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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-05-14, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 M A 1 2 O O 5 LITTÉRATURE Sur les traces de Gabrielle Roy Page F 3 ?LE DEVOIR ?INTERNET Au secours du surréalisme Page F 5 B/ o Fernand Ouellette : chronique de l’intemporel PIERRE NEPVEU se présente comme une Première tranche d’un ensemble de 325 poèmes écrits par Fernand Ouellette entre janvier 2003 et mars 2004, L’Inoubliable marque en quelque sorte, et de façon superlative, un retour du poète après une longue période durant laquelle c’est l’essayiste, autobiographe, lecteur, mélomane et commentateur des mystiques, qui aura donné sa pleine mesure.En fait, depuis Les Heures, paru en 1987, Ouellette n’avait publié en dix-huit ans qu’un seul véritable nouveau recueil.Au-delà du passage, en 1997.Plus récemment, le très beau Choix de poèmes (1955-1997) permettait de retracer le parcours de l’oeuvre et d’en mieux mesurer le caractère à la fois très cohérent et singulier dans la poésie contemporaine: quelle soif, quel ardent désir, chez Ouellette, de conju-L'Inoubliable Ter la médiocrité et la violence du monde, quelle aspiration sans cesse réaffirmée à l’allégement, à l’élévation, à l’Esprit, à la pure lumière! Le meilleur de sa poésie aura toujours tenu à la hauteur de cette demande en même temps qu’à la difficulté d’y répondre, à ce risque constant d’une retombée ica-rienne dans l’opacité du corps «Ouyssee dans et du monde.Il y a chez Ouellette une véritable violence de l’exigence spirituelle et de la vie intérieure, aux antipodes de la sérénité ironique et toujours un peu zen que l’on trouve chez son contemporain Jacques Brault Cette violence, qu’il ne faut pas confondre avec celle qu’exercent si souvent les pouvoirs ët qu'a toujours clairement dénoncée Ouellette, elle caractérise aussi le mouvement même de l’écriture, son surgissement irrépressible.L’auteur ûu Journal dénoué et de Figures intérieures a raconté comment certains de ses recueils les plus forts, Dans le sombre et Les Heures en particulier, ont été écrits en quelques jours ou quelques semaines, dans un état d’incandescence poétique sejnblable à celui que connut Rilke quand il écrivit les Elégies de Duino.Produit de cette même violence inspirée, L’Inoubliable se présente comme une «odyssée dans le vertical», vécue quotidiennement pendant quinze mois, ce qui n’est pas rien: le caractère explicite de ces conditions d’écriture, exposées par Ouellette lui-mème en quatrième de couverture, donne au projet poétique un caractère de témoignage, de relation d’une expérience hors du commun, soutenue dans sa fulgurance.Plusieurs poèmes nous situent d’ailleurs d’entrée de jeu dans une quotidienneté matinale, au bord du monde pourrait-on dire: «À chaque lever, il faut se déprendre / de la nuit» ou encore: «Ce matin, les échos me parviennent/Du plus haut, de l’arête du monde».le vertical» VOIR PAGE F 2 : OUELLETTE HÉLÈNE DORION HÉLÈNE DORION J KAN FRANÇOIS NADEAl) ENTRETIEN L’humour noir de Dominique Noguez JEAN-FRANÇOIS NADEAU Il traite de choses sérieuses, mais ceux qui ne l’ont jamais lu continuent de le prendre d’emblée pour un farceur au naturel modeste.Peut-être est-ce à cause des titres un peu cocasses de certains de ses livres?Le nouveau, en tout cas, slntitulç Vingt choses qui nous rendent la vie infernale (Editions Payot).Et ce n’est pas un manuel simplet à l'usage d’esprit en quête de «croissance personnelle».Au-delà de la blague que constitue un titre pareil, Vingt choses qui nous rendent la vie infernale navigue à travers les canaux difficiles de l’humour avec un réel effort pour cerner les fléaux modernes de l’existence.Prix Femina pour son roman Amour noir, Dominique Noguez tient depuis des décennies le Québec pour sa seconde patrie.Il y a vécu.Il y a enseigné.Notre cinéma l’a passionné et le passionne encore.«Je regrette cependant beaucoup la disparition du Festival de Bloy en France.Depuis, je vois bien sûr moins de films québécois.» Dans nombre de livres de Noguez, la société québécoise est tout naturellement appelée en renfort, au détour d’une phrase ou d’une réflexion.En fait, Noguez est peut-être le plus québécois des écrivains français.Lucidité Sa forte réputation littéraire, Noguez la doit en partie aux qualités de son humour noir.Un humour moulu toujours très fin, sans cesse mis au service d’une pensée d’une extrême lucidité.Si André Breton refaisait aujourd’hui son Anthologie de l’humour noir, il y a fort à parier que des extraits de l’œuvre de Noguez y figureraient L’humour, cet essayiste doublé d’un romancier le considère comme un idéal quasi impossible à atteindre.«L’humour detnande des vertus considérables.Il faut à la fois être très proche du monde, savoir le cerner, et en même temps faire preuve d’une distance vertigineuse.Les humoristes véritables vont à la mort.Au fond, se suicider, c’est aller au bout de l’humour» En somme, l’humour n’a pas à être forcément drôle.L’ironie, la satire et l’humour noir, Dominique Noguez les manie avec style.Dans Vingt choses qui nous rendent la vie infernale, un peu comme il le faisait dans Comment rater complètement sa vie en onze leçons, il peste sur plusieurs registres différents contre des travers de l’humanité, notamment les intrusions du religieux dans la sphère de l’Etat.La, le ton est plutôt au sérieux, voire à la charge pure: «La laïcité n’a rien à voir avec la tolérance.Elle est abstention, neutralité, espace sans rien de manifesté et qui agresse: il n’y a donc rien à tolérer.Tolérer, c’est autre chose: c’est subir une agression en faisant comme si on ne la subissait pas.» Contre la «bien-pensance», Dominique Noguez se déclare libre.D affirme avoir «l’impression de défendre les vraies positions de gauche», celles d’une gauche qui refuse les manichéismes, les amalgames et les stéréotypes.La gauche, selon hü, doit savoir se montrer critique en tout, avec ce qu’il faut de doutes et de nuances.Pour un écrivain, que faut-il craindre le plus aujourd’hui?«La littérature est un territoire plus que jamais à défendre.» A son sens, l'enseignement de la littérature en France s’apparente à un véritable désastre.«On a trop écouté les pédagogistes», plaide-t-il.Noguez trace un constat catastrophé des départements des «sciences de l’éducation», un peu à la manière ici d’un Jean I .arose, avec qui il a d’ailleurs déjà publié un petit essai consacré à Arthur Rimbaud.«Je crois que je n'ai jamais rencontré Jean iMrose.On nous avait mis ensemble dans un livre, dont je suis très heureux par ailleurs.» Noguez n’en revient pas qu’on ait supprimé de l’enseignement actuel la place des grands classiques pour y substituer la lecture des journaux et se contenter ainsi de suivre l’actualité médiatique au quotidien.L’emprise de la télé «Nous semmes arrivés à une nouvelle phase en regard de la littérature.On assiste aujourd’hui au triomphe absolu de la classe télévisuelle.Seuls les livres qui passent à certaines émissions connaissent du succès.» Il déplore qu’on invite à la télé presque uniquement les auteurs de «faux livres».«Chez Thierry Ardisson, l’animateur de Tout le monde en parle en France, on présente les mémoires du meurtrier de M.Untel, les bouquins rédigés à la sauvette par des nègres, les pauvres romans de personnalités diverses.» Avant d’être pincé pour plagiat, Ardisson avait pourtant «lui-même des aspirations envers la littérature».«Michel Drucker critiquait il y a peu le dernier Calixthe Beyala dans Le Nouvel Observateur/ Drucker affirme lui-même qu'il n'a pas passé le baccalauréat, mais il publie une critique littéraire dans un journal qui se veut sérieux! Plusieurs de ses phrases sont naturellement ridicules, prud’hommesques.» Quelle autorité ont des hommes de télé pour se faire soudain critiques littéraires?Aucune.«Et pourtant, ce sont eux désormais qui ont le pouvoir de la critique.» Que faire?«La littérature doit peut-être redevenir clandestine.On devrait le plus souvent refuser d’aller à la télé.La résistance se fait dans l’ombre.Aux Etats-Unis, notamment, la littérature survie comme ça.» VOIR PAGE F 2 : NOGUEZ «La littérature est un territoire plus que jamais à défendre » s LE DEVOIR.LES SAMEDI IV ET DIMANCHE 15 MAI 2005 F 2 «"Livres ^ Les carnets d’un flâneur NOGUEZ «Au XIX" siècle, Victor Hugo se vendait et il appartenait néanmoins à la littérature.Il faut considérer les livres un à un.» LITTERATURE QUEBECOISE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les ruelles portent leurs propres histoires, leurs richesses négligées.SUITE DE LA PAGE F 1 Évidemment, les livres qui ont du succès ne sont pas forcément mauvais.•Certains livres qui se vendent bien sont de bons livres.Mes amis Houelbecq et Beigbeder écrivent de vrais livres.Au XIX' siècle, Victor Hugo se vendait et il appartenait néanmoins à la littérature.Il faut considérer les livres un à un.» Une relance Certaines propositions pour relancer l’intérêt envers le livre lui apparaissent risibles.Après les librairies-café-musique, il propose A'«imaginer des librairies-restaurants, des librairies-pâtisseries, des librairies-cordonneries.Dans les librairies-restaurants, deux solutions: un livre offert, au choix, avec le plat du jour ou une lecture à voix haute, pendant le repas, comme dans les monastères.» L’avenir de la littérature se conjugue bien sûr étroitement avec celui de la langue.«En France, nous en sommes désormais là où le Québec était dans les années 1960.La langue de tous, la langue du peuple, les ouvriers ont compris d’instinct que c’est une cause naturelle des travailleurs, comme le comprenaient parfaitement au Québec Gaston Miron ou Michel Chartrand.» Mais le succès relatif de la politique linguistique québécoise n’est-il pas en quelque sorte un arbre qui cache la noirceur de la forêt?«Je ne suis pas naïf.Les Québécois sont très fiers de lutter Dominique Noguez Vingt choses qui nous rendent la vie infernale contre les anglicismes.Ils se moquent de l’usage français de mots tels “parking" ou “week-end”, mais en même temps, ils ne voient pas que des tournures entières de la langue qu'ils parlent sont de purs calques de l’anglais.Far exemple, le joli “tomber en amour" des Québécois n ’est rien d’autre qu’une traduction de “to fall in love”.«La lutte pour la sauvegarde de la langue demeure politique.Je n’appartiens pas à ceux qui se plaignent que la langue change au fil du temps.Ceux-là, au fond, ne s’offusquent pas que la langue française finisse par mourir, pourvu qu’elle meure pure! C’est absurde.» Le Devoir MARIE LABRECQUE Dépotoirs des objets oubliés, sales dépositaires de rebuts, bordels des chats errants, mou-roirs de vieux hangars, les ruelles montréalaises n’ont, a priori, rien de séduisant C’est la face cachée, presque honteuse, de la ville, l’ar-rierendécor qu’on n’expose jamais aux visiteurs; des chemins de traverse pour passants pressés, des territoires louches ou menaçants à éviter la nuit Pourtant les ruelles portent leurs propres histoires, leurs richesses négligées.André Carpentier, lui, aime l’aspect chaotique et improvisé de ce qui est une rue dont on aurait «retourné la manche et retroussé la culotte».L’écrivain témoigne de sa passion pour ces mal-aimées dans Ruelles, jours ouvrables, un récit déambulatoire.«La ruelle, comme je la ressens, écrit-il: une voie de l’arrière-monde où s’aboutent des jardins secrets et où des rêves se font face.» Pour ce Montréalais de naissance, à qui sa ruelle de Rosemont a servi de terrain de jeu et d’apprentissage, c’est aussi le territoire de l’enfance, le «paysage originel».Après avoir marché au bout du monde, et grimpé le mont Kailash au Tibet, l’auteur de Mendiant de l’infini (Boréal, 2002) est parti cette fois en errance dans sa propre ville, en empruntant sa porte arrière: les ruelles.Pendant trois ans, André Carpentier a arpenté, les poches pleines de carnets de notes, ce réseau parallèle faisant 475 kilomètres, du revers embourgeoisé du Plateau Mont-Royal aux ruelles de la Petite Patrie qui font peur aux vieilles dames.Une belle idée.Dans ce livre impressionniste, découpé suivant le cycle des quatre saisons, il évoque les personnages et les paysages mouvants de ce théâtre familier, croqué dans l’immobilisme hivernal ou livré à l’animation de l’été, alors qu’il devient une extension du foyer.Espace «mixte, façon de sous-rues contribuant à gérer le contraste entre le privé et le public», la ruelle offre en effet une vitrine inégalée sur l’intimité des citadins, sur leurs balcons, leurs petites cours grillagées.Ce qui fait d’ailleurs de l’observateur trop scrutateur — André Carpentier l’apprendra assez tôt — un intrus aux motivations suspectes, un rôdeur mal intentionné, voire un pédophile potentiel aux yeux de certains résidants méfiants.Tableaux du quotidien Dans ses déambulations, le flâneur surprend parfois des bribes de scènes saisissantes, mais il re- cueille surtout des tableaux issus du quotidien.Comme ce joli passage: «Dans une cour, sous la surveillance de grands-parents épuisés qu’on n ’imagine pas enfants, jouent au voyage de noces des enfants inépuisables de leur enfance qu’on n’imaginerait pas autrement qu’en-fants.Des femmes à portée de vue et de voix, sur des galeries, dans un caprice dé rampes, de barreaux et de pilastres, échangent des médisances en étendant le linge purifié des salissures de la semaine.» Des gamins, des matous, des hommes bichonnant leurs voitures, des couples à peine pubères, des retraités désoeuvrés: toute une fais ne bigarrée que l’écrivain recrée, imagine parfois à partir de «ce qui exsude de leur état d’être», sur laquelle il projette des histoires, des sentiments, des motivations.«Ce que l’on sait distinctement des gens n’est que de l’ordre de leurs propriétés banales; mais n’est-ce pas le reste qui importe, j’entends ce qui échappe à cette connaissance de surface, ex-püque-t-iL Mais ça, comment y accéder, sinon en s’inventant les gens qu’on croise, non pas de toutes pièces, bien sûr, mais en leur composant, sur la base de signes pleins ou maigres, peu importe, une solidité pour soi d’abord.» La déambulation qu’accomplit André Carpentier, elle est aussi bien sûr à travers l’écriture; ses dérives physiques sont également des errances intellectuelles.Le professeur de ITJQAM a poétisé, magnifié ces fragments de vie saisis au hasard des ruelles et le théâtre journalier qui s’y joue.Il nous promène à travers un dense dédale littéraire, parfois proche de l’essai, nourri de citations et de diverses réflexions.Au risque de tendre parfois trop vers l’abstrait (une «ruelle aménagée pour maintenir chez les riverains un profond rassemblement de l’être»).Comme l’auteur nous y convie lui-même.Ruelles, jours ouvrables se lit préférablement par «bribes et par secousses», ce qui permet d’éviter un certain effet de réitération dans les accumulations de descrip lions et d’impressions générales.Tressé d’images évocatrices et ouvragées, le livre réussit en tout cas l’essentiel: inciter le lecteur à partir lui-même à la découverte des ruelles, à regarder d’un œil neuf ces trésors cachés qui composent l’envers de nos quartiers.RUELLES, JOURS OUVRABLES André Carpentier Boréal Montréal, 2005,364 pages BOSÊAi Marie Poèmes «Marie Uguay tourne le destin en écriture, émouvante.» Extrait de la présentation de Jacques Brault 216 pages 19,95 $ Boréal www.ediiionsboreal.qc.ca Les soleils incendiés Marie-Andrée Donovan Sous les soleils calcinés couve une mémoire perdue qui n’attend que de se libérer.PRIX DES LECTioRS RADIO-CANADA 2005 Cloître d’octobre Claudine Ducas.se 1 Cwiçflfinoè&diés Clarisse et Basile, dont l’enfance aura été irrémédiablement souillée, quitteront très jeunes leur village de la Gaspésie.Ils y reviendront beaucoup plus tard afin d’exorciser leurs vieilles blessures.Les enfarges du temps Chantal Motard I jes vnfMigri.du temps lYmoimMii destin d’une leimne aux [Mises avec la vie.l'amoui et la nu Ml.les poèmes de ( ‘.hantai Motard manilestent une étonnante invention verbale et une nniscience aigue de la dynamique des mots.UH.U II UOM IU Ml édition poésie Partir comme jamais Alain Raimbault Partir l.e voyage prend la for me d un mmvenii imjwvssible à soutenu, la qiiète d'une vie à deux, brisée.l’.xpl< n at ion dt l’absence, tuiuvelle géographie du sud.Conversation poétique ( '.onesfnnulance entre Alfred DesRoehers et Harn Bernard Au fil de leur longue • conversation poétique •, se dégage un témoignage authentique de deux hommes de lettre-s livrant leurs pensées intimes sur l’institution littéraire qui se met en place.*?#/! ./ ifv ethhem tris savantr.préparer airx beaua-mp de som.* Michel Lapterre, Le Drvotr, 7-8 mai 2005 fww.livrt sques.ca tlVMrl Xk Les Éditions î David tions.davui/home (613)830-3336 OUELLETTE SUITE DE LA PAGE F 1 Il ne s’agit donc aucunement, comme le concevra sans peine tout lecteur de Ouellette, d’un retour aux choses ou aux affaires courantes, mais plutôt d’un éveil à la nécessité de se dépouiller chaque jour de toute contingence pour accéder à «la nudité intime», pour «affronter l’ampleur / du bleu», le domaine infiniment désirable et redoutable de «l’intemporel».C’est bien cela, «l’inoubliable» dont parle le titre et qui, ces dernières années, est devenu le terme (tant comme objet que comme finalité) d’une véritable «conversion» dont l’essai paru en 2002, Le Danger du divin, avait déjà fixé les contours spirituels et théologiques, mais en marquant du même coup clairement la distance qui sépare cette expérience religieuse du domaine propre à la poésie et à l’esthétique.Question difficile: à quel moment l’aventure spirituelle la plus décisive se déro-be-t-elle pour de bon au langage forcément ambigu et troué de la poésie?L’Inoubliable assume les conditions de cet accès à l’absolu: il s'agit d’un livre d'apprentissage qui dessine des tâches à accomplir, des nécessités auxquelles on doit répondre: «J'apprends, peu à peu, à sillonner le fond/ De midi, son apparence d’incréé./ Tâche fugace du seul langage / Qui s’est déjà mesuré à l’espace».Ouellette, qui s’est beaucoup raconté dans ses essais, ne s’était jamais à ce point exposé dans sa poésie, à la fois dans son désir de transcendance, ses aspirations à l’essentiel, et dans ses échecs, ses fatigues, ses manques, ses épreuves.Dans certains des passages les plus émouvants, nous le trouvons «serein sur la rive» et il en faut de peu, dit-il, pour qu'«[il] se sente parfois immobile»: tenté de se fixer, de se figer, alors que tout, il le sait bien, exige un mouvement vers «le but innommable.En altitude».Il y a dans ces pages la relation d’une quête dont la hauteur ne connaît pas beaucoup d'équivalents dans la littérature québécoise, et cela comporte des moments de pure beauté poétique, par exemple dans le «Double voyage» de deux amis, décrits comme «Tout fébriles, agrandis d’images / Annoncées de l’Asie», tandis que le poète resté au sol poursuit son propre périple dans les mots: «Je reviens dans mon propre espace / Dans le poème en cours / De même que les voyageurs vont maintenant / Un vingt-quatre juillet / Par-delà la mer, au-dessus des glaces./ Mêlés aux heures./ Volant vers des montagnes du bout du monde».Bémol Tout, dans ce recueil — et je le dis à regret étant donné l’ampleur de l’entreprise —, ne se maintient cependant pas à ce niveau poétique et souvent on glisse dans l’explication et la paraphrase.La transition constante du «je» au «nous» est aussi un passage vers la généralité, qui ne va pas sans leçons («Il faut tant de limpidité en soi / Pour que le cœur apprenne à vivre la terre»; «Il faut pouvoir se fondre dans le bleuté»).L’abstraction, le concept ont toujours fait partie de la poésie de Ouellette, mais dans Les Heures, par exemple, que je tiens pour un sommet admirable, ce langage conceptuel était inséparable d’une épreuve d’arrachement au corps mortel, à la fois vécu de l’intérieur et exposé à des témoins sidérés.Ici au contraire, il arrive fréquemment que le métaphysique trône seul, comme dans ce poème qui nous enjoint d'«attendre /À l’entrée de l’infini, / La gloire soudaine, innommable, / Lorsque tout est silence / Et que l’inattendu, l’extrême / Se déplie en nous».Plutôt que le choc d’une expérience vécue dans le poème, j’ai souvent ressenti dans ces pages une démarche exposée, explicitée, prolixe, où ce «tremblé du sens» dont a parlé Jean Pierre Girard survenait trop peu.Comme si la direction, la destination m’étaient indiquées avec un excès d’insistance, me laissant spectateur, en mal d’«éclat» et de «vibration».L’INOUBLIABLE Chronique I Fernand Ouellette L’Hexagone Montréal, 2005,326 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasionbellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES. LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MAI 2 0 0 5 Vertiges de l’amour Ce premier recueil de nouveDes de Lisa Moore, paru en 1995 sous le titre de Degrees of Nakedness, fut une révélation au Canada anglais.Le romancier Douglas Glover salua les nouvelles •fines, imprévisibles et sophistiquées* de l'auteure.Dans Les Chambres nuptiales, qui vient d’être traduit en français, Lisa Moore montre comment l’amour et le désir sont parfois source d’émerveillement, parfois un piège.Le magnétisme sexuel les jeux de séduction, les jours de fièvre et d’attente, la dépendance affective, la possession, la jalousie, l’infidélité, la so- Suzanne litude, servent de point Giguère d’ancrage à ces histoires intimistes, tendres ou follement érotiques.Chaque nouvelle est traversée d’images grisantes d’une étonnante douceur qui contraste avec les climats d'embrasement et de tourment suggérés par l'auteure terre-neuvienne.Lisa Moore s’accroche aux mots comme si elle tenait la ficelle d’un cerf-volant.Tandis qu’elle le ramène, la signification se perd pour être remplacée par des associations libres et des carrefours d’interactions.•Moore se sert de l’art comme métaphore et métamorphose l’art en la vie», écrivait encore Douglas Glover.Une pincée d’humour et d’ironie Dans Le mamelon du paradis, une mère s'attend à vivre son accouchement comme une épipha-nie.Elle plonge dans une dépression post-partum.Après avoir échantillonné et décortiqué point par point les sentiments ambivalents de la jeune femme, Lisa Moore nous entraîne dans une réflexion sur le mariage vu d'un point de vue marxiste: «Le mariage est un contrat d'affaires par lequel les femmes vendent aux hommes des droits sexuels exclusifs, permettant aux mâles de contrôler les moyens de reproduction en échange de la sécurité financière.» La nouvelle se termine de manière insolite avec l’histoire de la découverte de l'Amérique du Sud par Christophe Colomb.A l’époqpe où l’on croyait que le jardin d’Eden se trouvait sur la Terre, le navigateur supposa que l’eau douce qui se mêlait à l’eau salée à l’approche du continent coulait du mamelon du paradis.Oursin nous montre un homme incapable d’exprimer ses sentiments à la femme qu’il aime: «Tu ne m’as jamais dit que tu m’aimais, même quand je te suppliais.» L’obscurité s’affaisse «comme une tente» sur le couple en vacances dans une île de la baie Géorgienne au large de Terre-Neuve.La douleur du couple s’évanouit dans la lumière de l’aube.Le vent s’élève sur un champ de coquelicots.Nudité décrit l’ampleur de la cas- se apres une dispute entre amantes et s’interroge sur «la rage nécessaire pour causer tant de dégâts».Sur fond d’infusion de cannelle, de clous de girofle et de quartiers de pomme et d’orange.Avec une pincée d’humour et d’ironie, Lisa Moore raconte dans Carmen a la gonorrhée l’histoire d’une chanteuse qui vampirise ses admirateurs: -Ils tombent à la renverse, se couchent sur le dos aux pieds de Carmen, comme des chiots qui veulent jouer.• Réverbération à l’infini Purgatoire sauvage trace le portrait embrouillé d’un triangle amoureux pendant qu’au Guatemala une espèce de crabe creuse la terre et remonte en tenant dans ses pinces des tessons de poteries antiques.Dans Granulaire, l’auteure compare la lente montée du désir au thé qui envahit une cuillerée de sucre quand on n’y trempe que l’extrémité de la cuillère.Après un gros plan sur le grain de la peau des amants, dans une sorte de fondu enchaîné cinématographique, nous apercevons la femme à l’âge de cinq ans.Elle entre dans la mer jusqu’à la taille en tenant un sandwich hors de l’eau, une mouette le lui a arrache des mains.Une femme regarde une photo de famille: «Notre bonheur semble exagéré», pense-t-eDe.Elle essaie de se rappeler si cet après-midi était aussi dénué de soucis qu’il y paraît Haute tension décrit les rapports entre une mère et sa fille comparables à deux têtes d’allumette: vous les frottez et elles s’enflamment.Dans Ingrid attrape des flocons de neige avec la langue, c’est la relation d’un père avec sa fille qui s'avère difficile: «Avec Mary j’ai par-fins l'impression de jeter mon amour dans le vide.» C’est dans un monde de miroirs convexes que nous transportent les histoires sensibles et touchantes des Chambres nuptiales.L’art du récit qu'elle pratique s’appuie sur un effet de réverbération à l’infini.Lorsque la trame narrative se déchire, des images surprenantes surgissent des sensations glissent les unes par-dessus les autres, puis, la vérité des êtres apparaît Chaque histoire est plus ordonnée qu’elle ne le paraît Tout est équilibré, calculé.Soulignons en terminant l’excellente traduction de Dominique Fortier, qui rend justice au style recherché et à l’imagination débordante de l’écrivaine.LES CHAMBRES NUPTIALES Lisa Moore Traduites de l’anglais par Dominique Fortier Boréal Montréal, 2005,198 pages LITTERATURE ^- Gabrielle Roy : les publications posthumes se poursuivent CAROLINE MONTPET1T Gabrielle Roy aura eu de nombreuses vies.Et sa vie posthume, par la publication d'œuvres inédites, n'aura pas été la moindre.Déjà, un an après sa mort la parution de la magnifique autobiographie La Détresse et l'Enchantement faisait les délices de ses lecteurs.Depuis, ses lettres ont donné lieu à la publication d’un corpus d'importance.Tout récemment, les Presses de l’Université du Manitoba ont poursuivi ce cycle et fait paraître, sous le titre Intimate Strangers, la correspondance entre Gabrielle Roy et Margaret Laurence.La correspondance entre ces femmes, toutes deux écrivaines réputées et manitobaines d’origine, a débuté en 1976.Après avoir lu La Route d'Altamont, de Gabrielle Roy, Margaret Laurence lui écrivit pour lui dire qu'elle partageait «quelque chose de cet héritage manitobain et [qu’elle pouvait] très bien le comprendre et le sentir».C’est le début d’une correspondance entre les deux femmes qui durera sept ans.Il faut dire que les écrivaines étaient toutes deux nées dans de petites villes du Manitoba: Gabrielle Roy à Saint-Boni-face et Margaret laurence à Nee-pawa.La personne qui les avait mises en contact l’une avec l'autre était Joyce Marshall, elle-même écrivaine et traductrice de Gabrielle Roy.Cette correspondance s’est déroulée entièrement en langue anglaise, Gabrielle Roy s’excusant constamment de la pauvreté de son anglais et Margaret Laurence se désolant de ne pas parler le fiançais.Toutes deux s’inquiètent par ailleurs, à un moment donné, de l’éventualité de la séparation du Québec.Née à Saint-Boniface, donc, Gabrielle Roy a ensuite voyagé vers le Québec, guidée sans doute par sa langue française maternelle.C'est en 1940, à 31 ans, qu’elle a visité le quartier de Saint-Henri, à Montréal, pour la première fois.Elle habitait un peu plus au nord, près du quartier huppé de West-mount, au 4059 de la rue Dorchester, devenue depuis le boulevard René-Lévesque.Un jour de balade, elle descend au sud jusqu’à la rue Saint-Antoine, découvre Saint-Henri, qui sera le théâtre de son premier grand succès, Bonheur d’occasion, et où Jean Lévesque et Florentine Laçasse vivront leurs amours.La critique saluera notamment l’exactitude des descriptions du quartier.SOO RC K ARCHIVES NATIONAI.KS DU CANADA Gabrielle Roy Pour ceux qui ont aimé par-dessus tout le roman Bonheur d'occasion, la Société historique de Saint-Henri a d’ailleurs tracé un circuit à pied parcourant les endroits clés de ce roman, sur les traces de Gabrielle Roy.Le circuit débute avec le cinéma Cartier, endroit où l’aspirant médecin Jean Lévesque donne rendez-vous à Florentine Laçasse, rue Notre-Dame Ouest, pour la première fois.On pourra ensuite, dans la même rue de Saint-Henri, voir l'emplacement du «quinze-cents», aujourd’hui transformé en Dolla-rama.On marche ensuite d’église en église, là où «la paroisse surgissait», pour découvrir en chemin la maison des Laçasse, celle de Marguerite, celle d’Emmanuel Létour-neau, ou encore celle du docteur, où ont vécu dans la réalité plusieurs médecins.Par ailleurs, du côté français des choses, les responsables du Fonds Gabrielle-Roy publient ces jours-ci une série d’inédits de la célèbre romancière.Chez Boréal, on lance la publication de la correspondance de Gabrielle Roy avec plusieurs amies et femmes de lettres, dont Adrienne Choquette, Claire Martin, Cécile Chabot et Alice Lemieux-Lévesque.En septembre, on prévoit aussi publier un volume d’entretiens que Gabrielle Roy a accordés à divers moments de sa carrière, dans des publications comme Maclean’s, Le Bulletin des agriculteurs ou L’Actualité.Enfin, à l’automne 2006 devrait paraître un volume des reportages que Gabrielle Roy a réalisés sur le Québec, de Smnt-Henri au Nunavut.Ce sera l’occasion de redécouvrir la journaliste passionnante qui se doublait d’une grande écrivaine.Plus de subvention pour Petite-Rivière-Saint-François Par ailleurs, le Fonds Gabriel-le-Roy, administré par François Ricard, André Major, Gilles Marcotte, Pierre Morency et Renee Dupuis, a aussi hérité du mari de Gabrielle Roy.Marcel Carbotte, de la petite maison que l’écrivaine habitait à Petite-Rivière-Saint François Celte maison a été entretenue dans le passé par le fonds pour servir de lieu d’écriture pour des auteurs.grâce à une subvention du gouvernement fédéral.Ro land Giguère et Monique Larue y avaient notamment élu domicile pour écrire.Or la subvention accordée par Ottawa est épuisée, et le fonds n’offre ni bourse ni résidence d'écrivain depuis quelques années.A ce sujet, François Ricard, membre du conseil d'administration du fonds, dit présentement attendre un renouvellement de sulv vention d’Ottawa, dont il est sans nouvelles depuis longtemps.Le Devoir FEMMES DE LFFTRES Lettres de Gabrielle Roy À ses amies 1945-1978 Gabrielle Roy Boréal Montréal, 2005,250 pages INTIMATE STRANGERS The letters of Maroaret Laurence and Gabrielle Roy Dirigé (Xu Paul Socken University of Manitoba IVess 112 pages IVlCVwRI ET RIVIÈRE © SHEILAG O’LEARY Lisa Moore MARIE GERIN-LAJOIE Conquérante de la liberté Anne-Marie Sicotte BEN U h itsnOMM |CT3S «> Qvhk Pendant un demi-siècle, Marie Gérin Lajoie a déployé une infatigable ardeur à combattre les préjugés véhiculés au sujet des femmes.Cette biographie met en relief la destinée exceptionnelle de cette pionnière de la lutte pour le droit de vote et le droit à l'éducation pour les femmes du Canada français FOR Des héros comme on n’en MAR.lt GfcRJN- LAJOIË Utifaen* PÉCIAL 1 O^ANNIVERSÂÏR 9,95 $ chacun En vente chez votre libraire -v.- .V V .jê’SM * Journal ÀqON t- t>' j tu * ' 1 xx i a- U'ÎM «Une œuvre d’exception» Thierry Bissonnette Le Devoir 334 pages 25,95 $ les éditions du remue-ménage LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MAI 2 0 0 5 F 4 «•LlTTÉRATl’BE*» L’art de se rendre utile Neuf nouvelles de Julie Orringer pour nous changer un peu du matraquage médiatique sur V«utilité» de la littérature Louis Hamelin En plus d’être particulièrement assommante, la campagne de promotion qui a accompagné la sortie du Survenant a eu le mérite de nous rappeler que l’œuvre, une fois récupérée par le cinéma, doit «servir», se montrer (ne serait-ce que pour justifier les gros sous qu’on y a mis) d’utilité publique.«Le film nous permet de parler d’inclusion et d'exclusion.», a-t-on pu lire dans La Presse.Et Odile Tremblay en rajoute dans mon quotidien préféré: «[.] le film possède le mérite de véhiculer un message qui élève l’esprit.» Complètement instrumentalisée, la bonne et bplle histoire inventée par Germaine GuèvremonL A ce compte-là, Don Quichotte doit être lu comme un passionnant traité sur l’art de meubler ses temps libres après la retraite.Et j’espère bien que, après avoir demandé à Martin Deschamps d’aller décrypter Le Survenait pour le compte de ses lecteurs, la Grosse Presse sera conséquente et enverra Saïku Koïvu couvrir la sortie de la prochaine beurrée sur Maurice Richard.Pour ceux qui, au contraire des différents experts, n’auraient pas encore totalement assimilé le matraquage de communiqués de presse et d’entrevues prédigérées destiné à programmer la réception du Survenant et à calculer tous ses échos au cœur de nos vécus, la lecture du recueil de nouvelles de Julie Orringer pourrait présenter quelque intérêt Le thème de la différence me semble en effet courir à travers la plupart des neuf histoires qui le composent tout comme, soyons juste, il constitue une des topiques récurrentes d’environ les trois quarts de la littérature contemporaine, de Laure Conan à Marie-Claire Blais et à Monique Proulx, pour s’en tenir au seul Québec et à la meilleure moitié dç l’humanité.Ça fait beaucoup de monde pour aider Eric Canuel à nous «élever l’esprit».Et puisque c’est le rôle de la littérature depuis toujours de nous parler de différence (d’âge, de langage, psychique, sociale, économique, sexuelle.), il est normal que l'éditeur n’en fasse pas tout un plat et s’abstienne de nous bassiner l’esthétique de la différence en quatrième de couverture.Or il fait bien pire, écrivant de sa recrue de la Stanford University (sic) que ses histoires sont «lyriques, violentes, et terriblement Justes».«Maîtrise de style», «lignée de Flannery O’Connor».Même en faisant la part du commerce, la barre semble un peu haute.A nous de saisir la perche.Style plat On jouerait un bon tour aux auteurs de nouvelles et aux professionnels qui les éditent en commençant invariablement un tel recueil par le deuxième texte de la coUection.La loi du gros bon sens s’applique en effet au livre de cette Julie Orringer comme ailleurs et Pèlerins, qui ouvre son recueil, est incontestablement la meilleure nouvelle du lot, voire la seule réussite indiscutable que contient ce livre au style plat et à la narration souvent longuette, dont les péripéties, peut-être «terriblement justes» mais aussi terriblement ennuyantes, s’étirent vers une conclusion qu’on appréhende avec plus de soulagement que de plaisir.En ce sens, le livre d’Or-ringer est bel et bien un page turner, selon l'expression consacrée par nos voisins.Mais si on est tellement tenté de tourner les pages par paquets de six ou huit et d’aller jeter un coup d’œil plus loin, ce n’est pas pour savoir qui est le Tueur au parfum qui a assassiné les quarante-trois femmes avant d’humecter leur gorge tranchée de trois gouttes de jus de glande de vison (exemple fictif.), mais seulement parce qu’on a hâte de voir la chute pour passer à autre chose.Quelqu’un, à Stanford, a visiblement failli à son devoir, ou alors l’auteure aura raté le cours sur l’ellipse, peut-être aussi celui sur la redondance, puisque, sauf erreur de la traductrice, pourquoi nous infliger une phrase telle que: «D’accord, accepté-je»?De nombreux paragraphes de ce livre mériteraient ainsi de retourner aux pages gardées sous clef du journal d’adolescente auquel ils appartiennent Mais Étoiles de Motown brillant dans le ciel, cette histoire aussi implacable que le désir des petits hommes et que la logique d’une fille «pas-vraiment-jolie qui n’avait pas d’existence à elle», c’est vraiment bien, et la chute en est admirable.L’héroïne d’une autre nouvelle constate: «Jamais une poitrine comme ça ne poussera sur ton corps d’épouvantail.» Devant une cousine mannequin: «Je suis grosse.[.] Personne ne peut me tenir en entier dans ses bras.Est-ce un crime?» Orringer nous raconte donc l’histoire de ces jeunes «rejects» dont on fait grand cas quand, au masculin, ils s’achètent un pistolet-mitrailleur et font irruption dans la cafétéria.Avec elle, on s’attarde à suivre, non la reine du bal, mais sa copine demeurée seule une fois que tous les couples du cours de danse ont été formés.Tous ceux qui ont connu pareil sort (moi, c’était au champ de balle pendant le repêchage des équipes) éprouveront une sympathie immédiate pour les héroïnes trop bavardes de ce livre.Bâtards et mulâtres, juifs orthodoxes, ou ce rasta avec une pancarte marquée «Sida» autour du cou, ils peuvent désespérer, apprendre, mourir, être même sauvés.De toute manière, ils ne seront jamais aussi comiques que la traductrice du livre quand elle propose «serpent jarretière» pour «garter snake» (couleuvre).J’ai ri.Puis j’ai applaudi.Dans la nature aussi, le bonheur est parfois dans l’erreur.COMMENT RESPIRER SOUS L’EAU Julie Orringer Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff Editions de l’Olivier Paris, 2005,313 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Ces amants-là ¦ JOHANNE JARRY Un soir, Annie Ernaux et Marc Marie se rencontrent.Il se remet à peine d’une rupture amoureuse, elle entreprend un traitement pour un cancer du sein.Ils se découvrent dans cet espace fantomatique.Tout à leur désir, jour après jour, ils éparpillent leurs vêtements ici et là dans la maison, seules traces visibles du désir après l’amour.Un matin, Annie Ernaux photographie ces vêtements laissés en plan, image qui éveille chez elle «une sensation de douleur et de beauté».Marc Marie partage le même besoin, alors «tacitement ensuite, comme si faire l’amour ne suffisait pas, qu’il faille en conserver une représentation matérielle, nous avons continué de prendre des photos».Lingerie fine, bottes masculines et chaussures de femme, seuil de chambre et parquet de cuisine où gisent des vêtements emmêlés; c’est l’intime exposé.Car ce qui est donné à voir au lecteur, ici, n’appartient jamais à d’autres regards qu’à ceux de ces amants-là.Annie Ernaux et Marc Marie ont voulu écrire à partir de ces photographies, des textes que chacun garde secrets à l’autre, curieusement pensés (peut-être) pour un destinataire extérieur (le lecteur), comme s’ils éprouvaient le besoin (conscient, inconscient?) que quelqu'un puisse témoigner de la réalité de leur relation (amoureuse, érotique?).Opacité Contrairement aux livres précédents d’Annie Ernaux, L’Usage de la photo n’ouvre pas sur une expérience que le lecteur pourrait partager.Ici, il s’agit d’une relation vécue par ces amants-là, et ce sont les photos qui font la différence; elles obligent le regard du lecteur à un espace intime qui ne peut que lui être étranger, et dont il ne souhaite peut-être pas franchir le seuil parce que trop intime, justement.Seuls les mots pourraient ouvrir des espaces imaginaires ou des émotions; ici, ils accompagnent de trop près des photographies qui imposent la matérialité (donc l’opacité) d’un couple dont les corps, pourtant, ne figurent nulle part Les textes d’Annie Emaux com-portent quelques glissements (liens avec l’enfance, la maladie, la mort), mais l’auteure revient avec chaque nouvelle image, au cadre Annie Ernaux de son expérience amoureuse.Les commentaires de Marc Marie offrent encore moins de prises extérieures.«Mis à bout, constate-t-il, ces clichés ont à mes yeux valeur de journal intime.Un journal de l’année 2003.L’amour et la mort.Prendre la décision de les exposer, d’en faire un livre, c’est poser les scellés sur un pan de notre histoire.» Est-ce parce que ces photographies sont comme des corps morts que les textes qu’elles inspirent sont privés de feu?L'intensité qui provoque la chute des vêtements s’éteint dans des phrases quasi cliniques.«7?fallait rattraper le temps perdu afin d’accéder à une jouissance extrême de chaque instant», constate Marc Marie.Pourtant, on a l’impression que cette jouissance échappe à ce qu’ils écrivent ce qu’elle ouvre en soi ne déborde pas dans leurs textes.Le danger constitue le moteur de l’écriture d’Annie Ernaux, qui AGENCE FRANCE-PRESSE veut chaque fois risquer de découvrir ce qu'elle ignore.Cette fois, son regard sur les photographies confine son écriture aux espaces habités par un couple qu’on devine uni par la peur de perdre, peur qui donne naissance et forme à ce projet à deux.Quand l’expérience (du regard photographique, de l’écriture) tire à sa fin, Annie Ernaux écrit: «Bientôt nous allons échanger nos textes.J'ai peur de découvrir ce qu’il a écrit, fai peur de découvrir son altérité, cette dissemblance des points de vue que le désir et le quotidien partagé recouvrent, que l’écriture dévoilera d’un seul coup.Esf-ce qu’écrire sépare ou réunit?» Etrangement, la question reste sans écho.L’USAGE DE LA PHOTO Annie Ernaux et Marc Marie Editions Gallimard Paris, 2005,151 pages Société littëmire de Laval mln(» mh ii'tclit.tL'rüircdçLiN .il.qi .i .1 lm \ Ih IIih i.i ,i Félicitations aux lauréats PRIX JACQUELINE-DÉRY-MOCHON (PREMIER RECUEIL DE POÉSIE) Louise MAROIS, 1" prix (La peau des yeux, Les éditions du passage) Geneviève LETARTE, I" mention (Tout bas très fort, Les Écrits des Forges) Mario BRASSARD, 2' mention (Choix d'apocalypses.Les Herbes rouges) Diane-Ischa ROSS, 5* mention (Ces yeux mis pour des chaînes, Les éditions Triptyque) PRIX BRÈVES LITTÉRAIRES - PROSE Flôrilène CLOUTIER LOUPRET, 1“ prix PRIX BRÈVES LITTÉRAIRES - POÉSIE Lucy PAGÉ, I" prix PRIX INTERCOLLÉGIAL DE POÉSIE Clémence DUMAS-CÔTÉ, 1" prix Remis le 7 mai 2005 lors de la cérémonie annuelle de remise des prix de la Société littéraire de Laval et du lancement du numéro 70 de la revue Brèves littéraires, sous la présidence d'honneur de Monsieur Michel Cailloux avec des lectures des textes primés par Sophie Faucher et François Tardif Fondation lavallolsp dtsMtrvs ,Menï à nos partenaires ourm Raffin Des livres pour savoir Mééhouîafi Le crépuscule des intellectuels Entre la tyrannie de la clarté et le délire d’interprétation B&m Spiralé 231p.20,95$ - Éric Mfchoulan _ Qu’est-ce que lire ?C’est principalement autour de cette question que se déploie cet essai d'Éric Méchoulan.Une réflexion profonde sur le rôle de l’intellectuel dans la société dite de l'information.—f— Éditions Nola bene BIOGRAPHIE Le Gallimard de la révolution KAREN RICARD Curieux comme certains paysages s’effacent, et les personnages qui les animaient disparaissent aussi.Gérard Lebovici a été assassiné.Mais qui donc était Gérard Lebovici?Côté cour, le jour.Un producteur et agent d’artistes, à la tête d’Artmedia, la plus grande agence de France, fondée par Lebo en 1965.Deneuve, Depardieu, Belmondo, Truffaut, Resnais et Renaud: ils ont été des centaines à lui faire confiance.Côté jardin, le soir.Un éditeur qui diffusait des textes souvent splendides, presque toujours méconnus.Après Mai 68, Lebovici avait fondé Champ libre, «le Gallimard de la révolution», qui a diffusé les textes de Guy Debord, Bal-tasar Graciân, Jorge Manrique, Simon Leys et Jens August Schade.Agent du spectacle, ami intime de Debord.Roi des néons, camarade de la révolution.Lecteur d’Orwell et de Bakounine fasciné par Mesrine.Un personnage complexe.Et une situation qui ne l’est pas moins puisque Gérard Lebovici a été assassiné, en 1984, en plein boom de la vidéo.Ce grand discret sous le soleil du cinéma n’aura laissé qu’un seul livre: Tout sur le personnage.C’est-à-dire rien, ou presque, en regard de son legs.«Ata autres de considérer en regardant ce que j’ai fait, et ce qu’on dit.» Ce qu’on dit de Lebovici, ces jours-ci, se trouve dans un livre de Jean-Luc Douin, journaliste au Monde, qui publiait récem- ment Les Jours obscurs de Gérard Lebovici.On devrait peut-être dire: «ce qu’on ne dit pas de Lebovici», ni sa famille ni ses amis n’ayant voulu concourir à cette biographie.Ce que Douin ne mentionne qu’en fin de volume, alors qu’on le savait déjà.Comment, sinon, expliquer la forme en dents de scie de ce récit truffé de citations usées, le plus souvent non référencées, décontextualisées jusqu’au tournis?Douin parvient à donner le change dans les premières pages, quand il relate les débuts de «l’énigmatique» Lebovici: aspirant comédien, imprésario, producteur émérite.Jusque-là, on suit, malgré quelques surpiqûres qui encombrent la lecture.On déplore certes que Douin reste insensible à cet enfant juif coupé en deux par la déportation de sa mère, mais bon.Le biographe préfère explorer une autre vie que celle-ci.Ça se gâte ! Tout se gâte irrémédiablement dès l’instant où l’auteur évoque Guy Debord, pour qui Lebovici avait eu, en 1971, un «coup de foudre d’amitié».À partir de là, Douin n’a de cesse d’accoler ce «Graal néfaste» aux zones d’ombre de la vie de Lebovici, mais ça n’est jamais franc: il susurre, puis laisse rebondir.À nous de supputer.Voulant éclairer Lebo, Douin noircit Debord, l’air de n’y pas toucher.Et confond tout Ici, les situationnistes sont peu ou prou amalgamés à la pratique des scandales à la sauce dada: flou artistique dont on a l’habitude.Là, Douin fait mine de s'étonner que Lebo, qui avait «un pacte avec De-bord», n’ait voulu reprendre, en 1969, les Cahiers du cinéma à la mode Mao.Ça parle au petit livre rouge! Debord conciliait les maoïstes et Lebovici est l’éditeur qui a publié l’ouvrage historique qui a décousu Les Habits neufs du président Maol Qui plus est, en 1969, ces deux-là ne s’étalent pas encore rencontrés! On s’étonne.L’auteur connaît-il son sujet, s'est-il documenté?Presque toutes les citations relatives à cette époque proviennent de.romans de Gérard Guégan.Voilà qui n’est pas sérieux quand on prétend avoir «mené l’enquête» pour raconter la vie d'un homme qui a marqué son temps.En fait d’enquête, on se retrouve face à un récit balourd où la rognure de presse côtoie la citation en trompe-l’œil.À peine a-t-on envie de suggérer que le repiquage appelle l’art de cacher les coutures.Ce document conçu de toute évidence de manière hâtive, sans égard pour la plus minimale des rigueurs, a été mis en marché alors qu’on s'apprêtait à souligner le dixième «anniversaire» de la mort de Guy De-bord, l’année 2004 marquant aussi le vingtième de la disparition de Gérard Lebovici.Voilà, à tout le moins, qui n’a rien d'une énigme.LES JOURS OBSCURS DE GÉRARD LEBOVICI Jean-Luc Douin Stock Paris, 2004,358 pages Dwu i i l SiMvnp LE MACARONI I VENDREDI LE MACARONI DU VENDREDI UN ROMAN ÉCRIT ET ILLUSTRÉ PAR DANIELLE SIMARD v â», REMPORTE LE GRAND PRIX DU LIVRE DE LA MONTÉRÉGIE éSmxi/i (CATÉGORIE JEUNESSE) A PARTIR DE 7 ANS / 88 PACES / 7,95 $ LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MAI 200 5 F 5 Littérature^ LITTÉRATURE FRANÇAISE Un Stendhal issu de la Révolution GUY LAI N E MASSOUTRE Il a créé en 1830 le premier grand héros salarié de la littérature française.Julien Sorel, héros de Stendhal (1783-1842) dans Le Rouge et le Noir, réalise le rêve d’une vie de pauvre: faire fortune.Entre la fureur de Mathilde et les silences de Mme de Rénal, il livre les combats qui mènent, croit-il, à jouir de la liberté des sommets.Mais il s’abîme à Verrières, prototype des petites villes que Stendhal détestait Ses coups de foudre et ses cœurs à nu font toujours couler l’encre.Aucun romancier n’est moins politique que Stendhal.Aucun n'est plus roué quand il s’agit de dire la prison du «trou» social d’où chacun pense «le monde comme il va».Celui qui regardait «les choses fines» du «Roman comme la Comédie du XIX' siècle» est ici relu pour sa lucjdité caustique.Editée dans La Pléiade par Henri Martineau en 1932-33, puis en 194748, souvent réimprimée, l’œuvre fictive en trois volumes connaît une refonte importante.Non seulement des ébauches dramatiques et des textes à la paternité contestée sont donnés (une quinzaine sont nouveaux), mais on a revu l’ordre de composition et les titres.Et on a éclairci quantité d’allusions.Dans cette nouvelle Pléiade, la célèbre fantaisie de Beyle cède devant son talent à suivre une société mobile et ouverte.Rééditer Stendhal Jamais il n’a voulu un recueil intitulé Chroniques italiennes.Le sait-on?Cette fabrication gagne à être défaite, disent Philippe Ber-thier et Yves Ancel, les éditeurs.Si on veut rendre sa finesse au polémiste, il faut voir les pièges de l’écriture, pleins de ceux qui s’y sont fait prendre.La seule histoire éditoriale d'Armance, roman anonyme, montre les modes de la lecture: «Armance est la somme, potentiellement infinie, de ses lectures.Stendhal a payé au prix fort le risque qu’il avait encouru».Or, en ouvrant les trappes du non-dit, le fin rieur trace le déséquilibre intime de son héros Octave, à l’image de sa classe, tandis que son Julien Sorel déboule en •aérolithe chu d'une autre planète», dans Le Rouge et le Noir qui clôt le volume.Si, à 43 ans, Beyle écrit Armance et s’il meurt une nouvelle en chantier, comment a-t-il envisagé le rapport à soi, dans une écriture intime que, faute de succès, il a destiné aux lecteurs de l’an 2000?La présente édition donne à lire un réalisme neuf, fermement soutenu par la stratégie stendha-lienne.Comme Auerbach l’a écrit, sans être assez compris, Stendhal innovait en plein romantisme.Lui qui a promené son miroir le long du chemin, selon sa formule, n’était pas le légendaire écrivain qui laisse tout faire à qui le lit.Même s’il l’a répété avec une feinte modestie.Les manuscrits de Lucien Leuwen, «coulisses des chroniques réalistes, donnent à voir au jour le jour le travail de “l’animal" », écrit Ansel.Polygraphe dilettante, amateur d’actualité, ce fils et petit-fils d’avocat, plus versé en intrigues italiennes qu’en tableaux de mœurs fixes, a pourtant suivi un fil constant d’écriture et de pensée.Il a plaidé pour l’accès à la réalité.S’il a connu le cœur humain en humaniste, s’il s’est vu comme un terreau fertile, en tenant un journal dès 1802, il a déjoué impostures et despotisme, dans une langue exempte de mépris.Indifférente à la belle image de soi, son écriture a évité le vague et le faux, deux termes qu’il abhorrait.Chaque nouvelle ou roman apparaît comme une preuve d’un égotisme aussi tendu vers l’universel que son réalisme visait l'intemporel.Entre le vinaigre de la satire et la plate peinture des «routes différentes pour nous conduire au bonheur», Stendhal a su garder le sens dix-huitiémiste du relatif et naviguer entre des jeux truqués.Le beylisme, tant commenté, venait de naître.Question d’histoire et d’humeurs Avec ses 171 pseudonymes, INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Stendhal (Marie-Henri Beyle), né le 23 janvier 1783, décédé le 23 mars 1842.l’editer a l’allure d’une saga.Resistant à son père, puis à ses déconfitures amoureuses, l’écriture lui sert de thérapie et de support nostalgique.Elle livre un autoportrait dévastateur et inquiétant de l’être amoureux.Ce qu’on ignorait, c’est que l’itinéraire intérieur a forcé Beyle à des renaissances improvisées, moins hasardeuses que Prévost et Bardèche le pensaient Les coulisses de l’histoire s’ouvrent donc.Dans le conflit du politique et du privé, le perspicace Stendhal trouve une seconde vigueur.Pierre Lepape, dans Le Pays de la littérature (Le Seuil, 2003), a souligné le contexte dans lequel il écrit: la révolte parisienne des Carbonari — 300 000 conjurés, arrêtés en 1822 (plusieurs sont guillotinés, mais les chefs échappent à la répression).Stendhal, qui a suivi le procès, connaissait trop bien les Italiens qui inspiraient ces Républicains.L’édition de La Pléiade va dans le même sens.Il a beau être timide, avec son air de bourgeois de province, maladroit et provocateur, Stendhal est capable de changer de rôle à sa guise et de traverser les relations, les amours et la société civile.Son réalisme échappe à la censure.Il aime faire rire sans naïveté.Son Italie pleine de complots, de procès, de conspirations cerne l’irrationnel de l’idéalisme absolu.Dans la révolution, la politique ou les sentiments.Les volumes luxueux qui consacrent les classiques ne sont donc pas éternels.Les choses s’y transforment.Moins d’importance est donnée à la biographie et aux témoignages d’époque; davantage, à la conscience de l’écrivain.Stendhal l’illustre de manière exemplaire, «à chaud» dans le chaos de 1830, en montrant, dans Le Rouge et le Noir, la grande société politique au fond de soi.Tout écrivain contemporain ne rêve-t-il pas d’en faire autant?ŒUVRES ROMANESQUES COMPLÈTES Stendhal N RF Gallimard La Pléiade, vol.1 Paris, 2005,1160 pages Internet au secours du surréalisme MARIE MORGANE LE MOËL Internet se prête à tout, au pire comme au meilleur.Et parmi le meilleur, on peut désormais citer la sauvegarde d’œuvres d’ex ception.Deux ans après la vente aux enchères de l’atelier d’André Breton, une mise à l’encan qui avait provoqué un vif émoi parmi les intellectuels du monde entier, un site Internet vient de voir le jour.L’atelier André Breton, c’est ainsi qu’il se nomme, offre un accès libre aux quelque 8000 œuvres qui provenaient de l’appartement du 42.rue Fontaine à Paris.«Un lieu gratuit accessible à tous, partout dans le monde», annonce aujourd’hui fièrement Aube Elléouët-Breton.la fille d’André Breton et de la peintre Jacqueline Lamba.«Un refuge contre le machinal du monde» Dans son atelier du 9r arron-dissement, le chef de file du surréalisme avait accumulé, de 1922 jusqu’à sa mort en 1966, une gigantesque collection d’œuvres de ses amis peintres et photographes, des tableaux de Chirico, ou de Picasso, de très nombreux manuscrits, quatre mille ouvrages souvent dédicacés, mais aussi une collection d’objets d’art primitif, poupées indiennes ou masques inuits.Sans compter ce mélange hétéroclite de moules à hosties, de cuillères ou de médailles.Le tout formant «un refuge contre le machinal du monde», selon le mot de Julien Gracq.Ce bric à brac du surréalisme, durant 30 ans, Elisa Breton, la seconde épouse d’André Breton, et Aube Elléouët-Breton ont cherché à le conserver, allant jusqu’à proposer de tout céder à l’État, pour créer une fondation.Elles ont su résister également aux sirènes des collectionneurs privés.Mais lorsque le bail de l’appartement arrive à expiration, en 2000, rien n’a été fait par l’État français.«Trois ministres de la Culture, sous trois gouvernements différents, sont venus.Ils se sont rendus compte de l’étendue déjà perte, mais ils auraient dû investir beaucoup d'argent pour créer une fondation», souligne Aube Elléouët-Breton.Fin 2002, elle annonce donc la mise aux enchères du contenu de l’atelier.En réaction, des comités d’in- jeudi 19 mai à 19h00 Rencontre avec le philosophe Jean-François MALHERBE L'éthique ou devenir sujets dans la réciprocité M Librairie 2752, de Salaberry • Galeries Normandie Montréal, Qc H 3 M 1L3 C/T \ey\ (514)3374083 www.LibrairieMonet.com © TOUS DROITS RÉSERVÉS André Breton vers 1929, capté par un photographe non identifié.tellectuels se créent, des écrivains, dont Didier Daeninckx, s’en font les porte-parole, déplorant le dépeçage de la pensée surréaliste.Car le poète Kenneth White l’écrit alors: «L’atelier de travail de quelqu’un comme Breton est une œuvre en elle-même.Un tel atelier est l'extériorisation d’un cerveau.» Aube Elléouët-Breton, elle, s’est toujours refusée à la polémique.Aujourd’hui, elle remarque juste que son père était hostile à la muséification de l’art.«Il n’a pas laissé d'instructions concernant son atelier; le devenir de ces objets, après, cela lui était égal.Im seule solution, c'était la vente.» De cette vente d’ailleurs, elle Olivieri Au cœur de l’actualité Lundi 16 mai à 19h Places limitées 5219.Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges 739-3639 Réservation obligatoire Entrée : 5$ sauf Amis Collection Problèmes sociaux et interventions sociales 29* Jean-François Pelletier 38* Pierre-W.Boudreault et Michel Parazelli «I semble ne vouloir conserver que les aspects positifs: «Iss gens ont proteste, c’était très émouvant.Us ont tous compris que nous n avions pas le choix.Pour eux.ce heu était un endroit mythique.» L’Etat français ayant usé de son droit de preemption, beaucoup d’œuvres ont été recueillies au Centre George Pompidou et à la Bibliothèque nationale de France.Des musées étrangers se sont egalement portés acquéreurs.le musée Dali en Espagne ou le Metropolitan à New York.Ainsi que de nombreuses gale-; ries, en Floride ou ailleurs.«CerA faines choses se sont retrouvées! • dans des m usees, d'autres chez des> • collectionneurs, cela bougeait/ : alors que tout était immobile de- ; puis 1966.Je souhaite ouvrir les ' portes et les fenêtres», explique ¦ encore la fille de Breton.I Dix mille nouveaux |, documents numérisés .en 2005 Alors que les 80 mètres carrés de la rue Fontaine ne permettaient pas d’accueillir le grand publie, l’ensemble des pièces de la collection est désormais accessible sur Internet.¦ Une société spécialisée a procé- ¦ dé à 25 OOO numérisations, des.pages d Arcane 17 aux sculptures amérindiennes.i Pour l’instant, l’atelier s’esfc donné pour objectif de créer uni site exhaustif dédié à André Breton.Depuis quelques semaines,1 ses membres se sont attelés à numériser les pages de la correspondance de l’auteur de Nadja, qu’il avait confiées à la bibliothèque Jacques Doucet Dix mille nouveaux documents devraient donc être mis en ligne d’ici à la tin de l’année, à destination, cette fois-ci, des seuls chercheurs, André Breton ayant sou-haité que sa correspondance ne soit publiée que cinquante ans après sa mort.Dns, dans quatre» ou cinq ans, l’atelier souhaite former une bibliothèque plus vaste, consacrée aux autres membres du surréalisme.L’initiative a fait des émules.Déjà, l’atelier a été contacté par les ayants droit de Jacques Prévert et de Meret Oppenneim, désireux de prendre conseil.Aube Elléouët-Breton, elle, se réjouit: «Je suis heureuse que tous ces objets aient retrouvé le chemin de la vie.» wwtv.atvlieranilrebroton.com Causerie avec Anna Enquist Rencontre avec la littérature des Pays-Bas Cette auteure néerlandaise, psychanalyste de formation a d'abord publié de la poésie avant de se consacrer au roman.Le chef-d'œuvre la révèle au grand public International, Dans chacune de ses oeuvres, elle explore les tréfonds de l'âme humaine de manière lucide et sans complaisance Une oeuvre habitée par la peinture et la musique, lermement ancrée dans la réalité d'un pays à découvrir.Une mise en lecture de ses textes par Marthe Turgeon précédera la causerie.Anlmatnçfi Danielle Laurin La traduction sera assurée par Lilian Kruip Événement orgenlsé en collaboration avec la Conaulat Général du Royaume des Pays-Bas dans Is cadre de la Hollande en fête Presses de l'Université du Québec Commandez en ligne et économisez www.¦ca 37* Mylène Fernet Société à*fvo*opp»mmnt do* eniroprises 418.831.7474 • 1 800 859.7474 Québec I ! F a LE DEVOIR L E A M E D 1 4 ET D 1 M A X C H E 15 MAI 2 0 0 5 if S S AIS BIOGRAPHIE Mandela et le théâtre de Févidence MICHEL LA PIERRE En 1990, après avoir passé vingt-sept ans en prison à cause de son engagement politique, le leader noir Nelson Mandela, adversaire de l’apartheid en Afrique du Sud, écrit, juste avant sa libération, à l’un des geôliers blancs: •Aujourd'hui prennent fin les merveilleuses heures que nous avons passées ensemble.» Elu en 1994 président d'une République sud-africaine qui a enfin renoncé officiellement à la ségrégation raciale, il tient a prendre le thé avec la veuve du président Hendrik Verwoerd, le théoricien de l’apartheid.Grandeur d’âme, calcul politique ou humour noir (dans les deux sens du terme)?Tout cela à la fois, selon l’homme politique français Jack lang, auteur d’une captivante biographie de Nelson Mandela.Dans le portrait psychologique qu’il brosse de Mandela, l’ex-ministre socialiste accorde la première place à la grandeur d’âme sans verser pour autant dans l’hagiographie.Comme l’explique Lang, c’est l’humiliation causée par l’apartheid qui a fait du fils d’un notable them-bu, du boxeur élégant et de l’avocat , élitiste qu'était Mandela un militant hardi et un démocrate convaincu.S le leader africain, né en 1918, est un comédien-né et un grand charmeur, il a joué dans un drame brutal et véridique dont les conséquences auraient pu être terribles.En devenant une figure médiatique sur la scène mondiale, Mandela a su par son charisme et son influence éviter à l’Afrique du Sud la guerre civile et le désastre économique.Grâce à lui, faire de la grande majorité des habitants d'un pays des pa rias à cause de la couleur de leur peau apparaissait enfin au monde entier comme un parfait non-sens.Dans la préface de la biographie, la romancière sud-africaine Nadine Gordimer, qui a tant lutté contre l’apartheid, appuie la défini- AV F-#, m ZAINAL ABD HALIM REUTERS Nelson Mandela photographié à Bangkok en juillet 2004, lors de la dernière conférence internationale sur le sida.lion théâtrale que Lang donne de l’action politique de Mandela.Lecteur des grandes pièces du répertoire universel, ce dernier, en prison, a initié à la tragédie grecque ses compagnons d’infortune.Il a monté avec eux Antigone de Sophocle.Il n’en fallait guère plus pour que Lang, doué de beaucoup d’intuition, décrive le jeune Mandela comme une Antigone masculine qui, sans enfreindre le principe de la non-violence, défie les lois en 1952.Lang le voit ensuite comme un Spartacus qui, pour s’opposer à la violence très particulière de l’apartheid, préfère en 1961 la légitime défense à la résistance passive chè- re à Gandhi.Arrêté, Mandela comparait en justice vêtu d’un khaross xhosa en peau de léopard pour narguer les Blancs cravatés.Le communautarisme africain contre le ségrégationnisme blanc! Plus loin dans la biographie, le leader devient en prison un Promè thée enchaîné, symbole de l’étouffement de la liberté même aux yeux des capitalistes sud-africains, qui découvrent de plus en plus que l’apartheid n’est pas du tout rentable.A peine libéré, Mandela se transforme en une sorte de Prospe ro shakespearien, mage qui conjure autant l’apartheid que le racisme revanchard anti-Blanc.Voilà enfin l’homme politique re- traité que Lang dépeint très justement comme un roi Nelson emblè matique.A la fois débonnaire et clairvoyant, Mandela s’inquiète des menaces qui planent sur l'Afrique noire: le sida et la tyrannie.Seul un véritable homme de théâtre peut résumer les choses aussi concrètement et insinuer que, de tous les continents, l'Afrique est à l’heure présente celui qui atteint le mieux la puissante clarté de la tragédie antique.NELSON MANDELA Jack Lang Perrin Paris, 2004,276 pages LITTÉRATURE DE VOYAGE Lieve Joris, passion africaine CHRISTIAN I) E S M E U L E S u’est-il arrivé ici durant ^ Vcv mon absence?Qu’a fait Mobutu de ces gens?» Onze ans après un premier séjour dans l’ex-Zaïre {Mon oncle du Congo, Actes Sud, 1990), lieve Joris, écrivaine d'origine flamande et grande voyageuse, débarque à Kinshasa, la capitale, dont viennent de s’empal er une armée de kadogos débraillés — les enfants-soldats à la solde de Kabila, le nouveau potentat congolais.Dans cette République démocratique du Congo (RDC), où, selon de récentes estimations, 3,8 millions de personnes seraient mortes au cours des six dernières années de la guerre civile (un bilan comptable qui en ferait le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale), Lieve Joris ouvre grands les yeux et les oreilles.«Faufilée entre les images télé», l’écrivaine donne sans relâche la parole aux Africains qui subissent et aux étrangers qui fuient Après quelques semaines à observer la période de transition en plein cœur de ces ténèbres de haines et d’envies qu’est devenue Kinshasa, elle entamp une longue tournée en région.Eloigné dans son exil marocain, mais toujours présent à la manière d’un fentôme indécrottable, l’homme à la toque de léopard a laissé derrière lui un pays démembré passé à la mouli-nette de la destruction.Car Mobutu fuyant le Congo, dit avec ironie lieve Joris, c’est comme ouvrir la Bible et découvrir que Dieu n’y est plus.Une impensable et frénétique sensation de liberté qui fait perdre, dans l’heure, tous les repères.Carnet de route, journal intime et reportage, Danse du léopard, de Lieve Joris, est un peu tout cela.Un critique français a un jour parlé de «caméra stylo» à propos de son style direct et vivant, fouilleur jusqu’aux tripes.Parce que l'Afrique est là, on la palpe sous nos doigts à travers le papier, suivant la trace de ces grands maîtres du voyage et de l’écriture qye sont Ryszard Kapuscinski {Ébène: aventures qfri-caines) et V.S.Naipaul (À la courbe du fleuve).Et tout l’art du portrait de Lieve Joris se loge dans le regard tendre et lucide qu’elle porte sur les choses et les gens qui croisent sa route.Née en Belgique en 1953, Lieve Joris est journaliste de formation et a été de nombreuses années rédactrice au Haagse Post.Résidant depuis plus de vingt-cinq ans aux Pays-Bas, elle est pour ainsi dire toujours en voyage, son œuvre en témoigne toute seule.Elle a parcouru l’Afrique dans tous les sens {Mon oncle du Congo, Mali blues, La Chanteuse de Zanzibar), le Moyen-Orient {Le Golfe, Les Portes de Damas) et l’Europe de l’Est DANSE DU LÉOPARD lieve Joris Traduit du néerlandais par Danielle Losman Actes Sud, coll.«Babel» Arles, 2004 (2002), 626 pages 4 IEMEROCALLES El A L » E R 1 M O N D O R FLEURS parjaues Les livres couleurs les plus complets pour créer ou embellir votre jardin 2005 LES EDITIONS DE L'HOMME SOCIOLOGIE Le spectacle transsexuel FRANCIS BOUCHER Méconnues, souvent raillées, les transsexuelles ont pourtant fait à Montréal les beaux jours de ces multiples cabarets aux noms exotiques, tels que le Casa Loma, le Mocambo ou encore le El Morocco, qui avaient autrefois pignon sur rue dans le sulfureux centre-ville du Montréal des années 50 et 60.Quatorze de ces femmes se sont généreusement prêtées au jeu du témoignage pour Viviane Namas-te, professeure adjointe à l’Institut Simone de Beauvoir de l’université Concordia.L’auteure a patiemment épluché les journaux de la période 1955 à 1985, puisant allègrement dans le désormais défunt Allô Police afin d'y dénicher anecdotes et illustrations qui viennent appuyer les propos de ces hommes devenus femmes.La vie n’était pas toujours facile pour ces artistes qui, bien que jouissant de la bienveillante protection de la pègre, devaient mener une double vie.Viviane Namaste nous rappelle que ce n’est qu’en 1969, avec l’adoption de la loi Omnibus qui décriminalisait l’homosexualité, que les travestis ont pu sortir habillé en femme durant le jour: •Même s’ils ne s'identifiaient pas aux gais et ne fréquentaient pas le milieu des homosexuels, la décriminalisation de l'homosexualité au Canada a constitué un événe- ment important pour les travestis et les transsexuelles puisqu’elle leur offrait la possibilité de vivre en femme en tout temps.» Le déclin de l'industrie des cabarets, précipité par «l’arrivée des discothèques et de la télévision, le changement des types de loisirs parmi la population et la politique municipale de répression de la prostitution», poussera plusieurs de ces transsexuelles à s’exiler, qui à New York, qui à Vancouver, à la recherche de meilleures conditions de travail.La répression de la prostitution dans les cabarets en jettera plus d'une à la rue.Pour preuve, l’au-teure note qu'après «1969, on a vu de plus en plus de prostituées dans les rues de Montréal», transformant ainsi profondément les conditions de travail de ces filles.Viviane Namaste nous convie à revivre l’histoire de Montréal à travers le témoignage de ces femmes, dont la nostalgie pour une époque révolue est évidente à plusieurs moments.Curieuse, empathique, jamais condescendante, l’auteure a réussi à se gagner la confiance de ces femmes sur qui les préjugés ne manquent pas.A lire, ne serait-ce que pour en faire tomber quelques-uns.C’ÉTAIT DU SPECTACLE! Viviane Namaste McGilkQueen's University Press Montréal.2005,266 pages Entretien avec Marie-France Hirigoyen Visage de la violence La psychiatre française fait remarquer que la marche des femmes vers une plus grande égalité ne s'est pas traduite par une diminution de la violence conjugale C LAI RAN D RÉ E CAUCHY Le visage de la violence conjugale a changé ces dernières années, gagnant des milieux plus aisés et prenant davantage la forme de mots venimeux que celle de coups, estime la psychiatre française Marie-France Hirigoyen, qui vient de fàire paraître le livre Femmes sous emprise; les ressorts de la violence dans le couple.«On avait l’impression que cela se produisait dans des milieux plus frustres, que c’était le fait d’hommes sous l’emprise de l’alcool et de la drogue.Mais on réalise qu'il y en a davantage dans les milieux de cadres supérieurs et de profession libérale», observe la psychanalyste, dont l’essai est truffé de situations de violence conjugale vécues par les femmes—et quelques hommes — passées par son bureau ces dernières années.Elle fait remarquer que la marche des femmes vers une plus grande égalité ne s’est pas traduite, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, par une diminution de la violence conjugale.«On pensait que c’était lié au machisme.Or, on constate une augmentation du phénomène dans des pays comme la Suède, où il y a une bonne égalité entre hommes et femmes.C’est inquiétant.» Certains hommes auraient, selon elle, de la difficulté à composer avec l'image de la femme émancipée, ne se sentant pas à la hauteur.«Certains hommes se raccrochent à un pouvoir qu’ils ont l’impression de perdre.Ils tentent de le garder par la force», avance la psychanalyste, qui constate avec dépit un certain retour du balancier qui amènerait les femmes à s’effacer davantage, autant dans la sphère publique que dans le couple.Reconnu pour ses travaux en matière de harcèlement moral au travail, la psychiatre française note également une évolution dans la nature même de la violence, la violence psychologique gagnant du terrain.«C’est peut-être plus dommageable que la violence physique.Une femme me disait récemment: “La trace d’un coup s’efface; l’humiliation, on ne l’oublie pas.”» Or la violence psychologique est plus difficilement reconnue et réprimée socialement.Mme Hirigoyen cite d’ailleurs à ce sujet un projet de loi présenté il y a quelques semaines en France, duquel les parlementaires ont décidé, par une voue, d’extraire les dispositions sur la violence psychologique et sur les campagnes de prévention de peur, de crainte d’alimenter les conflits dans les couples.Dans son livre, Mme Hirigoyen cite comme modèle «l’exception espagnole».Le meurtre d’une femme victime de violence conjugale — qui avait déclaré publiquement devant les caméras quelques jours plus tôt qu’elle courait à sa mort puisqu’un juge la confinait à demeurer sous le même toit que son conjoint violent — a plongé ce pays dans un état de choc.Cela a amené le gouvernement espagnol à adopter une loi — en vigueur depuis le 1er janvier — très sévère contre la violence conjugale.On y prévoit entre autres une aide financière pour les femmes qui quittent un conjoint violent, un soutien à la recherche de logement et d’emploi, ainsi que l’ouverture de centres de traitement pour les hommes violents.La psychiatre ne croit cependant pas beaucoup au traitement des hommes violents, qui affiche un faible taux de réussite.«Ils vivent dans le déni», affirme-t-elle, relatant les propos d’un notaire qui demandait: «Comment faire taire ma femme si je ne peux la taper?» Elle mise plutôt sur l’éducation des jeunes à la communication non violente et non sexiste.«Il ne faut pas se contenter de sanctionner les actes de violence physique.Il faut anticiper par la prévention, agir bien avant et prendre en compte la violence psychologique», plaide l’auteure.Le Devoir FEMMES SOUS EMPRISE Les ressorts de la violence DANS LE COUPLE Marie-France Hirigoyen Éditions Oh! Paris, 2005,300 pages Etudes gaies et lesbiennes Mieux vaut tard.PAUL BENNETT Sept ans après leur publication en France par les Éditions du Centre Georges Pompidou, on peut enfin trouver en librairie au Québec les textes prononcés lors du premier colloque sur les études gaies et lesbiennes organisé en 1997 par Didier Eribon.Le colloque réunissait le gratin de ce que les universités américaines appellent les Gay and Lesbian Studies, les George Chauncey, Léo Bersani, Michael Lucey, Monique Wittig, David Halperin, Eve Kosofsky Sedgwick, quelques gloires locales dont Pierre Bourdieu ainsi que la Montréalaise Nicole Brossard.Les textes de Chauncey sur l’évolution de la cpnscience homosexuelle aux États-Unis au XX' siècle, de Sedgwick sur le courant queer chez les intellec- tuels américains et celui de Halperin sur l’identité gaie après Foucault sont particulièrement éclairants.La contribution de Pierre Bourdieu est une mise en garde contre les dangers de ghettoïsation du mouvement gai, à qui il reconnaît par ailleurs un fort potentiel de subversion des idéologies dominantes.Lectures stimulantes qui n’ont en rien perdu de leur actualité, malgré leur diffusion tardive de ce côté-ci de l’Atlantique.Le Devoir LES ÉTUDES GAY ET LESBIENNES Testes réunis par Didier Eribon Editions du Centre Georges Pompidou Coll.«Supplémentaires» Paris, 1998,126 pages ÉCHOS Printemps de la poésie au Café Campus Lundi le 16 mai au Café Campus, un groupe de 75 poètes célébreront un printemps de la poésie, 35 ans après la célèbre première nuit de la poésie québécoise.La coordonnatrice de l’événement est Claudine Bertrand, fondatrice de la revue Arcade.On prévoit «dénoncer toute forme d’asservissement de la littérature» et «créer un espace où la parole libre a toute sa place».Poètes de toutes paroles, soyez-y.- Le Devoir Sartre toujours Parmi la floraison de titres consacrés à Jean-Paul Sartre publiés à l’occasion de son centenaire, sou- lignons, dans la célèbre collection «Que sais-je?» des Presses universitaires de France, une «introduction» à l’œuvre signée par sa biographe la phis célèbre, Annie Co-hen-Solal.La même donne à lire -et surtout à voir -, dans la collection «L’Imaginaire» de Gallimard un magnifique album Sartre.Chez le même éditeur, toujours en petit format et à prix doux, il faut noter la reprise, dans la collection «Folio», d’une partie des textes de proches de Sartre publiés à l’origine en son honneur dans un numéro de la revue Les Temps modernes.- Le Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MAI 2 0 0 5 -«*¦ Essais L’Action nationale en campagne Dans son substantiel numéro double de mars/avril 2005, l’increvable revue souverainiste L’Action nationale propose un dossier special placé sous le thème de «PQ et souveraineté: passer aux actes».Une constante se dégage des 16 textes de réflexion qui le composent: le PQ doit délaisser le strict mode élec-toraliste et annoncer qu’il s'engagera dans une démarche de souveraineté une fois au pouvoir.Comme l’écrit Robert Laplante, directeur de la revue: «Aspirer à gouverner la province de Québec, c’est se faire le relais et l'instrument d’un État canadien déterminé à normaliser une fois pour toutes la situation.C'est aspirer à gérer la pénurie et le rationnement.[.] Et pour cela, il importe que le mandat électoral soit sans équivoque: un vote pour le Parti québécois doit être un vote pour sortir du Canada.» La stratégie référendaire classique, toujours privilégiée par Bernard Landry et l’establishment du parti, est elle aussi contestée par plusieurs des collaborateurs à ce dossier spécial.Les représentants des jeunes du PQ, par exemple, la rejettent carrément.Ainsi, selon Sasha-A Gauthier, «il est primordial d’effectuer des gestes de ruptures irréversibles avant même la tenue d’une éventuelle consultation sur la souveraineté du Québec».Il donne en exemple la nationalisation des impôts, l’établissement d’un CRTC québécois et la création d'une citoyenneté québécoise.La conclusion de sa réflexion indique que le congrès de juin du PQ ne sera pas de tout repos pour Landry: «Quand faire l’indépendance, c’est respecter C-20 qui a pourtant été conçue pour la combattre, il est juste et normal de comprendre où se trouve le vrai problème de crédibilité du PQ.» ' Claude Bariteau, qui vient de faire paraître un essai intitulé Pour sprtir de l’impasse référendaire aux Editions Les Intouchables, partage en partie cette analyse puisqu’il considère, lui aussi, que la fameuse Loi sur la clarté référendaire ’(C-20) rend caduque la stratégie Louis Cornellier référendaire classique.D insiste, toutefois, a juste titre, pour rappeler la nécessite d'un «appui majoritaire de plus de 50 % lors d'une élection ou d’un référendum» afin d'enclencher un processus menant à la souveraineté.Reconnais sant l’impasse référendaire, il suggère donc un pacte entre tous les «porteurs du pays» qui, peu importe leur formation politique, se feraient élire sur la base de leur appui à la souveraineté, permettant ainsi l’atteinte du seuil de 50 % même si le PQ, par exemple, n'en obtient que 45 %.Cette démarche, selon lui, permettrait de contourner la loi C-20 tout en étant parfaitement légitime puisque, comme il l’indique, «le recours à un référendum n’est pas, mais pas du tout, le moyen usuel pour faire sécession».Cette approche, toutefois, pour être rendue possible, exigerait que les candidats et les partis concernés s’élèvent au-dessus des intérêts strictement partisans et cessent, dans le cas du PQ plus particulièrement de lier projet de pays et projet de société, une démarche de toute façon injustifiable puisqu’elle revient à «ouvrir la porte à l’existence d’un parti unique et d'une idéologie politique unique, ce qui est aux antipodes de ce qu’il faut faire».Le pays d’abord, donc, grâce à un pacte, et les luttes idéologiques ensuite, comme dans tous les Etats démocratiques indépendants déjà existants.A partir d’un angle différent, c’est aussi à ce lien entre le social et le national que s’intéresse Mathieu Bock-Côté afin de le critiquer.Dans un texte intitulé «Le cul-de-sac progressiste du Parti québécois», Bock-Côté dénonce l’entreprise «d’ingénierie identitaire» qui a imposé le dogme du nationalisme civique en procédant à une dénationalisation de l’argumentaire souverainiste.Il souligne ce paradoxe — déjà critiqué par le sociologue Jacques Beauchemin —- qui consiste, pour les souverainistes, à se «référer à l’identité d'un peuple dont on refuse par ailleurs de reconnaître la mémoire qu'on croit souillée par le “nationalisme ethnique’».Le PQ.selon lui.ferait fausse route en adhérant à la thèse progressiste selon laquelle «le secret du national se trouve dans les politiques sociales» puisque «si le Québec est différent en Amérique du Nord, ce n 'est pas parses politiques sociales ou les valeurs du consensus progressiste qui tient captif sa population.mais par sa langue, sa culture, sa mémoire, son identité».En confondant, presse par sa frange progressiste, le social et le national.le PQ s’aliénerait le vote nationaliste de droite sans lequel son projet de pays reste inaccessible.Bock-Côté suggère donc au PQ d’opter pour «un programme plutôt centriste, très modérément social-démocrate, s’il le faut et puisque la tradition du parti l’impose, mais d’abord nationaliste et orienté vers l'accession à l’indépendance».Cette suggestion ne va pas sans soulever de problème puisque, quoi qu’en pense Bock-Côté, les souverainistes les plus influents et les plus militants sont aussi des partisans du modèle social-démocrate dont le PQ est le seul porteur crédible au Québec.Aussi, en penchant plus à droite qu’il ne le fait déjà, le PQ risque de s’aliéner ses principaux alliés intellectuels.C'est justement parce qu’elle permet, le temps d'une union sacrée, de distinguer le social et le national, sans préjudice idéologique pour quiconque, que la stratégie référendaire classique conserve toute sa pertinence et sa légitimité.S’il est vrai que la loi C-20 fait peser sur elle des contraintes plus lourdes que jamais auparavant, il serait naïf, pour autant, de croire que la voie électorale, même revue et corrigée sur la base d'un pacte pour le moment illusoire, lèverait ces contraintes sans en susciter de nouvelles, même si elles restent inconnues à ce jour.La légitimité morale et politique que donnerait aux souverainistes une victoire référendaire classique ne peut être négligée, d’autant quelle reste à expérimenter.Ceux qui, comme Bernard Landry, continuent de croire que le vrai pouvoir de négociation — PHP RO RL 1/ 1 K PFVOIR Amour, passion et philosophie Bernard Landry face au Canada et à la communauté internationale —, malgré C-20, est là.restent à contredire.Comme l'écrit Jean Roy: «En effet, le jour où une solide majorité de Québécois auront fait leur deuil du pays qu'ils ont fondé mais dont ils ont été exclus en tant que peuple, un référendum pourra se tenir et la force du vote démocratique fera sauter les verrous juridiques que l’autre avait cru indestructibles.» Jean-Marc Léger, dans un texte de ce dossier, relance l'appel «à une sorte d’immense et inlassable apostolat de l'indépendance», à «une nouvelle pédagogie de la souveraineté».11 n'y a pas d’autres chemins, ni juridiques ni stratégiques, que celui-là, pleinement politique, démocratique, et qui évite de confondre le social et le national sans nier ce qui les relie, pour arriver à bon port.louiscornellieria parroinfo.net L’ACTION NATIONALE «PQ ET SOUVERAINETÉ: PASSER AUX ACTES» Volume XCV, numéros 3 et 4 Mars/avril 2005,272 pages LOUIS CORNELLIER La philosiiphie ne peut prendre son sens que si on l’applique aux défis du quotidien», affirme le slogan de la collection «Pause philo», publiée par les Editions Milan.Aussi les auteurs qui se prêtent au jeu acceptent de mettre les ressources de la tradition philosophique comme sagesse au service d’un thèiix- auquel il s'agit de retkv chir afin de lui insuffler un supplement d’àme.L’exercice, parfois, donne des résultats réjouissants, comme cette Petite philosophie du tennis de Christophe Lamoure publiée Tété dernier, mais il faut savoir qu’il appartient au genre du divertimento intellectuel, sans phis.La Petite Philosophie de la passion amoureuse signée André Gui got ne fait pas exception à cette règle.Elle s'ouvre sur un beau plai doyer en faveur des liens entre amour et philosophie: «Réfléchir sur la passion amoureuse, c’est se donner les moyens de redevenir amoureux autrement.Par la pensee.Penser la vie.e’est vivre plus intensément.Im philosophie comme amour de la sagesse doit pouvoir rendre plus amoureux de la vie en lui donnant du sens.» À ceux qui prétendent qu’à trop y réfléchir, on tue la grâce de l'amour, le philosophe réplique: «lut passion amoureuse ne perd rien avec la pensée.Elle gagne en intensité puisqu'elle se nourrit du bonheur et de la dignité la plus belle de llumme la faculté de penser.» Et encore: «La pensee au service de l’amour suppose déjà un amour de la pensée.» Tous les thèmes et sous-thèmes reliés au monde de la passion amoureuse, ensuite, y passent, servis par de courts développements rédigés dans une langue élégante qui fourmille de belles formules.Li jalousie: «Pareille à un poison qui n 'envenimerait qu ’un corps à la fois, elle naît de l'angoisse de la liberté de l'autre.» La sépara- tion: «Il ne faut pas croire en ses seules tristesses.Non seulement celles-ci sont mauvaises conseillères, mais elles enveniment toutes choses, msqu'à empoisonner sa foi en l’avenir.» Le cynisme: «Cest la haine de l’autre déguisée en hununtr.» Et ainsi de suite pour la colère, la fidélité, la litxrte, la morale et plusieurs autres thèmes.Nous sommes là.redisonsJe, devant lui exercice de rhétorique fort habik*, mais un peu désincarné.On y rencontre, au passage, beaucoup île petites vérités, des intuitions originales.mais le mouvement d'ensemble de la réflexion reste trop diffus pour convaincre et s'apparente, en fait, à une sorte de patinage de fantmsie philosophique: ça gÙs se avec grâce, ça tourbillonne, c’est plaisant à voir aller, mais ça reste à la surface des profondeurs suggérées.Guigot, pourrait-on dire, nous entraine sur des chemins qui ne mènent nulle part, mais qu'il fait bon parcourir pour y croiser, surtout, l’esprit de Sartre, le ton de l'a seal et la vérité de Spinoza: «Or il ne faut pas partir du possible pour vouloir le réel, mais vouloir le réel pour aimer le possible.» La tâche de la philosophie, écrit Guigot, ne consiste pas tant à résoudre des problèmes qu’à s'attaquer courageusement aux questions essentielles que nous avons la faiblesse de négliger dans notre quotidien.«Écouter l'humain en l’homme, conclut-il, n'est pas une tâche facile, mais elle est nécessaire pour comprendre ce qui apparaît trop sim vent insaisissable, inexprimable, comme la passim amoureuse.» Son ouvrage, malgré son caractère plutôt vaporeux, initie bellement à cette aventure.PETITE PHILOSOPHIE DE LA PASSION AMOUREUSE André Guigot Milan Toulouse, 2(X)4,216 pages Les Éditions du Noroît H www.lttnoralt.com c/m «Suéôec 2006 /attrtUtf rtf/muf /or.s ïj/zc/tt /ronnm yneoeew# JEAN BARBE Comment devenir un monstre (lo/n/ncnf i/coc/fir tt/t f/to/tsfnc (/c(rti ,({cf/itu/c o/i/Arc (//( oc/// (ntr/ox ! /ïttf z ^ , Xt/urf/t*/ /e/ù '/{(if/o/hs crtf.v /a/freatcS ! I.IMÛAC H *r— Mart André ftrotitUcrit Marc André Brouillette M'ACCOMPAGNE M'ACCOMPAGNE Alain Guerrier ÉemâN* IMt RITOURNELLE RÎTOURNI:! Il lElf PRIX DES LIB DU QUÉBEC 20 Comment c un monstre '< Ça faisait longtemps que je n'avais eu une émotion littéraire P comme celle-là.» > Caratne-Monn.ftathoCumadu ¦ tmkùaM ¦< Ce deuxieme roman, étonnant ambitieux dense et touffu est l'une des belles surprises de la rentrée > Marie-Claude Fortin.Lu Presse « Comment devenir un monstre dérange Et émeut II y a là une habileté certaine [ ] Quel souffle Bravo Jean Barbe' > Danielle Laurin, Eue OuObet Roman mature, roman initiatique roman qui ne caresse aucun nombril, roman qui puise a même l'amour pour se défaire des chaînes de l'étriqué, voilà quelques unes des impressions qui demeurent une fois lue la dernière page de Comment devenir un m instre ¦¦ > Pierre Thîbeault, fer , 15141524-5558 lemeac " lemeac com LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET D 1 M A X C H E 15 MAI 2 0 0 5 F 8 «• Bloc xotes '* VITRINE DE DISQUE \ A nous les petites (chansons) anglaises ! LONDRES, P.Q.LA BRITISH INVASION AU QUÉBEC 1964-1970 Artistes divers Expérience (DEP) Beatles 101, chouette compilation d'adaptations québécoises des chansons des p'tits gars de Liverpool, avait fait l’automne dernier mon bonheur de trippeux de yé-yé des années soixante.Joie! Les gens des disques Expérience (excroissance des disques XXI) fournissent maintenant le complément naturel, une compilation d’adaptations québécoises de chansons d’autres groupes anglais de la même époque, sous le titre encore une fois bien trouvé de Londres, P.Q.D y a là-dessus 21 titres bien choisis et un autre livret copieux, nous présentant les plus intéressants exemples de ces moutures locales des Stones, Kinks, Animals et autres.Margot Lefebvre.Oui, Margot Lefebvre, qui reprenait à son compte le Downtown de Petula Clark, n y a aussi notre bien-aimée Renée Martel, qui repiquait du Petula itou, mais du Petula chantant en français les Kinks (Un jeune homme bien / A Well-Respected Man).Il y a même des chansons qui avaient échappé à mon radar yé-yé, telle Mrs.Brown You've Got A lively Daughter, des Herman’s Hermits, décantée en Chère madame, votre fille est très jolie par les excellents Aristos, ou encore le fameux Nights In White Satin des Moody Blues réduite en Voyage entre nuit et clarté pour Michèle Richard, ou plus fort encore, feu Gerry Boulet avec Les Gants blancs osant s’approprier le Call Me Lightning des Who.Simple curiosité, direz-vous?Un régal, oui.J’en veux pour preuve l’interprétation absolument parfaite que donnait Bruce Huard (en solo, après Les Sultans) du Tell Her No des Zombies.Le titre en français?Dis lui non.Ça ne s’invente pas.Sylvain Cormier SANS DÉTOUR Véronic DiCaire Hervé /WEA (Warner) Autant Catherine Durand a cerné sa personnalité musicale en privilégiant le folk-pop délicat aux accents country sur Diaporama.autant Véronic DiCaire perd toute identité sur ce disque qui lui va à peu près comme une touriste qui va visiter le village du Far West à Saint-Césaire.Concept, formatage, tout semble ici affaire de stratégie de mise en marché, jusqu’à la photo au recto du livret, nettement plus Caroline Néron que Véronic DiCaire dans la pose et l’attirail.le disque lui-même est pour la chanteuse une sorte de corps étranger: ce n’est jamais qu’une chanteuse pop dans un habit country-rock.Et ce, malgré les contributions d’auteurs et compositeurs notables: Eloi Painchaud, qui a aussi réalisé l’album et joue plein de guitares, son frère Jonathan Painchaud, Andrée Watters, Mario Peluso.En vérité, les arrangements et l’instrumentation country-rock sont irréprochables et tous les musiciens des fortiches du genre — avec les Painchaud, Antoine Gratton, l'extraordinaire Jean-Guy Grenier au pedal steel, on ne se trompe pas.Pour tout dire, cet album ne serait pas mal du tout si c’était quelqu’un d’autre qui chantait.Renée Martel, mettons.Véronic DiCaire, chanteuse sans personnalité propre, aurait tout avantage à persister du côté de la comédie musicale, domaine où il s'agit précisément d'incarner des personnages, ce quelle faisait très bien dans Grease et Chicago.Nul besoin de séduire le Québec profond en faisant la chanteuse country de pacotille.On a déjà Pier Béîand pour ça.S.C.LES POURRIS.DETALENT Artistes divers MusiquePlus-Zone 3 (Sélect) Les Denis Drolet, je peux pas.Leur émission à Musique Plus?J’évite, comme l'herbe à poux.Aussi ai-je donc été le premier surpris de constater non pas qu’une compile des •pourris.de talent» avait abouti chez les disquaires mais bien que ça vaille phis que tripette et plus fort encore, que Serge Fiori, célébrissime fantôme d’Hamionium, ait réalisé l’affaire.Vraie réussite, donc, que ce disque plus qu’éclectique, disons plutôt éclaté, pour ne pas dire écartelé, où le rock québécois hardcore des Chiens sales, la chanson pop de l’ex-Phénomia Marie-Michèle Richard et le folk anglo à la 4-Non Blondes d’une Pascale Picard, contre toute attente, cohabitent pacifiquement.Une part du mérite ûffîMSi ’ ' - -J ürf revient à Fiori, qui a su adoucir les contrastes, mais pas trop non plus.De fait cette compilation est plus large d’esprit que n'importe quel concours de chanson parce que le seul critère d’admissibilité est la liberté d’action.On en profite alors pour faire des découvertes.Des vraies.Du côté anglo, en plus de l’excellente Picard, U y a les Hot Springs, groupe plus que pétillant qui oscille entre néo-punk et néo-new wave.Ni anglo ni franco, il y a un for-tiche de guitare qui s’appelle Érik Mongrain et qui donne dans l’instrumental pas banal.Et, du côté franco, on remarque avantageusement le groupe Un (comme le chiffre), qui abonde dans le funk progressif, style pas tellement loin de ce que Fiori, justement, produisait en fin de parcours.J’aime assez Trois gars suTsofa, groupe de Victo tout en harmonies vocales, avec des guitares acoustiques qui balancent et des p’tites tranches de vie qui font penser à du Marc Déry en plus ludique.Bravo pour l’initiative, les Denis Drolet et désolé si je passe outre à l’indicatif musical de l’émission.S.C.IL Y A DES NUITS Jean Viau Productions de l’onde (Sélect) «Pourquoi pas moi?», a dû se dire Jean Viau en voyant le succès qu’obtient le cher Jamil avec son album Pitié pour les femmes.Voilà donc une autre figure bien connue de notre milieu chansonnier, en l'occurrence le directeur artistique du Ptit Bar, qui s’y colle et propose un premier album à sa propre enseigne.Eh ben, faut croire qu’en tous ces grands serviteurs de la chanson sommeille un auteur-compositeur-interprète de talent.Car ce disque plus que bien fichu rayon arrangements (signés Catherine Major, il faut le dire, beau travail) fournit non seulement l'occasion de découvrir une voix agréable et douce mais révèle un trésor d’observations fines et justes sur les hommes, les femmes et leurs mœurs.Comme quoi il est bon d’être demeuré en retrait si longtemps: ça aiguise le regard.Ce disque regorge de portraits bien dessinés, à commencer par ce Night Bird, inspiré par l’animateur de radio Guy Maufette, ou Mon vieux Johnny, ou encore Sale toutou, cabot qui tombe toutes les filles.C'est aussi un disque de bar, où il coule beaucoup de liquides divers, où le piano est le plus souvent un piano-bar et où la fête peut durer très tard, ce qui est normal vu le curriculum de Jean Viau.Mais au-delà des libations et de l’ambiance «copains d’abord», c’est surtout la sensibilité du gars qui lie ces petites histoires sans prétention niqis certainement pas sans intérêt.A la fin, une question se pose: à quand un album d’Alain Chartrand, capitaine au long cours du Coup de cœur francophone?S.C.PTIT GAMIN Nico Lelièvre GSI Musique (Sélect) Au printemps sortent les premiers disques de jeunes artistes.On comprend pourquoi: à l’automne, ils passeraient complètement inaperçus.Et ce Nico Lelièvre mérite certainement quelques passages dans le lecteur.N'avoir pu qu’échantillonner, comme cela se passe souvent en haute saison, j’en serais resté avec l’impression première: trop Leloup.Car l’influence, d'entrée de jeu, happe.Arrivé à Ventilateur, ça frôle la copie conforme: on peut chanter l’air de 1990 dessus.Mais pour peu que l’on tende l’oreille, on discerne derrière l’émulation un p’tit gamin sensible qui révèle plus directement ses angoisses (dans Le Pétrin) et ses affections (dans Les Animaux) qu’un Leloup.Nico Lelièvre n’est pas cette sorte de magicien de l’esbroufe dont on ne percevait les sentiments que par éclairs.La forme est certes encore mal cernée, mais Lelièvre parvient çà et là à se détacher des patterns mélodiques chers aux Leloup et autres Stefie Shock, surtout dans les ballades, notamment la très jolie Bohème, l’émouvante Papa ou la très pure Je découvre, qui évoquent autant une vie jusqu’ici particulièrement difficile qu'elles dénotent une capacité en- core intacte a voir la beauté tout autour.Nico Lelièvre existe: avec le temps, on le distinguera mieux.S.C.!•: i.i: i t k o PRE-TEEN SNOT FOR LIFE Massive Asthma SWEET LEMON JUICE Gin Gin Sussex (Le Son 666) D y a quelques mois, on découvrait avec entiiousiasme une nouvelle étiquette montréalaise qui commence à faire jaser dans le réseau des musiques électroniques.Grâce à une approche franchement ouverte et créative.Le Son 666 risque d’être je label à suivre de près en 2005.A l’image d’activistes sonores tels V/VM, la haute tension déjantée d’intercom ainsi que l’électroacoustique mutante de Minibloc installent déjà un imaginaire rythmique des plus fascinants.Denses et endurcis, ces premiers albums dévoilent une expérimentation qui ne se limite pas à un travail purement cérébral.Toujours dans cette joyeuse famille d’iconoclastes, on retrouve deux autres créateurs locaux aussi futés que fêtards.Derrière le pseudonyme Massive Asthma, Léon Lo s’amuse à déconstruire une électro nerveuse qui surprend à chaque détour sur les pièces de Pre-Teen Snot For Life.Après Gerry Lopez, l’imprévisible Jacob Chelkowski récidive sous le nom de Gin Gin Sussex avec un morceau complètement cinglé (Sweet Lemon Juice) qui détourne la musique traditionnelle asiatique à nos frais.Deux tubes plutôt improbables.Pour plus de renseignements, on visite le site .David Cantin t I A s s l Q l Schubert LIED Schubert La Belle Meunière.Jan Kobow (ténor), Kristian Bezui-denhout (pianoforte).ATMAACD2 2315.Schubert La Belle Meunière.lan Bostridge (ténor), Mitsuko Uchi-da (piano).EMI5 57827 2.Deux nouveautés abordent le premier des trois cycles schuber-tiens, deux versions pour ténor et deux références opposées.Que l’on soit clair celui qui achète pour la première fois La Belle Meunière aura intérêt à choisir Wunderlich-Giesen (DG) s’il aime les ténors et Fischqr Dieskau-Demus (DG) pour une gravure avec baryton.Mais l’existence de références majeures des années 60 ne doit pas empêcher les artistes d’aujourd'hui d’enregistrer ce cycle enchanteur sur les mélodies de Wilhelm Müller (1794-1827).Et ces deux artistes le font admirablement Le disque EMI a pour avantage de renfermer le phis bel accompagnement de piano jamais entendu dans cette œuvre.Ce que Mitsuko Uchida fait id, est souvent inoui, au sens propre.Ecoutez l'introduction du lied Wohin?(plage 2) et vous comprendrez.Bezuidenhout lui, soutient son chanteur avec intelligence et de belles couleurs sur un splendide pianoforte signé Paul McNulty.Les voix comme les visions des deux ténors se situent aux antipodes.Le timbre de Bostridge est clair, lumineux, fièrement projeté; celui de Kobow, sans être «bary-tonnant», a plus de galbe dans le bas médium.Ses aigus (cf.•Allen, eine gute Nacht» dans Am Feiera-bend) ne sont pas chantés à pleine voix, mais négodés dans une sorte de semi-voix de tête.La grande différence est toutefois interprétative.Bostridge fait du «micro-théâtre» en investissant chaque mot, chaque syllabe presque.Kobow s’inscrit de manière très fluide dans une «macrothéâtralité» décrivant d'un lied à l’autre la progression du voyageur dans le cycle, de l’élan amoureux à la solitude et à l’abandon.Bostridge, fascinant, aura sans doute plus de détracteurs, qui lui reprocheront une trituration excessive du texte.Kobow, admirable, n’est pas irréprochable, avec çà et là comme un léguer voile sur la voix.Mais sa vision est plus universelle.Christophe Huss LITTÉRATURE JEUNESSE f Ecrire à six mains CAROLE TREMBLAY Ils sont trois, unis par les liens du sang.Trois Murail qui vouent leur vie à l’écriture: Marie-Aude, Lorris et Elvire, cette dernière mieux connue sous le nom de Moka quand elle écrit pour les jeunes.Pendant deux ans, leurs six mains se sont entremêlées pour donner forme à Golem, un monstre en cinq tomes, maintenant disponible en un seul et même gros volume, chez Pocket Presse.L’idée de la série a d’abord germé dans la tète des deux sœurs, qui avaient déjà signé quelques courts textes ensemble.Lorris, le frère aîné, a décidé de se joindre à elles lorsqu’il a entendu, un peu par hasard, Elvire exposer son projet à Soizig Le Bail, alors éditrice cfiez Pocket «À partir de ce moment, c’était marche ou crève, raconte Elvire dans une lettre publiée dans la revue Nouvelles, de la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse français.Par fierté, je suppose.Nous avons simplement décidé qu’on y arriverait.» Concrètement comment peut-on coordonner trois cerveaux en un seul et même acte créateur?D’abord, les écrivains ont élaboré ensemble ce qu’ils appellent le «rail», c’est-à-dire la ligne directrice qui oriente la trame narrative.Une fois mis sur papier, cela représente un scénario d’environ une quarantaine de pages par volume.C’est le travail dTlvire, la coureuse de fond.Lorris et Marie-Aude ont ensuite pris appui sur ce rail pour rédiger, en alternance, une première version du texte.Puis, le manuscrit a fait des allers-retours dans la famille, chacun révélant à l'autre ses tics d’écriture, ses forces et ses faiblesses.Et qu’est-ce que ça donne au bout du compte?Une histoire pleine de rebondissements, de tiroirs à surprises qui s’ouvrent et se ferment, bourrée de clichés, aussi, mais si habilement utilisés qu’on pardonne à l'équipe Murail de nous les resservir sans scrupules.L’histoire se déroule dans une banlieue parisienne, sordide et multiethnique comme ü se doit Majid, douze ans, gagne un ordinateur dans un concours organisé par un grand magasin.Un jeu étrange, Golem, s’y installe de lui-même, apparaissant et disparaissant selon son bon vouloir.Un jeu passionnant auquel même Jean-Hughes, le prof de &, ne peut résister.Un jeu étonnant qui fait disjoncter les bouilloires électriques et laisse échapper des nuages bleutés.A partir de cette prémisse, tout décolle.La frontière entre le réel et le virtuel devient floue.Les monstres sortent du jeu, les méchants y pénètrent.Des ficelles apparaissent de partout, entraînant l’action dans toutes les directions: on vogue d’une multinationale qui tente de contrôler le monde au trafic des petits cafcls des cités en passant par la guérison miraculeuse (mais momentanée) d’une fiDette qui souffre d’une maladie incurable.Parfois rattrapées de justesse, parfois un peu grosses, ces ficelles n’en construisent pas moins un feuilleton palpitant au thème très actuel D y a des trous dans le scénario, c’est vrai, des invraisemblances ici et là, mais tous les dé faute de cette écriture tricéphale se transforment en qualité quand ils sont mis, comme c’est le cas ici, au service de l’action, dans un souci constant de ne pas ennuyer le lecteur.Cette série a le charme des histoires bricolées, pour le pur plaisir, dans l’obscurité d’une chambre, par des enfants qui ont trop joué à un jeu vidéo.Bref, on sort de cette lecture un brin confus, mais ravi d’avoir été contaminé par le contagieux bonheur de raconter de la famille Murail.GOLEM Elvire, Lorris et Marie-Aude Murail Pocket Junior, 535 pages Disponible aussi en cinq tomes de format poche, toujours aux Editions Pocket Junior.Tome 1: Magic Berber, tome 2: Joke, tome 3: Natacha; tome 4: Monsieur William; tome 5: Alias.Les jeunes ont leurs magazines ! GISÈLE DESROCHES Existe-t-il encore des périodiques pour enfants entièrement réalisés au Québec?Les Débrouillards, ça dit quelque chose à presque tout le monde: le Club, les émissions télé, les albums de bédé, le site Internet.et la revue mensuelle.Une rescapée, si on pense à la chute de Vidéo-Presse, ainsi qu’à celles de Hibou et de Coulicou.Disparus lors de l’achat de Owl par Bayard Canada (2000), ces deux derniers magazines ont néanmoins trouvé le moyen de renaître de leurs cendres sous une forme plus modeste, toujours sous les mêmes noms.Les parents qui s’abonnent aujourd’hui au magazine Enfants-Québec, conçu pour eux, peuvent pour quelques dollars de plus par année obtenir les suppléments Hibou ou Coulicou pour leurs rejetons.De son côté.Les Débrouillards a fait un petit la revue Les Explorateurs, orientée vers le monde (peuples, histoire, géographie et bien sûr les animaux — 6 à 10 ans).Les Débrouillards demeure la seule revue pour enfants à offrir un contenu entièrement made in Québec.C’est un périodique à saveur •drôlement» scientifique dont la préoccupation ludique est évidente.La formule intègre dossiers informatifs, suggestions de bricolage ou d’expériences, bédé, charades, blagues, reportages, etc.On trouve en outre en kiosque les revues Pomme d’api (3 à 7 ans) et/aime lire (7 à 12 ans), proposées par Bayard, dont les contenus français sont adaptés chaque mois pour le Québec.Malcolm Gladwell frappe encore Malcolm Gladwell sjeitf intuition Par l’auteur du best-seller mondial The Tipping Point Comment réfléchir sans y penser COLLECTION commerce Un essai fascinant sur la puissance — et les ratés — de l'intuition, par l'auteur du best-seller mondial The Tippini) Point.y «Des conclusions étonnantes qui me laissent encore une fois bouche bée.» Jean-François St-Pierre, La Presse Les Editions f Transcontinental
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