et s’il n’y a pas quelque problème à voir la créolisation à l’œuvre dans les domaines du politique et de l'économique, où les résultats sont davantage prévisibles, liés à des enjeux de puissance et de domination, il rés pond que «dans les faits, en politique comme en économique, la créolisation joue.Mais la créolisation n’a pas de morale.Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les phénomènes de créolisation commencent à démanteler ces raidissements de l’identité racine unique.Partout dans le monde Au festival METROPOLIS BLEU Retrouvez les auteurs des éditions du Noroît Lectures rencontres îTi www.lenoroit.com Paul Bélanger Alain Guerrier Monique Deland Denise Desautels as v.biu»-m«t-bleu.eom Hélène Dorion Nadine Ltaif Elise Turcotte Des petites et grandes réflexions.Pour les petits et les grands! PloüK e raton laveur jutait pas laver jurtemanche no St-Aubin Le jour où Zoé z Pierre Pratt contemporain où il y a eu des créolisations —je pense à Beyrouth ou à Saravejo —, les partisans de /identité racine unique se sont acharnés pour essayer de les détruire.Ryaun enjeu de la creolisatum dans l'économique et le politique».Tout au long de l'essai, on lit le désir de taire l’inventaire des mal heurs de l'humanité et en même temps le désir de résister à une pensée de l'Apocalypse.Peut-on parier alors d’un nouvel humanisme?Cette notkm repose sur un système de pensée qui ne plaît pas à l'écrivain, celui-ci préférant parler d’une «nouvelle approche des humanités».Optimisme?«Je suis résolument optimiste», aitirme-t-il, car l'optimisme.c'est «la confiance faite à l’efficacité des interrelations entre beaucoup de systèmes.Ce n 'est pas un humanisme, c'est une poétique».Rôle de l’écrivain Au cours de la conversation.Glissant évoque la figure de Miron, qu’il décrit «comme un phénomène naturel, comme une espèce d'éruption mais aussi comme une espèce de surgissement tranquille, abondant et rythme, et qui a vécu son expansion dans l'espace avec passion».Quel serait le rôle de l'écrivain et de l’intellectuel aujourd'hui?L’auteur préfère évoquer le rôle de la poésie et de l’art, qui ont la possibilité de changer les imaginaires des humanités.Dans ce domaine, «la poésie et l’art sont les moteurs décisifs».Car la poésie «ne produit pas de l’universel, elle produit des bouleversements qui nous changent».Ce nouvel essai de Glissant est une œuvre de résistance devant tout phénomène de prêt-à-penser et l’affirmation des pouvoirs «innumé-rubles» de l’imaginaire.LA COHÉE DU LAMENTIN Poétique V Edouard Glissant Gallimard Paris, 2005,260 pages CHRISTIAN DESMEULES De Chemin faisant (1975) en passapt par Im Poussière du chemin et Osaistms, - 1200 Bleur*.IHontuiAL - I^avrJl 2005 Pour plus d» rensoigntnufit» Tél ; (514) 343.7369 - Fw : (514) 343.2256 - cnlcq#umontrwil c* Organisation Isabelle Miron et Pierre Nepveu, avec la collaboration du CRILCQ.Collaborateurs : Guillaume Asselm, Frédérique Bernier.Jacques Brault.André Brochu.François Dumont.Vincent-Charles Lambert.Gilles Marcotte.Isabelle Miron, Pierre Nepveu Direction Isabelle Mtron, lectrice d échange à l’Université de Bologne et c here heure autonome affiliée au CRILCQ.¦?l im mmm CanadS aMMMMfl Un flic branché ?MICHEL BÉLAIR Cr est le genre de mec qu’on peut rencontrer au Musée d’art contemporain ou encore à la Société des arts technologiques (SAT).Un curieux.Un homme qui aime les stimulations intellectuelles fortes, la musique conceptuelle et les espaces littéraires intenses.Pourtant, c’est un flic.Autochtone en plus.Non conventionnel, c’est le moins que l’on puisse dire.Benjamin Sioui est inspecteur à la Sûreté du Québec et il enquête sur une série d’atroces assassinats littéralement mis en scène par un désaxé qui trippe sur le peintre Francis Bacon.Ce Benjamin Sioui est aussi un homme de son temps; il croque l’ecstasy avec sa Dulcinée quand il danse à la SAT et il carbure même à la coke quand il n’a pas le temps de dormir en cours d’enquête.Il a des goûts éclectiques, parle de cinéma, de fteinture, de la dimension spirituelle de son héritage amérindien ou des courants de pensée qui agitent le siècle.On aura deviné que c’est lui qui raconte cette histoire qui nous entraîne dans un Montréal branché servant à la fois d’écrin et de repoussoir à cette intrigue hallucinée.Il nous la raconte d'ailleurs fort bien.Sur un rythme souvent étonnant, essoufflant même, Sioui sait nous faire vivre les moments forts de l’intrigue: plus l’action se resserre, plus l’écriture du roman se densifie en prenant paradoxalement la forme de longues phrases rythmées où les sons et les respirations servent en quelque sorte de ponctuation à l’ensemble.La technique est efficace et, malgré quelques scories ici et là — des mots mal choisis, des orthographes suspectes qui ne colorent le sens en rien, quelques raccourcis un peu douteux —, on ne peut que constater le talent brut de l’auteur, Benoît Bouthillette, qui en est à son premier roman.Baveux tout juste ce qu'il faut, son héros nous entraîne dans une quête de repères débordant largement le cadre de l’intrigue.Un auteur à suivre.LA TRACE DE L’ESCARGOT Benoît Bouthillette Les Editions JCL Chicoutimi, 2005,364 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE r Eloge de la fuite Sparadrap échappe à l'implacable noirceur qu'aurait pu imposer son thème MARIE LABRECQUE T a mort est un événement ^ JL/ noble.Le devient-il moins si on le choisit?» Par sa détermination à en finir, la narratrice de Sparadrap pose la question de la légitimité de son désir de mourir.Le suicide — le «seul problème philosophique vraiment sérieux», affirmait Camus — peut-il être l’expression d’un choix lucidement consenti ou relève-t-il fatalement d’un problème médical?Depuis sa prime jeunesse — elle avait 18 mois la première fois —, la protagoniste du court ro- man de Marie-Chantale Gariépy multiplie les tentatives de suicide, toujours contrecarrées jjar la malchance ou l’ingérence d’autrui.D faut dire que la vie a peu gâté Fugue Malrot ©, née dans la blanchisserie d’une prison, abandonnée sous une pile de couvertures.«Je l’avais souillée puis tuée, ma propre mère, mon assassin, elle venait de semer en moi la graine de mort qui n’a, depuis, cessé de germer.» D’orphelinats en familles d’accueil, l’existence de cette étrangère au monde se lit comme une suite d’internements.La voilà, pour finir, ligotée dans un étrange institut psychiatrique, où l’a conduite sa dernière tentative d’évasion de la vie.Et où un psychiatre ampoulé s’emploie maladroitement à la sauver d’elle-même, contre son gré.Grâce à une narration parfois teintée d’une certaine ironie détachée, Sparadrap échappe à l'im-'.'' placable noirceur qu’aurait pu im- L poser son thème.Pas toujours-maîtrisée, l’intrigue conserve un peu de son mystère, nous lançant parfois sur des pistes inabouties.Reste qu’à coups de courts chapitres, d’une écriture inégale mais de qualité, la jeune auteure parvient à nous garder dans son univers jusqu’à la fin.SPARADRAP , Marie-Chantale Gariépy Editions Marchand de feuilles Montréal, 2005,143 pages ^OUQUINERÎE Achète à la librain et à domicile, des disques compacts, bandes dessinées et livres de qualité.Arts, philosophie, littérature, histoire; musique francojjhone, classique, jazz et d’avant-garde.Achat • JJente 4075, rue Saint-Denis, Angle Duluth 288-5567 799.Mont-Royal Est ¦\nqli' Si-Hubert • Metro Mnnt-Ro) , 523-5628 I x v i Lancement des Éditions du Vermillon dans le cadre du Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu Vemtmtl T** avril 2005.à 19 h 30 ¦ Hôtel Hyatt Regency Montréal 1255.rue Jeanne-Mance, salle Mont-Royal, niveau 6 Paris - Saint-Louis du Sénégal Roman jeunesse de Jean-Louis Grosmaire Dialogue sans frontières / Can sire talk?Vivre avec des sans-abri.Les itinérants DE L’OUTAOUAIS BT JEAN-LOUIS MORIN Récit documentaire de Pierrot Lambert et Simone Saumur-Lambert Dialogue sans frontières / Can we talk?La vie, sens unique Roman de Jean-François Somain Dialogue sans frontières / Can sue talk?* Entree libre * Les éditions da Vermillon IcscdlUonsduvTrmllkmltnigcrsLca (6131 241-4032 ük Miami f LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIM A SC HE MARS 2 0 0 5 -•'Littérature-»- Pères et fils La litlerature américaine se fait une spécialité de lancer et de consommer en fanfare les jeunes hommes talentueux.Habituellement beaux gosses, pas toujours homosexuels, ils arrivent à la littérature en vous b^ançant une brique de oCp pages et plus par la tête, ou un recueil de nouvelles du genre i*-classabie et génial» où se côtoient sensibilité neuve, regard lucide et prose au laser, habiles à décortiquer les contradictions de cette société qui n’arrive plus vraiment à nous étonner avec sa démocratie suspendue au tube d’alimentation d’une condam née cérébrale.Au fil des ans se sont pointés les David Payne, Franzen, Gutersen, Brady Udall et autres Mark Z.Da-nielewski salués par les critiques et collègues à la recherche d’un nouveau Monde selon Garp, mais prêts à se contenter du prochain Thomas Pynchon.Dernière en date de ces têtes d’affiche, Adam Haslett, •une perle rare: un jeune écrivain d’une incroyable maturité, au regard neuf et férocement intelligent», dtrif Jonathan Franzen (le rôle de ces météores des lettres consistant aussi, au bout de quelques années, à s’incliner à leur tour devant le dernier modèle d'etoile filante apparu dans leur sillage) Dans la premiere des huit histoires que compte ce premier recueil de nouvelles.Haslett introduit rapidement la thématique homosexuelle.mais pour aussitôt nous indiquer qui n’a pas l'intention d’en faire tout un drame: *11 est tout de suite évident pour moi que mon Jils estgay et nu/ue ce quidam aux lunettes apparemment coûteuses.H y avait plein de gars comme eux dans l'armée et j’ai vite appris qu ils pou-Louis voient avoir n 'importe Hamelin ù est la transcendance?On a l’impression, par moments, d’avoir affaire à un narrateur absent qui nous fait visiter une maison vide.LA MORT AU CORPS Eric McComber Triptyque Montréal, 2005,302 pages Æ LTNTBftUGNB Dans le cadre du Festival littéraire INTERNATIONAL.METROPOLIS BLEU, Les Éditions L’Interligne ont le plaisir DE VOUS CONVIER AU LANCEMENT DE Quand la lune s’en wt/s.(roman jeunesse) de Marguerite Fradette Pour ce qui reste de la beauté du monde (poésie) de Pierre Raphaël Pelletier U empire des rôdeurs (nouvelles) de Paul Savoie Vendredi 1" avril ZOOS de IKh à 1% À la salle Mont-Royal Hyatt Regency Montréal 12S5 Jeanne-Mance Montréal Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu Du 30 mars au 3 avril 2005 vnvw.blue met bleu.com Pour plus de renseignements : (613) 748-0850 POSTE 2 éditions Liber l’hilosnphic » Sciences humaines • I ttkï.mm sous la direction de Louise Grenier et Suzanne Tremblay Le projet d’Antigone Parcours vers la mort d’une fiUe d’Œdipe Le projet d'Antigone COLLABORATEURS Janick Auberger, Dario De Facendis, Gaelic Fiasse, Louise Grenier, Marie Claire Lanctôt Bélanger, Isabelle Lasvergnas, Georges Leroux, André Lussier, Patrick Mahony, Lorraine Pintal, Suzanne Tremblay LE DEVOIR.LES A M E D I 2 6 ET DIMANCHE 27 MARS 20 tSSAIS L’indicible Auschwitz ULYSSE BERGERON Lt trou noir d’Auschwitz* aura finalement poursuivi l’écrivain italien Primo Lévi jusqu’à ce jour fatidique de janvier 1987 où il se jeta dans la cage d’escalier de son immeuble turinois.Une fin clairement insensée pour ce chimiste de formation qui avait surmonté l'épreuve des camps de concentration nazis et qui avait démontré, au cours de sa vie et dans ses écrits mêmes, une évidente rage de vivre.A l’occasion du soixantième an-niversaire de la libération d’Auschwitz, les Éditions Robert Laffont ont cru nécessaire, à juste titre, de rassembler en un volume deux récits, trois romans et plusieurs entretiens avec ce juif qui se définissait encore, tout juste quelques mois avant de mourir, comme *un homme normal, doué d’une bonne mémoire, qui a été pris dans un tourbillon de l’histoire [.1 et qui conserve depuis une certaine curiosité pour les tourbillons, grands et petits, métaphoriques et matériels*.S’abandonner aux écrits de Primo Lévi, c’est franchir le seuil d’une porte donnant accès à l’indicible univers d’Auschwitz; c’est s’offrir une autopsie psychosodolo-gique lucide d’humains déshumanisés.Des êtres qui sont, comme l’écrit le mémorialiste, «paradoxalement unis par une même désolation intérieure*.On y confronte donc la très regrettable réalité d’un système trop logique, dénudé de cohérence, où lïiumain est réduit à l’esclavage et à un numéro tatoué sur le bras.Comme Lévi le rappelle, les bourreaux et les victimes qu’il décrit «ne sont pas des hommes.Leur humanité est morte*.B FISHMAN-CORBIS-BETTMAN /REUTERS Des survivants du camp de concentration d’Auschwitz lors de sa libération par les forces alliées en janvier 1945.Toutefois, dans les souvenirs de ses abominations se dessine un optimisme, affaibli, certes, mais ô combien indispensable.«Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu», sou-ligne-t-il dans son premier livre.Si c’est un homme (1947).Il ajoute quelques pages plus loin que «la conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine*.Ses livres nous ramènent à ce «plus jamais* qui revient en boucle depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, mais qui semble avoir incontestablemei t de la difficulté à s’actualiser à certaines situations qui se déroulent présentement.Ce retour aux ouvrages de Lévi nous ramène à l’ordre, à l’essentiel, à cet instinct primaire de révolte à l’égard de l’inhumain.Car si l’écrivain italien a su décrire avec une telle finesse l’enfer, ce n’est certainement pas pour que celui-ci se reproduise.Description et témoignages Le sombre portrait d’Auschwitz que brosse, pour sa part, le directeur des programmes historiques de la BBC, Laurence Rees, ne peut faire autrement que de s'arrimer à la répugnance qu’inspire cette période.En recueillant une centaine d’entretiens, l’auteur retrace la naissance, l’évolution et le déclin de ce qu’il qualifie avec raison de «machine à tuer*.Une triste description de l’avilissement du genre humain ainsi que du viol et de l’agonie du peuple juif.Si cet ouvrage a la force d'introduire le lecteur au mécanisme des camps de la mort nazis et de leur «solution finale», celui-ci s’inscrit malheureusement dans la lignée des milliers d’ouvrages sur la Shoah déjà existants qui remplissent les bibliothèques.Par ailleurs, on ne peut qu’être d’accord avec Rees lorsque celui-ci écrit «Suivant les estimations, 1 300 000personnes furent acheminées à Auschwitz, et 1 100 000 y sont mortes.[.] H ne faut jamais oublier que 90 % de ceux qui ont perdu la vie à Auschwitz sont morts pour le seul “crime”, aux yeux des nazis, d'être nés juifs.[.] Le fait est là, affreux, inerte.[.) H a valeur d'avertissement pour nous et pour ceux qui viendront après nous.* PRIMO LÉVI Primo Lévi Éditions Robert Laffont Paris, 2005,1133 pages AUSCHWITZ: LES NAZIS ET LA «SOLUTION FINALE» Laurence Rees Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Albin Michel Paris, 2005,397 pages Les mensonges du capitalisme selon John K Galbraith SERGE TRUFFAUT Avec John M.Keynes, Milton Friedman et Joseph A Schumpeter, John K.Galbraith est membre du club sélect des grands penseurs de l’économie du XX' siècle.Conseiller de John Kennedy, Prix Nobel, cet homme né en Ontario en 1908 partage plus d’affinités intellectuelles avec un Keynes qu’avec un Friedman.Autrement dit, il a une fibre sociale plus appuyée ou prononcée que les théoriciens du libéralisme.Depuis peu, Galbraight propose un court essai au titre délibérément provocateur Les Mensonges de l’économie.On insistera d’em- blée sur un point l’auteur conjugue le mensonge au pluriel.Plus précisément, il en décline une bonne douzaine.Dans son introduction, Galbraith explique que le but de son propos consiste avant tout à détailler comment et pourquoi les acteurs influents de la sphère économique conçoivent et communiquent des exposés qui n’ont aucun ancrage dans la réalité du monde.«Cet essai se propose de montrer comment, sur la base des pressions financières et politiques et des modes du moment, la théorie et les systèmes économiques et politiques en général cultivent leur propre version de la vérité.» Dans la hiérarchie des men- Pour des heures i/ £ n c ^n -n -Zï vuc rv/.• • 26 objets en quête d'auteurs Un complément indispensable à l'exposition actuellement en cours au Musée de la civilisation.Des textes signés par 26 auteurs dont Ariette Cousture.Sergio Kokis, Pierre Monency: Louise Portai, Michel Tremblay.112 pages en quadrichromie • 19,95 $ L'usage des sens Roland Boumeuf Une prose remarquable accompagnée de cinq tableaux en quadrichromie de l'auteur: CoX « La dira » • 104 pages • 19,95 5 songes, on retrouve tout en haut de la liste une fraude linguistique.Celle qui a consisté à rebaptiser le système d’un terme qui a permis de gommer ou cacher la brutalité de faits inhérents au capitalisme.Avant on employait fréquemment le terme capitalisme.Aujourd’hui, on parle d’économie de marché.«Le choix d’économie de marché pour remplacer avantageusement capitalisme n’est qu’un voile d’absurdité trompeur jeté sur la réalité profonde de l’entreprise: le pouvoir du producteur, qui influence et même dirige la demande du consommateur.Mais cela ne se dit pas [.] Conclusion: aucun individu, aucune entreprise ne domine.Avec cette expression aucun pouvoir ne transparaît [.] Il n'y a que le marché impersonnel.C’est une escroquerie.Pas tout à fait innocente [.] Répétons-le: l’expression économie de marché est creuse, fausse, insipide et mièvre.» La culture du mensonge inscrite dans l’origine même de cette science humaine s’est évidemment répandue au ras des pâquerettes.Dans le chapitre consacré au monde de la finance, Galbraith explique comment et à quelles fins — qu’on devine avaricieuses — les tartuffes de l’informatique ont créé une bulle — la Silicon Valley — qui a éclaté avec les dégâts que l’on sait Conclusion?Toute personne qui estime que s’informer est un devoir devrait lire et méditer cet LES MENSONGES DE L’ÉCONOMIE J.K Galbraith Editions Grasset Paris, 2005,91 pages FESTIVAL LITTERAIRE I \ I E 8 N -\ T I O N \ L 11 E MONTREAL METROPOLIS BLEU V ÉDITION 30 MARS-5 AVRIL 2005 PiACG&lÆ bmif f«ajnè«e£r PLUS DE 120 ÉVÉNEMENTS PLUS DE 200 PARTICIPANTS Carios Fuentes Russell Banks, Nelly Arcan David Suzuki, Antonine Maillet Kim Deitch, Ibi Kaslik Marie-Claire Blais, Alain Robbe-Grillet Frankétienne, Antonio Skarmeta Adonis, Melissa Auf Der Maur HTATT REGENCÏ MONTkÉAL 1255, JEANNE-MANCE [ÜS FlicHrs Am Info : (514) 957-BLEU wwAv.blue-met-bleu.com Quobev fît* c p S1*' *NKC.t>« lofimicf • Monttcal H7M 2M6 bleues the J ?McConnell family foundation U FONDATION Dt LA FAMIILE J W McCONNEU y CanadS Contai m Am 4B cm* Cawa «¦Cm* latthiAm NICHOLAS 4-i ï HOARE 1 7 _____ AIR CANADA fjp Québec SS Montréal© 88.5 ?951 « + ««««* «Mit» ftferfeurttr MàCffW La vie au temps du comprimé LOUISE MAUDE RJOUX SOUCY Il n'est point entré dans le plan de la Création que l’homme soit heureux*, a écrit Freud.Possible, mais la société occidentale, elle, s’astreint à semer le doute dans les esprits en faisant du bonheur sa quête fondamentale.A ceux à qui cette félicité persiste à glisser entre les doigts, elle propose même un bonheur «orthopédique», celui du comprimé.Une «manière de n’y être pour rien ni personne* qui «ouvre sur un Ground Zero éthique*, dénonce avec fièvre le philosophe Christian Saint-Germain.Dans Paxil® Blues, ce professeur spécialisé en éthique appliquée à l’Université du Québec à Montréal capte ainsi les émois aseptisés d’une communauté sous influence qui a donné naissance à ses premiers «junkies hygiéniques*.Dans son essai pour le moins acidulé, Christian Saint-Germain n’hésite pas à flirter avec le pamphlet, assénant alors de durs coups à une industrie en pleine expansion.Mais ses coups de griffes ont bien du mal à ne serait-ce qu’égratigner les promesses lisses et sans nuages des antidépresseurs.En effet, les Paxil, Prozac, Zoloft et autres Effexor ne se contentent pas de guérir un mal, ils font aussi miroiter un véritable lifting de l’estime de soi.La machine est déjà remarquablement bien huilée.Peur panique, achat compulsif, dépression ou troubles bipolaires, les petits et grands bobos de l’âme sont tous égaux dans l’œil des publicitaires.Quitte même à inventer des pathologies, souligne le professeur, qui cite à cet effet le «trouble d’angoisse sociale», ou SAD, un malaise sorti tout droit des laboratoires de Cohn & Wolfe dans le but de créer une niche à son Zoloft.Réusiner l’âme Le comprimé accentue certains traits tout en en atténuant d’autres.Il efface les ridules de l’âme, réusine l’humeur et redessine l’intérieur.Ses promesses SOURCE TÉLÉ-QUÉBEC Le bonheur par les pilules.LES ÉDITIONS DE L’HOMME sont grandes, mais il ne guérit pas, rappelle M.Saint-Germain.Le philosophe s’inquiète d’autant plus des conséquences tfun tel mensonge que l’emprise de la pilule s’étend rapidement auprès de certaines catégories d’individus qui pourraient trouver autrement ou ailleurs le remède à leurs maux.Les conséquences d’un tel laxisme seront énormes, croit-il.•Pour la première fais dans l’histoire de l'humanité, l’absurdité de l’existence, qui paraissait l ’apanage d’une classe de philosophes oisifs, devient le sentiment non immédiatement douloureux du plus graitd nombre.* Résultat: à moins d’un électrochoc, l’être humain se dirige fout droit vers un mur.Écrit par «petites bouffées d’écriture, d’une bonne humeur chimiquement entretenue*, cet essai montre bien peu de foi en l’être humain.Car c’est avant tout à un formidable coup de gueule que nous invite le philosophe, qui, il faut l’avouer, ne s’embarrasse guère d’apporter des arguments scientifiques ou épistémiologiques en appui à ses sautes d’humeur.Voilà un bien vilain défaut que sa verve et son énergie ne compensent qu’en partie seulement Miroir d’une soumission au quotidien, Paxil® Blues se lit d'une traite, à jeun ou sous influence, toujours avec plaisir.Mais son effet reste avant tout plus esthétique qu’abrasif, la beauté presque lyrique de ses envolées ne cachant pas une certaine vacuité dans le contenu.Partagé entre son amour immodéré pour le «fabuleux objet qu’est le comprimé» et sa condamnation sans appel dé «l’usage généralisé de cet artifice de soi», Christian Saint-Germain suscite néanmoins une véritable prise de conscience qui vaut bien quelques désenchantements.PAXIL® BLUES Antidépresseurs: la société SOUS INFLUENCE Christian Saint-Germain Boréal Montréal, 2005,163 pages Osez lire Jocelyne Robert L6 sex6en mQj amour De ta rëvoMfon sexuelle à lo régression érotigue Jocelyne Robert nous propose de nous affranchir du pénible modèle sexuel qui nous colle à la peau, de rapatrier le sens de la fête et de promouvoir l’aptitude au bonheur autant qu’à l’orgasme.www.edhomme.com LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 2 T MARS K 7 -«-Essais-»- Claude Ryan en mémoire Il n’y a rien à faire, Claude Ryan ne suscite pas l'enthousiasme Des commentateurs ont beau s'échiner à rappeler ses grandes qualités dmtel-kctuel, son courage au moment des événements d’octobre 1970, il reste difficile d'imaginer l'homme autre ment que «beige», de la couleur du Livre sur la reforme du fédéralisme qui a marque son passage en politique, à la tète du Parti liberal du Quebec.Les collaborateurs au collectif Ruptures et continuité de la société québécoise - Trajectoires de Claude Ryan, issu d’un colloque tenu a lUniversite de Montreal en mars de cette annee, ne manquent pourtant pas de lui réserver force eloges.Guy Lachapelle, par exemple, insiste sur sa •capacité d’analyse hors du commun*.Andre Pral-te, quant à kii, chante sa rigueur qui l 'admiration de tous, et suscitait la crainte de ses adversaires*.André Fortier, pour sa part, rappelle son •identification non équivoque au Québec* et son attachement au •courant nationaliste rouge, plus modéré que le bleu*, qull considérait comme la voie à suivre, dans le cadre d’une alliance avec le «courant nationaliste canadien plus modéré*, afin que le Québec obtienne la forme de reconnaissance souhaitée.Fortier ajoute: «Malgré les échecs et les déconvenues, ü croyait sincèrement qu’il était préférable pour le Québec de maintenir les liens avec le Canada » Utopie C’est justement cet attachement non négociable à une position que Denis Monière qualifie de •fédéralisme utopique* qui pose problème et qui contredit me semble-t-il, l'affirmation d’André Pratte selon laqueDe •si la réflexion est si féconde, chez Claude Ryan, c'est parce qu'il n’adhérait pas à une idéologie, à un cadre de pensée étroit et rigide*.N’est-on pas, pourtant en plein braquage idéologique quand, même privé de l'interlocuteur interpellé par notre appel au dialogue, on persiste à prétendre que la solution passe par une entente avec cet abonné absent?Comme le constate Monière: «U Louis Cornellier empêchera la souveraineté d'advenir, sans pouvoir atteindre son object#de réforme du fédéralisme canadien.• Léon Dion, dans une formule très severe, en avait parlé comme d'un ’pharisien intellectuel*, ce qui lui avait valu, à son tour, d’être qualifie de •professeur frus-tré* par Ryan, La juriste Andrée Lajoie.eDe.préféré conclure, à son sujet par les termes de et de Dans un jugement lui aussi sévère, Jean-Philippe Warren parle de Ryan «comme du dernier des Canadiens français, comme on pourrait parler en quelque sorte du dentier des Mohicans*, porte-parole d’une société qui n’existe plus et finalement phis influent que profond: *[.] sa pensée n ‘a jamais dominé l’événement que de la hauteur de quelques principes sommaires tirés d’un libéralisme, certes de bon aloi dans le Québec de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille, mais sans véritable envergure philosophique.* En ouverture à ce collectif qui contient plusieurs autres contributions, on peut aussi lire trois textes qui cherchent à trouver le fil conducteur de la trajectoire récente du Québec, celle dans laquelle a œuvré Ryan.Ce fil, Joseph Facal le situe dans «la quête inachevée et lancinante pour dégager une nouvelle représentation de nous-mêmes* qui mettrait à distance autant l’autodéni-grement de notre passé que la «glorification exagérée des années 1960*.Guy Rocher parie d’une tension entre deux loives opposées: la nord-americanisation et l’alfirmation d’une identité québécoise singulière.Joseph-Yvon The riaulL enfin, livre un constat plus sombre en retrouvant ce fil conducteur dans une volonté radicale de rupture, dans un refus de la filiation, débouchant sur une anomie débilitante: «Sous sommes redevenus un peuple sans histoire et par cela sans projet, ou encore, ce qui revient au même, où tous Us projets politiques imaginables sont possibles et d'égalés valeurs.Je ne parie pas uniquement ici d'un projet national * Ryan.qui avait ses accès de morosité mais qui.par son catholicisme, restait un homme d’esperanoe, n’au rait peut-être pas desavoue Theriault, mais il aurait incite les Québécois à reprendre le gouvernail.Cependant, pour que son appel soit efficace, encore aurait-il fallu qu’il accepte le tait que le gouvernail canadien-trancais était celui d’hier.Le courage de Ryan Quoi qu’on pense de l'héritage de ImteDectueL ü in> porte toutefois de reconnaître que, au moment de la Crise d’octobre, à titre de directeur du Devoir, Ryan a su se tenir debout devant des forces politiques pressantes.Dans un essai assez technique intitule Claude Ryan et Ui violence du poui>oir, le politologue (il écrit plutôt bizarrement «politiste*) Guy Lachapelle montre que Ryan et son équipe éditoriale, durant ces événements, «ont nettement défendu les ixüeurs de la société québécoise mais surtout l’autorité politique de l'État du Quebec*, se démarquant ainsi de toute la presse québécoise.Pratiquant la modération dans une période de crise où cette attitude était considérée comme de la dissidence par les pouvoirs en place en proie à l’hystérie, Ryan et son équipe n’ont cessé de se prononcer en faveur de «la responsabilité première du gouvernement du Québec*, de la sauvegarde des libertés individuelles et du «rejet de l 'usage de la force comme moyen de régler Us amflits sociaux et politiques*, prouvant ainsi que l'on pouvait s'opposer aux dérapages du FLQ sans donner raison aux abus du pouvoir federal et à l'abdication du gouvernement du Quebec, Ce courage amène 1 achapelle à conclure que Ryan tut «un des plus grands km nudistes et intellectuels de la fin du XX' siècle au Quebec* et à rappeler que «Le Devoir, contrairement à bien d’autres kmmaux du Québec.n a tatnais eu peur des débats, des idées et de la dis-cussum publique* Cette attitude, évidemment, il la doit à son statut de journal indépendant, une qualité irrem-placable, surtout en période de crise, ainsi que l'affirme le préfacier Jean-Claude Ledem «Un tournai vraiment indépendant n'a qu'un maître, son public.Qu’un guide: la conscience de l'interet collect#.Qu 'une règle l'examen des questums telles qu'elles se posent, non telles qu ’on peut Us expUnter • Qu'on se le dise! louiscomellierif parroinfo.net RUPTURES ET CONTINUITÉ DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE Trajectoires de Claude Ryan Sous la direction de Gérard Boismenu, Michel Brûle, Solange Lefebvre, Claude lessard et Piertv Noreau Université de Montréal Montréal, 2005,210 pages CLAUDE RYAN ET LA VIOLENCE DU POUVOIR Le: Devoir et la Crise d’octobre 1970 ou le combat de journalistes démocrates Guv Lachapelle PUL Saint-Nicolas, 2005,194 pages Le souffle des clubs politiques JEAN-FRANÇOIS NADEAU Sur le versant gauche de notre vie politique, on trouve, solidement accroché, Pierre Dubuc.Essayiste et polémiste, directeur et principal animateur de UAut’four-nal, Pierre Dubuc riappartient pas à la mouvance des intellectuels québécois qui sont prisonniers de la tour d’ivoire de leur condominium.Depuis plus d’un an, il est de ceux qui défendent avec énergie la création de «clubs politiques» à l’intérieur du Parti québécois.Il souhaite ainsi donner un nouveau souffle à cet univers partisan dont les saisons politiques manquent souvent de soleil Le modèle des clubs politiques provient du Parti socialiste fiançais.D s’agit d’une façon originale de reconnaître des mouvances politiques différentes mais néanmoins compatibles, quant au fond, avec les principes généraux d’un parti, en l’occurrence le PQ.Pour éviter la division de la gauche électorale, Pierre Dubuc, en bon pragmatique, conçoit qu’il faut trouver des moyens de collaborer au sein d’un mouvement le plus large possible.En février 2004, à la suite d’une réunion à l’incontournable Centre Saint-Herre à Montréal Pierre Dm bue a donc lancé, avec une centaine de syndicalistes et de progressistes, dont Monique Richard et Marc Laviolette, les Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre).Que souhaite ce groupe, constitué dans l’esprit d’un «club poli- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pierre Dubuc, directeur et principal animateur de L’AutJournal.tique»?Plusieurs choses, dont tout d’abord Tavènement d’un Québec indépendant, promoteur de l'égalité des droits et du pacifisme.Mais aussi l’intervention de l’État pour le profit de l’ensemble de la population et dans l’objectif d’échapper aux glissements du néolibéralisme; l’accès démocratique, plein et entier, à l’enseignement, «de la petite enfance jusqu’à l’université», et une plus grande participation de la population à l’exercice démocratique, notamment par des efforts afin de favoriser l’existence de médias libres et indépendants.Le SFPQ souhaite en outre l’adoption d’une forme de scrutin proportionnel «au sein même du Parti québécois avec la reconnaissance de courants en son sein et de clubs politiques».Au PQ, ce club de gauche a été plutôt bien accueilli.Reste à savoir si cet accueil dépassera Iç simple opportunisme politique.A la lecture du manifeste du SPQ libre, on comprend toutefois que, pour le moment, c’est surtout avec d’autres instances politiques de gauche, comme l’UFP ou TOp-tion citoyenne de Françoise Da- vid, que Dubuc et les siens espèrent établir un dialogue.Selon Pierre Dubuc, l'Union des forces progressistes, malgré des intentions louables, ne représente pas une solution de rechange politique crédible pour les progressistes au Québec.Les trois partis à l’origine de TUFP continuent d'exister en son sein, explique Dubuc, et «la faiblesse de la représentation syndicale [.] l’absence de leadership reconnu et les réticences devant la joute électorale vont empêcher à court terme TUFP de constituer aux yeux de l'électorat progressiste une alternative crédible».Pour obtenir mieux et, surtout, plus vite, dans des perspectives pragmatiques, Dubuc croit meilleur le choix du Parti québécois.Ce petit manifeste, qui n'a guère le ton du genre, apparaît en fait très modéré et posé.Il consacre beaucoup de ses efforts à l’établissement d’un dialogue avec l’UFP et l’Option citoyenne.Et il soulève, au sujet de l'action et des positions de ces mouvements politiques, des questions qui méritent certainement d’être posées.Le Devoir SPQ LIBRE Manifeste syndicaliste ET PROGRESSISTE pour un Québec libre Pierre Dubuc Éditions Trois Pistoles Notre-Dame-des-Neiges, 2005, 132 pages Roman Dans le cadre du f Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu (30 mars-3 avril 2005), XYZ éditeur est heureux de vous inviter au lancement du roman de Yolande Villemaire Poètes et centaures Le samedi, 2 avril 2005, de 20 à 21 heures à l'Hôtel Hyatt Regency Montréal, Salle Mont-Royal 1255, rue Jeanne-Mance (à l'angle de la rue Sainte-Catherine) Métro Place-des-Arts Information r (514) 525-2170 #21 www.blue-met-bleu.com XYZ LES PRESSES DE L'UNIVERSITE LAVAL Khadiyatoulah Fall Danielle Forget Georges Vignaux 1 1 ¦ i i W LL U LL YOUtMM VT L i F M AIK r Poètes et centaures H 156 p.• 20 $ i.* .„ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert.Montréal (Québec) Hat 3Z1 Téléphone: (su) 525.2170 * Télécopieur: (514) 52575.37 Courriel : infoS’xyzedit.qc.ca • www.xvzedit.qc.ca >•> 1 » t * BUE METIOfOLIS ISBN 2-7637-8204-3 112 pages • 20$ Coédité par les Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris Les Éditions PUL-IQRC Tél.(418) 656-2131 poste 10996 « Téléc.(418) 656-3305 Lucie.Belanger#pul.ulavaLca Les éditeurs canadiens-français vous proposent plusieurs rencontres avec leurs auteurs au festival Metropolis bleu Tables-rondes |eudi 31 mars, 18h00 à 10H15 LES POUVOIRS DE LA LANGUE FRANÇAISE avec Lili Maxime (La Grande Marée) Vendredi 1 avril, 16h30 à 17h45 ÉCRIRE ET LIRE .Avec Pierrot Lambert (Vermillon), Simone Saumur-Lambert (Vermillon) et Paul Savoie (L'Interligne) Vendredi! avril, 20h30 à 21h45 L'ÉCRIVAIN ENGAGÉ Avec )ean-Louis Grosmaire (Vermillon) Samedi 2 avril, 13h00 à 14hl5 ÉCRIVAINES SANS FRONTIÈRES I Avec Ginette Fauquet (David) Samedi 2 avril, 13h30 à 14H45 UNE VILLE, DES ÉDITEURS Avec Yvon Malette (David) et Arash Mohtashami-Maali (L'Interligne) Samedi 2 avril, 16h00 à 17hl5 ÉCRIVAINES SANS FRONTIÈRES II Avec Ilona Gruda (David) et Mila Younes (David) I Lancements Vendredi 1” avril, 18h00 à 19h00 LES ÉDITIONS L'INTERLIGNE Avec Marguerite Fradette, Pierre Raphaël Pelletier et Paul Savoie Vendredi 1 avril, 19h30 à 20h30 LE'S ÉDITIONS DU VERMILLON Avec lean-Louis Grosmaire, Pierrot Lambert, Simone Saumur-Lambert et )ean-François Somain I Lectures Samedi 2 avril, 12h30 à 13h30 , UN APRÈS-MIDI DE LECTURE III Avec lean-François Somain (Vermillon) Samedi 2 avril, 21h00 à 22hl5 SOIRÉE DE POÉSIE Avec Pierre Raphaël Pelletier (L'Interligne) (Pour plus d’information, consulter le site du festival http://wwwblue-met-bleu.com -¦*' K Æ\t http://recf.ca Regroupement des éditeurs canadiens-français vEV www.ulaval.ca/pul Si IR.L F 8 A M E D I 2 6 ET DIMANCHE 27 MARS 0 0 -•¦Bloc-notes -*- Doyen cinéphile et neiges d’antan S fjh Odile Tremblay Au cours des visionnements de presse et des projections lors des festivals, on avait l’habitude de voir Léo Bonneville assis dans les derniers rangs de la salle.Avant, il était accompagné de son ami Robert-Claude Bérubé, une encyclopédie vivante du cinéma, dont la mort subite avait laissé sa place vide avec un gros trou au milieu.Du coup, Léo Bonneville, le fondateur de la revue Séquences, s’est senti plus seul de sa gang, mais il revenait quand même se poser parmi nous, avec son sourire doux et sa courtoisie.Les séances de presse sont des espèces de réunions de clans, où l’on rencontre moins d'aînés aujourd’hui qu’autrefois, et c’est bien dommage.On s’ennuie de leur courtoisie parfois.J’aimais m’asseoir à ses côtés pour l'écouter parler de cinéma, de tout et de rien, ou pour le plaisir de se taire de concert Puis, Léo Bonneville s’est effacé de notre paysage il y a dix ans, en laissant à d’autres le gouvernai] de son magazine.Je l’ai revu de loin en loin.À 85 ans, les jambes de notre doyen cinéphile sont moins solides qu’autrefois, son souffle plus court, mais il atterrit quand même deux fois par semaine devant un grand écran pour se tenir au parfum des dernières sorties.On ne jette pas les passions de sa vie comme de vieilles chemises déchirées.Elles coDent à vous comme des secondes peaux.Je parle de Léo Bonneville parce que Séquences, cette revue de cinéma qu’il a fondée, vient d’avoir cinquante ans.Dans le dernier numéro, Léo Bonneville remonte le fil de son histoire.La jeunesse du septième art a du bon.A l’encontre des six autres dont les racines se creusent jusqu’aux tréfonds des temps, les pionniers du cinéma sont encore au poste pour témoigner des débuts.Prenez la cinéphilie québécoise.Léo Bonneville vous rappellera qu’elle est née dans les ciné-clubs, eux-mêmes introduits dans les collèges grâce aux bons offices de la Jeunesse étudiante catholique (JEC).Ça fait un peu étrange de penser que la cinéphilie fut enfantée par le clergé, mais côtoyer Léo Bonneville permet de s’en souvenir.Il est clerc de Saint-Viateur et se montre fier de n’avoir jamais accolé de cotes morales aux films dans sa revue, comme certains le lui suggéraient en haut lieu.•On voulait aider les gens à s’éduquer en cinéma, pas leur donner des leçons de moralité», précise-t-il Des scènes de sexe et de violence, ce prêtre en a vu défiler plus souvent qu’a son tour.Faut se lever de bonne heure pour le faire rougir.En 1950, le cinéma était lui-même quinquagénaire.Quant à Léo Bonneville, il dirigeait le ciné-club à l’école supérieure Saint-Viateur.Entre des études de cinéma ici et en France, il a fondé en 1955 le bulletin Séquences afin d’étendre les réflexions nées dans les ciné-clubs et de développer des thématiques.De bulletin maison, Séquences devait devenir revue professionnelle trois ans plus tard, puis changer de format à quelques reprises, en gardant sa vocation populaire, sa tribune de thématique avec accent aigu sur notre septième art De fait sur le dernier Séquences, les couvertures de plusieurs numéros d’autrefois sont reproduites et notre septième art y occupe un espace dominant Les films de Jutra, d’Arcand, de Lauzon font souvent la une.François Girard, Robert Morin tiennent aussi la vedette.A travers les corridors et les salles du FFM, entre deux films, Léo Bonneville a toujours croisé des cinéphiles formés par les ciné-clubs.•On a créé une audience», dit-il aujourd’hui.Bien des habitués de la Cinémathèque proviennent aussi de ce terreau-là; avec plusieurs têtes grises ou blanches.Faut dire que les rangs cinéphiliques ne se renouvellent pas beaucoup.Pas assez, au fait En quittant Séquences il y a dût ans, Léo Bonneville n’a éprouvé aucun regret Le cinéma lui semblait devenu trop superficiel.En panne de relève.11 manquait de stimuli.La décennie 90 fut particulièrement morose pour le cinéma québécois.Dans,plusieurs coins de la planète, le 7' art se cherchait A celui qui avait vu naître la Nouvelle Vague et fleurir les belles années des cinémas japonais, italien, suédois, l’époque semblait soudain bien fade.Il a l’impression que les grandes années du cinéma appartiennent au passé, confinées au XXf siècle qui l’a vu naître avant d’enfanter les œuvres de Robert Bresson et de Luchino Visconti, d’Ingmar Bergman et de Masaki Kobayashi, de François Truffaut et de Federico Fellini.•Où sont les maîtres?demande-t-il.Et à l’entendre, on pense au poème de François Villon qui se languissait des neiges d’antan.•Désormais, le cinéma dans l’ensemble, c’est la pagaille.On est attaqués par toutes sortes de choses explosives, plus grosses que les précédentes et qui font plus peur.Ah!» Le paysage cinéphilique a viré sur le top en un Léo Bonneville et sa revue Séquences en 1991.demi-siècle.Envolé, le temps des ciné-clubs, quand toute la salle demeurait pour discuter après le film avec Carie ou Arcand.Un ange passe.Aujourd’hui, comme tout le monde, dans les mé-gaplexes, Léo Bonneville se tape les bandes-annonces de productions minables étirées durant un quart d’heure avant de se faire servir la pièce de résistance.L’avènement des minicaméras, les succès récents du cinéma québécois le réjouissent Mais les neiges d’antan.JACQUES GRENIER LE DEVOIR •La télévision est trop ftrte, elle gruge tout.Les gens passent tellement de temps devant les téléséries.Où trouveraient-ils un moment pour le cinéma ou le théâtre?» D soupire, garde quand même un œil sur le futur, où surgiront une ou deux révolutions, sans doute.D croit au paradis.Moi, j’imagine son au-delà doté d'un écran flottant où défilent 24 images par seconde, venues apporter aux cinéphiles trépassés, jusque dans la mort, l’illusion de la vie.otrem blay@ledevoir.com SOURCE CENTRE FEUX-LECLERC Félix Leclerc CHANSON Félix vu par un ami SOLANGE LÉVESQUE En réalité, c’est d'abord d’un ami que Marcel Brouillard parle dans son livre sur Félix Leclerc.L’auteur était encore adolescent quand il a connu le poète, alors que celui-ci vivait à Vaudreuil en 1945.Devenu journaliste par la suite, il a toujours suivi la carrière de Félix, pour lequel il a gardé une admiration sans bornes.Sur de telles assises, son livre, qu’il qualifie dans son titre d'•histoire d'une vie», ressemble en effet davantage à une belle histoire qu’à une biographie qui projetterait un éclairage original sur les tournants significatifs de la vie et de la carrière de Félix Leclerc.Une belle histoire qui se lit sans mal, au demeurant, et dans laquelle on retrouve plusieurs anecdotes connues glanées dans d’autres témoignages écrits ou chez les parents, amis, collaborateurs et émules de Félix Leclerc.Pour en nouer tous les épisodes en maintenant une impression d’harmonie.Marcel Brouillard tourne parfois les coins ronds et fait fim-passe sur certains aspects de la réalité; il évite soigneusement, par exemple, d'expliquer les véritables enjeux du conflit qui a mené à la rupture mettant un point final à la collaboration de Félix Leclerc avec son premier imprésario Jacques Canetti, celui qui l’a lancé en France.De même, la rupture de Félix avec sa première épouse est expédiée en quelques lignes et motivée d'une manière qui parait d’autant plus superficielle que l'image que l’auteur avait donnée du couple et de ses vingt-trois ans de vie commune était quasiment idyllique.Bref, il s'agit d’un ouvrage dont l'objectif à peine voilé est de rendre un hommage senti à un homme qui a marqué la vie de l'auteur, à un artiste dont l’apport à la chanson francophone est considérable et qui est devenu une sorte d’icône québécoise.Soucieux de ménager tout le monde et de ne déplaire à personne en racontant cette •histoire d'une vie», Marcel Brouillard n’échappe pas toujours à la tentation de l'hagiographie.FÉLIX LECLERC L’histoire d’une vie Marcel Brouillard Préface de Pierre Delanoë Les Intouchables Montréal, 2005,191 pages ÉCHOS Bar littérature/cinéma L’adaptation des œuvres littéraires au cinéma a-t-elle un avenir?Cette question est au menu du prochain Bar littérature/cinéma organisé par le consulat général de France à Québec à l’occasion de la venue à Montréal de l’écrivain-réalisateur et académicien Alain Robbe-GriHet.L'un des grands représentants du Nouveau Roman, courant qui rejette la linéarité du récit M.Robbe-Grillet a notamment écrit Les Gommes en 1953, premier roman qui l’inscrit dans cette veine contestataire.Mais il a aussi signé plusieurs films de son cru et écrit le scénario d'un film d'Alain Resnais en 1957.Animé par Marie-Andrée Lamontagne, le débat réunira également Dany Laferrière, auteur de plusieurs romans portés au grand écran, ainsi que Philippe Gajan, qui dirige la revue québécoise 24 images.L’événement, qui se veut un lieu d’échanges entre des personnalités du monde littéraire ou cinématographique, se déroulera au bar UBarouf à Montréal le 29 mars prochain.- Le Devoir VITRINE DU DISQUE Comment faire de la boucane par les narines en jouant de la trompette THE LONELY BULL Herb Alpert & The Tijuana Brass Shout! (Sony) SOUTH OF THE BORDER Herb Alpert & The Tijuana Brass Shout! (Sony) LOST TREASURES - RARE & UNRELEASED Herb Alpert & The Tijuana Brass Shout! (Sony) Y a pas moyen de tirer trente sous des vinyles originaux aux puces de Saint-Eustache, mais qu’à cela ne tienne: les premiers disques de Herb Alpert et son Tijuana Brass sont désormais disponibles en format audionumérique, en chic boîtiers digipack assortis de livrets plus consistants que le mâche-patates dudit Herb, quelque peu amolli après tant d’années à se presser les lèvres contre la trompi-nette.Cela dit, quiconque a un jour passé outre aux galettes du Californien pouetpouettant est un béotien.Le gusse, en plus d’avoir fondé avec Jerry Moss la compagnie de disques A & M (A comme Alpert M comme Moss), maison-mère des Cat Stevens, Supertramp et consorts, était un génie de la pop instrumentale pour mo-noncles.Mononcle moi-même, je raffole de ces rééditions, qui me donnent non seulement l'épique Lonely Bull (que l’adorable Petula Clark, en France et chez nous, popularisa sous le titre Le Soleil dans les yeux), mais bon nombre de ses 17 succès de palmarès, et tout un lot d’inconnues au bataillon, que je découvre avec l’excitation d'un taureau dans une boutique de porcelaines.Parmi les plus belles étrangetés trouvées sur l’une ou l’autre de ces trois merveilles kitsch des années 60 et 70, notons l’illustrissime Popcorn (avec des pouet au lieu des pop, fallait l’oser), la bien-nommée Lazy Day (succès de Spanky & Our Gang, les Marnas et Papas du pauvre), l'ahurissante Tijuana Sauerkraut (ou l’improbable sortie d’une bande de Mexicains au Beer Garden), mais aussi l’ultime version easy listening de la bossa Desafinado.Manque seulement la suave This Guy’s In Love With You, numéro un de 1968 signé Bacharach-David: on l’aura sur une réédition ultérieure.Pour l’heure, c’est déjà un régal.Comme si Taco Bell offrait des buffets à volonté.Sylvain Cormier SEVEN SONGS FOR JIM Greg Keelor Warner C’est pas parce que j'ai raté le HERB ALPER’ THE TUÏAIIÀ BRASS l*«T mMtMl—*-' passage de Greg Keelor en ville samedi dernier que j’apprécie moins ce disque honorable et admirable, hommage à la fois sobre et senti du guitariste de Blue Rodeo au paternel Jim, récemment décédé.C’est pour le vétéran du rock’n’folk canadien, suppose-t-on, la manière la plus appropriée de vivre son deuil et ce faisant de revisiter une vie passée en compagnie d’un vétéran d'un autre genre, survivant de la Deuxième Guerre mondiale, homme de peu de mots et de secrets bien gardés.C’est aussi pour Jim, longtemps perdu lui-même dans son propre nulle part psychédélique, l’occasion de confronter ses démons, voire sa propre mortalité.Disque sombre, donc, plus chuchoté que chanté, aux guitares plus délicatement grattées qu'assénées, mais aussi disque bercé de bien belles mélodies: Keelor a donné le meilleur de lui-même, et cela s’entend.Toutes les chansons, et peut-être plus particulièrement Just This Love, baignée d’orgue, s’avèrent plus bienfaitrices que tristes.Ou plutôt bienfaitrices parce que authentiquement tristes.Un peu comme le Pleurer la pter morte de Monsieur Mono (Eric Goulet) dont nous parlions la semaine dernière, évocation cathartique d’une rupture, ce disque est à la fois beau et utile.Greg Keelor est moins seul en notre compagnie, et vice-versa.S.C A S S I Q 1 MICHAEL TIPPETT A Child of our Time.Faye Robinson (soprano), Sarah Walker (mezzo), Jon Garrison (ténor).John Cheek (basse), City of Birmingham Symphony Chorus & Orchestra, direction: Michael Tippett.Naxos 8.557 570.La Grande-Bretagne fête cette année le centenaire de la naissance de Michael Tippett (1905-1998).Si l’on voit apparaître bien peu d’enregistrements à cette occasion, il convient de signaler la réédition par Naxos de la gravure de son chef-d’œuvre absolu.A Child of Our Time, tragique composition de guerre (1939-1941), qu’il avait lui-même enregistrée en 1991 pour la défunte étiquette Collins.Ce n’est pas le premier enregistrement Collins que Naxos récupère à bon escient (on pense à quelques disques Britten), mais ici la prise est particulièrement bonne.A Child of Our Time, qui témoigne de l’inhumanité de l’homme à travers une saga sur l’oppression des peuples, commence sur ces mots: •La terre tourne sur sa face sombre.C’est l’hiver.» Tippett, lui-même objecteur de conscience, et qui fit de la prison pour ses idées, a mis toute sa force créatrice dans la peinture musicale des abîmes du mal et du désespoir, là où il est quasiment impossible de saisir la moindre lueur d’espoir.L’idée de génie de Tippett a été d'instiller dans le récit cinq spirituals, moments d’espoir, de prière, ou de révolte.Cette œuvre, qui anticipe de dix-neuf ans le War Requiem de Britten, est servie ici par une interprétation concentrée et émue.A prix Naxos et dans une telle qualité de restitution il n’y a aujourd’hui strictement plus aucune raison de méconnaître ce jalon majeur de la musique chorale du XX' siècle.Christophe Huss YORK BOWEN Sonate pour piano n° 6.24 Préludes op.102.Rêverie.Joop Cells (piano).Chandos CHAN 10277 (distr.SRI) York Bowen, né en 1884 et mort en 1961, avait été salué par le vieux Camille Saint-Saëns comme 4e plus remarquable des jeunes compositeurs britanniques».Si ses 24 Préludes ont déjà été enregistrés, notamment par Stephen Hough chez Hyper-ion, la 6' Sonate, un pur joyau, est présentée par Joop Celis en première mondiale.Pour cadrer le sujet, disons qu’il serait injuste de s’intéresser à André Mathieu et de ne pas se pencher sur York Bowen.Leurs racines sont les mêmes, Rachmaninov, notamment, avec chez Bowen un sens de la structure beaucoup plus marqué et affirmé que chez Mathieu, une perception de l’architecture musicale qui semble d’ailleurs héritée de Brahms.Bowen a unç manière ample de traiter le clavier.C’est ce brassage du son qui évoque immanquablement Rachmaninov.Le style est évidemment passéiste (la Sonate n° 6 date de 1961 mais aurait pu être composée quarante ans avant), mais le résultat, fort convaincant: la M TIPPETT A Child of Our Time (Oratorio in Three Ports) Robinson • Walker • (Garrison • ("hcefc L’ity of Birmingham Symphony Chorus and Orchcs Sir Michael Tippett houle musicale de cette 6' Sonate mériterait de rejoindre la 2' de Rachmaninov au répertoire pianistique courant.Les 24 Préludes de Bowen offrent en quelque sorte un panorama sur les diverses manières d’écrire pour le piano au XX' siècle.En filigrane s’inscrivent les noms de Rachmaninov, de Scriabine, de Medtner, mais aussi de Debussy ou de Ravel, le tout sans la moindre imitation.D’ailleurs, l’invention mélodique féconde de Bowen fait de ce disque une merveille aussi inattendue qu’attachante.C.H.B I.I K S IN YOUR ARMS AGAIN John Hammond Etiquette Black Porch/Virgin Chanteur, guitariste, harmo-niciste, gardien du blues des anciens, ceux du Delta, John Hammond s’affirme une fois de plus comme un incontournable.Cela fait quoi?Trente.quarante ans?En tout cas, cela fait longtemps qu’il nous régale à tout coup.Son nouvel album ne fait pas exception.Pour sa production antérieure — Ready For Love —, Hammond s’était entouré de cinq musiciens.Pour celui qui nous occupe aujourd'hui, Hammond a choisi le minimum, pas le strict minimum, mais bon.Il est flanqué d’un contrebassiste et d’un batteur, d’ailleurs toujours les mêmes, soit respecti-''fment Marty Ballou et Stephen Hodges.Le programme?Des grands thèmes écrits par Ray Charles, Willie Dixon, Jimmy Reed, John Lee Hooker, Chester Burnett alias Howlin Wolf, Percy Mayfield et Bob Dylan.Hammond a fait sa contribution avec deux originaux.C’est très bien joué, fort bien chanté.Mais ce qu’on retient avant tout, c’est que l’ensemble est empreint d’une intégrité admirable.Bref In Your Arms Again est un grand Hammond.Serge Truffaut t
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