Le devoir, 8 avril 2005, Cahier C
LE DEVOIR LE VENDREDI AVRIL 2 0 0 5 Devoir s,.m m§ i 1 JEAN-CLAUDE LECLERC Pour les uns, Jean-Paul II aura été un fossoyeur du concile Vatican II.Pour d’autres, au contraire, il aura préservé l’essentiel du catholicisme.A l’aube du troisième millénaire, il aura peut-être même semé à travers le monde le grain d’une renaissance religieuse.Maints problèmes de doctrine et de pouvoir restent irrésolus, il est vrai, au sein de l’Eglise.Ceux des fidèles qui n’ont pas quitté le bercail sont profondément divisés, même si ce schisme tranquille n’émeut pas les médias.En même temps, dans plusieurs pays, les foules ont vu dans ce pape un ardent défenseur de leur dignité et de leur droit au progrès humain.Autant Jean-Paul U a freiné les changements au sein de la tradition catholique,, autant il les a suscités à l’extérieur de l'Eglise.Sur la scène politique, on reconnaît son influence dans la chute du communisme en Europe de l’Est Parmi les religions du monde, qu'il a mobilisées pour la cause de l’humanité, ses initiatives ont également reçu un accueil sans précédent On doit à ce pape la «conversion» de l’Égli Moins médiatisée, l’ouverture des archives secrètes du Vatican aura été pour l’Eglise un moment de vérité.Acceptant de faire le procès de son passé, Rome a pu ainsi lever des obstacles au rapprochement entre les confessions.Jean-Paul II a prouvé de cette manière que les institutions doivent elles aussi, avoir le courage de reconnaître leurs torts et qu’elles peuvent dans une certaine mesure, les corriger.On doit à ce pape la «conversion» de l’Eglise, non seulement pour des individus qu’elle a autrefois condamnés à tort tel Galilée, mais pour des peuples entiers — juifs, Africains, Amérindiens — dont elle avait nié la religion, la liberté, voire la simple humanité.Jean-Paul II aura osé accomplir des réconciliations qu’un prédécesseur, Jean XXm, n’avait pu que préparer.Pourtant malgré la modernité de ses communications, l’assainissement de ses finances, l’élargissement de sa représentativité, le gouvernement que laisse Jean-Paul D à l’Eglise reste bloqué de l’intérieur, par sa lourdeur institutionnelle, mais surtout par des anachronismes que ce pape n’a pas voulu discuter.Même dans les continents où le catholicisme ise gagne des adhérents, si Jean-Paul II est fort estimé, ses choix ne sont pas pour autant acceptés.Jusqu’au sein du clergé et de la hiérarchie, tenus à l’obéissance, une rébellion tranquille continue de se répandre.Pour les fidèles traditionnels, l’esprit de prière de Jean-Paul II, ses initiatives missionnaires, son refus d’une foi honteuse, son ouverture aux jeunes, aux pauvres, aux victimes de la guerre et de la haine, tout ce témoignage est rassurant.Mais pour toute une humanité, notamment les femmes qui aspirent à l’égalité et les populations que l’économie néolibérale opprime, le conservatisme de Rome, voire sa complicité avec des puissances réactionnaires, fait scandale.Le premier pape, rapporte-t-on, le juif Pierre, aurait voulu imposer aux chrétiens les prescriptions judaïques.D s’est trouvé un apôtre, Paul, pour s’élever contre cette fidélité mal avisée.Deux mille ans plus tard, le catholicisme éprouve des dilemmes non moins cruciaux.Qui osera contredire la papauté?L’enjeu n’est guère médiatisé.Mais la question est aujourd’hui posée.L’auteur enseigne le journalisme à l’Université de Montréal, fl tient aussi au Devoir la rubrique Éthique et Religions.l’AOI ()(()( ( () Jusqu’au sdn du clergé et de la hiérarchie, tenu h à l’obéi tuiante, une rébellion tranquille continue de »e répandre LE DEVOIR.LE VENDREDI AVRIL 2 0 0 5 C 2 • JEAN-PAUL II 1920-2005 • F Une Eglise en crise dans un monde en mutation C[AUDIO PAPI REUTERS Docteur en philosophie, intellectuel de haut niveau, savant d’une grande et vaste culture, polyglotte, Jean-Paul II (photographié en 2001 dans les montagnes italiennes) a poursuivi son œuvre missionnaire dans ses discours, ses lettres apostoliques et ses encycliques.Stéphane Baillargeon Jean-Paul II est décédé après plus de 26 ans de règne, le second pontificat le plus long de PHistoire après celui de Pie IX, au milieu du XIX' siècle.Pape à la charnière de deux millénaires, il laisse une Église en état de crise dans un monde en profonde mutation.En accédant au trône de Saint-Pierre, il s’était assigné une double tâche: redonner de l’assurance et de la stabilité à l’Eglise catholique, ébranlée par le concile Vatican II (1962-65); réaffirmer la présence de cette Eglise au sein du monde contemporain afin d’y reprendre l’évangélisation, première et ultime mission de l’institution deux fois millénaire.D’où le nom choisi et annoncé par le cardinal polonais Karol Wojtyla au moment de se présenter urtri et orbi.Jean-Paul II voulait ainsi s’inscrire dans la lignée des pontificats vaticanistes de Jean XXIII (1881-1963) et Paul VI (1897-1978) comme son prédécesseur éphémère, premier du double prénom, demeuré en poste un petit mois seulement en 1978.Surtout cette double tâche de restauration, immense, démesurée, utopiste, Jean-Paul II l’a menée dans un univers lui-même en complète mutation.Le XX' siècle a terminé sa course démente et sublime soqs ce règne papal, le 262 depuis la fondation de l’Eglise romaine, la plus vieille et la plus influente institution d’Occident Un temps fou.Celui des guerres mondiales, des totalitarismes rouge et noir, de la guerre froide et de l’équilibre de la terreur des terrorismes et des génocides.Mais aussi une ère d’une créativité scientifique et artistique exceptionnelle, à vrai dire inégalée depuis la Renaissance de Jules I, prince temporel plutôt que spirituel, qui fit travailler Bramante, Michel-Ange et Raphaël.L’ère de toutes les révolutions sociales finalement, féminisme, individualisme, hédonisme, tous ces «néo-ismes» auxquels Jean-Paul II, formé à l’ancienne, a dû se confronter.En Pologne, c’est-à-dire nulle part Toute son existence prépapale — sa jeunesse dans la Pologne conquise et avilie par les naàs, sa très solide formation universitaire, son engagement sous le communisme — l’avait préparé à tenir la barre d’un navire menacé par un environnement hostile, mais aussi par ses propres usures.•D'avoir vécu dans un pays qui a dû se battre pour affirmer son existence face aux agressions de la part de ses voisins, confie-t-il un jour, fai compris ce que voulait dire l'exploitation de l'homme.Cest pourquoi je suis immédiatement du côté des pauvres, des opprimés, des marginalisés, des sans-défense.» Pour Jean-Paul II, hors l’éthique, cette arme absolue, il n’existait pas de géopolitique ni même de prosélytisme.Le catholicisme, ne pouvant plus se contenter de prêcher et sermonner, devait se ré» concilier avec le message d’amour de Jésus et les droits de l’homme.M*1 Wojtyla participa activement au concile Vatican II.Il y appuya les réformes tout en s’inquiétant de leurs conséquences sur les ouailles de l’Est du mauvais bord du rideau de fer de l’Europe divisée.Dans son pays profondément religieux, dirigé par un régime oppressif et officiellement athée, l’Eglise offrait réconfort et résistance.En même temps, les mutations en cours au sein même de l’institution traumatisaient les fidèles gavés de dogmes simples et rigides, comme le culte à la Vierge.Cette expérience en terre à la fois favorable et hostile allait servir ai nouveau pape, désireux de conduire une restauration du magistère catholique aussi bien sur le monde que dais les dialogues avec les autres religions.Il rêvait particulièrement de recoudre •la tunique déchirée du Christ» en rapprochant les Eglises séparées par le schisme entre Rome et Constantinople au XI' siècle, puis par la Réforme cinq siècles phis tard.L’unité prêchée, surtout au début du pontificat, ne se matérialise pas.Malgré de réels efforts, les guerres confessionnelles reprennent de plus belle, en Europe de l’Est comme dans le Tiers-Monde.Les déclarations et les gestes concrets ont finale ment ravivé les querelles entre les institutions-sœurs.Par contre, le dialogue ouvert avec les juifs, mêlé à un repentir sincère, a complètement révolutionné et de manière positive les relations avec ces •pères aines» dans la foi.Docteur en philosophie, intellectuel de haut niveau, savant d’une grande et vaste culture, polyglotte, Jean-Paul II a poursuivi son œuvre missionnaire dans ses discours, ses lettres apostoliques et surtout ses encycliques, sinon pour tous les chrétiens, au moins pour les catholiques.Aucun aspect de la foi.de la morale ou de la vie moderne n’a échappé à son entreprise analytique et dogmatique: le sacerdoce, la liturgie, le rôle des femmes dans l’Eglise, les vies consacrées, l'oecuménisme, la collégialité des évêques, etc.Quelques fils rouges serpentent cet Himalaya de déclarations.D’abord, la doctrine Wojtyla propose la foi catholique comme seule et unique voie de salut permettant de contrer le désarroi moderne.Ensuite, ce mélange de fermeté et de critique tient sous tension une morale conservatrice du point de vue individuel et une éthique assez progressiste sur l’échelle des doctrines sociales.De droite?D’un côté, pendant son long règne, le pape a manifesté avec une force radicale son opposition à des pratiques jugées honteuses et pécheresses: l'avortement, la contraception, l’euthanasie, le divorce ou la peine de mort A chaque fois, il a maintenu ses positions avec la pugnacité et la détermination de ceux qui ont des idées, mais qui sont dans leurs croyances.Il a même refusé l'avortement pour les femmes violées pendant les conflits dans l’ex-You-goslavie.Il n’a jamais recommandé l'utilisation de condoms pendant ses voyages sur le continent africain où le sida inflige un fléau à l'échelle biblique.» L’Église catholique demeure une des seules grandes religions judéochrétiennes à interdire le mariage de son clergé masculin ou féminin.Elle persiste à bloquer l’accès à la prêtrise aux femmes.Elle condamne pêfomêle la masturbation, l’homosexualité, les relations prémaritales, voire la simple légitimité du plaisir sexuel.Karol Wojtyla écrivait en 1962 que "l’amour, qui est don d’une personne à une autre, exclut la recherche de la jouissance».Devenu grand patron de l’institution d'hommes, célibataires, idéalement chastes, il a redemandé aux divorcés catholiques qui se remarient de ne pas vivre dans «un état de péché», c’est-à-dire, en clair, de ne pas consommer sexuellement leur nouvelle union.Il a aussi redit que les divorcés qui se remarient n'ont pas le droit de «recevoir les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie» (la confession et la conununion), Le gouffre s’est donc élargi entre l’Eglise et les catholiques d’Occident qui, de toute manière, ne respectent ni toujours ni souvent les consignes.Le maître du Vatican répétait les leçons d’il y a deux mille ans («Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas») dans un monde en complète transformation sous les coups conjugués de nombreux phénomènes sociaux: l'individualisme, l'allongement de l’espérance de vie, la mise en place d’un système de protection sociale, la possibilité et la reconnaissance du droit des femmes à contrôler leur fécondité, la baisse de la natalité, la hausse de la monoparentalité, en fait toute la révolution féministe et ses immenses conséquences, dont l’accès croissant au travail salarié.Jean-Pâul II gardait le cap de la tradition, contre les vents et les marées de la modernité.Loin d’être une girouette de compromis, il se concevait comme une sorte de boussole cherchant à ressaisir par le nord une humanité matérialiste et hédoniste détournée de Dieu, à la dérive, sans nécessaires points fixes.De gauche?Le Saint Père a par ailleurs rejoint de nombreux esprits critiques en s'attaquant aux péchés de la modernité, particulièrement en matière socioéconomique.Lui qui avait combattu férocement et courageusement le nazisme, puis le communisme, s’en est pris à la baisse vertigineuse du niveau moral de la société moderne et matérialiste.Visitant Cuba, l'interminable et ubuesque goulag des tropiques, il a vilipende les excès et les abus du capitalisme, rejoint le camp des pourfendeurs de la mondialisation et du néolibéralisme.Dans une institution cramponnée à ses certitudes, après un certain repli sur soi, Jean-Paul II s’est battu sur tous les fronts pour la paix et la liberté: du Liban à la Pologne, du Soudan à l’Argentine, de la Serbie à l'Irak.En mars 1983, dans fflaiti des Duvalier, il s'écriait «II faut que les choses changent ici!» Il répéta le mot d'ordre en février 1986.à la conférence épiscopale à Manille (Philippines) qui, révoltée, dénonçait les fraudes des partisans de Marcos aux élections.Pape pacifiste, il privilégiait l’intervention directe et le «devoir d’ingérence humanitaire» aux tergiversations d'un dialogue incertain.11 a mis en garde contre l’abus du chantage nucléaire dans les années 1980, dénoncé l'intervention dans le Golfe dix ans plus tard et demandé la fin de l’embargo contre l’Irak, selon le principe réaffirmé selon lequel «les populations n’ont pas à souffrir de la politique de leurs dirigeants».Ses sources d’inspiration puisaient évidemment dans la philosophie thomiste et la néoscolastique plutôt que chez Noam Chomsky.Sa solution s’appuyait sur une foi inébranlable, désolée par ce qu'on peut appeler l’éclipse de Dieu, grosse de menaces totalitaires aux yeux de son premier lieutenant catholique sur terre.N’empêche, les positions pontificales liées au nécessaire respect de la personne humaine et des droits fondamentaux, au devoir de transparence du pouvoir, à l’exigence de compassion et de partage de la souffrance ont été endossées par les humanistes généreux de tous horizons.Surtout, dans la perspective wojtyüenne, les deux attitudes, conservatrice et progressiste, se réconciliaient dans le combat pour la vie et la dignité humaines.Le cadenas doctrinaire Cela dit si ce pape critiquait le monde, il n'acceptait pas la dissidence au sein de son propre État, comme dans les mille et un recoins de son institution mondiale.Jean-Paul II parlait beaucoup de droits de l’homme, qui incluent la liberté de penser et de s'exprimer librement tout en ignorant la IL berté de recherche et d’expression des fidèles les plus proches de lui-mème, théologiens, savants et autres interrogateurs de Dieu.Les coups de frein ont été accompagnés de condamnations et d’expulsions.Le très rigide cardinal Ratzinger, placé à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritier mou de l’inquisitorial Saint-Office, mène la charge depuis trois décennies.M" Ratzinger figure en tête de nombreuses listes de «papabiles» et deviendra peut-être Jean-Paul ID dans quelques jours.Plusieurs chercheurs et théologiens catho-liques subirent ses attaques, soit en étant exclus de l’enseignement dans les facultés catholiques (comme le bon pasteur psychanalyste et écolo- giste Eugen Drewerman, en Allemagne), soit parla bonne vieille excommunication (comme le Sri-Lankais Tissa Balasuriya, qui osa pubher des textes hors nonnes sur la virginité de Marie et le péché originel).La théologie de la libération, née en Amérique latine, condamnée d'avance par ses flirts avec le marxisme, a fait les frais d’une répression particulière.Aux bâillons imposés par rapport aux savants, le Vatican a rajouté des interdits de recherche et de communication dans les centres pédagogiques sous sc» contrôle.En 1996, au Nicaragua, un des épicentres du mouvement théologico-politique, Jean-Paul II lui-même déclarait que la théologie de la libération n’avait plus sa raison d’être puisque le marxisme était mort Le Saint-Père a également déçu de nombreux catholiques libéraux en béatifiant le très antimoderne Pie K, promoteur de l’infaillibilité papale, adepte de la peine de mort et ennemi déclaré de la démocratie.Jean-Paul II a aussi accepté la canonisation de José Escrivâ de Balaguer, pere fondateur du célèbre Opus Dei, une organisation aux pratiques secrètes de quelque 80 000 membres à travers le monde, constituée pour l’essentiel de laïcs et en laquelle plusieurs observateurs, même catholiques, voient un mouvement élitiste et réactionnaire, une "nouvelle armée des fous du Christ».Dans sa lettre apostolique (Ad Tuendam Fi-dem), le premier pape du troisième millénaire a fait insérer dans le code du droit canon plusieurs articles concernant la formulation de la «profession de la foi», obligeant tous les croyants et les théologiens à demeurer fidèles à certaines «vérités».La procédure a en quelque sorte introduit une détermination juridique, disciplinaire et pénale aux positions théologiques proclamées «définitives», par exemple celles liées à l’interdiction des relations sexuelles en dehors des liens sacrés du mariage et à l’ordination des femmes, vérités désormais impossibles à remettre en doute.Au centre La tendance conservatrice s’est d’ailleurs amplifiée au cours des dernières années, comme si la frange la plus conservatrice de la curie romaine avait profité de l'affaiblissement croissant de Jean-Paul II pour faire passer des positions de plus en plus réactionnaires.Le double tour est venu définitivement sceller la serrure doctrinale apposée sur l’Église, depuis deux décennies, à coups d’ency-cüques et de lettres apostoliques.Inflexible propagateur des valeurs catholiques, pasteur bardé de certitudes, Jean-Paul II a recentré l’Église dans sa dimension spirituelle.Mais l’axe de son monde apparaît de plus en plus rigide et inflexible.Le portrait d’un vieillard malade, à bout de force, les pénibles images des dernières années et derniers mois de sa vie, jusqu’au souffle ultime, doivent être rapprochés du travail abattu par cet homme gigantesque: Jean-Paul II aura assumé une tâche écrasante qui impose le respect et l’admiration.Ancien acteur, athlète respecté, ce pèlerin infatigable a sillonné la planète d’une extrémité à l’autre, lors de 104 voyages internationaux, portant partout la Parole dans une multitude de langues.A chaque fois, peu importe où il s’arrêtait des foules immenses venaient le saluer et le célébrer.Jean-Paul II était la figure humaine la plus connue sur terre.Il incarnait pour tous une spiritualité profonde, une force de conviction et de compassion démesurée.Pour lui, l’espace et le temps, ces deux réalités fondamçntales de la Création, viennent de s’arrêter.L’Église universelle, elle, continuera à composer avec de multiples contextes nationaux et continentaux — sur une planète et quatre ou cinq mondes, comme dirait Octavio Paz.Ce qui choque ici laisse froid là-bas.Quand les féministes occidentales reprochent à Rome ses positions misogynes et discriminatoires,, des femmes du Tiers-Monde rappellent que l’Eglise leur a offert une planche de salut professionnelle et éducationnelle.La perception de la notion du temps aussi demeure toute relative.L’Eglise a l’éternité pour horizon.Les papes, fussent-ils apssi exceptionnels que Jean-Paul II, passent; l'Église demeure et mue, à son rythme, pour poursuivre l’évangélisation, première et ultime mission de l’institution deux fois millénaire.Il appartiendra donc à son successeur de pousser ou de freiner les réformes en prenant la mesure deg urgences.Le dernier pape laisse en héritage une Église en crise, devant composer avec la montée des intégrismes et des terrorismes dans le monde, les pannes du dialogue avec les autres confessions, l’impopularité d’une morale sexuelle exigeante et irréaliste, les revendications égalitaires des femmes et des minorités ou le déficit de démocratie au sein même de l’institution.Dans quelques semaines, un nouveau pape accédera au trône de Pierre et décidera de la tâche qull entend assigner pour surmonter les énormes défis légués par un très lourd héritage.Le Devoir REUTERS Jean-Paul H s’est battu sur tous les fronts pour la paix et la liberté: du Liban à la Pologne, du Soudan à l’Argentine (ici le 10 octobre 1987, à Buenos Aires), de la Serbie à l’Irak.Aucun aspect de la foi, de la morale ou de la vie moderne n’a échappé à son entreprise analytique et dogmatique 4 v LE DEVOIR.LE V E N D R E D 8 AVRIL 2 0 0 5 c > JEAN-PAUL II 1920-2005 « Jean-Paul II à temps et à contretemps ) Le 27 décembre 1983, le pape avait donné un nouveau sens au mot «pardon» en prison l’homme qui avait tenté de l’assassiner deux ans plus tôt, le Turc Mi KKUTERS en allant rencontrer Mehmet Ali Agça.Louis Cornellier Je ne suis ni papiste, au sens obséquieux du terme, ni spécialiste de ce pape ou des papes précédents.Je suis, toutefois, croyant, et j’aime les penseurs chrétiens audacieux qui ont le courage d’affirmer leur foi et la puissance de leur message dans un monde qui n’est pas particuliérement réceptif à ces exigences.Jean-Paul II, quoi qu on en pense par ailleurs, fut de ceux-là et, en ce sens, compte tenu de la mission qui lui était dévolue, on pourra dire qu’il n’a pas démérité.Dans sa lettre à Timothée, saint Paul propose le programme suivant •Devant Dieu et devant le Christ Jesus, proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte avec une patience inlassable et le souci d’instruire.Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les idoles.Pour toi, sois prudent en fout, supporte l’épreuve, Jais œuvre de prédicateur de l’Évangile et acquitte-toi comme il convient de ton ministère.* Ce temps qu’annonce l’apôtre, Jean-Paul II l’a pleinement expérimenté, affronté même, sans jamais se détourner, malgré les pressions exercées sur lui en ce seqs, de la mission décrétée par le converti de Damas.Etre pape dans un monde moderne en crise de sens n’est pas, on en conviendra, une sinécure.Jean-Paul D en avait la plus aiguë des consciences et c’est justement, peut-on croire, ce qui stimulait son exceptionnelle ardeur missionnaire.•Qu’est-ce que la vérité?*, demandait il y a deux mille ans, un Pilate qui anticipait déjà, ce faisant, la grande question de la modernité.Jean-Pàul D n’était pas dupe du défi que représentait pour le christianisme et pour le monde moderne, ce relativisme drapé dans le manteau de la liberté de conscience.«Une des tentations constantes à toute époque, écrivait-il, même chez les chrétiens, consiste à s’ériger en norme de la vérité.» Ce à quoi un de ses plus fidèles disciples, feu André Frossard, un franc-tireur dans la grande tradition de la droite française, ajoutait •Forme de bigoterie revendicatrice assez répandue dans la société contemporaine: exiger que l’on change la règle, pour être en règle.» C’est contre une telle tentation, qu’il pressentait comme un danger direct pour l'essence même de l’homme telle que définie par la Révélation chrétienne, que Jean-Paul Û a dirigé tout son magistère.«les êtres humains, n’a-t-il cessé de répéter à travers le monde, ont la primauté sur l’idée que les autres s'en font; et leur existence est un absolu, et non une chose relative.» Une telle affirmation, touteiois, ne saurait se suffire à eDe-même.L'absolu quelle postule, pour être reconnu comme tel, doit reposer sur un fondement qui ne laisse rien au hasard.Ce fondement réitéré par Jean-Paul D au début des années 1990, dans l'encyclique La splendeur de la vérité, n'est rien d'autre, et rien de moins surtout que la •vérité objective», incarnée dans la personne du Christ donc de source divine, dont découle une nature humaine dotée d’une loi naturelle à valeur universelle.Cette vérité est donc première et précède — c’est là où les modernes se rebiffent — la raison et la liberté qui en procèdent plutôt qu’elles ne la fondent Comme l’écrit Frossard dans sa Défense du pape: • Elle fait briller en chacun l’inextinguible étincelle qui permet de distinguer le bien et le mal, de sorte qu ’en l’absence de la foi, la raison suffit.Car ce n’est pas la raison qui élabore la vérité, c’est l'attraction que la vérité exerce sur l’âme humaine qui donne naissance et forme la raison.• Quant aux rapports entre la morale, issue, dans cette anthropologie chrétienne, de la loi naturelle, et la liberté, ils doivent être pensés dans cette même logique de la vérité première qui seule libère.Encore Frossard: •La morale n’a pas pour objet de domestiquer l'individu pour l’inscrire dans un morne système de contraintes et d’obligations, elle a pour fin de le réconcilier avec lui-même et de l’aider à gagner ou à regagner l’amitié des autres, de la nature et de Dieu.Les commandements qui la fondent, et qui semblent lui donner des ordres, ne font en réalité qu ’exprimer un vœu: sois digne d’être, en fait, ce que tu es en vérité.* En d’autres termes, pour être dans le vrai, on ne peut pas dire et faire n’importe quoi au nom d'une liberté qui, réduite à son immanence, risque d’entraîner l'humain à se trahir lui-même et ses semblables.*Tout au long du XX' siède, constate Frossard, nous avons vu à l’œuvre l'homme libéré des commandements.R s'est cru capable de composer une morale nouvelle en dosant à son gré les notions de bien et de mal.Et comme il n’y parvenait pas, il s'est imaginé que la connaissance suffisait et qu’il pouvait se passer de son humanité sûr d’avoir éteint les deux, il a formé l’enfor, pour lui ouvrir ensuite des succursales dans toute l’Europe.» •La morale, ajoute pourtant Frossard, n ’est pas plus le cœur du message de l’Évangile que la technique n’est l’âme de la peinture.* Reprenant une ancienne maxime, Jean-Paul II, pour sa part, insère ces mots d’ordre dans sa prière: •Dans le doute, la liberté; dans le nécessaire, l’unité; en toutes choses, la charité.» De l’héritage de ce pape, c’est ce message de prudence et de charité qui s’impose le moins.Qu’il existe une vérité objective et une loi morale qui ne tolèrent pas la contestation, la plupart des catholiques et plusieurs modernes sont prêts à l'admettre.Qu’il existe un danger réel à laisser l’interprétation de cette vérité et de cette loi au hasard des tendances civilisationnelles, aussi.Ce qui, toutefois, dans l’héritage de Jean-Paul II heurte avec raison les consciences chrétiennes et laïques de notre modernité, c’est la,confusion savammeqt entretenue entre les lois de l'Evangile et celles de l’Eglise.•Constitution divino-humaine», selon les termes mêmes de ce pape, l’Église, sous Jean-Paul D, a trop souvent donné l'impression d'être d’inspiration strictement divine pour mieux imposer des prises de position parfois contestables, c'est-à-dire humaines.Comme l'écrivait feu le théologien André Naud, elle n'a pas toujours su faire preuve de la prudence nécessaire dans des affaires qui relèvent de la Transcendance» et a parfois eu tendance à invoquer abusivement füt-ce de manière implicite, une infaillibilité qui •ne peut s'étendre à des dilemmes relevant de la loi morale naturelle que la Révélation ne tranche pas *.J’aime, chez Jean-Paul II, le pape philosophe qui réconcilie vérité, liberté et raison.J’aime le pape intellectuel et combatif qui, spr fond de crise moderne du sens, a martelé que •l’Évangile de Jésus le Christ ne se ramène pas à une opinion privée, ni à un lointain idéal spirituel, ni a un simple programme de croissance personnelle.L’Évangile possède la puissance de transformer le monde*.J'aime le pape des signes des temps dont la prière rappelle qu’«»7 est donc de notre devoir de vivre dans l’histoire, aux côtés de nos pairs, et de partager leurs soucis et leurs espoirs, car les chrétiens sont et doivent demeurer des gens pleinement de leur temps.Nous ne pouvons nous évader dans une autre dimension et ignorer les tragédies de notre temps [.].C’est sur cette présence au monde que nous serons Jugés.• J’aime le pape des droits de l’homme, sensible à la souffrance de ses contemporains qu'il accompagne •dans le jardin de Gethsémani».J’aime le ca- tholique qui lit l’absolue dignité de chaque homme et de chaque femme dans l'Incarnation.Je n’aime pas le moralisateur, parfois complaisant envers certains personnages douteux, qui résiste mal à la tentation de croire que c’est toujours Dieu qui parle par sa bouche.C’était un humain.LE COURAGE DE LA PAIX Jean-Paul II Edition préparée jwr Joseph Durepos Fîdes Montréal, 2(X)4,242 pages DÉFENSE DU PAPE André Frossard Fayard Paris, 1993,120 pages LES PENSÉES André Frossard Le cherche midi Paris, 1994,192 pages louiscornellieriqjxi rroinfo.net J ean-Paul II 1920 - 2005 C'est avec beaucoup d'émotion que je me joins aux Québécois et Québécoises pour saluer l'œuvre de Jean-Paul II.Le monde vient de perdre un homme qui a particulièrement et profondément marqué son époque.Sa Sainteté le Pape, qui a fait entrer son église dans le nouveau millénaire, a parcouru inlassablement le monde en préconisant la liberté, la paix et Injustice.Son passage au Québec, en septembre 1984, restera gravé à jamais dans notre mémoire.Malgré la profonde tristesse qui nous habite, nous garderons un souvenir impérissable de ce grand homme et de son œuvre.Jean Charcst Premier ministre du Québec Québec” t LE DEVOIR.LE VENDREDI 8 AVRIL 2005 C 4 * JEAN-PAUL II 1920-2005 * Une jeunesse mouvementée GUILLAUME B O U R G AU LT - C ÔT É Entre Wadowice et le Vatican, le chemin de jeunesse de Karol Wojtyla aura été marqué de multiples épreuves: à 21 ans, le futur pape, qui ne cessera de placer la question familiale au coeur de sa pastorale, n’avait déjà phis de famille proche.Au soir de son élection par le conclave, Jean-Paul II n’aura en effet qu’une lointaine cousine à qui écrire.Mais décédés tôt ses parents auront tout de même eu le temps de lui léguer de solides valeurs morales et religieuses.Et dans une Pologne déchirée par la guerre, le jeune Wojtyla traversera les épreuves en puisant sa force dans la prière, déjà bien présente dans sa vie, et le théâtre, son autre grande passion.Né le 18 mai 1920, Karol Wojtyla n’a pas neuf ans lorsque sa mère s’éteint, après une longue maladie.Trois ans plus tard, son frère unique de 14 ans son aîné meurt lui aussi, alors qu’il vient d’obtenir son diplôme de médecin (les parents ont également perdu une fille, dont on sait très peu de choses).C’est donc par son père seul que le futur pape sera élevé — alors que la Pologne d’alors compte des familles nombreuses —, dans un petit appartement d’une bourgade polonaise adossée aux montagnes naissantes.Plusieurs y verront une forme de signe du destin: la fenêtre du logement donne directement sur l’église du village.Chose certaine, la famille est très pieuse.Chez les Polonais, la foi catholique est une façon d’affirmer l'identité du peuple.Sa mère d’abord, puis son père jusqu’à son décès en 1941, inculqueront au futur pape le sens des valeurs chrétiennes.Chez les Wojtyla, on prie matin et soir, sérieusement, intensément, avec ferveur même.L’origine du culte voué par Jean-Paul U à la Vierge Marie remonte d’ailleurs à ces années et à la perte de sa mère.Les témoignages recueillis par ceux qui l’ont connu à cette époque indiquent que Wojtyla, très jeune, avait des capacités de concentration et de recueillement très développées et qu’il possédait une maturité spirituelle hors de l’ordinaire.Karol Wojtyla père a fait carrière comme militaire, avant de prendre sa retraite au moment où la Pologne retrouvait son indépendance, au sortir de la Première Guerre mondiale: on le décrit comme un homme très droit, ordonné, présent Lorsque son épouse meurt, il passera énormément de temps avec son fils, que tout le monde appelle Loleck.Il lui transmet entre autres le goût de la montagne et des randonnées au grand air, que conservera Jean-Paul D toute sa vie.L’éducation que reçoit ce dernier est très rigoureuse: «Prière, jeux, discipline, morale et dévotions», c’est ainsi que la résume Bernard Lecomte, auteur d’une biographie phare de Jean-Paul U chez Gallimard.Une éducation loin d'être «banale».D’un côté, Wojtyla a été bien élevé par un «père exigeant et disponible qui lui a offert une éducation stricte, incul-Kar°l Wojtyla, qUg des principes moraux élevés, vers 1946.transmis une foi profonde.De l’autre, revers des deuils qui l’ont frappé, il a vécu une enfance et une adolescence dans un cadre relativement aisé et surprotégé.Il n’a connu ni la misère ni les problèmes familiaux de ses copains».Des éléments biographiques utiles pour comprendre plus tard la vision «idéalisée» du pape en ce qui concerne l’amour et la famille.Origines modestes Financièrement, les Wojtyla ne sont ni riches ni pauvres.La rente de l’armée est juste assez confortable.Plusieurs diront phis tard que ces origines financières moyennes auront fait du pape une personne à l’aise dans tous les milieux — du reste, ses premiers amis viennent de familles tant nanties que démunies.En 1930, Wojtyla entre au collège.Sorti du cadre paternel, il découvre plus largement l’amitié, participe à plusieurs activités sportives.D adore le football.Wadowice étant au tiers composée de juifs, Karol Wojtyla en compte plusieurs parmi ses copains.D sera souvent indigné par toute forme d'antisémitisme plus tard rencontrée —cette problématique restera aussi au coeur de sa vie de pape.Le collège lui donne l’occasion de mettre de l’avant des qualités qui feront sa réputation toute sa vie: le futur pape est un excellent élève, attentif, curieux, très talentueux.L’intelligence vive.On le dit déjà ambitieux et sérieux, parfois même un peu trop.Théâtre À18 ans, après avoir accompli un bref service militaire, Wojtyla déménage avec son père à Cracovie et entre à l’université Jagellon.D y étudie notamment la langue polonaise, discipline qui l'intéresse beaucoup.Fl lit tous les grands auteurs nationaux.Parallèlement, il se prend d’une vibrante passion pour le théâtre, art dans lequel il excelle.Car le jeune étudiant possède une voix forte et semble-t-il magnifique, qu'il sait parfaitement mouler au phrasé polonais.11 déclame de la poésie, interprète des pièces: Karol Wojtyla apprend peu à peu à captiver des auditoires.Il aime cette sensation.Sa vie s’organise donc autour de la scène, des répétitions, de l'écriture, de la réflexion.Au début de la vingtaine, sa vocation est pratiquement trouvée: il sera comédien.Puis arrivent Hitler et la Seconde Guerre mondiale: l’université est fermée.Wojtyla profite de la réclusion pour écrire du théâtre et pour lire.Avec ses amis, il crée une troupe clandestine (le Théâtre Rhapsodique), qui tiendra longtemps.C’est leur façon de résister, d’abord au nazisme, puis au communisme: avec des mots, la parole, la réflexion.Pour éviter la déportation vers les usines allemandes qui ont besoin de bras, Wojtyla se déniche un travail dans une carrière, puis il est affecté à une station de purification d'eau.La chance semble être toujours avec lui: il échappe notamment in extremis à une rafle dans la maison où il habite.D frôle aussi la mort en 1944, quand un camion allemand le renverse.Le régime est dur, tous ont faim, froid, peur.La période est fatale à son père.C’est alors son dernier lien familial proche qui disparaiL L’événement provoque chez Wojtyla une profonde remise en question: il se réfugie encore plus fortement dans la prière, toujours très présente dans sa vie.Cette disparition entraîne une rupture intérieure et amène «un détachement de ses projets antérieurs».Le théâtre se passera donc d’un acteur qu'on disait de grand talent Karol Wojtyla décide d’entrer au séminaire.Un choix assumé, réfléchi, mûri.Le futur pape s’inscrit donc en théologie en 1942.Après quatre années d'études pour la plupart faites en cachette à cause de l’occupation, Wojtyla obtient la meilleure note de sa cohorte.On le dit doté d'une intelligence remarquable, d’une mémoire infaillible, c'est un être cultivé et chaleureux: le 26 octobre 1946, ü est ordonné prêtre, la marche vers le Vatican est commencée.Le Devoir Ptf§P§ mm REUTERS Peu après l’élection de Jean-Paul I, le cardinal Wojtyla était allé le féliciter.Quelques jours plus tard, il sera appelé à le remplacer, à la suite du décès soudain du pontife.La rapide ascension de Karol Wojtyla De grandes qualités intellectuelles et une conjoncture historique particulière ont permjs à Wojtyla de gravir tous les échelons de l’Eglise en peu de temps GUILLAUME B O U RG A U LT - C ÔTÉ Charismatique, sûr de ses idées, apprécié pour sa force de caractère, sa simplicité et ses grandes capacités d’analyse, Karol Wojtyla profitera aussi d’une conjoncture historique particulière pour gravir rapidement les différentes étapes de la hiérarchie catholique entre 1946 et 1978, et ainsi devenir le premier pape slave de l’histoire, aussi premier non-italien depuis 1523.Peu après son ordination en Pologne, Karol Wojtyla est envoyé à Rome pour poursuivre ses études.D y restera près de deux ans, inscrit à des cours de théologie à l’Angelicum, l’université pontificale des dominicains.Là, le jeune Wojtyla dévore les œuvres de Jean-de-la-Croix et de Thomas d’Aquin, il apprend les langues (français, allemand, italien, latin, espagnol, anglais), pratique l’exégète.Il obtient en 1948 un doctorat pour sa thèse sur Jean-de-la-Croix.Avant de rentrer en Pologne commencer sa vie de prêtre de paroisse, Wojtyla fait un long voyage en Europe, où il est mandaté par son archevêque pour étudier les «pratiques pastorales».Il découvre avec étonnement qu’en Europe occidentale, le phénomène religieux décline, que la religion n’est pas au cœur de la vie de tous.Il rencontre notamment certains de ceux qu'on appellera les prêtres-ouvriers, une expérience de prêtrise engagée qui l’intéresse, même s’il en critique certains fondements.De retour en Pologne, Wojtyla est nommé vicaire à Niegowic, un village provincial situé à 30 kilomètres de Cracovie.Il s’y rend en autobus, en charrette et, puis à pied, à travers champs.C’est la vie rurale, l’Eglise n’est pas chauffée, il est bien loin des cercles intellectuels qu’il avait maintenant l’habitude de fréquenter.Son horaire du temps est partagé entre confessions, messes et visites chez les paroissiens.On le dit dynamique et apprécié.Mais le style de vie ne lui convient pas au mieux.Après seulement quelques mois, il est donc rappelé à Cracovie, où on lui confie une tâche qu’il adorera: celle d'aumônier des étudiants.C’est le début d’un long engagement avec les jeunes et d’une relation qui culminera avec l’organisation des futures Journées mondiales de la jeunesse, des décennies phis tard.Mais le fùtur pape n’en a pas fini avec les études: on veut qu'il complète un doctorat d’Etat ce qui lui MAL LANGDSON REUTERS En octobre 1978, Wojtyla est élu pape, permettrait ensuite d’enseigner au plus haut niveau.Ses talents de communicateur hérités du théâtre et son amplitude intellectuelle en font un candidat parfait.Dégagé de ses principales responsabilités paroissiales, il rédige alors une thèse sur le philosophe Max Scheler et la possibilité de «fonder une morale catholique sur la base du système éthique de Scheler».Parallèlement à ces activités pastorales et philosophiques, Wojtyla continue d’écrire de la poésie et du théâtre.11 rédige quelques papiers pour un hebdomadaire catholique, pour qui il disserte sur des questions de fond.D développe aussi avec les jeunes une multitude d’activités qui permettent des catéchèses en plein air.Balades en montagne, excursions de plusieurs jours en vélo et en kayak, Wqjtyla est capable de bousculer les règles rigides de l’Eglise pour offrir une liturgie qui soit à la fois moderne dans la forme et traditionnelle sur le fond.Sa thèse est approuvée en 1953; il commence alors à enseigner à Jagellan, au département de philosophie, qui relève de celui de théologie.Mais le conflit permanent entre le pouvoir communiste (Joseph Staline vient de mourir à Moscou) et l’Église dégénère cette année-là: l’université est fermée, et les cours se dispensent maintenant de manière, clandestine.Plusieurs dirigeants de l’Église sont arrêtés, dont le cardinal çt primat qui passera trois ans en prison.Église et pouvoir en arriveront plus tard à une forme de compromis: la première s’engage à ne pas nuire au projet d’une Pologne populaire, le second accepte que les cours d'enseignement religieux soient dispensés à l’école, mais demande un droit de regard sur la nomination des nouveaux évêques.Ces relations demeureront toujours très tendues, avec plusieurs phases de gel et de dégel.L’Église, en Pologne, est au cœur de la résistance au communisme.Dès 1954, Wojtyla décroche un emploi à l’Université catholique de Lublin (KUL), où il restera jusqu’à ce qu’il devienne pape.Ses cours sont courus, ses exposés font beaucoup parler.Il détiendra longtemps la chaire d’éthique de l'établissement.Ces années sont une époque de grand bonheur pour lui: il enseigne, travaille avec les jeunes, écrit pratique énormément de sports.Toutes les qualités du futur pape s’affinent excepté le fait qu’il déteste alors la politique et n’en discute jamais directement Au début des années 1960, Wojtyla publie un essai intitulé Amour et Responsabilité, qui synthétise son expérience de confesseur avec les jeunes et explique sa vision de ce que devrait être la relation conjugale dans le monde moderne.Une partie de ce qui sera la morale sexuelle de son pontificat se trouve déjà dans ce livre.Évêque En 1958, Karol Wojtyla est nommé évêque par Pie XU.D poursuit ses activités auprès des jeunes et des étudiants, mais voit sa charge de travail augmentée.Sa réputation et son énergie en font le prêtre le phis populaire de Cracovie.Quatre ans plus tard, on lui confie l’administration de ce diocèse, puis il est appelé à participer au concile Vatican D.Quand il arrive à Rome, note son biographe Bernard Lecomte.M" Wojtyla est «aussi conservateur que tous les évêques polonais, notamment sur la tradition doctrinale ou liturgique et la prépondérance de Rome sur les autres églises chrétiennes».Mais il prendra vite ses distances avec cette vision, assez pour qu’on ne sache phis où le classer ni réformiste, ni conservateur.Paul VI remplace Jean XXIII en 1963, et nomme Wojtyla archevêque en 1964.Le pouvoir communiste imagine alors qu’il sera quelqu'un de malléable: pourtant, les années suivantes révéleront tout le contraire, et Wojtyla ne cessera de combattre un régime qui ne place pas l’homme au centre de son chemin, système qui n'est pour hii qu’une parenthèse dans l’Histoire.L’homme prend du galon, et de l’assurance.Ses interventions sont remarquées au concile, où fi apparaît comme une des intelligences vives de l'Égli- se, indique le biographe Alain Vircondelet (First Editions).M,ir Wojtyla affirme déjà sa pensée sur un thème qui marquera l’ensemble de son pontificat, celui de «l’absolue dignité dp l’homme».Il intervient aussi sur la thématique «Église qt monde moderne», où il note le décalage entre l’Église romaine rigide et les mœurs et la culture de l’époque, ainsi que sur le thème de l’athéisme, qui le touche particulièrement à cause de l’expérience communiste.Sur ce sujet, il ne veut pas de condamnation pure et dure du communisme: M®7 Wojtyla pense plutôt que c’est en parlant sans relâche de la personne humaine, de sa dignité, de ses droits, qu’on touche le point faible du communisme.D revient enthousiasmé des conclusions de Vatican IL En tant qu’archevêque, ses journées sont bien remplies, il travaille sans relâche, même dans sa voiture, soutenu dans ce rythme par sa grande forme physique.Son poste l’obhge alors à négocier plus directement avec le pouvoir et à se mêler un peu de politique.Puis, le 21 juin 1967, M*7 Wojtyla est nommé cardinal par Paul VI, qui l'aimait biea D a 47 ans, et atteint déjà la dernière étape avant (l’hypothétique) statut papal.En le nommant, Paul VI reconnaît le rôle majeur que le futur Jean-Paul II joue dans le renouveau et la lutte de l’Église polonaise, «S'il est monté si vite dans l’Église, explique le biographe Bernard Lecomte en entrevue, c’est que l’Église polonaise a été réduite à l’état de ruine pendant la guerre.H fallait tout reconstruire et relancer.Et ça prenait des jeunes pour cette tâche.C’est pour ça qu’il a été promu rapidement.Il est un peu porté par ces besoins d’une Eglise qui a été fortement ébranlée, et qui doit encore lutter contre le régime communiste.» Paul VI le consulte notamment sur des questions d’éthique et de morale sexuelle.L'encyclique qui condamne la contraception à la fin des années 1960 a ainsi été en partie rédigée (ou pensée) par le cardinal Wojtyla, qui s'élève déjà contre une certaine «culture de la mort».Ses qualités humaines et intellectuelles séduisent ses concitoyens, mais aussi peu à peu des intervenants étrangers.Invité à prononcer diverses conférences universitaires ou à participer à des activités avec les communautés polonaises en exil, il visite le Canada en 1969 (premier arrêt à Montréal), puis la Suisse et les États-Unis, entre autres.Son nom commence à circuler timidement à titre de successeur potentiel de Paul VI.Il est «papabile».Paul VI l'appelle d’ailleurs à participer à plusieurs synodes des évêques, des assemblées consultatives sur différents sujets.Il sera aussi élu au conseil permanent du secrétariat du synode.Le cardinal polonais s’y démarque encore par la profondeur intellectuelle de ses réflexions et son habileté à les exposer.A cette époque, il développe aussi sa pensée sur l’importance du célibat chez les prêtres, dogme ébranlé par les défroquages massifs du temps, et il redit sa foi pour une «culture de la vie», ce qui condamne de fado avortement et contraception.En 1976, Paul VI lui demande de venir prêcher le carême à Rome.On dit alors qu’il séduit, se montre convaincant brillant Ses idées s’expriment plus clairement il soulève un grand intérêt A Rome, son visage devient connu des habitués du Vatican.Sauf que Karol Wojtyla n’est pas italien, et c’est bien un Italien qu’élira le conclave à la mort de Paul VI, à l’été 1978.Albino Luciani, 67 ans, dit Jean-Paul I, mourra toutefois au bout de seulement 33 jours de règne Qe plus court séjour depuis 1503), écrasé, dit-on, par la charge pontificale.Le conclave se réunit à nouveau, se déchire entre deux candidats italiens et finit par élire à la surprise du monde Karol Wojtyla, qui choisit le nom de Jean-Paul II en hommage à ses trois prédécesseurs et revêt une soutane blanche qu’il ne quittera pas pendant plus d'un quart de siècle.Le Devoir Dans les années 50, il enseigne, travaille avec les jeunes, écrit du théâtre, fait beaucoup de plein air » LE DEVOIR.LE VENDREDI 8 AVRIL 2 0 0 5 C 5 JEAN-PAUL II 1920-2005 Selon le cardinal Jean-Claude Turcotte Karol Wojtyla était «étonné» par la foi québécoise JULES RICHER De Jean-Paul H, le cardinal Jean-Claude Turcotte conserve le souvenir d'un homme qui s’est véritablement intéressé aux peuples qu’il a visités.Son regard et son attention se sont bien sûr arrêtés aux Québécois, mais ceux-ci l’ont dérouté.*Cest très rare que vous ayez vu le pape commettre des impairs (dans ses voyages) alors que les hommes publics en finit assez souvent ».explique l’archevêque de Montréal en entrevue.•Par rapport au Canada [en 1984], par exemple, il a respecté l’histoire de l’Église en venant en premier lieu à Québec, l’église mère de toutes les églises d’Amérique, malgré le fiait qu'il aurait été plus simple d’arriver à Terre-Neuve et de faire le saute-mouton d’une province à l’autre.H a décidé de faire le voyage en venant d’abord au Québec, qui était le berceau de la religion catholique en Amérique du Nord.» Mais le pape comprenait mal les Québécois.En fait, il ne saisissait pas la nature de leur foi.«71 avait un certain étonnement devant, ce que je dirais, notre religion un peu superficielle ou si l’on veut ‘à la carte’», raconte le cardinal.«O* choisit ce qui fait notre affaire: on est un peuple de consommateurs, et on consomme la religion.» •C’est quelque chose qui Tétonnait un peu.Lui, il était un homme de convictions.Il a eu à lutter pour sa foi, pas nous.» D admirait par contre le Canada pour certaines décisions qu’il jugeait courageuses.Ainsi, il avait été impressionné par le refus du premier ministre Jean Chrétien de prendre part à la guerre en Irak et par la lutte menée par le Canada contre les mines antipersonnel.«71 m’a dit souvent de féliciter les politiciens canadiens.» Avant de devenir pape, Karol Wojtyla n’était pas un inconnu pour Mr Turcotte.Ses premières rencontres avec lui datent du début des années 1970.Alors évêque de Cracovie, il avait l’habitude de visiter des groupes de Polonais à travers le monde.Comme il existe quatre paroisses polonaises à Montréal, le futur pape était alors venu les visiter.•C’était un homme — en tout cas, ARCHIVES LE DEVOIR En 1969, Mr Karol Wojtyla était venu à Montréal visiter la communauté polonaise locale.je donne mon impressùm — qui n’était pas jasant.Il posait beaucoup de questions et on sentait qu 'il cherchait à comprendre.Il était très affable, très simple, ne se prenait pas pour un autre et semblait très aimé des Polonais qui, eux, le connaissaient depuis très longtemps » Visite cruciale Selon M" Turcotte, la visite de Jean-Paul II au Canada en 1984 a donné un second souffle inespéré à une Église catholique presque moribonde.•Le premier effet, ç’a été de nous révéler à nous-mêmes que nous n’étions pas une Église morte», dit-il.•En l’espace de 20 ans, raconte-t-il, on était passé [au Québec] d’une religion sociologique dominante — tu te faisais remarquer quand tu n ’allais pas à la messe le dimanche — à une où l’on est minoritaire.Aujourd'hui, c'est quand tu vas à la messe que tu te fais remarquer.Cela avait créé une espèce de climat de morosité.» La visi- te.dit-il se déroula dans un climat fantastique, à cause de la personnalité du pape, et tous reprirent espoir.•L’autre effet, ç’a ete de reveler à beaucoup de gens qui pensaient avoir coupé leurs racines religieuses qu’ils en avaient de bien plus grandes qu'ils ne le pensaient.Et ça, c'est encore irai aujourd'hui.» A cette occasion, M* Turcotte a pu constater à quel point Jean-Paul II se souciait de respecter les personnes qui allaient l’accueillir, •fai pu voir, par exemple, avec quelle minutie le pape préparait ses textes, les soumettant même aux evéques du lieu pour s’assurer qu’il ne commettait pas dimpairs [.].71 ne nous cautionnait pas pour savoir quoi dire, il savait très bien quoi dire, mais c'était pour lui un grand souci d’adaptation à des sensibilités qu on n ’a pas nécessairement du côté de Rome » Sa bonne maîtrise du français — qu’il possédait mieux que l’anglais — lui permit aussi d’entretenir des relations chaleureuses avec les evéques québécois.•Sa connaissance du français était assez remarquable.au point de comprendre les feux de mots qu 'on pouvait faire.Il est arrivé souvent que je mange avec lui et, à table, je faisais des blagues et il pouvait saisir les nuances de langage.» Pour M1’ Turcotte, la visite de 1984 a laissé des traces beaucoup plus profondes que l’on ne le pense.•lus consequences à court terme n 'ont peut-être pas été aussi spectaculaires qu ’on l'aurait esperé » En d’autres mots, les églises ne se sont pas remplies comme certains le souhaitaient.Mais Jean-Paul II n’était lias venu parler de fréquentation de lieux mais de foi, de la foi dans le Christ.11 a lait, selon les dires de Mr Turcotte, de la •rééiangelisation».•L'Église d'ici a fait un virage dimt les gens ne mesurent pas l ’importance: elle est passée d’une Eglise de pratique à une Eglise d’éducation de la fin.[.] D’ici 10à 15 ans.on aura une Église qui sera beaucoup moins nombreuse, c’est rvuienf, mais beaucoup plus dynamique, qui ne sera plus une Église de bâtisses, mais de personnes et de cimvaincus.Et je l’attribue pour une bropre subjectivité.C’est nier fa wx'ation première que Dieu a inscrite dims fe corps de fa femme depuis la création.Pour bien nous éclairer sur fa nature et fa vi>-cation de fa femme, Jean-Paul II a fait appel à une lecture dogmatique de la Bible.Ce recours biblique, tel qu'il l’a pratiqué sur cette question, visait à légitimer 1a doctrine l’atho-lique par des assises bibliques, assises qui étiifent pratiquement inexistantes chez ses prédécesseurs.fa1 pontife n’a pas su trouver dans fa Bible fa possibilité d’opérer une révision des catégories catholiques à partir des revendications des femmes et des travaux cfes féministes chrétiennes.Il nous a présenté sa facture de fa Bible comme le diktat de Dieu sur La vocation spécifique de la femme, la maternité.Il est indéniable que 1e successeur de Jean-Paul II poursuivra dans la même veine, fa question soulevant trop d'enjeux majeurs pour lÉgli se.Modifier fe discours de l’Eglise catholique sur cette question aurait engagé Jt^an Daul II à remodeler son anthropologie, sa «‘onception du mariage et de la fantille, son éthique sexuelle, son ecvfesiologie, sa christologie, sa conception des ministères, sa conception du magistère comme une organisation cléricale masculine et jusqu’à fa question de l’autorité dans l’Eglise.L’auteur est professeur à la faculté de théologie, d’éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke.y PAOLO COCCO REUTERS Jean-Paul II a entretenu des relations difficiles avec les femmes.LE TESTAMENT POUTIQUE JJ* Mémoire et identité JEAN-PAUL II Flammarion 218 pages - 29,95 $ Ses positions contre l’avortement et la contraception ont creusé un fossé entre le Vatican et les catholiques Saisissant les réalités humaines à partir de la tradition catholique, il voyait tout avec cette seule lunette » ) \ t i LE DEVOIR.LE VENDREDI 8 AVRIL 2005 JEAN-PAUL II 1 920-2005 Progrès et revers dans le rapprochement entre les religions Jean-Claude Leclerc Pour rapprocher les religions, un des buts de son pontificat, Jean-Paul II devait franchir trois murs plusieurs fois séculaires.D’abord, chez les chrétiens, divisés entre catholiques, protestants et orthodoxes.Puis, chez les croyants monothéistes divisés, eux, entre chrétiens, juifs et musulmans.Enfin, entre les adeptes, culturellement éloignés, des grands courants spirituels.Le rapprochement entre les religions du monde a connu un succès étonnant Malgré les divergences de croyances, voire les conflits qui subsistent entre elles, la plupart ont répondu à l’invitation du pape de prier ensemble pour la cause de l’humanité.Pas moins de 150 dignitaires étaient présents à Assise, en Italie, en 1986.En milieu traditionaliste, d’aucuns s’opposèrent à cette initiative.Mais le mouvement était lancé.Du coup, le mythe fut brisé voulant qu’une seule religion était la vraie et qu’on devait s'y convertir sous peine de perdition.En conséquence, Q devenait illégitime de brimer quiconque au nom d’une foi particulière.Plus encore, Jean-Paul 11 ouvrait aux religions une ère nouvelle en leur assignant une commune mission dans la lutte contre la guerre, la pauvreté, l’injustice, la discrimination raciale et toutes les oppressions.Le deuxième sommet d’Assise, en 2002, a même fait de la paix la priorité centrale des grandes religions.Non moins spectaculaire fut l’initiative de réconciliation avec le judaïsme et l’islam.Dans le cas des juifs, bafoués depuis toujours par la théologie et la pratique chrétiennes, le concile Vatican II avait ouvert la voie.Mais pour réparer des siècles de LUCIANO M EU ACE REUTERS Le pape s’est rendu dans plusieurs pays majoritairement non catholiques, comme ici en Inde, en 1986, avec mère Teresa.persécution et de souffrance, Q fallait que Rome avoue ouvertement ses torts et demande panion.Rome a fait davantage.Jean-Paul D a reconnu dans le judaïsme une religion légitime, sœur du christianisme et même sœur aînée.(Le catholicisme faisait ainsi la démonstration qu’il pouvait, lui aussi, renverser des siècles de théologie erronée.) La preuve et le signe du changement furent la reconnaissance d Israel par le Vatican.Longtemps, le statut controversé de Jérusalem, ville des trois religions monothéistes, avait freiné la reconnaissance politique de l’Etat juif.L’absence de règlement du conflit israélo-palestinien faisait aussi obstacle à la prudente diplomatie du Vatican.Rome a finalement choisi la voie du déblocage, malgré le risque de difficultés accrues avec, cette fois, les musulmans.En islam, pourtant, Jean-Paul II a connu un accueil et un succès tout à fait remarquables.Premier pape à prier dans une synagogue, il fut aussi le premier à visiter une mosquée, celle des Omeyyades, à Damas, en 2001.Le mufti de Syrie, Ahmed Kaftaro, avait déjà rencontré le pape au Vatican, mais il n’aurait jamais, a-t-il dit à son visiteur, •imaginé vous retrouver dans cette mosquée».Malheureusement, il aura été plus facile à Jean-Paul D d’encourager chrétiens et musulmans à s’accorder mutuellement pardon pour les offenses du passé, que d’enrayer les conflits, souvent sanglants, qui les opposent, notamment en Afrique et en Asie.De même, l’avenir reste incertain pour les musulmans vivant en Europe, cette Europe laïque dont Jean-Paul II a magnifié, encore avant sa mort, la •vocation chrétienne».C’est entre chrétiens, toutefois, que le rapprochement a connu ses phis graves revers.Certes, Jean-Paid II a offert de réviser jusqu’au statut de la papauté, dont la prééminence est rejetée, depuis l’an 1000 chez les orthodoxes, et depuis le XVI'siècle, chez les protestants et les anglicans.Une papauté moins autoritaire serait éventueflement biep accueillie partout, y compris probablement dans l’Eglise catholique.Mais les divergences ne sont pas limitées à cet enjeu.Quelques obstacles d’ordre théologique ont été, il est vrai, surmontés.Ainsi, un accord a été signé, en 1999, avec les luthériens, mettant fin à un litige vieux de quatre siècles sur l’épineuse question de la «justification par la foi».Mais les rapports restent tendus avec les anglicans, notamment en raison du sacerdoce des femmes, catégoriquement écarté par Jean-Paul II.Le fossé se sera même élargi avec les confessions protestantes qui ont abandonné certaines positions traditionnelles sur la morale sexuelle.Le dialogue, maintenu avec les protestants, est encore acrimonieux avec les orthodoxes.L’Eglise orthodoxe russe fait grief à Rome d’un prosélytisme aux dépens de ses propres membres.Peut-être faut-il voir ici une rivalité intercléricale plus qu’un problème interconfessionnel.Rome est accusé de vouloir récupérer des paroisses et des propriétés que le Kremlin communiste avait saisies puis cédées aux orthodoxes.Faute d’un accord, le patriarcat de Moscou s’est opposé aux visites que Jean-Paul II voulait faire en Russie.Le pape polonais n’aura donc pu fou- En 1986, à Assise, la plupart des chefs religieux des autres religions du monde ont répondu à l’invitation du pape de prier ensemble pour la cause de l’humanité.1er cette autre terre chère à son cœur.Dans les Balkans, la communauté orthodoxe grecque impute à Rome, sinon la guerre dans l’ex-Yougoslavie, à tout le moins la résurgence des nationalismes, étroitement liés aux appartenances confessionnelles.De leui'côté, les catholiques, minoritaires en pays orthodoxe, s’estiment victimes de discrimination.Néanmoins, en matière doctrinale, la chrétienté orthodoxe reste proche de la tradition catholique.Autant dire que l’unité des chrétiens n’est pas problématique en Occident seulement Les communautés orientales n’ont pas encore tourné la page du schisme de 1054 avec Rome, mais elles n’ont surtout pas renoué avec la Réforme protestante, sauf au Conseil œcuménique des Eglises dont elles font également partie.Jean-Paul II sera donc mort qvant d’avoir vu un rapprochement décisif entre les Eglises chrétiennes.Pour lever les obstacles qui ont finalement paralysé le mouvement œcuménique, son successeur aura fort à faire.Mais il y a plus.Rome parle ordinaire- ment de la réconciliation entre les trois grandes confessions chrétiennes.Or, il en est une quatrième, plus diffuse mais fort nombreuse, chez les catholiques cpmme chez les protestants et les orthodoxes.C’est l’Église des chrétiens «du dehors», qui ont renoncé au culte ou à la morale traditionnels, mais pas toujours à leur foi.Én même temps, les fidèles des diverses religions ne sont pas nécessairement hostiles les uns envers les autres, ni incapables de concertation dans leurs sociétés respectives ou sur la scène internationale.Si des croyances sont depuis longtemps une cause de division et de violence, cette intransigeance vient d’abord, à peu d’exception près, de castes cléricales jalouses de leur monopole idéologique.C’est là un des vieux murs qu’aucun pape ne pouvait abattre à lui seul L’auteur enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.77 tient aussi au Devoir la rubrique Éthique et Religions.t ^ f v" ' ^ v Jean- Paul II ; ' ' * % » Jean-Paul II Mon livre de méditations Lws ¦ït.Z*4 .•S ÿïsfelijsÿjSte Pour ceux qui souffrent, qui doutent, qui espèrent finmoNsncN.ROCHERP « Message d'espoir certes, mais aussi somme des réfléxions lucides et souvent judicieuses provenant d un homme au parcours exceptionnel.» Yves Laberge « Si Nuit blanche (avril 2005) .*4 «ïm,- Première anthologie thématique des œuvreFde Jean-Paul II, cet ouvrage se présente comme un abecedaire, j|§|s f ¦ * ; ¦ •~MSm \ 1 1 tiiyiiSi accessible à tous,' de la pensée et de la foi vibrahte'de celui qui fut l'un dés hommes! les®plus marquants du XXe siècle; § lil: -¦ ; -•i-i T?rM HP TrMVTO us DU HR Communications ague Mon livre de méditations • Jean-Paul II • ISBN 2-268-05022-X • 288 pages *29,95
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