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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-04-02, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 AVRIL 2005 ENTREVUE Gilles Pellerin, le lecteur éditeur Page F 3 .¦sM ESSAI André Patrv, technocrate de génie Page F 9 T1FFET l.j-f JvV,' ZÆ À*** NANCY V1CKF.RS ÉlisalH’th VonarburR Les univers parallèles d’Elisabeth Vonarburg MARIE LA H R E C Q II K Pour Elisabeth Vonarburg, les mots ont toujours été magiques.•Donnez-moi un annuaire de téléphone, je vous fais des histoires avec.» On la croit sans peine, vu la prolixité de son œuvre depuis 25 ans et son aisance à construire des univers parallèles.Avec Ixt Maison d'oubli, première partie d’un roman, Reine de mémoire, qui en comptera quatre, la très respectée auteu-re de Tyranaél amorce un nouveau cycle.Comme c’est souvent le cas pour ses imposantes sagas, tout a commencé par un rêve.Un songe étrange, inhabituel, où apparaissait une gigantesque carte en relief.•L’histoire que je me suis racontée en me réveillant, c’est que, Jorsqu'on piquait la carte, on était transporté ailleurs, évoque la rieuse et énergique Elisabeth Vonarburg.J’ai fait ce rêve l’année où ma mère est morte.J'étais en très mauvais état.Je me demandais si j’allais jamais écrire de nouveau, parce que la figure maternelle est un élément central de mon imaginaire.J'ai donc essayé d'élucider ce rêve.Criait quoi, cette carte?La réponse est venue tout droit de mon subconscient.Quelque chose en rapport avec la mère.» Cette carte magique est trouvée en 1789 par trois jeunes orphelins français.Jiliane et les jumeaux Pierrino et Senso comprennent peu à peu que c’est là la représentation de la colonie asiatique d’où provient leur mystérieuse grand-mère.Un pays dont il est interdit de parler.Parallèlement, le roman raconte, deux siècles plus tôt, comment leur ancêtre Gilles est initié à son Talent, le pouvoir magique octroyé à quelques élus par la Divinité.La Maison d'oubli étant une uchronie, l’univers que découvrent les lecteurs à travers les petits héros dérive du nôtre.•Ça m’a mise dans une position très difficile: d'une part, j’ai dû faire de la recherche historique, mais aussi inventer un monde différent.Depuis les Grecs et les Latins, j’ai réinventé le monde au complet! Je me suis donné le double de travail.» Les déguisements du réel Avec Reine de mémoire, la réputée auteure de science-fiction aborde, avec une certaine angoisse, un genre inédit pour elle: la fantasy pour adultes.Un genre qui «joue encore plus directement dans les mythes et les archétypes.Et il y a un effet de nostalgie.La science-fiction serait la littérature de la connaissance; la fantasy, celle de la reconnaissance, où on reconnaît des motifs, des thème?étemels».Pour Elisabeth Vonarburg, cette incursion dans la fantasy représente aussi »un pas de plus vers mon matériau personnel, avec lequel j’ai toujours eu des problèmes.Si j'ai commencé à écrire de la science-fiction à 16 ans, c’est parce que j’avais l’illusion que ça ne parlait pas du tout de moi.Au bout de 10 ans, après avoir écrit des milliers de pages, et pris de la distance en m’établissant au Canada, j’ai fini par comprendre que ça ne parlait que de moi.J’ai toujours utilisé l'écriture pour mieux me comprendre, mieux comprendre ma vie, la vivre VOIR PAGE F 2: VONARBURG YVES MICHAUD YVES tEAUCMEMIN CHARLES » M LE TÉMÉRAIRE tAïQVt» MW* Les soupes eéiestes Mabiti ViuaMaovt Les R;/1 raisons i de la colère Je veux rentrer chez moi F F I D E S www.editionsficles.com F 2 L E V O 1 A M E D ! M A M B E 2 0 VONARBURG S A L 0\ DU LIVRE DE Û D E B E Ç SUITE DE LA PAGE F 1 mieux, pour apprendre, me consoler ou me défier Cest devenu ma drogue Mas je me suis rendu compte que fai besoin des déguisements que me permettent la sciencefiction et la Jantasy Pas pour me cocker (i'autrui, mats pour mieux me voir A travers le langage des mythes ou des symboles, Je me dis un certain nombre de choses que je ne peux pas exprimer aussi rffi-cacement autrement • De la même façon que les mondes inventés par les auteurs de l’imaginaire font écho à ici, a •nos problèmes, nos craintes, nos désirs, nos rêves, sous des habillements différents».Reine de mémoire contient donc notre monde post-11 septembre 2001.Le roman était déjà bien amorcé quand les tours jumelles se sont effondrées, çt avec elles la capacité d’écriture d’Elisabeth Vonaitüig.Une panne qui a duré un an, et donné une grande frousse à l'écrivain.‘Je suis une créature de mots, et s’ils me font défaut, je n’ai plus rien.Puis, j’ai décidé que ce n'était pas absurde de continuer à écrire.Ce monde-là ne me plaisait pas, mais je pouvais juste faire ce que je faisais le mieux: écrire.» Ecrire notamment sur les relations avec les cultures étrangères, et sur le problème du mal, qui intéresse toujours Vonarburg.-Ce serait tellement facile si les monstres ressemblaient à des monstres! Cest la banalité du mal qui est effrayante.Et notre capacité d’aveuglement face à notre propre noirceur.Moi, ce qui me terrifie, ce simt les gens bien intentionnés qui pensent qu'ils font le bien, qui sont certains d’avoir raison.George W.Bush n’est pas un monstre.Pourtant, le résultat de ses actions est épouvantable.Il a choisi de ne pas en avoir conscience.Nous pratiquons tous des cécités sélectives » La sœur de Jésus L’auteure de Chroniques du Pays des meres s'y interroge aussi sur la place et l’image de la femme dans les religions de la culture judéo-chrétienne.Cette féministe ne constate guere de progrès.Un statut qui découlerait de la scission entretenue entre le corps et l’esprit dans nos cultures.'Uy a une dignité, un sens du rapport à la nature, à la chair, à la matière qui a été complètement bousillé par la religion ju-déo-chrétienne.telle qu’appliquée a partir du IV ou U stecle.Cette séparation m’a toujours beaucoup acha-lée ll y a une interaction constante entre ce qu’on appelle le corps et ce qu’on appelle l'esprit.Et ça marche dans les deux sens.On a créé quantité de problèmes avec cette dichotomie, dans tous les domaines, la médecine comme les lois sociales.» Elisabeth Vonarburg a donc voulu imaginer une société où cette rupture n’existerait pas, une religion alternative où les rapports entre le féminin et le masculin seraient à la fois complémentaires et un peu différents des nôtres.Dans la foi géminite, une religion •fortement teintée de taoïsme» qui appelle à la réconciliation des contraires par l’Harmonie, Jésus a ainsi une sœur jumelle nommée Sophia, qui a créé l’Eglise.Cette idée, qui la hante depuis 1995, alimentera aussi son prochain livre, qui se déroulera dans le même univers, cette fois du côté des christiens, des fondamentalistes.Mais auparavant, les lecteurs auront pu se mettre sous la dent une ambitieuse saga embrassant magie, spiritualité et histoire sur plus de 2000 pages.La publication de Reine de mémoire s’étalera jusqu’en novembre 2006.REINE DE MÉMOIRE 1, La Maison d’oubu Élisabeth Vonarburg Editions Mire Québec, 2005,672 pages Invitation au voyage % Au Mexique, il existe une forte tension entre modernité et tradition, pour reprendre les mots de Carlos Fuentes, de passage cette semaine a Montréal.L’expression de cette tension est multiple.Mais déjà le voyageur constate aisément, d’une part, le spectacle d’hommes et de femmes parés de vêtements coupés au goût du jour, beaux et fiers d’être en tous points identiques à ceux qui marchent à côté d’eux; d'autre part, en périphérie, jamais très loin, la réahté humaine qui entoure ces maisons fragiles où de vieilles affiches électorales du PRI servent à l’occasion de toit 11 faut être aveugle pour ne pas voir au premier coup d'œil la présence de cet autre monde, parallèle au premier, où des petits travailleurs de la misère tentent de survivre par tous les moyens.Dilemme séculaire mexicain, explique Carlos Fuentes, que celui d’être en quelque sorte deux nations en une.Séculaire certes, mais cette situation d’extrême pauvreté et d’injustice qui prévaut en certains endroits du Mexique évoque aussi tout un monde opprimé par les illusions de la mondialisation.Cette «nation moderne, coupable de pratiquer un capitalisme sauvage» et «qui concentre la richesse entre les mains d’une minorité, en espérant l'impossible miracle de retombées sur la seconde nation — cruellement exclue, parfois patiente, parfois craintive, mais parfois aussi rebelle» —, se rencontre désormais partout.Le Mexique, sous ce rapport, raisonne au diapason du monde.Au pays de Carlos Fuentes, l’expression particulière de cette fracture sociale a été projetée à la face du monde de façon exemplaire par les combats des Zapatistes.La renommée acquise par le sous-commandant Marcos depuis 1994 n’a pas qu’exprimé la détresse d’une région, mais aussi symbolisé le sort de tous les laissés-poqr-comp-te de la mondialisation.Etrange d’ailleurs que les écrits du commandant Marcos, si lus et si commentés en Europe, n’aient connu chez nous qu’un écho limité.Plusieurs de ses textes sont pourtant coédjtés et distribués par les soins des Ecrits des Forges de Trois-Rivières; une maison d’abord dédiée à la poésie, il est vrai.Pour comprendre Pour comprendre le monde mexicain tout en gardant en tête Jean-François Nadeau l’idée de reprendre un contrôle humain sur la course du nôtre, fl faudrait peut-être entreprendre de lire l’œuvre de B.Traven, sans doute un des plus formidables Mexicains d’adoption.Mais qui connaît encore B.Traven?Son talent et le mystère qui l’entoure, il faut le dire, font de lui un Ré jean Du-charme à la puissance dix.Personne ne sait trop d’où il vient, ni exactement tout ce qu’il a écrit Pas plus qu’on ne connaît l’endroit où 3 est né, comment il a vécu et quand ü est mort B.Traven est peut-être né à Chicago ou à San Francisco, à la fin du XK' siècle.D semble s’être marié au Texas, avec une Mexicaine, sous le nom de monsieur Craves.Il s’est fait aussi appeler Ret Marut Avant la Grande Guerre, il semble avoir mené une carrière d’acteur sans le sou et sans succès à Berlin.Chose certaine, après la Première Guerre mondiale, cet homme se trouve en Allemagne où, sous le nom de Marut il est un des principaux animateurs de la République des conseils de Bavière.En septembre 1917, alors que les désertions sont à peine contenues dans toutes les armées, fl lance à Munich un premier numéro de Der Ziegelbrenner, un journal qui en appelle à la création d’un monde meilleur et déclare tout de suite, malgré la censure, rien de moins que la guerre à la guerre.Un peu moins de deux ans plus tard, il est nommé directeur du Département de la presse de la République des conseils de Bavière.Pour lui, la guerre comme la conduite des gouvernements, dans tous les pays, dépendent largement de la conduite des journalistes, à son sens tout à fait soumis aux lois du simple et cupide profit capitaliste.Comme ministre de la Presse, il a donc l’originalité d’encourager publiquement la suppression de •cette catin publique» que sont les journaux dirigés par les grandes entreprises.Conséquence?Plusieurs de ses amis sont fusillés.Pas lui.Par quelles pirouettes arrive-t-il à s’en sortir?Traven s’installe vraisemblablement au Mexique vers 1924, après avoir séjourné en Angleterre.Le Mexique compte alors 20 millions d’habitants, soit cinq fois moins qu’aujourd’hui.Près du quart de ses terres ont été jusque-là sous le coqtrôle d’intérêts américains.A Mexico, on croit savoir que B.Traven écrit et vit ses livres à Téta- éditions Liber ’hilosophu • Sciences humaines • Littérature sous la direction de Louise Grenier et Suzanne Tremblay Le projet d’Antigone Parcours vers la mort d’une fille d’Œdipe M, \ ¦M mk 1 Le projet d'Antigone Pikauba Dans la veine de Mistouk, un roman vivant, coloré, étonnant COLLABORATEURS Janick Auberger, Dario De Facendis, Gaelic Fiasse Louise Grenier, Marie Claire Lanctôt Bélanger, Isabelle Lasvergnas, Georges Leroux, André Lussier, Patrick Mahony, Lorraine Pintal, Suzanne Tremblay Venez rencontrer Gérard Bouchard nu Salon du livre de Québec Gérard Boucharjj, R kVUBA (Stand Boréal N° 218) vendredi 8 avril de 18 h à 19 h I \ St lit DF.MISTOUK Samedi 9 avril de II h à 12 h et de 13 h à 14 h Roman 576 pages 29,95 $ ISBN 2-89502-209-7 vww r'dinonsboréal.qc.ca Sk t J JEAN-FRANÇOIS NADEAU L’autre Mexique, où des petits travailleurs de la misère tentent de survivre par tous les moyens.ge de sa demeure, sans que sa femme ni personne y aient accès, tout comme la compagne de Réjean Du-charme prétend aujourd’hui, en entrevue du moins, ne pas savoir ce qui se trame dans les quartiers de l’auteur de LAvalée des avalés.A la fin des années 1940, le cinéaste John Huston, à qui la Cinémathèque québécoise vient de consacrer une solide rétrospective, décide de réaliser un film à partir d’un des romans de Traven, Le Trésor delà Sierra Madré.Avec Humphrey Bogart dans le rôle principal, ce film fait connaître à un vaste public les idées sur la liberté de l’écrivain.Malgré ses efforts, le réalisateur ne réussit bien sûr jamais à rencontrer T raven.Mais peu importe son histoire personnelle, du moins selon sa logique.«La biogmphie d’un créateur n’a pas la moindre importance, écrit-il Si on ne reconnaît pas l’homme à ses œuvres, de deux choses l’une: soit l’homme ne vaut rien, soit ses ouvrages ne valent rien.L’homme créatif ne doit pas avoir d’autre biographie que ses œuvres.» Le plus libre Les idées de Traven s’avèrent toujours situées dans le temps et l’espace.Le temps, rappelle Fuentes à la suite de la regrettée Susan Sontag, existe pour que des choses nous arrivent.L’espace est aussi là, heureusement, pour qu’elles ne nous arrivent pas toutes en même temps.On voudrait bien que, dans notre temps, les livres de B.Traven nous arrivent tous ensemble.Quelques-uns, trop rares, ont été traduits à ce jour de l’allemand à l’anglais.Pendant des années, on a curieusement cru que ces romans-là étaient en fait l’œuvre de Jack London, ayant mis, pour le bénéfice de son supposé pseudonyme, son racisme de côté.Plus absurde encore?Adolfo Lopez Mateos, un président du Mexique, dut expliquer, au début des années 1960, qu’il n’était pas B.Traven.Sa sœur avait néanmoins bel et bien connu l’écrivain avant de se suicider.L’éditeur Actes Sud a repris, il y a peu de temps, quelques brefs textes politiques de B.Traven.Gallimard, de son côté, vient tout juste de faire paraître Le Pont dans la jungle, un roman sombre où l’hu- manité de Traven, à travers le regard qu’il pose sur la mort d’un jeune Indien du Mexique, apparaît dans toute sa grandeur.Quelques autres titres traînent, ici et là, dans des catalogues, notamment du côté d’un petit éditeur, L’Insomniaque.Mais personne ne semble plus s’attarder à l’œuvre extrêmement sensible de B.Traven.Dommage parce que son œuvre, véritable invitation au voyage, offre plusieurs pistes pour réfléchir sur le sort du monde.Un avis préalable: •Quiconque part en voyage et veut vraiment regarder autour de lui, écrit Traven, devrait toujours bien se dire que beaucoup de ce qu’il a appris à l’école et à l’université est faux.» Traven s’est voulu l’écrivain le plus libre: •J’ai le droit, disait-il, de choisir les parents que je désire, le pays que je souhaite et l’âge que je veux.» D en appelait à la liberté, individuelle autant que collective, contre l’emprise des puissants de ce monde.Nos gouvernements occidentaux sont-ils les plus libres, comme on l’affirme souvent?Cynique, Traven répond ceci: «Non seulement il s’agit de l’État le plus libre du monde, mais son système électoral aussi est le plus libre du monde.Un système électoral qui offre au propriétaire d’un grand journal — ou de vingt —, ou à quiconque a les moyens de faire imprimer et distribuer quelques millions de prospectus joliment tournés, la possibilité d’exercer sur le scrutin toute l’influence désirée.» On comprend alors que, selon certaines sources, Mbert Einstein ait tenu ses livres en haute estime tandis que les nazis en bannissaient la lecture.Le fascisme?«Je peux rire de mille choses et de mille situations, y compris des brutalités du fascisme, qui ne sont à mes yeux rien d’autre que les excès d'une lâcheté sans bornes des plus comiques, écrit-il.Mais je ne peux jamais rire de l'amour que leurs prochains portent à ceux qui peinent et souffrent.» Comme l’expliquait Passolini dans ses Écrits corsaires, le fascisme — au Mexique ou ailleurs — ne se voit d’ailleurs presque plus aujourd’hui: il est toujours trop bien habillé, trop heureux de s’épanouir dans un monde qui l’enrichit de plus en plus tous les jours.jfnadea it(a le de vo i r.com LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBUOTHÉQUES IMPORTANTES.Pierre Gagnon Q ï nonac 1 A V 96 pages.14.95 $ llinstantmême NOUVELLES ROMANS ESSAIS t' DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 AVRIL 2005 F SALON 1)1' LIVRE DE QUEBEC entretien Gilles Pellerin, éditeur autant que lecteur ISABELLE PORTER Chaque automne, depuis des années, l'éditeur Gilles Pellerin s'amuse a lire une nouvelle traduction de L'Odyssée.*]e vous avoue que je passe d’excellents moment.Comme éditeur, c’est important d'être connecté sur les anciens autant que sur les contemporains.H y a des grands enjeux de la littérature qui sont définis aussi par Homère.Je vous montrerais la première page de L'Odyssee et les 14 premiers vers.Je pense que toute l'histoire de la littérature est là, du moins les choses essentielles sont là.Qu’est-ce que l'inspiration?Qu'est-ce que le sujet?Le personnage?La mise en situation?La construction d’une intrigue?Tout est là.» Invite d’honneur du dernier Salon du livre de Montréal, Gilles Pellerin se contentera cette année d’un kiosque au Salon du livre de Québec, mais on pourra l’entendre lors d'une rencontre d'auteurs, le 8 avril, en compagnie d’Hélène Vachon, d’Andrée A.Mi-chaud et d’Alain Beaulieu qui, comme lui, sont finalistes pour différents prix littéraires.Le livre comme carburant Certains carburent au saut en parachute ou à la chasse aux canards.Lui carbure au livre.Et il s’active beaucoup pour encourager ses concitoyens à faire de même.Qu’importe si les œuvres sont difficiles ou anciennes, si on sait les animer.Dans son cours de littérature au cégep Gameau, Gilles Pellerin a poussé ses étudiants vers Faulkner et le voilà qui lie chevalerie et science politique: «Mon approche, c’est de montrer qu’il y a une actualité à lire Chrétien de Troyes et qu’en le lisant on peut comprendre la politique américaine en Irak.» Ecrivain, éditeur, professeur de littérature, critique, libraire, il a touché à tous les métiers du livre, «sauf ceux de diffuseur et de bibliothécaire», précise-t-il.«Quand je suis sorti du cégep, mon ambition dans la vie était de changer de métier à tous les deux ans.Ç’a marché jusqu’à l’âge de 35 ans.C’est passionnant, sauf que c’est vidant.» La,lecture, quel sport extrême! «À l’université, j’ai suivi SOURCE L'INSTANT MÊME L’éditeur et écrivain Gilles Pellerin un cours sur Guy de Maupassant où les nouvelles étaient mises à l’honneur.D’ailleurs, il fallait toutes les lire avant d’entrer en classe le premier jour.Ce que j’ai fait.J’ai donc lu les 308 nouvelles de Maupassant en ligne.Ça m’a pris 15 jours pour lire 17 recueils.Je vous avoue que ce n’est pas une expérience agréable.» C’était trop.Maupassant est descendu de son piédestal, mais la passion de Pellerin pour la nouvelle ne s’est jamais démentie par la suite.En 1986, avec ses complices Marie Taillon, Denis Lebrun et Jean-Paul Baumier, il fonde L’Instant même, maison d’édition dédiée spécifiquement à ce genre littéraire.Les succès de L’Instant même Aujourd’hui, L’Instant même est un éditeur réputé qui publie une vingtaine de titres par année.C’est à cette enseigne que Pascale Quiviger a publié Le Cercle parfait, qui lui a valu le prix du Gouverneur général 2004, comme ce fut le cas pour Andrée A.Mi-chaud, trois ans plus tôt, avec Le Ravissement.On se rappelle aussi Ce que disait Alice, de Normand de Bellefeuille (1989), l’un des grands succès de L’Instant même, plus d’une fois primé.Enfin, l’éditeur de la rue Moncton nous a aussi fait découvrir certains auteurs étrangers, dont le brillant Tonino Benacquista (La Machine à broyer les petites filles.Tout à l’ego).La maison a grandi.Lebrun et Baumier sont partis.L’Instant même a élargi son mandat avec les années, ouvrant la porte au roman, à l’essai et à de drôles de dictionnaires.Derrière son bureau, Gilles Pellerin n’est pas peu fier de montrer le Prépositionnaire de Françoise Bulman, qui recense tous les adjectifs et les verbes suivis d’une préposition.Une autre métaphore sportive s’impose: «C’est un coureur de fond, comme on dit métaphoriquement dans notre milieu, parce que c’est un ouvrage qui va tenir la route très, très longtemps.» Récemment, l’éditeur lançait la collection «L’instant scène», qui se consacrera au théâtre et aux arts de la représentation (danse, concerts.).La pièce Lentement la beauté, du Théâtre du Niveau Parking, a lancé la collection, suivie, il y a quelques semaines, du classique de Robert Lepage et consorts, La Trilogie des dragons.Toujours dans cette collection, on pourra bientôt parcourir Les Sept Branches de la rivière Ota et un essai sur le théâtre «lepagien-signe Ludovic Fouquet.C’est d'ailleurs L'Instant même qui a publie.il y a dix ans, Robert Lepage: quelques zones de liberté, l'un des premiers ouvrages importants sflr le dramaturge, signe par le journaliste Remy CharesL Quand on lui fait remarquer qu'il donne beaucoup de place aux plumes de la Vieille Capitale, Gilles Pellerin s'en remet de nouveau au sport: «Je vais donner un exemple trivial: Le Canadien de Montréal a longtemps eu comme politique éditoriale de ne pas embaucher des joueurs de Montréal, comme Mike Bossy.Denis Savard (.] Ils ont laissé tomber tous les meilleurs joueurs, ce qui est une erreur sportive colossale et une erreur de marketing considérable.S’il y a de bons écrivains à Quebec, je ne vois pas pourquoi je ferais de l ’ostra :isme.• Âge d’or littéraire De toute façon, ce Shawiniga nais d'origine dit aimer Québec «au-delà de toute raison».A son avis, la ville vit actuellement un véritable âge d’or littéraire: «Il y a une créativité qui est disproportionnée par rapport à l’échelle de la ville.» Pellerin vante notamment les mérites de ses collègues éditeurs de la capitale, tous spécialisés dans des créneaux différents: Afire pour le fantastique et le polar.Septentrion en histoire.Nota Bene qui fait dans l’essai universitaire, les Editions Multimondes et leurs ouvrages pratiques ou encore ce nouveau venu, la collection «Alto», associée à Nota Bene, qui vient de publier le Nikolski de Nicolas Dickner.Et d’évoquer avec enthousiasme les soirées des Poètes de l’Amérique française, où se marient les vers et la musique de chambre.Et, bien sûr, il y a le Salon.Québec, ville du livre?Pourquoi pas?Enfin, la nouvelle résidence d’écriture et le projet d’une Maison de la littérature en plein Vieux-Québec le font rêver.«L’image d’une ville, c’est comment les écrivains en ont parié.Mon Paris à 18 ans, c’est un peu Zola et un peu Fantômas.Québec a toutes les qualités d’une ville fantasmatique.» VENEZ RENCONTRER NOS AUTEURS STAND #101 H QUFBFCO# MEDIA Uæt Expression QUEBECOR MEDIA Denis MONETTE Par un si beau matin Ven.13 h à 15 h Ven.19 h à 20 h 30 Sam.13 h à 15 h Sam.19 h à 20 h 30 Dim.13 h à 15 h Lucie PAGÉ Eva Ven.14 h à 16 h Ven.20 h à 20 h 30 Sam.12 h 30 à 14 h 30 Dhn.12 h à 13 h 30 Yves THÉRIAULT Tout le monde dehors ! Dim.14 h à 16 h Janette BERTRAND Ma vie en trois actes Sam.14 h à 16 h Dim.13 h 30 à 15 h TRÉCARRÉ (f QUEBECOR MEDIA Marie-Josée PLOUFFE A la découverte de Félix Leclerc Sam.12 h à 14 h Dim.13 h à 15 h Alexandra | LAROCHELLE 4 Au-delà de l’univers 1 Jeu.10 h à 12 h | Jeu.14 h à 16 h e Ven.10 h à 11 h Ven.14 h à 16 h Ven.18 h à 19 h Sam.10 h à 11 h Sam.12 h à 14 h Dim.10 h à 11 h Dim.12 h à 14 h rL0o2l6es Richard BIZIER et Roch NADEAU Fromages du Québec et Répertoire des fromages du Québec Sam.14 h à 16 h Stenké » QUEBECOR MEDIA Hubert MANSION Tout le monde vous dira non Dim.14 h à 16 h Matthieu SIMARD Douce moitié Sam.13 h à 14 h Sam.19 h à 20 h 30 Dim.12 h à 14 h PaulOHL Louis Cyr Ven.14 h à 16 h Sam.12 h 30 à 14 h Dim.14 h à 16 h Rafaële GERMAIN Sou tien-gorye rose et veston noir Sam.14 h i 16 h Francine OUELLETTE Feu Sam.14 h i 16 h Sam.19 h à 20 h 30 Sam.19 h à 20 h 30 Dim.12 h à 13 h 30 Johanne MANOUVRIER ROBITAILLE Notre pouvoir de guérison Sam.12 h à 14 h ' mmmmmma-rntmmmmm Jean O’NEIL Mon beau Far-West Ven.14 h B 16 h Sam.12 h A 13 h 30 Marc BOILARD Mot si j’étais une fille Sam.15 hi 17 h Sam.19 h i 20 h 30 Dim.13 h à»15 h / La vie secrète des gauchers Jeu.19 h 30 i 20 h 30 Ven.13 h i 15 h Ven.19 h i 20 h 30 Sam.11 h à 13 h Sam.19 h i 20 h 30 Dim.10 h i 12 h Marie-Chantal LABELLE Maman je mange ! Tome 2 Ven.10 h i 12 h Sam.11 hi 13 h Sam.14 h i 16 h Guy GIGUÈRE Brebis égarées en Nouvelle-France Ven.13 h à 15 h Ven.19 h i 20 h 30 Sam.13 h i 14 h Dim.14 h i 16 h LES KimONS PUBLISTAR Isabelle HUOT Les conseils santé d’Isabelle Sam.14 h 30 i 17 h Dim.13hà 15 h Pierre BRUNEAU Quand je serai grand, je serai guéri ! Sam.13 hi 15 h Sam.19 h i 20 h 30 Dim.14 h i 16 h Danielle OUIMET Si c’était à refaire.Sam.12 h 30 i 14 h Sam.19 h i 20 h 30 ADim.12 h i 14 h lin grand rendez-vous annuel Quelques activités choisies FREDERIQUE DOYON La grande nouveauté du Salon international du livre de Québec (S1LQ) cette annee, c’est qu’il intègre le Festival de la bande dessinee francophone (voir autre texte en page F 13).Mais derrière cette bannière colorée, le deuxième rendez-vous livresque en importance de la province cache d'autres bijoux d'activités.Au menu des tables rondes, des auteurs québécois et étrangers invités à la 33' Rencontre québécoise internationale des écrivains se réunissent autour du thème «La servitude volontaire».Louise Dupré (Québec), Nicole Brossard (Québec), Jacques Soj-cher (Belgique) et Mathieu Terence (France) nourriront les échanges animés par Laurent Implante le 6 avril à 16h30.Chaque année, une œuvre littéraire est élue par des étudiants du collégial.Les ouvrages finalistes de cetfe édition sont Anna pourquoi de Pan Bouyoucas (Allusifs), Folle de Nelly Arcand (Le Seuil), Le Pendu des Trempes d’Andrée A Michaud (Québec Amérique), Le Retour d’Afrique de Francine D’Amour (Boréal) et Les Yeux des autres de Michèle Péloquin (XYZ éditeur).Ijc 8 avril, après la remise du I Vix littéraire des collégiens à 13h, les membres du jury et le lauréat sont conviés à une table ronde animée par Stanley Péan pour discuter du livre couronné.Le même jour à 18h30, le poète, éditeur, militant et polémiste Gaston Miron passe sous la loupe des auteurs IMerre Nepveu.Marie-Andrée Beaudet.Andree Ferretti et Claude Beausoleil, après une lecture de textes du poète québécois livrée par José Acquelin.Pour un bain d’histoire, les auteurs George Aubin, à qui l’on doit Uttre à ses enfants de lx>uis-Joseph Papineau (Varia), et Micheline Lachance, qui a signe Lady Cartier (Québec Amérique), démêlent la part de mythe et de réalité dans le par cours des Patriotes, le 9 avril à 14h.Une exposition À l'instigation de la Bibliothèque nationale du Québec, l'exposition Les débuts de la bande dessinee québécoise de 1904 à 1908 dans La Patrie et 1m lYesse poursuit sa tournée des salons du livre.On peut y admirer une vingtaine de reproductions grand format des plus belles pages de bandes dessinées en couleurs parues dans les quotidiens québécois aux débuts de la grande presse.Le parcours illustré que jalonnent aussi des copies originales des journaux démystifie le traitement de l’image, tandis que les gags et péripéties des héros en disent long sur les mœurs de l'époque.Le S1LQ, dont l’achalandage est en constante croissance depuis 1999, accueillait 50 000 visiteurs l’an dernier.Le Devoir Marie-Claire BLAIS Augustino et le cœur de la destruction MARir-CiAiRi Blais «Un roman ; DE IA DESTfturriON , dense, 1 % ^ è 4 grandiose» j% .g/y < i % s Marie-Hélène Poitras ^ Voir IP Y % V mè-mÆfm Roman 304 pages 25,95 $ www.t-dit h insborea I ( |C.ca T L £ DEVOIR.LES S A M E D 2 ET DiMAXCHE 3 AVRIL 2005 F 4 • SALOX K LIVRE DE QUEBEC • L’explorateur en kilt Au début de L’Épouse hollandaise, son dernier roman traduit en français, Eric McCormack raconte l'anecdote suivante: un jour qu’il roulait en auto dans le centre d’une ville ou la circulation était pratiquement a zéro, une voiture noire aux vitres teintées le dépasse, puis se rabat sans raison pour lui couper la route.Il retrouve plus loin le mystérieux véhicule arrêté a un feu rouge, se range du long et tente d'apercevoir le conducteur.Mais la vitre ne lui renvoie rien d’autre que le reflet de son propre visage.Ensuite, l'auto tourne au coin et disparait à jamais.Il en est de même de certaines histoires: «[.) elles devraient avoir une signification, elles ont presque une signification — qui vous éclaire sur vous-même plus que tout, sans doute.» De toute évidence, le narrateur du livre partage l’avis d’un certain Basilius Medicus, rencontré plus loin — juste un autre de ces personnages livresques et tordus, à cheval entre l’érudition borgésienne et le doux délire, dont les ouvrages seront commentés au fil des pages: Basilius, •un des plus grands médecins et essayistes espagnols du milieu du seizième siècle», a parait-il soutenu en son temps que -les mystères sont parfois préférables à la connaissance».Poursuivons la comparaison: si le feu était resté au rouge assez longtemps pour lui permettre de descendre de voiture, le narrateur précité aurait sans doute trouvé, à la place du conducteur de l’autre Louis Hamelin véhicule, un chimpanzé en livrée de chasseur d’hôtel avec un attaché-case enchaine au poignet; dans l’attaché-case, une puce électronique contenant la transcription d’un obscur manuscrit rédigé dans une langue inconnue; et l’adresse de l’hôtel nous aurait ensuite entraînés dans une tout autre direction.McCormack ne possède pas tant l’art d’emboîter les récits que celui de les multiplier pratiquement à l’infini Son imagination est tout simplement prodigieuse.De toute manière, avec lui, on est en voiture.Dans Mysterium, paru il y a cinq ans et commenté en ces pages, l’auteur canadien d’origine écossaise avait réussi à créer l’énigme parfaite, résistant ultimement à toute forme d’explication.Cette fois, il nous invite à revisiter une autre vieille notion qui entretient un rapport tout aussi trouble avec la connaissance, car se laissant nourrir par elle sans jamais s’y laisser réduire ou enfermer complètement l'exotisme.Chez McCormack, les tropiques ne sont pas tristes, ni évidemment le moins du monde touristiques.C’était avant la fusion des clubs Med et Aventure, quand le monde, grâce aux livres et aux lointains récits, pouvait rester mystérieux.Premier mystère: la maison.Pas hantée au sens strict, mais pas loin.Tous les ingrédients semblent y être: les pieces nombreuses, l’agente d’immeubles avare d’informations sur les occupants précédents, la cave inquiétante avec ses secrets peu à peu devinés, le voisin étrange et solitaire, qui, au propre et au figuré, détient la clef de l’histoire.D y a chez McCormack cette enfantine jubilation à exploiter et réinventer les lieux les plus communs du gothique, et aussi ce trait rare: une ironie capable de s’émerveiller, toujours amusée, jamais désabusée.Le bizarroïde voisin bibliophile va lancer le narrateur, qui travaille (tente de travailler, essaie de réfléchir, tente d’essayer, etc.) à un livre intitulé Le Cowboy en kilt, sur la piste de l’histoire de sa mère, Rachel, l’épouse hollandaise en question.Celle-ci a épousé (ça se passe dans une ville anonyme, quelque part du côté de l’Ontario) un anthropologue qui va bientôt disparaître, répondant à l’appel de sa vraie passion qui a beaucoup à voir avec les mœurs des contrées lointaines et très peu avec la routine conjugale.Jusque-la, rien que de très banal Mais voici qu’un beau jour, l’homme annonce son retour.C’est un pur étranger qui se présente à la porte de Rachel Encore phis étonnant, elfe va jouer te jeu (mais lequel?), l’accueillir dans son lit sans poser de questions, te gratifier du nom de son mari et lui faire un enfant Qui un jour, comme dans toutes tes bonnes et grandes histoires, partira à la recherche de son véritable père, sorte de Lévy-Strauss mâtiné de Gauguin, réfugié à l’autre bout de fa terre dans 1a jungle insulaire où vit sa tribu d’adoption.Docteur Vanderlinden, je présume?Tout ça se lit comme un roman d’aventure, on (tirait du Stevenson annoté de la main de Borges.Il m’arrive de penser qu’Eric McCormack est le secret 1e mieux gardé de fa littérature canadienne.Pourquoi?Mystère.L’ÉPOUSE HOLLANDAISE Eric McCormack Traduit de l’anglais (Canada) par Sabine Porte Christian Bourgois éditeur Paris, 2005,332 pages On dirait du Stevenson annoté de la main de Borges ROMAN QUÉBÉCOIS Parabole floue SOURCE ÉDITIONS TROIS-PISTOLES ma» m m * • «b * CHRISTIAN DESMEULES Le Conte s'articule autour d’une étrange •équation sensible» (Denys Néron) de trois ou quatre membres.Sorte de fable sur fond d’errance bien contemporaine, derrière l’écran de fumée d’un style vieilli, 1e roman pose une à une ses énigmes, à commencer par ses personnages fantomatiques et sans nom: 1e «personnage» (A), fa femme aimée (B), mère d’un enfant qui vient de naître, et le père du «personnage» (C).Dans fa campagne d’un pays incertain, une femme meurt en accouchant, un enfant est sauvé, puis un homme abandonne tout pour prendre la route — son fils nouveau-né accroché à son dos — vers fa grande ville.Personnage mort-vivant lancé sur les traces d’un amour perdu, A traverse le pays et les saisons, à pied ou en auto-stop, égrène les rencontres et tes paysages.Il va de l’avant avec ses regrets et ses espoirs.«Ce pays sans fin donnait l'impression de n’avoir jamais subi d’aléa.La même cime, reproduite indéfiniment, sur le même ciel gris, fatiguait la vue.» Échoué sans trop l’avoir voulu dans une grande ville souterraine (•le soubassement»), où l’on devine assez bien Montréal, l’homme deviendra emballeur au rayon de 1a porcelaine d’un grand magasin, faisant garder de jour son bébé par une voisine (L) vaguement amoureuse de lui.La ville, avec sa crasse et ses souterrains, les peep-shows, les amitiés néfastes, le désir illusoire, la dépossession rapide.Au milieu de quelques embrouilles, conscient d’avoir été •leurré par l’éclat d'un regard de glace», A reprend la route à rebours, en fuyant vers ses origines, jusqu’au lieu où •l’horizon s’aplanit Louis Émond et qu ’à l’air devenu salin se méfient] des odeurs fortes et des parfums de coquillages.» Poursuivi sans relâche par un destin tragique, il termine sa course étendu sur un rivage, en ne laissant pour toute parole que le nom de l’enfant tracé sur un caillou blanc.Sorte de fable sur l’aliénation contemporaine, les solitudes et les détresses urbaines.Le Conte aborde aussi, sur un mode énigmatique, les relations père-fils faites de silences et d’étendues glacées.Dans Le Manuscrit, son premier roman qui avait paru aux Intouchables en 2002, et qui est repris du même coup aux Éditions Trois- Pistoles, Louis Émond — qui est un autre Louis Émond que celui qui écrit pour fa jeunesse — explorait avec le même «personnage» des pans de désirs évidents ou cachés, à travers une réelle et rare sensualité.•Notre littérature nationale a besoin de son immense talent», estimait un critique aux abois après sa lecture du Manuscrit.Passées les flambées de messianisme littéraire, apparaît cette fois un maniérisme bricolé qui ne donne pas envie au lecteur de s’enfoncer plus avant dans l'obscurité du sens.L’étrangeté et 1a froideur, chez Louis Emond, se déploient au moyen de tout un arsenal de faux- monnayeur: archaïsmes légers, tournures latinistes, personnages anonymes et temporalité floue.On flotte quelque part entre deux eaux, dans fa lourdeur et le mystère.Beckett, bien entendu, n’est jamais loin derrière.Et peut-être aussi Gaétan Soucy.Mais là où l’auteur de L'Acquittement raconte une histoire, Louis Émond choisit, pour sa part, de s’enfermer à clé dans une parabole confuse.LECONTE Louis Émond Editions Trois-Pistoles Trois-Rstoles, 2005,132 pages NOUVEAUTÉS AUX ÉDITIONS D’ART LE SABORD MÉLANIE SAINT-LAURENT dernier volet d’une trilogie de YVES BOISVERT ¥ • a Écrivain depuis plus de 25 ans, Yves Boisvert nous surprend encore une fois.Mélanie Saint-Laurent, personnage central de cette fin de cycle, née dans un quartier défavorisé, porte en elle une violence qui éclatera suite à la rencontre de trois hommes.Mélanie pn narratrice de cet ouvrage choisit l’écriture pour se libérer de ce tragique destin qui est en fait une conséquence des deux premiers volets de la trilogie.Revue ART LE SABORD mo 70 / MOYEN ÂGE Ont participé à cette publication, les auteurs(es) : Jean Bédard, Guy Bennett, Paul-Gabriel Dulac, Philippe Haeck, Michel T.Héroux , Jean-Guy Lachance, Jean-Michel Mayot, France Mongeau, Sylvain Rivière, Johanne Rochette, Gérald Savard, Serge Patrice Thibodeau, ainsi que les artistes Lorraine Bénie, Steeve Boucher, Vivian Gottheim, Julianna Joos, et Èva Lapka.jabonJ TU PEUX ME DÉCHIRER recueil de poésie Frederick DURAND C’était l’an dernier, à moins que leur rencontre n’ait jamais eu lieu.Dans une suite de visions troubles et fragmentées, un homme se souvient : il se rappelle comment il a aimé une femme dans une ville portuaire.Au Salon international du livre de Québec / Stand PROLOGUE Aboyer dans le désert THIERRY BISSONNETTE Souvenez-vous un instant de cette Troyenne nommée Cas-sandre, dont la faculté divinatoire fut obscurcie par un Apollon déçu de n’avoir pu partager ses draps.Après que le dieu lui eut craché dans la bouche, 1a jeune prophétesse fut donc condamnée à ne plus pouvoir être crue par ses semblables, à parler pour personne malgré ses troublantes intuitions.De même, les authentiques poètes font parfois figure de Cas-sandre avec leurs airs importants mais vains.Leurs paroles, vouées à une écoute aléatoire ou improbable, résistent d’autant plus qu’on les ignore, 1e paysage et les névroses continuant de nourrir leurs racines coriaces.Mais ce n'est là qu’une des multiples pistes explorées par Catherine Lalonde dans son recueil simplement intitulé Cassandre.Quatorze ans après feux de brume, cette professionnelle de la danse s’éprouve de nouveau dans un style oral et très émotif, long cri du cœur par où elle désespère énergiquement de l’amour.Il est beaucoup question de chiens dans ce livre, où 1a parole se découvre des affinités avec l’aboiement, avec une animalité surgie des tripes pour mieux réverbérer l’indicible douleur, alors que •ça appelle au malheur et ça ne le sait même pas / ça piaffe dans son box de rage instantanée / caféinèe à l’amour neuf» et que •la chiennée coule de toi tu suintes de partout/un vrai crachin de colère /pur sel pur porc».On reconnaît ici une rage un peu adolescente, une promptitude où le rythme l’emporte souvent sur le vocabulaire.Mais il convient de parcourir en entier ce long poème de 87 pages et d’oublier certaines faiblesses pour en saisir la vraie teneur, qui est de rugir au-delà d’une situation paralysante.Car •la douleur transmise dans le silence / de mères en filles // ça perdure depuis long».L’originalité du recueil tient notamment à ce que Cassandre est envisagée à travers une voix masculine.C’est donc un observateur, mi-chien mi-humain tout comme elle, qui transmet la colère de la femme et nous révèle les liens conflictuels qu’il entretient avec elle.Étrange et inconfortable •marche à l’amour», dont plusieurs passages très mironiens acquièrent une profondeur supplémentaire grâce à l’entrecroisement des voix: •aux soirs de déraison tu vas sur cette brisée / parmi les chiens mort-vifs de ce siècle / seule debout encore à japper/ seule à oser encore appeler».Sûrement très efficace dans un contexte de lecture publique, cette suite aurait cependant mérité d’être resserrée par endroits, son alliage de registres ne collant pas toujours.Entre rage et tendresse, plusieurs passages tombent à plat en martelant abusivement leur syntaxe outrée, d’où un certain essoufflement au milieu du livre.Mais dans tout ce branle-bas, suffisamment d’éclairs se forment pour nous mettre en sympathie avec cette Cassandre qui, à l’exemple de Job, aura eu le mérite de s’élever tout entière contre le destin.•Nous perdions nos jap-pées et nos dents dans le concert funeste / des chiens mort-vifs encore debout / qui s’effritent doucement farine sur la neige / au sortir de ce siècle», est-il finalement dit Et si te.sort l’emporte, il n’aura pas eu fa' victoire trop facile.i CASSANDRE Catherine Lalonde Québec Amérique Montréal, 2005,88 pages C MARTINE DOYON Catherine Lalonde mm: Venez nous voir au stand Prologue Allard, Francine Ambroise bric-à-brac •Samedi 10hà11h •Samedi 12h à 13h •Dimanche 10hà11h •Dimanche 12hà13h Labrèche, Paul Miriam, Boudi, Mario Broche et compagnie •Samedi 10hà11h • Samedi 12h à 13h Lahaie, Christiane Chants pour une lune qui dort • Samedi 14h à 15h Editions TROIS i LE DEVOIR.LES SAMEDI ET D I M A \ ( H E 3 AVRIL O SALON DU LIVRE DE QUEBEC LITTÉRATURE FRANÇAISE ESSAIS Horizons de mort, épreuves de vivre GUYLAIN E MASSOL'TRE \ A 42 ans, l’éditrice Lydie Violet aimait la vie, mais une tumeur incurable au cerveau l’a fauchée brusquement Fauchées, également, toutes les certitudes, les repères, le sens.Le temps manque, et les questions se bousculent La Vit sauve, écrit à quatre mains, raconte la lutte de Violet pour vivre ses dernières semaines.Une histoire de courage et de dignité.Le livre témoigne des épreuves.Malgré le corps qui flanche, la société qui ne prévoit pas de statut social pour les incurables.Il revient à la force morale d’absorber chocs et émotions; de tenir le coup; de choisir un chemin de mort Despleschin, dans ce récit prête une plume de connivence et de soutien.Amie, confidente, elle fait partie du comité de surveillance entré dans la phase délicate d’accompagnement Impossible d’encaisser le mauvais sort, la perspective de la souffrance et du deuil.Mais l’écrivain résiste.Repoussant la fatalité, elles trouvent ensemble les mots pour protester, s'insurger contre l’absurdité des réglements, des procédures administratives, dénoncer le manque de vision chez les bien-portants, médecins compris.La malade s’exprime du côté de la vie.L’ouvrage entrelace les sourires et les mots, avec fragilité et tact Le plus étrange, c’est le «je» grâce auquel tout tient sans couture.L’une est devenue l’autre, illusoirement L’éditrice ou l’auteur.En contrepoint on pourra lire Je ne suis pas un assassin, du docteur Frédéric Chaussoy (Paris, Oh! éditions, 2004, préface de Bernard Kouchner).Un réanimateur y plaide à propos de son métier, l’entre-deux de la vie à la mort, la question si controversée du coma.Le témoignage du médecin, poursuivi par les tribunaux, éclaire sur ce qui se passe aux limites infranchissables de la vie.Les exilés La volonté d’un être passe par d’étranges pressentiments.Irène Némirovsky, dont on a pu lire cet automne, grâce à ses filles, le récit posthume Suite française (Denoël, prix Renaudot 2004), fait un retour éditorial chez Albin Michel: on y réédite six de ses romans, parus dans les années 40.Dans Les Chiens et les Loups (1940), la romancière russe raconte l’enfance d’Ada, artiste juive ayant fui Kiev.Pour l’écrivain, l’exil et l’écriture sont un même geste d'identité meurtrie.Impossible de ne pas lire ses fictions avec le regard a posteriori de son drame — la déportation, le camp d’extermination: «71s chemineraient longtemps, des semaines, des mois s’il le fallait, avant d’arriver dans le pays qui les attendait, elk ne savait où, mais elle croyait le voir.Il y avait des bêtes sauvages pour k plaisir de la chasse, et des ennemis pour k jeu de la guerre, et un sol aride pour la jouissance du travail et de la conquête.» L’enfant de la fiction, Ada la rebelle, l’amoureuse de Harry, son double masculin, se maintient, tant elle vibre, dans la fresque réelle de l’Histoire.Jusqu’aux dernières pages, on croirait lire une autobiographie.La réédition montre une écriture qui n’a pas vieilli et qui, au contraire, fait voir de l’intérieur la vie des émigrés cherchant, souvent hypothétiquement, un lieu pour s’établir.Dans Le Vin de solitude (1935), histoire de Russes arrivés à Paris, le dessein est encore plus autobiographique.Le souffle est ample, les dialogues vifs, les sentiments puissants.La Révolution fait craquer le monde, tandis qu’Hélène, alter ego de la signataire, observe ses parents qui ne s’entendent pas, mais que le destin force à demeurer unis.En toÛe de fond, la guerre que chacun s’efforce en vain d’oublier.Pas de doute: les portraits de Némirovsly crient de vérité.Voyeurs involontaires On connaît l’homme des brèves de comptoir, Jean-Marie Gourio.Elles ont connu un succès fou, jusqu’aux scènes montréalaises.Dans Apnée, c’est un tout autre auteur qu’on côtoie.Est-ce sa curiosité pour le fait divers, sa recension des petites nouvelles au quotidien, sa fréquentation SOURCE AFP Irène Némirovsky voit six de ses romans réédités chez Albin Michel.des gens ordinaires, à la vie ratée phis que de raison, qui motivent Apnée?Le livre ne le dit pas.Le sujet est violent le récit est celui d’une mère dont la fille a été violée et tuée par son voisin, marié, père de famille, maçon; elle était laborantine, fille adoptée; son mari, orphelin, s’est donné la mort en apprenant l’identité du meurtrier.Trop de vérités tue.En une seule phrase, ponctuée de virgules, de points d’exclamation et d’interrogation, Gourio fait tourner les pensées de celle qui survit E imagine son face-à-face répété avec l’assassin, loin de tout esprit de vengeance.Accepter les faits, est-ce le début d’une sagesse?Le moment le plus troublant vient des graffitis que Gourio transcrit des lieux urbains.C’est un angle intelUgent pour réfléchir à cette violence qui, entre maladies et frustrations, trahit les formes d’inadaptation à nos mondes naïvement posés.Autre lecture relative à l’enfance victime, Pris au piège d’Yves Ravey.Cette fois, le traitement est plutôt léger, optimiste.Alerte, le jeune narrateur, rusé comme un singe en cage, raconte une histoire d’insecte autour de laqueUe se greffe les aüées et venues de sa famille.Le fait divers se passe chez les voisins, et l’enfant voit le pire.Le ton étonné de la peur refoulée fait le livre, mince mais bien monté.LA VIE SAUVE Lydie Violet et Marie Desplechin I Seuil Paris, 2005,129 pages LES CHIENS ET LES LOUPS LE VIN DE SOLITUDE Irène Némirovsky Albin Michel Paris, 2004,335 pages et 337 pages APNÉE Jean-Marie Gourio Julliard Paris, 2005,157 pages PRIS AU PIÈGE Yves Ravey Minuit Paris, 2005,108 pages Salon international du livre DE QUEBEC O 4 7 I prix d’entrée : 9 www.silq.org f* 6 au 10 avril 2005 CENTRE DES CONGRÈS DE QÛÉBEC 4 ¦ .¦ Patrimoine Canadian ¦ canadien Heritage |0 CBpffrfr t Québec 1 | Desjardins Québec 1 Québec Coma* de* Art» Canada Cound du Canada foc tri.Art* 4 L’Odyssée à la loupe Ce classique inspire à Pietro Citati une véritable visite guidée à travers le poème homérique et tous les récits mythologiques qu’il renferme CHRISTIAN DESMEULES Qu’est-ce qu’un classique?George Steiner en parle, quant à lui, comme d’une forme signifiante, en üttérature, en musique.dans les arts en général, qui nous «lit» plus que nous la lisons.Le classique est une oeuvre qui nous remet en question quant à notre propre humanité.«O* lit un classique un crayon à la main», ajoute-t-il.Lire un crayon à la main, Pietro Citati le fait depuis toujours.Après avoir exploré avec sensibilité et intelligence l’oeuvre et les destins de Katherine Mansfield, de Kafka, de Tolstoï et de Proust il s’intéresse cette fois à Ulysse sur la route du retour à Ithaque.Livre inépuisable et pérenne (comme le rappelle bien, par ¦ailleurs, l’écrivain et éditeur GiDes Pellerin dans un entretien au Devoir, en page F 3), loin des instantanés qui font trébucher les lecteurs pressés d’en finir, L’Odyssée lui inspire, bien plus qu’un commentaire, une veritable visite guidee à travers le poème homérique et tous les récits mythologiques qu'il renferme.Pour Citati, l’immense spectacle théologico-mythologique de L’Iliade a volé en éclats, le «poème éclairé» cède sa place aux balbutiements romanesques.Les dieux abandonnent le monde, ils se dissimulent et epient l’humanité.Seuls quelques-uns, frappés par la grâce, continuent à les voir.Ulysse est l’un de ceux-là.Il n’y a plus de guerres héroïques, les mondes utopiques ont été détruits.Et pour l’auditeur antique de L'Odyssée, dans ce monde nouveau fait de liberté et d’illusion de liberté, ce héros (le «deuxième Ulysse») apparait pour la première fois semblable aux autres hommes.«71 ne restait plus qu’à veiller sur son jardin: la maison, les troupeaux, la réserve pleine d’or et de vin doux.» Comprendre ce classique des classiques, pour Pietro Citati.revient ainsi à se pencher sur nous-mêmes, sur l’Occident, sur son histoire certaine et son futur improbable.Et contre tous les commentateurs qui, au til des siècles, ont cru qu’Homère ignorait totalement l’introspection, l’auteur de La Pensée chatoyante y voit au contraire «une forêt de secrets, derrière chaque mot».Nè en 1930 à Florence dans une famille de la bourgeoisie italienne, Pietro Citati est aujourd’hui considéré à juste titre comme l’un des critiques «de fond» les plus éclairés de la üttérature.Ce livre d'initiation à l’un des textes les plus fondamentaux de la culture occidentale est ainsi devenu un étonnant succès populaire en Italie, atteignant dans la péninsule des ventes de prés de 50 000 exemplaires.LA PENSÉE CHATOYANTE Ulysse et L’Odyssée Pietro Citati Traduit de l’italien par Brigitte Pérol Galümard, coU.«L'arpenteur» Paris, 2(X)4t 394 pages VENEZ RENCONTRER LES AUTEURS BORÉAL STAND No 218 MERCREDI 6 AVRIL de 14 h à 15 h Gilles Règle Gilles Règle, Vinfirmier de la rue Camille Bouchard Les Tueurs de la déesse noire (Inter) JEUDI 7 AVRIL de 10 h 30 à 11 h 30 Jean Morin VA ttaque-s urprise (Maboul) VENDREDI 8 AVRIL de 17 h à 18 h Francine D’Amour Le Retour d’Afrique de 17 h 30 à 18 h 30 Gilles Archambault De Vautre côté du pont de 18 h à 19 h Gérard Bouchard Pikauba de 18 h 30 à 19 h 30 Luc Bureau Mots d’ailleurs de 19 h à 20 h Nathalie Petrowski Maman last call SAMEDI 9 AVRIL de 11 h à 12 h Gérard Bouchard Pikauba de 11 h 30 à 12 h 30 Nathalie Petrowski Maman last call de 12 h à 13 h Gilles Archambault De Vautre côté du pont de 13 h à 14 h Camille Bouchard Les Tueurs de la déesse noire (Inter) Gérard Bouchard Pikauba Gilles Kègle Gilles Kègle, l’infirmier de la rue de 14 h à 15 h Christiane Frenette Après la nuit rouge Pierre Morency Poèmes 1966-1986 de 15 h à 16 h Renée Maheu Arthur Leblanc DIMANCHE 10 AVRIL de 13 h à 14 h Pierre Monette Dernier automne Christiane Frenette Après la nuit rouge de 14 h à 15 h Camille Bouchard Les Tueurs de la déesse noire (Inter) Gilles Kègle Anne-Marie Mottet Gilles Kègle, l’infirmier de la rue de 15 h 30 à 16 h 30 Serge Chapleau L’Année Chapleau 2004 Boréal www.editiotisboreal.qc.ca T- CE SOLEIL L £ DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 AVRIL 2 0 0 5 F 6 SALON DU LIVRE DE QUEBEC ROMAN QUÉBÉCOIS Dans les coulisses de Thistoire La Nouvelle-France sous l’œil de Pierre Caron CHRISTIAN DESMEULES On s’y croit, on y est.L’écriture est visuelle a souhait, tactile, en odorama.Pierre Caron semble avoir retenu quelque chose de la fréquentation de son «ami Simenon* (Mon ami Simenon, VLB, 2003).Auteur de quatre romans, dont des versions antérieures des deux premiers tomes de la trilogie qu’il propose depuis l’an dernier, ainsi que de La Vraie Vie de Tina Louise (Libre Expression, 1980; repris chez Type l’an dernier), Pierre Caron a été tour à tour journaliste, notaire et avocat D’abord paru en France, en 1983, sous le titre de Vadebon-cœur, puis remanié, vingt ans plus tard, avec l’intention d’en faire le premier volet d’une trilogie intitulée La Naissance d'une nation, Thérèse nous faisait partager les amours et les peines d’une femme insoumise, Thérèse Cardinal, débarquée en Nouvelle-France en 1653, et de ses proches dans l’espace aéré d’un pays à construire.la vie quotidienne à Ville-Marie (aujourd’hui Montréal), aux côtés de personnages historiques bien réels qui ont laissé leur marque, tels que Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, Marguerite Bourgeoys ou Jeanne Mance.La Naissance d’une nation, c’est la grande aventure d’un peuple, qui mêle l’intimité et les intrigues de la politique, les guerres, à une série d’aventures menées, en coulisses, par des femmes et des hommes.Mais surtout par des femmes fortes et passionnées.Marie-Godine Second volet de cette trilogie historique, Marie nous emmène cette fois de 1711, soit quelques années avant le traité d’Utrecht, jusqu’à la bataille des plaines d’Abraham (décrite de manière vivante) et à Ja Conquête anglaise de 1759.Egalement remanié après une première publication il y a dix ans (Marie-Godine, Libre Expression, 1994), Marie prend le relais de Thérèse, rempli de passions et de désir d’enracinement.Petite-fille de Vadeboncœur, homme plutôt riche et armateur installé dans son manoir du Bout-de-l’Isle, à l’île Bizard, Marie est née en hiver au milieu du fleuve, sur un banc de glace entre l’île Bizard et la rive sud, tout près du village algonquin où on devait aller chercher de l’aide pour l’accouchement qui tournait mal.Sa mère mourra en lui donnant naissance.«Ainsi, pendant qu'on s’entre-tuait avec les Iroquois et qu’on croyait que l’hiver était une saison invincible, avec les Algonquins on s’entraidait et on commençait à considérer le climat nécessaire aux générosités de la nature.» Une Amérindienne sera d’ailleurs la première à lui donner le sein, scellant l'illusion d’une alliance intime entre les deux peuples.Une jeunesse libre, circulant partout pieds nus, belle comme le jour, Marie épouse à 17 ans un homme important, qui prendra trop vite le visage d’un mari absent et d’une passion perdue.«En dépit de sa jeunesse, Marie-Godine était célèbre dans toute la colonie.Une héroïne presque.Son exceptionnel destin, depuis sa dramatique naissance sur un bout de glace, était l’objet de fabulation de Ta-doussac jusqu’aux “pays d’en haut”.On perpétuait autour de son nom les souvenirs de son arrière-grand-père, le héros Vadeboncœur Gagné.[.) Et elle était riche: on comprendra qu'on parlait d’elle jusqu’à la cour die Louis XV!» «Pour la France, la colonie existe à peine» L’économie est entravée par la métropole française, pour qui la colonie n’est qu’une pompe à fric, ainsi que l’expose Olivier, l’un des personnages de Caron: «Pour la P rance, la colonie existe à peine.Ce n’est qu'un univers comptable, dont l'administration se résume à transporter, par tous les moyens, les chiffres de la colonne des pertes dans celle des revenus.Pour le reste.On en tire un peu de vanité, on veut bien y déléguer quelque représentant du roi pour se donner des airs officiels: mais on a depuis longtemps oublié qu’il y a déjà ici près de deux siècles d’histoire et toutes les traditions d’un peuple.» Pierre Caron donne à lire une myriade de destins secoués par les remous de l'histoire.Une époque vécue à la fois, pour cette nation inédite qui se construit sur les rives du Saint-Laurent, comme une promesse et comme un crépuscule.Cela, l’auteur de La Naissance d’une nation le fait bien sentir.On y trouve quantité de modèles de femmes libres, à la sexualité peu contrainte et au courage certain.En cela, Pierre Caron se montre conscient de son lectorat et sensible à l’intériorité de ses personnages.Une telle quantité de personnages d’égale importance dans le récit entraîne, il faut toutefois l’avouer, une certaine faiblesse de focalisation qui pardonne rarement au roman historique.On passe de l’un à l’autre sans jamais pouvoir véritablement s’attacher à leurs malheurs ou à leurs joies.Ainsi, Marie-Godine ne prend vraiment vie que vers les trois quarts du récit, et peut-être est-il exagéré d’y voir la grande héroïne de ce gros roman de 544 pages.Le troisième et dernier tome de cette saga historique populaire à l’écriture solide et évocatrice, intitulé Émilienne, devrait sans doute paraître à l’automne 2005.LA NAISSANCE D’UNE NATION Tome 2: MARIE Pierre Caron VLB éditeur Montréal, 2005,544 pages Prix du Gouverneur général 2004 les éditions du remue-ménage stand 218 (Dimedia) AU COEUR DE LA NAISSANCE Lysane Grégoire et Stephanie St-Amant (dir.) TABLE RONDE Sage-femme ou médecin à qui de décider ?Animée par Françoise Guénette avec la participation de Lysane Grégoire Le jeudi 7 avril 2005 à 14 h Scène des Rendez-vous littéraires SÉANCE DE SIGNATURE le jeudi 7 avril de 15 h à 16 h UN QUEBEC EN MAL D ENFANTS Denyse Baillargeon .IB coeur He U MCE UN QUÉBEC EN MAL D ENFANTS M à TABLE RONDE Sage-femme ou médecin à qui de décider ?Animée par Françoise Guénette avec la participation de Denyse Baillargeon Le jeudi 7 avril 2005 à 14 h Scène des Rendez-vous littéraires SÉANCE DE SIGNATURE le vendredi 8 avril de 18 h à 19 h YVETTE ROUSSEAU.LA REUSSITE D UNE VIE Huguette O'Neil «Un roman poignant, bouleversant, écrit à la pointe de l'humour ravageur et désespéré.*'**» Marie-Claude Fortin La Presse «On se fait son propre cinéma de cette langue acide, drôle [.] dont les images noires, spectaculaires d'invention, confèrent une beauté inattendue à une adolescence désenchantée.» Tristan Malavoy-Racme, Voir f Miki vm Toiavs DRÔLE DE TENDRESSE HttgwKt* O’Nw! Yvette tusseau f.A HLlSSUt, U'IXfc ML ENTRETIEN Laurent Laplante reçoit Huguette O’Neil le dimanche 10 avril à 11 h 45 Scène médias SÉANCES DE SIGNATURE le samedi 9 avril de 12 h à 14 h le samedi 9 avril de 18 h à 20 h le dimanche 10 avril de 12 h à 14 h LE LIVRE D EMMA Marie-Célie Agnant P»fX DU (îOUVÇMltW# CjtKtRAi 2004 Une enfance à l’eau mennonite Roman Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné 360 pages • 25.95 $ www.editionsboreal.qc.ca TABLE RONDE Littératures francophones les passeurs de langue Animée par Claude Beausoleil avec la participation de Marie-Célie Agnant le samedi 9 avril à 19 h Scène des Rendez-vous littéraires SÉANCE DE SIGNATURE le samedi 9 avril de 20 h à 21 h ROMAN ANGLAIS Lady Macbeth au Wal-Mart PAUL BENNETT Que se passerait-il si la classe moyenne aisée, celle des jeunes cadres, des médecins, des architectes et des informaticiens, se rebellait contre le fardeau croissant des impôts et des frais de condo, et décidait de jeter par-dessus bord les valeurs qui fondaient jusqu’alors son mode de vie?C’est l’hypothèse pleine de promesses au départ de Millenium People, le dernier roman de l’Anglais James G.Ballard, qui enfile depuis plusieurs années les succès de librairie, tous adaptés au cinéma, comme Crash Q’accident automobile comme métaphore sexuelle) ou Le Monde englouti (qui surfait sur la vague des catastrophes écologiques).Dans le quartier huppé de la marina de Chelsea, à Londres, les propriétaires, excédés par une série de décisions administratives sur lesquelles ils n’ont aucune emprise, descendent dans la rue pour exprimer leur mécontentement et, de fil en aiguille, encouragés par un gourou de la «conscience citoyenne», se mettent à brûler les symboles de leur aliénation: livres, tableaux, ordinateurs et jeux vidéo.Bientôt, des bombes fumigènes et incendiaires éclatent dans les clubs vidéo, les McDo et les agences de tourisme, les musées et les salles de concert.Balayant les conventions sociales, nos révolutionnaires dernier cri démissionnent de leurs boulots bien rémunérés et refusent de payer leurs impôts, ce qui commence à inquiéter sérieusement le pouvoir.Des femmes d’affaires se transforment en «Lady Macbeth en route pour le Wal-Mart».«Ils s’étaient débarrassés de leur univers aussi tranquillement qu’ils auraient sorti leurs ordures ménagères», commente avec une pointe d’humour très british le narrateur, un psychologue industriel du nom de David Markham, dont l'ex-fem-me vient d’être tuée dans un attentat terroriste à l’aéroport de Heathrow et qui décide de découvrir les coupables.Son enquête le mène à la marina de Chelsea où un commando de citoyens voués à la révolution de la classe moyenne multiplie les manifestations de plus en plus musclées et les attentats de plus en plus audacieux.Le meneur de cette premiere révolte du nouveau millénaire, Richard Gould, espère que la classe moyenne secouera enfin «les chaînes du devoir et de la responsabilité civique» pour ébranler les fondations de la société de consommation et trouver un sens à un monde qui n’en a plus.Thriller social La spirale de la violence devient inévitable: «les gens qui trouvent le monde dépourvu de sens trouvent un sens à la violence gratuite», suggère l’auteur.Ce n'est pas pour rien si la rébellion a éclaté d’abord dans la marina de Chelsea: il s’agit d’un «bas quartier cher», d’une «zone d’intense pauvreté spirituelle».Le pouvoir, craignant les conséquences «désastreuses pour les rentrées fiscales» d’une révolte généralisée de la classe moyenne, finit par envoyer une armée d’occupation dans Chelsea, formée autant de travailleurs sociaux, de psychologues et d’agents immobiliers que de policiers afin de tuer la révolte dans l’œuf.Malgré quelques longueurs et des épisodes pas toujours vraisemblables, Ballard réussit une nouvelle fois à créer un suspense inspiré des hantises réelles d'une classe sociale écrasée sous le poids de ses ambitions.Sur un ton tragicomique et sous des dehors de thriller social, Millenium People traduit bien le malaise de ceux pour qui le monde est «une prison à régime doux» dont ils rêvent certains jours de faire sauter les barreaux.Ballard, comme toujours, tient son lecteur en haleine moins par les péripéties de son récit, parfois prévisibles, que par l'extrême acuité de ses observations et une véritable explosion d’images fulgurantes qui ponctuent son rédt comme autant de fusées éclairantes.Le Devoir MILLENIUM PEOPLE J.G.Ballard Traduit par Philippe Delamarre Denoël & D’ailleurs Paris, 2005,368 pages Combats pour un humanisme combattant Volume 8 • Numéros 1 et 2 • Automne-Hiver 2004-2005 (numéro doubt*) ?Contre un système privé de santé * Des textes sur Aquin, Arcan, Derrida * Collaborations de Donald Alarie.Marc Chabot.Claude Jasmin.Bruno Roy Arts visuels Le Temps des Québécois au Musée de la Civilisation Entretien Yvon Gauthier www.combats.qc.ca 20.St-Charles-Borromée Sud, casier 1097 Joliette QC J6E 4T1 Causerie Mercredi 6 avril à 19 heures Nous sommes ce que nous mangeons ou la vérité sur les oméga-3 À l’occasion de la parution du livre La vérité sur les oméga-3 aux éditions Odile Jacob, nous vous invitons à une causerie avec Jean-Marie Bourre.Les oméga-3 envahissent les pharmacies, les magazines et les emballages alimentaires.Sont-ils vraiment nécessaires à notre santé ?Quelle est la nature exacte de cette matière grasse ?Quelle est son action sur nos humeurs, son effet sur la libido ?Où la trouver et sous quelle forme ?Venez explorer avec ce découvreur des effets des oméga-3 les liens entre notre cerveau et notre alimentation.Avec te soutien du Consulat général de France à Québec LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE A V R I SALON 1)1’ LIVRE DE QUEBEC N E S S La liberté d’Adonis CAROLINE MONTPETIT Il a pris son nom à l'àge de treize ans, lorsque, déjà las de se voir refuser des textes dans les journaux.il choisit le pseudonyme d'Adonis pour se faire publier.Le subterfuge a fonctionné, ses premiers textes ont été publiés.Mais à cet âge, le poète arabe d'origine syrienne Adonis, invité du festival littéraire MétropoBs bleu, ne se doutait pas que ce nom allait le suivre durant toute sa vie et participer à sa renommée de poète.Selon la légende, le dieu vénitien Adonis, qui aimait la chasse, est mort tué par un sanglier.Depuis, on dit que le fleuve Adonis, qui coule du mont Liban et se colore annuellement de la couleur rouge de ses berges, charrie son sang divin.Adonis est donc un nom emprunté à une divinité pré-islamique.-Sur le coup, quand fai pris ce nom, je n’ai pas pensé à son importance, je ne savais pas qu 'U s'agissait d'une sorte de transgression au sein de la civilisation islamique.Mais après, j’ai été critiqué pour ce choix.Et je me suis rendu compte que ce nom avait beaucoup, beaucoup d’importance pour moi», raconte-t-D en entrevue.Car le choix du nom d’Adonis pour ce poète reconnu sera interprété comme un affront à l’islam par certains traditionalistes musulmans.Adonis ne fera que s’en réjouir, lui qui a combattu le fondamentalisme et défendu la laïcité, dans une Syrie où il a été emprisonné un an pour ses opinions politiques.Or la Syrie est plus fondamentaliste que jamais, constate-t-il aujourd’hui avec regret Et ce fondamentalisme qui frappe le monde JACQUES GRENIER LE DEVOIR Récemment, le poète d’origine syrienne Adonis a écrit un texte dans le Nouvel Observateur réclamant le retrait immédiat des troupes syriennes au Liban.arabe ne lui laisse envisager rien de bon pour l’avenir.En entrevue, il at firme craindre le fondamentalisme dans tous les monothéismes, qu’ils soient musulman, chrétien ou jirit Arabisme culturel Après son emprisonnement, Adonis a déménagé au Liban, dont il porte encore la nationalité aujourd'hui.Et il a été de nombreuses années sans pouvoir et sans vouloir retourner en Syrie voir ses parents.Depuis la guerre civile libanaise, il vit à Paris, mais n’a pas pour autant embrassé la cause du matérialisme triomphant.L’arabisme qu’il dé- fend, c’est un arabisme culturel et non politique.Au terme d'un premier voyage à New York, en 1971, il écrit un poème qu’il intitule Tombeau pour New York.En entrevue, ü affirme que New York lui est apparu alors comme étant à la fois l’enfer et le paradis, même si c’est la vision infernale de la ville qu’il a choisi d’exploiter.Même s’il est fasciné par New York, qu’il compte d’ailleurs visiter après son passage à Montréal, et vit à Paris, Adonis continue de s’indigner d’un certain mode de vie occidental, qui laisse des êtres mendier dans les rues et se coucher sur les trottoirs.«New York civilisation à quatre pattes, chaque direction / un assassinat et chemin menant à I assassinat, / et dans la distance / la plainte des naufrages», écrit-il en 1971.Le 11 septembre 2001, au moment de l'effondrement des tours du World Trade Center, certains ont d’ailleurs trouve des accents prophétiques à cette poesie.Le poète n'exclut pas d'ailleurs la valeur prophétique de sa pensee ou de celle de tout individu attentif et sensible au monde qui l'entoure.*/ai déjà rêvé des scènes qui se sont ensuite produites exactement comme je les avais imaginées», dit-fl.Adonis rient d'un milieu rural.C'est son père, paysan, qui lui a appris à lire et c’est à la poésie soufie qu'il s’est abreuvé lorsqu'il était enfant.Un jour, le président de la république visite un village voisin.Adonis, qui a alors douze ans, décide de hii lue un poème.Impressionné, le président lui demande quel serait son voeu le plus cher.Adonis, qui n'avait jusque-là même jamais vu une voiture, lui dit qu’il souhaite par-dessus tout aller à l’école.Et c’est ainsi qu’il prendra la route du lycée.Depuis, il a termine un doctorat à Paris et n’a cessé d’écrire.Récemment, Adonis a écrit un texte dans le Nouvel Observateur réclamant le retrait immédiat des troupes syriennes au liban.L'an dernier, il y avait aussi signé un texte intitulé -Voiler les femmes, c’est voiler la vie».-Je me donne la liberté de critiquer les Arabes, de me critiquer.La critique est permise à condition d’être juste», écrivait-il dans un ouvrage intitulé Identité inachevée.Le Devoir Le spling contagieux de Mademoiselle Charlotte GISELLE DESKOCHES L> imprévisible Mlle Charlotte ’ décroche un emploi de concierge au Mégacentre des arts.Un emploi de rêve puisqu'il lui laissera tout le loisir de rêver.Elle a cependant à peine débuté qu'elle fait la connaissance de trois jeunes mordus de planche à roulettes qui.après avoir fait du grabuge, se cachent dans le sous-sol.Elle trouve heureusement les mots et les gestes qu'il faut pour les motiver, après leur avoir expliqué son truc «pour survivre à tout- et les avoir encouragés à défendre leur spling.Cette notion de spling est non seulement amusante, mais efficace pour comprendre qu'il est important de croire en soi et en ses projets, de passer à l’action.Dominique Demers met sa verve et son imagination au service d'un thème qui lui est cher l’enfance.A grand renfort de jus de sauterelles, de cent-vingt-dou-ze péripéties, de poils d'éléphant ou d'autres recettes fantiüsistes susceptibles de faire rigoler les lecteurs, elle développe l’idée qu’il ne sert pas à grand-chose de détruire sous le coup de la frustration ou de la colère.La lecture de ce cinquième titre de la série semble encore plus facile que les précédents.La typographie de grande taille et la mise en page aérée alliées à un joli style compensent par ailleurs largement l'absence d’illustrations.L’ÉTONNANTE CONCIERGE Dominique Demers Quebec Amérique, coll.-Bilbo» Montréal 2005,128 pages Une classe de -petits enervés» tait perdre son calme à la nouvelle maîtresse Véro.Sans le faire exprès, elle leur lance un sort.De son propre aveu, la maîtresse est un peu sorcière.Elle croyait pourtant bien pouvoir se contrôler.mais les enfants de cette classe réputée -archi extra mega super énervants» mettent ses •dons» à rude epreuve: ce sont tantôt des crapauds qui leur sortent de la bouche, tantôt des poils et des cornes de loups-garous qui leur poussent, ou encore les voilà transformés en araignées.ht situation ne se réglera que lorsque Véro apprendra à respirer, sous les conseils avisés de l'un de ses propres élèves.Suave, drôle et piquant, le récit n'est pas sans rappeler certaines situations du monde scolaire.Mais la fantaisie et l'humour qui l'enrobent en font un excellent divertissement, tant pour les élèves que pour leur enseignant MAÎTRESSE EN DÉTRESSE Texte et illustrations de Danielle Simard Soulières éditeur, colL «Ma |X“lite vache a mal aux pattes» Montréal, 2(X)5,90 pages EDITIONS MULTI MONDES LES LIVRES DE MULTIMONDES, DE VÉRITABLES DÉCOUVERTES ! Rose Dufour Je vous salue.N A I S S A NCE GÉRER LES DIFFÉRENCES CULTURELLES Nxff «Maraiampin ptvs *W
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