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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2005-06-11, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 2 O O LITTÉRATURE Alain Stanké et son Jules Page F 2 LITTERATURE Gabriel Garcia Marquez Page F 5 ?LE DEVOIR LECTURES D ETE ROMAN Le Fou d’Omar d’Abla Farhoud F3 ROMAN Le vieux fantôme qui dansait sous la lune de Sophie Frisson F 3 POLAR Une question d’honneur de Donna Leon F 4 ROMAN Une vue du pont, selon Louis Hamelin F 4 ESSAI Les choix de Louis Cornellier F7 ESSAI Quand Bob Dylan prend la plume F 8 COLLACK C HRISTIAN 'HIM T ^ ¦ lamlis qiu' la Cirando Bibliothèque ne dérougit pas et que Montréal célèbre, sons l'égide de l’IINESCO, b's plaisirs du livre, la venue de la belle saison nous rap- pelle que la lumière vient aussi de l’univers des mots.ENTRETIEN Yvon Rivard et le temps retrouvé de l’enfance i « i JACQUES GRENIER LE DEVOIR Avec Le Siècle de Jeanne, l’écrivain met le point final à une trilogie amorcée il y a vingt ans.CHRISTIAN DESMELLES Quelques heures en compagnie d’Yvon Rivard, c’est participer à un feu d’artifice tranquille de souvenirs, de livres et de films, de questions et d’apartés.De fils qu’on lance, qu’on rattrape et qu’on démêle.L’homme a le regard aiguisé, l’esprit insatiable et le verbe généreux.Lorsqu'il avait six ou sept ans, raconte-t-il en entrevue, son père (entrepreneur forestier dans la Haute-Mauricie) le déposait parfois tôt le matin au bord d'un lac.Loin du bruit des moteurs et des scies mécaniques, il pouvait ainsi passer la journée à pêcher ou à rêver, parfaitement seul et heureux sur une grande roche, dans le "temps suspendu» de l’enfance, en attendant que son pere passe l’y re prendre après son travail.C’était le temps d’avant Avant la conscience du temps qui passe et de la défaite inévitable qui guette l'homme.Professeur de lettres et de création littéraire à l'université McGill depuis 1973, conseiller en scénarisation pour le cinéma, essayiste et romancier re connu, avec Le Siècle de Jeanne, Yvon Rivard fait re vivre une demiere fois le personnage d'Alexandre, écrivain apparu dans Les Silences du corbeau (Boréal, 1986, prix du Gouverneur général) et repris dans Le Milieu du jour (Boréal, 1995, Grand Prix du livre de Montréal l’année suivante).Le roman vient ainsi clore (quoique sans la résoudre totalement) une suite romanesque vouée a l’apprentissage de l’amour, de l’écriture et de la liberté.Mais aussi à une ambitieuse exploration du temps, inspirée de celle de Virginia Woolf — qui étend son ombre partout dans ce roman magnifique d’authenticité et de réflexion essentielle.Alexandre le bienheureux Pris depuis de longues années entre deux femmes (Françoise et Clara), enlisé dans des questionnements de vie et d’écriture, le narrateur et alter ego d’Yvon Rivard semble cette fois plus près que jamais du bonheur.Au début du Siècle de Jeanne, à cinquante ans, Alexandre se retrouve seul pour un long séjour à Paris.Dans cet “ancien monde», les journées s'écoulent entre l'écriture de cartes postales pour sa petite-fille adorée (Jeanne) et l’attente de Clara — qui doit venir l’y rejoindre.-Que faire?Ou aller' U me semble que j’ai passé ma vie à me poser ces questions et à chercher la réponse en moi-méme, comme si j’étais porteur d’une vérité avec laquelle ma vie devrait s’accorder- D’ou la crainte constante de se tromper, ajoute le narrateur d’Yvon Rivard.De lieu, de femme, de livre.Toujours aussi irrésolu mais plus apaisé qu’au-paravant, Alexandre ne pourra pas toutefois s’épargner quelques malheurs (l’existence chaotique de sa fille Alice, la tentative de suicide de Clara, la perte de son chat) qui viendront éprouver la solidité de ce nouvel équilibre.-L’erreur c’est de se croire l’auteur de sa propre vie alors que c’est la vie qui nous invente, se dit Alexandre à la fin du roman, c’est elle qu’on reconnaît lorsqu’on se regarde dans un miroir et qu ’on ne se reconnaît plus, lorsqu'on devient pour soi-même un étranger, un ami qu’on croise en chemin, un caillou qui heurte notre pied, un chat qui nous fixe, un nuage qui nous absout, n'importe quoi qui nous tire de nous-mêmes et nous libère de la tentation d'être quelqu’un.* L’art d’être grand-père Mais l’amour, pour son héros, arrivera sous la forme d’un recommencement, d’une manière inattendue et inédite: l’amour d’un grand-père pour sa petite-fille.Car l'enfant, pour le grand-parent, n’est-il pas comme une vérité révélée, parfaitement extérieure, une sorte de merveilleuse et apaisante réponse à une question jamais posée?Avec cependant ses espoirs et ses limites: -On peut tout partager avec un enfant, sauf la conscience même du bonheur qu'il vous donne.» VOIR PAGE F 2 : RIVARD t 1 > LE DEVOIR.LE A M E L> I ET D I M A X CUE 1 F 2 IX 2 0 ÆCTURES D'ETE Tout ça, c’est la faute à Jules ! ALAIN STANKÉ Ambassadeur de Montréal, capitale mondiale du livre durant le mois de juin Lorsque les responsables de Montréal, capitale mondiale du livre m'ont demandé de citer l’ouvrage qui a le plus marqué ma vie, je n’ai pas hésité un seul instant.Bien plus que le titre du précieux volume, c’est à son auteur que j’ai pensé en premier.A Jules l’inoubliable, Jules l’inimitable.Jules qui a transformé ma vie.Cet homme est devenu si proche de moi, si intime, que je ne l’ai jamais désigné autrement que par son prénom.Je laisse aux autres le soin de l’appeler Jules Verne.J’ai fait la connaissance de Jules il y a plus d’un demi-siècle, dans des circonstances particulières.C’était au lendemain de la dernière guerre mondiale.Je n'avais alors que onze ans.Je venais tout juste d’être libéré d’un camp de concentration allemand.Plutôt que de retourner vivre dans mon pays natal, la Iituanie, j’ai fini par atterrir en France et fus aussitôt envoyé à l’école où, ne connais-sant pas la langue française, qui allait devenir ma cinquième langue, je n’ai pas tardé à être affublé du titre infamant de dernier de classe.F,t comme les échecs vont de pair avec les moqueries et les quolibets (particulièrement en France), j’ai été immanquablement l’objet d’abondantes et cinglantes railleries de mes vertueux petits camarades.Le vocabulaire des pointes, des quolibets et des affronts fut donc celui qui m’initia en premier à la belle langue française.Abondamment insulté, je me suis senti diminué, rejeté.Fraîchement rescapé des camps de concentration, où j’avais été suffisamment maltraité par des gens armés, je me suis dit que je n’allais tout de même pas me laisser piétiner par des lascars de mon âge.Et la seule riposte qui me vint en tête alors fut celle de les battre sur leur propre terrain, c’est-à-dire celui de la connaissance de leur langue maternelle.J’ai donc pris la décision, assurément la plus importante (sinon la plus prétentieuse) de toute ma vie.Celle de me plonger intensément dans l’étude du français avec la ferme intention de devenir meilleur qu’eux (quand on est jeune, on ne doute de rien), afin de pouvoir leur rendre un jour la monnaie de leur pièce.Je ne sais plus très bien comment je l’ai fait, mais ce dont JACQUES GRENIER LE DEVOIR Alain Stanké je me souviens, c’est que j’y suis parvenu.La récompense de mes efforts est venue à l’École St-Pierre de Montrouge, à la fin de ma deuxième année scolaire.A la distribution des prix de fin d’année, alors que toutes les récompenses avaient été attribuées aux plus méritants de l'école, au moment où, résigné, je m’apprêtais à rentrer chez moi avec mes parents, cachant tant bien que mal leur déception de constater que leur fils n’avait pas même eu droit à un infime bulletin d’honneur, j’eus la surprise d’entendre appeler mon nom.le directeur de l’école m’invitait à monter sur l’estrade.J’y suis allé presque à reculons tant je craignais d’être grondé publiquement pour ma piètre performance.Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que l’on m’attribuait le deuxième prix de français, non pas de ma classe, mais de toute l’école! De cancre que j’étais, je passais au grade d’exemple.En guise de récompense, on me remit pour l’occasion un grand livre rouge cartonné, doré sur tranches.C'était un livre de Jules Verne intitulé De la terre à la lune.Pour peu, dans ma naïveté, j’aurais cru que Jules l’avait écrit pour moi.De la terre à la lune fut donc le premier livre de ma vie que j’ai lu (et relu bien des fois!) en français.Pour tout dire, avant que la guerre n’éclate, je n’avais lu qu’un seul petit livre de contes en lituanien.Par la suite, durant le temps qu’ont duré les hostilités, je n’ai lu que de brefs passages de mon petit livre.de messe (!) (souvenir de ma première communion), que j’avais réussi à emporter clandestinement, comme porte-bonheur, au camp de concentration.On comprendra pourquoi Jules restera pour moi mon auteur favori.Je connais son œuvre par cœur et je l'aime.De la Terre à la Lune.en passant par le Québec! Voila sanÿ doute pourquoi, lorsque les Éditions Stanké ont créé la collection «Québec 10/10», en 1976, c’est avec un ouvrage de Jules que j’ai tenu a inaugurer la collection au fonnat de poche.Famille sans nom était sans contredit le titre tout désigné pour marquer l’avènement.L’intrigue du livre se passe au Québec, sur le bord du Richelieu, et la description que l’auteur y fait de la région, des Patriotes et des CanadiensTrançais en général est tellement détaillée qui! est difficile d’imaginer que l'auteur ne soit jamais venu chez nous.Connaissant mon attachement particulier a l'auteur, Gabrielle Roy (dont Bonheur d’occasion a été le deuxième ouvrage à paraitre dans cette collection) avait l’impression que mon Jules allait nous porter bonheur et que ce bonheur-là n’en serait pas un d’occasion! Le second ouvrage de JV à enrichir la collection fût, on s’en douterait, Am pays des fourrures.Les descriptions que l’auteur présentait du pays étaient a tel point conformes à la réalité qu’il était difficile de penser que cet homme n’a jamais mis les pieds au Canada.Après une recherche faite auprès de certaines personnes (qui prétendaient être des «spécialistes»), j’ai appris que c’est le fils de L.-J.Papineau, en personne, qui aurait été le guide de Jules lors de son (hypothétique) voyage au Canada.Faisant entièrement confiance à mes informateurs, je confesse avoir écrit un long article version d’ongw dù bout dû Mc Stanké $ sur le sujet dans La Bresse.Un article écrit de bonne foi qui perpétuait une légende erronée, car, quelques mois plus tard, j'eus la confirmation officielle que Jules n’était jamais venu chez nous! Le pere de la science-fiction n’était pas un homme qui voyageait, mais un homme qui avait d’excellents.documentalistes.Cette fois, l’information était incontestable.Elle me venait du siege social de la Société Jules Verne, a Paris, ou je m’étais rendu spéciale ment afin d’apprendre tout sur mon ami Jules.Fondée dans le but de réhabiliter l’œuvre de Jules Verne (parce que beaucoup d’intellectuels ne le considèrent toujours pas comme un véritable écrivain!), la SJV est dirigée par son président-fondateur, le D'Olivier Dumas, un érudit passionné par son idole, dont il connaît l’œuvre et la vie mieux que personne.C’était prévisible, je me suis aussitôt lié d’apiitié avec le D' Dumas.C’est aux Éditions Stanké que cet infatigable chercheur a confié la publication de Voyage à travers Jules Vente, la biographie la plus exhaustive jamais publiée sur Jules Verne à qui, cet homme prodigieux, a consacré la majeure partie de sa vie.Et, comme le hasard fait souvent bien les choses, lorsque la SJV a dri couvert les manuscrits originaux de Jules Verne, et appris avec stupéfaction que certains n’avaient encore jamais été publiés tandis que d’autres, édités après sa mort, avaient été copieusement remaniés par Iç fils de l’écrivain, c’est encore aux Editions Stanké qu’elle confia le soin de les éditer en exclusivité mondiale et de les faire connaître à travers le monde.Cela peut sans doute paraître paradoxal que les droits de traduction des textes d’origine de Jules Verne (même en Chine) soient contrôlés aujourd’hui par une maison québécoise.Mais, ce qui est le plus saugrenu (et le plus réconfortant) pour moi, c’est de voir que même en France, pays natal de Jules, ces œuvres portent le sceau des «cousins des Français».Mes premiers petits copains d’école d’antan, qui les achètent aujourd'hui à Paris et qui les lisent sûrement avec délectation, ne se doutent même pas qu’ils sont à l’origine de cette belle aventure et que, dans le fond, je leur en suis très reconnaissant.En fin de compte, n’est-ce pas un peu grâce à eux que j’ai découvert mon ami Jules?Collaborateur spécial du Devoir Félicitations à Bruno Roy finaliste au Prix France-Québec Philippe-Rossillon 2005 pour son roman, L'engagé cclitciir Micheline Lachance Par l'auteure du best-seller le Roman de Julie Papineau « Quand on arrive à la fin du livre, on voudrait qu'il reste encore 500 pages à lire tellement on s'est attaché à ces gens dont on a partagé la vie de tous les jours.[.] maintenant que j'ai lu Lady Cartier, je ne regarderai plus jamais l'un des monuments de Sir George-Étienne Cartier de la même façon.» Lise Fayette, Le Journal de Montréal QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com RIVARD «La chose la plus personnelle, quand elle est racontée à Vintérieur de ce cadre imaginaire, appartient du coup à tous» SUITE DE LA PAGE F 1 Pour retrouver la capacité d’oubli et d’émerveillement qui caractérise l’enfance, il faut d’abord accepter l’inevitable défaite qui nous guette tous.Savoir vivre et écrire, par exemple, a partir du seuil anticipé de la mort En ce sens, la trilogie ressemble à une lente et difficile remontée vers le temps perdu de l’enfance: le refus de la vie et le départ en Inde (dans Les Silences du corbeau), l’enlisement du «milieu du jour» puis la remontée vers l’aube claire d’une enfance retrouvée.Un roman lumineux et rempli d’espoir, croit Yvon Rivard, malgré les épreuves qui s’abattent sur son personnage.Une véritable réconciliation d’Alexandre avec lui-même, inspirée par l’existence de la petite Jeanne, qui lui offre une nouvelle chance d’aimer et lui montre la voie du bonheur.Un bonheur qui loge dans la capacité à saisir l’instant, d’arrêter le temps qui passe.«Avec Le Siècle de Jeanne, explique-t-il, je voulais montrer quelqu’un qui vit un instant de bonheur parfait, un moment idyllique.Un instant de bonheur parfait suivi d’une série de catastrophes.Parce que si la sérénité ou la joie ou la plénitude, appelons ça comme on veut, ne survit pas à la catastrophe, c’est que c’était une illusion.» Autofiction, imaginaire et réalité, vrai ou faux?Comment atteindre à une certaine vérité?Yvon Rivard convoque tout de suite Marguerite Yourcenar: «Le roman raconte ce qu’un homme a été, ce qu’il a voulu être et ce qu’il a cru être.» Tout cela, en somme, et rien d’autre.«Et ce que je raconte dans ce roman, pour-suit-il, n’a au fond rien de très personnel.Tout le monde, par exemple, pourra se reconnaître dans la relation d’Alexandre avec sa petite-fille.Parce que la chose la plus personnelle, quand elle est racontée à l’intérieur de ce cadre imaginaire, appartient du coup à tous.La vérité la plus grande est toujours impersonnelle.Et on l’atteint en acceptant d'être au plus près de soi.» L’écrivain ajoute que ce qui fait la spécificité du roman, peut-être plus que de témoigner de la «détresse et de l’enchantement», ou bien de montrer la «grandeur de la défaite humaine» (Danilo Kis), c’est de prendre la vie et d’en faire une histoire.Une histoire qui s'inscrit dans une autre, plus grande encore, avec un début, un milieu et une fin, et qui rend la vie acceptable en lui donnant un sens.En congé sabbatique pour quelques mois encore, l’été qui vient sera pour lui traversé de temps suspendu et d’écriture, de thèses à superviser et de «compost fumant».Rencontrer et lire Yvon Rivard, c’est ainsi prendre la mesure de la transparence possible entre une vie et une œuvre, entre la pensée et le geste.Plus que jamais résolu, rappelle-t-il en évoquant le titre d’un essai de Denis de Rougemont, à «penser avec les mains».Comme le ferait un enfant seul assis au bord d'un lac.Collaborateur du Devoir LE SIÈCLE DE JEANNE Yvon Rivard Boréal Montréal, 2005,408 pages La trilogie ressemble à une lente et difficile remontée vers le temps perdu de l’enfance ÉCHOS Hommage à Patrick Straram Une discussion libre sur l’œuvre de ce pilier de la contre-culture au Québec que fut Patrick Straram (1934-1988) aura lieu ce samedi 11 juin, à 16h, à la Brasserie Le Patriote (3363, rue Ontario Est, à Montréal) .Seront présents, entre autres, Guy Sioui Durand, Paul Grégoire, Richard Martel, Angéline Neveu, Pierre Rannou, Yves Robillard et Marc Vachon.- Le Devoir Prix Louis-Guilloux l>e prix Louis-Guilloux, doté de 13 500 euros (20 500 SCAN), a été décerné à l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot pour son roman Bicentenaire (Actes Sud/Leméac), qui évoque l’anniversaire de l’indépendance d’Haïti.- Le Devoir Prix Clément-Marchand La Société des écrivains de la Mauricie a décerné à la Triflu-vienne Josiane Cossette le prix Clément-Marchand pour sa suite poétique intitulée Entre deux lieux, l’oubli.Ce prix est remis au gagnant ou à la gagnante du concours organisé annuellement par la SEM.Le prix est accompagné d’une bourse de 1000 $.- Le Devoir Les Éditions du remue-ménage félicitent Denyse Baillargeon récipiendaire du Prix Clio-Québec 2005 remis par la Société historique du Canada pour son ouvrage Un Québec en mal d’enfants La médicalisation de la maternité, 1910-1970 "«.F •> 7 %-.-' UNÛUÉBEC EN «AL fTENFANTS les éditions du remue-ménage JEAN-YVES CARPANÈSE L'antichambre Frustrés par leurs tentatives infructueuses d’avoir un enfant, jean et Caroline émigrent au Québec dans l’espoir de donner un nouveau souffle à leur vie.Mais verront-ils leur rêve se réaliser?Un roman bouleversant î ÉDITIONS ANNE SIGIER www.annesiÿier.qc.ca En vente chef votre libraire mmmk T ANT I CH A M BR F NOUVEAUTÉ Natif de Lyon.Jean-Y> arpsutèse 24.95$ est directeur d’i e école ( Jregrm.i < WRÊÊÊÊÊÊÊÊÊËIÊÊÊÊi LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 12 .1 L 1 N O O A LECTURES D'ETE Déflagration Suzanne Giguère Dramaturge lue et jouée au Québec et à l'étranger, Abla Farhoud signe, avec Le Fou d’Omar, sa troisième œuvre de fiction.Roman de tous les exils, géographique et intérieur.Le Fou d’Omar pose en crçux la question de la dépossession, A l’origine de l'histoire qui nous est racontée, un mot déflagration, trace en lettres majuscules.Une famille libanaise émigree au Québec voit son destin basculer lorsque Radwan, le fils cadet, glisse dans la folie et son univers apocalyptique.Dans un roman à relais dont la narration est assurée par quatre voix d’homme, Abla Farhoud montre comment cette maladie déteint, s’insinue et s’incruste en chacun des membres de la famille Lkhouloud et finit par l’aliéner.La folie est omniprésente dans la littérature, et ce, depuis toujours, car elle fascine, intrigue, inquiète.La romancière québécoise mise sur l’aspect sensible de la mise à nu de la vulnérabilité de ses personnages.Son récit en devient, par là même, à la fois plus humain et profondément tragique.Coupable d’aimer «My father and I we were living in a blender.Un broyeur de vie.Il a broyé ma vie, j’ai broyé la sienne.» Lorsque le roman commence, Radwan, effrayé et désemparé, tourne autour de son père qui vient de mourir.Il vit seul avec lui depuis des années.D connaît le rituel Itinéraire chez les musulmans: vider la chambre, «tout enlever ce qui rappelle la vie», les ablutions, la prière, «la Shahâdâ», mais il est incapable de faire un seul geste.Il prend la parole et raconte comment, à l’âge de dix-huit ans, la disparition de sa sœur «jumelle de cœur et d’âme» a fait voler sa vie en éclats.« Vivre.La vie.Life.To live.El hayat.La vita è bella.Je répète ce mot dans toutes les langues que je connais.Et ça ne sonne aucune cloche.» Depuis la catastrophe, le garçon brillant à la sensibilité exa-cerbee.compte sur ses doigts les éclaircies dans sa vie.«Comment se construire une vie avec dix éclaircies?Je suis mort si souvent.» Tantôt exalté, délirant révolté et provocateur, tantôt défait et begue.imprévisible, changeant, Radwan passe de l’euphorie intense à l’effondrement psychique.Cela dure depuis vingt ans.«Comment continuer à vitre avec l'idée que je ne serai jamais un grand homme.Ni même un homme [.].Ma vie est si décousue.Le fil de ma vie a été coupé si souvent que.» La souffrance arrache les humains de leur chemin.Après la voix bouleversante de Radwan, celle d’Omar, le père, nous aide à toucher du doigt l'àme enténébrée du fils fou.«Mon cœur a été un territoire occupé.Occupé par Radwan.Et par lui seul.» Après la mort de sa femme.Omar a porté seul sa peine.Sa volonté démesurée, son espoir sans faille, son amour immense n’ont pas suffi.Il a échoué dans son combat d’homme.Durant toutes ces années, il a vécu, comme il dit, mille ans d'espoirs anéantis.Son amour exclusif pour son fils l’a détourné de ses autres enfants.Il a oublié que les regards, les gestes, les mots affectueux et tendres étaient à renouveler sans cesse.En émigrant avec sa famille au Québec, Omar avait réussi à fuir l’horreur de la guerre au Liban.La folie de son fils l’a asservi: «Comment aurais-je pu m’enfuir de la maladie de mon fUs?» Dans un aveu dé chirant.Omar admet avoir étouffé d'amour son fils, mais il ne se résout pas à croire qu'il l’a trop aimé: «Peut-être fai-je mal aimé?(.! Comment puis-je me sentir coupable d’aimer?» Rien n’est plus déroutant que la folie, «elle nous renverse dos au plancher, pieds et poings liés, cœur en bouillie».Dans un rare moment de lucidité, Radwan cherche avec son père le sens de la vie.11 lui demande: «Qui suis-je papa, qui suis-je?».Ce jour-là, Omar mesure les abîmes épouvantables et l’exil intérieur de son fils.«J’ai pleuré».Il sait que la folie éloigne Radwan à jamais de son identité.A quoi cela a-t-il servi que son JACQUES GRENIER LE DEVOIR Abla Farhoud fils soit fou?À quoi a servi sa souf-france.la sienne, celle de toute sa famille?Omar voit, dans le sens profond de son malheur, une injustice divine: «Penser et savoir quelle (la folie) a été vécue pour rien est pire encore [.].Même mort, j'en veux à Dieu de m’avoir broyé de la sorte».Liberté de langage Comme toute la famille Lkhouloud, Rawi, un des frères de Radwan, s’est heurté à l’indicible de la folie.D raconte la douleur indescriptible devant son frère devenu une épave à sa sortie de l'hôpital psychiatrique: «“Mourir.je.veux.mourir.’’les seuls mots que j’arrivais à distinguer dans son murmure».Cette image de détresse infinie, Rawi a tenté de la chasser en se construisant une nouvelle identité.Devenu Pierre Luc Duranceau, un écrivain reconnu, il n’a jamais pu se détacher de la souffrance de son frère.«J’ai gagné sur tous les plans.Sauf ce nœud que je suis incapable de démêler.» Vingt ans après, il étouffe dans sa double identité et rêve de délivrance.Un dernier point de vue nous est donné par le voisin de la famille, Luciep Laflamme, un artisan joaillier.A son grand regret, il n’a réussi à établir aucun lien avec ses voisins en raison de leur isole- ment.Le jour où il a aperçu le fils halluciné tout détruire dans le jardin.il en a déduit qu'il voyait «à l'œuvre devant ses yeux la déraison».Depuis, il éprouve de l’attachement et de la tendresse pour lui.Homme à l’esprit ouvert, il recherche les ressemblances plus que les différences, convaincu que «des.fils invisibles» relient les êtres humains, toutes origines et cultures confondues.Tout en faisant pivoter son récit autour de la vision pathétique de la folie, la romancière emprunte des chemins de traverse dans lesquels elle nous confie son amour pour l’écriture, la littérature et les auteurs lus, nous fait part de ses reflexions sur l'exil et l'adaptation à une société nouvelle, l’identité, mouvante, dynamique, provisoire, et la souveraineté du Québec.Sa conscience aigue des injustices et des inégalités se repercute dans des propos tranchants, notamment sur le conflit israelo-palestinien («Le peuple élu a-t-il été élu pour répondre par obus à des corps remplis de desespoir.par char d'assaut à des pierres lancées par des enfants?») et les conséquences désastreuses du 11 septembre 2001 pour les Arabes et les musulmans en Amérique.Le Fou d'Omar manque de profondeur de style.Cependant, la grande liberté de langage que se donne la romancière attire l’attention.Sa prose est mâtinée de mots anglais, arabes, italiens et d’expressions québécoises et jouali-santes.Chaque narrateur garde le rythme, le ton.Ainsi, la parole hachurée de Radwan nous amène au bord de l’incohérence quand s'effacent les repères de la logique et de la rationalité.Abla F'arhoud arrive avec beaucoup de finesse et de sensibilité à saisir de l’intérieur les affres de la maladie mentale.Fille possède un talent d’analyste indéniable.Malgré ses imperfections, Le Fou d’Omar s’impose comme une œuvre intense et émouvante.Et inoubliable.Collaboratrice du Devoir LE FOU D’OMAR Abla Farhoud VI Ji Éditeur Montréal, 2005,192 pages LITTÉRATURE MEXICAINE Le monde à l’envers de Sergio Pitol CHRISTIAN D E S M EIII.E S Dans Le Voyage (Les Allusifs, 2003), l’écrivain mexicain Sergio Pitol raconte comment au cours d’un séjour en Géorgie qui tenait autant de la descente aux enfers que de l’épiphanie, lui est venue l’idée d’un «roman du bas-ventre».Comment a surgi l’éclair carnavalesque et gogolien, comment une petite galerie de personnages stéréotypés est sortie de l’ombre, de quelle façon les pièces du puzzle se sont mises en place.Quelques années plus tard, cette impulsion a donné naissance à Mater la divine garce, un roman érudit et loufoque, deuxième volet d’une trilogie rocambolesque baptisée Triptyque du carnaval (qui comprend El desfile del amor et La vida conyugal, deux romans qui n’ont pas encore été traduits en français).Les personnages engendrés par Pitol s’y révèlent à la hauteur de ses visions «païennes».A commencer par la veuve d’un anthropologue qui a étudié les fêtes indigènes au Mexique (en particulier la cérémonie du pot de chambre sacré du Divin Enfant), elle-même spécialiste de Gogol, Marietta Karapetiz, «la pimbêche, la présomptueuse, la surhuppée, la divine garce» du roman.Puis un «adversaire existentiel» sous les traits d'un érudit dilettante, Dante C.de la Estrella, qui a trouvé une raison de vivre à contredire le travail de Karapetiz («l’imposture faite femme») et qui résume à lui seul tout ce dont Pitol a en horreur chez l’humain: l'avarice, la mesquinerie, l'inauthenticité.Narrateur échevelé et sans pudeur, il raconte à sa manière, un après-midi d’orage, à un auditoire captif et parfaitement désintéressé, un catastrophique voyage fait à Istanbul au corns de sa jeunesse.Sa rencontre humiliante avec cette «archigueuse» et son frère dégénéré.En d’autres mots: les circonstances d’un traumatisme dont il ne s’est jamais remis.Ce roman gogolien jusque dans lame, Pitol le conçoit comme un hommage à l’auteur du Journal d'un fou.Et l’exégèse délirante et obstinée du héros nous dévoile sa profonde étroitesse d’esprit, lui qui refuse de comprendre que la splendeur et l'abjection puissent se côtoyer.En effet dans le carnaval façon Bakhtine revisité par Sergio Pi- VIOLENCE CONJUGALE DES SPÉCIALISTES SE PRONONCENT rédigé par Johanne Carbonneau Au Québec, chaque année, des dizaines de milliers de femmes victimes de violence conjugale lancent un appel à l'aide.Comment cette situation est-elle encore possible aujourd'hui ?Une centaine de spécialistes se prononcent universitaires, policiers, avocates, substituts du procureur général, intervenantes en maison d’hébergement, thérapeutes pour conjoints violents, infirmières, travailleuses sociales et plusieurs autres.Autant de voix et autant de milieux qui partagent la préoccupation d'assurer la protection et la sécurité des femmes et des enfants victimes de violence conjugale.EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE les éditions du remue-ménage WmM 23,95 $ • 246 p.• 2-89091-239-6 toi, les pauvres feignent d’être riches, une spécialiste de la littérature russe a un passé de masseuse et les ignares croient tout savoir.Il a été étudiant à Rome, traducteur à Pékin et à Barcelone, professeur d’université à Jalapa et à Bristol.H a occupé des postes diplomatiques à Varsovie, Budapest Paris, Moscou et Prague.Veracruzano d’origine italienne, Sergio Pitol est un auteur cosmopolite dont l’œuvre est à la fois nourrie de Gadda, de Rabelais et de Gombrowicz tout comme de la plus subtile des traditions mexicaines.Ceci pouyant sans doute expliquer cela.A savoir qu’il ait été si peu traduit en France, où encore aujourd’hui on trouve plus rassurante l’image d’un Mexique fait de pulque et de serpents à plumes.Pour amateurs de fiction érudite et difficile à mettre en boîte.Collaborateur du Devoir MATER LA DIVINE GARCE Sergio Pitol Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel laculli Gallimard, collection «Du monde entier» Paris, 2004,240 pages K Depuis 1985, XYZ.La revue de la nouvelle offre à ses lecteurs des textes inédits de nouvelliers reconnus ou des plus prometteurs.Abonnez-vous à XYZ.La revue de la nouvelle mC-iapJiysIquc et recevez en prime (valeur 23 $| Un cheval métaphysique (nouvelles) fft | 1 AN/4 NUMÉROS INDIVIDU INSTITUTION Canada 25 $ Canada 35 $ Étranger 35 î Étranger 40 $ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 45 $ Canada 55 $ Étranger 65 J Étranger 755 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65 5 Canada 35 5 Étranger 95 $ Étranger ! 10 $ Ces prix sont toutes taxes comprises Visitez notre site Internet: www.xyzedit.qc.ca/Fr/revue.asp Nom Adresse Ville Code postal Tél.Courriel Ci-joint Q Chtgue O Visa Q Mastercard If Expire le Signature Date RETOURNER À : XYZ.La revue de la nouvelle 1781, rue Saint-Hubert, Montréal |Québec| H2L 321 Téléphone: |S14| 525.21.70 • Télécopieur: |SUj S25.7S.37 Courriel : mfolxyzedit.qe.ca • www.xyredit qc.ca/fr/revue asp de Jean Pelchat - T' H n° 82 Pluie fife TTÉRATURE Q U É B É C O S E Le roman des autres MICHEL LA PIERRE Soplùe Frisson a décidé d'écrire un chef-d'œuvre et de devenir célébré.File a gagne 10 000 $US pour enlever sa petite culotte scuts frissonner en donnant le frisson à d'autres.«Quand Je montrais mon diplôme, explique-t-elle, on m en voyait au diable, fai montré mon cul et (m m'a envoyée au Mexique.» La jeune femme de vingt et un ans a pose nue pour écrire, près d’une plage mexicaine, un roman qui n'est rien de moins que le journal intime de la romancière dont rêve le monde entier.Le vieux .fantôme qui dansait sous la lune, traite désinvolte de l'impuissance d’écrire, est un roman plus sérieux qu'il en a l’air.D' «vieux fantôme», c’est un Mathusalem assis dans un fauteuil roulant qu’une bonne sœur, tout de noir vêtue, pousse sur la plage.Arrivé dans l’eau, le «dinosaure» se lève et on a l’impression, en lisant le livre, qu’il traverse l’océan d’un trait à la vîtes se d’un nageur olympique.Le fantôme pourrait être de cent origines ethniques en même temps et appartenir à cent religions.On croirait bien quil parle cent langues, le fantôme est écrivain.11 a publie 333 livres, mais il reste inconnu.«Il est certainement canadien», conclut avec justesse Sophie Frisson.11 s'appelle Oscar Dupont La romancière, qui se met elle-même en scène dans le journal romanesque, finit par voir en Oscar Dupont l’archétype de l’écrivain.Sophie Frisson fait siens les romans exotiques et rocambo-lesques de ce grand Canadien inconnu qui pourrait être son arrière-grand-père et qui, sur la plage mexicaine, n’a pas craint de lui dire: «Montre-moi ta belle chucha .V .A\v' fey* douce pour que ma mémoire revoie les paysages du Canada.» Au lieu d’inventer elle-même une histoire, elle résume les belles histoires qu'a racontées Oscar Dupont.«Pourquoi est-ce que je noircis les pages de ce logbook?», se demande Sophie Frisson vers la fin de son journal intime.Je pretends devenir écrivain et Je n ’ai pas encore écrit une maudite ligne de mon roman.» L’impuissance de créer est-elle héréditaire?Sophie Frisson, qui nous avoue porter un pseudonyme, peut nous le laisser croire.File traite ses parents de «cons».Son père est un diplomate canadien naturellement fédéraliste.Sa mère, *of course, est séparatiste».Ils sont divorcés.Canada libre?Québec libre?Qu'importe! Sophie pense que Dieu Lui-même «n existe pas encore».Faute de pouvoir écrire un chef-d’œuvre, elle se définit comme un «chefd'ieuttre de chair» étendu sur la plage et collectionne les messieurs.Au lieu d'attendre Dieu, Sophie fait l'amour avec un amant très lent sur U' capot d'une voiture «en attendant Codot» et en admirant le ciel étoilé.Quant à Oscar Dupont, celui «qui dansait sous la lune», voilà qu'il se jette dans la mer pour ne plus jamais rebondir.1 .'mvliétype de l'écrivain dispanuT, mais Sophie peut encore se poser la grande question: «Ma vie est-elle un cahier où les autres écrivent leurs histoires?» Styliste pleine d’esprit et d’aisance, Sophie Frisson rajeunit le thème usé de l'universalité de l'inspiration littéraire.«Je rougissais jusque dans ma petite culotte», écrivait-elle lorsque le vieux fantôme lui faisait littérairement la cour.C'était une manière bien à elle de reconnaître que la lil-térature la plus personnelle et la plus originale ne saurait exister hors de la société, des mythes et de l’histoire.Collaborateur du Devoir LE VIEUX FANTÔME QUI DANSAIT SOUS \A LUNE Sophie F risson XYZ éditeur Montréal, 2(H)!>, 144 pages m ' dJ prjî\c Jife Fife F I D E S Uf % YVES BEAUCHEMIN w : ¦ C HA III X il TIMINAIRI Un saut ( dans le vide Yves Beauchemin Charles le téméraire Un saut dans le vide 416 pages • 24,9b S JACQUES SAVOIE £.es soupes célestes Jacques Savoie Les soupes célestes ItO pagn - 24,35 S ?* ’4% f'i l ! 1 jane Urquhart Les amants de pierre m pag«*s • 29,95 J LOUIE CAUTM I ¦ B Voyage en Inde l avec un grand détour Louis Cauthier Voyage en Inde avec un grand détour 210 p.gn • 24,95 S www.«ditionsffd«t .corn I on VICTOR MIUM U V(«ir*SLt HISTOHU SU ON LtS TtMOKNMU] Of ricoow Aurore L'ENFANT MARTYRE "‘"ir LA VICTIME INNOCENTE D UNE FEMME CRUELLE w 128 pages -12,95$ Paru chez Edimag Distribution: Messageries ADP En vente dans toutes les bonnes librairies et dans les grandes surfaces.F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 1 JUIN 2 0 0 5 LECTURES D'ETE Vue du pont, vue de l’enfance La premiere fois que j’ai mis les pieds en Allemagne, je m’attendais à trouver, en fait de paysage, un dantesque entrelacs de chemins de fer et d’autoroutes a six voies, de viaducs et de ponts, séparés par quelques terrains vagues et quelques champs encerclés de béton, avec, semée a des intervalles rapprochés, une floraison de villes modernes cernées d'immenses parcs industriels.La faute au coup d’œil que j’avais jeté, avant de partir, sur l’Allemagne de mon atlas géographique.A la vue de cette prolifération de toponymes couvrant tout l’espace disponible, jouant du coude jusqu’à pratiquement se chevaucher, je m'étais demandé comment un seul arbre pourrait arriver à croître dans ce pays, pour ne rien dire d’une forêt I-a réalité s’était bien sûr chargée, sur place, de me ramener a l’ordre, mais cette introduction me fx-rmet de préciser que je n’ai pas été trop dépaysé par l’étonnant petit livre d’un auteur allemand dont j’avais ignoré l’existence jusqu’à présent comme j’avais ignoré, des années plus tôt, celle d’une Allemagne bucolique, aux vignes baignées de lumière tendre et aux forêts altières entretenues comme des parcs.Dans le livre de Dirk Kurbju-weit, on arrive devant un pont dès la première page.Et pas n’importe quel pont: un pont d'autoroute.Le genre de pont sur lequel les Jaguar s’engagent à deux cents kilomètres à l’heure, même si ce sont Louis Hantelin surtout les camions qu’on entend d'en bas, la où vit Ludwig avec son pere et sa soeur, à côté d’un des piliers, au bord du fleuve (car il y a aussi des fleuves en Allemagne.bon, d’accord: des rivières).Vivre sous un pont peut se révéler intéressant de plus d’une manié re quand on est un gamin comme Ludwig, et qu’on veut avoir, non pas des amis, mais un seul, un vrai, le total petit camarade, élu entre tous pour devenir celui avec qui comploter le partage du monde.L'amitié a cet âge, nous rappelle monsieur Kurbjuweit, ne représente pas une simple valeur parmi d’autres.Elle est aussi nécessaire que l’oxygène.Elle fait compétition à l’univers: «Un ami, c’était tout en ce temps-là.Ce que l’on ne pouvait partager n’existait pas.» Le récit initiatique d’une amitié entre jeunes garçons me semble être un genre qui peut se réclamer de certaines lettres de noblesse dans la littérature de langue germanique.Les Désarrois de l’élève Tôrless, de Musil, vient à l'esprit, comme, peut-être aussi, le Ton 10 Kroger de Thomas Mann.L’ambiguité sexuelle n’est presque jamais exempte de ces histoires de lycées, de dortoirs et d’amitiés exclusives, mais ce n’est pas le cas ici, ou alors si peu.Le projet de Ludwig et de son ami (narrateur de ce sobre et troublant récit) va en effet bien au-delà et ne vise rien de moins que d’atteindre à la gémellité par des moyens différents de ceux de la nature: une gémellité extra-utérine, en quelque sorte.C’est là un projet qui, pardon pour la connotation historique du mot, possédé une dimension proprement totalitaire, posant le monde extérieur, tout ce qui se trouve hors de la buDe sécrétée à deux (la soeur, la mere, un ancien -meilleur ami»), en possible ennemi.«Nous étions parfois joliment cruels», reconnaît volontiers le narrateur.Et il n’est alors peut-être pas inintéressant ou innocent de noter que cette construction d’une identité fusionneDe, présentée comme idéal a atteindre, passe par la discipline obligée du sport.Les deux gamins, membres d’un club de canot de compétition, font équipe sur un deux sans barreur et le tandem à battre est justement constitué de jumeaux.Mais la soif de victoire est ici, de toute évidence, le prétexte plutôt que la véritable motivation d’une joute se nourrissant à des profondeurs plus obscures.«Nous ne pouvons pas retourner dans le même œuf, mais nous pouvons à notre manière devenir identiques, plus qu’avant.Nous devons toujours faire la même chose, nous devons toujours POLAR Des fantômes bien vivants M I C II EL BE LAI K Claudia Leonardo est retrouvée poignardée quelques jours après être passée au bureau du commissaire Guido Brunetti.In jeune fille souhaitait trouver le moyen de laver l’honneur de son grand-père, entaché, durant la période fasciste, par des transactions sur des œuvres d’art à la limite de la légalité.La chose agace d’autant plus Brunetti que la jeune fille était une étudiante de sa femme, Paola, qui donne — depuis les débuts presque de cette série de onze enquêtes de Brunetti qui a fait la réputation de Donna leon — un cours sur le roman anglais à l’Université de Venise.Les fidèles de la romancière américaine, qui vit à Venise depuis un quart de siècle, connaissent donc aussi le monde foisonnant du romancier Henry James, qui fait partie du quotidien des Brunetti.L’enquête du commissaire à travers le labyrinthe des ruelles et des canaux de la Sérénissime fera lever une étonnante histoire de corruption à laquelle sont mêlées quelques-unes des grandes familles de la ville.On y retrouvera des personnages ahurissants qui font surgir une petite société qui n’a pas encore digéré son passé, un petit monde où les fantômes de l’histoire récente manipulent toujours les mêmes leviers d’influence.Au centre de cette toile, ime collection de céramiques et de dessins de la Renaissance sous la garde d’une vieille dame, un «spécialiste du beau» sous Mussolini et un notaio véreux qui tire encore les ficelles.le tout recouvert d’un vernis de res- pectabilité qui ne se laisse pas percer facilement.Qui a tué Claudia Leonardo?Et pourquoi?Le grand mérite de Donna Leon est de nous amener sur ce terrain par toutes petites touches; Venise, la ville, ses dédales et ses trésors, est toujours l’un de ses principaux personnages.Tellement qu’à lire les aventures de Brunetti depuis le début, on pourrait presque prendre le Vaporetto sans se tromper de ligne et descendre au bon arrêt près de la Questure où travaille le policier, loin de la cohue des touristes qui investissent les grandes places.Tout cela avec une élégance de style qui lui fait dessiner ses personnages avec qne acuité et une justesse qui surprennent toujours.A travers le fil de ses enquêtes, le commissaire Brunetti et tous ceux qui l’entourent, à la maison comme au travail, ont pris une dimension qui dépasse les règles habituelles du genre: ils ont mûri lentement devant nous et chaque nouvelle enquête de Brunetti nous les rend encore plus proches, plus familiers.Ajoutez à cela les recettes de Paola et vous aussi vous souhaiterez que la saga ne s’arrête jamais! Le Devoir UNK QUESTION D’HONNEUR Donna Leon Calmann-Lévy Suspense Paris, 2005,332 pages LE NOUVEAU GRAND ROMAN DE PAULO COELHO PAULO COELHO 0 JAMA AUSSI 11199991 % mm KICK WILKING REUTERS vouloir la même chose, nous devons toujours penser la même chose.» Le pont Vous croyez que j’ai perdu mon pont de vue?Pas du tout.D’un pont, dans un livre, on attend qu’il symbolise le passage, et celui-ci fait très bien le travail, mais en y ajoutant la dimension supplémentaire d’un lieu de mort très concret.Avoir quatorze ou quinze ans, et se réveiller la nuit au son d’un suicidé s'abattant dans le jardin.La découverte et l’appropriation fascinée de la réalité de la mort donne, dans ce roman, des scènes d'une beauté presque choquante, d’une simplicité littéralement effarante, sombre et ingénue, brutale.Et l’amitié, pour exister, pour triompher, doit bien sùr être mise à l'épreuve: partager la première fille passe encore, même si le résultat laisse à désirer.Mais quand la propre sœur de l’un se met en travers de la route menant à l’intégrité gémellaire, c’est la bulle de l’enfance, la bulle de l’été tout entière qui est menacée d'éclatement Usant d’une langue faussement maladroite, dont l’apparent détachement se double d’une précision clinique dans la cruauté, le narrateur aura au moins réussi à nommer les deux plus grands dangers de l’enfance: «la voiture et la chute».Autrement dit fa lieu du test ultime se trouve là-haut sur fa grillage qui sépare la chaussée asphaltée du vide, là-haut où, pour voir voler les oiseaux, il faut regarder vers fa bas.Parce que, oui, mes amis: il y a aussi des oiseaux, en Allemagne.Collaborateur du Devoir DEUX SANS BARREUR Dirk Kurbjuweit Traduit de l’allemand par Leila Pellissier Editions Autrement Paris, 2005,115 pages Les mondes parallèles MICHEL LAPIERRE Lorsque Magpie, une jetme fifle de dix-sept ans aux cheveux bleus, couche chez son amie Jessie, elle entend la nuit près du lit le bruit que fait «un balai passé très lentement».C’est Jessie qui respire.Recroquevillée dans le placard, l’adolescente de douze ans dort d'un sommeil agité.Elle attend la fin du monde.Quand Jessie aura les yeux ouverts, Magpie se verra Hraversée» par le «rayon X d’un avenir en folie» qui s’échappera du regard de son amie.Ces personnages déjantés nous montrent que le premier roman de L E.Vol-lick.Montréalaise anglophone née en Ontario en 1973, ne s’intitule pas Les Originaux pour rien, fl dépeint une bande d'adolescents paumés, désœuvrés et souvent abandonnés par leurs parents divorcés.Dans une ville indéterminée, ces marginaux refusent désespérément de se sentir seuls sous les étoiles malgré l’éventualité de la guerre nucléaire, cet autre nom de l’apocalypse.Les bars, le body piercing, la musique punk, l'alcool et «la maudite bonne drogue» ne peuvent faire oublier cette triste et belle réflexion de Magpie, la narratrice: «Sciemment ou non, les gens vous laissent leurs cicatrices.» Nous sommes dans les années 80.Samantha Smith, une Américaine de dix ans, vient d’écrire sa célèbre lettre à louri Andropov pour lui demander d’éviter une guerre nucléaire contre les Etats-Unis.Ironie du sort, Samantha, l’héroïne de Magpie et de Jessie, mourra dès 1985 dans un écrasement d’avion.Magpie fera un cauchemar dans lequel l'accident aérien préfigurera la catastrophe mondiale quelle juge inéluctable.On croirait que Vollick, romancière douée d’un sens aigu de la métaphore, a déjà une expérience sensorielle de la fin du monde On croirait que L.E.Vollick, romancière douée d'un sens aigu de la métaphore, a déjà une expérience sensorielle de la fin du monde.Elle fait dire à Magpie: «La rue a la saveur douceâtre du fer.» Après une bagarre à la discothèque fréquentée par sa bande d’amis, la narratrice, en voyant des «morceaux de dents» qui «jonchent le trottoir comme des graines pour les poules», se rend compte que la violence apocalyptique a même pénétré son petit monde.C’est le choc.Magpie le compare à une sirène d’alarme qui retentit en classe au beau milieu d'un examen.Elle-même s’enivre d’une violence sourde lorsqu’elle voit, au bar, une adolescente exhiber sa chatte rasée pour que tout le monde puisse admirer les anneaux de bouchons de baignoire qui couronnent le clitoris.Plaisir d’acier, plaisir des armes.Magpie découvre que le monde des paumés et celui des puissants, comme Reagan et Andropov, sont parallèles.Le cauchemar, la viofan-ce et l’apocalypse n’échappent pas au jeu des miroirs.Nulle cloison n’est étanche: c’est la poésie des choses concrètes, plutôt que la morale, qui le révèle grâce à la fine intuition d’une romancière comme L.E.Vollick.L’un des amis de Magpie se suicide en se jetant devant une rame de métro.Nos «traces de pas dans le sang» seront toujours rouges qu’il s’agisse de la guerre universelle ou de la guerre la plus intime.Collaborateur du Devoir LES ORIGINAUX L E.Vollick Triptyque Montréal, 2005,252 pages 1 jf-aitejL pfMi&ienjL pmi* l'été \ c4 l’aehal de troii livre», Me rPurehemin nota oUr*: 15% t 20% t rahaii lut U prrmitr linrt * rahaii air le deuritttte Here * 25% de rahaii m* le temiième Unre * Offr* em vigueur juiqti an 3 ptii/rt 2005 Sw prrtemta/ivM de et He anmvnrr letdemtmi le Parchemin l I I S Menanlne métro Bcrri-UQAM, 505, rte Sainte-Catherine Est TéL: 514-845-5243 UtJgHc# parchemin.ca y E DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M ANCHE 12 J l LECTURES D'ETE Cent ans de désir et de passion Sous le ciel étoilé du roman d’aventure CAROLINE MONTPETIT Gabriel Garcia Marquez est ne en 1928 en Colombie, ce qui lui fera bientôt 80 ans.Maigre l’âge, donc, qui ne lui laisse pas de répit, et le cancer qui le ronge, le Prix Nobel de littérature n'a rien perdu de sa fantaisie.Mais c'est peut-être la course implacable des années qui lui a fait signer son dernier roman.Mémoire de mes putains tristes, qui rient d’ètre traduit en français par .Annie Morvan chez Grasset.Ce roman tout court et tout léger, qui succède à l’autobiographie Vivre pour la raconter, est plein de désir, de sensualité et d’amour de la rie.«Notts sommes vieux, a-t-elle soupiré.L'ennui, c'est qu au-dedans on ne le sent pas, mais qu'au-dehors tout le monde le voit», fait-il dire à Rosa, tenancière de bordel Revenant à l’inoubliable mélange de dérision, d’humour et de passion qui l’a fait tracer les personnages inoubliables de Cent ans de solitude ou de L’Amour au temps du choléra, Gabriel Garda Marquez raconte l’histoire d'un homme qui décide, après une longue vie de célibat, de s’offrir les services d’une vierge, la veille de ses quatre-vingt-dix ans.Il faut dire que l’homme, de son propre aveu, n’a jamais fréquenté d’autres femmes que des putains.«Je n’ai jamais couché avec une femme sans la payer», écrit-il.Séduit par l’enfant, qui n’a pas atteint quatorze ans et qui dort profondément alors qu’il entre dans sa chambre, il passe la nuit à ses côtés sans pourtant la toucher.Et en tombe bientôt passionnément amoureux.Le roman en est donc un de la fulgurante renaissance que peut insuffler l’amour, si improbable et imaginaire soit-il.Car la belle n’ouvrira jamais les yeux pour voir celui qui l’idolâtre, et qui s’obstine à payer une tenancière de bordel pour dormir à ses côtés.Mais qu’importe, au fond.L’essentiel, c’est que la passion donne au nonagénaire l’énergie d’écrire de nouvelles chroniques, d’écumer les magasins pour combler sa douce de cadeaux, bref, de faire disparaître, ne serait-ce que momentanément, le spectre de la mort qui pointe à l’horizon.Car c’est une fois de plus l’amour un peu fantasque, un peu surhumain, qui ¦domine dans ce roman, qui est aussi une ode à la rie.Mais cette fois, pas plus le lecteur que le M âS- BERNARDO DE N1Z REUTERS Avec Mémoire de mes putains tristes, Gabriel Garda Mârquez n’a rien perdu de sa fantaisie.narrateur ne s'y laissent prendre tout à fait.Car il y a bien un brin d’amertume dans ce récit des heures d’un homme qui se débat avec le temps.Et c’est peut-être avec l’énergie du désespoir, parce que c’est le seul moyen de rester en vie, qu’il s'accroche à l’image angélique de la jeune fille endormie.Mais l’amour n’est-il pas toujours au moins partiellement construit de chimères?Et on ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre ce vieillard qui jouit d’un sursaut de passion et le véritable Gabriel Garcia Mârquez, que la presse condamnait à une mort imminente il n’y a pas si longtemps et qui a tout de même trouvé l’élan de publier deux ouvrages, dont un imposant premier tome de son autobiographie, en moins de cinq ans.On lui souhaite d’ailleurs, comme c’est le cas pour son personnage, de prendre le chemin du centenaire avec un enthousiasme d’adolescent.«C’était enfin la vraie vie, mon cœur était sauf et j’étais condamné à mourir d’amour au terme d'une agonie de plaisir un jour quelconque après ma centième année», conclut-il.Parce qu’il y a de puissants accents d'authenticité dans cette réflexion sur la vieillesse, dans la combativité de ce vieillard qui sursoit à sa propre démission, parce que l’énergie qui s’en dégage témoigne de la puissance qui ne recule pas devant l’âge, ce roman, s’il n’a pas l’envergure des grandes fresques passées de Mârquez, est une délicieuse lecture d’été.Le Devoir G V Y L AI N E M A S S O G T R E Pourquoi les plus belles lectures ne seraient-elles pas celles qui parient des voyages?A ce compte, voici plusieurs ouvrages d’une lecture agréable et ai see.Ils vous feront tourner autour de la Terre sans quitter des yeux sa beauté, ses merveilles étranges, ses gens ou ses espaces laissés sans réponse aux appétits de La curiosité.Portrait du Gulf Stream.Éloge des courants, par Erik Orsenna, est un livre de vulgarisation scientifique d’une lecture emballante.L’académicien breton, avec sa verve souple et imprévisible, s’est promené sur son vaisseau favori, celui qui franchit les océans, triomphe des vents, se rit des courants.Il a rapporté des trésors d’information océanique.Son enquête — car son savoir multiforme est documenté tant par les rencontres avec les plus éminents spécialistes de la mer que par la lecture des documents, des cartes marines, des romans et des récits d’explorateur — propose un tour d’horizon des mouvements aquatiques, aussi vaste que le ciel.C’est passionnant, l’écriture y étant soulevée comme la coque par la vague.De la Norvège à la baie d’Hudson et jusqu’au fameux cap Horn, en passant par l’Ecosse et la Floride, ou dans les alluvions du Gange descendues de l’Himalaya, Orsenna ne perd ni le nord, ni le sujet la circularité échevelée des courants marins.Saviez-vous qu’il y a des montagnes d’eau de mer et des dépressions équivalentes à sa surface?L’océan n’est pas plus plat que la terre.Tout bouge et se correspond, du ciel aux enfers subaquatiques.1 )ans le grand branle de l’univers, comme disaient les humanistes, les scientifiques lisent mieux aujourd’hui.Mais la magie demeure intacte.Machines à explorer les eaux Qui d’autre fut un fou des mers indomptables?Orsenna le répète: il préface/«/es Verne, un humain planétaire, de Jean-Paul Dekiss.Cet ouvrage de photographies et de docu- Les Éditions du Noroît lancent une nouvelle collection LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadians Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.Cette collection propose une rencontre entre un écrivain et un lieu.Autant d'écrivains et de lieux exigeant leurs propres histoires.Chaque ouvrage sera également un parcours photographique Alain Médam Ils passent la Main Photographies de Yves Médam www.lenoroit.cam ^ % Ér - m ep#- t iTT YT » I , : % .^ *-tV£ toid &C \ ïfÈ L’inspecteur Benjamin Sioui, Amérindien d’origine, anticonformiste et daltonien de son état, consommateur occasionnel de cocaïne, fan de Hurt Cobain et amoureux fou d’une collègue médecin légiste, enquête sur une série de meurtres, au cœur d'un Montréal nocturne ' et marginal.Fait particulier, le tueur s'inspire des tableaux du peintre britannique Francis Bacon pour élaborer la mise en scène de ses crimes.Un ihiiiLa: xnii Laissfif a, des Découvrez ce livre chez votre libraire et plus encore sur www.jcl.qc.ca Çpofso -nsa 1*1 LA REVUE DE LA NOUVELLE félicite les nouvelliers du Saguenay—Lac-Saint'Jean et de la Côte-Nord finalistes aux Prix littéraires Abitibi-Consolidated du Salon du livre SLSJ.Marjolaine Bouchard Solange Bouchard Maurice Cadet Francine Chicoine Reine-Aimée Côté Robert Dole Danielle Dubé Germain Dumas Jacques Girard Guy Lalancette Yvon Leblond Gisèle Oris Yvon Paré Gérard Pourcel Gilles Ruel Danielle Simd Dany Tremblay François-Bernard Tremblay Jean-Alain Tremblay Marité Villeneuve monts, â prix tivs raisonnable, est digne de tùre rêver (XTits et grands.STI est vrai que c’est pur les romans que.enfant, on découvre la vie.alors permettez-vous de rêver encore à l aide de ce dimmùüiNe manuel de navigation».Ou ouvrez grand les écluses du songe dans les yeux d'un entant.Certains resteront tributaires de Jules Verne toute leur vie.C’est le cas de Jean-Yves Tadié, ce grand spécialiste de Proust qui rend à un de ses héros un hommage senti, dans Regarde de tous tes vm.regarde! L’essai s’adresse aux littéraires qui refusent de grandir mais qui aiment se le faire dire en termes relevés.Le plaidoyer pour Jules Verne débordé le cadre de ses jx-tits objets un peu ridicules de nos jours, pour qui ne se satisfait phis des préjugés d’époque — et ils sont nombreux, chez Verne —, des feuilletons honorables, des romans d’aventure écrits dans un fauteuil moelleux.Les romans de Verne ont tonné des lecteurs, ouvert des mystères que seules les architectures plus savantes, dit l'adie, d’un Dos Passos ou Faulkner ont ensui te égalés dims l’émotion.Écrivains de la boussole Partager l’enthousiasme d’un lecteur savant emprunter ses voies d’accès à la connaissance jnir la lit térature, c’est une joie inégalée de l’esprit.On l’éprouve, également, sans complexe, en lisant hi Salamandre.de Jean-Christophe Rufin.L’histoire se passe au Brésil, à Recife, dans les quartiers un peu louches d’une classe moyenne à peine sortie des bas-fonds.Le roman n’a pas le panache des précédents ouvrages de Rufin, mais il est incontestable qu’il sait raconter, taire durer l’attente et laisser monter l’intérêt.11 en demeure quelque chose de tendre, de bien observé de la réalité.Un conte de la vie ordinaire, serti par l’attention que chaque être sorti du cadre prévisible mérite sans le savoir.Une parole de louange à un bel effort pour bâtir au jour le jour un monde meilleur.On pourra encore se demander pourquoi ü faut chercher si loin l’in- térêt de vivre.C’est ce qu’a fait, avec son humour habituel.Éric Chevillard dans Oreille nmge.Son voyageur, creux
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