Le devoir, 6 juin 2009, Cahier C
L E l> E V (HR, L E S S A M E I) I (i E T I) I M A N < Il E .1 r I n 2 0 « !) LIBAN Effervescence électorale au pays des cèdres Page C 2 HE mzr t Æ LE DEVOIR DE PHILO Obama au Moyen-Orient: pourquoi Edward Saïd serait sceptique Page C 6 PERSPECTIVES 1 D1PTENDU DUTTA AGENCE FRANCE-PRESSE as® V^a-,‘vî ¦ •.«y « C’est gros, ce qu’on essaie de faire avec eux, alors qu’ils sont dans un monde exclusivement religieux» FETHI BELAID AGENCE FRANCE-PRESSE STOYAN NENOV REUTERS Certaines écoles juives orthodoxes ne dispensent pas les 25 heures obligatoires pour l’enseignement des matières prévues dans le Régime pédagogique québécois.Le temps passé à étudier la Torah (les textes fondant le judaïsme) n’est pas pris en considération dans le calcul de ces heures réglementaires.ÉCOLES JUIVES ORTHODOXES Une solution dans les zones grises Doit-on modifier la réglementation québécoise pour que les orthodoxes renouent avec la légalité ?Comme l’a révélé cette semaine Le Devoir, une décision administrative de sanctionner, pour non-respect du Régime pédagogique, une école privée juive orthodoxe a été contrecarrée par le cabinet de la ministre de l’Éducation.Au-delà de cette ingérence politique, un problème de fond se pose.Faut-il étirer l’élastique en adaptant en partie la réglementation pour permettre aux écoles juives orthodoxes de s’y conformer plus facilement?Ou encore maintenir la ligne dure, au risque que le débat se déplace devant les tribunaux?JACQUES NADEAU l.E DEVOIR La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a précisé qu’une analyse des enseignements dispensés dans les écoles juives était effectuée.C LAI RAN D R É E CAUCHY Dans quelle mesure l’enseignement judaïque dispensé dans les écoles juives orthodoxes permet-il d’acquérir les compétences transversales prévues dans le Programme de formation de l’école québécoise et comment les évalue-t-on?Voilà le genre de questions auxquelles on réfléchit présentement au ministère de l’Éducation du Québec, dans l’espoir d’établir un terrain d'entente pour régulariser la situation des écoles juives orthodoxes.Dans les dossiers des six écoles privées juives fautives, menacées de sanction par la Direction de l’enseignement privé du ministère, consultés par Le Devoir, le principal problème réside dans le nombre d’heures d’enseignement insuffisant.Ces écoles ne dispensent pas les 25 heures obligatoires pour l’enseignement des matières prévues dans le Régime péda- gogique québécois.Pourtant, les enfants de ces communautés orthodoxes fréquentent l’école beaucoup plus longtemps que cela.Mais le temps passé à étudier la Torah (les textes fondant le judaïsme) n’est pas pris en considération dans le calcul des 25 heures réglementaires.«On ouvre la porte à toutes Ainsi, dans le cas de l’école première Mesifta, les fonctionnaires du ministère ont calculé que seulement 62 % des 25 heures étaient, dans les faits, dispensées pour les matières du programme québécois et ils ont décidé, en guise de réprimande, de réduire la subvention en conséquence.Or les écoles juives ortho- doxes plaident que le temps consacré aux études juives devrait pouvoir être comptabilisé dans le temps réglementaire.«Ceci pourrait avoir pour conséquence que l’établissement qui consacre seulement 12,5 heures aux matières prévues pour le Régime pédagogique pourrait préte>ulre que les 12,5 heures consacrées aux études juives lui permettent d’atteindre les 25 heures de services éducatifs prescrites au Régime pédagogique», illustre-t-on dans une analyse interne du ministère dont Le Devoir a obtenu copie.Michelle,Courchesne, ministre de l’Éducation, n’a pas fermé la porte à de tels aménagements, bien au contraire.«Il va falloir que ces connaissances [transmises dans l’enseignement judaïque] soient évaluées au même titre que pour les autres [matières].C’est gros, ce qu’on essaie de faire avec eux, alors qu'ils sont dans un monde exclusivement religieux», faisait-elle valoir jeudi dans une entrevue donnée au Devoir.Déjà, dans le protocole signé à l’été 2008 par des écoles orthodoxes fonctionnant sans permis, une porte avait été ouverte.On peut y lire la reconnaissance du fait que «l’enseignement du Talmud fait appel à plusieurs compétences du Programme de formation de l’école québécoise, mais qu 'il existe des écarts en matière de connaissances transmises».Tout en refusant d’expliquer plus avant la piste de solution évoquée, la ministre a précisé qu’une analyse des enseignements dispensés dans les écoles juives était effectuée.«Il faut s'assurer qu’il y ait un nombre d'heures fréquentées et que, dans ce nombre d’heures fréquentées, il y ait enseignement des matières obligatoires, tel que défini par le Régime pédagogique [.}.Dans cette zone, il y a une piste de solution que je ne partagerai pas avec vous», a expliqué Mme Courchesne jeudi.VOIR PAGE C 3: ÉCOLES les négociations et à tous les compromis avec toutes les communautés.C’est une porte qu’on doit fermer.» - Pierre Curzi, porte-parole péquiste en matière d’éducation L E 1) E V 0 I R .LES S A M E l> I (i E T l> I M A N C II E JUIN 2 U » !» c 9 t—• PERSPECTIVES Salam alaikum Gil Courtemanche ue la paix soit avec vous».Ce ^ furent presque les premiers ^ ^ mots prononcés par Barack Hussein Obama devant les invités réunis à l’université du Caire jeudi.On ne refait jamais le monde avec un discours.Le président américain l’a répété plusieurs fois dans son discours.Mais, avouons-le, ce fut un discours historique.Le président américain n’a annoncé rien de neuf, n’a promis aucune initiative nouvelle, n’a révélé aucun nouveau développement dans les dossiers chauds qui empoisonnent le monde et en particulier le monde arabo-musulman.Ce qui est historique, ce sont le respect, l’ouverture et l'humilité dont il a fait preuve.Ces trois qualités ont rarement fait partie de l’arsenal des Etats-Unis dans leur conduite des affaires mondiales.Pour en prendre la mesure, il faut lire le texte intégral du discours,, en analyser les détails et le choix des mots.Les États-Unis nous avaient habitués à des textes faits de slogans et de formules creuses; voici que nous sommes devant un véritable texte, nuancé, soucieux des détails et des sensibilités culturelles et religieuses.Plusieurs présidents américains ont cité le Coran dans leurs appels à la tolérance et à la compréhension.Je suis certain que c’est la première fois que le Coran est cité plus de dix fois dans un discours et qu’un président ne parle pas du Coran, mais du «saint Coran».Mots et symboles, répliqueront les sceptiques.Mais, dans l’islam, mots et symboles sont lourds et parfois explosifs.Rappelons que nous parlons d’un monde où religion et vie et politique se confondent et se réclament du «saint Coran».Puis, il y a eu cet éloge de la culture arabo-musulmane, ses découvertes scientifiques, sa poésie, sa musique, son architecture, sa calligraphie, la mention de l’Université al-Azhar (plutôt conservatrice maintenant), comme racines de la Renaissance européenne.Le président a dit en termes clairs: «Nous vous devons énormément.» Cela est nouveau et radicalement différent de tout le discours américain sur l’islam.Le président a fait aussi quelques mea-culpa.La torture en Irak, Guantanamo, cette guerre contre l’Irak qui était une guerre choisie mais non justifiée.Ét enfin, dans un geste vers l’Iran, qui votera dans quelques jours, la reconnaissance du fait que les États-Unis ont comploté avec les Britanniques pour renverser en 1953 le régime démocratiquement élu de l’Iran pour y installer le chah.Début de tout le bordel iranien.C’est moi qui le dis, pas Obama.Sur la Palestine, rien de neuf.Seulement des mots forts pour dire que les Palestiniens vivent une situation insupportable.Des mots suffisamment forts pour que le discours soit très mal accueilli en Israël et considéré comme positif par le Hamas.On le sait, le temps n’est pas venu de lancer une nouvelle initiative de paix.Avant de passer en Égypte, Obama avait salué son allié qu’est l’Arabie Saoudite, monarchie corrompue qui nie les droits démocratiques et en particulier les droits des femmes.Et il se retrouve avec son deuxième grand allié dans la région, Hosni Moubarak, plus libéral sur la question des droits des femmes, mais quand même dictateur sous un déguisement de président élu.Voilà un des problèmes fondamentaux de la diplomatie américaine.Dans cette région, ils n’ont d’alliés démocratiques que les Israéliens.Leur politique de stabilité régionale s’appuie sur la monarchie saoudienne et sur la dynastie Moubarak, et pourtant ils proclament les vertus de la démocratie, de la liberté de pensée et d’expression.Comment proposer la démocratie et l’égalité des droits, alors que nos principaux alliés n’en ont cure?L’exercice est périlleux.Obama l’a tenté.11 a longuement parlé des droits fondamentaux, mais surtout des droits des femmes, tout en rappelant que, dans son pays, on protégeait le droit des femmes musulmanes qui désirent porter le hidjab.Puis, il a abordé les droits fondamentaux dans un pays où ils sont théoriques.Il a essentiellement dit que, sans système judiciaire indépendant, sans liberté de la presse et d’association, il n’existe pas de démocratie mêrpe si on organise périodiquement des élections.À ce moment, un cri de l’audience a été entendu: «Merci.» C’était probablement Ayman Nour, un leader de l’opposition, qui a été emprisonné par Moubarak et qui avait été invité à l’Université du Caire par le gouvernement américain.Voilà un autre signe.Un discours ne fait pas le printemps, surtout dans cette région.D’autant que des orages et des fronts froids s’annoncent.En Israël, on se demande si Obama ne veut pas faire chuter le gouvernement, car un gel de l’extension des colonies aurait probablement cet effet.Au Liban, on assistera peut-être demain à la victoire du Hezbollah aux élections législatives.Et en Iran, trois candidats se disputent les voix des modérés contre l’illuminé soutenu par les Gardiens de la révolution et le Guide suprême.Imaginons le pire.La Syrie reprend le contrôle du Liban avec l’Iran.Le Hezbollah agite le saint Coran.L’Arabie Saoudite décide de continuer à financer le Hamas, etc.Aucun musulman n’oubliera le discours de jeudi, mais tous les gouvernements qui ne sont musulmans que de nom l’oublieront peut-être.Car la seule chose qui manquait dans ce discours, c’est que, dans le monde arabo-musulman, il n’existe pas de relations entre le gouvernement et la population.Ce qui est historique, ce sont le respect, l’ouverture et l’humilité dont Obama a fait preuve RAMZl HAIDAR AGENCE FRANCE-PRESSE Des jeunes envoient des messages-textes devant le portrait du président du Parlement libanais, Nabih Bern, et du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.Le Liban vit l’effervescence électorale Le scrutin de demain pourrait permettre au Hezbollah d’accéder au pouvoir Georges Corm GUILLAUME B O U R G AU LT - C ÔTÉ Beyrouth — Dans une ville encore pleine de cicatrices résultant de décennies de violence, les Libanais ont trouvé un moyen original de camoufler les nombreuses balafres de Beyrouth: on met des affiches électorales partout.Une manière aussi de rappeler que les importantes élections de demain se déroulent sur un terrain bien miné.Difficile de rater le pas des élections dans la capitale du pays des cèdres.Dès la sortie de l’aéroport se remarque la présence des slogans électoraux sur toutes les immenses réclames autrement publicitaires.Dans les rues de la ville, les visages figés des politiciens décorent tout ce que Beyrouth compte de bâtiments en décrépitude ou en reconstruction (le ciel est rempli de grues à l’œuvre).Èt aux abords de la Corniche, la promenade qui longe la î mer, les partisans défilent, drapeaux au vent et tête sortie, dans la chaleur accablante mêlée à une forte odeur de pollution.L’Occident aura donc les yeux tournés vers le Liban, demain, à l’occasion d'un scrutin jugé crucial (50 000 soldats seront déployés à travers le pays) : il pourrait en effet permettre au Hezbollah, mouvement chiite honni par Washington, de consolider ses appuis.Les sondages laissent entrevoir une lutte très serrée entre les deux grandes coalitions qui s’affrontent, celle du «8-mars» (actuellement dans l’opposition) et celle du «14-mars» (qui détient le pouvoir).Or au cœur du mouvement du 8-mars se trouve le Hezbollah, cet allié de l’Iran, héros de la confrontation avec Israël il y a trois ans.Le Parti de Dieu fait équipe avec d’autres chiites et avec les chrétiens du Courant patriotique libre, dirigé par Michel Aoun.La coalition est considérée pro-syrienne et pro-iranienne.La coalition du 14-mars, date qui rappelle l’immense manifestation tenue en 2005 pour dénoncer la présence syrienne au Liban, s’appuie quant à elle sur la présence des sunnites du Mouvement du futur, dirigé par Saad Hariri, fils du premier ministre assassiné en 2005, ainsi que de chrétiens et de Druzes.On la qualifie de pro-occi-deptale et pro-saoudienne.À quoi s’attendre de cette élection?Faut-il craindre un scénario semblable à celui qui a été observé après la victoire du Hamas en Palestine?Non, dit l’économiste Georges Corm, ancien ministre des Finances du pays (1999-2000) et auteur notamment du Proche-Orient éclate et d’une Histoire du Liban contemporain.Le Devoir l’a rencontré dans son bureau situé au centre de Beyrouth, à quelques enjambées de la Place des Martyrs.JOSEPH BAKKAK AGENCE FRANCE-PRESSE Une partisane des Forces libanaises, qui fait partie de la coalition du 14-mars.« Est-il raisonnable de parler d’un danger Hezbollah, lorsque celui-ci a réussi à débarrasser le Liban d’une occupation israélienne de son territoire qui a duré 22 ans?» ça aurait des répercussions sur toute la stabilité de la région.Ce n’est pas vrai.» Le Devoir: Vous croyez donc qu’une victoire de l’opposition et du Hezbollah n’aurait pas d’impact majeur?G.C.: «Non, parce que le Hezbollah est lui-même dans une coalition beaucoup plus large et que c’est loin, à mon avis, d’être un parti révolutionnaire, même si le discours a ses relents d’idéologie à l’iranienne.Mais ça n'inquiète pas beaucoup les Libanais, vous savez.C’est une peur qui est extérieure.S’il n’y avait pas un tel intérêt [international], ce seraient des élections comme d’autres.N’oublions pas que le Hezbollah a participé depuis 1992 à plusieurs élections, sans que cela, inquiète certains Libanais ou les États occidentaux.» Le Devoir: Le Hezbollah n’est donc pas aussi dangereux que l’Occident l’estime?G.C.: «Est-il raisonnable de parler d’un danger Hezbollah, lorsque celui-ci a réussi à débarrasser le Liban d’une occupation israélienne de son territoire qui a duré 22 ans [1978-2000]?Tout le monde oublie combien le Liban a souffert des violences, des bombardements massifs, souvent quotidiens, et des occupations israéliennes depuis 1968.» G.C.: «Les États-Unis ne nous donnent pratiquement rien, alors.C’est un bel exemple d’ingérence étrangère injustifiée.L’aide étrangère n’est pas importante au Liban, les Libanais de l’émigration envoient environ six milliards de dollars par an au pays et 80 % de notre dette publique est entre les mains des banques libanaises et de quelques riches cheikhs du Golfe.» Le Devoir: Quel bilan faites-vous de l’actuel gouvernement en place?G.C.: «Très sévère.[.].La dette est invraisemblable, plus de 50 milliards de dollars [180 % du PIB] et son service absorbe plus de 60 % des recettes de l’État.Mais de cela on n’en parle pas, et l’opposition n’a pas réussi à imposer ce type de thèmes fondamentaux.Au quotidien, les gens sont encore privés, 19 ans après la fin de la guerre (1975-1990), d’électricité courante: trois heures par jour à Beyrouth, mais jusqu 'à 12 heures ailleurs.Il n’y a pas d’eau potable, on a près de la moitié des Libanais qui vivent sous le seuil de la pauvreté, le chômage est élevé et l’exode des cerveaux est massif.Alors, les malheureux Libanais doivent en plus payer pour boire de l’eau non polluée, payer pour s'acheter des génératrices.La situation n’est pas facile, et pourtant on en a très peu parlé, parce que le mouvement du 14-mars [au pouvoir] et les médias occidentaux ont réussi à centrer le débat exclusivement sur l’Iran et le Hezbollah.» Le Devoir mi Le Devoir: I,a plupart des observateurs parlent d’élections cruciales et déterminantes pour le Liban.Êtes-vous d’accord?Georges Corm: «Pas du tout.Quand on évoque des élections majeures, il y a une exagération massive venue de l’étranger et qui est faite dans un but électoral relativement clair: c’est la tête du Hezbollah qui est réclamée.On fait craindre à une partie de l’opinion locale et interne que, en cas de victoire de l’opposition, la situation deviendrait intenable et que Le Devoir: Tout de même, il est à prévoir que, si le Hezbollah accède au pouvoir, il y aura des réactions fortes.Vous vous attendez à quoi, en ce sens?G.C.: «Le Hezbollah cristallise les peurs, c’est certain, et l’Iran est désigné du doigt.[.] On risque d’avoir une période de flottement.Et puis, il faudra constituer un gouvernement d’union nationale et ce ne sera pas facile non plus.Mais ce n’est pas nouveau, au Liban.» Le Devoir: Récemment, le vice-président américain, Joe Biden, a plus ou moins lié la poursuite de l’aide financière américaine au maintien au pouvoir de l’actuel majorité.Vous croyez que ce type d’intervention peut peser dans la balance d’une course serrée?JOSEPH BARRAK AGENCE FRANCE-PRESSE Un délégué électoral tient des bulletins de vote. I' K ^ K y OIK.L E S SAMEDI fi E T I) I M A N C II E 7 J HIM 2 () (I II C 3 PERSPECTIVES Tests erronés de cancer du sein La pathologie sous les projecteurs « On n’a pas le nombre de techniciens suffisant pour subvenir aux besoins réels » Les nombreux débats et la confusion entourant l’étude-pilote qui a semé le doute sur la fiabilité des tests pour déterminer le traitement que devra recevoir une femme atteinte d’un cancer du sein auront néanmoins permis d’émettre un diagnostic clair: le milieu de la pathologie souffre d’un mal qu’il faudra rapidement soigner afin d’assurer la qualité des tests.LISA-MARIE GERVAIS L> affection qui gangrène le milieu de la patho-i logie au Québec ne date pas d’hier, a reconnu le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins.«On est préoccupé et on a déjà sonné l’alarme, insiste-t-il.Le bon côté de cette crise-là, c’est qu’il y a peut-être de futurs médecins qui vont être intéressés par la profession», a-t-il ajouté en faisant allusion à la tourmente provoquée par une étude-pilote qui a révélé une discordance dans les résultats de certains tests en pathologie pour le çancer du sein.A l’instar de la médecine de famille, la pathologie, également en pénurie d’effectifs, attire peu d’intéressés, croit le D' Robert.«Elle est invisible.Beaucoup de gens ne sont pas intéressés à vivre la vie d’un moine, dans un monde où il n’y a pas de relations avec les patients», a-t-il indiqué.Dans le milieu de la santé, la caricature est bien connue: le pathologiste est celui qui fait des autopsies.«Et la morgue est au sous-sol, à côté de la buanderie», de rappeler le Dr Robert.«C’est dans la mentalité, mais c’est faux de croire que le pathologiste arrive seulement quand une personne est morte.[.] Les pathologistes n’ont pas liens directs avec les patients mais ils en ont avec les internistes, les cancérologues qui ont besoin de leur expertise pour pouvoir opter pour un traitement ou un autre.C’est un travail crucial», a-t-il affirmé.Récemment, de petites affections chroniques sont venues aggraver le bobo.Le département de pathologie de l’Université de Montréal a perdu sa directrice, qui est parti en Ontario pour «un travail deux fois moindre et deux fois mieux payé», a indiqué le Dr Robert.Le vice-doyen avait alors saisi le Collège des médecins de la question du manque de ressources et du manque de pathologistes pour l’enseignement et la formation des étudiants.Ces derniers manquent d’ailleurs à l’appel.Sept résidents ont échoué à l’examen du Collège royal dans cette spécialité, l’an dernier.«L’un des éléments du test auxquels nos étudiants ont échoué a été l’assurance-qualité.Pourquoi?Parce qu’on ne la leur enseignait pas.Pourquoi?Parce qu’il n’y en avait pas», a expliqué le Dr Robert Le mouton noir des laboratoires L’absence de relève, combinée à une augmentation de la charge de travail, inquiète également André Allaire, pathologiste au Centre hospitalier de Lanaudière.«On n’a pas le nombre de techniciens suffisant pour subvenir aux besoins réels et la population des médecins pathologistes n’est pas en croissance.D'un autre côté, la charge et la complexité du travail se sont accrues au fil des ans», a-t-il souligné.Les laboratoires de pathologie n’ont pas toujours les budgets nécessaires pour s’assurer d’être à la fine pointe et pour embaucher les ressources humaines, très importantes en raison des nombreuses opérations manuelles requises.Les produits chimiques, les appareils et tout le matériel nécessaire pour procéder à des analyses ne coûteraient pourtant que quelques milliers de dollars.«Mais faire une campagne de financement pour l’achat d’un appareil d’immunohistochimie qui ressemble à un petit ordinateur et dont on ne sait pas trop à quoi il sert, ce n’est pas intéressant pour une fondation d’hôpital qui préfère aller cher- • MIKE BLAKE REUTERS Pour le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, «les pathologistes n’ont pas liens directs avec les patients mais ils en ont avec les internistes, les cancérologues qui ont besoin de leur expertise pour pouvoir opter pour un traitement ou un autre.C’est un travail crucial» JACQUES GRENIER LE DEVOIR C’est le Dr Louis A.Gaboury qui devra élaborer le programme d'assurance qualité pour les laboratoires de pathologie médicale.cher trois millions de dollars pour un gros scanner qui paraît bien», croit le Dr Robert.Il ajoute que, faisant face aux urgences qui débordent, les administrateurs des hôpitaux sont moins enclins à vouloir renflouer les coffres d’un service qui leur apparaît moins prioritaire.«Ça fait quoi?Le financement des laboratoires tombe dans la “craque”», note-t-il.EL selon le secrétaire du Collège, le fait que les pathologistes ne sont pas «des revendicateurs qui vont se battre au même titre que les radiologistes» nuit quelque peu à leur cause.«Ils sont défavorisés sur le plan du marketing de leur profession et c’est ce qui explique pourquoi on aurait pu avoir voulu faire une crise pour en parler.» Selon le Dr Gilles Pineau, conseiller scientifique de la division québécoise de la Société canadienne du cancer, il n’y a pas que la pénurie d’effectifs et l’état des laboratoires qui menacent la qualité des soins.La quantité de tests qui y sont effectués doit être prise en compte.«Les tests d’immunohistochimie sont des tests extrêmement compliqués à faire.Si un laboratoire n’en fait que 25 par année, il ne pourra pas assurer la qualité», a-t-il avancé.Le contrôle de la qualité Malgré quelques cafouillages et malentendus, le ministre aura fini par accepter les recommandations du Collège des médecins, à savoir la création d’un programme d’assurance qualité pour les laboratoires de pathologie médicale, qui devra être élaboré par le Dr Louis A.Gaboury, également auteur de l’étude-pilote qui a fait grand bruit.Afin que ce programme parvienne réellement à réduire au minimum les erreurs qui pourraient survenir, il doit absolument être obligatoire, a insisté Alan Spatz, directeur du département de pathologie de l’Hôpital général juif.«Les pays dans lesquels le contrôle de la qualité est basé sur le volontariat, ça marche moins bien», fait remarquer le chercheur qui a dirigé des groupes en cancérologie en Europe.«On constate que les pays où ça marche le mieux, comme les Pays-Bas, possèdent une assurance qualité qui est organisée par des agences spécialisées, composées de professionnels prenant des décisions qui sont imposées à l’ensemble des professionnels», poursuit-il.Selon André Allaire, pour qu’un contrôle de la qualité soit optimal, il doit être appliqué à l’ensemble des activités d’un laboratoire.«Il faudra assurer la qualité des diagnostics tout comme celle de la douche pour se rincer les yeux, de l’entreposage des solvants ou de toute autre opération faite dans un laboratoire.Ça impose des responsabilités, comme la tenue des registres.Il faudra former du personnel pour assurer le suivi de toutes les mesures qui sont prises», souligne-t-il.De belles et bonnes mesures pour lesquelles il faudra investir de l’argent si on ne veut pas que les efforts soient vains, conclut-il.Le Devoir ECOLES SUITE DE LA PAGE C 1 La subtilité vient du fait que le Régime pédagogique ne dicte pas de façon obligatoire le temps devant être accordé à chacune des matières de base, dans la mesure où la matière est bel et bien enseignée et où les objectifs sont atteints.En exploitant ce flou, qui permet par exemple à certaines écoles de mettre un plus grand accent sur les arts ou encore les sports, on pourrait essayer d’aplanir les irrégularités dans les écoles juives orthodoxes.Ce genre de négociations fait frémir Pierre Curzi, porte-parole péquiste en matière d’éducation.«On a éradiqué en principe la religion de notre système d’enseignement public, cela ne se peut pas que par la porte d’en arrière on la réintroduise.[.] Il est question de négociations entre un Etat et une communauté.On ouvre la porte à toutes les négociations et à tous les compromis avec toutes les communautés.C’est une porte qu’on doit fermer», tranche M.Curzi.Jean-Pierre Proulx, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, constate pour sa part que cette voie est «incertaine».«La ministre ne peut faire que ce que la loi l’autorise à faire», note-t-il.Spécialiste des communautés juives, l'anthropologue Pierre Anctil juge pour sa part pertinente l’idée de considérer que l’enseignement judaïque répond à certaines exigences du programme scolaire québécois.«L’enseignement de la tradition juive ne s’éloigne pas fondamentalement des programmes plus laïques», croit le professeur de l’Université d’Ottawa.Il y voit surtout une solution de compromis acceptable qui permettrait d’éviter le débat devant les tribunaux.Quadrature du cercle Cela dit, même si on règle d’un coup de baguette magique la question du temps d’enseignement, l’enjeu du cours d’éthique et culture religieuse demeurera entier.Il s’agit d’une matière obligatoire dans le Régime pédagogique.Pour M.Anctil, il serait fort surprenant que les juifs orthodoxes consentent à traiter ainsi des autres religions.«C’est impensable pour eux d’enseigner Noël ou Pâques.Ils diraient que cela viole leur conscience.» Le problème équivaut à tenter de résoudre la quadrature du cercle.Comment arriver à un compromis qui ne fera pas vaciller le processus de laïcisation du système scolaire québécois, alors que le nouveau cours d’éthique et culture religieuse est soumis au test des tribunaux?Si les «négociations» avec les écoles orthodoxes échouent à l’échéance en septembre, il restera donc à voir comment le ministère et sa ministre agiront.Supprimeront-ils les subventions des écoles non conformes?Si tel est le cas, exigeront-ils que les écoles privées non subventionnées respectent le Régime pédagogique, comme le requiert la loi?Quelle que soit l'issue des pourparlers, une chaîne de dominos est susceptible de se mettre en branle.Le Devoir C’est clair Michel David epuis le temps qu'on demande à Michael Ignatieff de dire ce qu’il entend faire pour donner une signification concrète à la reconnaissance de la nation québécoise, il faut lui être reconnaissant d’avoir enfin répondu à la question: il ne fera rien.On s’en doutait un peu, me direz-vous, mais il est toujours préférable de l’entendre de la bouche du cheval.Dans l’entrevue qu’il a accordée jeudi à mes collègues Hélène Buzzetti et Alec Castonguay, du Devoir, M.Ignatieff a été d’une parfaite clarté.Selon lui, le fédéralisme canadien fonctionne bien et le Québec a tous les pouvoirs dont il a besoin pour s’épanouir.Là où M.Ignatieff est moins franc, c’est quand il présente la reconnaissance de la nation québécoise comme une entreprise pédagogique destinée au Canada anglais, qui voyait le nationalisme comme un danger.Quand il en a pris l’initiative, en 2006, il s’agissait plutôt de s’assurer l’appui des délégués du Québec dans la course à la succession de Paul Martin.La mémoire est une faculté qui oublie et M.Ignatieff s’était bien gardé de nous le rappeler depuis, mais il avait déjà fixé sans la moindre équivoque les limites de cette reconnaissance.Dans un document intitulé Bâtir notre nation (canadienne, il va dans dire), publié en septembre 2006, il écrivait: «Reconnaître le Québec — et les peuples autochtones — en tant que nations à l’intérieur du Canada n’équivaut pas à faire de nouvelles concessions.C’est simplement reconnaître un fait.Ce n’est pas non plus le r prélude à me nouvelle série de ^ tUl transferts de compétence.» 1P nari nue Il poursuivait: «Le Québec P M possède déjà l’autorité dont il a les Québécois besoin dans les domaines de la ^ santé, de l’éducation, de l’im- tiennent migration, de la formation de davantage la main-d’œuvre, de la langue UI” et de la culture pour protéger à se l’identité de son peuple et pour promouvoir son développe- débarrasser ment économique et social.» .des On compare slvent M.“novateurs Ignatieff à Pierre Elliott Tru- qU’à rapatrier deau, mais il y a une différence de taille.En 1980, l’ancien le pouvoir premier ministre avait fait „,., preuve d’une duplicité inqua- d élaborer lifiable en promettant des puY-màtrioc changements, que tout le monde au Québec avait inter- leurs prétés comme l’assurance d’une plus grande décentra!! politiques sation de la fédération.Personne ne pourra accu- culturelles ser l’actuel chef du PLC de fausse représentation.D ne fait même pas semblant d’entrouvrir une petite porte, en disant par exemple que «le fruit n’est pas mûr» ou que la priorité est actuellement de s’assurer que le Canada sorte de la crise économique le plus rapidement et le moins amoché possible.S’il devient premier ministre, et pour la durée de son règne, le dossier constitutionnel continuera de s’empoussiérer sur les tablettes.Pourtant, à l’exception de la frange trudeauis-te, les fédéralistes du Québec ont toujours souhaité une réforme constitutionnelle qui accorderait plus de pouvoirs au Québec, au moins dans les domaines directement liés à son identité.Le premier ministre Charest a trouvé dans l’actuelle récession un prétexte commode pour mettre ses demandes sous le boisseau.Un jour ou l’autre, il lui faudra pourtant y revenir.Or la position de M.Ignatieff est la négation même du programme constitutionnel du PLQ.D est vrai que, avec le départ de Benoît Pelletier, le rapport qui porte son nom semble avoir rejoint aux archives les nombreux programmes dont le PLQ a accouché au fil des ans, comme le Livre beige de Claude Ryan ou encore le rapport Allaire, qui est plutôt devenu le programme du PQ.Le moins qu’on puisse dire est que le tandem Jacques Dupuis-Christine St-Pïerre ne donne pas l’impression de vouloir partir en guerre pour obtenir l’exclusivité des pouvoirs en matière de culture et de communications.?Il est un peu étonnant d’entendre dire que M.Ignatieff courtise le vote nationaliste, alors que son discours annonce non seulement la consécration du statu quo constitutionnel, mais aussi de nouveaux empiétement sur les champs de compétence des provinces.Au lendemain de son couronnement, le mois dernier, il a déclaré que son objectif était de faire du Canada une «société du savoir», même si la Constitution reconnaît de façon très explicite aux provinces la compétence exclusive en matière d’éducation.Jeudi soir, au Sheraton, il a indiqué que la culture serait un autre élément central de son programme de gouvernement «La culture, c’est ce qui nous rend vivants [.].La culture, c’est la vitrine des peuples», a-t-il dit.Précisément Si elle est si essentielle à l’affirmation de la nation canadienne, cela devrait valoir aussi pour la nation québécoise.Manifestement, M.Ignatieff fait le pari que les Québécois tiennent davantage à se débarrasser des conservateurs qu’à rapatrier le pouvoir d’élaborer eux-mêmes leurs politiques culturelles.Qu’il lui suffit de promettre de rétablir les subventions supprimées idiotement par le gouvernement Harper.Finalement, il y a une autre différence entre Ignatieff et Trudeau.En 1980, ce dernier s’était senti obligé de faire miroiter des gains aux Québécois.Aujourd’hui, son successeur peut simplement leur promettre de les dépouiller moins que les conservateurs.A en juger par l’ovation qui lui a été réservée jeudi, cela suffit à plusieurs.mdavid@ledevoir.com C 4 I- E DEVOIR.LES SAMEDI 6 E T DIMANCHE ,1 II 1 N 2 0 0 9 EDITORIAL IGNAT1EFF ET LE QUÉBEC Rien dans les mains Michael Ignatieff ne manque jamais une occasion, chaque fois qu’il le peut, de se dire ouvert aux aspirations des Québécois.Jusqu’ici, son discours, vague à souhait, pouvait laisser espérer de la part d’un prochain gouvernement libéral l’octroi au Québec de plus de reconnaissance et d’autonomie.Il serait illusoire d’attendre quoi que ce soit à cet égard.Le chef du Parti libéral le reconnaît lui-même.Il n’a rien à offrir.D Bernard Descôteaux ans des entrevues accordées au Devoir et à The Globe and Mail juste avant la tenue d’un grand rassemblement partisan à Montréal jeudi soir, Michael Ignatieff a précisé sa pensée.La reconnaissance du Québec comme nation qu’il a été le premier à prôner n’a pas de signification particulière.C’était reconnaître une évidence, un état de fait.Point! Il ne faut attendre, d’un gouvernement libéral, rien de plus.Pas question donc de soumettre les institutions fédérales à l’autorité de la loi 101 au Québec, comme le propose le Bloc québécois.Pas question non plus d’accorder au gouvernement Charest la souveraineté qu’il réclame en matière de culture.Le chef libéral fait là un pas en arrière.Pendant plusieurs mois, il aura joué la carte nationaliste en laissant entendre subtilement qu’il comprenait le Québec et était désireux de faire la paix.Son entourage et lui nous rappelaient sans cesse l’appui donné à l’encontre des bonzes du Parti libéral à la reconnaissance de la nation québécoise, une proposition qui a fini par se rendre jusqu’à la Chambre des communes, où elle fut adoptée à la quasi-unanimité.Le message, à peine subliminal, était voilà un leader courageux et déterminé, à qui les Québécois pourraient faire confiance pour défendre leurs aspirations et faire avancer leur cause.La main tendue est tout à coup retirée.Michael Ignatieff revient à l’orthodoxie libérale voulant qu’il n’y ait pas lieu de modifier le fédéralisme canadien puisqu’il fonctionne bien et qu’ouvrir des négociations constitutionnelles serait ouvrir une boîte de Pandore.La chose n’est pas surprenante.Michael Ignatieff, si jamais il a eu quelque velléité de s’engager envers le Québec, se sera fait rappeler par l’es-tablishment du parti qu’une trop grande ouverture à l’égard de cette province pourrait lui coûter des votes précieux dans le reste du Canada.Pas de traitement particulier pour le Québec.La position du chef libéral a tout au moins le mérite de la franchise.Mieux vaut savoir maintenant qu’il est pour le statu quo que découvrir trop tard qu’il ne tient ses promesses qu’à moitié ou pas du tout.comme ce fut le cas pour plusieurs des engagements pris par Stephen Harper, qui pour cette raison ajustement presque perdu totalement la confiance des Québécois.Cela étant, Michael Ignatieff fait le pari que le vote massif de protestation contre les conservateurs qui se prépare au Québec ira majoritairement vers le Parti libéral plutôt que vers le Bloc québécois.Il compte s’approprier ce vote en affirmant que seul un vote libéral peut assurer la défaite des conservateurs.Que seul un vote libéral peut garantir le retour des subventions aux entreprises culturelles.Ce discours de Michael Ignatieff est un classique du genre.Il ne nous invite pas tant à voter libéral qu’à défaire les conservateurs, ce qui aurait pour effet de déplacer notre point d’attention et de ne pas mettre en doute les politiques qu’il entend mettre en œuvre.Le piège est là II est d’autant plus dangereux que Michael Ignatieff revient à l’orthodoxie libérale des années Chrétien.Il n’est pas en train de changer le Parti libéral, condition essentielle pour renouer avec le Québec.AIDE À L’AUTO Les chars, ça fera! .près avoir obtenu d’Ottawa qu’il injecte pas moins de A 10,8 milliards de dollars de fonds publics pour leur venir en aide cette année, voilà que les constructeurs de bagnoles nord-américains, appuyés par leurs associations de concessionnaires, reviennent à la charge pour —1 ajouter de la crème sur le gâteau.Hier, en conférence de presse, ils ont pressé le gouvernement Harper d'injecter une autre tranche de 350 millions pour inciter les propriétaires de voitures vieilles d'au moins dix ans à se procurer un modèle neuf.Agir ainsi aurait le double avantage, disent-ils, de stimuler la demande pour des autos neuves, dont les ventes sont en chute libre depuis l’automne, et bien sûr de réduire la pollution.Comme si ces gens qui ont toujours été opposés aux nouvelles normes antipollution des gouvernements venaient subitement de se convertir au vert! Selon la proposition empruntée à quelques pays européens, où elle a eu un effet positif temporaire sur les ventes de voitures neuves, Ottawa devrait accorder un crédit d’impôt de 3500 $ par auto échangée.L’histoire ne dit pas si les acheteurs auraient le choix du modèle, mais compte tenu du sans-gêne des constructeurs nord-américains, qui ont toujours revendiqué des mesures protectionnistes pour masquer leur incurie, on peut supposer que le choix serait restreint aux seules voitures qu’ils mettent en marché eux-mêmes, soit les moins fiables et les plus énergivores de l’industrie.Trêve de plaisanterie, ces considérations sont sans importance, puisqu’il faut s’opposer à quelque programme que ce soit dans le genre.Comment peut-on être assez irresponsable et nombriliste pour revendiquer des gouvernements qu’ils empruntent un tiers de milliard supplémentaire afin d’encourager les familles à s’endetter elles-mêmes d’au moins 20 000 $ chacune pour «changer de char ?» Le Canada n’a-t-il pas déjà assez fait pour cette industrie coupable de tant de problèmes financiers et environnementaux, collectifs et familiaux?Et de toute façon, il existe déjà un petit programme fédéral appelé Adieu bazou qui vise à retirer des vieilles bagnoles de la route en échange d’un laissez-passer de transport en commun, pas d’une voiture neuve! S’il faut absolument emprunter à l’heure actuelle, ce n’est certainement pas à l’achat de voitures neuves que l’argent doit aller.Même sur le plan strictement économique, le projet n’a pas de sens puisque, si la demande pour des autos neuves a ralenti récemment, ce n’est qu’une question de temps avant quelle ne reparte à la hausse.Devancer le mouvement alors qu’il y a tant à faire ne serait que gaspillage de fonds publics.r ^ f 1 w r i Jean-Robert Sansfaçon LE FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l’information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND IA N f i1* LETTRES PAnÇ L’fçf’ACC.La vue bouchée d’Israël Monsieur Yoram Elron, consul général d’Israël au Québec, vous nous écriviez ici même pour nous éclairer sur la perspective israélienne.Après la lecture de votre déclaration, je dois vous remercier de nous aimer, de nous comprendre et bien sûr de trouver que nous faisons preuve d’ouverture d’esprit, sauf sur le sujet qui vous intéresse.Toutefois, vous nous servez la rhétorique de la victime incendiaire.Bien sûr, nous n’avons pas toute votre perspective historique, mais nous gardons à l’esprit qu’en 1947, ce que les Nations unies ont «offert» aux Palestiniens, ce n’est rien de moins que de les débarrasser de leur territoire.Ils y vivaient pourtant depuis des siècles sans faire appel à vous.D’où, peut-être, leur colère.Vous oubliez aussi que ces mêmes Nations unies, vous n’en respectez guère les résolutions.Qu’est-ce que cet organisme représente donc réellement pour vous?Par ailleurs et contrairement à vos dires, nous ne sommes pas dupes de quelques journalistes ou d’infâmes intellectuels.Nous pouvons nous vanter de recevoir un traitement médiatique beaucoup plus équilibré que celui de nos voisins américains, qui ne se doutent même pas que les Palestiniens sont des êtres humains avec des noms et une histoire.On peut se demander si le soutien indéfectible de votre puissant allié pourrait dépendre d'un tel biais dans l’information.R E Écrans de fumée Je vous accorde que les tireurs de roquettes de Gaza sont des nuisances intolérables, mais quelle sympathie pensez-vous vous attirer en proclamant la nécessité d’une «réponse disproportionnée».Poser la question, c’est y répondre.Ces propos, tenus par de hauts dirigeants israéliens, ont quelque chose de sanguinaire qui dépasse le simple ras-le-bol, mais trahissent plutôt une vieille habitude revancharde et impitoyable.Vous nous demandez ce que feraient les autres nations.On semble connaître votre réponse, alors je vous retournerais la question, monsieur le consul général.Que feraient les autres nations à la place des Palestiniens?Comment se sentiraient-elles, si elles étaient forcées de subir pendant des décennies la déportation massive, la répression, l’appauvrissement, la dépossession et le dénigrement au contact d’un voisin puissant, qui est armé jusqu’aux dents avec le meilleur maté riel militaire qui soit et qui ne se gêne pas pour s’en servir?On devrait peut-être leur offrir un territoire bien à eux et à l’abri, à moins que vous n’ayez d’autres suggestions, vous qui partagez nos valeurs?Ronald Collette Boucherville, le 4 juin 2009 L’anglais avant tout Le 17 juillet 2008, Isabelle Porter, journaliste du Devoir basée à Québec, a com- VUE DE PRES ?Ma non Cornell ier injection de 10,5 milliards de dollars dans General Motors par les gouvernements fédéral et ontarien fait grincer beaucoup de dents.Chroniqueur conservateur, Terence Corcoran, du Financial Post, est tout chamboulé.Selon lui, le problème est qu’on a épargné la faillite à GM et permis à cette «vieille industrie automobile nord-américaine, geignarde, quêteuse de subventions, protectionniste et syndicalement coincée».Corcoran rappelle que les fonds injectés par le gouvernement ne serviront pas, pour l’essentiel, à rebâtir l’entreprise, mais à renflouer le régime de retraite des employés.Le journaliste est furieux, car il estime que les Canadiens ont déjà largement payé pour aider cette entreprise, à travers des tarifs douaniers onéreux sur un grand nombre de véhicules.Il évalue ce coût à au moins 10 milliards sur dix ans.Et, malgré ces tarifs, les constructeurs américains n’ont pas su s’ajuster.Le chroniqueur craint qu’Ottawa n’ait créé un précédent qui poussera d’autres entreprises, incapables d’assumer les coûts de leur régime de retraite, à cogner à sa porte.Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, est du même avis.D sera pratiquement impossible, à l’avenir, de refuser de venir en aide à d’autres industries en difficulté, dit-il.D rappelle que, à la sortie de cette récession, le gouvernement devra hausser les impôts et taxes et réduire ses dépenses pour rétablir l’équilibre budgétaire.Pas une région n’acceptera de payer la note, pas une industrie, pas un groupe dépendant de la générosité d’Ottawa Thomas Walkom, du Toronto Star, estime qu’il est louable que les deux gouvernements aient voulu soutenir l’industrie canadienne, mais il doute des moyens choisis.Ce n'est pas en devenant des partenaires minoritaires dans l’entreprise qu'ils auront l’influence qu’ils prétendent.GM est maintenant contrôlé par le gouvernement américain et par personne d’autre.Et ce gouvernement a des intérêts à défendre qui ne sont pas ceux du Canada Si davantage d’emplois doivent disparaitre, ce ne seront plus ceux aux Etats-Unis, prédit-il, d’autant plus qu’Ottawa n’a obtenu aucune garantie au sujet d’un plancher d’emplois.D pense que le Canada aurait pu suivre l’exemple de l'Allemagne, qui a cherché à sauver la filiale Opel en en prenant partiellement le contrôle et en trouvant de nouveaux partenaires, dont le Canadien Frank Stronach.Un peu de compréhension Le Toronto Star, lui, estime que les premiers ministres Harper et McGuinty n’avaient pas d’autre choix, car il n’y avait pas que les emplois chez GM qui étaient en péril, mais aussi les emplois directs et indirects que cette entreprise génère.Ils devaient agir pour éviter un effet domino, écrit le Star.Le Winnipeg Free Press comprend qu’une faillite de GM aurait eu un effet douloureux sur l’économie et que cette éventualité a «poussé Stephen Harper à franchir le Rubicon».Le Halifax Chronicle-Herald se montre lui aussi compréhensif, mais il note que le plus dur commence pour les deux gouvernements: trouver la porte de sortie.La chaîne SunMedia conclut elle aussi que «laisser GM sombrer n’était pas une option».Si le contexte avait été différent, écrit-il, il y aurait eu lieu d’hurler.SunMedia n’est pas ravi de l’entente, dont il critique les points essentiels, mais l’inaction aurait été encore plus coûteuse.Chroniqueur pour la même chaîne, Greg Weston relève qu’il s’agit quand même d’une somme mirobolante.Pour le même prix, les deux gouvernements auraient pu verser 10 000 $ à 1,5 million de Canadiens pour l’achat d’un véhicule, ce qui aurait peut-être fait davantage pour relancer GM.James Travers, du Toronto Star, est en muniqué en primeur mon intention de me présenter à la mairie de Montréal.Avec la candidature de Louise Harel, j’annonce que je me retire de la course et que j’offre mon soutien à l’ex-ministre péquiste.Il y a quelques semaines, j'ai publié un essai intitulé Anglaid, qui dénonce l’ethnocentrisme linguistique et culturel des anglophones, en général.Je me doutais bien que nos médias n’allaient pas trop bien accueillir mon ouvrage, et certains ont même osé me traiter de raciste.L’éditorial publié dans The Gazette du jeudi 4 juin, dans lequel on compare Mme Harel à Mom Boucher, ne fait que me donner raison.Bien sûr, bon nombre de leaders anglophones ont réagi à ce texte en émettant des propos plus modérés, voire positifs à l’égard de la candidate, mais, en général, les anglophones ne sont pas de cet avis.Je connais peu d’endroits dans le monde où un maire, éclaboussé par autant de scandales, n’aurait pas eu à démissionner.Pourtant, je vous prédis que les anglophones de Montréal voteront massivement pour Gérald Tremblay le Tr novembre prochain.L’important, pour les anglophones de Montréal, est que le maire encourage la progression de l’anglais.Les questions de bonne gouvernance et d’honnêteté sont superflues.Michel Brûlé Editeur S E désaccord avec son équipe éditoriale.Selon lui, GM a obtenu ce qu’il voulait des contribuables.«Comme ils ne voulaient pas acheter ses véhicules, elle a vendu à leurs gouvernements une tranche de l’entreprise se trouvant au bord de la faillite.» Travers est surtout furieux que des milliards soient investis sans qu’il y ait un véritable débat public ou une évaluation des solutions de rechange.«Le gros bon sens aurait dicté de protéger les employés contre les pires effets de la récession, tout en les préparant pour une économie en évolution.Les gouvernements ne devraient pas favoriser une entreprise ou un secteur, un point que ne manqueront pas de faire ressortir les travailleurs forestiers.» A son avis, les gouvernements auraient dû investir là où le risque était moindre et où le rendement était meilleur.En passant La décision du gouvernement Harper de permettre aux victimes de terrorisme de poursuivre les responsables, y compris les Etats commanditaires, a suscité un certain cynisme.Don Martin, du National Post, se demande si «6653, route de la Cave, Troisième montagne à gauche, Pakistan», est la bonne adresse pour envoyer une sommation à Oussama ben Laden.Il soupçonne le gouvernement d’avoir pondu ce projet de loi simplement pour permettre aux avocats d’avoir du travail durant la récession.Martin dit n’avoir rien vu û’«aussi ridicule».D rappelle que le système judiciaire canadien est engorgé, et on veut que des gens s’y engagent en accusant des étrangers et des Etats pour obtenir des indemnités dont ils ne verront jamais la couleur.Quelle perte de temps, prédit-il.«Mais quand un gouvernement se débat pour tenter de détourner l’attention de son film-catastrophe sur l’économie, tout est permis.» nicornelUeridledevoir.com 06 .1 II I N 2 0 0 » L E DEVOIR, LES S A M E I) I
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